• Lorsque les enseignes de la grande distribution et les grands groupes capitalistes de l'agro-alimentaire gagnent (autrement dit lorsque VOUS PAYEZ pour remplir votre assiette) 100 euros...

    L'"affaire" du Salon de l'Agriculture résumée en deux phrases

    ... les petits producteurs agricoles en gagnent 8 !

    L'"affaire" du Salon de l'Agriculture résumée en deux phrasesL'"affaire" du Salon de l'Agriculture résumée en deux phrases

    L'"affaire" du Salon de l'Agriculture résumée en deux phrases   vs    L'"affaire" du Salon de l'Agriculture résumée en deux phrases

    Tout ceci (de surcroît) dans une logique ultra-productiviste qui veut qu'au jour d'aujourd'hui, dans nos pays occidentaux, près de la moitié de ces produits alimentaires qui coûtent si cher (et tant d'effort) à produire que le gain du producteur n'excède souvent pas 800 euros mensuels pour 300 heures de travail (sans parler de l'impact environnemental etc. etc.) terminent à la poubelle invendus (des poubelles que les enseignes de distribution... cadenassent où aspergent de soude caustique pour éviter que les pauvres ne viennent y récupérer de quoi se nourrir ! - le capitalisme préfère toujours jeter que de distribuer gratuitement ou à prix modique aux personnes qui en ont besoin...).

    Y a-t-il grand-chose à ajouter... sinon que nous avons là une catégorie populaire certes peu nombreuse (1 million de personnes vivent de l'agriculture en Hexagone, dont une minorité de businessmen aisés et une immense majorité de galériens) qui doit être gagnée à la cause de révolution, et non laissée aux mains du populisme FN (pour lequel d'ailleurs, encore à ce jour et selon toutes les études... elle vote nettement moins que la sacro-sainte "classouvrière" des marxistes de bibliothèque) !!

    La difficulté (dont nous sommes parfaitement conscients) est que cela implique une "autre" agriculture "raisonnée", "régulée", planifiée et que cela peut-être difficile à faire entendre par de gens habitués à travailler seuls (ou avec leurs conjoints), "libres" et "sans qu'on vienne les emmerder", jaloux de leur "indépendance" et du "fruit de leur travail", et bien sûr nourris (mais plus que les autres ?) de propagande anticommuniste peuplée de "pauvres paysans expropriés" et "réduits à la famine par le totalitarisme marxiste"...

    Des personnes qui (pour leur immense majorité) font incontestablement partie du Peuple travailleur (c'est-à-dire des personnes tirant exclusivement leurs revenus de l'emploi - par elles-mêmes ou par un employeur qui les salarie - de leur propre force de travail et non de celle d'autrui, abstraction faite des miettes de surprofits de l'exploitation du "Tiers Monde" dont la position impérialiste de l’État français permet à pratiquement tout le monde - sur son sol - de bénéficier) ; dont la dépréciation est traditionnellement dévolue à l'aile gauche (typiquement "Charlie" !) de la pensée dominante, qui s'évertue à les faire passer pour des gros beaufs arriérés et racistes, sexistes, incultes, alcooliques, pollueurs et massacreurs de pauvres bêtes ; et qui doivent comprendre (ce qu'ils ont peut-être déjà commencé à faire avec l'attaque du stand de Charal...) que leur ennemi principal n'est pas "la règlementation" ou "les charges", ces concepts poujadistes creux qui veulent tout dire et rien du tout, mais bien la LOGIQUE CAPITALISTE dont ils sont prisonniers comme nous le sommes tou-te-s.

    L'"affaire" du Salon de l'Agriculture résumée en deux phrases


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  • Où l'on voit clairement que le viol perpétré par un inconnu ("migrant" ou pas d'ailleurs...) qui surgit avec son canif au détour d'une ruelle représente moins de 15% des cas répertoriés, qui sont eux-mêmes une minorité des cas réels. Puisque l'on parle de l'Allemagne, plus de 200 viols seraient commis chaque année à la Fête de la Bière à Munich (ambiance alcoolisée excluant par définition l'"affreux migrant musulman")...


    Les agressions sexuelles du Nouvel An : des crimes sexistes à l’instrumentalisation raciste


    Lire aussi (Quartiers Libres) : Les hordes de migrants, reflet de la civilisation européenne

    Au sujet de la "vague de viols commis par des migrants" en Europe du Nord : un article qui remet les points sur les i


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  • Communiqués de la Manca :


    NO PASARAN


    NON AUX MANIPULATIONS


    Et le retour-analyse de Serge Vandepoorte (A Manca) sur les évènements


    U Cumunu (patriote de gauche, marxiste) : Ùn spenghjeranu mai a nostra fiaccula ("Ils n'éteindront jamais notre flamme" - le titre est en corse mais le texte ensuite est en français)


    Les réactions des nouveaux dirigeants nationalistes de l'île :

    Gilles Simeoni : le nationalisme corse est aux antipodes de tous les phénomènes de racisme et de xénophobie

    Jean-Guy Talamoni condamne le saccage d'un lieu de culte musulman à Ajaccio


    Quartiers Libres : Ajaccio, les pompiers, les pyromanes et les incendiaires

    Blog "Nutizie di Corsica" de Massimu (Mediapart) : Au feu les pompiers, y'a mon peuple qui brûle

    Lire aussi les articles du blog de Chjocca 17 (encore Mediapart)


        Petite revue de web sur les derniers évènements en CorsePetite revue de web sur les derniers évènements en Corse

    Petite revue de web sur les derniers évènements en Corse


    Un autre article intéressant (sur Slate) : Le «racisme corse» n’existe pas (et l’invoquer occulte les vrais problèmes)


    Oui car il est bien évident que ces évènements ont été une nouvelle fois l'occasion d'un déchaînement de vomissures sur la vieille rengaine des "Corses gros racistes"* ; racisme bien évidemment amalgamé à la lutte de libération nationale (LLN)... alors que celle-ci vient de remporter dans les urnes du 13 décembre une victoire historique, ce qui a déjà donné l'occasion (avec le fameux discours en corse de Talamoni etc.) de quelques manifestations d'hystérie à certains, de l'extrême-droite (FN) jusqu'à la "gauche de la gauche" (Mélenchon) de l'échiquier politique francouillasse. Une "coïncidence" qui, au vu également de l'énormité des propos qui ont mis le feu aux poudres ("Sales Corses cassez-vous, vous êtes pas chez vous" etc. à des pompiers volontaires le soir de Noël), pourrait même presque laisser voguer nos esprits vers les doux horizons complotistes du "coup monté" en mode "État profond" [il n'y aurait en effet rien de si hallucinant à ce que deux ou trois petites frappes de quartier aient agi en service commandé pour commettre la provocation ; quant aux petits groupes qui se sont ensuite chargés d'exciter l'indignation de la population pour la transformer en ratonnade, ces fameux petits groupes succursales de l'extrême-droite BBR (ou italienne) grossièrement repeints aux couleurs "corsistes" (voire carrément du soutien à la LLN !) qui pullulent depuis quelques années, ils ont notoirement leurs entrées en Préfecture de Police : chacun dans son rôle bien défini à l'avance, l'"affaire est dans le sac" et le nouvel exécutif patriottu élu il y a à peine deux semaines se retrouve face à la pire situation qu'il aurait pu imaginer avoir à gérer... tout ceci à la grande satisfaction de Paris bien sûr !].

    Quelques petites réactions "à chaud", au fil de l'eau (et des digestions de repas de fête) à ce sujet :


    Petite revue de web sur les derniers évènements en Corse

    Petite revue de web sur les derniers évènements en Corse*


    Le style est un peu décousu, certes, mais enfin vous aurez compris l'idée directrice qui est que tout cela (les réaction indignées/égosillées de ceux qui viennent de nous plonger dans l'état d'urgence permanent, hein, pas les violences islamophobes, on s'est compris...) nous fait doucement rigoler - et globalement, sur ce terrain-là, les camarades qui nous ont toujours soutenus nous soutiennent... et les habituels connards qui nous attaquent en permanence nous ont encore une fois attaqués ; comme quoi il n'y a pas de hasard !

    Finalement, le meilleur mot de la fin pourrait bien être celui-ci :


    Petite revue de web sur les derniers évènements en Corse


    * Il ne s'agit bien sûr pas de dire que le racisme n'existe pas en Corse ; et le fait d'envisager une manipulation sur ce cas précis ne signifie pas (comme quelques débiles l'ont déjà interprété) une tentative de le nier ni encore moins de l'"excuser".

    Le racisme existe bel et bien en Corse, et pas de manière marginale. Il est perçu comme particulièrement "visible" et violent car les Corses ont culturellement l'habitude de "régler les choses eux-mêmes" (le phénomène commence déjà à s'esquisser en Occitanie...), l'autorité étatique ayant historiquement toujours été étrangère, d'occupation : sur le continent, 90% des violences racistes sont le fait des forces de "l'ordre" (comme on vient encore de le voir avec cette mère de famille de Pantin) et ne sont donc pas considérées comme telles, mais comme "la police qui fait son travail"...

    Nous en avons déjà abordé les raisons dans des articles précédents : le fait que la Corse ait longtemps été (jusqu'au 18e siècle) sur la "ligne de front" de l'affrontement entre Chrétienté et Islam (la religion catholique étant vue par beaucoup comme une composante importante de l'identité insulaire) ; et surtout que pendant une autre longue période (19e-20e siècles) l'Empire français ait été le seul débouché d'une grande partie de la jeunesse ("un uniforme sur le dos" pour "aller jouer au patron chez les Arabes/Noirs") : après les "indépendances", beaucoup de ces Corses (ainsi que des Pieds-Noirs non-corses) rentreront au pays chargés de leurs "habitudes" et préjugés coloniaux... À partir de la même époque (années 1960-70) se mettra en place une "morphologie sociale" de type provençal, fondée sur l'agriculture "du soleil" et (surtout) le tourisme avec une importante population maghrébine (peut-être 20.000 personnes) confinée aux travaux les plus ingrats et très marginalisée, donnant lieu à des situations de ségrégation évoquant l'Alabama des années 1950 ("Arabi" assis entre eux au milieu des places car "interdits" des bistrots alentour etc.). Il est d'ailleurs frappant que l'on parle de racisme en Corse sans jamais évoquer... ce RAPPORT SOCIAL entre petits patrons corses et prolétaires maghrébins surexploités (volonté de "montrer qui est le patron", de prévenir par l'intimidation les comportements revendicatifs etc. etc.). Mais bien sûr, le système français a lui aussi (pour ne pas dire principalement) sa part de responsabilité dans la logique de ghettoïsation coloniale-intérieure des non-Blancs - sauf à imaginer que, pour on-ne-sait quelle raison, il n'aurait pas la même politique en Corse que sur le continent...

    Il est clair que les camarades patriotti qui disent refuser "tant le racisme que les comportements de repli communautariste, la radicalisation islamiste, la '9-3ïsation' de la Corse" etc. etc. (de la part des Maghrébins) manquent un peu de remise en question de leur propre société qui fournit un terreau à de tels repli et radicalisation, car à un moment donné aucune oppression ne reste sans réaction (fut-elle imbécile). Dans le contexte actuel, la provocation assortie d'insultes anti-corses contre les pompiers à Ajaccio est d'une imbécilité profonde et sert objectivement (si elle n'a pas été montée de toutes pièces) le sabotage du processus politique en cours ; mais il faut tout de même avoir bien cela à l'esprit et envisager que confrontées quotidiennement au racisme, certaines personnes puissent commencer à haïr les Corses (de manière tout aussi généralisante que le racisme dont elles font l'objet) et à souhaiter les voir "dégager de là".

    Pour autant, si le racisme en Corse est bien sûr immédiatement amalgamé à la lutte de libération pour présenter celle-ci comme le "FN version corse" (la presse "de gauche" étant de fait, dans le système intellectuel français, la "référente" sur le "problème corse"), le fait est que cette corrélation est totalement frauduleuse : il suffit par exemple de voir que les secteurs où ce racisme est le plus présent et puissant, comme la région d'Ajaccio ou la Plaine orientale, sont tout sauf des bastions "natios" - ainsi aux dernières élections régionales, à Ajaccio, l'alliance autonomistes-indépendantistes est arrivée d'assez loin en deuxième position au second tour, avec un Front National largement au-dessus de son score insulaire et même arrivé second (avec près de 16%) derrière la droite au premier ; un FN qui a également réalisé un gros score de plus de 16% au premier tour à Prunelli-di-Fiumorbu, où avaient eu lieu les évènements du début de l'été, non loin de la base militaire impérialiste de Solenzara située sur les communes de Ventiseri et Solaro où ses résultats sont aussi - comme par hasard - très importants...

    Le fait est aussi que le combat le plus décidé (même s'il ne va peut-être pas aussi loin que nous dans l'analyse) contre cette prégnance des préjugés racistes dans l'île, bien plus que d'une "gauche républicaine" PRG, PS ou PC qui peut être assez fortement implantée ici et là... mais qui cherche d'abord et avant tout à ménager ses réserves d'électeurs, est toujours venu d'une frange du mouvement de libération nationale - et c'est encore le cas aujourd'hui.

    Voici un extrait d'un échange à ce sujet avec un camarade :

    "Disons que sur le racisme, ils ont une crainte absolue qui est de se retrouver minoritaires dans leur pays, considérant pratiquement qu'il y a un plan à ce niveau-là. Un discours récurrent c'est "on est une terre d'accueil MAIS 1°/ on nous respecte dans ce pays qui est le nôtre, car d'autre nous n'avons point, on n'est pas des animaux dans un zoo, on ne fait pas n'importe quoi etc. (des trucs comme par exemple que la Corse est l'un des derniers endroits où une femme peut se balader tranquille à n'importe quelle heure et dans n'importe quelle tenue, donc touriste ou arabe, faire le sagouin vaut mieux pas s'y risquer...), 2°/ pas question de se retrouver minoritaires chez nous"... [Voir ici, par exemple, le typique raisonnement qui peut exister - par un militant réputé "plutôt de gauche"]

    Oui, sauf que bon... Je ne suis pas sûr en réalité qu'ils aient des problématiques vraiment si différentes de celles du Pays Basque ou de l'Occitanie, à savoir que s'ils sont menacés de minorisation et d'"interdiction de séjour" par endroits (sur le littoral en particulier...), c'est plutôt par des gens du reste de l'Hexagone, BIEN FRANÇAIS de fait (du Bassin parisien) ou en tout cas du cerveau, bien blancs et avec du cash ; pas des Arabes ou des Africains débarqués d'une barcasse avec un baluchon sur le dos. Les éléments avancés sont d'ailleurs conscients de cela et le disent (ou dit autrement, ils essaient de gérer les nouvelles recrues d'un mouvement passé de 20.000 à plus de 50.000 voix aux élections en 20 ans, et dont beaucoup de "néo-natios" ont hélas tendance à tout confondre).

    D'ailleurs quand on a dit cela, que les natios ont finalement gagné les élections avec 2 à 3 fois plus de suffrages que dans les années 1990... ben ça infirme un peu tous les discours comme quoi "on est passé à 315.000 habitants mais toute l'augmentation depuis 15 ans c'est des gens venus d'ailleurs, c'est pas le solde démographique corse" etc. etc. Ben ouais, peut-être, sauf que les patriotti ont fini par conquérir une majorité relative et gagner. Comme quoi la problématique est peut-être exactement la même que chez nous : que les gens qui s'intègrent s'intègrent Corses/Occitans/Basques... et pas gros Français de merde ; et (surtout) que déjà les gens "du cru" aient conscience de ce qu'ils sont et de la nécessité de rompre mentalement avec le concept "France".

    Au début du mouvement national, dans les années 1960, il y avait entre 95 et 100% de Corses "pure souche" en Corse. Qui se sentaient corses, ça oui, et parlaient corse couramment en général (même les caciques ultra-républicains comme le père Zuccarelli, qui ne voulaient même pas entendre parler de panneaux routiers bilingues, parlaient corse tous les jours à la maison et au bistrot)... mais qui étaient pro-français, "loyalistes". "Oui oui Paoli tout ça, un grand héros cet homme, mais enfin tout ça c'est du passé quoi, maintenant on est français et puis la République monsieur, et le général De Gaulle monsieur" etc. etc. Une liste même simplement autonomiste aurait fait dans les 3% aux élections. Le problème est-il donc vraiment la "minorisation" des Corses par les apports de peuplement extérieurs ? Je crois plutôt que c'est la conscience d'être corses et la rupture du lien mental enchaînant à la France... comme partout ailleurs. Et sûrement pas les Arabes qui doivent être 6 ou 7% de la population totale (chez nous les non-européens racisés c'est peut-être 10-12%, peut-être jusqu'à 25% à Marseille) et qui sont "bloqués" dans leur intégration par le système de ghettoïsation et de colonialisme intérieur de l’État français, ce dont la solution passe (donc) par la lutte et la victoire contre ce dernier. Les gens venus de l’État italien ou de "Méditerranée catholique" doivent fusionner assez vite j'imagine ; il y a par exemple un prisonnier politique qui s'appelle Marras, c'est un nom sarde ça. D'autres militants historiques du mouvement s'appellent Buteau, Vandepoorte, Dykstra... La problématique étant donc comme je l'ai dit qu'en s'intégrant les gens deviennent des Corses et non des gros "gaulois". Et que si "Grand Remplacement" il y a par endroit, il n'est pas le fait d'extra-européens mais de bons "Français moyens"... à moyens-sups (de tous Peuples réels confondus hein, je parle de "Français" dans la tête), bien blancs et avec une certaine forme de petit capital."

     


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  • Alors ça y est, vous avez vu comme nous les résultats ?  

    Eh bien voilà, FIN DE LA DISCUSSION et RIDEAU.

    - Au terme de ce second tour ces régionales donc, comme et même au-delà de ce que nous avions pressenti, le FN n'a remporté AUCUNE région. Il aura échoué bien sûr (logiquement et assez nettement) en duel face à la droite, après le retrait des listes PS, dans les deux régions Nord-Picardie et PACA où il avait réalisé ses meilleurs scores : ce n'est pas "très bon" dans le sens où cela renforce son discours sur le "système UMPS", mais le pari n'en est pas moins perdu tant pour la présidente du parti que pour sa nièce - qui en incarne la "ligne dure". Mais il échoue également... dans la triangulaire ultra-favorable du "Grand Est"/"ALCA" (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes), où la vieille tête de lard PS Masseret avait maintenu sa liste et où nous avions pu nous-mêmes envisager la victoire de Philippot [qui gagne entre les deux tours 150.000 suffrages... mais reste sur ses 36%, la participation ayant quant à elle augmenté de 430.000 votants ; Masseret que l'on disait "tricard" (le PS lui ayant retiré son investiture) progressant de 53.000 voix et - surtout - le vieux routier du centrisme alsacien Richert faisant plus que doubler les siennes] ; ainsi que dans les autres triangulaires plus "serrées" mais où il avait largement dominé le premier tour (Bourgogne-Franche-Comté, Centre, Normandie, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon etc.) ; ce qui rend le triomphalisme de ses dirigeant-e-s et leurs refrains victimaires de "battus parce que tous coalisés contre nous" au moins aussi ridicules que les cris au "grand méchant loup" des révisios-réformistes de tout poil... et des pseudo-"maoïstes" qui appelaient toute honte bue à "faire barrage" y compris en votant pour la droite la plus "dure", que plus rien ou presque (la question européenne ?) ne sépare du discours lepéniste.

    - Nous avons donc finalement un paysage politique tout ce qu'il y a de plus "classique" : 5 "super"-régions (soit 9 anciennes)  à la "gauche", 7 (= 12) à la droite [pour ne parler que de l'Hexagone métropolitain, avec les dernières colonies directes d'outre-mer cela fait 8 contre 8, comme le font remarquer à juste titre les représentants dudit "outre-mer" complètement et honteusement oublié par tous les commentateurs dimanche soir]. D'un côté comme de l'autre on est fort loin des "Bérézina" de 1986 et 1992 (pour la "gauche") et 2004/2010 (pour la droite), alors même que les reculs en nombres de voix sont impressionnants. Une situation finalement comparable à ce que l'on observe aux législatives lorsque le FN s'invite en triangulaire... et permet ici à la "gauche", là à la droite de sauver la mise malgré l'effritement constant de leurs bases populaires (la "gauche" parce que de moins en moins de choses la distinguent... de la droite ; et la droite parce que le grand écart entre des "centristes" que plus grand chose ne différencie du PS et des "durs" toujours plus proches du discours... frontiste s'avère chaque jour moins tenable - rendant de fait une candidature centriste inévitable en 2017, à moins que Juppé ne soit le candidat).

    La "gauche" garde ses bastion historiques ("Sud-Ouest") ou plus récents (Bretagne, Centre, Bourgogne-Franche-Comté), là où c'est plutôt le "peuple de droite" que le FN divise et pénalise ; et la droite en fait de même, ne remportant de région jamais conquise auparavant (même en 1992) que le Nord où pour le coup c'est la gauche qui fait face à une terrible hémorragie de son électorat populaire ; le FN lui permettant également de reconquérir facilement la "swing region" provençale (perdue en 1998... après que la droite locale à égalité des sièges avec le Front National, dont un certain Estrosi, ait envisagé un moment de s'allier avec celui-ci !). Les autres "swing regions" (Île-de-France, Rhône-Alpes-Auvergne etc.) seront restées indécises jusqu'au bout avant de finalement échoir aux uns ou aux autres, parfois d'un cheveu (Île-de-France où l'on aura au demeurant observé un net mouvement de "vote utile" des électeurs FN - dont la liste était pourtant qualifiée à ce second tour - en faveur de Valérie Pécresse, ce qui est instructif sur une sociologie électorale frontiste pas forcément si populaire, "ni-droite-ni-gauche" et "anti-système" qu'on ne le dit) ; bref. Si ce n'est pas un "complot" ni une complaisance délibérée vis-à-vis d'une extrême-droite de plus en plus menaçante, en tout cas le résultat y ressemble, dans une sorte de jeu de "qui va en tirer le meilleur profit" (et l'on peut d'ores et déjà envisager que tout soit fait, à "gauche" comme à droite, pour se retrouver face à Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017 et être ainsi certain d'être élu !).

    - Zéro région pour le Front National... enfin, quoique : avec Estrosi en PACA et Wauquiez en Rhône-Alpes-Auvergne, l'on pourrait presque dire qu'il en gagne deux (dont la première par la grâce du "front républicain", avec le soutien du PS et de toute la "gauche"...).

    - L'on notera tout de même que le Front National a enfin progressé en nombre de voix par rapport à la présidentielle de 2012 : 6,8 contre 6,4 millions (+ 6%). Mais enfin, dans un contexte d'état d'urgence où ses idées sont pratiquement au pouvoir (enfin, ce pourrait bien être cela son problème en fait...), de psychose post-attentats contre l'"ennemi intérieur" musulman et d'exécutifs régionaux (pas rien...) concrètement gagnables (c'est évidemment dans les régions "gagnables" qu'il enregistre ses plus fortes progressions... tandis qu'en Île-de-France près de 60.000 de ses électeurs ont manifestement "voté utile" pour Pécresse) ; l'on va dire que c'est la "moindre des choses"... Il y a encore une sacrée marge (cf. plus loin, nous allons y revenir) avant de pouvoir s'asseoir dans le fauteuil de l’Élysée - pour être clairs, il faudrait quasiment que son "potentiel électoral" double.

    En synthèse : nous avons vécu dans les années fin 1980 et 1990 avec un FN à 4,5 millions d'électeurs potentiels (aux présidentielles, et entre 3 et 4 millions aux législatives et aux régionales), poussant jusqu'à 5,5 millions en 2002 où il était au deuxième tour de la présidentielle ; puis nous avons connu les années "Sarkomania" 2002-2010 avec un FN en baisse à 3,5 millions aux régionales 2004, 3,8 millions à la présidentielle 2007, à peine plus d'un million même aux législatives 2007 et aux européennes 2009, 2,2 millions aux régionales 2010 (mais déjà des scores à nouveau inquiétants dans le Nord, en Picardie, en PACA etc.)... et nous vivons aujourd'hui, après que Marine Le Pen ait "repris en main" le parti sur les thématiques que nous avons toujours (bien avant ce "renouveau") pointées comme "gagnantes" pour la mobilisation réactionnaire de masse, avec un Front National pouvant recueillir entre 6 et 7 millions de voix... et c'est tout ce qu'il y a de nouveau sous le soleil. Rien de plus en réalité qu'un symptôme (loin d'être le seul !) d'une droito-fascisation généralisée de la pensée dominante dans la société hexagonale, qui le nourrit et qu'il nourrit (dans un mouvement dialectique) mais qui émane (et est au service) d'abord et avant tout des nécessités (nécessités objectives et non "complot" volontaire) d'un Grand Capital pris à la gorge par une crise systémique généralisée (dont tout, pas seulement le chômage et la croissance nulle mais aussi le "terrorisme", est le produit) ; dans un mouvement que toutes les forces politiques suivent : droite de plus en plus "décomplexée", "gauche" de plus en plus social-libérale et policière et même "gauche de la gauche" dont la seule force significative (le Front de Gauche de Mélenchon) ne nous sert guère autre chose qu'une vieille resucée de souverainisme républicard-laïcard-patriotard "c'était mieux avant" de type chevènementiste.

    D'ailleurs et pour être parfaitement exacts, sur tous les scrutins entre disons 1995 et 2010, il faudrait également tenir compte de tous les suffrages qui se sont portés sur des candidatures de type De Villiers, Pasqua, CPNT, Boutin ou même Chevènement, sans oublier la personnalité de Sarkozy dans la deuxième moitié des années 2000 : des millions de personnes déjà très sympathisantes des idées lepénistes mais "bloquées" par "la personnalité de Jean-Marie Le Pen" (discours extrêmement récurrent chez les nouveaux électeurs, qui approuvent à l'immense majorité son éviction), la rupture insuffisante avec la "matrice" Vichy-OAS, la "posture purement protestataire" sans perspectives de pouvoir ou encore le caractère trop "plébéien" du mouvement ; se rabattant alors sur ce que l'on appelait (terme très courant en politique à l'époque) le "Le Pen light"... et qui votent désormais "Marine" sans hésitation, mais qui étaient déjà des "électeurs potentiels" depuis fort longtemps.

    Le Front National monte et monte et monte encore inexorablement... mais il se heurte encore et toujours au fameux "plafond de verre" qui est en réalité celui de la bourgeoisie, qui décide en dernier ressort de qui peut oui ou non diriger tel ou tel exécutif et de quel "rôle" bien défini elle assigne à chaque force politique dans son système (et celui du FN, jusqu'à nouvel ordre, n'est pas de gouverner au-delà du niveau municipal d'une dizaine de petites ou moyennes villes). Sur les 90% de personnes qui ne sont pas véritablement révolutionnaires (et qui font donc ce que la bourgeoisie leur dit de faire...), le fait est qu'un tiers au maximum souhaite éventuellement "essayer" le Front National au pouvoir (non sans, souvent, de sérieuses réserves) et que les deux tiers ne le souhaitent pas même s'il "ne dit pas que des conneries" et "pose souvent les bonnes questions" ; reflétant là assez fidèlement le rapport de forces au sein de la bourgeoisie... Point à la ligne et RIEN, au-delà d'un échelon très local, ne peut pour le moment permettre d'"enjamber" cette réalité et de voir le FN prendre un département, une région ou carrément le pouvoir central.

    Alors il commence à y en avoir marre de ce jeu à se faire peur qui a littéralement dominé les deux dernières années électorales et qui devrait perdurer jusqu'en 2017 (voir par exemple la couverture de Marianne cette semaine qui ne manque pas non plus, comme l'on pouvait s'en douter, de faire son autre gros titre - pour la 150e fois environ - sur "le djihadiiiiisme") ; une peur qui pour le moment ne sert à rien d'autre qu'à maintenir et renforcer la "Républiiiiique" bourgeoise sous la forme d'une droite de plus en plus dure et d'une "gauche"... de plus en plus à droite.

    - Le véritable "séisme politiiiiique" s'est en réalité produit... tout en bas à droite de la carte des résultats, pas du tout là où on l'attendait et (pour le coup) entouré d'un silence assourdissant : pour la première fois depuis qu'elle a été érigée en "région" en 1974, la Corse voit la très nette victoire d'une alliance autonomistes-indépendantistes (avec un FN au score ridicule et une droite et une "gauche" clanistes locales rassemblées comme jamais...) : http://ekladata.com/Cl3ke1BUp7Corrb5JC3bFgJoIHU/Victoire-Patriotti-Corse.pdf.

    Il faut croire que dans ce cas précis, le battage sur le (bien réel pour le coup) "séisme politiiiiique" ne fait pas les affaires de la bourgeoisie républicaine bleu-blanc-rouge qui nous gouverne ni de ses agents-caciques des clans politiciens locaux. Là pour le coup, c'est un "plafond de verre" qui semble bel et bien avoir crevé et le silence médiatique qui entoure la chose sent la gêne aux entournures à plein nez ; même si des gens politiquement proches de François Bayrou ou de Noël Mamère et ayant ouvertement rejeté la lutte armée devraient en définitive pouvoir être "gérables" (comme l'ont été avant eux les indépendantistes martiniquais qui ont dirigé l'île caraïbe entre 1998 et 2010, et qui viennent eux aussi de remporter à nouveau le scrutin) : ce qui "compte"... et dérange aux yeux des "observateurs politiques" n'est pas ce que ces élus feront ou (surtout) ne feront pas, mais le message populaire exprimé et adressé à l'ordre en place par ce résultat !

    Autres articles sur l'évènement :

    http://www.lemonde.fr/elections-regionales-2015/article/2015/12/16/la-langue-corse-en-vedette-a-l-assemblee-de-l-ile_4832968_4640869.html

    http://www.corsicainfurmazione.org/90275/corse-territoriales2015-f_alfonsi-une-victoire-historique/2015/

    http://m.france3-regions.francetvinfo.fr/corse/video-discours-d-edmond-simeoni-885045.html

    https://blogs.mediapart.fr/pierre-guerrini/blog/151215/corse-cette-petite-ile-qui-etonne-leurope

    https://blogs.mediapart.fr/massimu/blog/031213/sans-la-france-la-corse-ne-vivrait-que-de-chataignes

    [MàJ et pour ceux qui seraient tentés de nous sortir que "c'est la même chose que le FN sur le continent", voici la position de ce dernier par la voix de Florian Philippot : http://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/corse-francois-hollande-doit-siffler-la-fin-de-la-recreation-selon-florian-philippot-fn-889563.html]

    Résultats du second tour des régionales : du nouveau sous le soleil, vraiment ?


    Et à la présidentielle qui se tiendra dans 16 mois en 2017, y a-t-il une vraie menace FN ?

    C'est une chose dont la possibilité doit d'abord être étudiée avec sérieux ; car si l'antifascisme est une nécessité il ne peut pas non plus être guidé par la psychose et l'irrationnel, sous peine de passer au service du maintien et du renforcement du capitalisme sous sa forme "républicaine"/"démocratique".

    En 2012, Marine Le Pen avait recueilli 6,4 millions de voix et son parti vient enfin, à ce second tour, de dépasser de peu ce score avec autour de 6,8 millions, dans le contexte le plus favorable que l'on puisse imaginer (psychose anti-islam suite aux attentats du 13 novembre, "esprit #JeSuisÉtatd'Urgence" etc.). Mais imaginons qu'à la présidentielle de 2017, où la participation sera en principe beaucoup plus forte, elle progresse encore pour atteindre 8 millions de suffrages soit une progression de 1,6 millions (+ 25%), ce qui serait ÉNORME (en 2012 elle n'avait obtenu que 900.000 voix de plus que son père en 2002, soit 16% de plus). Et imaginons que, qualifiée bien évidemment pour le second tour, elle enclenche une dynamique et progresse encore jusqu'à 9 voire 10 millions (rappelons ici que si l'électorat frontiste tend à être plus mobilisé qu'auparavant et que les hausses de participation lui profitent désormais, son "profil sociologique" présente tout de même une forte porosité avec celui de l'abstentionnisme...). Eh bien, personne n'a encore jamais remporté l’Élysée avec aussi peu de voix - en vérité il lui faudrait un "potentiel" électoral de l'ordre du double de celui d'aujourd'hui, entre 13 et 14 millions de personnes. Face à elle, Hollande verrait se mobiliser en sa faveur toute la gauche radicale et les écologistes en dépit de son bilan... et les électeurs de sensibilité Modem ou UDI précisément grâce à celui-ci ; et gagnerait peut-être par 55-60% contre 40-45, mais gagnerait. Alain Juppé, quant à lui, bénéficierait du même capital mobilisateur que Chirac en 2002 et la laminerait par 70-30 si ce n'est plus. Le candidat le plus "risqué" face à elle serait finalement Sarkozy... l'homme qui entre 2002 et 2007 a non seulement capté mais aussi fabriqué de l'électeur à "psychologie" frontiste pour le perdre entre 2007 et 2012 et n'avoir plus aujourd'hui aucune crédibilité pour le récupérer ; et qui sur un sentiment de "blanc bonnet, bonnet blanc" souffrirait de très mauvais reports de la gauche et même du centre (et certainement aucun de la "gauche de la gauche" et des écologistes).

    Il ne s'agit pas de dire que le FN ne représente "aucune menace", qu'il "pourrait passer, rien à foutre", qu'il serait "de toute façon déjà au pouvoir" ou même que "comme ça il y aurait la révolution". Ce n'est tout simplement pas le propos. Il est bien évident qu'il n'est pas souhaitable que le Front National accède au pouvoir ; non pas d'un point de vue stratégique (il y aurait une sacro-sainte "République", de prétendues "Lumières" etc. etc. à "défendre" contre la "barbarie fasciste") mais d'un point de vue TACTIQUE : mener le combat sur un champ de bataille connu (celui où nous sommes en fait depuis le début des années 2000, différent de celui des 20 années antérieures mais auquel nous avons fini par nous habituer et en comprendre les ressorts) et non totalement nouveau et inconnu, ce qui est toujours un désavantage tactique certain. Certes, quel que soit le résultat en 2017, le Front National pourra être considéré comme "50% au pouvoir" (il l'est à vrai dire déjà, avec l'"état d'urgence à vocation permanente" que nous ont offert ces "chers" takfiristes pour Noël avec un mois d'avance...). Mais avec (de nouveau) Hollande ou Juppé à l'Elysée, les choses en resteraient ainsi alors qu'avec Marine Le Pen l'on pourrait s'acheminer très vite vers un 100% au pouvoir (il n'a fallu qu'une année, 1933, en Allemagne avec des nazis pourtant minoritaires - 30-40% - au départ) et avec Sarkozy l'on aurait une situation intermédiaire de - disons - "70% au pouvoir". Un terrain (avec Hollande ou Juppé) connu donc, pour encore 5 années au moins, qui nous permettrait malgré l'état d'urgence vraisemblablement maintenu (et ses perquisitions, assignations à résidence voire centres de rétentions pour "fichés S") de continuer à développer le camp révolutionnaire authentique dont la dynamique depuis quelques années (pour qui observe les choses de manière attentive... et non-crispée sur des dogmes de chapelles) est extrêmement encourageante ; alors qu'avec Le Pen ou un Sarkozy vainqueur de celle-ci d'une courte tête, nous pourrions être confrontés à un arsenal répressif auquel nous ne sommes pas habitués (et peut-être même une personne ayant vécu dans les années 1960, à moins d'être Maghrébine ou Antillaise, ne serait pas habituée).

    Pour autant, encore une fois, toute la subtilité est de parer à cette éventualité sans servir le maintien du Capital au pouvoir sous le masque de la "démocratie parlementaire" (et la réalité... de la contre-révolution préventive permanente) - rappelons que l'antifascisme originel n'a jamais (ni pour Dimitrov, ni pour Mao, ni pour Staline) été conçu pour cela, mais bien comme un moyen (face à un capitalisme ayant "tombé tous les masques") de lancer l'offensive pour la prise de pouvoir révolutionnaire des communistes. Et la première façon d'éviter cela est d'éviter la psychose et la réaction émotionnelle et de se baser sur les faits, rien que sur les faits étudiés à fond du fond au-delà des apparences.

    La vrai danger, en fin de compte, à surveiller est celui qui verrait la porosité droite-FN déjà présente à la base (électeurs FN - même soi-disant "venus de la gauche" - qui lorsqu'ils n'ont plus de candidat votent majoritairement à droite et électeurs de droite qui de plus en plus, dans un choix entre PS et FN, préfèreraient le second)... gagner le sommet, le personnel politique des Républicains qui pour le moment s'accroche encore (à contresens de pratiquement toutes les droites européennes) au "cordon sanitaire" imposé par Chirac à la fin des années 1980 (contre Pasqua et beaucoup d'autres tels Gaudin etc. ; les alliances étaient alors monnaie courante et 6 régions furent même dirigées ainsi entre 1986 et 1992).

    [Cette hostilité réciproque des états-majors puise ses racines dans toute une série de "fractures" historiques au sein de la droite hexagonale : entre "ralliés" et adversaires irréductibles de la République au 19e siècle et jusque tard dans le 20e, catholiques et partisans plus ou moins affichés de la laïcité, vichystes et "français libres" ou encore "Algérie française" et gaullistes et aujourd'hui "européistes" et "souverainistes" ; fractures en réalité bien moins importantes dans les faits qu'elles ne le sont devenues dans les mythes, mais les mythes rétroagissent sur la réalité pour donner cette situation d'impossibilité d'alliance absolument unique en Europe et même dans le monde... en contradiction (tout aussi forte que celle entre les mythes et la réalité !) avec les aspirations d'une grande partie des militants et même des élus locaux qui ne se considèrent pas du tout mutuellement comme des ennemis. À vrai dire il y a aussi un clivage au sein même de la "droite nationale", qui n'est pas une affaire de conception du monde mais plutôt de vision stratégique : la vision que l'on appellera "mégrétiste", affirmant les "valeurs communes" et favorable à l'alliance avec toute droite suffisamment "décomplexée" pour le souhaiter aussi, permet un accès beaucoup plus facile et rapide au pouvoir mais comme force d'appoint, avec le risque de le rester éternellement ; tandis que la vision lepéniste (partagée pour le coup par le père comme par la fille) n'envisage le pouvoir qu'en position dominante absolue... ce qui implique de mobiliser plus large que la droite "classique" et donc d'insister sur les distinctions (anti-européisme, anti-libéralisme, anti-"mondialisme") avec cette dernière plutôt que de les gommer, rendant toute alliance impossible jusqu'à ce que le pari majoritaire soit réussi. Le fait est que - favorisée peut-être par les logiques politiques intrinsèques à la 5e République - c'est la seconde vision qui l'a très largement emporté en termes de mobilisation de masse et notamment de redressement électoral après la scission de 1999 (suivie d'un score catastrophique des uns comme des autres aux européennes, et sans doute du report de beaucoup d'électeurs sur la liste Pasqua-Villiers qui dépassera celle de Sarkozy !) ; rendant la première impossible à mettre en œuvre faute d'atteindre le "poids" politique suffisant pour le faire.]

    Dès lors que des alliances entre la droite "classique" (qui aurait éventuellement évolué vers des positions plus eurosceptiques, protectionnistes, russophiles etc.) et le Front National seraient ouvertement possibles, là oui nous verrions un "saut qualitatif" colossal dans la fascisation de la gouvernance bourgeoise...

    L'on constate certes que le Front National progresse ; et quiconque écoute autour de lui/elle dans la vie de tous les jours remarque la libération du discours (forcément corrélée avec un vote FN, ou expression de la fascisation ambiante générale ? ceci en revanche reste à voir...), surtout dès lors (contrairement à ce que certains pseudo-"maoïstes" ont "toujours affirmé") qu'il est tellement plus facile de s'en prendre à "l'islam" que d'assumer un discours raciste "primaire" ou d'agiter les vieilles thématiques de l'extrême-droite des années 1930-40 (à commencer par l'antisémitisme), et qu'au contraire les "vrais fascistes" (antisémites, contre-les-droits-des-femmes, barbares assassins etc.) ce seraient "eux" - "les musulmans".

    Mais les données chiffrées, qui ne mentent pas, montrent que ce parti progresse dans une bien moindre mesure... que les autres baissent et en particulier la "gauche" ; ce qui n'a rien à voir par exemple avec la situation de l'Allemagne entre 1928 et 1932, où le NSDAP était passé de 810.000 à plus de 13 millions de voix en 4 ans face à une assez nette baisse (certes) des partis de droite (DVP, DNVP), mais un recul très relatif des sociaux-démocrates (d'un peu plus de 9 à un peu moins de 8 millions de voix) et une progression très nette des communistes (KPD, de 3,2 à 5,3 millions) ainsi que du centre-droit (Zentrum). Et si l'on peut entendre assez fréquemment (y compris de la part des défenseurs de l'abstention, qui sont pour la plupart nos camarades) que "les abstentionnistes voteraient de toute façon comme les autres", l'on peut difficilement ne pas être frappé par la corrélation entre les 6 à 7 millions d'abstentionnistes supplémentaires par rapport aux années 1990... et les 2 à 3 millions de voix perdues autant par la droite que par la "gauche" parlementaire [à ce sujet lire ici : http://campvolant.com/2015/12/10/il-ny-a-pas-de-vague-bleu-marine-par-frederic-gilli/].

    Et puisque l'on parle du "recul des autres", celui qui devrait frapper en premier lieu ne serait-il pas celui... de la "gauche radicale", du camp progressiste authentique à la gauche du PS : entre PCF (aujourd'hui dans le Front de Gauche, encore que pas toujours), trotskystes et Verts, presque 5,3 millions de voix à la présidentielle de 2002 contre 3,75 à celle de 2007 soit un recul de presque 30% (et à nouveau 5,4 en 2012, mais grâce au "phénomène Mélenchon" largement retombé depuis...) ; une "extrême-gauche" (NPA, LO etc.) qui divise son score pratiquement par deux à chaque régionales par rapport aux précédentes (1,2 millions en 2004, 662.000 en 2010 et 334.000 cette année) ; et une social-démocratie "radicale" non-PS (PCF seul, Front de Gauche, EELV seule ou avec Front de Gauche) à 2,3 millions de voix contre (Front de Gauche et alliés + EELV) 3,5 millions en 2010 soit moins 34%... Et si le problème était finalement là ?

    Et si, dit autrement, là où les grands partis bourgeois agitent l'épouvantail FN pour continuer leur petite guéguerre d'"alternance" comme si de rien n'était, le camp populaire progressiste sous direction (généralement) petite-bourgeoise cherchait avant tout à éviter de se remettre en question ? Et si par exemple la chasse au "confusionnisme" (en clair aux idées "rouges-brunes", "Dieudonné-Soral") dans ses rangs, pour être bien sûr nécessaire, n'avait conduit en définitive qu'à détourner le regard de la prégnance de conceptions - certes "diluées"/"atténuées"... qui sont à l'"état pur" celles qui mobilisent 90% des électeurs frontistes et non 10% comme les idées dieudo-soraliennes (le 'p''c''mlm' nous servant quotidiennement un "concentré" de ces conceptions "diffuses" ailleurs, la réponse semble s'imposer d'évidence) ? En clair, et si la "puissance" actuelle de l'"alternative" FN au "système" n'était que le résultat de la faiblesse des "anticapitalistes révolutionnaires" ; alors que les quartiers populaires et leurs colonies intérieures comme les périphéries profondes peuplées d'une classe ouvrière sinistrée représentent potentiellement des millions de partisans ?

    En annexe (réponse dans un débat FB) :

    Le FN qui, au 2e tour de 2002, avait certainement fait archi-le-plein est passé d'un potentiel électoral de 5,5 millions (donc) à cette époque à 6,5 millions grand maximum (jusqu'à preuve du contraire, preuve non-obtenue depuis 2012) aujourd'hui. Il a progressé d'un million de voix soit +18% tandis que le nombre d'inscrits sur les listes électorales progressait de 41 à 45 millions soit +10%. Donc il a progressé plus vite que le nombre d'électeurs, c'est vrai... et surtout les autres PERDENT des électeurs d'année en année. Mais ce n'est pas qu'il a "doublé" le nombre de ses partisans comme le laisseraient entendre les chiffres en pourcentage.

    Admettons qu'en 2017 Marine Le Pen récolte 8 millions de voix au premier tour (+1,6 millions soit +25% par rapport à 2012, ce serait ÉNORME). "Séisme politiiiiiiique", ça lui ferait sans doute du 30% ou plus, elle caracolerait vraisemblablement en tête à moins que Juppé (seul candidat à pouvoir le faire) la dépasse de peu. Mais ensuite ? Elle aurait fait le plein des voix et au deuxième tour, PERSONNE n'est JAMAIS devenu président avec 8 millions de suffrages. Y a 46 millions d'inscrits, même avec 50% d'abstention (ce qui serait du jamais vu à une présidentielle) y aurait 23 millions de votants, la barre serait donc à 11,5 millions. Impossible... ça voudrait dire pratiquement multiplier par 2 (par 1,77 exactement) ses électeurs de 2012, alors que cette année-là elle faisait 1,46 fois plus que son père en... 1988 (et 1,16 fois plus qu'en 2002). Face à Juppé, elle serait pulvérisée de l'ordre de 70-30. Sur Hollande ou Sarkozy il pourrait y avoir de moins bons reports de droite ou de gauche (respectivement) qui pourraient nous faire "chaud aux fesses", genre battue par 53-47, c'est l'image de "la Frrraaaaaance" à l'étranger en prendrait un coup mais bon...

    Sérieusement. On a un problème avec un épouvantail qui s'est animé et qui semble sur le point de rompre ses amarres et de devenir incontrôlable... mais ça reste un épouvantail. Il y a BEAUCOUP PLUS que 6 millions de gens qui sont d'accord avec les thèses du FN sur la sécurité, la répression, l'immigration, "les musulmaaaaans" etc. etc. ; mais il y en a... beaucoup moins (de fait même tous ses électeurs ne le sont pas, donc ne souhaitent pas vraiment sa victoire) qui le sont sur son programme économique. Le grand patronat rejette complètement celui-ci (pour la bonne et simple raison qu'il n'est pas de son intérêt)... et on n'a jamais vu un parti fasciste au pouvoir s'il n'est pas le parti du grand patronat (pas du petit, qui peut toujours gueuler).

    Il y a beaucoup moins de grands patrons favorables au FN qu'il n'y en avait pour les thèses des ligues d'extrême-droite (qui contrairement au FN étaient par contre très divisées) dans les années 1930 ; thèses qui sur le plan économique sont d'ailleurs devenues en grande partie... la vision GAULLISTE de l'économie, celle au pouvoir dans les Trente Glorieuses et qui était ce qu'il "fallait" au Capital tricolore à cette époque. Et malgré cela... il est vraisemblable que sans l'évènement EXTRAORDINAIRE (dont même des attentats à 1.000 morts ne seraient jamais l'équivalent) de la défaite et de l'invasion de 1940, il n'y aurait jamais eu Vichy.

    La République rad'-soc' (centrée sur le Parti radical qui s'alliait un coup un gauche, un coup à droite) aurait continué à "gérer" le capitalisme avec la préférence de la majorité du patronat (préférence pour le système républicain qui est le vrai enseignement du 6 février 1934) ; face à une extrême-droite à 30% peut-être (les Croix-de-Feu qui se présentaient aux élections à cette époque n'en étaient pas loin)... et en reprenant petit à petit ses "bonnes" propositions. De crise en crise, éventuellement à travers une grosse crise de régime comme celle de 1958, elle aurait évolué vers ce que l'on a appelé plus tard le gaullisme. Le "pôle" idéologique "républicain" était encore tout à fait en position de force et capable de gérer la situation en 1938-39, au point que (encore eux) les Croix-de-Feu/PSF qui étaient la principale force d'extrême-droite avaient rejeté ouvertement toute volonté de renverser la République par la force et commençaient même... à s'allier avec les radicaux et à soutenir Daladier à l'Assemblée, un peu comme si le FN s'alliait aujourd'hui avec le PS et soutenait Valls et Hollande (ses députés ont ouvertement soutenu et voté l'état d'urgence à l'Assemblée, cela dit) !

    Ce qu'il s'est passé c'est que cette bourgeoisie "républicaine" (qui était au pouvoir et dirigeait les opérations) a été militairement écrasée... par l'Allemagne, ce qui a alors pu naturellement déboucher sur la capitulation politique du 10 juillet 1940, avec le vote des pleins pouvoirs à Pétain, face aux forces considérées jusque-là comme "hors-République" (et il faut encore souligner que beaucoup de ces forces, par nationalisme viscéral... refuseront dès le départ l'occupation et la collaboration et entreront dans la Résistance - des gens des Croix-de-Feu, de l'Action française, de la Cagoule même ; alors que l'immense majorité des "républicains" radicaux, libéraux ou conservateurs soutiendra le régime jusqu'au débarquement d'Afrique du Nord au moins !). Aujourd'hui, peut-on envisager sérieusement une telle défaite de l'Armée française et une invasion du territoire ? C'est bien improbable...

    Aujourd'hui on a une crise équivalente à celle de 1929 (voire même pire que ce que celle-ci avait été en Hexagone) et un champ politique traditionnel qui donne effectivement un peu le tableau de celui des années 1930, ou alors des années 1950 (IVe République). Il est donc logique que l'extrême-droite soit très forte : elle est le symptôme d'une aspiration à "remettre les choses en ordre" qui est non seulement celle d'une partie de la bourgeoisie, mais aussi voire surtout d'une partie des masses populaires particulièrement aliénée à la conception bourgeoise du monde. Mais de là à ce que s'installe le fascisme... Différence avec l'Allemagne de 1933 ? Ben déjà on n'a pas un Parti communiste marxiste-léniniste qui fait 5 à 6 millions de voix (+ une social-démocratie à 7-8 millions qui n'est pas l'équivalente de notre PS mais disons d'un Front de Gauche + "frondeurs" du PS + NPA) ; et un État de 180 millions d'habitants dirigé par des marxistes-léninistes à quelques centaines de kilomètres de nos frontières. Hitler n'a pas "gagné les élections", il était à 33% et avait même entamé un sérieux déclin électoral (2 millions de voix perdues entre juillet et novembre 1932) ; il a été APPELÉ au pouvoir par la bourgeoisie allemande pour les raisons qui précèdent.

    Là où tu as raison c'est sur la reprise/contamination des idées... mais ça ça fait 30 ans que ça dure, c'était déjà le cas quand il faisait 12% et c'est précisément CE À QUOI IL SERT, le FN ! Un ÉPOUVANTAIL dont on reprend et applique "à pas feutrés" les idées parce que "sinon il va finir par arriver au pouvoir"... Les idées sur le plan de "comment faire fermer leurs gueules aux classes dangereuses" surtout ; parce que le programme économique "anti-mondialiste" ça non. En fait même les électeurs FN ne se retrouvent pas vraiment dans ce qui est un grand "flou artistique" volontairement entretenu. L'électeur FN "de base" est un "libéral-protectionniste" : "durcir" les frontières contre les produits étrangers et "moins d'charges sur les entreprises pour qu'elles puissent embaucher" ici en Hexagone... Mais il y en a aussi qui sont en quête de sécurité, qui s'accrochent à leur seul "petite supériorité" à savoir leur PRIVILÈGE BLANC, ou qui sont simplement islamophobes (même pas racistes au sens général) mais qui voudraient une politique économique "à la Mélenchon". Mais le programme du FN n'est pas "à la Mélenchon", il peut donner cette image à certains de ses comparses étrangers comme Farage ou Wilders qui sont de VRAIS libéraux-protectionnistes, mais il ne peut pas assumer un tel programme face à toute une partie de son électorat qui est constituée de petits employeurs ou d'indépendants...

    Il a une marge de progression du côté des gens (généralement diplômés, cadres etc.) qui partagent ses idées SAUF sur l'économie, la fermeture à l'Europe et au monde etc. ; mais s'il évolue là-dessus pour gagner ces personnes il perd d'autres électeurs par l'autre bout. Bref. Il a un gros problème de ce côté-là ; alors que le programme nazi était EXACTEMENT ce qu'il fallait au Capital allemand pour surmonter la crise tout en conjurant le communisme et en détournant les travailleurs allemands de la révolution (c'était au contraire son projet totalitaire sur le plan politique, et militariste aventuriste en politique extérieure qui générait plutôt des réticences bourgeoises dans ce cas-là).

    Donc le FN au pouvoir, ce n'est pas encore tout à fait acté. Il est là et il va rester comme un cancer toujours plus menaçant, mais au stade où l'on en est "la Républiiiiique" reste pour le Capital "le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres" et arriver à gérer le capitalisme comme il faut, y compris sur le plan sécuritaire comme on peut encore le voir en ce moment. L'on voit mal ce qui pourrait changer cela à part une situation de guerre civile (pas quelques attentats, même très rapprochés dans le temps) ; et même encore là ce ne serait pas "le FN prend le pouvoir" mais plutôt "la classe politique fait bloc en incluant le FN et en reprenant 90% de ses propositions"... comme en 40 quoi ! (d'ailleurs n'y est-on pas déjà un peu ?)

    => Eh oui car après tout, lorsque l'on y pense, à quoi riment toutes ces histoire de "scores" et de "faire barrage" lorsque l'on sait que le fascisme, dans l'histoire, n'a JAMAIS accédé au pouvoir "simplement" par le biais d'une élection : il l'a toujours fait par le coup de force (voire par la guerre civile), même en Allemagne (contrairement à la légende) où Hitler a été "appelé" au pouvoir alors qu'il ne représentait que le tiers des électeurs et s'est ensuite totalement emparé de celui-ci par la violence, la manipulation et la terreur pour mettre en place sa dictature ouverte totalitaire... Il existe certes aujourd'hui (ou a existé dans un passé récent) des régimes de contre-révolution préventive très "durs" et ouvertement réactionnaires reposant sur des élections "pluralistes", un régime "démocratique"/"républicain" parlementaire et un "fait" électoral majoritaire répété plusieurs fois de manière totalement "libre" : Bush-Cheney aux États-Unis, Berlusconi en Italie, le Likoud et ses alliés d'extrême-droite en Israël, Poutine en Russie, Viktor Orbán en Hongrie, peut-être Donald Trump refermant la parenthèse sociale-libérale Obama aux États-Unis demain, etc. Mais il faudrait alors leur envisager un autre nom, comme peut-être ce fascisme moderne tant décrié par d'aucuns (inventé par la Gauche prolétarienne face à un gaullisme qui correspondait déjà un peu à cette définition) ; car le fascisme au sens strict (les régimes du 20e siècle que l'on qualifie communément ainsi) ne s'est jamais mis en place "démocratiquement" par les urnes (et il est donc, répétons-le, illusoire et ridicule de prétendre lui "faire barrage" par ce biais : il ne se combat, en vérité... que par les armes). Et au demeurant, ces régimes de "contre-révolution préventive dure" ne changent généralement rien à la Constitution de leur État... ni même véritablement aux lois (sauf aux États-Unis avec le Patriot Act après le 11 Septembre) : ils ne font le plus souvent qu'utiliser l'arsenal législatif... déjà présent et disponible quels que soient le gouvernement et la majorité politique en place (en Italie les lois "anti-subversives" remontent... au fascisme mussolinien et ont été maintenues après sa chute !), et qu'il suffit d'appliquer dans toute sa rigueur ; ce qui ne peut que faire relativiser l'idée... et la nécessité même d'un changement "révolutionnaire" de régime en faveur du fascisme comme cela s'est vu dans un certain nombre de pays (dont l’État français en 1940-44) au siècle dernier.

    D'ores et déjà "premier parti de France" et disposant encore (sans doute) d'une certaine marge de progression, le Front National pourrait donc tout à fait être "convoqué" au pouvoir sans que la question de gagner beaucoup plus de voix (et de lui "faire barrage" pour ses adversaires...) n'entre quoi que ce soit en ligne de compte. Mais outre que le système de la 5e République (cette fameuse 5e République... dont bien des fascistes des années 1930 se seraient largement contentés !) ne le permet en principe pas (il faut être élu pour être Président, et disposer d'une majorité parlementaire pour être Premier ministre)... n'est-il pas en fin de compte beaucoup plus simple d'y "convoquer" ses IDÉES, sans les hommes (et les femmes) dont l'exercice du pouvoir pourrait s'avérer dangereux voire désastreux ? Et cela, à vrai dire, n'y sommes-nous pas déjà un peu ?

    Le Front populaire de 1936 (référence absolue, bien sûr, de tous les partisans y compris pseudo-"maoïstes" du "vote barrage") n'est absolument pas entré dans l'histoire pour avoir fait barrage au fascisme ; puisque déjà en 1938-39 le "Parti social français" (ex-ligue des Croix-de-Feu) cartonnait aux élections et se rapprochait même... du Parti radical au pouvoir (pour qui le "Front antifasciste" tel que "compris" par Thorez avait souvent conduit à voter, et qui avait 110 députés) ; et qu'en 1940 la catastrophe majeure de la débâcle militaire verra s'instaurer le régime de Vichy et la "Révolution nationale" sans que rien ne puisse s'y opposer (et surtout pas... les élus du Front populaire en question, de l'Assemblée élue en mai 1936, dont 80 seulement voteront contre !).

    Le Front populaire est entré dans l'histoire pour les immenses conquêtes sociales qu'il a permises ; des choses aussi inimaginables à l'époque... que leur inexistence le serait aujourd'hui (congés payés, temps de travail maximum hebdomadaire, la sécurité sociale attendra 1945 et le salaire minimum les années 1950 mais l'idée était déjà dans les tuyaux). Il est entré dans l'histoire comme un grand moment de mobilisation populaire progressiste radicale et révolutionnaire, préparant la Résistance antifasciste qui en sera un autre (et dont l'issue victorieuse verra la mise en place définitive de ces réformes sociales) ; l'un de ces grands... et rares moments de mobilisation populaire révolutionnaire des 200 dernières années. Et la vraie problématique d'aujourd'hui est finalement moins les scores du FN que la non-possibilité d'une telle mobilisation.

    Que ceux qui lancent des incantations au "Front populaire" commencent donc par le commencement, à savoir rendre possible de tels nouveaux 1936 ! Le Front populaire comme évènement tutélaire de l'histoire prolétarienne hexagonale n'a JAMAIS consisté en un simple "vote barrage" à l'extrême-droite !


    À lire : la position de Voie Prolétarienne ainsi que celle du Bloc Rouge (qui portait sur le premier tour).

    Et puis (encore une fois de plus) l'article de Quartiers Libres avec de très bonnes analyses.

    Résultats du second tour des régionales : du nouveau sous le soleil, vraiment ?


    2 commentaires

  • L'actualité du moment c'est bien sûr la manifestation interdite du 29 novembre pour l'ouverture de la COP 21 à Paris.

    Les mensonges des "matérialistes"/'p''c'F'mlm' et de toute cette petite engeance contre-révolutionnaire "mao"-flic BBR et pro-sionarde (oui oui pro-sionarde, le commentateur du statut FB ci-dessous est connu en ce sens sur les réseaux sociaux) :

    http://lesmaterialistes.com/saccage-honteux-lieu-memoire-place-republique



    (pour les mensonges de l'État bourgeois proprement dit, il suffit bien sûr d'allumer votre télé ou d'ouvrir un grand quotidien...)


    LA VÉRITÉ :

    https://paris-luttes.info/malgre-l-interdiction-des-milliers-4341

    http://www.regards.fr/web/article/place-de-la-republique-de-quel (là c'est un témoignage réformiste-légaliste donc particulièrement à prendre au sérieux... car s'il y avait vraiment eu ce que l'on dit, il s'en désolidariserait à tous les coups !)

    https://blogs.mediapart.fr/philippejandrok/blog/301115/place-de-la-republique-paris-une-autre-version-qui-de-quoi-deranger

    https://www.youtube.com/watch?v=BaMT6UVLA6Y&feature=youtu.be

    http://www.buzzfeed.com/davidperrotin/manif-a-republique-qui-a-saccage-memorial-des-victimes

    http://www.reporterre.net/Cet-homme-est-il-un-casseur-Non-c'est-un-policier

            

    Manifestants pacifiques tabassés par les CRS : http://m.rtl.be/info/775114

    Très bon reportage vidéo d'une demi-heure : http://www.taranisnews.com/post/134258421283/ cop21 la manifestation interdite place de la

    Récit de la répression par une interpellée : http://www.bastamag.net/Manifestation-du-29-novembre-a-Republique-enfermes-et-livres-a-la-violence (où l'on voit d'ailleurs apparaître des "craquements" jusque dans les forces de répression elles-mêmes ; enfin, il se peut aussi que les flics chargés de l'"intendance" au poste et de garder les détenus soient justement les plus "tricards" car "trop humains", et donc pas ceux que l'on envoie en intervention ou en répression de manif...)

    Le récit d'Alternative Libertaire : http://www.alternativelibertaire.org/?Paris-29-novembre-un-autre-recit

    Violentes attaques internétiques fascistes... et républicardes ("vous faites monter le F-Haine" blablabli) contre Julien Salingue ("lanceur" du slogan "Vos/Leurs guerres, nos morts", retenu quelques heures Place de la République comme des milliers de manifestants dans le même cas) : les "gauchistes" (progressistes) sont la VÉRITABLE CIBLE de l'"esprit  #JeSuisParis" !

    Petite revue de presse de l'état d'urgence - 01/12


    ... ceci après que les "maos"-flics l'aient justement attaqué (et tout le mouvement "Leurs guerres, nos morts" et contre l'état d'urgence avec lui) quelques jours auparavant http://www.donotlink.com/hhvo (l'on retrouve aussi dans les tweets ci-dessus pas mal d'arguments de leur article sur la "profanation" de la place : "vous avez écœuré des millions de Français" etc. etc.)... Il y a de ces coïncidences dans la vie !


    La déclaration de VP : "Contre la répression et l’État policier !"


    Bloc Rouge : http://drapeaurouge.over-blog.com/2015/11/etat-d-urgence-arme-de-repression.html

    http://drapeaurouge.over-blog.com/2015/11/cop-21-liberte-pour-les-garde-es-a-vue-et-les-inculpe-es.html

    et lire aussi Succès du meeting international pour les 10 ans de la révolte des banlieues


    Deux articles de Quartiers Libres :

    https://quartierslibres.wordpress.com/2015/11/29/etat-des-lieux-de-letat-durgence-premiers-constats/

    https://quartierslibres.wordpress.com/2015/11/30/robocop-21/


    Et puis :


    Un couple interpellé et tabassé CHEZ LUI à Paris - seuls les flics ont entendu prononcer "Daesh"

    Perquisition administrative chez des maraîchers bio (réputés "zadistes") en Périgord (Occitània)

    Des militants "radicaux" perquisitionnés et assignés à résidence à Rohazon/Rennes (Breizh) en prévision de la COP

    Nous vivons plus que jamais (plus ouvertement que jamais) sous un régime de CONTRE-RÉVOLUTION PRÉVENTIVE où plus encore que de déchaîner la répression en tant que telle, le mensonge permanent est érigé en vérité officielle (et où malheureusement une grande partie de la "réinformation", telle une défense immunitaire du "système" lui-même, émane le plus souvent de la propagande de puissances rivales - Russie etc. - relayée par leurs partisans ici qui ne valent guère mieux - et que l'on voit au demeurant fort peu en première ligne face aux matraques et aux lacrymos, aux risques de GAV et de prison etc. etc.).

    Lire notamment ici :

    Après les attentats et l’intervention du Raid à Saint-Denis : ni stigmatisation de nos quartiers, ni réduction de nos libertés

    [déclaration commune signée par l'ACTIT (Association Culturelle des Travailleurs Immigrés de Turquie), Alternative Libertaire, AMF Saint-Denis, Coordination des sans-papiers 93, Coordination des foyers de travailleurs migrants, CGA, Centre social Attiéké, Collectif universel Paris 8 (étudiants turcs et kurdes), Comité Solidarité avec les Prisonniers Politiques, CGT Educ’Action Saint-Denis, ENSEMBLE (membre du Front de Gauche), Fédération Anarchiste Groupe Henry Poulaille, ICAD (Comité International Contre les Disparitions), Ligue des droits de l’Homme Section Saint-Denis Plaine Commune, NPA, MRAP, OCML-VP, Parti de Gauche (membre du Front de Gauche), Union Locale Solidaires, Solidaires étudiants Paris 8, Sud Education, Sud CT Mairie de Saint-Denis, SKB (Union des Femmes Socialistes turques).]


    2 commentaires

  • [Ignorant sa provenance (probablement la région parisienne puisqu'il dit que "ses proches vont bien" suite aux attaques du 13 novembre), nous parlons donc conformément à l'article de jeune communiste français.]

    https://news.vice.com/fr/article/entretien-avec-un-jeune-communiste-francais-parti-lutter-pour-la-revolution-au-kurdistan-syrien-et-contre-lei


    Le Kurdistan syrien, appelé Rojava par ses quatre millions d'habitants, s'étend sur une partie de la frontière turque. Son autonomie vis-à-vis de Damas a été proclamée en 2012 par le Parti de l'union démocratique (PYD), affilié au PKK, d'obédience marxiste. Depuis, son bras armé, les unités de protection du peuple kurde (YPG) mènent une guerre totale contre l'organisation terroriste État islamique (EI), tout en instaurant officiellement sur les zones qu'ils contrôlent un régime qu'ils veulent « démocratique et autonome ».

    Le 13 novembre, avant que Paris soit touché par des attaques sans précédent, l'EI subissait en Syrie et en Irak deux lourdes défaites. À l'issue d'une offensive coordonnée avec les Peshmergas irakiens, les YPG ont repris plusieurs positions de l'EI, coupant des voies de ravitaillement vitales de Rakka, capitale de facto de l'autoproclamé État islamique.

    Jacques (son prénom a été changé), un jeune français communiste, la vingtaine, a tout lâché au nom de son idéal, pour rejoindre les rangs des YPG l'été dernier, pour participer à la révolution du Rojava et pour lutter contre l'EI. Depuis le front syrien, celui qui a pour nom de guerre « Sirat » a accepté de livrer son témoignage exclusif à VICE News.

    VICE News : Pour quelles raisons avez-vous rejoint le Kurdistan syrien ?

    Jacques : Principalement pour venir participer à cette révolution. Je suis un militant révolutionnaire marxiste et internationaliste depuis mon adolescence. Il aurait été hypocrite de voir de loin les événements au Kurdistan syrien. Les YPG structurent leur territoire selon une idéologie socialiste et libertaire, en instaurant la Commune dans chaque localité libérée.

    Je suis aussi venu pour aider le peuple kurde. Peuple martyr et persécuté par tous les régimes, discriminé à toutes les époques mais qui a une énorme capacité de résilience. Ils ont su ne pas verser dans l'obscurantisme comme d'autres peuples opprimés et attendre leur heure. Enfin, il se trouve que leur ennemi principal est Daech [ndlr, un acronyme utilisé pour désigner l'EI], l'incarnation du néofascisme aujourd'hui. Ma démarche est aussi celle d'un « antifa » convaincu.

    Comment avez-vous pris contact ?

    Par le biais du groupe Facebook « Lions of Rojava ». Je les ai contactés par message privé. Puis ils ont organisé ma venue. Je n'en ai parlé à personne, car je sais qu'on aurait cherché à me dissuader. J'ai travaillé quelques mois pour payer mes frais de transport et garder un pécule en cas de coup dur. Ensuite j'ai rejoint en avion Souleimaniye, au Kurdistan irakien, où l'on m'a pris en charge. Étant donné que la frontière est fermée entre la Syrie et l'Irak, on m'a déguisé en Peshmerga pour rejoindre le Kurdistan syrien.

    Avez-vous prévenu votre famille ?

    Oui et non. Mais cela ne vous concerne pas.

    Quel entraînement avez-vous reçu ?

    L'entraînement dure deux semaines, à l'arrivée des volontaires, et il est très minimaliste : maniement de la kalachnikov, exercices physiques, et rudiments de stratégie militaire. Après avoir passé l'épreuve du feu, j'ai eu plusieurs autres sessions d'entraînement. Si au début, on ne vous apprend pas grand-chose, c'est qu'ils savent que beaucoup de volontaires étrangers ne tiennent pas le choc et rentrent chez eux au bout de quelques semaines…

    À quel point est-ce dur ?

    Les conditions de vie sont extrêmement difficiles. Ajoutez à ça l'incompréhension culturelle et la réalité de la guerre… Mais pour la plupart, ceux qui restent ont des vraies motivations politiques et sont convaincus du projet politique du Kurdistan syrien.

    Quel est le profil des Occidentaux qui rejoignent les YPG ?

    Ceux que l'on voit dans les médias ne sont pas du tout représentatifs : ce sont des anciens militaires reconvertis en croisés ou des écervelés aventuriers qui s'exhibent armes à la main mais qui dans les faits sont plutôt des planqués. J'ai croisé des vrais psychopathes en mal de guerre qui sont prêts à canarder tout et n'importe quoi.

    Leur appétit pour les médias occulte les autres volontaires qui représentent la majorité ; des gens qui ont des vraies motivations politiques et se battent pour la révolution du Rojava avant de se battre contre Daech.

    Avez-vous rencontré des Français ?

    J'en ai rencontré quatre : deux anciens légionnaires qui sont de véritables ordures, un jeune un peu paumé et un mec du genre « croisé ». Leurs profils ne m'intéressent pas. Encore une fois ils ne représentent qu'une minorité parmi les volontaires. Dans mon unité il y a quatre Allemands, un Italien et un Américain, qui sont tous des vrais camarades. Après je sais qu'il y en a d'autres, mais je ne les ai pas rencontrés.

    Peut-on parler d'une brigade internationale, à l'image de celle de la guerre d'Espagne, entre 1936 et 1938 ?

    Oui en partie. Il y a des unités bien précises qui regroupent les gens appartenant à la mouvance communiste-internationaliste, mais l'ampleur n'est cependant pas comparable. Il faut dire que les partis politiques internationalistes européens n'ont ni le courage ni la volonté d'agir malgré leurs convictions affichées. Ils restent à battre le pavé en France mais ne font absolument rien de concret pour la cause kurde. Ils préfèrent détourner les yeux par peur de l'engagement, par hypocrisie peut-être. Ces gars-là ne sont que des révolutionnaires de bibliothèque. Qu'ils viennent sur le terrain s'ils veulent véritablement voir une insurrection populaire.

    Comment avez-vous été accueilli par la population du Kurdistan syrien ?

    Nous avons reçu un très bon accueil, c'en est même gênant. Les gens hallucinent de voir des mecs qui parcourent parfois des milliers de kilomètres pour la cause du Rojava.


    Une photo de « Jacques » avec deux de ses compagnons d'armes, prise après les
    attaques du 13 novembre qui ont touché Paris. (Archives personnelles) 


    Amnesty International a publié le 13 octobre dernier un rapport dans lequel il accuse les YPG de crimes de guerres : déplacement massif de population, villages rasés… Avez-vous été témoin d'exactions perpétrées par des YPG ?

    Absolument pas. C'est des conneries. Ils [ndlr, les observateurs d'Amnesty International] sont restés deux semaines et se sont taillés. Oui des villages ont été détruits, mais essentiellement pour des raisons stratégiques. Les YPG ont une pratique vraiment humaniste de la guerre. Leur objectif est de libérer les populations du joug de Daech.

    Les Kurdes ont toutes les raisons de tuer jusqu'au dernier les djihadistes, mais ils ne le font pas. Lorsqu'ils assiègent un village, ils aménagent toujours une voie de sortie pour l'ennemi, afin d'épargner la vie de nos soldats [ndlr, pour éviter des combats sanglants avec un ennemi acculé]. Les civils ne sont jamais inquiétés par nos forces. Les YPG sont les seuls en Syrie à combattre efficacement Daech. Ils sont les seuls à proposer une alternative politique révolutionnaire et humaniste.

    Comment se déroule la vie au sein de votre unité ?

    Mon unité n'est composée que de communistes, essentiellement des Kurdes de Syrie et de Turquie. La hiérarchie militaire est horizontale et il n'y a pas d'insigne. Lorsqu'on part en patrouille, c'est le major qui ouvre la voie. Il faut savoir que c'est la positon la plus risquée puisque, si un engin explosif explose, c'est le premier touché. Le soir, toute l'unité se réunit pour discuter de ce qui ne va pas. Ça l'air assez secondaire dit comme ça, mais lorsque tu vis 24 heures sur 24 avec d'autres gars, ça permet de désamorcer pas mal de tensions.

    Comment se passe le quotidien sur le front ?

    En réalité, lorsque tu es sur le front, 90% du temps tu n'as rien à faire. L'ennui est parfois difficile à gérer. Par contre tu peux à tout moment basculer du désoeuvrement le plus total à l'action la plus intense.

    Ici, avec toutes les autres forces alliées en présence, tu peux te faire tuer sur un malentendu… Une fois, nous nous lavions dans une rivière, une brigade s'est ramenée sur l'autre rive, on a tous failli s'entre-tuer avant que l'on comprenne que c'était une milice de protection du village voisin.

    Ajoutez à ça les engins explosifs posés un peu partout, les risques d'embuscade… Le stress est omniprésent et paradoxalement, à part boire du thé et fumer des clopes, tu n'as pas grand-chose pour t'occuper. Il ne faut pas réfléchir, sinon tu gamberges. J'en ai rencontré certains qui ont radicalement changé en l'espace de quelques jours. Il ne faut pas gamberger… et encore je ne vous parle pas des phases de combat…

    C'est-à-dire ?

    Il y a deux mois peut être, j'ai perdu la notion du temps, nous étions aux avant-postes et nous devions fortifier notre position. Ils nous canardaient avec des canons aériens, des mortiers. On courrait comme des dératés pour se protéger et puis on revenait pour monter la barricade.

    On a passé une nuit terrés dans un bâtiment sur lequel les bombes pleuvaient… Il y avait ce jeune turc qui ne faisait que regarder sa montre toutes les deux secondes, sans rien dire. Il est resté bloqué des heures sur ce geste, je crois qu'ils l'ont renvoyé chez lui. Il ne faut pas gamberger.

    Avez-vous participé à la récente offensive des Kurdes d'Irak et de Syrie contre l'organisation État islamique ?

    Oui. C'était très éprouvant. Nous étions au combat pendant trois semaines. Au cœur de l'offensive, nous avions ordre de fortifier une position dans un cimetière. Nous avons donc dû creuser des tranchées et former des barricades de pierres tout en étant canardés par l'ennemi. Nous creusions nos propres tombes en quelque sorte.

    Mais les résultats sont là : c'est une victoire totale. Nous avons repris la ville de Al-Hawl et sept autres villages aux alentours. Nous avons ouvert une nouvelle voie vers Rakka. Les gars de Daech que l'on présente comme des mecs déterminés, prêts à mourir pour garder leurs positions ont tous fui comme des rats.

    Comment vous sentez-vous physiquement, moralement ?

    Nous avons besoin de repos. C'est parfois très difficile, mais je me sens en accord avec moi-même.

    Êtes-vous au courant pour les attentats de Paris ?

    J'étais sur le front. Des camarades ont entendu la nouvelle à la radio. C'est un carnage… Mais rassurez-vous, malgré les apparences, ils reculent franchement ici.

    Avez-vous pu joindre vos proches ?

    Oui, tout le monde va bien.

    Comment votre unité a-t-elle réagi ?

    Ils en ont vu d'autres ici, vous pensez bien. Mais ils ont été très compatissants, ce sont des frères d'armes et des camarades.

    Quel est votre regard sur ces attentats ?

    Bien sûr que ces attentats me touchent puisqu'ils se déroulent chez moi. Mais je le répète ma démarche n'est pas nationaliste : je ne suis pas là pour porter la bannière de la « civilisation occidentale », mais pour venir en soutien à la révolution en Rojava. Ces attaques me confortent dans ma conviction que c'est un bon combat.

    La coalition occidentale envisage de durcir significativement son intervention en Syrie et en Irak. Quelle aide l'OTAN ou la Russie peuvent-elles apporter ?

    Rien. Les ingérences de l'Occident ont toujours été désastreuses. Nous sommes 15 000 YPG déterminés. Nous sommes l'organisation la plus structurée et la plus efficace dans la lutte contre Daech, nous les vaincrons.

    Et les frappes aériennes ?

    Il faut reconnaître que les avions ont un rôle déterminant lors de nos offensives. Ils limitent les mouvements des troupes de Daech et éliminent leur artillerie qu'ils doivent sans cesse déplacer. Psychologiquement l'impact sur eux est terrible. Lorsque les avions fondent sur l'ennemi en les mitraillant avec leurs canons automatiques, le bruit que ça fait… On dirait le diable en personne qui descend sur Terre. J'ai vu un djihadiste tué par ces canons : il avait un trou à la place du visage. On ne voyait plus que son collier de barbe.

    Mais je ne suis pas dupe, à chaque fois que les puissances impérialistes interviennent, elles demandent quelque chose en retour. Les YPG paieront ce soutien, mais ils n'ont pas le choix. [NDLR certes mais pour le moment, dans l'impossibilité devant leurs "opinions" d'envoyer des troupes au sol (autres que quelques commandos/forces spéciales) et une guerre ne se gagnant pas sans, les impérialistes ont autant besoin des YPG que l'inverse. On est donc plus dans une situation de "donnant-donnant" qu'autre chose...]

    Comment se déroule concrètement la coordination entre les troupes au sol et la coalition ?

    À l'aide de cartes électroniques, le commandement signale nos positions par des points de couleurs à la coalition : verts ce sont les nôtres, rouges ce sont celles de Daech. Malheureusement, il est déjà arrivé qu'une erreur de communication entraîne une bavure…

    Que s'est-il passé ?

    Nous avions ordre de rejoindre une position tenue par une équipe de notre unité. Nous étions en Jeep à une centaine de mètres du campement qui a brusquement disparu dans un triangle de feu et de fumée. Quand nous sommes arrivés, ils étaient tous morts. Deux minutes plus tard ça aurait été moi et mes deux camarades. Quelqu'un avait oublié de changer le code couleur lorsque nous avions pris cette position, ce qui explique la méprise.

    Comment envisagez-vous votre retour en France ?

    Franchement, je ne sais pas si je reviendrais en vie. Beaucoup de choses me manquent c'est sûr : faire la fête, boire des bières, les filles… Mais aujourd'hui, les plans sur l'avenir sont mis en pause. À force, tout devient une routine, la guerre n'échappe pas à la règle. Il faut éviter de réfléchir, sinon on gamberge et ce n'est pas bon. Donc je ne me projette pas.

    Pourquoi souhaitez-vous parler aux médias aujourd'hui ?

    Je pense que c'est important de rétablir la vérité sur la nature de cette guerre, sur la façon dont les Kurdes syriens la font. Les YPG ont fait complètement leurs preuves dans les affrontements avec Daech tout en menant sur leur territoire une véritable révolution. Il y a une réorganisation totale de la société, ils apportent la démocratie à un peuple qui ne l'a jamais eue. Je veux aussi que les gens aient une autre vision des volontaires. La majorité ont des motivations politiques sincères et ne sont pas des croisés fanatiques.

    Avez-vous des regrets aujourd'hui ?

    Je n'ai aucun regret. Je suis là où je dois être. Si je pouvais rester plus longtemps, je le ferais. Je me bats pour la seule cause qui vaille que l'on se batte aujourd'hui.

    Suivez Thomas Laurent sur Twitter : @ThomaLaurent


    Comme vous pouvez le constater, cela ne rigole pas et il faut véritablement un "mental de Vietcong". Il est bien évident qu'il ne faut pas partir là-bas à la légère et sans être absolument prêt à le faire. Dans tous les cas, il y a aussi beaucoup de choses qui peuvent être faites ici même. C'est ainsi qu'a eu lieu ce week-end à Paris (en faveur des migrants dont beaucoup, justement, fuient les atrocités de Syrie et d'Irak) la première manifestation "illégale" de l'ère du "régime civil d'état de crise" :

    http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/22/a-paris-une-manifestation-pro-migrants-se-transforme-en-defile-anti-etat-d-urgence_4815195_4809495.html

    https://paris-luttes.info/recit-d-une-manifestation-sous-l-4236

    http://www.oureyeislife.com/?p=713 Cela semble toujours impossible jusqu'à ce qu'on le fasse - Manifestation interdite / PARIS

    http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/12771-attaquesparis-urgence-police-denonce-parquet-personnes.html

    http://drapeaurouge.over-blog.com/2015/11/manifestation-de-solidarite-avec-les-migrants-malgre-l-etat-d-urgence.html

    Premières gardes-à-vue pour participation à une manif sous l’état d’urgence


    Petites chroniques de l'état d'urgence (quand la Républiiiiique déclare la guerre aux quartiers-à-bougnoules) :

    Revue de presse : Entretien avec un jeune communiste français parti combattre Daesh en Rojava

    Revue de presse : Entretien avec un jeune communiste français parti combattre Daesh en Rojava

    Enfant de 6 ans blessée par le RAID à Nice (comme pour le voisin des terroristes de Saint-Denis, ils s'étaient tout simplement... trompés de porte).

    http://www.revolutionpermanente.fr - Expulsion d'un squat par le RAID à Lille (trop à voir avec la lutte contre le terrorisme !).

    Perquisition musclée et scandalisant les riverains à la mosquée d'Aubervilliers

    Un non-voyant qui venait de se raser la barbe dénoncé par sa voisine pour radicalisation

    http://www.ladepeche.fr/article/2015/11/25/2224454-perquisitions-bellefontaine-cru-etaient-terroristes.html

    http://www.humanite.fr/ Saint-Denis - Le flic m'a dit tu vas prendre trente ans (édifiant)

    http://www.lamarseillaise.fr/marseille/societe/43821-quand-tu-as-la-tete-qu-il-ne-faut-pas-en-ce-moment (édifiant aussi... et là clairement politique, lisez bien !)

    http://www.bretagne-info.org/2015/11/19 - À propos des violences fascistes de Pontivy le 14 novembre 2015

    http://www.ladepeche.fr/article/2015/11/24/2223146-agressees-sortie-boite-nuit-parce-origine-maghrebine.html

    Récapitulatif de toutes les "petites bavures" ici

    Explosion des agressions et intimidations islamophobes - lire aussi ici https://paris-luttes.info/nouvelle-vague-raciste-et-4156

    À lire aussi cet excellent texte d'un communiste de libération du Peuple galicien, publié par les camarades de Breizhistance : http://www.bretagne-info.org/2015/11/25/douce-france/

    Ah et aussi nos "chers" pseudo-"maoïstes" qui commencent à se sentir, comment dire, incommodes devant les conséquences inévitables et logiques de l'"esprit Charlie" qu'ils ont tant célébré : lire ici.


    Et puis l'on saluera le franchissement... de l'Atlantique par le slogan "Leurs guerres, nos morts" (rassemblement anti-impérialiste à Philadelphie) :


    Revue de presse : Entretien avec un jeune communiste français parti combattre Daesh en Rojava

     


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  • Voici quelques petits articles sympas et intéressants sur l'actualité du moment.

    On commence avec celui des camarades de Quartiers Libres (qui ne s'intéresseraient soi-disant - aux dires de certains bouffons - "qu'au triptyque Palestine - Black Panthers - crimes policiers", "offre politique classique de l'extrême-gauche pour les quartiers populaires") revenant sur la lutte à Air France qui a fait grand bruit ces derniers jours, avec son occupation du Comité central d'entreprise (CCE) et la fuite lamentable - ayant fait le tour du monde - de deux cadres supérieurs dont le DRH de la compagnie, la chemise arrachée :


    Air France : « la fierté des nôtres »


    2900 personnes vont être mises à la porte de l’entreprise Air France. La raison du plus fort est toujours la même : les salariés sont des privilégiés qui gagnent trop et ne transpirent pas assez et de ce fait ils nuisent gravement à la bonne santé de l’entreprise. C’est un classique du baratin patronal.

    Chez Air France, ce discours est porté par une direction qui se moque ouvertement des gens qui travaillent.

    Le plus bel exemple du mépris par des gens qui ne produisent rien mais qui tiennent les postes de direction se trouve dans cette vidéo :

    Le patron d’Air France est un spécialiste du droit du travail version 19eme siècle. Il regrette que ces 200 dernières années des contraintes liées au code du travail et donc aux conquêtes des travailleurs empêchent de pressurer les gens, pardon de « libérer les énergies créatives ». « Les enfants ne bossent plus à huit ans », c’est regrettable. Le droit de grève nuit aux rendements… toujours le même refrain du capitaine d’entreprise mais dans la bouche de Monsieur de Juniac, noblesse oblige, ça prend tout de suite un air du 19ème siècle.

    Ce que les patrons d’air France viennent de se prendre c’est ...  Lire la suite →

    Petite revue de presse - 12 octobre 2015 : nouvelle Intifada en Palestine, "retour à la normale"... ou presque à Donetsk et chemise arrachée à Air France

    Aux dernières nouvelles, ça y est : la Police de l'Air et des Frontières (PAF) vient de procéder à l'arrestation spectaculaire ("comme des membres du grand banditisme" selon un responsable syndical FO) de 5 ou 6 (selon les sources) salariés qui auraient participé à la mobilisation "musclée" de la semaine dernière, et auraient été identifiés sur des enregistrements vidéos :

    http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2015/10/12/quatre-arrestations-apres-les-violences-a-air-france_4787442_1656994.html

    http://www.revolutionpermanente.fr/Le-NPA-denonce-l-interpellation-volontairement-spectaculaire-de-5-salaries-d-Air-France

    Pour un œil les deux yeux, pour une dent toute la gueule ! (Bloc Rouge - Unification des maoïstes)

    Préparons-nous à la mobilisation contre la justice de classe !


    Pendant ce temps-là, la résistance populaire connaît une nouvelle montée en puissance en Palestine occupée. Quelles pourraient en être les perspectives ? C'est la question que soulève cet article d'un journaliste arabe publié sur le site de l'ISM :


    La prochaine Intifada devra être une révolution palestinienne jusqu'à la fin de l'occupation

    Par Samah Jabr

    Le discours de Mahmoud Abbas aux Nations unies, qui a été précédé par une propagande exagérée disant qu'il serait une « bombe », s'est avéré n'être rien de plus qu'une litanie de plaintes habituelles et d'appels à la communauté internationale. Le discours a indéniablement échoué à soulever de nouveaux défis, à offrir de nouvelles stratégies ou simplement à inspirer l'espoir aux Palestiniens bouillant sous l'occupation. Quelques jours après le discours, quand Israël a annoncé que l'Autorité palestinienne avait aidé à l'arrestation d'un groupe à Naplouse accusé d'avoir attaqué des colons illégaux, la réponse d'Abbas – la menace lasse et habituelle de ne pas s'engager dans des accords qui ne sont pas respectés par Israël – s'est révélée n'être rien d'autre qu'une « bombe assourdissante ».

    La jeunesse palestinienne avait espéré que cette annonce signifierait que l'AP allait arrêter de se comporter comme le sous-traitant d'Israël pour écraser la résistance palestinienne. Ils se sont alors levés pour combattre l'appropriation par Israël du lieu saint qu'est al-Aqsa à Jérusalem, pour résister à la fermeture de la ville à son propre peuple et pour s'opposer aux attaques sans relâche des colons dans des villages de Cisjordanie, comme celle qui a conduit à brûler vive une famille, un crime pour lequel personne n'a eu à rendre de comptes.

    La prochaine intifada devrait être une révolution palestinienne jusqu'à la fin de l'occupation

    Ces oiseaux de la liberté sont traqués, un par un. Ils sont poussés dans des cages israéliennes mais aussi palestiniennes, pourtant ils sont blâmés pour cette dynamique typique de violence : « Ils ont amené toute cette souffrance sur eux-mêmes et leurs familles ! ». Nous avons déjà entendu des commentaires similaires lorsqu'une femme se fait violer : « Elle l'a cherché, elle l'a provoqué, elle est celle à blâmer pour cela ». Israël a autorisé à tirer sur tout enfant palestinien qui est vu en train de jeter des pierres, demandant au minimum 4 ans de prison et exigeant des amendes prohibitives de la part des parents. Toutes ces mesures ont pour seule conséquence d'inviter plus d'enfants à défier la cruauté des lois israéliennes.

    Muhammad, 19 ans ; Amjad, 17 ans ; Fadi, 18 ans ; Hadil, 18 ans ; et Shurouq, 18 ans sont seulement quelques uns des jeunes palestiniens à avoir été exécutés sans procès dans les dernières semaines, accusés de porter des armes ou d'attaquer des colons ou soldats israéliens avec des couteaux. Leurs maisons vont être détruites pour punir leurs parents pour leur lien biologique avec leur enfant (même si les châtiments collectifs sont interdits par le droit international).

    La police israélienne a la gâchette facile quand il s'agit de Palestiniens mais tellement patiente avec les criminels juifs. Yishai Schlissel a poignardé 6 participants lors de la gay pride en mars dernier, mais aucun officier de police ne lui a tiré dessus. Les crimes de colons à l'encontre des Palestiniens sont vus, couverts et même encouragés par les autorités israéliennes, tandis qu'aucun Palestinien ne s'en sort pour n'importe quel acte de résistance. La police israélienne sous couverture entre dans des hôpitaux palestiniens pour kidnapper des blessés sous le regard de la police palestinienne, mais Israël échoue toujours à arrêter des Israéliens qui ont tués des Palestiniens ; quand des Palestiniens prennent des photos d'actes criminels, les autorités israéliennes trouvent des excuses sans fin pour minimiser la sanction.

    Lors des affrontements récents, Israël a fait usage de colons hors-la-loi opérant en toute impunité pour terroriser les Palestiniens, tirant sur les passants et brûlant leurs propriétés, leurs cultures et leurs oliveraies, leurs véhicules et leurs maisons. Des colons armés ont été vus précédant les soldats israéliens lors des incursions dans les villages entourant Naplouse. Étant donnée la totale impunité des autorités israéliennes, il n'est pas surprenant que de jeunes audacieux essaient de briser les chaînes de leur impuissance, retrouvant le sens du collectif dans une action dramatique et cherchant à venger leur nation humiliée et leur pays violé.

    Aujourd'hui, nombreux se demandent si oui ou non la révolte actuelle va mener à une 3ème Intifada ; ce nom même, comme les 1ère et 2ème Intifada, prédit une inquiétante destinée, celle d'une interruption avant la fin de l'occupation. En effet, ce sera interrompu aussi vite que les politiciens et les négociateurs auront récolter des avantages pour leurs intérêts personnels. Ma peur est que cette motivation – la perte de la liberté et de la vie qui nous a apporté une angoisse indescriptible – soit exploitée par nos mêmes représentants fatigués et momifiés qui se soucient peu de libération ou de la cause nationale, et dont le seul objectif en tant que sous-traitants est de prendre l'avantage sur la résistance palestinienne afin de maintenir leur job de « médiateurs » et de garder le silence.

    Ne laissons pas être cela cette 3ème Intifada dans laquelle nos espoirs seront ainsi anéantis. Laissons la devenir une révolution finale palestinienne qui mettre un terme à l'occupation. Laissons tous les Palestiniens dignes, et leurs soutiens internationaux, faire ce qu'il faut pour assurer la survie de nos oiseaux de liberté. Nous devons maintenir la gestion collective et l'ardeur morale de notre révolution face à tous les oppresseurs, de l'intérieur comme de l'extérieur, pour la libération ultime de notre peuple et de notre terre.

    Source : https://www.middleeastmonitor.com/articles/middle-east/21515-the-next-intifada-should-be-a-palestinian-revolution-until-the-occupation-ends

    Traduit de l'anglais par FS pour ISM-France


    Et puis tandis que les pourparlers se poursuivent entre les grands de ce monde au sujet de l'Ukraine, la relative accalmie dont bénéficie la ville de Donetsk après des mois de combats a favorisé le retour de beaucoup de personnes qui l'avaient fuie... et notamment les premiers à avoir eu les moyens de le faire, à savoir les classes aisées, la gentry locale. Mais voilà : eux qui s'imaginent pouvoir reprendre tranquillement le cours de leur vie s'aperçoivent bien vite que quelque chose a changé, que quelque chose ne sera plus jamais comme avant. En effet, et même si ce sont de toute évidence les intérêts de la bourgeoisie locale et de la bourgeoisie monopoliste russe qui ont triomphé et se sont installés à la tête des "Républiques populaires" du Donbass, ils se voient réserver un accueil plutôt froid et "tendu" de la part de ceux et celles qui sont resté-e-s et ont défendu la ville contre les troupes fascistes de Kiev, les armes à la main... ou simplement en y continuant et faisant continuer la vie avec un courage et une dignité exemplaires : ceux et celles-là semblent bien être devenu-e-s les véritables nouveaux maîtres des lieux.


    Les nouveaux maîtres de Donetsk


    Pendant la guerre, pendant le froid et la faim, alors que la mort ramassait chaque jour son tribut dans les rues de la ville, d’autres sont devenus les maîtres de Donetsk

    La paix revient à Donetsk, dans le Donbass, et avec elle ses habitants les plus fortunés, qui ont été les premiers à fuir la guerre, il y a plus d’un an. Ils retrouvent leur ville mais aussi tous ceux qui ont eu le courage d’y rester. Des rencontres qui ne sont pas toujours des plus chaleureuses. Le journaliste indépendant Andreï Babitski, qui vit aujourd’hui à Donetsk, décrit le quotidien de cette ville après 15 mois de combats et de bombardements.

    Un automobiliste se fait contrôler à Donetsk, en 2012. Crédits : ostro.org

    Quand je vois ces voitures de luxe, excessivement chères, qui ont fait leur réapparition dans les rues de Donetsk tout au long du mois dernier, cela me donne la nausée. Je me dis qu’en vendant rien qu’une seule de ces autos, on aurait pu sauver de la faim une centaine de vieillards qui ont difficilement survécu à cet hiver de guerre.

    Le retour massif des habitants dans la ville, qui a soudain cessé de servir de cible à l’artillerie ukrainienne, me fait penser à une invasion de sauterelles, enveloppant sous une couverture ininterrompue le paysage urbain. Le trafic n’a pas encore retrouvé son rythme d’avant-guerre, mais c’est tout comme. On s’est remis à croiser, dans les supermarchés, ces hommes et ces femmes de belle stature en vêtements « de haute couture », embaumant le parfum raffiné, scintillant de l’éclat de leurs bagues de diamants. On revoit, dans les bars, ces jeunes gens, tasse de café à la main, petit doigt levé. Les anciens « maîtres de la ville » sont de retour. Et tout ça pourrait être parfait ; en définitive, la ville a besoin de gens, ils sont sa chair et son sang, le « feu scintillant dans le vase » de son architecture et de ses paysages.

    Sauf que les anciens sont revenus en affichant exactement le même mépris pour les perdants, les pauvres, la gent urbaine ordinaire que celui avec lequel ils avaient quitté la ville il y a plus d’un an. De l’avis de ces « re-migrés », ceux qui ont subi les pénibles temps des bombes l’ont fait simplement parce qu’ils n’avaient pas les moyens de partir s’installer dans des contrées lointaines et sûres. Mais s’ils avaient eu trois sous, ils auraient fui en masse, battant le chemin de leur bottes bon marché, couvertes de la poussière de la route.

    Aujourd’hui de retour, les « ex- » prétendaient au droit d’être considérés comme les authentiques et les meilleurs habitants de Donetsk, ceux qui dicteraient, comme avant la guerre, les règles, la mode, le style et le rythme de la vie. Ils ne doutaient pas une seconde que les gens de peu, par habitude acquise, se remueraient sans se plaindre et leur libéreraient les lieux, qu’ils considèrent comme leur propriété simplement parce qu’ils sont une élite, une classe dominante qui tient fermement la chance par le cou. À l’époque, ils s’étaient placés en utilisant leurs liens dans les structures de pouvoir corrompues. Et ils étaient certains que l’ordre des choses n’avait pas changé d’un poil, et qu’ils conviendraient tout aussi bien aux nouvelles autorités. Le changement de façade politique, de drapeaux et de slogans ne signifie rien – la corruption mène toujours le bal, et il faut simplement frayer de nouveaux sentiers dans le vieux champ.   Lire la suite >>


    NDLR - Là où, en revanche, le terrain a été reconquis par les troupes de Kiev, la terreur fasciste se poursuit : http://www.secoursrouge.org/Ukraine-Les-escadrons-de-la-mort-a-l-oeuvre-en-Ukraine

    Lire également : Nostalgie de l'URSS chez les rebelles de l'Est de l'Ukraine (article bourgeois donc - évidemment - ne nous épargnant rien des cris d'orfraie du style "mais comment est-ce possiiiible" et de la propagande resucée notamment sur "les z'horribles répressions politiques" et sur "la famine des années 30", thème invariant depuis la psy-op Goebbels-Hearst de l'époque - lire ici un démontage en règle de ces foutaises, ceux/celles qui nous lisent régulièrement sachant par ailleurs combien nous sommes des maoïstes très critiques sur Staline et son action à la tête de l'URSS entre 1924 et 1953).

    Ou encore Le marxisme et la guerre dans le Donbass (ou "De l'internationalisme à géométrie variable d'une certaine extrême-gauche"), par le dirigeant de Borotba Victor Shapinov - excellent texte qui vient de paraître.

    Petite revue de presse - 12 octobre 2015 : nouvelle Intifada en Palestine, "retour à la normale"... ou presque à Donetsk et chemise arrachée à Air France


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  • "Ils le quittent au prix de mille dangers pour fuir la misère, la faim et la maladie, la guerre et la terreur des garde-chiourmes de l'impérialisme ; et venir tenter de récupérer ici un peu de ce que l'impérialisme leur a volé là-bas."

    (...) "Il ne s’agit pas pour nous d’‘humanisme’ ni de ‘charité chrétienne’, mais bien de considérer l’immigration comme un phénomène objectivement subversif pour l’ordre impérialiste mondial. Fut un temps l’immigration était autorisée et voulue par les États impérialistes, pour se fournir en force de travail corvéable à merci. Les travailleurs/euses issu-e-s de cette immigration autorisée et encouragée furent généralement parqué-e-s dans des bidonvilles ou des foyers-taudis, puis dans des quartiers-ghettos où ils/elles se virent appliquer un traitement colonial inspiré de celui de leurs aïeux dans leurs pays d'origine : ce sont des colonies intérieures, des ‘indigènes métropolitains’. Mais depuis la nouvelle crise générale du capitalisme, ces temps sont révolus et aujourd’hui, les personnes migrantes sont des personnes qui vont OBJECTIVEMENT récupérer dans les États impérialistes un peu de ce que ces derniers ont volé dans leurs pays dominés et exploités, pour (souvent) l’y REDISTRIBUER (des régions, voire parfois des pays entiers reposent littéralement sur les envois d’argent de leurs migrant-e-s en Europe ou en Amérique du Nord)."

    Mais voilà, ils trouvent face à eux des "forteresses" Europe ou Amérique du Nord... qui ne veulent pas, bien évidemment, qu'on leur reprenne (sous forme d'aides sociales etc.) même 0,0001% de ce qu'elles ont pillé depuis des générations dans les pays du Sud ; et qui ne veulent même pas (contrairement à ce qui était encore le cas il y a 40 ans, lorsque les "sergents-recruteurs" de Bouygues ou Renault sillonnaient la campagne portugaise, le djebel maghrébin ou la brousse africaine en quête de bras pour les usines et les chantiers d'Hexagone ; et contrairement aux délires misérables du 'p''c'F'mlm') de cette main d’œuvre soi-disant "bon marché" qu'il faudrait payer aux salaires minimums occidentaux, faire profiter de tous les droits et de la protection sociale occidentale etc. etc. alors que les capitalistes européens et nord-américains ne sont même plus foutus de donner du travail à leurs propres "nationaux", et qu'il est devenu tellement plus commode (à l'heure des "délocalisations") d'exploiter directement ces personnes "à domicile" pour quelques euros ou dollars par jour :

    "C’est pourquoi, ces 25 ou 30 dernières années, l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord se sont transformées en ‘forteresses’ impénétrables pour les travailleurs venant du ‘Tiers-Monde’, qu’elles cherchent maintenant à y maintenir, y étant plus facilement exploitables (avec la délocalisation d’énormément d’activités) et n’en ayant de toute façon plus besoin. C’est ainsi que l’Union européenne ‘réfléchit’ longuement avant d’accueillir un nouvel État membre en son sein, pour s’assurer qu’il ne ‘submergera’ pas les pays riches de migrants pouvant circuler librement (ce qui pose actuellement problème avec la Roumanie et la Bulgarie pour les Roms, et ferme catégoriquement la porte à la Turquie), ou en tout cas qu’il ne sera pas une ‘passoire’ pour les ‘clandestins’ (problème de l’Ukraine). C’est ainsi que tout au long de leur frontière avec le Mexique, les États-Unis ont mis en place un chapelet de maquiladoras, entreprises de sous-traitance aux salaires intermédiaires entre ceux du Mexique et de l'Oncle Sam, pour y ‘fixer’ les candidat-e-s à l’immigration, surtout les femmes (qui se ‘sentent’ moins que les hommes d’affronter la traversée clandestine) ; véritables usines concentrationnaires entre des mains semi-mafieuses, dont on retrouve parfois les employées indociles découpées en morceaux dans le désert... C’est ainsi que l’Europe s’est achetée les services de régimes satrapes arabes, comme la monarchie marocaine ou encore la ‘Jamahiriya’ de feu l’immonde verrat Kadhafi (que vénèrent encore de soi-disants ‘anti-impérialistes’), pour jouer les ‘cerbères’ du Vieux Continent contre le ‘tsunami migratoire’  que renforce chaque jour la crise générale et mondiale du capitalisme… etc. etc."

    D'où la mort effroyable que tant rencontrent dans les eaux de la Méditerranée ou du Rio Grande, sous les trains d’atterrissage des avions ou dans les ténèbres du Tunnel sous la Manche.

    Par conséquent :

    "De tout temps, la solidarité avec les travailleurs étrangers a été fondamentale pour les travailleurs révolutionnaires "nationaux" : pour vaincre la division de notre classe par la bourgeoisie.

    Mais aujourd'hui, elle revêt une importance plus grande encore : elle est une solidarité internationaliste fondamentale face à l'impérialisme !!!

    La solidarité avec les travailleurs immigrés, (encore) avec ou sans-papiers, est au cœur même de l'internationalisme prolétarien.

    Nul ne peut se prétendre internationaliste s'il ne soutient pas les travailleurs migrants !"

    "Les sacrifié-e-s de Lampedusa, qu’ils/elles soient venu-e-s d’Afrique, de Syrie ou d’Afghanistan, ne faisaient rien d’autre que cela : fuir leurs pays impérialisés depuis des générations, affamés, livrés au despotisme et/ou à la guerre par les monopoles impérialistes. Sur la Grande Bleue devenue sinistre douve de la forteresse Europe, leurs espoirs ont rencontré une mort affreuse.

    Mais LE JOUR VIENDRA OÙ LES COUPABLES PAIERONT ET PAIERONT CHER ! Le jour viendra où les exploité-e-s du monde entier se lèveront et engloutiront ce Système réactionnaire et assassin dans le feu ardent de la Guerre du Peuple !"


    Alors que d'un côté la traque lancée par le pouvoir "socialiste" à Paris contre les campements de migrants et les progressistes qui les soutiennent, opération faisant l'unanimité médiatique de L'Humanité à Valeurs Actuelles en passant par le Monde et le Parisien, et de l'autre le "happening" fasciste organisé par les Identitaires au poste frontière de Saint-Ludovic (Garavan, Menton) montrent bien l'unité idéologique et pratique dans la pseudo-"lutte" entre les deux ailes ("républicaine" et "d'extrême-droââte") du même système France ; il n'y a pas grand-chose à ajouter à ces mots écrits il y a déjà plus de 5 ans dans l'article Les "charters de la honte", 100% dans la logique de l'impérialisme qui est notre position de principe sur l'immigration, la cause des travailleurs migrants et la chasse qui leur est donnée par les États bourgeois.

    Nous vous inviterons aussi à lire les articles La tragédie de Lampedusa est un crime impérialiste de plus contre l’humanité (d'où est issu le deuxième extrait) ; Considérations diverses – fin octobre 2013 point 2 (affaire Leonarda) ainsi que l'excellent Le mur meurtrier de la Méditerranée - L’assassinat institutionnel de masse de l’Union européenne publié (fin mars) sur le site personnel de Saïd Bouamama.

    Les travailleurs migrants ne quittent pas leurs pays pour le plaisir
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  • Ce 1er Mai 2015, dans un contexte de crise générale du capitalisme qui va chaque jour en s'aggravant, de montée permanente des agressions antisociales et impérialistes contre les Peuples ainsi que du fascisme et de l’État policier, cela a pour le moins castagné dans pas mal d'endroits où les classes populaires ont montré leur magnifique combattivité :

    En Colombie

    Revue de presse - début mai 2015

    Au Chili

    Revue de presse - début mai 2015Revue de presse - début mai 2015

    En Turquie (mais c'est "de coutume" là-bas...)

    Revue de presse - début mai 2015

    À Montréal au Québec

    Revue de presse - début mai 2015Revue de presse - début mai 2015

    À Milan (Lombardie, État italien) où la contestation vise aussi (surtout) l'Exposition universelle qui s'ouvrait le même jour, avec sa flopée de mesures antipopulaires dans la veine de la Coupe du Monde et des futurs JO au Brésil etc.

    Revue de presse - début mai 2015

    En Corée du Sud

    Revue de presse - début mai 2015

    À Paris aussi il y a eu quelques échauffourées... suite à des agressions de la LDJ et du Betar contre des manifestant-e-s portant des signes de soutien à la Palestine. Comme l'été dernier, ces attaques ont ensuite été "retournées" par la presse en "pogrom antisémite" de la part des agressé-e-s (!) : http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2015/05/02/attaques-de-la-ldj-le-1er-mai-communique-de-generation-palestine-paris/
    http://www.afapb.org/recit-dun-1er-mai-sous-le-signe-de-la-repression-policiere/

    Ces accusations ont même été reprises par... le Front National, qui n'était jusque-là pas spécialement connu (on devine facilement pourquoi...) pour utiliser l'argument de l'"antisémitisme" contre ses adversaires politiques suite à une agression sionarde suivie d'envolées victimaires, laissant plutôt cela à ce qu'il appelle communément l'"UMPS"... Désormais "dédiabolisé", voilà qu'il semble s'y mettre - sur Paris en tout cas, l'ultra-droite sioniste n'étant pas vraiment un acteur significatif ailleurs mais "comptant" non-négligeablement sur la capitale où elle a déjà travaillé avec les Identitaires, fourni ses "gros bras" à la droite étudiante (UNI, Corpos diverses) lors de grèves etc. etc. [d'une manière plus générale, ce n'est pas tant que l'électorat sioniste et plus largement juif soit d'une telle "importance" (d'où l'on glisserait vite à "influence" et à des raisonnements fétides) que le Front se "l'arracherait" avec les autres partis : c'est plus prosaïquement que lui "tendre la main" attire ou en tout cas ne fait pas fuir l'électeur blanc-européen-Revue de presse - début mai 2015chrétien-"de souche", alors que "tendre la main" au "musulman racaille-de-banlieue" (comme le préconise Soral) est beaucoup plus problématique...].

    Voilà une nouvelle démonstration, s'il en fallait, que le fascisme du 21e siècle en fRance consistera en ce que le FN et l'UMP, le PS et autres "gardiens du temple républicain" de plus en plus FNisés pourrissent dans le même jus de haine ouverte et de guerre "sécuritaire" contre les classes/quartiers populaires et la gauche progressiste ou révolutionnaire militante ; un discours qui peut mobiliser sur beaucoup d'angles d'attaque mais on imagine aisément, dans un pays ayant connu l'occupation nazie et ses atrocités, la force mobilisatrice que peut revêtir une accusation d'être le dernier repaire de l'hydre antisémite (dont l'extrême-droite serait quant à elle exempte et immaculée...) - ce fameux "concept" développé dans les années 2000 par des Taguieff, Finkielkraut, Cukierman et une foultitude d'autres... et que relaie allègrement toute une pseudo "extrême-gauche" généralement anti-léniniste mais aussi (y compris) prétendument "maoïste" [cette "extrême-gauche" reconnaît pour sa part la dangerosité et la nocivité du FN, mais fait immédiatement son deuxième "grand démon" de l'"antisémitisme de gauche et des banlieues" et ignore complètement le durcissement réactionnaire et la fascisation rampante finkielkrautienne de la bourgeoisie "républicaine" (celle qui se définit ainsi par opposition au Front National et autres "extrêmes") - il est vrai que ce durcissement ne se fait pas tellement sur la base de l'antisémitisme, d'où - peut-être - cette indulgence, mais plutôt sur le thème de "l'islam est-il vraiment compatible avec la République ?" ou encore de l'"insécurité" nouveau nom des "classes dangereuses"...].

    Un contexte d'offensive traduit par exemple (rien n'ayant "rien à voir" dans une compréhension matérialiste des choses) par l'hallucinante et hystérique offensive virtuelle de cette même "extrême-gauche" qu'a suscitée un excellent-comme-d'habitude article des camarades de Quartiers Libres (dans la même veine que l'un des nôtres publié il y a quelque temps), dont le tort était de leur balancer à la face quatre vérités qui (comme toutes les vérités) font mal, à savoir 1°/ qu'ils ne sont que des représentants de "la suprématie blanche de gauche qui a peur parce qu'elle voit qu'elle a perdu son hégémonie culturelle sur les quartiers populaires il y a très longtemps, qu'elle n'arrive pas à se reconnecter avec eux et qu'on le lui fait savoir" (pour reprendre mot pour mot l'excellent commentaire d'un intervenant), 2°/ qu'ils ne sont que des serviteurs idiots mais utiles de cette mobilisation réactionnaire "philosémite" finkielkrau-taguieffienne contre les quartiers populaires et le militantisme anticapitaliste et anti-impérialiste conséquent (mobilisation à laquelle, on l'a vu, même le FN n'hésite plus à se joindre), 3°/ qu'ils ne sont pas des "anti-confusionnistes" mais une autre variété de confusionnisme, un confusionnisme "rouge-bleu" qui n'est pas dérangé par les crimes et l'apartheid sionistes, le néoconservatisme et l'impérialisme tendance "atlantiste" là où l'antisémitisme, les régimes réactionnaires et antipopulaires du bloc "anti-occidental" Russie-Chine-Iran-et-compagnie, les délires de Thierry Meyssan et de la "Dieudosphère" ne dérangent pas leurs alter égos "rouges-bruns", 4°/ que ce n'est pas parce que Quartiers Libres a publié des dizaines d'articles contre la "galaxie" Dieudonné-Soral-Chouard & co qu'il fallait croire que c'était leurs potes, et qu'ils faisaient allégeance à cette merde confusionniste-là contre l'autre (certains n'ayant cependant jamais considéré QL comme des "potes", mais les ayant au contraire toujours "attendu au tournant" pour les "dégommer" au premier faux pas comme ils le disent désormais explicitement - quel état d'esprit admirable !).

    En réalité, le problème de ces "chasseurs de confusionnistes" tellement indignés que l'on puisse balancer 4 vérités à la gueule de leur magistère intellectuel c'est qu'ils ne sont pas là pour lutter contre le confusionnisme ; en d'autres mots ils ne sont pas là pour lutter contre les idées fausses, "pourries", "puantes" ou tout ce que l'on voudra, ce qui pourrait être fait très simplement en y opposant des idées justes, en apportant de bonnes réponses et analyses aux questions soulevées (cf. l'affaire de l'opération anti-Collon à Lille en 2013) : non, ils sont là pour défendre leur conception du monde qui ne vaut guère mieux (qui n'est en dernière analyse que l'aile extrême-gauche de l'idéologie républicarde francouille universaleuse) et imposer celle-ci par le terrorisme intellectuel en faisant taire les bonnes questions auxquelles les "confusionnistes" apportent de mauvaises réponses.

    Tout ceci ne voulant bien sûr pas dire qu'il n'y a pas de "ménage" à faire ni de positionnements à clarifier, dans tous les milieux (ML "stal" comme maoïste, trotskyste comme libertaire, "anti-impérialiste", "pro-palestinien", "militants des quartiers" etc.), sur la question de l'antisémitisme... mais pas seulement (pourquoi seulement ?) : racisme façon paternaliste/"c'est-à-toi-d'accepter-nos-valeurs-et-nos-vérités", sexisme et homophobie, mépris des vraies classes populaires auxquelles la militance appartient encore trop peu souvent, etc. etc. ; les problématiques abondent et l'indignation sélective, très peu pour nous ! Il ne s'agit pas non plus de nier la force mobilisatrice que peut conserver l'antisémitisme, fut-il dilué/insinué dans un discours plus large contre les "élites mondialisées" ou la "finance sans visage", au service d'un repli chauvin de la frange la plus agressive du Capital (un discours de "bon" capitalisme qui serait "bien d'chez nous") ; pas plus que le caractère réactionnaire (y compris meurtrier) et l'influence nocive sur le prolétariat d'idéologies telles que le salafisme takfiri ou la mixture Dieudonné-Soral, qui placent quant à elles ouvertement l'antisémitisme au cœur de leur discours ; mais sans qu'il soit question non plus de voir dans ces idéologies la menace principale pour le Peuple et les progressistes, menace principale qui demeure le durcissement réactionnaire, antipopulaire et répressif des grands partis du Capital (la FNisation de la droite et la droitisation du PS...) et une extrême-droite fascisante axée sur la "défense du monde blanc" (et non sur des alliances "tiers-mondistes" contre le "grand-méchant"-sionisme, qui peut au contraire tout à fait être un allié face aux remous dudit "tiers-monde" - autre exemple ici).

    Et on ne peut clairement pas prétendre à un semblant de sérieux et affirmer que Quartiers Libres, dont on pourra si l'on veut (ce n'est pas notre cas mais admettons...) critiquer la "maladresse" ou l'"imprécision" dans l'article en cause, n'a pas passé les 4 dernières années à pourfendre l'antisémitisme, le conspirationnisme et autres "confusionnismes" comme l'"anticapitalisme/anti-impérialisme des imbéciles" qu'ils sont ; et ceci devant des quartiers populaires supposément "foyers" de ces affreuses abominations... quartiers où les "chasseurs de conspis/confusionnistes/antisémites/rouges-bruns" ne mettent jamais les pieds* !

    Revue de presse - début mai 2015

    Sinon, à part cela et la Fête de Jeanne d'Arc du FN (quelques milliers de participant-e-s) marquée par le happening de trois "Femen" aux seins nus (ce qui fait totalement partie du "plan de com'" du fascisme : réduire ses adversaires à de telles provocations pathétiques), à laquelle a curieusement semblé se résumer ce 1er Mai 2015 dans la plupart des grands médias, plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé dans tout l'Hexagone pour les droits des travailleurs - malgré une météo généralement peu clémente...

    Et pendant ce temps-là, en Israël, la violence raciste (qu'on aurait tort de croire limitée aux Palestiniens) frappe et pousse à la révolte les Juifs falashas originaires d’Éthiopie, présents depuis un transfert de population organisé avec le tyran social-fasciste Mengistu dans les années 1970-80 [il y a également d'autres communautés africaines en Israël, mais non-juives : ce sont principalement des Sud-Soudanais (pays dont Israël a soutenu la lutte d'indépendance et qui se retrouve maintenant dans une guerre des clans pour le pouvoir) et des Érythréens, qui fuient leur pays depuis que le pseudo-"maoïste" Afeworki s'est transformé en despote à la Mugabe et en a fait une immense caserne à ciel ouvert (enfin bon c'est ce que disent les médias occidentaux, lire ici et ici pour peut-être relativiser un peu) ; ces immigrants avaient subi des violences pogromistes notamment en 2012]. On parle déjà ici et là d'"Intifada noire" ou de "Baltimore israélien" :

    http://www.neverwalkalone.info/les-ethiopiens-disrael-menacent-dune-intifada-noire/

    http://www.etatdexception.net/baltimore-cest-ici-les-ethiopiens-israeliens-protestent-a-jerusalem-contre-la-brutalite-policiere/

    Revue de presse - début mai 2015


    * Le plus attaqué dans l'article de QL a été la question de l'antisémitisme "de gauche" (et de sa prétendue "négation"). Mais le problème (ce que QL n'a peut-être pas suffisamment saisi et explicité), c'est que l'antisémitisme "de gauche" cela veut tout dire et rien dire... parce que "de gauche" veut tout dire et rien dire ! C'est quand même un sacré coup de mou dans l'analyse politique que d'employer de telles catégories, aussi floues, sur un sujet aussi grave !

    C'est quoi une personne "de gauche" ? Un marxiste, un marxisant ? Dans ce cas un "marxiste" antisémite va à l'encontre de la sentence définitive d'August Bebel : "socialisme des imbéciles" ; ainsi qu'à l'encontre de milliers de héros et de martyrs de la cause du communisme... qui étaient tout simplement juifs, sans oublier les millions de victimes d'un des pires crimes contre l'humanité de tous les temps. Il s'auto-exclut donc automatiquement de ce champ politique. Un anarchiste, un "anarchisant" ? Il va alors à l'encontre des combats de Mirbeau et d'autres encore au moment de l'affaire Dreyfus, ainsi que de milliers de héros et de martyrs anarchistes qui étaient également juifs. Il s'auto-exclut donc pareillement. Si "de gauche" signifie un corpus clair de valeurs progressistes, l'antisémitisme n'en fait pas partie quand bien même il aurait une dimension "anticapitaliste" (ce n'est pas que l'antisémitisme est différent du racisme : c'est que tous les racismes sont différents les uns des autres et ont leurs caractéristiques, et l'une caractéristique de l'antisémitisme est celle-là). Une personne l'utilisant dans son raisonnement ne peut donc pas être "de gauche", quand bien même elle l'aurait été précédemment.

    L'antisémitisme de gauche "ça existe" "parce que Proudhon" ? Proudhon défendait la petite entreprise individuelle "librement fédérée" sans État qui vient casser les pieds, ce qu'aujourd'hui aux États-Unis on appellerait un libertarien ; assaisonné d'une dose de nostalgie des corporations de métiers abolies par Le Chapelier en 1791. Cela fait tout de même un moment que le caractère "de gauche" d'une telle vision est sérieusement questionné... y compris dans les milieux anarchistes eux-mêmes. Idem pour le "socialisme" fouriériste d'un Toussenel, avec son célèbre "Les Juifs rois de l'époque".

    Si par contre "de gauche" signifie se proclamer tel (ou "anticapitaliste" ou quoi que ce soit dans le genre), "je me proclame donc je suis" tel Étienne Chouard... ou Manuel Valls ; à ce moment là oui : il y a "à gauche" des racistes en mode plus ou moins paternalistes, des impérialistes et des colonialistes, des patriarcaux, des homophobes, des "trousseurs de domestiques" (DSK), des moqueurs de "sans-dents" (un certain François H.), des pro-nucléaire, des pro-corrida... alors pourquoi pas des antisémites ? N'importe qui de nos jours peut (hélas) se proclamer "de gauche" sans en partager les plus basiques valeurs, qui sont celles du mouvement socialiste/communiste du prolétariat et de ses presque 170 ans d'histoire consciente et pour soi, de luttes et d'héroïsme (avant ces 170 années, "la gauche" avait également une autre signification politique et être antisémite "de gauche" - au même titre que raciste ou violemment misogyne, sans même parler d'homophobe - n'avait effectivement rien d'invraisemblable).

     


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  • Pour l'inénarrable Mélenchon, qui avait déjà traité en 2012 les émeutiers d'Amiens de "crétins" et de "larbins du capitalisme", les militants les plus combattifs du Testet sont des "clochards avinés" très certainement "infiltrés par l'extrême-droite" (il faut dire à sa "décharge" qu'il a reçu là-bas - la veille du drame - un accueil quelque peu mouvementé, dans la lignée de celui fait à Mitterrand au Larzac en 1974...) :

    MélenchonTestet

    Bref : le bon vieux et grand classique révisio-réformard de "faire la distinction" entre les "bons" manifestants - légalistes - et les "mauvais", les "extrémistes" et les "casseurs" qui "nuisent à l'image" et sont d'ailleurs "à tous les coups" des "flics" ou des "fachos" déguisés... Mélenchon a peut-être un certain nombre de qualités, mais certainement pas celle de l'imagination ! (en revanche on peut peut-être lui accorder celle de la célérité : devant le tollé d'indignation soulevé par ses propos, la publication a très vite été supprimée... mais malheureusement pas assez vite pour empêcher une capture d'écran he).

    Pour Xavier Beulin de la FNSEA, représentant de la bourgeoisie rurale agro-productiviste (jeter un œil ici au CV du personnage) qui soutient à fond le projet, on a affaire à des "djihadistes verts" :

    La FNSEA dénonce les "djihadistes verts" du barrage de Sivens

    On voit bien là comment, dans la tête du Capital bleu-blanc-rouge, tous les "ennemis intérieurs" se connectent et se confondent. Le zigue a par ailleurs prétendu que le projet n'était pas du tout au service de l'agriculture industrielle et productiviste mais d'une "centaine d'agriculteurs (qui) veulent garder des fermes petites et moyennes pour y faire des productions à valeur ajoutée. (...) pour cela, ils ont besoin d'eau et donc d'un soutien pendant la période d'étiage avec de l'eau qui peut servir à l'agriculture mais aussi à d'autres usages". Une affirmation que viennent pourtant démentir de nombreux témoignages de petits agriculteurs locaux.

    eric-brunet-vraiment-reac-L-0F23SI.pngLa FNSEA est historiquement liée à l'aile droite de la République bourgeoise et, globalement, les réactions dans cette famille politique (élus et autres dirigeants, "éditocrates" et "plateaucrates" télévisuels) sont du même acabit, qu'il s'agisse des députés UMP Christian Jacob et Éric Ciotti au Palais Bourbon, de Jean-Sébastien Ferjou (du site Atlantico, plutôt "ultra-libéral") sur i>Télé ou d'Éric Brunet (qui fait rarement mystère de ses opinions) sur BFM TV : "c'est un drame horrible" certes, mais "il faut voir la violence des ZADistes, ces radicaux, ces fanatiques" etc. etc. (on attend encore les propos de Zemmour, qui s'exprimera certainement dans "Ça se dispute" demain soir).

    Le gouvernement PS est globalement sur la même ligne de défense, face notamment à ses anciens alliés Verts (qui s'approprient Rémi sans vraiment savoir s'il était militant ou sympathisant de leur parti mais bon). Lorsqu'en 1970 à Milan le militant Saverio Saltarelli avait été tué dans des circonstances très similaires (tir de grenade), "Restivo (Ministre de l'Intérieur démocrate-chrétien) et Berlinguer (premier secrétaire du Parti "communiste") s'étaient enflammés, disant que les 'extrémistes' seraient poursuivis" comme le chantait Pino Masi. N'a-t-on pas incroyablement l'impression d'observer le même tableau, aujourd'hui en "France", avec la mort de Rémi Fraisse ?

    Et pour rester dans la "même famille politique" (dit avec ironie mais à peine...), en tout cas dans la même IDÉOLOGIE FRANÇAISE, les pseudo-"maoïstes" des "matérialistes.com" ont d'abord publié un article paraissant plutôt de soutien et disant des choses assez juste sur la logique capitaliste (agro-productiviste) qui sous-tend le barrage et l’État policier à son service, tout en évitant soigneusement d'aller sur nos thèses (que toute cette affaire ne fait que confirmer)... Mais ils sont ensuite passés - dans leur éditorial du 28 octobre - sur une explication absconse, incompréhensible d'où ils veulent en venir ("La mort de Rémi Fraisse a ainsi été « administrative » : la gendarmerie n'a fait qu'agir en militaire et il n'y a par conséquent aucun esprit de remise en cause. On est dans une logique d'administration par en haut, par ailleurs acceptée de manière populaire"...) avant de comparer carrément les démarches de type ZAD (Notre-Dame-des-Landes, Tarnac etc.) à... l'école pétainiste d'Uriage (école censée former les cadres économiques de la "Révolution nationale" et qui en réalité, passée à la "France libre" en 1942 et - du coup - fermée par la Milice de Darnand début 1943, fournira surtout son "excellence" à la République bourgeoise des Trente Glorieuses...). 

    coup-de-latte1.jpgVoili voilou... Nous pensons, sans nul besoin d'exhaustivité, avoir fait le tour. Car toutes ces réactions à la tragédie, comme l'expliquait très justement le 'p''c''mlm' dans son (court) moment de lucidité du 28 octobre, ne sont que le reflet d'une seule et même chose : une idéologie "républicaine" francouille au service d'un Capital (grand ou même plus petit, comme c'est le cas à Sivens) dont la logique même repose sur l'appropriation des territoires (avec leurs ressources) et des populations pour les transformer en forces productives et en force de travail créatrice de plus-value... Et qui ne peut tolérer aucune contestation de cela - le refus d'"entendre" la contestation amenant la radicalisation d'éléments, qui amène elle-même plus de répression et plus de radicalisation etc. etc. ; non pas parce que le Capital et ses "pouvoirs publics" "pourraient dialoguer" mais "refusent" (comme des "gosses capricieux") de le faire, mais parce qu'il est dans leur nature même, parce qu'il est EXISTENTIEL pour eux de "ne pas reculer" sur ce type de dossiers. Quelles que soient les limites de leurs conceptions politiques, les mouvements ZADistes (qui affirment en substance l'environnement comme bien commun à préserver et non comme pure marchandise ou matière première) font partie, comme les mouvements squatteurs qui rejettent la logique propriétariste-rentabiliste dans le domaine du logement, les "indigènes"/colonisé-e-s intérieur-e-s qui posent la question de la colonisation d'hier, du néocolonialisme d'aujourd'hui ("secret de l'impuissance" du prolétariat hexagonal) et de leurs traductions dans l'ordre social "métropolitain", les Peuples niés qui posent la question des conditions mêmes de la construction de l’État/appareil du Capital et bien sûr le mouvement ouvrier organisé combattif et les communistes révolutionnaires, de ces forces dont l'émergence même dans le "débat public" n'est pas tolérable pour le système capitaliste "français".  

    conrad1Y compris, dans ce même système qui est leur râtelier, pour des petits bourgeois soi-disant "maoïstes" : certes la "biosphère" est leur marotte, mais le système "France" est aussi (pour eux) un "fabuleux héritage de culture et de civilisation" (leur manière de dire "râtelier") et entre les deux leur cœur balance. Alors certes il "faut rejeter" les projets écocides comme ce barrage, il "faut" refuser le racisme (sans toutefois le comprendre comme un résultat systémique de la construction même du monde capitaliste dans lequel nous vivons : pour eux il s'agit d'une simple "division du peuple" et il existe un "racisme anti-blancs"), il "faut" résoudre la crise du logement et la "contradiction villes-campagnes", il "faut" combattre le fascisme (enfin surtout celui qui est principalement antisémite, celui qui est principalement islamophobe moins) et l’État policier de la bourgeoisie (quoique...) ; MAIS tout ce qui lutte concrètement en ce sens aujourd'hui doit être de la merde, pure "décomposition petite-bourgeoise" voire carrément... proto-fascisme, histoire (donc) de rejeter en pratique toute lutte antagonique contre le râtelier "France" en question.

    Il leur faut aussi - encore et toujours - ménager et dépeindre comme "non-fasciste" l’État bourgeois "républicain", vu comme un "allié potentiel contre le fascisme" (manière de dire : "État bourgeois, siteuplé, j'ai Bac+10, intègre moââââ...."). Nous avons souvent et "lourdement" insisté sur le fait que le passage de la "démocratie" bourgeoise au fascisme provenait DU CŒUR MÊME de l’État et de la classe qu'il représente et sert, la grande bourgeoisie (par exemple - et pas du tout exhaustivement - ici, ici au point 4 ou encore ici). C'était peut-être une vision un peu unilatérale ; mais on peut dans tous les cas très certainement dire que le passage au fascisme consiste en une PRISE EN ÉTAU de la société entre (d'un côté) la "droite révolutionnaire", la prolifération des groupes d'extrême-droite ou "nationaux-socialistes" et de leurs violences avec éventuellement (comme c'est le cas aujourd'hui en Hexagone) la montée inexorable d'un grand parti de masse (le FN), et de l'autre (comme cela s'est toujours vérifié dans l'histoire) l'accumulation autoritariste, liberticide et répressive au sommet de l’État. Une accumulation que l'assassinat policier de Rémi Fraisse vient encore une fois illustrer en démontrant au passage son caractère indépendant des "couleurs" politiques bourgeoises, puisque c'est sous un gouvernement P's' (que le "peuple progressiste" avait chargé en 2012 de le "libérer du sarkozysme") qu'un militant écologiste vient d'être tué en manifestation pour la première fois depuis 37 ans, après les ladamiseletasviolences sans précédent contre les opposants à l'aéroport du "Grand Ouest" à Nantes, l'interdiction de manifestations pro-palestiniennes ou contre le néocolonialisme français... toujours autorisées auparavant (y compris sous Sarkozy), etc. etc. : nous avons bel et bien là, en réalité, une tendance inexorable face à des contradictions sociales de plus en plus explosives qu'il s'agit - par conséquent - d'écraser en ce marteau répressif et l'enclume du fascisme militant (y compris lorsque celui-ci feint de "prendre parti pour la contestation" - enfin, dans certaines limites tout de même).

    Pour nous, les choses sont claires : la quête d'"harmonie" entre l'activité productive humaine et l'environnement naturel, impossible tant que l'"aménagement du territoire" sera entièrement et uniquement sous-tendu par la recherche du profit capitaliste, ne pourra trouver son aboutissement que sur une planète où territoires et populations se seront "retrouvés" et ne seront plus (les uns et les autres) de simples instruments productifs de plus-value, enfermés dans les États-enclos construits par les dominants à cet effet. Ils pourront alors (re)trouver leur "équilibre", comme celui qui existait avant l'étape capitaliste de l'histoire humaine mais À UN NIVEAU SUPÉRIEUR (avec le "progrès" que le capitalisme aura apporté à l'humanité).  

    Telle est, en dernière analyse, la définition même de l'objectif stratégique que nous poursuivons : une Occitanie révolutionnaire, libre et socialiste-puis-communiste qui (non messieurs !) ne sera pas "un État de plus" fondé sur un soi-disant "nationalisme ethno-régional" (comme feignent de le comprendre nos détracteurs "gauchistes"), mais une organisation politique et sociale de type radicalement nouveau, CONFÉDÉRATIVE et SUBSIDIARISTE, fondée sur le POUVOIR DU PEUPLE (vivre, travailler et décider "au pays" ou "au quartier", là où l'on a son existence sociale). Un Peuple qui, libéré de la logique capitaliste, aura retrouvé un rapport direct avec la nature ; ce qui ne signifiera peut-être pas que "tout sera résolu" (la contradiction homo sapiens/"reste du vivant" mettra peut-être encore quelques générations à être solutionnée), mais sera assurément - déjà - beaucoup mieux !


    communisme


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    La tragédie que l'on pouvait hélas redouter vient de se produire, dans l'orgie de répression qui s'abat sur la ZAD du Testet depuis des semaines.

    Un opposant au barrage vient d'être tué par un tir tendu de grenade de désencerclement. L'article ci-dessous est édifiant. C'est la première fois qu'un(e) militant(e) écologiste perd la vie sur ce type de mobilisation depuis Creys-Malville en 1977.

    EXCLUSIF - Testet : Rémi Fraisse a été touché par une grenade ou un flash-ball

    http://www.reporterre.net/<wbr>spip.php?article6496

    Isabelle Rimbert (Reporterre)

    lundi 27 octobre 2014

    Reporterre a recueilli les témoignages de personnes ayant participé aux événements de la nuit de samedi à dimanche sur la zone du Testet. Ils attestent que les gendarmes ont emporté le corps de Rémi Fraisse, qui est décédé cette nuit-là. Un témoin dit qu’il avait été touché par une grenade ou un flash-ball.


    - Lisle-sur-Tarn, reportage

    Dimanche 26 octobre, avant l’aube, dans la nuit, les affrontements se déroulaient sur le Testet, près du chantier où, après avoir terrassé la forêt défrichée, des engins devaient préparer la digue du barrage de Sivens. Parmi les groupes qui se confrontaient aux gardes mobiles, il y avait Rémi Fraisse, un étudiant toulousain de vingt-un ans. Il est décédé cette nuit-là, et son corps a été emporté par la police. L’autopsie aura lieu lundi après-midi.

    Les affrontements ont commencé dans l’après-midi de samedi, vers 16 heures, au lieu-dit Les Bouilles. De nombreux camions de CRS et de gardes mobiles sont arrivés en renfort sur la zone. Les affrontements ont fait une dizaine de blessés, dont cinq ont été évacués vers l’hôpital. Parmi eux, une personne a reçu un tir de flash-ball dans la figure. Le SAMU, appelé par l’équipe de secours d’urgence des opposants, a refusé de venir sur place.

    Après une accalmie vers 21 heures, les affrontements ont repris dans la nuit. Les gardes mobiles (GM) étaient positionnés au lieu-dit des Bouilles, derrière la grille.

    À midi, ce dimanche, sur le lieu des affrontements de la veille, il n’y avait aucune présence policière et aucune sécurisation de la zone où aurait eu lieu le décès.

    Témoignages recueillis dimanche matin. Les noms sont des pseudonymes. Voici leur récit. Une personne dit avoir vu M. Fraisse être touché par une grenade et tomber.

    - Baïk :

    « Entre 2 heures et 3 heures du matin, il y a eu des tirs tendus de grenades lacrymogènes incapacitantes et explosives [grenades dites de désencerclement, NDLR]. La scène était éclairée par les lumières des phares des camions de GM. À un moment, après un lancer massif de grenades, un groupe de GM s’est avancé sur la dalle de béton, a attrapé une personne à terre et l’a porté près de la route. Cette personne était à deux/trois mètres du grillage, elle a pu recevoir une grenade en tir tendu. On pensait que c’était une interpellation. Les affrontements ont continué jusqu’à au moins 4 heures du matin. »

    - C’est sur ce terrain, près de la digue projetée, que se sont produits les affrontements et qu’a eu lieu le drame. -

    - Ju :

    « À un moment, lors des affrontements nocturnes, il y a eu une grosse salve de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Six GM ont ramassé un mec qui était au sol et l’ont traîné puis porté jusque sur la route. Quand je suis rentré au campement [à la Métairie, à 1,5 km du lieu des affrontements, NDLR], il était 5 h moins le quart, il y avait encore des tirs de grenades. »

    - Impact au sol d’une grenade - assourdissante ou de désencerclement -, à quelques mètres du lieu où serait tombé Rémi. -

    - Christian :

    « J’étais sur le lieu des affrontements, devant, près des flics, sur la gauche, près de là où ça s’est passé. Entre deux et trois heures du matin, ils ont envoyé une grosse charge sur la gauche, gazé. Il y a eu un gros nuage opaque, puis dans les lumières des phares de fourgon, six ou sept gendarmes sont arrivés sur la dalle, ont attrapé quelqu’un au sol et l’ont porté à plusieurs. À la façon dont ils l’ont attrapé, le mec semblait inerte. J’ai crié : « Attention, ils embarquent quelqu’un. » On pensait qu’ils l’emmenaient en garde à vue. Environ vingt minutes plus tard, on a vu un gyrophare bleu. Ca semblait être des pompiers. C’était avant quatre heures du matin. »

    - Bonnie :

    « J’ai passé la soirée et la nuit sur le lieu des affrontements. Il y avait des tirs dans tous les sens. Vers 3 heures du matin, il y a eu une charge. Les GM se sont avancés sur dix mètres sur la route. Ils ont chargé à une vingtaine et tiré des lacrymos. C’était à droite, sur le lieu des affrontements. Sur la gauche, les flics se faisaient caillasser près du grillage sur la dalle en béton.

    « Il y a eu des tirs de grenades, puis j’ai vu un gars au sol se faire traîner en arrière, tenu de part et d’autre par des flics. Après çà, il y a eu un écran de fumée, ils se sont retranchés, et les tirs de grenade se sont calmés. Plus tard, on a vu des lumières bleues d’ambulance. Il y a eu un blackout : les lumières des phares des camions de GM ont été éteintes (il y avait deux camions dont les phares étaient allumés). Puis ils ont recanardé un max. Plus tard dans la nuit il y a encore eu une énorme charge avec une vingtaine de lacrymo tirées. Ca a fait un gros nuage de fumée. Quand la fumée s’est dissipée, tous les camions de GM étaient partis. Au cours de la nuit, il y a eu plusieurs blessés, environ une dizaine dont cinq ont été évacués. À partir de trois heures avant la fin des affrontements, il n’y avait plus de sommations avant les tirs de grenades. »

    - On voit le lieu où Rémi serait tombé, au deuxième plan. Le sang séché est cerclé de bleu. Au premier plan, à quelques mètres, l’impact au sol d’une grenade explosive. On observe dans le coin droit un bout de sangle de sac à dos. -

    - Camille :

    « Il était à trente mètres de moi sur ma gauche. Je l’ai vu se faire toucher alors qu’il y avait des explosions à côté. Ils ont envoyé des grenades explosives, des tirs de flash-balls. Après, cette personne s’est retrouvée à terre. Il y a eu une charge de flics, j’ai chargé aussi, mais je me suis retrouvé tout seul, du côté gauche. Mais tout le monde est arrivé trop tard, ils ont mis en joue ceux et celles qui arrivaient. J’ai vu ce gars à terre se faire trainer par les policiers et on n’a pas pu en savoir plus. »

    - On voit la direction dans lequel le corps sanglant de Rémi aurait été emporté par les gendarmes. -

    Source et photos : Isabelle Rimbert pour Reporterre.

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    Lire aussi :

    Un camarade tué au Testet – Appel à manifester contre la violence d’État – à Nantes et ailleurs

    Rassemblement ce lundi 18h devant la préfecture de Nantes –Rendez-vous dès 15H place du Bouffay pour préparer et informer

    Pendant la nuit de samedi à dimanche un manifestant, Rémi, a été tué au cours des affrontements qui se sont déroulés lors du rassemblement contre le barrage de sivens au Testet. Environ 7000 personnes ont convergé sur la ZAD du Testet après des mois d’attaques policières, de destruction de la zone humide et des habitats de ceux qui la défendaient. En fin d’après midi puis plus tard dans la nuit, des dizaines de personnes s’en sont pris aux forces de l’ordre qui protégeaient le chantier. Elles souhaitaient ainsi marquer leur colère et retarder la reprise des travaux, initialement prévue pour lundi. Elles ont été repoussées à coups de flashballs, de grenades assourdissantes, de désencerclement et de gaz lacrymogènes. D’après les témoignages des camarades du Testet, la personne décédée se serait écroulée suite à des tirs de grenade puis aurait été emmenée par les forces de l’ordre. La Préfecture affirme ne rien vouloir déclarer à ce sujet avant le résultat public de l’autopsie lundi. Le gouvernement a déjà commencé à stigmatiser les manifestants, et tente de diviser pour noyer le poisson. Mais ils savent bien que, quoi qu’ils fassent, cette mort aura des conséquences explosives.

    Ce décès révoltant n’est malheureusement pas suprenant dans ce contexte. A Notre Dame des Landes, au Testet et partout où nous nous opposons à leurs desseins, nous avons dû faire face au déploiement crû de la violence d’État. Si nous avons bien compris de notre coté que nous ne pouvions nous contenter de les regarder docilement détruire nos vies, eux ont démontré qu’ils ne nous feraient aucun cadeau. Pendant les mois d’expulsion de la ZAD de Notre Dame des Landes, de nombreux camarades ont été blessés gravement par des tirs de flasballs et grenades. Sur la seule manifestation du 22 février 2014 à Nantes, 3 personnes, visées à la tête par des flashballs ont perdu un œil. Depuis des semaines au Testet plusieurs personnes ont été blessées elles aussi et d’autres accidents tragiques ont été évités de justesse lorsque des opposants se sont faits délogés, notamment des cabanes qu’ils avaient construites dans les arbres. Pourtant c’est bien, entre autre, parce que des milliers de personnes se sont opposées physiquement aux travaux, aux expulsions, à l’occupation policière de leurs lieux de vie que le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est aujourd’hui moribond, et que le barrage du Testet et ceux qui devaient lui succéder sont largement remis en question. C’est cet engagement en acte qui a donné une puissance contagieuse à ces luttes et qui menace partout aujourd’hui l’aménagement marchand du territoire.

    Plus quotidiennement la répression s’exerce face à ceux qui luttent dans les prisons, dans les quartiers et dans les centres de rétention et entraîne là aussi son lot de morts trop souvent oubliées, plusieurs dizaines chaque année. Face aux soulèvements et insoumissions, la démocratie libérale montre qu’elle ne tient pas seulement par la domestication minutieuse des individus et des espaces de vie, ou par les dominations économiques et sociales, mais aussi par un usage déterminé de la terreur.

    Nous appelons à occuper les rues et lieux de pouvoir partout dès demain, pour marquer notre tristesse, saluer la mémoire du camarade tué ce samedi et pour exprimer notre colère face à la violence d’État. Nous ne les laisserons pas nous tuer avec leurs armes dites « non léthales ». Réagissons avec force pour qu’il y ait un avant et un après cette mort. Affirmons plus fort que jamais notre solidarité avec tous ceux qui luttent au Testet et ailleurs contre leurs projets guidés par les logiques de contrôle et de profit, mais aussi avec tous ceux qui tombent plus silencieusement sous les coups de la répression partout ailleurs. Nous ne nous laisserons ni diviser ni paralyser par la peur. Nous continuerons à vivre et lutter sur les espaces qu’ils rêvent d’anéantir, et à leur faire obstacle.

    Nous ne laisserons pas le silence retomber, nous n’oublierons pas !

    Des occupant-e-s de la ZAD de Notre Dame des Landes

    Une seconde manifestation se prépare pour samedi 14h

    Plus d’infos zad.nadir.orgnantes.indymedia.org

    PDF - 8.3 ko

    Et cette vidéo :

    Un mort sur la ZAD du Testet // Appel à rassemblement from stéphane trouille on Vimeo.

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  • http://www.europe1.fr/politique/pasqua-zemmour-ne-connait-rien-a-la-realite-2257751

    … et, entré dans la Résistance à l’âge de 15 ans, il défend quant à lui l’autre mythe, le grand mythe officiel de la République bourgeoise post-1944, celui de la vraie-France-la-France-libre défendant les "valeurs de la Républiiiique" dont le refus de l’antisémitisme contre un Vichy-nul-et-non-avenu seul (soit-disant) à porter un discours et des sentiments anti-juifs :

    "Si M. Zemmour pense que Pétain a protégé les Juifs de France [...], c'est qu'il ne connaît rien à la réalité des choses", s'est énervé Charles Pasqua dans l'émission de Patrick Roger et Sonia Mabrouk. Il prend le polémiste à partie : "Je lui fais une proposition. Qu'il vienne me voir, nous irons dans le Midi ensemble", a-t-il lancé sur Europe 1. "Nous monterons sur la route Napoléon", pour rejoindre "un petit village qui s'appelle Séranon, dans lequel on verra des maisons détruites par les SS" et dont les habitants ont été "assassinés parce qu'ils avaient protégé des enfants juifs".

    L'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua a rappelé avoir fait partie d'un club secret d'anciens résistants, "le club des 22", "composé à parité de gens de droite et de gauche". Il déclare que "si quelqu'un était venu tenir le genre de propos de Zemmour devant nous, je ne sais pas dans quel état il serait ressorti".

    C’est bien, c’est beau… Sauf que cela a été démenti depuis longtemps, notamment par l’historien Simon Epstein (israélien comme Sternhell, mais dont les thèses quant à la genèse du fascisme BBR sont selon nous beaucoup plus intéressantes) dans ses deux ouvrages phare Les Dreyfusards sous l’Occupation et Un paradoxe français - antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance.

    En réalité, en dehors des communistes (qui purent connaître un certain "flottement" à l’époque du Pacte germano-soviétique mais ne furent jamais vichystes ni antisémites) et encore, si l’on ne tient pas compte de la scission de Doriot, toutes les familles politiques d’avant-guerre étaient représentées dans l’un comme l’autre camp, à Vichy comme à Londres. AUCUN clivage d’avant 1940 n’est significatif pour délimiter collabos et résistants gaullistes, ni entre "gauche" et droite ni (surtout pas !) entre catholiques et laïcistes, ni entre dreyfusards et anti-dreyfusards ni entre antisémites et "philosémites". Le seul clivage était entre ceux qui pensaient que l’Allemagne allait gagner la guerre et que la France devait se faire sa place dans le nouvel ordre européen "à l’heure allemande", et ceux qui trouvaient insupportable une telle tutelle étrangère (surtout allemande !) sur le pays et qui pensaient que les Anglais tiendraient bon et, bientôt rejoints par les Américains, finiraient par gagneril fallait donc être de leur côté. Bien entendu, ces derniers étaient une infime minorité en 1940 tandis que les premiers le seront devenus quatre ans plus tard, dans la débâcle du "Reich du Mille Ans" ; s’étant opéré entre temps un gigantesque transvasement de chefs d’entreprise, hauts fonctionnaires, intellectuels, militaires de carrière etc. etc. entre l'un et l'autre camp.

    Et puis bien sûr il y avait le clivage entre le camp de la révolution prolétarienne anticapitaliste qui, à quelques défections près, n’a jamais envisagé l’avenir des travailleurs sous la botte nazie et le camp de la bourgeoisie qui comme nous le voyons s’est divisé en deux (l’infime minorité du début devenant l’écrasante majorité de la fin et inversement).

    Par la suite le jeune "Français libre" Pasqua s’inscrira à la droite de la droite du gaullisme, étant notamment (en 1968) l’un des plus chauds partisans d’arrêter et parquer les "gauchos" dans les stades – comme le feront réellement les juntes du Chili ou d’Argentine quelques années plus tard. Tout un programme... Deux fois "Premier flic" de sinistre mémoire, en 1986-88 (R.I.P Malik Oussekine) et 1993-95, il tentera vers la fin des années 1990 d’exister politiquement entre le chiraquisme (gaullisme social à la Chaban, la tête de veau en plus), le balladurisme (devenu sarkozysme) et le Front National avant d’être peu à peu poussé vers une retraite politique bien méritée et (surtout) ne venant pas trop tôt.

    Quant à De Gaulle lui-même, on lui prête (de source plutôt fiable) ce florilège de propos :

    Juin 1940 : De Gaulle n'est rejoint que par une troupe hétéroclite. "Encore un juif...", soupire-t-il quand on lui annonce Georges Boris, ancien secrétaire de Loewenstein et ex-directeur de la "Lumière", conseiller financier. (Cité par J.R. Tournoux Pétain et de Gaulle. Ed Plon 1964)

    "Je n'aime pas les youpins". (Cité par André Le Troquer, La parole à Le Troquer, Ed. la Table Ronde 1962)

    Au député UNR Dronne, ancien héros de la libération de Paris :
    "Voulez-vous être bougnoulisés ? Voyons, Dronne ! Donneriez-vous votre fille à marier à un bougnoule ?" (Cité dans Le petit de Gaulle illustré. Ed. Le Crapouillot, 1967, et par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

    À Léon Delbecque :
    "Et puis, Delbecque, vous nous voyez mélangés à des musulmans ?  Ce sont des gens différents de nous. Vous nous voyez mariant nos filles avec des Arabes ?" (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

    Au général Koenig :
    "Évidemment, lorsque la monarchie ou l'Empire réunissaient à la France l'Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, le Roussillon, la Savoie, le pays de Gex ou le Comté de Nice, on restait entre Blancs, entre Européens, entre chrétiens... Si vous allez dans un douar, vous rencontrerez tout juste un ancien sergent de tirailleurs, parlant mal le français". (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

    Au soir des accords d'Evian, en mars 1962 :
    "Alors, Joxe, vous avez bientôt fini avec vos bicots ?" (Cité dans Le petit de Gaulle illustré. Ed Le Crapouillot, 1967-68)

    "Tous ces bicots se chamaillent. Ils aiment les fusils, ils aiment s'en servir. Ils ont la manie de la  fantasia." (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

    "Les Arabes, ce n'est rien. Jamais on n'a vu des Arabes construire des routes, des barrages, des usines... Ce sont d'habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants." (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

    "Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas, vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très intelligents. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se séparent de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber 10 millions de musulmans qui demain seront 20 millions, et après-demain 40 ? Si nous faisons l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !" (Cité par A. Peyrefitte. C'était de Gaulle. Ed Gallimard, 2000 et B. Stora, Le transfert d'une mémoire, Ed. La découverte, 1999. Propos tenus le 5 mars 1959)

    "Vous savez, cela suffit comme cela avec vos nègres. Vous me gagnez à la main, alors on ne voit plus qu’eux : il y a des nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de nègres, ici. […] Et puis tout cela n’a aucune espèce d’intérêt ! Foutez-moi la paix avec vos nègres ; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez ? Plus une audience avant deux mois. Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur : on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt." (Entretiens avec Jacques Foccart, 8 novembre 1968. cité dans ses Mémoires, tome 2. Le Général en mai. Journal de l’Élysée. 1968-1969, éd. Fayard/Jeune Afrique)

    Charles-Pasqua-1280 


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  • eric zemmour iDifficile d'avoir échappé à la "grande" actualité de ces derniers jours : la polémique et le tollé médiatique déclenchés par les propos d'Éric Zemmour dans son dernier ouvrage, où il s'en prend aux thèses de l'historien états-unien Robert Paxton (l'un des premiers à avoir soulevé la question de la contribution active de l’État français à la Shoah) et affirme que "le régime de Vichy a sauvé les Juifs français".

    Voici une petite revue de presse non exhaustive (dans le champ politique progressiste) :
    http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/071014/vichy-non-zemmour-non-berstein-le-choix-nest-pas-entre-robert-paxton-et-robert-aron
    http://www.slate.fr/story/93245/zemmour-vichy-deportation-juifs-paxton-rue89
    http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/09/robert-paxton-largument-zemmour-vichy-est-vide-255385
    http://blogs.mediapart.fr/blog/albert-herszkowicz/131014/zemmour-rehabilite-petain-les-dessous-de-son-combat
    http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/06/comment-troll-eric-zemmour-attire-piege-255313
    http://blogs.mediapart.fr/blog/m-bentahar/101014/mensonges-sur-letoile-jaune-zemmour-rehabilite-vichy

    Rien de bien surprenant, dans cette dernière "sortie" en date du sinistre personnage, pour nous qui - antifascistes, révolutionnaires - observons dans nos vies quotidiennes les résultats concrets du discours ultra-réactionnaire dont il est l'un des porteurs (parmi BEAUCOUP d'autres). Rien de plus (ni de moins) que la "bonne vieille" rengaine droitarde réchauffée de "l'épée" (De Gaulle, la "France libre") et du "bouclier" (Pétain, Vichy, qui auraient "adouci" le sort des Français pendant que les premiers luttaient pour leur libération) ; un peu tombée en disgrâce ces 20 dernières années mais vieille comme la Libération et largement tolérée, aux côtés du culte "officiel" de la "France résistante vs Vichy-nul-et-non-avenu", dans des décennies d'après-guerre où pullulaient jusqu'aux plus hauts sommets de l’État (place Beauvau avec Raymond Marcellin, Matignon avec Maurice Couve de Murville puis carrément... Élysée avec Mitterrand) l'engeance très particulière des "vichysto-résistants" : ces partisans fervents ou (du moins) "consciencieux" de la "Révolution nationale" qui s'étaient ralliés au "Général Micro" de Londres à mesure que le vent de la guerre tournait en défaveur du Reich, et dont d'"excellents" exemples ont été (entre autres)... René Bousquet et Maurice Papon (globalement et sauf à avoir vraiment été milicien, combattu sous l'uniforme nazi et/ou commis des atrocités, s'être rallié à De Gaulle même le jour de la libération de sa ville ou de son département valait absolution).

    Ce qui est finalement (plus qu'autre chose) rigolo, c'est plutôt l'"indignation" de toute une intelligentsia bords-de-Seine - "canalplusienne" dirait l'intéressé... - qui fait mine de découvrir MAINTENANT ce qu'est réellement la pensée d’Éric  Zemmour, auquel ils ouvrent pourtant grands leurs plateaux radio et télé depuis des années (notamment sur i>Télé, filiale de... Canal Plus ce qui ne manque pas de sel, où il étrille hebdomadairement le ridicule représentant social-républicard de la démocratie bourgeoise Nicolas Domenach). Il faut croire (manifestement) que s'en prendre quasi-quotidiennement aux "délinquants-noirs-et-arabes", aux joueurs noirs de l'équipe de France ou aux Turcs de celle d'Allemagne ne choquait pas autant leurs bonnes consciences. 

    Concernant les faits historiques dont il est question, nous avions écrit ce qui suit à l'époque de la sortie du film "La Rafle" :

    La responsabilité de l’État français de Vichy, qui n'est plus niée depuis les années 1990, est bien sûr clairement montrée.

    Mais Vichy, conformément à l'Histoire officielle depuis 1945 (et en particulier de la Ve République), est montré comme un "accident" de l'Histoire de France, "à jamais nul et non avenu", une anomalie. Un régime d'occupation également, fantoche, totalement illégitime...

    Cela apparaît clairement dans les propos de Roselyne Bosch, l'épouse du producteur : "même si la France a collaboré, même si les policiers ont exécuté les ordres, les Français, dans leur ensemble, désapprouvaient la politique antisémite de Vichy. Sur les 24 000 juifs que les Allemands comptaient déporter en juillet 1942, il en a manqué 10 000. C'est bien que la population les a aidés."

    parcajeu.jpgOui, c'est une réalité : beaucoup des 300.000 Juifs/Juives présent-e-s en France à l'époque (les 3/4 environ) ont survécu parce qu'ils/elles ont été protégé-e-s par de simples français-e-s (ou résident-e-s de France), souvent des gens de classe populaire.

    Mais Vichy n'est pas un accident de l'Histoire, Vichy n'était pas "illégitime" : sur le Parlement bourgeois de 1936 (celui du Front populaire !), les pleins pouvoirs à Pétain (donc le régime de Vichy et la "Révolution nationale") ont été votés par 569 députés et sénateurs, contre 80 et 20 abstentions.

    D'un point de vue juridique, du point de vue du droit et des institutions bourgeoises, Vichy était parfaitement légitime. Le régime ne perdra sa légitimité que progressivement, en 1942-43, lorsqu'avec l'entrée en guerre des États-Unis et les revers de l'Allemagne en URSS, de plus en plus de hauts fonctionnaires, d'hommes politiques, de militaires et de capitalistes se rallieront à la "France libre"... parmi lesquels le premier artisan de la rafle (!), le chef de la police René Bousquet (qui prendra contact avec la Résistance fin 1943, sera arrêté et transféré en Allemagne en juin 1944 puis libéré par les Américains à la fin de la guerre et, de retour en France, emprisonné trois ans à Fresnes ; mais sera pratiquement "blanchi" lors de son procès en 1949).

    Et pour ce qui est des rafles elles-mêmes... les Allemands, comme leurs supplétifs flics, gendarmes et miliciens français n'auront souvent qu'à "pêcher dans un aquarium".

    Il ne s'agit pas seulement du premier (octobre 1940) et du deuxième (juin 1941) "statut des Juifs", ou du "fichier Tulard" regroupant les noms et adresses des personnes juives.

    Non, car Vichy, loin d'être un "accident de l'Histoire", s'inscrit pleinement dans l'idéologie dominante de son époque, pourrissement ultime d'une "idéologie française" en vigueur peut-être depuis Napoléon, l'idéologie nationale de la France bourgeoise.

    Bien avant le Statut des Juifs... Bien avant même les premiers bruits de guerre....

    C'est dès le 12 novembre 1938 que le législateur français (la même Assemblée qui votera les pleins pouvoirs à Pétain) promulgue des décrets sur la "situation et la police des étrangers". Ces décrets prévoient le placement sous surveillance étroite des "apatrides" et des "indésirables", et même... l'internement d'une grande partie d'entre eux dans des "centres spéciaux" !

    Or, ces "apatrides indésirables" sont bien souvent des réfugiés politiques antifascistes... ainsi que des Juifs (ainsi, en 1938, la Pologne a déchu les Juifs installés à l'étranger de leur nationalité, faisant d'eux des apatrides).

    C'est donc dès 1939 que se met en place le système concentrationnaire français. Les premiers, début 1939, sont les réfugiés espagnols "rouges" de la retirada, la retraite devant la victoire franquiste.

    Bientôt les camps fleurissent : en Catalogne-Nord (Argelès, St-Cyprien, Rivesaltes) pour les "Espagnols rouges", à Rieucros (Lozère), à Gurs (Béarn), aux Milles (près d'Aix-en-Provence). Femmes et enfants sont internés au même titre que les hommes.

    Puis, avec la déclaration de guerre (septembre 1939), ce sont les ressortissants "ennemis" qui sont internés.

    Mais en fait "d'agents du Reich", ces réfugiés d'Allemagne, d'Autriche, d'Italie ou de Hongrie... sont à 90% des réfugiés antifascistes dont, là encore, un grand nombre de Juifs !

    Avec la défaite de juin 1940, l'Occupation et la collaboration de l’État français avec ces nazis qu'il a refusé jusqu'au dernier moment de combattre (espérant encore début 1940 qu'ils se retourneraient contre l'URSS...), le sort de tous ces internés était scellé...

    On voit donc bien comment la Rafle du Vel d'Hiv' est un acte de barbarie extrême, mais d'une barbarie qui s'inscrit dans une logique... Qui n'est que l'aboutissement extrême d'une logique dans des circonstances particulières (l'occupation nazie, la "croisade européenne contre le judéo-bolchévisme") : une logique de chasse au "subversif" et au "métèque" (forcément "subversif") dont le Juif "cosmopolite" était forcément l'archétype le plus parfait... Il faut d'ailleurs souligner que quelques semaines plus tard, sous la conduite du chef de la police René Bousquet (radical-socialiste, homme de gauche pour l'époque !), étaient conduites d'autres rafles... mais en zone "libre" celles-ci (11.000 Juifs raflés en août 1942), c'est-à-dire en l'absence et sans la pression du moindre occupant allemand (fait unique en Europe) !

    scan0012.jpgCeci s'inscrivait, comme vous l'aurez bien compris, dans notre préoccupation de montrer que le fascisme n'est pas un "bug", une "anomalie" de l'Histoire mais qu'il s'inscrit au contraire dans la totale continuité des idéologies et des pratiques de l’État où il voit le jour - continuité française donc, dans laquelle s'inscrit tant Vichy hier que le FN et Zemmour aujourd'hui.

    Et pour ce qui est de l'étude des faits, ce qu'il en ressort est que factuellement Zemmour a raison. Les forces du régime de Vichy, qui allaient rappelons-le (au même titre que celles de la "France libre" à Londres) de l'extrême-droite cagoularde, maurrassienne ou larocquienne à... la "gauche" bourgeoise radicale et radicale-socialiste (René Bousquet, Maurice Papon) sans oublier les "néo-socialistes" de Marcel Déat, les doriotistes issus du PC et quelques trotskystes autour d'Henri Molinier ou Jean Rous, ont majoritairement fait pression pour que soit établi un distinguo entre les Juifs "français" (les "Juifs de 1791" à qui la révolution bourgeoise avait accordé l'égalité civile - principalement les communautés historiques d'Alsace, Lorraine, Provence et Gascogne), au nombre d'environ 80.000, et les Juifs étrangers immigrés principalement entre les deux guerres (1919-39) et de l'ordre de trois fois plus nombreux (250.000). Si les premiers, qui se recrutaient de fait dans toutes les classes sociales et dans tous les partis politiques (sauf peut-être l'extrême-extrême-droite), pouvaient voir reconnaître leur "patriotisme" ("démontré" notamment dans les tranchées de 14-18), les seconds quant à eux, généralement pauvres et proches des idées marxistes ou anarchistes ou au contraire très religieux et "communautaristes", ne trouvaient pas grâce aux yeux de grand monde - incarnations de cette "anti-France" que prétendait combattre la "Révolution nationale", "virus" humains de cette "décadence" qui avait (à travers le Front populaire) "conduit à la catastrophe" de 1940.

    Et ce distinguo s'est traduit de manière très concrète dans les chiffres : si PRÈS DU TIERS des Juifs "métèques" ont été arrêtés et déportés (et plus de 97% n'en sont jamais revenus)* ; aux côtés (d'ailleurs) des réfugiés politiques antifascistes de toute l'Europe, déjà entassés dans des camps par la République dès 1939 et allègrement livrés à la Gestapo (ils eurent cependant un taux de survie légèrement supérieur) ; cela n'a été le cas que de moins de 10% des Juifs catégorisés "français" (nés ou naturalisés français avant 1919). Ainsi, lorsqu'il dit que "Vichy a sauvé 95% des Juifs français", Zemmour dit vrai (il se "trompe" certes de quelques % mais pourra toujours taxer son contradicteur de "pinaillage") ; et c'est à vrai dire un classique du personnage de savoir très exactement ce qu'il dit...

    Reste à expliquer (ce qu'il ne fait bien entendu pas...) ce que cela enlève à l'ignominie de la chose. Pour tout esprit sensé, bien évidemment RIEN : un-e innocent-e, homme, femme ou enfant envoyé-e à la mort est un-e innocent-e envoyé-e à la mort. Mais pour le francouillasse que s'évertue à être ce fils de la très antique communauté juive amazigh ("berbère", tribus converties au judaïsme il y a près de 2000 ans), cela semble clairement faire une différence : Vichy a "protégé" "ses" nationaux... Ouf, le grand roman patriotique francouille est sauf ! Et le pire c'est que dans tout le tollé médiatique qui fait rage depuis des jours, "spécialistes" et autres "éditocrates" ergotent sur à peu près tout sauf cela : EN QUOI le fait d'avoir établi une "ligne de démarcation" entre Juifs français (nés en France avant telle date) et "métèques" atténuerait en quoi que ce soit la collaboration active de l’appareil d'État français dans la déportation des Juifs vers les camps d'extermination nazis... Voilà qui montre bien l'hégémonie acquise ces dernières années par les idées zemmouriennes, ou plutôt comment les idées de Zemmour s'inscrivent dans une pensée profondément française (de fait, la VRAIE idéologie dominante bleu-blanc-rouge !) qui, après avoir été quelque peu battue en brèche entre Mai 68 et la fin du siècle dernier, revient désormais en force... et égale à elle-même !

    affiche antisemite frUne autre chose dont (par exemple) Zemmour se garde bien de parler, outre les "Statuts des Juifs" 1 (octobre 1940) et 2 (juin 1941) déjà d'initiative très largement (pour ne pas dire 100%) française, c'est de ce fait unique dans l'Europe de l'époque : la France de Vichy est le seul pays européen à avoir arrêté des Juifs (transférés ensuite à Drancy puis déportés vers la Pologne...) sur une partie NON OCCUPÉE de son territoire, en l'absence du moindre soldat ou SS ou gestapiste allemand, en zone dite "libre" au mois d'août 1942 (cette zone ne sera occupée que trois mois plus tard)** :
    http://www.ugoprod.fr/documentaires/les-rafles-de-lete-1942-en-zone-libre
    http://www.cercleshoah.org/spip.php?article87
    http://jewishtraces.org/les-rafles-du-26-aout-1942-rafles-oubliees/

    Près de 7.000 personnes seront raflées en quelques jours, presque autant qu'en région parisienne un mois plus tôt... Pourtant ces évènements sont - encore aujourd'hui - très largement méconnus du grand public et c'est la Rafle du Vel' d'Hiv' que l'on commémore chaque année, car elle permet  (ayant eu lieu en zone occupée) de s'en tenir au "roman national" 2e édition tel qu'écrit par Jacques Chirac en 1995 : la "folie criminelle" (sic) de l'occupant a été SECONDÉE par des Français... mais JAMAIS, en AUCUN CAS la Fraaaaance (monsieur !) n'a pris elle-même l'initiative d'envoyer des personnes juives (pour le seul fait de l'être) à la mort dans les camps d'extermination et les chambres à gaz !!

    Personnage emblématique (s'il en est) de ce qu'était la "Révolution nationale" puisque (comme nous l'avons dit) d'engagement politique radical-socialiste donc de gauche, René Bousquet aurait tenu au moment de ces rafles à un responsable de la police suisse (qui s'inquiétait de l'afflux de réfugiés à sa frontière) ces propos terriblement représentatifs de l'idéologie française de la persécution raciale : "Ces personnes ne nous ont pas été reconnaissantes et c’est la raison pour laquelle nous devons en libérer notre pays, pour sortir de la crise que nous traversons". N'a-t-on pas l'impression de lire là des propos quotidiens au jour d'aujourd'hui, bien que tournés désormais (principalement) vers d'autres communautés que les Juifs ?

    Tout ceci relève tout simplement des spécificités du fascisme français qu'a été la "Révolution nationale". Il s'agit tout simplement de la combinaison, du compromis qui a été trouvé entre la volonté d'affirmation souveraine, le patriot(ard)isme d'un régime qui ne voulait pas apparaître comme "à la botte de l'étranger", et la volonté d'éradiquer le "virus de l'anti-France" couplée à l'hostilité aux Juifs qui structure profondément la pensée dominante de l’État "France", dont elle est indissociable de la formation historique comme nous l'avons bien expliqué ici : http://servirlepeuple.over-blog.com/article-il-y-a-800-ans-la-rouelle-premiere-etoile-jaune-123806591.html

    Un compromis, aussi, entre le courant idéologique ("dreyfusard") favorable à une certaine acceptation assimilatrice des Juifs (à condition qu'ils sachent se montrer "reconnaissants", aurait ajouté Bousquet...) et les tenants de la ligne anti-juive "dure" traditionnelle (cf. ci-dessus), celle d'un Touvier par exemple - nous avons déjà vu que le clivage dreyfusard/anti-dreyfusard de 1900 n'a JAMAIS été synonyme systématique, 40 ans plus tard, de clivage résistant/collabo.

    Tel est le genre de contradiction qu’Éric Zemmour (qui n'en est pas à une près...), petit Amazigh (son nom signifie "olivier" dans cette langue) de religion juive dont la famille a reçu de l'Occitan shuadit Crémieux (en 1870) une citoyenneté française qui lui sera retirée trois années durant (1940-43)... par Vichy, mais qui se veut maintenant plus français que la France, a dû apprendre à gérer... Et qu'il gère plutôt avec brio - mais non sans quelques "omissions" bienvenues de la part de son immense culture historique.

    Quant à nous, nous sommes fiers d'appartenir à ce que la "Révolution nationale" de Vichy appelait haut et fort l'ANTI-FRANCE - et que la République bourgeoise issue de la "France libre" continue à penser comme tel tout bas !


    la-rafle-du-Vel-dHiv1petain.jpg1287331298 194408 Resistantsjuifs

     

    * Les chiffres fournis par Serge Klarsfeld indiquent que 75.000 Juifs ont été déporté de France vers les camps nazis et que seulement 2.000 d'entre eux en sont revenus (97,4% de mortalité). 24.500 (soit près du tiers) étaient de nationalité française mais ceci incluait environ 8.000 enfants nés en France de parents étrangers et 8.000 naturalisés (Vichy déchoyait de leur nationalité les naturalisés après 1919). Ceci ne laisse donc "que" 8.500 Juifs "vraiment" français à avoir été déportés.

    ** Erratum : il y a eu aussi la Slovaquie "indépendante" national-catholique de Mgr Tiso. Mais la source citée (Ivan Kamenec) affirme donc à tort que ce fut "le seul État non occupé à déporter "ses" Juifs par ses propres moyens". Il y eut aussi la France de Vichy... autre chose qu'une petite république fantoche d'Europe centrale !

     


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    Islamophobie et "échappatoire" salafiste

     

    La proclamation du "califat" par l’État islamique en Irak et en Syrie est en train de donner naissance à un véritable "sionisme musulman" :

     

    famille jihad


    Pourquoi des Français sont attirés par le djihad
    Jeunes hommes radicalisés, femmes mais aussi familles, près d'un millier de Français ont rejoint les rangs de l'État islamique. Explications.

    Une famille entière s'enrôle pour le djihad en Syrie

     

    La famille disparue dans l'Isère a bien pris la direction de la Syrie

     

    Une fillette de 2 ans et demi emmenée par son père a pu être récupérée et remise à sa mère : Assia, la fillette sauvée du djihad en Syrie

     

    Des adolescentes fuguent même de leur famille pour s'y rendre : http://www.ladepeche.fr/article/2014/03/27/1849563-lezignan-corbieres-soeur-sarah-ete-enrolee-syrie-reseaux-sociaux.html

     

    http://www.bladi.net/nora-marocaine-15-ans-jihad-syrie.html

     

    djihad-famille.jpgComme l'expliquent bien ces articles de la presse bourgeoise, il ne s'agit pas vraiment pour ces gens de se battre (ceux qui étaient prêts à le faire y sont déjà) mais bel et bien de participer à la construction du nouvel État et de la "nation islamiquement pure" proclamée par Abu Bakr al-Baghdadi à Mossoul au mois de juin... Nous avons donc là une logique qui, bien qu'avec des différences évidentes (que ne manqueront pas de souligner les critiqueurs professionnels sans arguments), rappelle celle du sionisme dans la première moitié du siècle dernier ou encore les projets comparables de "retour en Afrique" pour les Noirs américains et antillais, dont le plus célèbre est celui de Marcus Garvey : une logique consistant, pour une minorité ciblée par une mobilisation réactionnaire de masse, non pas à lutter concrètement là où elle se trouve pour ses droits démocratiques et son autodétermination en tant que minorité nationale, mais à chercher le "salut" dans la fuite vers une "terre promise" fantasmée (le plus souvent au détriment des populations qui s'y trouvent déjà comme on a pu le voir en Palestine, au Libéria grande "terre promise" du Back to Africa et maintenant dans les territoires du Machrek arabe sous le contrôle de l'"État islamique").

     

    Sur le site Oumma.com, un intellectuel musulman ose ouvertement le parallèle : L’État islamique d’Iraq et Syrie et le projet sioniste

     

    Cette démarche va évidemment se coupler à celle, expansionniste, du Capital arabe/musulman qui la finance et l'arme et va (dès lors) se chercher des "justifications" dans les textes sacrés pour prendre une tournure réactionnaire ultra-violente et barbare, absente chez les quelques (rares et sympathiques) communautés rasta ayant pu s'installer en Afrique mais en revanche bien présente dans la colonisation et le "nettoyage" ethnique de la Palestine par les sionistes (bien que nous ayons Etat islamique Raqqalà un cas de barbarie "mentalisable" et donc finalement acceptable par les esprits occidentaux), l'idéologie puisant là aussi ses "justifications" dans l'Ancien Testament (bien que s'affichant - au début du moins - "laïque" et même "socialisante" devant des masses juives d'Europe séduites par les idées progressistes).

     

    Cette logique a été vigoureusement combattue, en ses lieux et temps, par les marxistes juifs (Bund et léninistes) pour le sionisme et par les grands dirigeants communistes afro-américains comme Harry Haywood et C.L.R. James, Robert F. Williams puis les Black Panthers pour le Back to Africa ; dans une compréhension correcte que c'est seulement l'absence de réponse révolutionnaire et rationnelle à l'oppression subie qui entraîne les masses vers les réponses réactionnaires, irrationnelles et mystiques (qui sont essentiellement l'intégrationnisme - négation de son identité d'opprimé pour tenter de nier l'oppression et d'obtenir quelques miettes de "reconnaissance" des oppresseurs, l'exemple de faillite le plus tragique étant sans doute celui des Juifs d'Allemagne et d'Autriche ; le repli "attentiste" et passif sur sa communauté ou la fuite vers l'"ailleurs" idéalisé - sionisme, garveyisme et maintenant émigration salafiste vers l'"État islamique").

     

    Les militant-e-s révolutionnaires des colonies intérieures catégorisées "musulmanes" doivent à présent prendre à bras le corps ce phénomène de recherche de réponses dans la religion et (désormais) d'émigration vers une soi-disante "Terre promise de l'Islam", afin d'apporter une RÉPONSE COMMUNISTE aux questions que se posent ces personnes (de plus en plus nombreuses) des classes populaires.

     

    trinquier.jpgDe l'autre côté et à la source de cette fuite en avant identitaire et réactionnaire (car il faut bien être clairs sur les liens de cause à effet), il y a la France de la vague bleue-et-bleue-marine du printemps dernier, la France de la haine raciste (en général) et anti-musulmane (en particulier) qui a motivé (selon leurs propres dires dans toutes les enquêtes) 99% des électeurs FN (un FN qui d'ailleurs, une fois n'est pas coutume, soutient l'intervention militaire occidentale contre l'"État islamique") et dont un "bon exemple" a été donné cet été par la petite ville de Wissous dans l’Essonne (tout près de l'aéroport d'Orly).

     

    Il est intéressant de souligner ici que le maire Richard Trinquier n'est pas "n'importe qui" : il est le fils du colonel Roger Trinquier, dont la théorie de la guerre contre-révolutionnaire moderne s'est exportée jusque dans l'Amérique du Sud des Pinochet en consorts... Autant dire qu'en matière de "lutte contre l'ennemi intérieur", il en connaît plutôt un rayon ! :

     

    Wissous, la ville où l'islam est pointé du doigt

     

    Déferlante de haine islamophobe et raciste à Wissous, le maire responsable

     

    valeurs actuelles Le battage autour de l'"islamisation" de notre bonne vieille "fille aînée de l’Église" apparaît encore une fois bel et bien (ainsi que nous le disons depuis des années) comme la grande mobilisation réactionnaire de masse de notre époque. Nous en avons déjà de nombreuses fois analysé les causes : le racisme, présent depuis qu'il existe une immigration extra-européenne significative en Hexagone, reflète la domination impérialiste européenne et française sur le "tiers-monde" et la PEUR devant la contestation croissante de cette domination par celui-ci, dont les "immigrés" sont perçus comme les "ambassadeurs" ; ce racisme s'est spécifiquement centré sur la religion musulmane depuis que ("révolution" iranienne, guerre civile algérienne et attentats de 1995 puis 11-Septembre 2001) les forces militant au nom de cette religion apparaissent comme les plus agressives ; on peut aussi évoquer dans les masses une crainte devant le "choc de modernité" (crainte d'un monde qui "change trop  vite") représenté par la "mondialisation", à laquelle l'immigration extra-européenne est associée ainsi que l'émergence d'acteurs internationaux non-européens dont (là encore) les pays musulmans sont perçus comme les plus inquiétants ; exactement comme la crainte devant le "choc de modernité" représenté par la "révolution" industrielle et la modernisation très rapide de la société entre 1800 et 1940 s'était projeté sur les Juifs, qui obtenaient au même moment l'égalité civile dans la plupart des pays d'Europe et connaissaient pour certains une vertigineuse ascension sociale - avant d'être perçus, aussi, comme l'"avant-garde" des "idées nouvelles" démocratiques, socialistes et communistes "menaçant" l'ordre social "millénaire"... Il n'est donc pas étonnant (même si c'est à combattre) que face à cela, comme face à l'antisémitisme principale mobilisation réactionnaire de masse lors de la première crise générale du capitalisme (années 1870-1940), une réaction populaire possible soit de dire "puisque nous sommes des 'merdes' ici, allons donc nous 'réaliser' loin d'ici sur une terre 'à nous', où nous serons entre gens comme nous, entre frères et sœurs, avec nos valeurs et pas celles des autres qui nous détestent" etc. etc. !

     

    extermination.jpg Parallèlement (et en illustration) à tout cela (à ce fond d'ambiance), on notera que des amendes d'un montant "exorbitant" de... 3.000 euros (même pas un mois voire un demi-mois de revenu pour ces personnes) ont été prononcées contre Christine Tasin (de "Résistance républicaine" et "Riposte laïque") pour avoir proclamé et revendiqué sa haine des musulmans ainsi que contre le maire CNIP de Cholet, Gilles Bourdouleix, pour avoir déclaré au sujet des Rroms que "Hitler aurait dû finir le travail" (!!). Voilà qui devrait suffire (si c'était nécessaire) à illustrer la MASCARADE qu'est la "lutte" bourgeoise "républicaine" contre les idées fascistes, sauf dans certaines circonstances très particulières comme une "bouseuse" FN des Ardennes qui s'en prend à une ministre guyanaise (et encore a-t-il fallu un tribunal guyanais pour cela...) ou un "comique" afro-descendant antisémite... et le RIDICULE de voir dans l’État "républicain" un allié potentiel contre le fascisme !

    L'antifascisme venu du cœur des classes populaires, lui, vient encore de donner un exemple lumineux à Calais face à quelques centaines de fascistes venus cracher leur haine des prolétaires migrants (qui s'entassent autour de cette ville dans les conditions inhumaines que l'on sait) : http://quartierslibres.wordpress.com/2014/09/10/rassemblement-de-sauvons-calais-racisme-autorise-solidarite-interdite/


      Revue de presse - mi-septembre 2014Revue de presse - mi-septembre 2014

    Revue de presse - mi-septembre 2014

     

     


    2 commentaires

  • 42447211. L'actualité du mois qui vient de s'écouler a été marquée, bien sûr, par le lancement de l'offensive occidentale contre l'"État islamique" en Irak, dont le leader Abu Bakr al-Baghdadi s'est entre temps proclamé "calife" sous le nom d'"Ibrahim" (le poignet orné d'une rutilante Rolex...).

    Nous avions vu comment ce groupe (né en 2006 autour de la branche irakienne d'Al-Qaïda avant de prendre ses distances avec la direction de Ben Laden et Zawahiri et de se fondre dans un djihadisme irakien plus large) avait pris le contrôle au mois de juin de pratiquement toute la partie arabe sunnite du pays, dont sa deuxième ville Mossoul, en se plaçant à l'"avant-garde" d'une insurrection commencée dès la fin 2013 dans la province d'Anbar et ne se limitant pas du tout à lui, mais au contraire profondément appuyée par les tribus locales et même d'anciens partisans baasistes de Saddam Hussein (très souvent devenus "islamistes") ou en tout cas des nostalgiques de la primauté arabe sunnite qui prévalait à l'époque, face à la politique sectaire pro-chiite du Premier ministre Al-Maliki. Ces régions arabes sunnites irakiennes se sont ajoutées, donc, à celles contrôlées depuis 2012 dans l'Est syrien ("ethniquement" et culturellement proche) pour former le "califat" d’Al-Baghdadi.

    Les frappes aériennes US sur les positions de l'"État islamique" (Daesh selon son acronyme arabe) ont donc débuté le 8 août : http://www.francetvinfo.fr/irak-premier-jour-de-frappes-americaines-contre-l-etat-islamique_666137.html et se poursuivent à ce jour : http:// www.lepoint.fr/irak-nouvelles-frappes-americaines-contre-les-jihadistes-apres-l-execution-du-journaliste-21-08-2014-1855614-24.php. Il faut ici, en passant, tordre le cou encore une fois aux délires complotistes comme quoi les impérialistes américains (et, généralement, "les sionistes") auraient "créé" l’"État islamique" pour se donner un "prétexte pour intervenir" en Irak ; délires qui versent parfois dans l'antisémitisme pur et simple (Baghdadi serait un "agent du Mossad du nom de Simon Elliot" etc. etc.). Quel intérêt les États-Unis et Israël auraient-ils à cela ? [La réalité est que ce type d'affirmation émane généralement de l'Iran et de forces pro-iraniennes comme le gouvernement de Bagdad ou les milices chiites irakiennes ou encore le Hezbollah (plus rarement de forces sunnites concurrentes de l'EI), remontant éventuellement jusqu'au "parrain" russe et ici à la "soralo-meyssanosphère" : il s'agit tout simplement de propagande de guerre dans une région du monde où "sioniser" l'ennemi est l'équivalent, pour mobiliser son "opinion publique" (différence de "centralité du Mal" oblige...), de le "nazifier" ici ! En 2015 encore, c'est un (soi-disant) "général israélien" qui sera (soi-disant) "capturé à la tête d'une unité de Daesh" par l'armée irakienne...]

    "Le capitalisme", comme le proclamait Jaurès il y a un siècle (peu avant de mourir assassiné), "porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage", conséquence de sa crise par surproduction absolue de capital et notamment de forces productives que l'on va alors chercher à s'approprier et/ou détruire chez le concurrent ; mais 1-4681-4a828il ne cherche pas délibérément la guerre car son intérêt pour la valorisation du capital (des "investissements"), pour l'extraction de la plus-value, reste ce que la "communauté internationale" appelle la sacro-sainte "stabilité". C'est là l'illustration parfaite de la nature schizophrène du capitalisme : on veut des pays "stables" comme terrains d'investissement pour ses capitaux, mais des terrains d'investissement pour soi, au détriment de ses concurrents... ce qui finit tôt ou tard par signifier la guerre, porteuse d'"instabilité".

    Le Proche et Moyen-Orient regorge de forces productives dont l'une des principales de notre époque : les hydrocarbures (pétrole et gaz). D'où le fait que toutes les puissances impérialistes de la planète (USA, pays d'Europe de l'Ouest, Russie, Chine etc.) tentent de s'en assurer le contrôle de la plus grande partie possible - Israël jouant le rôle de "poste avancé" principalement pour l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest. Mais ces ressources, exploitées depuis maintenant un siècle, ont aussi fini par enrichir considérablement certaines classes dominantes locales et certains États ont commencé à adopter une attitude expansionniste de "puissance régionale", jouant leur propre partition : c'est le cas de l'Iran (plutôt lié à la Russie et à la Chine) qui soutient le régime syrien d'Assad et le Hezbollah libanais, mais aussi de l'Arabie saoudite (qui a plus ou moins satellisées les autres monarchies du Golfe, sauf le Qatar), du Qatar géographiquement minuscule mais richissime (qui appuie les forces liées aux Frères musulmans) ou encore de la Turquie avec le régime AKP d'Erdoğan (lui-même relativement d'esprit "Frère musulman"). Ceci a entraîné une très importante ligne de fracture entre musulmans chiites et sunnites mais aussi, au sein des sunnites, entre les forces liées au Qatar et celles liées à l'Arabie - les deux États étant férocement rivaux, ainsi l'Arabie a-t-elle clairement soutenu le coup d’État militaire en Égypte contre les Frères musulmans soutenus par son petit voisin. D'autre part, un certain nombre de grandes fortunes arabes avancent leurs pions et financent des forces sans passer par leurs États respectifs (dont elles sont parfois farouchement opposées aux clans dominants) : elles n'ont plus envie d'attendre, isis-caliphatemapde respecter les délais de la diplomatie propres aux manœuvres étatiques, et cherchent à se tailler directement (à la pointe du fusil) des territoires qui seront des cadres immédiats d'investissement et de valorisation pour leur capital. Ce sont typiquement ces mécènes privés qui financent les djihadistes proprement dits (ceux-ci vivant aussi directement "sur la bête", de ce dont ils s'emparent par les armes), comme l'"État islamique"... ou la vieille Al-Qaïda - entre lesquels règne désormais une profonde rivalité encore renforcée par la proclamation du califat, qui oblige logiquement tous les islamistes radicaux à se positionner pour ou contre [à ce jour la proclamation a été rejetée par les djihadistes syriens du Front al-Nosra (branche locale d'Al-Qaïda) ainsi que par AQMI et bien sûr par les prédicateurs "officiels" de l'Arabie saoudite et du Qatar/Frères musulmans (Al-Qaradâwî), tandis que les Nigérians de Boko Haram tentent d'apporter leur soutien aux deux à la fois]. Le colossal budget de l'EI, de l'ordre de 800 millions de dollars avant la prise de Mossoul et encore accru depuis (peut-être jusqu'à plus de 2 milliards) par les prises de guerre, les "impôts" qu'il commence à prélever et même le "commerce extérieur" illégal qu'il développe (y compris de pétrole), en fait cependant le groupe "terroriste" actuellement le plus riche au monde loin devant le Hezbollah, le Hamas ou les FARC ; ce qui montre une intense pression capitalistique dans le sens de la démarche qui est la sienne (capitaux arabes et même sans doute souvent autochtone, sunnites irakiens : ainsi Saddam Hussein a-t-il été exécuté en décembre 2006, mais on n'a jamais retrouvé qu'une infime partie de son immense fortune estimée à plusieurs milliards de dollars, sans doute en grande partie récupérée par les réseaux de résistance ex-baasistes... dont beaucoup ont ensuite fusionné avec le Daesh).

    Tout cela relève donc non pas d'un quelconque "plan" élaboré dans on-ne-sait-quelle officine occulte, mais plutôt d'un sac de nœuds d'intérêts mouvants et rivaux qui ne peuvent évidemment, par leur nature de classe à la fois capitaliste, féodale et cléricale, conduire qu'au sectarisme le plus réactionnaire et criminel ; et au milieu desquels les grandes puissances impérialistes tentent de tirer leur épingle du jeu.

    395Il est ainsi évident que la division du Machrek arabe entre chiites et sunnites sert, objectivement, l'impérialisme en empêchant l'unité la plus large pour le combattre - tout en générant, on l'a dit, des situations de conflit et donc d'"instabilité" qui ne favorisent pas les investissements. Les États-Unis peuvent effectivement (et ont pu depuis l'époque d'"Al-Qaïda en Mésopotamie"), tout en le combattant, voir l'intérêt objectif d'un djihadisme sunnite ultra-sectaire qui fait puissamment obstacle à l'unité résistante anti-impérialiste de l'Irak (qui s'était dessinée, rappelons-le, en 2004 avec l'insurrection conjointe du "triangle sunnite" et du Sud chiite). Les Israéliens et leurs soutiens impérialistes peuvent voir tout aussi objectivement l'intérêt d'un groupe qui fait, finalement, de l'Iran et des chiites sa cible principale et "fixe" de très nombreux et fanatiques combattants à une distance "respectable" de Tel Aviv - tout en se préparant, quand même, à faire face à la menace si elle venait à leurs portes. La conjonction d'intérêt a pu aussi se faire jour lorsque l'"État islamique" combattait le régime syrien, quoique dans ce cas précis il ait surtout gêné l'opposition modérée, beaucoup plus à même d'obtenir un changement de régime favorable à l'Occident et au sionisme et qui a d'ailleurs commencé elle aussi à le combattre (et à vrai dire, dans les chancelleries occidentales, on n'est sans doute plus si sûrs de vouloir la chute d'Assad...). Le gouvernement irakien d'Al-Maliki (en place depuis 2006) avait tendance à être beaucoup trop proche de l'Iran, et ce gigantesque soulèvement sunnite contre lui est déjà l'occasion pour l'impérialisme US et ses alliés (Maliki ayant été "démissionné") de faire pression pour la mise en place d'une politique plus "raisonnable" et "inclusive"... sous-entendu plus pro-occidentale. Mais il est évident qu'en dehors de ses financeurs privés directs, AUCUNE puissance impérialiste dans le monde ni aucune puissance expansionniste régionale ne souhaite que s'installe viablement le "califat" djihadiste revendiqué par Baghdadi sur tout le Machrek ! Dans tous les cas, il faut comprendre qu'aucune des forces en présence n'est révolutionnaire et donc combattue en ce sens-là : l'impérialisme réagit au coup par coup en fonction de la menace qu'il perçoit comme principale. Pendant très longtemps (à partir de 1979) ce fut l'Iran, encore dans les années 2000 avec son "axe" composé de la Syrie, du Hezbollah, du Hamas et de la plupart des forces de la résistance palestinienne, qui bénéficiait de la sympathie des Frères musulmans bien que la section syrienne (interdite sous peine de mort par le régime) pose problème, etc. ; même si l'Irak de Saddam Hussein (soutenu dans un premier temps contre lui) dérangeait lui aussi ; mais l'apparition sanglante d'Al-Qaïda (dans les années 1990) et le développement incontrôlable du djihad sunnite par la suite le ferait presque passer maintenant pour un facteur de "stabilité"...

    L-Etat-islamique-est-desormais-bien-implante-en-Irak-et-en-Le "gendarme" US est donc passé à l'action pour signifier aux djihadistes la fin de la partie. La seule chose qui semble avoir été écartée est l'idée d'une coopération directe et ouverte avec l'Iran, pourtant envisagée au début et défendue jusque par John McCain (le rival républicain d'Obama en 2008), qui a invoqué l'exemple de la Seconde Guerre mondiale et de "l'alliance avec Staline contre Hitler parce qu'il était moins pire" (voilà qui devrait faire taire tous les délires complotistes sur l'EI "prétexte" et "création" des Américains) : cela risquait sans doute de trop le renforcer, alors que les déboires de Maliki sont plutôt une occasion (non voulue mais bonne à saisir) de l'affaiblir.

    C'est donc aux forces peshmergas du Kurdistan autonome (de facto depuis 1992 et totalement depuis 2003) qu'est destiné l'essentiel de l'aide internationale. Celui-ci est, d'ailleurs, particulièrement un "modèle" de cette "stabilité" tant chérie par la "communauté internationale", au point que même la bourgeoisie turque (qu'on imagine hostile à la revendication nationale kurde) y investit massivement. Ses progrès militaires restent cependant modestes et l'on semble s'acheminer, pour le grand malheur des masses populaires locales, vers une guerre longue ; tandis que toutes les minorités religieuses (menacées de mort par les djihadistes) prennent le chemin de l'exode.

    En réalité, ce à quoi nous sommes en train d'assister est tout simplement la fin du "Moyen-Orient Sykes-Picot" [lire par exemple cet excellent article du site "Orient XXI" : Le recul des États au Proche-Orient, un vide rempli par le confessionnalisme et les milices] ; ce Machrek découpé au cordeau et partagé entre les puissances impérialistes sur la dépouille de l'Empire ottoman (dernier régime à s'être paré d’ailleurs du titre de "califat"). L'"État islamique", dont le budget et les forces militaires dépassent désormais ceux d'un certain nombre d’États dans le monde, s'étend tranquillement à cheval sur l'Irak et la Syrie et revendique ouvertement toute la région (d'un point de vue ex-"saddamiste", il faut aussi rappeler que le régime syrien était le "frère ennemi" juré de l'Irak baasiste). L'Iran a satellisé le Sud irakien chiite, dans une logique néo-séfévide. La Turquie AKP joue elle aussi sa partition néo-ottomane en avançant ses pions dans la région, à laquelle elle tournait le dos (pour regarder vers l'Europe) depuis Kemal Atatürk. Tous ces "grands acteurs régionaux" (auxquels il faut ajouter l'Arabie et le Qatar) n'étaient pas du tout prévus en 1920, les États alors créés devant évidemment être fantoches et serviles. Ils sont farouchement rivaux mais justement, ceci est également un grand problème pour l'impérialisme puisqu'en affaiblir ou écraser un revient automatiquement à renforcer les autres (on l'a bien vu avec l'anéantissement de l'Irak en 2003, qui s'est transformé en victoire géostratégique pour l'Iran). L’État sioniste, lui aussi "produit Sykes-Picot" bien que formellement apparu plus tard, fait face à une profonde crise existentielle ; réalisant qu'il ne peut plus continuer à exister en tant que tel sauf au prix de conflits toujours plus longs et meurtriers avec ce qu'il reste de Palestiniens. Le Kurdistan, nié ou plutôt sacrifié à la "stabilité régionale" après la guerre nationaliste turque de Mustafa Kemal (1923), prend peu à peu forme de facto : en Irak, où il est déjà semi-indépendant depuis plus de 20 ans, son rôle clé contre les djihadistes pourrait lui permettre de s'étendre et peut-être (notamment) de mettre la main sur Mossoul et Kirkouk (et leur pétrole !) ; tandis qu'en Syrie les Kurdes du PYD ont à leur tour pris le contrôle de fait de la région appelée Rojava (Kurdistan de l'Ouest), dont ils ont chassé tant les forces du régime que celles de656421-eiil.jpg l'"Armée syrienne libre" et du djihadisme. Dans tous les cas les solidarités se tissent sur des bases "ethniques", "tribales" (ces grandes "familles" de plusieurs dizaines de milliers de personnes) ou confessionnelles (au sein des Arabes et entres Arabes et Iraniens ou Turcs) se jouant des frontières et des États si consciencieusement tracés par les dessinateurs de la Première Guerre mondiale.

    Prises dans ce tourbillon, les masses populaires ouvrières et paysannes se débattent, souffrent et meurent par milliers dans l'attente de la direction qui saura leur montrer la voie lumineuse de la révolution et de la libération démocratique nationale et sociale : la capacité de mobilisation des diverses forces nationalistes et "islamistes" (il n'y a pratiquement plus, aujourd'hui, de nationalisme sans coloration religieuse là-bas) en dit long sur ce qui s'offrirait à un Parti révolutionnaire qui leur proposerait, lui, une véritable perspective de libération.

    C'est tout un ordre régional qui s'effondre dans des secousses tectoniques d'une extrême violence. La situation, de fait, évoque le chaos qui régnait dans la Chine du début du 20e siècle (après que les griffes de l'impérialisme se soient abattues sur elle au milieu du 19e) et plus largement dans tout l'Extrême-Orient jusqu'en 1945 (avec l'irruption de l'expansionnisme japonais etc.) ; or l'on sait le rôle de premier plan que devait jouer, par la suite, cette région pour la révolution mondiale au siècle dernier. C'est la perspective optimiste qu'il faut tenter d'avoir à l'esprit pour le Proche et Moyen-Orient, par-delà le désespoir instinctif que nous inspire la situation actuelle après des décennies (là aussi) de "grands jeux" impérialistes ; par-delà ce tableau de barbarie quasi-préhistorique que mettent bien sûr complaisamment en avant l'impérialisme et ses idéologues (y compris "de gauche" et même "révolutionnaires"), histoire de nous rabâcher encore une fois qu'il n'y a point d'autre salut pour ces malheureuses contrées que dans la "Lumière" venue d'Occident ("lumière" de la "démocratie" bourgeoise... ou d'un certain prétendu "marxisme" ou "anarchisme" euro-centriste).

    region-petroliere-isis-irak-syrie.jpgLe sort de tel ou tel journaliste capturé et atrocement assassiné par les djihadistes sera mis en avant par tous les médias, grands comme petits et "mainstreams" comme "indépendants", comme "symbole de la barbarie" : incarnant la "liberté d'expression" et le "devoir d'informer", le journaliste est devenu depuis 30 ou 40 ans l'une des nouvelles vaches sacrées, l'un des nouveaux Charles de Foucauld laïcs de notre "civilisation occidentale" - entre autres sous l'égide d'un célèbre "reporter sans frontières" devenu depuis maire FN de Béziers. Mais ce que nous ne faisons que "découvrir" là, c'est qu'incarner la "civilisation occidentale" dans certains pays peut parfois conduire à la mort et même à une mort abominable : le sort des Européens capturés par les Chinois lors de la révolte des Poings de Justice, il y a à peine plus d'un siècle, n'était sans doute guère plus enviable que celui de l'infortuné James Foley. Ce n'est pas sur cette base que nous devons rejeter l'"État islamique" irakien, pas plus que les "Boxers" chinois hier ; mais sur le fait qu'il représente une révolte contre l'impérialisme tournée vers un passé idéalisé, ne comprenant pas les limites qui ont conduit ce passé idéalisé à laisser la place à la situation actuelle (de domination impérialiste) et donc incapable de se lancer à l'assaut de l'avenir.

    Mais si l'insurrection djihadiste en Irak n'est assurément pas une lueur de l'aube d'un monde nouveau, elle est indiscutablement une explosion dans le ventre du vieux monde et un symptôme annonciateur de sa fin prochaine ; l'un de ces monstres du clair-obscur entre l'"ancien qui se meurt" et le "nouveau qui tarde à apparaître" (Gramsci). Et même si, au terme d'un raisonnement quelque peu tiré par les cheveux, nous voulions voir dans la figure du "calife Ibrahim" celle d'un nouvel Adolf Hitler enturbané, nous ne commettrons pas une nouvelle fois l'erreur de trop de communistes au siècle dernier : nous ne nous jetterons pas dans les bras du vieux monde contre les monstres que ses propres entrailles pourries ont enfantés !

    2. L'autre actualité majeure a été la situation insurrectionnelle secouant la ville états-unienne de Ferguson dans le Missouri, suite à la mort d'un jeune afro-descendant abattu par la police alors qu'il s'apprêtait à entrer à l'université en septembre. Depuis le 9 août (date de sa mort), la communauté noire locale réclame donc justice et affronte les forces de l'ordre bourgeois blanc ; le gouverneur de l’État ayant finalement fait déployer le 18 août... la Garde nationale, autrement dit (pour faire court) l'armée.

    Qui dit émeutes dit, automatiquement, un petit tour vers le site de l'"anthropologue du présent" Alain Bertho :
    http://berthoalain.com/2014/08/16/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-15-aout-2014/
    http://berthoalain.com/2014/08/19/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-18-aout-2014/
    http://berthoalain.com/2014/08/14/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-12-13-aout-2014-avec-videos/
    http://berthoalain.com/2014/08/11/emeute-a-ferguson-missouri-apres-la-mort-dun-jeune-10-aout-2014-avec-videos/

    On peut aussi lire ici son interview par un site québécois : Alain Bertho : les émeutes de Ferguson

    ferguson1Le Missouri abrite une importante minorité afro-descendante (de l'ordre de 12%, mais près de 70% à Ferguson) et il a la particularité d'avoir été un État profondément partagé durant la Guerre de Sécession et toutes les luttes pour ou contre l'esclavage qui l'ont précédée. Avec le Kansas voisin, il fut le théâtre de la "croisade" anti-esclavagiste du mystique John Brown ; puis il resta dans l'Union en 1861 mais fut agité par de puissantes guérillas sudistes. Il fait partie de l'"Empire invisible" du Ku Klux Klan depuis sa création en 1866.

    La question noire est réellement le secret de l'impuissance du prolétariat aux États-Unis comme pouvait l'être (lorsque Marx employa le terme) la question irlandaise en Grande-Bretagne, comme l'a été et peut encore l'être la question méridionale si brillamment traitée par Gramsci en Italie... et comme le sont clairement le jacobino-républicanisme, l'Empire colonial hier et le néocolonialisme (Françafrique) ainsi que le colonialisme intérieur ("question indigène") aujourd'hui dans "notre" État français. Ceci s'expose en quelques mots : il ne peut pas y avoir de révolution socialiste dès lors qu'une partie des classes populaires se définit comme "petite-bourgeoise" vis-à-vis d'une autre, et/ou plus largement "fait bloc" avec la bourgeoisie, son État et son idéologie contre un "autre" plus ou moins défini - "ennemi"/"barbare" extérieur ou beaucoup plus souvent intérieur ; et ce n'est pas quelque chose de "binaire" (groupe social A vs groupe social B) mais plutôt en "couches superposées" (ou en cercles concentriques) et en cascade, la "couche" immédiatement au contact d'une autre étant souvent la plus haineuse envers celle-ci tandis que les couches supérieures de l'édifice se permettent plus volontiers le paternalisme ou même carrément de jouer les "chevaliers blancs" défenseurs de l'opprimé ("antiracisme" paternaliste bourgeois et "cohésion sociale").

    fergusonPendant des siècles, le système "France" s'est ainsi construit sur l'opposition entre la région parisienne et la "province" (pays conquis) et au sein de chaque "province" sur l'opposition entre citadins "évolués" et ruraux "culs-terreux arriérés" (ignorants et "patoisants" pour le bourgeois, cléricaux et réactionnaires pour l'ouvrier) qui n'en formaient pas moins le réservoir de force de travail du Capital, entre territoires "riches" et territoires "pauvres" comme les Landes de Gascogne, jusqu'à ce que les Trente Glorieuses fassent en apparence "disparaître" les "culs-terreux" et donc cette opposition... puis que des études sociologiques réalisent que ces périphéries existent toujours bel et bien sous une nouvelle forme (l’infamie du vote FN ou des mouvements type "Bonnets rouges" ayant remplacé celle du "cléricalisme") ; et puis évidemment sur l'opposition entre "métropole" hexagonale "blanche" (toutes "provinces" réunies) et Empire colonial (aujourd'hui "outre-mer", néocolonies et colonies intérieures d'Hexagone qui en sont issues) ; avec une idéologie française/républicaine consistant plutôt à nier ces oppositions au profit d'une "communauté de citoyens égaux" unie par les "mêmes valeurs républicaines", où il peut certes y avoir des "problèmes" mais où le "progrès", le "génie/modèle français" et le "sens républicain de tous" finiront tôt ou tard par "tout résoudre" (idéologie largement portée par la "gauche" républicaine puis radicale et socialiste puis socialiste et "communiste")... Le système "États-Unis d'Amérique", quant à lui, s'est construit comme une société coloniale à classe dominante "détachée" de la métropole anglaise avec ses "cases" et ses hiérarchies raciales bien établies mais aussi ses hiérarchies entre blancs (entre classes, entre régions, entre villes "civilisées" et campagnes "rednecks", entre "WASP" et immigrants européens de fraîche date) et entre de-couleur (bourgeoisie noire "intégrée" dont le mépris pour les prolétaires des ghettos n'a parfois rien à envier à celui du pire raciste blanc) ; jusqu'à se parer lui aussi (à partir ferguson2des années 1960) d'un pseudo-"antiracisme" institutionnel bourgeois "affirmatif". Mais rien ne serait plus stupide - ou pour être exact idéaliste républicard petit-bourgeois francouille - que d'opposer les deux systèmes pour (bien entendu) sacraliser le premier.

    C'est ainsi qu'à travers les siècles, selon la formule consacrée, il a été "fait France" et "fait Amérique" - sans cela ces édifices sociaux n'auraient jamais tenu aussi longtemps et sans comprendre cela on ne peut pas correctement lutter pour les abattre ; il faut comprendre et admettre cela si l'on veut combattre l'exploitation et l'oppression que l'on subit... mais aussi se remettre en question, se dépouiller de ses "petits privilèges" structurels au système qui sont autant de "prisons mentales" !

    Les principaux théoriciens marxistes (eux-mêmes afro-descendants) à avoir traité de la question noire aux États-Unis sont Harry Haywood côté "stal" et maoïste (membre éminent du PC des USA, surnommé le "Black bolshevik", peu à peu marginalisé par le révisionnisme et qui prendra la tête du renouveau marxiste-léniniste dans les années 1960), dont on ne trouve hélas les textes qu'en anglais (son ouvrage phare est Negro Liberation en 1948), et C.L.R James plutôt invoqué par les trotskystes (bien qu'il ait assez vite pris ses distances avec la IVe Internationale et le trotskysme, "orthodoxe" en tout cas).

    L'on peut encore citer une figure méconnue mais très importante, puisqu'à l'origine directe de la démarche des Panthers : Robert F. Williams, militant des droits civiques (NAACP) qui organisa en 1957 l'autodéfense armée des Noirs de la ville de Monroe (Caroline du Nord), épisode qu'il raconte dans son ouvrage Negroes with Guns, avant d'évoluer vers le marxisme-léninisme et de s'exiler à Cuba, où il anima une émission de radio révolutionnaire destinée aux Noirs du Sud états-unien, puis carrément en Chine populaire en pleine Révolution culturelle (ici une compilation en anglais de ses écrits, on ne trouve hélas rien en français). Dans une veine assez similaire d'autodéfense armée et de proximité avec les idées communistes, la démarche de Williams s'inscrivait en fait dans la filiation - quelques 40 années plus tôt (1919-25) - de l'African Blood Brotherhood (ABB), groupe socialiste de libération noire qui s'illustrera notamment dans la défense de la communauté contre le sanglant pogrom raciste de Tulsa (1921), et dont la plupart des dirigeants rejoindront par la suite le CPUSA - lequel prônera pendant quelques années (jusqu'à la Seconde Guerre mondiale) l'"autodétermination nationale noire" dans les États du Sud (Black Belt).

    Et puis bien sûr, dans la continuité de tout cela, il y a le Black Panther Party (BPP, 1966-82 mais globalement disparu/liquidé au milieu des années 1970) dont les principaux dirigeants et théoriciens ont été George Jackson, Bobby Seale, Huey Newton (hélas grave parti en vrille réformiste et mégalo après sa sortie de prison en 1970...), Fred Hampton (dont le style oratoire évoquait déjà quelque part le phrasé du hip-hop), Emory Douglas connu pour ses célèbres créations graphiques (voir ci-dessous) ou encore Geronimo Pratt (plutôt expert militaire) ; expérience prolongée (après des scissions) jusqu'aux années 1980 par la Black Liberation Army avec notamment Assata Shakur... Un mouvement qui, fédérant autour de lui les luttes de Chicanos et des Porto-Ricains, des Premières Nations, des Sino-Américains et même des jeunes "petits blancs" rednecks du Sud et de l'Ouest, sera qualifié de "menace intérieure n°1" par le gouvernement US qui fera absolument tout pour l'anéantir (avec le programme COINTELPRO sous la houlette de John Edgar Hoover) : assassinats ciblés (ou pas) comme celui de Fred Hampton, emprisonnements sans la moindre charge sérieuse (beaucoup sont encore derrière les barreaux 40 ans après...), informateurs et agents provocateurs, corruption, excitation de dissensions internes et introduction massive de drogues dures dans les communautés (Huey Newton y succombera) dans le but (explicitement !) de plonger "une ou deux générations de jeunes noirs" dans la toxicomanie, la délinquance, la prison (50% des 2,3 millions de prisonniers états-uniens sont afro-descendants et 25% "hispaniques", un Noir sur 15 - un jeune noir entre 20 et 34 ans sur 9 ! - et un Latino sur 36 sont actuellement emprisonnés) et l'apolitisme. Sur cette épopée passionnante, il faut absolument voir cet excellent documentaire de Lee Lew-Lee réalisé en 1996.

    D'une manière générale, pour une vision d'ensemble de ces liens entre la libération révolutionnaire noire aux États-Unis et le mouvement communiste international (en particulier la Chine populaire de Mao), il faut lire cet excellent (très complet) document paru dans la revue Période : http://revueperiode.net/black-like-mao-chine-rouge-et-revolution-noire/

    D'autres personnages ont joué un rôle de premier plan, comme Stokely Carmichael (auteur du concept de Black Power qui deviendra "Premier ministre honoraire" du BPP en 1968 et finira sa vie en exil en Guinée) ou Malcolm X, mais ils n'étaient pas (ou pas clairement) marxistes.


              220px-Black-Panther-Party-armed-guards-in-street-shotgunsemory-douglas-2.png emorydouglas_PowerToThePeople1.jpg


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    hollande_gauck.jpgCe dimanche, François Hollande et son homologue allemand Joachim Gauck (président au rôle essentiellement honorifique, l'essentiel des pouvoirs appartenant à la chancelière Merkel) étaient réunis sur le site du "Vieil Armand" (Hartmannswillerkopf), sur l'ancienne "ligne bleue des Vosges", pour commémorer les premiers coups de feu de la Grande Boucherie qui, en 4 ans, allait engloutir près de 18 millions de vies civiles et militaires des cinq continents : voir ici, ici, ici et ici.

    Cela a évidemment été l'occasion de célébrer, sur un ton larmoyant pitoyable, l'actuelle "amitié" entre les deux puissances impérialistes ennemies d'hier tout en "rendant hommage" aux sacrifiés de l'infâme Moloch impérialiste ("Nos deux nations sont dans le même deuil") comme si celui-ci n'existait plus aujourd'hui (la véritable "religion civile" européenne depuis 30 ans ou plus...) ; ainsi que de lancer les traditionnels appels à "renforcer l'Europe" ("aventure exceptionnelle [...] parvenue à vaincre la guerre [et à] réunifier le continent dans la démocratie") et à lutter pour "la paix dans le monde", avec des trémolos dans la voix habituellement réservés aux hommes d'Église.

    Des appels à la paix qui, concernant les deux pays ("que la volonté peut toujours triompher de la fatalité et que des peuples qui  ont été regardés comme des ennemis héréditaires peuvent en quelques années se  réconcilier"), sont bien sûr complètement ridicules : de 1910 à 1945, plus de trois décennies de tensions et de guerres ouvertes ont justement consisté à "régler" la question de la surproduction absolue de capital en Europe et les violentes rivalités entre États qu'elle suscitait ; et la "solution" a finalement été trouvée par le capitalisme dans ce que nous appelons l'Union européenne, dont le "pilier" est justement le fameux "couple" franco-allemand (le reste n'étant finalement qu'"emballage" : protectorats économiques purs et simples comme en Europe de l'Est, en Grèce, au Portugal, en Irlande etc., "poissons pilotes" ayant intérêt à suivre les Tardi2deux gros "requins" comme l'État espagnol, l'Italie ou la Belgique et États qui se demandent souvent ce qu'ils foutent là comme le Royaume-Uni, le Danemark, de plus en plus les Pays-Bas...) et dont l'idée, bien qu'elle ait également pu être portée par des progressistes antifascistes sincères comme Simone Weil, était déjà en germe dans la "gauche" vichyste issue du pacifisme des années 1930 - typiquement le RNP du "néo-socialiste" Déat.

    Aujourd'hui, quand bien même la crise générale du capitalisme s'approfondirait et que continueraient à monter les "souverainismes" anti-UE comme on l'a vu aux dernières élections (c'était là aussi un grand enjeu des présentes commémorations, tout comme la poignée de main Mitterrand-Kohl de 1984 visait à préparer la "phase ultime" de la construction européenne, de l'Acte unique à Maastricht), la perspective d'une guerre entre les deux États est hautement improbable.

    Au contraire, les États français et allemand partagent plus que souvent les mêmes intérêts impérialistes sur la planète, comme par exemple le soutien indéfectible à l'État sioniste qui massacre Gaza (déjà entre 1.500 et 2.000 mort-e-s, plus qu'en 2008-2009 lors de "Plomb durci") ou à la junte fasciste de Kiev qui écrase de bombes le Donbass (déjà près de 1.000 civil-e-s tué-e-s), et c'est en cela que les appels pacifistes larmoyants concernant ces deux conflits ("Tous nos efforts doivent être tendus pour imposer, aujourd’hui plus que jamais, le cessez-le feu à Gaza et en finir avec les souffrances des populations civiles") sont cette fois non seulement ridicules mais proprement honteux ; au même titre que l'évocation de l'intervention néocoloniale en Centrafrique, pour y "arrêter un possible génocide" dont les facéties de l'ancien protégé (le sous-préfet) Bozizé ont totalement créé les conditions - et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

    Gaza-2014.jpgLe discours s'est par ailleurs éloigné à maintes reprises de la bluette pacifiste pour se tourner vers les très concrètes et actuelles préoccupations du Grand Capital européen ("L'Europe doit ouvrir une perspective de croissance, d'emploi, de solidarité, mais également de culture, d'éducation, de savoir, a déclaré François Hollande. Pour y parvenir, beaucoup dépendra de l'amitié entre la France et l'Allemagne") et la tonalité européo-"pacifiste" de l'évènement ne s'est nullement avérée incompatible avec des tirades patriotardes bleu-blanc-rouge du meilleur cru, invitant à "célébrer le patriotisme" mais en précisant bien que "célébrer le patriotisme, ce n'est pas s'éloigner de l'Europe" - tentative de synthèse bienvenue à l'heure où les tensions inter-impérialistes et les national-chauvinismes 1401897330 go-20réactionnaires qu'elles portent s'exacerbent d'un bout à l'autre de la planète et où (on l'a dit) les tendances à vouloir "retirer ses billes" de la construction UE explosent dans le bourgeoisie de nombreux pays (FN en "France", UKIP en Grande-Bretagne, Parti populaire au Danemark, Alternative pour l'Allemagne chez Gauck lui-même etc.) ; et puis après tout les Identitaires y ont déjà pensé, alors...

    En bref, Hollande et Gauck qui rendent hommage aux victimes de la "Grande Guerre" et sanglotent au "plus jamais ça" c'est un peu comme Rajoy qui rendrait hommage aux victimes du franquisme ou Berlusconi à celles des Chemises Noires : deux pantins grotesques à qui il est grand temps de dire de fermer leurs gueules, et de lancer à la face qu'il y a une guerre qui ne s'arrêtera jamais jusqu'à la Victoire : NOTRE GUERRE DE CLASSE CONTRE EUX.

    Au nom des millions d'assassiné-e-s de 14-18 et de tous ceux depuis lors et jusqu'aujourd'hui :

    NI OUBLI NI PARDON !


             tardi vivement larmisticeTardi1MAM Aniane 3


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  • À Chelles (région parisienne), la jeunesse populaire d'un lycée s'est soulevée non pas derrière ses profs en bêlant "des profs ! des moyens !"... mais bel et bien CONTRE EUX et l'administration de l'établissement, qui venait de durcir drastiquement le règlement intérieur. Ceci a entraîné l'intervention de la police (en mode "anti-émeute") et des affrontements avec les lycéens :
    http://www.leparisien.fr/seine-et-marne-77/chelles-echauffourees-entre-lyceens-et-policiers-a-bachelard-12-05-2014-3834959.php

    La mobilisation se poursuivait le lendemain (hier), dans une ambiance tendue mais sans affrontements :
    http://www.leparisien.fr/seine-et-marne-77/chelles-200-ados-rassembles-devant-le-lycee-ce-matin-13-05-2014-3837199.php

    Des images ici :
    http://lechellois.blogencommun.fr/2010-10-emeutes-a-chelles-reportage-photo/

    chelles-emeute7

    Il s'en trouvera évidemment pour dire que tout cela est "décomposé", vu que maintenant que le z'horrible FN guette au tournant, il faut respecter et soutenir notre bonne vieille Républiiiiiique et son brave Premier ministre de l'Intérieur "antifasciste" Valls... Bien loin de Mao Zedong et de son éternel et universel "on a raison de se révolter" !

     

    Et ne parlons même pas des affreux "régionalistes identitaires au service des notables locaux" (c'est ironique bien sûr) qui ont "sévi" samedi dernier à Bastia, en Corse occupée, en marge d'une manifestation pour le "statut de résident" (= contre l'appropriation coloniale du mètre carré habitable) :

    http://www.corsematin.com/article/derniere-minute/affrontements-a-bastia-en-marge-de-la-manifestation-des-nationalistes.1373652.html

    http://www.corsicainfurmazione.org/59745/corse-simudistupaese-ouverture-dune-enquete-preliminaire/2014/

    BastiaBastia2


     


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  • Parmi les évènements qui ont marqué les derniers jours, les principaux sont sans doute :

    1. Les tentatives de petits ‘‘Jours de colère’’ (manifestations fourre-tout d’extrême-droite) locaux, notamment en Occitanie (Montpellier et Tolosa) ; et la RIPOSTE ANTIFASCISTE locale qui s’est levée sans attendre. Les quelques dizaines de national-catholiques, obsédés du halal, homophobes, poujadistes, nostalgiques de Vichy ou de l’OAS et autres ‘‘résistants’’ à la ‘‘dictature socialiste’’ en place se sont vus littéralement humiliés face à des progressistes et des révolutionnaires 5 à 10 fois plus nombreux. À Toulouse quelques affrontement ont éclaté, principalement avec les forces de l’ordre bourgeois vu la faiblesse numérique des ultra-droitards.

    Montpellier - Humiliation pour le Jour de Colère – Succès pour la manifestation antifasciste

    Toulouse: Antifascisme 1 / Jour de Colère 0

    Toulouse : retour sur la manifestation contre le « Jour de colère » du 5 Avril

    Jour de honte pour les réac !  

    antifa montpel

    2. Les commémorations des 20 ans du génocide rwandais (Itsembabwoko)

    Il y a 20 ans jour pour jour, le 7 avril 1994, commençait au Rwanda le sanglant génocide qui allait durer 3 mois. Un génocide s'inscrivant dans un contexte d'affrontements inter-impérialistes post-Guerre froide pour le repartage du continent africain ; et dans lequel l'impérialisme français (dont le continent était jusqu'alors la "chasse gardée"), soutien du régime hutu depuis plus de 30 ans, porte une lourde responsabilité puisque c'est lui qui a pendant des années formé, armé et entraîné, face à une rébellion tutsie plutôt liée aux impérialistes anglo-saxons, l'armée et les milices hutues qui massacreront plus d'1 million de personnes en 100 jours. Des théories sinistres circulaient alors dans les cercles diplomatiques et militaires françafricains, comme celle d'un "plan hima-tutsi" pour dominer l'Afrique des Grands Lacs avec l'appui de l'Ouganda et de Washington, "plan" qu'il n'y avait ("évidemment") qu'une seule manière de combattre : éliminer les Tutsis jusqu'au dernier. Des témoignages circulent même de Tutsis livrés directement à leurs bourreaux par les troupes françaises, comme à Bisesero (voir la brochure de VP ci-dessous, page 13) ; et lorsque l'actuel président rwandais (qu'il ne s'agit pas de sacraliser, c'est lui aussi un salopard, notamment par son action au Congo voisin) a l'outrecuidance d'évoquer cela, il ne récolte que la colère méprisante de Paris et les désormais archi-connues déclamations négationnistes ("le seul crime de la France c'est d'être intervenue trop tard", "la rébellion de l'actuel président porte aussi sa responsabilité dans les massacres qui ont eu lieu", "après la victoire des Tutsis il y a eu des représailles tout aussi atroces sur les Hutus" etc. etc.).

    Lire ici l'article de l'OCML-VP

    Rwanda 1994-2014 : ni oubli, ni pardon pour l’impérialisme français

    Lire aussi cette brochure très complète et documentée publiée par VP il y a 10 ans, pour le dixième anniversaire des atroces évènements :

    Brochure de l’OCML-VP : Rwanda, 10 ans après le génocide 

    PDF - 2 Mo


    Téléchargez la brochure complète en pdf en cliquant sur la vignette à gauche
    Sommaire

    L’impérialisme français complice du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994

     La résistance héroïque à Bisesero

     L’idéologie, condition du génocide

     Le négationnisme, arme idéologique des génocidaires

     Pour en savoir plus

     Articles de Survie France : 

    Rwanda : les autorités françaises persistent et nient

    Génocide des Tutsi - Vingt ans après : arracher le masque

    Le Sabre et la machette : les officiers français et le génocide des Tutsi au Rwanda 

    Manipulations françaises autour d’un attentat 

    Propagande pour petits et grands sur France Info 

    Les Mots Sont Importants (LMSI) :   Un négationnisme structurel

         Génocidé-Rwandaisgenocide-51 

     


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  • À Paris, à l'occasion de l'anniversaire du déclenchement de la Commune (18 mars), des révolutionnaires anarchistes ont infligé à la basilique réactionnaire du Sacré-Cœur le châtiment mérité depuis plus de 140 ans.

    Servir le Peuple n'est pas connu pour prôner l'imbécilité vis-à-vis des lieux de culte : non seulement il faut savoir reconnaître la différence qualitative entre une religion majoritaire et/ou dominante et une religion minoritaire et opprimée (sinon, pourquoi ne pas profaner aussi les mosquées et les synagogues comme le font les fascistes ?) ; mais même les attaques contre la religion majoritaire et dominante, catholique dans l’État français ou orthodoxe en Russie (affaire Pussy Riot), peuvent se révéler contre-productive et dresser inutilement contre le camp révolutionnaire des personnes qui lui seraient peut-être gagnables à terme. Certains édifices peuvent d'autre part représenter quelque chose pour un Peuple bien au-delà de ceux et celles qui croient en une entité immatérielle supérieure.

    Mais cette basilique du Sacré-Cœur, assez hideuse au demeurant, a été édifiée à partir de 1873 explicitement "là où tout avait commencé", à Montmartre, pour faire "expier" à Paris les "crimes mécréants" de la Commune ; ainsi que le disait clairement l'un des initiateurs du projet, le peintre réactionnaire grand-bourgeois Hubert Rohault de Fleury : "Oui, c'est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément Thomas et Lecomte, que s'élèvera l'église du Sacré-Cœur ! Malgré nous, cette pensée ne pouvait nous quitter pendant la cérémonie dont on vient de lire les détails. Nous nous rappelions cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l'Église semblait surtout animer". Le même esprit de Réaction, après décembre 1851 ou le "Printemps des Communes" 1871, a d'ailleurs présidé à la construction de Notre-Dame de Fourvière (à Lyon)... et de la "Bonne Mère" (Notre-Dame de la Garde) si chère aux Marseillais (ainsi que la Major dans la même ville). Il fallait "rechristianiser" les villes tombées dans le "fanatisme partageux" à grand coup d'édifices "néo-byzantins" : c'était l'époque où Ordre et Chrétienté (sabre et goupillon) faisaient bon ménage, avant la "Sainte Laïcité" de Jules Ferry et Émile Combes... Comme le disait l'ignoble Thiers, il fallait "rendre toute puissante l'influence du clergé pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'hom­me qu'il est ici-bas pour souffrir, et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : jouis". 

    C'EST CELA, le "symbole" du Sacré-Cœur dont tous les politicards locaux ou pas et de droite comme de "gôôôche" dénoncent la "profanation" ; un "symbole" parfaitement connu de tout-e vrai-e parisien-ne de classe populaire qui ne ressent aucun attachement particulier envers cette verrue doublée (en plus) d'un nid à touristes, quelle que soit l'affection vouée (au contraire) à "la Butte". Un symbole de la République capitaliste des égorgeurs qui nous gouverne, cette "république" et ses "valeurs" dont on nous rebat les oreilles à tout va, née sur les cadavres de milliers d'assassiné-e-s des Communes de Paris, Lyon, Marseille, Narbonne etc. ; même si elle se pare aujourd'hui d'oripeaux plus "laïcs" (la "laïcité" ayant, finalement, remplacé la consécration au Sacré Cœur de Jésus-Christ) : un symbole qu'il est nécessaire de connaître et de combattre, comme cela vient d'être fait !

    Lire notamment ici : http://forum.anarchiste.free.fr/viewtopic.php?f=9&p=157687

    Même cet article de la gauche bourgeoise (Rue89), sans faire l'apologie de l'action, a le mérite de bien mettre les points sur les i : http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/20/profanation-cest-basilique-sacre-coeur-les-tags-250836

    Et jusqu'à quand la Sainte Clique / Nous croira-t-elle un vil bétail ?
    À quand enfin, la République / De la Justice et du Travail ?

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    Sur les premiers résultats des municipales : Élections municipales du 23 mars 2014 - premières analyses

    Ces élections, comme chacun-e le sait, ont montré une poursuite et même une très nette accentuation de la fascisation ambiante, avec les scores très importants du FN dans de nombreuses villes et même la victoire dès le premier tour de Steeve Briois à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), la reconduction dès le premier tour de Jacques Bompard à Orange et d’autres caciques ultra-réactionnaires locaux (UMP ou autres) un peu partout, etc. 

    Contre cette fascisation, la riposte POPULAIRE et surtout AUTONOME vis-à-vis du pseudo-"antifascisme" républicain bourgeois, dont le PS au pouvoir est l’incarnation absolue, continue de se structurer. Plusieurs centaines de personnes se sont mobilisées samedi dans les différentes villes où était appelé à la Journée internationale antifasciste du 22 mars, à l’initiative des antifascistes de Grèce : Paris, Toulouse (environ 350 personnes selon les camarades de Coup pour Coup), Nantes etc. 

    Coup pour Coup 31 : Toulouse antifasciste: aujourd'hui comme demain !! 

    Sur un site anarchiste : De Toulouse à Paris : Retour sur le 22 mars antifasciste

    Paris : voir ici un superbe album photo (il y avait apparemment bien plus que les quelques centaines évoquées dans l'article anar...)

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    Dans un contexte hexagonal où la confusion au sujet du sionisme, de l'antisémitisme et des personnes juives est grande ; où des fascistes s’emparent de la dénonciation de l’apartheid sioniste pour mobiliser les jeunes de culture musulmane (qu'ils méprisent royalement par ailleurs) et où des "antifascistes" sont tout sauf clairs sur la nature réactionnaire et criminelle de l'idéologie sioniste, l’UJFP a pris la parole : http://www.youtube.com/watch?v=_cZ6eMhRDuc  

    22-mars 9223

    En Grèce, d’où venait l’initiative, ce sont des milliers de personnes qui ont répondu à l’appel : http://www.liberation.fr/monde/2014/03/22/grece-des-milliers-de-manifestants-contre-les-neonazis-et-le-racisme_989179

    Et puis outre-Pyrénées, où la date avait été choisie pour une "Marche de la Dignité" contre le fascisme, la politique du gouvernement néo-franquiste de Rajoy et toutes les oppressions (interdiction programmée de l'avortement etc.), se tenait une initiative ayant tout pour nous plaire et qui, nous n’en doutons pas, vous plaira aussi : une Colonne juvénile pour cracher la multinationalité réelle de la péninsule ibérique à la gueule de l’État-Prison des Peuples "espagnol" !!!

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    La jeunesse révolutionnaire des Peuples fout le feu à la sacro-sainte Constitution de 1978 : http://www.youtube.com/embed/-kd8yG_-8D0 et au drapeau franquiste "épuré" de l’État oppresseur : http://www.youtube.com/watch?v=qVQ3vGkKSdY

    Autres images et vidéos (avec drapeaux républicains à étoile rouge et pavés dans la gueule des flics – parmi les plus violents d’Europe soit dit en passant) :10152042 556673027765038 86623016 n


     

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