• Qu'est-ce que l'AKP ?


    À l'occasion des dernières élections en Turquie, il nous a paru intéressant de rédiger ce petit "dossier" récapitulatif sur la nature du parti d'Erdogan et ses évolutions (car ce n'est pas non plus une force politique monolithique et immuable...), afin de pouvoir le mettre en lien dans les multiples articles où nous aurons l'occasion d'en parler.

    L'AKP, une force politique qui nécessite une analyse fine en non schématique ; car si elle est la force de gouvernement d'un État fasciste que des camarades communistes combattent et dont ils subissent la répression et les crimes, elle a aussi au fil de ses années de pouvoir acquis une popularité considérable parmi les masses populaires de culture musulmane en Europe et à travers le monde ; une contradiction à laquelle il est impossible de ne pas être confrontés tôt ou tard.

    Une analyse, finalement, TRÈS SATISFAISANTE (un marxiste qui passait par là, sans doute...) peut déjà être offerte par l'article Wikipédia consacré à Necmettin Erbakan, le fondateur du mouvement à l'origine de l'AKP (Milli Görüş puis Refah) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Necmettin_Erbakan#Biographie

    En gros, l'AKP comme successeur de ce mouvement représente la BOURGEOISIE NATIONALE provinciale/rurale, mais ayant la particularité d'être très liée à la fraction la plus conservatrice et religieuse de la grande propriété foncière (ce qui entame donc considérablement son caractère progressiste).

    "Le Parti de la Justice s'est constitué depuis sa création en 1961 sur une alliance de principe entre la petite bourgeoisie commerciale de province, les grands propriétaires terriens (très religieux) et la haute bourgeoisie capitaliste industrielle (plus occidentale) [NDLR parfois qualifiés de... "Turcs blancs" (beyaz türkler), par opposition aux (terme moins employé) "culs terreux" anatoliens "Turcs noirs" - kara türkler]. Le PJ, dirigé par l'équipe du Premier ministre Demirel, tient un discours ambigu sur la religion pour favoriser la domination de la haute bourgeoisie sur la bourgeoisie provinciale, et limiter les nombreux antagonismes qui les opposent.

    Mais le développement du capitalisme accentue les inégalités existantes entre la grande bourgeoisie occidentalisée, qui s'accapare tous les bénéfices de la croissance, et la petite bourgeoisie religieuse qui s'appauvrit.

    La bourgeoisie de province (liée aux grands propriétaires), qui s'oppose de plus en plus à la direction du PJ (accusée de défendre les intérêts des classes dominantes occidentalisées et anti-religieuses), trouve son porte-parole en la personne de Necmettin Erbakan. Il milite depuis les années 1960 au sein de la section jeunesse du Parti et s'était déjà fait remarquer par ses discours religieux virulents contre la laïcité kémaliste et l’impérialisme des grands bourgeois. [Lire : http://ekladata.com/Kaypakkaya-kemalisme.pdf]

    La direction du PJ, pour mettre un terme au mouvement de sécession qui s'est entamé en son sein, fait élire en 1968 Erbakan (qui s’est fait le porte-parole de la petite bourgeoisie) au poste de secrétaire de la Chambre du commerce et de l'industrie. Le Premier ministre Demirel croit pouvoir manipuler Erbakan et ainsi contrôler le mécontentement de la petite bourgeoisie.

    Mais Necmettin Erbakan refuse de se soumettre aux injonctions du PJ et commence à formuler de violents réquisitoires contre lui (et donc contre la grande bourgeoisie occidentalisée), ce qui lui permet d’asseoir sa popularité sur les classes populaires religieuses.

    Ces antagonismes de classes au sein du parti provoquent une première scission du PJ en 1969, et donnent naissance au Parti démocratique (dirigé par le frère de l'ancien Premier ministre Menderes). Cette première rupture décide la grande bourgeoisie, qui contrôle le PJ, à démettre Necmetin Erbakan pour ne pas accentuer la division qui le mine.

    Millî Görüş est la première grande organisation turque d'Europe. Fondée en 1971, à Braunschweig, à l'initiative de Necmettin Erbakan en tant qu'Union turque d'Allemagne, elle a pris son nom actuel en 1994. Le terme milli görüş signifie « vision nationale ». (...)

    Expulsé par le Premier ministre Demirel du PJ, Erbakan fonde le 26 janvier 1970 sa première formation politique, le Milli Nizam Partisi (ou MNP, « Parti de l’Ordre National », membre du Milli Görüş). Cette nouvelle formation politique, créée au nom de la bourgeoisie provinciale, s'ouvre à l’ensemble de la classe moyenne en proie au désarroi devant l'évolution des mœurs et des valeurs de la société turque, et qui se sent exclue du développement économique que connait le pays. Le Parti de l’Ordre National prône un retour aux valeurs traditionnelles de l’ancien Empire ottoman (et de l'islam), couplé à un développement économique axé sur l'industrie lourde et exportatrice.

    Son rejet catégorique des réformes kémalistes (dont la laïcité) fait remarquer le MNP par les forces de sécurité. Le coup d'État de 1971 en Turquie provoque sa dissolution par la Cour constitutionnelle le 20 mai 1971 pour atteinte au principe fondateur de la laïcité turque. Ses dirigeants restent cependant en liberté.

    En 1973, Necmettin Erbakan fonde, en compagnie des anciens dirigeants du MNP, le Milli Selamet Partisi (ou MSP, « Parti du Salut National »). Le nouveau parti politique, bien que très proche des principes de l'ancien, reste très prudent à l'égard de l’idéologie islamiste et essaye de s'intégrer davantage au système politique parlementaire (pour limiter les risques de dissolution). Le PSN rationalise l'idéologie religieuse pour la diriger contre ses adversaires (le PJ et le PRP), et défend une société utopiste égalitaire et juste fondée sur les principes de l'islam.

    Cette approche paie puisque le parti obtient 10 % des suffrages aux élections législatives de 1973 et s’intègre aux coalitions politiques du parlement. Erbakan est ainsi adjoint au Premier ministre lors de trois coalitions différentes de 1974 à 1978. En 1976, le jeune Recep Tayyip Erdoğan (futur président turc) adhère à l'organisation de jeunesse du Parti du Salut National.

    À la suite du coup d'État du 12 septembre 1980 en Turquie, le PSN est une nouvelle fois dissous par la Cour constitutionnelle. Cette fois-ci, Erbakan est arrêté pour activités anti-laïques (notamment pour une interview donnée au journal Milliyet en 1973, où il critiquait la réforme d'habillement d'Atatürk) et se voit signifier en 1982 une interdiction d’exercer des activités politiques pendant dix ans. Cette interdiction est levée en 1987 à la suite d'un référendum.

    Mais la légitimation politique de l’idéologie islamiste par les militaires (synthèse turco-islamiste) provoque un important engouement pour l'islam populaire et les partis qui s'en réclament. Le Refah Partisi, créé en 1983 après le retrait de l'armée de la vie politique, profite de cette vague populaire islamique.

    En 1987, Erbakan est élu président du Refah Partisi (ou RP, « Parti de la Prospérité »), sous les couleurs duquel il sera Premier ministre entre 1996 et 1997.

    Il est partisan d’un grand marché commun islamique du Maroc à l'Indonésie et s’oppose à la politique kémaliste favorable à l’Europe et à l’Occident : « Nous ne sommes pas occidentaux, nous ne sommes pas européens ». Il qualifie alors l'Union européenne de groupe maçonnique. En 1989, dans la ville néerlandaise d'Arnhem, il tient un discours aux accents djihadistes qui fait scandale : « Les Européens sont malades… Nous leur donnerons les médicaments. L’Europe entière deviendra islamique. Nous conquerrons Rome. »

    Le 30 juin 1997, il démissionne sous la pression des militaires ; le RP est alors interdit et Erbakan se voit signifier une nouvelle interdiction de son activité politique pour deux ans et quatre mois de prison pour incitation à la haine raciale et religieuse. Fin 1997, alors que le gouvernement tranche sur la suppression du parti d'Erbakan, le Refah, déjà des structures alternatives se mettent en place et Recep Tayyip Erdoğan, futur président du pays, en émerge comme nouveau leader."

    [Cette même analyse pourrait de fait s'appliquer à l'"islamisme" en général : une alliance de bourgeoisie nationale, de "capitalisme d'en bas" opposé au capitalisme "d'en haut" bureaucratique-comprador au service de l'impérialisme, et de propriété féodale la plus hostile à la "modernité" impérialiste ; le tout appuyé sur des masses populaires animées par le même sentiment. Quelque part, de par sa composition de classe, il est possible de dire que l'"islamisme" est une... Chouannerie géante, et qui va bientôt fêter son 100e anniversaire - voir ici un-film-reactionnaire-sur-la-vendee-a133902500 "notre" analyse (basée sur celle des historiens matérialistes sérieux qui se sont penchés dessus) à ce sujet.]

    En 2010, à l'occasion de l'attaque d'un navire humanitaire turc pour Gaza par la flotte israélienne, évènement qui a peut-être représenté l'apogée de la popularité d'Erdogan tant dans son pays que dans les masses musulmanes mondiales, nous avions publié cet article qui expliquait la nature de l'AKP à ce moment-là et les contradictions l'opposant aux autres forces politiques locales (y compris le mouvement communiste et le mouvement national kurde) :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/turquie-iran-kurdistan-israel-qu-en-est-il-a114095668

    Mais depuis cette époque, une nouvelle évolution s'est encore dessinée. Durablement installé au pouvoir, le parti d'Erdogan a tout d'abord littéralement "phagocyté" l'électorat des partis de la Juste Voie et de la Mère Patrie, qui ont littéralement disparu des "radars" parlementaires (ce qui, si l'on se réfère aux origines de l'erbakanisme dans le parti de Süleyman Demirel, est en quelque sorte une "revanche"...) ; partis classiquement considérés comme la DROITE kémaliste "laïcité ouverte" (sur l'islam) du pays, et qui ont notamment régné suite au (sanglant) coup d’État de 1980 jusqu'au milieu des années 1990. Et d'autre part, après les menaces de coup d’État en série qui ont émaillé la fin des années 2000, une sorte de "compromis" semble avoir été trouvé avec le national-républicanisme et l’État profond, faisant finalement ressembler l'idéologie du pouvoir erdoganien (de plus en plus autocratique) à celle du mouvement "Jeune-Turc" ("Union et Progrès") des années 1900-1910 (à l'origine du génocide arménien...), ou encore à celle du MHP (les fameux "Loups Gris" ultra-fascistes) qui du coup, après avoir honni l'AKP dans les années 2000 (notamment pour son "libéralisme" face aux Kurdes), a commencé à le soutenir ouvertement !

    "Ces ‘pragmatiques’ issus de l’‘islamisme’, c'est-à-dire de l’expression du ‘capitalisme d’en bas’ (émergeant des ‘entrailles’ de la vie sociale, contre le capitalisme bureaucratique ‘d’en haut’), sont en fait les véritables ‘nouveaux Menderes’ ; entre libéralisme économique, ‘ouverture’ politique par rapport aux ‘vaches sacrées’ du kémalisme, charité ‘sociale’ islamique, néo-ottomanisme tourné vers l’Orient et europhilie frustrée ; tandis que les partis de la ‘Juste Voie’ et de la ‘Mère Patrie’ (les héritiers ‘officiels’, fusionnés en 2007 dans un nouveau Parti démocrate’) sont en réalité plutôt ‘kémalo-libéraux’ (ce sont en fait les ‘partis’ des coups d’État militaires des années 1970 et 80, qui visaient aussi l’aile ‘sociale’/‘dirigiste’ du kémalisme afin d'instaurer le ‘néolibéralisme’). L'on observe d'ailleurs très nettement que ces forces 'semi-kémalistes semi-menderistes' özalo-demireliennes ont tendu ces dernières années à purement et simplement disparaître de la scène politique [aucun élu aux élections législatives de 2011 et encore - MàJ - à celles de 2015], qu'elles ont pourtant dominée entre les épisodes putschistes des années 1970 à 1990. Disparaître... phagocytées par l'AKP, ce représentant de la nouvelle bourgeoisie - petite, moyenne voire grande - de l'intérieur du pays (c'est très net sur les cartes électorales), hier déshérité par rapport aux régions de la Mer Égée et d'Istanbul (Turquie "moderne", "utile", économiquement avancée) et qui a connu au cours des dernières décennies un développement économique conséquent : une nouvelle bourgeoisie qui a produit des militaires (y compris hauts gradés) contrecarrant les menaces latentes de coup d’État de l'aile "dure" kémaliste laïciste ; qui a peuplé la capitale économique stambouliote à la faveur de l'exode rural (Erdoğan devenant maire de la ville dès 1994) et qui a petit à petit imposé l'hégémonie intellectuelle d'une sorte de "kémalisme islamisé" plus indépendant (voire hostile : "idéologie Vallée des Loups") vis-à-vis de l'Occident et "ottomanisant" (comprendre, tourné économiquement et diplomatiquement vers les pays arabes voisins), mais tout aussi réactionnaire ; une sorte (finalement) de nouvelle idéologie jeune-turque (l'idéologie du génocide arménien...) prête à toutes les malfaisances. C'est peut-être là, dans cette mutation de l'idéologie dominante de l’État, qu'il faut voir malgré les menaces la raison du succès et de la longévité de l'AKP - exceptionnelle pour un gouvernement civil issu des urnes depuis le milieu du 20e siècle."

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/honneur-communiste-a-ibrahim-kaypakkaya-assassine-il-y-a-40-ans-par-l--a114094360 

    "Nous y faisions d'ailleurs - notamment - remarquer qu'après avoir semblé dans un premier temps amorcer une certaine libéralisation de l’État (surtout sur le plan de la négation des nationalités), une réduction du rôle de l'institution militaire (Conseil de Sécurité Nationale) face aux élus civils et un "désalignement" vis-à-vis de l'Occident et d'Israël (refus de servir de base pour l'invasion de l'Irak en 2003, soutien ouvert au "parti frère" Hamas en Palestine), l'AKP au pouvoir depuis 2002 a finalement été happé à son tour dans la fuite en avant autoritaire et répressive (lire aussi ici au sujet du "mouvement de Taksim" de 2013) indissociable de la crise générale terminale du capitalisme, surtout dans la région proche- et moyen-orientale où celle-ci aiguise particulièrement toutes les contradictions (il suffit de voir la Syrie), et a en fin de compte (en quelque sorte) "refondu" l'idéologie étatique turque dans un sens moins "laïc intégriste" et plus "ouvert" à l'islam sunnite, religion de la majorité de la population... et surtout de toute une nouvelle bourgeoisie - petite, moyenne voire grande - de l'intérieur du pays (chose très nette sur les cartes électorales) qui a connu au cours des dernières décennies un développement économique fulgurant et peuplé la capitale économique Istanbul à la faveur de l'exode rural (Erdoğan devenant maire de la ville dès 1994), produit des militaires (y compris hauts gradés) contrecarrant les menaces latentes de coup d’État de l'aile "dure" laïciste et imposé ainsi l'hégémonie intellectuelle d'une sorte de "kémalisme islamisé" (assez semblable finalement... à l'ultra-nationalisme d'extrême-droite "pantouranien" du MHP, qui multiplie d'ailleurs ces derniers temps les déclarations d'amour envers le parti au pouvoir) ; phagocytant de fait la base sociale de la "droite kémalo-libérale" özalo-demirelienne (totalement disparue des écrans radar...) qui avait dominé la vie politique entre 1974 et 1996 (faisant entrer le pays dans l'ère du "néolibéralisme" entre deux coups d’État militaires sanglants...) tout en maintenant une ligne géopolitique "ottomaniste" de puissance régionale, tournée économiquement et diplomatiquement vers le voisinage oriental quitte à entrer en conflit avec l'Occident ("idéologie Vallée des Loups") ; ce qui associé (donc) au tournant autoritaire-répressif de ces dernières années, fait finalement ressembler le régime... à celui d'"Union et Progrès" !"

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/il-y-a-100-ans-l-etat-fasciste-turc-naissait-dans-le-sang-du-genocide--a117493162

    Voilà plus ou moins histoire de situer...

    *********************

    Le Parti démocrate de Menderes, puis les successifs "Parti de la Justice", "de la Juste Voie" etc. de Demirel ont été les partis historiquement chargés d'encadrer la Turquie "noire", rurale, traditionnelle, attachée à l'islam et à l'orientalité.

    Et il est possible de dire que l'AKP a repris le flambeau dans ce rôle ; mais à la différence d'un populisme anti-occidental et d'un "indépendantisme" géopolitique nettement plus marqué (les autres avaient toujours opté pour un alignement "sage" sur l'Occident dans le contexte de la Guerre froide).

    En ce sens il est possible de dire que, bien qu'Erdogan soit généralement considéré "de droite", il a joué sensiblement le même rôle canalisateur et de "soupape" que les "gauches" en Amérique latine.

    Le TKP(ML) terminait son texte de 1992 ou 93, "On ne peut pas être communiste sans défendre le maoïsme", par "Les conditions sont bonnes" ; détaillant en quoi elles l'étaient malgré les apparences de la "Fin de l'Histoire" proclamée par l'impérialisme.

    Et la même chose aurait très certainement pu être écrite au sujet d'à peu près tous les pays d'Amérique latine.

    Mais c'était sans compter l'irruption de ces "gauches" pour canaliser la colère populaire dans des illusions réformistes, "socialistes du 21e siècle" etc. etc.

    Comme, strictement de la même façon, Erdogan et son AKP sont donc intervenus en 2002 pour la canaliser dans un "islam de justice" et des discours "musclés" d'indépendance vis à vis de l'Occident, de solidarité avec la Palestine et les pays musulmans agressés par l'impérialisme (Irak, Afghanistan) etc.

    Ce qui peut sembler "surréaliste" ou "bancal" comme raisonnement, ne l'est en réalité pas du tout : dans l’État turc, la monopolisation de la richesse a été historiquement assurée par une force de "centre-gauche", laïque et moderniste (le kémalisme) ; et le "ruissellement" de cette même richesse un thème porté par la droite conservatrice, islamiste ou du moins "ouverte" vis-à-vis de l'islam majoritaire de la population. On peut à la rigueur y voir un parallèle avec le PRI mexicain, lui aussi classé au "centre-gauche", et son renversement après 80 ans de pouvoir (lui aussi) par le PAN conservateur de droite. Faute de véritable perspective révolutionnaire anticapitaliste, supposément enterrée par la "Fin de l'Histoire", c'est un appel au "ruissellement" de la richesse nationale qu'émettaient les masses ; et ont surgi comme "soupapes" politiques les forces à même (en apparence du moins) de le satisfaire. Dans le reste de l'Amérique latine, la monopolisation au service de l'impérialisme était assurée peut-être parfois par des forces anciennement de "centre-gauche" (APRA péruvienne, AD vénézuélienne, divers "sociaux-démocrates" brésiliens ou radicaux argentins), mais depuis les années 1980 totalement converties au "néolibéralisme" donc de droite ; et c'est donc sur leur gauche, à coups de "socialisme du 21e siècle" qu'un contrefeu "soupape" a pu être allumé.

    Et aujourd'hui, strictement de la même manière, les deux "modèles" sont en faillite.

    Dans une Turquie en crise économique galopante, le régime d'Erdogan a achevé de montrer un visage néolibéral et fasciste que l'on peinerait désormais à distinguer des politiques des années 1980-90 dans ce pays ; sans pour autant que les médias occidentaux ne cessent d'exprimer la volonté impérialiste erdogan-est-un-fasciste de le voir remplacé par un bon vieux kémaliste bon teint à la Ince ou une nationaliste reconvertie en Macron locale comme Meral Akşener turquie-kurdistan-elections-anticipees.

    De même que les "gauches" latino-américaines soit ont capitulé devant l'ordre capitaliste-impérialiste occidental ("néolibéralisme"), soit sont soumises à l'asphyxie économique et à une déstabilisation fasciste de type Maïdan si elles s'accrochent à leur "socialisme" et à leur alignement sur la Russie et la Chine (Venezuela) ; subissent dans tous les cas la crise économique de leur "modèle" extractif ou agro-extensif "redistributeur" ; même des dirigeants qui n'avaient qu'infiniment peu bousculé les intérêts du Grand Capital local et impérialiste se retrouvent la cible de "coups d'État" institutionnels et judiciaires (Correa en Équateur, Lula et Dilma au Brésil, Cristina Kirchner en Argentine) ; etc. etc., bref.

    Tout l'enjeu à présent, dans les uns et les autres cas, est de parvenir à transformer ces situations en ENSEIGNEMENT pour les masses qui avaient voulu voir en ces régimes un Peuple turc (mais c'est aussi valable pour beaucoup de minorités nationales, Arabes, Lazes et même une bonne partie des Kurdes !) ou une Amérique latine "debout" ; afin de montrer que le seul moyen d'être "debout" contre l'impérialisme et la misère qu'il impose est dans la Révolution démocratique et la Guerre populaire.


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