• Nous avons vivement salué, en mars 2016, la création dans l’État turc d'un Mouvement Révolutionnaire Uni des Peuples (HBDH).

    Nous sommes en effet d'avis que la lutte révolutionnaire, face aux urgences posées dans tous les pays par la crise générale du capitalisme, ne peut pas attendre pour être menée que tous les révolutionnaires qui veulent en finir avec le capitalisme et toutes ses oppressions (nationale, raciste, patriarcale) soient d'accord autour d'une direction idéologique unique ; et qu'il faut donc à un moment donné accepter le principe d'une "task force" conjointe, d'une plateforme d'action commune pluraliste ; à partir de quoi, la meilleure ligne idéologique (qui est selon nous le maoïsme) s'imposera d'elle-même devant le "tribunal de la pratique", les idées justes balayeront les idées fausses et il n'y a donc pas à craindre, si l'on croit à son idéologie comme nous y croyons, que la direction de cette ligne ne finisse pas par s'instaurer naturellement.

    MAIS BIEN SÛR, il va de soi qu'une telle chose ne peut pas aller sans contradictions ; que la lutte idéologique existera toujours et ne cessera jamais, et qu'il DOIT en être ainsi ; qu'à un certain stade initial, les forces arrivées (pour diverses raisons) en position prépondérante dans le front d'action commune* et tendant à le considérer comme "leur" front peuvent imposer à celui-ci une ligne incorrecte qu'il est du devoir des maoïstes de critiquer ; et en l'occurrence, le HBDH ne compte en effet (en position très minoritaire) que deux forces réellement maoïstes, le MKP et le TKP/ML.

    La contradiction, comme nous l'enseigne le maoïsme, est en effet la "vie", le cœur palpitant, le MOTEUR de la politique à travers laquelle les masses font l'Histoire.

    Du coup, la contradiction a éclaté... jusqu'au sein même de l'une de ces forces, le TKP/ML...

    Le texte qui suit, traduit par nos soins, est signé du Comité central de ce Parti ; et d'après nos informations, ne représenterait et n'engagerait pas la totalité des effectifs [d'après des infos fraîches et plutôt de première main, il semblerait toutefois s'agir d'une position plutôt majoritaire que l'inverse].

    Il soulève néanmoins selon nous, au regard de la perspective politique adoptée par un certain nombre de forces révolutionnaires dans cette partie du monde secouée par une grande effervescence révolutionnaire, des questions très intéressantes qui méritent de l'être.

    http://ikk-online.org/statement-of-our-party-communist-party-of-turkey-marxist-leninist-tkp-ml.html

    Déclaration de notre Parti, le Parti communiste de Turquie / marxiste-léniniste


    Au sujet de la position adoptée au regard du Mouvement Révolutionnaire Uni des Peuples ; à l'attention des organisations et Partis internationaux frères et amis.


    Le 24 mars 2016, le Bureau international (BI) de notre Parti publiait une déclaration intitulée "Aux organisations et Partis internationaux frères et amis". Cette déclaration portait sur le Mouvement Révolutionnaire Uni des Peuples (HBDH – Halkların Birleşik Devrim Hareketi), dont la création venait d'être annoncée le 12 mars 2016. Notre Parti étant au nombre des signataires de cette nouvelle structure, le BI avait l'obligation d'accomplir cette tâche.

    À la suite de l'annonce publique de la création de cette structure, et que nous étions l'un des Partis la composant, notre Parti s'est trouvé face à une série de tâches consistant à en comprendre correctement le caractère et le contenu. Nous voulons spécifier ici que notre participation à cette structure est le résultat d'un acte décisionnel qui a outrepassé l'autorité de notre organisation.

    Lorsque notre Parti a réalisé pleinement le contenu du programme et de la déclaration fondatrice du HBDH, une discussion interne a été initiée. Cette discussion a porté sur divers points incluant l'outrepassement de l'autorité organisationnelle et le programme de la nouvelle formation. Comme vous pourrez le voir dans la déclaration qui va suivre, une grande partie du programme et de la déclaration fondatrice du HBDH n'est pas en accord avec les options programmatiques, les principes fondamentaux et la ligne politique de notre Parti.

    Selon nous, le caractère de cette structure excède celui d'une coordination d'action conjointe. Au regard de la globalité de son programme, de ses objectifs et buts, elle revêt le caractère d'une organisation de type front.

    Notre Parti a discuté de cette question de façon globale, et a finalement pris la résolution qu'il serait inapproprié de faire partie de cette structure au regard tant de nos procédures organisationnelles que de nos principes partidaires. Les procédures et les règles de notre Parti n'autorisent pas la direction à assumer l'autorité de rejoindre une telle formation ; les mêmes documents fondamentaux restreignent même l'autorité des conférences pour accepter les principes et objectifs d'une telle formation ; de telles actions sont expressément prohibées.

    La discussion interne que nous avons menée a réitéré ces principes une fois de plus. Sur le plan programmatique, beaucoup de points théoriques et politiques ne sont pas en accord avec notre Parti.

    Par voie de conséquence, notre Parti a pris la décision de se retirer du HBDH, et de maintenir ses relations avec cette structure et de participer à des actions conjointes avec elle sans en signer le programme.

    Lorsque le BI du Parti a rendu publique la précédente déclaration, il n'a fait qu'agir en responsabilité et remplir une de ses tâches courantes. Cette déclaration précédait, évidemment, les discussions internes que nous avons menées depuis. La déclaration qui va suivre ci-après, rectifie la situation et vous fait également part des positions du Parti au regard de ses relations avec le HBDH et de son opinion sur ladite structure.

    AU PUBLIC ET  ORGANISATIONS ET PARTIS INTERNATIONAUX FRÈRES ET AMIS :

    Le 12 mars 2016, la création d'une structure intitulée Mouvement Révolutionnaire Uni des Peuples (HBDH – Halkların Birleşik Devrim Hareketi) était annoncée. [Explication comme quoi un représentant du Parti dans les discussions constitutives a pris l'initiative d'apposer sa signature sous le programme et la déclaration fondatrice du HBDH, dans des conditions qu'il est inutile d'exposer ici car tout le monde les connaît, rendant difficile la communication avec les plus hautes instances de direction et donc une validation préalable de cette décision.]

    Depuis lors, faire partie du HBDH, qui a été constitué avec des intentions et des préoccupations révolutionnaires indubitables, a été un sujet de controverse sur le plan idéologique, politique et des principes à l'intérieur du Parti. Le programme du HBDH, sa déclaration fondatrice, ses buts et objectifs, et son fonctionnement organisationnel ont été discutés durant une période considérablement longue à l'intérieur de notre Parti ; pour finalement adopter une position définitive au regard de cette structure. Nous allons ici expliquer sommairement et dans les grandes lignes notre réalité, les positions de notre Parti, notre évaluation du HBDH et les relations que nous souhaitons entretenir avec lui.

    Notre Parti en est venu à la conclusion que faire partie du HBDH et être signataire de son programme est inapproprié au regard de ses principes fondamentaux, et de ses perspectives programmatiques qui ne peuvent être modifiées qu'au travers d'une résolution adoptée en congrès. À cet égard, notre Parti le TKP/ML déclare donc en premier lieu à l'attention de nos amis politiques, comme du public que nous ne faisons plus partie intégrante du HBDH.

    Les bases sur lesquelles nous ne souhaitons plus participer sont les suivantes :

    1. Au regard de son fonctionnement, de ses buts et de ses objectifs programmatiques, le HBDH est une organisation de type "front". Il a des assertions, au regard de ses buts et de son style de travail, qui excèdent le cadre d'une simple action conjointe dans laquelle des organisations politiques différentes convergeraient. À ce stade, la question d'un Front populaire uni est une question de principe pour notre Parti. Les conditions de formation d'un tel Front, que nous considérons comme une des trois principales armes du peuple et de la révolution populaire démocratique, sont claires dans le programme de notre Parti comme dans le marxisme-léninisme-maoïsme (MLM) qui est la théorie qui nous guide : notre Parti n'envisage une telle structure que sous sa direction politique et idéologique. Parmi les conditions nécessaires à la formation d'une telle structure, notre Parti doit avoir atteint un certain niveau de direction politique, idéologique et organisationnelle concrète [sur les luttes] et la structure doit être en ligne avec l'objectif de la révolution populaire démocratique et les intérêts de classe du prolétariat. Dans le contexte actuel, ces conditions sont inexistantes.

    2. Le programme du HBDH a élargi la définition de la révolution dans un pays, qui est une des conceptions essentielles de notre Parti. Notre Parti vise la révolution dans notre pays comme tâche immédiate et primordiale. C'est un principe fondamental. Le HBDH, lui, définit sa mission comme faire partie d'une grande révolution générale dans toute la région du Proche-Orient. Une telle définition est contraire à notre compréhension de la révolution en accord avec le MLM, qui envisage de développer les perspectives révolutionnaires conformément aux conditions spécifiques de chaque pays. Nous comprenons le véritable internationalisme comme chaque pays menant à bien sa propre révolution. Apporter un soutien militaire et politique, logistique et organisationnel actif à des révolutions qui peuvent émerger dans les autres pays de notre région du monde, est une autre tâche. De notre point de vue, les révolutions doivent être spécifiquement fomentées dans chaque pays, et tenter d'unifier ces différentes révolutions dans un seul programme révolutionnaire commun est foncièrement incompatible avec la réalité. Nous pensons qu'une telle approche dérive du trotskysme, et fait obstacle au développement des révolutions dans chaque pays. Nous sommes sans l'ombre d'un doute tenus par le principe d'analyse concrète des conditions concrètes, tel que posé par le MLM. Une révolution régionale ne peut être une perspective que sur la base de cette analyse concrète des conditions concrètes. N'observant pas concrètement ce phénomène à l'instant où nous parlons, de notre point de vue cet aspect du programme du HBDH représente une déviation et contrevient à notre idéologie et à nos principes.

    3. Le programme du HBDH présente une approche et une solution à la question nationale kurde. Au-delà de son caractère désordonné et éclectique, en substance, l'aspect sous-jacent du programme sur ce point est une mise en avant de l'autonomie démocratique. Comme nous le savons bien, l'autonomie démocratique est un substitut réformiste au principe léniniste du droit à l'autodétermination nationale. Bien que nous puissions considérer l'autonomie démocratique comme un programme démocratique et progressiste pour la question nationale kurde, de notre point de vue la solution à cette question nationale ne peut être que l'autodétermination sur la base d'une pleine égalité des droits. Telle est notre position de principe en la matière. Nous pensons que toute autre solution n'est pas en mesure d'apporter une liberté totale à la Nation kurde et échouera à assurer l'égalité des nations, risquant au contraire de préserver les privilèges de la nation dominante, ce que nous ne pouvons accepter. Dans ce contexte, nous considérons essentiel de pouvoir maintenir une position critique et une lutte idéologique contre l'autonomie démocratique comme alternative au droit à l'autodétermination nationale, bien que nous puissions reconnaître et soutenir son contenu démocratique. L'approche programmatique du HBDH est donc inacceptable pour nous sur le plan des principes. Elle n'est pas compatible avec l'idéologie prolétarienne que nous représentons : c'est une contradiction. Nous disons oui à l'action conjointe pour toute lutte pour les droits démocratiques, au-delà de nos différences, mais nous ne pouvons cependant accepter une coopération autour de l'axe d'un tel programme.

    4. Au regard de la définition de la révolution, nous avons une différence idéologique essentielle. Nous pensons que définir chaque révolution selon son caractère politique est incontournable. Nous pensons que des définitions imprécises telles que "Révolution de Rojava", "Révolution du Printemps arabe" ou "Révolution moyen-orientale" sont inappropriées. La révolution dite "de Rojava" représente un certain degré de révolution. Toutefois, nous avons défini ce processus comme une lutte de libération nationale [Note SLP : donc interclassiste, et donc soumise à l'impératif de ne pas servir l'oppression des peuples voisins, qui subissent eux aussi la domination impérialiste]. Nous devons aussi attirer l'attention sur le fait que c'est un processus loin d'être achevé. Nous estimons qu'une tentative révolutionnaire de libération nationale est à l'œuvre, et nous avons été d'ardents soutiens de celle-ci. Cependant, nous ne sommes pas d'accord pour élaborer un programme commun autour d'une lutte révolutionnaire sans en avoir déterminé l'essence, le caractère et le contenu de classe. Le HBDH a quant à lui assumé une telle tâche. Sur cette base, nous estimons que le HBDH est de nature à nous éloigner de notre définition de la révolution populaire démocratique et de sa direction. C'est là une question de principe programmatique. C'est par conséquent inacceptable.

    5. La déclaration fondatrice du HBDH contient aussi une assertion quant à un processus qui évoluerait vers une "guerre mondiale totale". Nous persistons à affirmer pour notre part qu'il s'agit d'un processus révolutionnaire. Nous ne voyons pas la "guerre mondiale totale" comme une évaluation politique correcte de la situation dans le contexte où nous nous trouvons. Une telle évaluation devrait exiger de revoir toute la direction générale, la politique d'alliances et la stratégie militaire, ainsi que les plus basiques slogans et objectifs. Nous ne voyons pas une telle reconfiguration comme appropriée au regard des circonstances. C'est donc une assertion problématique.

    6. Le programme du HBDH contient aussi une très problématique analyse du fascisme. Le programme et la déclaration semblent en effet réduire le fascisme à l'actuel gouvernement Erdogan en place, ce qui revient à occulter son caractère de forme étatique. Notre Parti considère l'État turc comme fasciste depuis la création de la république (1923). Nous considérons les gouvernements comme de simples instruments sous l'autorité de l'appareil d'État. Dans ce contexte, une analyse du fascisme réduisant celui-ci à l'AKP ne fait qu'occulter la réelle nature de l'État. De telles simplifications visent sans doute à focaliser la propagande sur une cible bien spécifique. Cependant, nous percevons dans l'analyse du fascisme du programme du HBDH une confusion qui va bien au-delà. Ceci peut conduire à rendre la compréhension des contradictions politiques et sociales émergentes plus difficile, et ouvrir la voie à des erreurs politiques affectant la politique d'alliances. Cette confusion peut affaiblir la lutte stratégique contre les partis fascistes qui s'opposent à l'AKP, et déboucher sur des approches très problématiques à cet égard [on peut penser ici à des perspectives de renversement d'Erdogan qui ne feraient que ramener le fascisme kémaliste "de gauche" tel qu'il régnait avant son accession au pouvoir...]. Elle peut conduire à une vision abstraite des alliances stratégiques et tactiques. Notre Parti ne doit pas participer à une telle confusion. Nous considérons cette question comme essentielle pour diriger la classe ouvrière et les couches sociales opprimées vers les cibles politiques correctes, éveiller leur vigilance, conquérir l'avenir et donner confiance au peuple, et saisir la réalité le plus parfaitement possible. Nous ne devons jamais préférer des succès tactiques momentanés qui pourraient aveugler la conscience populaire sur les objectifs stratégiques, aux objectifs stratégiques en question. Nous voyons cette analyse confuse, imprécise et erronée du HBDH sur le fascisme dans notre pays, comme inappropriée. Nous estimons qu'avec une telle approche, attaquer le fascisme comme système politique est impossible, et que cela risque de renforcer les tendances réformistes et les "solutions" intra-système. Une telle éducation politique prodiguée aux larges masses, ne peut que les désarmer politiquement et affaiblir leur conscience révolutionnaire.

    Voilà quels sont nos points essentiels d'objection au programme du HBDH sur la base de nos principes et de notre programme. Parallèlement, nous avons un certain nombre d'autres critiques mais celles-ci sont l'objet d'une plus vaste mais non-essentielle discussion de principe. Nous voulons surtout mettre en avant et nous attaquer aux contradictions qui se situent à un niveau programmatique, c'est dans ce cadre que se situent nos principales objections.

    Nous voulons insister sur le fait que nous considérons le HBDH comme un important et très proche allié, qui agit sur une base révolutionnaire. Nous proposons de mener avec lui une puissante et efficace action conjointe, et accordons la plus grande importance à nous trouver à ses côtés sur tous les terrains de lutte sans pour autant signer son programme. Ne pas participer au HBDH n'est en aucun cas un obstacle pour des actions conjointes avec cette structure, dès lors que ces actions ne contreviennent pas à nos principes et ne portent pas atteinte à notre ligne politique. Nous devons avec la plus grande attention ne rien faire qui puisse empêcher de lutter conjointement avec nos amis contre les attaques fascistes, dans la lutte nationale démocratique de la Nation kurde, face aux problèmes subis par toutes les couches opprimées de la société, et dans la lutte de libération nationale en Rojava. Nous accordons la plus grande importance à la création de conditions favorables à ces actions conjointes contre nos ennemis sur le plan politique, militaire et démocratique. Toutes nos sections doivent regarder le HBDH comme notre plus proche allié et s'efforcer d'unifier les actions et les luttes pratiques, et dans ce contexte établir des relations stables et inébranlables. Partant du principe d'un effort similaire de leur part, nous croyons fermement que ces actions conjointes pourront affaiblir l'ennemi et renforcer nos rangs vers un niveau supérieur de part et d'autre. Nous espérons réussir à mener le plus tenace, décisif et victorieux processus pour élever la lutte à un niveau supérieur, vaincre le fascisme et élargir le domaine de la lutte révolutionnaire démocratique.

    Salutations révolutionnaires.

    Septembre 2016 -  TKP/ML  

    Déclaration du TKP/ML au sujet du HBDH et de toutes sortes de points concernant la situation en Turquie et au Kurdistan

    [* Concrètement : le HBDH est un prolongement du Bataillon International de Libération (IFB) qui s'est constitué sur le front de Rojava dans le sillage de la bataille de Kobané (fin 2014, début 2015), et l'organisation qui en est essentiellement à l'initiative est le MLKP, membre de l'ICOR dont le parti membre fondateur et dirigeant est le MLPD, un parti allemand fondamentalement aristocrate-ouvrier (comparé parfois à LO ici... bien que "stalinien" et non trotskyste, et peut-être un peu plus ouvert au postmodernisme aussi).

    Et puis bien sûr, LA force numériquement hégémonique et qui impose fortement sa ligne idéologique dans le Mouvement est évidemment le PKK, au sujet duquel nous pouvons vous inviter à relire le petit "dossier" publié ces dernières semaines dans nos colonnes :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/dossier-kurde-c-est-toujours-rigolo-a132618814

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/dossier-kurde-discussion-facebook-sur-ocalan-a132660658

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/pour-terminer-sur-le-dossier-kurde-a132670082

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/dossier-kurde-je-ne-mets-pas-une-seule-seconde-en-doute-a132702816]


    7 commentaires

  • http://lvsl.fr/nazis-nont-rien-invente-ont-puise-culture-dominante-de-loccident-liberal-entretien-johann-chapoutot


    « Les nazis n’ont rien inventé. Ils ont puisé dans la culture dominante de l’Occident libéral » – Entretien avec Johann Chapoutot



    Johann Chapoutot est professeur d’histoire à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de de l’Allemagne nazie. Il a consacré de nombreux  ouvrages à l’étude de l’idéologie nationale-socialiste (La loi du sang, le nazisme et l’Antiquité…). Il s’intéresse aux fondements philosophiques, historiques et (pseudo-)scientifiques du nazisme ; il étudie les moyens par lesquels cette vision du monde a pu devenir hégémonique en Allemagne à partir de 1933. Ses analyses mettent en lumière certains aspects peu connus de ce phénomène historique ; nous avons décidé de le rencontrer.


    « La race, les colonies, une conception darwiniste du monde : toutes ces catégories formaient un monde commun entre les démocraties occidentales et les nazis »

    LVSL : Les programmes scolaires présentent le national-socialisme comme une rupture radicale, presque comme une énigme, un monstre né au milieu de nulle part au sein de l’Occident libéral, l’Europe des Lumières. Dans votre livre Fascisme, nazisme et régimes autoritaires, vous suggérez pourtant que l’idéologie nazie trouve ses racines dans la pensée dominante et la culture de l’Europe du XIXème et XXème siècle…

    Johann Chapoutot – Radicalité et rupture il y a eu en effet, dans la mesure où les nazis ont agi avec une violence extrême, dès 1933, contre leurs opposants politiques, c’est-à-dire la gauche sociale-démocrate, communiste et syndicale ; puis contre des personnes considérées comme biologiquement malades, qui ont été stérilisées dans un premier temps. Les nazis incarnent donc une rupture dans et par l’action.

    Mais au niveau des idées, si l’on fait une analyse de la vision du monde nazie, si on décompose le nazisme en ses éléments constitutifs : le racisme, l’antisémitisme, l’eugénisme, le darwinisme social, le capitalisme version enfants dans les mines, le nationalisme, l’impérialisme, le militarisme… on découvre que ces éléments sont d’une grande banalité dans l’Europe, et plus largement dans l’Occident de l’époque. Les nazis puisent largement dans la langue de leurs contemporains, et c’est ce qui les rend fréquentables jusqu’au début de la guerre. On se demande pourquoi les démocraties n’ont pas réagi face au nazisme ; d’une part, elles avaient autre chose à faire. D’autre part, elles considéraient que ce que faisait Hitler dans son pays était honorable : plus de gauche, plus de syndicats … l’Allemagne est devenu un paradis pour les investisseurs à partir de 1933. Dans ce climat de lutte contre le communisme, l’Allemagne apparaissait en outre comme un rempart contre l’Est.

    Lorsque Hitler évoquait ses intentions en politique étrangère, ses déclarations étaient reçues à l’étranger et actées. Un exemple : en mars 1939, Hitler envahit le reste de la Tchécoslovaquie, violant ainsi les accords de Munich. Protestation de Roosevelet devant cet homme si peu fiable qu’il déchire les traités ; Hitler répond à Roosevelt et aux chancelleries occidentales dans son discours du 23 avril 1939 au Reichstag. Il déclare qu’il est responsable du sort de 80 millions de « Germains » (au sens racial) et qu’il doit les nourrir ; que l’Allemagne abrite 150 habitants au kilomètre carré, contre 15 kilomètre carré aux Etats-Unis : l’Allemagne a donc besoin de conquérir un espace, un espace vital. Hitler ajoute que les démocraties occidentales, elles, ont leurs colonies. Que les Etats-Unis possèdent leur propre colonie intérieure, née du massacre des Indiens. Hitler déclare donc que les trois grandes démocraties du monde (les Etats-Unis, l’Angleterre et la France) n’ont rien à dire à l’Allemagne, parce que ce qu’elles pensent en terme d’hinterland colonial (des espaces dont les métropoles tirent subsistance), l’Allemagne nazie le pense en terme de biotope.

    Ce discours est structuré par deux logiques sous-jacentes. D’une part, une logique de darwinisme social : un peuple blanc doit pouvoir s’étendre au détriment d’autres peuples moins évolués et moins civilisés. D’autre part, une logique encore plus clairement biologique: il doit y avoir une adéquation entre l’espace et l’espèce, entre le territoire et la race. Quand les chancelleries se trouvent face à ce genre de discours, que voulez-vous qu’elles trouvent à répondre ? Surtout de la part de pays qui ont conclu un Traité sans que l’Allemagne y ait son mot à dire, volé 15% de son territoire et confisqué ses colonies… Hitler joue sur deux choses : la mauvaise conscience des Occidentaux, vainqueurs d’hier, et le fait qu’il existe un monde commun entre eux. Il existe entre eux des catégories communes : la race, le juif, l’hinterland, une vision darwiniste du monde. Ce qu’ils font de ces catégories est différent, mais dire que les Juifs posent problème est un discours que personne ne conteste. En 1938, à la conférence d’Evian, chargée de statuer sur le sort des Juifs, aucun pays au monde ne veut accueillir les réfugiés ; seule la République dominicaine (sous le dictateur Trujillo) accepte d’accueillir les Juifs, pour des raisons racistes : il s’agissait de blanchir la population de la République dominicaine… Toutes ces catégories communes forment un monde commun entre l’Allemagne nazie et l’Occident libéral.

    Il y a un saut épistémique dans la mesure où les nazis reprennent ces idées, très banales, très communes, qui constituent depuis le XIXème siècle la grille de lecture des Occidentaux, et les mettent en cohérence, dans une vision du monde très organisée, et surtout en application. Prenons la stérilisation des malades, par exemple ; ce n’est pas l’Allemagne nazie qui l’a inventée : on la pratiquait aux Etats-Unis, en Suisse, en Scandinavie. Mais cette stérilisation a atteint une échelle inégalée en Allemagne nazie : 400.000 personnes ont été stérilisées jusqu’en 1945, contre quelques dizaines de milliers auparavant. Les nazis agissent très massivement, très violemment et très rapidement. Pourquoi? Parce que (autre idée propre aux nazis) les nazis pensent que l’Allemagne est en train de mourir, qu’elle est en train de s’éteindre biologiquement. Et que s’il n’y a pas une réaction violente, l’Allemagne va s’éteindre en tant que peuple.

    « L’idée que toute vie est combat est d’une banalité absolue dans l’Europe du XXème siècle »

    LVSL : Vous mentionnez à plusieurs reprises l’importance du darwinisme social dans la vision du monde nationale-socialiste, ce courant de pensée selon lequel les individus les plus faibles d’une société sont destinés à mourir, en vertu de la loi impitoyable de la sélection naturelle. À l’origine, c’était une grille de lecture utilisée par des penseurs libéraux anglo-américains, destinée à justifier la mortalité que causait le capitalisme au sein des classes populaires… Existe-t-il une continuité entre ce courant de pensée, et l’eugénisme racialiste propre au national-socialisme ?

    Totalement. Les nazis sont des gens qui n’inventent rien. Lorsque j’ai commencé à étudier le nazisme il y a quinze ans, je l’ai fait dans l’idée qu’il était un phénomène monstrueux, maléfique, incompréhensible, en rupture radicale avec ce qui l’avait précédé… Mais quand j’ai lu les nazis, j’ai découvert qu’ils disent des choses tout à fait banales par rapport aux penseurs de leur temps. L’idée que toute vie est combat est d’une banalité absolue dans l’Europe du XXème siècle. Le darwinisme social a été introduit en Allemagne par un britannique, Houston Stewart Chamberlain, gendre de Wagner et mélomane. Il avait lu Darwin et surtout les darwinistes sociaux : Spencer, Galton… En 1897, il rédige les Fondements du XIXème siècle, un livre qui pose les bases du darwinisme social allemand. Cet ouvrage est la passerelle culturelle entre le darwinisme social anglo-saxon et sa version allemande.

    Cette idée d’une lutte pour la vie, et d’une vie comme zoologie, d’une lutte zoologique pour l’existence en somme, qui passe par la sécurisation des approvisionnements et de la reproduction, se retrouve partout, singulièrement en Grande-Bretagne et en France ; en effet, le darwinisme social est la théorie d’une pratique politique – l’ordre capitaliste, et géopolitique – la colonisation. Il se trouve qu’au XIXème siècle, l’aventure coloniale allemande n’est pas très importante par rapport à ce qu’elle est en France et en Grande-Bretagne. Elle a donc été introduite tardivement dans ce pays, par Houston. Cette idée prospère rapidement, se développe, et nourrit les argumentaires pangermaniques : les Germains sont supérieurs aux Slaves comme les Britanniques le sont aux « Nègres » ; par conséquent, les Germains doivent conquérir leur espace vital au détriment des Slaves. Les nazis récupèrent ces idées banales radicalisées par la Grande Guerre. La guerre de 14-18 prouve que les darwinistes sociaux ont raison : tout est guerre, lutte et combat. Les nazis décident de faire de cette expérience une politique : si les Allemands ne veulent pas mourir, ils doivent être réalistes, et laisser choir l’humanisme et l’humanitarisme. Il faut accepter que toute vie est combat, sous peine de mourir.

    J’irais plus loin que le cadre de votre question. Je trouve que ce darwinisme social se porte très bien aujourd’hui. Il se retrouve dans des petits tics de la langue qui se veulent bienveillants (« t’es un battant toi« …). Il se retrouve dans la bêtise de certaines personnes que l’on prétend philosophes et qui vous parlent des gens qui ne sont rien, des assistés, des fainéants… Si l’on se retrouve au sommet de la société parce qu’on a été banquier, haut fonctionnaire, président de la République, alors on a tendance à croire que c’est un ordre naturel qui nous a élu, que l’on est là parce qu’on est le meilleur, naturellement ; que l’on s’est affirmé dans la lutte pour la vie, en somme. Cela part d’un manque de lucidité stupéfiant sur la fabrique sociale de la « réussite ».

    « La grande industrie et la finance allemande ont évidemment trouvé tout leur intérêt à l’arrivée des nazis au pouvoir »

    LVSL : Les historiens marxistes mettent l’accent sur une autre forme de continuité : la continuité économique et sociale qui existe entre l’ordre pré-nazi et le IIIème Reich, c’est-à-dire la perpétuation de la domination d’une classe de financiers et d’industriels sur celle des travailleurs. Que pensez-vous de la thèse marxiste classique, qui analyse le fascisme et le nazisme comme « expressions politiques du capitalisme monopolistique » ?

    C’est la thèse officielle du Komintern à partir de 1935. Les membres du Komintern se sentent fautifs, car jusqu’alors c’est la stratégie « classe contre classe » qui a prévalu ; elle a abouti à ce que les communistes combattent les sociaux-démocrates davantage que les nazis. L’arrivée d’Hitler au pouvoir a constitué un vrai choc pour eux. D’où l’abandon de la stratégie « classe contre classe » au profit de la tactique du « Front Populaire ».

    Les communistes allemands ont été traumatisés par la disparition de la gauche la plus puissante d’Europe, la gauche allemande. Pour penser ce traumatisme, ils ont élaboré cette herméneutique, en stricte orthodoxie marxiste, qui consiste à dire que le “fascisme” constitue la dernière tentative d’une bourgeoisie aux abois pour se maintenir en position de domination sociale, économique, politique, financière… Le « fascisme » devient un terme générique qui désigne tout aussi bien la doctrine de Mussolini que celle des nationaux-socialistes allemands (en Europe de l’Est, on parlait de « deutsche Faschismus« , fascisme allemand), alors que ce n’est pas du tout la même chose. Dans sa formulation la plus résumée et la plus dogmatique, cette grille de lecture devient un catéchisme un peu idiot. Cette lecture orthodoxe issue du Komintern est demeurée celle d’une historiographie de gauche fortement marquée par l’histoire sociale, qui n’est pas à rejeter, car elle a produit de grands travaux.

    La grande industrie allemande et la finance allemande ont évidemment trouvé tout leur intérêt à l’arrivée des nazis au pouvoir. Les répercussions de la crise de 1929 sont terribles en Allemagne. L’Allemagne est le pays le plus touché, parce qu’il était le mieux intégré au circuit du capital international ; il a beaucoup souffert de la fuite brutale des capitaux américains. À l’été 1932, l’Allemagne compte 14 millions de chômeurs ; si on prend en compte les chômeurs non déclarés, elle en compte 20 millions. La crise signifie pour les Allemands la famine et la tuberculose. Les nazis ont été vus comme les derniers remparts possibles contre une révolution bolchévique. D’où la lettre ouverte de novembre 1932 à Hindenburg qui l’appelle à nommer Hitler chancelier, signée par des grands patrons de l’industrie et de la banque. Le parti nazi reçoit des soutiens financiers considérables. C’est grâce à eux qu’il peut fournir à des centaines de milliers de SA des bottes, des casquettes, des chemises, de la nourriture. Les campagnes électorales des nazis coûtent une fortune, notamment du fait de l’organisation de leurs gigantesques meetings ; Hitler ne cesse de se déplacer en avion, à une époque où l’heure de vol est hors de prix. Les mécènes qui financent le parti nazi voient en lui le dernier rempart contre le péril rouge. Ils sont gâtés, car d’une part les nazis détruisent de fait la gauche allemande, les syndicats, l’expression publique ; de l’autre, ils relancent l’économie comme personne ne l’avait fait avant eux par la mise en place de grands travaux d’infrastructure à vocation militaire, et par des commandes d’armement inédites dans l’histoire de l’humanité. Les commandes d’armement font travailler le charbon, l’acier, la chimie, les composants électriques, le cuir, la fourrure, la mécanique, l’aviation…

    Les industriels savent très bien que l’Etat allemand ne peut pas financer ce qu’il est en train de faire. L’Etat commande des chars, des avions, mais ne paie pas ; il joue un jeu assez complexe et plutôt malin (je vais simplifier, mais le principe est là). Il paie les industriels en bons à intérêt… et leur déclare que ceux-ci seront versés grâce au pillage de l’Europe. Tout le monde est au courant, les industriels au premier rang, parce qu’ils ne sont pas payés, ou très peu : l’heure des comptes va sonner plus tard, quand le Reich aura les moyens d’envahir l’Europe. Les industriels ont donc été les complices et les bénéficiaires du Reich.

    Ne parlons même pas de ce qu’est devenue leur activité après 1940. Leurs commandes augmentent, et l’industrie obtient via Himmler que l’on mette le système concentrationnaire à son service. On en arrive à la loi d’airain des salaires de Karl Marx : vous ne rémunérez la force de travail qu’autant que nécessaire, afin qu’elle puisse se renouveler pour se maintenir. La loi d’airain des salaires dans les années 1940, c’était les camps de concentration, c’est-à-dire l’exploitation jusqu’à son terme de travailleurs que l’on n’a même pas besoin maintenir en vie, parce qu’il y avait une telle rotation que si un travailleur mourait en deux jours, un autre le remplaçait aussitôt.

    « Comparer les années 30 à la période actuelle n’est pas pertinent »

    LVSL : Aujourd’hui, on assiste à une montée de l’extrême-droite partout en Europe. On ne compte plus les références faites aux « années 30 » pour parler de la situation actuelle. Peut-on comparer ces deux époques s’agissant de la montée de l’extrême-droite en Europe ?

    Le parallèle est pertinent entre les extrêmes-droites actuelles et celles des années 20 et 30. D’une part, parce que les extrêmes-droites actuelles en sont les héritières en filiation sociale. On connaît l’histoire du Front National ; on sait que des anciens Waffen SS ont contribué à sa création, ou que d’ex-nazis ont participé à fondation du FPÖ autrichien. En termes de genèse, il y a bien une filiation sociale et intellectuelle. Il y a en effet une filiation idéologique, parce que leurs dirigeants se réclament des mêmes réflexes, font appel aux mêmes lieux communs, aux mêmes angoisses, aux mêmes aspirations : critique de la modernité cosmopolite, critique de la mixité des sexes, nationalisme ultra, alliance avec les intérêts financiers et industriels… Cela ne veut pas dire, par exemple, que le Front National est une organisation fasciste, c’est une extrême-droite qui n’a pas besoin d’aller chercher ailleurs ses références. Zeev Sternhel a très bien démontré qu’elle les puise dans la France des XIXème et XXème siècles (Boulanger, Maurras, Barrès, l’OAS…).

    Comparer les périodes, en revanche, est non pertinent. Bien qu’il y ait des éléments similaires (remise en cause de la démocratie, doutes politiques, sociaux, éthiques, etc…), on ne vit pas dans le même monde, ne serait-ce que parce que l’Europe des années 30 était un monde informé, créé par la Grande Guerre. L’Europe des années 30 était habitée par 80 millions d’hommes à qui l’on a dit qu’il était bien de tuer, de frapper, de blesser. Ils avaient un rapport à la violence et à la mort qui n’est pas le nôtre aujourd’hui. Nous (je parle des Européens de l’Ouest et du centre, je n’inclus pas les Balkans qui ont connu une guerre civile au début des années 90) avons un rapport et à la mort qui ne vient pas encourager quelque chose comme le nazisme. Le nazisme se nourrit de cette fascination pour la mort, de ce romantisme héroïque à la fois mortifère et morbide… [Raison pour laquelle nous avons maintes fois écrit que si l'on attend le fascisme dans ses habits des années 1930, on risque de se réveiller alors qu'il est déjà là... Car par contre, ce qui est sûr c'est que face à sa crise généralisée, le capitalisme ne va pas renoncer à imposer une pression réactionnaire, surexploiteuse (pour maintenir son taux de profit) et répressive toujours plus forte sur les masses populaires.]


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  • ... qui "traverse" pas mal le mouvement maoïste international, entre ce que l'on peut appeller les "péruviens"/"gonzalistes" et les "philippins"/"sisoniens" ; je veux parler de la question du rapport à certains régimes tels que (concrètement) le Venezuela chaviste, la Bolivie du MAS ou encore (tout simplement) Cuba ; régimes que certaines organisations (sur la ligne "péruvienne"/"gonzaliste") qualifient tout simplement de "fascistes" ou "social-fascistes" :

    Un critère très "bête" pour ce qui est de critiquer/attaquer ce type de régimes ("bourgeois", "social-fasciste" ou tout ce que l'on voudra), pourrait aussi être tout simplement de le faire dans une perspective et avec une stratégie claire, en sachant où l'on va : si la ligne de démarcation ainsi tracée donne lieu à un saut qualitatif vers quelque chose de grandiose, comme le Parti communiste du Pérou qui s'est en grande partie forgé contre la junte militaire réformiste et pro-soviétique de Velasco Alvarado et le soutien de la gauche et de la plupart des autres "Partis communistes" à celle-ci (mais, on le notera aussi, n'a pas déclenché sa Guerre populaire à ce moment-là, mais au moment du retour au pouvoir de la droite oligarchique et néolibérale...), alors OUI ; mais si c'est pour faire de la merde parce qu'on a de toute façon une ligne politique pourrie, comme les hoxhistes vénézuéliens de "Bandera Roja" contre Chávez ou burkinabés ("voltaïques", pardon !) du PCRV contre Sankara, et ne servir au final que l'offensive impérialiste réactionnaire contre ces pays, alors non !

    Depuis 2009, la ligne de Servir le Peuple a pu se résumer en substance à "(défendre ces régimes) TOUJOURS contre l'impérialisme occidental (hégémonique au niveau mondial), JAMAIS contre le peuple" (bien sûr ce n'est pas toujours aussi simple car bien souvent les choses s'imbriquent : en Syrie par exemple, le soulèvement populaire a été récupéré au profit d'une manœuvre de déstabilisation impérialiste et d'expansionnismes voisins ; cela dit, l'importance et l'efficacité du soutien russe et iranien à Assad peut peut-être permettre de ramener la situation à un "14-18" dans lequel des impérialismes et expansionnismes réactionnaires s'affrontent par Syriens interposés et il n'y a finalement aucun camp à soutenir).

    Mais c'est vrai que l'on peut aussi rajouter cette considération...

    Finalement, c'est un peu comme la libération nationale (et là on peut penser typiquement aux Kurdes) : OUI, et le droit à l'autodétermination est TOUJOURS juste en soi ; et bien évidemment que la lutte de classe des prolétaires, de tou-te-s les exploité-e-s contre la bourgeoisie est elle aussi TOUJOURS juste en soi ; mais ATTENTION... (surtout) dans les pays semi-coloniaux dominés par l'impérialisme, il n'est pas permis de faire de la merde – une perspective politique EN ACIER TREMPÉ est requise, la POLITIQUE AU POSTE DE COMMANDEMENT.

    Bon, disons plus prosaïquement que "là où il y a oppression, il y a résistance" et que nous ne pourrons bien sûr jamais empêcher (à l'autre bout du monde...) des masses opprimées de s'insurger contre ce qui les opprime (raison pour laquelle une révolution qui veut triompher doit justement éviter ces situations, en mettant hors d'état de nuire les agitateurs contre-révolutionnaires MAIS AUSSI et surtout en ne donnant pas aux masses de raisons de les suivre), et il ne fait hélas guère de doute que même au Venezuela, les fils-à-papa réactionnaires et racistes de toujours ont vu ces dernières années leurs rangs grossis de travailleurs révoltés par la misère qu'ils subissent ; mais la perspective politique qui affaiblit l'impérialisme ou au contraire le sert va DÉTERMINER NOTRE ATTITUDE INTERNATIONALISTE : simplement dire que "c'est mal de massacrer les gens, le régime qui fait cela est antipopulaire et ne peut pas avoir notre soutien" ; ou mobiliser et organiser une solidarité ACTIVE en faveur d'une force politique donnée, éventuellement l'envoi de volontaires pour prêter main forte voire se battre, etc.

    La bourgeoisie "de gauche", réformiste, peut être chassée du pouvoir ; mais elle doit l'être au profit de quelque chose de supérieur : la véritable démocratie populaire anti-impérialiste, le véritable socialisme en marche vers le communisme. Pas au profit d'un retour en force de l'exploitation impérialiste dont le pays s'était même très maigrement dégagé.


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  • Il y aurait des tonnes d'analyses marxistes intéressantes à faire sur ces évènements historiques, mais là, encore une fois, c'est idéologique réac : http://hiddenrebellion.com/fr/

    "Le premier génocide “progressiste” commis au nom de la justice sociale"
    => Alors si on imagine que leurs références sont les "grands rois très catholiques qui ont fait la France" (le film s'inspire d'une œuvre de Patrick Buisson...), on pourrait peut-être leur parler des campagnes et des massacres tout à fait similaires (sinon pires) de Louis XIII et Richelieu contre les Croquants et les villes protestantes et leurs alentours, et de leur littérale division par 2 ou 3 des populations d'Alsace, de Lorraine ou de Franche-Comté... De Louis XIV contre les régions protestantes (Cévennes mais pas seulement) de 1685 à sa mort... La Bretagne aurait-elle moins souffert pendant la répression des Bonnets Rouges (1675) que sous l'assaut des "hordes progressistes" de 1793-94 ? Pas sûr. Je ne sais même pas si à ce stade il serait encore utile d'ajouter la conquête-massacre, par Louis XV, de la Corse, première république démocratique d'Europe. On peut
    aussi imaginer que la conquête de l'Algérie et ses centaines de Vendées, c'était cool... Les bienfaits de la civilisation, n'est-ce pas !

    Et qui furent d'ailleurs, au juste, les massacreurs de Vendée-Bretagne-Maine ? D'affreux "gauchistes", "fanatiques de la justice sociale" qui finiront guillotinés soit avec les hébertistes en mars, soit avec Robespierre et Saint-Just en juillet 1794 ? Que nenni. Westermann, auteur du terrifiant "il n’y a plus de Vendée (...) j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands ; je n’ai pas un prisonnier à me reprocher, j’ai tout exterminé", sera exécuté en avril 1794 comme "droitier", avec les dantonistes. Une consigne d'extermination de "cette race rebelle" donnée en juillet 1793 par Barère de Vieuzac, que les historiens décriront plus tard... comme une "tête pensante" du 9 Thermidor. Turreau, dont le nom est associé aux "colonnes infernales" qui firent entre 20 et 40.000 victimes en quatre mois, sera acquitté en décembre 1795 et poursuivra une brillante carrière sous le Directoire, le Consulat et l'Empire et même jusque sous la Restauration, décédant en 1816 peu avant la remise de la Croix de Saint-Louis. Carrier, le noyeur de Nantes, participera activement à Thermidor avant d'être liquidé (principalement par Fouché) dans les règlements de comptes qui s'ensuivirent. Kléber, après une relative disgrâce sous le Directoire, suivra Napoléon en Égypte et c'est là qu'il trouvera la mort pour ses crimes (tout à fait similaires à ceux de Vendée-Bretagne-Maine), par la main d'un moudjahidin. Napoléon lui-même n'était pas en Vendée, mais participa aux côtés de Barras et Fréron à la violente répression de Provence (fin 1793). Globalement, la plupart des thermidoriens de 1794 étaient des "représentants en mission" bouchers de province énervés contre Robespierre qui les avait rappelés à Paris, ulcéré par leurs exactions accompagnées de spoliations et d'accaparements personnels en tout genre ; et il est pratiquement possible de dire qu'un VRAI jacobin de 1792-94, c'est un futur thermidorien voire parfois baron d'Empire ! Bref.

    Oui, il y a eu d'épouvantables massacres en Vendée-Bretagne-Maine, qui furent le prolongement et le parachèvement de la politique d'Ancien Régime de centralisation française sur ces terres, les bourgeois "racheteurs" se substituant simplement aux aristocrates et aux abbayes. Mais en les mettant en avant, "comme" (dans une vision ultra-simplifiée et manichéenne de l'histoire réelle) "braves paysans catholiques" attachés à la terre-qui-ne-ment-pas et affrontant la "tyrannie de l'égalité", la droite réactionnaire fait montre encore une fois (comme s'il fallait s'attendre à autre chose de sa part) d'une mémoire bien sélective...

    The Untold Story Behind the French Revolution
    hiddenrebellion.com



    [* "La 1ère République jacobine (1793-94) "ratera" l'alliance ouvrière-paysanne ou plutôt, pour être exact, telle ne fut jamais son intention puisque la "manip" consistait justement, pour la bourgeoisie "centrale" francilienne, à reprendre la main en s'appuyant sur une démagogie "sociale" en direction du petit peuple de Paris (rien n'a bien changé avec les jacobins actuels, Mélenchon en tête...) puis à en éliminer les promoteurs une fois la tâche accomplie (Thermidor). Campagnes parmi les plus pauvres d'Hexagone (terres de bocage aux sols acides), les provinces de Bretagne (surtout la Haute-Bretagne, la Bretagne gallo), du Maine et du Bas-Poitou (Vendée), déjà échaudées par la politique anti-catholique sectaire de la Convention (l'Église jouait alors un rôle considérable d'"amortisseur social" et de "confidente" des misères du petit peuple paysan - une bonne réflexion sur ce catholicisme populaire armoricain se trouve dans l'ouvrage d’Émile Masson au chapitre IV "Foi") et soumises à l'arrogance des nouveaux riches "racheteurs" de biens seigneuriaux, se soulèveront contre la conscription en masse de 300.000 jeunes hommes à la veille des semailles, tandis qu'une crise alimentaire guettait. Ce soulèvement, sans autre idéologie que le refus du rouleau compresseur de l'État capitaliste triomphant sur la société traditionnelle (mouvement d'arrière-garde donc), mit à sa tête des nobles royalistes et autonomistes ou des religieux réfractaires à la Constitution civile du clergé (les uns comme les autres ayant peu émigré, forcément, vu la distance des frontières) mais aussi - apparemment - des membres des loges maçonniques locales qui furent, dit-on, de véritables "viviers de Chouans" : des BOURGEOIS donc, ou en tout cas des aristocrates et des religieux "modernes", pas des gens vivant au milieu des vieilles armures, des hallebardes et des toiles d'araignées... N'oublions pas que les "élites" locales, si elles pouvaient être libérales voire républicaines, étaient également (très généralement) fédéralistes, fortement anti-centralistes : ainsi le marquis de La Rouërie, monarchiste libéral et franc-maçon, héros de la guerre d'indépendance américaine et fervent partisan de 1789, fondera deux ans plus tard (1791) l'Association bretonne pour défendre l'autonomie de la "province" liquidée par la départementalisation - cette association est considérée par les historiens comme une matrice de la Chouannerie.

    Et par ailleurs (au demeurant), lorsque ces Chouans et autres Vendéens défendaient bec et ongles "leurs" nobles locaux et "leur" Église (une Église indépendante, "non-jureuse"), était-ce vraiment par "obscurantisme" et par amour de la taille, du cens et de la dîme... ou n'était-ce pas plutôt par attachement à ce qui était vu comme des contre-pouvoirs face à un  État central qui (les institutions provinciales dissoutes) semblait s'annoncer tout-puissant (et allait effectivement le devenir avec Bonaparte quelques années plus tard) ? C'est bien la deuxième réponse qui s'impose à tout raisonnement sensé : la quête (faute d'établir soi-même un Pouvoir du Peuple) de contre-pouvoirs face au Capital triomphant ; le même genre de contre-pouvoirs que les sans-culottes parisiens voyaient (sans doute) dans leurs "sections" et dans la (première) Commune de Paris... CQFD.

    Au sujet de toute cette "problématique bretonne" durant la "révolution" bourgeoise "française", un bon résumé ici http://breizhcb.free.fr/fr.htm#B12a ou encore ici http://ablogjeanfloch.over-blog.com/article-29966859.html ; lire aussi ici au sujet de l'analyse "socio-économique" du phénomène chouano-vendéen : "Au début des années 1950, Marcel Faucheux montre que les causes profondes de l’insurrection sont à chercher bien au-delà de la constitution civile du clergé, de l'exécution de Louis XVI ou de la levée en masse, et qu'elles doivent être reliées à ce qu’il nomme le « paupérisme vendéen ». La Révolution n'a pas su satisfaire les espérances engendrées par la convocation des États généraux en 1789 : les métayers, majoritaires en Vendée, ne bénéficient pas de l’abolition des droits féodaux, qui sont rachetables (jusqu'en 1793), les biens nationaux profitent essentiellement aux bourgeois et aux marchands. À partir de là, le bouleversement des structures sociales traditionnelles, la réforme autoritaire du clergé et la levée en masse constituent tout au plus l’étincelle qui a provoqué l'explosion d'un mécontentement plus ancien. Se fondant sur l'analyse détaillée de la Sarthe, Paul Bois approfondit la question, en mettant en valeur la haine qui oppose alors le paysan au bourgeois et montre l’existence d’un profond clivage social entre urbains et ruraux, très antérieur à la Révolution, qui constitue l'une des causes majeures du soulèvement." (...) "Ces travaux ont été largement confirmés par les travaux du sociologue américain Charles Tilly, pour qui la croissance des villes françaises du XVIIIe siècle, l'agressivité économique de celles-ci et leur tendance à accaparer le pouvoir politique local ont suscité des résistances et des haines paysannes, dont l'insurrection vendéenne n'est qu'un exemple exacerbé." (...) "De son côté, Albert Soboul décrit des masses paysannes dans la gêne, prédisposées « à se dresser contre les bourgeois, très souvent fermiers généraux en ce pays de métayage, négociants en grains et acquéreurs de biens nationaux », (...) enfin l'assimilation, par les paysans, du tirage au sort pour la levée des 300 000 hommes à la milice, institution de l'Ancien Régime particulièrement honnie. S'il considère que « le caractère simultané du soulèvement autorise à penser qu'il fut concerté », il explique que les paysans « n'étaient ni royalistes, ni partisans de l'Ancien Régime » et que les nobles furent d'abord surpris par le soulèvement, avant de l'exploiter à leurs fins." (...) "Plus récemment, Jean-Clément Martin a indiqué que, si les paysans sont passés à la Contre-révolution, selon les provinces, pour des raisons très diverses, y compris entre les différentes zones de la Vendée, les mots d'ordre religieux et de la défense communautaire leur sont communs. Ces mots d'ordre sont dus au maintien du poids des impôts et des fermages, à l'aggravation du sort des métayers, à l'incapacité des petites élites rurales à acheter des biens nationaux, accaparés par les élites urbaines, à la perte de l'autonomie des petites communes rurales face aux bourgs, où sont installés les pouvoirs politique (le district) et économique, aux atteintes de la Constitution civile du clergé aux libertés des communautés, qui défendent leur prêtre et leurs cérémonies religieuses. Les tensions montent jusqu'en mars 1793, sans trouver d'exutoire, quand la levée en masse fournit l'occasion aux communautés de s'unir contre les agents de l'État, dans un mouvement qui renvoie aux jacqueries traditionnelles, et de former des bandes à la tête desquelles les élites locales sont placées, de plus ou moins bon gré"...]


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  • ... ce qu'expriment les élections en Corse ces dernières années, c'est ce que j'appellerais un cas aigu de schizophrénie de petits blancs. Localement (municipales, cantonales, territoriales) et même maintenant pour les députés, on vote pour des nationalistes affirmateurs de la réalité nationale corse, enfin bon, pas des gauchistes échevelés non plus, "respectables", sachant être islamophobes quand il le faut, et autonomistes en majorité (mais néanmoins c'est la seule liste politique de ce potentiel électoral à compter des partisans déclarés de l'indépendance "à terme"). Et aux présidentielles, ou aux européennes (avec la grande circo Sud-Est où l'on sait que les nationalistes ne peuvent pas peser bien lourd), on vote dans des proportions considérables pour le FN... parti de l'extrême-France, radicalement hostile à la moindre velléité même vaguement autonomiste.

    On pourra certes dire que les bastions de l'un et l'autre vote ne sont pas (du tout) les mêmes zones, mais il n'en reste pas moins que les chiffres sont là et impliquent forcément un recoupement important des électorats, à moins d'envisager un vote des morts dont je doute quand même qu'il ait encore cours...

    En Occitanie (le long des grands axes), dans le Nord ou en Lorraine, il y a aussi ce paradoxe entre un fort sentiment d'appartenance et de fierté locale, une aspiration à "vivre, travailler et décider au pays", et le vote pour un parti qui incarne l'inviolabilité du système capitaliste bleu-blanc-rouge c'est à dire de la CAUSE de tous les problèmes de relégation périphérique subis ; mais du moins, on trouve ce comportement électoral à TOUTES les élections.

    On a l'impression d'assister à une sorte de grand écart de psychologie politique : d'un côté la crise pousse à la rupture, à vouloir sortir de la prison dans laquelle on est enfermé depuis deux siècles et demi, pour chercher sa propre voie politique-économique-sociale en accord avec les besoins visibles du peuple ; et de l'autre, il y a comme une peur du grand saut qui s'exprime dans le fait que les nationalistes soient majoritairement des autonomistes conciliants, et surtout dans le fait qu'aux élections non-locales on vote pour la ligne la plus dure de l'unitarisme français sauce bonapartiste, comme (aussi, ce qui est l'explication centrale du vote FN dans les périphéries du continent) un accrochage à son petit privilège blanc, tout "taillé" de blagues et de caricatures charliesques qu'il soit.

    C'est là l'illustration suprême du fait que le vote Front National exprime l'"intersection" entre l'"oppression sociale" (traduit du postmo : l'exploitation capitaliste des travailleurs, renforcée par la crise pour maintenir le taux de profit), la relégation des "sans dents", et le privilège blanc (être considéré, bien qu'un peu fainéant, haut en couleur et mafieux, comme un Européen bénéficiaire légitime de la domination impérialiste sur le Sud global).

          


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  • Daesh n'est pas une "création de l'impérialisme", "de la CIA et du Mossad" comme il arrive encore de le lire régulièrement (et probablement pas, non plus, "d'Assad pour se donner le beau rôle", comme peut le soutenir un petit courant pro-ASL et... pro-sioniste dans la gauchisterie hexagonale).

    Daesh est une force politico-militaire ENDOGÈNE qui résulte de la conjonction d'intérêts entre une élite irakienne arabe sunnite, anciennement pro-Saddam, et des multimilliardaires voire des secteurs d’État "profond" de la Péninsule arabique et du Machrek (y compris probablement de Turquie). Cette conjonction d'intérêts a levé une armée de mercenaires sur la base du mécontentement local (Irak central contre l'occupation impérialiste puis le pouvoir chiite, Euphrate syrien contre Assad) et de l'idéalisme réactionnaire de jeunes musulmans (de naissance ou convertis) autour du monde, appelés dans une démarche rappelant le sionisme à "rejoindre le territoire du vrai islam". C'est la raison pour laquelle des manœuvres telles que l'abdication surprise de l'émir du Qatar en 2013, ou l'actuelle révolution de palais de "MBS" (prince Mohammed bin Salman) en Arabie saoudite, sont en réalité des manœuvres de reprise en main de ces pays par l'impérialisme occidental et Israël, qui ne sont donc en rien "derrière Daesh" mais cherchent au contraire à faire réprimer ses soutiens financiers.

    Le problème, qui exclut un soutien au nom de l'"anti-impérialisme", c'est que ces forces sont réactionnaires au possible (déjà à la base, et encore plus dans le projet qu'elles se sont données), et que leur projet est "impérial" : conquérir un territoire pour que les "investisseurs" dans l'opération puissent y faire fructifier leurs capitaux suraccumulés.

    C'est pour cela que la comparaison la plus pertinente que nous ayons trouvée, c'est en version "mini" et non-étatique ("para"-étatique) celle avec le Japon shōwa des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale : une démarche (étatique pour le coup) expansionniste, impériale, ultra-réactionnaire, criminelle barbare, pour établir une "Sphère de coprospérité asiatique" visant comme le "Califat" à créer une base d'accumulation et un circuit économique totalement indépendants du Centre occidental de l'économie planétaire (avec par contre à sa tête un État capitaliste "officiel", le Japon, et non des financiers privés et "occultes") ; MAIS également appuyée, "surfant" sur un très réel mécontentement anticolonial contre l'Occident en Asie-Pacifique (de fait, c'est en centaines de milliers de combattants que se compteront les forces armées collaboratrices du Japon à cette époque, que ce soient l'Armée indienne libre de Subhas Chandra Bose, l'Armée nationale birmane d'Aung San, les Défenseurs de la Patrie en Indonésie, etc.).

    Un projet finalement anéanti militairement en 1945... mais sans pour autant que ses vainqueurs impérialistes occidentaux ne fassent bien long feu dans le coin : dans les 10 années qui suivirent, toutes les colonies et semi-colonies d'Asie obtiendront leur indépendance (un certain nombre avec des régimes pas totalement serviles) ; la Chine, le Vietnam et la Corée du Nord deviendront communistes, etc.

    C'est là tout le bien que l'on puisse souhaiter à la grande région du Machrek, maintenant que la "barbarie" de Daesh y a été vaincue et balayée !!

    Nous tiendrons également à mettre au clair, face au gauchisme occidental toujours en quête de "Blancs d'honneur" à soutenir dans la région (pour ce qui est des motivations des populations locales, notre approche est évidemment différente), que :

    - les Kurdes de Rojava (YPG/YPJ, PYD branche locale du PKK) sont des forces auprès desquelles, certes, on peut comprendre que des communistes se soient engagés contre la violence réactionnaire de Daesh et les "rebelles" syriens mercenaires d'Erdogan ; mais également des forces qui derrière le folklore révolutionnaire "prêt-à-consommer" qu'elles mettent en avant, se sont considérablement éloignées idéologiquement de leurs positions révolutionnaires (marxistes) originelles des années 1970-80 ; et qui ayant agrégé autour d'elles, dans les "Forces démocratiques syriennes" (FDS), tout ce que l'opposition armée à Assad comptait de "potable" c'est-à-dire non-salafiste, sont devenues de fait LES forces du bloc impérialiste occidental dans la guerre de partage de la Syrie ;

    - Assad, héritier dynastique de son père à la tête de l'oligarchie clanique qui dirige la Syrie depuis 1970, et marionnette locale de l'impérialisme russe ayant succédé au social-impérialisme soviétique, est un boucher fasciste qui reste responsable malgré les exactions sans nom de Daesh de la majorité des victimes du conflit ; ainsi par exemple, en dehors même des centaines de milliers de victimes des combats (bombardements d'artillerie ou par hélicoptères), ce sont quelques 13 000 prisonniers qui auraient été pendus ces 6 dernières années dans la sinistre prison de Saydnaya, littéralement à la chaîne ! Mais il y a encore des personnes pour le soutenir et ce y compris à gauche, y compris même parmi des soutiens de Rojava qui vont vous expliquer que si on n'a pas la chance de vivre au pays merveilleux des YPG/YPJ, alors à tout prendre il vaut mieux vivre en zone Assad...

    Oui, nous avons nous-mêmes pu dire ici (en commentaires) "souhaiter sa victoire dans les zones dont les FDS ne s'empareront pas"... mais dans une perspective humanitaire et non politique : parce que c'est de toute façon déjà une certitude acquise, et parce que, toute autre possibilité étant de toute façon inexistante, c'est (un partage de la Syrie entre ses forces et les FDS) ce qui fermera le plus vite possible les vannes de sang qui se déversent depuis 2011 ; et qui (politiquement cette fois) permettra au plus vite de "tout reprendre à zéro". Mais croyez-nous bien, qu'en être à devoir souhaiter une telle chose nous fait l'effet de nous couper un bras !

    "Blancs d'honneurs" de la gauchisterie plus ou moins postmodernoïde, vs "Blanc d'honneur" de la droite radicale islamophobe et de la "gauche" mélencho-chevènementiste ; nous c'est simple, c'est sans nous !


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  • Déconstruction de la déconstruction :
    un point de vue antiraciste


    Le terme de « déconstruction », et celui de « déconstruit » qui lui est associé, s’est imposé dans le champ militant ces dernières années. Que ce soit dans l’antiracisme, le féminisme ou dans les différentes autres sphères de lutte, il est devenu un adjectif incontournable, partageant le monde entre les « déconstruits » et les autres. Dans cet article je souhaite m’attaquer à utilisation de ce terme qui, en plus de dénaturer son usage premier, mène à des dérives qui sont théoriquement fragiles et  stratégiquement inefficaces. En effet, nous assistons à une récupération par la logique libérale de la notion de « déconstruction », amenant le champ militant dans une vision individualiste de la lutte, où il ne s’agit non plus de « déconstruire » des idéologies mais des individus. Bien entendu, pour rester fidèle au principe du « premier concerné » auquel tiennent les « déconstructionnistes », je vais émettre cette critique d’un point de vu antiraciste. Mais, sans outrepasser mon rôle de second-concerné, il me semble que celle-ci pourrait aisément être adaptée aux autres sphères militantes, d’autant plus que les apôtres de la déconstruction se revendiquent habituellement de l’intersectionnalité.


    La déconstruction, son origine.

    Lorsque nous entendons le terme « déconstruction » nous pensons immédiatement au philosophe qui a popularisé ce terme, Jacques Derrida, et au mouvement du déconstructivisme. Pour résumé assez grossièrement cette pensée, Derrida, s’opposant au structuralisme, et notamment à la vision saussurienne du langage et de la relation signifiant/signifié,  propose à travers le concept de « déconstruction » une critique de l’histoire de la pensée occidentale qui serait basée sur des dichotomies hiérarchisées (jour/nuit, même/autre, logos/pathos etc.). Dans ce sens, déconstruire signifie d’abord renverser puis  neutraliser les rapports de domination qui existent dans ces dualismes.  Mais cette déconstruction n’était encore appliquée qu’aux textes, révisant les classiques de la philosophie à travers cette méthode et une écriture de la « différance ».

    Derrida a connu un succès relativement limité en France, c’est aux États-Unis que ses travaux ont été davantage reconnus, restant tout de même restreint au milieu universitaire et intellectuel, mais participant à la popularisation de la French Theory. Pour autant le retour du terme de « déconstruction » dans le champ militant n’est pas directement dû à des lectures directes des œuvres de Jacques Derrida, mais plutôt  à celles d’intellectuels qui ont été fortement influencés par ce dernier. C’est d’abord dans le milieu féministe qu’il fera son apparition – ce qui peut paraître logique quand on sait que Derrida s’est aussi beaucoup attaché à dénoncer le « phallogocentrisme » de la pensée occidentale et plus précisément de la psychanalyse – avec les retentissants livres de Judith Butler Trouble dans le genre et Défaire le genre, dans lesquels elle propose de déconstruire la notion de genre. Dans les subaltern studies c’est Gayatri Chakravorti Spivak, qui a fortement été influencée par Derrida, elle a d’ailleurs traduit, de l’anglais au français, l’ouvrage de Derrida De la grammatologie, et on retrouve le ton derridien dans Les subalternes peuvent-elles parler ?.

    À travers elles la déconstruction va peu à peu sortir du cadre de la philosophie et de la psychanalyse pour s’insérer de plus en plus dans le champ d’étude des sciences humaines et avoir une visée beaucoup plus large. Il ne s’agit plus de déconstruire des textes, mais des idéologies, des systèmes (capitalisme, racisme, patriarcat etc.) et leurs institutions. Comme les normes qui sont diffusées dans nos sociétés n’ont rien de « naturelles » et qu’elles sont au contraire « construites », il s’agit dorénavant de les « déconstruire », c’est à dire de faire la genèse de leurs productions, démontrer leurs aspects oppressifs mais aussi la façon dont nous les incorporons tous (de manière implicite) et, ce qui constitue objectif final, défaire l’emprise qu’elles ont et les dépasser proposant des valeurs plus égalitaires.

    Jusque-là, la déconstruction pouvait dans un certain sens avoir un intérêt pour le cadre d’analyse et la théorisation des luttes militantes. C’était le cas pour l’antiracisme politique, puisqu’elle permettait d’historiciser le racisme, et donc de rendre compte de son aspect « construit », non-naturel, évitant alors son essentialisation, nous amenant logiquement à penser que, vu que le racisme à un début, il peut très bien avoir une fin. Elle permettait aussi de cerner les raisons de son apparition, sa mécanique, son mode de fonctionnement, son imposition et la façon dont les institutions le diffusent, pénétrant l’ensemble de la société et de ses individus. Articulé à une analyse matérialiste (qui fait défaut parfois à des auteurs comme Judith Butler), le déconstructionnisme était susceptible d’offrir, malgré ses défauts, une perspective d’analyse intéressante sur le racisme.

    Mais il me faut ici insister sur un point avant d’aller dans le cœur de ma critique sur la dérive individualiste que va connaître le déconstructionnisme : tous les individus incorporent l’idéologie raciste, tout simplement parce qu’aucun individu ne vit hors des institutions. Personne ne se socialise en dehors des structures et celles-ci sont racistes. Ainsi, tout le monde s’est « construit » à travers ces normes, et a donc des attitudes, des façons de penser, un imaginaire, des représentations etc. racistes. Les déconstructionnistes font (à peu près) le même constat, mais ils vont en faire une déduction que je souhaite remettre en cause : si les individus sont construits, il faut alors les déconstruire.

    La déconstruction et l’inévitable dérive individualiste

    À travers le champ militant nous sommes donc passés de l’idée de déconstruire des idéologies, une hégémonie culturelle raciste, à déconstruire des individus. Nous avons là, je pense, une incorporation des sciences sociales, et notamment de la sociologie, dans le concept de la déconstruction. Comme nous sommes socialisés dans une société raciste, nous incorporons son schéma raciste. Qu’on le veuille ou non, la socialisation est un processus que connaît tout être humain, nous n’avons pas vraiment d’emprise sur celui-ci, nous ne pouvons « choisir » de nous socialiser (surtout pour la socialisation primaire) de telle ou telle manière, et cela se fait de manière implicite. Mais pour autant, dans le discours déconstructionniste, nous pouvons (et nous devons) renverser ce déterminisme social. Il faut prendre conscience de la façon dont nous avons été construits pour pouvoir, ensuite, nous déconstruire. Si nous souhaitons parvenir enfin à une société qui n’est plus raciste, nous devrions alors chacun faire ce devoir de déconstruction. Ce qui nous conduit à un paradoxe étrange, pour des personnes qui ne cessent de nous répéter que le racisme est un phénomène systémique (ce qui fait que nous ne prenons pas au sérieux le « racisme anti-blanc »), qui consiste à penser que si nous voulons transformer la société et ses institutions, il faut d’abord changer les individus, et même, se changer soi-même. En paraphrasant Gandhi, je pourrais résumer cette logique à : Sois la déconstruction que tu veux voir dans le monde.

    Pour ce faire il faut tout d’abord « prendre conscience » du fait que l’on est « construit », ou, pour le dire plus sociologiquement, prendre conscience de son déterminisme. Nous ne sommes pas nés « comme ça », avec nos idées, avec nos représentations, avec nos façons de penser. Il est nécessaire de s’en rendre compte afin d’éviter de nous auto-essentialiser, mais aussi pour nous permettre de comprendre les facteurs qui nous ont conduits à être ce que nous sommes. Plus précisément, les déconstructionnistes nous invitent à « checker nos privilèges ». Vivre dans un système raciste implique que des personnes subissent le racisme et que, donc, d’autres en profitent, en tirent des « privilèges ». Chaque personne devrait alors prendre conscience des oppressions qu’elle subit mais aussi des privilèges qu’elle a. Je peux être victime du racisme, mais profiter du patriarcat, comme être victime du patriarcat et du racisme, mais tirer profit, pour reprendre leurs termes auxquels je n’adhère pas, du « classisme ». Autre exemple, je peux être un homme cisgenre, bourgeois, blanc, hétérosexuel, mais être victime du validisme, ou bien de l’âgisme etc. Cette intersectionnalité abstraite conduit à un relativisme qui condamne les individus à un combat perdu d’avance puisqu’il s’agit de combattre, en même temps et avec la même énergie, absolument toutes les discriminations, tout en se dépouillant de toutes les normes oppressives incorporées. Deux exigences impossibles à satisfaire.

    Le terme « problématique » revient souvent dans le champ militant pour désigner les personnes qui ne seraient pas totalement « déconstruites » vis-à-vis d’un système d’oppression. « Untel est problématique » signifie alors qu’Untel n’a soit pas pris conscience des privilèges qu’il peut tirer, par exemple, du racisme, soit en a conscience mais n’a pas pour autant « abandonné » ses privilèges, n’a pas refoulé toute sa socialisation de dominant, et ne manifeste pas assez son opposition à cette discrimination. À ce titre, on pourrait étiqueter tout le monde, mêmes les plus « conscients » (synonyme de « déconstruit » dans le langage déconstructionniste) des militants, de « problématique », car il me semble que la probabilité de connaître un individu totalement déconstruit sur absolument tous les types d’oppressions possibles est très faible. Se considérer déconstruit est alors tout à la fois inconcevable, présomptueux et improductif. Pour le dire différemment, et pour reprendre une sentence courante dans les milieux marxistes, tout comme il ne peut exister de « consommation éthique », il ne peut exister d’individus « déconstruits » sous  notre Modernité capitaliste.

    La comparaison avec la « consommation éthique » n’est pas un simple clin d’œil, elle permet de souligner les ressemblances frappantes entre les logiques déconstructionnistes et d’autres pratiques militantes petite-bourgeoises qui mettent l’action de l’individu, et non plus du groupe, au centre du militantisme. La lutte écologique est probablement le champ politique le plus touché par cette logique libérale et individualiste. Alors qu’elle était portée, dans les années 1970, par des groupes aux doctrines radicales et révolutionnaires, qui pensaient que la solution face à la crise écologique qui nous attendait ne pouvait passer que par une refondation complète de nos modes de productions, cette lutte va peu à peu se voir être prise en main par des groupes et des personnalités qui vont aseptiser ce combat et distiller une vision beaucoup plus réformiste et individualiste. L’oxymore du « capitalisme vert » en est un exemple frappant, mais ce que je vise plus particulièrement ce sont les logiques que l’on peut retrouver dans de nombreuses organisations de ce champ, comme le « Mouvement Colibris » [1], dans lequel le changement ne doit pas venir des institutions mais de tous les citoyens. À la façon du colibri qui, bien que petit, fait sa part des choses pour préserver la forêt, cette mouvance nous enseigne que si tous les individus qui composent nos sociétés faisaient « leur part », alors le monde serait un endroit bien plus agréable à vivre. Chacun doit donc adopter des gestes, des attitudes, des habitudes etc., en somme  un style de vie qui respecterait l’environnement, ce qui entraînera, petit à petit,  un changement de société, plus en phase avec la nature. Ne militez plus pour un changement de système, recyclez juste votre part, prenez des douches courtes, et la planète sera sauvée [2].

    C’est cette philosophie autant inconséquente qu’inefficace  que nous voyons s’introduire dans l’antiracisme avec la déconstruction qui se focalise sur les individus, la rapprochant alors davantage de l’antiracisme moral quelle prétend combattre que de l’antiracisme politique. L’antiracisme ne devient plus une question de rapport de force, mais de rapport interindividuel, dans lequel nous devons tous faire attention aux dominations, même imperceptibles, que nous pouvons exercer sur l’autre. L’oppression elle-même n’est plus mesurée par des faits objectifs, par une analyse des conditions matérielles, mais est focalisée de plus en plus sur le subjectif et le ressenti. De ce fait, nous sommes tous des oppresseurs et des oppressés en puissance. Être déconstruit devient donc une façon de se démarquer de la masse « construite », et d’effectuer un travail personnel pour minimiser les coercitions que l’on peut exercer sur autrui. Comme pour le mouvement Colibri, il s’agit d’adopter des gestes, des habitudes, des comportements moins coercitifs et plus respectueux des dominés. Le « safe », langage inclusif, la bienveillance, le respect du ressenti,  la non-contradiction de la parole d’un premier concerné etc. Bref, une multitude de codes que chacun doit respecter. L’antiracisme ne devient ainsi plus une lutte politique, mais un changement personnel, un style de vie. Il y a des gens qui mangent bio pour « sauver la planète », et d’autres qui « check leurs privilèges » pour lutter contre le racisme.

    On peut me rétorquer que même Frantz Fanon s’attachait à montrer que le racisme a de fortes conséquences sur le psychisme des non-blancs, ces derniers incorporant le sentiment d’infériorité, et que donc là l’individualité devait être prise en compte. Il n’est pas question ici de contredire ce fait, mais Fanon a toujours rattaché ces analyses psychologiques à des faits objectifs, à un point de vue matérialiste des causes qui conduisent à ces troubles psychologiques. Il reliait directement ses observations à la domination coloniale, et n’a jamais mis en avant un travail à faire sur soi-même pour lutter contre celle-ci, mais seulement une lutte qui devait se dérouler sur le champ politique, en usant même de la violence. Car le vrai problème de la déconstruction c’est qu’elle est tout aussi impossible à réaliser totalement (sur soi) qu’inefficace (contre le Pouvoir blanc). Elle exige des individus une chose inconcevable : lutter contre sa socialisation, se dépouiller de toutes les normes incorporées jusqu’ici, se défaire de tout ce qui a fait son identité, et intégrer de nouvelles valeurs, qui sont à contre-courant des institutions. Autrement dit, on demande à l’individu d’être plus fort que les institutions, que la société, d’être au dessus de tous les déterminismes sociaux. Un tel surhumain n’existe pas.

    Une idéologie aussi irréalisable qu’inefficace

    Se considérer déconstruit dans notre modernité capitaliste relève  soit d’une naïveté qu’il faut corriger, soit d’une fatuité qu’il faut tempérer. En effet, c’est prétendre avoir réussi à se sortir des structures et avoir supprimé toutes les normes incorporées. Autrement dit, c’est prétendre être une sorte de surhumain qui aurait une emprise complète sur les déterminismes sociaux, même les plus indiscernables. Il y a un parallèle ici à faire avec le mouvement new-wave très en vogue dans la petite-bourgeoisie et qui a réussi à allier un idéalisme progressiste avec une idéologie libérale. L’émancipation ici se fait à titre individuel, il s’agit de se « conscientiser », d’être « woke », « réveillé » sur le monde qui nous entoure, voir même de faire un « retour sur soi-même ». Ainsi, la désaliénation passera très souvent par un retour à un passé indigène imaginaire, idéalisé et essentialisé , que Frantz Fanon, tout en comprenant ce mécanisme, critiquait déjà en affirmant qu’on ne devait pas « se laisser enfermer dans la Tour substantialisée du Passé »[3]. Se distinguant de la masse construite, le déconstruit peut mettre en avant une personnalité plus « authentiquement » indigène mais aussi plus progressiste et égalitariste que la moyenne, une personnalité qui prendrait en compte toutes les discriminations que notre société opère et qui met un point d’honneur à ne participer à aucune. Sauf que dans la pratique cela se borne très souvent à de simples positions de principes idéalistes qui n’ont pas de grandes répercussions concrètes. À vouloir dénoncer absolument toutes les oppressions, on ne lutte concrètement contre rien, comme dit Sadri Khiari, à trop vouloir tout articuler, on ne fait plus qu’additionner et s’épuiser [4]. Au fond, le plus souvent ces prises de positions ne sont que des manières de s’auto-complaire dans une position imaginaire de rebelle contestant l’ordre établi. Peu importe pour le déconstructionniste  que sa condamnation individuelle n’ait aucun intérêt tant elle n’a aucun impact, le plus important est de manifester sa position afin d’afficher à quel point il est un individu « bon » et « conscient » des malheurs du monde qu’il souhaite résoudre, à son niveau. C’est notamment le cas lorsqu’il s’attaque à une oppression qu’il ne subit pas, comme lorsqu’un Blanc dénonce le racisme. Bien souvent l’intérêt n’est pas de lutter contre ce racisme, mais plutôt de signaler qu’il est un allié exemplaire, quand bien même cela ne va rien changer au racisme que nous subissons. Un Blanc peut être autant déconstruit qu’il le souhaite, la société restera raciste, et les non-Blancs en seront toujours victimes. Sa déconstruction n’a donc aucun intérêt pour moi.

    J’approche ici le nœud du problème car, outre le fait que se considérer comme déconstruit surévalue la maîtrise de l’individu sur le social, dans l’hypothèse même qu’une telle personne existe – c’est-à-dire une personne qui aurait anéanti toutes les représentations oppressives qu’elle avait en elle – cela est simplement improductif et superflu. Il faudrait d’abord clarifier ce processus de déconstruction : Comment procède-t-on ? Avec quels outils ? Comment se déroule-t-il ? Quelles sont les étapes ? Est-ce un processus par palier ? Comment pouvons-nous jauger de notre évolution dans la déconstruction ? À quel moment puis-je me considérer comme déconstruit ? Qui décide ? Etc. Autant de questions auxquelles il n’est pas possible de répondre car ce concept de « déconstruction » n’est qu’une idéologie et non un outil théorique, un concept scientifique. Mais plus que cela, c’est une idéologie inopérante. Nous ne pouvons pas « décider » d’abandonner nos privilèges et les voir disparaître du jour au lendemain. Quand bien même nous aurions conscience des profits que nous pouvons tirer d’une situation inégalitaire, s’en rendre compte ne va pas les effacer. Un Blanc peut être le plus déconstruit du monde, le meilleur allié de l’antiracisme politique, il profitera tout de même de ses privilèges de Blanc. Quoi qu’il fasse, tout simplement parce que nous vivons dans un système favorisant les Blancs, et un seul individu ne peut rien y faire. Certains, tentant de donner une réalité pratique à cette théorie bancale, vont alors demander à l’allié de « combler » en quelque sorte l’écart qui existe entre les dominants et les dominés. Ce sera à travers des micro-actions, comme aider les dominés à accéder à des positions de pouvoirs, laisser les « premiers concernés » parler, éviter l’humour oppressif, voir même inviter un dominé au restaurant pour combler les écarts de salaires qui peuvent exister… Loin de moi l’idée de dire aux alliés qu’ils n’ont pas à faire ça, mais juste de souligner la portée extrêmement faible de ce genre d’actions, qui sont en adéquation avec la philosophie colibriste. Elles ne vont se manifester que dans quelques relations interindividuelles et ne vont avoir aucune, ou relativement peu, de conséquences sur le système raciste. Cela ne va en aucun cas faire trembler le champ politique blanc, au contraire, ce genre de petites compensations portées par quelques Blancs alliés lui conviennent parfaitement, tant qu’il n’a pas à changer.

    Avec cette perspective l’action n’est plus orientée dans la création d’un collectif fort qui va œuvrer dans un renversement total du Pouvoir blanc, mais plutôt vers un repli individuel où l’intérêt est davantage de se créer un espace « safe » où l’on ne fréquenterait plus que des personnes « déconstruites », ménageant le plus possible notre ressenti. Tant pis pour les autres. On assiste ainsi peu à peu à une sorte d’élite militante qui légitimerait sa supériorité par son degré de « conscientisation » et qui mettrait sur le banc des accusés toutes personnes « problématiques » n’ayant pas atteint le même degré sur l’échelle de l’émancipation individuelle. En appliquant leur cadre d’analyse, je pourrais alors rétorquer que même ce processus de déconstruction est un privilège qui n’est accordé généralement qu’à des personnes ayant eu la chance d’avoir accès à des études supérieures (il ne faut pas oublier que le champ militant est composé en grande partie de personnes qui ont un  en général capital culturel relativement important), où à une formation militante, ce qui n’est le cas que d’une minorité de la population. Mais ce serait entrer dans un débat sur le terrain de la déconstruction, ce que je veux éviter, car la déconstruction des individus n’est pas mon objectif.

    Combattre le racisme avec les individus tels qu’ils sont aujourd’hui

    Comme je l’ai montré plus haut, la probabilité de voir des gens totalement déconstruits, et pis celle d’en voir en nombre suffisant pour pouvoir bouleverser le Pouvoir blanc, est proche du zéro. C’est donc une stratégie qui nous mène droit au mur. Les prémisses théoriques de celle-ci étaient déjà faussées. Adoptant un point de vue idéaliste qui prétend que c’est à partir de l’individu que nous pouvons combattre le racisme, autrement dit que c’est en changeant la mentalité d’un petit nombre d’entre eux, qui à leur tour vont changer la mentalité d’autres et ainsi de suite… que le racisme disparaîtra car il n’y aura simplement plus assez de personnes pour maintenir ce racisme. C’est de l’utopisme pur. Un retour au réel, au concret est nécessaire, et surtout, pour paraphraser Lénine, « Nous, nous voulons la révolution [antiraciste] avec les hommes tels qu’ils sont aujourd’hui »[5], et ne pas attendre d’eux un degré de conscience politique poussé à la perfection, et qu’ils se soient débarrassés en même temps de toutes leurs prénotions. Je rajouterais, dans notre cas, qu’il ne faut pas attendre d’eux qu’ils aient la capacité sur-humaine de se dépouiller de la totalité de leurs déterminismes sociaux, qu’ils soient déjà tous libérés de l’idéologie de la Modernité occidentale, car personne ne l’est. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, il ne faut pas attendre les résultats de nos combats, avant même de les mener et de les gagner.

    D’autant plus que le plus gros souci du déconstructionnisme c’est qu’il ne peut être entrepris que par des personnes qui le désirent, qui ont la volonté d’engager ce processus. Cela place alors l’antiracisme dans une position de quémandeur, où l’on attend que le Pouvoir blanc (et les Blancs en général) prenne en compte nos injonctions au nom de principes moraux et humanistes, et qu’il se mette enfin à se déconstruire. Je pense que personne ne me contredira si je dis que cela n’arrivera jamais. Un dominant n’a aucun intérêt à renoncer à ses privilèges, il n’y a pas énormément de raisons pour lesquelles un Blanc peut décider de déconstruire son racisme. D’ailleurs, en général il ne le fait pas, ce qui est compréhensible. C’est pourquoi je ne lui demande pas de le faire. J’ose même dire que je me fiche de savoir s’il le fait ou pas, allié ou non. Ce que j’attends de lui ce n’est pas un travail sur lui-même, mais qu’il rejoigne la lutte antiraciste, qu’il s’engage réellement dans ce combat, qu’il se tienne du « bon côté » de la barricade. Le racisme est une question de pouvoir, de rapport de force, pas de bonne volonté, ni de position morale. C’est ce que soulignait Kwamé Turé (Stokely Carmichael), lorsqu’il disait « Si un homme blanc veut me lyncher c’est son problème. S’il a le pouvoir de me lyncher, c’est mon problème. Le racisme n’est pas une question d’attitude, c’est une question de pouvoir ».

    Il faut absolument que l’antiracisme politique revienne à cette vision que portait l’auteur de Black Power. Je ne pourrai jamais changer tous les hommes, et je ne cherche pas à le faire. Comme disait Saïd Bouamama « Moi je m’en fous que les gens n’aiment pas les arabes » [6], cela relève de l’opinion personnelle, et je n’ai pas le pouvoir ni l’envie de la changer. Par contre, ce qui me dérange c’est qu’ils aient les moyens de m’opprimer, tout en étant favorisés. Je ne focalise pas ma lutte à pointer du doigt les comportements oppressifs que peuvent avoir mes concitoyens, mais plutôt les moyens institutionnels qui sont mis en place pour qu’ils puissent en tout quiétude exercer leur racisme, et que je sois défavorisé parce que non-Blanc. Ce qui m’intéresse ce n’est pas la subjectivité raciste des individus, mais plutôt les faits racistes objectifs (violences policières, discrimination à l’embauche, agressions de femmes voilées etc.) et qui sont tous reliés à un racisme d’État. Il faut s’attaquer à la cause, et non aux symptômes. Il faut revenir à une analyse matérialiste du racisme, il est le seul moyen de l’éradiquer. C’est ce à quoi nous invitait déjà Fanon lorsqu’il disait que «  la véritable désaliénation du Noir implique une prise de conscience abrupte des réalités économiques et sociales. »[7] L’intériorisation du sentiment d’infériorité n’intervient qu’ensuite, il n’en est qu’une conséquence. Si des actes racistes sont nombreux, c’est seulement parce qu’ils ont les moyens de se produire sans trop de répression. C’est ce que Kwamé Turé pointait du doigt en distinguant le « racisme individuel » du « racisme institutionnel », le premier est plus « visible » et « marquant », alors que le second « est moins franc, infiniment plus subtil, on le reconnaît moins facilement parce qu’il ne s’agit pas d’actes accomplis par des individus particuliers »[8], mais il détruit pourtant bien plus de vie que le racisme individuel pur. Tout en condamnant le racisme individuel et en encourageant l’auto-défense (même violente) face aux actes racistes, Turé centrait son attention sur ce racisme institutionnel qui permettait au racisme individuel direct de prospérer. Se focaliser sur le racisme institutionnel permettait aussi d’engager la responsabilité de l’ensemble de la société, et pas seulement celle de quelques individus, considérés comme marginaux, revendiquant clairement leurs idées racistes. Ce n’est pas en demandant aux individus de déconstruire le racisme que nous allons le stopper, c’est en imposant un rapport de force, c’est un luttant contre le Pouvoir blanc sur le champ politique. C’est seulement en ôtant au champ politique blanc le pouvoir que nous allons efficacement lutter contre le racisme, tout simplement parce qu’ils n’auront plus les moyens de mettre en pratique le racisme qu’ils auront incorporé, tout simplement parce qu’ils seront obligés de le réprimer, tout simplement parce que nous briserons toutes les conditions d’existence du racisme. Il ne faut pas déconstruire le Pouvoir blanc, il faut le détruire.


    Wissam Xelka


    [1] https://www.colibris-lemouvement.org/
    [2] « Oubliez les douches courtes », mini-documentaire réalisé à partir d’un texte de Derrick Jensen, qui explique très simplement l’absurdité et l’inefficacité de la vision individualiste dans la lutte écologique : lhttps://www.youtube.com/watch?v=QqnC2avyNAk  –
    [3] Frantz Fanon, Peau noire, masque blanc, Editions du Seuil, Paris, 1952. p 208
    [4] Sadri Khiari, « Les mystères de l’« articulation races-classes » », publié sur le site du PIR le 22 juin 2011 : http://indigenes-republique.fr/les-mysteres-de-l-articulation-races-classes/
    [5] Lénine, L’Etat et la révolution, Editions La Fabrique, Paris, 2012.
    [6] https://www.youtube.com/watch?v=WNZ0E4BgOvs&t=55s
    [7] Frantz Fanon, Peau noire, masque blanc, Editions du Seuil, Paris, 1952. p 23
    [8] Stokely Carmichael, Charles V. Hamilton, Le Black Power. Pour une politique de libération aux Etats-Unis, Editions Payo & Rivages, 2009. p 38


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  • http://centremlm.be/J-Staline-N-oubliez-pas-l-Orient-1918

    C'est bien qu'il ait conscience de l'importance de la révolution anticoloniale ; en 1918, c'était absolument LOIN d'être le cas de tous les marxistes, socialistes etc. (qui pensaient plutôt que l'Europe devait se "socialiser", puis encore une fois "apporter la civilisation" sous cette forme-là aux autres continents).

    Mais on voit bien percer sous le propos la "subordination" des luttes anticoloniales (de "l'Orient") à l'agenda et aux objectifs de la révolution socialiste en Europe/Occident : "Et pourtant, il ne faut pas oublier l’Orient, même pour une minute, ne serait-ce que pour cette raison qu’il sert de réserve « inépuisable » et d’arrière « sûr » à l’impérialisme mondial."

    Cette même logique de subordination qui conduira, au milieu des années 1930, le PCF à retirer son soutien aux militants des colonies au nom de la priorité de l'antifascisme (et de l'alliance avec la bourgeoisie colonialiste "antifasciste") en Europe.

    L'eurocentrisme surgit régulièrement au détour d'une phrase : "C’est d’abord là, en Occident, que doivent être brisées les chaînes de l’impérialisme, qui ont été forgées en Europe et qui étouffent le monde entier" => oui, c'est vrai qu'à un moment donné c'est la révolution au cœur des métropoles impérialistes qui mettra fin définitivement à leur nuisance planétaire ; en revanche, les maoïstes ont un peu de mal à croire au "d'abord" (c'est explicite dans des textes de Mao où il explique que là où le capitalisme est né et fermement assis depuis 200 ou 300 ans, c'est forcément plus compliqué) ; et par contre, le "C’est d’abord là, en Occident, que doit surgir comme d’une source la vie nouvelle, la vie socialiste" est clairement eurocentriste et a d'ailleurs été démenti par l'Histoire par la suite, puisqu'en dehors du monde slave qui est déjà une périphérie de l'Europe, les plus grandes expériences révolutionnaires du XXe siècle ont été menées en Asie, en Amérique latine et en Afrique.

    La "léthargie séculaire des peuples opprimés d’Orient" (il aurait pu dire "des colonies" en général), c'est juste une contre-vérité historique : il n'y a jamais eu de "léthargie", la résistance a toujours existé, la lutte n'a jamais cessé ; qu'elle n'ait pas eu (pas plus que les ouvriers en Occident !) pendant très longtemps les outils SCIENTIFIQUES pour passer à une lutte OFFENSIVE vers la victoire, c'est autre chose.

    Il n'est pas "mal" que cette position, cette ouverture de Lénine et Staline vers la nécessité de la révolution anticoloniale ait existé : c'est ce qui a permis la livraison, justement, d'un premier lot d'"outils" scientifiques (marxistes) aux luttes des colonies pour permettre des expériences majestueuses qui quoi qu'elles soient devenues par la suite serviront l'avenir.

    Mais cet esprit de subordination à la "vraie" révolution qui serait celle des pays industrialisés, est clairement une limite qu'il est du devoir du maoïsme de dépasser (car si ce n'était pas pour dépasser des limites, nous serions simplement marxistes-léninistes !!). En fait, c'est à courte vue. La révolution coloniale sert TOUJOURS à terme la libération des prolétaires occidentaux des griffes du capitalisme (pour des raisons dont Staline évoque lui-même certaines dans ce texte). Le problème est de ne pas arriver à surmonter les contradictions IMMÉDIATES qui peuvent sembler apparaître entre les intérêts des peuples colonisés et ceux des prolétaires occidentaux, et de trancher ces contradictions autoritairement en faveur de ces derniers, ce qui semble rapprocher mais en réalité éloigne de la solution du problème.

    La spontanéité d'énormément de mouvements anticoloniaux dans les années 1930-40, autant que la pure logique, les amenait à regarder vers l'URSS et le mouvement communiste international. Par exemple : c'est d'abord à Moscou, auprès de Staline que Subhas Chandra Bose est allé chercher appui pour sa lutte de libération de l'Inde. Mais le déclenchement, au même moment, de l'offensive nazie contre l'URSS a "conduit" Staline à ne pas vouloir froisser Londres, et donc à l'éconduire ; c'est ainsi qu'il a finalement mis son Azad Hind Fauj (Armée de l'Inde Libre) au service du Japon et de l'Allemagne nazie (tout en posant comme ferme condition qu'elle ne soit pas engagée contre un autre adversaire que les Anglais, et surtout pas contre l'URSS)... Sans que de l'autre côté, le soutien de l'Angleterre n'ait vraiment été capital pour l'effort de guerre soviétique (c'est plutôt l'inverse qui a été vrai, si l'on regarde le nombre de divisions allemandes "fixées" puis détruites). D'autres solutions auraient certainement pu être envisagées, dans un esprit internationaliste voyant plus loin.

    Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres d'une logique qui à mon avis, avec 70-80 ans de recul, a plus retardé le triomphe de la révolution mondiale qu'autre chose.

    Au moment où le mouvement révolutionnaire se développe en Europe, tandis que tombent les vieux trônes et les vieilles couronnes, cédant la place aux
    centremlm.be

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  • ... que la Fédération de Syrie du Nord (Rojava) soit un "moindre mal", le "moins pire" endroit où l'on puisse se trouver dans cette région du monde en ce moment.

    Mais moi, pour moi ce "dossier" est clos et je suis déjà dans un AUTRE COMBAT : un combat IDÉOLOGIQUE contre celles et ceux qui voudraient démontrer, à travers Rojava et sa victoire sur les forces de Daesh et autres milices salafistes plus ou moins pro-Erdogan, que finalement le maoïsme voire même le léninisme "ça ne sert pas à grand chose" ; que ce ne sont guère que d'encombrantes reliques ; au profit d'une sorte de tentative de deux-fusionnent-en-un entre matérialisme marxiste et idéalisme anarchiste ou postmoderne (ce qui revient finalement un peu au même) ; tout ceci enveloppé dans l'argument, en fin de compte, OPPORTUNISTE IDENTITAIRE que des gens se sont battus, ont souffert, sont morts, et en plus maintenant sont victorieux.

    Il ne s'agit pas de mettre même une seconde cela en doute, et de ne pas saluer leur mémoire, mais d'une toute autre guerre qui est indispensable à la politique révolutionnaire, et qui est la guerre idéologique contre l'opportunisme.

    Comme le dit la formule consacrée, "on peut tuer un révolutionnaire mais pas ses idées", et de cela d'innombrables camarades martyrs attestent, y compris bon nombre ces dernières années en Rojava-Syrie ; MAIS PAR CONTRE, on peut tuer politiquement des opportunistes en tuant leurs idées, et de cela je n'ai pas l'intention de me priver.

    Rojava restera sans aucun doute, pour de nombreuses années encore, l'endroit où il fera le mieux vivre dans toute l'Asie du Sud-Ouest ; mais il ne faut faire aucun cadeau en termes de CRITIQUE POLITIQUE au Rojava victorieux d'après-guerre, pour montrer aux masses du monde ce qui arrive quand on n'est pas léniniste et encore moins maoïste. En l'occurrence, que l'expérience a eu et a sans aucun doute encore des aspects enthousiasmants ; mais aussi un aspect "tirailleurs de gauche" de l'impérialisme qui va en grandissant ; et qui est logique sur la base d'une idéologie confdem qui s'en prend principalement à des cibles idéalistes comme "l'État" ou "le masculinisme" et considère l'impérialisme voire même le capitalisme en tant que tel comme des problématiques tout à fait secondaires (pour le capitalisme, on pourrait presque parler d'un "classisme" découlant de l'autoritarisme étatique, et non d'un mode de production scientifiquement défini qui sous-tend absolument TOUTE la "modernité" mondiale actuelle !).

    En ce qui me concerne, je me suis planté sur le confédéralisme démocratique d'Öcalan parce que j'avais compris qu'il critiquait les tentatives d'implantation de l'État moderne "à l'européenne" qu'on observe dans la région depuis une grosse centaine d'années (et qui ont effectivement amené leur lot de massacres, génocides etc.). Mais non ! En réalité, il critique tous les modèles de société dans la région depuis que le triomphe de l'islam a mis fin à l'Antiquité gréco-araméo-perse... Et cela, un tel anti-matérialisme anti-historique, je ne peux l'accepter ; même sous les lauriers d'une éclatante victoire.

    Je ne veux pas, comme certains trotskystes, aller jusqu'à déplorer la victoire que les Kurdes de Rojava et leurs FDS viennent de remporter ; on peut bien sûr pointer du doigt les champs de ruines que sont Raqqa et Mossoul et les victimes civiles innocentes, mais non sans rappeler aussi le phénomène politique qui a été défait et la nécessité existentielle qu'avaient les peuples de la région de le défaire ; mais je ne veux pas non plus, sur le terreau de cette victoire, laisser prospérer les discours anti-matérialistes et les louanges à l'antimarxisme confdem que je viens de dénoncer.


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  • ... une interview, enfin disponible en langue de Villers-Cotterêts, du commandant Altun du PKK, et notre critique sur celle-ci :



    Riza Altun : La mise en place de zones libres ont lieu pour la 1ère fois au Moyen Orient - RojInfo
    Altun a affirmé que la résistance et la lutte kurde ont changé le cours de la crise au Moyen Orient puis décrit les développements du Rojava comme une première…
    rojinfo.com


    CRITIQUE (réponse au sujet de l'article faite à un camarade qui nous l'avait transmis) :

    "Oui, en effet, on peut dire que ce Altun a un certain côté ML.

    Un certain côté ML tant (ce qui m'a fait halluciner) je vois dans son retracé historique des faits une sorte de mix fabuleux entre théories complotistes des campistes pro-Assad (Daesh est une création de l'Occident, de la CIA et du Mossad) et des gaucho-néocons-atlantistes (Daesh est une création d'Assad). À l'unique différence près que Daesh n'aurait pas été créé (par l'Occident) "pour avoir un prétexte d'intervenir" ou (par Assad) "pour se donner le beau rôle dans le conflit", mais TOTALEMENT ET UNIQUEMENT et dès le départ, pour écraser la cause nationale kurde.

    Tout, ou à peu près tout, dans le conflit irako-syrien depuis 2011 aurait été tourné vers le but exclusif d'écraser la liberté du Kurdistan... et puis d'un seul coup, "Kobané" aurait agi comme une révélation, une descente du Saint Esprit, et poussé tant l'Occident que Assad et les Russes à changer de cap à 180°, "par le même réalisme qui a conduit à s'allier avec l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale"...

    Hého... Calmos bonhomme. En 2011-2012, le PKK est surtout une organisation DÉCAPITÉE et engagée dans des discussions de paix avec Ankara (d'où l'apparition des Faucons de la Liberté, leur IRA Véritable à eux). Il n'y a plus que le "bunker" turc kémaliste dur et Loup Gris pour en rêver la nuit. La communauté internationale n'en a surtout PLUS RIEN À FOUTRE du PKK et encore moins de sa branche syrienne, réputée plus modérée. Ils sont encore sur la liste mondiale des organisations terroristes... comme le PCN-M l'était encore alors que Prachanda était Premier ministre depuis 2 ans, et Mandela (je crois) jusqu'en 2008 ! Il faut croire que les fonctionnaires chargés de ça ne sont pas très diligents...

    Le conflit syrien éclate en 2011, et chaque bloc impérialiste soutient ses "champions" : le bloc "oriental" Russie-Chine-Iran (et quelques éléments francouilles et européens), Assad ; le bloc occidental, l'"ASL". Les Kurdes sont neutres dans ce conflit entre Arabes. Tout ce qu'ils font, c'est s'auto-organiser politiquement face à la disparition pure et simple de l’État syrien dans leurs régions reculées, et s'autodéfendre quand les uns ou les autres essayent de les attaquer, de s'emparer de telle ou telle zone dans un but stratégique. Et la "communauté internationale" s'en fout complètement. Même la gauchosphère ne commence timidement à en parler que mi-2012, au moins ! (Tout ça pour ne SURTOUT PAS dire que c'était "mal", et que ce n'était pas - au contraire - EXCELLEMMENT JOUÉ de profiter ainsi de l'effondrement de l’État syrien !) 

    En 2014, l'Occident constate avec horreur l'échec de sa stratégie.

    En Irak, l'abandon du pays à un pouvoir chiite tourné vers l'Iran a conduit le triangle sunnite à faire bloc de résistance comme jamais sous l'occupation impérialiste. Bloc autour de l'EI... Les parentés tribales avec la partie syrienne de la vallée de l'Euphrate font le reste, pour leur permettre de s'y implanter aussi. En juin 2014, Mossoul tombe.

    Ils ont du fric. Des pétrodollars de leurs financiers privés du Golfe, mais aussi les trésors de guerre planqués par les tribus sunnites et le régime de Saddam lui-même dès 2002, en prévision de la guerre et de la résistance à l'occupation qui suivrait. À partir de juin 2014, la trafic de pétrole de la région de Mossoul, et l'argent pillé de la banque centrale de cette ville.

    En Syrie, l'ASL s'est désintégrée en une nébuleuse de groupes "islamiiiistes" aux pratiques de brigands, soutenus par X États de la région différents qui comptent eux-mêmes X États dans l’État. Donc coordination impossible et inefficacité militaire, mais ce n'est pas encore le pire. Le pire, c'est que ces groupes "ASL" se vident au profit de Daesh. Littéralement. Daesh qui a du fric, une apparence (du moins) de projet clair et exaltant, et (en apparence du moins) des décisions prises par sa propre direction et non des services secrets étrangers. Des financiers du Golfe certes, mais aussi et surtout un ancrage profond dans la réalité locale, celle de la résistance de l'Irak central sunnite dans les années 2000, avec l'Est syrien comme base arrière, une frontière qui était déjà (parfois même avec la bénédiction d'Assad, surtout quand l'Occident l'a viré du Liban) une passoire pour tous les trafics au profit de cette résistance. Bref. Un peu, mais dans une proportion encore plus gigantesque et terrifiante, comme quand l'impérialisme francouille a sponsorisé le MNLA touareg pour faire pression sur un président malien indocile, et s'est retrouvé avec le Qatar "rachetant l'équipe" (LOL) pour en faire Ansar Dine qui s'est allié avec AQMI et d'autres groupes djihadistes.

    Donc, le belligérant occidental-atlantiste du conflit syrien s'aperçoit que son "ASL" n'existe plus et que ses forces ont été aspirées par un ennemi absolument incontrôlable. Les courants antilibéraux-"anti-mondialistes" plus ou moins fascisants des bourgeoisies occidentales plaident pour un repli sur un soutien à Assad, appuyés en cela par leur mentor Poutine, mais ce n'est pas possible, après 3 ans à le diaboliser ça la foutrait trop mal.

    Restent donc les Kurdes, les YPG/YPJ... À qui Daesh ne cherche pas juste à prendre telle ou telle montagne pour en faire un surplomb stratégique, mais qu'il veut bel et bien annexer, soumettre et massacrer, car son projet "califal" fou s'étend jusqu'aux Balkans et au Caucase. Si on veut des gens motivés, par une question de vie ou de mort en l'occurrence, en voilà ! Reste à leur donner les moyens, qui leur manquent cruellement. En plus, ils ont la particularité de n'être liés à PERSONNE régionalement. Assad, c'est l'Iran et la Russie. Les groupes "ASL", c'est toujours la Turquie, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats, bref, avec en plus leurs États dans l’État complètement illisibles, et dont la tendance à suivre leurs propres agendas est désormais bien connue. Les Kurdes ne se rattachent à rien de tout ça, et en sont même cordialement détestés. Si l'OTAN les aide, ils ne seront redevables QU'À L'OTAN !!

    Est-il risqué de soutenir de telles forces ? Risque-t-on de reproduire "l'erreur" (nécessaire) de la Seconde Guerre mondiale, de s'allier avec Staline et de soutenir même indirectement des gens comme Mao, Hô Chi Minh ou Hoxha, qui ensuite dresseront mondialement les damnés de la terre contre l'impérialisme ? Ce risque semble contrôlé. Le projet kurde de Rojava n'est pas vraiment favorable aux intérêts capitalistes des monopoles, mais il n'a pas, même au niveau simplement régional, d'apparente vocation expansionniste, "missionnaire" de sa révolution comme le bolchévisme de Lénine et plus tard le maoïsme, le Vietnam pour toute l'Asie du Sud-Est, Cuba pour toute l'Amérique latine et même l'Afrique etc.

    Et puis surtout, et là je pense que plus d'un dans les officines s'est écrié "mais qu'est-ce qu'on a été cons !!" : LA GAUCHE.

    DEPUIS QUAND n'a-t-on pas soutenu de force dont on pouvait être CERTAINS que nos gauchistes des campus allaient la soutenir aussi ? Depuis 1945 (et avant cela, les gauchistes n'étaient pas "de campus"...), jamais, en fait. Pour les stals et les mao-stals, globalement, tout ce que l'Occident a pu soutenir était à ne pas soutenir, quand bien même quelques revendications auraient pu avoir une part de justesse. Les trotskystes et les libertaires appliquaient généralement le "ni-ni". JAMAIS on n'a pu s'appuyer sur une force qui serait en même temps la coqueluche de la gauche radicale (il faut dire aussi, peut-être, que JAMAIS la gauche radicale occidentale n'avait atteint un tel niveau de désorientation postmodernoïde et d'absence de recul critique ; sans vouloir nier les milliers de bonnes raisons de soutenir effectivement Rojava, ni vouloir dire que ce soutien impérialiste devrait signifier automatiquement retrait catégorique du soutien gauchiste). 

    C'est LÀ qu'il y a eu Kobané. Kobané a été la première manifestation de soutien militaire occidental massif, c'est vrai. Mais pas, justement, ce qui aurait "précédé" la "révélation" et le ralliement "contraint et forcé" ! La victoire de Kobané a été remportée en grande partie, DÉJÀ, grâce au soutien aérien de l'OTAN. Peut-être auraient-ils gagné quand même, on ne sait pas, mais alors ça aurait forcément été beaucoup plus long et avec infiniment plus de pertes.

    Encore une fois, puisque le bon sens l'interdit, je m'interdis de contester ce choix politique PYD-PKK-YPG-YPJ de victoire rapide et préservant le maximum de vies humaines d'une mort atroce ; le contraire n'a JAMAIS été mon propos.

    Mais voilà : CECI, que je viens d'écrire, est le retracé historique réel de ce qu'il s'est passé dans ce conflit ; et la raison pour laquelle le retracé de ce Altun me fait un peu halluciner, avec son complotisme kurdo-centré.

    Après, je ne nie pas en effet qu'il tient des propos virulents à l'encontre de l'impérialisme occidental (mais ce n'est pas le premier communiqué, ni la première interview d'un responsable YPG ou PKK à le faire). Il incarne, sans nul doute, cette ligne de gauche qui FORCÉMENT existe dans la lutte de lignes qui a sans doute déjà commencé là-bas. Reste entière la question, du poids que cette ligne peut faire face à la ligne de droite opportuniste à la Saleh Muslim ; surtout avec ce niveau franchement faible d'analyse des enjeux régionaux (puisque la particularité, et ce qui m'avait plu dans le PKK nouvelle mouture, c'était ce que je croyais être un positionnement de la lutte kurde dans le cadre d'une révolution régionale et non plus "étroitement" kurde). Désolé, mais analyser Daesh et les autres groupes djihadistes similaires comme une pure "création conjointe des ennemis des Kurdes" pour nuire à ceux-ci, sans UN MOT sur les racines de ce phénomène non seulement dans la guerre en Irak, mais dans TOUTE la politique impérialiste dans la région depuis Sykes-Picot, ce n'est pas un niveau d'analyse à la hauteur de se vouloir les "déclencheurs" d'une révolution démocratique dans tout le Machrek.

    En attendant, la dérive opportuniste se poursuit sous nos yeux quand on voit qu'un référendum pour une indépendance qui existe déjà de facto (et en principe le PKK n'est plus favorable à des logiques séparatistes...), et qui n'est en réalité qu'un sacre plébiscitaire pour un despote mafieux en fin de règne (contre lequel devrait être la seule révolution à l'ordre du jour dans cette partie du Kurdistan) et un "enregistrement" d'annexions territoriales, "ça n'a pas de sens de s'y opposer"... Ah, OK. La politique, c'est donc dire que "ça n'a pas de sens" de contester la volonté de 90% (et même probablement 70%, voire 60%) des gens et d'essayer d'en amener sinon 90%, du moins la majorité vers l'opinion contraire si celle-ci est juste. On se demande, en fait, quel "sens ça a" de faire de la politique tout court... Pourquoi prône-t-on une révolution anticapitaliste, au juste, si 90% des gens (au moins !) n'en veulent pas et sont favorables à la république bourgeoise ?

    Mais ça, ça rejoint en fait les critiques que je t'ai données à lire (et oui, j'ai vérifié, je te les ai fait lire !) de l'esprit assembléiste du confdem."

    **********

    "Cette interview d'Altun tourne pas mal sur Facebook... C'est un peu, j'ai l'impression, le repli et le flambeau d'espoir des gens sincères qui y ont cru. Malheureusement, pour moi cet espoir est un "espoir" qui s'appelle Kiran (et quiconque suit depuis un certain temps SLP sait que j'établis ces parallèles népalais en particulière connaissance de cause)... Toujours pas de Biplab en vue, et entre temps, on a vu au Népal que même Biplab n'avait rien redressé du tout de la barre.

    Öcalan fait partie de ces rares auteurs politiques chez qui, à chaque nouvelle lecture, on a l'impression de découvrir de nouvelles "perles" et on se dit encore plus "putain ce que c'est de la MEEEERDE" que la fois d'avant.

    Et Öcalan est le CHEF et un DIEU VIVANT pour tous les vaillants YPG et les vaillantes YPJ ; et pour celles et ceux qui vont au patac au Bakur idem. Sa tête est sur les drapeaux, tous les ouvrages dignes (encore que...) du nom de théoriques sont de lui : si il n'est pas le leader incontesté du Parti, alors Gonzalo était stagiaire du PCP.

    Öcalan a trahi, ou alors allons-y, Öcalan c'est Gonzalo et on énumère les diverses théories : tout est faux, il ne faut croire à rien tant qu'il est tenu au secret ; ou carrément il est mort et le gars qu'on voit de temps en temps est un sosie ; ou c'est lui mais contraint sous la torture, ou il est drogué, ou il a subi un lavage de cerveau... Bref. Peu importe, le résultat CONCRET, comme FORCE MATÉRIELLE agissant sur l'Histoire, est le même.

    Et Murray Bookchin est son Alfredo Crespo. Celui qui a fait de la doctrine öcalanienne, en tout cas celle dont LES MASSES ont connaissance et qui les guide, une gigantesque récupération impérialiste "par la gauche".

    PERSONNE ne peut sérieusement croire une seconde que la barre va être redressée en deux coups de cuiller à pot alors qu'elle ne l'est pas depuis 11 ans au Népal et 25 ans au Pérou (où la trahison est peut-être, vraisemblablement même, un enfumage de l'ennemi mais en tout cas cet enfumage existe et c'est lui qui est force matérielle, j'y reviendrai). Et encore, au Pérou personne du MOVADEF n'a fait du pays une base yankee (il l'est, mais pas à cause d'eux), ni ne le prône, et même au Népal, entre rester protectorat indien, devenir protectorat chinois ou base US, l'indécision règne suffisamment à la tête pourrie du poisson pour que rien ne se fasse réellement..."


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  • ... quand un individu (ici on l'appelle "Monsieur les Barbus de Saint-Fons"...) qui ne fait soi-disant "plus partie" d'une organisation, rédige pour cette même organisation un article qui rebondit de manière évidente sur quelque chose que vous avez écrit, multipliant les "clins d’œil" ("clins d’œil" qu'il faut vite apprendre, venant d'un tel "serpent" comme quelqu'un avait pu le définir à une époque, à ne pas croire "amicaux"...).

    Cet individu n'est pas un matéraliste-point-com du 'p''c''mlm' : il ne va pas vous contredire pour le principe de vous contredire, comme quand le 'p''c''mlm' brûle par exemple toutes les pages de son "Manuel d'Économie Politique MLM" consacrées aux luttes nationales dans l’État-prison "France" dès lors que vous avez pris fait et cause pour ces luttes. Lorsqu'il n'est pas possible de nier la justesse de ce que vous avez écrit (forcément quand ça se base purement et simplement sur Lénine...), il va, comme l'a fait pendant des années son organisation-dont-il-ne-fait-plus-partie, POMPER volontiers et allègrement ce que vous avez écrit de juste ; mais attention, cela ne sera jamais qu'un ENROBAGE pour les conclusions d'un OPPORTUNISME TOTAL, conformément à toute la ligne politique de son groupuscule, auxquelles il est fermement décidé à arriver ensuite.

    Concréto-concrètement : "Nous ne pouvons pas être sourds à l’aspiration de liberté portée par les 92% de « Oui » au référendum kurde", et "le (PKK) a fait comprendre que la victoire du oui étant acquise, cela n’avait pas de sens de s’opposer à la volonté du peuple"... Eh ben, le moins qu'on puisse dire, c'est que vivement pas que les 2/3 des gens en Hexagone votent pour un gars qui veut autodafer le Code du Travail, et le tiers restant pour un parti fasciste... Hein quoi ? C'est déjà le cas ? Ah bon ok...

    En gros, le gars nous explique par A + B que Barzani est un dictateur clanico-mafieux et un vendu à l'impérialisme. Qu’il n’y a pas les conditions minimales d’une démocratie même bourgeoise au Kurdistan d’Irak, où des opposants sont assassinés, d’autres disparaissent etc. Que le Kurdistan d'Irak est indépendant de facto depuis 1992... et donc que ce référendum n'a en réalité vocation qu'à être un plébiscite pour ce despote en fin de règne, et (SURTOUT) d'entériner les "acquis territoriaux de la guerre contre Daesh", territoires pourtant loin d'être "purement" kurdes et donc, qu'annexer au Kurdistan barzaniste reviendrait à placer dans un système d'oppression nationale des populations non-kurdes. Que, chose sans doute impensable il y a encore 10 ans, la scène politique locale a vu suffisamment clair dans l'embrouille pour que quelques partis osent S'OPPOSER à la mascarade (!).

    MAIS... comme 92% des gens ont voté oui, alors vox populi vox dei, "ça n'a pas de sens" de se positionner à l'encontre. On est vraiment, vraiment contents d'apprendre quelque chose d'aussi fabuleux : faire de la politique, c'est donc dire que "ça n'a pas de sens" de contester la volonté de 90% (et même probablement 70%, voire 60%) des gens et d'essayer d'en amener sinon 90%, du moins la majorité vers une opinion contraire si l'on considère que celle-ci est juste. On se demande, en fait, quel "sens ça a" de faire de la politique tout court... Pourquoi prône-t-on (ici en Hexagone) une révolution anticapitaliste, au juste, si 90% des gens (au moins !) au jour d'aujourd'hui n'en veulent pas et sont favorables à la république bourgeoise telle qu'elle est ?

    Et donc ouf, "sauvés", le PKK auquel on voue un culte absolu n'a donc pas fait preuve du plus total opportunisme en adoptant (peut-être de manière plus complexe ? en tout cas, c'est en ces termes simples que c'est décrit...) strictement cette même position. Alors même que, comme on l'a dit, le Kurdistan d'Irak est déjà indépendant de fait depuis 25 ans et que le PKK ne prône de toute façon plus (en principe) des indépendances "sèches" en mode nationaliste dans la région, mais plutôt (si l'on voulait résumer) de larges autonomies en "interaction dialectique" avec la démocratisation des États existants, elle-même "chemin" (en quelque sorte) de leur "dépérissement" ; qu'il s'oppose par ailleurs (toujours en principe) tout aussi fermement à l'imposition d'un État nationalitaire "strict" sur des zones multiethniques (mais étrangement sur ce point, sous la plume de notre "ami", l'impression qu'on a est que ce qui est reproché à Barzani c'est d'avoir perdu ces zones... qui auraient donc "dû" rester "kurdes" ?) ; et qu'en toute logique la SEULE question qui devrait être à l'ordre du jour au Kurdistan d'Irak, du point de vue de son idéologie "confédéraliste démocratique", c'est la gestion (justement) antidémocratique et réactionnaire de celui-ci et donc une révolution contre Barzani (que le référendum avait au contraire vocation à renforcer et plébisciter)... Comment appeler donc, dès lors, autrement qu'opportuniste la position comme quoi cela n'aurait "pas de sens" de nager à contre-courant de ce référendum (ce qu'en l'occurrence, un parti social-libéral de centre-centre-centre-gauche a fait) ?

    Et au demeurant, discuter de la conformité du PKK à son propre "confédéralisme démocratique" est une chose ; mais se conformer, quand on se veut léniniste, aux principes léninistes, en est une autre et encore mieux. Principes léninistes qui sont que tout absolu et nécessaire que soit le principe du droit à l'autodétermination des peuples, seul moyen de résoudre les contradictions dites nationales au bénéfice de l'UNITÉ entre lesdits peuples contre le Grand Capital, on ne peut pas apporter de soutien POSITIF, "actif" à un processus politique qui sert ouvertement la pénétration de l'impérialisme dans une région semi-colonisée ("impérialisée", dominée par l'impérialisme), puisque de toute façon, passer d'une oppression nationale "de proximité" à une "indépendance" fantoche de pion de l'impérialisme sous un régime satrapique n'est en rien une libération pour ce qui nous intéresse, à savoir le PEUPLE (et à plus forte raison si l'"indépendance" visée est en fait acquise dans les faits depuis un quart de siècle, l'objectif réel de la manœuvre étant donc autre, offrir un sacre plébiscitaire au satrape par exemple...).

    Mais attention attention... Vous ne croyiez pas, n'est-ce pas, que ça allait se passer comme ça ? Pour notre "ami" (et là, une contamination 'p''c''mlm' est peut-être à envisager...), soulever toutes ces questions, rappeler tous ces principes ne peut relever que d'un "complot complotiste" (LOL) non pas "hitléro" mais (il fallait bien se renouveler...) "qataro-erdogano-trotskyste" (barbu ou pas, de Saint-Fons ou pas)... Reste à savoir (peut-être faudrait-il lui poser directement la question) si c'est ce "complot" qui a malicieusement placé les dizaines de drapeaux israéliens dans les rassemblements pour le plébiscite barzaniste à Erbil et alentour, qu'il ne nous semble pas (ma foi) avoir inventés ; ou encore plus pervers pour notre pauvre "ami" fan du PKK, les propos étrangement siono-complaisants qui apparaissent parfois sous la plume d'Öcalan dans son ouvrage sur le "confédéralisme démocratique" [tant qu'à faire, vous pouvez lire tout l'article de critique des camarades de VP : http://ocml-vp.org/article1637.html et le tenir grosso modo pour notre position sur la question – sauf peut-être le point sur le "point de vue ambigu (du PKK des années 1990) sur les mouvements islamistes", sur lequel, si c'est une critique, alors nous sommes d'accord avec le point de vue critiqué du PKK de l'époque].

    Comme si tous les trotskystes avaient une position unifiée sur la question ; mais surtout : 1°/ le cocktail idéologique d'Erdogan, par lequel il a littéralement "siphonné" électoralement ce qu'on appellera "la droite" de la république kémaliste tardive des années 1980-90, ne fait sens que dans un contexte turc, 2°/ la communauté turque n'est pas (de loin) la plus importante communauté musulmane d'Hexagone, et donc par conséquent, 3°/ si des Maghrébins d'Hexagone (barbus de Saint-Fons ou pas) peuvent faire preuve disons d'"erdogano-complaisance", cela ne peut pas être pour ces raisons turco-turques. Mais bien plutôt, justement, parce qu'Erdogan n'a pas tout à fait "jamais rien fait pour les Palestinien-ne-s", quels qu'aient été le pragmatisme machiavélique et les arrière-pensées expansionnistes "néo-ottomanes" derrière ce qu'il a fait ; pas tout à fait "jamais rien fait"... contrairement à la république "laïque" antérieure, dont on a d'ailleurs de plus en plus furieusement l'impression, lorsqu'on lit nombre d'analyses de la situation anatolienne et du "phénomène" Erdogan, qu'elle n'a tout simplement jamais existé, et que l’État turc est littéralement apparu à la surface de la Terre avec son actuel (et exécrable) "sultan".

    Un "phénomène" Erdogan que SLP a longuement analysé, dans toute sa durée et ses implications depuis l'émergence électorale de ce qui n'était pas encore l'AKP dans les années 1990, jusqu'aux très importants revirements et mutations de ces (disons) 5 dernières années ; analyses qui ne le placent clairement pas dans le camp du peuple, sinon à la manière dont on pourrait y placer tout populiste ; mais qui permettent néanmoins de comprendre son aura politique bien au-delà de la Turquie et des diasporas turques d'Europe, notamment dans les communautés musulmanes non-turques, et si l'on voulait renchérir encore dans la méchanceté, on pourrait ajouter au Kurdistan (où il a longtemps été la première et reste encore aujourd'hui la deuxième force électorale derrière le HDP, la seule unanimité étant de ne plus vouloir entendre parler du kémalisme...) et dans les diasporas kurdes (dont les militants PKK ne sont qu'une minorité).

    De comprendre cela, en tout cas, de manière bien plus matérialiste qu'à travers un "complot" de ses officines ou de celles du Qatar (ou de Tariq Ramadan, tenez... c'est le moment ou jamais de le placer celui-là, non ? plus qu'en 2009 en tout cas...).

    Quant à ce qui est d'être vigilants, méfiants vis-à-vis de ce qu'il se passe au Kurdistan, des pentes savonneuses qui peuvent à tout moment y être prises, cela n'a, comme on l'a dit, pas forcément à voir avec une quelconque identité musulmane opprimée qui pousserait à admirer le seul "vrai leader" musulman sunnite présent sur la planète aujourd'hui, mais peut simplement résulter d'une application rigoureuse des principes léninistes.

    Lénine et les bolchéviks qui ont TOUJOURS défendu avec la dernière fermeté les droits nationaux des peuples, qui ont sur cette base tactiquement accepté, même, des indépendances vis-à-vis de l'ex-Empire russe ayant servi à constituer un "cordon sanitaire" contre la révolution qu'ils dirigeaient (Pologne, Finlande, Pays baltes) ; mais qui n'ont pas hésité non plus, POLITIQUEMENT, à critiquer par exemple le nationalisme arménien et la "Grande Arménie" fantoche de l'impérialisme que les Alliés vainqueurs de 1918 projetaient dans tout le quart nord-est de l'actuelle Turquie et qui servait par ailleurs d'ores et déjà de base arrière aux armées blanches contre-révolutionnaires russes (voir ici la description de la situation par Zinoviev) ; cela alors même que le Peuple arménien sortait d'un véritable génocide !

    On a "célébré" l'année dernière le centenaire des Accords Sykes-Picot ; cela l'"organisation" dont il est question ici en a parlé dans un article, même si l'absence de ses "clins d’œil" laisse à penser que notre "ami" n'en était pas l'auteur. Des conférences sont organisées un peu partout en ce moment même pour le centenaire de la Déclaration Balfour ; et l'on s'achemine tout doucement vers le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, et donc des TRAITÉS (Sèvres, Lausanne) qui l'ont suivie. C'est CELA, qui fonde la situation actuelle et qui doit être la base de TOUTE NOTRE LECTURE POLITIQUE de cette région du monde !

    Et sur la carte du Traité de Sèvres (1920), on observe ainsi aisément... qu'un projet d’État kurde existait ; avant que la bourgeoisie turque ne se rebiffe avec Kemal et sa "guerre nationale" (que soutiendront tactiquement... les bolchéviks et l'Internationale communiste naissante) et n'oblige les Occidentaux à reculer sur ce point et d'autres, pour donner naissance à la Turquie dans ses frontières actuelles. Autrement dit : les Kurdes ne sont pas plus "par essence" des "agents de l'impérialisme et du sionisme"... que l'impérialisme n'est PAR PRINCIPE opposé à leurs droits nationaux (pourquoi le serait-il, au juste ?). La vérité, c'est plutôt que l'impérialisme "joue" (en quelque sorte) avec ceux-ci, appuyant leurs revendications ou au contraire leur répression selon comment ça l'arrange.

    C'est la réalité matérielle qui engendre la conscience, les conceptions et les pratiques. Le PDK et l'UPK du Kurdistan d'Irak n'ont jamais vraiment été aussi révolutionnaires que le PKK (qui n'a lui-même jamais été maoïste ni même vraiment marxiste-léniniste), mais cela ne signifie en rien que leur lutte aurait été "éternellement illégitime" (ce qui entrerait au demeurant en contradiction lourde avec la conclusion de l'article, qui n'est de toute façon qu'une contradiction après l'autre...) et celle du PKK "éternellement légitime" : non seulement ces forces étaient totalement légitimes à défendre le Peuple kurde contre la brutale oppression de Saddam Hussein, mais ce n'est pas là la principale raison du sinistre (mais hélas réaliste) tableau qu'en dresse notre "ami" actuellement. La principale raison de cet état de fait, c'est que lorsque Saddam s'est soudainement retourné contre ses soutiens impérialistes de la veille (contre l'Iran) et a envahi le Koweït en 1990, ces forces (et la cause kurde en Irak, exclusivement en Irak) sont tout aussi soudainement devenues LÉGITIMES pour l'impérialisme... et des pions de celui-ci. C'est CETTE SITUATION (à partir de 1990) qui a principalement fait du PDK et de l'UPK ce qu'ils sont devenus aujourd'hui : des ramassis mafieux de satrapes pro-impérialistes.

    La légitimité de Rojava depuis 2011 est simple : elle est de défendre le Peuple kurde de cette région contre les violences, les massacres que ce soit du régime d'Assad, des "rebelles" pro-turcs et surtout, du projet "califal" génocidaire de Daesh ; et de plus, dans ces conditions extrêmes d'état de guerre total, de parvenir à garantir à cette région et à sa population un fonctionnement politique relativement démocratique. Mais si demain les YPG/YPJ de Rojava deviennent objectivement des soldat-e-s de l'impérialisme occidental pour, en "front" (FDS-QSD) avec ce qu'il reste de "pas trop islamiste" dans la rébellion armée arabe anti-Assad, contrôler à sa solde un (disons) petit tiers nord-est de la Syrie ; opprimant les populations arabes sunnites et perpétuant ainsi le cocktail de conditions qui en Irak a donné naissance à Daesh ; alors ils ne seront plus "légitimes". Les mêmes conditions qu’au Kurdistan PDK-UPK d’Irak auront tout simplement, au bout de quelques années ou au "mieux" d'une décennie, les mêmes résultats.

    Accepter le soutien de l'impérialisme, parfois avec l'"excellent" motif de lutter tout simplement pour sa survie, signifie-t-il forcément en devenir un valet ? Non, absolument pas. L'exemple typique en est la Seconde Guerre mondiale : l'URSS s'est alliée avec les impérialismes occidentaux contre l'Axe fasciste et a autant bénéficié de leur effort de guerre qu'ils ont bénéficié du sien ; et TOUTES les guérillas communistes antifascistes d'Europe et d'Asie ont bénéficié plus ou moins directement des actions militaires des États-Unis, de l'Empire britannique, de la "France libre" etc. La question essentielle qui est posée ici est celle de la politique au poste de commandement, de la LIGNE POLITIQUE des forces révolutionnaires qui leur permettra ou non de ne pas succomber aux "balles enrobées de sucre" de la trahison (et c'est là que l'honnêteté impose d'ajouter... qu'en dehors de Mao, Hô Chi Minh, Hoxha, des héroïques grecs hélas écrasés dans le sang et de quelques autres, cette "alliance objective" avec le capitalisme "antifasciste" a été pour beaucoup de forces communistes le début du naufrage révisionniste et réformiste).

    C'est donc là-dessus que doit s'exercer tout particulièrement la vigilance : en l'espèce, sur la ligne politique du PKK et des YPG, non seulement dans les discours mais aussi en pratique. Tout PKK qu'il soit, et tout fanboy qu'en soit notre "ami".

    Rien n'est encore "plié", et rien ne l'est de toute façon jamais en réalité, car les trahisons à ce niveau-là des choses entraînent généralement des scissions et la naissance de nouvelles forces révolutionnaires. Mais ce n'est pas être un agent trotskyste d'Erdogan et du Qatar que de scruter les évènements avec vigilance, surtout dans une région du monde où (il pourrait n'y avoir qu'une seule raison, celle-là...) le sang a déjà ÉNORMÉMENT COULÉ et où la plus grande sévérité politique envers tout ce qui pourrait encore alimenter cette spirale infernale en place depuis un siècle, plutôt que d'en sortir, est parfaitement justifiée.

    La légitimité des Kurdes de Rojava à défendre leurs vies tout en essayant de bâtir une société démocratique, leur héroïsme d'aller sauver les Yézidis du Sinjar lâchement abandonnés par les séides de Barzani, tout ceci n'est pas en question, pas plus que la sincérité et le courage des internationalistes qui ont pris les armes à leurs côtés (encore que l'on puisse prendre la liberté de dire qu'on aurait aimé voir un tel engagement en faveur de la Palestine par exemple, mais ceci s'adresse de toute façon aux gauches radicales occidentales et non aux Kurdes...).

    SUR LA LIGNE POLITIQUE DU PKK, qui est la question cruciale pour le déroulé ultérieur des évènements : SLP partage dans les grandes lignes les critiques de l'article de VP en lien plus haut (et elles ne sont pas minces). Ou encore, autre analyse à lire absolument : anti-imperialiste.org/la-cause-kurde-et-la-liberation-des-peuples-du-moyen-orient/

    En cas de dérive liquidatrice, il est bien évident que "ça ne se passera pas comme ça" et qu'il y aura résistance des tenants d'une ligne révolutionnaire ; mais restera alors entière la question du poids que fera cette résistance face aux liquidateurs.

    Les pratiques des FDS-QSD dans les zones arabes arrachées à Daesh autour de Raqqa doivent être scrutées avec vigilance, les questionnements sur ce point sont légitimes.

    Le référendum barzaniste au Kurdistan d'Irak n'est PAS légitime ; la seule "indépendance" supérieure (à celle qu'il y a déjà) que puisse encore acquérir cette partie du Kurdistan étant l'indépendance vis-à-vis de l'impérialisme occidental, autrement dit une révolution démocratique contre Barzani et non un pseudo-"référendum d'indépendance" en réalité plébiscite en sa faveur ; PAR CONSÉQUENT, dire que "ça n'a pas de sens de s'y opposer" vu que "92% ont voté oui" est de l'opportunisme et le qualifier ainsi est non seulement un droit mais un devoir pour un maoïste alors que des maoïstes sont engagés et risquent leurs vies aux côtés du PKK (la "défense" pourra certes légitimement faire valoir que le PKK n'a cherché qu'à protéger les populations une nouvelle fois abandonnées par les barzanistes et promises aux représailles de Bagdad, mais alors pourquoi, dans un article prétendument sérieux et "de connaisseur", présenter les choses de cette manière et en plus le défendre !?).

    Cette position opportuniste n'est pas totalement abracadabrantesque et surgie de nulle part ; elle prend racine dans la logique assembléiste et consensualiste du "confédéralisme démocratique", et son refus de la politique comme lutte des idées justes contre les idées fausses : "Les conseils sont ouverts « à toute la population », les prises de décisions doivent se faire au consensus, avec l’idée qu’il n’y a pas dans la société des intérêts inconciliables, mais que tous les désaccords peuvent être réglés par la discussion et l’accord. Il faut, dit-il, respecter les opinions divergentes, sans faire de différences entre elles... même celles de nos ennemis de classe ?" (...) "Mais le consensus est-il toujours possible ? À certains moments, pour avancer, il faut trancher, et choisir un point de vue plutôt qu’un autre lorsque l’accord n’a pas été possible sur le moment. Pour nous, la démocratie véritable, ce n’est pas l’autonomie à l’extrême, que chacun puisse faire ce qu’il veut chez soi ; c’est que tous, nous ayons notre mot à dire sur tout, quitte à ce que l’avis majoritaire s’impose à l’avis minoritaire, tout en respectant ce dernier." (article de VP). L'assemblée confdem est finalement, en un sens, l'organe politique postmoderne par excellence, où tous les points de vue se valent, où seul peut se dégager un "consensus" entre ces points de vue (bonjour !) et où il ne faut surtout en "opprimer" aucun (le localisme garantissant que tous les points de vue soient de "premiers concernés")... De même que pour l'"organisation" de notre "ami", au fond, il ne devrait pas y avoir de contradictions idéologiques dans le camp anticapitaliste (du moins), à traiter en défendant son point de vue ; cela n'aurait "aucun sens", tout se vaut et "deux fusionnent en un" ; et lorsque ces contradictions éclatent malgré tout (le dur principe de réalité, vous savez...), elles doivent être dissimulées sous la seule contradiction qui finalement "vaille" : celle avec de prétendus comportements "problématiques" individuels.

    Ce référendum ayant pour but réel, outre un plébiscite pour Barzani, d'entériner les "acquis territoriaux de la guerre contre Daesh" et de les intégrer dans un État kurde ; un soutien du PKK à celui-ci rejaillit directement sur l'autre question de la gestion des zones arabes prise à Daesh en Syrie (bien que la "défense" arguera ici que les FDS ne sont plus "kurdes" mais désormais à 60% arabes, cela dit la direction est bien toujours kurde, non ?).

    De manière générale, à notre "ami" qui il y a quelque temps déjà, contestant le soutien que SLP apportait à la légitimité de base des soulèvements arabes de 2011, nous disait qu'on "ne peut pas jouer le féodalisme (comprendre, car il faut parler clairement dans la vie, L'ISLAM) contre l'impérialisme" ; nous serions tentés de répondre que ses amis du PKK, et lui par la même occasion, semblent avoir de plus en plus tendance à "oublier" la contradiction fondamentale avec l'impérialisme et le sionisme dans leur confrontation avec le "féodalisme" (l'idéologie "islamiste" réactionnaire de Daesh et des groupes "syriens libres" non encore ralliés aux FDS) et les oppresseurs nationaux "de proximité"... Or l'enseignement fondamental du marxisme-léninisme-maoïsme est que les pays dits du "Sud global" sont SEMI-COLONIAUX (dominés par l'impérialisme) ET SEMI-FÉODAUX (aux mains, en clair, d'oligarchies et de forces réactionnaires locales) et que, s’il peut arriver que ces deux aspects ne marchent pas "main dans la main" et qu'il faille temporairement déterminer entre eux un ennemi principal et un ennemi secondaire, il ne faut JAMAIS perdre aucun des deux de vue.

    Voilà où nous en sommes, et tout ce que nous pouvons dire à ce stade. Rien de plus sur la situation concrète là-bas ; après, démonter un énième monument d'opportunisme d'une "organisation" spécialiste en la matière (toute cette histoire autour du PKK et de Rojava n'ayant en fait, pour eux, d'autre vocation que de "démontrer" l'"inutilité" du maoïsme et de la Guerre populaire), de ce type d'opportunisme qui prépare le désarmement idéologique des internationalistes d'ici et d'ailleurs au cas où ça tournerait au vinaigre là-bas (au Kurdistan), c'est autre chose.

    [Si nous étions vraiment méchants, nous rappellerions qu'il y a une huitaine d'années, un de leurs potes du pseudo d'"Oppong" nous expliquait par mail qu'il fallait souhaiter la victoire des impérialistes en Afghanistan et, au détour de cela, que TOUT le mouvement de soutien à la Palestine en Hexagone n'avait "d'autre motivation que l'antisémitisme"... Mais comme nous ne sommes pas (en fait) méchants, nous ne dirons pas que TOUT le mouvement de soutien à Rojava et au Kurdistan en Occident n'a "d'autre" motivation que l'ISLAMOPHOBIE ; mais simplement qu'une PARTIE est néanmoins dans ce cas, et que notre "ami" et son groupuscule dont il "ne fait plus partie" le sont (pour être capables, par exemple, de voir dans les "barbus" d'une banlieue lyonnaise une "menace" pour des féministes afghanes dont ces "barbus" n'ont probablement jamais entendu parler, et très vraisemblablement rien à foutre).]

    [Pour ce qui est de cette arabo-islamophobie qui motiverait, à des degrés divers et difficilement quantifiables, les fanas de la cause kurde et de Rojava ; sans même aller jusqu'à parler de siono-complaisance, pour forte qu'en serait pourtant la tentation quand on voit le genre d'individus avec lesquels certainEs de l'"organisation" de notre "ami" devisent tranquillement ; il faut dire que sous la plume d'"Apo" Öcalan lui-même... voilà quoi : islamophobie-oecalan.png - islamophobie-oecalan-2.png]

    [PS : il semblerait que suite à cette critique, de "petites modifications" soient intervenues dans l'article original. Ce ne serait pas la première fois, c'est même une pratique constante de ces opportunistes. Il n'en reste pas moins que le centre du propos reste inchangé : il ne serait pas possible (et le PKK aurait eu raison de ne pas le faire) de contester le résultat à la Bongo d'un "référendum" en réalité plébiscite pour un satrape et appel au nettoyage ethnique des "acquis territoriaux de la guerre contre Daesh", quand bien même il est explicitement dit que les opposants audit satrape sont pourchassés, battus, assassinés, "disparus", les sièges de leurs partis attaqués et brûlés par des nervis du pouvoir, etc. VIVEMENT PAS, pour prendre encore un autre exemple, qu'au soir du 21 décembre les élections en Catalogne prennent des airs de référendum anti-indépendance avec une nette avance du bloc espagnoliste PS-PP-Ciutadans, dans des conditions un chouïa moins violentes mais tout aussi antidémocratiques sur le principe... On voit mal ce qui pourrait, mieux que cette position, entretenir la "confusion entre la gauche kurde et le régime de Barzani" sur laquelle sont censés surfer les agents trotskystes d'Erdogan et du Qatar. Rigolo aussi que dans un article plus récent encore, soient critiquées les positions révisionnistes de Domenico Losurdo (qu'il nous arrive de citer ici pour les quelques choses qu'il peut dire de justes) selon lesquelles il "faudrait" soutenir les peuples opprimés en lutte jusque dans leurs erreurs totales, leurs reculs, leurs capitulations si tel est leur "agenda"... Losurdo n'allant pourtant jamais jusqu'à soutenir (son soutien à Compaoré restant déjà à démontrer...) un "référendum"-plébiscite, applaudi par Israël, en faveur du dirigeant politique le plus servile envers l'Occident et pro-israélien entre le Golfe de Syrte et le Delta du Gange !!]

    ["Peuple sans État depuis 2500 ans" : sans État peut-être, mais grotesque quand même... L'oppression nationale des Kurdes est en fait un phénomène très récent, résultant de la reconfiguration impérialiste du Proche et Moyen Orient entre 1919 et 1923. Il fallait déjà, pour cela, que la notion même d'"État-nation" fasse son apparition dans la région, ce qui n'est pas le cas avant la fin du XIXe siècle. À l'époque féodale, lorsque la civilisation islamique (entendue comme concept englobant y compris les non-musulmans) tenait lieu de "nation", les plus grands dirigeants comme Saladin pouvaient être kurdes, régnant sur des sujets majoritairement arabes. Et par la suite, sous l'Empire ottoman, les Kurdes ont plus qu'autre chose "secondé" le pouvoir turc. Lorsque celui-ci, à partir du XIXe siècle, a commencé à se "durcir" en mode oppression nationale turque sunnite sur les autres populations, les Arabes musulmans, les Arabes chrétiens "assyriens" ou encore les Arméniens, ils ont participé aux massacres et aux spoliations. Alors certes, tel n'est sans doute pas le discours idéo-mythologique qui a été servi à notre "ami" par ses amis sympathisants du PKK. Mais ce n'en est pas moins la réalité historique. Voilà qui illustre encore une fois, s'il le fallait, l'anti-matérialisme de notre "ami" et de son "organisation".]


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  • http://www.revolutionpermanente.fr/Coup-bureaucratique-de-P…


    La « gauche radicale » du Roi et le régime


    Coup bureaucratique de Pablo Iglesias dans Podemos Catalogne pour imposer sa ligne espagnoliste


    Rajoy a appliqué l’article 155 suspendant l’autonomie de la Catalogne pour éviter que celle-ci ne déclare son indépendance. Pablo Iglesias, leader de Podemos, a décidé d’intervenir dans la section catalane de son parti pour imposer sa ligne espagnoliste en dépit de la direction locale. Les nouveaux visages du vieux monolithisme.

    Philippe Alcoy

    La répression du gouvernement central lors du référendum du 1er octobre, le discours virulent du roi ; la réponse dans les rues et à travers la grève du 3 octobre ; l’application de l’article 155 de la constitution espagnole annulant l’autonomie de la Catalogne, une première depuis 1978 ; la déclaration de l’indépendance vendredi dernier et l’intervention de Madrid cessant le mandat des élus du gouvernement catalan et imposant des élections le 21 décembre prochain. Voilà les faits qui marquent la crise la plus importante qu’un pays central de l’UE ait connu depuis plusieurs décennies.

    Dans ce contexte tendu, la scène politique est en train de bouger très rapidement en Catalogne et dans l’État Espagnol. Un bloc espagnoliste-monarchiste s’est très rapidement constitué entre le Parti Populaire du président Mariano Rajoy, Ciudadanos (parti de droite dure, un « Podemos de droite ») et le PSOE (la social-démocratie) pour contrer le « bloc souverainiste » en Catalogne.

    Entre ces deux « blocs », Podemos et son partenaire Izquierda Unida ont voulu maintenir une position soi-disant intermédiaire. En même temps qu’ils dénonçaient l’utilisation de la force en Catalogne, ils se montraient tout à fait opposés à une déclaration d’indépendance unilatérale (DUI) en Catalogne, préférant l’organisation illusoire d’un référendum pactisé avec le régime de Madrid.

    Cependant, avec la déclaration d’indépendance de la Catalogne de vendredi dernier, le jeu de Podemos ne pouvait plus être dissimulé et son caractère espagnoliste s’est révélé au grand jour. Non seulement la formation de Pablo Iglesias a refusé de reconnaître l’indépendance, mais elle s’est rapidement prononcé pour la participation aux élections du 21 décembre prochain imposées par Madrid dans le cadre de l’application de l’article 155. Podemos non seulement légitime mais valide l’application du 155, malgré tous ses discours pseudo-démocratiques.

    Dans ce contexte d’un tournant ouvertement pro-régime, la direction centrale du parti à Madrid, à la tête de laquelle se trouve Pablo Iglesias, a commencé à s’irriter de sa section catalane et de ses positions « ambiguës » vis-à-vis de l’indépendance catalane. La direction étatique de Podemos critique à sa section catalane le fait que l’une de ses députés « n’a pas voté contre la déclaration d’indépendance et a salué publiquement la nouvelle république catalane ».

    Deux faits cependant ont particulièrement irrité Iglesias. Le premier c’est que le secrétaire général de Podem Catalunya, Albano Dante-Fachin, a déclaré samedi dernier qu’il était contradictoire de participer aux élections du 21 décembre prochain et qu’il souhaitait former un bloc avec des forces souverainistes catalanes.

    Le second fait qui a inquiété la direction de Podemos c’est la déclaration du courant « Anticapitalistas » dans laquelle ils reconnaissent implicitement la république catalane indépendante ouvrant un processus constituant et « rompant avec le régime de 1978 ». Le courant Anticapitalistas est d’ailleurs majoritaire dans le Comité Central de Podemos Catalunya. Selon Iglesias, avec ces déclarations « Anticapitalitas » se trouve « politiquement en dehors de Podemos ».

    Ces deux facteurs ont été suffisants pour que Pablo Iglesias décide de lancer son « 155 interne » et destitue le leader de la section catalane, Albano Fachin. En affirmant que « les alliances électorales sont décidées par les inscrits et les inscrites », Pablo Iglesias a imposé une consultation, depuis Madrid, pour pousser la section catalane à former une alliance avec le courant de la maire de Barcelone Ada Colau, qui s’est à plusieurs reprises prononcé contre l’indépendance, allant même jusqu’à saluer la manifestation espagnoliste de dimanche dernier comprenant des groupes d’extrême droite franquiste.

    Il faut mentionner que cette pression de la part de la direction de Podemos sur les voix dissonantes à l’intérieur du parti commence à ouvrir des brèches au sein d’Anticapitalistas. Ainsi, dimanche dernier, deux des principales figures publiques de ce courant interne de Podemos, Teresa Rodriguez (coordinatrice de Podemos Andalousie) et José María González « Kichi », maire de Cadix, ont publié un communiqué se désolidarisant de leurs camarades et affirmant, comme Pablo Iglesias, qu’ils « continuent à parier sur la voie du dialogue et de la négociation pour arriver à un référendum pactisé comme issue de la crise ».

    Ainsi, malgré les discours, la formation de Pablo Iglesias est en train de révéler son caractère complètement bureaucratique et pro-régime. Podemos apparaît comme la « gauche radicale » de la monarchie des Bourbon et du régime de 1978, héritiers directs tous les deux du franquisme. Et il semblerait qu’il est même en train d’entraîner avec lui des morceaux importants du courant Anticapitalistas.

    Crédits photo : Francisco Seco / AP


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  •  

    http://www.equinoxmagazine.fr/2017/11/02/rues-de-barcelone-se-remplissent-de-manifestants/

     

    Les rues de Barcelone se remplissent de manifestants

     

    Suite à la décision de la juge de l’audience d’envoyer à la prison l’intégralité de l’ancien gouvernement catalan, les rues de Barcelone se remplissent de manifestants. Par ailleurs une gréve générale s’organise pour la semaine prochaine, le jour n’est pas encore choisi.

    Selon notre journaliste Aurélie Chamerois, des milliers de personnes quittant la manifestation du Parlement passent devant le tribunal espagnol sur le Passeig Lluis Companys. La police espagnole protège ce bâtiment, et les manifestants insultent copieusement les forces de l’ordre, à tel point que des Mossos en civil ont du discuter avec eux pour en finir.

    Centaines de personnes concentrées sur la plaça Jaume

    Lire la suite >>>

     


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  • (comme quoi la lecture laïcité vs islamiiiisme des problématiques politiques dans ce pays est juste d'une connerie sans nom... hélas omniprésente à l'extrême-gauche, qui semble avoir oublié la répression et les prisonniers politiques trois fois plus nombreux sous le régime d'alliance kémaliste "de gauche" (DSP) - droite libérale (ANAP) - fasciste Loup Gris (MHP) de 1997-2002)


    http://orientxxi.info/magazine/turquie-au-nom-de-marx-et-du-coran,0483


    Turquie, au nom de Marx et du Coran - Le mouvement des Musulmans anticapitalistes contre le pouvoir
    Peut-on être marxiste et musulman ? Oui, disent les membres du mouvement Anti-Kapitalist Müslümanlar (Musulmans anticapitalistes) qui voient dans l’islam…
    orientxxi.info


    À (re)lire, un article de 2010 : Turquie, Kurdistan, Israël : qu'en est-il ?


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  • Le franquisme c'était quoi ? Et du coup, l'abolition d'une autonomie régionale qui a signifié la fin du franquisme, c'est quoi ?

    C'est peut-être que vous imaginez exclusivement le fascisme sous l'aspect de ses exactions en temps de guerre (films sur la 2de Guerre mondiale).

    C'est peut-être que vous envisagez mal la grande diversité idéologique du phénomène fasciste et le point auquel la plupart des systèmes politiques occidentaux en sont en fait issus, de cette sorte de 'révolution' modernisatrice bourgeoise contre la crise générale capitaliste des années 20-30, qui leur a permis de la surmonter.

    En France, Vichy a duré 4 ans. Les conceptions, le programme ÉCONOMIQUE des fascistes des années 30, ce sont la 4e et la 5e République qui les ont mis en œuvre. Le fascisme italien a été une restructuration de l'État bourgeois dans ce pays, qui sert toujours la République en place depuis 1947. Dans une large mesure c'est la même chose en Allemagne. L'Espagne actuelle est l'œuvre des 'technocrates' Opus Dei de Franco à partir de la fin des années 50. La construction européenne est une idée qui a germé dans les think tanks fascistes des années 30 (mais chhhhut, c'est tabou) ; etc. etc.

    En fait le capitalisme occidental a en quelque sorte traversé une grande crise entre les années 1910 et 1940, qu'il a surmontée par le fascisme ou au 'mieux' par des politiques de type New Deal, puis il a supprimé le fascisme (au plus tard dans les années 70) et l'a remplacé par la 'démocratie' de 'Fin de l'Histoire' et de 'métropole comme usine totale', mais toujours avec la possibilité de 'suspendre' cette 'démocratie'...

    "Entre la négation du droit à l'autodétermination de la Catalogne par l'Espagne et le fascisme, il y a quand même des nuances importantes"


    5 commentaires
  • NI UN PAS ENRERE ! COMPANYS !!


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