• Le franquisme c'était quoi ? Et du coup, l'abolition d'une autonomie régionale qui a signifié la fin du franquisme, c'est quoi ?

    C'est peut-être que vous imaginez exclusivement le fascisme sous l'aspect de ses exactions en temps de guerre (films sur la 2de Guerre mondiale).

    C'est peut-être que vous envisagez mal la grande diversité idéologique du phénomène fasciste et le point auquel la plupart des systèmes politiques occidentaux en sont en fait issus, de cette sorte de 'révolution' modernisatrice bourgeoise contre la crise générale capitaliste des années 20-30, qui leur a permis de la surmonter.

    En France, Vichy a duré 4 ans. Les conceptions, le programme ÉCONOMIQUE des fascistes des années 30, ce sont la 4e et la 5e République qui les ont mis en œuvre. Le fascisme italien a été une restructuration de l'État bourgeois dans ce pays, qui sert toujours la République en place depuis 1947. Dans une large mesure c'est la même chose en Allemagne. L'Espagne actuelle est l'œuvre des 'technocrates' Opus Dei de Franco à partir de la fin des années 50. La construction européenne est une idée qui a germé dans les think tanks fascistes des années 30 (mais chhhhut, c'est tabou) ; etc. etc.

    En fait le capitalisme occidental a en quelque sorte traversé une grande crise entre les années 1910 et 1940, qu'il a surmontée par le fascisme ou au 'mieux' par des politiques de type New Deal, puis il a supprimé le fascisme (au plus tard dans les années 70) et l'a remplacé par la 'démocratie' de 'Fin de l'Histoire' et de 'métropole comme usine totale', mais toujours avec la possibilité de 'suspendre' cette 'démocratie'...

    "Entre la négation du droit à l'autodétermination de la Catalogne par l'Espagne et le fascisme, il y a quand même des nuances importantes"


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  • NI UN PAS ENRERE ! COMPANYS !!


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  • (si l'on admet que malgré l'état d'urgence permanent et désormais institutionnalisé, il n'est pas encore tout à fait fasciste lui-même...)

    http://mobile.lemonde.fr/europe/article/2017/10/16/independance-de-la-catalogne-carles-puigdemont-choisit-de-jouer-la-montre-face-a-madrid_5201428_3214.html

    C'en est donc fait.

    Ce n'est pas dans un lointain pays, de préférence tropical ou basané-barbu ; ni même presque aux confins de l'Asie, dans les plaines d'Ukraine...

    Cette fois-ci c'est juste de l'autre côté des Pyrénées, en Catalogne, que la dictature de la bourgeoisie vient de tomber le masque de la "démocratie libérale" formelle (en place depuis 40 ans) pour assumer une forme terroriste ouverte.

    Et là aussi, là encore, ce ne sera pas l'œuvre de "révolutionnaires bruns", d'"anti-systèmes" qui auraient pris d'assaut et renversé ledit "système", mais bien du CŒUR DU SYSTÈME lui-même : c'est ni plus ni moins que l'État espagnol qui applique un article de sa propre Constitution (en Ukraine c'était une "révolution" certes, une "révolution colorée", mais les "révolutions colorées" soutenues et financées par tout l'impérialisme occidental au grand complet peuvent être considérées comme venant du cœur du système aussi...).

    L'État français aura désormais une frontière avec le fascisme

    L'article 155 de la Constitution de 1978 qui prévoit, en matière d'autonomies régionales concédées (pour calmer le jeu) lors de la "Transition démocratique" après la mort de Franco, l'abolition d'une desdites autonomies et le retour dans la région concernée de la gestion autoritaire, militaro-policière, du franquisme soi-disant "aboli" par ladite Constitution.

    Dès ce lundi, les dirigeants des deux principales associations indépendantistes ANC et Òmnium Cultural, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, ont été placés en détention par l'Audience Nationale : peines-de-prison-presidents-associations-independantistes-omnium-anc/

    L'État français aura désormais une frontière avec le fascisme

    Que faut-il de plus à notre gauchistaille francouille (dont la Catalogne de 1936, affrontant le franquisme dont Rajoy et le PP sont les héritiers, appartient pourtant au "panthéon") pour réagir ?

    Beaucoup, apparemment... À moins que ce ne soit, peut-être, une seule et simple chose : que l'ennemi fasciste avance barbu et vociférant des "Allah w'akbar" ; et la garantie, pour l'engagement internationaliste "antifasciste", d'avoir la couverture intellectualo-médiatique de l'OTAN.

    Il est pour ainsi dire hallucinant de voir qu'en dehors de nous, des révolutionnaires et progressistes des nationalités périphériques (Occitanie, Bretagne, Pays Basque, Corse et bien sûr le Nord "français" de la Catalogne elle-même), de quelques secteurs du NPA, et un peu du Parti communiste maoïste, les seuls à avoir une position apparemment conséquente et un peu offensive, non-tergiversatrice sur ce dossier soient le groupuscule "marxistes-léniniste" postmoderne "Futur Rouge" – si l'on a le malheur, comme c'est hélas souvent le cas, d'ignorer la fausseté opportuniste totale de ce genre de "soutien" de la part de gens qui fraient sans vergogne avec les pires avocats "gauchistes" du colonialisme israélien.

    En Ukraine, il y avait "Poutine" et les "fascistes nazbols eurasistes pro-russes" ; et cette fois-ci encore, en Catalogne, le fait que la figure de proue du mouvement, Carles Puigdemont, soit le représentant d'un parti libéral bourgeois de centre-droit est pris comme motif suffisant pour rester les bras croisés et ne rien faire https://carbureblog.com/2017/10/11/la-catalogne-dans-le-moment-populiste/.

    Sauf que cela n'a absolument rien d'anormal. Le fascisme peut être, mais n'est pas systématiquement, pour ne pas dire est très rarement sur un strict antagonisme droite/gauche ou bourgeoisie capitaliste/mouvement ouvrier. Il peut également (et de fait, très souvent) avoir vocation à la guerre de rapine, à la conquête territoriale, ou au maintien d'oppressions nationales déjà existantes. Au-delà de la définition classique de Georgi Dimitrov, une excellente définition du fascisme est sans doute celle donnée par Aimé Césaire : le fascisme, c'est l'importation dans les contradictions du monde blanc (la "zone de l'être") – luttes sociales, oppressions nationales ou guerres de conquête territoriale – des méthodes habituelles du colonialisme envers les peuples non-blancs ("zone du non-être").

    Dans cette configuration, le fascisme peut tout à fait trouver sur le chemin de ses crimes des personnes et des forces politiques qui ne correspondent absolument pas à notre définition de "révolutionnaire" ou même "progressiste"/"de gauche". Rien de plus normal. En Catalogne, Jordi Pujol (président de la Généralité de 1980 à 2003) était de très loin plus droitard et pourri que Puigdemont ; mais il n'en avait pas moins été prisonnier politique sous Franco, car le fascisme est une dictature terroriste ouverte qui peut frapper jusqu'à certains éléments de la bourgeoisie.

    Il n'en reste pas moins que le fascisme est le fascisme, et que lorsqu'on se veut antifasciste, le mot d'ordre est "No pasaran", "on l'élimine ou on en crève". À plus forte raison lorsqu'il est aux portes de là où l'on vit...

    Mais il semble hélas qu'en fRance, au pays des Lumiéreux, il n'en soit pas ainsi : le fascisme n'est fascisme qu'exercé par des caudillos ou raïs exotiques hauts en couleur, ou des fanatiques millénaristes hirsutes ; ou ici par des bandes illégalistes de rue (certes toujours un peu "couvertes" par la flicaille locale mais bon) ; et "certainement pas" par le cœur même d'un État "civilisé" voisin du nôtre. 


    L'État français a désormais une frontière avec le fascisme

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  • Les autorités de la Generalitat ont jusqu'à LUNDI PROCHAIN pour "clarifier" si oui ou non elles ont bien proclamé l'indépendance mardi 10 octobre, et si oui, jusqu'à JEUDI prochain (dans moins d'une semaine) pour revenir sur cette déclaration. Sans quoi s'appliquera le fameux article 155 de la Constitution de 1978 : suspension du statut d'autonomie de la Catalogne, passage de celle-ci sous l'autorité directe du gouvernement central (préfet de région, autorités militaires, Guardia Civil) et de fait une forme d'état d'exception (arrestation des dirigeants catalans et de tous les "séditieux", quadrillage militaro-policier, répression sanglante des mobilisations etc. http://www.lefigaro.fr/...catalogne-qu-est-ce-que-l-article-155-que-madrid-menace-d-utiliser).


    http://mobile.lemonde.fr/…/crise-en-catalogne-madrid-demand…

    Catalogne : Madrid demande au président catalan de « dire s’il a déclaré l’indépendance »

    Mariano Rajoy s’est brièvement exprimé au lendemain du discours de Carles Puigdemont, qui a déclaré l’indépendance de la Catalogne, tout en en…

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  • Au Parlement catalan, Carles Puigdemont a finalement déclaré l'indépendance de la Catalogne "conformément aux résultats du scrutin du 1er octobre"... mais en a immédiatement "suspendu" les effets en vue de "rechercher un dialogue avec Madrid et l'Union européenne" :

    http://www.huffingtonpost.fr/2017/10/10/catalogne-reunion-de-crise-a-madrid-apres-la-declaration-dindependance-suspendue_a_23239397/


    Pour la CUP, "il fallait aujourd'hui proclamer la République catalane et nous avons peut-être perdu une opportunité historique".

    http://www.naiz.eus/eu/actualidad/noticia/20171010/cup-hoy-tocaba-proclamar-la-republica-catalana-y-quiza-hemos-peridod-una-oportunidad

    La CUP a déploré ce mardi que Carles Puigdemont n'ait pas proclamé la République catalane et a ajouté que pour cette raison elle n'acceptait pas la suspension des effets de la déclaration d'indépendance, car "on ne peut pas suspendre la volonté de plus de 2 millions de Catalans qui ont voté oui" le 1er octobre. Elle a averti que sa confiance envers le gouvernement catalan était "entamée" et a proposé que la suspension n'excède pas "un mois environ".


    Anna-gabriel

    Anna Gabriel (CUP), durant son intervention. (Lluís GENE/AFP)


    "Il fallait aujourd'hui proclamer solennellement la République catalane et nous avons peut-être perdu une opportunité. Cette proclamation n'a pas eu lieu et nous ne l'avons su qu'une heure avant la session, et pour cette raison nous ne pouvons pas accepter cette suspension", a déclaré la députée de la CUP Anna Gabriel lors de son intervention au Parlement.

    Elle a expliqué que son groupe prévoyait un autre type d'intervention, dans laquelle ses 10 députés allaient déclarer au monde en 10 langues différentes que le Parlement avait proclamé l'indépendance de la Catalogne, mais que ce projet s'est trouvé modifié après que Puigdemont ait dit assumer que la Catalogne devait être un État mais qu'il suspendait la déclaration pour quelques semaines afin de dialoguer.

    "Ni nous, ni beaucoup de gens n'allons renoncer. Il n'y a pas de défaite qui vaille. Nous sommes déterminés à défendre la République catalane. Au nom de toutes les personnes qui portent un nouveau monde dans leurs cœurs, nous poursuivrons la lutte pour la République", a-t-elle poursuivi.

    Pour la CUP, il n'est pas possible de suspendre les effets de l'indépendance, et encore moins en vertu d'une négociation ou d'une médiation avec le gouvernement espagnol : "Une négociation avec qui ? Avec l’État qui continue de nous persécuter et nous menacer, qui déploie sans vergogne ses corps policiers et militaires, qui agite contre nous l'ultra-droite et nous dénie nos droits ?".

    Gabriel a également argumenté que la proclamation de la République catalane pourrait être un "outil de négociation" pour obtenir un dialogue d'égal à égal avec l’État, mais a averti qu'il n'est possible de dialoguer qu'avec un interlocuteur qui reconnaît les droits de l'autre, y compris celui à l'autodétermination.

    Elle a ajouté aujourd'hui que "nous entrons dans une nouvelle étape de lutte, car on ne peut pas suspendre la volonté de plus de 2 millions de personnes. Pour cette raison, nous poursuivons la lutte aux côtés de ces personnes qui portent un monde nouveau dans leurs cœurs".

    Arrufat : confiance "entamée"

    Plus tard, dans une conférence de presse après avoir signé la déclaration d'indépendance, le porte-parole du secrétariat national de la CUP, Quim Arrufat, a exigé de Puigdemont qu'il fixe une limite de temps à la suspension : "nous trouverions normal que [cette suspension] n'excède pas un mois environ".

    Arrufat a indiqué que, l'indépendance n'ayant pas été déclarée formellement et la République proclamée "comme il était convenu", la confiance envers le gouvernement était "entamée", et il a ajouté qu'il transmettrait aux instances de décision de la CUP la question de poursuivre ou non ses activités au Parlement.

    Arran : "Trahison inadmissible"

    De son côté, l'organisation juvénile de gauche indépendantiste Arran a accusé Puigdemont d'avoir commis une "trahison inadmissible" en suspendant les effets de la déclaration d'indépendance pour chercher un dialogue :

     


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  • Le Grand Timonier Mao Zedong faisait la révolution pour l'ensemble des Peuples de Chine (expression géographique). Mais cette révolution, il l'a commencée par une sécession de fait, celle de la province rouge de Yenan.

    Aurait-il dû accepter l'autorité centrale du Kuomintang au nom de "l'unité" ? Préférer l'unité à la séparation avec un pouvoir réactionnaire ?

    Pourtant il n'y avait même pas là une nationalité distincte au sens marxiste : le Yenan est han comme la plus grande partie de la Chine, de langue mandarine (seuls les Chinois du Sud, bien que considérés hans, ont des dialectes nettement différenciés).

    Je ne cherche ÉVIDEMMENT pas là à faire un "parallèle" avec ce que Puigdemont, ou plutôt (être exact ne coûte rien...) la coalition indépendantiste Puigdemont-ERC-CUP, va faire ou ne pas faire ; mais à questionner le PRINCIPE qui pointe en réalité dans ce débat, et dont le fait que le processus catalan soit dirigé par un social-libéral bourgeois n'est finalement que l'EXCUSE ; principe comme quoi "l'unité est préférable à la balkanisation", à "l'atomisation" etc. etc.

    Principe qui résonne un peu, il faut le dire, comme préférer le statu quo au désordre sous le ciel ; comme l'arbre qui préfère le calme au vent qui continue de souffler.

    [Inutile de dire que ce principe est un FONDEMENT de l'idéologie française, dans son aile droite comme dans son aile gauche, qui emprisonne depuis des générations les masses populaires d'Hexagone sans sa prison mentale.]


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  • Alors, quand le jaco de base se réveille, il a l'art et la manière d'oublier ses propres cris au ''communautariiiiisme'' des manifs pour Gaza de l'été 2014, ou des camps d'été décoloniaux non mixtes, et de se saisir de la gravité de la situation en Palestine ou dans le Sud global en général pour l'opposer à nos revendications de Peuples en Europe.

    Mais en fait, la seule différence vraiment fondamentale est peut-être que ce qu'ils décrivent de la tragédie palestinienne, ou de n'importe quelle colonie ou néocolonie dans le monde, chez nous c'est enterré dans les siècles, il y a très longtemps en arrière (alors que les atrocités coloniales sont soit actuelles soit très récentes).

    En fait, nous sommes des sortes de boules de cristal. Nous sommes ce que sera le monde d'ici quelques siècles, si toute cette merde d'expansion infinie du règne du Capital n'est pas arrêtée d'ici là (mais elle le sera bien sûr, la révolution mondiale triomphera avant).

    Il n'y aurait plus (soi-disant) de colonisés ni de races : ces mots ne sont-ils pas déjà devenus quasi-tabous ? Tout le monde serait citoyen d'une "grande" et "belle" démocratie capitaliste, ainsi que "citoyen du monde". We are the World, we are the children.

    MAIS... dans l'anéantissement total des langues et cultures populaires millénaires, et une acculturation totale au paradigme néolibéral (occidental) consumériste du Marché mondialiséla Cité des Spectres... Il y a déjà trois fois plus de centres commerciaux par million d'habitants à Guayaquil (Équateur) qu'à Lyon, centres commerciaux dans lesquels des foules immenses déambulent tout le week-end et s'abrutissent ; par contre l'intérieur des boutiques est quasiment désert (personne n'a les ronds pour y acheter quoi que ce soit). Le dollar est roi et 90% des nouveaux-nés reçoivent un prénom anglo-saxon. C'est juste un exemple...

    Et bien sûr, une "citoyenneté du monde" à plusieurs vitesses ; dans l'exploitation et pour l'immense majorité la misère ; avec de grands Centres capitalistiques aspirant la richesse, gorgés en permanence de la sueur et du sang des masses travailleuses.

    Donc voilà, encore une fois : MERDE. Les Catalans ne sont pas (pas plus que les Bretons) les plus à plaindre en ce bas-monde, non ; les Catalans "ont du fric", oui ; parce que 1°/ pour des raisons historiques, leur fonction attitrée dans le Système Espagne a été industrielle et non agricole (= plus de valeur ajoutée = plus de fric), et 2°/ ils (ce "ils" incluant la bourgeoisie) ont su tirer leur épingle du jeu ; parce que la Transition (1975-82) n'a pas été la période enchantée des films d'Almodovar mais une période de luttes politiques et sociales extrêmement aiguës, avec des morts toutes les semaines ou presque (12 - 3 - 456) ; et parce que dès la mort de Franco, l’État espagnol avait pour objectif de rejoindre la construction européenne et ne pouvait pas se permettre une nouvelle guerre civile, or c'était une hypothèse très sérieusement envisagée : il a donc dû lâcher du lest, tout particulièrement dans les nationalités les plus "centrifuges" (Catalogne et Pays Basque). La Catalogne a donc connu en effet, jusqu'à la crise capitaliste terminale actuellement en cours depuis la fin des années 2000, un certain "miracle économique" parce qu'elle s'est UN PEU DÉGAGÉE du carcan étatique espagnol ; sans quoi elle serait peut-être dans la même situation que l'Occitanie centrale, sa voisine du Nord (nullement dégagée quant à elle du Système France), malgré le "dynamisme" chanté sur tous les tons des métropoles de Toulouse et Montpellier.

    Mais la Catalogne a RAISON, quand elle veut prendre des mesures un tant soit peu social-démocrates (le centriste Puigdemont ne serait pas au pouvoir actuellement sans l'appui de la social-démocratie indépendantiste ERC, et même de la gauche radicale CUP) et que Tribunal constitutionnel de Madrid les annule systématiquement, de vouloir quitter cet État "post"-franquiste au service du néolibéralisme pourri (lire ici) ; et surtout, elle a raison de vouloir s'arracher aux griffes de cet appareil politico-militaire et idéologique qui est, dans la péninsule, l'agent suprême du triomphe du paradigme précédemment décrit (triomphe déjà bien avancé puisque nous sommes en Europe et les Catalans sont déjà, tout comme nous, plus des "boules de cristal" qu'autre chose ; mais on ne va pas rejeter sous ce prétexte un processus politique qui pourrait être le premier pas d'un autre chemin !).

    À LA RIGUEUR dans certains cas comme la Flandre belge, très concrètement opprimée il y a encore 100 ans voire 80 ans, mais "surinvestie" capitalistiquement et poussée en avant dans sa revendication nationale, depuis l'après-guerre, par les Anglo-Saxons pour faire contrepoids à la bourgeoisie wallonne et bruxelloise francophone et francophile ; ou encore le Kurdistan d'Irak (Başûr) barzaniste dont il n'est besoin de rappeler à personne la terrible oppression sous Saddam, mais converti depuis la disgrâce de celui-ci en une place-forte de l'impérialisme (pratiquement un deuxième Israël) au Moyen-Orient ; on peut discuter de la pertinence (du point de vue de la révolution anticapitaliste et anti-impérialiste mondiale) de la revendication séparatiste SOUS LA DIRECTION POLITIQUE ACTUELLE telle qu'elle est...

    Mais ni la revendication catalane ni aucune volonté de rupture avec l’État "post"-franquiste néolibéral espagnol ne peut être considérée dans ce cas de figure.


    ***************************************************************************************************

    Mon concept est très simple ! Je suis pour la fédération avec ce qui est révolutionnaire, et la séparation avec ce qui est réactionnaire.

    Je suis pour une Occitanie fédérée avec le Bassin parisien, la Bretagne, le Pays Basque et toute autre partie de l'actuel État français qui serait entrée en révolution (le combat politique serait alors pour des relations inter-territoriales égalitaires, pour que l'Hexagone rouge ne soit pas un nouveau centralisme économique francilien, et j'ajouterai, qu'il ne maintienne pas le privilège blanc ; de toute façon la révolution se ferait niquer dans ce cas, la révolution a pour centralité les SMICards et si elle est islamophobe elle a au moins le quart des SMICards contre elle, si elle ne laisse pas les travailleurs "vivre, travailler et décider au pays" elle en aura les 3/4, etc.).

    Mais je suis pour une Occitanie indépendante de l’État français tel qu'il est, et a fortiori d'un État français encore pire (aux mains de Wauquiez ou carrément Le Pen).

    Je suis, dans la perspective d'un Hexagone aux 3/4 en révolution, pour une Occitanie qui participe aux côtés des autres à prendre les dernières citadelles de la Réaction (et à en libérer les classes populaires des cachots).

    Je suis, dans la perspective d'une révolution outre-Pyrénées et d'une Fédération ibérique révolutionnaire, pour une Occitanie qui la rejoigne.

    Etc.

    Encore des punchlines autour du "séparatisme" national


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  • Réflexions qui méritent d'être partagées ici : dans le dossier du "séparatisme" catalan, l'argument de la péréquation/redistribution et du refus de celle-ci (les Catalans "refuseraient"*, en clair, de payer pour les autres "régions" plus pauvres de l’État espagnol, c'est à dire à-peu-près toutes, et seraient pour cela des "salauds" auxquels il faut opposer le "devoir" d'une telle redistribution), est vraiment un argument d'une pauvreté économiste désolante...

    Il y a effectivement une bourgeoisie catalane, catalaniste, qui est dans cet esprit disons un peu Ligue du Nord italienne.

    Et puis il y a aussi, avec la crise, une tendance populaire à considérer que le système Espagne "pompe" la Catalogne qui s'en sortirait mieux seule, avec moins d'austérité.

    Pour certains, ça restera social-chauvin voire xénophobe anti-Sud bas-du-front.

    Mais pour d'autres, ça peut amener à poser la question cruciale : et pourquoi donc le Sud est-il pauvre (pour que la Catalogne "riche" doive l'"aider") ? Question qui amènera forcément de fil en aiguille sa réponse : il est pauvre à cause du système espagnol tel qu'il est, il est pauvre parce que la Castille l'a conquis à la fin du Moyen Âge et a implanté ses nobliaux sur son sol, dans un système de latifundia coloniale, avec la maison d'Albe possédant par exemple en Andalousie l'équivalent (en superficie) du Luxembourg ou quelque chose comme ça !!

    La Catalogne, de son côté, a développé quant à elle une société capitaliste à peu près classique, et l'on peut donc entendre qu'elle n'ait effectivement pas envie de payer des amortisseurs sociaux pendant que l'oligarchie castillane d'Andalus occupée maintient son système féodalo-colonial !

    La question posée là est tout à fait légitime ; reste à lui apporter la bonne réponse, à savoir, que la solution est dans la fin du système colonial (et là je crois que le mot se passe pratiquement de guillemets) espagnoliste dans le Sud pauvre, afin que la Catalogne "riche" (tous les Catalans roulent en 4x4 ? non : ça signifie simplement que le PIB est élevé, car le pays est historiquement le plus industrialisé de la péninsule) n'ait plus à être ponctionnée alors qu'elle est elle-même en crise, pour que les Andalous aient à manger et se tiennent tranquilles.

    En d'autres mots, la solution s'appelle Union des Républiques Socialistes Ibériques.

    Mais sinon, on peut rester économiste et juste voir les "salauds qui veulent pas payer"...

    Ce que j'essaye de faire comprendre c'est que ce que JE soutiens, ce que moi et mes camarades soutenons, ce que soutiennent Gaël Roblin et ses camarades depuis la Bretagne, c'est ça :

    https://columnajoven22m.wordpress.com/

    Un "internationalisme domestique" et un soulèvement général DES PEUPLES d'Ibérie, "comme les doigts d'un poing uni", contre le système bourbono-opusdéiste postfranquiste dont Rajoy est aujourd'hui la figure de proue mais qui ne se résume pas à lui (faut-il parler du bilan du PSOE en la matière ? GAL et autres barbouzeries, persécution de la jeunesse basque par Garzon qui est un sympathisant PSOE reconnu, etc., + toutes les politiques néolibérales depuis les années 80).

    Un internationalisme domestique qui inclut les Catalans (CUP, Arran etc.) mais n'a rien à voir avec le "marre de payer pour les Andalous" de (par exemple) l'ERC ("gauche" républicaine catalane), qui a été écartée de la Liste des Peuples ("Los Pueblos deciden") aux européennes de 2014 pour ces propos scandaleux (raison aussi pour laquelle la CUP a cherché à faire une liste avec Nos-UP de Galice puis a abandonné, mais en tout cas pas de liste avec ERC) http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/resultats-…

    Dans DEUX CAS, Catalogne et Pays Basque, cet esprit va coexister avec un nationalisme bourgeois libéral-droitard, mais ce sont les deux seuls.

    Pour mieux comprendre tout cela, il est intéressant de lire la longue étude consacrée par SLP à la construction historique et aux contradictions de l’État espagnol :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/questions-nationales-et-luttes-de-classe-l-etat-espagnol-a114084574

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/questions-nationales-et-luttes-de-classe-l-etat-espagnol-suite-a114084564

    Et plus spécifiquement sur le "dossier" catalan, l'article publié à l'époque de la précédente consulta (novembre 2014), auquel il n'y a pas grand-chose à ajouter sur le fond :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/sur-le-referendum-independantiste-en-catalogne-et-ses-suites-a114065316

    À lire aussi (EXCELLENT article sur le blog de Nicolas Maury) : http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Quelques-eclaircissements-utiles-pour-comprendre-l-independantisme-catalan_a12368.html

    Un truc à comprendre absolument aussi, c'est que contrairement aux chansons que se chantent (et nous forcent à écouter) Asselineau et consorts, "l'Empire", le "Nouvel Ordre Mondial", autrement dit les puissances capitalistes impérialistes qui ont leur unité d'intérêts ainsi que leurs concurrences entre elles, n'ont pas de "plan" mondial(iste...) pour "balkaniser les États-nations".

    Si un grand État, avec son régime, est un gros caillou sur le chemin de leur rouleau compresseur ; et se trouve par ailleurs être un connard avec ses minorités nationales ou confessionnelles, ou marginaliser des régions (à peu près tous les États le font) ; elles vont utiliser les luttes de celles-ci contre lui, pour le fragmenter et le faire disparaître du chemin. C'est ce qu'elles ont fait ni plus ni moins qu'avec l'URSS (dont ça a été la raison principale de la chute), puis avec la Yougoslavie, l'Irak (avec les Kurdes et les chiites), le Soudan, ou encore dans un sens la Libye (mécontentement de la Cyrénaïque contre Kadhafi qui favorisait la Tripolitaine). Et qu'elles sont en train de faire en Syrie, avec les Kurdes et les régions arabes marginalisées par le régime depuis des décennies.

    Mais SUR LE PRINCIPE, le capitalisme-impérialisme préfère toujours la plus grande unité à la plus petite. À la rigueur, il conserve quelques mini-États qui par leur stabilité (forcément) pourront servir de pays-banques (cantons suisses, Luxembourg, Liechtenstein etc.).

    Lorsque l'Irak de Saddam était un allié, pour écraser les communistes et combattre l'Iran, il pouvait faire ce qu'il voulait avec les Kurdes et les chiites. Ne parlons même pas de l’État kémaliste turc.

    Et en "Espagne", eh ben c'est pareil... L'ordre capitaliste-impérialiste mondial, l'UE, l'impérialisme US, le G7, le FMI etc., pour tenir en respect les travailleurs catalans, basques, andalous, castillans, aragonais, galiciens etc., préfèrent une masse de manœuvre politico-militaire telle que l’État espagnol plutôt qu'un État catalan, un État basque, un État andalou etc. etc. !

    En fait, comme cela a pu être assez longuement expliqué dans les articles de SLP sur l’État espagnol comme dans ceux portant spécifiquement sur la Catalogne, le propos juste et exact serait que cette dernière est exploitée par la Métropole européenne ("Banane bleue") PAR LE BIAIS de l’État espagnol, qui en est en quelque sorte le "gendarme" comme pour tous les Peuples travailleurs de la Péninsule (sauf le Portugal).

    Enrichir le Nord-Ouest de l'Europe étant, en fait, la vocation historique de cet État depuis au moins le XVIIe siècle ; Colbert l'écrivait déjà à l'époque ("plus un pays fait commerce avec l'Espagne, plus il est prospère") – cela faisait alors surtout allusion aux richesses de son Empire colonial, mais aujourd'hui la force de travail des travailleurs péninsulaires n'est pas non plus une valeur négligeable pour les monopoles européens.

    C'est là que se situe la démarche de libération. La "riche" Catalogne a le 4e PIB/habitant de l’État, mais on parle de l’État espagnol, de l'Europe du Sud ! Ce PIB/habitant est environ à hauteur de 27 000 €. C'est quelque part entre la Provence ou l'ex-Midi-Pyrénées d'un côté (au-dessus), la Corse ou l'ex-Languedoc-Roussillon de l'autre (au-dessous). Des "Suisses" ne vouant que mépris aux pauvres méridionaux, les Catalans ? La Suisse a un PIB/habitant de l'ordre de 80 000 €... Un tel raisonnement devrait faire rougir de honte ceux qui le tiennent. Pour rester dans l'UE proprement dite, les Pays-Bas sont autour de 50 000, ce qui est également le PIB/habitant approximatif de l'Île-de-France (cf. l'entre-crochet plus bas) ; l'Allemagne est dans les 35-40 000 ; et puisque l'on aime bien agiter l'épouvantail des très droitiers et xénophobes séparatismes flamand ou nord-italien (ce dernier n’existant plus vraiment en réalité…), la Région flamande est également dans ces eaux-là d'environ 40 000, et la Lombardie à 33 500 (donc au-dessus de la moyenne hexagonale, qui est d'environ 31 000 €). Voilà ce que sont des pays et régions riches !

    La dynamique sociale de l'actuelle mobilisation pour l'indépendance en Catalogne est fondamentalement anti-austéritaire (comme elle l'était d'ailleurs également en Écosse) ; contre l'austérité c'est-à-dire en d'autres termes, dans la Périphérie européenne, contre le renforcement féroce et sans pitié de l'exploitation capitaliste par la Métropole centrale du continent (à laquelle se rattache la région parisienne depuis laquelle – en général – nos intellectuels de gauche "antilibéraux" pourfendent les Catalans "riches et égoïstes" qui "refusent de payer pour les pauvres" et "balkanisent les États-nations au service du Grand Capital"... sans commentaires) ; politique dont le régime de Madrid est ici le chargé de mission.

    Certes, pour la majorité de la direction bourgeoisie et (surtout) petite-bourgeoise du mouvement, et comme encore une fois en Écosse (sauf que là, la politique austéritaire de Westminster se couple souvent avec l'europhobie qui a débouché sur le Brexit – auquel les Écossais se sont fermement opposés...), l'indépendantisme s’accompagne encore souvent d’illusions sur l’Union européenne ou, en tout cas, d’une volonté de rassurer les troupes en cherchant à atténuer ainsi la peur de l’aventure ("nous ne serons plus dans l’Espagne, mais nous resterons dans l’Europe").

    Une Union européenne… qui a déjà (à maintes reprises) opposé fermement son veto, étant d’abord et avant tout un cartel d’États-nations garant de l’unité "indivisible" de ceux-ci, et d’autre part la garante à l’échelle continentale des politiques néolibérales et d’austérité nécessaires au capitalisme pour faire face à sa crise (ce contre quoi les Catalans indépendantistes s’insurgent précisément à travers Madrid, comme les Écossais à travers Londres).

    Et donc une rectification idéologique que la gauche radicale indépendantiste devra plus tôt que tard mettre à l’ordre du jour dans le mouvement ; mais cela ne change rien au fond objectif du problème.


    [* Un camarade fait remarquer dans une autre discussion que "C'est pas qu'ils ne veulent pas payer les amortisseurs sociaux justement c'est qu'ils veulent le faire DIRECTEMENT et ne considèrent plus Madrid comme un intermédiaire fiable. D ailleurs beaucoup d'andalous l'ont compris je pense j ai vu pas mal de vidéos d'andalous encourager la catalogne et effectivement je pense aussi que la meilleur sortie de cette histoire c'est une reconfiguration de l’Espagne"

    Voilà, c'est exactement ça. "Aider directement"... et maintenant travaillons à développer la conscience que ça passe par une Péninsule fédérative socialiste. Déjà, moins l'Andalousie sera pauvre, ce qui est synonyme de "plus elle sera libérée du Système Espagne", moins il faudra l'aider... ça me semble tomber sous le sens. Donc il faut faire tomber le système bourbonnique postfranquiste, vaillant serviteur de l'ordre néolibéral mondial, avec sa mafia opusdéiste qui vaut bien notre mafia franc-mac en pire (c'est une franc-maquerie catho en fait, pour faire court). Tous les Peuples péninsulaires ensemble comme les doigts d'un poing uni.

    Sortir le Sud de son marasme colonial demi-millénaire plutôt que de se demander qui paye quoi pour lui filer des allocs, c'est pas du marxisme de haute volée, juste la parabole de donner un poisson à un gars ou de lui apprendre à pêcher...]


    [Pour rebondir encore une fois sur la Catalogne "riche" et "égoïste" :

    - La Catalogne c'est 16% de la population de l’État espagnol (7,5/46,5)... et environ 19-20% de son PIB. Son "ratio" richesse/population est donc, disons, de 1,25 (20/16), ou de 1,19 si l'on prend plutôt 19% du PIB (19/16), ce qui semble plus proche de la réalité que 20%.

    - La Communauté de Madrid représente 18 ou 19% du PIB espagnol, mais moins de 14% de la population. De ce fait, le ratio est déjà un peu plus élevé : 18,5 (environ) /14 = 1,32.

    - L'Île-de-France, quartier général d'une grande partie de la "gauche radicale" qui donne aux Catalans des leçons de non-égoïsme et de solidarité entre les peuples, c'est moins de 18% de la population de l’État français (12/67,5) et... 31% du PIB. Soit un ratio de 1,74. En prenant uniquement la ville de Paris intra-muros, on monte même à plus de 2,5 !

    - La Métropole de Lyon, autre QG de ce genre de "gauche radicale", c'est 3,1% du PIB hexagonal pour 2% de la population, soit un ratio de 1,55.

    - Cet aspect est absolument caractéristique en Hexagone, où pour prendre (à l'inverse) quelques exemples de "régions" réputées périphériques, la région "Occitanie" (ex-"LRMP", qui abrite tout de même Toulouse et Montpellier...) sort à peu près à 7% du PIB (143,8 milliards d'€ / 2 032,3) et 8,6% de la population, soit un ratio de 0,814 ; la Corse est à 0,4% pour 0,48% de la population, soit un ratio de 0,833 ; la Bretagne amputée (sans Loire-Atlantique) comme complète sort à peu près à 0,82 ; mais même une "région" réputée "riche" comme l'Alsace n'est qu'à 0,93 (1,9 millions d'habitants soit 2,8% de 67,5 millions, et 2,6% du PIB total), et Rhône-Alpes prise en entier (incluant Lyon, donc...) est à peu près autour voire légèrement au-dessous de 1, soit une part de PIB correspondant grosso modo à son poids démographique (en comptant en son sein la deuxième métropole économique de l’État, c'est donc dire la situation du reste !). Sans parler des dernières colonies directes d'"outre-mer", avec par exemple une Martinique à 0,72 (0,41% du PIB pour 0,57% de la population) et une Guyane à... 0,5 (0,19% du PIB et 0,38% de la population).

    Bref, en résumé : le cul au chaud soit à Paris, soit dans une métropole-décalque de leur État français, où une mégalopole-capitale aspire toute la richesse et écrase politico-économico-socio-culturellement tout, des gens font la leçon à un peuple légèrement au-dessus de la moyenne de son État (et assez nettement derrière la région-capitale) en PIB/habitant, qui veut se faire la malle et prendre son destin en main.

    Donc voilà quoi... Tout cela me fait terriblement rire.

    - Dernier élément de comparaison, et là c'est sûr que "voilà"... : l'Andalousie représente 18% de la population de l’État espagnol et 13,6% de son PIB, ce qui nous fait un ratio de 0,75 – inférieur à celui de la Corse (0,83), de la Bretagne (0,82) ou de la région Occitanie (0,81) et, en fait, à peine supérieur à celui de la Martinique (0,72) dans l’État français. Et pourtant, les militants de libération andalouse soutiennent fermement le processus souverainiste des "riches" et "égoïstes" catalans...

    (Ajoutons que dans une "région" réputée "dynamique" comme la Catalogne, ou no problem comme la Bretagne, une crise telle que celle en cours depuis la fin des années 2000 aura forcément des conséquences dévastatrices pour la vie sociale populaire, et ce bouleversement conduira forcément à une effervescence politique, potentiellement réactionnaire mais potentiellement aussi progressiste voire révolutionnaire ; alors qu'une région historiquement pauvre et sous-développée comme l'Estrémadure, la Mancha ou l'Andalousie profonde connaîtra un certain phénomène d'immuabilité dans le dénuement : la grande pauvreté n'est pas "automatiquement" le terreau d'une mobilisation révolutionnaire dans les masses.)]


    [Et encore un autre "listing" de trucs de fou que (je l'avoue) j'étais loin d'avoir tous suivi, et qui en disent encore un peu plus long sur le caractère "égoïste et réactionnaire" de l'actuelle volonté catalane d'indépendance :

    "La Catalogne est un pays où le Parlement crée une taxe sur les banques et où le Tribunal Constitutionnel [espagnol] l'invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement fait une loi pour protéger les citoyens qui ont été abusés par des hypothèques frauduleuses, et où le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement légifère pour garantir que les familles pauvres aient la lumière, l'eau et le gaz pendant les mois d'hiver, ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement crée une taxe pour chaque appartement vide et veut consacrer ses recettes au loyer social, et où le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays dont le Parlement adopte des politiques d'égalité entre les hommes et les femmes, que le Tribunal Constitutionnel invalide. [...]

    La Catalogne est un pays dont le Parlement crée une taxe sur les centrales nucléaires dont le recettes iraient à la protection de l'environnement, et le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays dont le Parlement veut interdire le "fracking" (du gaz et pétrole de schiste), ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement légifère pour imposer un tarif aux opérateurs Internet pour soutenir la culture, ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement veut interdire les corridas, ce que le Tribunal Constitutionnel [espagnol] invalide."]


    Réflexions d'actualité : la Catalogne... et le Basûr (Kurdistan d'Irak) à l'heure des référendums d'indépendance

    Réflexions d'actualité : la Catalogne... et le Basûr (Kurdistan d'Irak) à l'heure des référendums d'indépendance


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    [Réponse à un commentaire qui abordait la question du référendum d'indépendance au Kurdistan d'Irak (Başûr) http://www.lemonde.fr/…/referendum-d-independance-du-kurdis…, lequel se trouve n'avoir pour seul soutien ouvert... que l’État d'Israël http://www.lemonde.fr/…/israel-soutient-le-referendum-d-ind…, dont on voit fréquemment les drapeaux dans les rassemblements populaires https://francais.rt.com/…/43827-drapeau-israelien-ne-vous-s…]

    Le principe léniniste* est que l'instrumentalisation par l'impérialisme ne peut pas conduire au rejet DE PRINCIPE du droit à l'autodétermination, ni pour un peuple en particulier, ni encore moins de manière générale.

    Par contre, on peut évidemment critiquer IN SITU la façon dont un processus est mené à l'instant t où l'on parle ; et là, c'est clair qu'au Başûr il y a matière... Les liens ouverts entre Barzani, oligarque-leader maître d’œuvre du référendum unilatéral, et l'entité sioniste, sont clairement dans cette partie du monde un SUICIDE POLITIQUE dans lequel il entraîne en outre TOUTES les forces kurdes et leurs soutiens, y compris des forces qui ont toujours dénoncé le sionisme et la destruction nationale du Peuple palestinien.

    Chez SLP, on ne s'appelle pas Maurice Thorez : on ne soutient pas les luttes de libération parce que et UNIQUEMENT SI elles "affaiblissent le pouvoir des monopoles ici", entendu, au service du "Peuple travailleur (blanc) de Frrrance"... Mais on les soutient bel et bien, par contre, parce que et UNIQUEMENT SI elles affaiblissent l'impérialisme dans la RÉGION DU MONDE concernée.

    Et l'on voit effectivement très mal en quoi un quart de Kurdistan complètement fantoche et totalement lié à Israël (et aux courants néocons-sionards des bourgeoisies impérialistes occidentales, BHL étant sans doute déjà dans l'avion pour Erbil afin de fêter ça...) remplirait ce critère.

    Mais la question kurde reste légitime et doit être posée, parce que là encore il faut en revenir à la position de Lénine : le droit à l'autodétermination nationale n'est pas un goût prononcé pour la séparation ethnique, mais un instrument pour l'UNITÉ des peuples, l'unité par l'égalité, la domination antidémocratique étant en fait contraire à l'unité.

    C'est valable partout, et tout particulièrement dans le Sud global. Contre l'impérialisme, l'ensemble du Proche et Moyen Orient (par exemple) a besoin d'unité, ethnique comme confessionnelle. Or ce n'est pas possible quand un groupe (national ou confessionnel) en domine un autre. Car à ce moment-là, soit le groupe dominant va devoir s'inféoder à l'impérialisme qui l'aidera à perpétuer sa domination (cas le plus fréquent, que les Kurdes ont bien connu au Bakur "turc" en particulier), soit il commence à bouger contre l'impérialisme et il va alors voir le groupe dominé instrumentalisé par ce dernier contre lui (cas typique du Kurdistan d'Irak - Başûr après l'invasion du Koweït par Saddam). Dans les deux cas, tout le monde est perdant.

    C'est en ce sens, tout simplement, que se pose la question kurde au Proche et Moyen Orient.

    Mais c'est en fait valable partout. L'URSS s'est éloignée au fil du temps des conceptions de Lénine, et elle est principalement morte de ça, de l'oppression nationale ressentie par les peuples non-russes (et les pays "frères" d'Europe de l'Est, Mongolie, Afghanistan etc.). C'est explicite dans les plans stratégiques de Brzezinski élaborés à partir de la fin des années 70 : il fallait jouer les nationalités pour abattre l'"Empire du Mal" (et c'est ce qui s'est passé...).

    Si demain (science-fiction complète) les jacobins complètement délirants du POI prenaient le pouvoir en Hexagone, ce serait simple : il y aurait des chouanneries, de la lutte armée en Corse, des soulèvements dans les banlieues à majorité musulmane ! La Réaction émigrée comme étrangère ne se priverait pas d'exploiter une telle faille d'ennemis aussi cons...

    C'est même valable de manière encore plus générale (comme le fait remarquer quelqu'un) au-delà des nationalités, pour tout groupe A opprimant un groupe B (groupes de genre par exemple). Soit le groupe A doit se faire carpette devant les "maîtres du monde", le Grand Capital monopoliste impérialiste, pour qu'ils appuient sa domination "édentée" qu'il ne peut maintenir seul, soit il essaye de se révolter contre eux, mais alors ceux-ci pourront jouer les revendications du groupe B opprimé contre lui.

    C'est le sens en lequel Marx disait que "un peuple (mais il aurait pu dire un groupe social humain en général) qui en opprime un autre ne saurait être libre".

     

    Les Kurdes irakiens étaient appelés à voter pour leur indépendance, lors d’un référendum organisé lundi par le gouvernement régional du Kurdistan irakien. Une…
    lemonde.fr


    * Principes léninistes dont il est beaucoup question dans toutes ces affaires, et que voilà exposés de la manière la plus complète ici :

    https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm

     


    1 commentaire

  • Déjà, le fait de commémorer le Vél d'Hiv est en soi problématique car même depuis que Chirac a reconnu la responsabilité de l’État français, c'était à Paris, en zone occupée, et ça laisse donc toujours planer le spectre de l'occupant sur la rafle...

    Commémorer LES RAFLES DE 1942 en général serait beaucoup plus difficile pour ce que la fRance essaye de préserver d'elle-même... Car la réalité c'est que l'immense majorité des Juifs s'étaient (forcément) réfugiés en zone non-occupée et donc que les principales rafles ont eu lieu en réalité un peu plus tard, en août-septembre, EN ZONE NON-OCCUPÉE (non-occupée avant novembre) et sans le moindre uniforme allemand à l'horizon. Cas UNIQUE en Europe pendant toute la guerre ; même la Slovaquie de Mgr Tiso a agi un peu plus sous la pression, c'était nettement plus un protectorat allemand que la France de Vichy !

    Et ce sous la conduite de René Bousquet*, chef de la police, qui ne venait absolument pas des ligues d'extrême-droite mais était proche (et le restera après la guerre jusqu'à sa mort !) du PARTI RADICAL... le parti de la République par excellence, qui l'a gouvernée non-stop de 1900 à 1940 !! Papon aussi, d'ailleurs, en était réputé plutôt proche avant-guerre. Et 90% des députés radicaux avaient voté les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940, comme à peu près autant de "démocrates" et libéraux un peu plus à droite, et une majorité de socialistes (et même quelques communistes, mais pas la majorité heureusement, qui formeront le "Parti ouvrier et paysan français" – communistes qui n'avaient pas été exclus de l'Assemblée en 1939 car ils avaient dénoncé le "pacte" germano-soviétique).

    Finalement, au début de l'Occupation, en dehors des communistes tiraillés entre les obligations du "pacte" et leur envie brûlante d'en découdre avec le fascisme (que beaucoup avaient déjà affronté militairement outre-Pyrénées, ou dans leurs pays d'origine pour ce qui était de la "Main d'Œuvre Immigrée"), la plupart des premiers résistants seront au contraire d'origine politique très à droite (par "nationalisme intégral") ! Ce qui faisait parler Pierre Pucheu (Ministre de l'Intérieur de Vichy) de "terrorisme d'extrême-gauche ET D'EXTRÊME-DROITE" (contre une "Révolution nationale" qui aurait donc été "centriste", finalement...).

    Tant que l'on aura pas regardé en face et dit tout cela, je pense que oui, en effet, on pourra parler de "philosémitisme d’État" pour désigner ce culte bidon, hypocrite du "rejet catégorique de l'antisémitisme" et des Juifs "âme même de la République", invoquant les mânes des "heures les plus sombres" et reconnaissant du bout des lèvres la responsabilité de l’État français dans celles-ci – mais toujours avec, en arrière-plan, une grosse voix qui nous répète que "la vraie France était à Londres"... on s'en convaincra, sans doute, en lisant ce que De Gaulle pouvait lui aussi dire sur les Juifs !!

    [* Bousquet au sujet des rafles : "Ces personnes ne nous ont pas été reconnaissantes et c’est la raison pour laquelle nous devons en libérer notre pays, pour sortir de la crise que nous traversons" http://jewishtraces.org/les-rafles-du-26-aout-1942-rafles-oubliees/. Bousquet = un mec de centre-gauche, équivalent à l'époque de Valls ou Collomb aujourd'hui ! (et de fait, les propos qui précèdent sont littéralement un archétype de racisme "bien-pensant" de "gauche", genre "je suis pas antisémite mais ce sont eux qui abusent tout de même", et qui pourrait tout à fait s'appliquer aux musulmans - par exemple - aujourd'hui...)]

    Punchline estivale en forme de big up à Macron, Netanyahu et à la grand-messe rrrrépublicaine des commémorations du Vél d'Hiv

    Punchline estivale en forme de big up à Macron, Netanyahu et à la grand-messe rrrrépublicaine des commémorations du Vél d'Hiv


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  • À lire. Pourquoi ? Parce que c'est intéressant... LOL. Et bon, un peu aussi parce qu'il y a des gens qui aiment pointer une prétendue "contradiction" entre notre engagement "régionaliste" occitan, et notre soutien au Parti communiste du Pérou (PCP) qui serait soi-disant "centraliste".

    Or le PCP est, rappelons-le, un Parti officiellement fondé entre 1928 et 1930 par José Carlos Mariátegui, dont Gonzalo se présente comme le continuateur (et non comme le "fondateur" d'un "nouveau" Parti), et dont les scissions successives avec les révisionnistes sont définies comme des expulsions de ceux-ci (et non des scissions des marxistes-léninistes puis des maoïstes). L'idée est en gros qu'il n'y a qu'un seul Parti communiste du Pérou, celui fondé par Mariátegui et reposant sur sa pensée théorique non édulcorée (les édulcorateurs ayant été envoyés aux poubelles de l'histoire). 

    À partir de là, c'est basiquement assez simple : tout ce que Gonzalo et les successifs congrès du Parti ne contredisent pas explicitement dans l'œuvre de Mariátegui, ils le confirment. 

    L'on peut donc y voir (dans ce texte) un Mariátegui fort peu amène envers le centralisme administratif d'une grande capitale, et n'évoquant pas l'idéologie (bourgeoise radicale) jacobine sans une très nette hauteur critique (cette idéologie serait "historiquement dépassée").

    Simplement et bien évidemment (et nous ne disons pas le contraire !), il rejette le régionalisme entendu comme expression des intérêts des notables exploiteurs locaux ; rappelant également que la décentralisation peut aussi être un instrument d'efficacité du pouvoir centraliste de la classe dominante (sur ces deux premiers points, la valeur du texte est presque universelle !) ; et il caractérise par ailleurs le clivage principal au Pérou comme celui... entre colonisateurs (descendants de colons espagnols et métis "plutôt blancs") et colonisés, une "dualité de races" (sociales, aujourd'hui qu'il est utile de le préciser) qui se retrouve territorialement dans l'opposition entre une côte principalement blanco-métisse et un arrière-pays andin (et amazonien encore derrière) principalement indigène, élément indigène particulièrement concentré dans le Sud où la côte est étroite et peu peuplée – car il ne s’agit pas, pour parler concrètement, de calquer abstraitement les problématiques et les "solutions" d’un pays sur un autre, mais bien de rechercher dans chaque pays sur quelle négation de peuple(s) (transformation des producteurs libres en force de travail du Capital) repose l’ordre social ; et au Pérou cette négation est bien entendu celle de "l’Indien", et non d’une quelconque "identité régionale" de ceux qu’on appelle les gamonales (en d’autre termes les colons, ou les métis assimilés à eux).

    Bonne lecture. 

     

    Régionalisme et centralisme

    Mariátegui : Régionalisme et Centralisme (première partie)

    I.  POSTULATS DE BASE 

    Comment se présente donc, à notre époque, la question du régionalisme ? Dans certains départements, surtout ceux du Sud, est absolument évidente l'existence d'un sentiment régionaliste. Mais les aspirations régionalistes sont imprécises, mal définies ; elles ne se concrétisent pas en revendications claires et puissantes. Le régionalisme au Pérou n'est pas un mouvement, un courant politique, un programme. Il n'est rien d'autre que la vague expression d'un mécontentement et d'un mal-être.

    Ceci trouve son explication dans notre réalité sociale et économique et dans notre processus historique. La question du régionalisme se pose, pour nous, en des termes nouveaux. Il n'est pas possible de l'aborder et de l'étudier à travers l'idéologie jacobine ou radicaloïde du XIXe siècle.

    Il me semble que nous pouvons nous orienter, pour traiter ce sujet du régionalisme, par le biais des propositions suivantes :

    1°- La polémique entre fédéralistes et centralistes est une polémique dépassée et anachronique au même titre que la controverse entre conservateurs et libéraux. En théorie comme en pratique, la lutte se déplace actuellement du terrain exclusivement politique vers le terrain économique et social. La nouvelle génération ne se préoccupe pas, dans notre régime politique, de l'aspect formel –les mécanismes administratifs– mais du substantiel –la structure économique.

    2°- Le fédéralisme n'apparaît pas dans notre histoire comme une revendication populaire, mais bien plutôt comme une revendication du gamonalisme et de sa clientèle. Les masses populaires indigènes ne la formulent pas. Son audience ne dépasse guère les limites de la petite bourgeoisie des vieilles villes coloniales.

    3°- Le centralisme s'appuie sur le caciquisme et le gamonalisme[1] local, disposé par intermittence à se dire où se sentir fédéraliste. La tendance fédéraliste recrute beaucoup de ses adeptes parmi les caciques et les gamonales en disgrâce auprès du pouvoir central.

    4°- L'un des grands vices de notre organisation politique est certainement son centralisme. Mais la solution ne réside certainement pas dans un fédéralisme de racines et d'inspiration féodales. Notre organisation politique a besoin d'être intégralement révisée et transformée.

    5°- Il est difficile de définir et de délimiter des régions d'existence historique au Pérou. Les départements proviennent du découpage artificiel des intendances de la vice-royauté. Ils n'ont par conséquent pas de réelle tradition, ni de réalité émanant véritablement de la population et de l'histoire péruvienne.

    L'idée fédéraliste n'a jamais montré dans notre histoire des racines véritablement profondes. Le seul conflit idéologique significatif du premier demi-siècle de la République a été celui entre libéraux et conservateurs, dans lequel n'était pas vraiment perceptible de réelle opposition entre la capitale et les régions, mais plutôt une opposition entre les encomenderos, les latifundistes [la grande propriété agraire], descendants de la féodalité aristocratique coloniale, et le demos métis des villes, héritier de la rhétorique libérale de l'Indépendance. Cette lutte transcendait, naturellement, la question du système administratif. La Constitution conservatrice de Huancayo, en supprimant les municipalités, exprimait la position du conservatisme quant à l'idée d'auto-gouvernement local. Mais tant pour les conservateurs que pour les libéraux d'alors, la centralisation ou la décentralisation administrative n'occupaient pas vraiment le premier plan de la polémique.

    Par la suite, lorsque les anciens encomenderos et aristocrates, unis à certains commerçants enrichis par les contrats avec l'État, se transformèrent en classe capitaliste et reconnurent que l'idéologie libérale se conformait bien mieux aux intérêts et aux nécessités du capitalisme que les idées aristocratiques, la décentralisation commença à se trouver de plus ou moins timides partisans tant dans l'un que dans l'autre des deux grands bords politiques. Conservateurs et libéraux, indistinctement, se déclaraient plus ou moins favorables ou opposés à elle. Il faut bien dire qu'à cette nouvelle époque, le conservatisme et le libéralisme qui ne se désignaient déjà même plus sous ces noms ne correspondaient plus non plus aux mêmes impulsions de classe : les riches, en cette curieuse période, devenaient un peu libéraux, et les masses à l'opposé se faisaient parfois conservatrices.

    Quoi qu'il en soit, le fait est que le caudillo civiliste Manuel Pardo esquisse en 1873 une politique décentralisatrice avec la création des conseils départementaux et que quelques années plus tard, le caudillo démocrate Nicolás de Piérola –politicien et homme d'État de mentalité plutôt conservatrice, bien que sa condition d'agitateur et de démagogue invitât à croire le contraire– accepte et fait inscrire dans la "déclaration de principes" de son parti les thèses suivantes : "Notre diversité de races, de langues, de climats et de territoires, non moins que l'éloignement entre nos principaux centres de population, exigent depuis longtemps, comme moyen de satisfaire nos besoins d'aujourd'hui et de demain, l'instauration d'une forme fédérative ; mais dans les conditions conseillées par l'expérience des pays similaires au nôtre et celles qui sont particulières au Pérou".

    À partir de 1895, les déclarations anti-centralistes se multiplient. Le Parti libéral d'Augusto Durand se prononce en faveur de la forme fédérale. Le Parti radical n'épargne ni attaque ni critique à l'encontre du centralisme. Il apparaît même, comme par enchantement, un Parti fédéraliste. La position centraliste n'est alors plus soutenue que par les civilistes qui pourtant, en 1873, semblaient plutôt enclins à une politique décentralisatrice.

    Mais tout cela n'en était pas moins que pures spéculations théorique. En réalité, les partis ne ressentaient pas d'urgence à liquider le centralisme. Les fédéralistes sincères, en plus d'être peu nombreux et dispersés entre les différents partis, n'exerçaient pas d'influence effective sur l'opinion. Ils ne représentaient pas une véritable aspiration populaire. Piérola et le Parti démocrate avaient gouverné durant plusieurs années. Durand et ses amis libéraux avaient partagé avec les démocrates, durant un certain temps, les honneurs et les responsabilités du pouvoir. Ni les uns ni les autres ne s'étaient préoccupés, à cette occasion, du problème du régime ni de réformer la Constitution.

    Le Parti libéral, après la disparition de l'éphémère Parti fédéraliste et la dissolution spontanée du radicalisme  gonzález-pradiste, resta seul à agiter la bannière du fédéralisme. Durand se rendit compte que l'idée fédérale –qui dans le Parti démocrate en était restée au stade de platonique et mesurée déclaration écrite– pouvait servir au Parti libéral pour se renforcer dans les provinces, en attirant à lui les éléments hostiles au pouvoir central. Sous, ou plutôt contre le gouvernement de José Pardo, il publie un manifeste fédéraliste. Mais sa politique ultérieure démontrera, de la manière la plus claire, que le Parti libéral en dépit de sa profession de foi ne voyait dans l'idée de fédération qu'un instrument de propagande. Les libéraux feront partie du gouvernement et de la majorité parlementaire durant le second mandat de Pardo, et ils ne montreront là, ni comme ministres ni comme députés, aucune intention de relancer le combat fédéraliste.

    Billinghurst aussi –avec peut-être plus de passion et de conviction que n'importe quel autre politicien avançant cette plateforme– voulait la décentralisation. On ne pourra lui reprocher, comme aux démocrates et aux libéraux, l'oubli de ce principe une fois aux affaires : son expérience gouvernementale fut trop brève. Mais objectivement, force est de constater qu'avec lui accéda à la présidence un farouche ennemi du centralisme sans apporter aucun bénéfice pour la campagne anti-centraliste.

    À première vue, ce rapide passage en revue de l'attitude des partis péruviens face au centralisme pourrait laisser penser à certains qu'entre la déclaration de principes du Parti démocrate et le manifeste du docteur Durand, a existé au Pérou un effectif et bien défini courant fédéraliste. Mais ce serait là s'arrêter à l'apparence des choses. Ce que montre, en réalité, ce passage en revue, c'est que l'idée fédéraliste n'a jamais suscité ni d'ardentes et explicites résistances, ni d'adhésion énergique et passionnée. Elle a été un mot d'ordre ou un principe sans valeur ni efficacité suffisante pour, en lui-même, devenir le programme d'un mouvement ou d'un parti.

    Ce constat ne signifie nullement valider ou prôner le centralisme bureaucratique. Mais il met en évidence le fait que le régionalisme diffus du Sud du Pérou ne s'est jamais concrétisé, jusqu'à aujourd'hui, en une active et intense affirmation fédéraliste.

    II.  RÉGIONALISME ET GAMONALISME

    Il devrait apparaître de manière toute aussi évidente à tout observateur affuté de notre processus historique, quel que soit son point de vue particulier, que les préoccupations actuelles de la pensée péruvienne ne sont plus exclusivement politiques –le terme "politique" devant être ici entendu au sens de "vieille politique" ou "politique bourgeoise"– mais sont aussi, et surtout, sociales et économiques. Le "problème de l'Indien"[2], la "question agraire" intéressent beaucoup plus les Péruviens de notre époque que le "principe d'autorité", la "souveraineté populaire", le "suffrage universel", la "souveraineté de l'intelligence" et autres thèmes du dialogue entre libéraux et conservateurs du siècle dernier. Ceci ne dépend nullement du fait que les générations antérieures eussent été plus "abstraites" et philosophiques, plus universalistes ; et qu'à l'opposé, celle d'aujourd'hui serait de mentalité plus réaliste, et plus péruvienne. Ceci dépend du fait que les joutes politiques entre libéraux et conservateurs exprimaient, d'un côté comme de l'autre, les intérêts et les aspirations d'une seule et unique classe sociale. La classe prolétaire n'avait pas de revendications et d'idéologie qui lui soient propres.

    Libéraux et conservateurs ne considéraient l'Indien que depuis leur point de vue de classe supérieur et distincte. Lorsqu'ils ne s'efforçaient pas tout simplement d'éluder ou d'ignorer le problème, ils s'employaient à le réduire à une question philanthropique ou humanitaire. Aujourd'hui, avec l'apparition d'une idéologie nouvelle qui traduit les intérêts et les aspirations de la masse –laquelle acquiert dans le même temps, graduellement, conscience et esprit de classe–, commence à surgir un courant ou une tendance nationale qui se sent solidaire du destin de l'Indien. Pour ce courant, la solution du problème indien doit être la base du programme de rénovation ou de reconstruction péruvienne. Le problème de l'Indien a cessé d'être, comme au temps des libéraux et des conservateurs, un sujet accessoire et secondaire : il est devenu un sujet capital.

    C'est justement là un des faits qui, contrairement à ce qu'insinuent les soi-disants et superficiels nationalistes, démontre que le programme qui s'élabore dans la conscience de cette génération est mille fois plus national que celui qui, par le passé, s'alimentait exclusivement de sentiments et de superstitions aristocratiques ou de conceptions et de formules jacobines. Une conception qui soutient la primauté du problème indien est simultanément très humaine et très nationale, très idéaliste et très réaliste. Et son ancrage dans l’esprit de notre temps est démontré par la coïncidence entre l'attitude de ses partisans à l'intérieur et le jugement de ses critiques de l'extérieur.

    Eugenio d'Ors, par exemple. Ce professeur espagnol dont la pensée est si estimée, voire surestimée par ceux qui au Pérou veulent lier nationalisme et conservatisme, a pu écrire à l'occasion du centenaire de la Bolivie les choses suivantes : "Dans certains pays américains en particulier, je crois discerner quelle doit être, quelle est, la justification de l'indépendance selon la loi du Bon Service ; quels sont, quels doivent être les tâches, l’œuvre, la mission. Je crois, par exemple, le voir de cette manière dans votre pays. La Bolivie a, comme le Pérou, comme le Mexique, un grand problème local qui signifie à la fois un grand problème universel. Elle a le problème de l'Indien, le problème de la situation de l'Indien face à la culture civilisée. Que faire de cette race ? Nous savons qu'il a existé, traditionnellement, deux méthodes opposées. La méthode anglo-saxonne a consisté à la faire reculer, la décimer, lentement l'exterminer. La méthode espagnole, au contraire, a consisté à tenter le rapprochement, la rédemption, le mélange. Je ne saurais dire en ce moment précis quelle méthode il faut préférer. La seule chose qu'il faut dire avec la plus extrême clarté, c'est l'obligation qu'il y a de travailler selon l'une ou l'autre de ces méthodes. C'est l'impossibilité morale de se contenter d'une ligne de conduite qui esquive simplement le problème, et tolère l'existence et le pullulement de ces Indiens à côté de la population blanche, sans se préoccuper de leur situation autrement que dans le sens d'en profiter –égoïstement, avarement, cruellement– pour les misérables et obscures travaux pénibles ou domestiques".

    Je ne m'arrêterai pas ici pour contredire l'affirmation d'Eugenio d'Ors quant à la supposée opposition, vis-à-vis de l'Indien, entre le soi-disant humanisme de la méthode espagnole et l'implacable volonté exterminatrice de la méthode anglo-saxonne (probablement que, pour Eugenio d'Ors, la méthode espagnole est représentée par le généreux esprit du père Las Casas et non par la politique de la conquête et de la vice-royauté, totalement guidée par des préjugés hostiles non seulement à l'Indien mais également au métis). Je veux simplement, à travers l'opinion d'Eugenio d'Ors, montrer un exemple de la manière équivalente dont interprètent le message de notre époque les agonistes éclairés de la "civilisation" et les observateurs intelligents de notre drame historique.

    Une fois admise la priorité du "problème indien" et de la "question agraire" sur quelque autre débat relatif aux mécanismes du régime et à la structure de l’État, il apparaît absolument impossible de considérer la question du régionalisme ou, plus précisément, de la décentralisation administrative depuis un point de vue qui ne soit pas subordonné à la nécessité de résoudre radicalement et organiquement ces deux problèmes. Une décentralisation qui ne serait pas tournée vers ce but, ne mérite même pas d'être discutée.

    La décentralisation en tant que telle, la décentralisation comme pure réforme politique et administrative, ne signifierait aucun progrès sur la voie de la solution du "problème indien" et du "problème de la terre", qui dans le fond se réduisent à un seul et même problème. Au contraire, une décentralisation mise en œuvre sans autre but que d'octroyer aux régions ou aux départements une plus ou moins large autonomie, ne ferait qu'accroître le pouvoir du gamonalisme contre une solution inspirée par les intérêts des masses indigènes. Pour se forger cette conviction, il suffit de se demander quelle caste, quelle catégorie sociale, quelle classe s'oppose à l'émancipation de l'Indien. Il ne peut y avoir qu'une seule et catégorique réponse à cette question : le gamonalisme, le féodalisme, le caciquisme. Par conséquent, comment douter une seule seconde qu'une administration régionale de gamonales et de caciques, d'autant plus qu'elle serait autonome, saboterait et rejetterait toute revendication indigène conséquente.

    Il n'y a de place pour aucune illusion à ce sujet. Les groupes, les couches saines des villes ne réussiront jamais à prévaloir sur le gamonalisme dans l'administration régionale. L'expérience de plus d'un siècle suffit pour savoir à quoi s'attendre quant à la possibilité que, dans un avenir proche, parvienne à fonctionner au Pérou un système démocratique qui assure, formellement du moins, la satisfaction du principe jacobin de "souveraineté populaire". Et les masses rurales, les communautés indigènes, se maintiendraient dans tous les cas en dehors du suffrage et de ses résultats. Par conséquent, "les absents ayant toujours tort", les organismes et autres pouvoirs qui seraient créés "électivement", mais sans leur vote, ne pourraient ni sauraient jamais leur rendre justice. Qui peut avoir l'ingénuité d'imaginer les régions, dans leur réalité économique et politique présente, réellement régie par le "suffrage universel" ?

    Tant le système de "conseils départementaux" de Manuel Pardo que la république fédérale préconisée par le manifeste d'Augusto Durant et autres partisans de la fédération, n'ont jamais représenté ni ne pouvaient représenter autre chose que les aspirations du gamonalisme. Les "conseils départementaux", en pratique, transféraient aux caciques des départements un ensemble de prérogatives que détenait le pouvoir central. La république fédérale, approximativement, aurait eu la même fonction et la même "efficacité".

    Ont totalement raison les régions, les provinces qui condamnent le centralisme, ses méthodes et ses institutions. Elles ont totalement raison lorsqu'elles dénoncent un système qui concentre dans la capitale toute l'administration de la République. Mais elles se trompent gravement lorsqu'elles pensent, trompées par un mirage, que la décentralisation suffirait à elle seule à résoudre leurs problèmes essentiels. Le gamonalisme, au sein de la République centraliste et unitaire, est l'agent de la capitale dans les régions et les provinces. De tous les défauts, de tous les vices du régime centraliste, le gamonalisme est solidaire et responsable. De ce fait, si la décentralisation ne sert à rien d'autre qu'à placer l'administration régionale et locale directement sous le contrôle des gamonales, la substitution d'un système par un autre n'apportera ni ne permettra aucun remède à aucun mal profond.

    Luis E. Valcárcel s'est donné pour tâche de démontrer "la survivance de l'Inkario sans l'Inka". C'est là une œuvre autrement plus intéressante que les controverses dépassées de la vieille politique. C'est là un sujet, aussi, qui confirme l'idée que les préoccupations de notre époque ne sont plus superficiellement et exclusivement politiques, mais principalement économiques et sociales. Car le travail de Valcárcel touche dans le vif du sujet la question de l'Indien et de la terre. Il ne recherche pas sa solution dans le gamonalisme, mais dans l'ayllu.

    III.  LA RÉGION DANS LA RÉPUBLIQUE

    Nous en arrivons donc à l'un des problèmes substantiels du régionalisme : la définition des régions. Il me semble que nos régionalistes d'ancien type ne se le sont jamais posé de manière sérieuse ni réaliste ; omission conduisant inévitablement au caractère abstrait et à la superficialité de leurs thèses. Aucun régionaliste intelligent ne peut prétendre que les régions sont définies par notre organisation politique, c'est-à-dire que les "régions" seraient les "départements". Les départements sont des institutions politiques qui ne recouvrent aucune réalité ni encore moins une unité économique et historique. Le département, en fait, est une institution qui ne correspond à rien d'autre qu'une nécessité ou un critère fonctionnel du centralisme. Et l'on ne saurait concevoir un régionalisme qui condamne abstraitement le régime centraliste sans s'attaquer concrètement à ses divisions territoriales particulières. Le régionalisme se traduit logiquement en fédéralisme, ou du moins, en tout cas, en une forme concrète de décentralisation. Un régionalisme qui se contente de l'autonomie municipale n'est pas un régionalisme à proprement parler. Comme l'écrit Herriot, dans un chapitre de son livre Créer dédié à la réforme administrative : "le régionalisme doit superposer au département et à la commune un organe nouveau, la région".

    Mais cet organe n'a en réalité rien de nouveau, sinon comme organe politico-administratif. Une région ne naît pas d'une proclamation politique de l'État central. Une région a généralement des racines historiques plus anciennes que la nation elle-même. Pour revendiquer un peu d'autonomie vis-à-vis de cette dernière, elle doit précisément exister en tant que région. En France, nul ne peut contester la légitimité de la Provence, de l'Alsace, de la Lorraine ou encore de la Bretagne à se dire et se sentir régions. Ne parlons même pas de l'Espagne, où l'unité nationale est encore moins solide, ni de l'Italie, où elle est beaucoup plus récente. Dans ces deux derniers pays les régions se différencient nettement par la tradition, le caractère, la population et même la langue.

    Le Pérou, selon la géographie physique, se divise en trois régions : la côte, la sierra (les Andes) et le piémont ando-amazonien encore au-delà de cette dernière (au Pérou, la seule chose qui soit bien définie est pour ainsi dire la nature). Et cette division n'est pas seulement physique : elle transcende toute notre réalité sociale et économique. La piémont andin et la forêt amazonienne, sociologiquement et économiquement, ne signifient pas grand-chose. L'on peut en dire en substance qu'ils sont une colonie de l'État péruvien. Mais la côte et la sierra, en revanche, sont bel et bien les deux régions entre lesquelles se partage et sépare, de même que le territoire, l'essentiel de la population. La sierra est indigène ; la côte est espagnole ou métisse (comme on préfèrera la qualifier, étant donné que les notions d'"indigène" et "espagnol" on déjà ici une acception fort large). Je répèterai ici ce que j'ai écrit dans un article au sujet d'un livre de Valcárcel : "La dualité de l'histoire et de l'âme péruvienne, à notre époque, se précise comme un conflit entre la forme historique qui s'est élaborée sur la côte et le sentiment indigène qui survit dans la sierra, profondément ancré dans l'élément naturel. Le Pérou actuel est une formation côtière. La péruvianité actuelle s'est sédimentée dans les terres basses. Ni l'Espagnol ni le criollo[3] n'ont jamais su ni pu conquérir les Andes. Dans les Andes, l'Espagnol n'a jamais été qu'un pionnier ou un missionnaire. Et le criollo l'est lui aussi, jusqu'à ce que l'environnement andin n'éteigne en lui le conquistador et fasse de lui, peu à peu, un indigène".

    La race et la langue indigènes, délogées de la côte par la population et la langue espagnoles, apparaissent maussadement réfugiées dans la Cordillère. Par conséquent se concentrent dans la sierra tous les éléments d'une "régionalité", si ce n'est carrément d'une nationalité. Le Pérou côtier, héritier de l'Espagne et de la conquête, domine depuis Lima le Pérou andin ; mais il n'est pas assez fort démographiquement et spirituellement pour totalement l'absorber. L'unité péruvienne reste à faire ; et elle ne se présente pas comme la réunion, dans le cadre d'un grand État unique, de plusieurs anciens petits États ou villes libres. Au Pérou, le problème de l'unité est beaucoup plus profond car ce qu'il faut y résoudre n'est pas une pluralité de traditions locales ou régionales mais une dualité de races, de langues et de sentiments, née de l'invasion et de la conquête du Pérou autochtone par une race étrangère qui n'a réussi ni à fusionner avec la race indigène, ni à l'absorber ou l'éliminer.

    Le sentiment régionaliste, dans les villes et les circonscriptions où il est le plus profond et ne traduit pas un simple mécontentement d'une partie du gamonalisme, s'alimente évidemment bien qu'inconsciemment de ce contraste en la côte et la sierra. Le régionalisme, lorsque qu'il répond à ces impulsions-là, n'est plus un simple conflit entre la capitale et les provinces mais pointe du doigt le conflit entre le Pérou côtier et espagnol et le Pérou andin et indigène.

    Mais une fois définies ainsi les régionalités, ou mieux dit, les régions, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés dans notre examen concret de la décentralisation. Au contraire, l'on perd de vue cette question pour se tourner vers une autre beaucoup plus importante. Car la côte et la sierra, géographiquement et sociologiquement, sont deux régions ; mais elles ne peuvent pas l'être politiquement et administrativement. Les distances inter-andines sont plus importantes que celles entre les Andes et la côte. Les voies de pénétration sont plus importantes que les voies de communication longitudinales. Le développement des centres de production de la sierra dépend de leurs débouchés maritimes. Et tout programme positif de décentralisation doit s'inspirer, principalement, des nécessités de l'économie nationale. La finalité historique de la décentralisation n'est pas sécessionniste, mais au contraire de servir l'unité de pays. S'il faut décentraliser, ce n'est pas pour séparer et diviser mais pour assurer et perfectionner l'unité au sein d'une coexistence plus organique et moins coercitive. Régionalisme ne veut pas dire séparatisme.

    Ces constatations conduisent, par voie de conséquence, à la conclusion que le caractère imprécis et nébuleux du régionalisme péruvien et de ses revendications n'est autre qu'une conséquence de l'absence de régions bien définies.

    L'un des faits qui plaide le plus vigoureusement à l'appui de cette thèse, me semble être le fait que le régionalisme ne soit nulle part un sentiment plus sincère et profond que dans le Sud du Pérou, pour être précis, dans les départements de Cuzco, Arequipa, Puno et Apurímac. Ces départements constituent la plus définie et organique de nos régions. Les liens et les échanges entre eux maintiennent en fait en vie une très vieille unité : celle héritée des temps de la civilisation inca. Dans le Sud, la "régionalité" repose solidement sur le roc de l'histoire. La Cordillère des Andes en est le bastion.

    Le Sud est fondamentalement andin. Dans le Sud, la côte se rétrécit. Ce n'est plus qu'une mince et exiguë bande de terre, sur laquelle le Pérou côtier et métis n'a pas pu s'asseoir fortement. Les Andes s'avancent sur la mer, faisant de la côte une étroite corniche. Par conséquent, les villes ne se sont pas formées sur la côte mais dans la montagne. Sur la côte méridionale, il n'y a rien d'autre que de petits ports dans des criques. Le Sud a donc pu se maintenir andin, indigène en dépit de la conquête, de la vice-royauté et de la république coloniales.

    Vers le Nord, la côte s'élargit. Elle devient économiquement et démographiquement dominante. Trujillo, Chiclayo, Piura sont des villes d'esprit et de tonalité espagnols. Le trafic entre ces villes et Lima est facile et fréquent. Mais ce qui les rapproche le plus de la capitale, cela reste l'identité de tradition et de sentiment.

    Sur une carte du Pérou, mieux que par quelque confuse et abstraite théorie, se trouve ainsi expliqué le régionalisme péruvien.

    Le régime centraliste divise le territoire national en départements, mais il accepte et emploie, parfois, une division plus générale, celle qui réunit les départements en trois groupes : Nord, Centre et Sud. La Confédération péruvio-bolivienne de Santa Cruz avait quant à elle sectionné le Pérou en deux moitiés ; ce qui n'était pas, dans le fond, plus arbitraire que l'actuelle démarcation de la République centraliste. Sous les étiquettes de Nord, Centre et Sud sont regroupés des départements ou des provinces qui n'ont aucun rapport ni contact entre eux. Le terme de "région" apparaît ici appliqué de manière beaucoup trop conventionnelle.

    Ni l’État ni les partis politiques n'ont jamais réussi, cependant, à définir d'une autre manière les régions péruviennes. Le Parti démocrate, au fédéralisme théorique duquel j'ai déjà fait référence précédemment, a appliqué ce principe à son organisation interne, plaçant au-dessous du comité central trois comités régionaux au Nord, au Centre et au Sud (du fédéralisme de ce parti, l'on pourrait donc dire qu'il fut un fédéralisme à usage interne). La réforme constitutionnelle de 1919, en instituant les congrès régionaux, a sanctionné la même subdivision du pays.

    Mais cette subdivision, comme celle des départements, correspond caractéristiquement et exclusivement à une conception centraliste. C'est une opinion, une thèse centraliste. Les régionalistes ne peuvent l'adopter sans paraître imprégnés des présupposés et des concepts particuliers de la mentalité métropolitaine. Toutes les tentatives de décentralisation ont souffert, précisément, de ce vice originel.


    [Donc, par rapport à ce qu'il peut y avoir d'universel dans les thèses exposées ici, nous disons que notre "occitanisme" et plus largement notre "libérationisme" des nationalités renfermées dans l’État français ne veut pas être et ne sera pas au service des intérêts des notables et du petit ou moyen capitalisme local, comme tel est généralement l'esprit des discours "décentralisateurs" depuis un siècle ou plus (CELIB en Bretagne, rocardisme de manière générale – et c'est une vérité que la confusion entre cela et les aspirations populaires est présente dans beaucoup de mouvements d'affirmation nationalitaires en Europe) ; et que son objectif principal doit être la résolution des problèmes sociaux de nos territoires... y compris, quelque part, de la question raciale : en effet, la construction du "Blanc" (comme "glacis stratégique" de la bourgeoisie capitaliste-impérialiste) se confond largement dans l'État français avec celle du "Français" ; si bien qu'en rejetant cette identité "française" (en combattant la périphérisation socio-économique historique qui en est la base matérielle), en nous concevant et réaffirmant comme ce que nous sommes réellement, nous nous "déconstruisons en tant que Blancs" ou plutôt (en langage plus matérialiste) nous faisons voler en éclat le "glacis stratégique" et portons un coup sérieux au Pouvoir bourgeois impérialiste, servant par là la libération de tous les peuples colonisés ou semi-colonisés et racisés de la planète, y compris leurs immigrations de travail à l'intérieur de la métropole, réalité évidemment très présente en Occitanie.

    Bien entendu, s'il est utile de le préciser (mais apparemment c'est toujours utile...), au-delà de ces aspects de valeur universelle, nous ne "comparons" pas notre situation à celle du Pérou que Mariátegui caractérise comme un pays COLONIAL, frappé d'abord et avant tout par une dualité SOCIO-RACIALE.]


    IV.  DÉCENTRALISATION CENTRALISTE 

    Les formes de décentralisation mises à l'essai dans l'histoire de la République ont donc toujours souffert de ce vice originel, d'être de conception et de dessein absolument centralistes. Les partis et les caudillos ont adopté de multiples fois, par opportunisme, le thème de la décentralisation. Mais lorsqu'ils ont tenté de mettre celle-ci en application, ils n'ont pas su ni pu se mouvoir en dehors de la praxis centraliste. 

    Cette force gravitationnelle centraliste s'explique parfaitement. Les aspirations régionalistes n'ont jamais constitué un programme concret ni proposé une méthode définitive de décentralisation ou d'autonomie, du fait qu'elles traduisaient, en lieu et place d'une revendication populaire, un sentiment féodal. Les gamonales se préoccupaient uniquement d'accroître leur pouvoir féodal. Ils ne réussissaient, dans le meilleur des cas, qu'à balbutier le mot "fédération". Par conséquent, les formules de décentralisation demeuraient un pur produit de la capitale. 

    La capitale n'a jamais défendu non plus avec beaucoup d'ardeur, ni avec beaucoup d'éloquence sur le terrain théorique, le régime centraliste ; mais sur le plan de la pratique, elle a su et pu conserver intacts ses privilèges. En théorie, elle n'a jamais eu trop de difficultés à faire quelques concessions à l'idée de décentralisation administrative. Mais les solutions recherchées à ce problème étaient systématiquement coulées dans le moule des conceptions et des intérêts centralisateurs, à l'image du premier essai effectif que fut l'expérience des conseils départementaux à travers la loi des municipalités de 1873 (l'expérience fédéraliste de Santa Cruz, trop brève, restera en dehors de cette étude, non seulement pour sa brièveté mais pour son caractère de concept supranational imposé par un homme d’État dont l'idéal était, fondamentalement, l'union du Pérou et de la Bolivie). 

    Ces conseils départementaux de 1873 montraient non seulement dans leur facture, mais aussi dans leur inspiration leur esprit centraliste. Leur modèle avait tout simplement été recherché et trouvé... en France, pays s'il en est de la centralisation à outrance. Nos législateurs prétendaient adapter au Pérou, comme réforme décentralisatrice, un système de la Troisième République française qui venait de naître totalement enferrée dans les principes centralisateurs du Consulat et de l'Empire. 

    La réforme de 1873 apparaît par conséquent comme l'exemple type de décentralisation centraliste. Elle ne signifiait pas la satisfaction de revendications précises du sentiment régional. Bien au contraire, les conseils départementaux contrariaient ou balayaient tout régionalisme organique étant donné qu'ils renforçaient la division artificielle de la République en départements, c'est-à-dire en circonscriptions administratives au service du régime centraliste. 

    Dans un essai sur le régime administratif local, Carlos Concha prétend que "l'organisation donnée à ces institutions, calquée sur la loi française de 1871, ne correspondait pas à la culture politique de l'époque". Ceci est un jugement typiquement civiliste, porté sur une réforme elle aussi civiliste. Les conseils départementaux échouèrent, en réalité, pour la bonne et simple raison qu'ils ne correspondaient absolument pas à la réalité historique du Pérou. Ils étaient destinés à transférer au gamonalisme régional une partie des prérogatives du pouvoir central, l'enseignement primaire et secondaire, la justice, les services de gendarmerie et la garde civile. Et le gamonalisme régional n'avait pas, en vérité, grand intérêt à assumer toutes ces prérogatives, en plus de n'avoir aucune aptitude à le faire. Le fonctionnement du système était, en outre, beaucoup trop compliqué. Les conseils étaient des espèces de petits parlements élus par les collèges électoraux de chaque département et les membres des municipalités provinciales. Les grands caciques voyaient naturellement dans ces parlements une machine inextricable. Leurs intérêts réclamaient quelque chose de plus simple dans sa composition et son maniement. Que pouvait leur importer, par ailleurs, l'instruction publique ? Ces préoccupations fastidieuses étaient bonnes pour le pouvoir central. Les conseils départementaux ne satisfaisaient, par conséquent, ni le peuple laissé en dehors du jeu politique, surtout les masses paysannes, ni les seigneurs féodaux et leurs clientèles. L'institution était au final complètement artificielle. 

    La guerre de 1879 mit finalement un point final à la tentative, mais les conseils avaient déjà échoué depuis longtemps. Il avait été démontré en pratique, au long de leurs quelques années d'existence, qu'ils étaient incapables de remplir leurs missions. Lorsqu'au sortir de la guerre [guerre contre le Chili durant laquelle une grande partie du pays avait été occupée, et des territoires annexés encore jusqu'à ce jour NdT] se fit sentir le besoin de réorganiser l'administration, plus personne ne jeta un seul regard à la loi de 1873. 

    La loi de 1886, qui créa les juntes départementales, correspondait à la même orientation. La différence était que cette fois, le centralisme devait beaucoup moins se préoccuper formellement d'une décentralisation de façade. Ces juntes fonctionnèrent jusqu'en 1893 sous la présidence des préfets. Sur le principe, elles étaient totalement subordonnées à l'autorité du pouvoir central. 

    Ce que proposait réellement cette apparence de décentralisation, ce n'était pas l'établissement d'un régime graduel d'autonomie administrative des départements. L’État n'avait pas créé les juntes pour satisfaire les aspirations régionales. Ce dont il s'agissait, c'était de réduire ou de supprimer la responsabilité du pouvoir central dans la répartition des fonds disponibles pour l'enseignement et la voirie. Tout l'appareil administratif demeurait rigidement centralisé. Aux départements n'était reconnue d'autre indépendance administrative que ce que l'on pourrait appeler l'autonomie de leur misère. Chaque département devait à ses frais, le pouvoir central s'épargnant ce souci, construire les écoles que l'on consentait à lui laisser construire et ouvrir ou réparer les routes qu'on l'autorisait à ouvrir ou réparer. Les juntes n'avaient d'autre objet que le partage entre les départements du budget de l'éducation et des travaux publics. 

    La preuve que ceci était la véritable signification des juntes départementales nous est apportée par leur dépérissement et leur suppression. À mesure que le service public se rétablissait des conséquences de la guerre de 1879, le pouvoir central recommença à assumer les fonctions précédemment déléguées aux départements. Le gouvernement prit intégralement en main l'instruction publique. L'autorité du pouvoir central s'accrut en proportion du budget général de la République. Les recettes fiscales départementales commencèrent à représenter peu de chose à côté des recettes de l’État. Et comme conséquence de ce déséquilibre, se renforça à nouveau le centralisme. Les juntes départementales, remplacées par le pouvoir central dans les fonctions éphémères que celui-ci leur avait confiées, s'atrophièrent peu à peu. Lorsqu'il ne leur resta plus d'attributions secondaires que la révision des actes des municipalités et quelques autres fonctions bureaucratiques dans l'administration départementale, elles furent enfin supprimées. 

    La réforme constitutionnelle de 1919 n'a pas pu s'abstenir de donner une satisfaction, formelle du moins, au sentiment régionaliste. Mais la plus audacieuse de ses mesures décentralisatrices, l'autonomie municipale, n'a pas encore été à ce jour appliquée. Le principe d'autonomie municipale a été intégré à la Constitution de l’État, mais rien n'a été en réalité touché aux mécanismes et à la structure du régime local. Au contraire, celle-ci a même régressé : c'est désormais le gouvernement qui nomme les municipalités. 

    En revanche, l'on a cherché à expérimenter sans attendre le système des congrès régionaux. Ces parlements du Nord, du Centre et du Sud sont des espèces de filiales du Parlement national. Ils sont mis en place pour la même durée, lors de la même période électorale. Ils naissent de la même matrice et à la même date. Ils ont pour mission de voter une législation subsidiaire et additionnelle. Leurs propres auteurs sont certainement déjà convaincus qu'ils ne servent à rien. Six années de cette expérience suffisent à en juger et à n'y voir, en dernière instance, qu'une parodie absurde de décentralisation. 

    Il n'y avait pas besoin, en réalité, de cette preuve pour savoir à quoi s'attendre au regard de leur efficacité. La décentralisation à laquelle aspire le régionalisme n'est pas législative mais administrative. On ne peut concevoir l'existence d'une assemblée délibérante ou d'un parlement régional sans un organe exécutif correspondant. Multiplier les législatures n'est pas décentraliser. 

    Les congrès régionaux n'ont même pas réussi à décongestionner le Congrès national, dans les deux chambres duquel restent débattus des sujets locaux. 

    Le problème, en somme, est demeuré intégralement sur pied. 

    V.  LE NOUVEAU RÉGIONALISME 

    J'ai jusqu'ici examiné la théorie et la pratique du régionalisme d'ancien type. Il me faut maintenant formuler mon point de vue sur la décentralisation et exposer concrètement en quels termes, selon moi, se pose désormais le problème pour la nouvelle génération. 

    La première chose qu'il convient d'éclaircir est la solidarité ou le compromis auxquels sont progressivement parvenus le gamonalisme régional et le régime centraliste. Le gamonalisme a pu par le passé se manifester de manière plus ou moins fédéraliste ou anti-centraliste, tandis que dans le même temps s'élaborait et mûrissait cette solidarité. Mais depuis qu'il s'est converti en le meilleur instrument, le plus efficace agent du régime centraliste, il a également renoncé à toute revendication désagréable pour ses alliés de la capitale. 

    Il semble bien falloir déclarer caduque la vieille opposition entre centralistes et fédéralistes de la classe dominante ; opposition qui, comme je l'ai fait remarquer tout au long de cette étude, n'a de toute façon jamais pris une tournure réellement dramatique. L'antagonisme théorique a fini par se résoudre dans un accord pratique. Seuls les gamonales en position de défaveur auprès du pouvoir central peuvent encore se montrer disposés à une attitude régionaliste que, bien évidemment, ils sont résolus à abandonner à peine viendrait à s'améliorer leur fortune politique. 

    Il n'existe plus désormais, au premier plan, de problème de la forme de gouvernement. Nous vivons à une époque où l'économie domine et absorbe la politique de manière beaucoup trop évidente. Dans tous les pays du monde, on ne discute plus simplement des mécanismes d'administration mais, principalement, des bases économiques de l'État. 

    Dans la sierra subsistent, beaucoup plus enracinés et forts qu'ailleurs, les résidus de la féodalité espagnole. La nécessité la plus impérieuse pour notre progrès national est la liquidation de cette féodalité, qui constitue une survivance de l'ère coloniale. L'émancipation, le salut de l'Indien, est aujourd'hui le programme et l'objectif de la rénovation péruvienne. Les hommes nouveaux veulent que le Pérou repose sur des ciments biologiques naturels. Ils sentent la nécessité d'instaurer un ordre social plus péruvien, plus autochtone. Et les ennemis historiques et logiques de ce programme sont les héritiers de la Conquête, les descendants des colons. Autrement dit les gamonales. Il n'y a sur ce point aucune équivoque possible. 

    Par conséquent s'impose la répudiation absolue, le rejet radical d'un régionalisme qui trouve son origine dans des sentiments et intérêts féodaux, et qui, par là, vise comme objectif essentiel au renforcement du pouvoir gamonaliste. 

    Le Pérou doit choisir entre le gamonal et l'Indien. Tel est son dilemme. Il n'existe pas de troisième voie. Une fois posés les termes de ce dilemme, toutes les questions d'architecture du régime passent au second plan. Ce qui importe réellement aux hommes nouveaux, c'est que le Pérou se prononce contre le gamonal et pour l'Indien. 

    Comme conséquence de ces idées et de ces faits qui nous placent chaque jour avec plus de force devant cet inévitable dilemme, le régionalisme commence à se différencier et se séparer en deux tendances nettement distinctes. Ou plutôt, il commence à apparaître un nouveau régionalisme. Ce nouveau régionalisme n'est pas une simple protestation contre le régime centraliste : c'est une expression de la conscience et du sentiment andins. Les nouveaux régionalistes sont, avant tout, indigénistes. On ne peut les confondre avec les anti-centralistes de la vieille école. Valcárcel aperçoit intactes, sous la meuble couche sédimentaire du colonialisme, les racines de la société inca. Son œuvre, plus que régionale, est cuzquègne, andine, quechua. Elle s'alimente du sentiment indigène et de la tradition autochtone. 

    Le problème central, pour ces régionalistes, est celui de l'Indien et de la terre. Et en cela, leur pensée coïncide totalement avec celle des hommes nouveaux de la capitale. On ne peut plus parler, à notre époque, de contraste entre la capitale et la région, mais plutôt de conflit entre deux mentalités, deux idéaux, l'un qui décline, l'autre en pleine ascension, l'un et l'autre représentés et répandus sur la côte comme dans la sierra, dans la province comme dans l'urbs. 

    Ceux qui, parmi les jeunes gens, persistent à parler le même langage vaguement fédéraliste que les vieux, se trompent de voie. Il appartient à la nouvelle génération de construire, sur un solide ciment de justice sociale, l'unité péruvienne. 

    Une fois ces principes posés, une fois ces finalités admises, tout désaccord éventuel émanant d'égoïsmes régionaux comme centralistes est écarté et exclu. La condamnation du centralisme va de pair avec celle du gamonalisme, et ces deux condamnations reposent sur une même espérance et un même idéal. 

    L'autonomie municipale, l'auto-gouvernement, la décentralisation administrative ne peuvent plus être discutés ni négociés en tant que tels, mais doivent au contraire, du point de vue d'une intégrale et radicale rénovation, être considérés et appréciés en relations avec la question sociale. 

    Aucune réforme qui renforcerait le gamonal contre l'Indien, pour autant qu'elle puisse paraître satisfaire un sentiment régionaliste, ne peut être considérée comme une réforme bonne et juste. Au-dessus de quelque triomphe formel de la décentralisation et de l'autonomie que ce soit, trônent les revendications substantielles de la cause indienne, inscrites en première page du programme révolutionnaire de l'avant-garde.

    [Sur ces deux dernières parties, les choses ne peuvent pas être plus claires : Mariátegui n'est PAS centraliste, pas "jacobin". Il ne considère pas qu'une construction historique donnée, une construction historique de classe, comme le Pérou ancienne colonie espagnole mais comme aussi (en vérité) tout État bourgeois de la mappemonde actuelle, serait "indépassable" sinon vers un "universel" suffisamment utopique et abstrait pour que nul (pas même celui qui en parle) n'ait trop à le craindre.

    Il est pour un "régionalisme" révolutionnaire, ce "nouveau régionalisme" dont il salue explicitement l'émergence. Il rejette formellement le régionalisme réactionnaire, expression des intérêts d'une caste exploiteuse locale (les gamonales, les colons dans le cas péruvien). Il rappelle aussi que non seulement cette "décentralisation"-là doit être rejetée, mais que l'idée même de "décentralisation" peut être reprise et utilisée par le pouvoir central (représentant les intérêts de la bourgeoisie "principale", du Centre capitalistique de l’État) pour rendre plus efficace son appareil de domination.

    Mais il n'est absolument pas hostile au "régionalisme" qui exprime les aspirations populaires à la LIBÉRATION. En définissant au préalable, bien entendu, quelle oppression et donc quelle libération est la clé pour renverser l'ordre social existant ; et au Pérou c'est bien entendu celle de "l'Indien", la libération des masses indigènes des griffes du gamonalisme colonial – ensuite seulement, l'on verra quel régime d'autonomie locale appliquer ici et là sous le Nouveau Pouvoir du Pérou libéré.

    Ici, la problématique "pilier" a deux aspects. La bourgeoisie "principale", celle de Paris et du Bassin parisien, s'est d'abord (appuyée sur la monarchie capétienne) taillée un "Empire" européen : ce que l'on appelle aujourd'hui la "France métropolitaine", "absorbant" et subordonnant les bourgeoisies (et aristocraties, à l'époque) locales et transformant les masses de producteurs en force de travail de son accumulation capitaliste. Puis elle s'est taillée un (immense) Empire colonial esclavagiste puis semi-esclavagiste outre-mer, hors d'Europe, qui persiste aujourd'hui sous des formes rénovées ("nos compatriotes d'outre-mer", ou alors des pays pseudo-"indépendants" totalement "tenus" par le Capital impérialiste BBR). Enfin, dernière étape en date, une partie de ces populations colonisées d'outre-mer a été amenée en "métropole" pour (concrètement) y prendre la place des couches laborieuses "métropolitaines" (blanches) qui s'étaient "petit-embourgeoisées" au cours des dites "Trente Glorieuses".

    L'Empire colonial et ses "représentants" en métropole, soumis au racisme structurel des institutions et de la société blanche, sont très clairement le problème fondamental, le support de toute la structure et (pour reprendre les mots de Marx au sujet de l'Irlande par rapport à la classe ouvrière anglaise) le secret de l'impuissance de la classe ouvrière blanche "métropolitaine". Tant parce que nous sommes capables (aussi !) d'être sensibles à l'intérêt des autres (celui de ces Peuples surexploités en l'occurrence) que parce que nous savons y voir à long terme le nôtre, ces luttes de libération-là sont à soutenir de manière inconditionnelle.

    Mais ces luttes, le passé l'a montré, ne sauraient aboutir pleinement à une libération TOTALE si la "métropole" reste intacte, sans renversement révolutionnaire de celle-ci. Et c'est là que NOS luttes de libération, celles des Peuples travailleurs (blancs) de "métropole" qui de francisation en francisation ont été transformés en "glacis stratégique" (la "société civile" selon Gramsci) de la bourgeoisie capitaliste-impérialiste tricolore, entrent en scène : en affrontant nos PROPRES problématiques (l'intérêt économique qui régit nos territoires relégués est toujours en dernière analyse celui du Grand Capital parisien, et de la petite bourgeoisie franchouillarde qui forme sa "garde rapprochée" - sous forme de cadres "cherche-soleil" ou de touristes ; ceci s'accompagnant d'une annihilation linguistique, culturelle, mémorielle historique afin que nous soyons bien serviles comme il faut), nous permettons de faire voler en éclat le "glacis" de "société civile" et de détruire en quelque sorte (de façon imagée) la tête de la tique, sans quoi celle-ci se reformera toujours en suçant le sang de la planète entière.

    Tel est, sur la base et face à cette double problématique, le sens de notre "régionalisme" ; exactement comme le "régionalisme" soutenu par Mariátegui était celui exprimant la soif de libération des grandes concentrations géographiques indigènes.]

    Mariátegui : Régionalisme et Centralisme (première partie)


    [1] Système semi-féodal hérité du colonialisme. Contre l’autorisation de cultiver une parcelle de terre, le propriétaire exigeait du paysan qu’il travaille à l’hacienda et qu’il accomplisse toutes sortes de tâches pour le patron : semer sur ses terres, servir de domestique (pongo) chez le maître, vendre sa production au propriétaire au prix fixé par ce dernier, etc., pour ne citer que quelques abus parmi beaucoup d’autres.

    Le terme peut aussi désigner plus largement toute l'inégalité sociale (et raciale, coloniale !) consacrée par ce système dans les campagnes ; ceux qui en bénéficient – autorités, clergé, propriétaires fonciers blancs et métis – étant appelés les gamonales.

    Pour Mariátegui, le gamonalisme ne désigne donc pas seulement une catégorie sociale et économique mais l'ensemble d'un phénomène qui est représenté non seulement par les gamonales proprement dits, mais qui comprend également une ample hiérarchie de fonctionnaires, d'intermédiaires, d'agents, de parasites etc., soulignant que le facteur central du phénomène est l'hégémonie de la grande propriété semi-féodale dans la politique et dans le mécanisme de l’État, et que l'on doit s'attaquer à cette racine.

    [2] Nous reprenons ici tel quel le terme employé par Mariátegui, bien que le terme correct soit évidemment "indigène" et devrait peut-être même être tout simplement "Américain" (les indigènes d'Amérique n'ont évidemment rien à voir avec l'Inde, que Christophe Colomb croyait par erreur avoir atteinte en 1492) ; et qu'il soit désormais considéré comme tout aussi péjoratif que "nègre" (qui était lui aussi largement employé dans la littérature communiste, et par les mouvements noirs des État-Unis et des colonies eux-mêmes, à cette même époque).

    [3] Blanc descendant des colons espagnols, en Amérique latine.

    Mariátegui : Régionalisme et Centralisme (première partie)


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  • En ce mois de mai, nous "célébrons" le 50e anniversaire de l'un des derniers grands massacres colonialistes de l'Empire français : la répression de Mé 67 en Gwadloup.

    Gwadloup : Cinquantenaire du massacre de Mé 1967 ! (PCM)

     

    Et à ce sujet, voici un article TRÈS INTÉRESSANT à lire par rapport à la continuité entre cette répression et la gestion coloniale actuelle des quartiers populaires (et des colonies intérieures) en Hexagone :

    Des massacres oubliés de mai 1967 en Guadeloupe aux prémices de l’ordre sécuritaire moderne dans les quartiers

     

    par Mathieu Rigouste 29 mai 2017

    #SonjéMé67

    C’est une commémoration méconnue : il y a 50 ans, les 26 et 27 mai 1967, la police et l’armée françaises réprimaient brutalement des manifestations ouvrières et lycéennes en Guadeloupe. Alors que Pointe-à-Pitre se révolte, les forces de l’ordre se livrent à un massacre qui fait au moins 8 morts selon les sources officielles. Des recherches approfondies démontrent qu’un modèle de contre-insurrection a été expérimenté sous l’autorité d’un préfet, Pierre Bolotte. Formé en Indochine puis en Algérie, il deviendra le premier préfet de la Seine-Saint-Denis et l’architecte d’une nouvelle forme de police, inspirée de ce modèle colonial et militaire. Enquête aux sources de l’ère sécuritaire.

    Les 26 et 27 mai 1967, l’État français encadrait le massacre de révoltes populaires en Guadeloupe. Structuré par le racisme et la colonialité du pouvoir, ce crime découle aussi de l’application d’une doctrine de guerre policière. Des archives inédites du préfet de la Guadeloupe Pierre Bolotte montrent qu’un modèle de contre-insurrection a été expérimenté. Formé pendant la guerre d’Indochine puis sous-préfet en Algérie, ce professionnel de ce que l’armée appelle « la pacification » deviendra le premier préfet de la Seine-Saint-Denis où il supervisera la création et le déploiement de la Brigade anti-criminalité (BAC). Le parcours du préfet Pierre Bolotte retrace à lui seul la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire contemporain.

    Une guerre anti-subversive forgée en Indochine

    Entré dans le corps préfectoral en 1944, sous l’occupation nazie, Pierre Bolotte est reconduit à son poste après la Libération. Sa carrière de pacificateur colonial commence au début des années 1950. Secrétaire général de la Guadeloupe en 1951-1952, il rejoint en avril 1952 le cabinet du ministre d’État pour l’Indochine. Il y fait le lien entre la colonie et la métropole.

    Bolotte fait alors partie des cadres civils qui participent à la réflexion et à l’expérimentation de formes militaro-policières de répression et de gouvernement qui donnent naissance à la doctrine de la « guerre contre-révolutionnaire ». Ce modèle de contre-insurrection programme la destruction de l’« organisation ennemie » en brisant toute forme de résistance dans la population [1].

    Une méthode systématisée en Algérie

    Après l’Indochine, Bolotte est affecté à sa demande en Algérie. Sous-préfet de Miliana de mai 1955 à août 1956, il a « la possibilité de mettre en action ce que m’avaient appris les affaires d’Indochine », écrit-il dans ses mémoires [2]. Bolotte transfère alors et réagence des « hiérarchies parallèles », structures d’encadrement et de surveillance de la population. Il établit un « bureau militaire » et met en place des unités mixtes militaires et policières. Selon lui, il faut quadriller le territoire, fournir du travail aux populations et taper fort dès les prémisses de résistances collectives.

    Dans une lettre confidentielle qu’il envoie au premier ministre le 28 février 1956, il propose pour l’Algérie « un pouvoir fort – peut-être même dictatorial – [qui] comporterait [...] le retour à l’ordre et le véritable progrès économique et social [3]. » Il est promu directeur de cabinet du préfet d’Alger en août. Il y renforce la police et établit des échanges entre les préfectures d’Alger et de Paris.

    Appliquée à Alger

    À Alger, Bolotte crée et répartit des patrouilles de huit à dix hommes dans les « quatre quartiers sensibles ». Il étend ensuite leur « mission de surveillance » puis développe « de nouvelles méthodes » en composant ces patrouilles de militaires ou de CRS « livrées à elles-mêmes ». Il expérimente ainsi des prototypes de commandos de police autonomisés. Cette expérience est fondatrice de son savoir-faire en matière de répression.

    Bolotte forge à Alger un modèle d’encadrement militaro-policier, racialisé et sexualisé des quartiers colonisés, depuis le répertoire contre-insurrectionnel indochinois. Il participe aussi à la conception de la bataille d’Alger, première grande application de cette guerre moderne en ville par la militarisation de la Casbah en 1957 [4]. Menacé par la montée en puissance de la connexion entre militaires et colons “ultras”, Bolotte maintient l’idée que « toute guerre anti-terroriste est une "sale guerre’’ » et qu’« il faut en passer par là si l’on veut ramener l’ordre et la paix ».

    Comme tous les partisans d’un déploiement et d’une exportation de cette doctrine, il considère que la bataille d’Alger a réussi à soumettre le mouvement de libération algérien. Il omet et cache ainsi les soulèvements populaires de décembre 1960, qui ont ruiné ce mythe [5].

    Adaptée à la Guadeloupe

    En septembre 1958, Pierre Bolotte est muté à la Réunion. Il y développe une politique de “pacification” néocoloniale « pour éviter le développement d’une tendance plus ou moins autonomiste ». Depuis cette grille de lecture, il dirige des programmes de contraception forcée et de déportation en métropole.

    En juin 1965, il obtient le titre de préfet et est nommé en Guadeloupe. Après un tour des notables et des administrations, il se dit « informé et convaincu de l’existence de plusieurs petits organismes qui militaient pour l’autonomisme, et même pour l’indépendance ». Il met alors en alerte les cabinets ministériels, Matignon et l’Élysée. « Je fus entendu, et je revins persuadé qu’il y avait là […] une menace directe contre les départements français de la Caraïbe », écrit-il, confirmant déjà l’application de la grille de lecture anti-subversive à la Guadeloupe.

    L’État se focalise alors sur le Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe (GONG). Fondé à Paris en 1963, celui-ci compte une dizaine de membres qui revendiquent l’autodétermination, écrivent des slogans indépendantistes sur les murs et diffusent des tracts dans les luttes sociales.

    « À traiter sans ménagement aucun »

    En 1966, l’île est dévastée par un cyclone. Les inégalités structurelles amplifient la dégradation des conditions de vie et la colère sociale se renforce. Le 20 mars 1967, à Basse-Terre, un riche marchand blanc lance son chien contre un cordonnier noir handicapé. Une révolte éclate et le magasin est mis à sac. « Des jeunes gens, plus ou moins organisés [...] arrivèrent et il y avait parmi eux des adhérents bien repérés du GONG, l’organisme leader de l’autonomisme », affirme Bolotte. « Redoutant le pire de la part des autonomistes », il envoie la police et des renforts de gendarmerie pour « disperser ». Il interdit toute réunion et menace « les agitateurs irresponsables ». Le gouvernement lui assure sa « pleine confiance » et lui affirme que « cette organisation séparatiste est à traiter sans ménagement aucun ».

    Fin mai, les ouvriers du bâtiment entament une grève pour des augmentations de salaire. Le 26 mai, devant le siège où les négociations sont bloquées par le patronat et le préfet, des insultes fusent contre les CRS. L’ordre est donné de disperser et des manifestants contre-attaquent. Les forces de l’ordre reçoivent des projectiles et comptent des blessés. Bolotte décrit le centre de Pointe-à-Pitre « proie d’une véritable flambée de violence ».

    Jacques Nestor, un militant du GONG ciblé par les renseignements depuis mars 1967 est abattu. Comme l’a confirme une commission d’information et de recherches mise en place en 2014, il a « sans doute été visé intentionnellement » par un policier [6]. Deux autres manifestants s’effondrent une balle dans le front. « Il a fallu dégager la place avec une certaine violence », écrira Jacques Foccart, secrétaire général de l’Élysée aux affaires africaines et malgaches [7]. La nouvelle se répand et Pointe-à-Pitre se soulève. Des Blancs sont attaqués et deux armureries pillées. Des jeunes des bidonvilles accourent vers le centre ville pour défier l’ordre colonial comme en décembre 1960 en Algérie.

    Bolotte déploie des gardes-mobiles formés dans et par la guerre Algérie, comme une grande part des troupes et des cadres dirigeant les états-majors policiers, militaires et politiques à l’époque. Le préfet est dès lors couvert par Foccart auprès de De Gaulle. L’armée est autorisée à tirer pour maintenir une forme de couvre-feu. Des témoins décrivent plusieurs personnes abattues dans la rue, des tabassages et des corps à la sous-préfecture, des tortures lors d’interrogatoires et des disparitions forcées. L’aspect technique et systématisé de ces violences militaro-policières est caractéristique de l’appareillage “anti-subversif”.

    Le lendemain, 27 mai, un millier de lycéens défilent dans les rues pour soutenir les ouvriers et dénoncer la répression. Bolotte assure que « des meneurs du GONG incitaient les élèves [ …] à manifester ». Il fait alors procéder au « quadrillage des carrefours de la ville et de ses accès ». Les lycéens sont dispersés sans ménagement. Les affrontements reprennent et les gendarmes tirent. L’État reconnaîtra officiellement huit morts mais des témoignages suggèrent un chiffre bien supérieur. Le procès intenté en 1968 contre différents militants, notamment du GONG, prouvera par ailleurs son absence d’implication et le caractère spontané de la révolte de Mé 67 [8].

    Des colonies à la Seine-Saint-Denis

    Fin juin 1967, Pierre Bolotte est envoyé à Paris et devient en 1969 le premier préfet d’un nouveau département expérimental, la Seine-Saint-Denis. Le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin, passionné de contre-insurrection, le charge de concevoir une nouvelle architecture de police. Sous l’autorité de Bolotte, l’officier Claude Durant conçoit une police “anticriminalité” pour chasser les nouvelles figures de l’ennemi intérieur dans les quartiers populaires. La première Brigade anti-criminalité (BAC) est fondée le 1er  octobre 1971 à Saint-Denis, en adaptant pour la ségrégation néolibérale les techniques de police élaborées par Bolotte à Alger.

    Ces unités sont généralisées en avril  1973. Le préfet s’implique pour qu’on développe ces « îlotages » dans tous les quartiers des « banlieues à forte population immigrée »« tous ces actes criminels de plus en plus nombreux, insensibles et agressifs, sont allés se développant. Tout cela représente le retour d’une barbarie primitive, et c’est un pas en arrière de nos civilisations », résume-t-il au tournant des années 2000.

    La carrière du préfet Bolotte montre comment l’ordre sécuritaire émerge au croisement de la restructuration néolibérale et de la contre-révolution coloniale. On y voit l’industrie de la guerre policière se développer face à la recomposition constante des résistances populaires.


    Mathieu Rigouste est chercheur indépendant en sciences sociales. Il est l’auteur, notamment, de La domination policière, une violence industrielle, La Fabrique, 2013 et État d’urgence et business de la sécurité, Niet Editions, 2016. )

    Notes

    [1Voir Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, La Découverte, 2009.

    [2Pierre Bolotte, Souvenirs et témoignages d’un préfet de la République (1944-2001), non publié, Fonds P.Bolotte Archives de la Fondation nationale des sciences politiques, FNSP.

    [3FNSP, Centre d’histoire de Science-Po, fonds Pierre Bolotte, PB9, Ministère des relations avec les états associés, Instruction sur la conduite de l’action politique dans le cadre de la pacification au Vietnam, PV/CB/6.

    [4Le 7 janvier 1957, le gouvernement français confie au général Jacques Massu les pleins pouvoirs de police sur le Grand Alger pour mettre fin au terrorisme dans l’agglomération.

    [5Recherche en cours, cf Mathieu Rigouste, Un seul héros le peuple. La contre-insurrection mise en échec par le peuple algérien en décembre 1960, unseulheroslepeuple.outrenet.com.

    [6Commission d’information et de recherche historique sur les évènements survenus entre les 20 et 23 décembre 1959 en Martinique ; les évènements relatifs aux conditions de l’accident d’avion survenu le 22 juin 1962 en Guadeloupe et en Guyane, et les évènements survenus entre les 26 et 28 mai 1967 en Guadeloupe, mandatée en 2014 par le ministère de l’Outre-mer, dirigée par Benjamin Stora. Voir le rapport de la commission de novembre 2016.

    [7Jacques Foccart, Tous les soirs avec De Gaulle, Fayard, 1997.

    [8Voir le dossier réalisé par le collectif Cases Rebelles

     


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  • ... l'"anticapitalisme romantique" fasciste c'est la poursuite d'un capitalisme "non-financier", autrement dit antérieur à la fusion (entre le milieu et la fin du 19e siècle) des capitaux industriels et bancaires en Capital financier monopoliste ; ce qui signifie quelque part antérieur à la révolution industrielle elle-même, et à la révolution politique bourgeoise qui en a été le préalable nécessaire ; DONC un retour au petit capitalisme artisanal et corporatiste d'Ancien Régime.

    Comme cela n'est (évidemment) pas possible, ce corporatisme est en réalité mis au service... des monopoles, du capitalisme financier (pourtant dénoncé) lui-même, sous la forme d'une "association Capital-Travail".

    Et d'ailleurs, dans l’État français, après la brève expérience de Vichy, ce sont les régimes... des Trente Glorieuses, la IVe et la Ve République, qui ont essentiellement mis en place un tel système.

    Mais alors du coup, un régime fasciste, entendu comme rupture radicale par rapport à l'antérieurement existant... POURQUOI FAIRE ?

    Il semble bien, en 2017 après Jésus-Christ, qu'il faille voir la fascisation rampante de l'ordre bourgeois comme un durcissement et un perfectionnement de la contre-révolution préventive. Comme "rupture" violente et radicale pour faire entrer un État bourgeois archaïque (comme l'Allemagne et encore plus l'Italie, l’État espagnol, l'Autriche, le Japon etc.) dans l'ère pleine et entière des monopoles triomphants et de la contre-révolution préventive, un tel régime n'est plus nécessaire.


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  • Il y a 146 ans jour pour jour expirait, dans les fleuves de sang de la répression ordonnée par l'homme de centre-gauche Adolphe Thiers, la Commune de Paris : la plus mondialement connue des Communes de cette "année terrible" (les autres se situant pour la plupart dans la moitié méridionale de l'Hexagone, en Occitanie et Arpitanie : Marseille, Narbonne, Toulouse, Limoges, Lyon, Saint-Étienne, sans compter une nombre incalculable de petits patelins), qui furent les PREMIÈRES EXPÉRIENCES DE POUVOIR RÉVOLUTIONNAIRE DU PROLÉTARIAT de l'Histoire.

    Si vous n'avez pas cliqué "retour" dès votre arrivée sur ce site communiste, c'est qu'il est à peu près inutile de s'étendre sur cet épisode historique que vous connaissez certainement par cœur.

    Mais une chose sur laquelle on attire usuellement peu, pour ne pas dire pas du tout l'attention, est la suivante.

    À l'avènement de Napoléon Bonaparte et du 19e siècle, vers 1800, Paris comptait quelque part entre 550.000 et 600.000 habitant.e.s, intégralement compris à l'intérieur de l'enceinte dite "des Fermiers généraux". L'agglomération s'étendra progressivement au-delà jusqu'à de nouvelles fortifications édifiées (déjà par Thiers...) sous la Monarchie de Juillet (1841-44) et qui deviendront en 1860 (Haussmann) les nouvelles limites de la Ville de Paris telle que nous la connaissons ; puis encore au-delà...

    Le graphique ci-dessous montre bien la population de l'unité urbaine (agglomération) qui "décroche" de celle de la ville autour de 1835, puis est rattrapée par elle avec l'agrandissement de 1860, mais en décroche à nouveau presque instantanément, etc.

    Commune de Paris, Commune d'immigrés !

    Bref, lorsqu'est proclamée la Commune en mars 1871, ce sont quelque chose comme 2,2 ou 2,3 millions d'habitant.e.s qui peuplent le Grand Paris avec sa naissante banlieue ; soit pratiquement le QUADRUPLE (+300%) de la population du début du siècle.

    Il est bien évident que ceci n'est pas le résultat du seul accroissement naturel : durant la même période, la population générale de l’Hexagone n'a augmenté que de 28%.

    Du fait du développement et de la CONCENTRATION de l'activité capitaliste, de son "aspiration" (en quelque sorte) de la richesse et des ressources naturelles et HUMAINES, la capitale de l’État moderne français s'était tout simplement, durant ces 70 années et encore par la suite jusqu'à nos jours (pour dépasser actuellement les 10 millions d'habitant.e.s...), peuplée de ce que l'on appelle communément des IMMIGRÉ.E.S.

    Un grand nombre de ces personnes venaient, déjà, de l'extérieur de l’État français ; et beaucoup plus encore, surtout, des provinces de celui-ci qui en 1789 étaient encore "réputées étrangères" et où de fait moins de la moitié de la population parlait, encore sous le Second Empire, un français à-peu-près correct [voir par exemple cet ouvrage : https://books.google.fr/books?id=66e9DAAAQBAJ&pg].

    Des gens, exactement comme aujourd'hui, quittant leur chez-eux attirés par l'espoir d'une vie économiquement meilleure là où la richesse pompée de toute part se concentre. S'entassant, arrivés sur place, dans les taudis misérables et lugubres que les lecteurs du colonialiste bien-pensant Hugo et de l'anti-communard Zola connaissent bien ; fournissant dans les usines la dose de SUREXPLOITATION dont le capitalisme a besoin pour permettre l'exploitation "simple" des "déjà-là" (leur permettre d'être "plus égaux que les autres" en quelque sorte), exactement comme par la suite avec l'immigration essentiellement européenne (des marges périphériques de l'Europe) de la première moitié du 20e siècle puis avec l'immigration coloniale de la seconde moitié ; et confrontés à toutes sortes de vexations xénophobes : ainsi le terme "baragouin", désignant un "sabir" étranger incompréhensible, vient-il des mots bretons bara et gwin (pain et vin) que prononçaient les nouveaux arrivants en quête d'une auberge dans la capitale ; le terme de "bougnats" pour désigner les Occitans auvergnats viendrait de "du boùn y a", littéral équivalent de "y'a bon", etc. etc.

    Et ce sont donc ces gens qui, écrasés de misère, feront en 1871 la Commune ; première grande expérience révolutionnaire du prolétariat dans l'histoire de l'humanité.

    Voilà qui serait toujours bon à rappeler face à un certain nombre de choses : une certaine tendance au PARISIANISME DE GAUCHE qui exalte et appelle à son renfort l'expérience communarde en effaçant littéralement les dizaines d'autres situées en province et en l'opposant (justement) à une province soi-disant "réactionnaire", tout d'abord ; les tentatives de récupération par une certaine extrême-droite, mais aussi par la France Insoumise de Mélenchon, au service du patriotisme étatique français ensuite (il est certes vrai qu'aux côtés du drapeau rouge les drapeaux tricolores pouvaient être présents, la Commune étant tout de même née de la défense militaire de la ville contre le siège prussien, mais bon...) ; sans parler des discours de certains "communistes" "maoïstes" sur une immigration qui "abîme(rait) le tissu prolétarien national" et "divise(rait) les masses en faisant s'installer des centaines de milliers de personnes issues des campagnes et pétries d'idéologie semi-féodale"...

    Il y a bel et bien un roman national de gauche qui fait de Paris, et éventuellement de quelques grandes villes comme Lyon, les "phares" de la lutte révolutionnaire ; et des campagnes un ramassis de "bouseux" arriérés, cléricaux et conservateurs. Et puis il y a les FAITS qui sont que les "classes dangereuses" du 19e siècle, couches les plus pauvres et opprimées du prolétariat qui faisaient trembler l'ordre bourgeois et sur lesquelles la maréchaussée ne relâchait pas la pression, étaient massivement constituées de cette immigration de la "province" vers Paris ou de ces campagnes "patoisantes", soi-disant arriérées et réactionnaires, vers les grandes villes à la bourgeoisie francisée et "moderne" de longue date (mais ce n'était pas elle qui était sur les barricades !)... Et que, c'est une certitude mathématique, peut-être la moitié ou pas loin de la moitié des Communards (Parisiens de classe populaire en âge de tenir une arme) n'étaient pas nés à Paris ; et sans doute une majorité était soit dans ce cas, soit du moins de parents dans ce cas.

    Faits soigneusement occultés par le "roman national de gauche", ce qui conduit inéluctablement à des raisonnements comme celui des "matérialistes.com" ('p''c'F'mlm') que nous venons de citer ; raisonnements selon lesquels les récents arrivants dans un territoire industrialisé seraient un "danger" de "décomposition du tissu prolétarien" et de "contamination" (en quelque sorte) par des "idéologies semi-féodales réactionnaires" (ceci s'adresse aujourd'hui, évidemment, aux migrants venant du "Tiers Monde" impérialisé).

    Nous RÉAPPROPRIER cette formidable page de gloire révolutionnaire comme étant AUSSI LA NÔTRE, au-delà de seulement rappeler que nous avons nous aussi eu nos Communes en Occitanie, est donc une nécessité de notre combat de réaffirmation en tant que Peuple dans le cadre de notre lutte de classe ; et plus largement, du combat contre toutes les négations des Peuples au profit d'une pseudo-identité "révolutionnaire française" constitutive du "roman national de gauche" au service de la bourgeoisie.


    Òsca la Comuna !

    Commune de Paris, Commune d'immigrés !


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  • Il y a un demi-siècle, au printemps 1967, débutait autour de cette petite ville du Nord-Est de l'Union indienne (État du Bengale Occidental), non loin de Darjeeling mondialement connue pour ses plantations de thé, la Guerre populaire d'Inde qui d'avancées en détours et reculs se poursuit héroïquement de nos jours (désormais sous la conduite du Parti communiste d'Inde maoïste).

    Publié sur Inde Rouge

     

     

    Un tonnerre printanier en Inde (Quotidien de Pékin, 1967)

     

    Publié dans le Renmin Ribao (Le Quotidien du peuple, organe de presse du Comité central du Parti communiste de Chine), le 5 juillet 1967


    Un violent tonnerre printanier ébranle la terre indienne. Les paysans révolutionnaires de la région de Darjeeling se dressent dans la révolte.

    Ainsi est née en Inde une région rurale rouge de la lutte armée révolutionnaire sous la direction des révolutionnaires du Parti communiste indien ! C’est là un important développement de la lutte révolutionnaire du peuple indien.

    Ces derniers mois, sous la direction des révolutionnaires du Parti communiste indien, les masses paysannes de la région de Darjeeling ont brisé le joug du révisionnisme moderne et toutes leurs chaînes.

    Elles ont arraché aux propriétaires fonciers et aux planteurs des céréales, des terres, des armes, puni les despotes locaux et les mauvais hobereaux, pris en embuscade les soldats et policiers réactionnaires qui cherchaient à les anéantir, manifestant ainsi la grande puissance de la lutte armée révolutionnaire des paysans.

    Au mépris total de l’impérialisme, du révisionnisme, des fonctionnaires corrompus et concussionnaires, des despotes locaux et des mauvais hobereaux, des soldats et policiers réactionnaires, les paysans révolutionnaires osent les renverser et les abattre.

    Cet acte des révolutionnaires du PCI est juste et excellent. Le peuple chinois salue chaleureusement la tempête révolutionnaire des paysans de la région indienne de Darjeeling.

    Les marxistes-léninistes et les peuples révolutionnaires du monde entier la saluent avec enthousiasme.

    La révolte des paysans indiens et la révolution du peuple indien sont inévitables, car elles sont fonction de la domination réactionnaire du Congrès national indien. Sous sa domination, l’Inde, indépendante pour la forme, reste toujours une société semi-coloniale et semi-féodale.

    Représentant les intérêts des princes féodaux, des grands propriétaires terriens et des bourgeois bureaucratiques et compradores sur le plan intérieur, le gouvernement du Congrès national opprime et exploite cruellement le peuple, et sur le plan extérieur, tout en continuant à dépendre de l’impérialisme britannique, ancien suzerain de l’Inde, il s’est jeté maintenant dans les bras de ses nouveaux maîtres, l’impérialisme américain et son complice numéro un, la clique révisionniste soviétique, trahissant on ne peut plus perfidement les intérêts de la nation.

    Telles de hautes montagnes, l’impérialisme, le révisionnisme soviétique, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique et compradore pèsent lourdement sur le peuple indien, notamment sur les grandes masses ouvrières et paysannes qui peinent et qui souffrent.

    Ces dernières années, du fait que le gouvernement du Congrès national a opprimé et exploité de plus belle le peuple indien et a appliqué avec un zèle accru la politique de trahison à la nation, les famines se sont succédées en Inde d’année en année, les morts de faim gisant un peu partout.

    Le peuple indien, et particulièrement la grande masse des paysans, est réduit à la dernière extrémité. A présent, les paysans révolutionnaires de la région de Darjeeling se dressent enfin dans la révolte, ils se dressent pour une révolution violente.

    C’est le signe précurseur d’une révolution violente dans laquelle s’engageront des centaines de millions d’Indiens du pays tout entier.

    Le peuple indien finira par renverser ces hautes montagnes et s’émanciper complètement. C’est la tendance générale, irrésistible, de l’histoire indienne.

    Quelle voie doit prendre la révolution indienne ? C’est une question fondamentale dont dépendent l’issue de la révolution indienne et le sort des 500 millions d’Indiens. La révolution indienne doit suivre la voie consistant à s’appuyer sur les paysans, à créer des bases d’appui rurales, à persévérer dans une lutte armée prolongée et à encercler les villes à partir de la campagne pour remporter finalement la victoire dans les villes.

    C’est la voie de Mao Zedong, (c’est la voie victorieuse que la révolution chinoise a parcourue), c’est la voie que tous les peuples et nations opprimés doivent nécessairement emprunter pour remporter la victoire dans la révolution.

    Notre grand guide, le président Mao, a indiqué il y a quarante ans déjà : « On verra dans les provinces du centre, du sud et du nord de la Chine des centaines de millions de paysans se dresser, impétueux, invincibles, tel l’ouragan, et aucune force ne pourra les retenir. Ils briseront toutes leurs chaînes et s’élanceront sur la voie de la libération. Ils creuseront le tombeau de tous les impérialistes, seigneurs de guerre, fonctionnaires corrompus et concussionnaires, despotes locaux et mauvais hobereaux. »

    Le président Mao a explicitement indiqué depuis longtemps que le problème paysan occupe une place extrêmement importante dans la révolution populaire. Les paysans sont la force principale de la révolution démocratique et nationale contre l’impérialisme et ses laquais, ils sont les alliés les plus sûrs et les plus nombreux du prolétariat.

    L’Inde est un grand pays semi-colonial et semi-féodal ayant 500 millions d’habitants dont la majorité écrasante sont des paysans. Une fois mobilisés, des centaines de millions de paysans indiens deviendront une puissante et invincible force de la révolution indienne.

    Pourvu que le prolétariat indien s’allie avec des centaines de millions de paysans, les vastes régions rurales indiennes pourront connaître un bouleversement extraordinaire, et tout ennemi, quelle que soit sa puissance, pourra être vaincu par une guerre populaire épique.

    Notre grand guide, le président Mao nous enseigne : « La tâche centrale et la forme suprême de la révolution, c’est la conquête du pouvoir par la lutte armée, c’est résoudre le problème par la guerre. Ce principe révolutionnaire du marxisme-léninisme est valable partout, en Chine comme dans les autres pays ».

    Comme la révolution chinoise, la révolution indienne est caractérisée par l’opposition de la révolution armée à la contre-révolution armée.

    La lutte armée est la seule voie correcte pour la révolution indienne ; il n’y a pas d’autre voie en dehors de celle-là.

    Les camelotes telles que « gandhisme », « la voie parlementaire » et autres sont l’opium employé par les classes dominantes indiennes pour endormir le peuple indien.

    C’est seulement en s’appuyant sur la révolution violente et en empruntant la voie de la lutte armée que l’Inde pourra être sauvée et que le peuple indien se libérera totalement.

    Pour parler concrètement, il faut mobiliser sans réserve les masses paysannes, établir et renforcer les forces armées révolutionnaires, utiliser la série de stratégies et de tactiques souples et dynamiques de la guerre populaire élaborées par le président Mao pour faire face à la répression des impérialistes et des réactionnaires temporairement plus puissants que les forces révolutionnaires, persister dans la lutte armée prolongée et arracher pas à pas la victoire de la révolution.

    Partant des particularités de la révolution chinoise, notre grand guide, le président Mao, a indiqué l’importance de l’établissement dans les régions rurales des bases révolutionnaires.

    Le président Mao nous enseigne : pour persévérer dans la lutte armée prolongée et triompher de l’impérialisme et de ses laquais, il faut « transformer les régions rurales arriérées en fortes bases d’avant-garde, en grandes forteresses révolutionnaires, tant au point de vue militaire, politique, économique que culturel, afin de pouvoir lutter contre les ennemis acharnés qui attaquent les régions rurales en s’appuyant sur les villes, et faire triompher pas à pas, dans une lutte prolongée, la révolution dans toute la Chine ».

    L’Inde a un vaste territoire, les régions rurales immenses sont le point faible de la domination réactionnaire, fournissant ainsi un vaste champ d’action pour les révolutionnaires.

    Tant que les révolutionnaires prolétariens indiens persisteront dans l’application de la ligne révolutionnaire du marxisme-léninisme, de la pensée de Mao Zedong, s’appuieront sur les paysans, ce grand allié, les conditions seront toutes prêtes pour créer l’une après l’autre, dans les vastes campagnes arriérées, des bases révolutionnaires rurales avancées, pour édifier une armée populaire de type nouveau.

    Quelles que soient les difficultés et les sinuosités à venir, pareilles bases révolutionnaires finiront par se développer par vagues, formant tache d’huile.

    Ainsi, la révolution indienne pourra créer graduellement une situation où l’on verra l’encerclement des villes par les campagnes, et frayer la voie à la prise des villes et à la victoire dans tout le pays.

    Les réactionnaires indiens sont affolés par le développement de la lutte armée dans la région rurale de Darjeeling. Ils sentent la catastrophe proche et crient que la révolte des paysans de Darjeeling pourra « devenir un désastre national ». Les impérialistes et les réactionnaires indiens cherchent par mille et un moyens à réprimer la lutte armée des paysans de Darjeeling afin de l’étouffer dans l’oeuf.

    La clique traîtresse de Dange et la poignée de chefs révisionnistes du Parti communiste indien calomnient et attaquent vigoureusement les révolutionnaires de Darjeeling pour leurs grands exploits.

    Le soit-disant « gouvernement indépendant du Congrès » au Bengale Occidental se place ouvertement aux côtés des réactionnaires indiens dans sa répression sanglante des paysans révolutionnaires de Darjeeling.

    C’est là une nouvelle preuve que ces renégats et ces révisionnistes sont des chiens courants de l’impérialisme américain et du révisionnisme soviétique et des laquais des grands propriétaires fonciers et de la grande bourgeoisie de l’Inde.

    Ce qu’ils appellent « gouvernement indépendant du Congrès » n’est qu’un instrument de ces propriétaires fonciers et de cette grande bourgeoisie.

    Mais, en dépit de la collusion des impérialistes, des réactionnaires indiens et des révisionnistes modernes, de leurs sabotages et de leur répression, les flambeaux de la lutte armée allumés par les révolutionnaires du Parti communiste indien et les paysans révolutionnaires de Darjeeling ne peuvent être éteints.

    « Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine ».

    L’étincelle de Darjeeling finira par mettre le feu à toute la plaine. La grande tempête de la lutte armée révolutionnaire qui s’étend à toute l’Inde va faire rage !

    Bien que la voie de la lutte révolutionnaire indienne soit longue et tortueuse, la révolution indienne, à la lumière du grand marxisme-léninisme, de la brillante pensée de Mao Zedong, remportera la victoire finale.


    Lire aussi :

    Un appel au peuple de l’Inde – Détruire les chaines de l’impérialisme et du féodalisme, détruire ce système pourri ! Construisez votre futur et celui du pays avec vos propres mains !



    Il y a 50 ans : Naxalbari Zindabad !Il y a 50 ans : Naxalbari Zindabad !

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    4 commentaires

  • Les résultats du 7 mai m'ont donc re-conforté dans mon idée de base que l’État français est et doit rester une dictature bourgeoise du "juste milieu" (que les méthodes de gouvernement soient plus ou moins "libérales"-"laxistes" ou autoritaires-répressives est un autre sujet), et que la bourgeoisie ne veut pas du FN au pouvoir.

    La bourgeoisie en veut bien, du FN, mais comme réceptacle où macèreront stérilement 10 millions de mécontents (et 7 millions d'autres dans la France Insoumise de Mélenchon).

    Retour à la 3e République en quelque sorte, avec son "juste milieu" et puis ses socialistes de régime d'un côté, ses ligues de droite dure de l'autre. Sachant que la 5e, à la base, c'était simplement censé être une 3e République présidentialisée, à exécutif fort (modernisation de l’État que préconisaient entre autres les Croix-de-Feu dans les années 1930... et qui aura donc fini par être mise en œuvre, au même titre que le planisme, la construction européenne etc. etc.). Le "juste milieu" là aussi...

    Ben oui : au début des années 60, le parti dominant s'appelait l'UNR-UDT et l'UDT (Union Démocratique du Travail) c'était des gaullistes "de gauche" (des gens de centre-gauche, de type rad-soc, qui soutenaient De Gaulle).

    La gauche de gouvernement n'était pas censée exister : l'opposition de gauche c'était le PC, voué à l’opposition éternelle comme "extrême" et "inféodé à une puissance étrangère". Plus quelques grognons comme Mitterrand hostiles au régime présidentiel, flanquant ceux de centre-droit comme Lecanuet.

    Et de l'autre côté il y avait les Algérie-française, les résidus du poujadisme ou encore les nostalgiques de Vichy (Tixier-Vignancour fait 5% en 1965 mais Mitterrand-la-francisque, soutenu par le PC, l'était également par toute cette opposition de droite-là, comme candidat le mieux placé pour virer De Gaulle).

    Le truc n'était pas du tout conçu, en fait, pour le bipartisme dans lequel il s'est progressivement installé à partir des années 1970 (avec pour point de départ le score surprise de Mitterrand en 65).

    Il était conçu pour être un renforcement du pouvoir exécutif, du dirigisme d’État et des moyens liberticides de faire face à une situation d'urgence (eu égard au contexte de l'époque) ; mais toujours DANS LE CADRE du système français qui consiste en un camp républicain bourgeois du "juste milieu" flanqué de deux "extrêmes" de confort à droite et à gauche.

    Absolument pas pour l'alternance gauche-droite qu'il a connu à partir de 1981.

    Et donc là, on serait en quelque sorte en train de revenir aux fondamentaux.

    Mais attention, pour ce qui est de la montée du fascisme, si on entend celui-ci comme "dictature brutale, s'affranchissant des principes libéraux, de la bourgeoisie" : dans ce système, la matraque c'est comme le nez de Pinocchio quand il ment ; elle S'ALLONGE quand le besoin s'en fait sentir.

    Le "juste milieu" du début des années 60, avec ses "gaullistes de gauche", c'est 300 Algériens massacrés le 17 octobre 1961 (et 8 communistes blancs quelques mois plus tard à Charonne)... par un ancien préfet de Vichy, un certain Maurice Papon. L'opposant n°1 Mitterrand-la-francisque, lui, était l'ancien Ministre de la Justice du socialiste "juste milieu" Guy Mollet, l'homme des pouvoirs spéciaux, autrement dit de la dictature militaire à la Pinochet (torture systématique, assassinats, "disparitions") dans les "départements" d'Algérie.

    Le fameux article 16 et les tribunaux militaires d'exception ne seront finalement utilisés que contre l'opposition de droite (putschistes de 1961 puis OAS), mais la Cour de Sûreté de l’État verra aussi un bon paquet d'indépendantistes bretons ou corses passer sur ses bancs.

    Et en Mai 68, trois morts officiels mais aucune baisse significative des accidents de la route malgré la pénurie d'essence... donc probablement des dizaines de victimes camouflées comme cela. De Gaulle était allé à Baden-Baden voir Massu (autre boucher d’Algérie) pour évoquer une intervention de l'armée. Et le SAC de (notamment) un certain Pasqua avait des plans d'internement des gauchistes dans les stades. Tout cela sera finalement écarté au profit d'une mobilisation de la "majorité silencieuse" gaulliste, mais en juin débutera l'ère Marcellin ("vichysto-gaulliste" comme Papon ; un autre, Couve de Murville, emménageant à Matignon).

    En fait, ce n'est que le reflux des luttes à partir de la fin des années 70 (et leur domestication, en partie, par le mitterrandisme) qui a entraîné un certain raccourcissement de la matraque.

    Et à partir des années 2000, même si les forces révolutionnaires organisées restent très faibles, un certain regain d'instabilité, de "menace intérieure", notamment dans les fameux "quartiers" (comme on parle en Palestine des "territoires"), qui l'a vue commencer à se rallonger…

    Aujourd'hui, il ne faut donc pas se bercer d'illusions sur la "démocratie sauvée". L'extrême-droite de confort a encore montré aux élections sa vocation d'éternelle opposante, mais elle monte bel et bien, se fait de plus en plus active, voit la majorité des forces armées de la bourgeoisie (les détenteurs de la "violence légitime"...) voter pour elle, ses thèmes et discours repris, un peu comme dans les années 30 à la fin desquelles... qui, déjà, a mis les républicains espagnols et les antifascistes de toute l'Europe dans des camps où les nazis n'auront ensuite plus qu'à les cueillir ? Ah oui, Daladier. Parti radical. Quelque part entre centre-gauche et centre-droite. "Juste milieu" quoi.

    CQFD...

    Papiers réseaux sociaux - mai 2017

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    Disons qu'il faut voir les résultats électoraux comme des aboutissements, et non comme des points de départ.

    Si les sondages avaient annoncé Le Pen entre 48 et 51%, victoire ultra possible donc, cela aurait été l'aboutissement de tout un processus, un fond d'ambiance, concordant par exemple avec le quasi permis de tuer accordé aux flics il y a quelques mois, et signifiant que la bourgeoisie voulait désormais majoritairement la voir au pouvoir.

    À ce moment-là aurait pu être envisagée la stratégie du coup de frein électoral, c'est à dire de l'échec populaire progressiste au plan bourgeois ; pas sur la base de nos maigrichonnes forces révolutionnaires bien sûr, mais sur la base du ''bug'' du truc, qui a été qu'une candidature unique à gauche de Macron serait en fait arrivée... nettement en tête au 1er tour (de l'ordre de 26-27%). D'ailleurs, qu'une telle configuration (Le Pen aux portes de la victoire) soit possible aurait sans doute signifié qu'elle soit opposée à une telle candidature, et non à un centriste face à qui ce serait très peu probable.

    Ceci valant ce que ça vaut (sionards de l'aile gauche du PS à la Hamon, républicards islamophobes à la Mélenchon), mais au-delà de ces forces il faut voir l'expression populaire, le vote contre, la recherche d'une sortie au néolibéralisme en crise qui ne soit pas le fascisme pur et simple.

    Après, c'est sûr qu'il ne faut pas se faire d'illusions : cela resterait dans tous les cas un coup de frein.

    Le Front populaire de 1936 n'a jamais été que cela : un PETIT coup de frein. Au bout de 2 ans, on est revenu avec Daladier à ce qui aurait normalement "dû" être : un gouvernement centriste aux méthodes semi-fascistes (camps d'internement pour les étrangers), la veulerie face aux puissances fascistes (accords de Munich, reconnaissance immédiate de Franco dès sa victoire finale sur les républicains), l'anticommunisme contre toute alliance avec l'URSS (poussant celle-ci à sceller le pacte de non-agression avec l’Allemagne, qu’on a beau jeu de lui reprocher aujourd’hui), etc.

    Les conquêtes sociales de 1936 ont été le fruit des grèves de masse, pas de l'activité parlementaire ; elles n'ont jamais été vraiment mises en application (sauf les congés payés), ont été abrogées par Vichy et ne sont donc finalement devenues réalité... qu'à la Libération. Après une lutte armée donc, une victoire antifasciste les armes à la main...

    Dans l'Empire colonial, comme on le sait, aucun changement : la capitulation du PC sur ce point avait été une condition du Front.

    Mais ce coup de frein à la montée des ligues et à la droitisation-fascisation de la République bourgeoise aura tout de même eu une utilité tactique.

    Dire cela se situe, néanmoins, à des années lumières de dire (‘p’‘c’F‘mlm’) qu'il faut voter quelles que soient les prévisions pour QUICONQUE (même Fillon !!) se trouve opposé au Front National dans une élection ; que le KPD de Thälmann a eu tort de se maintenir au second tour de l'élection allemande de 1932 (alors qu'il n'a nullement empêché la large victoire d’Hindenburg ; Hitler ne serait de toute façon JAMAIS arrivé au pouvoir en gagnant simplement une élection, il n'y est en réalité parvenu que sous la pression des grands capitalistes et... appelé à la Chancellerie par ce même Hindenburg !) ; et j’en passe et des meilleures.

    Et à encore plus d'années lumières, bien sûr, de le faire en se cachant derrière des étrangers privés de droit de vote à qui l’on ''offre'' soi-disant le sien, tout en prônant officiellement l'abstention (‘futur’ ‘rouge’)…

    Papiers réseaux sociaux - mai 2017

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    La fRance est structurellement raciste, car impérialiste et coloniale ; structurellement haineuse ou au "mieux" méprisante des minorités ; c'est une construction politique au service du capitalisme (qui n'a jamais servi à autre chose : même dans sa phase robespierriste, la Révolution restait bourgeoise), et l’on sait la place que celui-ci réserve historiquement au patriarcat en son sein.

    Mais le Front National n'est pas pour autant "comme le reste" : c'est la conception "extrême", décomplexée de tout cela. C'est une force politique qui s'appuie sur toutes ces pensées structurelles pour mettre en place un régime qui ne reculera devant rien.

    En fait c'est comme un mélangeur avec un robinet d'eau chaude et un robinet d'eau froide. L'eau froide c'est toute cette idéologie française structurelle, historique. Et l'eau chaude c'est NOUS, le camp révolutionnaire, à condition d'être conséquents. Si on n'envoie pas ou pas assez d'eau chaude, il ne sort que de l'eau froide ce qui signifie le FN au pouvoir, ou une droite voire pourquoi pas une "gauche responsable" ayant repris l'essentiel de ses idées, ce qui revient au même. Voilà de manière imagée comment ça fonctionne.

    La bourgeoisie humaniste, progressiste, toujours minoritaire en réalité, et avec toutes ses limites (paternalisme dans l'antiracisme par exemple), a cessé d'exister au milieu du 19e siècle. Depuis lors, le robinet d'eau chaude c'est UNIQUEMENT le camp révolutionnaire, lui aussi avec toutes ses limites de départ, engoncé dans la pensée bourgeoise dont il n'a toujours pas fini de s'extraire.

    Il n'y a pas de robinet d'eau chaude bourgeois, inutile de le chercher, même chez Mélenchon comme certains, ou du côté d'une certaine aile gauche du PS comme les matérialistes.com (avec leurs trips sur Filipetti, Amirshahi etc.).

    Tout ce qu'il y a c'est un RAPPORT DE FORCE : si des bourgeois sont "moins" capitalistes, "moins" racistes, "moins" patriarcaux, font du social redistributif, de l'antiracisme moral, de la promotion de l'égalité hommes-femmes ou des minorités LGBT, et s'opposent au FN et à la droite dure là-dessus, c'est sous la pression de luttes.

    Donc quoi que l'on fasse devant une échéance électorale, en fonction de son niveau de tendax, c'est-à-dire UN jour bien particulier, la tâche PERMANENTE reste de fortifier et développer notre camp et de l'extraire des dernières scories de pensée bourgeoise qui le recouvraient à sa naissance (eurocentrisme et social-impérialisme notamment).

    Papiers réseaux sociaux - mai 2017

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    L'idée que les immigrés font baisser les salaires des "déjà-là" est absurde, et contredite par la réalité.

    Ce à quoi l'immigration (même quand elle était principalement européenne) a toujours servi, c'est au contraire à fournir au capitalisme la dose de SUREXPLOITATION nécessaire pour permettre l'exploitation "simple" des autres travailleurs. En clair, on fait venir des gens qui auront une vie économiquement un peu meilleure que chez eux (sinon, pourquoi viendraient-ils ?) mais qui seront tout de même férocement exploités, afin d'adoucir l'exploitation des "déjà-là" et de leur permettre de vivre nettement mieux que les immigrés ET que ne vivaient leurs propres aïeux (parfois immigrés eux-mêmes, d'ailleurs, ou migrants intérieurs à l’État), réduisant ainsi leur potentiel de révolte (du moins c'est ce que les dominants espèrent, et notamment SURTOUT que la jonction entre immigrés et "déjà-là" ne se fasse jamais, du fait justement du "petit privilège" que les premiers confèrent aux seconds).

    Quant à ce qui est de parler (en substance) d'"invasion" qui viendrait "abîmer le tissu prolétarien en recomposition", "désorganiser encore plus les classes populaires, les diviser, les fragmenter, anéantir leur identité populaire et toutes leurs traditions", "écraser la classe ouvrière, diviser les masses en faisant s'installer des centaines de milliers de personnes issues des campagnes et pétries d'idéologie semi-féodale", "affaiblissement d'une nation par le pillage ou les migrations" qui serait "anti-populaire" (lesmaterialistes.com), c'est purement et simplement avoir versé dans une idéologie fasciste...

    Ce qui est vrai en revanche, c'est que l'EXTRACTION DE MAIN D’ŒUVRE que cela représente dans les pays d'origine des immigrés est AUSSI une forme d'exploitation, de pillage, au même titre que l’extraction des ressources naturelles, et donc un problème pour ces pays. Ça l'était de manière évidente (et aucun historien sérieux n'ose le nier) à l'époque des déportations esclavagistes, quand on ne demandait rien à personne et prélevait la main d’œuvre par capture comme du bétail ; mais ça le reste même avec des bureaux de recrutement où les gens se présentent plus ou moins "librement" (comme dans les années 1950-60-70).

    Certes, actuellement et depuis une trentaine d'années, il y a en Occident une politique anti-immigration parce que l'activité capitaliste s'est de plus en plus délocalisée directement vers les pays du "Tiers Monde" (pour le capitalisme yankee, parfois JUSTE derrière le "rideau de fer" qui le sépare du Mexique...) où il n'y a pas toutes ces "histoires" de droit du travail, de salaire minimum, de "charges" (salaire différé pour la protection sociale) etc. etc. ; et c'est donc là-bas, et non ici qu'il "faut" la main d’œuvre.

    Mais cela n'a pas forcément changé grand-chose car que ce soit en Afrique, en Asie ou en Amérique latine et caraïbe, cela signifie toujours EXTRAIRE de la main d’œuvre de régions entières pour l'emmener vers d'autres, où se concentre l'activité délocalisée, et où les travailleurs font également souvent face à une xénophobie très violente.

    Par ailleurs, cette politique occidentale est à relativiser pour certains secteurs en tension de main d’œuvre (secteurs qui se heurtent par conséquent aux politiques "générales" de refoulement) et SURTOUT pour certains pays en déclin démographique comme l'Allemagne, l'Italie ou encore l'Espagne avant la grande crise qui l'a frappée à la fin des années 2000 (la première très ostensiblement dans la récente crise des migrants proche-orientaux, qui pourvoient désormais ses "mini jobs" à 1€50 de l'heure ; la seconde avec ses exploitations agricoles, souvent entre des mains mafieuses, qui ressemblent de plus en plus en haute saison aux champs de coton de l'Alabama... vivement que ce grand peuple, qui fait parfois localement preuve d'une solidarité et d'une générosité envers les migrants à nous faire pâlir de honte, éradique cette vermine criminelle comme tel est son plus grand souhait, en en finissant avec l’État de domination implacable du Sud par le Nord qui l'a engendrée).

    Quoi qu'il en soit, il y a là des questions qui doivent sérieusement être posées.

    La liberté de circulation, qu'il nous faut opposer impitoyablement à la xénophobie réactionnaire et au racisme tout en les dé-moralisant (en les arrachant à une lecture purement morale pour en exposer les ressorts économiques, comme nous venons de le faire dans les premiers paragraphes), ne peut peut-être réellement faire sens qu'en posant la question de la liberté... de RESTER dans son pays ; liberté dont l'émigration n'exprime en général pas autre chose que la privation.

    Encore une fois, il semble qu'on ne puisse conséquemment être antiraciste et anti-xénophobe qu'en étant ANTI-IMPÉRIALISTE.

    Papiers réseaux sociaux - mai 2017

                                  *************************************************************************

    Et si toutes ces idpols qui prolifèrent, n'étaient pas en fait le résultat de l'idpol... ouvriériste qui a dominé le 20e siècle ?

    Ben oui... La classe ouvrière au sens puriste ouvriériste, c'est aujourd'hui moins de 25% de la population active (aristocratie ouvrière incluse).

    Ce qu'on a l'habitude de fourrer dans ''petit bourgeois'', c'était peut-être 20% en 1950, aujourd'hui c'est le double ou plus ; peut-être la moitié de la population peut être considérée comme telle, les déciles 5 à 9 inclus de revenus, soit 50% de la population exactement, peuvent être considérés comme des ''petits bourgeois'', le travail intellectuel domine même largement dans les déciles 1 à 4 d'ailleurs... À l'échelle mondiale, ce sont même les 3 voire 2 à 9 qui peuvent être considérés comme des petits voire moyens bourgeois du monde !

    Donc il faut trouver autre chose, d'autres ''puretés'' sociologiques ''révolutionnaires''… Tant que l'on n’a pas compris que le Sujet révolutionnaire en soi n'existe pas.

    Car la vérité est là. Cela n'a pas fonctionné avec la classe ouvrière, dont Lénine a fini par dire qu'elle était ''spontanément trade unioniste''. Alors on est allé (en Italie) chercher le ''sous-prolétaire extra légal'' : non plus… Et ce sera PAREIL, idem avec l'indigène, la nation opprimée, les femmes, les queers, les trans. Parce que le Sujet révolutionnaire en soi n'existe pas, c'est tout !

    Parce qu'en réalité la contradiction est entre deux pôles, la production de plus en plus sociale d’un côté et l'extorsion de la valeur créée (qui peut prendre la forme d'une oppression nationale ou coloniale-raciste ou de la surexploitation patriarcale des femmes) de l’autre ; ces pôles générant respectivement les idées justes (menant au communisme) et les idées fausses (empêchant d'y aller). Et c'est cela qui (transformé en force matérielle et vérifié dans la pratique) fait l'histoire : les idées justes, et l'écrasement des idées fausses. Justesse et fausseté qui ne peuvent jamais être établies sur la seule base de l'identité de celui ou celle qui les émet.

    Attention : il ne s’agit pas ici de nier la CENTRALITÉ POPULAIRE des luttes d'émancipation, sur tous les fronts – de classe bien sûr par définition-pléonasme, de genre, antiraciste, anticolonialiste, de libération nationale etc. – ni d’affirmer en quelque sorte qu'il y aurait ''de la plèbe dans toutes les classes'' (big up les appellistes ! lol).

    Là on parle de FÉTICHISATION. La centralité populaire synonyme de caractère social de la production est le pôle, le centre de production des idées justes qui mises en pratique, devenant force matérielle, font la révolution. 

    Mais il y a eu FÉTICHISME d'une certaine classe ouvrière idéalisée : blanche, masculine, de grand complexe industriel, se caractérisant aussi (comme typiquement dans les grands ports bretons) par l'abandon des langues et cultures populaires nationales pour devenir de "bons français".

    Ce fétiche ayant disparu tel qu’il était fétichisé, des gens ont commencé à en chercher d'autres

    On ajoutera que les idpols d'aujourd'hui, en synthèse et pour regarder les choses en face, ont essentiellement pour vocation d'instaurer autour de leurs auteur-e-s un centralité petite-bourgeoise (ce qui advient automatiquement lorsque l'on parle de "condition féminine", "condition indigène", "condition LGBTQI" ou "condition" ceci ou cela sans considération pour la position de classe à l'intérieur de ces "conditions") ; tandis que de son côté, l'ouvriérisme était essentiellement au service de l'aristocratie ouvrière et des bureaucraties partidaires et syndicales (en leur permettant d'invoquer, par exemple, leur extraction ouvrière d'origine, leurs éventuels "15 ans au charbon" contre la critique des "blancs-becs" et autres "étudiants gauchistes petits-bourgeois" – sans même parler de ces immigrés venus "faire baisser les salaires pour le compte du patronat" et mener des "grèves saintes agitées par des groupes religieux intégristes à rechercher du côté de Téhéran"...).

    Exemple d'idpol ouvriériste : http://humaniterouge.alloforum.com/blog-komunouriezh... 

    "La Bretagne ça n'existe pas, c'est un délire de petits bourgeois, la preuve c'est un camarade ouvrier breton qui me l'a dit, et pis t’façon j'ai raison parce que j’suis ouvrier, j'ai pas à écouter vos leçons de petits profs petits bourgeois. Je ne me laisserai pas silencier et tone policer, gna !!" LOL…

    Cette réflexion rejoint en partie celle développée par les maoïstes états-uniens de Red Guards Austin :

    "Dans le contexte historique récent aux États-Unis, le mouvement marxiste-léniniste a très largement souffert d'une politique ouvriériste... qui est en réalité elle-même une identity politics axée autour de la vision eurocentrique du travailleur comme homme blanc travaillant à l'usine ; échouant par conséquent à prendre au sérieux et analyser correctement des modes d'oppression tels que la suprématie blanche ou le patriarcat. Ce sont les erreurs de l'eurocentrisme, du sexisme, du colonialisme et de la suprématie blanche qui ont conduit par le passé beaucoup d'autoproclamés marxistes à littéralement effacer les groupes opprimés de leurs analyses. Il n'y a guère pire en la matière que les trotskystes, la "gauche communiste" et autres marxistes "orthodoxes" qui regardent dogmatiquement vers le passé et tirent leur soi-disant "science" d'un petit panel soigneusement choisi de "classiques"-prophètes. 

    Les maoïstes se sont employés à corriger ces erreurs, analysant le colonialisme et l'histoire des États-Unis, et prêtant toute l'attention requise à une compréhension correcte des colonies intérieures, des genres et autres groupes sociaux opprimés. 

    Cette nuance s'adresse immédiatement à celles et ceux que l'on peut qualifier de postmodernes : ils et elles gravitent autour du maoïsme mais ne l'ont toujours pas compris comme ce qu'il est, une méthode d'analyse et un guide pour l'action ; et au lieu de cela le voient de la manière dont ce libéralisme idéaliste et anti-dialectique les encourage à le voir - un catalogue de positions auxquelles, si vous adhérez globalement, vous pouvez vous qualifier vous-mêmes de maoïstes. Nous rejetons catégoriquement ce principe et rappelons qu'être maoïste n'est pas seulement concevoir le maoïsme comme une méthode d'analyse MAIS AUSSI le mettre en pratique de manière organisée, et que seulement ainsi l'on peut se qualifier de maoïste. 

    Nous ne devons pas, comme le font certains révisionnistes, rejeter mécaniquement l'identity politics sans discussion. Si le postmodernisme a acquis sa popularité dans le sillage de la défaite temporaire du communisme, alors nous devons nous confronter à cet échec tout en tentant simultanément de comprendre à la fois les limites de l'identity politics et les raisons de son succès. Pour cela, ne devons rechercher le fond d'idées justes, de bonnes questions cachées au fond de l'identity politics postmoderne."


    Papiers réseaux sociaux - mai 2017


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  • Raaa-ah ! Anti ! Anti-imperialista !!


     


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  • Au premier tour, sur 47,5 millions d'électeurs inscrits, il y a eu 37 millions de votants, 36 millions de suffrages exprimés.

    - Près de 10 millions de voix se sont portées sur ce qu'on appellera "la gauche" (Mélenchon principalement, + Hamon, Poutou, Arthaud).

    - Plus de 9 millions se sont portées sur ce qu'on appellera la "droite modérée" (les 8,6 millions de Macron, aujourd'hui Président de la République, arrivé en tête, et les 400.000 et quelques voix de Jean Lassalle, proche de François Bayrou).

    - Enfin le reste, près de 17 millions de suffrages, se sont portés sur la droite réactionnaire, souverainiste et fascisante (Fillon, Le Pen, Dupont-Aignan, Asselineau). Les 65.000 voix de Jacques Cheminade sont difficilement classables, mais de toute façon insignifiantes.

    L'abstention et les bulletins blancs et nuls dès le 1er tour (11,5 millions) sont difficiles à évaluer politiquement : il y avait les campagnes de boycott lancées par les diverses organisations révolutionnaires, mais il n'est pas sûr qu'elles aient touché plus de quelques milliers de personnes ; un certain nombre de ces abstentionnistes ont sans doute un potentiel révolutionnaire mais il est difficile de dire combien, et considérer que "tous" serait absurde ; il y a sans doute aussi du désintérêt voire du rejet de la politique mais en mode individualiste, voire des gens attirés par Le Pen mais n'osant pas encore sauter le pas (encore qu'il ne doive plus y en avoir énormément aujourd'hui).

    Parallèlement, et malgré les critiques sur le personnage que nous avons nous-mêmes suffisamment exprimées ici et sur lesquelles il n'est pas besoin de revenir, un certain nombre de personnes de conscience progressiste et de classe populaire ont choisi de jouer tactiquement la présence au 2e tour de Jean-Luc Mélenchon, tandis que d'autres encore ont sans doute choisi de voter directement pour Macron afin de lui donner le meilleur score et la meilleure dynamique possible (et il est clair que les sondages auparavant ne le donnaient pas beaucoup en tête, ou alors de manière très serrée), d'éviter l'horreur absolue d'un duel Le Pen - Fillon, etc.

    Au total, les deux candidats qualifiés pour le 2e tour ont totalisé 16,3 millions de voix (8,65 pour Macron et pas loin de 7,7 pour Le Pen, score déjà absolument historique sans même parler de celui du 7 mai...), et donc quelques 19,7 millions n'ont voté ni pour l'un ni pour l'autre (droite réactionnaire autre que Le Pen : 9,3 millions).

    AU 2e TOUR, plus de 12 de ces 19,7 millions se sont reportés sur Macron et un peu moins de 3 millions sur Le Pen.

    Le delta d'abstention (personnes ayant voté au 1er tour donc, mais refusant l'affiche du 2e) s'élève à +1,5 millions, et surtout, celui de bulletins blancs ou nuls à plus de 3 millions (de 950.000 à plus de 4 millions, "score" là aussi absolument historique pour cette démarche plus "militante" que la simple "pêche à la ligne"). Mais là aussi, ces nouveaux abstentionnistes et votants blanc ou nul peuvent provenir tout autant de la gauche que de la droite située entre Le Pen et Macron... C'est d'autant plus difficile à dire que si l'on se base sur les enquêtes demandant aux différents électorats du 1er tour ce qu'ils ont fait au 2e, on ne retrouve tout simplement pas la quantité de reports, en particulier sur Macron ! Autrement dit, il est probable que des gens disent s'être abstenus ou avoir voté blanc, mais aient en réalité voté Macron (ou chargé quelqu'un par procuration de le faire)...

    À l'arrivée donc, ce sont plus de 66% pour Emmanuel Macron et pas tout à fait 34% pour Marine Le Pen ; presque 2/3 - 1/3. C'est à dire, nous allons le voir, une affaire de "verre à moitié plein ou à moitié vide".

    Le Pen sort en effet des urnes, comme déjà au 1er tour, nettement au-dessous de ce que lui promettaient les sondages. Il est possible, et on peut presque l'espérer tactiquement, que ce "verre à moitié vide" suscite des tensions dans son propre mouvement, contre la "ligne Philippot" et son "programme à la Mélenchon", avec Marion Maréchal et d'autres en embuscade... Au regard par exemple de la bonne résistance de Fillon ("droite décomplexée") malgré ses affaires et de la mauvaiseté des reports de son électorat au 2e tour, ou encore de la grande faiblesse des reports de l'électorat Mélenchon (que visait, a priori, la "ligne Philippot"). Autrement dit qu'un certain nombre de cadres appellent au retour aux fondamentaux de "droite nationale" contre le "ni droite ni gauche" de Philippot, et que cela (vu la protection de la "patronne" dont celui-ci bénéficie) puisse conduire à un éclatement et donc (comme à l'époque de Bruno Mégret) un affaiblissement du Front, que (rappelons-le) son fondateur historique lui-même a déjà quitté.

    Mais il faut voir aussi le "verre à moitié vide"... pour nous : malgré le score respectable de ce-qu'on-peut-appeler-la-gauche (un retrait de la candidature Hamon, par exemple, aurait même pu donner un 2e tour Mélenchon-Macron...), qui n'est de toute façon pas extérieure au dit consensus, c'est une nouvelle victoire du consensus républicain du "juste milieu" qui est la forme en quelque sorte "normale" de la dictature bourgeoise et de la contre-révolution préventive dans l’État français, où l'on ne rappellera jamais assez que les figures les plus réactionnaires et ennemies du peuple vues d'aujourd'hui (Napoléon, Adolphe Thiers, Jules Ferry, et même De Gaulle qui après tout a surtout usé de ses pouvoirs d'exception... contre l'extrême-droite, l'OAS !) étaient des hommes du centre (du "juste milieu") en leur temps, et que l'extrême-droite proprement dite n'est arrivée au pouvoir que dans des circonstances très exceptionnelles d'invasion du territoire par une puissance étrangère (et encore : le Ministre de l'Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu, disait par exemple combattre "le terrorisme d'extrême-gauche" - la résistance communiste - "ET D'EXTRÊME-DROITE" - les gaullistes ! ; le régime essayait concrètement de reconstituer un multipartisme à partir des courants germanophiles, pacifistes ou anti-antifascistes des partis d'avant-guerre - "socialistes" de Déat, ex-communistes du PPF de Doriot ou du Parti ouvrier et paysan, etc. ; les anciens centristes radicaux ou libéraux étaient - du moins dans un premier temps - ses plus solides soutiens alors que la droite dure s'était tout de suite divisée entre patriotes gaullistes et collabos ; bref dans un sens Vichy se voulait aussi du "juste milieu" !).

    Notre position depuis toujours est que l'extrême-droite, même "relookée" et "dédiabolisée", n'a pas réellement "vocation" à arriver au pouvoir en Hexagone [voir annexe 1] ; mais plutôt à jouer un rôle d'outsider de confort, "gardienne" des classes populaires paupérisées par la crise, et beaucoup plus confortable que ne l'était le PCF dans les années 1960-70 (insusceptible, par exemple, de mettre des millions de travailleurs en grève). Un outsider que le système, l'idéologie dominante républicaine capitaliste-impérialiste-raciste, nourrit et utilise en même temps comme épouvantail pour se renforcer et assurer sa continuité (en gros : c'est nous ou pire que nous, choisissez mes braves gens !). De temps à autre, comme déjà avec Sarkozy (déjà à l'Intérieur puis durant sa campagne présidentielle), la droite opère une sorte de "big bang" en reprenant à son compte les thèses anti-démocratiques du FN, repoussant celui-ci vers son "noyau dur" de 10% de l'électorat (c'est ce qui pourrait encore arriver, surtout en cas de tensions et d'explosion du mouvement lepéniste face au "verre à moitié vide", avec par exemple un Wauquiez comme nouveau Sarkozy) ; la "gauche" suit le mouvement en mode "répondre aux bonnes questions" pour maintenir son existence ; bref le champ politique bourgeois se lepénise, et voilà.

    La manœuvre semble cette fois encore avoir fonctionné, au-delà des prévisions qui étaient légèrement plus "tendax". Mais pour continuer dans le verre à moitié vide pour nous, et à moitié plein pour le FN, c'est tout de même un score absolument historique qui a été réalisé là. Déjà au 1er tour, avec près de 900.000 voix de plus qu'au 2e tour des régionales qui était, rappelons-le, son premier dépassement du score de Marine Le Pen à la présidentielle 2012 ; et ne parlons même pas du 2e où la barre symbolique des 10 millions a été franchie, doublant quasiment le score de son père en 2002 (où il n'avait bénéficié de reports que de Bruno Mégret, concrètement). Près de 3 millions de voix supplémentaires alors que son allié de dernière minute Nicolas Dupont-Aignan ne pouvait lui en fournir au maximum que 1,6 (mais cette décision a en réalité poussé son parti au bord de l'explosion et plus d'un quart de ses électeurs ont indiqué qu'ils s'abstiendraient...) ; autrement dit des digues fondamentales ont cédé, des électeurs de Fillon (pourtant économiquement libéral et européiste) ont préféré Le Pen à Macron, tout comme sans doute aussi un bon demi-million ou plus d'électeurs... de gauche (contre l'"ultra-libéral" "candidat des banques" Macron, en réalité social-libéral "théorie du ruissellement" tout ce qu'il y a de plus classique, montrant le niveau d'irrationnel politique atteint dans ce pays).

    Et avec ce score, comme nous l'avons également toujours dit, le FN peut déjà être considéré comme "en partie", si ce n'est pas désormais "à moitié" au pouvoir... Marine Le Pen peut pratiquement être considérée comme la "directrice générale" de fait de la police et de la gendarmerie, qui ont voté majoritairement pour elle et dont le déchaînement contre les manifs au soir du 1er tour montre bien quel score historique les "décomplexait" de la sorte (en l'occurrence, sans doute pas celui du candidat ayant fondé son mouvement il y a un an...).

    Ceci rend fondamentalement ridicules ceux qui s'essayent à célébrer la victoire de Macron comme un véritable "triomphe de l'antifascisme", pratiquement de la "démocratie populaire" ; qui tentent de nous faire croire que l'islamophobie et le fond d'ambiance "ennemi intérieur" anti-terroriste post-Charlie, qui ont nourri le FN (ont été déterminants pour 90% de ses électeurs en tout cas, selon toutes les enquêtes), auraient en réalité "amorcé son reflux" ; etc. etc.

    L'entre-deux-tours a suscité de très vifs débats quant à l'attitude à adopter face à ce scrutin. Il faut dire, pour parler clairement, que la configuration était passablement merdique. Si avait été promise à Macron une victoire "à la Chirac", 80-20, pouvant à la rigueur se resserrer à 70-30, il aurait été clair qu'il fallait absolument refuser le "front républicain" bourgeois, le renforcement du consensus "juste milieu" néolibéral par la peur de l'épouvantail "extrême". Si par contre les sondages s'étaient montrés très serrés, autour de 50%, en-dessous de 55-45 en tout cas... il aurait alors fallu réfléchir sérieusement. Sans qu'il s'agisse ici, bien sûr, de présenter de manière ridicule les choses comme une "défaite de Le Pen face à l'antifascisme", mais bien comme un pur choix tactique (encore que... une telle situation présumerait d'une faiblesse du candidat "républicain" qui pourrait conduire à un soutien "comme la corde soutient le pendu", à condition que les choses soient bien pensées et organisées comme cela et non un mouvement éperdu de panique ; une extrême-droite à un tel niveau pourrait par ailleurs signifier une autre configuration de second tour, en rappelant que cette année une candidature UNIQUE de la "gauche de gauche" aurait très probablement été devant Le Pen et peut-être même devant Macron ; mais bon...).

    Car si nous avons toujours dit que l'extrême-droite avait vocation à rester cantonnée dans un rôle  d'opposition de confort et d'épouvantail, nous avons également toujours dit que selon les circonstances (et ces circonstances, sans s'apparenter à une invasion étrangère comme en 1940, ont été assez lourdes ces deux dernière années) cet épouvantail pouvait devenir créature de Frankenstein, échapper à ses créateurs... et alors, bien entendu, ce ne serait plus du tout la même chose ! Il n'y a rien d'anti-maoïste, mais au contraire les principes "militaires" de base du maoïsme, à choisir le terrain sur lequel on se bat ; le moins défavorable et/ou le mieux connu. Macron représente la continuité du hollandisme, terrain difficile avec le virage ultra-répressif pris sous l'égide de Valls (qui jouera certainement un grand rôle dans la future majorité présidentielle), mais que nous commençons à connaître ; et si l'on ne peut présumer d'aucun évènement, d'aucune évolution, du moins sait-on d'où l'on part (de ce que nous avons actuellement) ; alors qu'avec Le Pen, nous ne savons PAS d'où nous partons et encore moins où les choses peuvent aller, sinon qu'il y a d'excellentes raisons d'envisager le pire, même si la référence au gaullisme période Papon (préfet de Paris) a remplacé celle à Vichy et aux ultras de l'Algérie française... Nous savons pertinemment que son programme "social" made in Philippot est du vent, que le FN est économiquement tout aussi social-libéral que Macron, "ruissellement" mais "ruissellement"... pour les seuls "bons Français" et non pour tout le monde ; voire plus thatchérien encore que cela selon la réalité économique (c'était la ligne économique claire et nette dans les années 1980, et difficile de ne pas l'envisager en voyant la gueule d'un Nicolas Bay par exemple) ; sauf que dans les manifs, les balles réelles pourraient bien remplacer les flashballs creveurs d'yeux, et dans les quartiers où ces balles sont déjà tirées régulièrement, le nombre de victimes décupler ou vingtupler... Et qui, à l'heure actuelle, 1°/ déjà, pourrait souhaiter et 2°/ peut sérieusement s'estimer PRÊT à cela ?

    Nous n'avons à peu près rien lu de plus ridicule entre les deux tours que les déclarations du style "nous descendrons dans la rue", "ça se règlera par des manifestations de masse", comme si l'on partait du postulat absolu que "la rue" resterait strictement la même sous Le Pen qu'aujourd'hui, alors que le virage répressif pris depuis quelques années avec Valls, l'état d'urgence et compagnie a déjà mis les mouvements sociaux dans une grande difficulté (moins de monde dans la rue, par exemple, contre la Loi Travail que contre la réforme des retraites sous Sarkozy !). Historiquement, un "bond en avant" considérable dans la répression anti-populaire ne s'est jamais "réglé dans la rue" !!

    Mais bon, là, donc, la situation était dans une sorte d'"entre deux" merdique, avec des sondages autour de 60-40. D'où la multiplication et la grande diversité des positions : ceux et celles restant sur la ligne de boycott (arguant parfois, non sans raisons, que de toute façon ce que feraient ou pas quelques milliers de révolutionnaires ne changerait pas la donne, donc autant rester droit dans ses bottes) ; les nouveaux abstentionnistes (de l'électorat Mélenchon essentiellement) ; les partisans du vote barrage, aimablement surnommés "castors" par les autres ; l'idée que Le Pen allait de toute façon perdre mais que par 30% ou 45% ce ne serait pas la même chose, etc. etc.

    Ce débat aura eu le mérite incontestable d'être intéressant et créatif, même si comme il est coutume dans ce pays, les attitudes anti-constructives ont hélas pullulé. On dédiera une mention spéciale au noyau dur militant de la France Insoumise (Mélenchon) qui, alors qu'au 1er tour il fallait littéralement fusiller les abstentionnistes (celles et ceux qui "empêchaient" leur champion d'être possiblement au 2e tour), voulaient au 2e fusiller les NON-abstentionnistes, celles et ceux qui par réflexe de survie, non-Blancs ou se sachant fichés (par exemple), ou refusant simplement le saut dans un sombre inconnu, souhaitaient voter Macron pour faire barrage... Sans parler des quelques-uns carrément prêts à voter Le Pen pour "tout faire péter" (et près de 500.000, selon toute vraisemblance, l'auraient finalement fait).

    Dans les secteurs les plus opprimés des masses (opprimé-e-s de race ou de genre notamment), on a pu observer les deux positions, l'une consistant à dire que "l'oppression n'a pas attendu Le Pen" (certes... mais elle pourrait décupler ou pourquoi pas centupler !), l'autre qu'il fallait faire barrage pour la survie ; avec parfois des argumentaires idpol un peu stériles et désolants en la si grave circonstance, comme quoi l'une ou l'autre position serait une position de "privilégiés" (soit "s'en foutant" que Le Pen passe car "pas concerné-e-s par la violence de son programme", absurde si l'on pense à des militant-e-s fiché-e-s par exemple, soit "allant faire les castors pour sauver l'image de leur France des Droits de l'Homme qui n'existe pas"), alors qu'il était évident que ces catégories opprimées elles-mêmes étaient très divisées sur la question et que personne, aussi "concerné" soit-il, ne pouvait prétendre par sa parole les représenter intégralement. Il est cependant vrai qu'en l'hypothèse d'une forte probabilité de victoire de Le Pen, de sondages à 50-50 ou presque, une attitude "rien à battre" pourrait clairement présenter des caractéristiques de "privilège blanc" se sachant (plus ou moins consciemment) en 2e ou 3e ligne et non en première. Ou du moins d'irresponsabilité politique certaine. Mais les sondages, sans annoncer une victoire à la Chirac, n'étaient pas aussi serrés et laissaient un champ des possibles beaucoup plus large et ouvert au débat sans excommunication, à notre humble avis, même si un doute désagréable n'a jamais vraiment cessé de planer.

    L'argument (anti-"castors") comme quoi Macron à moins ou à plus de 60% n'aurait pas la même légitimité et ne mènerait pas la même politique était relativement absurde : la plupart des Présidents de la Ve République ont été élus par un peu plus de 50% (sans parler de leurs scores au 1er tour, parfois inférieurs à 25%) et n'en ont pas moins mené la politique qu'ils voulaient, sans aucune considération pour cela.

    L'argument (anti-abstentionnistes) comme quoi Le Pen devait faire le score le plus bas possible n'était pas idiot dans l'absolu, et l'on peut évidemment se réjouir qu'elle soit finalement sortie si bas par rapport aux prévisions, mais il se heurtait à la réalité d'un FN qui quoi que l'on fasse, surtout si l'on regarde les millions de voix et non les %, est déjà ce qu'il est et devrait le rester voire augmenter, avec des digues autour de lui qui ont sauté, bref les considérations sur le "verre à moitié plein" pour lui et "à moitié vide" pour nous que nous avons précédemment évoquées. Espérer un score autour de 80%, ou même 75% pour Macron était absolument illusoire de toute façon. Une situation dont la priorité aujourd'hui comme demain, comme nous le faisons depuis maintenant plus de 7 ans, est de dénoncer et combattre implacablement les ressorts et non de les nier, quand ce n'est pas carrément prétendre qu'ils sont l'"esprit" ("Charlie" ou autre) qui ferait "barrage au fascisme"...

    NOTRE POSITION, en tout cas, s'est rapidement organisée comme suit :

    1°/ Pas de campagne pour on-ne-sait-quel "vote antifasciste" Macron (ça va pas la tête ?), ne pas cautionner la mascarade du "front républicain" ;

    2°/ Non-agression, pas d'attaques, pas de crachats contre les personnes ayant fermement décidé de faire barrage à Le Pen en votant Macron, a fortiori si cela était perçu comme une question de survie, et à plus forte raison si les prévisions devenaient serrées ;

    3°/ Lutte sans merci contre l'imbécilité absolue du report de gauche sur Le Pen, partant du mot d'ordre que "si Le Pen gagne ou fait de bons scores, c'est d'abord parce que des gens votent Le Pen" (sur les reports de droite, nous n'avons évidemment aucune prise et comme nous l'avons dit ils s'inscrivent malheureusement dans l'air du temps ; finalement Macron s'en est plutôt bien sorti, surtout après le débat où il a fait éclater l'irréalisme du programme économique du FN, irréalisme dénoncé même par des intellectuels d'extrême-droite comme Guillaume Faye)... mais bon, ces éléments-là se sont rapidement faits assez silencieux ;

    4°/ Critique des postures comme quoi "on se battra dans la rue contre Le Pen comme contre n'importe qui" : que le FN au pouvoir ne soit pas à l'ordre du jour, qu'on le comprenne et refuse par conséquent de céder au "front républicain", c'est une chose ; que Le Pen = Macron en termes de capacité à "se battre dans la rue" comme si de rien n'était, c'en est une autre et c'est un raisonnement irresponsable à dissiper préventivement, pour le jour où sa victoire serait beaucoup plus probable ;

    5°/ Suivi attentif des enquêtes d'opinion et de leurs dynamiques, surtout après le débat, pour prendre la mesure la plus exacte possible de la situation et de son éventuelle dangerosité.

    6°/ À l'issue la plus probable du scrutin (victoire de Macron), pas de "ouf" de soulagement idiot, certainement pas de "victoire de l'antifascisme", mais poursuivre la dénonciation implacable (que nous menons depuis des années) de ce qui nous a conduit dans cette situation, et DEMANDER DES COMPTES [voire annexe 2].

     

    À l'arrivée, les résultats donc, ont été ce qu'ils ont été : une continuité, comme nous l'avons dit, du "consensus républicain" social-libéral et de contre-révolution préventive avec le FN en opposition de confort épouvantail ; mais néanmoins, peut-être, la moins mauvaise configuration qui pouvait sortir de cette époque merdique que nous vivons. Un succès suffisamment relatif du Front National, une victoire de Macron plus large que prévue mais sans être non plus triomphale, et des signaux, des messages très clairs, tant dans les abstentions-blancs-nuls que dans le vote barrage sans l'ombre d'une adhésion, qu'il n'y a (comme il a lui-même dû le reconnaître) aucun blanc-seing pour une politique néolibérale et que celle-ci sera combattue sans relâche par une grande partie de la population.

    Oui, c'est clair, depuis près de 30 ans le régime bourgeois de contre-révolution préventive se droitise et fascise, la "gauche" évoluant elle-même toujours plus vers une "droite modérée", mais il y a dans les masses de la résistance contre cela, de la "révolte" comme on dit au rugby, ainsi qu'on a pu le voir par exemple contre Sarkozy en 2007, avec l'assez bon score de Royal malgré sa nullité caractérisée (parfois près de 90% dans les bureaux de vote des quartiers "sensibles") et même dans une certaine mesure, tactiquement, le vote pour Bayrou au 1er tour ; et aussi contre la "droitisation de la gauche" avec les bons scores des candidats à gauche de Jospin en 2002 (19% au total), de Mélenchon en 2012 (11%) et plus que tout cette année (19,5%), avec un total à gauche de Macron avoisinant les 28%...

    Cela ne veut cependant nullement dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais qu'il faut CONTINUER LE COMBAT et qu'il y a des perspectives et des potentialités pour cela. Il y a une résistance, transformons-la en lutte pour la révolution !


    En complément et conclusion de ces quelques réflexions post-période électorale, quelques annexes :


    - Cette bonne pièce de l'écrivain révolutionnaire marseillais Alessio Mascalzone, au sujet de la non-vocation de l'extrême-droite à arriver au pouvoir en Hexagone :

    "Le sommet fut atteint avec le psychodrame électoral de 2002. Il était interdit, entre les deux tours de l'élection présidentielle, d'ouvrir la bouche pour autre chose qu'appeller à voter Chirac pour faire barrage à Le Pen. Toute velléité de débattre (et notamment de mettre le nez dans leur caca aux pontifes de la gauche) se heurtait invariablement à cette unique consigne, répétée jusqu'à la nausée. Et quiconque essayait d'ouvrir un véritable débat se trouvait accusé de complicité objective avec le fascisme. Autrement dit, il n'était nul besoin que Le Pen soit élu pour que la liberté d'expression disparaisse : c'était déjà fait, sous les auspices de la bonne conscience républicaine et au nom d'une sorte d'"état d'urgence électoral".

    En réalité l'extrême-droite n'a jamais eu en France vocation à prendre le pouvoir. Chaque fois qu'elle a eu l'occasion de le faire elle s'est déballonnée. Ce fut le cas du général Boulanger en 1889, renonçant au dernier moment à marcher sur l'Assemblée nationale alors que ses partisans tenaient la rue. Ce fut de nouveau le cas en 1934, où le leader des Croix-de-Feu, le colonel De La Rocque refusa d'investir l'Assemblée, les leaders de l'Action Française brillant quant à eux par leur absence dans la rue pourtant tenue par leurs militants. Et même le putsch d'Alger, en 1961, échoua parce que le gros de l'armée, resté fidèle à la figure tutélaire du général De Gaule, refusa de s'y engager. 

    La raison pour laquelle l'extrême-droite n'a jamais eu ses chances en France est simple : partout en Europe, les régimes autoritaires sont arrivés au pouvoir là où l'État-nation tardait à s'affirmer. Il s'agissait de réactiver violemment le processus, interrompu ou ralenti, de constitution de l'État-nation : pour l'Allemagne, par la défaite de 1918 et la crise des années 1920 ; pour l'Italie, par le sentiment d'avoir été frustré des fruits de la victoire de 1918 et par la menace insurrectionnelle de 1919-1920 ; pour l'Espagne, par l'agitation sociale et l'autonomie basque et catalane. Or, en France, la tradition ininterrompue de centralisation politique et la force de l'idéologie nationale, notamment activée par le colonialisme, a permis la constitution d'un appareil d'État puissant, relayé au sein de la société par un dispositif disciplinaire omniprésent. La seule fois que ce dispositif a vacillé, et que l'extrême-droite put accéder au pouvoir, ce fut sous la forme du fantomatique régime de Vichy : par la grâce de l'invasion allemande, qui avait provoqué la chute de la IIIe République, et non par la résultat d'une stratégie mûrement réfléchie de prise du pouvoir. Le maréchal Pétain s'étant contenté d'accepter un pouvoir dont une Assemblée nationale aux abois cherchait à se débarrasser à n'importe quel prix. 

    Tout cela pour dire que le FN a joué un rôle très simple : quand le doigt montre la lune, l'idiot regarde le doigt. Et l'idiotie politique est la chose du monde la mieux partagée en France. En d'autres termes, la France a évité le fascisme non parce qu'elle serait le pays de la liberté mais parce qu'elle est le pays de l'autorité..." 

    "C'est de la racaille eh bien j'en suis", édition L'Échappée 2006, réédition augmentée Agone en 2009 sous le titre "La rage et la révolte", pp.100/102.


    - Sur le mot d'ordre "demander des comptes" :

    "Si c'est pour "du social", "contre la dictature de la finance" et l'Union européenne qui en serait "l'instrument" (quelles que soient, inutile de le préciser, les critiques que d'authentiques communistes révolutionnaires peuvent avoir envers ces concepts), si c'est pour chercher une porte de sortie à la crise généralisée du capitalisme, on peut voter Mélenchon... 

    Si c'est Le Pen qui est au 2e tour et pas lui, s'il est même légèrement derrière Fillon, c'est parce que pour un nombre trop important de gens ces "contre"-là existent mais sont SECONDAIRES, et c'est "contre les Arabes", "contre l'invasion islamiste" qui est le déterminant PRINCIPAL. 

    Et pourquoi cela ? Ces idées-là tombent-elles du ciel ? On sait bien que non.  

    On sait bien de quel héritage impérialiste et colonial non-soldé et de quel FOND D'AMBIANCE idéologique, depuis 50 ans qu'il y a des "colonies importées" en métropole hexagonale et en même temps la télé dans tous les foyers, et encore plus depuis une quinzaine d'années (depuis le 11 Septembre et compagnie), leur hégémonie est le résultat. 

    DEMANDONS DES COMPTES. 

    Cessons de parler de Le Pen "le plus bas possible", "à 25%" : on sait très bien que nous n'en sommes plus là, qu'il n'y a ni le réservoir d'abstentionnistes (faible par rapport à 2002, ridicule par rapport aux dernières régionales), ni surtout les digues avec l'électorat Fillon (voire une partie de l'électorat Mélenchon !) pour la maintenir dans un score aussi faible.  

    Contentons-nous d'un ouf de soulagement qu'elle ne soit pas élue (synonyme d'article 16 et autres joyeusetés entre ses mains) ; estimons-nous presque heureux que ça ait été Macron et pas Fillon en face, parce qu'en plus des "digues" disparues entre LR et FN, on pourrait aussi parler des potentiels de report d'électeurs progressistes sur la droite d'aujourd'hui (post-SarkoBuisson) par rapport à ce brave Jacquot en 2002, et la chose se comprend aisément... 

    Et dès lundi prochain, DEMANDONS DES COMPTES pour la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés. Pas de "youpiiii la démocratie est sauvéééée !!!" : oui, youpi, ok ; la lutte c'est aussi préférer tel terrain à tel autre, Macron c'est le terrain du hollandisme en place depuis 5 ans et qu'on commence à connaître, Le Pen c'est un terrain inconnu sur lequel il y a des éléments pour présager le pire, donc "ouf", ok ; mais DEMANDONS DES COMPTES car ce chaud aux fesses ne vient pas de nulle part. 

    Demandons des comptes :

    - Pour le TERREAU de la situation actuelle qui a germé, à savoir le marasme économique et social dans lequel sont plongées les classes populaires et moyennes-inférieures ;

    - Pour les GRAINES idéologiques réactionnaires semées sur ce terreau. 

    La combinaison de ces deux facteurs n'ayant jamais, dans l'Histoire, donné d'autre résultat que la situation que nous connaissons actuellement. 

    DEMANDONS DES COMPTES et comprenons, faisons comprendre autour de nous inexorablement qu'en "remontant la filière" comme dans un polar, ce procès ne peut être au bout du compte que celui du CAPITALISME EN CRISE GÉNÉRALISÉE. 

    Voilà la ligne politique pour les années qui viennent." 


    - Cette critique d'une position RIDICULE D'HYPOCRISIE, bien à l'image de l'organisation pseudo-"communiste" opportuniste identitaire et postmofasciste qui la porte :

    "Est ridicule, pitoyable et indigne pour une organisation communiste, prétendument avant-garde de la révolution qui vient, la position qui consiste à dire que Macron et Le Pen c'est la même chose, du pareil au même, donc ni-ni, gros révolutionnaires de la streer zher t'as vu, MAIS... attention attention, on va OFFRIR SON DROIT DE VOTE à des étrangers qui en sont privés et n'ont donc pas ce ''privilège du choix de l'abstention''. Donc voter Macron (pour qui voulez-vous que vote un étranger inquiet de la situation actuelle ?). Vraiment ridicule et pitoyable.

    SI L'ON CONSIDÈRE que les étrangers, et les colonisé-e-s intérieur-e-s en général, ont de BONNES RAISONS de craindre l'élection de Marine Le Pen (donc que ce n'est pas ''du pareil au même'' que Macron), et qu'on veut être solidaires, et c'est une position qui fait plus que se défendre... eh ben on ASSUME de lui faire barrage en votant pour Macron, pour empêcher ce saut dans l'horreur pour eux, et aussi un certain saut dans l'inconnu pour nous gauchistes (l'art de la guerre c'est aussi le choix du champ de bataille, et notamment d'un terrain connu, pourrait-on dire). Non ? Vous croyez pas ? 

    Si par contre on considère que c'est vraiment kif kif bourricot, qu'en substance l'État antipopulaire, policier, colonial-raciste, impérialiste assassin à l'extérieur, est déjà là peu importe le ou la locataire de l'Élysée pour 5 ans (simple tête de gondole) ; position également défendable et en tout cas défendue elle aussi y compris par des premier.e.s concerné.e.s, eh ben c'est ni-ni, boycott militant et point. Non ? 

    On peut aussi penser que ce n'est pas tout à fait la même chose mais qu'il ne faut pas oublier la responsabilité de l'un dans l'autre, qu'on ne peut pas, quoi qu'on fasse et quoi qu'il arrive le 7 mai, ne pas demander des comptes à ceux qui nous ont plongés dans cette merde (en fabriquant du sentiment d'abandon et en banalisant certaines idées), et surtout que Macron est le casse du siècle, la reconduction masquée de Hollande et Valls ayant tout fait (investiture de Hamon, affaires de Fillon) pour lui dégager un boulevard au centre et qu'il se retrouve face à Le Pen et soit élu à coup sûr ; et être énervé par cela et ne pas vouloir le cautionner ; mais que non ce n'est pas la même chose, que Le Pen est un saut dans un inconnu qu'on préfère ne pas connaître, et que si on sent qu'il y a le feu, que le petit jeu est en train de se retourner contre ses initiateurs, on fera ce qu'il y a à faire en conséquence... C'est encore une autre position possible. 

    Mais franchement... Aller dire que POUR SOI c'est du pareil au même et les renvoyer dos à dos, avec des arguments risibles comme quoi Le Pen serait ''idéologiquement fasciste'' mais ''ne mettrait pas en place un régime fasciste'' (ouais c'est sûr, un régime fasciste dans les habits des années 30 j'ai toujours dit que si on l'attendait on pouvait l'attendre longtemps, mais un considérable saut en avant dans la violence répressive antipopulaire... on l'a déjà vu avec Sarko en 2007 et même dès 2002, alors Le Pen...), MAIS EN FAIT voter Macron (et sauver son cul au cas où, quand même, ce serait pas tout à fait la même chose...) en se PLANQUANT derrière des étrangers opprimés par privation de droits civiques et qui n'auraient pas notre ''privilège'' de pouvoir s'abstenir (en fait tu prends une position pour dire deux lignes plus loin que c'est un ''privilège'' de la prendre, quoi).... Pathétique. Pour ne pas dire minable." 

    La présidentielle en quelques chiffres

    - Enfin, cette carte qui remet encore une fois en cause (comme nous le faisons depuis des années) la sociologie électorale à la petite semaine qui voudrait que le Front National soit le vote des "petits", des "périphéries", de la "France d'en bas" contre celle "d'en haut", les centres, les aisés-éduqués, les "gagnants de la mondialisation" ; ou alors qu'on nous explique en quoi, comment, d'où, depuis quand, au fin fond de l'Ariège ou des Landes, du Trégor ou du Poher, dans le 93 ou le sud-est du Grand Lyon, au Havre ou à Tourcoing les gens sont des CSP+ bac+5 et des ''gagnants de la mondialisation''... Encore une fois, le vote FN semble bien représenter plutôt les masses populaires (ultra-majoritairement blanches) "coincées" entre centres et périphéries tandis que les "vraies" périphéries, "cambrousses" profondes, Peuples travailleurs nationaux niés et conscients d'eux-mêmes et bien sûr banlieues-ghettos où sont concentrées les colonies intérieures non-blanches, manifestent électoralement leur rejet de cette "extrême-France" (car c'est de cela qu'il s'agit) et donnent même des scores tout à fait honorables à la "gauche de gauche" (souvent comme "moindre mal", cela dit) – et c'est non sans un plaisir certain que l'on y voit se dessiner clairement notre Occitanie hors (hélas) "grands axes", ainsi que notre sœur Bretagne :

    La présidentielle en quelques chiffres


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  • Cinglant, clair comme le verre et solide comme l'acier, il n'y a vraiment pas un mot à ajouter à ce masterpiece...

    Sinon peut-être, pour éclairer nos lecteurs plus avant sur les enjeux qui n'y transparaissent pas encore tout à fait clairement, le fait qu'une partie de ce courant philosophique postmoderne (déjà ancien, et dont les références sont assez mondialement connues), souvent déguisée en "communistes", a concrètement muté en un POSTMOFASCISME ouvertement lancé dans une offensive mondiale, coordonnée via le petit monde merveilleux des réseaux sociaux, contre le matérialisme communiste ; sous la forme de campagnes provocatrices destructives visant toute organisation qui pourrait sembler être un peu trop sur la "bonne voie", marcher "un peu trop fort" et dans le "bon sens" au regard des objectifs de la nouvelle vague révolutionnaire mondiale qui se lève partout dans le monde.

    Une offensive dont il n'est, sans doute, pas indispensable d'identifier clairement qui se tient derrière pour imaginer que ce ne sont certainement pas les intérêts des sections les plus opprimées des Peuples travailleurs dont ces gens se gargarisent pourtant et se prétendent les porte-paroles, vite-fait "concerné-e-s" ou pas un brin (mais c'est pas grave).

    Il est vraiment, vraiment, proprement hallucinant à quel point nous avons pu reconnaître des cas de notre propre expérience dans pratiquement chaque paragraphe, à chaque détour de phrase...

    Sans qu'il soit nécessaire, ni sans doute souhaitable et souhaité, d'en dire plus, contentons-nous donc de SAVOURER les points mis ici magistralement sur les i, au-delà des quelques désaccords que nous pourrions avoir (nous ne pensons pas par exemple que dans un État multinational et/ou doté de colonies intérieures, les révolutionnaires de l'ensemble des nationalités puissent être organisé-e-s dans un même Parti en étant simplement "vigilants" à la "représentation des plus opprimé-e-s" dans la direction ; même si bien sûr les différentes avant-gardes révolutionnaires nationales de l’État doivent tisser entre elles la plus solide coordination de travail possible ; quant aux luttes de genre qui traversent toutes les classes travailleuses et les nationalités opprimés, elles ne peuvent pas faire l'économie d'organisations autonomes de masse sur la ligne de l'antisexisme révolutionnaire prolétarien)... Et le son du tocsin de la CONTRE-OFFENSIVE qui ouvre à nouveau devant nous le chemin resplendissant de la Marche vers le Communisme, expédiant cette engeance opportuniste et provocatrice fasciste pourrie vers sa nouvelle et dernière demeure aka les poubelles de l'histoire (à moins que ce ne soit, comme leur finalement précurseur d'il y a 10 ans le 'p''c''mlm', après un spectaculaire retournement de casaque, du côté de la "gauche réac" qui est également rapidement évoquée dans le texte... parce que l'ultra-gauchisme décompo qui finit par tomber ouvertement dans la réaction, ce n'est pas tout à fait un phénomène nouveau hein).

    Ce document fait finalement un peu écho à ce que nous avons déjà pu écrire ici :
    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/breves-considerations-pour-une-approche-materialiste-des-oppressions-s-a126291476

    Bonne lecture.

     

    À propos de l'opportunisme identitaire



    Le postmodernisme et son influence dans le mouvement communiste des métropoles impérialistes.


    La chose la plus commune à toutes les personnes en ce bas-monde est que leur intellect est désormais perpétuellement submergé par une vision du monde nombriliste étroite, absolument incapable de les conduire aux idées justes.

    La véritable unité ne peut s'établir que sur la base des intérêts du prolétariat révolutionnaire. Le nombrilisme et le subjectivisme sont deux erreurs récurrentes contre lesquelles les communistes doivent se cuirasser, étant donné que depuis le jour de notre naissance nous sommes encouragés par tous les poisons de la société bourgeoise à adopter une vision du monde qui ne reflète pas notre véritable intérêt de classe, une idéologie suicidaire qui nous incite à nous placer comme individus déconnectés de tout au centre du monde, toute interaction humaine et toute analyse étant guidée par le seul mot d'ordre "qu'est-ce que je vais pouvoir en tirer ?". Toute personne impliquée dans le projet communiste révolutionnaire s'efforce de changer cela, transformant le monde et se transformant elle-même dans le processus.

    Le maoïsme n'est pas une identity politics armée

    Le postmodernisme, bien qu'il puisse plonger ses racines plus d'un siècle en arrière, dans ses habits actuels, puise largement à la source de la philosophie de Nietzsche, père philosophique du fascisme hitlérien.

    Le postmodernisme a connu une impulsion majeure du fait du vide intellectuel résultant du reflux temporaire du communisme, de l'effondrement de l'URSS et de la contre-révolution en Chine, et du recul des mouvements de libération nationale qui avaient connu leur apogée dans les années 1960 et 70. Dans l'atmosphère de pessimisme qui en a résulté, le postmodernisme a pu se trouver des milliers de partisans jusque dans les rangs des marxistes démoralisés par ces reculs.”—Siraj

    Dans le processus décrit ici par Siraj, le postmodernisme a établi sans le moindre doute son hégémonie dans les centres académiques-universitaires de gauche des pays impérialistes, devenant la grille d'analyse par défaut de beaucoup de mouvements sociaux et pénétrant profondément les cyber-espaces et les médias sociaux. C'est là une pomme empoisonnée, dont beaucoup s'emparent désespérément lorsqu'ils ou elles ne trouvent pas de méthode révolutionnaire facilement accessible pour analyser et contextualiser les diverses oppressions spécifiques affrontées par des groupes sociaux particuliers.

    Tel que nous l'employons ici, le terme d'identity politics désigne une méthode d'analyse qui place l'identité comme principale au-dessus de la ligne politique. C'est-à-dire, qui traite les opinions exprimées par des individus subissant une oppression comme la vérité indiscutable. Il va sans dire que cette méthode d'analyse prive de tout accès fiable à la vérité, aux idées justes, en rejetant par-dessus bord la possibilité que l'opinion de l'individu ou du groupe en question puisse être contredite par une analyse scientifique du capitalisme impérialiste, étayée par une large et profonde étude des faits historiques.

    Le maoïsme, dans son analyse des relations dialectiques entre la base économique et la superstructure, comprends que l'oppression de classe engendre et est influencée à la fois par un certain nombre d'identités. Ces identités étant formées sur le terreau d'une société patriarcale et suprématiste blanche, c'est une erreur défaitiste que de prétendre développer une ligne politique principalement sur la base de celles-ci. De fait, si ces identités peuvent contribuer à forger la ligne politique ("fournir" des idées justes), le principal reste la ligne politique elle-même et non les identités. Au regard de cela, toute forme d'"identity politics" doit être critiquée et extirpée dans l'intérêt d'une analyse matérialiste et d'une politique communiste. Le maoïsme reconnaît l'existence d'oppressions spécifiques et "croisées" dans le cadre d'une analyse nuancée des classes et de leur lutte entre elles.

    Depuis le début de la fin du reflux général du communisme décrit par Siraj, on observe un regain d'intérêt pour le communisme non seulement comme réponse plus ou moins consciente aux débuts de l'administration Trump et aux échecs du Parti démocrate, mais aussi plus largement du fait des conditions matérielles de l'impérialisme US et de la montée du populisme de droite causée par la crise du néolibéralisme. Ces conditions matérielles offrent une opportunité de gagner des secteurs de masse au MLM. Mais dans le même temps, en l'absence d'un Parti maoïste, nous ne sommes pas capables d'offrir une éducation communiste suffisante à toute personne gravitant autour du mouvement communiste. De par ces facteurs objectifs et subjectifs, beaucoup de celles et ceux qui se proclament maoïstes, ou disent adhérer au MLM, font en réalité preuve de profondes incompréhensions et confusions au sujet du véritable caractère de cette idéologie à laquelle ils et elles s'identifient.

    Dans ce texte nous ne pourrons parler que de la situation aux États-Unis, mais nous pensons que ces analyses pourront être utiles dans d'autres pays impérialistes où le postmodernisme et autres idéologies bourgeoises ont acquis une influence hégémonique dans les milieux universitaires et étudiants. Cette influence hégémonique a également pénétré à peu près tous les cyber-espaces, particulièrement les réseaux sociaux tels que Facebook ou Tumblr, qui comme tous les médias d'importance sous le capitalisme sont contrôlés par la classe dominante et fonctionnent comme une partie de l'appareil idéologique d’État pour reproduire l'idéologie bourgeoise. Il n'est dès lors pas surprenant qu'en conséquence de cela, beaucoup de personnes soient amenées à croire faussement que MLM = identity politics + militantisme ou lutte armée. Rien ne peut être plus éloigné de la vérité, mais nous devons néanmoins examiner attentivement ce phénomène pour tenter de corriger ces idées fausses.


    Dans le contexte historique récent aux États-Unis, le mouvement marxiste-léniniste a très largement souffert d'une politique ouvriériste... qui est en réalité elle-même une identity politics axée autour de la vision eurocentrique du travailleur comme homme blanc travaillant à l'usine ; échouant par conséquent à prendre au sérieux et analyser correctement des modes d'oppression tels que la suprématie blanche ou le patriarcat. Ce sont les erreurs de l'eurocentrisme, du sexisme, du colonialisme et de la suprématie blanche qui ont conduit par le passé beaucoup d'autoproclamés marxistes à littéralement effacer les groupes opprimés de leurs analyses. Il n'y a guère pire en la matière que les trotskystes, la "gauche communiste" et autres marxistes "orthodoxes" qui regardent dogmatiquement vers le passé et tirent leur soi-disant "science" d'un petit panel soigneusement choisi de "classiques"-prophètes.

    Les maoïstes se sont employés à corriger ces erreurs, analysant le colonialisme et l'histoire des États-Unis, et prêtant toute l'attention requise à une compréhension correcte des colonies intérieures, des genres et autres groupes sociaux opprimés.

    Cette nuance s'adresse immédiatement à celles et ceux que l'on peut qualifier de postmodernes : ils et elles gravitent autour du maoïsme mais ne l'ont toujours pas compris comme ce qu'il est, une méthode d'analyse et un guide pour l'action ; et au lieu de cela le voient de la manière dont ce libéralisme idéaliste et anti-dialectique les encourage à le voir - un catalogue de positions auxquelles, si vous adhérez globalement, vous pouvez vous qualifier vous-mêmes de maoïstes. Nous rejetons catégoriquement ce principe et rappelons qu'être maoïste n'est pas seulement concevoir le maoïsme comme une méthode d'analyse MAIS AUSSI le mettre en pratique de manière organisée, et que seulement ainsi l'on peut se qualifier de maoïste.

    Nous ne devons pas, comme le font certains révisionnistes, rejeter mécaniquement l'identity politics sans discussion. Si le postmodernisme a acquis sa popularité dans le sillage de la défaite temporaire du communisme, alors nous devons nous confronter à cet échec tout en tentant simultanément de comprendre à la fois les limites de l'identity politics et les raisons de son succès. Pour cela, ne devons rechercher le fond d'idées justes, de bonnes questions cachées au fond de l'identity politics postmoderne.

    L'une des manifestations les plus communes de l'identity politics est l'analyse qui identifie chaque oppression comme son propre système indépendamment enraciné, au lieu d'identifier correctement l'oppression de classe (mue par le besoin du capitalisme impérialiste d'exploiter) comme la racine de toutes les oppressions. Ce point de vue tente parfois de se corriger (et y échoue...) par des mécanismes tels que l'intersectionnalité qui ne sont pas non plus ancrés dans une analyse matérialiste de classe. Tout le monde est capable de voir que les oppressions se croisent et chevauchent, mais la théorie postmoderne ne peut identifier scientifiquement pourquoi il en est ainsi, sans parler de ce qui peut être fait contre...

    Le noyau critique d'idées justes à dégager de ces analyses est que l'oppression de classe fonctionne fréquemment à travers des modes d'oppression tels que le patriarcat ou la suprématie blanche, et que le capitalisme impérialiste tel qu'il existe dans le monde se reproduit continuellement dans les conditions matérielles produites par ces oppressions. Pour autant, il faut comprendre que l'oppression de classe est l'oppression principale qui dirige l'entièreté du système. La lutte de classe doit être prise comme la clé pour mettre fin à toutes les oppressions, même si nous comprenons les autres modes d'oppression comme des aspects du fonctionnement de l'oppression de classe au sein du capitalisme impérialiste, comme des moyens de rendre l'exploitation continuelle possible.

    Concomitamment, ces modes d'oppression rétroagissent sur l'oppression de classe, la transformant encore et encore, modifiant et actualisant constamment les méthodes bourgeoises de coercition comme d'obtention de l'assentiment populaire. Un exemple de cela est peut-être la manière dont la classe dominante a fièrement mis en avant que le commandant d'un des deux navires ayant lancé la récente frappe de missiles contre une base aérienne syrienne est... une commandante, une femme. De fait, l'impérialisme US lui-même a embrassé l'identity politics et l'intersectionnalité comme un moyen efficace de couvrir son action et d'obtenir l'assentiment des Américain-e-s, tandis qu'il massacre et pille tout autour de la planète.

    Tous les communistes doivent reconnaître que les personnes authentiquement concernées par l'abolition de ces oppressions doivent également devenir concernées par l'intégralité du projet humain de libération, et que même avec leurs erreurs nous devons les regarder comme des camarades et être patients, ayant à l'esprit que ces personnes sont mues par des aspirations progressistes et ont donc un fort potentiel révolutionnaire.

    L'opportunisme identitaire et ses manifestations dans la “gauche”

    Ce texte ne se considère pas en capacité d'aborder tous les défauts et les limites du marxisme qui ont permis aux erreurs précédemment mentionnées d'acquérir leur importance actuelle, mais sera dédié à affronter spécifiquement les manières dont le postmodernisme a pollué nos mouvements actuels, et dont il entre en contradiction avec la loi basique voulant que les masses font l'histoire et doivent être organiquement impliquées dans le projet communiste.

    L'identity politics est devenue si méprisée dans les milieux communistes que même certains de ses plus opportunistes tenants vont désormais faire mine de rejeter et fustiger la notion. Comme peut l'être le mot "révisionnisme", "identity politics" est souvent employé d'une manière peu rigoureuse qui sert la confusion plutôt que la clarté. Étant donné que ce sont de terriblement réelles racines politico-économiques qui ont engendré et reproduisent continuellement chaque groupe spécifique de personnes opprimées, nous devons chercher à faire fonctionner notre organisation de telle manière que les groupes sociaux opprimés soient représentés dans la direction de notre mouvement, en extrayant les éléments les plus avancés des sections les plus opprimées de notre société.

    En réalité, l'identity politics la plus fréquemment pratiquée n'est pas un ensemble cohérent de conceptions politiques provenant d'un désir consistant de libération, mais plutôt un inconsistant et vulgaire opportunisme de l'identité.

    Les opportunistes identitaires sont celles et ceux qui utilisent l'identity politics uniquement lorsque cela convient à n'importe quel agenda qu'ils ou elles se seraient fixé-e-s à un moment donné, à tout ce qui accommode le mieux leur intérêt personnel carriériste ou leur quête des feux de la rampe. Un tel comportement individualiste et nombriliste a toujours été vu comme sans principes et inacceptable par les communistes authentiques. Cependant, contrairement à d'autres formes d'opportunisme, cet opportunisme identitaire passe souvent "crème", non-contesté par beaucoup de ces authentiques communistes pour essentiellement deux motifs sincères et compréhensibles : chez les plus récents adhérents au communisme, une hésitation due à leur incertitude quant à ce qu'est la véritable analyse marxiste de l'oppression ; et, cette fois y compris chez des communistes plus chevronnés, une volonté d'éviter de répéter les erreurs chauvinistes, racistes, anti-féministes et homophobes, bref "réacs de gauche" des générations précédentes de marxistes. Mais l'opportunisme identitaire trouve aussi le renfort d'une forme de flagornerie dont nous traiterons ultérieurement.

    Les opportunistes identitaires peuvent ainsi clamer, par exemple, que tout un collectif d'activistes chicanos est contrôlé par un homme blanc, où qu'ils ou elles n'ont pas à accepter la direction d'une femme noire parce que celle-ci aurait subi un "lavage de cerveau" par des hommes blancs ; usant ainsi consciemment ou non de stéréotypes racistes et patriarcaux en contradiction totale avec ce qu'ils ou elles prêchent. Nous avons authentiquement été témoins de ces deux exemples d'attaques par des opportunistes du camp révisionniste.

    Ces opportunistes existent à l'intérieur du mouvement communiste mais aussi autour de celui-ci. Beaucoup d'entre nous ont vu ou entendu parler de libéraux déconseillant l'action directe au nom de la présence de personnes sans papiers dans les mobilisations, en dépit du fait que ce soit souvent parmi ces personnes sans papiers que l'on trouve les éléments les plus intéressés à la confrontation. Un fait très simple est que la révolution est quelque chose qui va bénéficier aux plus opprimés, et ainsi l'opportunisme identitaire est souvent une excuse pour éviter le militantisme qui est matériellement le plus bénéficiable pour ces groupes opprimés. Par essence, comme tous les opportunistes, les opportunistes identitaires ne se préoccupent en réalité de pas grand-chose d'autre que d'eux-mêmes et de leurs petits intérêts personnels — au diable les masses réelles qui font face à toutes les sortes d'oppressions et expriment, parfois, leur volonté de les combattre.

    Une autre, extrêmement pénible manifestation de l'opportunisme identitaire est l'affirmation insistante que les camarades blancs politiquement organisés ne subissent pas la répression. Cette ligne, qui est en substance un refus de soutenir tout camarade faisant face à la répression, puisque celle-ci selon ces opportunistes n'"existerait pas", ne sert tout simplement qu'à livrer ces camarades à l’État. Personne ne niera jamais que les militants noirs ou bruns [et même les non-militants, pour le coup] font face à une répression beaucoup plus dure, et même aux assassinats par la main de l’État. Mais, ayant ceci bien à l'esprit, nous ne devons pas tirer de ce constat objectif de privilège la conclusion erronée que l’État capitaliste-impérialiste hésiterait à tuer ou emprisonner des communistes de groupes privilégiés qui seraient, concrètement, devenus des "traîtres" au colonialisme et à la suprématie blanche. L’État, particulièrement à l'étape proto-fasciste, ne peut laisser et ne laissera pas la voie libre à aucun militant communiste véritable.

    Le maoïsme soutient qu'il y a une réalité objective, qu'il y a des idées justes et des idées fausses, et que les idées les plus conformes à cette réalité objective sont les plus correctes (justes) tandis que les plus éloignées ou contraires à celle-ci sont des idées fausses. Au contraire, les opportunistes identitaires seront prompt-e-s à prescrire une chose pour elles/eux-mêmes et une autre pour les autres. Leur opportunisme est si profondément enraciné qu'ils/elles seront généralement incapables de combattre les idées incorrectes qui pourraient être émises par des personnes d'identité opprimée — aussi longtemps, en tout cas, que cela fait leurs petites affaires.

    La culture de la mise en cause n'a rien à voir avec les principes de la critique communiste

    Rodchenko.-Lilya-Brik-1925  

    L'un des pires aspects du postmodernisme dans la gauche radicale est sa distorsion de l'outil maoïste de la critique pour en faire une culture de la mise en cause, de l'attaque publique destructive et sans principes. L'opportunisme identitaire, en particulier, sera toujours prompt à utiliser un langage maoïste pour maquiller ses concepts contre-révolutionnaires.

    Tandis que la critique légitime procède d'un authentique intérêt pour ce qui est le mieux pour le peuple et le détachement révolutionnaire avancé de celui-ci, la culture de la mise en cause et de l'attaque destructive rejette ce principe et cherche au lieu de cela à rabaisser ou détruire les autres dans le but d'y gagner un avantage personnel. Tandis que la culture de la mise en cause se manifeste en général par le fait de répandre des rumeurs ordurières, le plus souvent dans le dos de la personne concernée, la critique au sens maoïste est directement adressée à celle-ci. La culture de l'attaque destructive vise les individus et non les idées dans leurs têtes, recherchant des boucs émissaires et non de véritables explications, nuancées, aux échecs dans le mouvement ; reposant par conséquent sur beaucoup de mensonges et de demi-vérités.

    Cette culture est intrinsèquement et profondément BOURGEOISE. Consciemment ou pas, la motivation qui se cache derrière est la recherche de l'avancement personnel de celles et ceux qui s'y livrent, cherchant par-là à montrer à l'assistance qu'ils ou elles sont suffisamment "avancé-e-s" pour identifier les erreurs de tout le monde et n'importe qui, et assez audacieux pour se permettre une dénonciation "sans concession". La culture de la mise en cause repose sur le subjectivisme et l'individualisme. Elle cherche des cibles au lieu d'investiguer la réalité dans toute sa difficile complexité, et se lance ainsi dans des conclusions hâtives en confondant inévitablement l'ami et l'ennemi. La méthode communiste de critique, au contraire, est authentiquement prolétarienne car elle comprend que le tout est supérieur à la partie, le collectif est supérieur à l'individu et les masses elles-mêmes sont les véritables héros. Pour surmonter ce subjectivisme, chacun et chacune doit avoir une bonne compréhension de la relation dialectique entre théorie et pratique, telle qu'exposée par Mao dans De la pratique.

    La quête de "points à marquer" et le harcèlement des personnes ne doivent pas avoir leur place dans notre mouvement, et doivent être éradiqués de notre manière de penser. Personne, communiste ou non, ne doit se voir attendre de lui de se joindre à ce type d'attaques même lorsqu'elles sont maquillées de "critique". Au contraire, ce type de pseudo-critique doit être rejeté fermement et utilisé pour démasquer les motivations opportunistes de la personne qui le pratique. Dans les faits, ces attaques sans principes ne font que tracer une ligne de démarcation entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires. La culture de la mise en cause destructive est paresseuse, vindicative et insipide, et doit être correctement comprise comme au-dessous des hautes exigences morales auxquelles les maoïstes doivent aspirer.

    Cette culture est particulièrement endémique parmi celles et ceux qui n'ont pas de vie politique en dehors des réseaux sociaux. Leur erreur est d'autant plus "librement" nocive qu'elle est sans conséquence en l'absence de comptes à rendre devant une véritable structure organisationnelle, et qu'il n'y a personne à qui réellement se confronter pour lancer ainsi des "critiques" qui ne bénéficient à personne d'autre qu'elles ou eux-mêmes (et, objectivement, au Pouvoir bourgeois).

    Les plus vils pratiquants de cette culture de l'attaque sont des individus destructeurs et non-organisés qui se posent ou se rêvent en leaders du mouvement avec une arrogance qui serait comique si elle n'était pas aussi destructive. La plupart de ces individus s'imaginent que leurs mises en cause d'autres peuvent matériellement isoler ceux-ci (ou des organisations entières) qui seraient "dans l'erreur". Mais ce n'est pas ainsi que l'isolement politique fonctionne. Il faut bien comprendre que la décision d'isoler une personne ou un groupe ne doit non seulement pas être prise à la légère, mais ne peut de toute façon être mise en œuvre sans pouvoir : pour isoler, vous devez être capables d'affronter et de mettre en application le verdict.

    Lorsque l'ennemi bénéficie plus que les masses d'une telle attaque, celui ou celle qui la lance a trahi le peuple et changé de camp. L’État n'apprécie rien plus que les Trotsky du monde dénonçant le Mouvement Communiste International tout en prétendant en faire partie.

    Pour les personnes rencontrant de grandes difficultés à s'organiser politiquement là où elles se trouvent (ou, plus communément, refusant d'essayer...), passer beaucoup de temps sur les réseaux sociaux de gauche est quelque chose de très commun. Et pour ces personnes accordant autant d'attention aux autres gauchistes en ligne, verser dans la culture de la mise en cause destructive est un risque permanent : parce que c'est normalisé, et parce que c'est plus facile (à court terme) que de rester ferme sur les principes et faire les choses comme il convient. Ici, "comme il convient" signifie investigation, pratique et liens d'unité noués à travers la lutte, tout ceci nécessitant patience, recherche et dévouement appliqué.

    Les flagorneurs complaisants : l'auto-dépréciation n'a rien à voir avec l'autocritique

    La plupart d'entre nous qui ont passé quelque temps sur les réseaux sociaux gauchistes auront observé, tournant autour de ces guérillero-a-s internétiques livrant leur "guerre sainte" contre les privilèges qu'ils perçoivent, des individus mâles blancs qui s'efforcent comme de "marquer des points" avec les personnes de nationalité opprimée (ou subissant toute autre forme d'oppression) en disant amen à tous leurs points de vue, au point de devenir de véritables flagorneurs qui ne font même plus semblant d'essayer d'assumer une ligne politique par eux-mêmes. Implicitement ou explicitement, ceux qui font preuve de cette complaisance sont incapables (ou refusent...) de comprendre que si les privilèges existent dans les hiérarchies des différents modes d'oppression, privilège et exploitation sont deux choses différentes. À partir de cette erreur, ils craignent d'être, ou au contraire annoncent avec une espèce de fierté étrange qu'ils sont par essence toujours et automatiquement "l'ennemi". Que ce soit dû à des erreurs de bonne foi, ou à un grossier opportunisme, ces personnes ont peur de montrer leur désaccord même sur des bases de principe avec les lignes incorrectes et les idées erronées émises par leurs vis-à-vis opprimé-e-s.

    Ceci n'est pas ce que nous encourageons lorsque nous parlons de la nécessité de représentation des groupes sociaux opprimés dans la direction de notre mouvement. Il faut le proclamer ici haut et fort : cette complaisance est raciste, ou sexiste. Elle est une forme de paternalisme, car elle voit les camarades de ces groupes opprimés comme trop "fragiles" pour être confronté-e-s à leurs propres points de vues erronés, se remettre en question et corriger leurs erreurs. Elle prive de toute chance de sérieuse rectification celles et ceux à qui l'on dit ainsi amen à tout. Il est impossible, dans ces conditions, de lutter pour la ligne correcte ; et l'organisation (ou plutôt, en règle générale, la petite cyber-bande de potes) tourne perpétuellement en rond.

    Le maoïsme soutient qu'il y a une ligne correcte et que celle-ci ne peut être trouvée qu'à travers la lutte contre les idées erronées ; idées erronées que chaque personne prise individuellement apporte avec elle dans le mouvement communiste. Et même cette ligne correcte doit être systématiquement rectifiée, testée et reformulée. Les flagorneurs ne peuvent pas lutter ; ils ne peuvent pas être des éléments utiles à aucun mouvement de libération, que ce soit de libération nationale ou pour mettre fin à l'oppression patriarcale. Bien plus souvent, ils se font les instruments des idéologies petites-bourgeoises qui existent dans les groupes opprimés. Ils ont en essence abandonné le projet révolutionnaire, et la vérité révolutionnaire qui dit que un se divise en deux, pour devenir ce qu'ils s'imaginent être de bons alliés. Mais être un camarade veut dire en réalité se tenir les uns les autres pour responsables, se soutenir les uns les autres, et se CRITIQUER les uns les autres lorsque nous commettons des erreurs.

    L'envers de la corruption de l'autocritique en culture de la mise en cause, est que l'autocritique des flagorneurs "bons alliés" devient généralement un acte d'auto-dépréciation purement performatif. Dans les rangs de celles et ceux qui persistent à penser que MLM = identity politics + lutte armée, l'autocritique ne consiste le plus souvent qu'en de plates excuses, une auto-dépréciation ou alors un rapide acte d'apaisement à l'adresse des personnes de l'assistance qui n'ont pas leurs privilèges.

    Ils en font une formalité creuse, non seulement sans utilité, mais concrètement dommageable pour la tâche de se transformer soi-même. L'autocritique performative fait passer en contrebande les erreurs jusqu'à la prochaine crise. Elle peut toucher, ou même aller un peu au fond des erreurs pour les besoins de la performance, mais elle n'offre aucun changement significatif ni durable. On n'observe pratiquement jamais une véritable dissection d'eux-mêmes en deux — c'est, en essence, un refus de la rupture. Un peu comme quand une personne toxicomane admet devant ses proches qu'elle a un problème, afin de ne plus les avoir sur le dos et de continuer à consommer en paix, mais sans réellement admettre avoir perdu le contrôle face à la drogue et donc avoir une compréhension rationnelle de leur addiction. Les organisations et collectifs doivent lutter fermement contre l'autocritique performative, en la dénonçant systématiquement.

    La nature de cette société prend racine dans l'exploitation capitaliste, si bien que les tentatives par défaut d'autocritique de la part de cadres insuffisamment formés vont généralement prendre cet aspect performatif de par l'influence assumée de l'entourage et une tendance sociale à la mauvaise foi dans la critique et au manque de confiance dans le processus de critique. Les personnes s'engageant dans cette erreur se sous-estiment (ainsi que leurs camarades) et resteront prisonnières de leur intérêt nombriliste étroit tant que la rupture avec la part bourgeoise d'elles-mêmes n'aura pas lieu.

    L'autocritique purement performative est endémique parmi tous les opportunistes identitaires et n'est pas spécifique aux flagorneurs, mais est aussi fréquemment observable chez celles et ceux que ces derniers caressent dans le sens du poil.

    La véritable autocritique communiste vise à séparer le bon du mauvais, le bourgeois du prolétarien, le correct de l'incorrect, et ainsi de suite. L'autocritique repose totalement sur les lois du matérialisme dialectique et pour cette raison ne peut pas être mise en œuvre négligemment, en l'absence de perspectives théoriques, et elle requiert le plus souvent une structure organisationnelle. Nous ne pourrons pas, ici, expliquer de fond en comble la manière de mener la critique et l'autocritique communiste ; nous invitons donc nos lecteurs à étudier attentivement l'ouvrage A Basic Understanding of the Communist Party of China, que nous avons rendu disponible sur demande pour nos sympathisants afin qu'il puisse servir de manuel à tous les révolutionnaires souhaitant de tout cœur faire du maoïsme leur idéologie-guide.

    [En réalité, le problème de l'"autocritique" évoquée ici, c'est surtout que dans la call-out culture (que nous avons traduite approximativement par "culture de la mise en cause par attaque destructive online") elle n'est même pas véritablement attendue. L'objectif est de détruire la cible de l'attaque (personne ou groupe), au service de ses propres intérêts personnels ou affinitaires (ou peut-être de commanditaires "de l'ombre" - dans tous les sens du terme - que nous découvrirons peut-être un jour) ; ou plus prosaïquement de "disqualifier" son contradicteur sans se casser le Q à développer un argumentaire compliqué ; mais pas, en tout cas, d'en obtenir une véritable évolution dans le "bon" sens (le sens de servir le mouvement communiste et la révolution mondiale) ; et toute la meilleure volonté autocritique que pourraient déployer les mis en cause n'y changera strictement rien.]

    Élitistes donneurs de leçon et petits professeurs online de langage parfait

    Le marxisme n'a pas besoin d'accolades de la part d'intellectuels s'adonnant à quelque exercice d'illusionniste, ce qui n'augure rien de bon pour les masses enchaînées dans la pauvreté et l'exploitation, ou les peuples soumis aux assauts de l'impérialisme.”—Siraj

    Une erreur persistante dans la "gauche" US, particulièrement évidente parmi celles et ceux qui se veulent communistes mais ne font partie d'aucun groupe réellement existant en dehors d'internet, est la tendance à se focaliser sur le choix des mots, coupant les cheveux en quatre au lieu d'analyser la véritable substance des lignes et des contenus politiques. Ce genre de personnes rivalise d'efforts pour trouver toutes les manières de dire les mauvaise choses de la bonne manière, admonestant celles et ceux qui ne sont pas formés à leurs codes de langage hyper-critiques et élitistes. Ceci aboutit en pratique à une condamnation des masses, dont la façon de parler et les mots employés sont souvent motif d'anathème pour ces petits cyber-profs de langage "parfait".

    Pour ces gens, les "munitions" argumentaires peuvent être trouvées absolument partout ; et leur petite perception individuelle est ce qui détermine la "réalité", se plaçant elles/eux-mêmes au centre de toutes choses. Indépendamment de toutes les intentions qu'ils ou elles peuvent afficher, ces personnes ne se lient en pratique que rarement avec la masses : leurs méthodes ne peuvent les conduire qu'à former de petites cliques isolées, en lieu et place des solides liens dialectiques avec les masses nécessaires pour construire le Parti. Gare à quiconque commet une erreur ou se voit qualifié de "problématique", sous peine d'être "isolé" ! Ceci n'a rien à voir avec le principe communiste de SERVIR LE PEUPLE ; c'est tout simplement faire du langage populaire en tant que tel une "violence", et détourner les masses de l'étude et de l'apprentissage de la politique révolutionnaire.

    La véritable tragédie est que ces coupeurs de cheveux en quatre n'ont elles/eux-mêmes pratiquement aucune maîtrise des positions communistes, et pourtant se posent en autorités morales quant à la manière dont les autres doivent parler et se comporter. C'est là une attitude détestable et répulsive, anti-démocratique et contre-révolutionnaire qui ne peut conduire qu'au favoritisme, à la faillite ou à s'autosatisfaire dans une sorte de "compétition olympique des oppressions".

    Les communistes doivent prêter attention au contenu de ce qu'exprime une personne et chercher à en extraire l'essence, et ne doivent pas s'autoriser des réactions instinctives ou des pinaillages techniques.

    Les communistes doivent de tourner vers les masses avec foi et confiance, pour les pousser de l'avant au lieu de leur imposer des codes de conduite incohérents et irréalistes par en haut. La société sera transformée par une violente révolution contre sa base économique, et encore continuellement par la suite au travers d'une révolution continue dans la superstructure, une révolution culturelle.

    Nous avons déjà pu voir des exemples de conceptions arriérées charriées par des révolutions dans l'histoire, comme par exemple des paysans chinois favorables au bandage des pieds des filles (pour les maintenir tout petits), mais ayant fini par rejoindre l'Armée rouge. Nous pouvons également assumer, vu d'aujourd'hui, que certaines méthodes de communication des communistes de Chine étaient "problématiques", étant donné qu'ils ne pouvaient tenir à distance ou s'isoler de la paysannerie comme base sociale de la révolution : s'ils l'avaient fait, il n'y aurait tout simplement pas eu de révolution et les capitalistes et impérialistes auraient triomphé très facilement.

    Ce coupage de cheveux en quatre conduit inévitablement à traiter les masses en ennemies, et échoue à comprendre la relation entre culture et capitalisme impérialiste. Qu'ils l'admettent ou non, ces individus agissent comme s'il était possible de transformer la société autrement que par une révolution armée et sans la participation des masses. Ils ne recherchent pas l'unité, et ce n'est "pas leur boulot" d'éduquer les masses...

    Nous avons même pu voir de tels communistes autoproclamés demander à être... payés avant de bien vouloir expliquer les mécanismes d'oppression à de nouveaux adhérents aux idées communistes. Ici, ces chiens montrent avoir pris la voie capitaliste dès le début, échouant instantanément à être des communistes, pour n'être rien d'autre que des élitistes contre-révolutionnaires.

    En conclusion sur l'opportunisme identitaire

    Les plus grands crimes de l'opportunisme identitaire reposent sans aucun doute sur sa capacité à se camoufler et à intoxiquer les camarades les uns contre les autres. Il utilise des méthodes d'ultra-gauche pour mettre en avant des lignes de droite. Pour ces raisons, l'opportunisme identitaire est nuisible aux groupes opprimés dont il utilise l'oppression de manière opportuniste pour servir ses objectifs individualistes étroits.

    La seule chose qui est véritablement dans l'intérêt des opprimé-e-s aux États-Unis est la construction simultanée et concentrique des trois instruments de la révolution : le Parti, l'Armée du Peuple et le Front uni ; et l'opportunisme identitaire ne fait que gravement desservir et empêcher cette construction.

    Rejeter la discipline, chercher des excuses, et qualifier d'“abusifs” ceux qui essayent d'aider à progresser

    L'opportunisme identitaire, comme toute manifestation du postmodernisme dans la gauche, rejette la discipline communiste. Des idées telles que "ne pas policer les corps des toxicomanes ou leur choix de se droguer" [ou de se prostituer, pour prendre une autre exemple...], ou encore "les enfants sont capables de consentement sexuel" [dire le contraire pourrait bien, en effet, être qualifié d'"âgiste" par d'aucun-e-s...], reposent toutes sur un individualisme extrême devenu totalement et ouvertement réactionnaire.

    Les communistes ne sont pas des libertins. Nous ne sommes pas des libertariens qui placent l'individu au-dessus du collectif ; nous plaçons au contraire le collectif, le Parti et les masses au-dessus de tout.

    De par ces principes, nous devons nous soumettre à la discipline ; nous ne devons pas chercher des excuses pour ne pas le faire, ou chercher à nous prévaloir de notre identité pour excuser nos manquements à cette discipline. Même celles et ceux d'entre nous souffrant de handicaps, d'invalidités ou autres troubles savent parfaitement que nous devons nous autocritiquer lorsque nous commettons des erreurs ; que nous ne pouvons pas refuser la tâche de corriger ces erreurs en raison de ces handicaps ou troubles comme les opportunistes identitaires cherchent perpétuellement à le faire. Nous utilisons nos oppressions personnelles et nos expériences vécues pour nous pousser nous-mêmes en avant dans la cause de la libération ; jamais comme des excuses pour ne pas accomplir le travail que tout communiste doit accomplir. Nous nous confrontons à l'ennemi régulièrement et ne plaçons pas notre intérêt personnel au-dessus des intérêts des masses.

    La discipline communiste est indispensable. Elle est un aspect majeur des succès historiques du projet révolutionnaire, et sans elle, rien ne peut être accompli. Nous avons acquis la conviction, à travers l'expérience pratique, que chacun et chacune peu importe ses capacités est capable d'élever son niveau de discipline.

    Nous cherchons à comprendre et transformer notre société, pas à devenir des extrémistes antisociaux insupportables aux yeux des masses. Nous ne cherchons pas à agir comme si les interactions sociales existaient en dehors du système capitaliste. Et pour résoudre la contradiction de vivre dans et être influencé-e-s par un monde pourri que nous voulons transformer de fond en comble, nous ne pouvons pour ainsi dire nous appuyer que sur la discipline : nous nous soumettons à la majorité et à la direction de notre organisation.

    Ceci étant dit, il est également vrai et doit être affirmé clairement que la majorité n'a pas toujours raison juste parce qu'elle est majorité. Dans beaucoup de situations historiques, une minorité a pu détenir la ligne correcte ; par exemple, dans les années 1960, la Chine et l'Albanie avaient raison contre l'immense majorité du mouvement communiste international qui restait soumise au révisionnisme moderne de l'URSS.

    Ainsi, même si la majorité des collectifs de notre mouvement prônait les principes erronés de l'opportunisme identitaire (ce n'est heureusement pas le cas), nous n'y cèderions pas ni n'abandonnerions notre idéologie : nous ne ferions que lutter pour rectifier les choses, et améliorer encore notre discipline. L'adhésion aux valeurs du centralisme démocratique sert notre mouvement tout entier ; et de la même manière, il est absolument ridicule de prétendre que nous devrions nous soumettre au magistère de dilettantes inorganisé-e-s. Une telle chose serait profondément droitiste, bien qu'il existe effectivement des personnes qui, sur la base de l'identity politics, pourraient la revendiquer.

    Le prolétariat n'a rien à gagner dans le postmodernisme et l'opportunisme, et une claire ligne de démarcation doit être tracée entre nous et eux, dans l'intérêt inébranlable de la classe.


    [Une partie reste encore à traduire, importante, sur les problématiques liées à l'ère internet ; elle viendra compléter cet article lorsqu'elle sera prête. Mais l'essentiel est déjà dans ce qui précède]



    (cette image est de nous, elle n'est pas tirée de l'article de RGA)


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  • Adama Kamara, prisonnier POLITIQUE depuis février 2008 (!!) pour faire un "exemple" suite à la révolte populaire anticoloniale-intérieure de Villiers-le-Bel (en ciblant particulièrement les potentiels "leaders" du quartier), est LIBRE. Son frère Abou, lui aussi emprisonné, devrait bénéficier d'une semi-liberté.

    Il est ici accueilli à sa libération par la famille Traoré, qui pour prix de sa lutte pour leur frère Adama tué par la gendarmerie en juillet dernier compte désormais elle aussi un prisonnier politique, Bagui, afin de chercher à faire taire leur combat.

    Depuis maintenant plus de 9 ans, les frères Kamara et les autres inculpés "pour l'exemple" de Villiers-le-Bel (tous déjà libres à ce jour, heureusement) n'auront reçu le soutien que de bien peu de monde ; qu'il s'agisse d'une "extrême-gauche" blanco-francouille bien plus occupée à dénoncer la "montée du racialisme" et à traquer les 2 drapeaux Hamas et 3 ananas dieudonnistes dans les manifs indigènes de masse pour la Palestine ; mais aussi des prétendus "full supports" aux luttes contre le colonialisme intérieur qui cachés sous leurs manteaux fourbissent les poignards à planter dans le dos de ces luttes lorsque ("par malheur") elles ne veulent pas se placer de bon gré sous leur aile "fraternaliste" et/ou céder à leurs injonctions à l'"articulation intersectionnelle"...

    SLP pour sa part, à son modeste niveau de média révolutionnaire, informait déjà sur ces procès politiques en 2010 :

    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-soutien-aux-inc…

    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-verdict-de-clas…

    Pour la libération des colonies intérieures des quartiers, le combat continue, le combat ne fait que commencer !

    #FrèresKamara #PrisonniersPolitiques


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