• "Mé 67" en Gwadloup : une "certaine idée" gaulliste de la fRance, la mitraille pour les descendant-e-s d'esclaves...


    Alors que la Mère Canicule vient de nous ôter de la vue un (tristement) célèbre gaulliste "historique"*, salué comme tel par toute la (dé)classe politicarde depuis le Front National (avec lequel il avait toujours chanté ses "valeurs communes") jusqu'à l'inénarrable Mélenchon, nous partagerons ici avec vous un excellent article du collectif Cases Rebelles revenant sur les (aussi tragiques que sombrés dans l'oubli) évènements du printemps 1967 dans la colonie française de Guadeloupe.

    Visant à écraser dans l’œuf un mouvement révolutionnaire de libération anticoloniale qui, sous la direction du GONG (Groupe d'organisation nationale de la Guadeloupe) et avec l'appui de Cuba ou encore de la Chine maoïste, commençait à prendre de l'ampleur ; la répression impitoyable d'une grève insurrectionnelle fera cette année-là autour d'une centaine de mort-e-s dans l'île .


    Gwadloup : Mé 67 dans nos cœurs et nos écrits


    47 ans après

    Dans une relative discrétion, le Ministère des Outre-mer a mis en place fin avril, début mai 2014 une commission d’enquête sur trois événements capitaux de l’histoire de la Guadeloupe et de la Martinique1 : les « émeutes » de Fort–de-France en 1959, le crash mystérieux du Boeing à Deshaies en 62 qui couta la vie à plusieurs personnalités politiques gênantes pour le pouvoir colonial, et les événements guadeloupéens de Mai 67. Composée de 7 historiens et présidée par Benjamin Stora, la commission a un an pour rendre son rapport.

    Les événements de 1967 en Guadeloupe

    L’année 67 en Guadeloupe avait sans doute commencé en mars dans l’éclat de révolte qui avait déferlé sous le ciel de Basse-Terre. Le dogue d‘un négrophobe lâché sur un des nôtres. D’un coté, l’Europe arrogante, bourgeoise et commerçante, en la personne de Srnsky propriétaire d’un magasin Sans Pareil et ami de Jacques Foccart. De l’autre Balzinc, cordonnier âgé handi noir, et pauvre. Mais ni là, ni avant, ni aujourd’hui, ni demain il est dit que notre peuple subira toujours. La foule apprend l’attaque ; on appelle la police. La police ne fait rien. La police ne fit rien. À part aider à la fuite Srsnky. Alors pendant trois jours la colère tonne de soif de justice. Et le peuple se masse devant le magasin. Dans un même mouvement le préfet Bolotte feint de soutenir la foule et envoie la foudre : renforts, arrestations massives, tabassages, interdiction d’attroupement et de réunion, fermeture des débits de boissons, ville quadrillée. Sans surprise, une vingtaine de Guadeloupéens seront lourdement condamnés à la fin de l’année 67 alors que Srnsky, lui, a opportunément disparu et ne sera jamais jugé.

    Le 23 mars, à Pointe-à-Pitre, la dynamite  explosait une partie de la façade d’un magasin Sans Pareil appartenant au frère de Srsnky.

    Depuis mars l’administration coloniale est sur les dents. Décidée aussi. Décidée à faire payer l’affront de la révolte. La France craint aussi clairement le nationalisme guadeloupéen qui, stimulé par l’exemple algérien, se développe considérablement depuis une décennie avec notamment la fondation du Front Antillo-Guyanais pour l’Autodétermination, à l’initiative d’Albert Béville, Edouard Glissant, Marie-Joseph et Marcel Manville – Front très vite dissous par De Gaulle et contraint à l’activité clandestine.

    En 1962 se produit le mystérieux crash du Boeing, qui, ça tombe bien pour le pouvoir colonial, coûte la vie à de nombreux militants : Béville, Tropos, le guyanais Catayé et bien d’autres.

    Le GONG2 , né en France en 1963, s’implante en Guadeloupe dès 1964 pour propager ses idées indépendantistes et ses actions. En 1967 il est le groupe dont le pouvoir colonial a le plus peur, surestimant d’ailleurs largement ses capacités organisationnelles et insurrectionnelles de l’époque. D’un point de vue du contexte politique il ne faut pas négliger non plus l’importance du Parti Communiste Guadeloupéen, bourgeois dans ses orientations, très opposé aux positions nationalistes et qui n’hésite pas à s’acharner sur ses dissidents. C’est un communiste, Henri Bangou, qui est à l’époque maire de Pointe-à-pitre ; le pouvoir sait donc qu’il peut compter sur le PCG comme allié passif. Cela se vérifiera dans les prises de positions délirantes d’après les massacres, qui parlent notamment de complot visant à éliminer le PCG ourdi par des impérialistes présents dans les milieux gauchistes. En gros, le PCG accusera le GONG et la Vérité (groupe dissident d’anciens membres du PCG) d’être manipulés par… la CIA3 . Le PCG ira même, après ce véritable massacre colonial,  jusqu’à réprouver les violences "racistes" de certainEs révoltéEs qui s’en seraient pris à des touristes ou des passants innocents ; quand le PCG inventait le racisme anti-blanc… Mais venons-en aux événements.

    Le mercredi 24 mai 1967 la grève des ouvriers des bâtiments débute en arrêts limités et elle est suivie à 100%. Ils réclament une hausse de salaires de 2%. Le jeudi 25 mai elle s’étend et les travailleurs décident d’arrêter complètement le travail. Dans la matinée du 26, de nombreux ouvriers s’attroupent autour de la Chambre de Commerce où ont lieu les négociations. À 12h45 les négociations sont ajournées. Les grévistes demeurent. Vers 14h30, la police se retire et ce sont les CRS qui arrivent pour aider les patrons à s’éclipser. Les coups et le gaz lacrymogènes commencent à pleuvoir. Les manifestants demeurent une fois les employeurs évacués. Vers 15h, Bolotte ordonne de tirer sur la foule :

    Les documents prouvent que de mars (émeutes de Basse-Terre) à mai (tueries de Pointe-à-Pitre) le préfet Bolotte, qui avait été un ancien secrétaire général à la préfecture d’Alger durant « la bataille d’Alger », s’était préparé à exercer une répression judiciaire et militaire « sans faiblesse » préventive contre le GONG, considérée comme l’organisation responsable de la montée de revendication contre l’État. C’est pourquoi, dès les premières échauffourées de l’après-midi le préfet donne l’ordre de tirer et rappelle l’escadron des forces spéciales de la gendarmerie mobile, en attente depuis le 22 mars et en cours d’embarquement à l’aéroport du Raizet. La même logique de la culture de répression coloniale fortifiée en Algérie, lui fera obtenir sans discussion la permission de Jacques Foccart, secrétaire de l’Elysée et de Pierre Messmer, Ministre des armées, pour l’engagement de l’armée.4

    Jack Nestor, membre du GONG, est le premier à tomber, explicitement désigné comme cible par le commissaire Canalès. Deux autres Guadeloupéens tomberont encore. Ensuite, la colère populaire explose, dérisoire, face à la détermination meurtrière du pouvoir colonial qui envoie gendarmes, CRS et parachutistes. Toute la nuit ça tire à vue un peu partout en ville, notamment à la mitrailleuse. Le samedi 27 mai des jeunes, lycéens et étudiants partent en manifestation contre le pouvoir assassin à la sous-préfecture. Képis rouges et CRS attaquent de nouveau et la ville reprend feu. Encore des morts, encore des blessés encore des arrestations. Le 28 mai le calme est revenu.

    En préfecture, le patronat va signer une « surprenante » augmentation de 25% pour les ouvriers du bâtiment, beaucoup plus importante que celle refusée quelques jours avant ! Tout cela avant que ne soit lancée une répression visant à faire porter au Peuple guadeloupéen la responsabilité du massacre orchestré par les forces colonialistes.

    La répression

    Suite aux événements environ 70 Guadeloupéens seront arrêtés : certains sous des inculpations de droit commun (violences, attroupements, destructions,  etc.) d’autres pour séparatisme.

    15 guadeloupéens soi disant arrêtés en flagrant délit sont au tribunal dès le 31 mai. Le 7 juin, des condamnations à leur encontre sont prononcées, allant de 6 mois avec sursis à 30 mois fermes.

    Le pouvoir colonial va utiliser les massacres pour lancer une chasse dirigée contre le GONG, mais visant également la Vérité, le Progrès Social et le CPNJG.

    Les détenus, considérés comme politiques, sont envoyés en France à la prison de la Santé. Ils voient leur procès débuter le Lundi 19 février 1968. 18 hommes comparaitront devant la Cour de Sureté de l’État pour « Atteinte à l’intégrité de la sureté nationale ». Treize seront acquittés. Les autres seront condamnées à des peines de sursis allant de 3 à 4 ans.

    En avril 1968, débutent les procès de 25 Guadeloupéens défendus par un collectif impressionnant d’avocats dont Darsières, Gratiant et Felix Rodes lui-même, tout juste sorti des geôles françaises. La mobilisation locale est énorme notamment par le biais du COGASOP5, né 1 mois après les événements grâce à la sagacité d’Alain Aboso. Le mardi 17 avril le tribunal prononçait des acquittements et peine de sursis. Pendant ce procès, Canalès, chef de la police pendant les massacres et chef d’orchestre de la répression qui suivit, tenta à plusieurs reprises d’échapper à la barre. Mais il fut finalement contraint de venir témoigner.

    9 mineurs furent plus tard libérés après être passés devant le tribunal de Basse-Terre. Toutes les peines furent amnistiées par la loi du 30 juin 1969.

    Lire la suite >>>> c'est encore plus passionnant !

    "Mé 67" en Gwadloup : une "certaine idée" gaulliste de la fRance, la mitraille pour les descendant-e-s d'esclaves...

    Lire aussi Gwadloup - Matinik - Gwiyan : histoire d'une infatigable résistance

    Et encore sur les évènements de 1967 : Les massacres des 26 & 27 mai 1967 à Pointe à Pitre (UGTG)


    * Sur ledit gaulliste historique, vous aurez bien sûr reconnu l'inénarrable Pasqua, voici un plutôt bon article que nous avons trouvé (Révolution permanente est désormais le site du Courant communiste révolutionnaire du NPA, rien à voir la bande de connards gauchistes pro-israéliens sur Facebook l'été dernier) : Charles Pasqua est mort, vive Malik Oussekine !

     


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