• Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?


    La réponse qui s'impose est OUI, BIEN SÛR... Mais ces questions nationales, dans ce pays qui a la particularité d'avoir été une COLONIE (britannique), puis un processus de colonisation mené par les colons devenus indépendants de la métropole, avant de devenir la première puissance impérialiste mondiale, ont la particularité d'être fondamentalement raciales.

    Déjà, l'intégralité du territoire a été volé aux Nations indigènes qui y vivaient (et dont des "maoïstes", ou plutôt des sortes de 'p''c''mlm' locaux aujourd'hui ont encore le toupet de discuter le caractère national et donc le droit à l'autodétermination, alors qu'elles avaient tous les prérequis scientifiques marxistes et sont donc devenues des nations en étant "touchées" par le capitalisme lors de la colonisation). Dans une logique maximaliste de "justice absolue", l'on pourrait donc dire que l'intégralité du territoire fédéral leur revient de droit ; après, ne représentant plus que 0,9% de la population, il y a bien sûr une question de faisabilité qui doit être étudiée démocratiquement. Il y a néanmoins, largement au-delà des "réserves" où la colonisation les a parquées, de larges territoires qui pourraient être rendus à certaines d'entre elles comme mesure immédiate.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Ne serait-ce que déjà... toute l'Alaska, achetée à la Russie en 1867 et grande comme 3 fois l’État français !

    Ensuite, pour mettre en valeur ces terres volées aux Nations indigènes, ont été amenés dans toute une région au Sud-Est, jusqu'au 19e siècle, des millions d'esclaves africains. En dépit de leur répartition, par la suite, sur tout le territoire au cours de la Grande Migration (entre les deux guerres mondiales et jusqu'aux années 1960), il y a depuis les rives du Bas-Mississippi jusqu'à l'embouchure du Potomac où se trouve Washington, tout un territoire de grande concentration, anciennement celui des grandes plantations esclavagistes, que certains militants révolutionnaires noirs appellent New Afrika (déjà dans les années 1940, Harry Haywood, éminent marxiste-léniniste ami de l'URSS, envisageait d'y établir une république socialiste noire).

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Ensuite encore, un tiers du territoire américain actuel consiste en fait en la MOITIÉ du territoire mexicain conquis à la suite d'une terrible guerre d'agression en 1848.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Non seulement des dizaines de milliers de Mexicains (généralement métis indigènes), ainsi que des Nations indigènes entières (comme les Apaches ou les Navajos), ont été emprisonnés à l'époque dans ce territoire conquis que les militants chicanos nomment Aztlán ; certes submergés ensuite par les colons européens ; mais très vite, dès la fin du 19e siècle, une immigration mexicaine puis latino-américaine en général l'a en quelque sorte reconquis, avec désormais des dizaines de comtés où les Latinos (principalement mexicains) sont majoritaires, voire l'écrasante majorité dans certains.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Quelques décennies plus tôt, la Floride qui relevait de la Caraïbe espagnole avait elle aussi été annexée (1819) ; et un phénomène un peu similaire s'est opéré ces dernières décennies : les Latino-Américains sont désormais majoritaires dans la pointe méridionale de la péninsule (qui abrite aussi une importante population afro-caraïbe anglophone ou haïtienne).

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Loin de là dans le Pacifique, l'archipel d'Hawaii, territoire polynésien annexé en 1898 puis devenu État en 1959, bien qu'aujourd'hui majoritairement peuplé d'Asiatiques (près de 40%) et de métis de diverses origines (25%), et seulement de 10% d'Hawaiiens "purs", doit bien entendu immédiatement redevenir un État démocratique indépendant ; de même que l'île caraïbe hispanique de Porto Rico, annexée la même année et devenue quant à elle un "État associé" protectoral (avec pratiquement plus de ressortissants immigrés sur le continent que d'habitants dans l'île même).

    Pour le reste, il y a bien évidemment des particularismes régionaux, mais l'Amérique blanche reste fondamentalement l'Amérique blanche. D'ailleurs, ces particularismes ne sont pas nécessairement plus importants... que ceux entre les différentes origines européennes et l'attachement qui peut perdurer envers celles-ci (Irlandais, Italiens, Polonais, Juifs etc.).

    Le particularisme texan, souvent mis en avant dans cet État, est fondamentalement réactionnaire, s'agissant d'une affirmation de colons européens sur un territoire volé au Mexique et aux Nations indigènes. Globalement plus liberal ("progressiste"), prenant parfois même des accents "éco-socialistes", le mouvement dit de Cascadie (Nord-Ouest, Oregon et État de Washington avec Seattle) n'en est pas moins une tentative d'esquiver cette problématique fondamentale.

    Certaines organisations communistes, comme l'Organisation Révolutionnaire du Travail (ROL ou Ray O. Light), évoquent l'existence d'une "Nation appalachienne" dans la chaîne de montagne de ce nom, caractérisée par une immigration européenne très pauvre et une condition ouvrière très dure, ainsi qu'un important métissage avec les populations indigènes (Cherokees etc.) ; mais cette affirmations est loin de faire l'unanimité... ni réellement et immédiatement sens d'un point de vue scientifique marxiste.

    Sur le littoral de la Louisiane (terre des bayous) se trouve la région de l'Acadiane, peuplée de Cadiens ou Cajuns, issus (attention, à la différence des descendants de planteurs esclavagistes français venus nombreux lors de la révolution anti-esclavagiste en Haïti - 1791-1803) de la terrible déportation de masse des francophones des actuelles Provinces maritimes du Canada par le conquérant britannique, que l'on pourrait qualifier de premier backlash des méthodes coloniales au sein même la blanchité (sur un nombre d'environ 14.000, près de 9.000 n'y ont pas survécu...) ; parfois plus ou moins métissés avec les populations indigènes locales. Ils sont au nombre actuel d'un demi-million environ dans cette région qui en compte un million et demi, à raison de 10 à 30% de locuteurs du français cadien selon les paroisses.

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?

    Certes, il y a dans la middle class américaine (pas forcément "plus progressiste" au demeurant) une culture de mépris du "petit Blanc arriéré" des campagnes et petites villes ouvrières (redneck, hillbilly, white scum) ; certes, lors de la Grande Dépression, les paysans d'Oklahoma ou d'Arkansas chassés par la misère vers la Californie y étaient traités comme la pire merde. Certes, au moment de chercher des Blancs pour travailler avec eux, les Black Panthers de Fred Hampton se sont finalement rendus compte que ces petits Blancs des Appalaches ou d'Arkansas, du Nord-Ouest ou du Michigan venus dans les grandes villes comme Chicago pouvaient finalement être, une fois "décrassés" de leur bain culturel raciste depuis la naissance, de bien meilleurs alliés que les "radicaux" prétentieux et paternalistes de campus (comme les yippies de Hoffmann et Rubin, qui planteront radicalement leur co-inculpé Bobby Seale lors du procès de Chicago en 1968).

    Pour autant, ces populations blanches (auxquelles on pourrait encore une fois ajouter, en termes de relégation et de mépris, les vagues récentes d'immigration européenne jusqu'à ce que celles-ci cessent à-peu-près au milieu du 20e siècle) ont toujours fini par être intégrées dans le "glacis défensif" du Pouvoir qu'est la blanchité, avec son "salaire" chargé de faire que même avec de très faibles revenus financiers, il est toujours plus avantageux d'être blanc (et donc de s'accrocher à ce statut face à la précarisation sociale) ; chose absolument structurelle pour l'ordre social là-bas et INDISPENSABLE à reconnaître et comprendre pour quiconque se prétend révolutionnaire.

    D'autre part, sur le plan de l'organisation sociale territoriale de l'immense fédération, Washington est une capitale purement administrative et sur le plan économique le pays est polycentrique : plusieurs Centres s'y "chargent" de concentrer et gérer la richesse extraite de chaque grande région (métropole atlantique de Boston à Washington en passant par New York, métropole californienne de San Diego à San Francisco en passant par Los Angeles, Chicago, Houston et Dallas au Texas, Kansas City dans les Grandes Plaines, Seattle tout au Nord-Ouest, Miami en Floride comme "porte" de la Caraïbe et de l'Amérique latine, etc.) ; si bien qu'il n'est pas possible de dire qu'un grand Centre hégémonise tout et "plie" des régions périphériques entières à sa logique économique.

    Dit autrement : toutes ces contradictions au sein de l'Amérique blanche peuvent tout à fait être mises à plat et affrontées (elles le devront, même) ; mais PAS AVANT d'avoir reconnu et décidé d'affronter comme contradiction principale la nature COLONIALE du système vis-à-vis des Nations indigènes, des Latinos, des New Afrikans et autres minorités "de couleur" (Asiatiques etc.).

    De fait, tant qu'une immigration européenne soutenue entrait chaque année dans le pays, conduisant sa démographie en ligne quasi-droite (sauf Guerre de Sécession et Grande Dépression des années 1930) de moins de 5 à plus de 300 millions, les États-Unis se voyaient envers et contre toute leur histoire garantir une nette majorité blanche (75 voire 80% durant l'"âge d'or" d'après-guerre jusqu'aux années 1960) ; mais la tendance s'est désormais inversée et l'on ne compte plus, selon les statistiques de 2010, que 63% de Blancs non-hispaniques (les "Hispaniques", désormais 50 millions soit 1/6e de la population, ne sont pas une catégorie raciale et peuvent être déclarés noirs, blancs, "amérindiens" ou "multiraciaux", beaucoup se déclarant - donc - blancs sans l'être aux yeux des WASP...), et donc par soustraction près de 40% de non-Blancs-non-hispaniques colonisés intérieurs.

    C'est un fait : conséquence de l'impérialisme, l'immigration est en train de mettre la fin de l'Amérique blanche à l'ordre du jour - et c'est une EXCELLENTE CHOSE.

    Il résulte, tant de cette construction historique que nous avons vue que de cette situation actuelle, que le moteur de la révolution aux États-Unis est la RÉVOLUTION ANTICOLONIALE INTÉRIEURE ; et que sur plus de la moitié du territoire (les régions que nous avons vues sur les cartes), ainsi que dans toutes les grandes villes, les communistes révolutionnaires blancs ne peuvent finalement avoir pour premier Plan Général de Travail que d'être des PORTEURS DE VALISE de celle-ci (et non un "complexe industriel de l'allié" postmo-gauchiste qui finit toujours par prétendre tout diriger).

    Y a-t-il des questions nationales aux États-Unis ?


  • Commentaires

    3
    GuilhèmCamisard
    Mercredi 14 Février à 01:16

    Les Gusanos (hispaniques de Floride) c'est la bourgeoisie cubaine, je précise. Pas grand chose a voir avec les Chicanos en Aztlán

      • Mercredi 14 Février à 08:39

        Il n'y a pas que les gusanos pour faire une majorité de la population. Il y a toute sorte d'origines et depuis 1990 l'exil n'est malheureusement plus que bourgeois. Déjà en 1980 il était lumpen.

    2
    Cernunnos
    Mardi 13 Février à 22:21
    Les contradictions ethniques internes à l'Amérique sont-elles comparables à celles entre le Québec et le Canada anglophone ?

    Voire même entre Britanniques et Boers / Afrikaners eux-mêmes colons minoritaires, en Afrique du Sud ?
    (sans compter celles entre ethnies noires, l'Afrique du Sud m'intrique par sa complexité de sa question coloniale)
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