• [Voilà qui serait de nature, au même titre que le "manifeste" de Philippe Val et quelques 300 acolytes dénoncé dans l'article, à illustrer ce que nous avons pu expliquer ici : analyse-et-retrospective-historique-du-fascisme-anti-politique-3e-part-a138446890 ainsi que dans les autres parties de la même longue étude (merci de suivre les liens)]

    "Voilà mon texte censuré. Je suis en discussion avec un modérateur de Mediapart qui dit ne pas comprendre la décision du journal. Ce que je sais, c'est que la clique Charlie s'est donnée à fond pour faire dépublier mon point de vue (suffit de voir Twitter). Que dire ? Que l'écume baveuse de haine de ces gens-là m'honore ? Même pas tant ils sont nuls et stupides. Avoir Val contre soi n'est rien. C'est de l'avoir à ses côtés qui est une honte... Sa tribune est un appel à la guerre contre les musulmans et les musulmanes et, dans la grande tradition antisémite, elle exhibe le nom "Juif" pour justifier ses forfaits et ses crimes à venir."


    Le sombre désir pogromiste de Philippe Val, plumitif bête et méchant


    Dans une tribune qui fait consensus au sein d'un médiatico-parlementarisme français grandement lepénisé, l'ex-directeur de Charlie Hebdo prend prétexte d'un "nouvel antisémitisme" pour mieux justifier, au nom du Bien et autres fadaises démocratiques, les pogroms islamophobes à venir.

    Faire consensus par les sombres temps que traverse notre pays, voilà qui pour commencer devrait inquiéter toutes celles et tous ceux qui se soucient de la paix civile comme on surveille le lait sur le feu. Il se trouve donc que, signe supplémentaire du caractère sinistre mais bouffon de notre époque, un texte (appelons-le texte, on dit bien romans des livres de Guillaume Musso) visiblement rédigé par l'ex-chansonnier Philippe Val dénonce un climat férocement antisémite en France en usant de cette singulière expression de "nouvel antisémitisme".

    Tout est à l'avenant, du reste, dans ce triste texte aussi inepte que haineux car à qui viendrait-il l'idée de parler de "nouveau" racisme sans déclencher perplexité et trouble ? "Nouveau" ? C'est-à-dire ? Il y a donc un antisémitisme qui serait acceptable ? Celui, par exemple, de Raymond Barre qui, Premier ministre qui eut dans un de ses gouvernement Maurice Papon, déclarait au lendemain de l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic le 3 octobre 1980 que cet attentat visait des "Israélites" mais avait tué des "Français innocents" (là) ? Barre, dans la grande tradition française, disait "Israélites", sans doute, peut-être, pour dire que ces gens n'étaient pas de ce pays mais d'un autre, créé par les sionistes et approuvé, même en creux, par les antisémites d'hier, les anciens donc - pas les "nouveaux", en tout état de cause.

    Ah le vieil antisémitisme, qu'il était beau, qu'il eut de grands noms, de grandes rafles qui, à défaut d'être totalement républicaines, furent menées par le personnel politique de ladite République, Bousquet notamment, grand ami du héros de la gauche, alors future ganache des guerres coloniales, à savoir François Mitterrand. Mais cet antisémitisme-là, rallié à un envahisseur étranger a tué et a exterminé - même si la France n'a pas attendu Hitler pour s'extasier devant La France juive d'Édouard Drumont. Mais enfin, tout cela était français, bien de chez nous. Et puis, génocide et création de l'État d'Israël oblige, tout cette passion triste et criminelle a été mise sous le boisseau. Un peuple transnational liquidé et assigné, comme le voulaient Eichmann et Rebatet, à une nation, un sol et une patrie blanche sur la rive orientale de la Méditerranée, quelle divine surprise, après tout, eût pu dire Maurras dont on "célèbre" au moins dans Le Figaro les 150 ans cette année.

    Mais Philippe Val, reconnu comme intellectuel à force de pauvres éditos dans un journal inepte, ne se soucie guère des vieux placards français ni de l'antisémitisme réel, bien français et n'aimant que la terre et les morts. Non, son point à lui comme à Manuel Valls, à la clique du Printemps républicain et au Céline-farce Ivan Rioufol du Figaro (je n'en cite que quelques uns tellement ils sont nombreux à avoir signé - mais n'oublions pas les huiles du CRIF), c'est le "nouvel" antisémitisme, à savoir, donc, une passion triste supposée allogène, pas de chez nous. Ne tournons pas autour du pot : le "nouvel antisémitisme" dénoncé par la gauche républicaine, laïque et démocratique, c'est les "Arabes" (foin de pudeur, Val, appliquez à vos propos de bistrot un style adéquat) que le racisme post-racial appelle "les musulmans", dont la religion et l'oumma remettent en cause, pour nos croisés de la laïcité, l'essence même de notre pays.

    Au fond, et il est usant de le rappeler, c'est toujours la même ritournelle faussement subtile (Philippe Val, enfin... il n'est drôle que malgré lui - mais obscène par les temps actuels) : au nom de nobles principes (en l’occurrence, la lutte contre l'antisémitisme mais ce peut peut être aussi la question des droits des femmes), désigner un groupe culturel à la vindicte en attendant les futurs pogroms qui régleront leur compte aux louches mahométans des cités populaires de la France.

    L'adjectif "nouvel" accolé à antisémitisme vient pour nos pétitionnaires signifier que la supposée occurrence islamiste de l'antisémitisme ne serait que l'habit neuf d'une passion criminelle éternelle et anhistorique. Cela n'a aucun sens, sauf pour les menteurs, les faussaires et les fourriers de la guerre civile. Toute haine est matérialiste et s'inscrit dans une histoire. Le FN, par exemple, est le nom parlementaire de la haine inexpiable d'une partie de la France contre l'Algérie qui s'est libérée et affranchie du colonialisme français. L'antisémitisme répandu a été une haine contre un peuple transnational que la France de la terre, des morts et de l'appropriation d'un site national ne supportait pas ; la création de l’État d'Israël a rendu caduque cette passion sinistre et partant a exaucé un rêve antisémite. Dès lors, parler de "nouvel" antisémitisme en le reliant par un stigmate écarlate à l'antisémitisme "en général" et transhistorique ou anhistorique n'a absolument aucun sens - sauf à mélanger sciemment sionisme (i.e. soutien à une politique coloniale d'apartheid au nom d'une réparation qui laverait l'Occident de ses crimes) et antisémitisme. C'est ce que font Philippe Val et ses amis. C'est d'ailleurs chez l'ex-directeur de Charlie Hebdo une vieille obsession (voir ici) qui n'a pour réel dessein que de justifier une islamophobie pogromiste d’État comme l'indique, du reste, l'expression glaçante d'épuration ethnique à bas bruit qui est, dans ce texte, le pendant de ce que Renaud Camus appelle lui, sans circonlocution propre à la gauche, le grand remplacement.

    On voit donc bien quelle est la cible de la tribune de Philippe Val. Celle-ci s'inscrit dans une trop longue séquence politique rouverte, 20 ans après la fin de la Guerre d'Algérie, par la politique du PS au début des années 1980 contre les ouvriers arabes de l'automobile, debout et en grève contre les chefs racistes et lepénistes. La juste cause de la défense des droits du peuple palestinien a été une aubaine pour la gauche qui s'est emparée des mobilisations contre la politique israélienne - digne de celle de l'Afrique du Sud de l'apartheid - pour communier dans l'islamophobie la plus effroyable.

    Disons-le enfin clairement : rien de sérieux n'étaye à ce jour la lecture antisémite des meurtres de Mmes Halimi et Knoll. Cela n'en fait pas des crimes subalternes, mais il faudrait être fou pour crier à l'antisémitisme dès qu'un juif ou une juive se fait tuer. Cela revient, du reste, à séparer les juifs de l'humanité générique et c'est, en ce sens, antisémite.

    Il y a plus de 40 ans, quand la gauche révolutionnaire critiquait fermement la politique israélienne et quand, y compris chez des juifs d'extrême-gauche comme Benny Lévy/Pierre Victor, elle criait vengeance pour Deir Yassin, il ne serait venu à l'idée de personne, y compris par crainte de ridicule, de hurler à l'antisémitisme. Il faut dire qu'en ce temps-là, des imbéciles comme Philippe Val se faisaient plutôt discrets, conscients de leur nullité politique et/ou intellectuelle.

    Pourquoi maintenant, alors ? Nos plumitifs n'ont, comme leurs prédécesseurs pétainistes vintage, aucune compassion pour les damnés de la terre, qu'ils soient fourreurs juifs ou ouvriers arabes. Non. Ce qu'ils font tient en une phrase : ils exhibent, aujourd'hui comme hier, le nom Juif pour justifier leurs forfaits et leurs crimes à venir.

    Mais ils échoueront.

    Un texte du camarade Yvan Najiels, censuré sur Médiapart suite à terrorisme intellectuel sioniste


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  • Afrique du Sud : Cyril Ramaphosa en porte-à-faux face aux réalités du pays

    Camion incendié lors manifestations à Mahikeng nord-ouest
    Camion incendié lors de manifestations à Mahikeng, chef-lieu de la province du Nord-Ouest en Afrique du Sud, le 20 avril 2018.
    © STRINGER / AFP


    Les manifestations se succèdent à Mahikeng, chef-lieu de la province du Nord-Ouest, où la situation est très tendue. À tel point que le nouveau président Cyril Ramaphosa s’y est rendu le 20 avril 2018 après avoir quitté précipitamment le sommet du Commonwealth à Londres. Cela «montre la gravité du problème», selon un proche. «Problème» lié à la corruption et à des services publics défaillants.

    Les manifestations ont débuté le 17 avril après la mort de deux personnes qui s’étaient vu refuser des soins dans une clinique à cause d’une grève. D’une manière générale, les habitants en colère protestent contre le manque de services publics et accusent de corruption le Premier ministre de la province, Supra Mahumapelo. Lequel appartient à l’African National Congress (ANC), parti du président Ramaphosa.

    La situation est si sérieuse qu’en raison des violences dans le Nord-Ouest, les autorités du Botswana voisin ont décidé de fermer leur poste-frontière avec l'Afrique du Sud près de Mahikeng.

    Le 20 avril, les écoles, magasins et services publics de Mahikeng sont restés fermés. De la fumée noire s'échappait d'un township, ont constaté des journalistes de l'AFP.

    Policiers à Mahikeng 20 avril 2018
    Policiers à Mahikeng, chef-lieu de la province sud-africaine du Nord-Ouest, le 20 avril 2018.  © Stringer - AFP


    «Beaucoup de magasins ont été pillés, des boutiques appartenant à des étrangers ont été saccagées dans notre quartier. Malheureusement il n'y avait pas assez de policiers» pour empêcher ces débordements, témoigne un pasteur de 43 ans, Leveticus Molosankwe, père de deux enfants. «Il n'y a pas assez de logements, les routes sont en mauvais état», ajoute-t-il.

    «Nous sommes une communauté dans le besoin. Regardez autour de vous et regardez nos conditions de vie. Cela fait 24 ans que nous avons un gouvernement démocratiquement élu. Mais rien n’a changé pour nous», précise un responsable communautaire de Danville, localité limitrophe de Mahikeng cité par le site du journal Mail & Guardian. Pourtant, selon ce responsable, la majorité des habitants sont des partisans de l’ANC. «Nous ne sommes pas des gens violents. Nous demandons juste une vie meilleure», explique-t-il.

    Corruption

    «Le système de santé est en lambeaux. Les proches du Premier ministre régional bénéficient des appels d'offres dans la province. C'est de la corruption pure et simple», accuse de son côté Thapelo Galeboe, un responsable local du Parti communiste, allié de l'ANC. De fait, rapporte Mail & Guardian, le gouvernement de Supra Mahumapelo est accusé d’avoir dépensé 180 millions de rands (12,13 millions d’euros) pour un contrat avec Mediosa, entreprise de technologie médicale liée à l’empire Gupta, très proche du précédent président Jacob Zuma. Lequel avait dû démissionner pour des affaires de corruption. Le contrat n’a jamais été honoré, selon le journal.

    Résultat : le système de santé se retrouve en plein chaos.

    La grève des personnels hospitaliers, qui demandent la rupture de ce contrat et des augmentations de salaires, a entraîné des fermetures de cliniques. Dans le même temps, des manifestations et des violences ont empêché des agents d’entrer dans l’hôpital régional à Mahikeng. Résultat : le 17 avril, ce dernier a même dû refuser les cas d’urgence.

    Le président sud-africain Cyril Ramaphosa 20 avril 2018
    Le président sud-africain, Cyril  Ramaphosa, s'adressant aux médias le 20 avril 2018 à Mahikeng, chef-lieu de la province du Nord-Ouest.
    © MUJAHID SAFODIEN / AFP


    Ramaphosa choisit d’attendre

    Pour le président Ramaphosa, confronté l’un de ses premiers défis de taille, la situation est complexe. Il a en effet fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités. Mais il doit aussi ménager les susceptibilités au sein de son parti, l’ANC. Tout en tenant compte de ses alliés communistes au niveau local, qui demandent le départ de Supra Mahumapelo. Ce dernier «se comporte comme un empereur dans la province. Tous les pauvres sont ses sujets. Il doit partir !», observe Thapelo Galeboe.

    De son côté, le Premier ministre du Nord-Ouest estime que les protestations sont un complot politique ourdi par ses détracteurs au sein de l’ANC et par le parti EFF, du leader extrémiste Julius Malema, qui ont présenté une motion de censure contre lui.

    Pour l’instant, Cyril Ramaphosa s’est contenté d’appeler au calme, «pendant que nous nous employons à résoudre cette question», a-t-il déclaré lors d'une allocution télévisée. Il a souligné qu'il avait compris que les manifestants exigeaient la démission du Premier ministre régional ainsi que des mesures contre la corruption. «Il s'agit de sujets sérieux», qui méritent une consultation en profondeur, au sein du parti et du gouvernement, a promis le président sud-africain. «Nous allons agir aussi vite que possible pour apporter une réponse à tous les problèmes qui ont été évoqués», a-t-il ajouté.

    L’Afrique du Sud en plein tourment

    Les brusques flambées de violence urbaine, désignées sous le nom d'«émeutes pour l'amélioration des services publics», sont quotidiennes ou presque en Afrique du Sud. Mais le déplacement d'un président pour ce genre d'incidents reste exceptionnel.

    Ces manifestations soulignent les failles de la «nation arc-en-ciel», 24 ans après l'avènement de la démocratie et l'élection du premier président sud-africain noir Nelson Mandela. Dans de nombreuses villes du pays, l'accès à l'eau et l'électricité restent rares, les logements précaires et les ordures s'entassent.

    Pourtant, l'Afrique du Sud est la première puissance industrielle du continent. Mais depuis plusieurs années, elle se débat avec un taux de chômage record à 27,7% et une croissance au ralenti.


    À relire : l-histoire-semble-s-accelerer-en-afrique-du-sud


    Précisions très instructives en commentaire :

    "Ramaphosa était au conseil d'administration de Lonmin au moment du massacre de Marikana et a cautionné l'envoi de renforts de la police. Il a beau avoir fait "amende honorable", c'est plus qu'une casserole !

    D'autant qu'il soutient maintenant des mesures néolibérales (pas pour tout le monde) avec notamment des restrictions du droit de grève :

    https://www.mondialisation.ca/afrique-du-sud-cyril-ramaphosa-politiques-neoliberales-brics-et-geopolitique/5623956

    Le coup d’Etat « soft » du 14 février 2018 au cours duquel Cyril Ramaphosa a éjecté de la présidence Jacob Zuma, après environ neuf ans au pouvoir et une lutte humiliante afin d’éviter de démissionner, a des implications locales et géopolitiques contradictoires. L’applaudissement général de la société à voir Zuma s’en aller résonne avec force. Toutefois, sa démission soulève immédiatement des préoccupations quant aux tendances néolibérales, favorables aux grandes entreprises, du nouveau président ainsi que de son passé de corruption financière et son engagement dans une guerre de classe contre les travailleurs.

    L’épisode du massacre [des mineurs] de Marikana de 2012 n’est toujours pas refermé, en dépit de son discours devant le Parlement, le 20 février, au cours duquel il a demandé pardon. Les nouvelles lois que Ramaphosa soutient auront pour effet de limiter le droit de grève au moment même où le nouveau budget subit des coupes et que des hausses d’impôt frappent les plus pauvres.

    Le massacre de Marikana

    Sur le plan international, l’émergence de l’alliance entre le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud en 2010 (lorsque Beijing invita Pretoria à bord) constituait, du moins en était-il convaincu, le principal legs de Zuma : les BRICS offraient un potentiel énorme pour défier l’hégémonie abusive de l’Occident. La réalité, toutefois, s’est révélée décevante, en particulier au sein du pays le plus inégal et agité des cinq, l’Afrique du Sud, où la direction formée à Moscou parlait « gauche » de manière experte… tout en marchant à droite.

    Après l’ère Zuma, une austérité budgétaire plus extrême, doublée du retour à une accumulation centrée sur les minerais, sous Ramaphosa, ne fera qu’amplifier la misère localement – tout en laissant, probablement, l’engagement de l’Afrique du Sud envers le projet des BRICS dans le marais. La première indication est apparue le 21 février lorsque le ministre des Finances dont a hérité Ramaphosa, Malusi Gigaba [ministre sous Zuma de mai 2014 à mars 2017 ; et ministre des Finances du 31 mars au 27 février 2018], entaché par la corruption, a imposé l’austérité et a libéralisé le contrôle des changes.

    La fin des Zuptanomics

    La chute de Zuma est le résultat d’un changement d’équilibre [dans la balance « du pouvoir »] au cours des dernières semaines. Il trouve son origine, d’un côté, dans les changements du soutien clientélaire au sein de la direction de l’African National Congress (ANC), principalement en conséquence d’une corruption à large échelle financée grâce à une hausse rapide de la dette publique (passant de 28% à 55% du PIB depuis 2009) ; de l’autre, dans les perspectives menaçantes pour l’ANC en vue des élections de 2019. Cela est dû, sous la forme souvent grotesque par laquelle Zuma a fusionné l’éthique personnelle, un traditionalisme ethnique fondé sur le patriarcat [au sens de « patriarche », ce qui n’exclut évidemment pas la dimension que possède l’autre signification du terme ; Zuma s’identifie à l’« ethnie zouloue »] et une accumulation de capitaux par le biais de gangs criminels.

    Il y a deux mois, la direction de l’ANC a élu de justesse Ramaphosa – contre Nkozasana Dlamini-Zuma, qui occupait récemment, entre 2012 et 2017, le poste de présidente de la Commission de l’Union africaine et était vue comme loyale envers son ancien mari – dans l’espoir qu’il puisse restaurer le prestige du parti, gagné à l’époque où l’ANC, entre 1912 et 1994, était un mouvement de libération, puis sous la présidence de Nelson Mandela (1994-1999). Ramaphosa est pourtant coupable d’évasion fiscale significative en faveur des firmes qu’il dirigeait, l’entreprise minière de la platine Lonmin ainsi que la plus grande firme de téléphonie mobile du continent (MTN). L’usine à gaz controversée Shanduka [un holding d’investissement actif dans les ressources naturelles, les télécommunications, l’alimentaire, etc. fondé par « l’ancien syndicaliste » Ramaphosa] ainsi que les franchises locales de McDonald’s et de Coca-Cola sont d’autres dimensions contribuant à ses richesses. Il a retiré ses investissements à partir de 2016 lorsque ses richesses estimées à 550 millions de dollars ont été placées auprès d’un organisme indépendant de gestion d’actifs (blind trust).

    Ramaphosa a désormais devant lui une « fenêtre d’opportunité » de 15 mois pour effacer la mémoire électorale viscérale des « combinaisons » dites « Zupta » qui – en parallèle à l’alignement de Ramaphosa avec le « monopoly du capital blanc » [expression, controversée, qui sert à désigner la puissance économique des « élites blanches » ainsi que les collusions, au travers de la corruption, entre les diverses élites et l’Etat] – ont influencé de manière si malsaine l’Etat sud-africain tout au long de la dernière décennie, au moins.

    Le surnom « Zupta » combine deux composantes : les membres de la famille et les clients de Zuma, qui agissaient sous la direction de trois frères riches, souvent de mauvais goût, les Gupta, des immigrés Indiens. La stratégie de « capture de l’Etat » par ces derniers a été engagée au début de la décennie 2000, mais n’a attiré l’attention des citoyens qu’à la suite d’un luxueux mariage au sein de la famille Gupta, en 2013, au cours duquel les règles de l’immigration et de la sécurité à l’aéroport ont été violées de manière notoire en faveur des invités Indiens. En outre, afin de payer la facture de 2,5 millions de dollars, les Gupta et leurs alliés – comprenant apparemment le nouveau secrétaire de l’ANC, Ace Magashule – ont pillé un fonds de soutien agricole destiné à des paysans noirs de la province Free State [capitale Bloemfontain], dont le dirigeant officiel est encore Magashule.

    Atul Gupta et Jacob Zuma

    Lors du scrutin au sein de l’ANC, en décembre dernier, Magashule a battu de peu le colistier de Ramaphosa pour le poste de secrétaire général. Son destin repose toutefois sur l’étendue des poursuites contre les Gupta et dans quelle mesure apparaîtront des témoignages concernant son implication dans le pillage des coffres provinciaux pour leurs affaires. Si les Gupta évitent une arrestation en Afrique du Sud et ne fournissent donc pas un témoignage accablant sur Magashule, il est possible qu’il conserve son emploi dans les mois, voire les années, à venir, à l’instar de Zuma, malgré les doutes répandus au sujet de sa probité.

    Près de 1,25 milliard de dollars par année ont été perdus en faveur du pillage Zupta, selon ce que reconnaît l’ancien ministre des finances, Pravin Gordhan, en particulier par le biais des grandes compagnies para-étatiques de l’énergie et des transports. Il s’agit, certes, d’une petite fraction des 22 milliards perdus chaque année dans la surfacturation des contrats publics, opérée par l’élite des affaires la plus corrompue au monde, selon les termes de la société d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Au cœur des combines (circuits) de Johannesburg, du Cap, de Stellenbosch et de Durban du White Monopoly Capital, PwC rapporte que « huit cadres supérieurs sur dix commettent des crimes économiques », en particulier par le biais de la fraude lors de passation de contrats publics, par le blanchiment d’argent, le détournement d’actifs ainsi que les pots-de-vin.

    Après avoir été élu à la tête de l’ANC en décembre dernier, lorsque Ramaphosa a battu l’ancienne présidente de l’Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma (une ancienne épouse de Jacob), le nouveau dirigeant a gracieusement remercié son prédécesseur. Seuls deux legs ont été mentionnés : la mise en avant du Plan nation de développement (NDP) [un programme qui prétend, à l’horizon 2030, lutter contre les inégalités et la suppression des inégalités] ainsi que la fourniture de médicaments gratuits contre le sida à quatre millions de Sud-Africains.

    Cette dernière réussite a en effet élevé de 10 ans l’espérance de vie par rapport aux 52 ans au début des années 2000 [52 ans en 2005 contre 62 en 2015]. La bataille historique de l’organisation Treatment Action Compaign contre les profits de Big Pharmacorp et le négationnisme envers le sida de l’ancien président Thabo Mbeki avait déjà été remportée sans soutien visible de Zuma en 2004. C’est-à-dire bien avant qu’il ne devienne président en 2009 [Mbeki a contesté l’origine virale de la maladie et il est largement considéré comme responsable des retards pris dans l’introduction de traitements antirétroviraux en Afrique du Sud, voir ici et ici].

    Ramaphosa mettra fièrement en œuvre le NDP (South Africa’s National Development Plan) au cours des prochaines années car il en est le co-auteur. L’engagement principal du plan, dans lequel la question climatique est absente, en termes d’infrastructures consiste en une ligne ferroviaire d’un coût de 75 milliards de dollars, principalement dans le but d’exporter 18 milliards de tonnes de charbon. Il implique 50 projets majeurs dont 14 sont déjà lancés. L’agence ferroviaire, Transnet, dispose d’un crédit chinois de 5 milliards de dollars en vue de financer l’achat de locomotives, suffisamment puissantes pour tirer des trains chargés de charbon, longs de 3 kilomètres, fabriquées en Chine. La corruption « Zupta » est toutefois déjà un problème majeur en ce qui concerne les acquisitions.

    Une combinaison malsaine de politiques clientélaires et de néolibéralisme se poursuivra sans aucun doute, étant donné que le 26 février, Ramaphosa a annoncé un nouveau cabinet dans lequel prendront place deux anciens ministres des Finances célébrés par les marchés financiers – Nhlanhla Nene et Pravin Gordhan – ainsi qu’un président adjoint, David Mabuza, à la tête de la province de l’est de Mpumalanga [ancien Transvaal] depuis 2009.

    Le prédécesseur de Mabuza à ce poste, Mathews Phosa – qui était aussi un ancien trésorier de l’ANC –, avait des formules cinglantes sur sa réputation de voleur corrompu : « Il est plongé dans un nuage de scandales et laissez-moi vous dire qu’il le suivra là où il se trouve aujourd’hui… Les gens le craignent. Ils parlent de meurtres dans la province, lorsque l’on parle de ceux-ci, ils sont liés à lui… Je ne pense pas que l’ANC remportera les élections de 2019. »

    Le dirigeant de la nouvelle Fédération des syndicats d’Afrique du Sud (la deuxième plus importante derrière le Congrès des syndicats d’Afrique du Sud qui soutient l’ANC), Zwelinzima Vavi, était tout aussi critique envers les nouveaux ministres : « La nomination de Ramaphosa n’a rien changé. Il a changé quelques têtes, mais il est toujours enraciné dans une ANC corrompue et favorable au capital à la tête de laquelle se trouvait son prédécesseur. Il est particulièrement incroyable qu’il ait nommé un président adjoint, et donc un président potentiel, qui est impliqué depuis des années dans certains des crimes les plus sérieux [de la région], lorsqu’il était premier ministre de Mpumalanga. Au nombre de ces crimes se trouvent des pots-de-vin présumés pour l’obtention de contrats pour des installations liées à la Coupe du monde [en 2010], des menaces et l’espionnage envers des journalistes ainsi que la constitution d’une liste noire d’opposants politiques, parmi lesquels au moins 15 ont été assassinés, alors que personne n’a été arrêté pour ces meurtres. »

    Pour ce qui est des aspects positifs, toutefois, Ramaphosa a démis l’allié étroit de Zuma au sein du cabinet, le ministre de l’énergie David Mahlobo, ce qui a pour résultat que la tentative d’achat par Pretoria de huit réacteurs nucléaires auprès de Rosatom [compagnie russe] pour 100 milliards de dollars est désormais hautement improbable. Cela est principalement dû à l’aggravation de la crise de la dette de Pretoria, ce qui fait qu’il ne reste qu’une réalisation au crédit de Zuma : les réunions annuelles de « networking » avec des dirigeants à Beijing, Brasilia, Delhi et Moscou.

    Les réformes des BRICS ?

    Le sens commun, tel qu’il est exprimé à la fin de l’année dernière par le chercheur en politique étrangère Oscar van Heerden, veut que Zuma « ait assuré notre ascendance au sein du groupe géostratégique des BRICS, composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine : les économies émergentes du monde. C’est un point important car dans la recherche d’un ordre mondial plus équitable et plus juste, ce groupe fournit un contrepoids aux puissances occidentales dominantes. Les BRICS offrent un meilleur accès aux relations commerciales ainsi que de meilleurs dispositifs mondiaux de sécurité. »

    Cette fierté a été également formulée par Zuma, en partie par le biais de son avatar, le politicien et homme d’affaires Gaytom McKenzie, qui a commis un ouvrage « raconte-tout » du type Fire and Fury [allusion à l’ouvrage d’anecdotes, rapidement traduit en de nombreuses langues, de Michael Wolff], Kill Zuma by Any Means Necessary.

    Le sens commun aussi bien que les thuriféraires de Zuma doivent être soumis à l’épreuve de la réalité : loin des gestes rhétoriques permanents de Pretoria, les BRICS ont amplifié des processus mondiaux injustes et inéquitables. Alors que trois membres des BRICS ont abrité, entre 2010 et 2018, la Coupe du monde entachée de corruption de la FIFA – ce qui n’est là que la manifestation la plus flagrante, quoique superficielle, de l’entrée dans l’impérialisme (footballistique de Sepp Blatter) – les intentions de « réformes » de la gouvernance mondiale menée par les BRICS sont révélatrices :

    • Dans le domaine de la finance mondiale, la restructuration de la direction du FMI entre 2010 et 2015 a cédé une place plus importante aux quatre membres des BRICS largement plus puissants (hausse des droits de vote de 37% pour la Chine, de 23% pour le Brésil, 11% pour l’Inde et 8% pour la Russie), mais la plupart des pays africains disposent aujourd’hui d’un droit de vote bien peu fiable (par exemple le Nigeria en a perdu 41% et même l’Afrique du Sud a perdu 21%). Un droit de vote des BRIC – donc sans l’Afrique du Sud – plus élevé. Il n’atteint juste pas le 15% nécessaire pour présenter un veto. Fait-il une différence quelconque ? Après tout, les directeurs du bloc ont suivi à trois reprises (en 2011, 2015 et 2016) leurs homologues occidentaux dans le soutien à la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, alors même qu’elle était poursuivie – et jugée en 2016 coupable par négligence – pour une affaire de corruption criminelle de 490 millions de dollars remontant à sa période comme ministre des Finances française. La « pratique libre » (free ride) de Lagarde suggère que les BRICS non seulement partagent son approche néolibérale mais aussi l’apparition d’une corruption politique systémique au sommet de l’ordre financier mondial.

    • En outre, le Contingent Reserve Arrangement – un fonds de sauvetage théorique – de 100 milliards de dollars des BRICS renforce le FMI en obligeant les emprunteurs d’obtenir d’abord un prêt du FMI et de passer par un programme d’ajustement structurel avant d’accéder à l’autre 70% de leur quota de contributions dans des périodes d’urgence financière. Et les dirigeants de la New Development Bank des BRICS – qui n’est pas supervisée par la société civile – se vantent d’un cofinancement et d’arrangements concernant le partage de personnel avec la Banque mondiale.

    • En ce qui concerne le réchauffement climatique, l’Accord sur le climat de Paris (2015) a laissé les victimes sans une quelconque option de « dette climatique » contre l’Occident et les BRICS, dans la mesure où les prétentions juridiques vis-à-vis de la responsabilité des signataires sont interdites. Les engagements concernant les diminutions d’émission prises à Paris sont trop faibles et, dans tous les cas, non contraignants – ce dont a témoigné le départ de Trump, en juin dernier, sans qu’il provoque de punition officielle. Les émissions militaires, maritimes et des transports aériens ne sont pas couverts [par ces engagements]. Les marchés de carbone – soit la « privatisation de l’air » – ont été avalisés. La catastrophe climatique est ainsi inévitable, principalement pour le bénéfice des industries qui produisent de grandes quantités de carbone dans les pays riches et moyens.

    • En ce qui concerne le commerce mondial, le sommet de Nairobi de 2015 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a essentiellement mis un terme aux subsides agricoles et donc à la souveraineté alimentaire grâce aux alliances cruciales conclues entre les représentants de Brasilia et de New Delhi avec les négociateurs de Washington et de Bruxelles. Le leader favorable au capital de l’OMC est le Brésil, ce qui laisse penser que le remplacement des élites du Nord par celles du Sud continuera à porter atteinte au « Sud ».

    Les dirigeants des BRICS se sont révélés des alliés vitaux de l’Occident dans chacun de ces moments récents de la mal-gouvernance mondiale. Les accords à court terme bénéficiant à leurs agences para-étatiques et entreprises néolibérales, intensément polluantes, surviennent toutefois à une époque difficile. Les prétendues « améliorations dans les accords commerciaux » que van Heerden relie à l’ère des BRICS sont, en réalité, accompagnées d’un déclin relatif plus important du commerce tel qu’il est mesuré en rapport au PIB.

    Bien que l’année 2017 ait représenté des volumes commerciaux plus élevés, entre 2008 et 2016, le ratio commerce mondial/PIB a diminué légèrement, passant de 61 à 58%. Ce sont les BRICS qui figuraient en tête de cette baisse : le ratio commerce/PIB de la Chine a chuté de 53 à 36%, celui de l’Inde de 53 à 40%, celui d’Afrique du Sud de 73 à 60%, celui de la Russie de 53 à 45% et, enfin, celui du Brésil de 28 à 25%. Pour les deux premiers BRICS, la chute provient d’un rééquilibrage par le biais d’une consommation nationale plus élevée plutôt que par une croissance liée aux exportations.

    La part déclinante du commerce pour l’Afrique du Sud, la Russie et le Brésil reflète le pic du prix des matières premières juste avant l’effondrement financier mondial cette année, auquel ont succédé les récessions suivantes. Depuis début 2016, une hausse des prix des matières premières a encouragé les pays dépendants de l’économie extractive, tirant même le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud hors de la récession. Mais le renouveau de la volatilité économique en 2018 – par exemple les milliers de milliards de dollars qui se sont évaporés des marchés financiers pratiquement en une nuit au début de ce mois [de février] – porte la menace du retour d’une vulnérabilité extrême pour les matières premières, tel qu’en portent témoignage les oscillations folles des prix entre 2007 et 2015.

    Quant aux prétendus « meilleurs arrangements sécuritaires mondiaux », le monde est ironiquement bien plus dangereux depuis que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud) ont pris leur forme actuelle en 2010 : en Syrie, dans les Etats du Golfe, en Ukraine et en Pologne, dans la péninsule coréenne, au Sahel et dans la Corne de l’Afrique, ainsi qu’au sud de la mer de Chine. Même la frontière indo-chinoise est touchée par des affrontements, lesquels ont été près de faire capoter le sommet annuel des BRICS au milieu de l’année 2017.

    Turbulences géopolitiques

    Le boycott de Narendra Modi du sommet de la Belt and Road Initiative [1], en mai dernier, était dû à l’intrusion du méga-projet de Beijing sur le terrain de ce que New Delhi considère comme ses propres terres du Cachemire, détenues aujourd’hui par le Pakistan. Il s’agit pour Xi Jiping du lopin de terre crucial reliant la Chine occidentale au port de Gwadar [extrême sud-ouest du Pakistan], sur la mer d’Arabie.

    En tant que bloc géopolitique, les interventions publiques en matière de sécurité des BRICS se sont déroulées strictement dans le contexte du G20. Tout d’abord, en septembre 2013, les BRICS ont empêché Barack Obama de bombarder la Syrie en faisant pression lors du sommet de ce groupe plus large à Saint-Pétersbourg. Ensuite, dix mois plus tard à Amsterdam, les BRICS ont soutenu l’invasion russe (ou « libération ») de la Crimée après que l’Occident a menacé d’expulser Moscou du G20 ; de la même manière que les Etats-Unis et l’Europe avaient jeté Vladimir Poutine hors du G8, aujourd’hui G7. Toutefois, lorsque Donald Trump est venu, en juillet dernier, au sommet du G20 à Hambourg, les dirigeants des BRICS se sont révélés très polis malgré les nombreux appels visant à sanctionner les Etats-Unis en raison de leur retrait des engagements sur le climat à peine un mois plus tôt.

    Heureusement, la sécurité militaire et politique de la région d’Afrique australe s’est améliorée par rapport à des époques antérieures. Plus de deux millions de personnes ont été tuées par des régimes blancs et leurs auxiliaires sur les fronts de la lutte contre le colonialisme et l’apartheid au cours des décennies 1970 et 1980, en particulier au Mozambique et en Angola. Un plus grand nombre encore sont morts à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) au début des années 2000, période et région d’extraction extrême des ressources minières. Les deux interventions armées récentes de Pretoria dans la région se sont faites en jonction avec les troupes de maintien de la paix de l’ONU en RDC (de 2013 à aujourd’hui) et pour aider le régime autoritaire aux abois de la République centrafricaine (2006-13).

    Ces deux interventions sont vues comme des échecs politico-militaire sous-impérialistes dans la mesure où les violences se poursuivent dans les deux pays. À Bangui, capitale de Centrafrique, plus d’une dizaine de soldats de Pretoria ont été tués en mars 2013 en défendant des entreprises de Johannesburg, qui ont passé des contrats juteux, à peine quelques jours avant la tenue du sommet « Gateway to Africa » des BRICS à Durban, en Afrique du Sud.

    Pour ce qui a trait à la sécurité locale, des soulèvements majeurs en protestation contre les injustices ont été réprimés et font l’objet d’une surveillance très étroite dans chacun des pays des BRICS. Le pire moment, en Afrique du Sud, s’est déroulé le 16 août 2012 lorsqu’une trentaine de mineurs ont été massacrés par la police. Cette dernière « agissait ostensiblement » à la demande explicite (transmise par courriel le jour avant) du principal actionnaire local de la compagnie minière de la platine Lonmin, qui exigeait une « action décisive » contre les « infâmes criminels ». C’est-à-dire les 4000 mineurs engagés dans une grève sauvage contre des salaires de misère et des conditions de vie déplorables. L’actionnaire n’était autre que Cyril Ramaphosa.

    Les excuses présentées par Ramaphosa en 2017 à propos de la formulation du courriel ont été rejetées par les familles des victimes comme relevant d’une posture dépourvue d’authenticité. Son engagement contraignant sur le plan légal – alors qu’il était à la tête de l’exécutif du Comité de transformation de Lonmin entre 2010 et 2013 – de construire 5500 logements pour les mineurs ne s’est jamais traduit dans la réalité. Sous le règne de Ramaphosa, seules trois maisons ont été construites, laissant les taudis de Wonderkop et de Nkaneng sans approvisionnement électrique et sanitaire (excepté les énormes pylônes qui, passant au-dessus, fournissent l’électricité à la fonderie de platine, quelques centaines de mètres plus loin).

    Pour sa défense, il a avancé de prétendues difficultés financières suite à l’effondrement économique mondial de 2008. La Banque mondiale lui avait pourtant alloué un prêt de 100 millions de dollars pour y faire face. Ramaphosa, au lieu de cela, a décidé d’utiliser des fonds de la compagnie pour acheter des services marketing dans les Bermudes d’une valeur de 100 millions de dollars, par le biais de son contrôle, via Shnaduka, exercé sur la principale firme partenaire du Black Empowerment de Lonmin, une entreprise qui, pour reprendre les paroles de l’avocat de Lonmin, « a refusé pendant de nombreuses années d’accepter la nouvelle structure » afin de mettre un terme à l’évasion fiscale vers les Bermudes – de la même façon qu’il s’est dirigé vers des paradis fiscaux pour ses autres entreprises.

    Le poison des BRICS

    La plus grande part du sens commun voulant que les BRICS suivent un agenda contre l’Occident est donc douteuse. Même sur le plan de la sécurité individuelle, plusieurs politiciens sud-africains de premier plan sont préoccupés. Zuma lui-même a affirmé régulièrement que le fait qu’il a failli mourir en 2014 d’un composé toxique du ricin, avant d’être rapidement pris en charge pendant deux semaines en Russie, était lié aux BRICS.

    En août dernier, il a déclaré devant les membres de l’ANC de sa circonscription rurale au KwaZulu-Natal (le lieu d’un grand nombre d’assassinats politiques), « j’ai été empoisonné et je suis presque mort parce que l’Afrique du Sud a rejoint les BRICS sous ma direction ». Zuma a renouvelé cette accusation trois mois plus tard lors d’une interview à la télévision, laissant entendre qu’il s’agissait d’un complot occidental. Quelques jours avant d’être jeté à la porte, sa famille a régurgité l’idée que « l’Occident » était responsable de sa chute.

    Ramaphosa est-il un antidote face aux accomplissements au jeu des BRICS de Zuma ? Oui, selon le BRICS Post, dont le correspondant en Afrique du Sud a appelé à un remplacement de leadership immédiat. La branche sud-africaine du BRICS Business Council, dirigée par le magnat local de la presse Iqbal Survé (à la tête du The Sekunjalo Group, sis à Capte Town ; il contrôle un nombre impressionnant de journaux, de publications online, etc.), a proposé des titres d’un cynisme surprenant suite au discours de Zuma devant le Congrès de l’ANC en décembre : « Vintage Zuma lance un chant de cygne vengeur, dépourvu de toute responsabilité » et « Ramaphosa se prépare à faire face à un avenir sombre pour l’Afrique du Sud ». De tels titres participent à la cacophonie des plaintes contre Zuma émanant des milieux d’affaires et de la société civile. Accompagnées par un changement de pouvoir rapide au sein de l’ANC, elles ont conduit à l’expulsion de Zuma de la présidence.

    Les BRICS sont aussi devenus un facteur politique local, car quelques heures avant qu’il ne quitte son poste, le 14 février, Zuma a déclaré à la chaîne nationale : « En vue du sommet, des BRICS, je devrais être en position de vous introduire [Ramaphosa] aux autres dirigeants en disant voici le camarade qui prend ma suite. Cela aussi pour éviter l’impression qui existe que Zuma a été expulsé par un coup de coude. » Et, selon Zuma, son successeur « a été d’accord. Il a dit que c’était une bonne proposition. Nous étions tous d’accord. » La confirmation est venue quelques jours plus tard.

    Le soupire collectif de soulagement qui s’est fait entendre dans la plupart des couches de la société sud-africaine – principalement dans les rangs de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie – est tempéré, du côté de la gauche, par la connaissance approfondie des engagements de Ramaphosa pour une politique minière extrême. Il est bien possible que – bien qu’il ait jusqu’ici compté sur les puissances capitalistes occidentales et les riches Blancs d’Afrique du Sud pour l’approvisionnement de ses fonds et pour ses opportunités de franchises – Ramaphosa se tourne également vers ses nouveaux alliés des BRICS, en particulier s’il en vient à des responsabilités plus difficiles, telle que l’imposition d’une austérité budgétaire.

    Il est toutefois plus probable, après un accueil à contrecœur du sommet des BRICS à Sandton, qu’il témoigne seulement de tièdes gestes symboliques envers les BRICS. C’est certainement de cette façon que Ramaphosa gouvernera très probablement l’Afrique du Sud : suivant le courant afin de ne pas ébranler le bateau capitaliste. Dans un pays où les inégalités sont les plus importantes, il s’agit de la poursuite d’un empoisonnement différent, mais d’un type proche.

    Des paroles de gauche, un budget de droite

    Mardi 20 février, Ramaphosa a offert ces belles paroles dans une réponse formelle aux critiques de son « Adresse sur l’état de la nation » devant la principale chambre législative du pays : « Les personnes les plus importantes ne sont pas celles qui arpentent les tapis rouges du parlement, mais celles qui passent leurs nuits sur les bancs à ses portes. »

    Mercredi 21 février, malgré des affirmations contraires, la stratégie budgétaire du ministre des Finances, Malusi Gigaba, frappe de manière disproportionnée près des deux tiers de Sud-africains qui survivent en dessous de la ligne de pauvreté ; et non pas 55% comme le prétendent les statistiques officielles d’Afrique du Sud, StatsSA. Cette agence, selon l’unité de recherche sur le travail et le développement d’Afrique du Sud de l’Université du Cap, utilise une ligne de pauvreté plus basse d’au moins un quart par rapport à ce qu’elle devrait être. Et pour ceux qui se trouvent au-dessus et disposent d’économies, 43 milliards de dollars sur le total des fonds d’investissement institutionnels, s’élevant à 843 milliards, ils pourront bientôt s’abriter à l’étranger en raison d’un contrôle des changes plus flexible.

    En 1991, la taxe sur la valeur ajoutée (la TVA) a remplacé, sur requête du FMI, une taxe générale sur les ventes, malgré les protestations vigoureuses du Congress of South African Trade Unions (Cosatu). Le Cosatu a finalement exigé – avec succès – que certains biens alimentaires ne soient pas taxés. La dernière hausse de la TVA date de 1993, principalement en raison des pressions des organisations de travailleurs. S’dumo Dlamini, le président du Cosatu, se souvient : « Le gouvernement d’apartheid s’est effondré parce qu’il était sous pression alors que le pays opérait une transition vers la démocratie. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, la TVA a augmenté. C’est une mauvaise chose pour les pauvres. C’est une mauvaise chose pour les travailleurs qui suent tous les jours. »

    Carol Paton, du Business Day’s, a en outre observé : « Du côté des dépenses, ce sont les communautés pauvres qui ont été les plus grands perdants, en raison des coupes dans des entités publiques telles que le service des passagers des trains d’Afrique du Sud et alors que les prêts pour les infrastructures dans les provinces et les municipalités ont été dévastés. »

    Le Parti communiste d’Afrique du Sud ajoute : « Il est simplement faux d’affirmer, ainsi que l’a fait le ministre des Finances, que le 20% le plus pauvre ne sera pas touché par la hausse de la TVA. Pire encore, d’autres taxes indirectes, comme la redevance sur le carburant, auront un impact accru sur le coût de la vie, en particulier pour les pauvres. »

    L’une des ONG les plus respectées dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, la Pietermaritzburg Agency for Community Social Action (Pacsa), a scruté le panier mensuel d’un consommateur à faibles revenus. Il en résulte que, désormais, dès lors que moins de la moitié des 38 composantes du panier ne sont pas taxées, la TVA mensuelle seulement pour des achats d’aliments atteindra 19 dollars (la hausse de TVA de 1% représentant une augmentation de 1 dollar 30). Julie Smith, une chercheuse de la Pacsa, observe qu’« afin de confectionner un repas, les ménages de la classe laborieuse n’utilisent pas seulement des aliments non taxés. Une mère n’envoie pas son enfant à l’école avec seulement quelques tranches de pain noir ; elle l’envoie avec un sandwich, ce qui exige, en plus du pain, de la margarine, du beurre de cacahuète ou du jambon, du fromage ou du polony [saucisse à base de viande hautement transformée, une épidémie de listériose, occasionnant plusieurs dizaines de morts, liée à ces saucisses vient d’éclater en Afrique du Sud]. Or, tous ces aliments sont soumis à la TVA. »

    L’allocation familiale (Child Support Grant) a été élevée de 6,6% en octobre, atteignant 35,50 dollars mensuels, soit plus que le taux d’inflation prévu à 5,5%. Pacsa affirme toutefois que pour plus de 12 millions d’enfants dépendants de cette allocation, le rythme de l’inflation est bien plus élevé : « Au cours des derniers six mois, le coût pour nourrir des enfants âgés entre 10 et 13 ans – avec un régime de base mais nutritif – a crû de 8,8% pour atteindre 51 dollars. » Les allocations pour personnes âgées dont bénéficient 3,4 millions de pensionnaires ont aussi été augmentées plus que le taux officiel d’inflation, à 148 dollars mensuels à partir du mois d’octobre, mais cette hausse reste en deçà du taux actuel d’inflation des aliments.

    Pour ce qui est des gagnants, plusieurs années de protestations étudiantes (dans les universités) énergiques ont été récompensées par une augmentation du budget annuel de 1,65 milliard de dollars pour 2020, de sorte qu’au moins le début d’une éducation tertiaire gratuite figure désormais au budget.

    « Un véritable assaut néolibéral »

    M. Gigaba, ministre des Finances, n’a toutefois imposé aucune hausse substantielle de l’impôt sur la fortune, ce qui est révélateur des sphères où réside le véritable pouvoir social de l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Manifestement ravi, John Campbell, de Chartered Wealth Solutions [un fonds de pension et assurance vie], a remarqué : « Il n’y a pas eu de changements sur les taux marginaux de l’impôt sur le revenu, sur le taux de l’impôt sur les trusts (45%) ou encore sur l’impôt sur les entreprises (28%). Les droits de transfert lors de ventes de propriété n’ont également pas été modifiés. »

    Certes, ceux qui se trouvent dans les tranches de revenus élevées vont souffrir en raison des effets de l’inflation sur l’impôt sur les revenus personnels qui impliquera une contribution de 600 millions de dollars, mais c’est moins du tiers du 1,9 milliard obtenu par la hausse socialement régressive de la TVA. D’autres augmentations d’impôt, y compris celle de 0,05 dollar par litre de pétrole, généreront 600 millions supplémentaires.

    Il en découle que Gigaba a déplacé le ratio dette totale/PIB d’une trajectoire ascendante partant de 53% aujourd’hui à 55% dans sept ans plutôt que 63%, tel que prévu en octobre dernier. On s’attend à ce que cela suffise à apaiser l’agence de notation Moody pour qu’elle n’attribue pas la pire note aux obligations d’Afrique du Sud ainsi qu’elle menaçait de le faire, il y a moins d’un mois.

    Zwelinzima Vavi, le dirigeant de la South African Federation of Trade Unions, a critiqué Gigaba pour avoir maintenu le principal impôt sur les sociétés à la moitié de son niveau de 1994 : « Les impôts sur les entreprises ne sont pas affectés, il s’agit là d’un véritable assaut néolibéral contre les pauvres. Cela est fait sur la fausse conviction que si les riches sont épargnés, ils investiront leur argent et les pauvres en bénéficieront au final. Soit l’idée économique, qui s’est révélée un désastre, du ruissellement (trickle down). »

    L’autorisation (soit un siphonnage) qu’a accordée Gigaba aux fonds de pension et aux assurances de retirer 5% supplémentaires de leurs actifs vers des paradis fiscaux (offshore) mérite en effet un examen. En octobre dernier, le taux de la capitalisation des marchés/PIB de la Bourse de Johannesburg a atteint un sommet inégalé, soit plus de 16,2 billions de rands en valeurs actionnariales contre un PIB de 4,6 billions de rands pour 2017, soit un ratio de 450% (trois fois plus élevé que le niveau mondial). Une diversification est donc bienvenue.

    Mais laisser les investisseurs chercher à l’étranger des retours sur investissement plus élevés que les 8,1% des obligations d’Etat sud-africaines – qui restent encore parmi les plus élevées du monde, à l’égal de la Russie et du Venezuela – revient pourtant à produire une autre tragédie financière. Alors qu’une partie de la compagnie d’assurances Old Mutual retourne désormais sur la Bourse de Johannesburg pour y être cotée – suite aux difficultés rencontrées à la Bourse de Londres – et cela immédiatement après l’effondrement les Bourses mondiales début février, une telle volatilité financière mondiale ne devrait-elle pas provoquer un renforcement du contrôle des changes plutôt qu’une libéralisation ?

    M. Gigaba admet que des « remboursements élevés de la dette extérieure » frapperont durement au cours de l’année, mais avec près de 160 milliards de dollars (soit 48% du PIB), selon l’estimation la Reserve Bank d’Afrique du Sud, la dette extérieure totale d’Afrique du Sud est aujourd’hui bien au-delà de tout précédent historique, y compris lorsque P. W. Botha (président entre 1984 et 1989) a fait défaut (le taux de la dette atteignait alors juste 42% du PIB).

    Comme Ramaphosa affirme être engagé dans une lutte contre les mouvements illicites de capitaux – son antécédent d’encouragement des paradis fiscaux auprès de Lonmin, MTN et Shanduka suggère une certaine familiarité avec l’évasion fiscale – il aurait été plus logique pour Pretoria de suivre la route indiquée par Beijing : renforcer au lieu d’émousser ce qui reste de contrôle des transferts de capitaux. Ce revirement est cohérent avec l’engagement déclaré de Ramaphosa envers les pauvres, lui aussi saboté par le budget de Gigaba.

    Sur ces aspects, Ramaphosa pourra s’adapter avec aisance aux tendances néolibérales qui émergent au sein des BRICS, dès lors que le manteau de la promotion des politiques favorables à la mondialisation est transféré des Etats-Unis à la Chine. Même s’il n’adoptera jamais le faux anti-impérialisme de Zuma, on peut s’attendre à ce que Ramaphosa adopte des thèmes nationalistes étant donné ses extraordinaires antécédents dans les organisations étudiantes, syndicales et à l’ANC. Il devra toutefois être oublié comme un bourgeois insensible et non patriote. Et c’est dans le genre de Gigaba – à moins qu’il ne soit remercié comme les ministres de l’énergie, des mines, du développement social, du gouvernement local et des services publics, lesquels ont tous été des alliés de Gupta – qu’un nouveau surnom pourrait bien coller à son gouvernement pour la prochaine période : le régime Ramazupta.

    Patrickk Bond

    Article publié le 27 février sur le site Znet,

    Traduction À l’Encontre 

    Notes

    [1Connue aussi sous le nom de « Nouvelle route de la soie », soit le développement des liaisons ferroviaires en Eurasie depuis la Chine, pendant de la « ceinture de perles » qui vise à assurer les liaisons maritimes en direction du Moyen-Orient et de l’Afrique. (Réd. À l’Encontre)

    Patrick Bond enseigne à la Witwatersrand University School of Governance à Johannesburg. Il est également directeur du Centre for Civil Society à l’Université KwaZulu-Natal à Durban. Son dernier ouvrage (avec Ana Garcia) s’intitule BRICS, An Anti-Capitalist Critique.


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  • Pour avancer vers sa Libération révolutionnaire communistes-etat-espagnol-situation-catalane, le Peuple catalan n'a d'autre choix que de fusiller son Sartre : fusiller Puigdemont !

    http://nosinfo.org/index.php/rubricas/politica/item/789-quelques-reflexion-sur-le-processus-catalan

    Carles Puigdemont est incapable de rompre avec la blanchité. Il est par conséquent logique qu'il soit incapable de rompre avec l'entité bourbonnique.


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  • [Au sujet de Sultan Galiev, pour situer, lire ici : sur-sultan-galiev-et-les-nationalites-musulmanes-en-urss-article-de-pe-a127692642 - l-idee-du-communisme-musulman-mirsaid-sultan-galiev]

    (Sur la question de Sultan Galiev)

    Ce qui est correct dans ce que dit Sultan Galiev, c'est qu'il comprend de manière pré-maoïste (et pré-Hô Chi Minh et pré-beaucoup d'autres) la TRÈS LARGE ALLIANCE DE CLASSES qui est nécessaire dans un contexte colonial. Il faut en effet, pour se libérer d'un tel contexte, arracher dans le plus de couches sociales possibles le plus de gens possibles à leurs petit intérêt personnels, auto-centrés, qui en dernière analyse servent le colonisateur.

    Mais il oublie un élément fondamental : QUI DOIT DIRIGER cette alliance de classes ; autrement dit la QUESTION DU POUVOIR.

    C'est là qu'il y a danger. Car si on laisse diriger des couches possédantes, avec en tête leurs intérêts et privilèges locaux EN PLUS de leur haine du colonisateur, un impérialisme ou un autre risque de rappliquer et de les "acheter" ; et ici, dans le contexte de Sultan Galiev, de les tourner contre la Russie ouvrière-paysanne ET les propres masses populaires tatares ou turkmènes qui n'y gagneront RIEN ; comme il l'a fait avec la Pologne et les Pays baltes, et tenté de le faire avec l'Ukraine ou la Géorgie ou l'Arménie. [Bien sûr, avant que l'on nous rétorque avec la classe sociale de Mao, d'Hô Chi Minh, de Guevara ou Castro ou de tel ou tel autre : LES forces sociales dirigeantes dans un processus ne sont PAS SYNONYMES de LA classe sociale de l'individu propulsé président ou autre... il peut même y avoir, comme Maduro au Venezuela, un président ex-chauffeur de bus alors que la classe dirigeant le processus reste la bourgeoisie.]

    Dans le texte en lien au début de cet article, on peut lire que "les communistes musulmans de Russie virent leurs prétentions à être les propagateurs de la révolution en Orient anéanties par la réaffirmation, d’une part, de la contemporanéité de la révolution sociale et de la révolution nationale dont la direction devait incomber non à pas à la bourgeoisie radicale, mais à la paysannerie pauvre ; d’autre part de la primauté absolue de la révolution prolétarienne en Occident sur la révolution coloniale" : cette dernière affirmation est profondément erronée et a été contredite, EN PRATIQUE, par toutes les révolutions sous direction marxiste du 20e siècle après la Révolution d'Octobre. Toute l'histoire communiste depuis les années 1920 n'a fait que démontrer que la révolution est fondamentalement un encerclement des Centres par les Périphéries, et qu'elle est "portée" par conséquent par les luttes ANTICOLONIALES et ANTI-IMPÉRIALISTES de la "Périphérie mondiale" qu'est le monde colonisé et semi-colonisé. En revanche, la première (que "la direction doit incomber non à pas à la bourgeoisie radicale, mais à la paysannerie pauvre") est TOTALEMENT JUSTE et ce qui a là encore, mis en pratique par Mao, Hô Chi Minh et d'autres, fonctionné et assuré précisément le succès de ces révolutions anti-impérialistes "portant" la révolution mondiale. Certes ces révolutions ont aujourd'hui toutes été trahies, toutes été renversées par la contre-révolution et le capitalisme semi-colonial rétabli (sauf en Chine qui est devenue... impérialiste), mais elles ont du moins existé et duré un certain temps ; alors que les libérations anticoloniales sous direction bourgeoise, même bien réelles et "radicales" au début, ont subi beaucoup plus rapidement et violemment les affres de la re- (néo-) colonisation (Égypte dès l'avènement de Sadate, Inde, Indonésie, Algérie déjà avec Boumediene et encore plus après lui, etc. etc.).

    Le raisonnement de Sultan Galiev, dans la citation en photo ci-dessus, perd en fait de vue toutes les couches sociales (forcément un minimum privilégiées) qui servent objectivement (et systématiquement) d'intermédiaires dans l'exploitation des masses par le colonialisme. C'est logique : il y a un ordre social ; le colonialisme vient et le détruit. Si l'on avait une position éminente dans cet ordre social, comment la maintenir s'il n'existe plus ? Il y a la solution de combattre le colonialisme : il y a eu d'innombrables cas (Abdelkader, Samory Touré etc.) qui sont devenus des héros de la résistance nationale dans les pays concernés. Mais bon, si l'on PERD cette lutte, ensuite ? Il n'y a pas d'autre solution que de servir le colonialisme ou l'impérialisme.

    Cette notion d'avoir "été opprimés par les colonialistes" peut aller très loin selon les pays : les criollos d'Amérique du Sud peuvent dire qu'ils ont été opprimés par l'Espagne, qui ne leur donnait pas de pouvoir politique dans ses colonies ; raison pour laquelle, d'ailleurs, ils ont pris leur indépendance... et se sont mis sous la coupe des Anglais puis des Américains. Aujourd'hui ils en sont les intermédiaires, et une caste ultra-privilégiée de Blancs ou très légèrement métissés qui exploite les masses populaires indigènes, afros ou métisses à dominante indigène/afro. Aux Philippines il y a eu la même chose avec les métis éduqués ilustrados, qui ont également lutté pour l'indépendance contre l'Espagne ; ce sont aujourd'hui les intermédiaires de l'impérialisme US, dont les Philippines restent une colonie déguisée. D'ailleurs les colons blancs des États-Unis eux-mêmes, ont été "opprimés" par les Anglais ! La bourgeoisie mulâtre haïtienne ; les familles "nobles" (au sommet des pyramides tribales) de la Péninsule arabique, reconverties dans l'exportation pétrolière... et la sous-traitance de la domination impérialiste au Yémen et ailleurs, etc. etc. En Inde, les castes jouent un rôle essentiel de hiérarchie sociale pour exploiter les ouvriers et les paysans au service de l'impérialisme, pourtant "toutes les castes" peuvent dire qu'elles ont été opprimées à un moment donné ; les Anglais ont même souvent, dans leur conquête, mobilisé les "intouchables", les serfs, les esclaves contre les castes supérieures qui régnaient, les hindouistes contre des princes musulmans et inversement...

    Il est vrai ; nous le pensons contre Staline, contre Lénine même s'il le faut, et contre quiconque viendra ici nous casser les burnes avec son paquet de citations sous le bras ; que la libération de colonies RUSSES ne pouvait pas être dirigée par (même !) une alliance des ouvriers et des paysans RUSSES*. Et il est possible que le refus de cela, par Sultan Galiev, ait autant joué dans sa disgrâce, son emprisonnement et enfin son exécution que le danger anti-soviétique représenté, comme expliqué ci-dessus, par son oubli de préciser "qui doit diriger" la grande alliance de classes anticoloniale "touranienne"... Préfigurant déjà le triomphe de l'esprit "argousin grand-russe" (dénoncé par Lénine avant sa mort) qui devait présider, entre la mort de Staline et 1991, au rétablissement total du capitalisme en URSS (c'est d'ailleurs, fait peu connu ou peut-être consciemment dissimulé, dans les nationalités périphériques comme la Géorgie mais aussi les Républiques musulmanes d'Asie centrale qu'ont eu lieu les premières et plus grandes révoltes contre... Khrouchtchev !).

    Mais elle ne pouvait pas l'être non plus par n'importe quelle couche sociale, et en particulier par des bourgeois ou des grands propriétaires fonciers indigènes ("mollahs" ou pas, leur fonction religieuse on s'en tape) ; qui n'auraient engendré dans le contexte que des États de "cordon sanitaire", des protectorats de containment anti-révolutionnaire.

    C'est une loi mathématique que l'on peut encore retrouver aujourd'hui, aussi bien dans la lutte des Kurdes que dans la 400% légitime, au départ, révolte syrienne contre le régime de Bachar el-Assad.

    Et le fait est qu'après que la Commission de contrôle du Parti ait refusé sa demande de réintégration en 1924 (campant, donc, sur les positions qui avaient conduit à son exclusion), Sultan Galiev s'est alors engagé sur un terrain glissant ; dans une démarche de confrontation sans concession avec ce qui était tout de même la seule et unique "base rouge" de la planète à cette époque, et du point de vue de l'Occident, non pas des "Blancs" mais une horde mongole commandée par des Juifs (l'Allemagne nazie lui promettant une guerre d'extermination pour cela). Une démarche de confrontation qui, à mesure que les nuages noirs de la guerre totale s'amoncelaient et que le Pouvoir soviétique veillait à limiter les fronts sur lesquels il pouvait être attaqué (il y en avait globalement trois : l'Ouest par l'Allemagne ou une autre puissance européenne, l'Extrême-Orient par le Japon, "calmé" par la déculottée de Khalkhin Gol en 1939, et... le Sud en fomentant des soulèvements dans le Caucase et en Asie centrale, éventuellement appuyés par l'Iran, l'Irak ou la Turquie kémaliste), ne pouvait se conclure que par la liquidation de l'un ou de l'autre ; et comme nous le savons, ce n'est pas l'URSS qui a été anéantie...

    Les BONNES questions soulevées par Sultan Galiev, toutefois, et quelles qu'aient été les réponses qu'il y a apportée, n'en restent pas moins entières et méritent d'être étudiées ; pour qu'un jour les BONNES réponses qui y seront apportées puissent intégrer la CONCEPTION COMMUNISTE DU MONDE, indispensable pour transformer celui-ci.

    (Sur la question de Sultan Galiev)

    (Sur la question de Sultan Galiev)


    [* "Je voudrais également attirer l’attention de la Commission sur une circonstance très importante, parmi d’autres, à savoir la nature particulière des conditions du développement de la révolution dans les régions économiquement et politiquement arriérées de population turco-tatare. De mon expérience personnelle de travail pendant la révolution parmi les nationalités arriérées, j’ai conclu que le développement de la révolution sur nos marges orientales aura certainement lieu de manière non linéaire, non pas selon un « projet préétabli » mais par soubresauts ; pas même suivant des lignes courbes, mais suivant des lignes brisées. Ceci s’explique par le fait que ces régions ont vécu sous le joug écrasant du tsarisme. L’importance et l’ampleur des atrocités commises dans ces régions par les tsars russes et leurs satrapes n’apparaissent au grand jour, dans tout leur relief et leur « magnificence », qu’aujourd’hui, après la révolution d’Octobre, qui a rendu possible une analyse réellement objective de l’histoire des Turco-Tatars et des autres nationalités autrefois opprimées. On apprend que les historiens russes ont scrupuleusement caché, à qui il fallait, le caractère inhumain, et sans précédent dans l’histoire, des actes de cruauté infligés par les gouverneurs russes à ces peuples. L’étude objective du Khanat de Kazan et, plus généralement, de l’histoire de la colonisation des marges orientales par les grands propriétaires nobles et la bourgeoisie russe, ainsi que de l’histoire des mouvements révolutionnaires des peuples de la Volga et de l’Oural, démontre que toute cette histoire de conquête, d’oppression et de colonisation des peuples turco-tatars et des autres peuples orientaux de Russie, n’a été rien d’autre que l’histoire « du fer et du sang ». Pour avancer en Orient, vers des ressources naturelles et des débouchés commerciaux à bon marché, la bourgeoisie féodale et commerciale devait anéantir des villes et bourgades florissantes, et exterminer des centaines de milliers, des millions même, de paysans, ouvriers et membres de l’intelligentsia indigènes. De grandes régions toutes entières, des dizaines de districts ruraux ont été rasées et des centaines de milliers de personnes éliminées. Ces actes de cruauté ont provoqué soulèvement après soulèvement (soulèvements armés des Tchouvaches, Maris, Votiaks et Tatars durant les quinze-vingt années qui ont suivi la conquête du Khanat de Kazan ; participation des Bachkirs et Tatars au mouvement de Pougatchev ; soulèvements en Bachkirie, au Turkestan, en Crimée et dans le Caucase), lesquels, à leur tour, ont fauché des dizaines et centaines de milliers de vies d’adultes indigènes en bonne santé et capables, ce qui a eu des effets délétères sur le développement ultérieur de ces régions. Les conséquences de cette politique « du fer et du sang », conduite durant des centaines d’années, ont été très néfastes pour ces peuples. On peut affirmer que vers le début du XXe siècle ces peuples n’existaient plus en tant que nations. C’était littéralement des esclaves et des parias. L’année 1905 les a légèrement réveillés, mais seulement légèrement. L’émergence d’une force politique indigène, représentée par la bourgeoisie commerciale et par une fine couche de l’intelligentsia indigène petite-bourgeoise, ayant lancé le slogan de la « renaissance nationale », a constitué l’un des résultats positifs de 1905 pour les peuples turco-tatars de Russie. Il n’y avait pas de prolétariat, au sens ouest-européen du terme, c’est-à-dire comme force ouvrière qualifiée, organisée en tant que force politique de classe à l’échelle nationale. Les nombreux ouvriers tatars employés dans les mines et les carrières, dans les chemins de fer et, en petit nombre, dans les fabriques et usines, constituaient une force ouvrière non-qualifiée ; en outre, ils étaient partout minoritaires et étaient incorporés au prolétariat russe." sultan_galiev communisme_nationalisme.htm]


    Compléments (commentaires FB) :

    "il a essayé de subvertir le canevas marxiste en faisant des contorsions, comme les musulmans d'aujourd'hui obligés formellement de rassurer en permanence les autorités républicaines et les alliés de gauche"

    "Se "libérer du canevas" d'un marxisme perverti, ou simplement jeune et bourré d'erreurs (comme il a été "scientifique" pendant 2000 ans d'affirmer que le Soleil tournait autour de la Terre...), revenant en dernière analyse à remplacer simplement la bourgeoisie occidentale par la classe ouvrière occidentale comme "bourgeoisie mondiale" ; "compréhension" du marxisme encore agitée aujourd'hui, flots de citations à l'appui, par des gens qui ont très bien compris, qui sentent très bien VIBRER au fond d'eux leurs intérêts de Blancs comme position sociale à l'échelle mondiale ; c'est une chose, et une très bonne !

    Mais ça ne peut pas vouloir dire refuser des lois universelles (comme peut l'être la gravité, par exemple), telles que la Question du Pouvoir (je ne dis d'ailleurs pas que Sultan Galiev le fait, juste que cette citation, précise, laisse un flou sur ce point).

    La Question du Pouvoir est une loi universelle. Comment est organisée la propriété, qui dirige la production etc. etc. Les positions de classes possédantes ont des différences selon les cultures, ou selon (surtout) le niveau des forces productives, la structure économique des différentes sociétés.

    Il y a en effet des sociétés où les positions sociales, les places dans la division du travail sont complémentaires ; c'était d'ailleurs le cas en Europe au Moyen Âge ; mais il y a quand même des tendances générales et des lois qui sont universelles, comme par exemple que l'unité (cette complémentarité des classes, cette stabilité sociale) est toujours relative et temporaire, tôt ou tard surgit au galop la contradiction et la lutte.

    C'est une certitude, que je défends, que le communisme dans les pays musulmans ne doit pas piétiner l'islam ; mais au contraire s'appuyer sur ce qu'il contient (et il en contient pas mal !) d'esprit communautaire collectiviste, d'égalité et de justice sociale, d'idée que la richesse insolente et l'exploitation sans pitié de son prochain est haram, etc. etc. Ceci n'est fondamentalement rien d'autre que ce que disait Mariátegui, pour le Pérou, au sujet de la communauté paysanne incaïque (de ce qu'il en restait après 4 siècles d'encomienda espagnole...). Ou Marx à Vera Zassoulitch sur la communauté paysanne slave, ou John MacLean sur le souvenir (car la réalité avait été bien laminée, là) de la communauté celte écossaise avant le règne des landlords.

    Mariátegui qui se fera étriller, pour ces thèses (qualifiées de "populistes" au sens de populisme russe, celui de Zassoulitch justement), par Codovilla, un Italien d'Argentine propulsé à la tête du PC de ce très européen pays (PC devenu une honte totale par la suite d'ailleurs) et de fait, de tous les Partis latino-américains du Komintern ; bref.

    http://ekladata.com/8a6lstexOJDJWrz1VIhBTUTHtq8/AMX_056_0012.pdf

    Il n'empêche que Mariátegui, certes blanc dans la conception sociale péruvienne où petit bourgeois éduqué = blanc (métis aux traits indigènes relativement prononcés pour un œil européen), mais néanmoins premier à affirmer la centralité paysanne indigène de la révolution au Pérou (contre la centralité d'une classe "ouvrière" immigrée d'Europe, qui d'ailleurs venait en Argentine mais très peu au Pérou), ne posait pas moins cette question centrale du Pouvoir, de quelle classe doit diriger et comment (en l'occurrence, la paysannerie indigène ou métisse chola à dominante indigène, et les paysans indigènes ou cholos chassés de la campagne vers les villes et y devenant ouvriers).

    De même que Mao, Hô Chi Minh etc. ; indépendamment (encore une fois) de leur extraction sociale personnelle (que je ne questionne pas non plus, et d'ailleurs ignore pour Sultan Galiev).

    C'est tout ce que je reproche ici à Sultan Galiev : pas d'être "bourgeois" (ce dont là maintenant, en attendant un saut sur Wikipédia, je ne sais rien), encore moins d'être "religieux" ou "nationaliste" (aucun sens de critiquer ça dans un pays dominé) ; pas de dire que TOUTES les classes d'une colonie (sauf peut-être les serviteurs directs du colonialisme) souffrent d'une manière ou d'un autre du colonialisme, et qu'il faut de larges alliances de classe pour combattre celui-ci ; mais de ne pas dire clairement (en affirmant cela), dans la lutte contre le colonialisme (et après la victoire), quelle classe doit diriger."

    "Après faire un syncrétisme entre islam, christianisme ou je ne sais quoi et communisme c'est impossible. L'islam c'est une religion a vocation politique, comme toute les religions monothéiste, elle se veut régisseuse de la société le communisme aussi. Donc tôt ou tard avec les religieux ça grincera."

    "Je ne serais pas aussi catégorique sur la religion, en fait, c'est quelque chose dont les gens parlent comme si ça voulait dire quelque chose de précis alors que non.

    Dire "l'islam", c'est comme dire "le christianisme". Or le christianisme, c'est l'Inquisition comme c'est Bernard Délicieux ou Thomas Münzer, c'est Franco, ou Massu qui allait à la messe tous les dimanches, et les chrétiens humanistes qui soutenaient le FLN, c'est Camilo Torres comme ça peut être le sniper qui a tué 400 personnes (hommes, femmes, enfants, vieillards) en Irak "au nom de Dieu".

    En fait, à partir du moment où elle cesse d'être vraiment l'idéologie qui DIRIGE l'ordre social (en Chrétienté comme en Islam autour de l'an 1000, disons), dans un système féodal d'économie naturelle et de relative "complémentarité" sociale, elle devient tout simplement un truc "élastique" qui subit et dépend des influences contradictoires de la lutte des classes, entre possédants et exploités...

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/religion-et-revolution-un-excellent-texte-maoiste-arabe-a114071990

    Première chose. La deuxième c'est que je pense que "les religions" ça parle de choses très différentes. Il y a le bouddhisme et les autres philosophies asiatiques comme le taoïsme, qui sont parfois presque dialectiques mais font du Temps un cycle qui revient toujours au point de départ (philosophie que les maoïstes ont dû fortement combattre en Chine). Et puis il y a les religions dites du Livre, qui donnent un SENS à l'Histoire. Il y a une Création, un Jardin d’Éden qui est un peu le communisme primitif, et puis une Chute (qui est un peu l'entrée dans l'Histoire) et de là, un affrontement entre le Bien (Dieu) et le Mal (Satan) qui doit se conclure par une Fin des Temps et une victoire du Bien, la punition du Mal (les poubelles de l'Histoire en quelque sorte) et le Royaume de Dieu... qui ressemble au communisme.

    Du coup, j'en suis venu à l'idée que tout ça correspond à la perception, au début de compréhension antique du Sens de l'Histoire auquel nous croyons aussi. En somme, Dieu est tout simplement le nom antique du matérialisme dialectique, "force" motrice de l'Univers et du mouvement infini de la matière, non pas vers toujours le même point de départ mais vers "quelque chose de supérieur" ; en l'occurrence, pour l'humanité comme partie de la matière, le communisme.

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/encore-quelques-petites-reflexions-sur-les-religions-et-l-attitude-des-a114496946

    Et tout ce qui dans les religions du Livre est devenu agent du pouvoir des exploiteurs, au fond, c'est des sortes de socedems à leurs stades de pourrissement respectifs LOL !"

    "les russes ne se sont pas auto colonisés?"

    "Lénine, qui a probablement souffert de "tatarophobie" pour son aspect physique même si en termes culturels il était russe et rien d'autre, n'a jamais cessé (pas seulement dans la polémique géorgienne avec Ordjonikidzé et en arrière-plan Staline) d'alerter sur la survivance du chauvinisme grand-russe dans le Parti et les masses qu'il représentait. Il est logique que le triomphe de la voie droitière, contre-révolutionnaire, dans les années 50 ait signifié le retour en force de ce chauvinisme. À part Mikoyan, il n'y a plus eu de dirigeant éminent non-slave au niveau central.

    Après les problèmes, puis les affres de la liquidation du socialisme ont concerné les Slaves et les Russes aussi, on est d'accord.

    Maintenant, quand on parle de contexte autour de Sultan Galiev, il faut voir aussi le contexte qui à partir de 1933 est la promesse d'une guerre d'extermination et de réduction en esclavage des Slaves et des Juifs. Et, dans ce contexte, la terreur d'une prise à revers par le Sud ; sachant que Kemal puis Inönü étaient assez caractérisés par leurs sympathies pro-allemandes, et que Berlin avait aussi plus que ses relais à la Cour iranienne.

    Certes pour Hitler, les musulmans d'Asie centrale et les Caucasiens étaient sans doute encore plus inférieurs que les Slaves ; mais, malin, il savait aussi utiliser toutes les tensions et tous les contentieux pour servir ses plans ; et distinguer le premier ennemi à abattre pour régner ensuite sur toute l'Eurasie (les Slaves comme les musulmans), en l'occurrence le pouvoir soviétique russe, contre lequel tous les ressentiments étaient bons à jouer.

    C'est aussi ce contexte de terreur slave en URSS, devant la perspective de l'attaque nazie qui a précipité la fin tragique de Sultan Galiev (et toutes les politiques de durcissement contre les "nationalistes bourgeois")."

    "Après, si c'est ce à quoi tu penses, tu ne penses peut-être pas si bien dire car les Slaves de l'Empire russe ont effectivement connu aux 18e-19e siècles une forme d'"auto-colonialisme"...

    La Russie n'avait pas de colonies tropicales avec des esclaves, et pour se maintenir économiquement face à l'Europe de l'Ouest, elle a renforcé le servage de ses paysans jusqu'à le faire ressembler à une condition d'esclave noir en Caraïbe.

    Elle a en quelque sorte "colonisé" le mir paysan slave, par la main d'une aristocratie regardant vers l'Ouest, de plus en plus germanique par ses mariages etc., développant le mythe varègue (d'une origine scandinave) dans son roman national etc. etc.

    Ce n'est pas une vue de l'esprit : le principe de la féodalité, c'est déjà que la condition du paysan n'est pas celle de l'esclave antique ; et celui de la sortie capitaliste de la féodalité, qu'elle y ressemble encore de moins en moins.

    Or en Russie, le processus de modernisation initié par Pierre le Grand a signifié le contraire : un durcissement esclavagiste de la condition paysanne. Il y a eu un peu la même chose en Pologne (ce qu'il en restait guerre après guerre...), genre quelques jours par an de travail pour le seigneur au 13e siècle, tous les jours de l'année sauf le dimanche au 18e Servage#Pologne_et_Lituanie.

    La condition du paysan français ou anglais n'avait rien à voir avec celle de l'esclave africain de Guadeloupe à l'époque.

    Mais celle du paysan russe oui. Interdiction de quitter le domaine, fouet, peine de mort au moindre pet de travers, possibilité d'être vendu, etc. etc. Servage_en_Russie"

    "Une citation de Sultan Galiev en 1924, dans son courrier à la Commission de contrôle du Parti pour demander d'y être réintégré : "De ce point de vue, toute l’histoire de la formation des républiques et régions (oblasti) autonomes a été, à de rares exceptions près, l’histoire de la lutte entre, d’un côté, un petit groupe de travailleurs indigènes du Parti qui s’appuyaient sur les masses laborieuses indigènes et sur l’autorité des figures centrales du Parti (les camarades Lénine et Staline, qui étaient favorables à la mise en œuvre inconditionnelle des slogans de la politique nationale des travailleurs indigènes) et, de l’autre, des camarades russes locaux auxquels se joignaient des indigènes à l’esprit nihiliste, et qui niaient la question nationale en la considérant davantage comme une question de contre-révolution que de révolution."... encore une belle COMPLEXITÉ, à l'encontre de tout récit 'lisse' à ce sujet."


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  • Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie

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    Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie

    Réflexions FB sur la Syrie


    [Afin de situer sur ce dernier argument :

    Bataille de Manbij (mai-août 2016) : un demi-millier de civils tués.

    Bataille de Raqqa (juin-octobre 2017) : 1 333 à 1 873 civils tués, 270 000 déplacés.

    - Ensemble de l'opération Colère de l'Euphrate (novembre 2016 à octobre 2017) : 3 287 civils tués au moins (le théâtre d'opération avait 500 ou 600 000 habitants avant-guerre, difficile de dire combien au moment de l'offensive).

    Offensive de Deir ez-Zor (depuis septembre 2017) : au moins 197 civils tués entre le 10 septembre et le 26 novembre.

    Bataille de la reprise de Mossoul en Irak (octobre 2016 à juillet 2017) : 10 000 civils tués au moins, quasi 1 million de déplacés.

    Bataille d'Alep (régime et alliés contre rebelles) : 21 500 victimes civiles des deux camps, mais archi-principalement du régime... de juillet 2012 à décembre 2016, 2 872 entre avril et décembre 2016, 1 475 dans l'offensive finale de septembre à décembre (ville de 1,8 millions d'habitants en 2016, 250 à 300 000 dans Alep-Est assiégée).

    Siège de Homs par le régime : 2 200 morts civils entre 2012 et 2014 (200 000 habitants restants à cette époque).

    - Combats de la Ghouta orientale (environ 300 à 400 000 habitants) : 13 000 victimes civiles... mais depuis mars 2011 (toujours en cours).]


    19 commentaires

  • "Dans la nuit du vendredi 13 avril 2018, frégates et avions de guerre français ont bombardé Damas, dans le cadre d’une campagne de bombardements initiée par Trump. Ces nouveaux bombardements font suite aux bombardements massifs et ininterrompus en Irak depuis août 2014, puis en Syrie depuis novembre 2015, et à l’installation de bases militaires occidentales dans le nord de la Syrie.

    Les bombardements, livraisons d’armes et déploiements de soldats occidentaux en Syrie ne font qu’ajouter destructions et massacres, et ne sauraient contribuer à mettre fin au calvaire que subissent les peuples de la région. Les puissances occidentales portent une responsabilité écrasante dans les millions de morts que la « guerre contre le terrorisme » a entraînées depuis 2001.

    Après avoir rasé des villes entières comme Mossoul ou Raqqa, y compris en utilisant du phosphore blanc, les indignations des puissances occidentales apparaissent comme hypocrites et cyniques, uniquement motivées par la volonté de faire l’étalage de leur capacité de destruction.

    Le Collectif Ni Guerre ni État de Guerre exige l’arrêt des bombardements et réaffirme sa position : arrêt des bombardements et retrait des puissances impérialistes, à commencer par la France."


    http://collectifantiguerre.org/spip.php?article95&lang=fr


    L'on pourrait aussi reprendre, sans guère à ajouter sinon que cette fois-ci ils ont "frappé" (mais quoi exactement ? voir ici : frappes-syrie.png) pour de bon, cette analyse de SLP à l'époque (2013) des premières menaces de frappes directes contre le régime :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/vers-une-intervention-imperialiste-occidentale-en-syrie-a114094466

    Il faut rappeler une chose fondamentale, de nature à questionner un peu l'"émoi" (tout relatif cependant) actuel, c'est que l'impérialisme et en particulier l'impérialisme français n'est pas en guerre en Syrie depuis trois jours, mais depuis 2014... contre le djihadisme. Avec des destructions incomparablement plus grandes que celles des récentes frappes contre des installations du régimes (qui ne sont pas pour autant à défendre comme le font certains, l'"autre campisme" interventionniste anti-Assad), et à peu près totalement passées sous silence.

    Voici ce qu'en disait à l'époque le Courant de la Gauche Révolutionnaire (un des trucs les plus corrects que nous ayons trouvé sur le terrain), pourtant guère suspect de sympathies pro-djihadistes :

    Les avions américains ont aujourd’hui bombardé des positions de Daech (aussi connu sous le nom de l’État Islamique), Jabhat al Nusra (la branche d’Al Qaeda en Syrie) et Ahrar Sham. Ces bombardements ont eu lieu, selon certaines sources, avec la participation des régimes réactionnaires arabes alliés des États-Unis, qui mènent la contre-révolution au niveau régional.

    Nous rejetons ces bombardements, malgré le fait que nous avons appelé depuis le début de l’avènement des groupes réactionnaires (Daech, Jabhat al Nusra et autres) à s’y opposer car ils sont hostiles à la révolution populaire. Nous avons pris cette position ferme, à la différence des diverses parties de l’opposition libérales liées au Conseil national syrien et à la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution qui considèrent ces groupes réactionnaires en toute sottise et immoralité comme des composantes de la révolution.

    Nous nous opposons donc et condamnons ces bombardements et cette intervention militaire impérialiste en Syrie et nous appelons à y faire face, à la différence des diverses parties de l’opposition libérales liées au Conseil national syrien et à la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution qui ont salué ces bombardements.

    La raison pour laquelle nous nous opposons à cette intervention impérialiste est parce que les objectifs ne sont pas de soutenir le peuple syrien dans sa révolution, mais de restaurer une domination impérialiste des pays de la région après que les révoltes populaires, toujours en cours, aient ébranlé cette domination.

    Daech et les forces jihadistes sont le résultat des interventions militaires impérialistes et de la brutalité et de la corruption des régimes despotiques.

    Face à la multiplication des ennemis agissant contre la révolution du peuple syrien, nous pensons que seules les masses organisées et conscientes dirigées par une véritable direction révolutionnaire sont capables de vaincre les forces réactionnaires hostiles à la révolution, de vaincre le régime autoritaire, et de vaincre l’intervention impérialiste.

    Non à Washington et ses alliés
    Non à Moscou et ses alliés
    Non à Daech et aux forces contre révolutionnaires, non au régime autoritaire,
    Vive l’unité et la lute des travailleurs et des opprimés partout à travers le monde
    Tout le pouvoir et richesse au peuple

    Le Courant de la Gauche Révolutionnaire en Syrie
    23 septembre 2014


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  • L'EPL, petits groupes épars de pillards sans foi ni loi, se charge à la place de l'État de combattre la dernière guérilla encore debout et avec quelque chose qui ressemble à une dignité, l'ELN...

    Hoxhisme au service de l'Empire en Rojava (MLKP) ; hoxhisme au service de l'Empire en Colombie

    Hoxhisme au service de l'Empire en Rojava (MLKP) ; hoxhisme au service de l'Empire en Colombie

    "Dans son récent communiqué du mois de mars, l'EPL nous a publiquement déclaré la guerre. (...)

    La population du Catatumbo et de la province d'Ocaña connaît bien notre comportement et le respect que nous montrons envers les gens et leurs organisations naturelles depuis plus de 40 ans, lorsqu'est arrivée sur ce territoire notre première colonne de guérilla. (...)

    Durant plus de 4 décennies, nous avons partagé le territoire avec toutes les guérillas y opérant ; exigeant simplement le respect et surtout le respect envers la population, puisqu'être toujours liés au peuple a été la clé pour exister et poursuivre la résistance sur le territoire national. (...)

    La population du Catatumbo et des autres régions du pays a pu être témoin de la protection que nos forces ont offerte au petit groupe de l'EPL restant après la démobilisation de la majorité de cette guérilla dans les années 90. Dans les années 2000, les FARC voulaient les anéantir et l'ELN a assumé le coût politico-militaire de les défendre contre cela, subissant pour cela nous-mêmes de nombreuses attaques des FARC. (...)

    Aujourd'hui, lamentablement, ceux que nous avons protégés nous déclarent la guerre.

    Ces dernières années, l'EPL n'était présente que dans quelques municipalités de la province d'Ocaña ; aujourd'hui de petits groupes apparaissent sur tout le territoire, mais il s'agit d'une guérilla défigurée dans sa conception révolutionnaire et éloignée des sentiments du peuple, agressive et coercitive avec la population, dégradée par ses alliances avec le banditisme des cartels de la drogue eux-mêmes liés au paramilitarisme.

    Tout ceci démontre que le Parti communiste marxiste-léniniste de Colombie (dont l'EPL est à l'origine la branche militaire) a perdu le contrôle politique de ces groupes guérilleros. Nous l'appelons vivement à reprendre la direction de l'EPL, aujourd'hui très criticable pour son comportement antipopulaire dans toutes les zones de la région du Catatumbo.

    Depuis l'arrivée de l'EPL, nous avons exigé le respect du territoire et des ses habitants, le respect des organisations naturelles locales et de leurs normes de vivre-ensemble. Ceci a été notre principal motif de désaccord avec cette guérilla, qui tente d'imposer ses buts par la force et le chantage sans respecter les gens. (...)

    Front de Guerre Nord-Oriental

    Commandant en chef Manuel Pérez Martínez

    Armée de Libération Nationale (ELN)"

    Les FARC, de leur côté, se sont transformées en parti politique socedem avec pour symbole la rose TSr6VbtyvM.jpg (!!) tandis que quelques petits groupes dissidents ont refusé ces 'accords de paix' ; mais il est hélas probable que leurs motivations soient plus de conserver leurs positions de seigneurs de guerre, qu'ils craignent de perdre dans les urnes, que de relancer la lutte pour la révolution sociale. Certains de ces groupes pourraient même tremper dans de la stratégie de la tension comme celui qui vient d'enlever et assassiner trois journalistes équatoriens enlevement-journalistes assassinat-probable (qui n'y étaient pour que dalle dans que dalle), ce qui reconnaissons-le, serait le moyen idéal pour pousser Lenin Moreno alias le Liquidateur (des 3 acquis sociaux et demi de l'ère Correa lenin-moreno-le-gorbatchov-equatorien) encore plus qu'il ne l'est dans les bras de l'impérialisme, voire carrément l'amener à rouvrir la base de Manta (nous suivons cette affaire de près, nous y reviendrons dès que ça s'éclaircira un petit peu).

    Hoxhisme au service de l'Empire en Rojava (MLKP) ; hoxhisme au service de l'Empire en Colombie


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  • http://www.lindependant.fr/2018/04/10/catalogne-deux-militants-independantistes-accuses-de-terrorisme-pour-avoir-occupe-des-autoroutes,3914846.php

    La Guardia Civil a mené, ce mardi matin, une opération contre des leaders des Comités de Défense de la République catalane (CDR) qui avaient occupé les autoroutes lors de la Semaine Sainte.

    Le 25 mars, l'arrestation en Allemagne de Carles Puigdemont, ex-président de la Catalogne, avait provoqué des mouvements de contestation un peu partout dans la région. Les CDR continuite-et-rupture-en-catalogne, mouvement spontané né après la déclaration unilatérale d'indépendance du 27 octobre, avaient pris les commandes de la contestation.

    Des heurts avaient éclaté alors que des groupes occupaient également les autoroutes un peu partout en Catalogne dont l'AP-7, celle qui mène en France, à Gérone.

    Début avril, ces groupes pacifiques mais jugés plus radicaux dans leurs actions avaient offert le péage gratuit à plusieurs endroits dans la région. Des actions jugées "solidaires" par les intéressés mais qui ont déclenché une réponse pénale des autorités espagnoles ce mardi.

    Ainsi, une femme de Viladecans (sud de Barcelone) a été arrêtée pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux des messages expliquant les actions et les stratégies en direction des comités de défense de la république catalane. Les enquêteurs l'accusent d'avoir donc coordonné les CDR et les crimes de terrorisme et de rébellion ont été retenus contre elle.

    Par ailleurs, un homme d'Esplugues de Llobregat (ouest de Barcelone) a également été interpellé ce mardi. Il est accusé d'avoir conduit les coupures de routes et la "désactivation" des péages de l'AP-7. 

    Selon les médias catalans, c'est la Cour nationale qui mène l'instruction, un tribunal compétent pour enquêter sur les crimes de terrorisme.

    "Ils n'ont pas de mémoire"

    Les réactions sont nombreuses suite à ces arrestations et le groupe politique de Carles Puigdemont, Junts pel Catalunya, a été l'un des premiers à s'indigner notamment par la voix d'Elsa Artadi sa nouvelle porte-parole. "En dehors de la dérive dictatoriale alarmante de l'Espagne, la banalisation de la souffrance des vraies victimes du terrorisme est indignant. Ils n'ont pas de décence ni de mémoire", a-t-elle écrit sur Twitter.

    Mais l'indignation ne vient pas que des politiques catalans. Alberto Garzon, économiste et homme politique espagnol de gauche, s'est également exprimé sur Twitter: "Considérer les actions des CDR comme de la rébellion ou du terrorisme est barbare. Ils criminalisent la légitime protestation politique. Il s'agira aussi de terrorisme pour les expulsions ou les piquets de grèves générales?" 

    Pour justifier l'instruction pour terrorisme, le bureau de la Cour nationale estime que "les auteurs et les promoteurs de ces actes de vandalisme" mettent en péril "non seulement la paix publique et l'ordre constitutionnel, mais l'essence même du système démocratique".

    Catalogne - Deux militants indépendantistes accusés de terrorisme pour avoir occupé des autoroutes


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  • La "Commune libre" rurale bretonne est depuis le début de la semaine (lundi aux aurores) sous l'assaut de la gendarmerie mobile, équipée d'un armement impressionnant (blindés etc.).

    Les évènements en temps réel sur le site Reporterre :

    https://reporterre.net/Expulsions-sur-la-Zad-l-intervention-militaire-reprend

    https://reporterre.net/La-Zad-de-Notre-Dame-des-Landes-sous-le-choc-de-l-evacuation

    Opération militaire à Notre-Dame-des-Landes

    Opération militaire à Notre-Dame-des-Landes

    Photo prise sur l'axe Nantes-Vannes, le 6 avril au soir. Des blindés font route vers Notre-Dame-des-Landes. Il s'agit, vraisemblablement, d'une file de VBRG – véhicules blindés à roues de la gendarmerie – dotés d'un blindage‎ pare-balles, d'une mitrailleuse et de lance-grenades. Des centaines de gendarmes et de policiers se massent depuis plusieurs jours, partout en Loire-Atlantique. On parle de 2500 militaires, et de plusieurs compagnies de CRS à Rennes et Nantes dans les jours qui viennent.


    Un blindé de la gendarmerie en feu :



    Nous avons déjà eu l'occasion d'expliquer, en 2014, la "symbolique" portée par la lutte de Notre-Dame-des-Landes : celle de renouer avec les communs, la jouissance collective et solidaire (et gratuite !) de l'environnement naturel et des moyens de subsistance fournis par celui-ci, comme dans l'économie naturelle pré-capitaliste ; jouissance dont tout le processus de soumission de la société au Capital, de la fin du Moyen Âge jusqu'au 20e siècle, a consisté à priver les masses populaires pour ne leur laisser comme seul moyen de subsistance que le prix, versé par le patron, de leur force de travail.

    Les "communs" à Notre-Dame-des-Landes (Breizh), encore un exemple illustrant la théorie par la réalité historique

    Une lutte qui avec tous ses défauts bien sûr (écolo-gauchisme petit-bourgeois, baba-coolerie ou totoïsme), "ressuscite" ce lien avec le collectivisme populaire d'avant le capitalisme, que le communisme veut rétablir à un niveau supérieur ; et de surcroît, "comme par hasard" si l'on ose dire, dans une nationalité historique opprimée par l’État français (construction et outil de la domination du Capital), la Bretagne...

    La reconquête de la Terre sera l’œuvre de la Guerre populaire !


     


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  • La "justice" est une valeur bourgeoise occidentale et universaliste impériale.

    Le Pouvoir, c'est la violence libératrice :

    "Dans la période de décolonisation, il est fait appel à la raison des colonisés. On leur propose des valeurs sûres, on leur explique abondamment que la décolonisation ne doit pas signifier régression, qu’il faut s’appuyer sur les valeurs expérimentées, solides, cotées. Or il se trouve que lorsqu’un colonisé entend un discours sur la culture occidentale, il sort sa machette ou du moins il s’assure qu’elle est à portée de sa main. La violence avec laquelle s’est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l’agressivité qui a imprégné la confrontation victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensée des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ces valeurs. Dans le contexte colonial, le colon ne s’arrête dans son travail d’éreintement du colonisé que lorsque ce dernier a reconnu à haute et intelligible voix la suprématie des valeurs blanches. Dans la période de décolonisation, la masse colonisée se moque de ces mêmes valeurs, les insulte, les vomît à pleine gorge.

    Ce phénomène est d’ordinaire masqué parce que, pendant la période de décolonisation, certains intellectuels colonisés ont établi un dialogue avec la bourgeoisie du pays colonialiste. Pendant cette période, la population autochtone est perçue comme masse indistincte. Les quelques individualités indigènes que ces bourgeois colonialistes ont eu l’occasion de connaître çà et là ne pèsent pas suffisamment sur cette perception immédiate pour donner naissance à des nuances. Par contre, pendant la période de libération, la bourgeoisie colonialiste cherche avec fièvre le fameux dialogue sur les valeurs. La bourgeoisie colonialiste, quand elle enregistre l’impossibilité pour elle de maintenir sa domination sur les pays coloniaux, décide de mener un combat d’arrière-garde sur le terrain de la culture, des valeurs, des techniques, etc. Or, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue c’est que l’immense majorité des peuples colonisés est imperméable à ces problèmes. Pour le peuple colonisé la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. Mais cette dignité n’a rien à voir avec la dignité de la « personne humaine ». Cette personne humaine idéale, il n’en a jamais entendu parler. Ce que le colonisé a vu sur son sol, c’est qu’on pouvait impunément l’arrêter, le frapper, l’affamer, et aucun professeur de morale jamais, aucun curé jamais, n’est venu recevoir les coups à sa place ni partager son pain avec lui. Pour le colonisé, être moraliste c’est, très concrètement, faire taire la morgue du colon, briser sa violence étalée, en un mot l’expulser carrément du panorama…

    Le colonisé, donc, découvre que sa vie, sa respiration, les battements de son cœur sont les mêmes que ceux du colon. Il découvre qu’une peau de colon ne vaut pas plus qu’une peau d’indigène. C’est dire que cette découverte introduit une secousse essentielle dans le monde. Toute l’assurance nouvelle et révolutionnaire du colonisé en découle. Si en effet, ma vie a le même poids que celle du colon, son regard ne me foudroie plus, ne m’immobilise plus, sa voix ne me pétrifie plus. Je ne me trouble plus en sa présence. Pratiquement, je l’emmerde. Non seulement sa présence ne me gêne plus, mais déjà je suis en train de lui préparer de telles embuscades qu’il n’aura bientôt d’autre issue que la fuite."

    Frantz Fanon

    Encore un qui n'aura pas été dépecé à coups de machette, sauce péruvienne, comme il se devait !

    Guatemala: mort de l'ancien dictateur et génocidaire Efrain Rios Montt

    Il est le symbole des plus noires années du Guatemala contemporain. L'ancien président et dictateur guatémaltèque Efrain Rios Montt est décédé dimanche 1er avril matin à l'âge de 91 ans, alors qu'il était jugé pour génocide après avoir échappé à une première condamnation en 2013. Arrivé au pouvoir par un coup d'État le 23 mars 1982, le dictateur avait été renversé par son ministre de la Défense, Oscar Mejía Victores, le 8 août 1983. Son bref passage au pouvoir est néanmoins considéré comme l'un des plus violents ayant marqué la guerre civile qui a ensanglanté le pays de 1960 à 1996 et fait plus de 200 000 morts et disparus.

    L'ancien dictateur guatémaltèque Efrain Rios Montt, accusé de génocide contre les populations indiennes du Guatemala, est mort dimanche à 91 ans à son domicile d'un infarctus. Après l’annonce de sa disparition, des dizaines de familles des victimes ont manifesté pour demander justice.

    « En fait, nous sommes vraiment désolés qu’il soit mort, a réagi Aura Elena Farfán, fondatrice de l'association Famdegua, l'association des familles des détenus et disparus du Guatemala, interrogée par la rédaction en langue espagnole de RFI. Nous ne voulions pas qu’il meure, non, nous voulions qu’il vive, même malade comme il était, pour qu’il puisse nous dire où, quand, comment, toutes ces atrocité se sont déroulées. Qu’il s’explique par exemple, au sujet des 226 hameaux dévastés, des 45 000 disparus guatemaltèques, tous ces gens qui ne sont plus là.

    Nous regrettons que ce que souhaitaient ses avocats soit finalement arrivé, c’est-à-dire qu’il est mort avant la fin de son procès, sans qu’il ait pu être jugé, dans l’impunité...»

    L'ex-militaire est mort alors qu'était en cours un nouveau procès pour génocide. Un procès à huis clos en raison de son état de santé, les médecins ayant diagnostiqué une démence sénile, qui lui aurait permis, en cas de condamnation, de purger sa peine à son domicile ou dans un centre d'accueil.

    Efrain Rios Montt avait été déjà condamné le 10 mai 2013 à 80 ans de prison pour génocide et crimes de guerre. Un jugement qui avait date avant que sa peine aie été annulée pour vices de procédure par la Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays, en janvier 2014. Jamais auparavant un chef d'Etat n'avait été jugé ou condamné par un tribunal national pour génocide

    Il était notamment accusé d'être responsable du massacre de 1 771 Mayas dans le département de Quiché (nord). En 1999 un rapport des Nations unies avait pointé le «génocide» commis au Guatemala, notamment entre 1978 et 1984 contre les populations indiennes : massacres de populations et villages rasés. Cette séquence est l'un des épisodes les plus noirs de la sale guerre qui a ensanglanté le pays de 1960 à 1996 et qui a fait au total 200 000 morts et disparus, toujours selon l'ONU.

    Arrivé au pouvoir par un coup d'État le 23 mars 1982, le dictateur avait été renversé par son ministre de la Défense, Oscar Mejía Victores, le 8 août 1983. Son passage au pouvoir, bien que bref, est considéré comme l'un des plus violents ayant marqué la sale guerre. Au nom de la contre-insurrection, soutenue par les Etats-Unis, le pouvoir avait mis en place une politique de répression systématique contre les communautés indigènes soupçonnées de soutenir les guérillas de gauche. « Vive le général Rios Montt qui nous a délivré des communistes! », c’est ainsi que ses proches lui ont rendu hommage, rapporte l’AFP.

    Efrain Rios Montt n'avait pas quitté la politique puisqu'il s'était présenté à l'élection présidentielle de 2003 après avoir fondé le Front républicain guatémaltèque (FRG, droite). La leader indienne Rigoberta Menchù, prix Nobel de la paix en 1992, un des symboles de la lutte pour la reconnaissance des droits des indiens et contre l'impunité des crimes commis au Guatemala, avait fait de la condamnation de Rios Montt un combat personnel.


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  • Ainsi donc, c'est la triste nouvelle du week-end, les troupes d'Erdogan et leurs alliés syriens sont entrés dans la ville kurde et y on planté leur drapeau : le-drapeau-turc-flotte-dans-la-ville-dafrin (site radicalement pro-turc).

    Manifestement, il n'a pas été trouvé d'accord avec le régime pour une intervention qui aurait bloqué (à moins d'oser le conflit entre armées régulières) l'invasion turque, soit qu'Assad (qui s'insurge mollement contre "l'occupation" et appelle au "retrait immédiat" gouvernement-syrien-condamne-occupation-retrait-immediat) n'ait pas voulu entendre parler des conditions d'autonomie régionale posées par les YPG/J, soit (ou les deux) que la Russie ait finalement accepté, ne serait-ce que temporairement et tactiquement, d'inclure la Turquie dans le plan de partage de la Syrie et de lui accorder une "zone de sécurité" au Nord-Ouest, c'est-à-dire le territoire revendiqué par Rojava situé à l'Ouest de l'Euphrate... syrie-vers-un-triple-protectorat [ce n'était donc pas, comme nous avons pu le penser à tort au début de l'offensive, Afrin contre Idleb mais Afrin contre la Ghouta et les autres enclaves rebelles en territoire dévolu au régime... mais bon ça ne change pas grand chose au fond de l'affaire].

    Et pourquoi pas d'ailleurs, étant donné que le conflit syrien, extrêmement meurtrier certes, est d'abord et avant tout une guerre de déplacement : pour éviter que les choses ne s'éternisent (déjà 7 ans que ça dure...), les différents camps offrent à leurs adversaires et à leurs soutiens civils une porte de sortie des zones de combat pour éviter une résistance acharnée. Et donc... la zone turque au Nord-Ouest pourrait ainsi devenir le "débarras" pour tous les rebelles plus ou moins "islamistes" (et leurs partisans) balayés par le régime des poches qu'il est en train de reprendre une par une. Le conflit pourrait ainsi se terminer plus rapidement que s'il s'agissait d'éradiquer purement et simplement toute la rébellion anti-Assad non-rojaviste, aussi bien des deux tiers de Syrie au Sud-Ouest de l'Euphrate dévolus au régime et à l'impérialisme russe, que du tiers au Nord-Est dévolu à l'Occident et contrôlé par les FDS.

    Puisque l'on parle de déplacements de population, comme une illustration parfaite de ce que nous sommes en train de dire, dans le district d'Afrin l'exode massif déjà commencé ces dernières semaines se poursuit en s'accélérant : evacuation-Afrin. Ce district (en tant que subdivision administrative syrienne) comptait 172.000 habitants en 2011 avant le conflit. Avec l'afflux massif de réfugiés, en tant que zone la plus calme et sécurisée du pays ces 7 dernières années, la population était montée à... 650.000. Et d'ici quelques jours, peut-être une semaine, il pourrait n'en rester... que 50.000 seulement ! Évidemment, l'essentiel du commandement et des troupes YPG/J s'en va aussi, toujours dans cette même logique de guerre de déplacement (forcément acceptée puisqu'il faut traverser la zone turque "Bouclier de l'Euphrate", à moins que ce ne soit la zone régime plus au Sud), en direction de Manbij et du Grand Rojava au Nord-Est.

    C'est donc le PIRE des scénarios que nous avions envisagés qui se réalise ; concrètement, la "moitié" du scénario que nous envisagions il y a 2 ou 3 ans lorsque nous soutenions avec intérêt Rojava : que l'armée turque vienne "sécuriser" le Nord de la Syrie et écraser l'expérience démocratique une fois que celle-ci aurait bien servi contre le Grand Monstre djihadiste, ce qui est donc en train de se passer, mais seulement à l'Ouest de l'Euphrate... ce qui est encore pire, car s'inscrivant dans un cynique plan de partage et une logique de "grand jeu" impérialiste dont la direction bourgeoise kurde s'est rendue totalement prisonnière (de façon encore plus éclatante en gardant une zone dans ce plan de partage, que si tout avait été anéanti).

    Le commandement politico-militaire PYD-YPG/J d'Afrin annonce une guerre de guérilla afrin-cauchemar-turquie ; ce qui serait très bien, c'est n'est pas nous qui allons dire le contraire : notre soutien à la résistance d'un territoire national envahi par une puissance étrangère oppresseuse est DE PRINCIPE et non-négociable ; les discussions dans la sphère idéologique, quant aux lanternes pour lesquelles d'aucuns voudraient faire passer certaines vessies dans un but anticommuniste de gaucho-contre-révolution préventive fasc-anti-pol-4e-part, sont un autre sujet. Déjà apparemment, alors que les civils ont été évacués, l'armée turque et ses alliés sont confrontés à un minage par explosifs des immeubles qui aurait déjà fait 200 morts ou blessés hors-de-combat dans leurs rangs.

    Bien sûr, les enjeux géopolitiques en arrière-plan ne peuvent pas être et ne sont pas perdus de vue ; pas plus que certaines questions opérationnelles concréto-concrètes : comment, par exemple, mener une Guerre du Peuple... sans peuple, celui-ci étant parti à l'exception de quelques dizaines de milliers de personnes ? Ou encore : comment mener une guérilla qui serait une violation d'un plan de partage et de sortie du conflit dont il n'y a pas à douter que les Occidentaux sont tout autant au courant et partie prenante que les Russes, et qui garantit en même temps l'existence et la stabilité de la "Fédération du Nord" conquise sur Daesh outre-Euphrate ? À moins que, comme nous l'avons aussi envisagé, cette "zone de sécurité" turque (qui représente, entre la zone "Bouclier de l'Euphrate" et le district d'Afrin désormais conquis, à peu près un département français) ne soit pensée pour être un bourbier pour Erdogan et conduire à sa mort politique en Turquie, ses successeurs amorçant dès leur arrivée au pouvoir un retrait qui reviendrait à ce qui était initialement convenu entre Öcalan et ses geôliers, à savoir un déplacement de la lutte armée kurde hors de Turquie vers le Nord de la Syrie (mais avec alors l'hypothèse que le régime d'Assad, totalement requinqué, ne reprenne immédiatement le contrôle du secteur).

    Le seul avenir pour cette terrible défaite, ce n'est pas comme (pathétiquement et pitoyablement) tous les gaucho-impérialistes bourgeois et "révolutionnaires" opportunistes* s'écrier "honte à" toute la liste de puissances impérialistes possibles, comme si les peuples avaient quoi que ce soit à attendre d'elles ; mais de la transformer en victoire par les leçons apprises : que TRÈS VITE, face à ce qui est de fait (nous l'avons déjà dit auparavant) un Traité irlandais de 1920 auquel l'opportunisme de la bourgeoisie a mené, émerge une "IRA" populaire-révolutionnaire kurde qui poursuive la lutte armée pour l'objectif premier d'autodétermination du Peuple kurde EN LIEN avec la révolution démocratique anti-impérialiste dans toute la région.

    Ce qui n'est possible qu'en défendant, renforçant et arborant, comme point de ralliement pour toute cette juste "dissidence", la ligne communiste révolutionnaire MAOÏSTE en la matière ; qui est notamment celle du TKP/ML authentique-légitime (non putschiste-opportuniste)... comme nous le faisons depuis maintenant des mois.

    Chute d'Afrin

    [* Au sujet de tout ce mouvement de soutien gauchiste occidental, encore un article qui a de quoi faire réfléchir... et frémir : quel-retour-en-france-pour-ces-volontaires-partis-combattre-aux-cotes-des-kurdes-de-syrie... les volontaires en Rojava "suivis de près", et pas que "suivis de près" : faisant clairement du renseignement pour certains !!]


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  • Question déjà abordée à plusieurs reprise sur ce site, notamment dans cet article en deux parties :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/gramsci-et-la-theorie-de-la-guerre-populaire-en-pays-capitaliste-tres--a114072346

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/gramsci-et-la-theorie-de-la-guerre-populaire-en-pays-capitaliste-tres--a114072464

    Ou encore, cette citation reprise dans un récent article fascisme-anti-politique :

    "Et l'on ne peut pas, puisque l'extrait du (n)PCI ci-dessus le cite, ne pas parler de Gramsci et de sa "société civile" ; Gramsci assistant, en fait, aux prémisses des prémisses de tout ce que nous sommes en train de voir, opposant "Orient" (incluant la Russie où venait de se dérouler la Révolution d'Octobre) et "Occident" comme on pourrait opposer "il y a 100 ans" et "aujourd'hui" (à noter qu'il ne voit pas l'État comme le "donjon" qu'entoure la "société civile", mais comme une première tranchée avancée derrière laquelle se cache celle-ci ; et c'est vrai que "l'Étaaaat" comme objectif final est lui aussi encore un autre fantasme anarchisant : le véritable "donjon", c'est le Pouvoir de la propriété privée des moyens de production).

    Pour Gramsci donc, gagner le pouvoir dans les sociétés capitalistes occidentales développées implique de gagner les mentalités, la culture, autant de "casemates" et de "tranchées avancées" qui défendent l'ordre bourgeois même lorsque l'appareil d'État s'effondre... Et nous donc, tout ce que nous avons vu jusqu'ici et allons voir par la suite consiste en dernière analyse en ce dispositif tel qu'il est aujourd'hui, au 21e siècle, et la façon dont la gauche anti- ou critique du capitalisme, ayant perdu toute notion de matérialisme, est devenue partie intégrante de cette "robuste chaîne de forteresses".

    P.S : Illitch = Lénine, pour brouiller la censure fasciste.

    "Le seul point est qu'Ilitch n'a pas eu le temps d'approfondir sa formule, même si l'on tient compte qu'il ne pouvait l'approfondir que théoriquement, alors que la tâche fondamentale était nationale, et exigeait qu'on reconnût le terrain et qu'on déterminât les éléments de tranchée et de forteresse représentés par les éléments de la société civile, etc. 

    En Orient, l'État étant tout, la société civile était primitive et gélatineuse ; en Occident, entre État et société civile, il y avait un juste rapport et dans un État branlant on découvrait aussitôt une robuste structure de la société civile. L'État n'était qu'une tranchée avancée, derrière laquelle se trouvait une robuste chaîne de forteresses et de casemates ; plus ou moins d'un État à l'autre, s'entend, mais c'est justement ce qui demandait une attentive reconnaissance de caractère national."

    Cahiers de Prison, Analyse de situation/Rapport de forces."

    Récemment un site d'un groupe maoïste des États-Unis a publié ceci (en anglais), qui est la reprise d'une discussion Facebook sur la question du grand penseur communiste italien, entre (d'après ce qui est dit) un maoïste US et un "sympathisant du PCM" de l’État français :

    https://rustbeltrevolution.tumblr.com/post/171910553740/gramsci-revolutionary-communist-or-social

    On voit donc bien que la question de l'évaluation de Gramsci, "Lénine de l'Occident" voire "précurseur du maoïsme et de la Guerre populaire prolongée" ou au contraire "père du révisionnisme de type eurocommuniste", est toujours brûlante dans le mouvement communiste international et principalement des pays occidentaux (puisque c'est à ces pays que ses théories, qui affirmaient explicitement ne pas être universelles, s'adressaient).

    EXTRAITS DE DISCUSSIONS RÉZOSOCIOS DE CES DERNIERS JOURS À CE SUJET

    [Gramsci précurseur du réformisme, de l'eurocommunisme etc. etc.]

    Il faut un peu arrêter avec ça, sérieux...

    Déjà Gramsci lui-même "réformiste", c'est ridicule pour ne pas dire honteux : si le Komintern l'a imposé contre Bordiga ("plus révolutionnaire que lui, tu mourrais"), faudrait déjà admettre alors que le Komintern était réformiste ; ensuite, si il en est à écrire Illitch au lieu de Lénine pour déjouer la censure, ça peut peut-être expliquer qu'il parle pas de Guerre populaire ou trucs dans le genre.

    Ensuite il a été repris par le réformisme togliattiste, en mode gagner l'hégémonie c'est gagner les élections ; mais il était aussi lu et très bien compris par des gens qui pratiquaient la "conquête réelle et pratique du pouvoir" dans les usines et les quartiers, dans les années 1970.

    En fait c'est toujours la même question de pouvoir penser, comprendre-expliquer-combattre la superstructure qui n'est pas hors du réel (si on croit ça, on va vite se rendre compte que non et c'est la grande déconvenue classique du gauchisme dogmatique...), c'est même une nécessité absolue en fait ; mais à condition de ne pas oublier la nécessaire prise et transformation révolutionnaire de l'infrastructure (sauf que si tu travailles pas sur la superstructure, déjà tu mobilises personne pour créer ce qu'on va appeler une "base rouge" de conquête réelle et pratique du pouvoir, et même si t'en mobilises 200 et que c'est suffisant, t'en as 2.000 qui vont agir contre, ta base rouge, et elle va être écrasée... c'est une dialecte indispensable entre les deux en fait).

    La lutte qui est la nôtre, c'est avancer sous le feu de casemates ennemies, et la meilleure aujourd'hui par rapport à l'époque de Gramsci, c'est que les premières que l'on rencontre sont "gauchistes" analyse-et-retrospective-historique-du-fascisme-anti-politique... On le voit dans notre expérience tous les jours. On part la fleur au fusil, "youhou on va aller aux masses et leur parler du Pouvoir et elles vont kiffer et nous rallier", mais à peine a-t-on fait un pas en ce sens qu'un nourri feu gauchiste s'abat sur nous ; et l'on se rend compte que ça va être beaucoup plus compliqué.

    "Gramsci fut un précurseur du réformisme dans le sens où la méthode eurocommuniste s'est développée en se fondant sur sa pensée. Gramsci rejetait la méthode insurrectionnelle, il prônait la conquête du pouvoir politique à tout prix, y compris celle de s'emparer disait-il, de l'appareil d’État bourgeois."

    Je ne vois pas tout à fait les choses comme ça. Il rejetait la méthode insurrectionnelle car il pensait que la société civile en Occident, contrairement à la Russie était trop forte pour ça. En gros, ce qui rejoint le caractère prolongé de la GPP, il fallait se construire la marge de manœuvre pour l'insurrection, que nous nous appellerions équilibre et passage à l'offensive stratégique.

    Le souci, c'est que cette marge de manœuvre n'est pas définie dans son œuvre inachevée. On ne sait pas exactement ce que signifie, pour lui, le moment où le Parti est prêt pour prendre le pouvoir. Ce qui a permis à Togliatti et aux eurocommunistes ensuite, de dire que ce moment est celui où le Parti fait 51% aux élections... Mais a-t-on seulement UNE citation de Gramsci qui parle de prise de pouvoir pacifique ?

    [Autre discussion, au sujet de l'article états-unien]

    Houlà... J'ai l'impression que A répond à B en se basant sur ce qu'il croit des écrits de Gramsci, mais est en fait un texte du nPCI... qui a ses propres problèmes. C'est à dire qu'ils ont en quelque sorte restauré la violence pour la conquête de l'État (que le PCI de Togliatti et Berlinguer avait supprimée), MAIS après une très, très longue lutte légale, ce qui les a conduit à des choix politiques toujours plus hasardeux comme 'bordéliser' le système institutionnel à travers les populistes de Grillo... En gros ils sont comme leur nom l'indique le nouveau... PCI, mais le PCI des années 1950 !

    Mais des gens qui ont pratiqué toute la violence et l'illégalité que tu veux, dans les années 1970 hommage-prospero-gallinari, en rupture avec le PCI berlinguérien, se basaient aussi sur la guerre de position de Gramsci.

    En fait, il faudrait m'expliquer comment Gramsci peut être interprété dans le sens d'une longue lutte légale et non-violente alors qu'il n'y avait AUCUNE lutte légale possible à son époque, sous Mussolini, et que lui-même était en prison. Le truc contre les commandos, je le comprends moi aussi comme un truc contre l'aventurisme et le blanquisme. [Gramsci s'exprimait dans un contexte, concrètement sur les cendres des mouvements écrasés de 1919-21, où il y avait une véritable "psychose" de l'aventurisme dans l'Internationale communiste ; et ne nous mentons pas, il a été promu à la tête du PCI par l'Internationale (contre Bordiga) dans cet esprit de "chasse à l'aventurisme"... Mais est-ce que cet aventurisme aurait été "mieux" que ses positions ? Il est permis d'en douter : à ce stade, son seul bilan était la défaite et les fleuves de sang ouvrier et paysan.]

    Et Gonzalo qui cite l'Irlande... Oui bon, je l'ai fait aussi, c'est vrai que c'est l'exemple auquel on pense spontanément. Mais bon déjà dans les années 1980 ils n'étaient plus du tout dans le 'No Votar', en Irlande ; et ça n'a pas empêché la trahison et de faire des no go zones républicaines de pures réserves électorales pour le Sinn Féin... Comme quoi... le poisson pourrit par la tête quoi qu'il arrive [et peut-être que l'entrée de la société populaire catholique irlandaise dans la "société de consommation" à cette époque pourrait être envisagée, pensée comme arrière-plan possible de cette dérive et de cette victoire de la droite liquidatrice dans le mouvement républicain ; et que pour cela les concepts gramsciens de "société civile" et d'hégémonie culturelle peuvent être utiles, en tout cas plus que du francfortisme concluant à ce que "plus aucune révolution n'est possible"...].

    Concrètement, je pense comme le camarade B (je ne vois pas qui ça peut être) que Gramsci n'est pas à sacraliser mais est UTILE, oui, pour comprendre et faire la révolution dans nos pays. Il est possible d'en avoir une lecture révisionniste, mais aussi révolutionnaire.

    Lui opposer le Pérou de 1980 est de toute façon abscons, puisque Gramsci répondait précisément aux difficultés de transposer le modèle russe en Occident, et le Pérou sans société civile de 1980 était tout à fait similaire à la Russie et à "l'Orient" de Gramsci. Et je pense aussi, oui, que les groupes comme RGA et RGKC sont par certains aspects dans une démarche sectaire et aventuriste. [L'argument ter-teriste du "et toi tu fais quoi ?", "et toi tu fais rien !" etc. etc., "et tu critiques pour chercher des excuses à ton rien-faire", ne peut pas éternellement barrer la route à la nécessaire discussion sur la stratégie des groupes communistes révolutionnaires et la viabilité de cette stratégie, car c'est tout simplement de l'avenir de la révolution prolétarienne dans toute une région ou un pays qu'il est question.]

    Réponse de "Antonio Gramsci" lui-même (LOL) :

    Dans le passage sur "Analyses des situations. Rapports de forces", Antonio Gramsci dit : "Le troisième moment est celui du rapport des forces militaires, immédiatement décisif suivant le moment. (Le développement historique oscille continuellement entre le premier et le troisième moment, avec la médiation du second.) Mais dans ce troisième moment, ne sont pas non plus exclues les distinctions, et il n'est pas identifiable immédiatement sous une forme schématique, on peut, en lui aussi, distinguer deux degrés : un degré militaire au sens étroit du mot ou technique-militaire et un degré qu'on peut appeler politique-militaire."

    Il ajoute ensuite :

    "En tout cas, la rupture de l'équilibre des forces ne se fit pas sous l'effet de causes mécaniques immédiates d'appauvrissement du groupe social qui avait intérêt à rompre l'équilibre et le rompit en effet, mais elle se fit dans le cadre des conflits supérieurs au monde économique immédiat, qui se rattachent au « prestige » de classe (intérêts économiques à venir), à une exaspération du sentiment d'indépendance, d'autonomie et d'un désir du pouvoir. [...] On peut donc dire que tous ces éléments sont la manifestation concrète des fluctuations de conjoncture de l'ensemble des rapports sociaux de force, et que c'est sur la base de ces fluctuations de conjoncture que se fait le passage des rapports sociaux aux rapports politiques de forces qui trouvent leur point culminant dans le rapport militaire décisif".

    Il semble donc erroné de dire que Grasmci réfutait le côté "politico-militaire" comme il le dit, rappelant, en effet, Mao et "la politique guide le fusil". Il y a clairement, en effet, une forme embryonnaire de conception de la guerre populaire prolongée élaborée par Mao. Gramsci critique simplement les conceptions économistes ("accumulation des forces") et "insurrectionnalistes" de la révolution. Il affirme simplement que le rapport directement militaire de forces ne peut être gagné si, pour le dire en des termes contemporains, l'"opinion publique" n'est pas acquise.

    Là où on "trou" existe entre Mao et Gramsci, c'est : la lutte pour l'hégémonie culturelle se fait-elle pacifiquement via la SEULE agitation-propagande ou se fait-elle AUSSI dans la conquête politico-militaire de zones populaires ?

    Mais Grasmsci ce n'est pas Mao, et cela est normal : leurs situations historiques et leurs contexte nationaux ne sont pas similaires.

    Et donc pour conclure :

    Je pense que oui, il est aussi ridicule de le rejeter complètement que de faire de Gramsci un maoïste.

    Gramsci était un léniniste, de la génération de Lénine et toujours dans la conception accumulation de forces - insurrection au moment décisif des bolchéviks. Simplement, son sujet d'étude, c'était de se pencher sur pourquoi ce qui avait marché en Russie n'avait pas marché en Italie alors que "mathématiquement" ça aurait dû, la crise de système en 1919-21 (Biennio Rosso) étant tout à fait équivalente. Concrètement, pourquoi ça n'a pas "mathématiquement" donné le 2e pays socialiste de la planète, mais le premier pays fasciste. Pourquoi l'esprit petit-propriétaire, fut-ce de 4 casseroles en fer blanc, a triomphé.

    Et ça c'est quelque chose que nous devons absolument étudier nous aussi, surtout qu'imaginez un peu, à quel point l'Italie des années 1920 était 100 fois plus proche de la Russie de Lénine que nos sociétés occidentales actuelles !!

    Après peut-être, sans doute même, que Gramsci n'apporte rien en stratégie "militaire" étant donné qu'il était tout simplement léniniste, accumulation de forces - insurrection, point.

    [Blocus Paris] Le Jeuxvidéos.com des totos neuneus qui se croient super déconstruits en mettant 15 points ou tirets dans chaque mot, et super révolutionnaires en pétant deux abribus puis laissant les jackys de 50 balais se faire gazer, et après s'étonner que ces gens deviennent au mieux mélenchos au pire FN. Fut un temps on appelait ça des provocateurs lol... Et des métallos à larges mains venaient s'en charger.

    [Réponse d'un toto : gna gna gna ; et d'un camarade qui fait valoir qu'il ne faut pas tomber dans la logique "anti-casseurs" des réformistes justement]

    La provocation gauchiste est autant un sabotage de la mobilisation populaire que la trahison réformiste. C'est au contraire ces bases fondamentales qu'il faut réaffirmer. Une émeute de quartier est 100 fois plus violente que n'importe quelle casse toto, ils ne sont soi-disant "pas politisés" mais ça ressemble 100 fois plus à une guérilla urbaine, et non à un sabotage gauchiste.

    C'est une question de stratégie et tactique de base. Contrairement à un quartier, une manif n'est pas un terrain mieux maîtrisé par les contestataires que par l'ennemi, c'est en fait l'exact opposé.

    Une manif autorisée est un terrain totalement voulu et accepté par l'État qui l'autorise. Pour parler en termes debordiens, c'est un 'spectacle' de la 'liberté de contestation' en 'démocratie' bourgeoise, et la casse toto se veut en quelque sorte un 'contre-spectacle' du 'débordement' de ce cadre institutionnel.

    Une manif non-autorisée... Dès que 25 personnes sont réunies, c'est nassé direct et il n'y a plus qu'à prier pour que personne, 3 grammes de 8.6 dans chaque veine, ne 'déclenche' les molosses autour ; sans quoi on va tous en GAV voire en comparution immédiate pour un gain politique ZÉRO. Explique-moi en quoi c'est intelligent, et on en discutera cordialement comme on l'a toujours fait toi et moi.

    À partir du moment où une manif c'est ce terrain là, complètement contrôlé par l'ennemi, à quoi sert une surenchère 'spectacle' de violence ? À rien, sinon à nuire aux gens pour qui c'est le terrain adéquat au niveau de conscience et de combattivité. Et à les retourner contre toute violence révolutionnaire par principe, alors que "l'opinion" est le champ de bataille fondamental (et pour ça je défends bec et ongles Gramsci contre ceux qui le traitent de 'père de l'eurocommunisme').

    C'est fondamental parce que si on prend un mode d'action efficace, un terrain non contrôlé par l'ennemi, on peut prendre le contrôle d'une raffinerie par exemple, ou un barrage routier, ou donc une émeute de quartier. En même temps, la solution pourrait être très 'simple' pour l'ennemi : on canarde à balles réelles, on envoie un hélicoptère mitrailler, on tire au mortier... MAIS il y a l'opinion publique. Qui est donc un paramètre très important, et ce pourquoi l'État ne fait pas ça pour le moment. Donc tout ce qui ne fait pas progresser les consciences, mais les braque contre le débordement des cadres autorisés, est contre-productif et permettra un jour des massacres.

    "Le révolutionnaire méprise l'opinion publique. Il méprise et hait dans tous ses motifs et toutes ses manifestations la moralité sociale actuelle. À ses yeux il n'y a de moral que ce qui contribue au triomphe de la Révolution ; tout ce qui l'empêche est immoral." Netchaïev

    => Ouais bon lol ça c'est la profession de foi du gauchiste de base
    L'"opinion publique", bon certes ça ne veut un peu rien dire à moins de considérer que dans toutes les classes et tous les groupes sociaux on pense pareil... Mais l'opinion majoritaire de ta classe, ou de ta race sociale, déjà comme point de départ avant de chercher alliances ou neutralités bienveillantes dans d'autres groupes, c'est le champ de bataille fondamental (Gramsci). À partir de quoi effectivement aucune violence n'est contre-productive. Les propos de Netchaïev cités sont donc un peu une profession de foi de l'aventurisme minoritaire contre-productif.

    L'argument du Pérou est de toute façon, on l'a dit plus haut, plombé dès le départ pour la raison suivante :

    Nous avons sur bien des aspects, en dehors de toute considération idéologique, comparé la Guerre populaire du Pérou avec la guerre de libération algérienne gonzalo-pcp-guerre-populaire-perou, et ceci est encore un autre point commun : tout comme le PCP, le FLN a déclenché la guerre de libération (Toussaint 1954) lorsqu'il a considéré que c'était le moment, c'est-à-dire que lui était prêt... tout simplement parce que la société algérienne, elle, n'était pas et ne pouvait pas être plus "prête" en 1954 que 10 ans plus tôt ou 10 ans plus tard. Une société colonisée et déshumanisée est TOUJOURS prête, au moins pour une masse critique de 20-25% de la population, au soulèvement pour se libérer ; et ceci était le cas de la société algérienne de 1954 comme de la société indigène péruvienne de 1980. Tout ce qu'il faut, c'est qu'une force d'avant-garde qui elle, est vraiment prête pour cela, apparaisse et lui montre le chemin d'une possible victoire (car évidemment par contre, la société la plus opprimée du monde ne se soulève pas si la seule perspective est de se faire massacrer sans AUCUN espoir de victoire ; et il y a aussi une méfiance légitime et palpable envers les "nouveaux maîtres venant simplement remplacer les anciens", donc fondamentalement, la QUESTION DU POUVOIR : montrer que la lutte va donner au peuple le POUVOIR sur sa vie dont il a été privé jusque-là).

    Dans un sens, le (n)PCI ne dit lui-même pas autre chose en disant que les conditions objectives, dans n'importe quel pays du monde, sont "prêtes" depuis 100 ou 120 ans et que ce qui compte ce sont les "conditions subjectives" c'est-à-dire basiquement l'existence d'un Parti révolutionnaire dirigeant et coordonnant les luttes dans une perspective stratégique de prise révolutionnaire du pouvoir. Simplement ce Parti doit à ce moment-là, non dans la plus totale inaction, non par le seul Verbe bien sûr, mais avant de proclamer déclenchée une véritable lutte révolutionnaire qui ait UNE SEULE chance d'atteindre son but (le Pouvoir), se CONSTITUER une "masse critique" (ce que nous appelons, dans les articles cités tout en haut, l'"étape zéro") d'un tiers ou un quart ou au moins 20% de soutien populaire alors que dans un pays colonisé, l'on peut considérer que contre le colon cette "masse critique" est déjà disponible d'entrée de jeu (il faut "juste" que l'organisation révolutionnaire gagne sa confiance et lui donne ce dont le colon l'a privée pour la dominer : L'ESPOIR).

    C'est peut-être là, d'ailleurs, que les concepts "décoloniaux" et "antiracistes politiques" peuvent et doivent intervenir : comprendre que (et comment) les masses populaires d'Occident (du moins "de souche" nationale, ou euro-descendantes) ont été "construites" à travers les siècles, par rapport à la "moyenne" de la misère humaine mondiale, comme des "petites bourgeoisies" privilégiées servant de "glacis" protecteurs à leurs grands bourgeois, autrement dit aux Centres du Capital monopoliste mondial. Alors que pour les groupes états-uniens autour de l'article en anglais sus-cité, tout est "simple" : États-Unis = Pérou, il suffit d'assumer une pratique très combattive (qui effectivement inquiète l’État qui la réprime) pour avoir accompli la "rupture" avec le réformisme comme avec le "gauchisme de système" (qui blablate en cercles "safe" "déconstruits"), et il suffit de gagner les 8 ou 10 dollars de l'heure qui sont le salaire d'un prolo là-bas pour que tout soit "simple", il faut simplement "tenir compte" des oppressions "autres que de classe" (race, genre...) parce que (toujours la même sempiternelle rengaine) "ça nous divise". Peut-être que commencer par agir en véritables porteurs de valises pour les véritables NATIONS COLONISÉES que leur Nation américaine blanche OCCUPE et opprime (Aztlan, New Afrika, Nations indigènes) serait plus judicieux et "rupturiste"...

    Et c'est peut-être là, aussi, que réside la confusion : une confusion entre époque et territoire. Gramsci était un homme de l'époque, et un partisan de la stratégie insurrectionnelle léniniste... qui avait échoué partout sauf en Russie, où les bolchéviks avaient en quelque sorte mené une "Guerre populaire sans le savoir" (et après Octobre, des années de guerre pour sauver le Pouvoir rouge de Moscou-Petrograd, et encore deux décennies plus tard une guerre de 20 millions de mort-e-s, profondément populaire, pour sauver la "base rouge mondiale" URSS de l'anéantissement par le nazisme). Et donc, il réfléchissait sur le pourquoi du comment cette stratégie avait échoué en Occident, y compris dans un pays aussi "arriéré" que l'Italie... En quelque sorte, il y avait "Lénine pour l'Orient et Gramsci pour l'Occident" dans le cadre de la stratégie accumulation de forces - insurrection (courte phase proprement "militaire" décisive) de cette époque (années 1920). Puis est venu Mao et, donc, la stratégie de Guerre populaire prolongée vite reprise dans une grande quantité de pays du monde mais toujours d'"Orient" ou plutôt du "Sud global" (semi-coloniaux semi-féodaux), sachant que pour Mao comme pour la plupart des "repreneurs", comme tous les anti-maoïstes anti-UGPP aiment aujourd'hui à nous le rappeler, cette stratégie n'avait absolument pas une vocation universelle (pas vocation à s'appliquer en dehors de ces pays). C'est finalement Gonzalo, dans les années 1980, qui a affirmé l'universalité de la Guerre populaire (UGPP) comme stratégie de conquête du pouvoir par le prolétariat... MAIS, là encore, on est en droit de se demander si ses modalités d'application doivent et peuvent être strictement les mêmes en "Orient" et en "Occident" ; et donc s'il ne faudrait pas un nouveau Gramsci comme "Mao-Gonzalo de l'Occident". Et en tout cas, clairement, si l'ancien (le vrai) Gramsci peut être aussi simplement que cela proclamé "inutile" et "révisionniste" dans la perspective de réfléchir à cette problématique.

    [À ce niveau, il serait donc pratiquement possible de dire que rejeter Gramsci de façon sectaire, refuser de construire sur la base de son travail un "maoïsme d'Occident" comme il a tenté de le faire pour le léninisme ; de la même manière que le maoïsme en général et pour l'"Orient" (monde semi-colonial) en particulier s'est construit sur la base du marxisme-léninisme... sans que personne ne rejette celui-ci au nom du révisionnisme dans lequel il a partout sombré (parce que ceci, désolés, n'a absolument pas été un phénomène uniquement "euro") ; c'est de la contre-révolution préventive. Car c'est accepter sur le principe l'universalité de la Guerre populaire, mais construire en pratique l'impossibilité de son application concrète en Occident. Point barre.]

    Encore une fois sur la question de Gramsci, de ses thèses ("société civile", "hégémonie culturelle" etc.) et de leur nécessaire évaluation par le mouvement communiste

    Encore une fois sur la question de Gramsci, de ses thèses ("société civile", "hégémonie culturelle" etc.) et de leur nécessaire évaluation par le mouvement communiste


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  • Nous ne savons pas si la pratique confirmera notre point de vue que les premières "casemates" dont nous allons essuyer le feu seront "de gauche"/"gauchistes" ; mais si tel est le cas, les bases théoriques sont désormais posées.

    Pour le moment, notre expérience, forcément partielle (comme toute expérience d'un individu, ou d'un petit groupe), est bien que :

    - si on est sur la voie de développer une Pensée révolutionnaire, les premières "casemates" dont on essuie le feu sont bel et bien "de gauche", y compris voire surtout "radicale" (on pourra dire, "gauchistes et menchéviques") ; ATTENTION nous ne parlons pas là que de "terrorisme intellectuel" en débat (de vive voix ou sur internet), mais aussi d'organiser un isolement des dérangeantes idées et de leurs porteurs qui peut aller jusqu'à la violence physique, ou à l'appel à l’État ou autre pouvoir (comme les tauliers de Facebook par exemple) pour museler l'"organe de presse" desdites idées (que Lénine définissait comme aussi important que la force militante de terrain) ;

    - si on est dans l'action, sur le "ter-ter", mais "dans les cadres" au sens de sans une Pensée révolutionnaire (ou avec ! mais dans ce cadre-là d'action concrète sur le terrain, et non dans le cadre précédent du travail politique pour développer une conception du monde et y rallier des gens), ce sera plutôt directement l’État, qui prend position autour avec ses "lignes à ne pas franchir" (séquestrer ou malmener un patron dans une lutte d'entreprise, balancer un projectile sur les flics ou casser des trucs en manif, refuser d'obtempérer quand un ordre de dispersion ou autre est donné), et frappe le cas échéant ;

    - les petits groupes activistes fascistes, d'extrême-droite, sont en fait plus dédiés à gagner du monde à leurs idées qu'à agir en quoi que ce soit contre quelque force "de gauche" (révolutionnaire ou pas) que ce soit : dans le pire des cas, ils pratiquent un micro-terrorisme contre les groupes antifascistes (souvent dans une espèce de "coup pour coup" réciproque, de confrontation viriliste où il faut "pour l'honneur" rendre les coups reçus), ou (ce qui est vraiment le pire) contre des gens qui ne pensent et ne font rien (de connu en tout cas) mais sont non-Blancs, LGBT ; afin de construire leur image de "nettoyeurs de la société" ; on retrouve d'ailleurs un peu les mêmes pratiques chez les "troupes de choc" de la police (BAC etc.) qui osons le dire, ont souvent parmi leurs membres la même conception fasciste du monde ; mais si ces forces policières sont et vont (hélas) partout, les groupuscules fascistes ne s'aventurent guère dans les quartiers où ils se feraient défoncer au bout de 10 minutes maximum ; ils se contentent de définir des secteurs (réduits) comme "leur territoire" et de s'y prendre (dès lors) à tout "gauchiste", non-Blanc, LGBT etc. qu'ils y croisent.

    Il est possible qu'une organisation de plusieurs milliers de membres n'ait pas le même constat d'expérience ; mais cela peut (peut-être) tout simplement vouloir dire qu'une organisation à un tel stade de développement a déjà VAINCU le gauchisme et le menchévisme, et donc ne les craint plus ; et que seule la Noire Réaction et l’État de la classe dominante ennemie méritent qu'elle s'en préoccupe.


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  • NON À L'OCCUPATION D'AFRIN, NON À LA GUERRE IMPÉRIALISTE EN SYRIE !

    Depuis le 20 janvier 2018, l'État turc d’Erdogan met en œuvre une violente offensive militaire à Afrin en Syrie. Cette attaque ne cesse de faire de très nombreuses victimes parmi la population, dont principalement des femmes et des enfants.

    L’objectif de cette opération, nommée cyniquement « Rameau d’Olivier », est double : l’État turc entend d’abord y chasser les forces kurdes des YPG, dans la continuité de sa sale guerre contre le peuple kurde en Turquie depuis 2015, et prendre le contrôle de cette région jusque-là autonome ; ensuite y constituer une solide base pour intervenir dans les affaires syriennes et gagner sa part dans le démantèlement du pays.

    Afin de légitimer cette attaque, Erdogan continue de jouer la carte nationaliste en invoquant la défense de ses frontières au nom d'une « Turquie menacée », où il muselle pourtant toute critique et toute opposition avec l'interdiction d'organisations démocratiques (politiques et syndicales), l'emprisonnement de milliers de fonctionnaires, avocats, journalistes, étudiants, enseignants…

    Le Collectif Ni Guerres, Ni État de Guerre dénonce cette offensive guerrière de l'État turc à Afrin.

    Cette offensive de l'État turc à Afrin s'inscrit aussi dans la guerre lancée par les puissances impérialistes (USA, France, Russie, etc.) en Syrie, en utilisant le prétexte de la guerre contre le « terrorisme ».

    Ces puissances défendent leurs intérêts et règlent leurs comptes sur le dos et contre les peuples de la région.

    Des milliers de soldats états-uniens sont sur place, ils forment et entraînent un corps d’armée de 30 000 hommes [bon là LOL "quelqu'un" a dû demander qu'on n'insiste "pas trop" là-dessus, mais ce corps d'armée est bien sûr les FDS autour des YPG/J kurdes]. Israël, qui occupe toujours le Golan syrien, a envoyé début janvier une escadrille de six avions effectuer une centaine de bombardements. Le 7 février, la coalition occidentale a bombardé la province de Deir ez-Zor [en appui aux FDS au sol].

    Depuis 2014, la France fait partie de la coalition occidentale dirigée par les USA, avec une quarantaine d’avions et des troupes au sol (forces spéciales, « instructeurs », canons Caesar), et des centaines de sorties de ses bombardiers contre des villes irakiennes (Mossoul, Fallujah) et syriennes (Manbij, Raqqa) [l'une et l'autre prises par les FDS].

    Le 9 novembre 2017, sur la base militaire française d'Abu Dhabi, Macron a réaffirmé "l'implication de la France dans la coalition, dans une zone de guerre essentielle pour nos intérêts".

    Le Collectif Ni Guerres, Ni État de Guerre milite pour le retrait des puissances impérialistes, à commencer par la France.

    6 mars 2018

    Pour tout contact : antiguerre16@gmail.com
    http://collectifantiguerre.org

    Collectif Ni Guerres, Ni État de Guerre sur Afrin et la Syrie


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  • À ce qu'il paraît, SLP serait "tiers-mondiste"... Bon, ça fait juste 7 ans qu'on a et tient et explique la même position :D mais c'est pas grave ; c'est bien d'avoir comme ça de temps en temps des occasions de refaire le point et reclarifier les choses.

    Le "tiers-mondisme", ce serait concrètement de considérer qu'il y a une guerre entre le "Sud global" (le monde semi-colonisé et semi-féodal) et les pays impérialistes ; et que les contradictions à l'intérieur de chacun de ces blocs sont finalement secondaires. Au fond, c'est une version du campisme ; qui consiste en règle générale à opposer l'Occident, Israël et les régimes serviles envers eux au "Sud" en effet, régimes "résistants" et peuples contre les régimes serviles, additionné de la Russie et de la Biélorussie (en gros).

    NOTRE VISION (qui n'est pas celle-là) est plutôt celle d'un boa constrictor :

    - les luttes du "Sud" semi-colonial semi-féodal, Guerres populaires communistes (comme en Inde) ou résistances anti-impérialistes qui n'ont pas ce caractère mais sont légitimes, et qui peuvent parfois en effet (sans perdre de vue les contradictions de classe) prendre la forme d'un soutien populaire à un régime "rebelle" contre l'impérialisme oppresseur principal de sa région du monde, portent/poussent :

    - les luttes des prolétariats immigrés du "Sud" dans les pays impérialistes (ou de colonies intérieures "historiques" comme les Noirs et les indigènes d'Amérique du Nord) ;

    - les luttes d'Europe du Sud (et aussi de l'Est, mais là 40 ans de faux "socialisme" révisionniste font que les peuples sont encore largement prisonniers des idées anti-révolutionnaires), ou encore d'Irlande ;

    - les luttes des nationalités (ou éventuellement "régionalités") blanches périphériques d'Europe de l'Ouest ou d'Amérique du Nord ;

    - qui elles-mêmes, portent/poussent les luttes des masses (plus aristocrates-ouvrières) des nationalités "centrales" (sachant qu'en général, sur les territoires de celles-ci, dans le Bassin parisien ou en Angleterre par exemple, les - très nombreux - prolos de chez prolos sont finalement rarement "de souche séculaire" : ils sont plutôt, aujourd'hui, en majorité issus de l'immigration de travail des nationalités et régions périphériques, puis d'Europe périphérique, et enfin extra-européenne ; un prolétariat multinational).

    Les anneaux de ce boa, chacun à sa place et chacun jouant son rôle poussé par les autres plus extérieurs, étranglent dans un processus prolongé le Pouvoir capitaliste des monopoles (basé à Paris, Londres, New York, dans les métropoles allemandes et de la "Dorsale" européenne etc.).

    C'est en ce sens que :

    - la contradiction FONDAMENTALE du capitalisme est celle entre caractère social de la production et propriété et appropriation privée (capitaliste) des moyens de production et de la richesse produite ;

    - MAIS nous disons que la contradiction MOTRICE est celle entre peuples dominés par l'impérialisme et bourgeoisies impérialistes et leurs régimes-laquais du "Sud" ; car c'est celle qui "pousse" en avant toutes les autres luttes sur la planète.

    VOILÀ...


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  • En lien avec TOUT CE QUE NOUS AVONS VU ET DIT au long de l’étude qui précède et que nous vous invitons à lire et relire (en suivant les liens vers les différentes parties) analyse-et-retrospective-historique-du-fascisme-anti-politique : les rojavistes d’Allemagne (apparemment liés au Congrès national kurde, soutiens de Rojava et du dirigeant du PYD Saleh Muslim) dénoncent l’"antisémitisme" des manifestations "musulmanes" contre la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État sioniste, "déferlement de haine contre le droit d’Israël à exister", et appellent ouvertementl’État à les réprimer ; dans le pur rôle de police politique dévolu à la "gauche" de contre-révolution préventive (d’ailleurs le président fédéral de la communauté cité, Ali Ertan Toprak, ne se fait même pas chier à être "de gauche" : il est élu CDU).

    On peut encore ajouter Saleh Muslim qui appelle les Kurdes d’Europe à "respecter les lois des pays hôtes", sans doute après une vague d’attaques contre des lieux culturels turcs en Allemagne… ah ben oui c’est sûr, la "radicalité" comme on l’a dit n’est pas forcément étrangère à la contre-révolution préventive, mais il y a des fois ou ce n’est pas le moment ! (surtout qu'il y a apparemment en ce moment, toujours sur ce même site "mine d'or", un gros militantisme pour la levée de l'interdiction légale du PKK en Allemagne, en mettant en avant bien sûr les "services rendus" à l'impérialisme en Syrie-Irak et la renonciation à la violence sur le sol allemand*... c'est marrant, plus on retourne le truc dans nos tête, plus les rapports entre cette "Communauté kurde d'Allemagne" néocoloniale-intérieure autoproclamée et le PKK nous font penser à ceux entre "Otegisuna" et l'organisation armée ETA dans la seconde moitié des années 2000 : oui notre Peuple est opprimé, oui la violence est d'abord une réponse à l'oppression... MAIS ce serait bien qu'ils arrêtent quand même, ça nuit à tout le Peuple par la répression que ça provoque et ça empêche une solution politique sous les bonnes auspices de la "communauté internationale" etc. etc. ; bref allons gaiement vers un Bildu kurde... au service du redécoupage impérialiste du Proche et Moyen Orient !).

    * Pour répondre à la question "Euh ouais, en quoi c'est mal ???" : nous pensons, et de plus en plus chaque fois que nous tournons un peu plus la question dans nos têtes, qu'une logique "il faut être légal" est précisément une logique MORTELLE.

    Il y a 1 000 associations, collectifs etc. qui peuvent être créés pour mener un travail politique légal et relativement au grand jour. Mais là, on parle du Parti, de l'organisation révolutionnaire en tant que telle. Et rechercher, pour celle-ci, la "reconnaissance" de la légalité bourgeoise, nous le disons tout net : ça ne peut pas mener à autre chose que l'abandon de toute identité révolutionnaire.

    C'est ce qu'il s'est passé au Pays Basque, d'ailleurs. Mener une campagne démocratique contre la Loi des Partis, ben oui, forcément : une loi fasciste c'est toujours l'occasion rêvée de montrer aux masses qu'un État "démocratique" est fasciste ("moderne"), et de mobiliser et gagner les cœurs et les esprits sur ce créneau. Mais se BATTRE, non pour le retrait pur et simple de cette loi, mais pour être re-légalisé DANS SON CADRE, eh bien le résultat ça s'appelle Sortu et Bildu.

    En Allemagne c'est pareil. L'Allemagne à des lois qu'elle a gardées de son époque de ligne de front de la guerre froide, en proie à un activisme piloté par l'Est ; et des lois d'interdiction de toute organisation "subversive" du "modèle de société démocratique" capitaliste. On peut militer CONTRE ces lois, c'est une chose. Mais viser à être légalisé DANS LEUR CADRE, cela ne peut conduire qu'à capituler toute identité révolutionnaire ; et c'est le chemin qu'a pris le PKK et ses organisations affiliées.


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  • (Introduction, première partie et plan général)

    La mise à mort de l'internationalisme prolétarien : humanitarisme, ONG, altermondialisme, "commerce équitable" etc.

    Alors certes il faut le dire : la gauche marxiste occidentale, et même dans une large mesure russe (il suffit de lire ces propos de Zinoviev, pourtant souvent cités en exemple... pour l'évolution positive qu'ils représentaient à l'époque : marxists.org zinoviev 1920), a TOUJOURS été blanche : paternaliste, civilisatrice... Ben oui, forcément, en Occident et en Russie c'est ce que les gens étaient, construits idéologiquement ainsi à travers des siècles de colonisation. Mais au fond... quelle importance cela avait-il alors que l'un après l'autre, après la déjà très périphérique Russie, et hormis l'Europe de l'Est sur les ruines de la défaite du nazisme, tous les pays à mener effectivement une révolution et à accéder au socialisme (ou à la démocratie populaire) s'avéraient être "du Tiers Monde", coloniaux ou semi-coloniaux, parce que c'est comme ça que ça marche (tel est le sens de déploiement de la révolution mondiale) ? Et sous la pression de cela (puisque ce n'est pas une question de bonne volonté "déconstruite"...), la tendance des choses était à l'évolution dans le bon sens : des Boudarel, des Iveton et des Maillot, des "porteurs de valises", des Barbara Kistler...

    Il y avait un internationalisme révolutionnaire prolétarien, consistant en des choses très basiques et simples : soutien aux pays socialistes (à condition bien sûr qu'ils le soient vraiment, aujourd'hui il n'y en a plus) ; soutien aux mouvements révolutionnaires visant à rendre leurs pays respectifs socialistes ; soutien aux peuples opprimés par l'impérialisme, colonisés etc. ; et éventuellement soutien à des gouvernements ou des mouvements de résistance, non-socialistes, en fonction de ce qu'ils font et servent en faisant ; contexte, rapport de force, affaiblissement des positions de l'impérialisme, service rendu (même inconsciemment) à la cause révolutionnaire des peuples.

    Sur les principes historiques de cet internationalisme, nous pouvons vous inviter à lire les quelques textes suivants :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/une-mise-au-point-necessaire-sur-nos-positions-internationalistes-et-a-a114102952

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/reflexions-sur-la-question-nationale-et-coloniale-site-mlm-neerlandais-a115092088

    http://anti-imperialiste.over-blog.org/article-a-propos-du-mouvement-de-solidarite-avec-la-palestine-et-du-hamas-124448377.html

    En face, il y avait l'impérialisme. Qui, jusqu'au milieu du 20e siècle, étendait puis maintenait ses Empires coloniaux au nom de la "civilisation", de l'infériorité "scientifiquement" théorisée des peuples soumis ; puis à partir de la Seconde Guerre mondiale, au nom de la lutte contre le communisme et tous ceux suspectés de la moindre sympathie envers lui, soit à coups d'interventions militaires directes, soit à coups de dictatures militaires "indigènes" sanglantes.

    Mais aujourd'hui, dans le dispositif contre-révolutionnaire total de la "Fin de l'Histoire", les choses ont changé... et c'est presque comme si l'impérialisme et la "gauche", censée le combattre mais faisant en réalité totalement partie du dispositif, avaient convergé et presque fusionné dans la même approche "rénovée", sur la base de l'hégémonie moraliste que nous avons vue.

    Avoir évoqué précédemment les "Nouveaux Philosophes" rejoint évidemment notre propos ici, puisqu'il va être question de quelque chose dont ceux-ci, en particulier BHL, se sont faits les champions de la propagande médiatique : l'intervention impérialiste humanitaire.

    Le sujet est suffisamment connu pour ne pas s'étendre dessus outre mesure. Concrètement : on n'envoie plus la Coloniale pour "civiliser les races inférieures" et "faire fleurir" les "tas de cendres" sur lesquels elles ont le toupet d'être assises, comme du temps de Jules Ferry ; ni pour combattre la "subversion communiste" comme durant la Guerre froide ; mais prétendument pour "sauver" ces braves peuples des griffes de "méchants", Chuck Norris étant trop occupé par la sécession du Texas pour s'en charger tout seul. Tous les régimes politiques du "Tiers Monde", semi-coloniaux semi-féodaux selon la terminologie scientifique qui est la nôtre, et dans une certaine mesure ceux d'Europe orientale sont quelque part "fascistes", despotiques et corrompus, pas la démocratie sociale scandinave quoi. Mais "subitement", l'un de ces dirigeants parmi 150 autres va être propulsé "nouveau Hitler", arbre cachant la forêt de tout le reste, pour justifier contre le pays une intervention militaire directe ou (ce qui revient au même, ou pire) une campagne de déstabilisation par de "vaillants défenseurs de la liberté" qui débouchera le plus souvent sur une guerre civile. En général, lorsque l'on ouvrira un peu les "dossiers" après coup, on se rendra compte qu'il était en fait "gênant", indocile ou ingrat vis-à-vis de l'impérialisme, ou lié à une puissance rivale de l'Occident... Et dans le pays, en attendant, le massacre et le chaos sont là.

    Mais ce n'est pas tout. Le colonialisme d'antan pouvait être résumé par la formule "le sabre (la force militaire) et le goupillon (l'évangélisation, les missions religieuses)" : là, nous venons de voir le sabre. Où est alors le goupillon ?

    Eh bien ce goupillon, puisque les interventions militaires, les politiques de la canonnière, sont désormais humanitaires, cela va être pareillement l'HUMANITARISME ; la mobilisation dans une approche purement humanitaire, "bons sentiments", de la résolution des conflits et autres problématiques (faim, pauvreté) issues de la domination impérialiste (semi-colonialisme) ou alors de la semi-féodalité (toujours, aujourd'hui, surdéterminée par l'impérialisme) des pays concernés.

    Tout ceci rejoint finalement la question superstructure-infrastructure que nous avons vue en première partie, débouchant sur le moralisme que nous avons vu en deuxième : on va s'attaquer à ce qui est finalement un phénomène superstructurel (dictateur sanglant, allez, même en imaginant que ce ne soit pas uniquement parce qu'il est anti-occidental ; islamisme "fasciste" égorgeur, massacre d'une minorité, situation de famine etc.), et considérer qu'il suffit de le remplacer par (ce qu'on considère comme) "la démocratiiiie" (plus ou moins radicale, supposément très radicale en Syrie du Nord) ; mais on ne va en aucun cas questionner, et encore moins s'attaquer à l'INFRASTRUCTURE semi-coloniale et semi-féodale qui est à la racine du problème, ce que seule une véritable Guerre populaire nationale-démocratique peut faire. Le simple fait que 95% des "haines ethniques" support de massacres et dictatures reposent sur une question agraire-foncière, par exemple...

    Ce n'est pas par "anti-impérialisme", puisqu'il soutenait par ailleurs Israël, que Foucault a pris parti pour la Révolution iranienne en 1979 ; mais uniquement parce que la superstructure consistant en l'autocratie du Shah ne correspondait plus à sa vision morale de l'acceptable "démocratique" (d'ailleurs l'Occident tout entier pensait un peu la même chose, c'est bien pour cela qu'il est tombé...) ; et ce sans bien sûr questionner le moins du monde l'infrastructure semi-coloniale semi-féodale du pays... ni l'éventualité qu'elle reste pratiquement inchangée sous la simple mutation de la superstructure en République islamique. D'ailleurs BHL (grand sioniste et anti-"islamiste" devant l'éternel) a, un peu de la même manière, soutenu la prise de pouvoir d'"islamistes" en Libye.

    Et Sartre, devant le despotisme corrompu des régimes de Saïgon et le génocide au napalm des forces US, soutenait la lutte des communistes vietnamiens ; mais ensuite, dès que ces derniers eurent pris le pouvoir et tentèrent, du moins, de mettre en place quelque chose qui ressemble à du socialisme, provoquant la fuite éperdue des partisans de la propriété privée et autres collabos du génocide impérialiste (boat people), il s'en alla pleurer la cause de ceux-ci devant Giscard, flanqué de Raymond Aron ; tout comme d'ailleurs... encore une fois Foucault, aux côtés de Kouchner (encore un !), qui dans cette interview de 1979 michel-foucault-1979 illustrait parfaitement ce raisonnement : "L’État ne doit pas exercer de droit inconditionnel de vie et de mort, tant sur son peuple que sur celui d’un autre pays. Refuser à l’État ce droit de vie et de mort revenait à s’opposer aux bombardements du Vietnam par les États-Unis et, de nos jours, cela revient à aider les réfugiés" – c'est toujours facile lorsque le propos commence par une exagération délirante : NON, l’État vietnamien n'exerçait pas un "droit de vie et de mort sur son peuple" (déformation grossière des faits et pathos moraliste) ; il réprimait des contre-révolutionnaires et éventuellement aussi, vainqueur donc "bête noire" de l'Occident, ravagé par la guerre et coupé de l'URSS par la Chine devenue son ennemie, il avait des difficultés économiques qui étaient aussi la cause de beaucoup de départs ; à la rigueur pouvait-on dire que sa conception révisionniste du "socialisme" (7 ans plus tard il assumerait totalement la voie capitaliste dans la foulée de Gorbatchev, avec le Đổi mới) était aussi une cause de ces problèmes, dans une vraie critique communiste de la chose... mais parler d'un "droit de vie et de mort" dans une veine "le Pouvoir c'est mal" totalement "anarcho"-ultra-démocrate et finalement libérale, et mettre cela sur le même plan que les massacres effroyables de la guerre contre-révolutionnaire yankee, c'est d'un n'importe quoi délirant qui illustre à lui seul tout ce que nous sommes en train de voir ici, préfigurant Bookchin et sa "conflictualité arabe" co-responsable de la tragédie palestinienne (cf. plus loin). Ceci le place en fait, clairement et totalement, au rang des pères fondateurs de l'actuelle logique "l'autodéfense oui, le POUVOIR non" (en somme, et en jargon maoïste : "vive l'éternelle défensive stratégique"...) qui est celle de toute l'aile "radicale" de ce nouvel "internationalisme" en carton et que l'on retrouve (nous y reviendrons) dans l'engouement pour les zapatistes du Chiapas (EZLN) hier comme dans celui pour Rojava aujourd'hui. 

    Mais c'est à partir des années 1980 (presque en parallèle avec l'antiracisme moral SOS, ou encore l'anti... "classisme" moral des Restos du Cœur) que les choses ont connu un développement spectaculaire-médiatique considérable avec les mobilisations contre la faim, le célèbre We are the World et ses séquelles francophones (l'Éthiopie de Renaud, Balavoine et sa tentative d'humanitarisation... du Paris-Dakar, "safari" néocolonial par excellence), la vogue de l'écologie et des peuples indigènes "premiers" etc. : on ne va plus "civiliser" (sous la forme de l'Évangile ou autre) des "inférieurs", mais care (prendre soin) de populations "malheureuses" dans une espèce de résurrection du rousseauiste "bon sauvage" (qui ne "fait pas de politique", c'est bien connu)... mais en réalité, TOUJOURS dans une optique aussi occidentalo-centrée et paternaliste, et le plus souvent... en totale conformité avec les intérêts de l'impérialisme en arrière-plan.

    La question (centrale) de la domination économique de l'impérialisme va être "résolue", elle aussi, toujours dans cette même vision morale que nous n'avons cessé de voir, par les "bons sentiments" (la bonne volonté "déconstruite", quelque part), avec pour exemple emblématique le commerce dit "équitable" (en général mâtiné de préoccupations "durables", bio, écologiques). Sauf que l'on se rend compte au bout de quelques années que ces productions "équitables" et bio... ruinent tout autant les pays producteurs que les productions "traditionnelles" destinées aux monopoles impérialistes, dont nous n'avons en fait là qu'une version "progressiste" et bien-pensante : quinoa-laliment-chouchou-hipsters-a-ruine-boliviens

    Tout ce mouvement idéologique colossal a culminé, en visibilité du moins (la non-visibilité pouvant venir, dans la vie, du fait que quelque chose est... partout, comme l'air, et comme l'est peut-être cette idéologie à présent), dans le mouvement "altermondialiste" des années 1995-2005 qu'il noyautait sous ses prétentions (encore une millième fois...) "radicales" et "contestataires" ; non sans critiques de la part des éléments plus "idéologiques", marxistes, libertaires ou autonomes qui y participaient aussi, mais sans que ceux-ci (encore une fois aussi...) n'en soient jamais réellement dégagés de l'influence.

    Dans le "meilleur" des cas, ces ONG (nouveau mot-clé de la nouvelle époque) ont pu éventuellement se lier avec des gouvernements "de gauche" sud-américains, non pas "anti-impérialistes" (liés à la Russie et à la Chine, voire à l'Europe) mais battant en brèche l'impérialisme US hégémonique sur le continent ; mais s'inscrivant néanmoins,  eux aussi, dans le reflux général de la lutte révolutionnaire là-bas et, dans un sens, tournés contre celle-ci [lire par exemple ici le militant aymara Felipe Quispe au sujet du gouvernement Morales en Bolivie : felipe-quispe-le-dernier-mallku ; et encore faut-il préciser que le mouvement de Quispe lui-même peut être admiré par des "radicaux" d'esprit - finalement - ONGiste comme une sorte de "zapatisme (nous en parlerons plus bas) des Andes" - finalement - sympathique, contrairement aux "tarés staliniens fanatiques génocidaires" du "Sentier Lumineux"].

    On peut trouver cet "esprit ONG"... et sa mise en œuvre opérationnelle contre-révolutionnaire concrète, bien décrits ici :

    "Les ONG sont les Las Casas de notre époque.

    Les documents de 1990 de VP (intéressants du point de vue historique) soulignent l'implication de la social-démocratie (y compris "radicale") contre la Guerre populaire du Pérou via les ONG... http://ocml-vp.org/article1827.html

    Et ça ne me surprend pas vraiment. La fin des années 80 est en effet marquée par l'Amazonie-mania, avec Chico Mendes, Raoni, Sting et compagnie, Jéromine Pasteur, Cousteau qui va faire le pitre avec sa capote rouge sur sa tête de gland, Hulot (autre gland) sur son ULM aux frais de Rhône Poulenc (un des pires pollueurs de la planète LOL - "séquence... émotion !")... ET une mutation très importante de l'impérialisme qui est la fin du kaki des militaires exterminateurs, des soutanes des missionnaires et de l'odeur du napalm au petit matin, et le débarquement massif des ONG de bobos écolo-libéraux-libertaires, accompagnant éventuellement les "révolutions colorées" ou même parfois les tapis de bombes mais cette fois au nom de "nobles causes" (droits de l'homme, lutte contre la drogue, anti-"islamofascisme" etc.) ; ou parfois (pour les plus "à gauche") des processus réformistes y compris intéressants comme dans les pays de l'ALBA ; mais dans tous les cas, le containment de la lutte révolutionnaire authentique.

    Avec le problème suivant que, entre l'indigène comme objet à éradiquer pour faire place à la Marche du Progrès et de la Civilisation, et l'indigène comme objet sacralisé en mode bon sauvage, il y a un point commun essentiel qui est que l'indigène est toujours un objet (d'étude et de prise de position), et non un SUJET de son propre devenir historique.

    Et c'est vrai, ça m'a traversé l'esprit du coup, que ce remplacement des vieilles recettes par les ONG et le nouvel universalisme droit-de-l'hommiste - écolo - world music - bonsauvagiste a largement pu participer de cette hégémonie actuelle de l'anticommunisme "de gauche" qui, insignifiant et à la remorque de la droite à la grande époque de la Guerre froide, est désormais devenu la vraie Grande Muraille de Chine contre-révolutionnaire contemporaine.

    Et dans le cas particulier de l'Amérique latine, de ce discours aujourd'hui dominant qui fait des guérillas révolutionnaires (pas seulement le PCP) le "deuxième démon" face aux gouvernements établis de la classe possédante (aujourd'hui civils, en principe...), pour ce qui est notamment de piétiner Mère Nature et de faire la misère aux bons sauvages sacralisés – à l'exception de quelques trucs comme l'EZLN qui ont su garder un visage "sympathique"... synonyme de renoncement complet à la Question du Pouvoir.

    Exemple : il est malheureusement fort possible que 6.000 Ashaninkas, soit 10% de leur population, aient perdu la vie lors du conflit péruvien. Ce qui est déjà infiniment moins crédible, c'est d'attribuer la totalité de ces pertes au PCP (simple déduction logique de la puissance de feu respective de celui-ci et de l'armée régulière, dans la zone de guerre qu'était devenu l'endroit).

    Et surtout, ce qui est complètement passé à la trappe c'est que pendant que les ONG de bobos bonsauvagistes nous parlaient de ça (et déversaient leur propagande anticommuniste), le régime du nazillon Fujimori levait (en 1995) la sanctuarisation constitutionnelle de leurs territoires pour ouvrir la voie aux projets extractifs, déforestation, agriculture extensive et compagnie.

    Ce qui à pas si long terme (d'ici le milieu de ce siècle peut-être), signifie beaucoup plus sûrement la disparition totale de ce peuple indigène que n'importe quel conflit armé (soit ils se feront flinguer pour avoir résisté, soit ils crèveront de faim ou de maladies, alcoolisme, drogue etc., soit ils se dissoudront en tant que peuple dans les taudis des villes-champignons locales ou de Lima, les bordels et compagnie). Mais ça les ONGistes bobos ne vous le diront pas, ils s'en branlent pourvu qu'ils vous parlent des z'horribles communistes massacreurs de gentils z'indiens...

    Aujourd'hui, c'est fou les réticences qu'on rencontre à gauche (même radicale) sur la question du Pérou, très particulièrement du Pérou (les guérillas colombiennes peuvent encore être soutenues par la base populaire PCF/FI qui existe encore ici et là, et quelques trotskystes...), et je me suis donc fait cette réflexion de la corrélation avec l'ère des ONG.

    On peut pratiquement parler d'exact opposé avec l'engouement de ces dernières années pour les Kurdes... mais c'est sûr que quand la cause défendue a exactement le même ennemi que l'impérialisme de l'OTAN, forcément ça aide."

    On ne saurait mieux dire les choses. L'on retrouve cette conception mêlant "bonsauvagisme" et contre-révolution jusqu'au cinéma, comme récemment avec le Wakanda du film Black Panther : un royaume africain protégé par des pouvoirs surnaturels, permettant d'exalter la fierté noire qui après tout, comme tout dans le capitalisme en phase terminale, est... un marché ; mais dans lequel les "méchants" sont... les anti-impérialistes, les "fanatiques" qui voudraient utiliser ces super-pouvoirs pour libérer l'Afrique et les Africains à travers le monde. CQFD (une bonne critique de cela ici : jai-un-probleme-avec-black-panther).

    Tout ceci est à mettre en parallèle avec ce que nous avons vu en première partie : la présentation de la défaite du mouvement communiste, dans les années 1980-90, non comme une victoire arrogante des forces et des idéologies de droite, mais comme une soi-disant défaite de toutes les idéologies révolutionnaires comme réactionnaires ; ceci se traduisant, sur le terrain des luttes anti-impérialistes du "Tiers Monde", par l'"invitation" des forces révolutionnaires étrillées à la table de "processus de paix", en vue de leur intégration dans le "système" et le consensus de la "Fin de l'Histoire". Certaines, devenues social-démocrates, finiront même par accéder pour un temps au pouvoir, comme le FMLN salvadorien (on pourrait aussi citer l'exemple le plus évident : l'ANC en Afrique du Sud, chargé depuis 1994 d'être la "façade" politique du pays tandis que les colons blancs conservent le pouvoir économique). Dans certains cas comme la Colombie, certes, l'obstruction des forces de droite (liées à la propriété foncière, essentiellement) a pu rendre le "processus" plus compliqué.

    Ainsi les choses ont-elles été "réglées", avec en toile de fond ce nouvel "internationalisme" humanitaire et moral faisant de la "démocratie" et des bons sentiments sa ligne directrice.

    Au bout de ce sabre, donc, et de ce goupillon l'un et l'autre "humanitaires" et dégoulinants de bons sentiments, se trouve encore un dernier phénomène apparu dans les années 1990 : la justice pénale internationale, d'abord avec des tribunaux particuliers pour des "dossiers" bien précis (Yougoslavie, Rwanda, Libéria et Sierra-Leone), puis avec la Cour pénale internationale, inaugurée en 2002 et surnommée depuis le "tribunal pour dirigeants africains en disgrâce"... Des juridictions chargées de punir les génocides et autres crimes contre l'humanité, c'est-à-dire, dans la terminologie qui s'est développée à partir de 1945, le nom donné à la mort de beaucoup de gens dont les responsables ne sont pas dans les bonnes grâces de la "communauté internationale" ou d'une majorité de celle-ci ; ou dit plus simplement encore, les tribunaux devant lesquels atterrissent les "tyrans", les dirigeants indociles ou gênants, cibles des "opérations de police" impérialistes. Avec l'émergence d'un dernier et ultime problème qui est que les procès judiciaires, en principe, sont faits pour que les gens parlent... et ça, ça peut se révéler "problématique" ; si bien que de plus en plus de ces inculpés ont tendance à mourir "subitement" et fort étrangement avant que lesdits procès ne se tiennent.

    Ne parlons même pas, au-delà de ces "Satans ordinaires", des "Satans suprêmes" "islamistes", qui loin de tant de formalisme terminent purement et simplement à Guantanamo ou autres prisons secrètes de la CIA (bon, paraît-il que ça n'existe plus, mais des trucs du même style...), ou dans des centres de torture et de liquidation "sous-traitée" aux régimes arabes réactionnaires (la Syrie "anti-impérialiste" était l'une de ces destinations avant la guerre civile...), et maintenant pourquoi pas devant la justice de Rojava "super démocratique super progressiste t'as vu" moi-ce-que-je-vois ; dans le "meilleur" des cas devant la justice ordinaire des pays occidentaux... mais avec là encore toujours le même "souci" : les procès sont faits pour que les accusés parlent, et ceux-là, d'accusés, pourraient être amenés à raconter des choses peu reluisantes ; ou pourquoi pas, à s'en servir de tribune et en faire le procès de ce qui les a conduits à se "radicaliser" (comme on dit) ; et cela, les oreilles "démocratiques" occidentales ne sauraient le souffrir ; si bien que l'on a tendance à observer, au regard du nombre d'attentats sur le sol occidental ces dernières années, une forme de rareté des auteurs conduits devant les tribunaux et non simplement abattus après leurs actes ; et de même sur le front proche-oriental, où les consignes d'extermination pure et simple peuvent émaner aussi bien des états-majors bourgeois tant-mieux-si-les-jihadistes-sont-tues-dit-la-ministre-des-armees... que du vieux routard "internationaliste" Gérard Chaliand, qui a trouvé dans la cause kurde son espèce de baroud d'honneur ("ils veulent la mort, donnons-leur ce qu'ils veulent" ; et dans la foulée il nous fait même une petite crise de "on ne peut plus rien dire" presque finkielkrautienne, LOL !).

    Évidemment, pour des types (des "monstres") pareils, qui va se soucier humanitairement et "progressistement" du moindre respect du droit bourgeois le plus élémentaire ? Personne...

    En dehors (cela va de soi) des puissances impérialistes occidentales elles-mêmes, ou encore russe et chinoise, un État auteur d'innombrables crimes et violations du "droit international" qui ne se retrouvera jamais devant la CPI (il n'a de toute façon pas voté sa reconnaissance... condition pour pouvoir comparaître devant !), c'est bien sûr l'État colonial sioniste d'Israël. Nous avions promis précédemment d'y revenir ; allons-y donc.

    Nous avons donc un État qui est en quelque sorte une colonie collective des impérialismes occidentaux, peuplé de colons juifs amenés là du monde entier et qui ont... littéralement expulsé le peuple qui y vivait, le Peuple palestinien, de sa terre ; soumettant ceux qui restent à un régime d'apartheid, des vexations et des violences meurtrières permanentes afin de combattre leur résistance certes, mais aussi et surtout de les pousser petit à petit à partir à leur tour.

    Et cet État, ce régime ne s'est pourtant, bien que forcé "vite fait" dans les années 1990 à "tendre la main" et faire quelques maigres concessions au Peuple spolié, jamais vu condamner par l'impérialisme de la "Fin de l'Histoire" aux poubelles de celle-ci, à disparaître comme l'apartheid sud-africain ou les juntes militaires sud-américaines ; et surtout, plus important encore au regard de toute notre démonstration ici, est et demeure un sujet militant "compliqué" aux yeux de la gauche même la plus "radicale" qui soit ; un dossier "indémerdable", dans lequel il faudrait perpétuellement faire "très attention", en particulier à "l'antisémitisme" bien sûr mais aussi au "soutien à des forces obscurantistes", et ce dans le "meilleur" des cas, c'est-à-dire quand le simple fait de militer sur ce "dossier" n'est pas en soi et d'entrée de jeu de l'"islamo-gauchisme antisémite". Il existe bien sûr des associations, des collectifs, des ONG (oui !) qui militent dessus... souvent timidement, presque en s'excusant de le faire ; mais de manière générale, les Palestiniens semblent désespérément exclus de la liste des "bons sauvages" du nouvel "internationalisme" humanitaire-moral ; sans même parler, bien sûr, de l'hypothèse d'aller prendre les armes à leurs côtés, comme en Rojava dont nous allons parler plus loin.

    C'est que contrairement au Parti national de l'apartheid sud-africain, issu d'un mouvement de saboteurs pro-nazis de l'effort de guerre de l'Empire britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, et à ce titre "toléré" par la suite, comme d'autres mouvements et régimes fascistes, dans le strict cadre de la Guerre froide ; le sionisme et l'État d'Israël trouvent leur origine... à "gauche", concrètement, dans toute la "gauche" anti-léniniste d'avant-guerre (à l'exception du Bund), "socialiste", "marxiste" et même "anarchiste". Une "gauche" anticommuniste... qui est devenue ce que nous avons vu tout au long de cette étude : une "aile" fondamentale du dispositif de contre-révolution préventive.

    Une question que nous avons pu, d'une certaine manière, aborder dans cet article : le-sionisme-fils-de-france (il y a, encore une fois dans la colonne de gauche, toute un compil' d'autres articles de 2014 sur le sujet) ; ou sur laquelle on peut encore une fois laisser la parole à Houria Bouteldja :

    "Je crois qu’après la Seconde Guerre mondiale et la succession de défaites françaises face à la révolution anticoloniale et progressivement et de manière accélérée dans les années 1980, l’État-nation a donné aux Juifs deux missions cardinales :
    – devenir la bonne conscience blanche et faire de la Shoah une nouvelle « religion civile » en la dépouillant de toute historicité. La commémoration de la Shoah devient en quelque sorte un solde de tout compte. L’État paie sa dette aux Juifs et se rachète une probité morale
    [concrètement, par rapport à ses propres crimes coloniaux et impérialistes, et par rapport à son attitude face aux fascismes entre les deux guerres et sa propre collaboration sous l'Occupation]. (...)
    – devenir les porte-paroles de l’Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d’un autre État-nation colonial : Israël, qui, lui, a pour mission de garantir les intérêts occidentaux dans le monde [autrement dit : une "solution" à l'épineux "problème national" juif, né en même temps que les États-nations en Europe, qui a consisté après la défaite de la "solution" génocidaire hitlérienne à leur assigner un "double patriotisme", envers leur État-nation occidental ET envers la "colonie collective" occidentale au Proche-Orient qu'est Israël]."

    Il n'y a pas à chercher plus loin la raison pour laquelle la question du sionisme et de la Palestine est toujours soi-disant "complexe" et agit en révélateur dans la "gauche" hexagonale et occidentale même la plus "radicale", comme c'était déjà le cas dans les années 1960-70 avec Sartre ou Foucault.

    À côté de cela, il existe par ailleurs tout un ensemble de militantismes pour la Palestine que l'on peut qualifier de "problématiques" : timoré (acceptant une solution à deux États, donc le fait colonial sioniste), paternaliste, sélectif ("choisissant" les forces de la résistance qui lui plaisent, alors qu'un Palestinien qui prie 5 fois par jour n'est pas moins opprimé qu'un Palestinien athée et marxiste, et n'a pas moins "raison de se révolter"), et enfin bien sûr, le plus tristement connu, antisémite et faisant d'Israël ce que d'autres font du nazisme et/ou des "affreux dictateurs" d'aujourd'hui, un arbre qui cache la forêt de tous les autres crimes impérialistes.

    Ou alors, affirmant un soutien de principe à la cause, parfois même sans "tri" entre ses forces militantes (l'on dira peut-être, alors, qu'on ne "discute pas les choix de lutte des opprimés"), mais en évitant au maximum d'aborder le sujet dans son expression publique (médias internet etc.), même lorsque c'est concrètement inévitable comme lors d'une grande offensive sioniste comme celle de l'été 2014 ; en vous expliquant en aparté que la situation est "indémerdable" ; et ce, pour parfois partir ensuite dans des tirades de "soutien privilégié" à tels ou telles ("les queers et féministes palestinien.ne.s" par exemple), voire, carrément, disserter au calme à ce sujet avec des sionards "de gauche" en train d'expliquer tranquillement qu'entre la "démocratie bourgeoise" israélienne et l'"obscurantisme" de la résistance leur choix est fait : ekladata.com - png...

    Alors pourtant que, selon nous, en dehors des Guerres populaires communistes proprement dites (dont là, seuls les initiés de chez initiés parlent, c'est clair…), la Palestine est probablement la PLUS IMPORTANTE de toutes les luttes qui se déroulent actuellement dans le monde ; la dernière, probablement, ligne de front DIRECTE entre le monde impérialiste et les peuples et nations opprimées. Mais une fois qu'on a dit cela, il est vrai que n'apparaît en fait que plus évidente la réponse à la question de "pourquoi" c'est si "compliqué"

    [Et face à cela, au sionisme et aux autres formes d'intervention impérialiste dans la "région intermédiaire" qui s'étend du Maghreb à l'Asie centrale, il y a la Nation arabe et les autres pays musulmans de ladite région (Iran, Turquie, Pakistan etc.) ; et à ce sujet nous ne pouvons que vous inviter à lire ce brillant texte (traduit) du palestinien Joseph Massad, magistral dans son exposition au grand jour du gigantesque dispositif "libéral"-"progressiste", rejoint en masse depuis 1990 par toute une gauche "communiste" et "socialiste" en perdition, d'agents de la domination et des invasions impérialistes au sein même de ces pays (agents responsables, de la sorte... de plusieurs millions de victimes, soit infiniment plus que les affreux "régimes tyranniques" et les z'horribles z'"islamiiiiistes" réunis) : cpa.hypotheses.org/5492. Comme nous avons pu l'écrire par le passé sur ce site, "L'enseignement (de Gonzalo est) aussi que dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux, "droite" et "gauche" ne veulent au fond rien dire et qu'il faut combattre dans le mouvement communiste l'opportunisme à ce sujet. (...) Cet enseignement est notamment FONDAMENTAL pour, loin de l'Amérique latine, analyser la situation dans les pays arabes et plus largement musulmans de la "région intermédiaire" (de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale en passant par le Proche et Moyen Orient) ; le capitalisme bureaucratique et même comprador (privé) y étant généralement, sauf dans la Péninsule arabique et le Golfe, foncièrement associé au "modernisme" et à la "sécularisation", à l'adoption des "valeurs" occidentales, donc "de gauche" dans une lecture ainsi simpliste ; tandis que la bourgeoisie nationale "conservatrice" vis-à-vis des valeurs de l'islam, voire "obscurantiste", y serait "naturellement" classifiée "de droite" : là encore, ce dont il faut se souvenir est en fait un principe de base du marxisme, à savoir que ce qui compte est L'ANALYSE DE CLASSE des phénomènes et des forces politiques et non des notions subjectives et idéalistes telles que "gauche" et "droite", "progressiste" ou "réactionnaire" etc. etc., sous peine de tomber dans l'opportunisme le plus total comme les innombrables "marxistes" ou "socialistes" égyptiens qui ont soutenu le coup d’État fasciste de Sissi en 2013."]

    Et tout ce que nous venons de voir, tout ce nouvel "internationalisme" humanitaire "progressiste" anti-politique, a finalement trouvé en quelque sorte son aboutissement dans une grande cause de ces dernières années ; une cause qui donne l'occasion, encore une fois, de montrer que ce n'est pas une question de "radicalité" puisqu'en l'occurrence des gens ont fait ce qui ne s'était plus fait depuis Barbara Kistler (précédée de peu des trotskystes de la LCR au Nicaragua) : prendre les armes ; mais qui représente aussi peut-être une occasion historique de démasquer enfin tout cela : il s'agit bien entendu de Rojava.

    Sur ce sujet, nous nous sommes déjà longuement exprimés et nous nous contenterons donc de vous inviter à parcourir notre recension d'articles sur ce thème : sur-la-question-de-rojava ; avec peut-être une importance particulière à accorder à celui-ci : la-question-de-rojava-est-devenue-un-enjeu-ideologique-international

    Pour faire court : on a un conflit en Syrie qui est en train de déboucher sur un plan de partage 2/3-1/3 entre l'axe Russie-Iran-régime et l'Occident ; et le tiers dévolu à l'Occident... est concrètement le territoire contrôlé au sol par les "Forces démocratiques syriennes" constituées autour des forces kurdes (YPG et YPJ), baptisé désormais "Fédération de Syrie du Nord" ; MAIS C'EST PAS GRAVE.

    Et ce "pas grave" est en train de devenir une ligne de démarcation fondamentale entre le mouvement communiste révolutionnaire et la "gauche radicale" prisonnière (quand elle n'est pas agente consciente) du dispositif de contre-révolution préventive ; pratiquement l'équivalent du clivage de la fin des années 1910 entre bolchévisme léniniste et menchévisme ou kautskysme, libération révolutionnaire des peuples et "droit des peuples" bourgeois "de gauche" etc.

    Sur le plan idéologique, nous avions encore dans les années 1990 une cause détestée ou au mieux "ignorée", hors des milieux anti-impérialistes marxistes-léninistes, lorsque l'idéologie qui "enrobait" ce qui était et demeure un nationalisme petit et moyen-bourgeois kurde était (précisément) un "marxisme-léninisme anti-impérialiste" plus ou moins lié à l'URSS et au régime syrien, tout ce camp anti-occidental de la Guerre froide au Proche et Moyen Orient ; puis ignorée, purement et simplement, sauf des "vétérans" de la période antérieure, entre l'arrestation d'Öcalan (1999) et le début du conflit syrien, et surtout le surgissement des "hydres" djihadistes dans celui-ci... et puis d'un coup, subitement, la voilà devenue la coqueluche de toute la "gauche radicale" occidentale. C'est qu'entre temps, pendant la période de captivité d'Öcalan, l'idéologie du Parti dirigeant de la lutte, le PKK, a profondément muté : aux orties le vieux "marxisme-léninisme" condamné par la "Fin de l'Histoire", voici le "confédéralisme démocratique" inspiré des théories d'un écolo-libertaire kibboutzophile US, Murray Bookchin.

    Sur ce point nous nous sommes déjà longuement exprimés (par exemple : sur-le-confederalisme-democratique-et-la-quest), et nous vous proposons donc plutôt le (selon nous) meilleur "résumé critique" qui existe à ce jour, celui de l'OCML-VP : ocml-vp.org/article1637.html

    Un élément fondamental dans cette idéologie, en lien avec la "mise à mort de l'internationalisme prolétarien" que nous étudions ici, c'est que l'impérialisme, finalement, "ce n'est pas très important" : "Il ne reconnaît, semble-t-il, aucun aspect positif aux mouvements de libération nationale des peuples (...) affirmant même que les nations ne sont que des constructions dans nos têtes qui n’existent pas objectivement. L’impérialisme est quasiment absent de sa grille de lecture. Il n’agirait qu’à la marge, de manière très secondaire. Il s’agit, là encore, d’un point de vue anarchiste dogmatique. Pour Öcalan, l’impérialisme n’est pas le principal problème des peuples de la région."

    L'impérialisme... fondamental dans la compréhension des conflits là-bas depuis plus d'un siècle ne serait donc qu'un facteur "secondaire" ; et le problème... finalement, ce seraient "les méchants", "l'oppression", intimement liée au nationalisme ("ce serait le développement de son sentiment national qui aurait affaibli et divisé le peuple arabe ; ce serait l’essor du nationalisme arménien qui, en provoquant en retour l’essor du nationalisme turc, serait in fine à l’origine du génocide" !!) ainsi qu'à la domination masculine. Quand les hommes (et les femmes) vivront d'amour, il n'y aura plus de misère, les soldats seront troubadours etc. etc. Un raisonnement dans la droite ligne de tout ce que nous venons de voir ; avec pour conséquence logique une "tendance à renvoyer dos à dos les uns et les autres" et à "confondre le nationalisme de la nation opprimée avec celui de la nation oppresseuse" (tendance également très présente dans la prose de Bookchin)... et donc, on l'a dit, l'admiration béate de toute la "gauche radicale" de contre-révolution préventive post-Guerre froide.

    Une grande cause "radicale", donc, de cette vision humanitaire et morale de l'internationalisme ; d'autant plus que l'ennemi est là le Grand Satan "terroriste" et "islamo-fasciste" de tout le monde blanc occidental et que par conséquent, l'objectif militaire est strictement le même que celui de l'impérialisme, occidental comme russe d'ailleurs.

    Parmi les références idéologiques d'Öcalan (et de Bookchin), il y en a une assez ouvertement revendiquée qui fait le lien avec tout ce qui a été vu précédemment : les zapatistes du Chiapas (EZLN), bien connus de celles et ceux qui ont frayé avec l'altermondialisme et écouté Manu Chao à la fin du siècle dernier.

    L'article de VP cité plus haut en parle, et expose le problème d'une manière suffisamment claire pour que nous nous contentions encore une fois de la reprendre :

    "Quelle est la réalité du zapatisme ? En fait, l’État mexicain tolère ces territoires autonomes dans la mesure où, aujourd’hui, ils ne sont pas une menace contre l’ordre établi. Sous prétexte de laisser faire l’auto-organisation du peuple, qu’il n’est pas possible de faire la révolution à la place des autres (ce qui est juste dans l’absolu), les zapatistes se désintéressent de la construction d’un mouvement révolutionnaire dans l’ensemble du Mexique, alors même que le peuple y traverse aujourd’hui une période terrible. L’EZLN reste dans ses montagnes, maintenant sa force armée uniquement comme structure d’autodéfense face aux agressions de la police et de l’armée mexicaine. Les zapatistes ne veulent pas renverser l’État mexicain, et c’est pour cela que celui-ci les laisse tranquilles. La « coexistence pacifique » avec les classes dominantes est effectivement possible, mais uniquement si on a renoncé à les abattre." [Lire également ici zapatisme.pdf avec la critique, très intéressante elle aussi, des maoïstes canadiens du PCR] 

    Alors certes, les zapatistes n'ont pas fait de leurs caracoles (communautés) des bases militaires impérialistes. Et certes, qui a lu Mariátegui sait que la question indigène dans les Amériques est foncièrement et en dernière analyse une question de la terre ; que cette question n'a évidemment pas disparu au Mexique et donc que les communautés, zapatistes ou autres, sont toujours "en lutte", parfois jusqu'à l'accrochage armé. Mais il n'y en a pas moins là, fondamentalement, le "chaînon manquant" entre Rojava et cet "esprit ONG" fut-il "radical" qui a remplacé l'internationalisme révolutionnaire ; un "chaînon", apparu au milieu des années 1990, dont on peut dire concrètement qu'il est apparu totalement tourné contre la Guerre populaire au Pérou et toutes les guérillas marxistes du continent, alors défaites et, pour certaines, engagées dans des "processus de paix" liquidateurs.

    L'intérêt de cette cause "sacrée" de Rojava, pour notre démonstration, apparaît peut-être encore plus nettement si on la met en perspective avec un autre "dossier brûlant" de ces dernières années : celui de l'Ukraine et du Donbass (là encore, recension d'articles de l'époque dans la colonne de gauche).

    Au Donbass (sous les assauts et les bombes de véritables admirateurs d'Hitler pilotés par l'impérialisme US, anglais, français, allemand etc.), il n'y avait, nous a-t-on suffisamment dit et redit, "que des fachos".

    Et il est vrai qu'il faut se rendre à l'évidence : au niveau franchouillard, dans le volontariat combattant, il n'y avait effectivement que cela ; et chez les porte-paroles de la solidarité, plus ou moins aussi ; ou en tout cas des poutinolâtres d'un très haut degré de confusionnisme. Pour trouver des gens se revendiquant un minimum du communisme et de l'antifascisme, il fallait éventuellement regarder du côté des volontaire espagnols ou italiens (et encore, non sans une bonne dose de confusionnisme également). S'agissant des forces locales, hormis Borotba et quelques éléments du vieux PC révisionniste... idem ; beaucoup plus, là encore, de soviéto-nostalgie que de réel esprit communiste. Et en arrière-plan, bien sûr, l'impérialisme russe défendant son pré carré.

    Et en Rojava, alors ? Eh bien, à en croire les témoignages directs de volontaires eux-mêmes, le volontariat international regorge finalement bien plus de purs droitards ou fachos que de révolutionnaires ou d'antifascistes. D'autres parleront d'une minorité, et de "beaucoup d'anciens militaires, sans plus"... mais comment peut-on donc être un ancien militaire des troupes de choc d'une armée impérialiste, "sans plus" ?? En arrière-plan... l'impérialisme occidental (et russe, via le régime qui "soutient sans soutenir"). Et au niveau des porte-paroles, il faut se payer (partagées tranquilou par toute la "gauche radicale") des tribunes comme celle de l'infâme Céline Pina (du Printemps républicain) dans le Figaro entre-l-islamiste-erdogan-et-les-kurdes-d-afrin-la-france-doit-choisir, tandis que l'islamophobie la plus crasse suinte toujours plus par tous les pores du discours d'un Lebrujah pour-le-coup-une-source-absolument-inattaquable-par-no ou d'un Perrot ("les armées de l'islaaaam" baaah oouuuuh !).

    Mais c'est pas grave... La cause est "progressiste" (conforme, contrairement au Donbass ou à la Palestine, aux canons gauchistes occidentaux du "progressisme"), tous ces gens sont "de gauche", et l'ennemi (djihadistes, Erdogan, ou Assad qui n'est d'ailleurs pas vraiment un "ennemi" mais cela, allez leur faire comprendre...) est la "barbarie" incarnée. Et surtout, n'allons pas oublier le plus important : on est du côté du manche, celui soutenu par l'impérialisme occidental. À la limite (indépassable de la mauvaise foi), on pourra s’amuser à dire que ces gens "ne représentent qu'eux-mêmes" ; le problème, malheureusement, c'est que l'on n'entend et ne lit qu'eux, y compris dans les partages des "radicaux" sur les réseaux sociaux ; et si l'on donne la parole à des "premiers concernés" par excellence, les cadres du PKK, il est difficile d'y voir autre chose qu'un étalage d'opportunisme le plus absolu sur le thème d'à quel impérialisme se lier plutôt qu'un autre : orientxxi.info/les-kurdes-pieges-par-l-escalade-militaire-en-syrie (quand ce ne sont pas carrément des déclarations ouvertement pro-sionistes et appelant à la police politique islamophobe en ce sens screenshot-2018-03-12.png !).

    100% "progressisme", 0% politique... C'est ainsi qu'après des décennies de "ni-ni" comme position de principe hégémonique à l'extrême-gauche (hors les milieux marxistes-léninistes campistes), pour la première fois on prend position, et même dans plusieurs centaines de cas les ARMES pour un camp... qui se trouve être celui des plans impérialistes de l'Occident, contre des forces (concrètement, l'axe Erdogan-Golfe-"islamistes") qui "perturbent" ces plans et font obstacle sur le chemin de l'objectif, visé à la plus brève échéance possible, d'une nouvelle "guerre froide" claire et nette avec la Russie et l'Iran pour le contrôle de la région.

    "Erdogan bombarde Efrin, c'est l'humanité qu'on assassine"... "Assad massacre la Ghouta, l'OTAN a dévasté Raqqa, ah ben zut là ça marche pas !" ; LOL !

    À un moment donné, il faut dire stop ; et c'est ce que, après avoir nous-mêmes "marché" un temps, devant la légitimité (d'abord) de l'autodéfense kurde à l'époque de Kobané et ce qui pouvait sembler (en apparence) "intéressant" dans l'expérience, nous avons commencé à faire l'an dernier.

    Voilà, nous pensons avoir fait le tour...

    [On pourrait encore parler, et puis après on arrête parce que ce sont probablement 10 à 12 000 points que nous avons oublié d'aborder dans cette étude et les rajouts n'en finiraient pas, de l'idéologie des "premiers concernés" centrale et fondamentale dans le néo-gauchisme postmo-moraliste que nous avons vu en parties 2 et 3 ; qui rejoint le "bonsauvagisme" humanitaire vu ci-dessus et... peut absolument tout justifier, y compris des interventions militaires "humanitaires"-massacres puisque dans les faits (pas dans le monde merveilleux du fertile cerveau des postmos...), il encore plus difficile à des gens directement concernés par une tragédie (un conflit notamment) de s'extraire de l'affect, du sentiment d'urgence etc. et d'avoir sur celle-ci une position politique scientifiquement juste ("objective") que ça ne l'est... à nous et à notre regard déformé par le "formatage" de notre position objective d'Occidentaux !

    On en a ici un exemple avec cette personne d'origine syrienne (de la mouvance Lundi.am), en faveur de la rébellion (dont nous avons dit dès le début soulevement-2011-syrie toute la légitimité mais aussi le risque, devenu par la suite tragique réalité, de récupération par les menées anti-Assad et anti-iraniennes de l'Occident, avant que ce dernier, devant tant d'"islamisme" incontrôlable, ne finisse par se rabattre sur la carte kurde...) : ekladata.com/5qS3xjpfehh5fVo9lex-2e4.jpg ; mais fondamentalement, l'on pourrait trouver dans le pays comme à l'étranger tout autant de Syrien-ne-s en faveur d'Assad et des interventions iranienne et russe, sur les mêmes bases affectives (souvent communautaires etc.) ; tandis que les Kurdes et la grande majorité des chrétiens du Nord sont évidemment pro-Rojava...

    En vérité, cette manipulation de la "voix" et de l'"opinion des premiers concernés" en faveur de l'interventionnisme impérialiste (quel qu'il soit et sous quelque déguisement que ce soit) aurait déjà pu nous frapper il y a quelques années en arrière... lorsqu'au Mali, la population agitait gaiement ses petits drapeaux tricolores mali serval.jpg pour saluer l'intervention impérialiste française "Serval" contre les "islamiiiiistes" intervention-mali – mais à cette époque, sur ce dossier, cet argument avait surtout été celui de la "gauche" bourgeoise autour du PS ; la "gauche radicale" étant globalement sur une position ni-"islamistes"-ni-intervention, et non dans le choix généralisé d'un camp que l'on observe sur la Syrie depuis 4 ou 5 ans.]

    [Autre exemple de gauchisme de contre-révolution préventive (par une personne très certainement sincère, mais sous catastrophique influence de ces idéologies à la con) : "la violence révolutionnaire (indispensable à la révolution...), c'est viriliste"

    Analyse et rétrospective historique du FASCISME ANTI-POLITIQUE - 4e partie et conclusions

    ...]

    CONCLUSIONS

    Globalement, "à la louche", sur la base de plus de 10 ans d'expérience politique in real life comme online (le online n'est pas à mépriser ici, car les gens y ont tendance à plus se "lâcher" alors que sur le ter-ter ils gardent des choses pour eux), nous dirions qu'environ UN TIERS des "gauchistes" sont des AGENTS purs et simples, à considérer comme conscients, du dispositif de contre-révolution préventive ; autour de 5%, droits et conséquents, révolutionnaires au "potentiel immédiat", lui échappent presque totalement ; et donc, par soustraction, une soixantaine de % sont partagés entre son influence et celle des idées authentiquement révolutionnaires.

    Un gauchiste sur trois, ultra-"radical" plus ou moins postmodernoïde (en tout cas ultra-moral), dogmatique idéologique ou dogmatique mouvementiste (pince à trois doigts), est à considérer comme L'ENNEMI ; non pas "principal" mais immédiat, le premier que nous rencontrons dans notre travail politique, l'État bourgeois et les expressions politiques ouvertement pro-capitalistes ou fascistes n'étant que la deuxième ligne de défense du "Système" ; et leurs idées et influences sont à combattre comme ennemies dans les deux tiers restants.

    Il y a les masses populaires qui sont en colère face à la crise, et la dégradation continue de leur "petit-embourgeoisement" consumériste qu'elle induit. Il y a le Front National (ou le soralisme pour les non-Blancs) ; mais celui-ci ne peut pas à lui seul absorber tout ce ras-le-bol, ses valeurs "iconoclastes" dans un sens réactionnaire l'en empêchent. Alors, pour ce "résidu" obligatoire, il y a le "radical-socialisme un peu plus socialiste (quand même) que radical" de Mélenchon. On peut considérer les "marxistes-léninistes" anti-"mutation" ouvertement socedem du PCF (Hue-Buffet-Laurent) comme ses satellites, ainsi que dans une certaine mesure les trotskystes de type lambertiste ou LO et les anars orthodoxes style CNT-AIT ; oscillant en permanence entre dogmatisme idéologique et mouvementisme ; d'ailleurs on peut en voir certains le rejoindre (Mélenchon) dans la plus totale "contradiction" apparente (mais seulement apparente...) avec une vie entière de militantisme, anti-jacobin par exemple. Mais cela n'est pas encore suffisant pour tout absorber. Alors il y a le "gauchisme" postmo-moraliste et "esthétisant", "libéral-libertaire" (finalement), que l'on peut faire commencer (version "réaliste") dans l'orbite des Verts voire du PS tendance Hamon, et aller jusqu'à Julien Coupat ; étalant sur le "marché" politique une "radicalité" contestataire en réalité ENTIÈREMENT TOURNÉE contre le matérialisme et la révolution.

    SEULEMENT AINSI le dispositif est total ; et au milieu trône le Pouvoir, la force de gouvernement, aujourd'hui Macron, hier Hollande et Valls et avant-hier Sarkozy, l'"extrême-centre" qui "gère" avec tous ces réceptacles-voies de garage à ras-le-bol dans l'intérêt (de plus en plus assumé) du Capital.

    Il y a le maoïsme, ou même simplement un marxisme-léninisme un minimum conséquent comme celui du PCRF (ex-URCF, à ne pas confondre avec le PRCF) ou (dans un autre style) de VP, ou de certains courants dans les gauches révolutionnaires des Peuples niés par l'État centraliste (y compris bien sûr la "Nation" indigène intérieure), qui se développent mais dans une lutte constante pour s'arracher à ces influences mortelles, omniprésentes autour d'eux et jusque chez leurs nouvelles recrues, et à la tentation tout aussi mortelle de ne pas croiser le fer pour préserver leur "tranquillité".

    Pour sortir de ce piège infernal... c'est possible (en plus d'être nécessaire), mais ce sera fastidieux. Il n'y a pas de solution "magique", de formule incantatoire qui fonctionne.

    "La pratiiiique" : oui, bien sûr, c'est absolument fondamental. Aucune idée ne peut transformer le monde si elle ne se traduit pas en action. Mais la pratique... tout le monde en a une, ou du moins de quoi le prétendre ! Les fascistes ont une pratique, à ce jeu-là. Parfois, nous avons coutume de le dire, il y a des gens qui n'ont aucune pratique et... heureusement, vu leurs positions politiques (nous pensons par exemple aux Matérialistes.com).

    "Le Partiiii" : oui, évidemment. Tous les gens de tradition un minimum léniniste, dont nous, affirment cette nécessité. Mais encore ; mais comment ? La question ici, tout au long de cette étude, a justement été celle d'un dispositif y compris et même surtout gauchiste "radical", entièrement dédié à EMPÊCHER que ce Parti voie le jour. Une fois que l'on a dit qu'il "faut le Parti", état-major révolutionnaire du prolétariat et de tous les opprimés, pour en finir avec le gauchisme contre-révolutionnaire de merde, la question de comment le créer reste donc entière.

    "L'action", entendue comme l'action "musclée", violente, n'est comme on l'a vu pas non plus le critère ni la formule magique, puisqu'elle peut tout à fait exister de façon "esthétique"-"spectaculaire" dans une ultra-radicalité en réalité contre-révolutionnaire.

    Non, ce qu'il faut, c'est d'abord et avant tout REMETTRE LA POLITIQUE AU POSTE DE COMMANDEMENT. C'est opposer à ce "fascisme de l'anti-politique", oui, nous l'assumons, un "fascisme rouge", puisqu'ils sont nombreux à vouloir l'appeler ainsi, de cette remise au poste de commandement. Tel est le champ de bataille dans l'immédiat.

    Ce qu'il faut c'est une PENSÉE RÉVOLUTIONNAIRE MATÉRIALISTE totale du pays que nous voulons "révolutionner", qui soit capable de montrer aux masses le chemin du POUVOIR hors duquel tout est illusion ; qui permette de se lier à elles telles qu'elles sont et non telles qu'elles "devraient être" dans une vision "religieuse"-moraliste du militantisme ; et qui puisse ainsi briser cet anneau de fer contre-révolutionnaire "gauchiste" et ensuite petit à petit tous les autres ; ce qui implique, bien entendu, de définir et ensuite traiter comme L'ENNEMI ce qui doit l'être, les idées... et leurs activistes. 

    C'est ainsi, à cette condition, que nous pourrons DÉMOLIR LES VIEUX MURS ayant-l'air-neufs et DÉPLOYER L'AURORE !


    23 commentaires

  • (Introduction, première partie et plan général) 

    Le "progressisme" au service de l'Ordre  

    Il y a un peu plus de 70 ans, un vieux connard anglais, gras et répugnant comme un verrat du Lancashire, "grand vainqueur" du nazisme... mais responsable (délibérément) de quelques 6 millions de morts dans le Nord-Est de l'Inde (morts qui, vivants, auraient été susceptibles d'accueillir les Japonais à bras ouverts, lire ici : microsoft-word-document2-page-001.jpg), lançait que "les fascistes de demain se diront antifascistes" (sachant manifestement de quoi il parlait, puisqu'il venait lui-même de mener un génocide de dimension fasciste tout en combattant les puissances de l'Axe...). 

    Bon, en réalité, ce serait un fake (peut-être l'un des premiers de l'histoire !). Churchill, puisque c'est de lui qu'il s'agit, n'aurait jamais dit cela. À la rigueur, ces propos auraient pu avoir été tenus par un populiste américain, un temps gouverneur de Louisiane, Huey Long. Et quand bien même il l'aurait dit, ce ne serait évidemment que de la pure merde réactionnaire, probablement dirigée contre les socialistes et les communistes (les "antifascistes" du propos) en ces débuts de Guerre froide. 

    Mais il n'empêche... que fake ou pas, aujourd'hui, chaque jour qui passe semble donner raison à ces propos. 

    Pas qu'aujourd'hui d'ailleurs : le régime gaulliste (1958-74) autoritaire et corporatiste au service du Capital, massacreur d'Algériens dans les djebel comme sur les bords de Seine, de Guadeloupéens et de Camerounais, était bien un régime issu de la "France libre" et de la Résistance. L'Italie démocrate-chrétienne aux 20.000 prisonniers politiques, était régie par sa "Constitution antifasciste" d'après-guerre. L'Allemagne "suicidant" la Bande à Baader (sociale-démocrate à cette époque...) avait également inscrit dans ses lois fondamentales la répudiation de la "folie" nazie qui l'avait conduite au désastre. 

    À ce niveau-là, il est important de relever que l’État français occupe une place particulière et à part, car en fait, tout cela n'est pas pour lui totalement nouveau : s'il a connu un intense mouvement fasciste, et même peut-être le premier mouvement préfigurant le fascisme (l'Action Française et plus largement la droite nationaliste et antisémite de l'époque de Dreyfus), il n'a connu un réel régime fasciste que dans le contexte de catastrophe de la défaite et de l'occupation nazie de 1940 ; et de 1900 à 1940, à quelques rares parenthèses près, c'est ce qui était à l'époque la "gauche" qui l'a gouverné... et qui a de fait évité l'instauration d'un régime fasciste, en se chargeant de la mobilisation de masse pour 1°/ la guerre impérialiste, 2°/ le maintien du taux de profit du capitalisme en crise et 3°/ le refus de la révolution prolétarienne que requérait l'époque. Et encore après la Seconde Guerre mondiale, l'anticommunisme des débuts de la Guerre froide a été pris en charge par des gouvernements "de gauche" (avec notamment les sinistres figures de Jules Moch et Guy Mollet). Alors certes, cette idéologie républicaine "de gauche" dans laquelle baignait l'époque avait de quoi apparaître totalement réac vue de ce que sont les critères de la "gauche" aujourd'hui (patriotardisme militariste omniprésent, racisme et colonialisme assumés, antisémitisme "modéré" toujours sous-jacent, peine de mort à tout-va, bagne de Cayenne, femmes pratiquement dernières en Europe à ne pas avoir le droit de vote et être considérée mineures à vie – elles ont pu élire Hitler en Allemagne, mais pas le Front populaire en France ! – etc. etc.). Mai 68 a fait passer le message ; et un grand ravalement de façade a été nécessaire dans les 1970 et 80. Mais, donc, le "progressisme au service de l'Ordre" n'est pas un phénomène totalement nouveau en Hexagone. 

    Mais les choses ont encore gagné en ampleur depuis. 

    Car qui, aujourd'hui, s'affirme "fasciste" ? C'est encore (hélas) assez fréquent en Italie, avant de préciser aussitôt dans la foulée que "ça n'a rien à voir avec le nazisme", et que Mussolini a "certes commis des erreurs". Mais en dehors de ce pays... personne, ou presque. La droite de la droite affirme combattre... le "fascisme islamique", l'"occupation étrangère" immigrée, et bien sûr le "fascisme de gauche" sous lequel "on ne peut plus rien dire". La référence à De Gaulle est omniprésente dans ses rangs, et les auto-dénominations consacrées sont "patriotes" ou à la rigueur "nationalistes" (seuls quelques groupuscules marginaux s'assumant "nationaux-socialistes"). Les Identitaires du Dauphiné s'intitulent "Maquisards" et rendent régulièrement hommage à la Résistance du Vercors. Pour la mouvance Soral, c'est le "fascisme" de "l'axe américano-sioniste", la "vraie extrême-droite atlantiste et ultra-libérale". Tout le monde est "antifasciste" !! Et lorsque vous vous direz "antifascistes" face à ces "antifascistes"-là, ils vous répondront bien sûr que c'est vous les vrais fascistes (et les "collabos" : de la "racaille", de l'"occupation islamiste" etc.), qui se prétendent antifascistes... comme l'avait (soi-disant) prophétisé Churchill. 

    Bien sûr, tout cela pourrait aisément être évité en rendant à l'antifascisme ses lettres de noblesse politiques : antifascisme-a135798346 ; mais bon... on en est loin. 

    Et dans les milieux "de gauche"... on combat le fascisme d'extrême-droite, bien sûr, mais aussi bien souvent... le "fascisme rouge" des "néo-staliniens", "confusionniste", "rouge-brun", "antisémite" etc. etc. 

    Eh oui... Car là encore, cette fusion que nous avons vue de la "gauche" (anticommuniste et même anti-"communiste" révisionniste, puisque le communisme authentique comme révisionniste a été mis en déroute) dans le dispositif total de contre-révolution préventive post-"Fin de l'Histoire" a conduit celle-ci à devenir partie intégrante, voire presque "actionnaire majoritaire" des basses besognes de "police politique" et de "maintien de l'ordre" intellectuel. 

    Nous avons dit précédemment que le grand principe de la contre-révolution préventive "démocratique", c'est qu'"on peut penser ce qu'on veut, ce qui est interdit c'est d'agir". Mais bon, cela vaut pour la répression au strict sens pénal (et c'est d'ailleurs de moins en moins vrai : depuis une grosse dizaine d'années, les propos qualifiés par exemple d'"injures" à un responsable politique, ou d'"incitation à" quelque chose de "mal" sont de plus en plus réprimés). Il est bien évident que non, "on ne pense" pas "ce qu'on veut"' ; ou en tout cas, "on pense ce qu'on veut" tant que l'on reste dans les clous du "système" (du dispositif idéologique). L'émergence d'une vraie Pensée politique de "rupture" révolutionnaire (ou ne serait-ce... qu'un retour aux principes élémentaires du mouvement communiste des années 1920-30, ou du mouvement anticolonial/anti-impérialiste des années 1950-60-70), il faut l'empêcher à tout prix, l'écraser dans l’œuf, car une fois entrée en contact avec le mouvement (pour le moment désordonné, en "pilotage automatique") des masses en colère, plus rien (pas même la répression pénale, ou alors une vraiment très très grosse) ne pourra l'arrêter. 

    À défaut de répression pénale, réservée aux actes qui violent le Code du même nom, ce "barrage" s'exercera donc par le terrorisme intellectuel... et celui-ci est, manifestement, devenu aujourd'hui bien plus une spécialité de la "gauche" que de la droite (extrême ou pas), plutôt chargée de tenir fermement dans les mailles de son filet les masses populaires totalement coupées de la "gauche" et, par la grâce de celle-ci même, des idées révolutionnaires. 

    Ce terrorisme intellectuel peut pratiquement constituer, parfois, un appel à l'agression physique de ceux qui en sont la cible – mais là pour le coup, voyez-vous, ce franchissement de la "ligne rouge" du droit pénal ne suscitera aucune répression judiciaire, ce qui est logique puisqu'il est justement censé se substituer à elle. Et nul besoin de nervis fascistes : le "milieu" gauchiste, convaincu que vous êtes des pourritures, s'en chargera parfaitement lui-même !!

    Là encore, ce n'est pas une question de "radicalité" (en opposition à une gauche "bourgeoise") : celle-ci au contraire, côtoyant, entourant les foyers de possible émergence d'une Pensée politique révolutionnaire, est plutôt en réalité la première ligne de "casques" et de "matraques" que cette Pensée doit percer ! 

    En fait, ce qui est fascinant depuis que Macron est au pouvoir (élu ouvertement par certains comme "moindre mal" face à Le Pen, et par d'autres discréto sans le dire, ou pourquoi pas "au nom de" et "par solidarité avec un étranger privé du droit de vote" lolilol-portnawak.png...), c'est combien... il semble mettre en œuvre légalement tout ce pour quoi a milité toute une "gauche" y compris "radicale" depuis une quinzaine d'années. À un moment donné, il devient difficile de croire au hasard. 

    Poursuite de la criminalisation du mouvement pro-palestinien BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions) en tant qu'"appel à la discrimination antisémite", déjà bien à l’œuvre sous Hollande-Valls et lancée sous Sarko par Alliot-Marie, mais qui semble monter encore en puissance depuis la rencontre Macron-Nétanyahou à l'occasion des commémorations du Vel d'Hiv (juillet 2017). Ce rejet de BDS est tout sauf un phénomène rare dans la "gauche" la plus "radicale" qui soit, à moins qu'il ne soit remplacé par un silence "gêné" sur la question. Les attitudes et les "débats" de l'été 2014, lorsque Gaza était (une nouvelle fois) sous les bombes et que se levait face à cela, ici en Hexagone, une gigantesque (peut-être la plus gigantesque depuis les années 1980) mobilisation de la "Nation indigène" colonisée intérieure ; soit directement lorsque l'on prenait position pour le Peuple palestinien et ces mobilisations, soit (de la part de gens supposément communistes et anti-impérialistes) lorsque le ton montait avec les premiers connards en question ; sont encore bien gravés dans nos mémoires, nous vous inquiétez pas... 

    Ou encore, tout dernièrement, la proposition de loi criminalisant les fake news, dans la veine des campagnes de toute une "gauche" même "radicale" depuis des années contre le "confusionnisme" et le "conspirationnisme" ; terrorisme intellectuel que nous avons pu aborder dans cet article : conspirationnisme-et-chasse-aux-conspis (après l'analyse de l'impasse politique que représente le "conspirationnisme" lui-même) ; avec pour médias emblématiques Conspiracy Watch (Rudy Reichstadt, socedem pour ne pas dire socelib), Confusionnisme.info (Ornella Guyet, "gauche radicale"), Mondialisme.org (Yves Coleman, ultra-gauche) mais loin de s'y réduire – la liste complète serait kilométrique. Bien sûr, inutile de préciser que cette loi n'a sans doute pas prévu de s'en prendre aux mensonges, déformations et dissimulations... d’État, cela va de soi. 

    Tout ceci reflète, ou plutôt se situe dans le prolongement d'un axe central du terrorisme intellectuel de "gauche" depuis le début des années 2000 : tout ce qui tourne autour de l'accusation d'"antisémitisme" ou de "confusionnisme"-"complotisme" (ou pourquoi pas d'"anticapitalisme romantique", avec la mise en avant du "spécialiste du fascisme"... et sioniste "de gauche" revendiqué Zeev Sternhell, ou encore du tout aussi sioniste sous-produit de l’École de Francfort - Wertkritik - Moishe Postone). 

    Cet axe, cependant, est depuis quelques années dans une dynamique de déclin. Trop de mensonges et de dissimulations d’État révélées, notamment par WikiLeaks (quoi que l'on pense de la personnalité et des idées de son fondateur), ont battu en brèche l'idée qu'il ne faudrait jamais se poser de questions sur ce que veulent bien nous dire ceux qui nous gouvernent. 

    L'équation fallacieuse "antisionisme"="antisémitisme" a elle aussi perdu en puissance sous les coups du militantisme politique démontrant son caractère mensonger éhonté ; desservie aussi (sans doute) par son accompagnement d'un pro-israélisme trop tonitruant (nous y reviendrons plus loin), alors que les gouvernements et le centre de gravité politique en Israël sont de plus en plus manifestement d'extrême-droite (et que même Sternhell le dit, LOL) : elle a perdu en fait, non pas son mojo comme Austin Powers mais son trigger, élément clé, "magique" du terrorisme intellectuel "progressiste" et de sa stratégie de shock and awe post-véritaire, qui permet que lorsqu'on est accusé de quelque chose on est automatiquement ce dont on est accusé et les gens ne se posent pas de questions. Elle avait en fait besoin, pour exister, de s'incarner physiquement comme réalité dans des sacs à merde effectivement antisionistes et antisémites, les principaux dans ce rôle étant le duo Dieudonné-Soral (il y a aussi dans la colonne de gauche de ce site toute une compil' d'articles à ce sujet) ; mais ces derniers sont eux-mêmes en déclin, tant auprès de la gauche anti-impérialiste (potentiellement révolutionnaire) qui depuis des années ne mord plus à l'hameçon (sauf l'OCF, qui a depuis soutenu Asselineau à la présidentielle LOL) que de l'extrême-droite qui a compris que ce qui "marche" est exactement le contraire de ce qu'ils lui proposent (plus d'islamophobie et moins d'antisémitisme...), ou encore des jeunes musulmans ("cibles") exaspérés par le racisme qui, lorsqu'ils ne rejoignent pas des trucs corrects, préfèrent de toute façon le salafisme pur et dur (beaucoup plus cohérent, et sunnite alors que la géopolitique soralienne est plutôt pro-chiite) ; écrasés sous les révélations d'hypocrisie, de magouilles et malversations, de comportements décadents sur fond de propos racistes,  lâchés par tout leur sillage de suiveurs de la "grande époque" etc. etc.

    Mais comme le dispositif est complexe et savant, il se renouvelle en permanence. Par exemple, avec le "progressisme au service de l'Ordre" sur le thème du sexisme et/ou de l'homophobie. 

    Cela, non plus, ne date pas d'hier : en 2004, il y avait déjà eu la loi raciste contre le port du foulard islamique dans les établissements scolaires ; sur un fond d'ambiance plus "féministe" (Fourest était déjà en première ligne) que les premières affaires de la fin des années 1980 (plus axées "laïcité" et "valeurs de la République") ; et dont il faut rappeler le militantisme d'extrême-gauche des profs à l'initiative du "débat" y ayant conduit, comme Pierre-François Grond de la LCR (futur NPA), chose dont la plupart de ces militants ne se vantent plus guère aujourd'hui... 

    Mais il y a depuis l'avènement de Macron une accélération, sous l'égide très "société civile" de la nomination de la blogueuse féministe Marlène Schiappa au poste de Secrétaire d’État à l’Égalité hommes-femmes – niveau contre-révolution préventive avec le sourire et tout en "progressisme" et "modernité", il fallait bien ces deux-là pour faire la paire ! 

    Avec par exemple, dans le prolongement d'un développement exponentiel (et souvent parfaitement justifié) des dénonciations de harcèlement ou de (même micro) agressions, culminant dans le mouvement #MeToo-#BalanceTonPorc dont le caractère ambivalent est bien exposé ici : ben-ecoutez.html, la loi de pénalisation du harcèlement de rue... évidemment dans l'arrière-pensée "par les racailles de cité" (il n'y a "qu'eux" qui font cela, non ?) ; d'ailleurs pour le coup même Marsault, militant d'extrême-droite connu pour ses caricatures de social justice warriors postmos qui ont pu lui valoir un certain succès jusqu'à gauche, s'est fendu d'un strip où son musculeux héros éclate la tête d'un "wesh" harceleur ; ou encore, stupéfiante de double standard, l'affaire Tariq Ramadan.

    On pourra peut-être ouvrir ici une petite parenthèse, en lien avec la marchandisation de tous les rapports sociaux dans la "société de consommation" terminale que nous avons précédemment évoquée ; puisque la "féministe médiatique" Caroline De Haas (fondatrice d'"Osez le Féminisme !", longtemps PS tendance Hamon puis directrice de campagne de Cécile Duflot à la primaire écologiste, candidate P'c'F-EELV-Nouvelle Donne aux législatives de 2017 à Paris) s'est illustrée dans ce contexte #BalanceTonPorc par une "brillante" proposition face aux problèmes du harcèlement et des agressions : aller "chercher l'amour"... sur des sites de rencontre en ligne, tels que Meetic ou Tinder, qui sont... des machines à fric. Un phénomène qui a connu un développement exponentiel ces 10-15 dernières années, et qu'il n'est pas possible de ne pas mettre en miroir avec une société où, comme aux États-Unis actuellement, plus d'un quart des hommes de moins de 30 ans considèrent qu'inviter une femme rencontrée au hasard de l'espace public à prendre un verre pour faire connaissance constitue déjà une agression ; et semblerait-il, une proportion similaire de femmes françaises de la même génération partagerait le même avis. Jusqu'au jour où l'on se rendra compte que les comportements de sagouins peuvent être tout aussi violents online (où l'on peut toujours, certes, bloquer la personne mais bon...) ; que les rencontres online, bien obligées à un moment donné de se concrétiser in real life, peuvent aussi se révéler très dangereuses et très mal finir ; et là, on est curieux d'avance de voir ce que les De Haas du moment trouveront à nous dire... Fin de la parenthèse. 

    Alors bien sûr, lorsque c'est à ce point flagrant, lorsque d'un côté on verbalise le "wesh mad'moiselle" des "racailles" dans la rue, et que l'on jette au cachot préventif un prédicateur musulman "controversé" sans la moindre des conditions requises par la loi pour ce faire, tandis que de l'autre on ovationne un parlementaire de la majorité visé par des accusations du même acabit ; la "radicalité" s'en rend quand même un peu compte et conteste (c'est son métier...) – encore que sur l'affaire Ramadan, de fait première application judiciaire radicale du "renversement de la charge de la preuve" en la matière (accusatrice crue sur parole, c'est à l'accusé de prouver son innocence) appelé par la gauche radicale postmo-intersec depuis des années, et "observatoire" de comment cette revendication abracadabrante se fracasse sur le mur de la réalité et des masses (en l'occurrence populaires immigrées musulmanes), la "contestation" soit loin d'être aussi simple et unanime... 

    Il n'en reste pas moins qu'elle n'est (toujours) absolument pas extérieure à ce "progressisme" anti-politique mis au service de l'Ordre, dont elle ne fait que constater parfois horrifiée et "indignée" (même pas toujours...) la récupération et la mise en œuvre par le Pouvoir bourgeois. 

    Car l'erreur serait là encore de penser que le problème se résume à un "fémonationalisme" ou un "homonationalisme" au droitisme flagrant, comme celui de Caroline Fourest ; ou même à un vieux dogmatisme "laïco-féministe" marxiste ou libertaire à la Pierre-François Grond. Encore une fois, dans le champ du débat intellectuel, la plus grande "radicalité" peut tout à fait masquer ici un rôle de police politique anti-matérialiste, comme cela est de plus en plus visiblement le cas des démarches dites "intersectionnelles" ; "intersectionnalité" partie comme on le sait des femmes impliquées dans la lutte de libération noire aux États-Unis (enfin, quand même déjà pas mal sur les décombres du reflux de cette lutte), mais qui peine aujourd'hui à recouvrir une autre réalité que celle brillamment décrite par Houria Bouteldja ici : race-classe-et-genre-une-nouvelle-divinite-a-trois-tetes ; ou par Norman Ajari dans cet autre papier la-faillite-du-materialisme-abstrait ["Force est de reconnaître, aussi désolant que soit ce constat, qu’une part significative du discours intersectionnel français est formellement semblable à l’universalisme républicain (bien que leurs contenus diffèrent). Il cherche à consacrer la supériorité morale de celles et ceux qui le prônent, en les confortant dans l’illusion d’une légitimité sans borne. Articuler à tous propos la classe, la sexualité, le genre et la race, c’est s’assurer d’avoir son mot à dire sur tout, et d’être rarement contredit. Jack of all trades, master of none, le prêcheur intersectionnel répondra « classe » ou « genre » quand on lui parlera race, et vice versa, installant son petit universalisme par accumulation de points de vue, où son avis seul sera pleinement légitime."]. 

    Nous l'assumons : parmi les "trucs un peu connus" (c'est-à-dire pas comme nous), le SEUL qui arbore à ce jour ce que nous qualifierions de Pensée politique rupturiste, certes sur une problématique bien ciblée (la situation des masses populaires "indigènes intérieures" immigrées de l'Empire néocolonial) mais non sans multiples passerelles vers une approche politique globale du "Système France" ; représentant par conséquent une menace existentielle pour ledit Système s'il venait à fusionner avec le mouvement des masses (ce dont il a pour le moment pu être empêché) ; c'est le PIR. 

    Ce n'est pas LA Pensée-Guide pour la révolution dans l’État français ; mais si cette Pensée-Guide se construit disons avec des "pierres", c'est là qu'il y en a le plus gros "tas" ; les plus grosses caisses de munitions politiques à ce jour contre l'idéologie républicaine bourgeoise qui est le blindage que nous devons percer pour faire la révolution – et ensuite LOL peut-être qu'en deuxième position il y a SLP, mais en mode "pas connu". 

    Du coup, il est "intéressant" d'observer ce qu'ils se prennent dans la gueule pour leur faire fermer : c'est là un "échantillon" fascinant de tous les ressorts, toutes les techniques, tous les angles d'attaques possibles et imaginables (et jamais épuisés...) du terrorisme intellectuel anti-politique ; et ce, de fait, totalement dévolu à la "gauche" (y compris la plus "radicale"), la droite ne faisant que reprendre les arguments et se frotter les mains. 

    Il y a eu la vogue "antisémitisme", "ce sont des Soral soft". Et puis, face à la perte de crédibilité de cet argumentaire, comme de celui (pur et simple) du "racisme à l'envers" (de plus en plus de gens comprenant la notion de pouvoir qu'implique le racisme, et donc l'impossibilité du "racisme anti-blancs"), ça a été la vogue "homophobie" ou "sexisme"-"anti-féminisme" qui se poursuit à ce jour. Là-dessus, face à des positions (quand même) très argumentées à ce sujet lorsqu'on se donne la peine de les lire en entier, ont poussé les procès en "mauvaise articulation classe-race-genre" et "non-intersectionnalité" que nous avons précédemment évoqués (et auxquels ils ont répondu... en démolissant politiquement ces notions par les textes que nous avons cités). Avec une dernière salve en date au début de l'affaire Ramadan (octobre-novembre dernier). 

    Il y a eu à partir du début de l'année dernière l'offensive "terteriste" : ils étaient "homophobes", "sexistes", "islamistes" et "antisémites", donc en un mot comme les "racailles" des quartiers ; les voilà maintenant trop "bourgeois"-"intellectuels", et "coupés" desdits quartiers. La meilleure étant sans doute que cette offensive a mis à contribution des "anciens du MIB" (Mouvement de l'Immigration et de Banlieues)... qui se mangeaient, au début des années 2000, les mêmes accusations de "racailles islamistes virilistes antisémites" (et parfois de "trop politiques pour la jeunesse des quartiers qui s'en fout"). 

    Ou encore, à partir du milieu de l'année dernière, la démarche d'attiser purement et simplement les contradictions inter-indigènes, en l'occurrence Arabes/Noirs, sur le thème (dont tout le monde semble avoir oublié qu'il était une spécialité négationniste de droite il y a encore 15 ans) de l'esclavagisme arabe-musulman et de la négrophobie qui en découlerait aujourd'hui dans ces pays – réalité historique et problématique actuelle bien réelle, mais bien sûr impossible à placer correctement dans la hiérarchie des Pouvoirs (donc des problèmes) lorsqu'on est anti-politique. 

    Et pour les gens pas connus, comme nous, essayer d'établir des parallèles entre cet arsenal que nous venons de voir et ce que nous rencontrons dans notre propre expérience politique (face au "milieu" gauchiste), les manœuvres pour nous faire taire, nous discréditer et nous isoler, est toujours saisissant. Pour ne pas dire que c'est du pareil au même... Dans le microcosme où, même si nous voulons nous en arracher, nous sommes et avec lequel nous sommes obligés de traiter en permanence, nous pouvons retrouver à peu près tous les mêmes angles d'attaque. 

    Dans les "tirs de barrage" contre l'émergence d'un mouvement et d'une Pensée maoïste, le passage de la "mode antisémitisme" à la "mode patriarcat" est presque entièrement retrouvable dans le "passage de témoin" entre les campagnes destructives du 'p''c''mlm' (aujourd'hui lesmatérialistes.com et totalement réac) et celles de Futur Rouge et affiliés. 

    Tout est bon dès lors que l'on peut discréditer ou simplement pinailler, et TUER LA POLITIQUE (et sa matrice obligée, le débat de fond) dans l’œuf. 

    La "gauche radicale" apparaît concrètement comme une espèce d'organisme auto-immune contre le "virus" de la politique révolutionnaire : "insultés" par celle-ci, "silenciés" par le matérialisme, "incapacités" par une démarche réellement scientifique ; haineux de l'effort intellectuel requis et préférant se poser en défense des "totems" profanés ; se surajoutant à cela les "paralysés" par la crainte de l'"embrouille toxique" et de croiser le fer des idées justes avec les idées fausses, du matérialisme avec l'opportunisme, bref de la lutte de lignes ; tout finit toujours par s'entre-neutraliser. Si l'on ne veut vraiment pas se casser la tête à "argumenter" (avec des arguments de merde de toute façon), on se contentera de dire en mode plébéien que c'est "imbitable", "bac+23", et rideau. 

    À quoi bon, pour l’État, investir des moyens, payer des fonctionnaires pour surveiller et arrêter, et ensuite nourrir en taule, une telle non-menace ? Il peut se contenter paisiblement de faire respecter la loi, c'est-à-dire de punir les éventuelles atteintes aux propriétés ou aux personnes. Et pour financer cette armée de mercenaires "radicaux", nul besoin de fonds secrets : si votre analyse politique, brillante, jette une lumière crue sur leur propre nullité, assouvir leur jalousie leur suffira comme salaire. 

    Pour digresser sur un dernier sujet, cette fusion totale de la "gauche" dans le dispositif de contre-révolution préventive est peut-être ce qui explique que désormais, les forces de gouvernement de celui-ci sont idéalement du "centre", voire de "centre-centre-gauche" (en soulignant encore une fois ici l'expérience française en la matière, celle de la IIIe et même de la IVe République) ; permettant d'y rallier aisément la "gauche", au moment crucial des élections, sous le prétexte de "barrer la route" non seulement à l'extrême-droite mais aussi à la droite conservatrice "dure" (ce qui "ratisse" donc un peu moins largement peut-être, mais dans encore plus de cas). 

    C'est bien sûr le cas typique de Macron et sa "République en Marche" dans l’État français. Mais même dans le mal dé-franquisé État espagnol, le Parti populaire (PP) en perte de vitesse (déjà rayé de la carte dans la nationalité opprimée la plus remuante en ce moment, la Catalogne) comme son alter ego le P's''o'E sont en train de céder la place à une formation du même acabit (et d'origine catalane), Ciudadanos. En Italie, il y a eu Renzi. Ni "gauches" réformistes keynésiennes "archaïques", ni droites conservatrices national-étatistes et rances, nous avons là des "centres" promettant de gérer le capitalisme "dans le réalisme" tout en chantant l'"ouverture sur le monde" et sa "modernité" (contrairement donc au "repli nationaliste étroit" catalan...), antiracistes morales, "sans hostilité de principe" aux droits LGBT, "sensibles" à la question environnementale, mettant en avant la parité hommes-femmes et la jeunesse (et le "renouvellement") dans le personnel politique, etc. etc. : hormis le rapport au Grand Capital (ici détendu et favorable, présentant le contraire comme de l'"archaïsme idéologique"), le décalage avec tout ce que nous venons de dire au sujet de la "gauche" "progressiste" morale nous semble absolument... imperceptible ; tout juste peut-être avec un peu plus de "réalisme" (qu'il "faut" pour gouverner). 

    De toute façon, au niveau d'anti-politique atteint, "gauche", "droite" et "centre" ne peuvent plus être que des notions totalement subjectives fonction de chaque contexte culturel national. Aux Pays-Bas, personne même à la droite de la droite n'est contre le mariage homosexuel ou l'avortement ; tandis que Poutine se positionne en Russie au... centre voire au centre-gauche de "sa" société, et que si Nétanyahou règne en Israël, c'est qu'il y passe de plus en plus pour un centriste. 

    De leur côté, les oppositions "de gauche" à ces forces, version vieux réformisme keynésien, semblent avoir évolué sur le modèle de l'autre grande nouveauté politique de ces dernières années, qui vient d'arriver en tête aux élections dans son pays : le "Mouvement 5 Étoiles" italien. C'est le cas typique de la France Insoumise de Mélenchon ou de Podemos dans l’État espagnol : des organisations technofluides, en mode "démocratie directe" internétique qui assure en réalité un plébiscite permanent à un leader charismatique qui fait ce qu'il veut et garde ou vire qui il a envie ; et à l'arrivée, au nom d'"écouter le peuple", de plus en plus poreuses à des positions droitières (notamment en matière d'immigration, mais pas que). 

    On laissera encore d'un autre côté le cas grec de Syriza, relevant plutôt d'un "macronisme de gauche" (leader jeune et fringant) pour faire finalement, une fois au pouvoir, du macronisme... tout court. 

    Pour Laclau et Mouffe, idéologues mélenchonistes, l'heure n'est de toute façon plus au clivage "droite"/"gauche" mais à "ceux d'en haut" vs "ceux d'en bas"... et dans les deux cas, on peut donc piocher à "gauche" et à "droite" (ici au sens originel historique : ce qui est réactionnaire et ce qui est émancipateur) au gré du "vent" électoral. 

    Tout se reconfigure et fusionne en permanence, dans un dispositif toujours plus verrouillé de conservation du Pouvoir par la classe capitaliste, dont seule la "percée" d'une Pensée politique révolutionnaire et d'un Plan Général de Travail pour la mettre en œuvre pourra un jour nous extraire. 

    À suivre : La mise à mort de l'internationalisme prolétarien 


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