• (oui parce que depuis le temps que vous nous suivez, "la souuuurce" quand les gens n'ont pas envie de débattre sur le fond, vous connaissez la chanson)

    ... lorsque cette source fournit autant d'informations pour comprendre la situation :

    https://rojinfo.com/turquie-train-de-perdre-a-efrin/

    "La Turquie perd à Efrin, c’est une certitude. Elle perd militairement et politiquement contre les Forces démocratiques syriennes (FDS) à majorité kurde avec des composantes arabes et chrétiennes."

    "Il y a un clair manque de condamnation mais les soutiens officiels à l’intervention font également défaut. (...) Les États-Unis laissent faire mais sont gênés face à une attaque portée contre des forces militaires (les YPG/J et FDS) dont ils espèrent qu’elles deviendront leurs meilleurs alliés contre l’Iran en Syrie après la chute de Daech."

    "En France, Le ministre des affaires étrangères, M. Le Drian, a appelé à une réunion du conseil de sécurité de l’ONU suite à l’invasion turque d’Efrin avant de baisser d’un ton suite à un entretien avec l’ambassadeur turc en France. La ministre des armées, Florence Parly, a clairement appelé à ce que la Turquie cesse les combats expliquant que cela nuirait à la lutte contre Daech peu avant que le président Macron ne se fasse l’avocat de la Turquie dans une interview au journal Le Figaro en qualifiant de « potentiels terroristes » les alliés de la France, les FDS, qu’elle a armés (ce passage est faux : Macron fait part, dans une conférence de presse devant la communauté arménienne, de sa "préoccupation" lui aussi). Dans la majorité présidentielle, le député Paul Molac a lui-même interpellé le gouvernement sur cette question faisant penser que la position d’Emmanuel Macron n’a pas l’assentiment de larges pans de la majorité présidentielle. Cela va de pair avec les opinions publiques qui sont largement favorables aux Kurdes et où l’islamiste Erdogan est fortement détesté comme le montrent de nombreuses prises de positions médiatiques (oui, que "l'opinion publique" soit hostile à l'"islamisme", ça on s'en est rendu compte depuis quelques années déjà...)."

    [fondamental] "Pourtant les FDS assurent la sécurité des peuples et des États occidentaux en combattant Daech et les djihadistes efficacement. De plus, c’est aussi un moyen pour les puissances occidentales de revenir sur un territoire où elles étaient presque absentes depuis des décennies : la Syrie. (!!) C’est un territoire riche en ressources agricoles et pétrolières occupant une position géostratégique de choix en plein cœur du Moyen-Orient. Contrairement à la Turquie, il s’agit d’un partenaire fiable. En effet, l’État turc a armé les djihadistes d’Al-Qaïda et de Daech. Ces derniers ont expulsé une bonne partie des rebelles pro-occidentaux, comme le Front révolutionnaire syrien, du nord du pays, obligeant les grandes puissances occidentales à se rabattre sur les FDS dans leur lutte contre les djihadistes. Autant dire que de nombreux États occidentaux n’ont plus confiance dans la Turquie qui ne tient pas ses engagements et n’hésite pas à trahir ses alliés. Cela explique les hésitations, en particulier de la France qui ne pourra pas éternellement faire le grand écart." [donc là, concrètement, on a la presse pro-Rojava qui dit... exactement tout ce qu'on dit et répète depuis des mois]

    "L’armée turque elle-même en grande difficulté est peu encline à se lancer sur le territoire syrien. Depuis les purges, sa hiérarchie a été dépouillée de nombreux officiers compétents, notamment dans l’armée de l’air où la plupart des pilotes ont été écartés. Par ailleurs avant les purges, l’ancien chef d’état-major de l’armée turque, le général Necdet Özel avait déclaré à l’été 2015 au sujet d’une possible intervention turque en Syrie : « Entrer, c’est facile, mais comment en sortir ? ». Cela montre que la décision d’envahir Efrin n’est peut-être pas si unanime dans l’armée."

    "Le scénario le plus incertain est pour le coup en Turquie même. Comment vont réagir les populations face à une guerre d’invasion coûteuse humainement et matériellement ? Comment vont-t-elles réagir au retour des cercueils ? Comment va réagir l’armée si elle est poussée à bout ? (là la question est lourde de sous-entendus...) Sera-t-il aussi facile de démanteler le CHP qu’Erdogan le voudrait ? La nouvelle chef dissidente des Loups gris (un des principaux mouvements de l‘extrême droite turque), Meral Aksener dite la louve, va-t-elle profiter des difficultés d’Erdogan en Syrie ? Une fois la neige fondue, est-ce que l’armée pourra à la fois attaquer Efrin et combattre la guérilla ?" (...) "Erdogan sait bien ce qui est arrivé au dernier islamiste au pouvoir en Turquie qui a voulu envahir la Syrie au début des années 60. Il a fini pendu." (... ultra-lourd de sous-entendus aussi : il s'agit d'Adnan Menderes ; nullement "islamiste" et pas franchement "anti-impérialiste", ni même anti-occidental non plus - il ancra profondément le pays dans le camp occidental en ces débuts de Guerre froide - mais jugé "pas assez laïc", - déjà - trop "néo-ottoman", trop représentant de la bourgeoisie provinciale anatolienne contre l'oligarchie "moderniste" - kémaliste - marmaro-égéenne ; il sera renversé par un coup d’État militaire, premier d'une longue et triste série, ramenant les kémalistes "orthodoxes" - Inönü etc. - au pouvoir et inaugurant l'ère de l’État sous supervision militaire... paye ta référence !)

    Alors bon, certes, pour voir prononcé le mot "piège" au sujet de l'opération, il faut par contre encore envoyer de la source qui craint (pro-Iran) :

    http://www.presstv.com/DetailFr/2018/02/15/552451/Afrin-est-Stalingrad

    Pour le coup, on peut prendre une source absolument INATTAQUABLE par nos détracteurs...


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  • POUR COMPRENDRE LES GUERRES DU YÉMEN (intro + première partie : Guerre Froide, 1962-90) - ou : que paye le pays dans son martyre actuel, après les décennies de tyrannie et de guerre civile permanente de l'ère Saleh (1978 au Nord, 1990 au Sud - 2012) ?

    via Khalmurad Sakhatmuradov

    Petite histoire contemporaine des guerres du Yémen

    Depuis la fin de la monarchie en 1962, mais surtout depuis la crise politique de juin 1978, l'Arabie heureuse n'a jamais aussi mal porté son surnom. Meurtri par les conflits armés tous-azimuts quasi-ininterrompus depuis 40 ans, le Yémen, terre du mythique royaume de Saba, fut, jusqu'à l'ère du pétrole, l'un des poumons économiques de la Péninsule arabe. Nation tribale, elle est partagée géographiquement entre un « Nord » occidental montagneux, et un « Sud » oriental désertique (l'Hadramaout). Les capitales respectives étant Sanaa (Nord) et le port stratégique d'Aden (Sud). Elle est divisée cultuellement entre populations chiites zaïdites du Nord (45%) et sunnites chaféites partout ailleurs (55%). Le pays, aujourd'hui extrêmement pauvre, détient beaucoup moins de pétrole que ses voisins, mais occupe une position stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb.

    Historiquement, le Yémen fait partie, dans le prolongement sud du Hedjaz en Arabie (où se trouve Médine et La Mecque), du berceau de l'Islam (islamisation dès Mahomet). Après la domination des Ayyoubides d’Égypte et du Sham et le Sultanat rasoulide (sunnite) au Moyen-Age, le Nord est vassalisé par l'Empire ottoman pendant près de quatre siècles, tandis que sa partie Sud est colonisée par les Anglais à la fin du XIXe. En 1918, le Nord devînt une monarchie chiite (un « imamat zaïdite »), le Royaume mutawakkilite. Soucieux de son indépendance, il cherchait alors à contrebalancer l'hégémonisme britannique. Il s'agissait toutefois d'un régime autocratique et féodal, de plus en plus contesté dans le contexte du début de la Guerre Froide et du panarabisme nassérien.

    ======> 1- Première Guerre civile du Nord-Yémen (1962-67/70) : émergence de la République arabe

    La première grande guerre qui déchire le Yémen contemporain :
    _ oppose les républicains panarabes (soutenus par l’Égypte et l'URSS) et les monarchistes (soutenus par l'Arabie Saoudite et le Royaume-Uni) ;
    _ débouche sur une victoire républicaine, avec la prise de Sanaa en 1967 et l'avènement de la République arabe du Yémen (RAY) en 1970 ;
    _ provoque 26 000 pertes égyptiennes (engagement direct), 1 000 pertes saoudiennes (engagement indirect), 40 000 pertes royalistes et 200 000 morts avec les civils au total.
    Abdul Rahman al-Iryani est le premier président : il s'oppose aux deux ingérences égypto-saoudienne et se veut un républicain modéré : il œuvre pour la réconciliation post-guerre (avec les ex-royalistes) et la réunification des deux Yémen (le Sud-Yémen venait d'obtenir l'indépendance en 1967).

    Lui succède le dernier âge d'or du Yémen, sous la présidence (à Sanaa) d'Ibrahim al-Hamdi, surnommé le « Sankara arabe ». On raconte qu'enfant, il essaya de sauver de la noyade son propre reflet, avant de tomber dans l'eau (il sera sauvé par ses parents). Dirigeant de juin 1974 au 11 octobre 1977, al-Hamdi est le plus aimé des dirigeants yémenites du XXème siècle. Il renforça les relations Nord-Sud et améliora considérablement la situation économique de son pays (programmes économiques ambitieux, infrastructures - a pavé les routes, hôpitaux, écoles...-, lutte contre le tribalisme et le vieux système de classes sociales, dans le cadre d'un idéalisme panarabe particulièrement socialisant). Très proche du peuple, se souciant très peu de sa propre sécurité (il circulait avec sa voiture et rencontrait même ses opposants), il est assassiné le 11 octobre 1977 par des agents saoudiens (Riyad souhaitait entraver le processus de réunification), avec son frère, et deux jeunes femmes pour ternir sa réputation d'homme vertueux...

    Son successeur direct, et continuateur, Ahmad bin Hussein al-Ghashmi, lequel poursuivra le rapprochement avec le Sud, est assassiné à son tour, quelques mois plus tard, en juin 1978.

    Il est vite remplacé par le fameux Ali Abdallah Saleh, qui restaurera le vieux système tribal et clanique à privilèges.

    ======> 2- Soulèvement de Radfan / Crise d'Aden (1963-67) : émergence du Sud-Yémen populaire

    À la même époque, au Yémen du Sud, le protectorat britannique est vaincu par la résistance nationale arabe, principalement menée par le Front de Libération Nationale (ruraux marxistes-léninistes) et son rival, le Front de Libération du Sud-Yémen occupé (Flosy, social-démocrate nassérien, plus intellectuel), au bout d'une guerre de 4 ans.

    Le Yémen-Sud obtient son indépendance comme république le 30 novembre 1967, avant de devenir une République démocratique populaire (RDPY) avec la victoire du courant marxiste du Front de Libération Nationale le 1er Décembre 1970. Le mouvement nassérien subissait alors les contrecoups de la défaite de l’Égypte face à Israël en 1967 : le socialisme panarabe « petit-bourgeois » était éclipsé par l'essor du marxisme, seul à même de vaincre Israël, les monarchies féodales arabes et la misère.

    Salim Rubayyi Ali, dit « Salmine », chef de file du « courant maoïste » et ami du « Sankara arabe » nord-yéménite al-Hamdi, dirige -collégialement- le Sud-Yémen de 1969 à 1978. Victime des guerres, de la fuite des élites d'Aden et de la fermeture du canal de Suez (1967), la RDPY cumule les soucis économiques, tout en dépensant une fortune pour sa défense militaire face aux tentatives de subversion saoudienne et britannique. Pourtant, on assiste alors, comme au Nord, à un âge d'or sur le plan social (paix et progrès). Cette situation n'empêche pas en effet Salmine de mener les réformes les plus radicales du monde arabe : éducation universelle, gratuité des soins, égalité homme-femme, disparités sociales réduites (hausse du niveau de vie en zone rurale), lutte contre le tribalisme.

    [Article francophone rare sur la seule grande expérience marxiste-léniniste de l'Histoire du monde musulman : https://orientxxi.info/…/quand-le-drapeau-rouge-flottait-su… ]

    Avec l'URSS, la RDA et la Chine de Mao, elle soutient une rébellion marxiste voisine en Oman pendant la Guerre du Dhofar, le Front Populaire de Libération de l'Oman et du Golfe Arabe, réprimé par le Sultan de l'Oman ibadite avec l'Iran du Shah et les forces spéciales britanniques (SAS).

    Malgré quelques dissensions, les deux États frères (Aden est marxiste pro-soviétique, Sanaa est panarabe non-alignée) entretiennent des relations cordiales au point d'envisager la réunification.

    En juin 1978, deux événements simultanés mettent fin à l’idylle :
    _ au Sud, le « maoïste » Salmine est liquidé par les « bureaucrates pro-soviétiques » menés par Abdel Fattah Ismail, avec la complicité de Moscou ;
    _ au Nord, al-Ghashmi (le fidèle du très progressiste al-Hamdi) est à son tour assassiné : Saleh arrive au pouvoir et opère un virage à 180°, en rétablissant le vieux système féodal.

    Petit retour historique sur le Yémen, actuellement dévasté par l'agression des porcs Saoud avec la complicité de l'Occident

    (Ibrahim al-Hamdi et "Salmine" lors d'une rencontre)


    ======> 3- Rébellion marxiste du Yémen-Nord (1978-82)

    Une fois au pouvoir, Ali Adballah Saleh, rompt avec la politique de ses prédécesseurs progressistes, et renoue avec les traditions tribales et claniques. Contre ce retour en arrière, une rébellion populaire éclate, lancée par le « NDF » (National Democratic Front, coalition notamment composée du Parti démocratique révolutionnaire du Yémen, marxiste-léniniste, et d'autres partis socialistes et panarabes). Elle est soutenue par la RDPY voisine, l'URSS et la Libye. Cette guérilla durera jusqu'en mai 1982.

    Un conflit interétatique faillit alors éclater entre Aden et Sanaa, mais la Ligue arabe l'évita. Le sommet du Koweït en mars 1979 confirma l'objectif vers la réunification.

    ======> 4- Guerre civile du Sud-Yémen (janvier 1986)

    En 1980, le dirigeant sud-yéménite, Abdul Fattah Ismail, perd à nouveau la confiance de ses soutiens en URSS : il démissionne et part en exil à Moscou. Son successeur, Ali Nasir Muhammad Husani, se montre plus pragmatique et conciliant vis à vis de la République arabe du Yémen.

    En janvier 1986, alors que l'URSS s'engage dans la désastreuse Perestroïka c'est au tour du Yémen-Sud de tomber dans le chaos : le 13 janvier, Ali Nasir Muhammad liquide tous les pères de la Révolution yéménite. Les partisans d'Abdul Fattah Ismail (revenu l'année passée, et assassiné ce jour-là) se soulèvent. Après un mois de combats acharnés à Aden (10 000 morts au total), c'est une victoire posthume pour ce dernier. Ali Salim al-Beidh prend la tête d'un État affaibli et décrédibilisé par ces événements.

    Unification du Yémen en 1990.

    La RAY et la RDPY fusionnent pour devenir la République du Yémen, dirigée de Sanaa par Ali Abdallah Saleh, avec al-Beidh pour vice-président. Elle se fait remarquer en soutenant l'Irak de Saddam Hussein pendant la Guerre du Golfe. Cette fusion sera un échec sanglant... (suite prochainement)

    Notez ceci : on vous demande quand, pour la dernière fois, ce pays pouvait espérer un développement socialiste dans la concorde et le progrès ? Vous pouvez désormais répondre : du temps des expériences socialistes les plus avancées, à savoir celles d'al-Hamdi « le Sankara arabe », et du proto-maoïste Salmine (années 1970).

    https://orientxxi.info/magazine/quand-le-drapeau-rouge-flottait-sur-aden,2152

    Petit retour historique sur le Yémen, actuellement dévasté par l'agression des porcs Saoud avec la complicité de l'Occident

    (Soldats britanniques devant une manifestation organisée par le FLN à Aden, 1967)

     


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  • http://www.elishean.fr/le-catharisme-apogee-spirituelle-de-la-civilisation-occultee-des-wisigoths-contre-le-mythe-franco-gaulois/

    Alors bon, disons-le LOL... on kiffe, mais c'est clair que c'est gentiment bourrin et d'un point de vue historique plus qu'approximatif, subjectiviste voire contre-véritaire.

    Caricatural mais avec un fond de vérité sur deux points (dont SLP s'est déjà fait depuis plusieurs années "militant", dans sa lutte contre l'historiographie bourgeoise) :

    - Il n'y a pas eu de véritable effondrement de civilisation, "âges obscurs" à la "chute" de l'Empire romain, en tout cas pas plus que dans le prolongement de ce qu'avaient été ses 3 derniers siècles. C'est la bourgeoisie qui prend en modèle absolu l'Empire romain (d'ailleurs, notre monde impérialiste lui ressemble...), et peint les choses de cette manière pour dire "après nous le chaos" (puisque "nous" sommes la nouvelle Rome). Il n'y a pas eu de chaos subit à l'arrivée des Germains, juste un prolongement de la décadence romaine jusqu'au 9e siècle, avant une nouvelle dynamique de récupération où commencent à naître la bourgeoisie dans les villes et les nouvelles nations (celles que nous connaissons aujourd'hui). Il n'y avait pas par exemple de "loi" germanique imposant de diviser le royaume entre les fils à la mort de chaque grand souverain... en tout cas, pas plus qu'il n'y avait chez les Romains la même pratique à partir de Dioclétien, pour gérer l'immensité du territoire (qui avait pourtant été gérée sans problème pendant 3 siècles sans faire cela...), et des anarchies militaires et guerres entre prétendants aux lauriers impériaux à chaque fois qu'il n'y avait pas eu de succession bien préparée (et même, une succession bien préparée pouvait être contestée).

    Les Wisigoths sont connus, par les historiens marxistes comme non-marxistes pour avoir conservé les notions romaines de droit écrit, ainsi que l'esprit de civilisation urbaine etc. Mais ils ont néanmoins, quand même, libéralisé ce qui était devenu un système oligarchique esclavagiste, et perçu sans doute comme une oppression nationale par les populations hors d'Italie (mais cela, l'histoire bourgeoise qui idéalise la Gaule romaine ne le dira pas...). Engels le dit dans L'Origine de la Famille, de la Propriété et de l'État : les "barbares" ont été accueillis en libérateurs (comme d'ailleurs les Arabes dans l'Empire byzantin). En "mixant" l'humanisme du christianisme (non-catholique, non-impérial, en plus) avec la Treue germanique, ils ont établi une société plus libre, supérieure en fait à l'organisation sociale romaine, mais que la bourgeoisie qui vénère l'Antiquité nous présente aujourd'hui comme un recul civilisationnel énorme.

    Les Francs en eux-mêmes n'étaient d'ailleurs pas non plus un problème, et l'archéologie sérieuse montre qu'il n'y a pas eu d'effondrement de civilisation pile poil en 476 au Nord non plus. Il y avait une forme d'Antiquité tardive sous les Mérovingiens également. Il y avait une basilique à Paris, plus grande que l'actuelle Notre Dame. Le problème est qu'ils se sont faits mandater par la Papauté pour reconstituer l'Empire romain (Charlemagne, lui aussi vénéré par l'histoire bourgeoise, est allé le plus loin en ce sens), sauf que ceci a ramené le phénomène des anarchies militaires à la mort de chaque grand souverain... C'est cela qui a conduit aux âges effectivement un peu obscurs du 9e-10e siècle.

    - Relativiser la rupture de la "révolution" de 1789, qui a en réalité plus parfait que détruit l’œuvre absolutiste ; qui a été, même si elle a mal tourné ensuite pour lui, VOULUE par le roi qui avait une vraie volonté modernisatrice bloquée par les Parlements (donc il a convoqué les États Généraux pour crever l'abcès), etc. etc. D'aucuns rétorqueront que "la rupture, c'était 1793, pas 1789"... Certes, mais alors cette rupture a duré un an. En plus d'être loin d'être parfaite de notre point de vue, consistant aussi voire avant tout en une reprise en main de Paris menacé d'être ramené à 1/83e d'influence, et d'être ainsi une usine à Thermidoriens qui ne sont venus ni de nulle part, ni de Coblence mais bien des bancs de la Convention et des Comités de Salut Public et de Sûreté Générale eux-mêmes ; la rupture de 1793 a duré un an avant d'être maudite, présentée comme tout ce qu'il ne faut pas faire, et que le perfectionnement de l’œuvre absolutiste reprenne son cours avec le Directoire puis Napoléon.

    À ce sujet nous vous invitons à lire ici :

    http://ekladata.com/A-l-Copie.docx


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  • La réponse qui s'impose est OUI, BIEN SÛR... Mais ces questions nationales, dans ce pays qui a la particularité d'avoir été une COLONIE (britannique), puis un processus de colonisation mené par les colons devenus indépendants de la métropole, avant de devenir la première puissance impérialiste mondiale, ont la particularité d'être fondamentalement raciales.

    Déjà, l'intégralité du territoire a été volé aux Nations indigènes qui y vivaient (et dont des "maoïstes", ou plutôt des sortes de 'p''c''mlm' locaux aujourd'hui ont encore le toupet de discuter le caractère national et donc le droit à l'autodétermination, alors qu'elles avaient tous les prérequis scientifiques marxistes et sont donc devenues des nations en étant "touchées" par le capitalisme lors de la colonisation). Dans une logique maximaliste de "justice absolue", l'on pourrait donc dire que l'intégralité du territoire fédéral leur revient de droit ; après, ne représentant plus que 0,9% de la population, il y a bien sûr une question de faisabilité qui doit être étudiée démocratiquement. Il y a néanmoins, largement au-delà des "réserves" où la colonisation les a parquées, de larges territoires qui pourraient être rendus à certaines d'entre elles comme mesure immédiate.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Ne serait-ce que déjà... toute l'Alaska, achetée à la Russie en 1867 et grande comme 3 fois l’État français !

    Ensuite, pour mettre en valeur ces terres volées aux Nations indigènes, ont été amenés dans toute une région au Sud-Est, jusqu'au 19e siècle, des millions d'esclaves africains. En dépit de leur répartition, par la suite, sur tout le territoire au cours de la Grande Migration (entre les deux guerres mondiales et jusqu'aux années 1960), il y a depuis les rives du Bas-Mississippi jusqu'à l'embouchure du Potomac où se trouve Washington, tout un territoire de grande concentration, anciennement celui des grandes plantations esclavagistes, que certains militants révolutionnaires noirs appellent New Afrika (déjà dans les années 1940, Harry Haywood, éminent marxiste-léniniste ami de l'URSS, envisageait d'y établir une république socialiste noire).

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Ensuite encore, un tiers du territoire américain actuel consiste en fait en la MOITIÉ du territoire mexicain conquis à la suite d'une terrible guerre d'agression en 1848.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Non seulement des dizaines de milliers de Mexicains (généralement métis indigènes), ainsi que des Nations indigènes entières (comme les Apaches ou les Navajos), ont été emprisonnés à l'époque dans ce territoire conquis que les militants chicanos nomment Aztlan ; certes submergés ensuite par les colons européens ; mais très vite, dès la fin du 19e siècle, une immigration mexicaine puis latino-américaine en général l'a en quelque sorte reconquis, avec désormais des dizaines de comtés où les Latinos (principalement mexicains) sont majoritaires, voire l'écrasante majorité dans certains.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Quelques décennies plus tôt, la Floride qui relevait de la Caraïbe espagnole avait elle aussi été annexée (1819) ; et un phénomène un peu similaire s'est opéré ces dernières décennies : les Latino-Américains sont désormais majoritaires dans la pointe méridionale de la péninsule (qui abrite aussi une importante population afro-caraïbe anglophone ou haïtienne).

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Loin de là dans le Pacifique, l'archipel d'Hawaii, territoire polynésien annexé en 1898 puis devenu État en 1959, bien qu'aujourd'hui majoritairement peuplé d'Asiatiques (près de 40%) et de métis de diverses origines (25%), et seulement de 10% d'Hawaiiens "purs", doit bien entendu immédiatement redevenir un État démocratique indépendant ; de même que l'île caraïbe hispanique de Porto Rico, annexée la même année et devenue quant à elle un "État associé" protectoral (avec pratiquement plus de ressortissants immigrés sur le continent que d'habitants dans l'île même).

    Pour le reste, il y a bien évidemment des particularismes régionaux, mais l'Amérique blanche reste fondamentalement l'Amérique blanche. D'ailleurs, ces particularismes ne sont pas nécessairement plus importants... que ceux entre les différentes origines européennes et l'attachement qui peut perdurer envers celles-ci (Irlandais, Italiens, Polonais, Juifs etc.).

    Le particularisme texan, souvent mis en avant dans cet État, est fondamentalement réactionnaire, s'agissant d'une affirmation de colons européens sur un territoire volé au Mexique et aux Nations indigènes. Globalement plus liberal ("progressiste"), prenant parfois même des accents "éco-socialistes", le mouvement dit de Cascadie (Nord-Ouest, Oregon et État de Washington avec Seattle) n'en est pas moins une tentative d'esquiver cette problématique fondamentale.

    Certaines organisations communistes, comme l'Organisation Révolutionnaire du Travail (ROL ou Ray O. Light), évoquent l'existence d'une "Nation appalachienne" dans la chaîne de montagne de ce nom, caractérisée par une immigration européenne très pauvre et une condition ouvrière très dure, ainsi qu'un important métissage avec les populations indigènes (Cherokees etc.) ; mais cette affirmations est loin de faire l'unanimité... ni réellement et immédiatement sens d'un point de vue scientifique marxiste.

    Sur le littoral de la Louisiane (terre des bayous) se trouve la région de l'Acadiane, peuplée de Cadiens ou Cajuns, issus (attention, à la différence des descendants de planteurs esclavagistes français venus nombreux lors de la révolution anti-esclavagiste en Haïti - 1791-1803) de la terrible déportation de masse des francophones des actuelles Provinces maritimes du Canada par le conquérant britannique, que l'on pourrait qualifier de premier backlash des méthodes coloniales au sein même la blanchité (sur un nombre d'environ 14.000, près de 9.000 n'y ont pas survécu...) ; parfois plus ou moins métissés avec les populations indigènes locales. Ils sont au nombre actuel d'un demi-million environ dans cette région qui en compte un million et demi, à raison de 10 à 30% de locuteurs du français cadien selon les paroisses.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Certes, il y a dans la middle class américaine (pas forcément "plus progressiste" au demeurant) une culture de mépris du "petit Blanc arriéré" des campagnes et petites villes ouvrières (redneck, hillbilly, white scum) ; certes, lors de la Grande Dépression, les paysans d'Oklahoma ou d'Arkansas chassés par la misère vers la Californie y étaient traités comme la pire merde. Certes, au moment de chercher des Blancs pour travailler avec eux, les Black Panthers de Fred Hampton se sont finalement rendus compte que ces petits Blancs des Appalaches ou d'Arkansas, du Nord-Ouest ou du Michigan venus dans les grandes villes comme Chicago pouvaient finalement être, une fois "décrassés" de leur bain culturel raciste depuis la naissance, de bien meilleurs alliés que les "radicaux" prétentieux et paternalistes de campus (comme les yippies de Hoffmann et Rubin, qui planteront radicalement leur co-inculpé Bobby Seale lors du procès de Chicago en 1968).

    Pour autant, ces populations blanches (auxquelles on pourrait encore une fois ajouter, en termes de relégation et de mépris, les vagues récentes d'immigration européenne jusqu'à ce que celles-ci cessent à-peu-près au milieu du 20e siècle) ont toujours fini par être intégrées dans le "glacis défensif" du Pouvoir qu'est la blanchité, avec son "salaire" chargé de faire que même avec de très faibles revenus financiers, il est toujours plus avantageux d'être blanc (et donc de s'accrocher à ce statut face à la précarisation sociale) ; chose absolument structurelle pour l'ordre social là-bas et INDISPENSABLE à reconnaître et comprendre pour quiconque se prétend révolutionnaire.

    D'autre part, sur le plan de l'organisation sociale territoriale de l'immense fédération, Washington est une capitale purement administrative et sur le plan économique le pays est polycentrique : plusieurs Centres s'y "chargent" de concentrer et gérer la richesse extraite de chaque grande région (métropole atlantique de Boston à Washington en passant par New York, métropole californienne de San Diego à San Francisco en passant par Los Angeles, Chicago, Houston et Dallas au Texas, Kansas City dans les Grandes Plaines, Seattle tout au Nord-Ouest, Miami en Floride comme "porte" de la Caraïbe et de l'Amérique latine, etc.) ; si bien qu'il n'est pas possible de dire qu'un grand Centre hégémonise tout et "plie" des régions périphériques entières à sa logique économique.

    Dit autrement : toutes ces contradictions au sein de l'Amérique blanche peuvent tout à fait être mises à plat et affrontées (elles le devront, même) ; mais PAS AVANT d'avoir reconnu et décidé d'affronter comme contradiction principale la nature COLONIALE du système vis-à-vis des Nations indigènes, des Latinos, des New Afrikans et autres minorités "de couleur" (Asiatiques etc.).

    De fait, tant qu'une immigration européenne soutenue entrait chaque année dans le pays, conduisant sa démographie en ligne quasi-droite (sauf Guerre de Sécession et Grande Dépression des années 1930) de moins de 5 à plus de 300 millions, les États-Unis se voyaient envers et contre toute leur histoire garantir une nette majorité blanche (75 voire 80% durant l'"âge d'or" d'après-guerre jusqu'aux années 1960) ; mais la tendance s'est désormais inversée et l'on ne compte plus, selon les statistiques de 2010, que 63% de Blancs non-hispaniques (les "Hispaniques", désormais 50 millions soit 1/6e de la population, ne sont pas une catégorie raciale et peuvent être déclarés noirs, blancs, "amérindiens" ou "multiraciaux", beaucoup se déclarant - donc - blancs sans l'être aux yeux des WASP...), et donc par soustraction près de 40% de non-Blancs-non-hispaniques colonisés intérieurs. C'est un fait : conséquence de l'impérialisme, l'immigration est en train de mettre la fin de l'Amérique blanche à l'ordre du jour - et c'est une EXCELLENTE CHOSE.

    Il résulte, tant de cette construction historique que nous avons vue que de cette situation actuelle, que le moteur de la révolution aux États-Unis est la RÉVOLUTION ANTICOLONIALE INTÉRIEURE ; et que sur plus de la moitié du territoire (les régions que nous avons vues sur les cartes), ainsi que dans toutes les grandes villes, les communistes révolutionnaires blancs ne peuvent finalement avoir pour premier Plan Général de Travail que d'être des PORTEURS DE VALISE de celle-ci (et non un "complexe industriel de l'allié" postmo-gauchiste qui finit toujours par prétendre tout diriger).


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  • La réponse est NON ; ni aujourd'hui ni "plus depuis les années 1960" ; et dans la vision matérialiste qui est la nôtre, il ne doit pas y avoir de place pour l'approximation et encore moins la subjectivité postmodernoïde.

    Une colonie, cela signifie racialité du pouvoir ; un rapport social très spécifique et qui ne laisse pas place à la confusion avec autre chose.

    Le mot colonie, s'il est utile de le rappeler, dérive de COLON : des colons, des gens venus d'ailleurs, s'installent dans un pays (nombreux ou pas, ce n'est pas la question) et y forment un groupe social certes non-égalitaire, stratifié socialement, mais INTÉGRALEMENT SUPÉRIEUR à la société indigène dans l'ensemble de ses classes sociales (car elle aussi stratifiée, le plus souvent).

    Il n'y a bien évidemment jamais rien eu de tel en Bretagne. Depuis sa conquête à la fin du 15e siècle, celle-ci a été une NATIONALITÉ OPPRIMÉE conservant sa structure et son élite sociale, celles-ci étant simplement soumises (via l'État moderne) à la bourgeoisie d'un Centre extérieur, Paris, qui en a "plié" la vie sociale et productive à ses intérêts. Il n'y a jamais eu des milliers d'individus venant du Bassin parisien pour y constituer, loi à l'appui, un groupe social supérieur aux Bretons "inférieurs" (bien que le mépris des Bretons bretonnants soit quelque chose qui a existé, dans le discours dominant parisien voire même nantais).

    Il en va de même en Occitanie, où certes, lors de la Conquête au 13e siècle, un certain nombre de fiefs "hérétiques" ont été confisqués par des seigneurs venus avec Montfort du Bassin parisien, le terme "indigène" (opposé à "francigène") y faisant même son apparition dans la langue écrite (Statuts de Pamiers) ; mais néanmoins l'aspect principal est resté celui-là : une intégration des élites survivantes (non massacrées lors des révoltes) aux classes dominantes françaises et un "pliage" de l'existence sociale du pays aux intérêts économiques de Paris ; jusqu'à finir par fournir plus de la moitié du personnel politique de la République bourgeoise colonialiste et la quasi totalité des généraux bouchers de 1914-18. Même les Landes, qui ont connu une forme très particulière de "colonisation" avec destruction d'un mode de vie séculaire, associée à tout un discours anti-"sauvages", ne peuvent être mises strictement sur le même plan.

    Et encore de même au Pays Basque "français" (Iparralde), tandis que le Pays Basque "espagnol" (Hegoalde) jouit certes, pour trois provinces du moins, d'une large autonomie, mais sous un régime (la Constitution de 1978) héritier de celui (Franco) qui a mis fin à sa République indépendante en 1937, et consisté basiquement en 40 ans d'occupation militaire fasciste - mais ce n'est pas, là encore, du colonialisme.

    La Corse est elle aussi dans la même situation, bien que son insularité y amène des problématiques plus particulières.

    La Bretagne n'est pas une colonie lorsque, puisque l'on parle de la Corse, le "pacificateur" et plus brutal oppresseur de celle-ci a été un noble breton au service du roi de France (Marbeuf) ; avant d'être... un Corse (Napoléon), avec pour fondé de pouvoir local un Occitan (Morand). Le Pays Basque n'est pas une colonie lorsque c'est un noble basque, Sebastián de Segurola, qui a fait écarteler Tupac Katari.

    Nous avons là des situations d'oppression de périphéries par un Centre, recoupant, du fait du caractère nationalitaire de certaines périphéries, des situations d'oppression nationale.

    Ne pas comprendre correctement cela peut conduire aux raisonnements les plus erronés et finalement DÉLIRANTS non seulement sur les luttes dans l'État français (le rôle et le rapport à la bourgeoisie locale, ou encore la dimension de "reconquête"-"renationalisation" des masses populaires qu'a la lutte, sont ainsi très mal compris), mais aussi sur des sujets tels que la Turquie et la question kurde qui ont finalement une grande similarité*.

    Les seules situations "approchantes" d'une véritable colonisation et racialité du pouvoir en Europe ont historiquement été l'Irlande, avec une véritable infériorité juridique et pseudo-scientifique raciale des Irlandais catholiques vis-à-vis de colons protestants venus d'Angleterre et d'Écosse, et (jusqu'en 1945) la position des colons allemands installés depuis le Moyen Âge sur des territoires aujourd'hui en Pologne ou dans les Pays baltes, vis-à-vis des populations slaves et baltes. 

    À la rigueur, sous l'Ancien Régime (jusqu'au 19e siècle), l'Andalousie, le Sud de la Péninsule ibérique où la noblesse castillane et léonaise s'était emparée des terres des élites musulmanes et juives expropriées et massacrées, la limpieza de sangre ("pureté de sang", interdiction d'avoir du sang juif ou "maure" - chose quasi impossible - pour accéder à toutes sortes de propriétés et de positions sociales importantes) pouvant être vue comme une forme de lois raciales. Même le très fort mépris des Italiens du Nord pour les Méridionaux, et la très violente répression de ceux-ci entre les années 1860 et 1880, suivie de l'utilisation de leurs crânes par Cesare Lombroso pour définir son "Homme criminel", ne se sont pas accompagnés de l'implantation de gens du Nord dotés d'un statut juridique de supériorité (au contraire ce sont plutôt les Méridionaux, réservoir de main d'œuvre, qui sont montés massivement au Nord).

    L'Occitanie, la Bretagne etc. sont-elles des colonies ?

    Réponses à quelques questionnements : 

    - La politique contre les langues, souvent citée en argument, est presque un contre-argument en fait. Parce que si l'on regarde l'ex ou même actuel Empire colonial, les langues ont très bien survécu. C'est presque une caractéristique du colonialisme, que de s'en foutre que les sauvages qui le resteront parlent leurs langues de sauvages ! C'est plutôt une caractéristique de l'État-nation, dans ce qu'il considère sa métropole, que d'uniformiser la langue et la culture.

    Ce n'est pas non plus qu'une question d'"ancienneté" de la domination : les Antilles sont "françaises" depuis à peine moins longtemps que le Béarn, et plus longtemps que la Savoie et Nice, la Corse et la Lorraine, et même l'Alsace, le Nord, la Franche-Comté et le Roussillon. Le créole est pourtant loin d'y avoir été anéanti : il est omniprésent dans la rue !

    En réalité, l'hégémonie linguistique est une question sociale qui ne peut servir à caractériser un colonialisme, et qui est même totalement indépendante d'une politique centraliste en fait. L'Angleterre n'a jamais nié les nations celtiques comme nations, mais y a pratiquement fait disparaître les langues (sauf au Pays de Galles). L'Italie a au contraire été jacobine comme la France mais n'a jamais réussi à faire disparaitre les dialetti, tout juste à imposer l'italien parlé par tous. L'Angleterre ne colonise pas la Suède, mais il est impératif en Suède de parler très bien anglais pour réussir socialement. Et si bien sûr vous allez vivre à Londres, et ne parlez pas bien anglais, vous finirez à la plonge des restaurants.

    C'est PAR VOIE DE CONSÉQUENCE que la langue du colonisateur va s'imposer comme moteur social, marqueur de l'élite compradore dans une colonie. Ce n'est pas une "caractéristique" du colonialisme en soi.

    - * Cela pourrait même avoir des conséquences encore plus graves. Car après tout, ce que dit Alain Soral c'est que le sionisme ne fait pas qu'occuper la Palestine, mais règne sur le monde ; et que donc nous serions en fait "tous" des colonisés victimes du "Peuple élu", "tous" des Palestiniens. Il tente ainsi, en s'emparant systématiquement de toutes les questions que la gauche radicale bobo-métropolitaine lui laisse en pâture, de mettre à sa remorque politique le sentiment anticolonial-intérieur qui grandit dans les masses arabo-musulmanes et afro-descendantes d'Hexagone. À partir de là... en quoi considérer que nous serions "tous" (pareillement, strictement sur le même plan) "colonisés par la France", pourrait éviter de mener à des dérives similaires ; c'est-à-dire, une forme particulièrement astucieuse de (tentative de) mise de l'anticolonialisme intérieur à la remorque d'un gauchisme certes opprimé nationalement, mais non moins BLANC ? Nous ne disons pas que cela existe à l'heure actuelle, mais que c'est POSSIBLE ; car on a à la base le même confusionnisme plus ou moins conscient. L'on peut déjà observer les effets de ce confusionnisme, par exemple, lorsque nous voyons quelqu'un projeter sur la question de Rojava les mêmes schémas de "colonialisme turc" ou "arabe" (!) que de "colonialisme français" au sujet de la Bretagne ou de l'Occitanie : même confusion, même tout-se-vaut et non-analyse concrète de la réalité concrète (sait-il seulement que le bras droit et successeur de Kemal Atatürk, Ismet Inönü, était kurde ? que le pouvoir d'État syrien est totalement centré sur une minorité religieuse longtemps opprimée, les Alaouites, d'ailleurs pas très éloignés des Alévis de Turquie, religion de beaucoup de Kurdes ? et que l'une de ses premières bases sociales dans la reconquête du pays qu'il est en train de parachever, est outre ces Alaouites l'ensemble des minorités, chrétiens, chiites, druzes... et Kurdes ?).

    - [Compil' de commentaires FB]  Disons qu'il y a eu dans les périphéries "françaises" des situations RELATIVEMENT approchantes, dans les discours comme les pratiques. En Corse bien sûr... Rappelons que Fieschi, bonapartiste (tout sauf un paoliste !) qui tente en 1835 d'assassiner Louis-Philippe, est qualifié à son procès d'"étranger". Les capitales (Bastia et Ajaccio) qui sont des ports, regardant vers une métropole extérieure et non des villes centrales par rapport à l'île (comme Corte). Héritage, déjà, de Gênes et de sa sorte de colonisation par une sorte de "Compagnie des Indes"... Et puis forcément en Corse ça a été chaud, parce que ce n'était pas un duché féodal qui aurait simplement changé de maître, de son duc au roi de France : c'était une république démocratique !!  

    La situation dont nous avions fait un article en 2014, des Landes de Gascogne ; à l'époque nous employions le terme de colonisation... d'autant plus qu'il était employé sur le sujet au 19e siècle http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/les-landes. Effectivement des discours littéralement racistes, et des projets rappelant les colonisations de "terres sans peuple" outre-océans. Néanmoins à l'arrivée, on a plutôt eu une "bête" provincialisation : mise en valeur avec les pins, achat des lots par des notables locaux ou à la rigueur bordelais, transformation des bergers en ouvriers de la résine, et exode rural de ceux qui n'ont pas pu.

    Des discours sur la pointe de la Bretagne aussi : http://www.agoravox.fr/.../quand-les-bretons-etaient-23411 « La Basse-Bretagne, je ne cesserai de le dire, est une contrée à part qui n’est plus la France. Exceptez-en les villes, le reste devrait être soumis à une sorte de régime colonial . Je n’avance rien d’exagéré » (Auguste Romieu, sous-préfet à Quimperlé, 1831). Ou encore https://fr.wikipedia.org/wiki/Monts_d'Arr%C3%A9e...

    En Alsace c'est carrément une révolution ouvrière qui a été écrasée : novembre-1918. Il y a eu répression, l'expulsion d'1/10e de la population. Mais ensuite, après la nouvelle tentative d'annexion par le nazisme, les gens se sont francisés dans un esprit de "moindre mal"...

    Mais enfin, à l'arrivée l’État français a quand même eu ce raisonnement : les colonies, ça doit être séparé par des mers (la Corse l'est, certes). On ne peut pas avoir des colonies qui se soulèvent à 300 ou même 600 km de Paris, sans barrière naturelle.

    Donc, sur le territoire européen dit "Hexagone", il faut fabriquer des Français ; qui seront fidèles au Pouvoir, râleront une fois l'an dans la rue sans grande conséquence, sans plus.

    Grâce au pognon extorqué des colonies, justement, on va leur offrir une vie de petits bourgeois à condition qu'ils soient fidèles et abandonnent leur conscience de peuple conquis. C'est ce qu'il s'est passé et même si dans une moindre mesure, ce phénomène a aussi affecté la Corse, terriblement. Il suffit de penser à un peuple qui a subi les atrocités de Marbeuf et Morand, et qui se retrouve 150 ans plus tard, acheté par les postes de fonctionnaires coloniaux, SEUL à voter contre l'indépendance de l'Algérie...

    - "Le fait que la connaissance d'une langue extérieure à la langue locale parlée par la très grande majorité de la population des dites régions était la condition absolue d'accès à l'emploi qualifié et/ou administratif n'est-il pas déjà un privilège ?" => Oui, bien sûr ! C'est la définition d'une oppression nationale dans la construction d'un État-"nation". Mais de fait, la majeure partie de ces privilégiés par la maîtrise du français étaient des LOCAUX. On a encouragé par le français-ascenseur social l'éradication de la conscience nationale, pour qu'un glacis stratégique de "Français" protège le Capital "français", pyramide de bourgeoisies locales coiffée par celle de Paris. Dans une colonie, on a tendance à former à sa langue une élite de laquais, mais à laisser la masse dans la différence, qui doit être claire car elle fonde la hiérarchie raciale coloniale.

    Si tu veux un exemple qui clashe [de l'importance de la distinction] : aux journées de Corte, où règne cet esprit de confusion entre peuples sans État et colonies, est régulièrement reçu le MAK. Le MAK qui est loin de faire l'unanimité dans la population amazigh (tous les Algériens sont plus ou moins amazigh, mais ceux qui ne sont pas "trop" arabisés et ont un lien fort à cette identité sont déjà un tiers de la population), et qui surtout a le soutien de BHL, se pavane en Israël, etc., tout ça pour essayer d'affaiblir l'Algérie, pays SEMI-COLONIAL, et de le semi-colonialiser encore plus.  Nous soutenons les revendications berbères et pouvons penser en effet que la politique d'arabisation à outrance, d'inspiration nassérienne, a peut-être été une erreur. Mais dans la condition semi-coloniale, néocoloniale qui est celle de l'Algérie, on ne peut pas non plus soutenir n'importe quoi.

    C'est pour ça que la distinction entre situation coloniale et nationalité opprimée dans le cadre d'un État-"nation" est fondamentale. La Turquie est dans son ensemble un territoire semi-colonisé, dominé par l'impérialisme. Elle ne "colonise" pas le Kurdistan : elle a choisi pour son organisation interne (ouvertement) le "modèle" français, c'est-à-dire, dénationaliser des peuples et en extraire des élites qui, à la tête de l'État, se montreront souvent pires que les gens "de souche" de la nation centrale (turque ou vraie-française du Bassin parisien) ! Louis XIII et Louis XIV étaient fils et petit-fils de Béarnais ; Napoléon était corse, Thiers marseillais et Jules Ferry lorrain... De même qu'Atatürk était un mix d'Albanais et de Slaves islamisés (Pomaques), Inönü et Özal étaient kurdes, et Erdogan est laze.


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  • "Les vrais terroristes, c'est notre gouvernement" (post incriminé)

    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-il-n-y-a-pas-de-plus-grands-terroristes-114539610.html




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  • ... quand on sort la vérité sur Bookchin attacks-on-israel-ignore-long-history.html ; ou un peu désorientés par des positions venant de l'aile gauche du PS, voire de la FI comparées à celles d'éléments d'extrême-droite ; mais ils oublient tout simplement que le pro-sionisme est beaucoup plus identitaire au menchévisme, à la gauche anticommuniste, qu'à la droite réactionnaire qui ne s'y est ralliée que plus tardivement et par intérêt.


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  • Contrairement à ce qu'a cru interpréter une personne qui nous a interpellés là-dessus, nous ne pensons pas, en des termes aussi caricaturaux, qu'Erdogan soit "anti-impérialiste" ou "antisioniste".

    La nature de classe de son parti, l'AKP, est bien expliquée ici : qu-est-ce-que-l-akp-a134714962

    Nous pensons en vérité que, bien plus que ses postures en ce sens que l'on sait largement factices, le problème pour l'impérialisme (principalement occidental) est surtout que l'économie turque menace à court terme de donner naissance à une véritable puissance régionale autonome qui serait décidément une de trop au Proche Orient.

    À partir de là, l'impérialisme (principalement occidental) "fait les choses dans l'ordre" : il a d'abord repris en main l'Arabie saoudite (c'était relativement facile), et maintenant il s'évertue à détruire politiquement Erdogan et à s'assurer de sa défaite aux prochaines élections, pour pouvoir alors se consacrer au combat géopolitique de longue haleine... celui contre l'Iran et, derrière celui-ci, la Russie.

    Ce n'est pas prêter de particulières vertus politiques à l'homme fort d'Ankara, que de considérer la volonté impérialiste occidentale d'en finir avec lui comme un paramètre précieux pour comprendre ce qu'il se passe dans la région, au-delà de la profondément erronée lecture rojaviste.

    C'est juste l'équivalent de l'accent que nous avons mis durant des années sur le nouveau rôle géopolitique impérialiste de la Russie et de la Chine (que nous ne "défendons" pas non plus), là où des "maoïstes" s'évertuaient à désigner derrière les gouvernements réformistes sud-américains (par exemple)... l'impérialisme français ; afin de faire de leurs attaques contre ces régimes... et leurs peuples une "lutte contre notre propre impérialisme".

    [Et une autre confusion est peut-être que nous ne disons nullement que l'État "Turquie", comme État-"nation" Prison des Peuples et de plus en plus machine de guerre expansionniste, ne doit pas être détruit ; mais qu'il doit l'être par la RÉVOLUTION DÉMOCRATIQUE, dans la voie que nous a indiqué Kaypakkaya, et non par du dépeçage impérialiste et des protectorats "nationalistes" bourgeois, comme son prédécesseur l'Empire ottoman en 1919-20 ; cela nous nous y opposons en effet.]

    Et puis pour finir : nous sommes profondément pour l'autodétermination du Peuple kurde. Ceux qui ne le sont pas, c'est le PKK ; prônant désormais une "autonomie démocratique" qu'ils pensent pouvoir négocier... avec des États pour lesquels "démocratie" (même bourgeoise) ne veut pas dire grand-chose, et conquérant dans le même temps, au nom de l'"autodéfense", des milliers de kilomètres carrés de terre arabe pour le compte de l'impérialisme !

    De manière générale, la questions nationale dans l’État turc et au Kurdistan ne peut être abordée par simple "projection" depuis l'Occident de schémas occidentalo-centrés, qu'ils soient "antifascistes" ou même de "libération nationale", "à la basque" ou "à la bretonne". L’État turc est un État semi-colonial (un protectorat non-dit, si vous voulez), où depuis les années 1910 (ère jeune-turque, suivie de l'ère kémaliste) sont construits une identité "nationale" et un nationalisme "turc" sur la base de populations très variées, parmi lesquelles les Turcs ne sont en fait qu'une minorité : Wikipédia donne un chiffre de 27 millions qui représenterait (donc) un tiers à peine de la population, tandis que seulement 10% seraient vraiment des descendants des Turcs osmanli venus d'Asie centrale au Moyen Âge.

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/il-y-a-100-ans-l-etat-fasciste-turc-naissait-dans-le-sang-du-genocide--a117493162

    Dans cette construction, cette turquisation des populations, l'imposition violente, la peur d'être massacrés comme plus d'un million de personnes entre 1915 et 1923 (et encore en 1937-38 au Dersim), a bien sûr joué un rôle fondamental ; mais ce n'est pas tout. Cette construction et imposition d'une identité "nationale" turque, joue aussi sur un TERREAU POPULAIRE qui est justement le caractère dominé du pays... et la réaction contre cela : en gros, on est dominés mais si on se divise, si on n'est pas unis (fut-ce au prix de mesures "un peu autoritaires" comme l'interdiction de toute affirmation d'identité autre que turque), ce sera encore pire ; les séparatismes, les affirmations centrifuges "ne peuvent que servir" l'impérialisation totale de l'Anatolie – ici, c'est sur le souvenir du Traité de Sèvres que l'idéologie turquisatrice kémaliste ou néo-jeune-turque AKP s'appuie avec une efficacité redoutable ; car l'on se doute bien que si seulement un tiers de la population la prenait au sérieux, la révolution démocratique aurait triomphé depuis longtemps !! L'État turc actuel, celui de Mustafa Kemal, est né d'une guerre de refus de Sèvres ; et la TERREUR de Sèvres est depuis son carburant idéologique, tout simplement.

    Ce n'est pas là qu'une affaire de gens de droite ou d'extrême-droite (comme l'électorat AKP, anciennement celui de la droite Demirel-Özal des années 1980-90, qui remplit des salles de milliers de places lors des tournées d'Erdogan auprès de la diaspora en Europe...), ou kémalistes qui se disent de gauche mais qui pour nous seraient des fascistes  : bien que laminée opérationnellement par la répression, la plus puissante organisation révolutionnaire armée des années 1990, le DHKP-C, était et reste encore sur des raisonnements de ce type et son idéologie (qui va bien au-delà de ses rangs) représente encore aujourd'hui une question à traiter pour que les maoïstes puissent conquérir l'hégémonie déjà dans le champ politique anticapitaliste/anti-impérialiste... Rien que sur la question de l'autodétermination du Peuple kurde, que nous soutenons comme nos camarades du TKP/ML : le gauchisme petit-bourgeois occidental projette ses fantasmes de révolutionnaires romantiques "progressistes", affrontant son (autre) fantasme de "despotisme oriental", sur un Kurdistan du Nord où le PKK est loin d'être hégémonique (qu'il ait "raison" ou pas n'est même pas la question) et qui a en réalité, avant l'émergence du HDP social-démocrate en 2014-15, accordé pendant près de 15 ans la majorité de ses suffrages... à l'AKP, dès lors que celui-ci proposait un "pacte sunnite" turco-kurde (un peu comme sous l'Empire ottoman) en lieu et place de la turquité imposée (tandis que les Alévis, en partie kurdes, qui ne sont pas de la minorité rouge sont tout simplement... kémalistes).

    On a là encore un exemple, parmi hélas tant d'autres, de l'inefficacité et même de la dangerosité idéologique de l'"internationalisme" comme projection de ses certitudes et de ses schémas de pensée occidentaux sur une réalité lointaine (semi-coloniale) absolument ignorée et comprise de travers ; de la conception de la révolution comme lancer de formules magiques, récitation de mantras non pas politiques mais dogmato-religieux ; et non comme lutte prolongée au service des masses populaires, patiente conquête de celles-ci en leur montrant la révolution comme le POUVOIR pour elles, ce qui signifie prendre en compte et répondre aux préoccupations qui jusque-là les conduisaient à soutenir des forces anti-révolutionnaires.
     


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  • Les partisans du Fatah, majoritaires en Cisjordanie, ne sont pas moins palestiniens et opprimés que les autres : ils se payent les mêmes murs, les mêmes checkpoints et autres entraves à la circulation, les mêmes vols de terre et arrachages d'oliviers. Leur choix politique n'en est pas moins critiquable et tout blancs occidentaux que nous sommes, nous le critiquons.

    À ce jeu-là des "premiers concernés", l'on pourrait sérieusement se demander qui a raison puisque la société palestinienne est ainsi divisée entre pro-Fatah et Front du Refus. C'est juste que la question est bien une question de LIGNE POLITIQUE, juste ou fausse sur la base des enseignements de l'Histoire, et pas de la position objective des gens.

    En ce moment il y a le débat sur Rojava, et l'on se rend compte combien cet argument que les opprimés en lutte sont incritiquables est devenu omniprésent ; un véritable fléau. Bien sûr que les Kurdes sont opprimés et qu'en grande partie leur résistance à cette oppression est juste, mais ils ont aussi une direction qui fait des choix politiques, et la Nation arabe est elle aussi opprimée, et favoriser chez cette Nation arabe la pénétration militaire des impérialistes dont l'action est déjà ce qui a engendré Daesh, doit pouvoir être critiqué.

    On paye peut-être là 15 ans de défense de la lutte palestinienne sur cet argument qu'on "ne critique pas les choix de lutte des opprimés" (en dépit du contre-exemple du choix de... non-lutte du Fatah), alors qu'il suffisait de dire ce qu'est le sionisme et que la lutte contre lui est EN SOI justifiée et la collaboration par contre à condamner (Fatah), et c'était tout. Simple !

    Plus globalement et "philosophiquement", ce n'est pas "la parole des concerné.e.s" en tant que telle qui "pose problème" dans le débat politique : c'est l'appel à la remise en question et à l'autocritique des "petits dominants" qu'elle peut éventuellement porter ; chose qui n'est jamais acceptée facilement par les gens, et nous serions tentés de dire, encore moins en nos temps de Moi-Roi que du temps de la gauche révolutionnaire d'il y a 50 ans, qui peut pourtant paraître tellement réac sur tellement de sujets vue d'aujourd'hui.

    C'est une question de contenu politique et pas de nature des personnes.

    Ce n'est pas non plus que ça "passe mieux" quand c'est un Blanc qui s'exprime sur le racisme ou un mec sur le patriarcat, Boniface sur l'islamophobie ou autre. Le prestige social (donc déjà, pas la race ou le genre à eux seuls !) peut jouer un rôle, mais c'est surtout que ça "passe mieux" parce que c'est généralement soft et réformiste. Si c'était hardline, le prestige social pourrait se perdre, ce ne sont pas des choses inamovibles que celles-ci.

    À la rigueur, lorsque la "parole des premiers concernés" sur une ligne de "légitimité" identitaire aboutit à atomiser le camp des colonisés intérieurs, ou des patriarcaliséEs, le Système va montrer du doigt et se gausser des "excitéEs", des "SJW ridicules", mais au fond s'en délecte car il sait qu'une telle atomisation des causes empêche toute remise en question réelle de son pouvoir.

    Mais sinon, sur le principe, c'est bien parce qu'elle questionne les "petits privilèges" qui forment le glacis stratégique de ce pouvoir, et donc le mettent en danger en déclenchant potentiellement un processus de critique-autocritique qui pourrait arracher des gens à ce "glacis" et les amener vers l'unité supérieure de tou.te.s les opprimé.e.s, qu'elle "pose problème".


    Les posts et commentaires auxquels ces réflexions répondent :

    Les limites de la légitimation/délégitimation sur la base d'une position sociale objective sont assez faciles à mettre en évidence

    Les limites de la légitimation/délégitimation sur la base d'une position sociale objective sont assez faciles à mettre en évidence

     


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  • http://revueperiode.net/en-tant-que-juifs-antisionistes-lettre-dabraham-serfaty-a-emmanuel-levyne/

    L’antisionisme est sans doute la tradition politique émancipatrice la plus caricaturée et la plus stigmatisée de nos jours, y compris sous un langage prétendument révolutionnaire.

    Dans ce texte extrêmement dense paru en 1970, Abraham Serfaty engageait un dialogue avec Emmanuel Lévyne, kabbaliste antisioniste de renom.

    Contrairement aux idées reçues, Serfaty montre que la perspective d’une Palestine démocratique et laïque, sur les frontières de 1948, n’implique en rien le reniement des traditions culturelles et religieuses, qu’elles soient juives ou musulmanes. Au contraire, fier de son héritage judéo-arabe, Serfaty souligne combien la révolution socialiste au Moyen-Orient nécessite une réappropriation des héritages messianiques, cultuels et éthiques communs aux « Peuples du Livre ».

    Aux antipodes d’un marxisme-léninisme étriqué, Serfaty voit dans la lutte palestinienne un épanouissement possible de valeurs communautaires et religieuses, qui pourraient réenchanter un mouvement ouvrier occidental embourbé dans « les eaux glacées du calcul égoïste ».

    Cette contribution inestimable est un témoignage saisissant des tentatives communistes arabes de penser une théologie de la libération, qui combine résistance à l’impérialisme et hégémonie multiconfessionnelle.


    Cher Frère1,

    Même si nous ne sommes pas d’accord sur tout, nous sommes frères, frères dans la lutte antisioniste, dans l’angoisse profonde que juin 1967 a fait éclater en nous de voir le judaïsme auquel, croyants ou incroyants, nous ne pouvons pas dénier les valeurs qu’il a apportées à l’humanité, les valeurs dont nous avons été nourris, de voir le judaïsme sombrer dans cette monstrueuse entreprise qu’est le sionisme.

    J’ajouterai que le cri et l’angoisse de ce juif algérien (Roger Benhaïm) déraciné me sont d’autant plus sensibles que j’ai fait de ma vie ce même rêve de fraternité humaine, ici, dans ce monde arabe qui reste le sien, malgré son exil.

    Nous tous, juifs antisionistes dans le monde, nous devons effectivement contribuer à l’œuvre révolutionnaire contre l’État sioniste, contribuer ainsi à l’effort des révolutionnaires arabes pour ne pas tomber dans le piège du racisme, contribuer ainsi à ce que cet œuvre soit vraiment révolutionnaire, et pour le monde arabe, et comme apport à la lutte de toute l’humanité pour déraciner les formes d’oppression millénaire qui trouvent leur apogée dans l’agonie impérialiste.

    Comme vous le dites, la vérité antisioniste se clarifiera, pour les juifs qui ont été mystifiés et trompés par le sionisme, de la libre confrontation, s’appuyant sur l’action pratique, de tous ceux qui, par des chemins divers, accèdent à la prise de conscience du crime contre le judaïsme et contre toute l’humanité qu’est le sionisme.

    C’est pourquoi, je me dois de reprendre certaines de vos critiques concernant le socialisme et développer, comme vous m’y invitez, le concept de Palestine laïque, unifiée et démocratique, partie du monde arabe.

    1) Peut-on, concernant le socialisme, placer sur le même plan la réalisation concrète du socialisme dans le monde depuis cinquante ans avec ses imperfections humaines, et le monde pourri de l’impérialisme ? Faire cela serait rejoindre les sionistes qui actuellement organisent en grand une campagne antisoviétique sur les « juifs du silence » et convoquent à Londres une conférence à cette fin.

    Alors que, tout de même, c’est bien le socialisme qui a mis fin aux pogroms en Russie, et les sacrifices des peuples d’Union soviétique qui ont été le principal facteur d’écrasement du nazisme. Si le racisme ne s’efface que lentement des structures culturelles où il a été enraciné, les observateurs objectifs rapportent les changements radicaux connus sur ce plan en Union soviétique, tel le reportage publié en mai par le journal « Le Monde », qui pourtant ne manque pas une occasion d’antisoviétisme, reportage sur les Républiques musulmanes d’Asie centrale, leur développement économique et culturel, la disparition de toute discrimination raciale ou religieuse, et la fraternité entre juifs et musulmans.

    Bien sûr, le dépérissement même de l’État, lié aux changements profonds des structures culturelles enracinées par des siècles d’injustice, changements entrepris par la Révolution soviétique et auxquels la Révolution chinoise, le combat des Vietnamiens, l’effort des Cubains, font de nouveaux apports, cet objectif est une œuvre qui demandera des générations. Il demande le déracinement des structures économiques d’exploitation de l’homme par l’homme, et, comme préalable, la liquidation, à l’échelle mondiale, de l’impérialisme, facteur permanent d’agression et de corruption.

    En ce qui nous concerne, nous ne pouvons pas plus, dans cette lutte contre le sionisme, ignorer les liens de celui-ci avec l’impérialisme, que l’unité de la lutte antisioniste et anti-impérialiste avec les forces du socialisme dans le monde. Dans cette unité, nous devons garder notre autonomie de jugement et de conduite. Et effectivement, l’œuvre révolutionnaire qui peut être accomplie dans le monde arabe avec la participation des juifs antisionistes pourra être un exemple pour le monde dans le déracinement du racisme et un apport spécifique important dans la construction d’une société juste assurant l’épanouissement humain.

    Pour cela nous devons approfondir le sens de cette construction en tant que juifs antisionistes.

    2) Je pense, pour ma part, que cette contribution à la révolution dans le monde, à la révolution arabe plus spécifiquement, n’est pas en tant que « peuple juif ». Elle est dans notre propre dépassement, pas seulement de « l’État juif », mais aussi de la conception d’une communauté culturelle au-dessus et au-delà des communautés nationales. Une telle conception, qui mène au concept de « peuple juif » et au sentiment de « supériorité juive », nourrit le sionisme. Elle est contraire au développement historique de l’humanité.

    L’apport, sans doute spécifique, de la « question juive » dans le monde européen, et aujourd’hui, de façon aiguë dans le monde arabe, est de ne pouvoir être dépassée et résolue que dans le dépassement et la révolution de l’ensemble des contradictions sociales qui aliènent l’homme.

    L’étape historique que nous vivons n’est pas, comme le prétendent certains, d’effacement des spécificités nationales, mais celle de leur épanouissement au sein des ensembles nationaux qui font sauter les chaînes du capitalisme et de l’impérialisme et préparent ainsi un monde fraternel, par un dialogue sur un pied d’égalité entre les diverses cultures.

    Notre contribution spécifique, en tant que juifs, à la construction de ces ensembles nationaux sur des bases révolutionnaires n’est pas en tant que « peuple juif » extérieur à ces communautés et s’y plaquant, mais en assumant notre double qualité de national et de juif par l’intégration de celle-ci à celle-là dans la participation active à cette construction. Cette intégration ne signifie pas l’effacement, mais effectivement, comme vous l’écrivez, « le renouvellement de nos valeurs traditionnelles essentielles, leur réexpression moderne ».

    Ce qui permettra l’unité de ce monde humain à construire, et dont les prémisses émergent des luttes révolutionnaires, sera l’épanouissement des hommes dans leurs diversités nationales. Le judaïsme doit, pour rester fidèle à ses valeurs essentielles, en assurer la réexpression dans ces diversités nationales.

    L’une des spécificités de la révolution arabe est justement de demander, par sa nature même, cette réexpression. La fausse solution de la « question juive » est dans ce que Marx dénonçait sous le terme « d’État politique » dans l’étude qu’il y a consacrée. Cet État est celui de la démocratie bourgeoise, où l’homme est désintégré. Les valeurs essentielles du judaïsme, comme de l’Islam, expriment l’aspiration de ces sociétés communautaires rurales à l’épanouissement de l’homme total.

    La société européenne qui a subi le plus profondément, dans ce qu’on appelle la « Culture Occidentale », l’emprise du capitalisme, a désincarné cette essence. C’est ce que Marx a justement dénoncé sous le terme de « juif réel » dans la société capitaliste européenne par opposition au « juif du sabbat », dans la deuxième partie de sa « Question Juive » que certains auteurs de mauvaise foi présentent comme un pamphlet antisémite. S’il faut critiquer ces déformations de la religion par les exploiteurs de l’humanité, une fausse conception du socialisme est de croire qu’il faut lutter contre ce que Marx appelait « l’esprit des temps sans esprit » (la religion) pour assurer cet épanouissement humain, alors que celui-ci précise, dans cette même étude : « L’esprit religieux ne saurait être réellement séculaire. En effet qu’est-il sinon la forme nullement séculaire d’un développement de l’esprit humain ? L’esprit religieux ne peut être réalisé que si le degré de développement de l’esprit humain, dont il est l’expression, se manifeste et se constitue dans sa forme séculaire. » En quoi ceci diffère-t-il de l’idéal judaïque et islamique de la réalisation sur terre du Royaume de Dieu ?

    La société arabe contemporaine, dans sa restructuration révolutionnaire, incluant celle d’une culture nouvelle émergeant de l’acquis culturel antérieur, pourra assurer la « réexpression moderne » de cet épanouissement humain que des structures communautaires qui ont marqué cet acquis culturel permettent, au contraire de la Société et de la culture bourgeoises.

    Goiten2 a écrit ceci du passé commun judéo-musulman dans le monde arabe :

    L’Islam est fait de la chair et des os du judaïsme. Il est pour ainsi dire une refonte et un élargissement de celui-ci, exactement comme la langue arabe est très étroitement apparentée à la langue hébraïque. Le judaïsme a pu par conséquent puiser dans cette civilisation ambiante, et en même temps préserver son indépendance et son intégrité beaucoup plus facilement que dans la société hellénistique d’Alexandrie ou dans le monde moderne… jamais le judaïsme ne s’est trouvé dans des relations si étroites et dans un état de symbiose si fécond que dans la société médiévale de l’Islam arabe.

    Ce passé était encore vivant dans la vie quotidienne des communautés juives dans le monde arabe jusqu’à l’éclatement de ces communautés, sous l’emprise sioniste. Quel meilleur symbole que celui de la fête de Mimouna qui est traditionnellement, au Maroc, une fête d’amitié et de fraternité judéo-musulmane. Les premiers pains qui marquent la fin de Pessah étaient et sont encore offerts par les musulmans à leurs frères juifs, ce geste populaire marquant mieux que toute étude, la réexpression concrète du contenu de fraternité humaine biblique du pays de Canaan et le rejet des origines tribalistes et racistes.

    Voilà ce que signifie pour moi, et j’en suis convaincu, pour les révolutionnaires arabes conscients, quelle que soit leur origine religieuse, l’objectif d’un « État palestinien indépendant et démocratique » dont tous les citoyens, quelle que soit leur confession, jouiront de droits égaux, cet « État », partie de la patrie arabe « devant contribuer activement à l’édification d’une société arabe progressiste et unifiée » (Programme de El-Fath).

    Je montre dans la deuxième partie de mon étude sur « Culture et Progrès scientifique » qu’une telle conception, redonnant vie au contenu humain et progressiste de la culture arabe pour la projeter dans la construction de l’avenir, est en même temps autrement plus porteuse de progrès, y compris scientifique, que celle du monde capitaliste et de sa « Culture occidentale » décadente.

    Cher frère, j’ai déjà été trop long. Je joins à la présente lettre quelques documents sur la lutte antisioniste au Maroc. Vous remarquerez que jusqu’à la période récente, elle était restée sporadique et sans suite. J’en analyse quelques raisons dans une étude qui paraîtra dans quelques mois. Il est sûr que maintenant, nous appuyant sur un objectif déjà clarifié pour le monde arabe, cette lutte ne doit plus s’arrêter mais se développer.

    Cher frère, ce n’est que l’amorce d’un combat commun. Nous devons ici organiser l’information antisioniste dans une communauté juive de plus en plus dépersonnalisée sous les influences conjuguées de la colonisation et du sionisme. La connaissance d’efforts comme les vôtres, comme ceux de tous les juifs antisionistes dans le monde, est un élément essentiel pour notre effort.

    Je vous salue fraternellement.

    Retranscrit par Maxime Benatouil

    Et puis, un commentaire intéressant appelant une réponse intéressante :

    Dans ce texte comme dans son engagement de l'époque, il marque son adhésion au projet du Fatah de l’État laïque et démocratique "dont tous les citoyens, quelle que soit leur confession, jouiront de droits égaux".
    Cette approche fait l'impasse sur le fait la colonisation sioniste, comme phénomène tout à fait spécifique, a aboutit à la constitution d'une nouvelle nation qu'on peut appeler "hébraïque" pour bien marquer que, ce qui la soude, c'est bien une culture et une conscience nationale, et pas seulement une religion qui n'en est qu'une facette, et encore seulement pour une fraction de cette nation. Si on parle de droits, on ne peut faire l'impasse sur les droits collectifs.
    Je me sens infiniment plus proche de la formulation d'Ilan Halevy, cet autre militant judéo-arabe antisioniste, quand il écrit : "Cette refonte que nous appelons désionisation n'implique pas forcément le démantèlement de la formation sociale israélienne, non plus que la négation des droits nationaux israéliens. Elle n'implique que la fin de l'apartheid et l'instauration d'une démocratie pour les deux communautés."

    => Je dirais plutôt que le double tranchant de l'État unique c'est qu'il peut très bien signifier l'Afrique du Sud 'arc-en-ciel', c'est à dire un système où le colonat garde ses prérogatives sous les apparences de la fin de l'apartheid et des mêmes droits pour tous. Il ne fait pas de doute que c'est dans cette optique que des gens pas moins importants que le PRÉSIDENT israélien Reuven Rivlin soutiennent cette option... et une bonne partie de la gauche occidentale probablement aussi.

    Après, la solution à deux États est moisie aussi pour des raisons qu'il n'est plus besoin d'exposer.

    L'expulsion de masse de 5 millions de personnes, qui n'ont effectivement (je l'ai constaté) souvent plus de liens avec leur pays d'origine (encore qu'un million au moins, arrivés après 1990 de Russie ou d'Occident, l'aient), est évidemment inacceptable d'un point de vue moral en tant que communistes... Ce qui ne signifie cependant pas que ça n'arrivera pas, si le sionisme persiste à ne pas savoir choisir ses ennemis et se retrouve avec d'irréductibles extrémistes que son intransigeance aura engendré.

    Souvent le point commun des deux-étatistes et des un-étatistes coloniaux, c'est la question du retour des déportés, auquel ils s'opposent catégoriquement.

    Il m'a déjà traversé l'esprit qu'une solution était peut-être à regarder du côté du retour de tous les déportés qui le souhaitent... EN ÉCHANGE de ne plus limiter la présence juive à l'ex Palestine mandataire, mais bien de la permettre dans tout le Proche Orient du Nil à la Mésopotamie, comme (en fait) à l'origine (il y a 2000 ans) dont se réclament les sionistes. Mais bien sûr dans des conditions ne permettant d'opprimer personne. En fait c'est un point sur lequel les trips d'Öcalan pourraient servir à quelque chose, car en envisageant le Proche Orient comme une confédération de cantons ethniques ou confessionnels associés et ne s'opprimant pas (car ayant tous les moyens de s'autodéfendre), ça pourrait fonctionner.


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  • ... c'est que les gaucho-impérialistes dont nous parlons, et dans lesquels certains réussissent curieusement le tour de force de se reconnaître alors qu'il n'est nullement question d'eux ou (en tout cas) de leurs organisations, n'en ont rien à foutre des Kurdes, quand bien même ils diraient ne pas les soutenir depuis 3 ou 4 ans comme les nanars, mais depuis la naissance en eux d'une conscience politique. 

    Ils les soutiennent peut-être, oui, depuis 15 ou 20 ans qu'est née en eux cette soi-disante "conscience politique"... Mais toujours et dans tous les cas comme "bons basanés", comme projection fantasmée d'un "bon Orient" "séculier" et "progressiste" par opposition aux immondes bougnoules à longues barbes et niqab, vociférant leur haine de l'universalisme impérial (et défendus par des "relativistes"). 

    RIEN À FOUTRE si demain Rojava n'est à nouveau plus qu'une province syrienne, avec des panneaux de signalisation bilingues en remerciement parce que quand même Assad est un mec à qui on a appris à dire merci. Tout ce qui comptera c'est que les sales bicots barbus éructants et leur pote le néo-sultan d'Ankara se soient faits éclater la gueule, car c'est la seule perspective politique d'intérêt (pour eux) que les Kurdes incarnent dans le "soutien" opportuniste qu'ils leur apportent. Certainement pas la libération nationale comme principe révolutionnaire communiste.

    Voilà la vérité. Exactement comme leur pseudo (et récent) "soutien" à nos Peuples niés d'Hexagone et leurs luttes : "soutien" pour "affaiblir l'État bourgeois français"... et pouvoir (dans leurs rêves hein, mais bon) installer le leur à sa place, "rouge" mais tout aussi centralisateur et qui nous niera kif-kif bourricot. Et pour les colonies d'outre-mer, sans doute une "indépendance" façon satellites de l'URSS de Brejnev. LOL !

    Voilà, en espérant que ce soit enfin clair ; maintenant ceux qui veulent continuer à se sentir visés c'est leur problème... et ça veut dire ce que ça veut dire.

     


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  • ... c'est une victime par ricochet du "philosémitisme" hypocrite d’État qu'incarne Valls parmi d'autres, Valls ce néo-radical-socialiste, radical-socialiste comme Bousquet et Papon.

    Qu'il la ferme donc. 

    À bon entendeur, salut.

    Une victime d'antisémitisme aujourd'hui...


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  • La situation actuelle en Catalogne est donc, après les élections de décembre, à L'INVESTITURE par le Parlement élu du nouveau Président de la Généralité.

    Et le verdict des urnes, est qu'en toute logique ce président devrait être Carles Puigdemont, reconduit dans ses fonctions.

    Mais comme nous le savons, celui-ci est depuis octobre exilé à Bruxelles, sous le coup d'une menace d'arrestation immédiate s'il remet les pieds dans l'État espagnol.

    Le nouveau stratagème des néo-franquistes du PP au pouvoir à Madrid (et de leurs amis du P's''o'E et de Ciudadanos), est donc de dire qu'un homme absent du territoire et fuyant la justice ne saurait être investi de la sorte.

    Ce n'est pas que nous, ni quiconque d'anticapitaliste et révolutionnaire ait particulièrement de sympathie pour ce libéral de centre-droit, mais il faut bien comprendre la force symbolique que revêt là-bas le fait de le réinstaller dans ses fonctions, pour effacer et proclamer nul et non avenu le coup de force fasciste de la suspension des institutions autonomes catalanes (le 21 octobre) en vertu de l'article 155 de la Constitution posthume de Franco.

    Parallèlement, et illustrant peut-être par là les limites historiques et de classe du mouvement tel que conçu jusqu'à présent, la Gauche républicaine (ERC), l'autre grande formation indépendantiste bourgeoise avec celle de Puigdemont (JxCat), se tient en embuscade, tentant de profiter de la situation pour imposer une autre candidature issue de ses rangs, et ajoutant donc son obstruction à celle de Madrid pour plonger les choses dans un imbroglio politicien pathétique, indigne de la hauteur historique des évènements.

    La décision du président du Parlement, Roger Torrent (ERC), d'ajourner le vote d'investiture a soulevé les vives protestations tant de JxCat que de la CUP (gauche anticapitaliste).

    lemonde.fr/europe/article/2018/01/30/report-de-l-investiture-du-president-catalan-quelle-strategie-pour-les-independantistes_5249425_3214.html

    leparisien.fr/international/catalogne-le-report-de-l-investiture-de-puigdemont-divise-les-independantistes-30-01-2018-7531458.php

    Mais surtout, c'est dans les alentours du Parlement que s'est déroulé un évènement qui pourrait bien marquer une rupture de portée historique :

    https://www.elindependiente.com/politica/2018/01/30/los-cdr-superan-a-la-anc-y-omnium-y-dejan-en-evidencia-a-los-mossos/

    Les CDR débordent l'ANC et Òmnium au nez et à la barbe des Mossos

    Les CDR (Comités de Défense de la République) ont pris ce mardi le contrôle de la mobilisation indépendantiste convoquée initialement pour saluer l'investiture de Carles Puigdemont, et qui s'est convertie après la suspension de celle-ci en une manifestation de rejet de ce report ordonné par le président du Parlement, le républicain Roger Torrent. Les CDR ont dirigé l'assaut sur le Parc de la Citadelle, qui entoure le Parlement, et tenté de franchir les barrières qui protégeaient l'édifice, tandis que l'ANC et Òmnium appelaient à la dispersion du rassemblement.

    Les deux grandes formations souverainistes étaient à l'initiative de la manifestation sur la Promenade Lluís Companys, qui s'est dispersée après leurs appels au calme, mais elles se sont vues débordées par l'assaut sur le Parlement lancé par les CDR. L'ANC avait appelé à éviter des “affrontements stériles” dont on “saurait à qui ils profitent”, et Òmnium clamait sur Twitter son “caractère pacifique”. Des appels qui n'ont servi qu'à soulever l'indignation des indépendantistes les plus radicaux, annonçant leur intention de quitter ces organisations pour rejoindre les CDR. “Quelle honte, l'ANC”, ou “cela fait des mois que vous n'êtes pas à la hauteur de la situation”, ont été les réponses les plus entendues dans le courant de l'après-midi.

    (...)

    Défendre la République

    Les éléments les plus radicaux de la base indépendantiste ne comprennent pas cette posture légaliste des deux organisations. Ce sont les mêmes qui, en octobre dernier, se déclaraient prêts à "défendre la République" et qui n'ont toujours pas pardonné à leurs leaders de ne pas les avoir dirigés en ce sens le 27 octobre, lorsque tout juste après avoir proclamé l'indépendance au Parlement, le Govern de Carles Puigdemont est rentré dans ses chaumières et n'a même pas fait abaisser le drapeau espagnol du Palais de la Généralité, sous le regarde stupéfait des centaines d'indépendantistes rassemblés sur la Place Sant Jaume.

    Avec ces précédents, les CDR ont choisi aujourd'hui d'ignorer les consignes des entités chaperonnées par l'ex-Convergence (CDC, de Mas et Puigdemont) et la Gauche républicaine (ERC), et de mener une démonstration de force face à des Mossos d’Esquadra totalement débordés. Pour l'ANC et Òmnium, l'objectif politique de préserver le prestige des Mossos comme police catalane passe avant la démonstration de la “force du peuple”. Mais cet argument est sans valeur pour les CDR, qui persistent à convoquer les manifestants sous les mots d'ordre de “ni un paso atrás” (“pas un pas en arrière”) et le hashtag #ElPoderDelPoble (#LePouvoirDuPeuple) sur les réseaux sociaux.

    En début de soirée, après que les grandes entités souverainistes aient appelé à la dispersion, les CDR continuaient à appeler à la mobilisation et même à camper devant le Parlement durant la nuit.

    Quatre mois d'existence

    Au mois de septembre, le rôle d'Òmnium et de l'ANC comme canalisateurs du mouvement social indépendantiste était indiscutable. Il n'y avait pas d'alternative. Quatre mois plus tard, les deux grands paquebots du souverainisme ont pâli face aux Comités de Défense de la République, organisés à travers toute la Catalogne sur un mode assembléiste et avec un programme d'action beaucoup plus direct, ayant donc ce mardi pris la tête des mobilisations devant le Parlement et du l'assaut postérieur sur le Parc de la Citadelle.

    (...)

    Ils ont aussi été le cerveau derrière les actions les plus marquantes de la grève du 8 novembre. Ce jour-là, les CDR ont été les instigateurs des barrages sur les voies de l'AVE (le TGV espagnol), ainsi que des piquets sur les autoroutes et autres voies d'entrée et sortie de la Catalogne. Ce sont des organisations sans tête visible, sans un Jordi Sànchez ou un Jordi Cuixart, mais avec un pouvoir de mobilisation croissant, très lié à la CUP et à la jeunesse de celle-ci, Arran, et qui repose essentiellement sur la communication immédiate via les réseaux sociaux.

    Ce mardi, alors que l'ANC donnait pour terminé le rassemblement devant le Parlement, les CDR lançaient le hashtag #NousRestons et commençaient à affronter les Mossos jusqu'à réussir à forcer le cordon, entrer dans le parc et parvenir jusqu'aux portes de l'hémicycle.

    “Le pouvoir du peuple a brisé les chaînes du 155. Ici et maintenant, dans le Parc de la Citadelle, nous résisterons aux menaces et à toutes les manœuvres. Nous voulons la République !!”, twittait durant le rassemblement le compte officiel des CDR, tout en encourageant les gens à ne pas se démobiliser et en annonçant de nouvelles actions, simultanées, dans d'autres villes.

    Continuité... et rupture en Catalogne


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  • Les SEULES réponses, dans le débat sur Rojava, dont il nous intéresse de discuter sont celles à ces trois questions de fond :

    - L'idéologie de Rojava, qu'elle ait pour seul centre de production Öcalan ou de multiples, peu importe, est-elle à même de garantir l'indépendance du processus politique vis-à-vis (et vu le niveau) de l'appui impérialiste reçu par nécessité tactique ? En ayant bien en tête ce fait qu'en cas de réponse négative, la conséquence ne sera pas d'être arrimé à l'URSS de Brejnev mais à L’IMPÉRIALISME OCCIDENTAL de Trump, May, Macron et Merkel, et/ou à la RUSSIE DE POUTINE, ce qui n'est pas la même chose.

    Si oui, pourquoi, comment, en quoi (arguments) ?

    - "La politique commande au fusil" : dans le cas où vous penseriez effectivement que cette idéologie, les orientations stratégiques de certains dirigeants (Öcalan ou autre), etc., posent problème ; croyez-vous réellement que les fusils (concrètement : la base combattante et sa rage de ne pas s'être battue pour de la merde) et les coopératives peuvent commander à l'idéologie et la tirer "vers la gauche" sans lui opposer réellement une AUTRE ligne idéologique construite, une autre CONCEPTION DU MONDE sur toutes les questions en jeu, et une CRITIQUE en règle (ce que fait le TKP/ML - CC légitime, et que nous faisons, depuis plusieurs mois) ?

    Si oui, comment : expliquer la possibilité de ce tour de force qui serait à peu près l'équivalent de s'affranchir de la Loi de Newton.

    - Le droit à l'autodétermination, la libération nationale, point important car étant ce qui, comme nous ou comme l'"ami" breton ici, ou encore un certain nombre de volontaires internationaux sur le front, a attiré énormément de révolutionnaires vers le truc ; et nous ajouterions pour notre part la critique de l’État-nation comme construction historique, d'une phase historique, que la libération des peuples opprimés par lui ne passe pas forcément par reproduire.

    Quid, donc, sur les bases essentiellement léninistes, kaypakkayennes et argaliennes qui sont les nôtres en la matière, de l'idéologie öcalaniste ?

    Car nous, ce que nous voyons, c'est l'ABANDON d'une claire revendication d'autodétermination nationale passée (qui pouvait éventuellement être critiquée sur sa forme) ; et une critique de l’État-nation très alléchante dans ses prémisses, mais qui débouche en conclusion sur une espèce d'utopie alambiquée, vaseuse, dont on ne voit pas vraiment d'autre possible réalisation concrète que dans le COMPROMIS avec les États-nations tant critiqués... ou carrément avec la "communauté internationale" impérialiste ; une sorte (sur le terrain) de grand écart kafkaïen entre d'un côté ne pas savoir réellement quel statut politique, et juridique international donner à la Fédération de cantons née de la lutte, et de l'autre une fuite en avant dans l'expansion militaire (dans le sillage des bombardiers impérialistes...) sous le prétexte de "libérer" et d'"apporter la révolution démocratique" à des milliers de kilomètres carrés de terre arabe ; bref, pas vraiment la clarté cristalline de la conception léniniste qui est (en principe) la nôtre, et celle du TKP/ML "premier concerné" s'il en est (toutes les statistiques concordant à montrer l'infime minorité de Turcs, et l'écrasante majorité de Kurdes et autres nationalités opprimées dans ses rangs), conception que nous avons pu résumer dans un article (lors du débat soulevé par la Catalogne) par la formule "pour la séparation avec ce qui est réactionnaire, pour la fédération avec ce qui est révolutionnaire"...

    Sachant que l'affirmation (qui a pu nous être faite) que ce serait "la voie choisie pour l'instant", le retour à "l’option indépendantiste (n’étant) pas écarté non plus par la direction en cas d’échec", c'est FAUX, MENSONGER : l'abandon non seulement de toute idée d'indépendance, mais de l'idée même d'un État kurde (que ce soit totalement indépendant ou confédéré à ses voisins) est IDENTITAIRE dans l'idéologie d'Öcalan, qui est devenu "libertaire" et donc "contre l’État" (mais pense quand même, par contre, que les Kurdes ont une "supériorité" en termes de "culture démocratique" et donc une "mission" de l'"inculquer" à leurs "obéissants et serviles" voisins...).

    Voilà. À VOUS LIRE...

     Déjà adressé par mail à un vieux camarade, mais ça vaut la peine d'être publié pour tout le monde

    [Un commentaire pertinent et constructif, donc réponse :

    "Si je puis me permettre, ce serait déjà une grande victoire que les Kurdes parviennent à se rabibocher avec les Russes et la Syrie. Le problème est qu'en ce moment, ils sont coincés dans leur alliance merdique avec les USA : à quels saints se vouer ? Les USA les lâchent sur Afrin, mais peuvent-ils vraiment parier sur Damas et Moscou, au risque de s'aliéner définitivement Washington ? Et au risque de perdre tous leurs "acquis" en matière d'autonomie ? À cela s'ajoute le problème que les Russes font régulièrement du pied au YPG, y compris en soutenant leur revendication d'une Syrie confédérale, mais que fondamentalement, Assad a montré qu'il était hostile à toute solution de ce type.

    Le débat est complexe, mais les nationalistes arabes qui s'étaient joints aux Kurdes, c'est-à-dire en fait l'opposition syrienne laïque, se sont sentis trahis quand la direction de la FDS a unilatéralement accepté une tutelle américaine."

    => Mouais. Pour la question centrale que tu poses : nous pensons que oui, ils peuvent s'appuyer sur Damas et Moscou pour sauver Efrin, voire reconquérir le Shahba (la zone "Bouclier de l'Euphrate"), sans s'aliéner les States parce que les States s'en foutent à notre humble avis, ils sont satisfaits avec la zone délimitée par l'Euphrate, et ça les sortirait de la quadrature du cercle vis à vis de la Turquie (faire qu'Erdogan se prenne une branlée sans avoir l'air de trop soutenir les Kurdes, car leur candidate pour le renverser en 2019 fait aussi campagne sur une ligne anti-kurde ultra et une mobilisation des masses nationalistes, et donc si Erdogan échoue à Efrin mais que c'est trop ouvertement "un coup des Américains", il va mobiliser là-dessus et c'est à lui que le sentiment nationaliste de la société turque risque d'apporter ses suffrages).

    Mais c'est sûr que ça veut dire, pour les Kurdes, oublier toute autonomie.]


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  • En fait, Servir le Peuple est encore une fois revenu à la même situation qu'à l'époque de la Libye... et déjà de la Syrie en 2011 : les gens qui ne sont pas capables de comprendre la différence entre dénoncer une intervention/agression extérieure (que nous avons dénoncée dans ces deux pays, COMME nous dénonçons l'opération turque à Efrin en ce moment), tâche "démocratique" si l'on peut dire, et la tâche IDÉOLOGIQUE communiste de "ne pas laisser passer des vessies pour des lanternes", c'est à dire, de ne pas permettre que l'on fasse passer Kadhafi ou Assad... ou Rojava aujourd'hui, pour des régimes qualifiables de révolution nationale-démocratique anti-impérialiste au sens marxiste (sans bien sûr vouloir dire que les trois se valent, ni que la confusion est entretenue par les mêmes personnes : rouges-bruns et confusionnistes, vieux brejnévos, "anti-libéraux" plus ou moins mélenchonards, "anti-impérialistes" campistes borgnes, bref opportunistes de droite pour les deux premiers ; "gauchistes" radicaux de base, antifas, anars et totos, champions de la "chasse au confusionnisme" justement, bref opportunistes de gauche, ainsi que marxistes-léninistes anti-maoïstes - avec parfois des tendances au "bacharo-rojavisme" dans ce cas - pour Rojava).

    Et c'est encore sans parler du Donbass où pour le coup la confusion rouge-brune, campiste, poutinolâtre au sujet des républiques était bien là... au point d'être une évidence qu'il n'était plus vraiment nécessaire de démontrer, et que c'était plutôt pour le devoir démocratique de dénoncer (et de soutenir la résistance contre) une agression de fascistes au dernier degré pilotés par l'impérialisme euro-US qu'il fallait se bagarrer avec la "gauche radicale" !

    D'un côté, la défense du PEUPLE contre le massacre (qui certes, dans le cas de Kadhafi et d'Assad, venait aussi en grande partie d'eux, mais le chaos engendré par les interventions a été pire encore) ; de l'autre, la défense "immunitaire" de L'IDÉOLOGIE communiste contre les propagandes qui la liquident, pour qu'elle puisse un jour offrir aux peuples un monde sans massacres...



    (LOL !)


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  • Pologne : Procès pour "propagation de l’idéologie communiste"

    France/Pologne : Rassemblement de soutien aux communistes polonais poursuivis


    La Pologne est gouvernée depuis novembre 2015 par une coalition de droite radicale (en gros, équivalente de Wauquiez-FN ici), qui est évidemment un soutien de premier plan du régime réactionnaire voisin de Kiev et de sa Garde Nationale néo-nazie...

    Flash news - Quand le fascisme avance à nos portes : Pologne


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  • [Bien sûr nous ne sommes pas d'accord à 100% avec ce qu'il dit, nous ne donnons ainsi pas l'ampleur qu'il donne au "lâchage" des Kurdes par l'impérialisme (trouver des articles mainstream parlant d'Efrin, et sur un ton plutôt favorable à ses défenseur.e.s, n'est pas non plus un chemin de croix !), et nous pensons qu'il est tout sauf à exclure qu'en "sous-main", un soutien impérialiste ou un autre (occidental ou russe) permette à l'enclave de repousser l'offensive d'Erdogan, qui n'a d'ailleurs visiblement pas connu à proprement parler une progression fulgurante (attention, source manifestement "confu" et visiblement pro-iranienne)... Mais cet entretien apporte beaucoup d'éléments sur la réalité là-bas, qui rejoignent un peu ce qui a pu être dit ces derniers mois sur SLP.]


    https://www.vice.com/fr/article/j5vw83/jai-toujours-su-que-le-veritable-ennemi-du-kurdistan-etait-letat-turc?utm_source=vicefrfb

    Après avoir combattu l'EI, Arnaud*, un jeune Français engagé auprès des combattants kurdes, et suivi par VICE, a choisi de continuer la lutte. Cette fois, contre l'armée turque.

    Au milieu de l’été 2017, VICE s’entretenait avec Arnaud*, un jeune Français parti combattre l’organisation État islamique en Syrie aux côtés des forces kurdes. À l’automne, après la reprise de Rakka, nous avions repris contact pour évoquer la chute de l’EI et le destin des volontaires internationaux. Aujourd’hui, Arnaud repart sur un autre front, à Afrin, pour se battre contre l’armée turque qui tente d’envahir ce canton du nord-est de la Syrie.

     

    VICE : Dans quel esprit es-tu avant de partir à Afrin ?

    Arnaud : On peut dire que j’ai été « déçu » par l’invasion d’Afrin, parce que je comptais rentrer en Europe fin mars ou début avril. Je me voyais déjà revoir mes amis, mes proches et aussi me relaxer, prendre un peu de temps pour moi. Mais tout a changé le 20 janvier, à cause de l’invasion par la Turquie. Quelques heures après l’officialisation de l’invasion d’Afrin, on m’a proposé deux choix : suivre des entraînements un peu particuliers ou bien aller combattre à Afrin.

    As-tu hésité ?

    Je savais qu’en repartant à Afrin, j’allais donc être bloqué là-bas plusieurs mois. Et que j’allais reprendre des risques. J’ai hésité une ou deux minutes. J’ai pris ma décision quand j’ai demandé conseil à un de mes commandants. Il m’a dit qu'à titre personnel, il choisissait toujours la guerre. Tant qu’il y a une guerre à faire, une cause à défendre, on ne peut pas être mobilisé ailleurs. Et en ce moment, c’est à Afrin. J’ai donc compris que d’un point de vue politique, moral et militaire, il fallait y aller.

    Qu’est-ce qui te pousse à y aller ?

    Ce sont avant tout les convictions politiques. Avant même de venir au Rojava [ndlr, le Kurdistan syrien], j’ai toujours eu conscience que le véritable ennemi du Kurdistan était l’État turc – plutôt que l’EI, qui n’était qu’un ennemi momentané. On savait que l’on finirait par vaincre l’EI un jour ou l’autre. Puisque l’État turc nous attaque, cela fait donc sens d’aller combattre. Cela serait paradoxal de ne pas y aller.

    Il y a aussi une dimension affective. Le Rojava est attaqué de façon massive et violente par ce que je considère comme une forme de fascisme. Qu'un État antifasciste, pour lequel j'ai combattu et me suis pris d'affection, soit la cible d'une attaque fasciste a joué dans ma décision. Je considère le Rojava comme mon pays, plus que n'importe quel autre territoire, plus que la France. J’ai vraiment l’impression d’être moi-même envahi. Je me suis attaché politiquement et socialement à ce territoire. Impossible ne pas y aller. C’est viscéral.

    D’un point de vue légal, te battre contre la Turquie risque de te poser davantage de problèmes que ton engagement contre l’EI ?

    Bien sûr, puisque c’est illégal. La Turquie est un État souverain, membre de l’OTAN, et considéré comme un allié par nombre de pays. D’un point de vue politique, cela fait sens de se battre contre la Turquie, mais légalement, cela pose plus de problèmes.

    Tes proches n’ont pas essayé de te décourager ?

    Certains ont essayé. Mais ils savaient que c’était peine perdue. Quand je prends une décision – même si elle est rapide – elle est réfléchie malgré tout. Mes proches qui ont une conscience politique un peu plus profonde savent que ce conflit avec la Turquie est très important, politiquement et militairement.


    Arnaud* agenouillé en bas à droite dans le canton de Kobané en janvier 2018.

    L’appréhension est plus grande qu’avant ton départ pour la reprise de Rakka ?

    Oui, bien plus. Tout le monde appréhende. Quand on allait à Rakka, on s’attendait tous à en revenir. Notamment parce qu'on avait avec nous l’appui aérien. Mais là, on va se retrouver dans la situation de l’EI. On va devoir pratiquer la guérilla, se cacher... Et cette fois, c'est nous qui seront bombardés. On se voit beaucoup moins revenir, j’avoue. Mais j’ai quand même l’espoir de ne pas y rester.

    Un épisode illustre bien l’état d’esprit général : on a refait les vidéos et photos qui sont diffusées si on tombe en martyr au combat. Jusqu’à présent, on avait gardé les mêmes pour toute la guerre contre l’EI. Mais là, pour la guerre contre la Turquie, on en a refait de nouvelles. Avant, on se disait qu’on avait peu de chance que la vidéo serve, mais là c’est différent.

    Vous n’avez pas le sentiment d’aller un peu au casse-pipe ?

    Si, un peu. Quand on allait à Rakka, on était prévenu une heure avant. Là, cela fait déjà plusieurs jours qu’on se prépare. On est plus minutieux. Parce qu'on sait qu’on va en baver : du coup, il ne faut pas qu’on merde. Et puis, chaque jour, des dizaines de camarades sont tués là-bas. Pas mal de civils aussi – plus que de combattants d’ailleurs. En proportion, on a déjà bien plus de morts que lors des combats contre l’EI. C’est une hécatombe. On devait partir aujourd’hui [samedi], mais des amis sont morts, alors on a dû différer notre départ.

    Dans les rangs des YPG, n’y a-t-il pas le sentiment d’avoir fait le sale boulot contre l’EI - et d’être finalement un peu abandonnés ?

    Clairement. Les YPG ont toujours su qu’ils allaient se faire saigner contre l’EI et allaient prendre tous les risques au sol. On a toujours su, aussi, que ce soutien ne durerait pas. Mais le vivre, c’est autre chose. On savait qu’on se retrouverait seul, un jour ou l’autre. On est un peu dégoûtés. On a à peine fini de combattre l’EI – et encore, cela continue au sud – qu’on se retrouve seuls face à la Turquie.

    Après Rakka, on a été les héros d’un jour. Il y a eu cette vague pro-YPG, parce que ce sont ceux qui ont fini Rakka et ont réussi à mettre à bas l’EI. On était une sorte de buzz militaro-diplomatique. Mais c’était une sorte de mode momentanée. Maintenant, on se retrouve moitié aux oubliettes, moitié dans cette zone sombre dans laquelle on nous assimile à n’importe quel groupe terroriste. Dépendre autant de l’opinion publique, c’est une faiblesse, mais on ne peut pas y faire grand-chose.

    Est-ce que la bataille d’Afrin peut relancer une vague d’arrivées de volontaires internationaux selon toi ?

    Je pense que cela va calmer pas mal de gens. La plupart des gens qui sont venus ici ne sont pas des révolutionnaires. Beaucoup sont des aventuristes, des ex-militaires, des gens de droite ou d’extrême droite, qui veulent tuer au mieux des islamistes, au pire juste de « l’arabe ». Ces gens-là viendront beaucoup moins, parce que combattre la Turquie ne les intéresse pas.

    Je pense aussi que l’EI, c’était l’ennemi facile. Facile politiquement, puisque tout le monde hait l’EI. L’EI n'a aucun soutien officiel au niveau international. Dire que l’on allait combattre l’EI, c’était un engagement courageux, mais que tout le monde approuve politiquement. En revanche, dire que l’on va combattre l’État turc, cela ne fait pas l’unanimité.

     


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  • Servir le Peuple connaît depuis quelques jours un bug dans l'administration du site, qui l'empêche de mettre en ligne les tout derniers commentaires.

    C'est dommage, car il en est auxquels l'envie de répondre est brûlante. C'est le cas, par exemple, de ces quelques uns que nous avons donc regroupés ici en PDF : Microsoft-Word-Document1.pdf

    Ces commentaires, comme vous aurez le "plaisir" de le lire, sont purement et simplement des torrents d'insultes (ou d'ironie insultante) le disputant à la mauvaise foi, basés uniquement sur le point de vue que l'on a décidé d'accepter, aka celui des organes de presse de la gigantesque manœuvre mondiale pour imposer la Rojavamania gaucho-impérialiste dans les milieux de gauche anticapitaliste.

    Il est faux et éhonté d'affirmer que SLP se réveille "après la bataille" lorsque lon sait que le travail politique sur cette question a commencé fin septembre, début octobre, et qu'attendre que Daesh soit rejeté en groupes épars dans le désert et Rojava (donc) considérablement sécurisé était aussi (peut-être...) un geste de fair play minimum.

    Quant à nous être "trompés", sur la question, jusque mi-2017 à peu près, par naïveté idéaliste, cédant un peu comme tout le monde à l'idée "on va montrer que ce n'est pas l'Union Sacrée impérialiste du 11 Janvier (2015), mais la révolution qui peut vaincre le djihadisme", par manque volontaire d'enquête (rien que lire Öcalan !! et Bookchin !), et finalement par déviation éclectique et "marxiste libertaire" ; nous n'avons aucun problème à l'admettre et l'avons déjà publiquement admis.

    Enfin, "trompés", oui et non, car nous assumons aussi que sauver Rojava (Kobané etc.) d'un Daesh en dynamique de progression, et soutenir cela, n'était pas une erreur.

    Nous avons analysé Daesh (mieux que personne ne l'a jamais fait) pour le caractériser clairement comme une force à ne pas soutenir, mais au contraire à combattre (la même analyse pourrait s'appliquer à la Turquie et ses supplétifs). Nous assumons, même, que l'idée précédemment énoncée "on va montrer que ce n'est pas l'Union Sacrée impérialiste du 11 Janvier (2015), mais la révolution qui peut vaincre le djihadisme" n'était pas foncièrement mauvaise du tout au tout.

    Nous ne pensons pas, comme ont pu l'évoquer du bout des lèvres certains camarades, qu'il aurait pu "falloir" (en 2012, 2013...) former un front tactique anti-impérialiste avec Daesh au nom de ses racines (très claires) dans la résistance nationale des tribus sunnites anciennement pro-Saddam contre l'occupation de l'Irak (2003-2011). Non pas "en raison de son idéologie ultra-réactionnaire", car ce serait confondre la conséquence avec la cause ; mais bien parce que Daesh est précisément le FRUIT pourri de l'échec et du refus d'un tel front anti-impérialiste dans les années 2000. Non seulement le PDK et l'UPK, bien au chaud dans leur "région autonome" (et à la présidence de l’État irakien pour Jalal Talabani...), mais l'ensemble des forces kurdes, PKK compris n'en ont eu strictement rien à foutre du martyre du "triangle sunnite" à cette époque ; tandis que les chiites, brièvement insurgés en 2004, se sont rapidement repliés sur la situation privilégiée que leur conférait leur majorité numérique (et l'influence iranienne) dans le nouveau régime. Les sunnites du "triangle", pour beaucoup essentiellement nostalgiques de leur position privilégiée sous Saddam, n'ont souvent pas eux-mêmes facilité les choses...

    À l'arrivée, il était donc évident qu'en 2012 ou 2013 toute main kurde, chiite, chrétienne, soufie, sunnite libérale, bref non-Daesh tendue à Daesh ne pouvait être que tranchée d'un coup de sabre. Il n'y avait pas de "pacte" anti-impérialiste possible avec ce monstre du clair-obscur que le néant d'une politique anti-impérialiste conséquente face au martyre de l'Irak avait engendré. Ne restait que le combat pour sauver sa vie et sa condition d'être humain.

    Simplement, comme en toute lutte contre la régression réactionnaire absolue (seigneurs de guerre dans les années 1920, invasion japonaise 1937-45 en Chine), une telle chose implique des fronts unis et des alliances qu'il faut savoir à un moment donné ROMPRE.

    Et quant au fait que notre conflit (en tant que maoïstes revendiqués), sur d'autres points, avec le Centre anticommuniste francophone UCL-OCFR de soutien à ce néo-menchévisme, ait été un élément pour nous mettre la puce à l'oreille (la découverte beaucoup plus récente de leur participation, en Hexagone du moins, au putsch pro-HBDH contre le Comité central légitime du TKP/ML n'a évidemment fait que renforcer cela) ; nous ne nous en cachons pas une seconde non plus, en leur faisant explicitement référence.

    Notre contradicteur fait aussi semblant de découvrir que nous avons (depuis notre prise de conscience progressive courant 2017) toujours vu Rojava comme allant vers un condominium, en tout cas tentant de jouer sur les deux tableaux entre Occident et Russie-Iran-Assad ; Rojava comme UNE SORTE DE "ZONE" de protectorat occidental et non un protectorat exclusif pur et simple, où l'Occident pourrait exercer une certaine influence pour éviter l'accomplissement total de la tournure que le conflit syrien a pris, à savoir une victoire écrasante du régime et donc de Poutine (dont la projection directe dans le conflit, sans doute pas envisagée voire crue impossible, n'a évidemment fait que démultiplier le soutien de l'OTAN à la seule force lui semblant parfaitement contrôlable, directement contrôlable et pas via des gens comme Erdogan, l'émir du Qatar ou la maison Saoud – dont la reprise en main était sans doute déjà dans les tuyaux, au demeurant).

    Enfin bref, s'il pense nous convaincre du caractère révolutionnaire (au sens marxiste, léniniste, maoïste) de Rojava par l'argument qu'ils étaient sur le point (ce qui nous aurait échappé) de se vendre complètement aux seuls Russes... il va falloir se lever de bonne heure ! Essayer de nous vendre le truc en mode non mais finalement tu t'es complètement gouré, c'était vendu à l'impérialisme russe... non mais LOL, PTDR, sérieux !!

    Nous n'avons rien de plus à ajouter que ce que nous avons déjà écrit dans les articles sur le sujet que nos contradicteurs lisent quotidiennement.

    À savoir ces principes matérialistes dialectiques fondamentaux que, par exemple, en terre semi-coloniale semi-féodale la politique intérieure la plus démocratique/progressiste qui soit est secondaire s'il n'y a pas d'opposition claire à l'impérialisme ; et que la politique commande au fusil donc si l'on veut argumenter que les liens avec l'impérialisme occidental comme russe sont une "obligation tactique" (que "ceux qui ne se prennent pas les bombes sur la gueule" ne devraient pas discuter...), et que Rojava reprendra son indépendance aussitôt la Réaction locale tenue à distance suffisante, il faut se pencher sur l'idéologie pour voir si celle-ci, comme celle de Mao durant la Seconde Guerre mondiale, le permet : c'est cela qui compte, s'il faut des armes et que donc on les prend à ceux qui nous les donnent, il est bien évident que la jauge de l'indépendance n'est pas là ; elle est dans l'indépendance IDÉOLOGIQUE. Or l'idéologie d'Öcalan n'a pas cette indépendance ; elle est même au contraire TOTALEMENT LIÉE aux présupposés de l'idéologie impérialiste occidentale, aile gauche radicale postmodernoïde.

    Ce que notre contradicteur, lui, tente de nous dire et répéter, c'est que les fusils et les coopératives vont finir par commander à l'idéologie... Nous sommes peut-être ridicules, et même honteux, mais son point de vue, lui, est antimarxiste ; et nous ne ressentons donc aucune honte à nous y opposer.

    Quant à Efrin (dont au passage nous avions parfaitement compris, oui, merci, que c'étaient les Russes qui y stationnaient), nous avons été nous semble-t-il assez clairs ; enfin, il est vrai qu'on ne peut jamais vraiment l'être "assez" face à la mauvaise foi.

    Efrin... ce, osons le dire, SOULAGEMENT pour toute la vermine néo-menchévique rojavamaniaque qui veut y voir (enfin !) l'accomplissement de ses prophéties de "lâchage par l'impérialisme" qui "prouverait" le caractère "anti-impérialiste" de leur cause sacrée ; alors qu'il va bien sûr de soi que sa victoire dans l'immédiat (nous ne parlons évidemment pas au terme d'une guerre de résistance nationale prolongée de plusieurs années !!) n'est possible qu'avec l'appui d'un impérialisme ou d'un autre, fut-ce le russe via l'autorisation d'acheminer des renforts à travers les zones du régime.

    La situation à Efrin est tout simplement un retour à la situation de Kobané début 2015 : l'autodéfense nationale d'un territoire kurde qui a évidemment tout notre soutien et tous nos souhaits de victoire.

    Efrin est un territoire kurde qui n'a par conséquent pas à subir l'occupation du néo-ottomanisme turc d'Erdogan (qui cherche concrètement, depuis 2011, à réannexer officieusement la Syrie un siècle après sa perte face à la coalition anglo-arabe... ben oui, vous croyez que le secteur bourgeois turc qu'il l'a mis au pouvoir l'a fait pour quoi ?) et de ses supplétifs arabes, sur lesquels nous n'avons pas une analyse foncièrement différente de celle sur Daesh, c'est à dire celle d'un mini "Japon shōwa" (expansionnisme réactionnaire ultra-violent à rhétorique anti-occidentale).

    Pas à subir une occupation, autrement dit... pas comme les milliers de kilomètres carrés de terre arabe occupés par les YPG et leurs acolytes de la Delta Force sur la rive nord de l'Euphrate, LOL !

    Nous souhaitons, en vérité et sans ambigüité là-dessus, la victoire des forces kurdes à Efrin et ailleurs ; d'abord parce qu'elle signifie la paix et la stabilité retrouvées, comme conquêtes démocratiques minimum, pour les masses populaires qui sont en dernière instance notre seule et unique préoccupation ; ensuite parce que comme nous venons de le dire au paragraphe précédent, nous sommes des ennemis de l'oppression nationale et les assaillants d'Efrin (et peut-être oui demain Manbij, et après-demain Kobané) ne viennent pas "libérer" les non-Kurdes mais bien écraser les Kurdes, nuance de taille ; et enfin... parce que cette victoire donnera vie à une réalité politique qui pourra être observée, des FAITS qui pour être dérangeants ne pourront pas être longtemps dissimulés, alors que Rojava écrasé deviendrait un mythe, une de ces "héroïques défaites" qui sont forcément (comme toujours) la faute des autres, à la manière de l'Ukraine de Makhno ou de la Catalogne de 1936 pour les anarchistes (et les trotskystes dans le cas de la Catalogne), et les mythes sont éternels et "inattaquables".

    Si il veut, puisqu'il a mis une insistance particulière là-dessus, notre point de vue sur ce qu'il aurait "fallu faire" des zones arabes (forcément) conquises pour atteindre et prendre Raqqa-"Berlin", planter le drapeau de la victoire sur son "Reichstag" et en extirper Daesh avant de l'écraser dans la vallée de l'Euphrate, ce que nous ne remettons à la rigueur pas en cause ; nous répondrons en léninistes qu'il aurait fallu les laisser s'autodéterminer, décider librement de leur destin ; et oui, nous avons effectivement tendance à penser que cela aurait signifié re-bidouiller un compromis entre les tribus locales et le régime, et donc un retour de celui-ci en attendant que le mécontentement populaire ne re-explose à nouveau à son encontre [nous n'avons en effet pas la naïveté de croire que la démocratie soit autre chose que la forme du pouvoir d'un groupe social : de même que la soi-disante démocratie "confédérative" d'assemblée "une personne une voix" et "décidant au consensus" des zones tenues par les FDS, n'est rien de plus que la forme du pouvoir des notables kurdes du PKK-"PYD" et de la bourgeoisie impérialiste occidentale qu'ils servent et dont les forces spéciales encadrent leurs troupes ; un "référendum" d'autodétermination des zones arabes après retrait des forces kurdes aurait fondamentalement été la forme d'une décision politique des tribus – lire ici à ce sujet]. 

    Ou alors, du moins, dire aux Américains et autres Occidentaux : "si vous voulez occuper... allez-y, débrouillez-vous avec vos soldats et tous les supplétifs locaux que vous voudrez, mais c'est sans nous" ; et se replier sur l'"isotope" des 50% de population kurde, désormais sécurisé. Mais c'est vrai qu'un tel scénario ne fait pas très "révolution régionale", hein...

    L'argument sur la minorité kurde dans la vallée de l'Euphrate "plus nombreuse" que la majorité dans les zones frontalières avec l'État turc, ne tient évidemment pas (négation des principes léninistes en matière de nationalités, tendance à l'autonomisme culturel austro-marxiste) ; pas plus que celui comme quoi les milliers de kilomètres carrés de zones majoritairement arabes seraient "remis" aux mains de conseils arabes et que d'ailleurs les FDS seraient maintenant aux deux tiers arabes (négation des principes d'hégémonie et de direction, et de la force armée comme colonne vertébrale du pouvoir politique : le pouvoir en Fédération du Nord, c'est celui des YPG du PKK un point c'est tout, sans parler de leurs 2.000 "heval"... des forces spéciales US).

    On parle là de notions essentielles de la science matérialiste (matérialisme historique) marxiste, que notre contradicteur choisit délibérément d'ignorer.

    Le "confédéralisme démocratique" officiel, que l'on ne va sans doute pas tarder à nous opposer pour nous dire que les YPG apportent la "démocratie participative" aux zones non-kurdes qu'ils libèrent, est un pathétique cache-sexe cosmétique qu'il suffit de lire... l'ouvrage du nom pour démonter ; pour y voir les abrutis "d'une obéissance servile" et "baignant dans la culture de la conflictualité" que sont censés être les Arabes et les Turkmènes, auxquels les Kurdes "peuple éternellement libre" devraient supposément apporter la lumière "démocratique"...

    Oui, nous l'assumons à 300%, nous n'avions pas compris cela lorsque nous étions fascinés par cette proposition politique pour une région où l'imbrication, l'absence de de frontières nationalitaires nettes (sans parler des problèmes confessionnels !) a pour conséquence que la volonté d'établir des États-nations "à la française" n'a globalement donné lieu qu'à 100 ans de massacres.

    Pour le reste, nous n'avons rien à répondre de plus à de tels torrents de mauvaise foi que ce que nous avons déjà expliqué en long, en large et en travers.

    Ses éventuelles réponses seront publiées, par honnêteté intellectuelle, en dépit du fait que cette denrée se fasse de plus en plus rare, dès lors qu'elles répondent précisément et point par point à ce qui est expliqué et argumenté ici (au bout de 8 ans de SLP, nous sommes passablement fatigués du biais et du derailing dans le débat : lorsque des points d'importance CAPITALE sont soulevés, le seul débat accepté est d'y répondre).

    Encore du débat sur Rojava (réponse à des commentaires laissés ici)


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  • L'histoire de "cracher sur les combattants" est passablement pénible, car elle sous-entend que dès lors que quelques milliers de personnes ont fait le CHOIX POLITIQUE de prendre les armes pour une cause, les personnes ne l'ayant pas fait, soit la population mondiale moins ces quelques milliers, seraient illégitimes à critiquer quoi que ce soit d'attenant à cette cause... Ce qu'il faut bien appeler une nouvelle, et bien hallucinante arme du terrorisme intellectuel anti-politique qui est la norme dans le débat gauchiste occidental.

    Servir le Peuple, contrairement à ce que cela en arrange de comprendre, non seulement n'a jamais dit (et ne dira jamais) que ces volontaires internationalistes sont des connards qui mériteraient de se faire latter la gueule, mais passe au contraire son temps à établir des distingos très précis entre les forces engagées dans la cause de Rojava, tout comme entre les différentes situations sur place, qui ne méritent pas toutes le même traitement.

    Il y a en Rojava des islamophobes ; non seulement des fachos patentés, trumpistes et sionards qui ne sont pas notre invention, mais le témoignage direct de volontaires internationaux communistes sur place ; mais aussi des islamophobes DE GAUCHE... Le "Monsieur Kurdistan-PKK" n°1 de l'extrême-gauche blanche en région lyonnaise est ainsi un individu qui a une véritable obsession de l'"islamiiiisme", qu'il tente de maquiller sous toute l'"intersectionnalité" qu'il peut ; montant des dossiers ignobles sur un militant politico-syndical et sa vie de couple, mettant en garde contre les "barbus" d'une ville de banlieue où devait se tenir un meeting avec des marxistes afghanes, ou encore critiquant les positions de Servir le Peuple dans un long mail intitulé "Mamelouks et Caudillos" et totalement motivé par l'islamophobie (nous avions établi un certain parallèle entre les phénomènes nationaux-"islamistes", concrètement de type Frères Musulmans ou AKP, et les phénomènes de type chaviste en Amérique latine), allant jusqu'à cautionner les massacres de l'été 2013 en Égypte (il est assez longuement question de lui ici). Flanqué, pour faire bonne mesure, d'un défenseur acharné du régime syrien qui voit naturellement dans les Kurdes un moyen commode, pour Assad, de récupérer sa base d'accumulation capitaliste bureaucratique au Nord et à l'Est de l’État syrien.

    Ces gens sont ce que nous appelons des GAUCHO-IMPÉRIALISTES, qui appuient et fomentent (car la solidarité n'est jamais que solidarité, elle est aussi influence, qu'on le veuille ou non) la ligne faisant, sur le terrain, des forces YPG-YPJ les meilleurs tirailleurs des impérialistes occidentaux comme russes. 

    Il est bien évident qu'une telle ligne, en exerçant son influence, interdit à la direction kurde de Rojava de traiter correctement les contradictions qui ont conduit les masses arabes ou turkmènes de Syrie à exprimer leur antagonisme à travers l'"islamisme" de Daesh ou pro-Erdogan, et donc de les résoudre et de sortir du chaos par la "révolution régionale" à laquelle elle prétend.

    Si qui que ce soit a pu émettre une critique de cette pente savonneuse, et nous savons que de nombreuses critiques en ce sens ont pu être émises par des volontaires communistes turcs et internationaux, combattre résolument ces gens est un service rendu à ces combattant.e.s, et non leur "cracher dessus".

    Et puis il y a des gens qui ne sont pas dans ce paradigme mais qui auraient tendance à plaquer, copier-coller abstraitement les schémas politiques d'ici, en Occident, sur le Machrek arabo-kurdo-turc. C'est bien sûr le cas des schémas politiques de l'antifascisme (pour lequel le pain sur la planche ne se résume pourtant certainement pas au Nom du Mal mondial désigné par tous les médias depuis 2014, et ne manque pas ici même en Europe !). Mais cela peut aussi l'être des schémas de type libération nationale, indépendantisme de gauche, qui perdent de vue la spécificité du contexte SEMI-COLONIAL dans lequel se posent ces questions au Proche/Moyen-Orient, où les nations "dominantes" sont elles aussi et en tout premier lieu des semi-colonies de l'impérialisme, qui doivent donc elles aussi se libérer de cela, et non des nations impérialistes comme la France, l'Angleterre etc. n'ayant RIEN "au dessus" d'elles. Perdant de vue, de cette manière, toute la subtilité de l'approche d'un... Lénine, ou d'un Kaypakkaya en la matière (le fait que Kaypakkaya lie résolument les deux nécessités, autodétermination du Peuple kurde et révolution anti-impérialiste de tous les Peuples de l’État turc, l'une à l'autre, étant schématiquement et sans autre forme de procès assimilé au "fédéralisme" espagnoliste bidon de Podemos ou du PSOE outre-Pyrénées...).

    Le PKK prônant lui aussi, à l'origine, l'indépendance et le socialisme ; et ayant face à lui un mouvement communiste "de toute la Turquie" généralement loin d'être clair sur cette question, voire incapable d'assumer que "le kémalisme, c'est le fascisme" (Kaypakkaya), et une seule organisation, le TKP(ML) (avec des parenthèses à l'époque), au contraire très claire mais traversant (dans les années 1980, début 1990) une forte crise et des divisions ; c'est donc naturellement vers lui que se sont portées les relations internationales des groupes prônant la même chose pour leurs Peuples niés d'Europe. Sauf qu'à l'époque, au-delà des ses positions révisionnistes et de son fonctionnement assez peu démocratique, le PKK pouvait à la rigueur être qualifié de résolument anti-impérialiste. Établi dans des camps au Liban, par exemple, il y combattait du "bon" côté, contre les milices sanguinaires de l'"Occident-en-avant". Son dirigeant Öcalan n'avait pas eu pour maître à penser un mec qui considère que la "conflictualité arabe" est la principale responsable du malheur de la Palestine. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les choses ont considérablement changé depuis !! Et le léninisme, c'est-à-dire l'analyse concrète de la situation concrète, c'est tenir compte de tels changements.

    Il y aussi, pas peu souvent, des "non mais oui bien sûr on est critiques, mais on est d'abord là pour le Peuple kurde, pas pour les YPG", qui à notre sens ne comprennent pas bien ce que signifie une hégémonie dans un front politique ; telle que celle du PKK en Rojava.

    Pour en venir à la situation à Efrin :

    Les choses ont quelque peu évolué depuis le début de l'opération et notre premier article sur la question... à moins que ce ne soient des apparences trompeuses qui se sont dissipées.

    Le retrait annoncé des forces russes stationnées là-bas avait pu laisser penser à un "feu vert" de ce pays et un "échange", avec Erdogan, du canton à majorité kurde contre des zones tenues par des rebelles pro-Turquie. Mais depuis, ce retrait a été démenti par Moscou en même temps que le PYD (parti des Kurdes de Syrie, "frère" du PKK) était invité à des négociations, parallèles à celles de l'ONU, organisées par Poutine à Sotchi.

    Assad, toujours avec l'appui de la Russie, a commencé à éructer contre l'opération turque en territoire qu'il considère, bien évidemment, comme le sien ; "syrien". Et de fait, si Washington a d'un côté appelé Erdogan à la "retenue", mais de l'autre reconnu son "droit à protéger ses intérêts" et affirmé "ne pas en avoir" (d'intérêts) à Efrin, et que les forces YPG-YPJ qui viendraient à la rescousse le feraient sans le soutien de l'OTAN ; on observerait bel et bien un afflux de renforts... à travers les zones tenues par le régime, et sous escorte de son armée. Il se pourrait donc qu'Erdogan, qui à bien y regarder, avec les zones tenues par ses rebelles affiliés qui sont de véritables "nids" de djihadistes, pourrait bien être le dernier vrai problème de ce conflit en voie de résolution, ait été attiré par l'Occident ou les Russes ou les deux (probablement les deux) dans un "piège", une opération-bourbier dont l'échec pourrait signifier sa mort politique dans son pays (élections présidentielles en 2019).

    De fait, en même temps que la désescalade dans le discours d'Ankara est notable ("nous voulons juste établir une zone de sécurité jusqu'à 30 km de la frontière", "nous n'avons pas vocation à rester en territoire syrien souverain", etc. etc.), la progression des troupes turques et de leurs supplétifs syriens est pénible. Il faut dire aussi que, si le lancement de l'opération a pu tomber un peu "brutalement" sur la tête des Kurdes d'Efrin, l'éventualité d'une telle invasion turque était évidemment l'une des choses auxquelles ils étaient le plus préparés, puisqu'il y avait déjà eu en 2016 et début 2017 l'opération Bouclier de l'Euphrate, qui elle avait assez largement le feu vert de la "communauté internationale" puisqu'il s'agissait essentiellement de zones tenues par Daesh, mais avait déjà conduit à de violents affrontements avec les YPG-YPJ aussi.

    Mais enfin, le fait de, privés du soutien de l'Occident (d'un soutien suffisamment important pour être visible en tout cas), se tourner vers le régime d'Assad qui ne veut pas entendre parler de la moindre autonomie régionale en Syrie, est tout de même révélateur du niveau de la toile d'araignée de manœuvres impérialistes dans laquelle est empêtrée la "Révolution de Rojava".

    Comme nous l'avons dit et répété : TOUS les pragmatismes tactiques sont permis, et Mao a reçu contre les Japonais plus d'aide impérialiste que n'en recevra jamais Rojava. La question est celle de L'INDÉPENDANCE vis-à-vis de l'impérialisme, et, la politique commandant au fusil, c'est l'indépendance IDÉOLOGIQUE qui permet l'indépendance opérationnelle. Or cette indépendance idéologique, nous ne la voyons pas dans l'idéologie d'Öcalan, littéralement dictée par un gauchiste et... sioniste de gauche US ; nous ne voyons pas d'indépendance vis-à-vis de ce gauchisme de système occidental, aile extrême-gauche de l'impérialisme.

    Pour autant, la situation que nous avons à Efrin n'est ni Raqqa ni encore moins l'"au-delà de Raqqa", Deir ez-Zor et ses champs pétroliers pour le compte des compagnies américaines, etc., mais bien comme à Kobané en 2014-2015, ou... comme à Donetsk et Lugansk à la même époque (sauf que là, direct, le soutien clair de l'impérialisme russe et la présence de volontaires étrangers pas franchement progressistes ÉTAIT un problème pour la gauche radicale occidentale !!), une autodéfense populaire contre des forces leur promettant l'oppression (sachant que l'intervention turque n'est même pas dans l'intérêt véritable des populations arabes ou turkmènes sur lesquelles elle pourrait s'appuyer) ; autodéfense qui a tout notre soutien.

    C'est la raison pour laquelle notre mot d'ordre premier est, d'abord et avant tout : solidarité totale avec les masses populaires kurdes et non-kurdes du canton d'Efrin. Sortir de la guerre et de ses massacres, si nécessaire par la guerre contre ceux qui veulent la prolonger, est la première priorité absolue.

    Ensuite, quelle que soit l'issue de toute cette affaire, nous pensons que Rojava peut rester, et probablement restera un foyer de perspectives politiques révolutionnaires pour la région.

    Mais pour cela, il faut que puisse y triompher une ligne matérialiste, marxiste, léniniste, anti-impérialiste CLAIRE (chose que le PKK a ouvertement rejeté dans les années 2000, premier GROS problème) ; et ce n'est certainement pas en projetant sur l'expérience de Rojava et la région qui l'entoure ses obsessions islamophobes "de gauche" et "civilisatrices", ou ses combats occidentaux antifascistes et/ou de libération nationale, que pour X et Y raisons on a des difficultés à mener chez soi ; ou en cherchant à "prouver" à travers elle l'"inutilité" d'une telle clarté qui est par exemple celle de la ligne historique de Kaypakkaya portée par le TKP/ML (Comité central légitime) ; et en balayant les critiques au nom du "respect pour ceux/celles qui se battent sur le ter-ter", que l'on va aider à y arriver.

    #Rojava #Efrin


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  • #Continuité


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