• "Esclave", "identitaire", "Chouan", cul-terreux arriéré de service : pour paraphraser Césaire, "n'allez pas le répéter, mais LE BRETON VOUS EMMERDE"


    breizh gwenhadu komunourComme il fallait s'y attendre (bien que nous ayons apparemment été les seuls), cela n'a pas loupé. Il n'aura pas fallu beaucoup plus que quelques gwenn ha du (le fameux drapeau national) hissés bien haut, quelques slogans dans cet horrible baragouin (bara ha gwin = pain et vin) de brezhoneg et des bonnets rouges évoquant une révolte de 1675 contre le centralisme franchimand du bon Roi Soleil pour voir (re)surgir tous les stéréotypes, toutes les caricatures et les insultes contre le Peuple (ouvriers, employés, petits paysans, indépendants ou micro-employeurs) de Bretagne. Le Breton de 1913, de la 3e République du "petit père" Combes et du "tigre" Clemenceau, était un cul-terreux bigot défilant en procession, cierge et crucifix en main, derrière son curé et son châtelain. Le Breton de 2013 est un "esclave" défilant bonnet rouge sur la tête et gwenn ha du au vent (porté par un cochon) sous les vociférations de son patron-du-Medef-anti-écotaxe. Dans les deux cas, un abruti incapable de la moindre conscience autonome de ses intérêts de classe.

    Et puis bien sûr, pour les un-peu-plus "culturés", il faut bien que le sempiternel argument sorte : les "identitaires régionalistes" qui manifestent à Quimper sous les gwenn ha du sont les z'héritiers des z'horribles nationaliiiistes du PNBééé, qui pendant la Seconde Guerre mondiale combattirent la Sainte République et le Saint Progrès sous l'uniforme hitlérien.

    L'histoire de la Bretagne, nous l'avons plusieurs fois abordée dans nos études sur la construction de la Prison des Peuples "France" : celle d'une PROVINCE ; ce qui à l'époque (avant Villers-Cotterêts) où le latin était la langue officielle voulait dire ce que cela voulait dire : provincia, de pro (précédemment) vincere (vaincre), "pays précédemment vaincu", pays conquis ; bref, une Périphérie. Sous l'Ancien Régime, elle bénéficiait de cette autonomie que d'aucuns réclament aujourd'hui, avec sa propre assemblée représentant les classes possédantes (les États, siégeant dans différentes villes car non-permanents) et sa propre Cour suprême de justice (le Parlement, à Rennes), ce qui ne l'empêchait pas d'être déjà écrasée de misère et d'arbitraire[1], ses miséreux et prostituées des ports étant notamment raflés en masse pour être expédiés en "Nouvelle-France" (Canada) ou aux Caraïbes ; c'est ainsi qu'éclatera en 1675 la fameuse révolte des Bonnets rouges à laquelle il est fait référence aujourd'hui, contre une énième taxe tombant dans un contexte de grandes difficultés économiques.

    En 1789-90, le nouvel État de la bourgeoisie seule la transformera en cinq départements, les députés bretons à la Constituante prévoyant une consultation des États provinciaux... qui ne seront jamais réunis, puisqu'abolis comme "privilèges locaux". La 1ère République jacobine (1793-94) "ratera" l'alliance ouvrière-paysanne ou plutôt, pour être exact, telle ne fut jamais son intention puisque la "manip" consistait justement, pour la bourgeoisie "centrale" francilienne, à reprendre la main en s'appuyant sur une démagogie "sociale" en direction du petit peuple de Paris (rien n'a bien changé avec les jacobins actuels, Mélenchon en tête) puis à en éliminer les promoteurs une fois la tâche accomplie[2]. Campagnes parmi les plus pauvres d'Hexagone (terres de bocage aux sols acides), les provinces de Bretagne (surtout la Haute-Bretagne, la Bretagne gallo), du Maine et du Bas-Poitou (Vendée), déjà échaudées par la politique anti-catholique sectaire de la Convention (l'Église jouait alors un rôle considérable d'"amortisseur social" et de "confidente" des misères du petit peuple paysan - une bonne réflexion sur ce catholicisme populaire armoricain se trouve dans l'ouvrage d’Émile Masson au chapitre IV "Foi") et soumises à l'arrogance des nouveaux riches "racheteurs" de biens seigneuriaux, se soulèveront contre la conscription en masse de 300.000 jeunes hommes à la veille des semailles, tandis qu'une crise alimentaire guettait. Ce soulèvement, sans autre idéologie que le refus du rouleau compresseur de l'État vendee-massacre-sechercapitaliste triomphant sur la société traditionnelle (mouvement d'arrière-garde donc), mit à sa tête des nobles royalistes et autonomistes ou des religieux réfractaires à la Constitution civile du clergé (les uns comme les autres ayant peu émigré, forcément, vu la distance des frontières) mais aussi - apparemment - des membres des loges maçonniques locales qui furent, dit-on, de véritables "viviers de Chouans" : des BOURGEOIS donc, ou en tout cas des aristocrates et des religieux "modernes", pas des gens vivant au milieu des vieilles armures, des hallebardes et des toiles d'araignées... N'oublions pas que les "élites" locales, si elles pouvaient être libérales voire républicaines, étaient également (très généralement) fédéralistes, fortement anti-centralistes : ainsi le marquis de La Rouërie, monarchiste libéral et franc-maçon, héros de la guerre d'indépendance américaine et fervent partisan de 1789, fondera deux ans plus tard (1791) l'Association bretonne pour défendre l'autonomie de la "province" liquidée par la départementalisation - cette association est considérée par les historiens comme une matrice de la Chouannerie. Sa vision de la nouvelle France constitutionnelle et "éclairée" était plutôt celle d'une fédération des anciennes provinces avec leurs "États" (institutions propres), à la manière de ces États d'Amérique qu'il venait d'aider à se séparer de la Couronne britannique...  

    Et par ailleurs (au demeurant), lorsque ces Chouans et autres Vendéens défendaient bec et ongles "leurs" nobles locaux et "leur" Église (une Église indépendante, "non-jureuse"), était-ce vraiment par "obscurantisme" et par amour de la taille, du cens et de la dîme... ou n'était-ce pas plutôt par attachement à ce qui était vu comme des contre-pouvoirs face à un État central qui (les institutions provinciales dissoutes) semblait s'annoncer tout-puissant (et allait effectivement le devenir avec Bonaparte quelques années plus tard) ? C'est bien la deuxième réponse qui s'impose à tout raisonnement sensé : la quête (faute d'établir soi-même un Pouvoir du Peuple) de contre-pouvoirs face au Capital triomphant ; le même genre de contre-pouvoirs que les sans-culottes parisiens voyaient (sans doute) dans leurs "sections" et dans la (première) Commune de Paris... CQFD.

    [Au sujet de toute cette "problématique bretonne" durant la "révolution" bourgeoise "française", un bon résumé ici http://breizhcb.free.fr/fr.htm#B12a ou encore ici http://ablogjeanfloch.over-blog.com/article-29966859.html ; lire aussi ici au sujet de l'analyse "socio-économique" du phénomène chouano-vendéen : "La Révolution n'a pas su satisfaire les espérances engendrées par la convocation des États généraux en 1789 : les métayers, majoritaires en Vendée, ne bénéficient pas de l’abolition des droits féodaux, qui sont rachetables (jusqu'en 1793), les biens nationaux profitent essentiellement aux bourgeois et aux marchands. À partir de là, le bouleversement des structures sociales traditionnelles, la réforme autoritaire du clergé et la levée en masse constituent tout au plus l’étincelle qui a provoqué l'explosion d'un mécontentement plus ancien" (...) "la croissance des villes françaises du XVIIIe siècle, l'agressivité économique de celles-ci et leur tendance à accaparer le pouvoir politique local ont suscité des résistances et des haines paysannes, dont l'insurrection vendéenne n'est qu'un exemple exacerbé" (...) "Albert Soboul décrit des masses paysannes dans la gêne, prédisposées « à se dresser contre les bourgeois, très souvent fermiers généraux en ce pays de métayage, négociants en grains et acquéreurs de biens nationaux », (...) enfin l'assimilation, par les paysans, du tirage au sort pour la levée des 300 000 hommes à la milice, institution de l'Ancien Régime particulièrement honnie. S'il considère que « le caractère simultané du soulèvement autorise à penser qu'il fut concerté », il explique que les paysans « n'étaient ni royalistes, ni partisans de l'Ancien Régime » et que les nobles furent d'abord surpris par le soulèvement, avant de l'exploiter à leurs fins"...]

    C'est donc là que s'illustreront - dans l'horreur - les tristement célèbres Westermann, Turreau et ses "colonnes infernales", Kléber qui sèmera la mort notamment à Clisson ou encore Carrier (un Oncle Tom occitan, auvergnat) le noyeur de Nantes ; tous sous la supervision du responsable des affaires militaires au Comité de Salut Public, Lazare Carnot : le premier sera guillotiné avec les dantonistes en avril 1794, mais le second (de même que Carnot) poursuivra une brillante carrière sous le Directoire, l'Empire et même la Restauration jusqu'à sa mort en 1816 ; le troisième sera "repêché" par Bonaparte et le suivra en Égypte où il tombera en 1800 sous les coups d'un moudjahidine  ; tandis que le dernier votera la mort de Robespierre le 27 juillet (9 thermidor) 1794 mais sera rattrapé par son "dossier" (et d'autres massacreurs tels Fouché, futur "premier flic" de Napoléon, soucieux de se "blanchir" ainsi) et exécuté en décembre de la même année. Au total (Bretagne, Bas-Poitou, Anjou, Maine), les estimations vont de 100/150.000 à 380.000 (général Hoche en 1796) personnes tuées, principalement en "Vendée militaire" (ne comptant de Bretagne que la Loire-Atlantique) mais beaucoup aussi en "Chouannerie" (Nord de l'Anjou, Mayenne et Haute-Bretagne), dont 20 à 25% de républicains victimes des insurgés et le reste (donc) victime de la répression.

    Le macabre décompte, on s'en doute, a été dès l'époque et reste encore aujourd'hui ultra-politisé, puisque pour toute une droite (pas forcément extrême et pas forcément, aujourd'hui et depuis un gros siècle, monarchiste) il s'agit là d'un "génocide" perpétré par la "République maçonnique" et son "fanatisme égalitaire", preuve de "l'essence criminelle (ou "satanique") de la gauche" (et/ou "de la République") et préfigurant les "totalitarismes du 20e siècle", "de Staline à Mao en passant par Hitler". Un point de vue bien entendu complètement ridicule puisque nous venons de voir (juste ci-dessus) l'appartenance à la franc-maçonnerie, la participation à la Révolution américaine et l'enthousiasme pour 1789 de bon nombre d'initiateurs du mouvement chouan comme La Rouërie (des "hommes de gauche" pour l'époque, donc) ; ceci sans même parler de la responsabilité (consciencieusement oblitérée du discours on s'en doute...) de la droite dure de l'époque, l’Émigration de Coblence, dans le "génocide" de ces "gueux" et de ces petits bourgeois (et même de ces nobliaux périphériques armoricains) dont elle avait fait sa chair à canon et pour lesquels elle n'avait pas "subitement" plus de considération qu'avant 1789... Le clivage principal n'était pas là, mais entre une bourgeoisie parisienne (et affiliée) centralisatrice et des élites locales autonomistes. Et puis ce n'est pas vraiment non plus comme si des crimes de masse tout à fait comparables n'avaient pas été le lot de la "pacification" de la Corse sous Louis XV et Louis XVI (gouvernorat de Marbeuf, 1768-86), du "Midi" occitan et en particulier des Cévennes ou encore de la Bretagne (révolte de 1675) sous Louis XIV, de la Franche-Comté  (population réduite de  plus de 60% !) ou encore des terres occitanes de "croquandage" et des places-fortes protestantes du "Midi" sous Louis XIII et Richelieu ; ceci sans remonter (par pure charité) aux conquêtes du Moyen Âge : si l'objectif est d'opposer une (bonne) France d'Ancien Régime "éternelle et chrétienne" ("fille aînée de l’Église") au "premier des totalitarismes gauchistes, produit automatique de l'idéologie égalitaire", c'est pour le moins raté... Le centralisme français oppresseur et assassin qui "commencerait" avec l'"apostasie nationale" de 1789, voilà sans doute la meilleure blague entendue au cours des deux derniers siècles !

    170px-Carrefour_des_chats.jpgCes exactions ulcéreront jusqu'à Robespierre lui-même, dont l'apogée du pouvoir (avril-juillet 1794) verra d'ailleurs une accalmie et le rappel à Paris des principaux massacreurs de "province" (les Carrier, Fouché, Collot, Barras, FréronDumont et autres Tallien, qui deviendront les principaux artisans de Thermidor et souvent les "réacteurs" anti-jacobins suprêmes par la suite) ; tandis que le "premier communiste" Gracchus Babeuf se fendra (après Thermidor) d'un brûlot pour dénoncer le "système de dépopulation" (ou "populicide") dans les "départements de l'Ouest" (ce pamphlet aurait été, cependant, notoirement encouragé par Fouché pour "charger" Carrier)... En réalité, la Bretagne et les régions avoisinantes auront expérimenté très précocement ce que peut être l'aspect antipopulaire d'une révolution bourgeoise. Seuls des matérialistes conséquents peuvent saisir toute l'ambivalence dialectique de ce phénomène, "réactionnaire" puisque s'opposant à une "révolution" bourgeoise, aux "Lumières" et au "progrès" (quoique, comme on l'a vu...), mais AUSSI résistance POPULAIRE et nationale face à la bourgeoisie triomphante, à son mépris du Peuple et à son suprématisme centraliste parisien ; un phénomène finalement très comparable au carlisme basque ou au jacobitisme écossais et irlandais.

    La Bretagne deviendra ensuite, au 19e siècle (l'économie locale étant vouée à être misérable), un grand réservoir de force de travail pour Paris et autres grands centres (on estime ainsi qu'un demi-million de Breton-ne-s émigreront rien qu'entre 1871 et 1911) dont leur propre capitale historique, la très francisée Nantes où ils ne sont pas franchement bien accueillis ; de chair à canon pour les guerres... et aussi de sabreurs contre le mouvement ouvrier naissant ; le paysan breton, misérable mais gardant (on l'a vu) un très noir souvenir de la "révolution", fermement encadré par son curé catholique et son châtelain royaliste, étant réputé "blanc", farouchement conservateur, encore que ce soit à relativiser - ainsi trois départements sur cinq (Finistère, Ille-et-Vilaine et Côtes d'Armor) donnent-ils déjà des scores honnêtes (entre 20 et 40%) aux listes démocrates-socialistes lors des élections législatives de 1849 (époque à laquelle, par ailleurs, le malouin Lamennais commence à réconcilier la pensée catholique avec les idées de liberté et même d'un certain démocratisme radical voire socialisant...).

    Les émigrés, devenus prolétaires à Paris, transmettent aux pays natal les idées nouvelles socialistes et dans les ports de commerce, militaires (Brest) ou de pêche (avec la petite industrie liée - conserverie etc. - comme à Douarnenez), ou encore sur les chantiers navals (Saint-Nazaire) naissent des bastions "rouges" socialistes et (après 1920) communistes. Il règne cependant, dans ces bastions, un certain républicanisme francouille et un rejet de la langue et de la culture bretonne : dans sa construction de l'hégémonie intellectuelle et de la société civile socles de son pouvoir, l'État français a réussi le tour de force de faire de l'ouvrier breton un "privilégié" vis-à-vis de la grande masse de son Peuple restée paysanne (à mettre en relation avec l'accueil des migrants ruraux bas-bretons à Nantes, cf. lien plus haut). Comme le racontait il y a quelques années le chanteur brestois Miossec, pourtant pas vieux (né en 1964), "à Brest on ne parlait pas breton, c'était une ville ouvrière, rouge ; le breton c'était la langue des paysans de l'intérieur, cathos et réacs". De manière générale (hexagonale), ce jacobinisme ouvrier qui a tant infesté et infeste encore tant le mouvement socialiste, communiste comme anarchiste n'est en définitive rien d'autre que le résultat d'une formidable manœuvre de division du Peuple par le Pouvoir bourgeois ; division entre ouvriers et paysans, entre masses populaires urbaines et masses populaires rurales (qui étaient encore, rappelons-le, majoritaires en "France" à la veille de la Seconde Guerre mondiale) dans la droite ligne du sans-culottisme anti-rural de la "révolution" bourgeoise, dont le sieur Mélenchon ou la pathétique manif' du 2 novembre à Carhaix sont aujourd'hui les ultimes avatars... 

    bretagne.jpgPourtant, à la fin du 19e siècle va (enfin) surgir ce qui nous intéressera dans les paragraphes suivants : le mouvement politique appelé Emsav, "relèvement" ; autrement dit la réaffirmation d'être un PEUPLE face à l'État qui en est la prison, le centre de son oppression et de son exploitation. Si ce mouvement ne sera jamais réductible à une catégorie politique étroite et définitive, nous allons voir que son cheminement vers le majoritairement progressiste, disons-le en toute honnêteté, sera pour le moins tortueux (on pourrait cependant en dire autant du mouvement national basque, par exemple).

    Le premier Emsav breton de la "Belle époque" (années 1890-1914) était extrêmement composite, avec des tendances socialistes et libertaires (Émile Masson et son Antée - Les Bretons et le Socialisme, Louis Napoléon Le Roux qui sera proche des républicains irlandais et contribuera en 1921 à La Bretagne libertaire avec Camille Le Mercier d'Erm) ou républicaines laïques et rad'-soc' (Anatole Le Braz, qui rejoindra plus tard les "Bleus de Bretagne") aussi bien que catholiques, traditionalistes et conservatrices. Ceci dit, le "côté chouan" de ce mouvement (alors représenté principalement par l'Union régionaliste, URB) a sans doute été largement exagéré par les radicaux "jacobins" de Paris, surtout que parmi la foule de ses revendications et de ses conceptions il y en avait une qui tendait à faire "dénominateur commun" : celle d'un développement économique autocentré de la Bretagne associé à une certaine idée d'"interceltisme" économique, autrement dit de liens économiques avec les Îles Britanniques : exportations agricoles vers celles-ci et importation de charbon gallois pour développer la sidérurgie en Bretagne, par exemple. Or, est-il utile de rappeler combien la Grande-Bretagne était à l'époque une grande rivale impérialiste planétaire de la "France" ? Bien plus tard, dans les années 1960, chahuté par des autonomistes lors d'une visite dans sa provincia d'outre-Couesnon, De Gaulle tiendra exactement le même discours : "à coup sûr, il y a les Anglais derrière tout cela"... CQFD. Depuis les entre-déchirements bourgeois de la Terreur, le "complot de l'étranger" est un thème récurrent de l'idéologie française.

    Classiquement considérée comme la délimitation entre le 1er et le 2e Emsav, la Grande Boucherie de 14-18 jouera évidemment un rôle radical dans la prise de conscience progressiste en Bretagne : une saignée effroyable, autour de 150.000 morts soit 22% des mobilisés, peut-être plus du tiers (certains parlent de la moitié !) des jeunes hommes entre 18 et 35 ans... Or les rares oppositions à l'"Union sacrée" des bouchers se recruteront à cette époque plutôt à gauche de l'échiquier politique, du social-libéral Caillaux au mouvement anarchiste et syndicaliste-révolutionnaire, en passant par le socialiste Jaurès, les zimmerwaldiens etc. La droite "régionaliste" entamera son chemin vers le discrédit en se jetant dans la curée patriotarde. Ceci dit, un certain pacifisme même "de gauche" pourra aussi conduire, à l'approche de la guerre suivante, au rejet de l'antifascisme et finalement à la collaboration…

    Force centrale et "matrice" du 2e Emsav, le Parti nationaliste breton (PNB) fondé en 1911[3] aura exactement la même multiplicité de courants de pensée. C'est que l'histoire tragique de la Bretagne au sein de l’État-prédateur français n'était absolument pas analysée, donc encore moins comprise. Le mouvement se voulait "Bretagne d'abord" (le fameux slogan "Breiz atao", qui deviendra en 1919 le nom du journal et du groupe militant constitué autour), apolitique et interclassiste ; si bien que chacun pouvait voir le "pic" de l'oppression anti-bretonne à l'époque qui l'arrangeait. Certains se souvenaient que sous l'Ancien Régime, la condition de la paysannerie et du petit peuple n'était guère rose tandis que les aristocrates bretons se pavanaient à la Cour. Mais pour d'autres, châtelains, ecclésiastiques, bourgeois ou personnes sous leur influence, c'étaient clairement les exactions républicaines de 1793-94 ou encore les attaques du "petit père Combes" (l'un de ces nombreux occitans vendus à la "république" bourgeoise monopoliste et patriotarde) contre le catéchisme en breton, au début du nouveau siècle, qui marquaient le sommet de la violence centraliste parisienne... Pour autant, des personnes très clairement à la gauche de la gauche étaient favorables à une "dé-périphérisation" politique et économique de la Bretagne et à la défense de la langue et de la culture populaire : on y comptait rien de moins que Marcel Cachin, natif du Goëlo (Paimpol, Côtes d'Armor), député socialiste puis communiste et directeur de L'Humanité de 1918 à sa mort (1958), ou encore l’instituteur Yann Sohier qui créera la revue Ar Falz ("la Faucille")... Et c'est au chant de L'Internationale que se clôture en 1928 à Châteaulin le premier congrès du Parti autonomiste (PAB, nom du "parti de l'Emsav" entre 1927 et 1931), qui s'affirme alors clairement sur une ligne de gauche et a le soutien du PC de Cachin. La scission de 1931 entre fédéralistes progressistes et nationalistes philo-fascistes (cf. ci-dessous) verra même l'apparition d'un éphémère "Parti national révolutionnaire" (PNRB) de tendance "bolchévique" - l'essentiel, en fait, de la section Trégor-Goélo (terre "rougeoyante" de longue date, terre de Cachin) du PAB.

    Globalement, si l'on analyse les choses en termes de tendance, c'est donc plutôt une évolution vers la gauche qui caractérise la grosse décennie suivant la Première Guerre mondiale ; tandis que de son côté, le PCF s'efforce d'appliquer scrupuleusement les principes kominterniens de 1919 sur le droit à l'autodétermination. Mais dans les années 1930 le mouvement Breiz Atao va précisément éclater sur la question du rapport à l'Allemagne nazie, qui se présentait alors (rappelons-le) comme "socialiste" (un "socialisme national") et que bon nombre commençaient à voir comme une "championne des nationalités d'Europe" face à des États négateurs dépeints comme "judéo-maçonniques" (qu'elle contribue à partir de 1936, dans la Péninsule ibérique, à écraser un formidable mouvement d'affirmation des nationalités réelles sur une ligne progressiste, avant de mettre tous les Peuples européens dans les chaînes du même esclavage ; et qu'elle représentât par ailleurs en Allemagne même le régime le plus centralisateur que celle-ci ait jamais connu ne changera hélas rien - chez beaucoup - à cet absurde raisonnement). Les éléments antifascistes et progressistes s'en éloignent (pour demeurer sur une ligne fédéraliste-autonomiste, anti-séparatiste) et ne resteront sous l'étiquette (refondant le PNB, Parti national breton, en 1931) que ceux qui - à des degrés divers - iront jusqu'aux tréfonds de la logique "l'ennemi de mon ennemi est mon ami" (pour ne strictement rien y gagner d'ailleurs, puisque du moment où Vichy se jettera dans la collaboration, le Reich marginalisera les nationalistes et tout juste seront accordées quelques "concessions" linguistico-culturelles et un vague projet de régionalisation du pays, d'ailleurs à l'origine de la fameuse amputation de la Loire-Atlantique). Il faut dire, et il faudrait être fou pour imaginer le contraire, qu'un siècle entier de propagande "blanche" réactionnaire et anti-républicaine en Bretagne n'avait pas pu ne pas durablement contaminer les esprits. La "révolution" de 1789 (restructuration radicale de l'État français, parachèvement de son œuvre centralisatrice) et la "république" bourgeoise, définitivement au pouvoir depuis 1870, étaient souvent vues comme l’œuvre de francs-maçons méditerranéens et de Juifs, conception des futurs pires kollabos tels Olier Mordrel, Célestin Lainé, Roparz Hemon ou François Debeauvais que l'on retrouvera aussi dans les propos anti-occitans du demi-breton Louis-Ferdinand Céline. La "race nordique" exaltée par les théories nazies (et leurs prémisses dès avant 1914) incluait bien évidemment les Celtes[4]. Il n'en fallait pas plus à certains pour passer de "l'ennemi de mon ennemi est mon ami" à une adhésion idéologique pure et simple.

    À mesure, cependant, que la guerre tournait en défaveur de l'Allemagne et que celle-ci se jouait de ses revendications, une grande partie du mouvement se réfugiera dans l'inaction et certains même dans des actes de résistance (il a au demeurant existé dès 1940 une Résistance gaulliste issue des rangs régionalistes et autonomistes d'avant-guerre). Une autre partie choisira toutefois la fuite en avant et, après l'exécution de l'abbé nationaliste Perrot par des partisans antifascistes, formera la Bezen Perrot qui combattra sous l'uniforme nazi (elle ne comptera cependant jamais plus d'une centaine d'hommes...) face à des maquis FTP 100% bretonnants et sur une ligne "bretons et français", luttant comme dans le reste de l'Hexagone (non sans une certaine naïveté) pour "la République", "aux accents mêlés de la Marseillaise et de l'Internationale" etc. etc. Mais dans tous les cas, le rôle joué par le PNB dans la collaboration avec les crimes du nazisme sera totalement négligeable comparé à celui de l’État français et des ses politiciens et hauts fonctionnaires purs produits de la République et de sa "méritocratie", 100% républicains, jacobins et patriotes bleus-blancs-rouges et même - bien souvent - "de gauche" (comme le rad'-soc' René Bousquet) avant la guerre...

    Après la Libération la direction du PNB prendra la poudre d'escampette, souvent vers l'Irlande où De Valera avait fait mettre... les drapeaux en berne pour la mort d'Hitler. Depuis son exil, elle diffusera la thèse d'une "collaboration limitée" suivie d'une "épuration sauvage" rappelant les colonnes infernales de Turreau. Version très exagérée certes, puisque non seulement - comme dans tout l'Hexagone - de très nombreux kollabos bénéficièrent de la protection d'anciens fonctionnaires vichystes passés (sur le tard) à la "France libre", mais aussi... tout simplement faute de charges puisque comme on l'a dit, à partir de 1941, c'est plutôt l'inactivité qui domine en dehors de la Bezen Perrot et de quelques feuilles de chou antisémites. Au total, une cinquantaine de nationalistes auraient été exécutés (plus ou moins sommairement) pour un mouvement qui, au début de l'Occupation, comptait dans les 2.000 à 3.000 adhérents et sympathisants actifs - beaucoup de ces "victimes", au demeurant, seraient en réalité des membres de la Bezen tombés au combat contre les FTP.

    Strollad komunour breizhDes "vétérans" du PNB, comme Yann Goulet ou Yann Fouéré, prendront activement part au "3e Emsav" à partir de la fin des années 1950, dans le Mouvement pour l'Organisation de la Bretagne (MOB), sur une ligne "apolitique" mais - dit-on - "en réalité de droite". Cela dit, les notions de "droite" et de "gauche" exigent parfois de savoir de quoi l'on parle : être hostile à ce CANCER de la "gauche" hexagonale qu'est le jacobinisme, l'idéologie républicaine "une et indivisible", c'est être de droite ? Alors, nous qui écrivons ces lignes assumons volontiers l'être... Le fait est que lorsqu'à partir de 1960 il y aura une partie de la gauche hexagonale (notamment le PSU) pour faire un pas en direction de l'Emsav, c'est sans problème qu'il y aura une partie de celui-ci pour faire un pas vers la gauche, et c'est ainsi que naîtra l'Union démocratique bretonne (UDB) en 1964 ; suivie de toute une série d'organisations et d'initiatives progressistes et révolutionnaires comme le Comité révolutionnaire breton (CRB, 1969), "maoïsant"/"spontexoïde", qui deviendra le Parti communiste de Bretagne (Strollad Komunour Vreizh, drapeau ci-dessus) en 1971, Sklerijenn ("Clarté", issue de la gauche marxiste-léniniste de l'UDB, qui rejoindra le PCMLF en 1975), la revue Bretagne Rouge liée à la LCR locale ou Gwirionez - Vérité-Bretagne, publication proche de la Cause du Peuple, les Comités d'Action Bretons (CAB, 1972, socialistes autogestionnaires) ou encore Stourm Breizh (anarchiste) ; les deux derniers formant en 1975 un Front autonomiste socialiste autogestionnaire (FASAB) avec le Strollad ar Vro ("Parti du Pays"), pourtant "réputé de droite" (héritier direct du MOB) mais ayant également évolué vers la gauche... [Au sujet de toute cette époque, lire ce passionnant mémoire universitaire : Drapeaux rouges et Gwenn ha Du - L'extrême-gauche et la Bretagne dans les années 1970 (en PDF 1ère et 2e partie)]

    Parallèlement, en termes de masses, la conscience populaire collective bretonne se "centrera" autour d'une démocratie-chrétienne de droite ou de gauche (cette dernière se traduisant dans un vote PS), la première majoritaire jusqu'aux années 1980 et la seconde ensuite, les grands ports restant les bastions socialo-communistes qu'ils étaient déjà au début du 20e siècle et le pays devenant aussi une terre de scores écologistes élevés (ici et ici), ce que les terribles marées noires de 1978 (Amoco Cadiz) et 1999 (Erika) ou la pollution aux algues vertes (due à l'élevage porcin intensif) expliquent sans doute, mais aussi la position très anti-centraliste du mouvement écolo (après la disparition du PSU en 1990, c'est aux Verts que l'UDB liera son destin). Le fondateur du mouvement des Paysans-Travailleurs (auteur du fameux slogan "plus jamais nous ne serons des Versaillais !"), Bernard Lambert, était lui-même originaire de Bretagne (Loire-Atlantique) ; ce qui illustre particulièrement bien cette évolution vers une gauche autogestionnaire et écolo d'une partie conséquente de la ruralité armoricaine et du "catholicisme politique" qui la structurait souvent à cette époque (JAC/MRJC, JOC, CFTC devenue majoritairement - en 1964 - CFDT) ; époque qui voit par ailleurs la population active agricole diminuer de 40% et la population ouvrière ou petite-employée augmenter d'autant, ces fils et filles de paysans devenu-e-s prolétaires se syndiquant surtout à la CFDT (qui n'avait alors rien à voir avec le syndicat de collaboration de classe qu'elle est devenue aujourd'hui) et se trouvant souvent en pointe du "mariage" entre luttes sociales et affirmation du Peuple breton périphérisé et nié (comme lors de la célèbre grève du Joint Français à Saint-Brieuc en 1972 - lire pages 56 à 60 du mémoire en lien ci-dessus).

    Aujourd'hui, dans la mouvance autonomiste et indépendantiste (confondue), le courant (de loin) le plus représentatif est l'UDB, sur une ligne politique proche des Verts donc. Avec Breizhistance, sur une ligne relativement proche du NPA, on peut dire que l'autonomisme/indépendantisme progressiste est clairement majoritaire. Suivent deux mouvements de centre-droit, le Parti breton (issu de l'aile "gauche" de l'ancien POBL, qui se voulait l'héritier - via le Strollad ar Vro - du MOB, l'aile droite ayant entre autres formé Adsav) et le tout récent Breizh Europa. Ils sont relativement groupusculaires, bien que bénéficiant de toute une armada médiatique (TV Breizh, magazine Bretons) dont le dénominateur commun est l'ancien PDG de TF1 (et cadre de Bouygues) Patrick Le Lay, ou d'autres grands entrepreneurs bretons. Depuis quelques années (d'autant plus avec l'actuel mouvement des Bonnets rouges...) et sur une ligne "centriste" se voulant (légèrement) plus à gauche, mais néanmoins (souvent) lié électoralement au PB, le Mouvement Bretagne et Progrès de Christian Troadec connaît un certain succès dans le centre de la péninsule, autour de son fief de Carhaix. Quant à l'extrême-droite (Adsav, Jeune Bretagne, Bloc identitaire), elle est tout comme le FN à un niveau bien inférieur à d'autres "régions" de l'Hexagone, bien loin derrière l'autonomisme ultra-réactionnaire alsacien (Alsace d'abord) par exemple, et de surcroît frappée par un lourd syndrome de division (Adsav étant plutôt indépendantiste et "Europe aux 100 drapeaux", Jeune Bretagne autonomiste et le Bloc sur la ligne identitaire hexagonale des "trois patries").

    Il n'empêche que "le mal est fait" et que, tout comme jadis le souvenir de la Chouannerie était agité par la 3e République des égorgeurs des Communes, le souvenir du nationalisme kollabo de 1940-44 est aujourd'hui le disqualifiant jacobin absolu contre toute affirmation du Peuple breton ; et il y aura toujours assez - puisqu'à vrai dire 10 spécimens suffiraient ! - de petits fachos dans le mouvement pour que les jacobinards de tout poil s'écrient en chœur "Aaaaah, vous voyez bien !".

    Ce qui est tout de même, disons-le bien, tragi-comique puisque nous avons affirmé dans notre Déclaration du 11 Novembre et réaffirmons sans souci que la France a fait Hitler, que la politique des bons républicains bleu-blanc-rouges Clemenceau et Poincaré entre 1919 et 1924, le Traité de Versailles, "l'Allemagne paiera", l'occupation de la Rhénanie et de la Ruhr, la misère indicible des Peuples allemands dans les années 1920, tout cela de concert a ouvert au nazisme un boulevard vers le pouvoir absolu. La "République" des monopoles reproche donc au PNB de s'être allié avec le monstre qu'elle a elle-même engendré : voilà qui est parfait !

    Rappelons aussi que les accointances nazies dans les années 1930-40 devraient également, à ce jeu-là, disqualifier définitivement le droit à l'autodétermination du Peuple irlandais : certes il y eut des "rouges", des antifascistes conséquents combattant en Espagne dans la Brigade Connolly, mais il ne devrait pas être plus difficile d'en faire "l'exception confirmant la règle" que ça l'est pour Yann Sohier et ses amis d'Ar Falz. Le même principe devrait conduire à disqualifier le mouvement anti-impérialiste d'Inde (dont les maoïstes actuels...) au nom de Chandra Bose, la résistance palestinienne au nom du mufti Amin al-Husseini, les droits à la libération d'à-peu-près tous les peuples d'Asie-Pacifique qui ont pu voir à un moment donné avec sympathie le Japon éjecter leurs colonisateurs européens, etc. etc. Énormément de Peuples, soumis aux gigantesques Empires coloniaux français ou anglais, ont eu en leur sein des éléments qui ont pu voir, au seuil de "minuit dans le siècle", des "alliés objectifs" dans l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste ou le Japon expansionniste. Des puissances impérialistes réactionnaires dont on est en droit de se demander, parfois, si l'on en parlerait tant comme du Mal absolu aujourd'hui si elles n'avaient pas (pour l'Allemagne nazie) fait 99% de leurs victimes en Europe ou (pour le Japon) osé défier les Empires blancs ; si elles n'avaient génocidé que des "sauvages" (ou à la rigueur que des communistes slaves, des Juifs pauvres et des Rroms) comme les bons vieux Empires français, britannique, US etc. Il est à douter que le "point Godwin" existerait si tel avait été le cas... Mussolini ne dérangeait pas grand monde quand il gazait les Éthiopiens et autres Libyens (aujourd'hui encore, on entendra souvent dire que le fascisme italien n'a "pas fait beaucoup de morts"... du fait qu'il n'en a pas beaucoup fait en Europe) ; pas plus que les Japonais quand ils massacraient atrocement 300.000 Chinois à Nankin en 1937. Le napalm impérialiste a carbonisé 3 millions de Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens dans les années 1960-70, et tout le monde s'en contrefout. Au fond, entre 1940 et 1945, l’Europe occidentale a vu ce que c’était d’être traitée comme une colonie, et il semble en résulter un traumatisme profond... Bref.

    À ces cris venant souvent de rangs "communistes", s'amusera-t-on à rappeler l'attitude plus que désorientée de la direction PCF en 1940, tonton Duclos essayant de négocier la reparution de l'Humanité avec les autorités d'occupation, le lamentable "Peuple de France !" de Thorez le 10 juillet 1940, ne parlant pas une seule ligne de résister à l'envahisseur nazi (alors que le breton Tillon, lui, un jour avant De Gaulle, y appelait clairement) ? Hmmm hmmm... n'en rajoutons pas trop pour cette fois.

    16-640x310Tout cela pour en arriver à la conclusion qui s'impose : le "jacobinisme", c'est vraiment de la merde. De gigantesque escroquerie de masse ayant permis, en 1793-94, à la bourgeoisie centrale francilienne de reprendre la main par la démagogie sociale en direction du "petit peuple" de Paris, il est devenu après l'hécatombe des Communards le ciment idéologique de l’État des monopoles pour garder sous sa coupe les "foules esclaves" patiemment conquises par les "grands rois qui ont fait la France" au fil des siècles. Lorsqu'il se prétend non seulement "de gauche", mais la seule "gauche" qui vaille, il est particulièrement méphitique ; et lorsqu'il s'en prend à des gens qui ne réclament que le droit de vivre là où ils ont leurs attaches des fruits de leur travail, dans un PAYS qu'ils aiment tout simplement parce que, de naissance ou d'adoption, c'est le leur, il donne envie de vomir.

    Mais toutes ces idées jacobines (de merde), tombent-elles du ciel ? Viennent-elles au petit matin comme une envie de pisser ? Bien sûr que non. Elles reflètent des intérêts de classe. Ceux de la grande bourgeoisie monopoliste bien entendu, et autres "grands commis" de son État. Mais aussi ceux de toutes sortes de parasites sociaux (bureaucrates, chefaillons, ronds-de-cuir, petits mandarins, moralistes, plumitifs vaseux et éditocrates, professionnels de la prétention, thésards à vie, bobos et autres hipsters) qui ne doivent leur existence qu'au stade monopoliste du capitalisme, et à l'État qui y correspond. La "France" est un SYSTÈME et dans ce système, par exemple, les bureaucraties syndicales ont toute leur place. Elles ont horreur de tout mouvement à la base qui leur échappe, de tout incendie social qui se déclenche hors de leur contrôle, a fortiori s'il commence à remettre en cause l'ordre centralisateur et la religion républicaine ; et à Quimper, heureux concours de circonstances, il y avait les "petits patrons productivistes" et les "affreux rednecks anti-écolos" pour avoir bon dos et justifier l'ostracisme. Mais ceci est également valable pour tout un "socialisme" et un "communisme", toute une "extrême-gauche" qui fait totalement partie du paysage institutionnel de la "Républiiiique" du Capital... 

    Lorsque les jacobins de droite comme de "gauche" dénoncent l'"horrible" affirmation "identitaire", "régionaliste", "chouano-vichyste" de vouloir "vivre, travailler et décider au pays", ils parlent évidemment pour les monopoles qui, comme le dit et dénonce très justement VP, veulent faire des travailleurs de simples "pions que le capital bouge et déplace en fonction de ses intérêts ou réduit au chômage pour les mêmes raisons" (...) "leur vie, leurs relations sociales, leurs intérêts d’hommes et de femmes" entièrement soumis "à la dictature économique du Capital, à la logique infernale de la concurrence capitaliste"...

    Mais de la même manière, lorsque les jacobins pseudo-"maoïstes" du 'p''c''mlm' vomissent ces "identitaires" qui veulent "la petite-production et le rapport à la «terre», au terroir, plutôt qu'à la biosphère" (haareee kriiishnaaaa...) et qui refusent "l'universalisme et la planification à grande échelle de la production", il faut comprendre exactement la même chose et cela a le mérite d'être clair, tout comme leurs récents propos sur la libre-circulation des travailleurs migrants : le 'p''c''mlm' ne veut pas une autre société radicalement différente de celle-ci, un bouleversement radical de toute la manière de produire et de vivre en collectivité ; non, il veut la société que nous avons actuellement mais où "le Parti" (c'est-à-dire eux) aurait simplement pris la place de la bourgeoisie monopoliste (ils sont groupusculaires certes, mais néanmoins représentatifs d'une certaine conception du "léninisme"). C'est (concernant eux comme le reste de l'"extrême-gauche" de système) ce que nous répétons depuis maintenant des années... mais il fallait simplement que les choses "bougent" un peu sérieusement, que la crise terminale du capitalisme génère de grandes secousses populaires, pour que cela jaillisse au grand jour.

    Pour ce qui est (si l'on sort des pourtant incontournables questions Centres/Périphéries et "provinciales" qui sous-tendent tout le cadre étatique hexagonal de la lutte des classes) de la petite bourgeoisie, des "petits patrons", paysans, indépendants etc., il n'y a guère plus à dire que ce que disaient déjà Marx et Engels en 1847 : "Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat" (Manifeste du Parti communiste)... Ce à quoi l’on pourrait ajouter qu’aujourd’hui, si ces travailleurs non-salariés ne représentent plus guère que 5% de la population active, le même raisonnement est valable pour des millions de personnes des classes moyennes salariées, de l’aristocratie du travail, qui voudraient revenir à "l’âge d’or" des années 1960-70. Mais nous ajouterions également la question suivante : croit-on réellement, sérieusement, que cette conscience de leurs intérêts futurs de prolétaires va descendre du ciel sur leurs têtes, à ces classes moyennes, comme le Saint-Esprit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte ? Soyons sérieux ! Il est évident que non : c'est justement le rôle des communistes que d'en amener le plus possible à cette conscience révolutionnaire, socialiste ; sans quoi ce seront les fascistes qui se chargeront d'en faire leurs pires chiens d'attaque. Bien entendu cela passe, abstraction faite de leurs idées souvent réactionnaires, par l'expression d'une certaine solidarité, à travers la compréhension scientifique marxiste des terribles difficultés qu'ils et elles connaissent (débouchant par exemple sur d'innombrables suicides chaque année etc.). Pas par leur dire : "bon, demain vous êtes prolos, alors maintenant vous allez devenir communistes oui ou merde !!?"... Cela, c'est une conception digne du trotskysme, du rapport que Trotsky envisageait en Russie entre la classe ouvrière et les paysans.


    Aux camarades révolutionnaires de Bretagne : Salut revolucionari ; Solidaritat ; Libertat, Socialisme ò la Mòrt ! Endavant !


    Un deiz e vo sklaer an amzer war henchoù don ar brezel kuzh ! 


    [1] Tout comme l'Irlande l'était autant avant qu'après la suppression de son Parlement en 1800 : l'institutionnalisme est une limite idéologique que nous devons désormais combattre de toutes nos forces. Concernant la misère, elle était particulièrement emblématique dans les Monts d'Arrée, un peu au nord de Carhaix, dans le Finistère (un "fief" actuel des "affreux régionalistes identitaires blablabla", comme par exemple la liste "Nous te ferons Bretagne" de Christian Troadec aux régionales 2010). Ainsi, vers 1780, un curé de campagne pouvait écrire que "ce territoire des Montagnes d'Arrée renferme des landes et des sous-bois peu fertiles. On conçoit très vite que les habitants ne doivent pas être très riches. (...) Ici, la voisine accouche sa voisine et ainsi tour à tour. De là, combien d'enfants meurent avant de paraître. D'autres sont infirmes ou impotents. (...) Rentrer chez eux, c'est la pauvreté même. À moitié nus, sans bois pour se chauffer, sans lits, si ce n'est qu'un peu de paille, du fumier". Et un journaliste local (Émile Souvestre) en 1816 : "la récolte de blé noir ayant manqué, on vit les habitants de l'Arrée descendre par centaines le long des montagnes et déborder dans le Léonais où, la besace sur le dos, le chapelet à la main, ils séjournèrent de longs mois, mendiant pour ne pas mourir de faim". En 1855, le gallois Davies venu chasser les loups dans le secteur écrivait : "À plus d'une lieue autour de Carhaix, les pauvres paysans n'occupent qu'une mauvaise cabane en compagnie de leur cochon et de leur vache, quand leurs moyens leur permettent d'en avoir". Ce sont donc ces hommes et ces femmes que venaient "évangéliser" à la "République" et à la "Raison" les envoyés de la Convention de 1793 puis les "hussards noirs" de Jules Ferry un siècle plus tard. Pendant ce temps-là, les ancêtres des détracteurs du mouvement actuel ("materialistes.com" et autres Françoise Morvan), autrement dit les petits mandarins et scribouillards des bords-de-Seine, dissertaient "Lumières" dans les cafés mondains : par deux fois (la deuxième étant "la bonne"), en 1848 et en 1870, ils l'auront leur "république"... et lorsque le Peuple travailleur viendra leur réclamer ce qu'ils lui avaient promis, ils le feront taire par la mitraille. Bref. Pour un aristocrate (le comte de Limur) écrivant en 1874, les habitants de ce Nord-Finistère où licencient aujourd'hui Gad, Tilly-Sabco, Marine Harvest etc. étaient des "sauvages", "la peau presque noire, les cheveux couleur du jais, ils portaient des culottes courtes et serrées, également propres à la danse et au combat ; la lutte était leur amusement préféré, lutte brutale où chacun s'efforçait de porter les plus rudes coups ; leur ignorance était complète ; ils ne parlaient qu'un breton rude et guttural". Mais pour le conteur et écrivain Jean-Marie Le Scraigne, natif de l'endroit (Huelgoat), l'explication de la misère locale était toute autre : les paysans les plus pauvres étaient tout simplement refoulés vers les collines (couvertes de lande inculte) par les propriétaires fonciers : "Les gens les plus pauvres étaient obligés de quitter pour laisser la terre aux riches. Des deux côtés refluaient vers la montagne les gens qui étaient éjectés en somme par les riches qui prenaient les terres. C'était vrai surtout du côté de Botmeur et de La Feuillée"... S'étonnera-t-on que la question agraire soit encore aujourd'hui au cœur de tous les problèmes de la région : clivage entre "gros" et petits producteurs, productivisme écocide, pression insoutenable des centrales de la grande distribution, crises catastrophiques de la valeur marchande des denrées etc. etc. ?

    [2] À l’Assemblée législative (1791-92) comme à la Convention (1792-95), l’actuelle Île-de-France ne totalisait que 49 députés sur près de 750. Il y a véritablement eu un 1789 de "province" (s'il n'est pas carrément possible de dire que 1789 est un mouvement de "province" avant tout) très largement jailli des affrontements entre le pouvoir central (monarchie) et les pouvoir locaux (Parlements, États provinciaux, municipalités) en défense de ces derniers, après des épisodes comme la Journée des Tuiles à Grenoble. En 1790 sont institués les départements, dotés chacun d'un Conseil départemental ; mais il est vraisemblable que personne à la Constituante ne voyait strictement de la même manière les pouvoirs de ces assemblées face à l’État central : pour beaucoup, la France devait être en dernière analyse une fédération de départements - on appellera ce courant les fédéralistes, qui se confondront dans une certaine mesure avec le parti de la Gironde. Il fallait donc, à la grande bourgeoisie parisienne/centraliste, passer par un autre biais pour conserver sa prééminence : ce sera une démagogie populiste ‘sans-culotte’ mobilisant le petit peuple de Paris pour ‘faire pression’ sur les Conventionnels et écraser les bourgeoisies de 'province' tout en conjurant la menace de l'invasion étrangère ("On ne gouverne pas en temps d’exception selon les méthodes normales : il faut donc accepter les moyens révolutionnaires – La bourgeoisie ne peut s’isoler du peuple : il faut donc satisfaire ses demandes – Mais la bourgeoisie doit demeurer l’élément dirigeant dans cette alliance : la Convention doit donc prendre l’initiative des mesures révolutionnaires" dit en substance un discours de Barère du 18 mars 1793) ; démagogie qui en Hexagone sera (trop) longtemps confondue avec la ‘version française du socialisme’. La Montagne, les Jacobins et autres Cordeliers, idéalistes égalitaristes sociaux, se feront les serviteurs naïfs de ce plan avant d'être éliminés une fois leur tâche accomplie. Tandis que l’État plonge dans une crise économique sans précédent (il se trouvera finalement en faillite en 1797...), le peuple parisien est transformé en plèbe romaine ‘au pain’ (Loi du Maximum sur les grains et farines) et ‘aux jeux (les exécutions quasi-quotidiennes sur la place de la Révolution...) alimentée par le pillage (‘réquisitions’) du reste de l'Hexagone puis des conquêtes extra-hexagonales (Belgique, Italie, Allemagne...). Les insurrections fédéralistes girondines (en Occitanie, Arpitanie - Lyon - et Normandie surtout) et les guérillas paysannes "catholiques-royales" de Bretagne et du "Grand Ouest" (ainsi que les résistances... anti-annexionnistes de Savoie, Nice, Belgique etc.) sont sauvagement réprimées par les "représentants en mission" de la Convention ; un aboutissement de tout cela pouvant être vu dans la loi ultra-centralisatrice du 14 frimaire an II - 4 décembre 1793 (car outre les "fédéralistes" et autres "contre-révolutionnaires" et "ennemis de la liberté", les "représentants en mission" s'étaient souvent trouvés en conflit... avec les Jacobins, les Communes, les sections sans-culottes et les tribunaux révolutionnaires locaux !). Lorsque les choses commenceront à "partir en live" (début 1794) seront d'abord éliminés (fin mars) les "gauchistes" "Exagérés" d'Hébert (s'il n'avait pas été assassiné 9 mois plus tôt, Marat aurait peut-être été de la charrette...), à ne pas confondre avec les "Enragés" de Jacques Roux et Varlet (démocrates égalitaristes proto-socialistes 'brisés' dès septembre 1793, et auxquels Marat et Hébert étaient plutôt hostiles) ; puis début avril Danton (avec ses partisans), lequel passait plutôt jusque-là pour le 'référent' de la grande bourgeoisie [avec d'autres comme Philippe "Égalité" d'Orléans (qui siégeait "avec les Cordeliers au milieu de la Montagne" et dont Marat fut longtemps proche, il finira néanmoins guillotiné, devenu suspect après la défection de son fils - le futur Louis-Philippe - aux côtés de Dumouriez), le spéculateur Pereyra, l'aventurier Guzmán, les Laborde de Méréville père et fils (parvenus occitans "montés à Paris"), l'(autre) Occitan grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première Barère de Vieuzac (par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales) au sein du Comité de Salut Public, etc. etc. - toute une "bande noire" de hauts financiers, spéculateurs sur le rachat des "biens nationaux" (terres et édifices seigneuriaux et - surtout - d'Église expropriés et mis en vente, dont bon nombre seront transformés... en usines, contribuant ainsi au lancement de la révolution industrielle), etc. ; en réalité la pointe émergée du Grand Capital financier naissant (phénomène bien sûr incompréhensible à l'époque, et donc réduit à une "conspiration" de "coquins") voulant en définitive une forme de gouvernement oligarchique appuyée sur "le peuple" lorsque de besoin, un régime finalement très proche de ce que sera (sans la démagogie sociale guillotineuse devenue inutile et même dangereuse)... le Directoire après Thermidor (et pour cause puisque ce sont essentiellement les "ultras" de la répression en "province" liés à ce "plan" de la bourgeoisie parisienne/centrale qui renverseront et liquideront Robespierre), ou encore la Monarchie de Juillet instaurée en 1830 (avec le fils d'"Égalité" sur le trône !)]. Robespierre "l'incorruptible" et ses partisans resteront seuls en lice, tandis que se met rapidement en place la coalition qui les liquidera en juillet (9 thermidor) - de fait, l'histoire a toujours montré que lorsque "la révolution dévore ses enfants", le "coup de barre" à droite n'est jamais très loin. Le Grand Capital tricolore pourra alors instaurer son 'Directoire', régime censitaire où seule une minorité bourgeoise pouvait réellement voter, puis, devant les difficultés de celui-ci, le 'césarisme' du petit caporal corse Bonaparte, qui mettra 'tout le monde d'accord' par une politique alliant fermeté et compromis et fondera réellement l’État français contemporain.

    Ce n'est donc pas un hasard si, références absolues de la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise depuis l'époque, la Montagne et "93" ont également pu être sans problème celles des fascistes venus de ladite "gauche" (Déat et ses 'néo-socialistes', Valois, Doriot etc., loin d'être "anti-Lumières" comme peut le prétendre Zeev Sternhell).  Sur les financements des "tribuns du peuple" jacobins/cordeliers comme Hébert ou encore Marat, lire ici c'est édifiant... Intéressants à lire aussi, ces quelques extraits (ici aussi) de Bourgeois et Bras Nus du "marxiste libertaire" Daniel Guérin, qui reviennent bien sur cette époque et son double aspect contradictoire [nous aurons juste un petit désaccord sur l'explication de la contradiction Montagnards/Girondins, clairement et totalement liée selon nous à la vision centraliste parisienne de la jeune république des premiers opposée à la vision "fédération de départements 'cités-États' de leurs chefs-lieux respectifs" (façon Suisse ou États-Unis) des seconds ; et non à une supposée "préférence" de ces derniers pour les armées étrangères et les royalistes plutôt que d'accepter l'irruption des masses populaires sur la scène politique - les Girondins savaient eux aussi très bien s'appuyer sur les 'bras-nus' et les sections sans-culottes... de leurs villes de 'province' face aux envoyés de Paris et aux Montagnards locaux (comme Chalier à Lyon), qui peinaient à s'imposer malgré leurs mesures sociales radicales ; ils étaient (paradoxalement par rapport à leur anti-centralisme) beaucoup plus décidés et conquérants dans la guerre que leurs adversaires et avaient même proposé la peine de mort pour quiconque parlerait de rétablir la monarchie ; etc. etc. ; tout ceci ne visant pas à faire leur apologie ni à les 'réhabiliter' mais étant un simple constat de faits : les Montagnards s'opposaient aux Girondins (et a fortiori aux Chouans et autres autonomistes royalistes d'ici ou de là) sur la question de la prééminence de Paris dans le nouvel État de la bourgeoisie par et pour elle seule ; prééminence qu'ils voulaient maintenir et même renforcer là où les seconds voulaient en quelque sorte ressusciter les 'républiques' locales (portuaires, notamment) de l'époque des Guerres de Religion, fédérées de manière (certes) 'indissoluble'/'une et indivisible', mais fédérées ; et c'est dans cette optique (et non sur une prétendue différence de 'fibre sociale', la leur étant purement conjoncturelle et utilitariste comme le reconnaît Guérin lui-même) qu'ils se sont appuyés sur le petit peuple de la capitale (et ont tenté de le faire, avec nettement moins de succès cependant, sur celui des villes de 'province'...)]. 

    [3] Il existe en tant que tel jusqu’en 1914, puis après 1918 comme groupe informel autour de la revue Breiz Atao. Le Parti autonomiste fondé en 1927 (dont Sohier sera secrétaire général de la Fédération du Trégor) reprendra l’appellation voisine de Parti national breton en 1931.

    [4] ‘‘Le génie latin brisa triomphalement, en un demi-siècle, l'œuvre de six cents ans de travail nordique. Ce fut la Renaissance (…) la suppression brutale d'un progrès continu de six siècles (…) ; c'est la nuit pour l'Intelligence du Nord. (…) le flambeau latin (…) vacille et va s'éteindre, pour faire place à la torche revivifiée des Nordiques. Les Celtes, et particulièrement la Bretagne, ont leur place parmi les porteurs du Feu Nouveau. Ils furent autrefois, face à Rome, les premiers d'entre les Barbares. (…) Nous avons le devoir, par notre passé et par notre tradition raciale, de participer à la formidable partie’’ (Morvan Marchal, éditorial de Breiz Atao, 1924) 



    Échange d'arguments fort intéressant sur la page Facebook de SLP :

    Servir Le Peuple
    http://lesmaterialistes.com/...
    [nous avons découvert cet article le 12/11 au matin alors que notre présent article était déjà dans les tuyaux, finalisé et prêt à être publié]
    Absolument effarant.... Définition de la nation par Staline : "La nation est une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d'une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit par une communauté de culture", puis : "Il apparaît ainsi que la Bretagne a été assimilée à la nation française. Il n'y a pas eu de bourgeoisie nationale qui se soit développée, sur la base d'un marché fermé"... conditions dont "Saint" Staline ne fait JAMAIS ÉTAT [Où a-t-on jamais vu dans l'Histoire un "marché fermé" ? La Méditerranée communiquait déjà avec la Chine par la "route de la soie" au temps de l'Empire romain, voire avant. Dans cet Empire, les échanges commerciaux entre les provinces étaient faramineux (c'était sa raison d'être), y compris de "marchandise-force-de-travail" (esclaves), donc il y avait "sans doute" une "nation romaine" et non pas des Gallo-romains, des Hispano-romains, des Italiens, des Grecs, des Égyptiens, des Syriens etc.
    C'est pourtant ce qu'il y avait et même si, comme l'explique Engels, tout cela était noyé sous une prétendue civitas romana, c'est ce qui a fini par ressurgir à la faveur des "invasions barbares", chaque tribu germanique se taillant un royaume correspondant peu ou prou à un ou deux grands bassins de vie productive, nouveaux creusets de la formation nationale (l'Aquitania wisigothe puis duché indépendant de fait, le royaume burgonde et la Provincia "mouvante" donneront l'Occitanie, l'Armorique conquise par les Celtes d'outre-Manche donnera la Nation bretonne). Avant même l'entrée dans l'Histoire, on a aujourd'hui la trace d'échange commerciaux sur très longue distance : de l'ambre de la Mer du Nord en Méditerranée, du fer des Carpates dans l'actuel Hexagone etc. etc. C'est tout simplement grotesque ! Une nation comme réalité objective est une communauté de VIE SOCIALE PRODUCTIVE, avec un ensemble de classes ayant entre elles des rapports de production. En aucun cas un "marché fermé", cela n'a absolument jamais existé dans l'Histoire ! Ce qui est vrai c'est que la Bretagne, sans frontières naturelles, a toujours été très perméable à l'influence économique et culturelle de la "France d'oïl", sa Cour adoptant la langue et la culture du Val de Loire, et un bon tiers de la population l'"oïl populaire" gallo, etc. Mais la Cour d'Angleterre en faisait exactement de même et la langue anglaise est (du coup) truffée de "francismes", tandis que les liens économiques avec le continent n'ont jamais cessé ; pour autant personne ne va nier la Nation anglaise...]. (tout cela) sachant de surcroît que la définition de la nation a été affinée depuis, notamment par Kaypakkaya qui explique que les nations naissent À L'AUBE du capitalisme [clairement dans le texte en anglais, transcrit en "phase de formation du capitalisme" par les falsificateurs du 'p''c''mlm'], et non à un niveau de capitalisme avancé, d'où l'existence d'une Nation kurde, contrairement aux affirmations des "stals" turcs de l'époque [SAFAK] qui disaient en substance ce que dit le 'p''c''mlm' : il y a un "peuple kurde", une "question culturelle démocratique", les possédants kurdes font partie de la bourgeoisie turque etc. etc.
    S'ensuit : "L'INEXISTENCE D'UNE LANGUE BRETONNE développée et unifiée témoigne de cela, tout comme l'intégration ABSOLUMENT PACIFIQUE ET POPULAIRE à la France depuis plusieurs siècles" ce qui au regard de la vérité historique minimale est hallucinant [pour la langue cf. ci-dessous ; pour "l'intégration pacifique et populaire" c'est tout simplement odieux, il y a eu une GUERRE de conquête à la fin du 15e siècle, et quid des Bonnets rouges sauvagement réprimés en 1675, quid de la Guerre des Chouans dans les années 1790 (centaines de milliers de mort-e-s) etc. etc. ?] ; pour se contredire eux-mêmes quelques lignes plus loin : "Toutefois, il existe un parcours historique tourmenté, donnant à la Bretagne historiquement des spécificités dans le cadre national français"... ah, quand même ! [Concernant l'existence d'une langue unifiée, il est vrai que l'on distingue classiquement 4 brezhoneg (Trégor, Cournouaille, Léon et Vannetais) aux différences minimes (surtout les 3 premiers), plus l'"oïl populaire" gallo en Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique et est des Côtes-d'Armor. Un travail d'unification académique a été mené au 20e siècle principalement par le 2e Emsav (entre-deux-guerre), dont on pourra dire du coup que c'est "une invention de collabos pétainistes". Mais il en allait exactement de même pour le BASQUE, unifié (batua) vers 1960, et sans doute le gaélique irlandais (variant d'un comté à l'autre et fort peu usité de toute façon : on parle anglais populaire) ; l'occitan, lui, ayant existé comme langue officielle et écrite au Moyen Âge a donc un peu été normalisé (norme du Béarn, norme du Languedoc, norme "mistralienne" provençale au 19e siècle) mais pas tout à fait unifié : on distingue globalement 6 grands dialectes, eux-mêmes non sans "subtilités" locales. Eh oui ! Il n'existe AUCUN IDIOME qui ne connaisse aucune variante géographique sur plus de 100 km de distance, et lorsqu'une nation a été PRIVÉE D’ÉTAT PROPRE à peine éclose, quelle "académie" a donc bien pu se charger d'"unifier" sa langue comme la "belle langue française" (totalement artificielle, superstructurelle et que d'ailleurs personne ne parle vraiment) de nos bonzes du 'p''c''mlm' ??]

    Alex VeganEdge
    Bravo au PCMLM ! Son analyse éclaire grandement la question.

    Servir Le Peuple
    Ben ma foi si un tel festival d'énormités, d'auto-contradictions d'un paragraphe à l'autre et de contre-vérités historiques éclaircit les choses, alors.... c'est toi qui le dis !
    La Bretagne était en passe de devenir un État moderne avec le duc François II (1458-88), si à ce stade elle n'était pas une nation on se demande bien ce qu'elle pouvait être*. Mais non, pour le 'p''c''mlm' une nation c'est d'abord un État (les États multinationaux, connaît pas... quid des Kurdes, des Tamouls ? les Palestiniens ça on sait ce qu'ils en pensent...), ensuite c'est un État moderne bien consolidé, type royaume de France au 17e siècle, avec Richelieu, Louis XIV etc. C'est totalement anti-maoïste (anti-Kaypakkaya) et même anti-léniniste puisqu'en URSS il y avait bien reconnaissance des nationalités kazakh, tatar, ouzbek, tadjik, ossète et autres Tchétchènes ou Kalmouks dont le niveau de développement capitaliste et de formation étatique au moment de l'annexion à l'Empire tsariste n'était guère plus haut, sinon bien moindre que le duché de Bretagne lors de son annexion à la France.
    Une nation est infrastructurelle, c'est un phénomène OBJECTIF qui consiste en les critères donnés par Staline + un début de capitalisme embryonnaire, une économie mercantile disons [elle naît spontanément, sans volonté politique planifiée, dans le cadre géographique d'un grand "bassin" productif où s'exercent des rapports de production entre différentes classes, favorisant une langue commune (mais non sans variantes locales, ni sans variantes DE CLASSE : il y a toujours une langue "du peuple" et une langue "distinguée" dans toutes les nations, quand la "haute société" n'en adopte pas carrément une autre, en l'occurrence l'oïl angevin ou normand puis le français académique en Bretagne), une culture, une "formation psychique nationale" etc. Dans le cas breton, ce "bassin" économique naturel est le bocage armoricain, "tranchant" avec la grande plaine céréalière d'entre-Seine-et-Loire, bordé par un littoral taillé d'abers (estuaires) qui sont autant de ports naturels favorisant une intense activité maritime ; puis ce seront les limites politiques du duché, à-peu-près fixes dès le 10e siècle (bien qu'il ne commence à devenir un État moderne qu'aux 14e-15e)]. Un État est une superstructure, une construction subjective, tout comme la "Grande Culture" qu'il sécrète pour justement se consolider. "Grande Culture" du 17e siècle que le 'p''c''mlm' considère justement comme l'acte de naissance la culture "nationale française".
    Ensuite de quoi le 'p''c''mlm' pourfend les "trotskystes" et... "les populistes de la Gauche prolétarienne" (sauf qu'il y avait aussi toutes sortes de ML, pas seulement les gépistes) qui défendaient ces peuples périphériques en lutte dans les années 70. [Ce qui ne l'empêche pas dans le même temps de célébrer le FLB-ARB des années 1970-80... alors que justement ce mouvement était on-ne-peut-plus composite et éclectique idéologiquement, comptant notamment dans ses rangs Padrig Montauzier, futur fondateur du POBL (droite) puis gourou d'Adsav... Dans le registre "tout ce qui bouge est rouge", pour le coup, difficile de faire mieux !]
    Pour nous, c'est au contraire l'analyse du problème la plus poussée historiquement... jusqu'à la nôtre (sans fausse modestie). Lorsque "Bretagne Rouge, organe de la Ligue Communiste Révolutionnaire" écrivait en décembre 1976 que "Pour (eux) détruire l’État bourgeois c'est aussi détruire la France, création historique des classes dominantes aristocratiques et bourgeoises ; c'est la remplacer par une Fédération socialiste basée sur l'association autodéterminée des nationalités et des régions – et compte-tenu du lien étroit entre les luttes révolutionnaires à l'échelle de l'Europe, dépassant le plus vite possible le cadre actuel de l'Hexagone", nous pouvons dire que nous souscrivons à 99% à ce point de vue ! Le problème de ces orgas, nous l'avons dit dans l'article sur la Charte de Brest, a été un certain "schématisme tiers-mondiste", une tendance schématique à considérer le problème comme "colonial" sans autre forme de nuance, dans la "mania" d'alors pour les luttes du Vietnam, d'Algérie, de Palestine, d'Angola ou de Guinée-Bissau etc. C'était schématique donc erroné, et cela revenait en définitive à sous-estimer le problème et donc l'ennemi : sous-estimer le formidable complexe fortifié de "société civile" protégeant le système-France dans sa métropole hexagonale, avec en jeu son existence même, alors qu'il peut perdre une colonie d'outre-mer et se réorganiser (comme avec l'Algérie justement). À force de se briser contre cette muraille d'acier, ces orgas ont finalement lâché prise pour tomber, en effet, dans le réformisme radical type LCR, l'"institutionnalisme" (lutte pour la décentralisation) et le "culturalisme"... c'est-à-dire en définitive la ligne du 'p''c''mlm' : il faut reconnaître "démocratiquement" la langue et la culture populaire locale, et ça s'arrête là, les questions économique et sociales, elles, se traitent dans le "cadre français"... du coup on se demande ce qu'il leur reproche ! (sinon d'être réformistes)
    Nous, nous considérons que le problème n'est pas "colonial" mais PROVINCIAL (pourquoi se priver de mots si l'ennemi nous en donne ?), en ayant bien à l'esprit que "province" vient de "pro vincere", "pays précédemment vaincu, conquis", et que finalement toute la spécificité de la question est contenue dans ce terme, dans la violence de son origine comme dans ce qu'il est devenu anodin et courant aujourd'hui (Paris et "la province") : oui, en effet, rien de "colonial" de nos jours en apparence... mais À L'ORIGINE une grande violence conquérante qui a totalement et définitivement déterminé ce cadre géographique où luttent les classes en présence. Nous disons dans l'article sur la Charte de Brest de 1974 que "Nos Peuples ne sont pas les Peuples d'Afrique, d'Asie, des Amériques (tout juste 'libérés' de la Couronne 'espagnole') ou d'Océanie colonisés ou semi-colonisés au 19e siècle, lorsque la logique capitaliste s'étend à la planète entière et se la partage entièrement (ce qui est la définition léniniste de l'impérialisme monopoliste). Notre problématique ne s'inscrit pas dans ce cadre, mais au contraire dans celui de la FONDATION des États modernes (monarchiques 'forts' ou absolus) comme instruments de l'accumulation PRIMITIVE du capitalisme (une bourgeoisie, liée au pouvoir monarchique, devenant dominante et subordonnant les autres, y compris dans sa propre nation), suivie de l'accumulation 'expansionniste pré-industrielle' (1500-1800, schématiquement) dans laquelle s'inscrit la problématique des Antillais ou des Peuples indigènes des Amériques, par exemple. Dit autrement, l'histoire de notre périphérisation et de l'ensemble de ses résultats politiques, économiques, sociaux et culturels aujourd'hui n'est pas écrite dans L'Impérialisme stade suprême du capitalisme de Lénine, mais dans L'Accumulation primitive de Karl Marx, section 8 du Livre 1 du Capital."
    Enfin, c'est la sempiternelle rengaine de "vouloir faire tourner la roue de l'histoire à l'envers"... ben oui. Commençons par un petit retour aux fondamentaux. Une nation c'est quoi ? Sommairement ce sont des TRAVAILLEURS qui vivent uniquement ou ultra-principalement de l'usage qu'ils font de leur force de travail (que celle-ci soit "possédée" ou "achetée" par quelqu'un d'autre ou qu'ils soient "à leur compte", ou un peu des deux, ce qu'on appelle la féodalité), et des classes disons "possédantes", c'est à dire vivant en majeure partie de ce que crée la force de travail d'autrui, aujourd'hui toutes plus ou moins fusionnées sous le nom de "bourgeoisie". Bon.
    Lorsqu'un pays est vaincu et conquis (pro vincere->provincia->province), il se passe que ses possédants sont... dépossédés pour beaucoup (comme les faidits en Occitanie, après la Conquista), ou alors subordonnés à ceux de la nation conquérante. Évidemment, ça ne leur plaît pas. Il vont donc résister et ils vont, effectivement, vouloir "faire tourner l'histoire à l'envers" : revenir au "temps béni" où ils étaient "seuls maîtres à bord après Dieu". Pour citer deux exemples parmi des centaines : c'est ce qu'ont fait l'émir Abd-el-Kader en Algérie ou encore le chef inca Túpac Amaru au Pérou. C'est un combat d'ARRIÈRE-GARDE et dans celui-ci, une partie de ces classes possédantes autochtones est liquidée, et une autre finit par se vendre, par négocier sa "niche écologique" dans le nouveau système. Reste une infime fraction, ultra-minoritaire. Dans le cas de la Bretagne, c'est celle qui a défendu les "libertés armoriques" de la province jusqu'en 1789 et sous la "Révolution" bourgeoise, puis a présidé au courant "bretoniste" romantique-catholique-réactionnaire du 19e siècle et aux deux premiers Emsav (1890-1945). Aujourd'hui ce sont les nationalistes bourgeois (sociaux-libéraux, démocrates-chrétiens comme l'est souvent la conscience de masse, ou d'extrême-droite), dont le poids électoral et militant reflète celui de la bourgeoisie qui les appuie et subventionne : minime. Il y a la même chose en Occitanie. En Corse où la situation est plus proche d'une situation coloniale, ils sont plus puissants ; ainsi que là où une bourgeoisie nationale assez "costaud" s'est formée : Catalogne, Pays Basque "espagnol", Écosse etc. Mais en Hexagone ces courants sont vraiment généralement très minimes, quantité négligeable en fait, même dans l'actuel mouvement breton où il y a plus un "poujado-régionalisme" de "pression" sur l'État qu'autre chose. Les possédants qui n'avaient pas disparu dans les luttes de résistance avant 1789 ont globalement, après cette date, trouvé leur "niche" sociale dans le système-France.
    Et puis, il y a les TRAVAILLEURS, qui passent donc sous de nouveaux maîtres ou les voient se superposer aux anciens qui se sont soumis. Cela crée une situation que l'on appelle classiquement COLONIALE outre-mer, lorsqu'elle est survenue au stade de l'accumulation pré-industrielle ou de la révolution industrielle ou de l'impérialisme monopoliste ; et que nous appelons donc "périphérique" ou PROVINCIALE en "métropole", en Hexagone comme dans les Îles Britanniques ou dans l’État espagnol (là c'est encore assez particulier). Ils subissent une forme particulière, périphérique, d'exploitation et d'oppression. Et leur LIBÉRATION est entre leurs seules mains, et non entre celles de possédants nostalgiques de l'époque indépendante. Cette libération révolutionnaire signifie la mort de l’État du Capital et le règne triomphant des Peuples maîtres d'eux-mêmes, ce "rêve immémorial" de l'humanité que Marx évoque dans sa Lettre à Ruge (1843). C'est de cela que nous parlons depuis maintenant des années, et il faut effectivement séparer le bon grain (libération populaire révolutionnaire) de l'ivraie (nationalisme possédant). Mais cela se fait en METTANT LES MAINS DANS LE CAMBOUIS, pas en restant sur l'Aventin à donner des leçons. Une perte de contrôle de la Bretagne serait un coup de poignard radical pour l’État français, qui perdrait une façade maritime immense, des ports commerciaux et militaires de premier ordre etc. etc. Il faut donc se mettre au boulot et cette tâche inclut incontournablement la question nationale bretonne, qu'il faut déjà commencer par reconnaître et non par nier, de surcroît pas "entre la poire et le fromage", mais dans un document se voulant de valeur théorique. "La question bretonne est ainsi une culture démocratique et populaire", une "culture démocratique n'ayant pas atteint son stade national" : on aura décidément tout vu dans les fadaises de jacobins refoulés qui ne veulent pas, cependant, se couper totalement d'une "région" dont ils savent bien qu'elle abrite un "public" progressiste important... Un peu comme les "staliniens"-révisionnistes turcs de l'époque de Kaypakkaya : le 'p''c''mlm', en somme, est un petit SAFAK français !

    ***************************************************


    * En réalité, la Bretagne a un peu la même formation socio-historique que l'Écosse, par exemple. C'est une terre historiquement distincte du riche Bassin parisien céréalier par son agriculture maigre (sols acides, bocage, lande) et son économie très tournée vers la mer (innombrables ports naturels). C'est vraisemblablement, sous les "rois légendaires" (5e-9e siècles), une société celte communautaire-clanique "réimplantée" par les colons... bretons (venus au 5e siècle de Grande-Bretagne, fuyant les Anglo-Saxons) sur une Armorique jamais franchement romanisée. Aux 9e-10e siècles elle acquiert plus ou moins le cadre géographique qui restera le sien (les 5 départements), unifiée par des "ducs" (pour le pouvoir franc)/ "rois" (pour eux-mêmes) comme Nominoë, Erispoë et Salomon (qui annexent même le Cotentin, la Mayenne, une partie de l'Anjou etc.), Judicaël, Alain le Grand, Alain Barbetorte etc. Mais à partir du 12e siècle, elle passe sous des dynasties du Val de Loire et du Bassin parisien [Plantagenêt angevins (1156-1221) puis maison capétienne de Dreux (1221-1341), maison de Blois (guerre de succession 1341-65) puis... Montfort  (1365-1514)] qui, venues accompagnées d'une foule de nobliaux, y implantent la féodalité proprement dite ainsi que la langue et la culture de l'Ouest du Bassin parisien - d'où la naissance et le développement du gallo d'oïl au détriment du brezhoneg celtique, depuis une ligne (sommairement) Saint-Malo-Saint-Nazaire (vers l'An 1000) jusqu'à une ligne Saint-Brieuc-Le Croisic (16e siècle) puis Paimpol-Vannes (19e-20e). Néanmoins, comme les seigneurs anglo-normands d'Écosse et d'Irlande, cette féodalité va souvent "faire souche" et développer un patriotisme breton, jouant sur les rivalités franco-anglaises que suscite le pays pour asseoir son indépendance. Au 15e siècle, la dynastie Montfort (donc) commence à jeter les bases d'un État moderne, ce qui sera très net sous le duc François II (1458-88). Mais celui-ci se lance dans une entreprise inconsidérée contre la monarchie capétienne (Anne de Beaujeu, régente pour Charles VIII), la "Guerre folle" (1485-88), qu'il perd. Il est alors "condamné" à marier sa fille, la fameuse Anne de Bretagne, au jeune roi de France (1491) : le pays perd de fait son indépendance, ce qui sera officialisé par l'Union de 1532. Sous la férule capétienne, la pression seigneuriale sur les masses deviendra terrible et marquera profondément la société bretonne jusqu'au milieu du 20e siècle voire jusqu'à nos jours (après que les châtelains, nobles historiques ou bourgeois "racheteurs" sous la "révolution", soient devenus grands propriétaires fonciers, rentiers ou agro-capitalistes).


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :