• A Manca sur les récents évènements racistes survenus en Corse


    Suite aux récents évènements survenus en Corse, à Prunelli di Fiumorbu, où une kermesse de fin d'année scolaire a été annulée car des parents d'élèves se sont violemment opposés à ce que la chanson Imagine de John Lennon soit chantée en partie en arabe, l'organisation de gauche radicale A Manca ("La Gauche") a publié un communiqué que nous reproduisons traduit ci-après.

    Ceci car :

    1°/ Les médias francouilles n'ont bien sûr pas manqué l'occasion d'en remettre encore une couche sur "le racisme des Corses", phénomène évidemment relié (plus ou moins explicitement) au "vilain nationalisme tout pas beau" de ce Peuple (lisez ne serait-ce que le florilège de commentaires trollesques de toute la crème-de-merde jacobinarde-de-gauche francouille sous l'article de La Horde en lien ci-dessus...) ; comme si cela n'existait pas sur le continent (non non...) et comme si la Corse était la "région française" qui vote le plus Front National, ce qui est loin d'être le cas.

    2°/ Il est donc important de montrer qu'une "autre voix corse" (libérationiste corse) existe, et que ni le mouvement de libération ni la Corse en général ne peuvent se résumer à un ramassis de xénophobes racistes - l'"antiracisme" bourgeois jouerait ici le même rôle de stigmatisation que le "féminisme" vis-à-vis des musulmans. Il ne s'agit pas de se voiler la face : le problème existe et il n'est pas mineur, il est même assez grave (reste à démontrer qu'il le soit plus qu'en Occitanie par exemple... ou en "vraie France" du Bassin parisien, qui scrutin après scrutin ressort toujours plus uniformément bleue marine)... et il ne se réduit pas du tout (au demeurant) à la mouvance nationaliste : les "loyalistes" pro-français locaux (en mode "et s'il y a l'indépendance qui c'est qui va payer les retraiiiites"...), bons droitards votant pour les caciques UMP voire "bonapartistes" (!) du cru, ne sont sans doute pas de grands "xénophiles" devant l'éternel et sont même sans doute - de très loin - les plus racistes [par exemple ici avec le maire UMP d'un petit village près d'Ajaccio, suite à de nouveaux évènements racistes dans la région de Bastia en août 2016 - en plein psychodrame hexagonal français sur le "burkini"].

    D'ailleurs, si nous avons dit que le FN faisait globalement des scores plutôt faibles en Corse (très faibles historiquement, mais depuis 2002 et surtout 2010 il est considérablement monté comme partout ailleurs), il y a toutefois un secteur où il est particulièrement et de tout temps élevé et c'est justement celui de Prunelli di Fiumorbu, Ghisonaccia, le sud de la Plaine orientale où se trouve notamment... depuis 1960 la base militaire de Solenzara, place-forte essentielle de l'impérialisme français que le mouvement de libération a toujours dénoncée et attaquée comme telle ; le coin comptant également une importante population de Pieds-Noirs rapatriés ainsi que d'ouvriers agricoles maghrébins que ces derniers ont en quelque sorte "importés" ("important" ainsi l'ordre social colonial d'Afrique du Nord et ses réflexes d'apartheid) : difficile de croire que tout cela est le pur fruit du hasard [lire à ce sujet les commentaires - toujours sous l'article de La Horde - d'un militant "rossu" ("rouge") de libération nationale justement originaire du coin : Fiumorbu Rossu.pdf].

    3°/ Toutefois, nous ne partageons pas l'analyse selon laquelle tout se résumerait aux "coupes budgétaires dans les services de la culture". La problématique est bien plus complexe et profonde que cela : elle s'inscrit dans la structure même de l'ordre capitaliste-impérialiste français ; structure au sein de laquelle la position de la Corse est certes extrêmement subordonnée (la politique de l’État français, jusqu'aux soulèvements des années 1970 en tout cas, y a été pour parler clairement coloniale) mais néanmoins "supérieure" aux Peuples extra-européens ("supérieure" dans les représentations sociales dominantes, s'entend) ; et cette position "supérieure" est une très importante chaîne mentale permettant d'arrimer l'île au système France (l'idée de "ne pas devenir un pays du tiers-monde" n'est-elle pas déjà le premier frein aux idées de libération véritable ?). Corses, Occitans, Bretons, Ch'tis/Picards/Ardennais ou encore Lorrains sont relégués, périphérisés et traités en "provinces" au sein de l'Hexagone "métropolitain" ; mais face à l'Empire ("outre-mer" et néo-colonies pseudo-"indépendantes") et aux colonies intérieures qui en sont issues en "métropole" même (qui en sont les "ambassadeurs" en quelque sorte), le système pour mieux les "tenir" a fait d'eux des "Blancs" - des "petits blancs" dont le racisme est souvent outrancier, "primaire" par opposition au racisme feutré et "bien pensant" des salons parisiens (ou "petits parisiens" des métropoles-relais de "province").

    C'est un fait que, comme beaucoup d'Occitans, beaucoup de Corses ont été à travers l'histoire les petits soldats de l'impérialisme français* ; et ce passé (comme en Occitanie, mais là - en plus - avec une conscience de peuple réduite à presque rien) imprègne les mentalités jusqu'au sein même du mouvement de libération - jamais toutefois sans y susciter controverses et rejet, car un mouvement de libération ne peut par nature jamais être totalement hermétique aux sentiments internationalistes (la position officielle qui se dégagera finalement sera celle d'une "Corse communauté de destin""est corse celui ou celle qui vit en Corse et se sent corse"). L'on peut citer à titre d'exemple la fameuse affaire de l'exécution en 1986, au nom de la "lutte contre le trafic de drogue", de deux revendeurs de haschich tunisiens (ce qui avait suscité de violentes polémiques au sein du FLNC, le décideur de l'opération allait d'ailleurs être exclu quelques années plus tard - pour de toutes autres raisons cela dit) ; ou encore ce tract de revendication de la fin des années 1990 qui commençait par "Au nom de l'idéal parachutiste et légionnaire" (en quoi des personnes d'un mouvement de libération peuvent-elles se revendiquer de "l'idéal" militariste de l'impérialisme qui les opprime et qu'elles combattent ?).

    Tout ceci doit faire l'objet d'un "examen de conscience" approfondi et sans "langue de bois", d'un débat franc et ouvert et d'une lutte de lignes au sein du mouvement ; une lutte qui sache être antagonique s'il le faut - c'est la même chose en Occitanie. Car la vérité, dans la logique d'encerclement "constricteur" des Centres par les Périphéries qui est celle de la Guerre populaire mondiale, c'est que les Peuples périphérisés "petits blancs" d'Europe poussés par la vague des luttes du "tiers-monde" et des colonies intérieures doivent se lancer à leur tour à l'assaut des Centres du pouvoir qui les opprime, jusqu'à faire tomber tout l'édifice - telle est la seule vision d'ensemble correcte dans laquelle peut s'inscrire la lutte, que ce soit de classe ou de libération "nationale" (mais évidemment cette "pression" va aussi soulever des résistances, des réactions d'"accrochage" au "privilège"-prison "blanc", réactions bien sûr encouragées par le Pouvoir dont elles font partie des "défenses immunitaires" - comme le montre la capitulation sans combat de l’Éducation nationale dans la présente affaire).

    Le racisme est le reflet intellectuel de l'impérialisme et la domination impérialiste, comme l'expliquait très justement Marx en 1870, est le "secret de l'impuissance" du/des Peuple(s) travailleur(s) de la métropole impériale (en ce qui nous concerne, l'Hexagone mais aussi dans une certaine mesure la Corse). Tant qu'il y aura des travailleurs corses pour avoir vis-à-vis des travailleurs maghrébins le rapport que Marx décrivait entre les ouvriers anglais et irlandais à la fin du 19e siècle, ils ne pourront arracher leur propre libération révolutionnaire au Grand Capital français.

    Aux dernières nouvelles, au centre de cette triste affaire se trouverait une association de parents d'élèves plus ou moins liée au "Cercle Petru Rocca", groupuscule d'extrême-droite ayant pris le nom d'un célèbre autonomiste des années 1920-30 qui avait terminé dans les bras de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie. Ce courant fascisant au sein du mouvement d'affirmation nationale avait été dénoncé en décembre 2013 par les camarades d'U Cumunu (gauche marxisante de libération nationale) : Le Cercle Petru Rocca, l’incohérence de la haine


    Le racisme est le fruit de l'ignorance et de la démolition culturelle


    A Manca sur les récents évènements racistes survenus en CorseA Manca adresse son soutien le plus sincère aux deux enseignants de Prunelli di Fiumorbu qui ont vu leur mission éducative piétinée par une poignée de parents racistes voulant empêcher leurs enfants de chanter en arabe des couplets de la chanson Imagine de John Lennon, ce qui était prévu pour une fête scolaire de fin d'année.

    L'action ouverte de ces parents symbolise la libération de la parole raciste en Corse, qui s'exprime aujourd'hui plus que jamais sans honte ni complexe.

    Cet évènement intervient dans un contexte de terrible croissance des forces politiques racistes et d'extrême-droite en Europe, en France bien sûr, et dans notre pays sous la forme de micro-organisations locales dangereuses du point de vue de leur activité comme de leur idéologie.

    Ce racisme est la conséquence de la démolition culturelle dont souffre la Corse depuis des années, démolition que sont venues compléter les coupes dans les budgets publics affectés au service de la culture.

    Il est de notre responsabilité d'organisation politique de dénoncer et combattre en tout lieu et par tous les moyens possibles toutes les formes de racisme et de fermeture à la diversité. Il est également de la responsabilité de l'administration française, en l'occurrence ici de l'inspection académique de ne pas laisser triompher le racisme à l'école : annuler la fête a été selon nous une erreur majeure, qui permet à ces racistes de se sentir forts et maîtres.

    Ceux qui croient qu'ils vont améliorer leur situation personnelle en accusant l'étranger d'être à l'origine de tous les maux se trompent d'ennemi. Ce ne sera jamais le travailleur arabe, portugais ou polonais qui fera du tort à ses semblables, qui exploitera les autres travailleurs : ces choses-là sont le fait de la bonne société des capitalistes, qu'ils soient corses ou non ; capitalistes qui se multiplient et se donnent en exemple à notre époque.

    Il n'est pas possible, pour nous patriotes de gauche, de construire la société bilingue et harmonieuse de demain sans nous ouvrir au plurilinguisme qui fait la Corse de 2015. Située au carrefour de la Méditerranée, il appartient à la Corse de s'affirmer comme une terre de mélange culturel et non comme une citadelle ethnique.


    *************************************************

    Quoi qu'il en soit, cette affaire montre bien devant quel genre de revendications l’État français - en Corse - s'aplatit sans guère opposer de résistance... Lorsqu'il s'agit de privilégier le mètre carré habitable pour ceux/celles qui vivent et travaillent en Corse plutôt que pour les résidences secondaires et le tourisme, ou encore de reconnaître une co-officialité à la langue nationale corse, c'est une toute autre affaire ! [Mais comme nous l'avons vu plus haut, la vérité c'est que l'ordre dominant encourage ce genre d'attitudes d'"accrochage au privilège petit-blanc", a fortiori chez des Peuples périphérisés et connus pour être "remuants" : ceci explique (pour dissiper la perplexité d'A Manca) la capitulation de l'institution scolaire dans ce dossier.]

    Lire également ce bon article : Prunelli di Fium'Orbu - Méfions nous, les loups sont partout (Corsica Infurmazione).

    Le forum Camperemu des supporters du SC Bastia, fréquenté à 100% par des partisans de la libération nationale, a ouvert un sujet sur l'affaire qui donne un "échantillon" assez fidèle des opinions et des débats qui peuvent exister là-bas - où l'on pourra constater qu'on est loin d'un unanime "les Arabes dehors" comme certains voudraient nous le faire croire (l'on aura aussi un bon aperçu des problématiques locales qui sous-tendent les "passions" sur le sujet) : http://www.camperemu.com/viewtopic.php?f=14&t=43638

    Et puis aussi, plus cinglant encore, le prisonnier politique Niculaiu Battini de la Ghjuventù Indipendentista (Jeunesse indépendantiste), actuellement incarcéré à Bois-d'Arcy, s'est exprimé sur ces faits lamentables pour apporter son soutien aux enseignants et dénoncer les pétitionnaires comme (en substance) des têtes de cons qui "s'imaginent qu'être corse consiste à s'attaquer à la culture des autres", "sans aucune autre pratique politique" que celle-là, et des "amis des colons français qui s'en prennent aux Arabes pour faire oublier que les premiers envahisseurs en Corse ce sont eux" ; concluant son message par un retentissant "I FASCISTI FORA" ("les fascistes dehors")... Voilà qui a le mérite d'être dit.

    A Manca sur les récents évènements racistes survenus en Corse

    A Manca sur les récents évènements racistes survenus en Corse

    * Comme l'explique bien l'(assez marxisant) historien belge Jacques R. Pauwels ici sur le blog de Jean-Pierre Anselme : "Les gens trop pauvres, on pouvait s’en débarrasser en les envoyant dans les colonies. L’impérialisme était donc aussi une manière de résoudre les problèmes sociaux. Les pauvres pouvaient faire carrière dans ces colonies. De la sorte ils se muaient en patriotes, au lieu de rester des emmerdeurs. En les laissant intervenir de façon agressive dans les colonies, ils ne posaient plus le moindre problème dans la métropole. Il y avait par exemple pas mal de fils de fermiers sans travail, et ce du fait que l’agriculture devenait trop productive. Ces gars, on pouvait les envoyer au Congo comme missionnaires. On a expédié là-bas une vingtaine de missionnaires de chaque bled agricole flamand. On leur a collé un uniforme sur le dos et, dès lors, ils ont pu aller jouer au patron chez les Noirs."

     


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