• Manifestations monstres en Algérie contre un 5e mandat pour la momie Bouteflika

    Manifestations monstres en Algérie contre un 5e mandat pour la momie Bouteflika

    Manifestations monstres en Algérie contre un 5e mandat pour la momie Bouteflika

    "Des milliers de manifestants marchent pour la DIGNITÉ à Alger. Toute politique doit partir du peuple, pour servir le peuple, par le peuple... Place à la souveraineté populaire ! Place à la démocratie ! Place à l'indépendance nationale ! Vive le peuple !"

    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=2027993167327739&set=a.262221783904895&type=3

    "Quelle fierté de voir cela ! Vive notre peuple ! Vive la révolution algérienne ! À bas le régime néocolonial !" (Louisa You)


    L’héroïsme collectif d’un peuple, Sadri Khiari

    https://www.facebook.com/PartiIndigenes2/photos/a.1068948163143443/2175011432537105/

    J’ai lu des articles sur l’omnipotence des services de polices, sur les atteintes aux libertés, la répression, la prison, la torture et l’action des défenseurs des droits humains.

    J’ai lu des articles sur la corruption aux sommets de l’État, des informations rigoureuses, des rumeurs ou de simples ragots sur le népotisme mafieux des « familles ».

    J’ai lu des papiers sur l’influence américaine, le soutien français, l’appui européen, les connexions avec Israël.

    J’ai lu de lourdes études sur la nature de l’État et du système politique tunisiens, sur l’existence ou non d’une « société civile », sur l’existence ou non d’une « opinion publique ».

    J’ai lu des essais d’anthropologie de l’autorité, des essais de déconstruction des dispositifs de pouvoir les plus microscopiques, des analyses du discours, des recherches culturalistes explorant l’âme tunisienne depuis un siècle ou deux afin d’y déceler les raisons de Ben Ali.

    Qu’est-ce qu’il manque ? Le peuple.

    Le peuple qui désobéit. Le peuple qui résiste dans l’obscurité de la vie quotidienne. Le peuple qui lorsqu’on l’oublie trop longtemps se rappelle au monde et jaillit dans l’histoire sans prévenir.

    Si j’ai appris quelque chose de la lutte des esclaves noirs américains sur laquelle j’ai un peu travaillé, c’est qu’il n’y a pas de servitude volontaire. Il n’y a que l’attente impatiente que s’érode la mécanique d’oppression. Il n’y a que la tension au jour le jour, minute après minute, pour bousculer l’oppresseur. On y voit de loin d’insupportables compromissions et celles-ci existent sans nul doute, car il faut bien survivre, mais s’y mêlent presque toujours l’indiscipline, la rébellion, des résistances moléculaires qui se condensent et explosent à la vue de tous au moment venu. A l’opacité du pouvoir despotique répond l’opacité des résistances ; les formes honteuses d’allégeance et de clientélisation cheminent en parallèle à la construction de solidarités populaires ; les technologies de contrôle et de discipline se doublent de dispositifs d’esquive, de camouflage, d’évasion et de transgression qui perturbent l’ordre établi.

    Il n’y a pas d’oppression sans résistance. Il n’y a que le temps qui s’étire plus ou moins lentement avant que surgisse, inattendu – ou perdu de vue -, l’héroïsme collectif d’un peuple.

    Fasse que le despote se casse !

    http:// indigenes-republique.fr/ la-force-de-la-desobeissanc e/


    Rassemblements ce week-end à Paris en soutien :

                       

    Manifestations monstres en Algérie contre un 5e mandat pour la momie Bouteflika

    [L'Algérie a mené une héroïque guerre de libération nationale (1954-62) contre le colonialisme français. Mais celui-ci, s'il s'est révélé (comme toujours) incapable de remporter la victoire face à l'invincibilité héroïque du peuple, a quelque part su se retirer "à temps", avant de subir une défaite trop sévère ou (surtout) de sombrer dans une crise de régime majeure en métropole hexagonale ; et, déjà, accompagner l'indépendance de sa colonie de balles enrobées de sucre (traités inégaux). Ensuite de quoi, toute l'histoire du pays depuis lors n'a été que celle d'un lent travail de sape et processus de "recolonisation" (néocolonisation) par l'ancienne métropole, entre agressions par la monarchie marocaine voisine (complètement laquais de l'impérialisme pour sa part), jeu sur les contradictions internes qui ne tardèrent pas à émerger (entre leaders indépendantistes, ou avec la question kabyle ou encore laïcité vs islam), premier coup de barre "à droite" (dans le sens, disons, contraire à l'indépendance nationale totale) avec le coup d’État de Boumediene en 1965, puis encore avec la politique de Chadli Bendjedid, les magouilles de la fin des années 1980 pour instaurer le néolibéralisme, le coup d’État de janvier 1992 contre la victoire électorale des "islamiiistes" (lire aussi : « Le 11 janvier 1992, coup d’État des néocolonialistes.pdf »), inaugurant la terrible "Décennie noire" dont Bouteflika a précisément été le produit final, etc. etc.

    De fait, le cas algérien nous offre un exemple typique de comment une libération nationale menée en forme de "révolution bourgeoise" impossible à l'ère de l'impérialisme total, sous la conduite de la bourgeoisie (ici, en grande partie en raison du rôle de repoussoir envers le communisme joué par le Parti de la métropole !), voit forcément au bout d'un moment cette bourgeoisie dirigeante se transformer en nouvelle oligarchie au service de l'impérialisme néocolonial ; ce que nous MLM appelons dans ce cas de figure une bourgeoise bureaucratique.

    On ne peut donc que souhaiter les meilleures perspectives politiques à ce mouvement qui se lève à présent !!]

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    La nouvelle prière du Vendredi

    http://indigenes-republique.fr/la-nouvelle-priere-du-vendredi/



    En Algérie, les centaines de milliers de personnes qui manifestent à travers tout le pays ont majoritairement entre 20 et 30 ans, l’âge de la majorité et d’internet. Et ce n’est pas « le mur de la peur » qu’ils ont décidé de briser mais le Pacte du silence. Et si ce n’est pas (encore ?) une révolution, c’est une libération.

    Un jour, Cherif Belkacem, membre du Conseil de la révolution sous Boumediène, homme puissant parmi les puissants à cette époque m’a dit : « Bouteflika est un destructeur, et tu ne peux même pas imaginer à quel point…»

    En mon for intérieur, j’avais pensé qu’il disait cela par dépit, ce n’était pas un secret, les deux hommes se détestaient cordialement et s’étaient disputés, dans une rivalité fratricide, la première place auprès du président Houari Boumediène, qui choisit, en 1974, Bouteflika contre celui que l’on continuait à appeler de son nom de guerre Si Djamel. 

    L’un et l’autre avaient participé au plus près à la création du système de pouvoir en Algérie, depuis les bases d’Oujda au coup d’État de 1965 contre le premier président de l’Algérie indépendante A. Ben Bella, système dont le chef incontesté était alors le colonel H. Boumediène. 

    Un système de l’ombre, de coups fourrés, de coups d’État, de coups de force, qui fonctionne en dehors de toute légalité autour de ce que Cherif Belkacem appelait : « El Djemaa » que l’on pourrait traduire par L’Assemblée, le Cercle des sans visage. En le regardant vivre et mourir, je compris une chose : dans cette Djemaa les individus ne comptent pas. Et qu’importe votre passé, votre force d’hier, si vous en êtes exclu, d’une manière ou d’une autre, vous n’êtes plus rien et le cercle se referme en vous condamnant en plus au silence, pendant qu’au plus profond, vous espérez qu’un jour El Djemaa vous rappellera. Jamais trop loin de son téléphone, Cherif Belkacem a attendu plus de trente ans, en vain, et bien que brillant, je crois que jamais depuis son éviction il n’a eu d’autre emploi que celui d’attendre. L’ivresse du pouvoir est une drogue dure en Algérie.

    « La casa d’El Mouradia »

    Aujourd’hui A. Bouteflika est devenu à son tour otage du Cercle qu’il a contribué à forger. Sans voix pour se défendre, sans jambes pour se sauver, il est devenu le rideau derrière lequel se cache El Djemaa qui feint de l’honorer comme le messager d’un dieu païen alors qu’elle le déshonore. 

    C’est le prix à payer pour que le Système impitoyable dure. Durer est aujourd’hui la seule ambition de cette tyrannie d’hommes invisibles. Gagner du temps parce que le temps c’est de l’argent et parce que devant n’importe quel tribunal, ils seraient condamnés pour infamie… C’est sans doute ce qu’il faut comprendre de ce qu’ils appellent « la mission » de Bouteflika en tentant de l’imposer à la nation pour un « cinquième mandat». Le message est clair : en Algérie il n’y a plus d’État au sens d’intérêt général, de service public, d’arbitrage. L’État est moribond à l’image de A. Bouteflika. 

    Cette Djemaa a une histoire, née dans la guerre de libération nationale, la raconter reviendrait à raconter l’histoire secrète du pouvoir en Algérie. 

    Mais on peut dire que si la structure est la même, sa composante humaine, son insertion dans le monde, son rapport à la société algérienne, son rapport à l’argent public, son rapport à la violence d’État, ses intérêts ont changé en même temps que changeait le monde et donc l’Algérie. Entre une Djemaa qui prétendait inventer le socialisme d’État et une Djemaa qui s’inscrit dans le marché mondial où tout est marchandise, les objectifs, les alliances nationales et internationales, la corruption, le rapport à la société, au salariat, aux démunis, aux damnés, à l’argent public et privé ne sont plus les mêmes. Seuls demeurent à l’identique les instruments de pouvoir : la force armée, l’argent du pétrole, la propagande et le mensonge, la justice.

    Trop d’argent, trop d’armes, trop de sang sur les mains, trop de viols de la légalité même formelle ces 20 dernières années, depuis l’annulation des élections en 1992 jusqu’au cadenassage des portes de l’Assemblée Nationale, image incroyable au cœur du pouvoir formel, pour chasser un président de l’Assemblée Nationale et Populaire et le remplacer par un autre qui sera invité, comme si de rien n’était, aux cérémonies célébrant le 1er novembre 54 aux côtés de toutes les institutions de l’État, militaires et civiles – ont transformé la Djemaa originelle en une coalition au service d’intérêts privés et particuliers qui utilise l’ensemble de l’appareil d’État contre l’intérêt général. Administration, justice, banque, entreprises publiques, instances financières, marchés publics, médias publics et surtout privés (financés sur l’argent public déguisé en argent privé) et enfin l’appareil roi, l’appareil militaro-policier, son bras armé sans lequel un tel régime serait inimaginable.

    Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les CV de ces ministres, hommes politiques, chargés aujourd’hui de faire la campagne officielle de l’élu du Système. De Abdelmalek Sellal, directeur de campagne, à Sidi Saïd, patron cynique de l’UGTA, en passant par Amar Ghoul, leader d’un petit parti et ancien ministre, Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement actuel et leader de la coalition « des partis présidentiels » (sic) ou Amara Benyounes, chargé officiel de la communication, tous cités d’une manière ou d’une autre à l’occasion de ces scandales qui défrayent la chronique de ce mélange entre intérêt publics et intérêts privés.

    « Fils du peuple, Ouled Chaab ». 

    La majorité silencieuse en Algérie, à ne pas confondre avec passive, sait tout cela, elle en a la science. Une science qui s’apprend, qui se construit dans ce quotidien qui nous dénie matin et soir, jour et nuit, la construction d’une citoyenneté dans une violence physique et symbolique inépuisable et épuisante.

    En Algérie, tout se sait mais rien ne se dit. Aujourd’hui, les Algériennes et les Algériens qui manifestent par dizaines de milliers à travers tout le pays ont décidé, non pas de « briser les murs de la peur », mais de rompre le Pacte du silence. Pacte du silence, cette espèce de corruption passive où l’art de survivre en Algérie est devenu un art de naviguer et de se taire à condition de prélever sa part de la rente pétrolière, du colossal à l’infime. Et c’est là que ces manifestations sont inédites et historiques, incomparables avec toutes les autres, et si ce n’est pas la révolution, il s’agit bien d’une libération collective et massive de ce fardeau invisible.

    De ma vie – et pourtant j’en ai couru des manifestations, en tant que journaliste ou que citoyenne jamais je n’ai été envahie par un tel sentiment de légèreté, en ce vendredi 22, après la prière, à l’heure de la manifestation. J’étais partie pour voir et j’ai vu, et avant ma tête c’est le poids de mon corps qui m’a dit que ma place n’était pas d’être une observatrice, plantée là sur le trottoir, mais de faire confiance à ces gens qui marchent, de rejoindre cette danse incroyable, cette danse que j’attendais, que nous étions des dizaines de milliers à attendre, mon corps m’a dit, avant ma tête, de rejoindre ces milliers de corps qui avançaient dans une indescriptible conscience/confiance de soi, une concentration voulue et organisée, pour me libérer avec eux du Pacte du silence. Et je me suis glissée dans la vague qui m’a accueillie parce qu’elle n’appartenait à personne et c’est comme si je m’étais retrouvée à marcher avec des milliers de lianes qui à chaque pas se libéraient d’un énorme poids secret porté toute ces longues années dans la honte du silence. Il n’y avait quasiment pas de banderole écrite, juste des milliers de voix qui chantaient ensemble : « Ya Bouteflika/ makache el khamissa », un « non » sans appel. 

    En se rendant visibles, ceux qui se présentent comme « les enfants du peuple », expression que j’ai entendue dans la manifestation du 22 février, déclamée comme une carte de visite devant l’Assemblée Nationale, « Ouled chaab » se dressent aujourd’hui contre la dictature de la Djemaa invisible.

    J’ai le sentiment de marcher avec un peuple devenu souverain et c’est royal. C’est une manifestation politique qui interdit de dire à ses tyrans qu’il est content. C’est une addition d’individus, de voix, qui traverse toutes les couches sociales, tous les courants politiques, sans hégémonie et qui invente une nouvelle langue politique depuis la même mémoire sociale, politique, les mêmes deuils. Arrivée devant l’Assemblée populaire, une pensée pour ceux qui ont croisé la mort parce qu’ils voulaient fuir ce pays confisqué et pour eux devenu irrespirable : « Allah yarham El Haragua », une pensée pour les brûleurs des frontières. Plus loin, une mère porte la photo de son fils enlevé et depuis disparu. Des deuils sans tombe, sans patrie.

    « Pacifique, pacifique ».

    En s’arrogeant le droit de présenter une marionnette sanglée sur une chaise roulante pour nous représenter d’abord à nos yeux qui tous les matins se regardent dans la glace, ensuite aux yeux du monde, la Djemaa des invisibles s’est donnée un droit tabou : celui d’offenser un peuple et sa patrie. Une insulte à son passé, son présent et son avenir. Aucun peuple au monde ne peut accepter qu’on élise à sa place un président qui ne parle pas. Il y a quelque chose ici qui relève de l’honneur. 

    Mais, en brisant ce tabou, les invisibles en ont cassé un autre : ils se sont rendus visibles parce qu’il n’y a pas de marionnette sans ficelle. Grave erreur. En nous offrant un cadre troué en guise de président c’est comme si la tyrannie de l’invisible s’était dévoilée, démystifiée. 

    En se dévoilant, ils nous ont en même temps dévoilé, ne nous laissant d’autre choix que de rompre le pacte du mensonge : « On vous voit à travers ce trou tirant les ficelles. On ne voit même plus que vous avec votre insultante arrogance, votre inquiétante vulgarité, vos incompétences criardes, votre argent qui a l’odeur du sang des autres, vos affaires scandales à répétition, votre grossière propagande, votre irresponsabilité, vos lâchetés et vos menaces ».

    Les manifestations sont à la mesure de l’offense. Elles inaugurent la fin d’un Pacte avec le Système, un face à face inédit, sans rideau d’avec la réalité du pouvoir, face au Système, « rejeté globalement et dans le détail. » Elles revendiquent un nouveau contrat politique entre gouvernés et gouvernants.

    Un contrat qui reste à écrire et à signer. Le chemin sera dur et long. Alors avec cette nouvelle génération de manifestants qui pourraient être mes enfants et qui m’apprennent une nouvelle langue politique, avec eux je murmure : « selmiya, selmiya, pacifique, pacifique », et j’ajoute : «Djeich chaab/ khawa, Khawa », comme on psalmodie la nouvelle prière du vendredi.

    Ghania MOUFFOK. Journaliste.

    Texte publié avec l’autorisation de l’auteur.

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    Algérie : un seul héros, le peuple !

    http://indigenes-republique.fr/algerie-un-seul-heros-le-peuple/

    Le PIR salue la formidable mobilisation du peuple algérien contre le 5ème mandat d’Abdelaziz Bouteflika.

    De France, l’immigration post-coloniale doit accomplir sa mission. Pour notre part, nous exigeons de la France qu’elle respecte la souveraineté algérienne et qu’elle rompe son soutien indéfectible à un régime honni. En un mot, qu’elle mette fin à la Françalgérie et ses réseaux de commissionnements insérés au cœur des appareils d’État.

    Ce système mafieux qui s’étend sur toute l’Afrique francophone doit cesser car il est un des principaux semeurs de misère. Les manifestants algériens ne s’y trompent pas lorsqu’ils rendent hommage aux « harragas » (brûleurs de frontières) que l’État prébendier condamne à la mort ou à l’errance. C’est bien l’incurie du régime qui pousse toute une jeunesse à fuir le pays natal.

    À cet État postcolonial, le Peuple algérien debout, fier de la promesse du 1er novembre 1954 et brandissant les portraits des chouhadas (martyrs de l’indépendance) exige aujourd’hui le rétablissement de sa pleine souveraineté et la poursuite de la décolonisation. Se débarrasser des perpétuateurs de ce système en est la condition.

    Tahiya El Jazair !

    PIR

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    Sur les voix de "soutien" aux mobilisations qui peuvent commencer à émaner ici et là des métropoles occidentales, comme dans une sinistre répétition des ingérences des "Printemps arabes" :


    Algérie : « Ne jamais se fier à l'impérialisme »

    http://www.ism-france.org/analyses/Algerie-Ne-jamais-se-fier-a-l-imperialisme--article-20824

    Par Youssef Girard

    Alors que l'Algérie vit depuis plusieurs jours au rythme des manifestations contre la cinquième candidature du président Abdelaziz Bouteflika, mardi 5 février, le porte-parole de la diplomatie états-unienne, Robert Palladino, a expliqué que « les États-Unis soutiennent le peuple algérien et leur droit à manifester pacifiquement ».

    Algérie : « Ne jamais se fier à l'impérialisme »

    La marche des étudiants le 3 mars à Tizi Ouzou (Photo : EL WATAN)

    Parallèlement, la Commission européenne a appelé au respect « de la liberté d’expression et de réunion » en Algérie. La veille, le Quai d’Orsay avait expliqué souhaiter « que l’élection présidentielle [algérienne] se déroule dans de bonnes conditions. C’est au peuple algérien qu’il appartient de choisir ses dirigeants et de décider de son avenir » (1).

    Que signifient réellement ces déclarations de bonnes intentions des chancelleries occidentales qui aiment tant revêtir le noble costume de « défenseur des droits de l'homme » et de la « démocratie » ?

    Ne nous laissons pas illusionner par des costumes d'apparat plus dignes du carnaval de Venise que des réalités historiques. Paris, Washington ou Bruxelles se moquent totalement de la « démocratie » et du respect des « droits de l'homme » en Algérie comme dans l'ensemble des pays d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud.

    Du coup d’État contre le Premier ministre iranien, Mohammad Mossadegh, en 1953, à l'instigation du coup d’État contre Salvatore Allende en 1973 au Chili ou à l'invasion de la Grenade en 1983 pour renverser Maurice Bishop, du soutien à la dictature de Suharto en Indonésie, à celle de Mobutu au Zaïre, au soutien au régime de l’apartheid en Afrique du Sud, en passant par la guerre contre le Vietnam (1964-1973) ou à celle contre l'Irak (2003), nous savons parfaitement que les États-Unis n'ont que faire des « droits de l'homme » et de la « démocratie » qu'ils sont les premiers à violer.

    De son côté, l'ancienne puissance coloniale n'a jamais été plus vertueuse en matière de « droits de l'homme » et de « démocratie ». La France a colonisé l'Afrique pendant un siècle puis elle a participé, après les indépendances, à maintenir un système néocolonial en renversant tous les responsables politiques africains contestant son hégémonie. Elle a ainsi soutenu tous les régimes lui étant inféodés. Concernant l'Algérie, la France y a établi une colonisation de peuplement durant cent trente deux ans qui a violé les droits humains les plus élémentaires à commencer par le droit à la vie. Comme disait l'une des figues du nationalisme algérien, Messali Hadj, pour dénoncer cette colonisation : « Ma mère m'a donné la naissance, et la France m'a donné la souffrance » (2).

    Après l'indépendance, la France n'a jamais reconnu et condamné sa politique génocidaire (3), ses violations systémiques des droits de l'homme et encore moins fait condamner ses tortionnaires, donc en matière de respect des droits humains sa crédibilité est totalement nulle. Son droit-de-l'hommisme dégoulinant pue comme un poisson avarié.

    Alors que soutiennent réellement ces puissances impérialistes en Algérie ?

    Elles soutiennent l'État profond, indéfectiblement lié à l'Occident en général et à la France en particulier, qui manœuvre en parallèle des mobilisations populaires pour imposer son candidat. Lié à une bourgeoisie compradore qui s'est rapidement enrichie dans le monde des affaires, le candidat de l’État profond mettra en place un programme néo-libéral au niveau économique, aliénant au niveau culturel, fondé sur la remise en cause de la place de la langue arabe au profit du français, et d'alignement sur l'Occident au niveau diplomatique et militaire.

    Éclairés par le passé révolutionnaire de l'Algérie, nombre d'Algériens qui manifestent dans les rues ne s'y sont pas trompés en dénonçant les velléités d’ingérences occidentales.

    Comme disait Che Guevara, « on ne peut jamais se fier à l'impérialisme, pas même pour la moindre des choses, rien de rien ».

    Youssef Girard


    (1) « Manifestations contre le 5e mandat : après Bruxelles et Paris, Washington dit « soutenir le peuple algérien », Algérie Part, 06/03/2018
    (2) Khaled Merzouk, Messali Hadj et ses compagnons à Tlemcen, récits et anecdotes de son époque, 1898-1974, Alger, El Dar El Othmania, 2008, page 274
    (3) Cf. Youssef Girard, « Le passé génocidaire de la France en Algérie », ISM-France, 26/12/2011

    Manifestations monstres en Algérie contre un 5e mandat pour la momie Bouteflika


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