• Tandis que la persécution de tout ce qui ressemble (de près ou de loin) à un communiste se poursuit (voir l'interview ci-dessous), la barbarie des nazis "EuroMaïdan" ne connaît plus de limites même vis-à-vis des morts - en l'occurrence des 34.000 victimes de leurs aïeux bandéristes et de leurs copains SS allemands :


    Ukraine : le mémorial des victimes du massacre de Babi Yar vandalisé


    Point de stèle funéraire en mémorial de Babi Yar.
    Rien qu'une falaise abrupte, la plus fruste des sépultures.
    Et m'y voici, épouvanté.
    Je me découvre aussi vieux, aujourd'hui,
    Que la race entière du Peuple juif.

    Je me revois antique fils d'Israël.
    Errant sur cent chemins hors de l’Égypte ancienne
    Jusqu'à ce lieu, à l'ombre de la croix, massacré, torturé,
    Qui m'impute jusqu'aujourd'hui le stigmate des clous sanglants.

    Je me sens transformé en l'âme de Dreyfus le proscrit.
    Les Philistins m'ont trompé, ils osent encore me juger.
    Ils m'ont piégé, encagé. Sans  cesse soupçonné, emprisonné,
    Ils me persécutent, crachent sur moi, me calomnient, tandis que
    Les gracieuses poupées dans leurs atours en dentelles frétillent
    En m'injuriant, pointant sur mon visage le poignard de leurs ombrelles.

    Je me retrouve gamin à Belostok
    Sang jaillissant, répandu sur les sols,
    Des patrons de tavernes enragés contre moi
    M'empestent de leur puanteur mêlée de vodka et d'oignon.

    À coup de bottes je fus assommé, gisant à bout de force.
    En vain ai-je imploré la populace en plein pogrom
    De ne plus hurler à la fois "Mort aux Juifs" et "Sauvons notre Russie" !
    Ma mère a été violentée par un prêtre.

    Ô Russie de mon cœur, je te connais bien,
    Faisceau de nations, unies en ta vérité profonde.
    Trop souvent ceux dont les mains se souillèrent d'ordure
    Ont profané ton nom sacré, en n'affirmant que leur haine.

    Je connais toute la tendresse de ma terre natale.
    Comme il est méprisable que sans aucun scrupule
    Les ligues antisémites se soient investies d'elles mêmes
    En tant qu'"Union du Peuple Russe !"

    Il me semble que je suis moi-même devenu Anna Frank,
    Tout aussi transparent, tel le plus fin rameau d'Avril,
    En moi revit l'amour, toute autre phrase resterait vaine,
    Échangeons seulement nos regards, les yeux dans les yeux.
    Il y a si peu à voir, et si peu même à sentir !
    Interdits nous sont les feuillages, défendu de regarder le ciel,
    Seul nous est-il permis,  dans notre cache obscure,
    Très tendrement, d'échanger nos baisers.

    - "On arrive !"

    - "Oh non, ne crains point – ce sont les bruissements
    Du printemps lui-même. Il arrive avec ardeur.
    Pose bien vite tes lèvres sur les miennes !"

    - "Ils vont enfoncer la porte !"

    - "Non, ce ne sont que les bris des glaces de l'hiver qui résonnent …"

    De folles herbes frémissent sur Babi Yar,
    Les arbres observent, solennels, comme siégeant en jugement.
    Tout ici hurle, dans le silence, et, chapeau bas,
    Je sens ma chevelure qui blanchit.

    Et moi-même, dans un long cri d'horreur silencieux
    Au-dessus de ces milliers d'innocents ensevelis,
    Je redeviens chacun des vieillards ici égorgés,
    De même que chaque tendre enfant ici assassiné.

    Pas une fibre de mon corps ne pourra l'oublier.
    Puisse l'"Internationale" n'être plus entonnée ni célébrée
    Que lorsque, pour toujours, sera enfoui sous terre et oublié
    Le dernier des antisémites ayant pu se trouver au monde.

    Il n'est pas dans mon sang la moindre goutte de sang juif,
    Mais, tel , je suis un Juif aux yeux des antisémites
    Qui me haïssent dans leur passion destructrice.
    Et c'est ainsi que je me prétends être un véritable Russe.

    Evgueni Evtouchenko, 1961

    Nouvelles d'Ukraine

    D'après l'Agence juive, le nombre de Juifs ayant quitté l'Ukraine pour Israël a augmenté de 142% entre 2014 et 2013 - 762 contre 315 aux premiers trimestres respectifs (sans compter que de nombreux autres ont aussi pu quitter le pays pour une autre destination...). Aux dernières nouvelles, un Juif religieux venu d'Israël en pèlerinage sur la tombe d'un rabbi vénéré est porté disparu à Ouman (Centre-Ouest du pays). Guère besoin d'être Sherlock Holmes pour imaginer ce qui a pu se passer...

    Mais cela ne semble pas émouvoir outre mesure les petits connards d'"extrême-gauche" amis de Maïdan et pourfendeurs de "rouges-bruns pro-russes" ; souvent les mêmes... qui vous taxeront d'antisémites et de nazis si vous manifestez une solidarité un peu trop militante avec la Palestine occupée, colonisée et apartheidisée. Cherchez pas à comprendre !


    À lire aussi (très intéressant !) :


    Interview d’Andreï Sokolov, communiste russe emprisonné en Ukraine


    Nouvelles d'Ukraine

    Interview réalisée en mai 2015 par le Secours Rouge International. Andreï était alors à la prison de Mariupol. 

    1. Quel est ton parcours politique ? 

    De par mon origine sociale, je suis un ouvrier, un machiniste, un armurier. Pour ce qui concerne mes opinions politiques, je suis un révolutionnaire russe, un communiste. Lorsque j’étais jeune, je suis passé du stade d’activiste de gauche modérée à celui de supporter radical de la lutte armée. J’ai été membre de différentes organisations de gauche - depuis les trotskystes et le CPRF (Parti communiste de la Fédération de Russie) jusqu’au RCYL(b) (Ligue de la Jeunesse communiste révolutionnaire - bolchévique) et au RCWP (Parti des ouvriers communistes de Russie). Suite à la répression des autorités en 1997, je suis allé en prison pour la première fois. Donc, la nouvelle période de ma vie a commencé - la période en prison. Aujourd’hui, j’ai 36 ans et j’ai passé 9 années de ma vie en prison en vertu de quatre condamnations (terrorisme de gauche et trafic d’armes). Cette captivité ukrainienne est déjà mon cinquième emprisonnement. Pour l’instant, je ne sais pas ce qui m’attend : un échange, ou une condamnation, ou une exécution en tant qu’otage si la guerre s’intensifie. Il y a une totale incertitude.

    2. Quelles sont les accusations contre toi ? 

    Je suis accusé d’avoir aidé à informer le ministère de la Défense de la DPR (République populaire de Donetsk). À ce que l’on prétend, je me suis déjà rendu dans différentes usines du Donbass et leur ai donné des conseils en tant que spécialiste des armes sur la possibilité de réparer les armes dans ces entreprises. C’est mon ‘crime’. Et la preuve est : mon passeport de citoyen russe, le ruban de St. George sur l’antenne de ma voiture et mon témoignage ‘volontaire’ recueilli sous la menace de la torture alors que j’avais été confiné dans une prison militaire secrète dans la zone ‘d’opération anti-terroriste’ du 16 au 29 décembre 2014. C’est tout. Selon la loi ukrainienne, la DPR est considérée comme une organisation terroriste, et toute personne qui l’aide - soldats, policiers, médecins, professeurs - sont aussi des terroristes. Quelle absurdité ! J’ai été enlevé le 16 décembre à un poste de contrôle entre Donetsk et Gorlovka alors que je conduisais ma voiture pour aller rendre visite à mon camarade, l’anarcho-communiste Egor Voronov. Je me suis rendu jusqu’au poste de contrôle par erreur, je n’avais pas de carte. Bien sûr, je ne prévoyais pas de quitter la DPR pour l’Ukraine (tant Gorlovka que Donetsk sont en DPR).

    Ayant vu une voiture avec des plaques russes et le ruban de St. Georges, ils m’ont immédiatement placé en détention. Et pendant plus de deux semaines, on m’a gardé dans une prison secrète, avec un masque sur mon visage pour que je ne puisse pas voir où j’étais enfermé et où on me conduisait. C’est une pratique habituelle de l’État ukrainien à l’égard des prisonniers. Tout comme le tabassage, la torture et le meurtre. J’ai décrit ces journées en détail dans mon article ‘Everybody speaks under captivity’ publié par mes camarades. Maintenant je comprends très bien ce que les autres camarades ont ressenti dans de telles situations, en Argentine ou au Chili dans les années 1970. Lorsque vous êtes retenu par des militaires et qu’ils peuvent vous faire exactement tout ce qu’ils veulent, que pour tout le monde vous êtes autre part, vous avez disparu. Une vie humaine ne vaut pas une cartouche de fusil ici.

    3. Quelle est la situation politique dans le Donbass ? 

    La situation politique au Donbass est une situation de guerre prolongée. C’est une guerre qui a une influence sur toute l’économie et toute la politique ici. La militarisation de la société a eu lieu. Alors que l’Ukraine peut se permettre de diviser la vie du pays en régions ‘pacifiques’ et zone ‘anti-terroriste’, la DPR n’a ni le territoire ni la population pour cela. Toute la terre est fouillée par l’artillerie et les roquettes. Cette guerre a touché tout le monde, et tout le monde doit prendre part à la défense et travailler pour le front. D’autant plus que près de la moitié de la population est réfugiée et est partie en Russie. Il n’y a que quelques personnes qui sont restées ici. Seuls 60-70.000 soldats de l’armée de Novorossia se dressent contre 250.000 hommes de l’armée ukrainienne. Une telle différence de forces entraine une situation économique difficile et la pauvreté pour les civils qui sont restés au Donbass. Il y a de la pauvreté et de l’inflation en Ukraine aussi, mais c’est beaucoup plus difficiles en DPR et en LPR (République populaire de Lugansk).

    Une guerre ‘étrange’ se déroule ici. Des ‘cessez le feu’ sont prononcés mais ne sont respectés par personne. L’électricité, le gaz et le charbon traverse la ligne de front. Un commerce clandestin se déroule. Les élites locales résolvent leurs affaires et leurs problèmes financiers derrière le dos des militants de la base. Mais seuls les ouvriers et les paysans combattent (dans les deux camps). Lorsque des ‘élections’ officielles furent organisées à l’automne 2014, légalisant les oligarques moyens d’hier qui avait soutenu le mouvement anti-Maïdan (Zakharchenko et Plotnitskiy), les communistes furent éliminés de ces élections par une raison officielle. Tout ceci a causé le mécontentement du commun des mortels et de l’armée de Novorossia. J’ai parlé à de nombreux militants de base, et ils veulent que cette situation change. Pour expulser les oligarques et mener la nationalisation. Pour aller se battre - sachant qu’ils donnent leurs vies pour leurs propres usines, leurs propres mines, leur propre terre. Mais pas pour l’élite bourgeoise d’hier qui a changé le drapeau ukrainien pour le drapeau de la DPR.

    Une telle attitude colérique entraînera une guerre civile à l’intérieur de Novorossia même. Et cette colère devient plus brute de mois en mois. Ce sont les ouvriers et les paysans de retour de la ligne de front qui ont fait la révolution de 1917. Avec l’expérience de la guerre prolongée et la haine à l’égard des maîtres de l’arrière. La situation politique ? Il y a la Russie d’un côté, l’Ukraine et l’OTAN de l’autre et enfin le mécontentement social populaire en raison de la pauvreté et de la guerre (davantage ici et là). Voilà la situation. Très dure !

    4. Quelles sont les forces politiques au pouvoir dans les RP de Donetsk et de Lugansk ? Quelle est l’importance des oligarques ? Quelle est l’importance des chauvinistes russes ? Quelle est l’importance des communistes ? 

    Toutes les forces politiques du Donbass ont été formées au printemps 2014, au cours du soi-disant ‘printemps russe’. Pendant l’année de guerre s’est déroulée leur radicalisation, depuis des exigences modérées de fédéralisation de l’Ukraine jusqu’à la totale sécession et l’indépendance du Donbass. Trop de sang a coulé pour que l’on puisse penser à une réincorporation dans une Ukraine unifiée, même sous des conditions d’autonomie.

    Une grande déception s’est produite après la croyance du peuple que la Russie allait adopter le Donbass comme la Crimée, ou qu’elle allait amener des troupes pour sa défense. Cela n’est pas arrivé. Ce conflit n’a pas pu être résolu sans beaucoup de douleur (ni Moscou ni Washington n’ont semblé le souhaiter). Les raisons principales du début de la guerre sont bien connues - c’est la réponse du Donbass à l’EuroMaïdan de Kiev, la protestation contre la politique nationale d’une région du pays s’imposant à une autre (l’Ouest à l’Est de l’Ukraine), politique symbolisée par l’interdiction de la langue russe et le ‘Lenin fall’ (la destruction des statues de Lénine).

    Une révolution libérale nationaliste a eu lieu à Kiev, ayant échangé un oligarque modéré, Yanukovich, pour une équipe de nationalistes et d'oligarques du groupe Poroshenko. De nombreuses personnes pensent que ce ne fut pas une révolution mais une prise de contrôle. Et cela s’est déroulé dans un pays multinational. C’est semblable à la Yougoslavie. L'arrivée au pouvoir de nationalistes dans un pays multinational est un moyen direct vers sa destruction et la guerre. C’est ce qui s’est passé en Ukraine - la Crimée et le Donbass sont perdus pour toujours. C’est la raison pour laquelle les forces politiques principales sont devenues des supporters anti-Maïdan et attendaient l’aide de la Russie.

    Malheureusement de nombreuses personnes issues de l’ancienne élite locale ukrainienne, de la bourgeoisie locale du Donbass, des policiers et des anciens militaires ont pris l’initiative. Ce sont des forces directement conservatrices. Comme avant, la gauche ne joue qu’un petit rôle ici, dans cette guerre. Pourquoi ? Parce que sa majorité n’était pas prête pour une telle lutte, pour une politique armée. Mais ceux qui furent les premiers à prendre les armes et à créer une milice sont en fait devenus le nouveau pouvoir. Pendant les années de paix, les communistes ont oublié l’essence même du ‘Manifeste du Parti Communiste’ de Marx et Engels, et que le seul moyen pour la victoire est la rébellion et la lutte armée. Deux décennies d’élections bourgeoises et de jeux parlementaires ont émoussés toutes les ‘dents et griffes’ et ont transformé le CPU (Parti communiste d'Ukraine) en un correspondant du CPRF russe (Parti communiste de la Fédération de Russie), en une ‘opposition constructive’ juste pour ‘ventiler’. C’est la raison pour laquelle, lorsque le pouvoir ‘poussait aux arbres’ dans le Donbass ainsi que dans toute l’Ukraine, ils faisaient pâle figure, sauf pour leur participation symbolique dans l’anti-Maïdan. Mais le moment des réunions et des piquets était déjà passé. Il était nécessaire de commencer des actions plus radicales, et la gauche n’y est pas parvenue.

    C’est la raison pour laquelle, au lieu d’une rébellion sociale, une longue guerre entre ‘seps’ (séparatistes) et ‘ukes’ (Ukrainiens) a débuté. Les nationalistes se sont activement joints de part et d’autre. Mais la gauche est restée à la marge. J’ai passé un peu de temps dans le Donbass du 4 au 16 décembre. Mais maintenant, je parle beaucoup aux miliciens emprisonnés. Et je peux assurément dire qu’ils n’ont pas rencontré un seul ‘Russe chauvin’ ou nationaliste parmi eux. Ou ceux-ci ont-ils tellement de chance qu’ils peuvent parvenir à ne pas se faire emprisonner ? C’est l’opposé, tous nos prisonniers qui ont plus de 40 ans, qui se souviennent de l’époque soviétique, tous sont des internationalistes et sont allés à la guerre en raison de leur souhait de repousser ces ‘patriotes’ qui étaient venus pour les bombarder et les abattre. La nostalgie de l’époque soviétique est très forte chez eux. Ils soutiennent les idées de nationalisation et de socialisme.

    Il y a une grande aspiration à la justice sociale parmi eux et les jeunes travailleurs. Ils sont la matière première pour la propagande de gauche. Hoo ! Où êtes-vous, les communistes ?

    Un seul exemple. Durant mon séjour en DNR (République populaire de Donetsk), dans la ville de N., un camarade local du CPU (Parti communiste d'Ukraine), un communiste (un retraité) est venu vers moi. Il portait un pistolet à gaz et voulais savoir s’il était possible de le transformer en vrai pistolet. J’ai examiné le pistolet, il s’est avéré être en aluminium, il était normalement impossible de transformer un tel pistolet. Je le lui ai dit, et lui ai promis de lui trouver un pistolet normal. Il était le chef d’un petit détachement constitué des travailleurs d’une usine. Ils avaient besoin d’armes pour la garde de l’usine et pour la nationalisation. Ils avaient des hommes, mais pas d’armes. C’est la raison pour laquelle je suis arrivé là. Pour aider de tels camarades. À quoi ressemble une telle scène ? Je n’avais lu au sujet de situations semblables que dans des livres sur la Révolution de 1905. À l’époque, les ouvriers avaient acquis des armes où ils pouvaient, par n’importe quels moyens, pour créer leurs détachements. Je lui ai expliqué qu’il était nécessaire de d’abord trouver de l’argent, et que la vieille technique de tous les révolutionnaires pour cela était l’expropriation. Alors, il serait possible d’armer les ouvriers normalement et de commencer les changements sociaux. N’est-ce pas fantastique ? Non, c’est une affaire réelle !


    Dernières infos  :

    Andreï Sokolov a été transféré dans la prison de Berdyansk (un transfert de 400 km qui a duré deux semaines) pour y être jugé le 3 septembre, mais l’audience n’a duré que 10 minutes. Faute de traducteur d’ukrainien en russe, l’audience a été reportée au 23 octobre. Andreï est maintenant détenu à la prison de Volnyansk (à 10km de Zaporizhya). La perspective d’un échange de prisonniers s’est éloignée. Seuls de petits échanges, d’une dizaine de prisonniers de part et d’autre chaque fois, ont eu lieu. Or il y a dans les prisons d’Ukraine environ 1.500 prisonniers politiques et prisonniers de guerre. Beaucoup ont commencé à passer devant les tribunaux pour terrorisme, trahison et séparatisme, risquant 15 ans de prison.

    Nouvelles d'Ukraine


    2 commentaires

  • Relire à cette occasion notre article sur l'ex-Yougoslavie qui reprend bien la genèse de ce terrible conflit, que l'on voit aujourd'hui se rééditer en Ukraine :


    Ex-Yougoslavie


    Il y a 20 ans, le massacre de Srebrenica
    Il y a 20 ans, le massacre de Srebrenica

    Lire aussi :

    Le procès du fasciste Karadzic

    Mladic arrêté

     


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  •  http://democracyandclasstruggle.blogspot.fr/2015/05/boris-kagarlitsky-on-ukraine.html 

    Peu ou pas connu en Europe occidentale avant l'affaire ukrainienne, Boris Kagarlitsky est un intellectuel marxiste russe aux points de vue controversés comme peuvent l'être le "vieux stal" belge Michel Collon ou l'italien Domenico Losurdo*.

    Il est clair que nous avons plus d'une divergence avec sa vision des choses et c'est pourquoi nous publions également l'introduction critique des camarades gallois de Democracy & Class Struggle, que nous partageons pour ainsi dire à 100% [parce que voilà : c'est bien de gueuler comme un veau au "rouge-brun", au "confusionniste" ou à la "taupe réactionnaire dans la gauche radicale", mais c'est beaucoup mieux d'expliquer en quoi les analyses d'un Kagarlitsky ou d'un Collon ou d'un Losurdo se placent (d'un point de vue marxiste de notre époque c'est-à-dire maoïste) sur un terrain glissant - et dans les trois cas cela commence par ne pas qualifier correctement la Russie et/ou la Chine de pays capitalistes impérialistes, mais cela ne les empêche pas d'avoir aussi des analyses intéressantes qui "brisent" le consensus "Fin de l'Histoire" qui emprisonne la pensée occidentale depuis un quart de siècle].

    Après la mort de Mozgovoï, un point sur la situation en Ukraine avec Boris Kagarlitsky

    Democracy and Class Struggle publie cet entretien avec Boris Kagarlitsky car il met en lumière l'héroïque lutte du camarade Alexeï Mozgovoï [bon, nous avons aussi expliqué que Mozgovoï n'était selon nous pas à proprement parler un "camarade" : nous considérons qu'il évoluait sans doute trop dans le "bon" sens pour que "certains" souhaitent et obtiennent sa mort, mais qu'il était encore très loin du "compte" marxiste]. 

    Nous avons un certain nombre de désaccords avec lui sur la question de l'impérialisme et en particulier de l'impérialisme russe que nous voyons plutôt basé sur le nationalisme russe et non sur le Capital financier, de manière similaire à l'analyse de Lénine sur les origines premières de l'impérialisme japonais.

    Nous voyons la faiblesse du Capital financier russe comme l'une des raisons pour lesquelles l'impérialisme US n'a pas eu le dessus dans la présente crise - avec un secteur capitaliste financier plus important, l'économie russe aurait été mise à genoux par l'impérialisme US/anglo-saxon (c'est une des rares bonnes nouvelles dans le conflit en cours).  

    Nous voyons l'impérialisme US comme l'impérialisme planétaire hégémonique et la Russie et la Chine engagées dans une lutte anti-hégémonique, mais pas anti-impérialiste avec les impérialistes anglo-américains. 

    Nous voyons la notion de sous-impérialisme [SLP préfère parler de puissance ou d'expansionnisme régional (dans le cas d'une classe dirigeante dotée d'un "agenda propre"), ou encore d'"antenne-relais" ou "gendarme" régional lorsque l’État en question agit clairement comme "courroie de transmission" d'une puissance impérialiste - typiquement Israël vis-à-vis des États-Unis et de l'Occident en général, ou le Tchad pour l'impérialisme bleu-blanc-rouge en Afrique], en particulier dans le cas de l'Inde, comme un instrument utile pour développer une pensée marxiste critique ; mais clairement ni la Russie ni la Chine ne sont des "sous-impérialismes" de l'hégémonie mondiale US, en dépit de la volonté de celle-ci de les voir telles. 

    Les deux puissances ont de sérieuses contradictions avec l'impérialisme US ; contradictions qui ne peuvent être résolues que par la guerre impérialiste. 

    Pour autant, si nous ne sommes pas d'accord avec certaines analyses géopolitiques de Boris Kagarlitsky, son point de vue sur les contradictions internes à l'Ukraine et aux Républiques de Donetsk et Lugansk est très instructif et nous apprécions grandement son travail - comme le travail d'un camarade. 

    Amener la lutte anti-hégémonique vers l'anti-impérialisme authentique au niveau international et, à l'intérieur de chaque pays, la lutte populiste anti-oligarchique vers l'anticapitalisme sont les tâches de notre époque et le meilleur moyen de faire honneur au camarade Alexeï Mozgovoï. 

     
    Placée dans une perspective plus large, la crise en Ukraine peut être vue comme le dernier épisode d'un conflit de longue date. L'expansion de l'OTAN vers l'Est a commencé avec la République tchèque, la Hongrie et la Pologne en 1999 sous l'administration Clinton puis s'est poursuivie avec la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, la Roumanie, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie en 2004.

    Bien entendu, le désir d'installer un régime pro-occidental en Ukraine a aussi été démontré avec la "Révolution orange" en 2004. Après les élections de 2014, le nouveau gouvernement de Kiev a annoncé un référendum pour rejoindre l'OTAN tandis que la Russie annonçait clairement qu'elle ne tolèrerait pas une Ukraine membre de l'alliance sur sa frontière.

    Quelle est la raison profonde derrière l'insistance de l'Ouest à étendre son influence en Ukraine, sachant que cela va forcément conduire à une confrontation avec la Russie ?

    Est-ce la conséquence d'une stratégie US craignant un rapprochement entre l'Europe et la Russie ?

    Boris Kagarlitsky : Le conflit géopolitique engendré par l'expansion de l'OTAN est le produit d'un processus économique et social ayant lieu en Europe. C'est en fait la logique du modèle néolibéral [NDLR - ce que nous qualifions de logique issue du triomphe du capitalisme impérialiste occidental sur les mouvements sociaux révolutionnaires et même réformistes conséquents, la menace (internationale) révolutionnaire communiste et finalement même le "contre-pouvoir mondial" représenté par l'URSS, entre les années 1970 et 1990] qui stimule l'expansionnisme otanien.

    Ceci est très semblable à ce que nous avons pu voir à la fin du 19e siècle, avec la vague de colonialisme engendrée par la "Dépression victorienne tardive" [la crise mondiale de 1873 NDLR : nous avons déjà expliqué que celle-ci est en fait le début de la première crise générale du capitalisme, qui sera "résolue" temporairement vers 1895-1900 par l'expansion coloniale dont parle Kagarlitsky ; mais cette "résolution" conduira directement à la Première Guerre mondiale qui conduira elle-même à la crise de 1929 et à la Seconde, dont la fin en 1945 sera aussi celle de cette première crise générale - une nouvelle crise débutera autour de 1970, c'est celle où nous nous trouvons et qui est entrée dans la seconde moitié des Après la mort de Mozgovoï, un point sur la situation en Ukraine avec Boris Kagarlitskyannées 2000 dans sa phase terminale]. Pour stabiliser le système sans le changer et pour faire face à la chute brutale du taux de profit sans transformer la manière de produire et de distribuer, vous devez créer de nouveaux marchés, soumettre aux lois du marché des secteurs qui ne le sont pas encore et faire irruption dans les marchés existants pour les réorganiser conformément aux besoins d'une exploitation plus dure encore.

    C'est ce que David Harvey appelle le "spatial fix" [intraduisible, ce terme évoque à la fois un nouvel ancrage géographique dans la quête de ressources ou de débouchés mais aussi le caractère temporaire d'une telle solution, à l'image du bien-être momentané d'un "fix" de drogue]. L'expansion de l'OTAN en Europe de l'Est et l'actuelle crise ukrainienne répondent de la même logique, mais la différence est que dans les années 1990 l'expansion occidentale n'était pas désespérée - elle exprimait la force des capitalismes européens et nord-américains.

    Aujourd'hui, la politique de prise de contrôle et de colonisation de l'Ukraine est le fruit de l'extrême gravité de la crise économique : c'est un acte de désespoir.

    Et contrairement à l'Europe centrale, qui a souffert du processus d'intégration mais a aussi réussi à en retirer quelques bénéfices, il n'y a rien que l'Ouest puisse offrir à l'Ukraine sinon une satisfaction symbolique et un appui militaire à l'oligarchie.

    De l'autre côté, la Russie et certains segments du Capital industriel ukrainien veulent protéger leur propre sphère d'intérêts.

    C'est pourquoi ils ont soutenu la rébellion populaire en Novorussie**. Mais ils l'ont fait à contrecœur, car les forces sur le terrain sont plutôt radicales et veulent renverser le système oligarchique et le néolibéralisme en tant que tels.

    La lutte en Novorussie se déroule donc sur deux fronts simultanément, et le rôle du Pouvoir russe est contradictoire.

    La Russie soutient la rébellion, tout en essayant de l'écraser en tant que mouvement social.

    Jusqu'ici les dirigeants de Moscou se sont efforcés de placer leurs hommes à la tête des républiques novorusses, mais ils ont échoué à contrôler la situation sur le terrain où les groupes de gauche et radicaux sont armés et influencent idéologiquement les combattants. 

    Que dire de l'influence et des intérêts russes de longue date en Ukraine, autrement dit, peut-on parler d'un impérialisme russe ?

    Le rêve des élites russes est d'avoir de bonnes relations avec l'Ouest. Leur argent est à l'Ouest, leurs enfants sont à Oxford ou Harvard, leurs propriétés en Suisse ou en Angleterre. Elles sont prêtes à pratiquement toutes les concessions qui ne déstabiliseraient pas la Russie elle-même. Mais l'Ouest n'accepte pas ces offres. Les cercles dirigeants de l'UE préfèrent parler de menace russe plutôt que de coopération avec la Russie.

    C'est en partie parce qu'ils pensent pouvoir retirer toujours plus de la situation, en partie parce qu'ils sont otages de leur propre propagande, et en partie parce qu'ils ne comprennent réellement pas ce qu'il se passe dans la société russe.

    La situation en Crimée en est l'exemple parfait : aucun gouvernement russe ne va jamais abandonner la région car au moment même où il le fait, il tombe.

    Par rapport à la thèse de l'"impérialisme russe", il faut être absolument clair : la Russie est la force dominante dans la région et tente de se maintenir dans cette position. Cela ressemble à la situation du Brésil en Amérique latine ou de l'Inde en Asie du Sud. Parallèlement, chacun peut constater que la Russie est aujourd'hui un pays capitaliste avec une classe dominante qui a ses propres intérêts. Mais cela rend-il la Russie impérialiste ?

    Après la mort de Mozgovoï, un point sur la situation en Ukraine avec Boris KagarlitskyNon, en tout cas pas au sens marxiste du terme [NDLR nous sommes en désaccord total bien entendu]. Nous ne parlons pas d'impérialisme indien ou brésilien dans des conditions similaires. Pour ce qui est de la Chine, l'on peut se poser la question de savoir si l'on peut maintenant la regarder comme un impérialisme en Afrique. Mais dans le contexte de l'Ukraine, il est très clair que la Russie est dans une position défensive.

    Le paradoxe est que beaucoup de grandes entreprises russes sont opposées à une défense active des positions stratégiques en Ukraine, car elles sont plus intéressées par garder de bonnes relations avec l'Ouest. Mais globalement, sur cette question, la classe dominante russe est totalement désunie.

    Les raisons officielles de l'ajournement par Ianoukovitch de l'accord d'association avec l'UE - l'évènement qui a déclenché le conflit - vont de son refus de la libération de Timochenko comme condition préalable jusqu'aux termes très rudes de l'accord avec le FMI, qui demandait des augmentations sèches des prix du gaz à domicile ou encore des coupes sévères dans les dépenses publiques. 

    Cependant, les médias occidentaux ont beaucoup clamé que c'est la rencontre secrète entre Poutine et Ianoukovitch qui a en réalité conduit à l'ajournement de l'accord quelques semaines seulement avant la date prévue pour sa signature.  

    L'Union européenne avait pourtant considérablement avancé dans la substitution à la Russie comme premier partenaire commercial de l'Ukraine ; et elle l'a désormais clairement surpassée. 

    Ayant observé la situation depuis un long moment, pourquoi la Russie aurait-elle décidé de menacer Ianoukovitch de sanctions économiques quelques semaines seulement avant la signature de l'accord d'association avec l'UE, après des négociations qui ont duré des années, et attendu ce moment pour faire sa contre-proposition d'intégrer l'Ukraine à son Union économique eurasiatique ?  

    Et quel a été le rôle des intérêts capitalistes de Donetsk représentés par Ianoukovitch ?   

    Les articles économiques de l'accord exigeaient des changements dans les standards technologiques et autres de l'industrie ukrainienne. Ceci signifiait une mort immédiate pour l'économie ukrainienne et la perte soudaine de tous ses marchés traditionnels. C'était exactement le but de l'accord : détruire l'économie souveraine de l'Ukraine et transformer la population en réservoir de force de travail immigrée pour l'UE [comme les Roumains et les Bulgares aujourd'hui, ou les Polonais pendant longtemps, pour des "missions" de "travail temporaire international" en particulier dans le BTP], en main d’œuvre bon marché pour les "investissements directs" étrangers et en consommateurs de produits d'importation.

    C'est pourquoi non seulement Ianoukovitch, mais aussi son gouvernement étaient réticents à signer un tel accord. Et même aujourd'hui il n'est toujours pas en application, dans des conditions de guerre civile toujours en cours qui pourrait bien mener à l'effondrement du régime de Kiev.

    Pour ce qui est de l'attitude de Gazprom dans les négociations avec l'Ukraine, il est absolument clair qu'il y a toujours eu des pressions sur l'entreprise pour maintenir des prix bas vis-à-vis de Kiev, afin de garder de bonnes relations entre les deux pays. Lorsqu'il est devenu clair que l'Ukraine était en train de sacrifier ses relations avec la Russie pour rejoindre l'UE, Gazprom a utilisé comme menace la possibilité d'oublier ses obligations politiques envers ses partenaires ukrainiens et d'augmenter les prix. Il est important de souligner que la situation financière de l'entreprise n'était pas bonne à ce moment-là : elle avait besoin d'argent.

    Toutefois, par la suite, les pressions politiques ont repris et Gazprom fournit à nouveau du gaz à l'Ukraine à prix discount.

    Quelle est votre perception des mouvements Maïdan et anti-Maïdan ? Quelles sont leurs respectives bases de classe ? S'agit-il de mouvements populaires endogènes et spontanés ou de soulèvements fabriqués sous influence étrangère, dans un but impérialiste ? 

    Après la mort de Mozgovoï, un point sur la situation en Ukraine avec Boris KagarlitskyMaïdan était une étrange combinaison d'éléments marginalisés de l'Ouest de l'Ukraine soutenant l'extrême-droite et de catégories moyennes et moyennes-supérieures de Kiev qui soutenaient les nationalistes libéraux. Le mouvement du Sud-Est est quant à lui composé d'ouvriers, de salariés et de petits entrepreneurs.

    Mais cette fracture géographique ne reflète pas la totalité de la situation. La résistance au gouvernement en place à Kiev n'est en aucune manière limitée au Sud-Est. En réalité, la résistance est très forte à Kiev même. Il y a aussi des groupes de résistance en Ukraine occidentale, bien qu'ils soient confrontés à une forte répression. La question linguistique a joué un rôle très mineur dans la détermination des allégeances, contrairement à ce que disent les médias russes. En réalité, les deux bords sont à prédominance... russophone.

    Au printemps 2014, nous (l'Institut pour la Recherche globale et les Mouvements sociaux, IGSM) avons organisé à Belgorod [en Russie, juste de l'autre côté de la frontière en face de Kharkov] une école pour activistes sociaux ukrainiens, à laquelle ont assisté des militants de tout le pays. La composition de classe de ces mouvements de résistance était très claire comme pouvaient l'être leurs sympathies, que l'on peut qualifier de "gauche populiste".

    Cela n'est pas forcément anticapitaliste, mais le socle commun est un rejet du néolibéralisme et le sentiment qu'il faut lutter pour restaurer l’État-providence (la "République sociale") et la souveraineté populaire. L'attitude vis-à-vis de la Russie est contradictoire. D'un côté, Moscou aide le mouvement à résister à Kiev. De l'autre, la Russie s'oppose aux réformes politiques et sociales qui sont vues comme l'objectif de la lutte. En ce sens les déclarations d'Alexeï Mozgovoï, l'un des plus populaires commandants de la rébellion, sont assez parlantes.

    En mars 2014, l'enregistrement d'une conversation téléphonique entre la cheffe de la politique étrangère européenne Catherine Ashton et le Ministre des Affaires étrangères estonien Urmas Paet a été éventé. Dans cette conversation, Paet affirme avoir été informé lors de sa visite en Ukraine que la nouvelle coalition arrivée alors au pouvoir était derrière les snipers qui avaient tiré sur les manifestants et la police sur la Place de l'Indépendance en février 2014. Que pensez-vous de ces évènements qui ont conduit Viktor Ianoukovitch à fuir le pays quelques jours plus tard ? 

    Il a pu y avoir une provocation, mais probablement pas dans le cas des snipers. Il y a un grand nombre de supports vidéo qui sont assez clairs : les snipers de la police ont commencé à répliquer en ouvrant le feu seulement lorsque les forces gouvernementales ont été attaquées. Le bilan des pertes est également clair : environ 50 policiers ont été tués le premier jour. Ce n'est que les jours suivants qu'il y a eu des pertes parmi les protestataires. Cela ne ressemble pas vraiment à un cas classique de répression policière...

    Alors que la Russie avait signé à la hâte la Déclaration de Genève en avril 2014, acceptant des termes aussi défavorables que “le désarmement de tous les groupes armés illégaux”, avec la retraite des troupes ukrainiennes vers la fin de l'été 2014 ce sont Kiev et l'Ouest qui se sont précipités pour signer le Protocole de Minsk en septembre. Ils ont annoncé une semaine plus tard que l'accord de libre-échange entre l'Ukraine et l'Union européenne allait être ajourné sine die. Ceci semble indiquer un changement rapide dans le rapport de force sur le terrain. Depuis la signature de Minsk I en septembre 2014, où en est-on en termes de rapport de force entre la Russie et l'Ouest ? 

    Après la mort de Mozgovoï, un point sur la situation en Ukraine avec Boris KagarlitskySur le terrain les opolcheniye (forces rebelles) gagnent toutes les batailles, et ceci se reflète dans les négociations. Bien sûr le matériel militaire russe fourni aux Républiques de Donetsk et Lugansk en août 2014 et par la suite a joué un rôle important, tout comme les conseillers et les volontaires.

    Mais la diplomatie russe accepte systématique les pires conditions possibles pour la Novorossiya au regard du rapport de force du moment.

    Y avait-il toujours une chance pour l'élection de gouvernements de gauche à Donetsk et Lugansk, ou le Kremlin contrôlait-il totalement les choses, s'assurant que cela n'arrive jamais ? Quelle est la situation dans les Républiques aujourd'hui, et quelle est exactement la politique de Moscou vis-à-vis de la Novorussie et de l'Ukraine ? 

    Les mouvements de gauche étaient assez forts à Donetsk et Lugansk au printemps 2014, ce qui se reflétait dans leur forte présence au sein des Soviets suprêmes des deux républiques. Cependant, à partir d'août 2014, les représentants de la Russie ont réussi avec succès à marginaliser la gauche dans les structures de pouvoir de celles-ci.

    Le principal instrument pour cela a été la fourniture d'aide humanitaire et de matériel militaire, soumise en contrepartie à de sérieuses concessions politiques. Certains dirigeants des Républiques qui n'étaient pas d'accord avec cette politique ont dû se démettre. Vers la même période, l'école IGSM pour les mouvements sociaux a été fermée à Belgorod (nos comptes à la Sberbank ont été tout simplement bloqués).

    Il y a eu des attaques physiques contre d'importantes figures de centre-gauche comme Pavel Gubarev***. En automne, ceci a été suivi par la décision de ne pas valider les candidatures de gauche aux élections pour le nouveau parlement, désormais totalement sous contrôle russe.

    Toutefois, une grande partie de la gauche représentée par l'organisation Borotba, le Parti communiste (KPU) et d'autres groupes a trouvé refuge dans les structures des milices populaires, qui se sont radicalisées politiquement. Ceci se reflétait dans les déclarations d'Alexeï Mozgovoï.

    En tant que commandant de la "Brigade Fantôme", Mozgovoï avait appelé à la démission des pantins de Moscou dans les gouvernements de Donetsk et Lugansk, qui bloquaient selon lui la lutte populaire pour libérer l'Ukraine des oligarques.

    Ceci n'a cependant pas conduit à un véritable conflit interne, car en janvier les affrontements militaires avec Kiev ont repris.

    Il faut tout de même préciser que cette situation ne peut être reprochée seulement aux dirigeants de Moscou. La gauche à Donetsk était plutôt naïve et inexpérimentée. Elle a par conséquent non seulement perdu beaucoup d'opportunités, mais elle était aussi totalement impréparée aux attaques qu'elle a subi.

    Mais il faut encore plus blâmer pour ce résultat la gauche internationale et une grande partie de la gauche russe qui n'ont rien fait pour soutenir politiquement ou matériellement les forces progressistes en Ukraine du Sud-Est. Au lieu d'aider la lutte réelle, ces personnes et ces organisations étaient engagées dans des débats honteux sur le caractère "politiquement correct" des combattants sur le terrain et sur le fait qu'ils méritent ou non leur soutien [NDLR : le même problème surgit à chaque fois qu'il est question de la Palestine, ajouté au fait que "trop" dénoncer les crimes de l’État sioniste et leurs défenseurs intellectuels ou même physiques (LDJ, Betar etc.) à travers le monde serait faire preuve d'"antisémitisme"... La vérité c'est que les combattants populaires du Donbass étaient et sont certainement très loin d'être "parfaits" selon nos standards progressistes occidentaux et que d'ailleurs, comme le souligne Kagarlitsky lui-même, ce sont désormais les courants "grand-russes" directement liés à l'impérialisme de Moscou qui ont pris l'ascendant (courants qu'il ne s'est par ailleurs jamais agi de soutenir, mais au contraire de renforcer la gauche contre eux !) ; mais surtout que la "gauche" ukrainienne pro-Maïdan (social-démocrate, "anarchiste" voire "marxiste")Après la mort de Mozgovoï, un point sur la situation en Ukraine avec Boris Kagarlitsky grassement sponsorisée par les "ONG" impérialistes sait parfaitement sur quels "sujets sensibles" manipuler l'extrême-gauche occidentale - comme par exemple les propos sexistes qu'aurait tenu Mozgovoï, encore que cette affaire soit elle aussi contestée (des sources affirment qu'il parlait au second degré, moquant justement l'idée que le fait que les femmes sortent la nuit "expliquerait" qu'elles se fassent violer), ou encore le passé nationaliste de Gubarev et toute la campagne de démolition visant Borotba à partir des propos ou des "relations" d'untel ou untel, etc. etc.].

    Vous avez pu écrire que les élections de novembre 2014 à Donetsk et Lugansk, qui ont vu un taux de participation élevé, tendraient à atténuer les tensions à l'intérieur de ces républiques, en particulier entre le pouvoir politique et les forces rebelles. Comment la situation a-t-elle évolué depuis, avec la reprise des combats en janvier suivie d'une nouvelle trêve (accords de Minsk II en février 2015) ? Observe-t-on des tensions entre le pouvoir politique et les forces rebelles dans les Républiques ? Y a-t-il des désaccords stratégiques significatifs ? 

    Lorsque l'accord de Minsk I a été signé, tout le monde savait bien que ce serait une trêve de courte durée et que les hostilités allaient reprendre très rapidement. La même chose peut être dite au sujet de Minsk II.

    Pour ce qui est des tensions entre les combattants opolcheniye et la direction politique, elles sont très importantes particulièrement à Lugansk. Mais avec le soutien de Moscou, les dirigeants parviennent à maintenir les opolcheniye sous contrôle. Ils tentent aussi de renvoyer chez eux les volontaires russes à motivations idéologiques, et de les remplacer par des éléments loyaux envers le Kremlin et la direction actuelle des Républiques.

    Certains avancent que la chute brutale des prix du pétrole et du gaz (depuis septembre et novembre 2014 respectivement) serait le fruit d'une attaque coordonnée états-unienne et saoudienne contre la Russie (et possiblement aussi l'Iran et le Venezuela). L'Ukraine se trouve-t-elle elle-même au milieu de cet échiquier géopolitique énergétique ? Et que pensez-vous de l'accord alternatif russo-turc après l'abandon du South Stream en décembre ?

    La chute des prix du pétrole n'a rien à voir avec une quelconque conspiration. La seule chose étrange est qu'elle ne se soit pas produite beaucoup plus tôt. Dès 2011 Sergueï Glaziev, conseiller économique de Poutine, avait publié un livre prédisant l'effondrement des prix du brut en 2014 au plus tard. L'expert économique de l'IGSM, Vassili Koltashov, a lui aussi écrit à plusieurs occasions qu'il n'y avait aucune chance de maintenir des cours élevés au-delà de l'automne 2014. C'était totalement prévisible en raison de l'énorme surproduction de pétrole depuis 2011, avec l'entrée sur le marché des États-Unis eux-mêmes en tant que producteurs. Les prix élevés des hydrocarbures résultaient de la politique de facilités de la Après la mort de Mozgovoï, un point sur la situation en Ukraine avec Boris KagarlitskyRéserve fédérale américaine. Cette politique avait de sérieuses limites, et il était clair qu'elle ne pourrait pas durer beaucoup plus longtemps que ce qu'elle a en fait duré.

    En ce qui concerne le South Stream et le nouveau projet de pipeline à travers la Turquie, le principal problème pour Moscou n'est pas de trouver un tracé alternatif mais plutôt de faire face à la chute de la demande et à des changements sur le marché de l'énergie qui ne font que commencer... La Russie doit trouver les moyens de réorienter son économie vers le développement du marché intérieur plutôt que de fournir de l'énergie à l'Ouest ; mais ceci ne se produira pas sans des changements sociaux et politiques radicaux vu que cela affecte la structure même, la composition et les intérêts de la classe dominante actuelle.

    L'assassinat de Boris Nemtsov a été décrit par beaucoup comme un tournant. Est-il susceptible d'avoir un impact important, d'une façon ou d'une autre, sur l'opinion publique russe ou sur la politique du Kremlin vis-à-vis de l'Ouest et de l'Ukraine ?

    Même au sein de l'opposition libérale, personne ne prenait vraiment Nemtsov au sérieux avant qu'il ne soit tué. Bien sûr, sa mort a été utilisée par l'opposition pour mobiliser ses troupes dans des marches de protestation mais même ainsi, la participation à ces marches a été bien inférieure à celle de l'hiver 2011-2012.

    Ce qui peut être vu en revanche comme un tournant, c'est la décision des autorités britanniques d'attirer les investisseurs russes à Londres. Ceci a eu un sérieux effet démoralisant sur les décideurs de Moscou, augmentant encore leur volonté de faire des concessions. Mais tant que l'Ouest n'est pas prêt à accepter le moindre terme raisonnable de compromis... ou même de reddition à moins que le gouvernement russe n'accepte d'anéantir son propre pays, cela ne suffira pas pour sortir de l'impasse. Du moins, pas dans l'immédiat.

     Source : http://www.potemkinreview.com/kagarlitsky-interview.html


    L'on pourra lire également cette excellente mise au point par le dirigeant de l'organisation marxiste-léniniste Borotba Victor Shapinov (septembre 2015) : Le marxisme et la guerre dans le Donbass (ou "De l'internationalisme à géométrie variable d'une certaine extrême-gauche").

     


    * Les habituels petits donneurs de leçons ultra-gauchistes, notamment, n'ont pas tardé à crier haro sur le baudet sitôt sa (petite) notoriété acquise à l'ouest du défunt Rideau de Fer : on peut lire ici un bel exemplaire de tissu de mensonges, de raccourcis et d'amalgames typique de cette engeance politique (engeance que nous avons beaucoup "pratiquée" chaque fois que "le camp du Peuple est notre camp" a impliqué d'être aux côtés d'une lutte contre Israël ou contre une "révolution colorée" made in NED, d'une lutte"soutenue" par la Russie ou l'Iran ou Chávez etc. etc. ; histoire de nous changer des volées de "trotsko-maoïstes BHL !!" reçues depuis le camp "Collon-LGS" lorsque nous soutenons un juste soulèvement populaire contre un despote "anti-impérialiste"). Sinon, avant la crise en Ukraine, le nom de Boris Kagarlitsky apparaissait dans une "liste de proscription" de "rouges-bruns-verts" dressée en 2004 par... l'essayiste et "géopolitologue" d'ultra-droite Alexandre del Valle, ancien souverainiste proche de Philippe de Villiers (plutôt anti-américain, anti-atlantiste, pro-serbe etc. à l'époque) devenu au début des années 2000 néocon ultra-islamophobe et anti-anti-impérialiste, "défense de l'Occident judéo-chrétien" et pro-Israël, fondant avec le harki Rachid Kaci le courant de la "Droite libre" au sein de l'UMP : dis-moi qui te dénonce, je te dirais qui tu es ; dis-moi aux côtés de qui tu dénonces et je te dirais où tu peux aller te carrer tes sermons "anti-confusionnistes"...

    ** Cette question de "Novorussie"/"Novorusses" a été très largement débattue, et non sans raisons. En effet, les cartes "ethnographiques" tendent à montrer que les véritables Russes (selon, sans doute, l'ancienne classification soviétique des nationalités) ne sont majoritaires qu'en Crimée (~ 60%) et dans quelques raïons (districts) du Donbass, de la région de Kharkov ou encore proches de la Moldavie (Boudjak). Mais alors, sur quoi (diable) repose donc cette (fichue) identité "novorusse" du Sud et de l'Est de l'Ukraine ? Eh bien, elle repose peut-être précisément sur cela : ni les Russes, ni les Ukrainiens ni qui que ce soit d'autre (Bulgares, Tatars, Roumains/Moldaves, Gagaouzes etc.) ne représentent une écrasante majorité de 90% ou plus dans ces régions. La caractéristique locale est justement le multiethnisme.
    Le bandérisme, cet ultra-nationalisme ukrainien fondé sur une "pureté" ethnique ukrainienne "plus-vraie-que-vraie", n'y fonctionne donc pas (sans même parler du fait que sa collaboration passée avec le nazisme, dans des régions martyres de la guerre d'extermination lancée par Hitler contre l'URSS, ne plaide pas en sa faveur...). Des idéologies au service de l'impérialisme russe telles que l'"eurasisme", le "panslavisme" (unité plus ou moins fédérale de tous les Peuples slaves) ou encore un certain "néo-soviétisme" peuvent y fonctionner - et de fait y fonctionnent ; mais le bandérisme, la population du Sud et de l'Est de l'Ukraine le vomit. Si l'Ouest (à 90 ou 95% ukrainien "ruthène") en veut, "tant mieux" pour lui ; mais au Sud et à l'Est on n'en veut pas, c'est ainsi.
    On notera que cette culture de coexistence nationale s'accompagne généralement d'un usage de la langue russe comme lingua franca ou plus localement (surtout le long du Dniepr - en orange sur cette carte) d'un dialecte populaire mêlant russe et ukrainien, le sourjyk ; d'où la confusion qui tend à s'installer entre russophones (notion linguistique), "pro-russes" (notion politique) et "Russes" au sens de la classification soviétique des nationalités (notion "ethnique"). La carte de l'usage principal du russe dans la vie quotidienne, ou encore celle des partisans de sa co-officialité (aux côtés de l'ukrainien) montrent ainsi des réalités notablement différentes de celle des pourcentages de Russes "ethniques".

    ** C'est là aussi, concernant ce Gubarev, un peu plus compliqué que cela... et cela illustre parfaitement le fossé qui sépare notre conception du monde ici de celle des masses populaires de là-bas ! Pour l'extrême-gauche occidentale, mais aussi pour (à vrai dire) tout le champ politique bourgeois à l'exception de l'extrême-droite russophile (majoritaire) qui y voit un "patriote", Pavel Gubarev est un homme d'extrême-droite - nationaliste, militariste, "grand-russe" etc. et d'ailleurs "autrefois membre du groupe fasciste Unité nationale russe". Mais pour la perception "commune" en Russie et en ex-URSS, y compris (donc) pour un marxiste comme Boris Kagarlitsky, il est effectivement un homme de "centre-gauche"... Il n'est pas (en tout cas plus : "errements de jeunesse" selon ses dires) quelqu'un se réclamant ouvertement du nazisme et/ou de ses alliés lors de la Seconde Guerre mondiale, ce qui est la première définition d'"extrême-droite" là-bas (souvenir de la Seconde Guerre mondiale - justement - oblige), mais au contraire quelqu'un qui combat les hitléro-nostalgiques pro-Kiev ; et il n'est pas non plus un ultra-ultra-libéral... ce qui est l'autre définition. Il est considéré là-bas comme de "centre-gauche" tandis que Poutine, réputé moins "social" et plus proche des milieux d'affaire, est considéré comme de "centre-droite". De "centre-gauche" comme l'"opposition" officielle à "Russie unie" de Poutine, le parti "Russie juste" formé notamment à partir de l'ancienne organisation Rodina... elle aussi considérée en son temps comme d'"extrême-droite" par les Occidentaux (de fait il s'agissait d'un "missile" politique de Poutine qui a mécaniquement "siphonné" l'électorat du Parti "communiste" - KPRF - mais aussi... du Parti "libéral-démocrate" de Jirinovski, lui aussi unanimement considéré comme d'extrême-droite - y compris en Russie même). Ou encore, de "centre-gauche" comme le Parti "socialiste progressiste" ukrainien dont il se dit désormais proche.
    C'est qu'il faut bien comprendre que là-bas, le nationalisme n'est pas du tout considéré en soi comme un marqueur de droite ou d'extrême-droite - pas plus que le positionnement sur les questions démocratiques dites "sociétales" (sexisme, homophobie etc.) : en réalité, la classification sur l'axe gauche-droite dépend presque uniquement du positionnement plus ou moins "social" ou au contraire ouvertement pro-capitaliste, sauf comme on l'a dit à se réclamer ouvertement du IIIe Reich ou de forces similaires. En Serbie dans les années 1990, Milosevic avec son Parti "socialiste" et son épouse Mirjana Markovic avec sa "Gauche yougoslave" (aux thèses finalement proches du PSP d'Ukraine...) étaient vus d'ici tout simplement comme des fascistes... Mais là-bas ils étaient considérés comme "de gauche", des "communistes", des "rouges" et c'est d'ailleurs en tant que tels qu'ils ont été renversés en 2000 (victoire électorale de Vojislav Kostunica suivie de soulèvements populaires) et déjà secoués par une forte contestation en 1996 : non pas en tant que nationalistes mais en tant que "socialistes"/"communistes", par des personnes se réclamant "de droite"... et tout aussi nationalistes (sinon plus) qu'eux !
    Il ne s'agit pas - encore une fois ici - de "justifier" ceci mais de le comprendre. Comprendre par exemple que là-bas le nationalisme n'est pas l'expression d'une domination tranquille et en toute bonne conscience (comme en Occident où il n'est souvent même plus assumé comme tel, mais où l'on se gargarise de "nos valeurs" et de "notre civilisation"), mais bien l'expression d'une peur existentielle : les "retours de bâton" sont vite arrivés et spectaculaires, et le dominant voire le génocidaire d'hier peut devenir le génocidé ou le "nettoyé ethnique" de demain - on l'a bien vu en Yougoslavie où la majorité des crimes ont été commis par les Serbes, mais au premier retournement de rapport de force (1995) au profit des Croates, les Serbes de Dalmatie et de Bosnie se sont retrouvés chassés par centaines de milliers dans des violences faisant des milliers de victimes (ceci "justifiant" a posteriori, aux yeux des Serbes, leur politique nationaliste antérieure). Et en Ukraine, après que Viktor Ianoukovitch ait régné pendant 4 ans comme "homme de la Russie" (encore que ç’ait été plus "équilibré" que cela, ce dont Moscou semblait se satisfaire), ce sont à présent les personnes réputées "russes" ou "mauvais ukrainiens" (demi-russes, russifiés/russophones ou en tout cas hostiles au nationalisme ukrainien excluant) qui font face aux violences des tenants bandéristes (considérant les collaborateurs du nazisme comme des héros) d'une Ukraine "ukrainienne pure"... S'ajoutant à cela la violente offensive capitaliste (tant interne - avec les "oligarques" - qu'étrangère) en cours depuis 25 ans pour mettre en coupe réglée une force de travail sortie brutalement du mode de vie relativement "protégé" de l'époque soviétique ; l'on comprend facilement qu'il n'est pas possible de plaquer artificiellement sur ces pays et ces sociétés nos notions et définitions de "droite" et de "gauche" - c'est presque aussi absurde, à vrai dire, que de le faire sur la situation palestinienne ou sur les pays arabes en général (et ceux qui le font sont d'ailleurs généralement les mêmes).

    Bien sûr, ceci est un constat de fait mais pas la solution, et n'a pas vocation à durer. Dans un monde revenu - pour ainsi dire - au début du 20e siècle, nous partageons totalement pour cette partie de l'Europe (revenue au temps des guerres balkaniques...) l'analyse léniniste reprise dans le Manuel de formation MLM du PC maoïste d'Inde : reconnaissance et respect absolu des réalités et sentiments nationaux à travers le droit à l'autodétermination (donc droit au respect et à la sécurité de la minorité russe et de toutes les minorités en Ukraine et droit des habitants du Donbass, de la Crimée et d'autres régions encore à ne pas faire partie d'une Ukraine nationaliste fanatique qui les considère comme des sous-hommes) ; mais rejet absolu des nationalismes bourgeois chauvins et "purificateurs" et recherche de l'unité et de la fraternité des prolétariats ("La tâche du prolétariat dans ces pays est de soutenir le droit des nationalités à l'autodétermination. Dans cette perspective, la tâche la plus difficile mais aussi la plus importante est de faire converger la lutte de classe des travailleurs des nations oppresseuses avec celle des travailleurs des nations opprimées" - sachant que la nationalité oppresseuse et la nationalité opprimée sont là-bas des notions évolutives : l'opprimé d'hier peut très vite devenir l'oppresseur de demain). Pour sortir, enfin, du cycle infernal des revanches et contre-revanches national-identitaires qui ne servent que les impérialistes dans leurs luttes de repartage permanent de la région !

    Flash info - Ukraine : le commandant Alexeï Mozgovoï assassiné... Était-il TROP sur la bonne voie ?


    2 commentaires
  • Contropiano - traduction SLP

    "C'est une terrible nouvelle, tragique par les conséquences qu'elle aura pour le conflit en cours dans les régions orientales de l'Ukraine qui viennent de perdre aujourd'hui [23 mai] un combattant formidable.

    Flash info - Ukraine : le commandant Alexeï Mozgovoï assassiné... Était-il TROP sur la bonne voie ?Le commandant de la Brigade "Fantôme" (Prizrak) - qui se déclarait ouvertement communiste - Alexeï Mozgovoï a été assassiné en fin d'après-midi entre les villes d'Alchevsk et Lugansk. Le chef de la Prizrak a été victime d'un guet-apens dans lequel ont également péri sa secrétaire Anna, deux miliciens et plusieurs civils. Pour le moment les informations ne sont pas encore détaillées, mais l'annonce officielle de sa mort a été diffusée par sa brigade et des organes de presse locaux et russes. L'auto à bord de laquelle se déplaçait Mozgovoï et son escorte a été propulsée dans les airs par une explosion, puis ses occupants ont été criblés de balles. Trois autres automobiles du même convoi ont été attaquées à l'arme automatique.

    Il y a quelque jours, en dépit des tergiversations du gouvernement de la République de Lugansk [plus que tergiversations : pressions bureaucratiques, sabotages, menaces etc. - lire ici], Alexeï Mozgovoï et sa brigade avaient assumé la responsabilité d'accueillir plus de 100 internationalistes en provenance d'une dizaine de pays d'Europe, parmi lesquels une cinquantaine de militants italiens ayant rejoint le Donbass dans le cadre de la Caravane antifasciste organisée par [le groupe communiste] Banda Bassotti. On ignore à l'heure actuelle qui est à l'origine de cette attaque et de ces assassinats. Mais il est certain que Mozgovoï - tout comme les combattants sous ses ordres - n'avait pas seulement des ennemis du côté du gouvernement nationaliste de Kiev, à qui ses forces avaient infligé au moins par deux fois une cuisante défaite."

    Nous avions déjà eu l'occasion, dans de précédents articles, d'évoquer le cas de ce commandant donbassien Mozgovoï qui personnifiait selon nous tout le contradictoire mélange local de chauvinisme "panslave" pro-Poutine (avec toutes les valeurs réactionnaires que cela peut charrier) et de socialisme/anticapitalisme soviéto-nostalgique ; et son caractère à la croisée des chemins, face à deux voies : la voie d'un "national-socialisme" au service de l'impérialisme russe dans sa stratégie de défense et de "revanche" face à l'Occident, ou la voie révolutionnaire anticapitaliste et antifasciste tendant (à très long terme bien sûr) vers la Guerre populaire dans cette partie périphérique et déshéritée de l'Europe.

    Nous en avions en fait (tout simplement) oublié une troisième : celle de l'"explosion en vol", de la mort "tragico-héroïque" fermant définitivement l'une comme l'autre des deux hypothèses. C'est ce qui s'est produit et ne nous voilons pas la face : comme l'évoque à mots couverts (car il y a des antifascistes italiens là-bas qu'il ne faut pas mettre en danger) l'article de Contropiano dans sa dernière phrase, le coup ne vient très probablement pas de l'armée ou des paramilitaires fascistes Kiev mais bel et bien de l'intérieur même des "Républiques populaires" du Donbass, Flash info - Ukraine : le commandant Alexeï Mozgovoï assassiné... Était-il TROP sur la bonne voie ?que les positions de Mozgovoï (quelles que fussent ses limites et même ses idées déplaisantes de notre point de vue progressiste)* gênaient dans leurs intérêts et leur conception 100% capitaliste de l'avenir du Donbass (une fois une large autonomie négociée ou une indépendance de fait arrachée au gouvernement central)*.

    C'est donc là (hélas) une claire victoire pour le côté sombre de la lutte du Donbass (bien connu, il suffit d'ouvrir les journaux...), l'aspect "proxy du Kremlin et de l'oligarchie russe pour reconquérir leur protectorat ukrainien perdu" qui triomphe aux dépens de l'autre aspect, celui de mouvement de résistance populaire défendant une société d'esprit soviétique face à l'ultra-nationalisme fasciste et au capitalisme à outrance impulsés par l'Occident - aspect qu'en tant que média révolutionnaire nous nous sommes efforcés de souligner depuis un an, car 1°/ dire la même chose (les mêmes simplismes) que le Monde ou Libération ne nous intéresse pas et n'est pas notre rôle et 2°/ car nous y voyons non seulement une autodéfense légitime des ouvriers et des paysans locaux contre des ultra-libéraux qui veulent les laminer socialement et des nazillons qui voudraient les "nettoyer" ethniquement, mais aussi des potentialités importantes de prise de conscience révolutionnaire.

    Finalement (comparaison que nous avons déjà osé quelques fois), le Donbass aura un peu suivi la trajectoire de Fiume, cette ville promise par les Alliés à la Yougoslavie et occupée par des anciens combattants italiens (conduits par D'Annunzio) au lendemain de la Première Guerre mondiale 1 - 2 : un mouvement parti sur des bases nationalistes/chauvines voire expansionnistes (il s'agit de "rattacher" d'une certaine manière la Novorossiya à la Russie comme il s'agissait de rattacher Fiume/Rijeka à l'Italie**), qui de par la situation concrète et la mobilisation de masse connaît une embardée "ultra-démocratique" populiste, "républicaine égalitariste" voire "socialisante" ("sans-culotte" en quelque sorte !) avant d'être toutefois "repris en main" et ramené sur les rails d'une stricte manœuvre expansionnistes impérialiste. Reste à savoir ce que deviendront les (très vastes) forces sociales mobilisées dans cette affaire... Beaucoup des Arditi de Fiume et du reste de l'Italie (soutenant et militant à distance pour l'opération) sont certes devenus des soutiens du fascisme ; mais il y aura aussi des Arditi del Popolo qui, s'apercevant de la trahison et de l'escroquerie du très "républicain" et "social" programme fasciste initial lorsque Mussolini s'allie à la droite conservatrice pour les élections de 1920-21, se retourneront contre lui et lui résisteront les armes à la main (l'on trouvera notamment parmi eux Alceste De Ambris, syndicaliste révolutionnaire et co-rédacteur avec D'Annunzio de la "Charte du Carnaro" - la "constitution" de Fiume).

    Nous avons aussi dit que dans l'actuelle guerre impérialiste non-déclarée et permanente pour le repartage du monde, le sentiment d'encerclement et d'humiliation et les aspirations à la "riposte" de la Russie sont aussi lourds de menace pour l'avenir que dans l'Allemagne du Traité de Versailles et peuvent s'appuyer sur un très large sentiment populaire ; et que conjurer cela (faire que l'anticapitalisme "instinctif" et spontané des masses ne soit pas mobilisé derrière un revanchisme impérialiste de type hitlérien) repose très largement sur la clarté de notre attitude internationaliste, aux côtés des Peuples bien sûr (et non des directions russes ou "séparatistes"), et de notre combat sans concessions contre notre propre impérialisme français/franco-allemand/occidental qui n'hésite pas à soutenir ou fermer les yeux sur les pires barbares fascistes (côté Kiev) et dont la politique internationale, aussi abjecte que roulée dans la bien-pensance, crée comme dans les années 1920 les conditions de monstres qui précipiteront l'humanité au bord de l'abîme - nous avons déjà Daesh... à quand le Hitler russe ?

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    [* Bien entendu les porte-paroles des républiques séparatistes accusent Kiev... À vous de voir si vous les croyez sur parole ou non. L'attentat a eu lieu entre la capitale Lugansk et le quartier-général de la Prizrak (Alchesk), autrement dit bien à l'intérieur de la république séparatiste dont Mozgovoï était l'un des principaux commandants militaires : si ce devait être un coup du régime thatchéro-fasciste ukrainien, cela n'aurait de toute façon pas pu se faire sans complicités.

    Au sujet des limites et des aspects déplaisants de la pensée de Mozgovoï, lire ici la traduction d'un article de nos camarades gallois de Democracy & Class Struggle qui donne un bon aperçu de son profil idéologique, avec beaucoup d'honnêteté et sans taire "honteusement" les aspects "gênants".]

    [** Cette question de "Novorussie"/"Novorusses" a été très largement débattue, et non sans raisons. En effet, les cartes "ethnographiques" tendent à montrer que les véritables Russes (selon, sans doute, l'ancienne classification soviétique des nationalités) ne sont majoritaires qu'en Crimée (~ 60%) et dans quelques raïons (districts) du Donbass, de la région de Kharkov ou encore proches de la Moldavie (Boudjak). Mais alors, sur quoi (diable) repose donc cette (fichue) identité "novorusse" du Sud et de l'Est de l'Ukraine ? Eh bien, elle repose peut-être précisément sur cela : ni les Russes, ni les Ukrainiens ni qui que ce soit d'autre (Bulgares, Tatars, Roumains/Moldaves, Gagaouzes etc.) ne représentent une écrasante majorité de 90% ou plus dans ces régions. La caractéristique locale est justement le multiethnisme.

    Le bandérisme, cet ultra-nationalisme ukrainien fondé sur une "pureté" ethnique ukrainienne "plus-vraie-que-vraie", n'y fonctionne donc pas (sans même parler du fait que sa collaboration passée avec le nazisme, dans des régions martyres de la guerre d'extermination lancée par Hitler contre l'URSS, ne plaide pas en sa faveur...). Des idéologies au service de l'impérialisme russe telles que l'"eurasisme", le "panslavisme" (unité plus ou moins fédérale de tous les Peuples slaves) ou encore un certain "néo-soviétisme" peuvent y fonctionner - et de fait y fonctionnent ; mais le bandérisme, la population du Sud et de l'Est de l'Ukraine le vomit. Si l'Ouest (à 90 ou 95% ukrainien "ruthène") en veut, "tant mieux" pour lui ; mais au Sud et à l'Est on n'en veut pas, c'est ainsi.

    On notera que cette culture de coexistence nationale s'accompagne généralement d'un usage de la langue russe comme lingua franca ou plus localement (surtout le long du Dniepr - en orange sur cette carte) d'un dialecte populaire mêlant russe et ukrainien, le sourjyk ; d'où la confusion qui tend à s'installer entre russophones (notion linguistique), "pro-russes" (notion politique) et "Russes" au sens de la classification soviétique des nationalités (notion "ethnique"). La carte de l'usage principal du russe dans la vie quotidienne, ou encore celle des partisans de sa co-officialité (aux côtés de l'ukrainien) montrent ainsi des réalités notablement différentes de celle des pourcentages de Russes "ethniques".]


    [PS : Les nouvelles ne sont pas meilleures (mais cela, par contre, ne relève d'aucune contradiction interne...) de l'autre côté du front, où vient d'être votée une loi reconnaissant comme "libérateurs" les organisations fascistes bandéristes (OUN, UPA) collaboratrices du nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale et interdisant toute "négation publique de la nature criminelle du régime totalitaire communiste entre 1917 et 1991", autrement dit toute présentation positive de tout ou partie de la période soviétique, ce qui revient à interdire l'activité politique marxiste dans le pays (tant ML que révisio et même dans une large mesure trotskyste, par contre les "anarchistes" qui passent leur temps à relayer la propagande de Kiev en couvrant d'ordures les communistes antifascistes comme Borotba peuvent être contents, ils pourront sans problème se joindre au concert avec leurs "30%-c'est-pas-trop" de copains nazis de Maïdan...). Ici http://www.theguardian.com/world/2015/apr/20/ukraine-decommunisation-law-soviet dans la "grande presse" anglo-saxonne ; sources en français : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/c09346ee-e14f-11e4-aa18-ff4de01147fa/LUkraine_veut_effacer_sa_mémoire_soviétique ; http://francais.rt.com/international/2456-osce--loi-decommunisation-lukraine ; http://ruptures-presse.fr/ukraine-lois-memorielles-interdiction-communisme/ (source un peu PRCF dans son genre, ça vaut ce que ça vaut mais l'information est véridique dans tous les cas) ; http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Ukraine-La-loi-anticommuniste-signee-par-Porochenko_a9370.html]

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  • redflagdonbassNous avons déjà évoqué dans nos pages le fait que la plupart des "internationalistes" partis combattre dans le Donbass contre l'offensive réactionnaire du nouveau pouvoir de Kiev (infesté de nazillons et à la solde de l'UE et de l'impérialisme US) étaient généralement des "nationalistes révolutionnaires" ou des "eurasistes", autrement dit des petits fachos qui se pignolent sur "l'Europe de l'Atlantique à l'Oural" et la Russie de Poutine comme "forteresse" de l'Europe "blanche et chrétienne", de la "tradition" contre le "mondialisme" etc. etc. - c'est en tout cas clairement le cas de "Français" autour de Victor Lenta ; sans oublier de mentionner toutefois que de l'autre côté un grand (et même sans doute supérieur) nombre de fascistes et autres ultra-réactionnaires sans oublier plusieurs centaines de mercenaires des sociétés militaires privées ("Academi" ex-Blackwater etc.) se sont joints quant à eux à la "Garde nationale" ukrainienne et autres "Bataillon Azov", autrement dit les nazillons du Pravyi Sektor reconvertis en troupes de combat pour suppléer une armée régulière qui semble réticente à aller canarder ses propres concitoyens de l'Est du pays.

    Nous avons même alerté la solidarité internationale de certains pays, où certaines figures comme celle de Victor Lenta ne sont pas connues (normal pour de telles sous-merdes en même temps...), de la présence de ces sombres personnages dont le pedigree ne vaut guère mieux que celui des ultra-nationalistes ruthènes qui arborent Wolfsangel et portraits d'Hitler et affirment vouloir "expurger" le pays de "400.000 Juifs" et de ses "Moskali" (terme péjoratif pour les russophones).

    C'est malheureux à dire, mais pourtant il le faut : nous avons aussi pu écrire que la situation en Ukraine était en quelque sorte l'occupation de la Ruhr de notre époque et qu'elle avait en cela valeur de "test" ; une situation lourde (tant au niveau local qu'international !) de potentiel mobilisateur révolutionnaire/communiste mais aussi national-socialiste si cette mobilisation devait être captée et mise au service de la "réaffirmation" impérialiste russe, cet impérialisme défait (en 1989-91) et humilié comme pouvait l'être l'Allemagne des années 1920, qui ne vit depuis deux décennies que par et pour la contre-offensive et qui se voit désormais ravir (comme l'Allemagne avec la Ruhr !) l'énorme potentiel productif de l'Ukraine et en particulier du Donbass (jusque-là sous son influence), ce qui représente une humiliation de plus et peut-être de trop. Car en dernière analyse l'"eurasisme" (doctrine d'Alexandre Douguine, qui est une éminence grise du Kremlin comme pouvaient l'être les "néocons" pour la Maison Blanche de Bush-Cheney) et autres idéologies "rouges-brunes", "panslaves" etc. etc. qui animent les combattants du Donbass (autochtones comme étrangers) et que pointent avec un malin plaisir les petits donneurs de leçons "gauchistes" occidentaux, ce n'est rien d'autre que cela : le revêtement "anticapitaliste" et "révolutionnaire", national-socialiste de cette captation des légitimes colères et aspirations du Peuple au service de la "revanche" de l'impérialisme russe.

    Tout dépend donc de la PUISSANCE DE FEU POLITIQUE déployée de part et d'autre. Or, force est de constater que ce "test" s'est révélé à bien des égards négatifs : tandis que l'"extrême-gauche" ouest-européenne et nord-américaine ergote, pinaille et discutaille sur le caractère "fasciste"/"rouge-brun" (ou non) de la légitime résistance des travailleur-euse-s du Donbass face à une offensive à la fois ethno-raciste, ultra-capitaliste et impérialiste occidentale ("leur" propre impérialisme donc...), les "NR" occupent tranquillement le "créneau" de la solidarité internationale (la nature ayant horreur du vide). Le potentiel mobilisateur national-"socialiste"/nationaliste-"révolutionnaire" de l'impérialisme russe et de ses partisans internationaux (ceux qui refonderaient volontiers un "nouvel ordre mondial" autour de lui, comme notre "cher" Front National ici !) gagne donc inexorablement du terrain jour après jour et est en passe de conquérir l'hégémonie, aussi fort que nous sommes pathétiquement faibles et englués dans nos atermoiements (il suffit de penser que les Partis communistes des années 1920 avaient été largement plus conséquents sur la question de la Ruhr... et que cela n'avait malgré tout pas empêché la victoire du nazisme 10 ans plus tard !).

    Ukraine-Crimea-pro-Russian-protestersNous nous acheminons donc de plus en plus vers la situation des années 1930 ; situation qui devait à terme se révéler fatale pour le mouvement communiste et révolutionnaire à travers le monde : soit considérer la Russie (comme l'Allemagne hier) comme une "résistance" à l'ordre mondial capitaliste-impérialiste sous hégémonie occidentale et tomber dans ses filets idéologiques "rouges-bruns" comme énormément de socialistes, de syndicalistes et même de marxistes (sans oublier les éléments en lutte des Peuples colonisés/impérialisés) l'avaient fait avec le national-socialisme allemand ; soit la voir comme le nouveau Reich nazi (ce qu'elle pourrait bien devenir un jour, en effet), à la fois projet impérialiste ultra-agressif et "phare" de toutes les ultra-droites européennes (ce qu'elle est déjà en partie...), à combattre à tout prix... en se rangeant dans le "Camp du Bien" des "bons impérialismes" "démocratiques" occidentaux, passant leurs crimes et même leurs responsabilités directes dans l'émergence du monstre (nationaliste grand-russe aujourd'hui comme hitlérien hier) par pertes et profits et tombant (pour faire court) dans les filets intellectuels du "BHLisme" ! 

    Une "alternative" que nous combattons bien sûr de toutes nos forces, si modestes soient-elles, en apportant sur ce "dossier" ukrainien notre SOUTIEN TOTAL ET INCONDITIONNEL 1°/ au DROIT ABSOLU ET INDISCUTABLE du Peuple travailleur russophone à se DÉFENDRE contre le sort que lui promet le nouveau pouvoir de Kiev et 2°/ aux forces qui dans le Donbass comme dans tout l’État ukrainien combattent le nouveau régime sur une ligne marxiste, communiste ou en tout cas progressiste - comme par exemple l'organisation Borotba, dont nous avons traduit de nombreux communiqués et entretiens, mais nous avons aussi parlé de la résistance contre la mobilisation militaire dans l'Ouest (réputé "nationaliste" et anti-russe) du pays. Une position (au demeurant) totalement transposable et que nous avons déjà transposée à d'autres conflits dans le monde, comme en Palestine ou en Irak-Syrie-Kurdistan face à l'"État islamique"...

    Il faut cependant relever que les éléments en provenance de l’État espagnol présentent dans l'ensemble un profil beaucoup plus "rouge" (bien que sans doute très/trop "stal" aux yeux de certain-e-s), s'inscrivant dans (et se réclamant de) la tradition d'internationalisme révolutionnaire dont avaient bénéficié en 1936-39 la 2e République "espagnole" et son Front populaire antifasciste face aux hordes de Franco et à leurs alliés fascistes italiens et nazis allemands. Ceci (comme vous pourrez le lire ci-dessous) n'a d'ailleurs pas été sans générer des tensions avec les éléments réactionnaires (quel que soit le masque "révolutionnaire" dont ils se revêtent) qui combattaient à leurs côtés dans la fameuse Brigade "Fantôme" (Prizrak) du commandant Mozgovoï (dont nous avons également déjà parlé comme d'un représentant typique de ce "national-léninisme" donbassien), les amenant à intégrer une nouvelle unité - l'"Escadron rouge 404" - qui se veut pour sa part "100% communiste".

    Leur témoignage présente sans doute des points de vue assez "idéalistes" quant à la situation et à ses potentialités ; mais il donne néanmoins un aperçu plus qu'intéressant (d'un point de vue - disons - "clinique") sur ce conflit qui est - répétons-le encore une fois - une mise à l'épreuve fondamentale pour l'internationalisme et la conception communiste du monde à l'instant où nous écrivons :


    Témoignage de quatre antifascistes de l’État espagnol combattant dans le Donbass : "Nous avons une occasion unique d'instaurer un État socialiste en Europe"


    Répondant à l'appel international à s'unir à la résistance contre le gouvernement putschiste de Poroshenko, de nombreux volontaires sont arrivés de toute l'Europe dans le Donbass pour lutter aux côtés de la "Nouvelle Russie". Parmi eux, un certain nombre venu de Castille et de Catalogne et qui, après être passés par le Bataillon Vostok, ont décidé d'intégrer la Brigade Prizrak sous les ordres du charismatique commandant Alexeï Mozgovoï. Après un bref passage par les "Brigades continentales" [NDLR le truc tout puant où sévissaient Victor Lenta et ses comparses], les jeunes antifascistes viennent d'intégrer l'Escadron rouge 404 : une unité d'idéologie communiste au sein de la Brigade Prizrak, dans laquelle ils partagent les tâches avec d'autres jeunes révolutionnaires.

    Nous nous sommes entretenus avec Sergio, Héctor, Miguel et Oriol pour en savoir plus sur leur nouvelle vie dans le 404 et les fonctions qu'ils remplissent au sein de la résistance populaire de Novorossiya.

    img-20141109-wa0001Tout d'abord, quand et pour quelle raison avez-vous décidé de venir dans le Donbass pour lutter contre le gouvernement de Poroshenko ?

    Nous sommes tous à peu près d'accord pour considérer le massacre d'Odessa comme le détonateur de notre engagement à venir nous battre ici. À côté de cela, il y a aussi beaucoup d'autres motifs : tenter de contribuer à la création d'un État socialiste en Europe, ainsi qu'aider à défendre la population civile contre les attaques de Kiev. Cette lutte est une lutte contre le fascisme et nous nous sentons redevables vis-à-vis des brigadistes internationaux venus combattre les franquistes en Espagne en 1936.

    Cela ne doit pas être facile d'abandonner une vie normale : famille, amis etc. pour aller combattre dans une guerre où l'on peut laisser sa vie. Cela vaut-il la peine de lutter pour la Nouvelle Russie ?

    Nous sommes parfaitement conscients des risques qu'entraîne notre décision de venir lutter ici, et aussi de ce que nous avons laissé en Espagne, mais la cause en vaut la peine. Nous sommes ici pour lutter contre le fascisme. C'est la première fois depuis des années qu'existe une véritable possibilité de contribuer à la construction d'un État socialiste en Europe. En tant que communistes que nous sommes, nous ne pouvions pas laisser passer cette opportunité historique.

    Vous vous définissez comme communistes. Que signifie pour vous lutter pour la Novorossiya ? Quels sont vos objectifs politiques et militaires ?

    Notre principal objectif militaire et de lutter sans relâche pour libérer le futur État de Novorossiya de la vermine fasciste. Quant aux objectifs politiques, notre tâche principale est de contribuer à la construction d'un État socialiste en Nouvelle Russie, faire activement partie des forces et des unités militaires révolutionnaires et communistes qui luttent ici.

    Comme au Kurdistan ou encore en Palestine, la résistance dans le Donbass est une résistance populaire et politiquement hétérogène mais ce qui retient par exemple l'attention c'est que le leader des milices populaires de Lugansk soit Vitali Victorovitch, un communiste connu de la région. Quelle est la présence réelle et le poids des communistes dans la résistance populaire ?

    escuadrc3b3n-rojo.jpgLa présence des communistes dans la résistance populaire est de premier plan. Il y a deux unités composées entièrement de communistes, l'une dans le Bataillon Vostok et l'autre ici, dans la Brigade Prizrak. Mais il y a aussi des communistes dans les autres unités. Il y a une grande nostalgie pour l'Union soviétique chez les volontaires qui combattent dans les milices populaires. Depuis l'effondrement de l'URSS tout est allé de mal en pis et les gens sont conscients de cela. Nous ne saurions pas dire combien de communistes il y a dans la résistance, mais c'est l'idéologie hégémonique dans les milices populaires [NDLR : bien entendu ce communisme a sans doute des points de vue très nationalistes vis-à-vis de tout ce qui est perçu comme une agression contre le Peuple russe et conservateurs sur tout un ensemble de questions démocratiques (comme nos Partis pro-soviétiques ici encore dans les années 1970 !), que les références enthousiastes à l'époque soviétique et à la Révolution d'Octobre ne doivent pas occulter... et sur lesquels se jetteront bien sûr (comme sur un os à ronger) tous les petits gauchistes de la chaire occidentaux pour mettre sur le même plan l'agresseur et l'agressé : le régime d'ultra-droite de Kiev qui voudrait opprimer, nier voire "nettoyer ethniquement" les populations russophones et maintenant (face à leur résistance) les écrase de bombes, et ces dernières qui ont déjà perdu entre 1.000 et 2.000 combattant-e-s et plus de 4.000 civil-e-s sous lesdites bombes].

    Dans le domaine politique l'idéologie communiste a également un grand poids. Igor Plotnitsky, président de la République populaire de Lugansk, est d'idéologie communiste. Tant à Lugansk qu'à Donetsk les communistes ont un grand poids dans les milices. Beaucoup de commandants et de colonels luttent pour la construction d'une Novorussie libre des fascistes et des oligarques.

    Après être passés par d'autres unités, vous venez d'atterrir dans l'Escadron rouge 404 de la Brigade Prizrak. Pourquoi ce changement ? Parlez-nous un peu de votre vie dans cette nouvelle unité.

    La vie dans cette unité est similaire à celle de toutes les autres unités : même discipline militaire, mêmes horaires et mêmes relèves pour aller au combat. Ce qui change sans doute, c'est la hiérarchie. Ici tout est plus égalitaire, il n'y a pas de commandants. Il y a un commissaire politique qui se charge des comportements, de la discipline et du moral des soldats. Il y a en outre deux leaders : l'un qui se charge de l'entraînement militaire et l'autre qui conduit les camarades quand ils sont au front.

    Le principal motif de notre changement d'unité a été les différences et la diversité idéologique qu'il y avait dans la précédente, même s'il faut souligner que nos commandants militaires ont toujours été communistes. Ces différences ont fait que nous ne nous sentions pas totalement à notre aise. Maintenant, au contraire, nous nous sentons pleinement satisfaits avec nous-mêmes et avec nos nouveaux camarades, ici dans l'unité 404.

    Même si les ultra-nationalistes sont une minorité insignifiante dans la résistance [NDLR là le tableau semble extrêmement angélique...], certains secteurs de la "gauche" les ont utilisés comme prétexte pour justifier les crimes de Kiev et de l'OTAN contre la population civile. Certains en sont même venus à vous traiter de nazis, non seulement vous mais toute la résistance. Que cela vous inspire-t-il ?

    Ukr redflagburningLa gauche qui justifie les massacres de populations civiles par la main des fascistes devrait se poser des questions sur son idéologie. Certains nous ont même qualifiés de nazis, ce qui nous a bien fait rigoler entre nous, petits bruns métissés que nous sommes (rires). Les personnes qui sont venues ici sont les seules qui peuvent parler en connaissance de cause. Tout le reste n'est que spéculation à plus de 3.000 km de distance. Et je veux dire bien clairement [Sergio] que je suis plus rouge que le sang qui coule dans mes veines. Cela personne ne va le changer, aucune opinion extérieure ne peut le changer.

    Selon vous, quelles sont les principales caractéristiques de la lutte en Novorussie : lutte des classes, lutte contre le fascisme, lutte nationale ?

    La lutte pour la Nouvelle Russie est une lutte contre le fascisme, contre l'oligarchie et également une lutte nationale. Nous luttons contre les fascistes de Kiev et contre l'oligarchie qui a mise à sac l'Ukraine post-soviétique. Mais c'est aussi une lutte nationale car le Peuple y défend sa culture, sa langue et les siens.

    Parlons de la guerre, que j'ai pu connaître ici. Comment est la vie au front ? Que peut-il bien se passer dans la tête de quelqu'un lorsqu'il est au combat ?

    La vie ici est dure. On souffre du froid, de la faim et de la fatigue, mais tout cela reste au second plan car nous sommes convaincus de faire ce qu'il faut faire.
    Au front il te passe mille choses par la tête, beaucoup d'adrénaline et parfois aussi la peur de mourir. Parfois tu te demandes ce que tu fais ici.

    img-20141109-wa0017.jpgJusqu'ici, quelles tâches militaires avez-vous accomplies et quel a été votre rôle sur le front ?

    Par sécurité nous ne pouvons pas répondre à cette question. Mais nous pouvons dire que notre unité se consacre à des missions d'infiltration, des attaques sur les arrières de l'ennemi et d'autres types d'opérations spéciales.

    Vous êtes des volontaires luttant sous la bannière de la Nouvelle Russie. Avez-vous connaissance de la présence de mercenaires occidentaux aux côtés des troupes de Kiev ?

    Oui, nous sommes des volontaires qui luttons par engagement personnel et non pour l'argent. Et oui, nous avons connaissance de la présence de mercenaires qui combattent pour Kiev, appuyés et financés par l'OTAN et l'Union européenne, c'est-à-dire les responsables de ce qu'il se passe ici en Ukraine.

    Comment pensez-vous que va se terminer cette guerre ?

    ¡ Venceremos !  La Volonté du Peuple est invincible.


    ... Pas grand-chose à ajouter. Ce que deviendra (localement COMME internationalement) la lutte qui se livre actuellement dans le Donbass est ENTRE NOS MAINS... et pas entre celles de nos "débats" sur le sexe des anges !

    L'impérialisme occidental (dont NOTRE impérialisme bleu-blanc-rouge) à l'offensive veut asservir et massacre les ouvriers et les paysans de l'Est ukrainien aux dépens de son concurrent russe : LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP. D'autre part cette politique d'agression systématique (depuis 20 ans) contre la Russie, en tous points comparable au traitement de l'Allemagne après 1918 avec le Traité de Versailles, est en passe de donner naissance à un phénomène de type national-socialiste qui amènerait d'encore plus grandes dévastations à l'humanité : notre responsabilité est de combattre sans pitié cette politique dans nos PROPRES ÉTATS IMPÉRIALISTES OCCIDENTAUX et au nom de nos Peuples FRÈRES des Peuples d'ex-URSS (envers lesquels nous connaissons notre dette historique !) ; et de TOUT FAIRE pour que cet expansionnisme impérialiste occidental n'engendre pas (contrairement au Traité de Versailles hier) une nouvelle hydre nazie (cette fois-ci dans la langue de Tolstoï...) mais au contraire une NOUVELLE RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE, comme celle qui a déjà illuminé cette partie du monde voici près d'un siècle ! N'avons-nous pas ergoté pendant des années, devant la colonisation et l'apartheid sioniste en Palestine ou l'occupation impérialiste de l'Irak (ou encore l'islamophobie ici-même dans nos métropoles impérialistes !), sur le caractère "réactionnaire" ou non de la résistance ? Résultat : DAESH... et les manifs de solidarité avec les Kurdes de Rojava pour y pleurnicher sans rien comprendre à ce qu'il nous arrive ! Il serait agréable au genre humain que nos palabres sur l'Ukraine ne se terminent pas avec ce genre de gars au Kremlin...


    ¡ Venceremos !


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  • Tandis que les médias impérialistes occidentaux annoncent à cors et à cris une énième "invasion russe dans l'Est de l'Ukraine" (en réalité, la Russie qui joue son rôle de base arrière de la rébellion dans le Donbass comme depuis le début), nous avons déniché encore une fois du côté de Borotba ces quelques analyses très intéressantes quant à la NATURE DE CLASSE du mouvement "séparatiste pro-russe", qui confirment nos impressions depuis le début et notre léger penchant en faveur du mouvement en question (sans pour autant nous aveugler quant à ses plus-qu'importants aspects réactionnaires) :

    http://borotba.su/class_forces_in_the_ukrainian_civil_war.html

    Workers World [organisation marxiste-léniniste états-unienne très "campiste" et évidemment à fond sur le Donbass NDLR] : Une des principales revendications du mouvement de Maïdan était l'adoption d'un accord d'association avec l'Union européenne. Quelles forces en Ukraine poussaient en faveur d'une telle intégration à l'UE ? Quel impact vont avoir les mesures d'austérité impulsée par l'UE et le FMI sur la lutte en Ukraine ?

    Victor Shapinov : Certaines personnes pensaient que la prétendue "intégration européenne" apporterait les standards de vie occidentaux en Ukraine. Mais pour voir la réalité en face, il faut regarder la situation en Grèce. L'UE n'apporte pas de hauts standards de vie mais un régime d'austérité coupant dans les dépenses sociales de l’État.

    030314 borotba Borotba a été l'une des principales forces politiques à prendre position contre l'intégration européenne. Nous avons publié une importante et profonde analyse des conséquences du traité d'association et de l'intégration dans le système économique de l'UE. Pour des pays comme l'Ukraine, cela signifie tout simplement livrer sur un plateau le contrôle de leurs marchés à l'impérialisme ouest-européen.

    Prenez par exemple l'agriculture. L'Ukraine a une très importante et conséquente production agricole. Mais les produits agricoles venant d'Europe sont moins chers, car ils bénéficient de très grosses subventions de l'Union - entre 40 et 50% dans certains cas. L’État ukrainien ne peut tout simplement pas donner autant d'argent aux agriculteurs, et ces derniers seront acculés à la faillite.

    C'est la même chose pour l'industrie. L'Ukraine va être inondée de produits bon marché importés de l'UE et, dans le même temps, elle aura perdu le marché russe et des autres pays de l'union douanière.

    Des pays comme la Grèce, l'Espagne ou le Portugal qui vivent aujourd'hui sous des régimes d'austérité sont la périphérie des pays "centraux" de l'UE. L'Ukraine, elle, sera carrément la périphérie de la périphérie, comparable aux pays en développement du Tiers Monde.

    Tout ceci est très mauvais pour l'économie ukrainienne, mais très bénéfique pour certaines branches de l'industrie et les gros oligarques. Du fait de la crise capitaliste, ils recherchent le soutien de l'Ouest et des garanties pour la sécurité de leur capital. Ils ont été très actifs pour promouvoir l'intégration européenne.

    Quand le mouvement de Maïdan a commencé, toutes les chaînes de télévision étaient en sa faveur. Ianoukovitch était le mal incarné et Maïdan le camp du bien. Pratiquement toutes les chaînes de télé en Ukraine sont la propriété privée de groupes d'oligarques. Tous ont fait la promotion de Maïdan, une énorme propagande en sa faveur.

    Lorsque le coup d’État maïdaniste a triomphé, ils ont milité pour l'accord de libre-échange et celui-ci a été signé par l'Ukraine et les Européens. Mais il n'entrera en vigueur qu'en 2016 : même pour l'Europe, les choses ne sont pas si faciles.

    Mais si nous parlons des réformes néolibérales en échange des prêts du FMI, celles-ci commencent déjà à être mises en œuvre. La principale figure de ce processus est le Premier ministre Arseniy Iatseniouk, qui est très pro-occidental. Il a annoncé fièrement le plus vaste programme de privatisation du secteur public de toute l'histoire de l'Ukraine.

    Nous assistons en Ukraine à la naissance d'une formule politique totalement nouvelle : fondamentalisme de l'économie de marché dans une main, nationalisme et fascisme dans l'autre. L'un et l'autre marchent maintenant main dans la main.

    Au début, beaucoup de personnes ont pu dire que Maïdan était un mouvement populaire contre la corruption etc. Mais quelle était la direction politique de ce mouvement ? C'était ce bloc de néolibéraux et de fascistes.

    Dès le début du mouvement de Maïdan, le pronostic de Borotba a été que la victoire de celui-ci amènerait ce bloc au pouvoir. Ce sont là comme les deux mains du Capital monopoliste qui tente de préserver son pouvoir politique et économique. Telle était la base politique et sociale du mouvement de Maïdan.

    Ianoukovitch n'était pas très efficient pour les monopoles capitalistes. Auparavant ils devaient s'arranger avec lui, mais maintenant - depuis Maïdan - ils détiennent le pouvoir politique direct, comme les oligarques Igor Kolomoïsky (devenu gouverneur de Dniepropetrovsk) ou encore Serhiy Taruta, devenu gouverneur de Donetsk - ce dernier a cependant été chassé par la République populaire.

    Certaines personnes de gauche ont qualifié Maïdan de mouvement populaire. Mais le peuple est divisé en classes. Ce n'est pas qu'une question de langue, qu'une partie de la population parle russe et l'autre ukrainien, mais aussi une question de classes. La classe moyenne et la ci-nommée "classe créative" (les petits entrepreneurs free lance, la "nouvelle économie" de start-ups des grandes villes etc.) ont été le noyau dur de Maïdan. Même dans les villes du Sud-Est, vous pouvez trouver des positions pro-Maïdan exprimées par ces couches sociales.

    1MaiBorotbaEn Russie il y a eu une soi-disante "marche pour la paix" à Moscou le 21 septembre ; en réalité, pas vraiment pour la paix mais plutôt pour soutenir le pouvoir de Kiev. Elle était très inspirée par la propagande pro-occidentale et dirigée par les libéraux russes. Sa base sociale était là encore la "classe créative".

    Ces couches sont liées au capitalisme occidental. Certains de leurs membres travaillent directement dans l'économie contrôlée par les entreprises occidentales, d'autres se tournent vers l'Ouest par leur mode de vie et de consommation. Ils adoptent cette idéologie et pensent que quiconque est contre eux ou n'est pas aussi pro-occidental qu'eux est quelqu'un d'arriéré et primitif.

    WW : Quelles sont les forces de classe à l’œuvre dans la résistance au coup d’État - le mouvement anti-Maïdan et les Républiques populaires du Donbass ?

    VS : Nous pouvons voir que les personnes qui sont liées à ce qu'on peut appeler l'activité productive réelle - les usines, les mines etc. - sont plutôt impliquées dans le mouvement anti-Maïdan ou partagent ses sentiments.

    Nous ne pouvons bien sûr pas dire que c'est une pure contradiction de classe, que c'est simplement la bourgeoisie d'un côté et le prolétariat de l'autre. C'est plus compliqué que cela.

    L'agenda politique de Maïdan ne met pas en avant une claire orientation de classe. Il parle plutôt d'un "choix de civilisation". Ils disent que l'Ukraine doit faire un "choix de civilisation" en faveur de l'Europe et de l'Ouest, contre l'Est et la Russie. Même des forces de gauche versent là-dedans et adoptent ce type de langage politique.

    Lorsque Borotba était à la tête du mouvement anti-Maïdan à Kharkov, nous avons toujours dit que le mouvement était d'abord et avant tout un mouvement contre les oligarques, avant même d'être antifasciste, parce que ce sont les oligarques qui ont nourri les fascistes, qui les ont soulevé et appuyé, et maintenant nous les voyons même les armer et former des bataillons pour les envoyer dans le Donbass. Nous nous sommes toujours efforcés de mettre en avant un point de vue de classe.

    Mais parfois, même sans l'influence de Borotba ou d'autres révolutionnaires, il y a un développement spontané de la conscience de classe.

    Prenez Alexeï Mozgovoï, commandant du Bataillon Fantôme dans l'Armée populaire dans le Donbass. Il est très socialisant, anti-oligarques et anti-bureaucrates [NDLR SLP : après recherche internet sur son compte (et en tenant compte du fait que les informations trouvées sont pour beaucoup propagande contre propagande), son "progressisme" réel reste à démontrer (selon nos critères occidentaux en tout cas). Nous avons donc préféré traduire "leftist" par "socialisant" plutôt que "de gauche". Ce dont on est sûr c'est qu'il est violemment en conflit avec les autorités dirigeantes du Donbass qu'il considère comme des traîtres négociant avec Kiev et servant les oligarques et leurs propres intérêts financiers, ce qui peut effectivement être le point de départ d'une évolution politique intéressante]. Son idéal est l'auto-gouvernement du Peuple, comme - selon ses propres dires - dans les soviets (conseils ouvriers) des débuts de la Révolution soviétique.

    redstardonbassCe n'est pas parce qu'il a lu des ouvrages, mais simplement parce qu'il a été inspiré par ce mouvement et qu'il a fait ses propres analyses. À présent il y a une bonne base pour travailler avec lui.

    Il y a aussi bien sûr une forte influence de la Fédération de Russie et de ses forces. Dans un certain sens c'est une bonne chose, car sans le soutien russe la résistance dans le Donbass aurait déjà été violemment écrasée.

    Au départ le mouvement n'avait pas de leaders, pas de structures, rien. C'est un miracle qu'ils aient survécu et construit une véritable armée capable de battre l'ennemi. Sans l'appui de la Russie cela n'aurait pas été possible. C'est une simple réalité.

    Mais la Russie n'est pas un pays socialiste, pas même un pays démocratique. Elle tente d'utiliser le mouvement pour servir ses propres objectifs, et elle tente aussi d'imposer des points de vue idéologiques qui désarment les masses contre le capitalisme, comme la religion orthodoxe ou les idées nationalistes russes.

    WW : Comment décririez-vous ce nationalisme russe dans le Donbass ?

    VS : En Occident, si vous soutenez les Républiques populaires du Donbass vous vous retrouverez toujours face à l'argument que ce ne sont que des nationalistes russes, que le conflit en Ukraine n'est qu'une guerre entre deux nationalismes.

    Mais si vous parlez avec des gens du Donbass qui se disent nationalistes russes, les choses sont assez différentes.

    Si quelqu'un à Moscou vous dit être un nationaliste russe, il y a 90% de chances pour que ce soit un fasciste. Mais si quelqu'un à Donetsk vous dit être un nationaliste russe, cela veut simplement dire qu'il est pour plus de droits pour la population russophone, pour le droit à l'enseignement en langue russe, et ainsi de suite. Ou simplement qu'il est contre Bandera [nationaliste ukrainien et collaborateur nazi de la Seconde Guerre mondiale] devant sa porte. D'un point de vue économique, c'est un socialiste.

    Pavel Gubarev [un leader de la résistance de Donetsk], par exemple, dit être un nationaliste russe mais il dit dans le même temps être un "socialiste orthodoxe" [NDLR : nous ignorons ici s'il fait référence à l'orthodoxie politique ou à la religion orthodoxe, comme on dirait "socialiste chrétien"]. Beaucoup de gens ont ainsi des conceptions hétéroclites et contradictoires.

    La lutte idéologique n'en est qu'à ses tous premiers pas. Qui l'emportera et quelle idéologie claire va s'imposer est une question de travail politique, de lutte.

    Il est vraiment très regrettable que Borotba ait toujours eu une faible implantation dans les régions de Donetsk et Lugansk. C'est là que le mouvement est le plus fort, si bien que nous n'avons pas eu une très grande influence sur celui-ci. Mais il y a des tendances de gauche dans la direction politique, par exemple le chef du Soviet suprême de Donetsk, Boris Litvinov. Il a dit vouloir "construire une république avec des éléments de socialisme". C'est un ancien membre du PC d'Ukraine [le 8 octobre, Litvinov est devenu président du nouvellement formé Parti communiste de la République populaire de Donetsk].

    Nous savons que beaucoup de combattant et commandants de l'Armée populaire sont de gauche voire communistes, pas seulement Mozgovoï mais aussi d'autres qui sont membres du Parti communiste ou se définissent eux-mêmes communistes. Il y a des bataillons dont l'insigne est l'étoile rouge. Beaucoup d'unités combattent sous le drapeau rouge.

    Ukr redflagburningC'est là toute la différence... Lorsque j'ai une discussion avec quelqu'un d'extrême-gauche qui me dit "Vous devez soutenir Maïdan ou alors ne soutenir aucun bord", je lui réponds : "Vous ne pouviez pas aller avec un drapeau rouge à Maïdan, par contre il y a des drapeaux rouges partout - et en nombre ! - dans les rassemblements anti-Maïdan". Et ce n'est pas seulement par nostalgie du passé soviétique : c'est aussi le point de vue politique des gens. Les pro-Maïdan ont toujours voulu détruire les monuments de Lénine, et les anti-Maïdan les ont protégés. Même des personnes se définissant comme "monarchistes" sont descendues dans la rue pour protéger les monuments de Lénine. Comme nous pouvons le voir, la situation est extrêmement complexe.


    **************************************************************************************

    La situation en effet, c'est le moins que l'on puisse dire, est complexe et cette analyse de classe du conflit par Borotba nous a amené les réflexions suivantes : de fait, la Russie et les territoires russophones de l'ex-URSS sont au jour d'aujourd'hui - de par leurs caractéristiques historiques et sociales - les terrains les plus favorables au monde à une mobilisation de masse de type national-socialiste.

    Tous les "ingrédients" sont réunis : des pays autrefois deuxième superpuissance mondiale, vaincus et humiliés au terme de la Guerre froide et où s'est développé en réaction un très virulent nationalisme anti-occidental qui met souvent en avant les "valeurs slaves" contre la "décadence occidentale" (avec tout ce que cela peut impliquer de contraire à certaines valeurs que nous considérons progressistes ici : antisexisme, anti-homophobie, critique des religions etc.), accompagné d'un puissant rejet d'un capitalisme très durement subi ces 25 dernières années mais analysé de manière idéaliste-populiste (à grand et fréquent renfort de "socialisme des imbéciles" antisémite) et de la recherche d'une "voie intermédiaire" entre celui-ci et un socialisme que l'on aurait "connu pendant 70 ans" et qui n'aurait "pas marché"... Une figure typique de ce "national-socialisme" populaire semble être par exemple cet Alexeï Mozgovoï cité dans l'entretien, dont on peut voir un aperçu des positions ici (bien finalement dans l'"esprit cosaque" local, mêlant convictions égalitaristes radicales - il se réclame même de Makhno ! - et valeurs parfois conservatrices).

    628x471Et lorsque l'on a compris en marxistes ce qu'est le national-socialisme, il faut alors évidemment s'attendre à voir émerger un ou plusieurs leaders "charismatiques" qui se mettront au service du Capital monopoliste russe, dans une démarche de "réaffirmation" impérialiste ultra-agressive (ce que l'on observe déjà, au demeurant, depuis une quinzaine d'années avec Poutine). D'ailleurs les fascistes des pays impérialistes ouest-européens déclinants, qui prétendent eux aussi "régénérer" ces derniers et en combattre la "décadence", ne s'y trompent pas en faisant généralement de la Russie et de son nationalisme leur modèle (comme potentielle alliée ou carrément maîtresse), quand bien même les fascistes ruthènes du Pravyi Sektor ont aussi leur fan club (et de fait, on a beau se pignoler sur les "rouges-bruns" et autres "NR" et leur "poutinophilie", la première fois que des nostalgiques ouverts du IIIe Reich accèdent à des postes de responsabilité en Europe depuis 1945 c'est bel et bien dans le cadre d'une "révolution" et d'un régime à fond pro-occidental, pro-UE et pro-FMI... c'est ballot hein ?).

    Mais faut-il alors - pour autant - rejeter en bloc tout ce qui "bouge" dans ces pays, ou (du moins) tout en dehors d'une certaine "scène" plus ou moins anarcho-gauchiste très occidentalisée ? Certainement pas : ce serait considérer que tout-e un-e chacun-e "sort" pour ainsi dire communiste ou fasciste "tout-e armé-e" de la cuisse de Jupiter. La réalité, c'est que les consciences politiques individuelles sont de la matière brute qui doit être travaillée en permanence par les deux "pôles", les deux intellectuels organiques collectifs que sont le Parti communiste et la fraction la plus agressive et réactionnaire du Grand Capital. Qui suivra ou pas les petits führer embauchés par le Grand Capital de Moscou dépendra PRINCIPALEMENT - en dernière analyse - de l'activité et du travail politique des communistes ; et c'est en cela que Borotba a 100% RAISON dans son approche matérialiste dialectique de la situation en Ukraine, en recherchant et appuyant dans le mouvement Entretien avec un responsable de Borotba : la guerre en Ukraine dans une perspective de classepopulaire de résistance contre la junte de Kiev les tendances qui peuvent être gagnées à la conception communiste du monde et constituer un secteur d'avant-garde (tout en reconnaissant que malheureusement, leur capacité d'action dans le Donbass proprement dit est réduite).

    Nous l'avons déjà dit et répété : nous ne soutenons pas les "Républiques populaires" du Donbass en tant que telles ; en revanche nous soutenons à 200% Borotba, nos camarades les plus proches là-bas, et leur position MATÉRIALISTE vis-à-vis de ces "Républiques" et de la situation en général. Et surtout - plus globalement encore, nous subordonnerons toujours la dénonciation de ce "national-socialisme" d'ex-URSS à la lutte implacable contre les premiers responsables de la situation : les "vainqueurs" de la Guerre froide qui ont plongé ces Peuples dans une misère et une désespérance sans nom !

    Nous ne reproduirons pas l'erreur parfois commise par nos prédécesseurs communistes des années 30-40 du siècle dernier : nous ne nous rallierons pas à la défense du "bon" impérialisme "démocratique" occidental contre les "monstres" ("rouges-bruns" slaves ou "djihadistes" musulmans) qu'il a lui-même engendré par sa politique de pillage et de dévastation ; ce qui ne nous empêchera pas de combattre également ces derniers sans la moindre concession*, notamment - bien sûr - s'ils se convertissent en un nouveau phénomène de type hitlérien (comme c'est déjà un peu le cas "en miniature" avec l'"État islamique" au Proche-Orient, face auquel nous défendons la "Stalingrad kurde" de Rojava). C'est fini, de laisser l'impérialisme "démocratique" occidental se cacher derrière le petit doigt de sa docte bonne conscience** ! "Ni atlantistes ni 'eurasistes' ni neutres" : un seul camp, le CAMP DU PEUPLE pour le triomphe du drapeau rouge !

    En définitive, il se peut bien qu'avec ce conflit en Ukraine nous soyons confrontés à l'occupation de la Ruhr de notre époque : de l'attitude de solidarité claire des communistes que nous sommes et de l'absence totale d'ambiguïté de notre part vis-à-vis de nos propres impérialismes qui ont appuyé le génocidaire social Eltsine et ses oligarques à la Berezovski hier et l'alliance des ultra-libéraux FMIstes et des nostalgiques de Stepan Bandera en place à Kiev aujourd'hui, dépendra la voie progressiste ou réactionnaire/fasciste que suivront les masses populaires ukrainiennes en résistance contre ces derniers.


    À lire aussi absolument :
    Le marxisme et la guerre dans le Donbass (ou "De l'internationalisme à géométrie variable d'une certaine extrême-gauche"), par le même Victor Shapinov (septembre 2015).


           
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    * En fin de compte, ce que perdent (ou font semblant de perdre) de vue les gauchistes à la "Révolution permanente", "mondialisme.org" (Yves Coleman) ou "lesmaterialistes.com" dans leur analyse des phénomènes réactionnaires (ou en tout cas bourgeois) du "Tiers Monde" (islamisme, nationalismes africains à la Gbagbo, populismes sud-américains à la Chavez etc.) ou d'Europe de l'Est ("eurasisme", "national-bolchévisme")... c'est la plus élémentaire notion de cause-à-effet : ces phénomènes sont les PRODUITS de la situation que l'impérialisme occidental impose à ces pays, et ils ne peuvent pas être critiqués et combattus sans tenir compte de cela ! Le Hamas est un produit de l'occupation sioniste en Palestine, l’"État islamique" est un produit de 10 ans de guerre impérialiste en Irak et les nationalistes russes "eurasistes"/"rouges-bruns" du Donbass sont le produit de 25 ans d'offensive occidentalo-FMIste pour dépecer et piller les anciennes républiques soviétiques, en encerclant la Russie suivant les thèses de l'impérialiste Brzezinski ! Mais que voulez-vous : pour cette "extrême-gauche" de petits bourgeois, l'impérialisme occidental c'est aussi son râtelier !! Alors, il est tellement plus commode de dénoncer ses adversaires...

    ** Quelque part la Chine, l'Iran ou encore le Capital arabe suraccumulé du Golfe (qui finance le djihadisme) sont un peu dans la position du Japon de la première moitié du 20e siècle : des acteurs qui ÉMERGENT de manière agressive sur la scène internationale ; tandis que la Russie, ancien social-impérialisme soviétique vaincu et humilié au terme de la Guerre froide, serait plutôt dans la position de l'Allemagne du Traité de Versailles, cherchant à se RÉaffirmer. Dans tous les cas, nous voyons bien que face à ces "menaces" agressives dont les actions - en effet - sont souvent fort peu défendables, la tentation d'une "union sacrée" avec nos propres impérialismes occidentaux est une menace très concrète.

     


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    1280px-Krivak I class frigate, stern viewLe 8 novembre 1975, dans le Golfe de Riga (Lettonie, alors en URSS), l'officier en second Valery Sabline met aux fers le commandant de la frégate Storojevoï et d'autres officiers. Débute alors, 70 ans presque jour pour jour plus tard, la mutinerie du Potemkine du nouveau tsar Brejnev (la projection du film d'Eisenstein à l'équipage sera d'ailleurs le signal déclencheur de la révolte) : des marins fils du peuple contre le pseudo-"socialisme" capitaliste d’État et social-impérialiste soviétique.

    Elle sera matée quelques heures plus tard (Sabline, arrêté et emprisonné au secret, sera exécuté d'une balle dans le nuque l'année suivante) et si elle a acquis une certaine notoriété (voir le documentaire ci-dessous), c'est parce qu'elle a inspiré le célèbre roman de l'américain Tom Clancy À la poursuite d'Octobre Rouge (1984, adapté au cinéma en 1990) où la frégate devient un sous-marin et les événements sont présentés comme une tentative de passage à l'Ouest... ce que pensaient effectivement les services occidentaux jusqu'à l'effondrement final de l'URSS, et pour cause : c'était la version officielle du Kremlin lui-même.

    valery sablineMais la réalité était bien différente, et la connaître suffit à comprendre l'empressement du pouvoir brejnévien à la présenter comme une défection à l'ennemi. En réalité, l'objectif de Sabline (marxiste-léniniste authentique) et de ses camarades n'était pas de gagner la Suède (comme cela a été prétendu) mais bien, 40 ans après le début du processus contre-révolutionnaire néo-bourgeois dans le Parti et l'appareil d’État soviétique (sur le terreau des erreurs de la construction socialiste) et 20 ans après son triomphe total avec l'avènement de Khrouchtchev, de mettre le cap sur Leningrad pour y déclencher une révolution populaire qui aurait restauré les principes bafoués d'Octobre 1917.

    On pourra évidemment juger que cette tentative était folle et suicidaire (elle le fut effectivement pour son instigateur), de type blanquiste, et que si l'objectif était (au sacrifice de sa vie) de "réveiller les consciences" des ouvriers et des paysans d'URSS, force est de constater que cela n'a pas été le cas. Mais elle lève le voile sur une réalité très (trop) souvent ignorée : le capitalisme bureaucratique d’État était loin d'être unanimement et passivement accepté par les masses populaires soviétiques, il ne rencontrait pas seulement l'opposition d'intellectuels et autres couches privilégiées et surtout, il n'était pas exclusivement combattu sur une ligne prônant la restauration totale du capitalisme et la "démocratie" bourgeoise occidentale (ligne qui finira malheureusement par l'emporter avec Gorbatchev puis Eltsine).

    Il y avait également des gens qui voulaient ramener l'URSS aux principes d'Octobre qui l'avaient fondée : conduire les ouvriers et les paysans de cet immense territoire vers une société communiste sans classes ni exploitation ; chemin qui avait alors été abandonné depuis plusieurs décennies pour conserver en place les privilèges de ceux qui, depuis l'appareil de l’État et du Parti, avaient tout simplement pris la place de l'ancienne bourgeoisie et aristocratie tsariste.

    La page Wikipédia de Valery Sabline présente un assez bon exposé factuel des événements : http://fr.wikipedia.org/wiki/Valery_Sabline

    poursuite-storojevoiNous reproduisons ci-dessous un article consacré aux événements, traduit de l'anglais sur le site de La Riposte (courant trotskyste au sein du PCF). Bien évidemment, il est d'idéologie trotskyste (écrit par Alan Woods de la Tendance marxiste internationale, dont fait partie La Riposte) et doit donc être lu avec cela en tête. Il présente des analyses et des caractérisations des choses qu'en tant que maoïstes (et non trotskystes) nous ne partageons pas, voire qui pourraient en faire bondir certain-e-s. Dans la logique de petites chapelles idéologiques qui anime (malheureusement) la majeure partie de l'extrême-gauche occidentale, il est évident que trotskystes, "staliniens" hoxhistes et même maoïstes pourront toujours tenter de tirer à eux le cadavre d'un homme qui voulait, sans doute et avant tout, simplement en revenir aux principes du léninisme et que révoltaient les privilèges de la nouvelle caste d'appareil ; seul Alan Woods ayant toutefois pris le temps d'écrire un assez long texte sur le sujet pour dépeindre un Sabline écœuré de n'avoir pas pu lire la prose de Trotsky, dans laquelle rien n'est pourtant moins sûr qu'il aurait trouvé les réponses aux questions qu'il se posait (puisque fondamentalement, pour Trotsky, la solution trotsky tueleskine pouvait pas venir d'URSS elle-même mais seulement d'une révolution ouvrière dans les pays plus avancés) [de fait, à la vue du documentaire c'est plutôt une vision "chinoise" qui semble prédominer : "le communisme est inéluctable en URSS" selon Sabline, alors que pour Trotsky il est impossible si les pays impérialistes occidentaux ne font pas leur révolution ; il s'est simplement formé une nouvelle bourgeoisie d'appareil qu'une révolution populaire doit combattre ; ou à la rigueur une vision guévariste, le navire insurgé jouant le rôle de "foyer" révolutionnaire].

    Nous serons cependant tous d'accord sur le fait qu'en 1975 l'URSS pouvait être caractérisée par à peu près tout sauf "socialiste", et l'article offre l'exposé des faits le plus approfondi qui soit trouvable en français :

    Valery Sabline et la véritable histoire d’« À la poursuite d’Octobre Rouge »

    Et voici le fameux (et très intéressant) documentaire dont il est question :
    http://www.dailymotion.com/video/xkju3y_a-la-poursuite-d-octobre-rouge-un-film-une-histoire_webcam

     

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  • 030314 borotbaL'organisation communiste ukrainienne Borotba est désormais plongée dans la clandestinité, ses militants sont pourchassés sous l'accusation de soutenir le "terrorisme séparatiste" et son site internet ne répond plus. Quelques éléments parviennent toutefois, tant bien que mal, à communiquer avec l'extérieur ; ainsi le responsable Sergueï Kiritchouk qui s'est exilé et a donné cette interview à un journal allemand. D'autres ont pu gagner la Crimée qui (comme chacun-e le sait) a fait sécession en mars dernier avant de proclamer son rattachement à la Russie, et connaît depuis lors une relative "paix russe" (ceci renforcera bien sûr encore, jusque dans l'"extrême-gauche" ukrainienne et internationale, l'accusation d'être "à la solde de Moscou" ; mais faut-il pourtant s'en étonner lorsqu'ils peuvent trouver là, à deux pas de chez eux, une relative tranquillité alors qu'ils sont traqués comme des bêtes dans toutes les régions sous contrôle de Kiev ?).

    Ils ont fait parvenir au site "Workers World" ce texte que nous avons traduit, annonçant le lancement d'un "Centre antifasciste" à Simferopol - dans la péninsule séparatiste. Nous avons trouvé ce texte hautement intéressant car il n'appelle pas à rejoindre les "glorieuses forces" de la République "populaire" séparatiste du Donbass (où les antifascistes se retrouveraient rapidement aux côtés de... fascistes pro-russes, y compris venus de France, le mouvement fasciste européen s'étant globalement partagé entre pro-russes et pro-ukrainiens comme hier entre pro-serbes et pro-croates en Yougoslavie) ; mais au contraire à allumer et développer la résistance populaire antifasciste dans TOUT L’ÉTAT UKRAINIEN, au Sud (Odessa) comme à Kiev, au Nord et même à l'Ouest où se développe çà et là une résistance à la mobilisation militariste de la junte contre les séparatistes du Donbass... Autrement dit il dénationalise les enjeux, tentant d'arracher les choses à un affrontement Ukraine-Russie et "Ukrainiens proprement dits" vs "Novorusses"* pour les amener sur un terrain DE CLASSE et de CONCEPTION DU MONDE : ouvriers et paysans contre oligarques, justice sociale contre botte du FMI et de la BCE et résistance populaire contre le fascisme ! 


    Lancement d'un Centre antifasciste en Ukraine

    borotba antifascist

    Soutenez le Centre pour les antifascistes d'Ukraine créé à Simferopol en Crimée - Nous avons besoin de votre aide !

    La nécessité objective d'un Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine à Simferopol :

    En ce moment, il est extrêmement difficile aux forces qui s'opposent au fascisme en Ukraine de travailler sur le territoire contrôlé par le gouvernement de Kiev ; en particulier pour l'organisation de gauche la plus active : l'Union Borotba ("Lutte"). Dans les villes du Sud-Est ont eu lieu des arrestations massives de militants anti-Maïdan, et des centaines de personnes sont maintenant derrière les barreaux. Le Service de Sécurité ukrainien recherche et arrête à présent nos camarades pour le simple fait de poster sur les réseaux sociaux (Facebook, Vkontakte), ce qui est qualifié de "propagande séparatiste".

    Dans ces conditions, les cellules de Borotba et d'autres organisations de gauche et antifascistes opèrent de manière semi-clandestine. Des dirigeants importants de ces organisations ont fait l'objet de représailles. Notre organisation ne peut plus désormais fonctionner que sur le principe du réseau - comme réseau de petits groupes autonomes menant l'agitation et la propagande et tentant d'organiser, tout en se protégeant des attaques des combattants néofascistes.

    L'activité d'une direction centrale de l'organisation est devenue impossible sur le territoire contrôlé par les autorités de Kiev - il y a un trop grand risque d'exposition d'un tel centre et d'une destruction de tout le réseau.

    urlCette situation engendre la nécessité d'un centre de coordination pour Borotba et autres organisations amies et groupes de gauche en dehors du territoire contrôlé par Kiev. Un exemple pour cela est le travail des sociaux-démocrates russes au début du 20e siècle, afin de créer un centre capable de coordonner l'action des cellules clandestines.

    Les activistes impliqués dans la lutte antifasciste en Ukraine, qui risquent l'arrestation, la torture et même la mort, doivent savoir qu'ils ne seront pas laissés sans refuge ni moyens de subsistance si besoin est, afin qu'ils puissent continuer à participer à la lutte pour libérer l'Ukraine des nazis.

    Conditions subjectives pour un Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine à Simferopol :

    Du fait de la répression des autorités de Kiev contre l'Union Borotba et d'autres organisations de gauche et patriotiques, de nombreux activistes ont été obligés à fuir le territoire ukrainien. Actuellement, environ 20 membres de Borotba originaires d'Odessa, de Dniepropetrovsk, de Kiev et d'autres villes, qui ont quitté l'Ukraine sous la menace d'arrestation et de violences, se trouvent dans la République de Crimée à Simferopol.

    Pour le moment, ces exilés antifascistes ne possèdent que leurs maigres ressources pour leur loyer et autres nécessités ; ils n'ont pas d'emploi d'autres sources de revenus. Dans le même temps, nos camarades ne veulent pas devenir des réfugiés ni recevoir la nationalité russe : il veulent retourner en Ukraine et vaincre le régime néofasciste.

    L'Union Borotba, sous la direction du député au Conseil régional d'Odessa Alexeï Albu et du coordinateur Victor Shapinov, a déjà commencé à coordonner Borotba et d'autres forces de gauche en Ukraine. Du 5 au 8 juillet, la première école pour activistes politiques s'est tenue près de Simferopol, à laquelle ont assisté 30 personnes qui avaient quitté l'Ukraine.

    Tâches pour le Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine :

    1. Coordination et gestion des cellules de Borotba et des organisations de gauche amies.

    2. Assurer des canaux de communication sûrs et faire parvenir des fonds aux antifascistes Ukraine.

    3. Former de nouveaux activistes politiques venant du mouvement de résistance dans le sillage des protestations anti-Maïdan. Créer un cadre solide pour les forces politiques de gauche, qui sera un élément essentiel du système politique de la nouvelle Ukraine libérée du fascisme.

    borotba 101800394 jpg 1 4. Créer un centre de presse des forces de gauche et antifascistes en Ukraine pour informer le public de la lutte sur le territoire contrôlé par les autorités de Kiev.

    5. Créer des supports de communication (tracts, vidéos etc.) à l'usage des forces de gauche et antifascistes en Ukraine. Gérer un vidéoblog permanent pour les forces de gauche en Ukraine, qui pourrait devenir une véritable chaîne online.

    6. Traduction des documents de la résistance antifasciste en langues étrangères. Permettre une prise de conscience internationale sur le combat des forces antifascistes en Ukraine. Diffuser une information précise sur la répression et les assassinats d'activistes.

    7. Tenir un registre des crimes et des violations des droits humains commis par le gouvernement de Kiev et les unités d'ultra-droite sous son contrôle.

    8. Faire le lien entre les forces de gauche en Ukraine et tout autour de la planète.

    9. Assurer l'évacuation des camarades ukrainiens qui risquent persécutions ou violences là où ils vivent et travaillent.

    Nous, les représentants du Centre de soutien aux antifascistes d'Ukraine, faisons appel à l'aide de tous les mouvements et de toutes les organisations progressistes comme des activistes individuels. TOUTE AIDE, même la plus modeste, sera appréciée dans toute sa valeur par les exilés antifascistes ukrainiens.

    http://www.workers.org/<wbr>articles/2014/08/04/anti-<wbr>fascist-center-launched-<wbr>ukraine/

    Le courant trotskyste de la Riposte, qui pratique l'"entrisme ouvert" au sein du PCF, a récemment publié un texte dans lequel nous retrouvons largement nos analyses : Thèses sur l’Ukraine

    Preuve qu'au-delà des petites chapelles idéologiques, la CONCEPTION CORRECTE DU MONDE se cristallise petit à petit sous l'effet des forces de l'histoire !


    [* Cette question de "Novorussie"/"Novorusses" a été très largement débattue, et non sans raisons. En effet, les cartes "ethnographiques" tendent à montrer que les véritables Russes (selon, sans doute, l'ancienne classification soviétique des nationalités) ne sont majoritaires qu'en Crimée (~ 60%) et dans quelques raïons (districts) du Donbass, de la région de Kharkov ou encore proches de la Moldavie (Boudjak). Mais alors, sur quoi (diable) repose donc cette (fichue) identité "novorusse" du Sud et de l'Est de l'Ukraine ? Eh bien, elle repose peut-être précisément sur cela : ni les Russes, ni les Ukrainiens ni qui que ce soit d'autre (Bulgares, Tatars, Roumains/Moldaves, Gagaouzes etc.) ne représentent une écrasante majorité de 90% ou plus dans ces régions. La caractéristique locale est justement le multiethnisme.

    Le bandérisme, cet ultra-nationalisme ukrainien fondé sur une "pureté" ethnique ukrainienne "plus-vraie-que-vraie", n'y fonctionne donc pas (sans même parler du fait que sa collaboration passée avec le nazisme, dans des régions martyres de la guerre d'extermination lancée par Hitler contre l'URSS, ne plaide pas en sa faveur...). Des idéologies au service de l'impérialisme russe telles que l'"eurasisme", le "panslavisme" (unité plus ou moins fédérale de tous les Peuples slaves) ou encore un certain "néo-soviétisme" peuvent y fonctionner - et de fait y fonctionnent ; mais le bandérisme, la population du Sud et de l'Est de l'Ukraine le vomit. Si l'Ouest (à 90 ou 95% ukrainien "ruthène") en veut, "tant mieux" pour lui ; mais au Sud et à l'Est on n'en veut pas, c'est ainsi.

    On notera que cette culture de coexistence nationale s'accompagne généralement d'un usage de la langue russe comme lingua franca ou plus localement (surtout le long du Dniepr - en orange sur cette carte) d'un dialecte populaire mêlant russe et ukrainien, le sourjyk ; d'où la confusion qui tend à s'installer entre russophones (notion linguistique), "pro-russes" (notion politique) et "Russes" au sens de la classification soviétique des nationalités (notion "ethnique"). La carte de l'usage principal du russe dans la vie quotidienne, ou encore celle des partisans de sa co-officialité (aux côtés de l'ukrainien) montrent ainsi des réalités notablement différentes de celle des pourcentages de Russes "ethniques".]

    1MaiBorotba

    Lire aussi (à titre informatif) le Manifeste du Front populaire de libération de l’Ukraine* qui donne une petite idée du niveau idéologique "moyen" de l'insurrection dans le Sud-Est ukrainien.

    On notera que :

    1°/ Il est sans doute permis de déplorer qu'une organisation marxiste révolutionnaire comme Borotba ait signé cet appel aux côtés de forces aux noms aussi peu engageants que "Garde slave", qui fleurent bon l'ultra-nationalisme russo-orthodoxe "cosaque" et "blanc", CEPENDANT

    2°/ Il est difficile de se poser en petit juge de ce genre de choses lorsque l'on ne se trouve pas et que l'on a même pas (à vrai dire) dans son champ du concevable la situation que connaissent actuellement ces militant-e-s : à quand remonte la dernière fois qu'en Hexagone, une quarantaine de personnes identifiées comme "rouges" ont été (de ce seul fait) brûlées vives dans un immeuble par des fascistes ? Depuis quand est-on arrêté (puis bien entendu sauvagement brutalisé en détention) pour des simples publications sur Internet ? Quand donc des déluges de bombes se sont-ils abattus, faisant des milliers de mort-e-s civil-e-s, sur une région ouvrière refusant d'être "restructurée" (un peu comme la Lorraine des années 1980) ? Pour se permettre de donner des leçons il faudrait déjà, pour commencer, avoir vécu ne serait-ce qu'un quart du dixième de cela ; et admettre également au préalable le principe absolu que des personnes progressistes ou révolutionnaires ont le DROIT de résister face à un gouvernement tel que celui de Kiev (pour le moment et sans doute par tactique politique, les forces de "Nouvelle-Russie" mêlent allègrement imagerie soviétique et nationaliste russe et ne s'attaquent pas aux "rouges") - cf. l'excellent article du Comité Anti-Impérialiste au sujet de la Palestine.

    3°/ Dans un tel contexte, des forces réactionnaires comme les "cosaques", "eurasistes" douguiniens, "nationaux-bolchéviks" et autres "panslavistes" deviennent de fait des "forces grises" intermédiaires, au même titre que les forces islamistes en Palestine : ce ne sont pas des "amis pour la vie", il faut garder sa méfiance (si une vraie question mérite d'être posée, c'est celle-là), mais elles ne sont pas pour le moment l'ennemi à combattre en priorité et peuvent même, dans certaines de leurs actions, servir objectivement le Peuple et les idées justes. Pour illustrer cela on signalera par exemple qu'à Zaporozhye, où elle est basée, la "Garde slave" a participé en février à la défense de la statue de Lénine - symbole que les nationalistes fascistes "EuroMaïdan" voulaient abattre avant de passer physiquement aux communistes eux-mêmes...

    4°/ Dans un tel contexte comme en Palestine, cf. là encore l'article du Comité Anti-Impérialiste, "les idées qu’ont en tête ceux qui résistent ne constituent pas la question principale. Ce qui compte c’est ce qu’ils font. Ce qui compte, c’est leur lutte objective. C’est le point de vue du matérialisme historique comme l’a magnifiquement montré Engels dans La guerre des paysans en Allemagne. Il faut participer à cette lutte objective pour influencer le combat dans un sens progressiste ou révolutionnaire. C’est là une des grandes leçons du marxisme"... Borotba ne fait donc qu'appliquer un principe marxiste élémentaire - avec quel succès, cela seul l'avenir le dira. De fait, le texte de la déclaration est très "réformiste radical" et montre bien que ce qui est déterminant c'est la pression des masses, de leurs aspirations, et ce que telle ou telle force est OBLIGÉE de dire et faire face à cela bien plus que ce qu'elle est et pense réellement dans son "logiciel" politique organique [il semblerait en fait que les principaux auteurs du texte soient les camarades de Borotba, la question qui se pose alors étant celle de la sincérité des autres signataires, dont il est toujours permis de douter mais voilà : cela a pu en tout cas leur être imposé]. Borotba n'est d'ailleurs absolument pas aveugle ni a-critique quant aux forces, tendances et activités droitardes du camp "novorusse" : l'organisation a ainsi dénoncé l'inscription de l'orthodoxie comme religion officielle dans la Constitution séparatiste, ainsi que l'usage par les "républiques populaires" de symboles réactionnaires comme le drapeau tsariste noir-jaune-blanc, emblème courant de l'extrême-droite russe. Autrement dit, Borotba mène AU SEIN MÊME du camp anti-bandériste la bataille idéologique entre la ligne rouge socialiste-prolétarienne et la ligne "blanche" national-chauvine, grande-russiste, cléricale, parfois même néo-tsariste etc. etc. qui mène forcément la résistance populaire "novorusse" et de toute l'Ukraine à la faillite !

    Un autre texte intéressant (bien qu'aux accents virulents et limite sectaires) est celui diffusé sous la forme d'un appel de plusieurs dizaines de groupes musicaux antifascistes de Russie, d'Ukraine même, d'Allemagne, de Biélorussie (soumise à un régime auquel un Donbass indépendant pourrait beaucoup ressembler), de Tchéquie etc. etc. : http://www.avanti4.be/actualite/article/ukraine-manifeste-de-groupes-de-musique-et-de

    Dans l'absolu nous ne pouvons que souscrire à 100% à un tel texte qui rejette tous les ethno-chauvinismes, les manœuvres impérialistes, les grands capitalistes, les fachos des deux bords... et les opportunismes de "gauche" (marxistes ou libertaires) vis-à-vis d'un camp comme de l'autre. Mais il nous semble néanmoins faire gravement l'impasse sur les légitimes aspirations et inquiétudes populaires sur lesquelles "surfent" l'impérialisme russe et ses agents/mercenaires (celles qui s'exprimaient à Maïdan, sur lesquelles ont surfé les nazillons et les thatchériens de Kiev et de l'Ouest, sont quant à elles désormais hors-jeu et la mairie de Kiev a ordonné l'évacuation manu militari des derniers campeurs de la place). Ce point de vue, en somme, présente une vision idéale que n'importe quelle personne progressiste ne peut que partager ; mais IL N'EST PAS MATÉRIALISTE quant à la manière d'affronter concrètement la situation concrète telle qu'elle est (c'est-à-dire épouvantable), contrairement au texte du Comité Anti-Impérialiste si on le transpose de la Palestine à l'Ukraine. Nous avons été, à vrai dire, très proches d'un telle position au début (chute de Ianoukovitch, début de la partition du pays, annexion russe de la Crimée) mais désormais les choses ont évolué et quelle que soit l'activité réelle de l'impérialisme russe (à ne pas confondre avec ce que dit la propagande occidentale et de Kiev), il y a clairement selon nous un OPPRESSEUR et un OPPRIMÉ, à commencer par des militant-e-s se revendiquant comme nous du communisme et qui sont persécuté-e-s (et forcément, là où il y a oppression il y a résistance). La situation a suivi de fait l'évolution inverse de la Syrie, où il y avait au départ un soulèvement populaire tout à fait légitime (contenant des progressistes et même des marxistes) contre un régime réactionnaire (qu'il ait été "progressiste" il y a 40 ou 50 ans ne change rien), antipopulaire, assassin et corrompu, mais où il n'y a plus aujourd'hui aucune force en présence (régime, opposition "modérée" ou djihadistes) à défendre.

    Si la situation en Ukraine, comme tout pouvait hélas le laisser craindre, a pris une tournure yougoslave et que les ethno-chauvinismes et leurs parrains impérialistes des deux bords sont également à rejeter et blâmer, c'est bien le Donbass qui apparaît dans la position de Sarajevo et la "Garde nationale" ("machine à recycler" les nazillons du Pravyi Sektor) dans celle des milices serbes plutôt que l'inverse. C'est bien du côté pro-Kiev que l'on observe au quotidien la volonté de "nettoyer" l'Ukraine d'une de ses nationalités, en l'occurrence la "russe" (voir ici cette députée de Svoboda visitant une école maternelle dans l'Ouest et disant aux enfants à nom "russe" qu'ils vont "bientôt devoir partir à Moscou" : https://www.youtube.com/watch?v=w3R3pMtL3eo) mais rien ne garantit guère (non plus) le sort des autres ; tandis que la déclaration du "Front populaire de libération" affirme et revendique la multinationalité de l’État. Et si l'on accueille favorablement l'argument (que l'on trouve par exemple sur un forum trotskyste) selon lequel "ce type d'alliance (avec des forces réactionnaires ou "fascistes") se retourne toujours contre les communistes et les travailleurs" qui s'y livrent, alors les marxistes et les progressistes ukrainiens qui auront été opportunistes ou "neutres" vis-à-vis du Pravyi Sektor et du nouveau régime de Kiev sont beaucoup plus proches de l'anéantissement que ceux qui "soutiennent" la rébellion "pro-russe" !

     

    * Fréquemment accusé d'être "un faf", l'auteur du site est en réalité proche du parti "rooseveltien" Nouvelle Donne de Pierre Larrouturou.

     


    4 commentaires

  • Voici une interview d'un leader en exil de l'Union Borotba ("Lutte"), Sergueï Kiritchouk, publiée sur Initiativ-online.org le 11 juin 2014, traduite de l'allemand par la revue Workers World et reprise sur Democracy and Class Struggle.

    Elle permet de mieux connaître cette organisation et ses positions, les meilleures à ce jour et à notre connaissance en Ukraine, que nous avons maintes fois traduites et publiées et aussi parfois (gentiment) critiquées.

    Depuis le début le mouvement Maïdan a soutenu l'accord de libre-échange avec l'Union européenne. Nous, au contraire, avons toujours été depuis le début contre l'UE, qui n'a d'autre objectif que de piller et détruire l'économie ukrainienne.”


    sergeikirichuk


    Initiativ : Quand et comment Borotba a-t-elle été créée ?

    Sergueï Kiritchouk : Nous sommes une toute jeune, toute nouvelle organisation. Nous avons fondé Borotba en 2011 comme résultat d'une coalition de différents groupes d'extrême-gauche. Certains proviennent d'associations marxistes, d'autres viennent du Parti communiste d'Ukraine (KPU) ainsi que de son organisation de jeunesse.

    Nous sommes des personnes différentes avec des parcours différents. Nous avons des stalinistes, des trotskystes, des maoïstes et des personnes d'autres parcours politiques dans notre organisation.

    Nous en sommes arrivés au stade où nous avons réalisé que ces divisions n'étaient plus aussi importantes qu'elles ont pu l'être par le passé. Nous avons travaillé ensemble dans diverses campagnes et nous avons trouvé que ces différences n'étaient plus aussi significatives aujourd'hui.

    Nous pouvons travailler ensemble pour construire quelque chose de neuf ; telle était l'idée fondamentale. Beaucoup de personnes ont participé à cette expérience. Pour être tout à fait honnête, ce sont principalement des personnes expérimentées et éduquées politiquement qui l'ont soutenue.

    Mais des travailleurs sans expérience particulière l'ont aussi soutenue, ainsi que des figures extérieures au mouvement ouvrier. L'un d'entre eux vient de Kharkov. Il y a quelques jours, on a tenté de le kidnapper.

    030314 borotbaBien que nous ayons été organisés et actifs depuis longtemps, nous étions numériquement une très petite organisation. Nous avions des bureaux régionaux dans toutes les grandes villes. Dans nos plus grands rassemblements il y avait plusieurs centaines de participants.

    Lorsque la crise a commencé, que le mouvement Maïdan a débuté en novembre, nous avons été dès le départ contre ce mouvement.

    C'était une position que beaucoup de personnes pouvaient facilement comprendre, en particulier des personnes de la classe ouvrière. Surfant sur cette vague, nous avons accru notre influence et sommes devenus l'une des forces de premier plan dans des villes comme Kharkov par exemple.

    Après le coup d’État maïdaniste du 22 février, les fascistes ont détruit notre QG à Kiev.
    Nos camarades de l'Ouest de l'Ukraine sont immédiatement entrés dans la clandestinité, tandis que nous continuions à mener des activités publiques dans l'Est, là où c'était encore possible.

    La ville de Kharkov a été l'une des plus grandes cités industrielles de l'époque soviétique, après Moscou et Leningrad. C'est aujourd'hui encore l'un des principaux nœuds ferroviaires en Europe. C'est une ville avec une forte et ancienne tradition démocratique et de gauche. Il n'est donc pas surprenant que la mobilisation à Kharkov ait été et reste si forte contre le nouveau régime oligarchique putschiste.

    Il y a eu d'immenses rassemblements, tous pacifiques, contre le nouveau gouvernement de Kiev et nous avons bien entendu gagné de nouveaux membres dans ce mouvement. Ainsi, par exemple, 300 personnes ont signé en un seul jour une déclaration comme quoi elles souhaitaient rejoindre notre mouvement. Ces personnes n'étaient évidemment pas toutes communistes, socialistes ou d'extrême-gauche : elles exprimaient leur accord avec une position politique particulière.

    Mais ces 300 déclarations ont déjà une importance énorme. Elles montrent combien notre ligne est correcte.

    Iv : Si quelqu'un vous demandait qu'est-ce que Borotba, que lui répondriez-vous ? Qu'est-ce qui vous différencie par exemple du KPU (PC d'Ukraine) ?

    SK : Nous sommes une organisation communiste. Effectivement, l'organisation de gauche la plus connue en Ukraine est le KPU. Mais nous critiquons ce Parti très durement, nous sommes clairement contre leurs illusions parlementaristes.

    Le KPU a fait partie du gouvernement oligarchique de Ianoukovitch. Mais bien entendu, si vous dites que vous êtes communistes, tout le monde pense que vous êtes du KPU.

    1MaiBorotbaC'est pourquoi nous avons choisi le nom de Borotba. Ce nom signifie littéralement "Lutte" et évoque implicitement la tradition des communistes ukrainiens, qui avaient par le passé un journal nommé Borotba. Il y a aussi eu des organisations de ce nom autrefois.

    Pour des Occidentaux, ce nom sonne étrangement mais il a d'authentiques racines ukrainiennes. Il est d'ailleurs ironique que ce soit un nom ukrainien. Dans les médias ukrainiens, nous sommes naturellement présentés comme des agents de Poutine et un parti pro-russe. Le problème est que nous militons aussi dans les régions majoritairement russophones sous le nom ukrainien de Borotba. Beaucoup auront du mal à expliquer pourquoi le parti pro-russe que nous sommes porte un nom ukrainien.

    Iv : Dès le début vous avez pris position contre Maïdan. Pourquoi ?

    SK : Dès le départ les manifestations de Maïdan n'avaient aucunes revendications sociales. Beaucoup de gens ont pu penser que Maïdan était une sorte de grand mouvement démocratique avec des revendications sociales.

    Les forces fascistes sont apparues dans le mouvement comme une catastrophe naturelle, détruisant sa frange progressiste et se plaçant au premier plan.

    Dès le commencement le mouvement Maïdan a soutenu l'accord de libre-échange avec l'UE, qui n'avait d'autre contenu que le pillage et la destruction de l'économie ukrainienne.

    1391005999 984629 7D'un autre côté, l'idée de réussite individuelle a également exercé une grande emprise. Cela a culminé dans l'idée que le système ukrainien corrompu, dominé par les oligarques, pouvait être dépassé si nous entrions dans l'UE. Ceux qui veulent travailler dur pourraient réussir et devenir riches. Non seulement l'opposition libérale-nationaliste mais aussi le gouvernement Ianoukovitch lui-même ont répandu la même propagande dans les médias. "Regardez les Pays baltes", disaient-ils : ils ont fait des réformes, ils font partie de l'UE, ils sont prospères, ils sont riches. Nous devons suivre ce chemin nous aussi.

    Mais les Ukrainiens sont capables de voir et de penser. Ils ont vu la crise dans l'Union européenne et, par exemple, ce qui est arrivé à la Grèce.

    C'est ainsi qu'il y a eu une grosse campagne anti-grecque en Ukraine, avec ce genre d'arguments : en Grèce le socialisme est au pouvoir, les gens sont très riches et très paresseux, et maintenant ils doivent payer pour leur comportement. Je ne plaisante pas, ce sont vraiment les arguments qu'on entendait.

    Pendant très longtemps, nous avons été la minorité d'une minorité. Par exemple lorsque j'ai pris part à un débat télévisé, j'étais le seul contre l'intégration européenne. Tous les représentants du régime Ianoukovitch comme de l'opposition étaient pour.

    Et ils n'avaient évidemment aucun argument raisonnable contre ma position, car j'expliquais clairement ce que seraient les conséquences d'une zone de libre-échange. Ils ne pouvaient pas trouver un seul argument rationnel. Ils disaient "regardez l'UE, ils sont tous si riches" et lorsque j'ai clairement fait comprendre que je n'étais pas d'accord, ils ont rétorqué qu'ils ne voulaient pas entendre plus longtemps une telle propagande soviétique.

    Iv : Pour quelles raisons Ianoukovitch a-t-il refusé de se soumettre aux diktats de l'UE ?

    SK : Ianoukovitch a refusé de signé la déclaration avec l'UE parce qu'il y avait des pressions du côté russe. 

    3484740777Le problème est que la Russie n'a pas été capable ni n'a eu la volonté de trouver un compromis qui aurait permis à l'Ukraine de coopérer avec elle aussi bien qu'avec l'UE.

    D'un autre côté il y a eu de grandes pressions de la part des milieux d'affaires, en particulier ceux du secteur des hautes technologies, l'industrie qui produit des équipements pour les hélicoptères, les avions, les fusées spatiales ou les armes nucléaires : ils produisent pour le marché russe et non pour l'UE. La moitié du commerce extérieur ukrainien se fait avec la Fédération de Russie et l'autre moitié avec l'UE. Ianoukovitch était donc soumis à des pressions oligarchiques des deux côtés.

    La différence est que l'Ukraine fournit beaucoup de matières premières à l'UE et que la valeur ajoutée de ces secteurs est faible, tandis que ce qui est vendu à la Russie est à haute valeur ajoutée, de la haute technologie. Le Grand Capital a exercé des pressions terribles et Ianoukovitch a finalement annoncé qu'il devait y avoir des négociations supplémentaires pour que l'Ukraine trouve un accord de libre-échange plus profitable. C'est la raison pour laquelle le mouvement Maïdan a débuté.

    Ils ont tenté d'expliquer que la raison pour laquelle nous sommes si pauvres est que nous vivons en Union soviétique. L'URSS n'existe plus mais, ont-ils dit, nous avons toujours une mentalité soviétique et nous devons rompre avec cette mentalité pour rejoindre l'Union européenne. À Maïdan, ils ont bâti un mur symbolique : ils ont dit que nous vivions toujours en URSS et que si nous franchissions cette frontière pour faire partie de l'UE, nous romprions avec notre passé.

    Iv : Quel était le programme politique concret de Borotba à ce moment-là ?

    SK : Nous avons toujours, bien sûr, été fermement opposés au gouvernement Ianoukovitch. Mais nous avons aussi compris que l'opposition de Maïdan était tout aussi réactionnaire. Nous avons donc dirigé notre critique contre les deux bords. À cette époque, les camps politiques étaient encore très fortement polarisés entre Ianoukovitch et l'opposition pro-occidentale. Nous représentions alors la pensée d'une toute petite minorité de la société ukrainienne.

    Certaines personnes ont alors commencé à comprendre ce qu'il se passait réellement lorsque le mouvement Maïdan a commencé à détruire les monuments de Lénine à travers tout le pays. Les gens ont alors pu très bien comprendre ce qu'il se passait : ces forces de Maïdan sont Ukraine-Crimea-pro-Russian-protestersréactionnaires, elles n'ont pas de revendications sociales progressistes, leur idéologie est d'extrême-droite et elles disent que la source de tous les problèmes peut être trouvée dans la personne de Lénine.

    Après le coup d’État, les monuments de Lénine sont devenus d'importants symboles politiques. À Kharkov, par exemple, ils ont aussi tenté de détruire le monument ; mais des personnes de toute la ville sont venues pour le défendre, et seule une minorité était des militants communistes ou d'extrême-gauche. L'immense majorité étaient des gens ordinaires. Ils ont défendu le monument comme une expression de notre histoire, de notre histoire soviétique. C'est notre histoire et nous ne les laisserons pas nous l'enlever. [NDLR évidemment là les choses ne sont pas aussi "neutres" : ces symboles historiques ont une signification de classe, pour la conscience de classe et pour ce que Gramsci appelle le "bon sens" ou le "sens commun". Être attaché aux statues de Lénine est évidemment un signal intellectuel plutôt positif de conscience de ses intérêts de classe populaire et d'emprise du "bon sens". Il y a en "Espagne" des personnes opposées au retrait des symboles franquistes arguant elles aussi que "cela fait partie de leur histoire" ; mais là il s'agit d'un état d'esprit beaucoup plus négatif sous l'emprise du "sens commun" (suprématie idéologie de la classe dominante, "conscience" des intérêts... de ses exploiteurs et oppresseurs, l'"exploité heureux" en quelque sorte).]

    Par exemple, il y avait une vieille dame à une manifestation avec une pancarte faite par elle-même où elle avait écrit : "Allez-vous détruire notre maison parce qu'elle a été construite à l'époque soviétique ?".

    Iv : Quelle est la situation aujourd'hui ?

    SK : Tous nos locaux ont été saccagés et détruits par la soi-disante "Garde nationale", qui est la couverture légale des groupes néo-nazis. Quand nos militants ont tenté d'y accéder ils ont vu des hommes en uniforme noir, armés d'AK-47 qui en empêchaient l'accès.

    Ukr_redflagburning.jpgIls ont tout pris : drapeaux, sonos, ordinateurs et même les journaux. Il est facile de comprendre que dans ces conditions plus aucun travail légal et ouvert n'est possible.

    Il y a deux semaines, il y a eu une tentative de kidnapper deux de nos camarades après une manifestation contre la guerre à Kharkov. À la fin de la manifestation des personnes armées d'AK-47 ont tenté d'entraîner nos camarades à bord d'une véhicule. Les passants ont réussi à les en empêcher.

    La totalité de notre direction est désormais clandestine. Certains de nos membres ont dû quitter le pays. Les nazis ont par exemple attaqué le journaliste révolutionnaire très connu et membre de Borotba Andreï Mantchouk, rédacteur en chef du quotidien internet Liva.

    Au final, nous avons été illégalisés et la direction a été contrainte à l'exil. Mais il y a quelques jours il y a eu un rassemblement improvisé à Kharkov, des personnes ordinaires se sont rassemblées sur une place et l'on a pu y voir de nombreux drapeaux de Borotba.

    Iv : Vous parlez de solidarité avec la lutte de libération kurde, que voulez-vous dire par là ?

    SK : Il faut clarifier cela. Si nous regardons le drapeau de Borotba, il présente en effet une grande similarité avec celui du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Il n'avait pas été imaginé comme cela au départ, mais nous avons effectivement quelques membres d'origine kurde.

    Et ce sont finalement des étudiants pro-capitalistes, néolibéraux, hostile envers nous qui par leurs pressions nous ont amené à choisir ce drapeau.

    Ils ont écrit dans une déclaration que Borotba avait des liens avec le PKK et que celui-ci est considéré comme une organisation terroriste par l'Union européenne. Ils ont affirmé que l'un et l'autre formions un front terroriste contre l'UE. Nous assumons avoir toujours été solidaires de la lutte de libération des Kurdes.

    Iv : D'où viennent les Kurdes ? Ont-ils immigré en Ukraine à l'époque de l'URSS ?

    borotba antifascistSK : La majorité des Kurdes en Ukraine vivent dans le Sud, dans la région d'Odessa. Certains sont des étudiants, d'autres travaillent comme commerçants sur les marchés. Le gouvernement ukrainien a toujours travaillé en étroite coopérations avec l’État turc. Ce dernier fait pression sur lui pour prendre des mesures contre les Kurdes.

    Auparavant, les autorités n'arrêtaient pas vraiment les Kurdes, ni ne voulaient déployer une grande répression contre eux. Mais les autorités universitaires faisaient pression, par exemple, sur les étudiants en disant qu'ils devaient seulement étudier et ne pas prendre part à des activités politiques. Les étudiants kurdes ont néanmoins organisé des meetings politiques.

    La principale propagande répétée par les médias ukrainiens est que les Kurdes ne peuvent tout simplement pas vivre en paix, et que tant que la Turquie serait un pays si “démocratique” et “pacifique” les Kurdes commettraient des actes terroristes. Les médias demandent tout le temps “pourquoi viennent-ils en Ukraine ? ils ne savent pas vivre en paix”.

    Iv : Que pensez-vous du concept de fédération démocratique ? Notamment en relation avec la situation concrète en Ukraine ?

    SK : Le Peuple kurde doit décider par et pour lui-même quelle forme doit prendre l'autodétermination. En Ukraine, nous sommes pour un fédéralisme démocratique. Cela signifie l'autonomie budgétaire, politique et sociale pour le Sud-Est, qui doit être une partie de la Fédération ukrainienne. Et il faut évidemment la pleine égalité des communautés linguistiques.

    Les gens sont fortement choqués par les mystifications historiques. Des collaborateurs des nazis deviennent soudainement des héros nationaux de l'Ukraine. Cette période est désormais considérée comme des pages positives de notre histoire. S'ils veulent maintenant élever des monuments à Bandera [collaborateur ukrainien d'Hitler], s'il vous plaît laissez-moi en dehors de ça. Les gens du Sud-Est ne veulent rien de tel. Ils disent qu'ils sont en train de construire à Lvov, dans l'Ouest, des urlmonuments pour les collaborateurs des nazis et nous, nous défendons nos monuments à l'Armée rouge soviétique.

    Que cela se produise dans un même État ou dans deux États différents est maintenant la dernière question en date. Dans le Sud-Est, dans la République populaire du Donbass, il y a maintenant un débat : que doit-on faire ? Doit-on entrer dans une fédération avec l'Ukraine ou doit-on en être séparé ?

    Iv : Comment la lutte va-t-elle se poursuivre, compte tenu de la nouvelle situation ?

    SK : Nous avons toujours critiqué le KPU pour leur focalisation sur la lutte parlementaire. Nous nous sommes toujours concentrés sur la mobilisation de masse des travailleurs et de la jeunesse, des agents des services publics etc.

    Mais nous étions dans l'illusion que nous allions encore vivre de nombreuses années sous une démocratie libérale bourgeoise, avec liberté de réunion et d'association.

    Nous ne sommes pas aujourd'hui et nous n'avons jamais été préparés à cette nouvelle situation de guerre civile, de lutte armée. Nous n'avons pas d'infrastructure adaptée, ni d'armes ni d'expérience.

    Cela a été une grande erreur de notre part.

    Iv : La majorité des personnes qui luttent dans le Sud-Est du côté des Républiques de Donetsk et Lugansk est-elle constituée de Russes, comme l'affirment et le répètent les médias à l'Ouest ?

    SK : L'immense majorité de ces personnes vient évidemment de la région elle-même. De même qu'il y a des personnes du Sud-Est qui luttent aux côtés de la junte de Kiev, il y a aussi quelques personnes venues de Russie qui luttent aux côtés des Républiques populaires.

    Antifascist-Ukr - CopieIl n'y a pas d'influence russe significative dans le Sud-Est. Par exemple, il y a un citoyen russe qui est le leader de la résistance à Slaviansk. Kiev a évidemment clamé que c'était un membre des services secrets russes. Mais d'après l'enquête menée par des journalistes il ressort à présent qu'il s'agit d'un membre du mouvement “Rekonstructer”. Ce sont des gens qui portent des uniformes de l'époque tsariste, ils se retrouvent pour des démonstrations publiques et organisent des spectacles, etc.

    Bref : il est devenu une figure dirigeante de la résistance à Slaviansk et de cela on a fait une influence russe. Mais il n'y a pas d'officiers expérimentés des services secrets russes qui dirigeraient et contrôleraient tout comme le présentent les médias.

    D'autre part il y a des ressortissants russes dans le Sud-Est mais là encore, pas tels que les dépeint la propagande médiatique pro-occidentale : beaucoup ont une position clairement anti-Poutine.

    Iv : Maintenant une dernière question au sujet de la Crimée. Quelle est la situation générale là-bas, et en particulier celle des Tatars ?

    SK : Poutine avance maintenant ses pions. Il a donné quelques droits nationaux aux Tatars de Crimée. Ceux-ci sont représentés au Parlement local et au gouvernement. C'est exactement ce que les Tatars demandaient au gouvernement ukrainien depuis 20 ans.

    140315231140-ukraine-donetsk-pro-russia-rally-scenes-from-tLorsque l'armée ukrainienne a quitté la Crimée, personne n'a voulu se battre contre l'armée russe. Tout le monde a plus ou moins accepté la nouvelle situation. Seuls les Tatars ont exprimé leur réticence. Les nationalistes ukrainiens ont appelé les Tatars à se joindre à eux dans cette lutte. Mais personne ne les a rejoint, ni les Tatars ni les autres.

    Tout le monde en Crimée n'était pas satisfait de l'annexion à la Russie. Mais maintenant ils regardent la télé et voient le massacre d'Odessa, la guerre civile et les bombardements de barres d'immeubles à Donetsk, et ils se disent : "Dieu merci nous sommes en dehors de tout ça"...

     


    Annexe

    De même qu'existe sur la question palestinienne, depuis de nombreuses années, toute une pseudo-"extrême-gauche" pro-israélienne ou israélo-complaisante, force est de constater que le conflit en Ukraine a vu émerger toute une "extrême-gauche" pro-Maïdan basée exactement sur les mêmes méthodes de terrorisme intellectuel en mode "chasse aux (soi-disantes) connivences rouges-brunes", "celui qui a été vu avec untel qui a relayé le bouquin d'untel" etc. etc. L'Ukraine est donc manifestement devenue (après la Palestine) le second grand "théâtre d'opérations" de cette engeance qui dissimule à grand-peine son pro-impérialisme occidental sous un "ni-ni" dont la mince couche se craquelle à chaque détour de phrase (pour ce qui est du vrai "ni-ni" authentique et sincère nous le considérons comme une position schématique et abstraite mais pas comme une position antagonique ; nous ne traçons pas de ligne de démarcation entre ses tenants et nous).

    Pour être l'organisation révolutionnaire la moins inconséquente au sujet de ce conflit qui déchire son propre pays (pays qui vivait en paix, rappelons-le, depuis 1944 !), Borotba a été tout particulièrement la cible de ces manœuvres. Celles-ci sont même parvenues jusqu'aux oreilles du grand parti de la "gauche de gauche" allemande, Die Linke, et ont conduit de sa part à un début de boycott de Sergueï Kiritchouk (réfugié en Allemagne).

    Celui-ci a néanmoins eu (serait-ce là une vraie différence entre la fRance et l'Allemagne ?) l'occasion de s'expliquer dans une entrevue avec un blogueur député du parti :

    http://www.andrej-hunko.de/7-beitrag/2120-they-hate-us-because-we-are-communists

    Nous en avons traduit ci-dessous quelques passages, d'abord (bien que nous ayons déjà maintes fois abordé la question) sur la question de ce qu'il faut entendre par "pro-russe" et ensuite au sujet des accusations lancées depuis plusieurs mois contre l'organisation :

    Dans les médias allemands, les forces des autoproclamées "Républiques populaires" de Donetsk et Lugansk sont dépeintes comme des "séparatistes pro-russes". Comment analysez-vous les différents acteurs politiques et quelles sont vos relations avec eux ?

    Nous devons avoir à l'esprit que la contestation dans le Sud-Est s'est développée de manière très similaire à ce qu'il s'est passé à Maïdan. Les gens ont organisé de grandes manifestations dans les principales villes, exigeants droits et respect. Lorsque le gouvernement a ignoré leur contestation, ils ont occupé des bâtiments administratifs. La réponse du gouvernement "démocratique" issu de Maïdan a été d'envoyer la police anti-émeute et les forces spéciales. Des centaines de militants ont été arrêtés et emprisonnés alors même que les contestataires de Maïdan occupaient toujours des bâtiments administratifs à Kiev. Nous avons vu là un gouvernement faisant montre d'un terrible deux poids deux mesures.

    Il est vrai que certaines personnes dans l'Est se sentent pro-russes. Mais ceci ne peut pas être simplement réduit à un sentiment criminel ! Il y a de nombreuses et très diverses raisons de se sentir pro-russe en Ukraine. Certaines personnes ressentent très fortement la communauté de langue et d'histoire, d'autres pensent simplement à une communauté de culture et de religion, mais beaucoup de gens sont simplement inquiets pour leurs emplois. Les régions du Sud-Est produisent par exemple beaucoup de haute technologie qui n'est pas autorisée à l'exportation vers l'Europe, et ne peut donc être exportée que vers la Russie et le marché asiatique. Beaucoup de jeunes travailleurs et ingénieurs hautement qualifiés veulent travailler dans ce secteur.

    Les vrais séparatistes sont ceux qui siègent au gouvernement de Kiev. Ils ont divisé le pays avec leur décision de signer un accord de libre-échange (avec l'UE) dont la moitié du pays ne veut pas, avec leur abolition de la loi linguistique qui donnait quelques droits aux personnes de langue russe, et avec leur glorification des anciens collaborateurs du nazisme dans un pays dont un habitant sur cinq a perdu la vie sous l'occupation allemande.

    Ainsi par exemple, à Kharkov, le mouvement de protestation a commencé comme une campagne pour protéger la statue de Lénine locale. Des milliers de personnes hommes et femmes, vieux et jeunes, travailleurs, chômeurs, étudiants et ingénieurs montaient la garde autour du monument jour et nuit. Les fascistes les ont parfois attaqués avec des gourdins et même des balles en caoutchouc. C'était le devoir de Borotba d'être avec eux et parmi eux.

    La défense de la statue de Lénine a été un important moment de résistance. Nous avons ensuite appelé à une grande assemblée générale de toute la ville. Des milliers de personnes sont venues sur la grande Place de la Liberté et tous les groupes politiques ont tenté de faire valoir leur ligne. Nous avons ouvertement parlé de socialisme, d'internationalisme et de lutte anticapitaliste. À ce moment-là les nationalistes russes étaient une petite minorité au sein d'un vaste mouvement populaire. Ils ont pris beaucoup plus d'importance après que le gouvernement et les gangs néo-nazis aient attaqué et écrasé les forces progressistes.

    Nous avons des conceptions politiques en tout point différentes des nationalistes, et nous avons même plus d'une fois croisé le fer avec eux. Russki Vostok (organisation nationaliste) a émis un communiqué nous accusant de la défaite du mouvement populaire à Kharkov. Certaines forces pro-russes disent que c'est une erreur de parler de lutte contre les oligarques. Mais notre position a toujours été très claire : il n'y a pas de lutte antifasciste sans lutte pour le socialisme.

    Des groupes comme le "Syndicat des Travailleurs autonomes" (AST) accusent Borotba d'être "pro-russe" et affirment également que vous collaborez avec des organisations conservatrices, chauvines et même fascistes telles que Kommuna, le Shturmovoï Komitet ou Avtonomyi Opir. Que répondez-vous à ces accusations ?

    L'AST est une petite secte invisible en Ukraine mais active sur la scène internationale. Je les décrirais comme des nationaux-libéraux mais ils se disent anarchistes. Ils ont soutenu Maïdan et tenté d'utiliser leur anticommunisme pour se faire accepter par les éléments d'extrême-droite du mouvement. Sur Maïdan ils avaient des pancartes montrant Lénine comme un boucher massacrant les révolutionnaires et ils ont fait la fête lorsque des activistes ont détruit le monument de Lénine à Kiev.

    Comme les libéraux qu'ils sont, ils détestent tout ce qu'ils considèrent de gauche : la révolution bolivarienne au Venezuela, la Révolution cubaine et en Allemagne les communistes du DKP, ainsi que très certainement Die Linke à cause de son passé sous la RDA. Ils disent que l'Armée rouge qui a libéré l'Europe du fascisme était une armée d'occupation. Pour eux bolchévisme est égal à nazisme. Vous pouvez donc imaginer le genre de personnes qu'ils sont. L'un de leurs leaders était membre du "conseil civil" du Ministère de la Police !

    Leur seul objectif est de discréditer les autres forces de gauche. Il faut savoir que Kommuna, le Shturmovoï Komitet et Avtonomyi Opir ont soutenu Maïdan et ont attaqué nos militants à Kiev lors des manifestations contre la guerre.

    Nous avons une ligne politique totalement opposée à celle de l'AST, nous pensons que nous sommes déjà en guerre civile en Ukraine alors qu'ils pensent qu'il y a un conflit entre le gouvernement et des "terroristes". Comme je l'ai dit précédemment nous sommes membres de la Déclaration de Minsk contre la guerre [traduite ici en deuxième partie d'article NDLR] ; alors qu'ils soutiennent l'"opération anti-terroriste" du gouvernement.

    L'un de leurs principaux activistes, Serhii Kutnii, a affirmé soutenir l'opération anti-terroriste et même qu'il soutenait l'idée d'un "petit incendie" à Donetsk en écho au massacre d'Odessa...

    Des gens qui soutiennent l'idée d'un "petit incendie" à Odessa ne peuvent être pris sérieusement pour des critiques de gauche des mouvements progressistes.

    Par rapport aux accusations lancées contre nous : nous ne sommes pas une organisation "pro-russe", nous nous battons pour les droits des travailleurs, des femmes et des jeunes. Ni le nationalisme russe ni le nationalisme ukrainien ne sont acceptables pour nous. Notre idéologie est l'internationalisme prolétarien. Nous détestons aussi bien les oligarques de Russie que d'Ukraine. Notre partenaire en Russie est le Front de Gauche, beaucoup de ses militants sont en prison à l'heure actuelle et nous avons montré notre solidarité avec eux.

    Dans le même temps nous soutenons les droits démocratiques des citoyens d'origine russe en Ukraine. Ils ont le droit d'utiliser leur langue et de protéger leurs valeurs culturelles. Nous défendons l'idée d'égalité linguistique et nous nous opposons à celle d'un État ukrainien ethnique. Nous soutenons l'idée d'une fédération démocratique pour les Russes et les Ukrainiens, avec une large autonomie des régions, et nous voulons aussi des garanties pour les droits des minorités roumaine, moldave, grecque, bulgare, rom etc. 

    Borotba a-t-elle participé à des évènements publics avec des organisations réactionnaires ? Par exemple, un article vous accuse d'avoir attaqué des manifestants pro-Maïdan à Kharkov aux côtés de "nationalistes russes" le 1er mars.

    Nous avons toujours eu des affrontements avec des partisans de droite de Maïdan. Ils ont toujours tenté de nous attaquer. Certains camarades étaient dans la rue lors des affrontements du 1er mars, mais nos militants n'ont pas commis de violences. Nous avons émis par la suite un communiqué condamnant la violence politique de tous bords. Mais le Secteur Droit et les autres gangs néo-nazis ont poursuivi dans leur terreur politique contre nous. Nous n'avons pas commencé cette guerre, mais nous avons le droit de nous défendre !

    Un autre supposé évènement public aurait été avec le Parti socialiste progressiste ukrainien (PSPU), accusé par les critiques d'être "antisémite, clérical et raciste". Quelles sont vos relations avec ce parti ?

    Nous n'avons pas de relations avec le PSPU. Je ne sais pas s'ils sont racistes ou antisémites, mais ils sont en effet très religieux. Ils étaient par le passé une force politique assez importante, mais aujourd'hui ce n'est qu'une petite secte. Leurs conceptions politiques sont voisines de celles de Brigitte Queck [militante allemande proche du Réseau Voltaire NDLR]. Comme cette dernière, qui vient parfois à des meetings de Die Linkedes militants du PSPU sont parfois venus à des meetings où nous étions présents pour exposer leur point de vue. Mais nous ne travaillons pas sur une base politique avec eux.

    Est-il vrai que vous avez des contacts politiques avec Alexandre Chalenko, qui serait selon vos critiques "en faveur du chauvinisme grand-russe" ?

    Alexandre Chalenko est un des journalistes les plus connus en Ukraine. En tant que membre du cercle de journalistes autorisés de la Présidence [sous Ianoukovitch], il avait des liens avec les plus importants journalistes ukrainiens (pro-gouvernement comme d'opposition). Il y a beaucoup de photos de lui avec des ministres de Ianoukovitch ainsi qu'avec de futurs leaders de Maïdan. Il a organisé des centaines d'interviews avec des politiciens de tous les bords politiques. Nous avons souvent eu des débats avec lui. En règle générale, il nous a toujours fortement critiqués. Mais Borotba n'entretient pas de relations avec lui au-delà de ce type de débats.

    Au sujet des alliances politiques en Ukraine, Borotba a été accusée de de coopérer avec l'"organisation séparatiste militante" Oplot qui serait "homophobe et antisémite". Qui sont-ils et quelles sont vos relations avec eux ?

    Nous n'avons ni n'avons jamais eu aucune coopération ni lien avec Oplot. Je ne suis même pas sûr que cette organisation existe toujours à l'heure actuelle. Concernant les accusations d'homophobie contre nous, n'importe qui d'un peu familier avec la gauche en Ukraine sait que Borotba a toujours critiqué de telles positions conservatrices, y compris de la part du Parti communiste.

    À Berlin vous avez invité deux auteurs russes, Stanislav Byshok et Alexeï Kochetkov, à présenter leur ouvrage "Maïdan et les néo-nazis". Il est apparu plus tard qu'ils avaient fait partie ou en tout cas eu des liens avec les néo-nazis russes par le passé, ce pourquoi la présentation a été annulée. Pourquoi avez-vous invité ces personnes et pourquoi n'avez-vous pas remarqué d'où elles venaient politiquement ?

    En réalité je ne les ai pas invités. Ils m'ont contacté, m'ont dit qu'ils étaient en tournée en Europe pour présenter leur livre et m'ont demandé de les aider à en faire la promotion. Je leur ai demandé de m'en envoyer un exemplaire, ce qu'ils ont fait. J'y ai lu un très professionnel travail d'investigation sur le rôle des néo-nazis dans le mouvement Maïdan.

    Lorsque j'ai reçu la lettre les accusant d'avoir un passé néo-nazi, j'ai annulé la présentation. Des militants ont par la suite mené leurs propres investigations sur les auteurs. Ils ont découvert et publié que l'un d'entre eux avait eu des liens avec l'extrême-droite par le passé.

    Lorsque nous les avons confrontés à ces accusations, ils ont expliqué avoir rompu avec ces positions politiques et avoir dédié dès lors leurs connaissances et leur expérience à enquêter sur les structures néo-nazies de manière scientifique.

    Je suis vraiment désolé de ne pas avoir enquêté sur le passé de ces personnes. C'est une erreur que j'ai commise, mais je ne m'attendais à quelque chose comme cela.

    Il y a une photo de vous aux côtés d'un groupe de personnes incluant Israël Shamir. Il a été dit que cette photo prouvait vos liens avec cet antisémite et négationniste notoire. Travaillez-vous politiquement avec lui ?

    Je n'ai pas de contacts avec Israël Shamir. Cette photo a été prise lors de la présentation de presse d'un film sur Julian Assange. Israël Shamir, moi-même et plusieurs centaines de personnes étaient invités par les organisateurs. Des journalistes très pro-Maïdan l'étaient également. Je pense donc que vous pouvez trouver des photos de moi "avec" à peu près tout le spectre politique ukrainien. Je pense qu'il n'est pas éthique d'utiliser des photos pour semer le doute quant aux conceptions politiques d'une personne sur une photographie donnée. Si quelqu'un est vraiment intéressé par mes idées politiques, il ou elle peut m'interroger et je répondrai de manière totalement ouverte.

    En parlant d'antisémitisme, Borotba est aussi accusée d'avoir toléré l'antisémite Alexeï Blyuminov, qui est un éditeur de Vechernyi Lugansk. Quelles sont les relations de Borotba avec cette lui ?

    Alexeï Blyuminov a aussi créé des problèmes dans d'autres organisations politiques. Il a été dans notre organisation un court moment, puis il a soutenu Maïdan et quitté notre mouvement, et maintenant il soutient les "séparatistes". Lorsqu'il était avec nous et par la suite, je n'ai jamais entendu parler de déclarations antisémites de sa part. Nous avons une tolérance zéro envers l'antisémitisme.

    Certains camarades ont pu avoir une sous-culture nationaliste par le passé, mais ils sont désormais totalement dévoués aux idées du communisme et de l'internationalisme. Nous suivrons toujours une ligne politique prolétarienne et l'antisémitisme, la xénophobie ou le sexisme ne sont pas acceptables pour nous.

    Nous faisons face à des accusations de la part du gouvernement, des médias et des libéraux-nationalistes. Ils nous détestent parce que nous sommes communistes, parce que nous défendons Marx, Lénine et le socialisme ! Nous nous tenons aux côtés de la classe ouvrière et de la jeunesse contre le racisme et le fascisme. Même dans des conditions de terreur nous avons organisé des actions de soutien aux syndicats de travailleurs.

    Quelle est votre analyse sur le mouvement de Maïdan ?

    Nous avons dit qu'il s'agissait d'un mouvement totalement réactionnaire dès le début. Nous étions totalement opposés à l'accord de libre-échange avec l'Union européenne, car cela menait droit à un scénario grec. Les manifestations de Maïdan développaient une culture de la réussite individuelle, il n'y avait aucune idée de gauche dans tout cela.

    Bien sûr la totalité du mouvement n'était pas fasciste, mais dans tous les cas très anticommuniste : ils détruisaient les monuments de Lénine dans tout le pays. Ils proclamaient qu'une soi-disante "mentalité soviétique" nous empêchait de devenir libres et riches. Ils avaient même mis en place une frontière symbolique : lorsque vous entriez sur Maïdan, vous pouviez voir un panneau annonçant que vous quittiez l'URSS pour entrer dans l'Union européenne.

    Mais leur compréhension des valeurs européennes était très particulière. Les fascistes étaient une minorité sur Maïdan au début, mais ils étaient tolérés par la majorité des contestataires. Ils sont ensuite devenus une minorité active et ont imposé leur agenda politique à tout le mouvement. Un mouvement sponsorisé par les personnes les plus riches du pays, à qui la victoire de Maïdan a largement bénéficié.

    Ils ont appelé cela une "révolution de la dignité", mais maintenant les partisans de Maïdan à Kharkov ont créé un site internet pour collecter les données personnelles des militants anti-gouvernementaux, y compris les adresses personnelles et leurs lieux de travail.

    Le résultat de la victoire de ce mouvement ce sont les armées privées des oligarques, un oligarque président, des oligarques et des fascistes au gouvernement, une faillite économique et la guerre civile en Ukraine.


    L'on pourra encore lire ici (en anglais) la réponse d'une organisation trotskyste de Grande-Bretagne - Workers' Power - à ce type d'attaques par amalgame et raccourci que nous ne connaissons que trop bien en Hexagone, et dont les champions là-bas sont notamment l'organisation (également trotskyste) Workers' Liberty (qui est finalement - un peu - au trotskysme d'outre-Manche ce que le 'p''c''mlm' est au marxisme-léninisme et au maoïsme ici, ou "Confusionnisme.info" à l'"extrême-gauche" en général) : http://www.workerspower.co.uk/2014/11/smears-and-social-imperialism-the-politics-of-the-third-camp-on-ukraine/. Un simple passage mérite selon nous la traduction, car ne pouvant pas dire les choses plus clairement : "Pourquoi disons-nous des révélations soi-disant 'fracassantes' de Workers' Liberty qu'elles sont insignifiantes ? Pour la bonne et simple raison qu'aucun d'entre nous ne vit dans un 'vide interstellaire' politique. Toute organisation de gauche radicale sauf peut-être la plus sectaire, isolée et propagandiste passive dans sa pratique politique peut être amenée à entrer en relation (et par conséquent à discuter) avec toutes sortes de personnes, qui sont elles-mêmes en relation et parlent avec toutes sortes d'autres personnes"... CQFD.


    ***********************************

    Comme nous l'avons dit plus haut, nous ne considérons pas les tenants d'un "ni-ni" révolutionnaire sincère comme des ennemis. Nous nous considérons (à vrai dire) nous-mêmes comme des "ni-ni" ; mais des "ni-ni" subtils et non schématico-abstraits, tentant de baser notre réflexion sur la réalité concrète des masses en nous mettant (ne vivant pas cette situation directement) à la place de ces dernières, y compris (même) à la place des partisans non-fascistes de Maïdan puis du nouveau régime. Nous considérons que le conflit a un clair aspect inter-impérialiste entre Russie et bloc atlantique occidental, aspect avec lequel nous n'avons rien à faire et surtout pas de parti à prendre ; mais qu'il a aussi - sur le terrain populaire concret des évènements - des "niches", des "poches" où se logent d'autres aspects : un certain esprit "soviétique" de coexistence des nationalités et de nostalgie pour la protection sociale d'avant 1991 s'opposant à une vision aussi violemment national-identitaire qu'ultra-libérale thatchérienne ; un affrontement non pas tant entre "Russes" (qui ne sont majoritaires nulle part sauf légèrement en Crimée) et Ukrainiens qu'entre un programme d'"Ukraine aux 'purs' Ukrainiens", qui ferait des non-Ukrainiens et des Ukrainiens "impurs" (ethniquement mixtes, principalement russophones ou encore "sales rouges") des citoyens de seconde zone voire des gibiers de "purification ethnique"... et les non-Ukrainiens et Ukrainiens "impurs" en question, qui ont le droit tout à fait légitime de s'autodéfendre !

    Notre "solution idéale" pour l'Ukraine serait exactement la solution fédérative démocratique et anti-nationaliste que prône Sergueï Kiritchouk dans l'interview ci-dessus.

    Ce qui est amusant c'est que si nous étions en 1993 ou 1994 et que nous écrivions sur la Bosnie, c'est très certainement dans le camp bosniaque que nous verrions (en partie) ces mêmes aspects dont nous venons de parler : l'idée "yougoslaviste" de défense d'une "Yougoslavie modèle réduit", de coexistence démocratique des nationalités contre le dépeçage ethnique orchestré par Milosevic et son frère ennemi croate Tudjman... Autrement dit dans le "camp du Nouvel Ordre Mondial américano-européo-otano-sioniste BHL" pour les "anti-impérialistes" campistes dont on nous accuse de faire partie aujourd'hui !

    Telle est notre position et nous ne considérons pas les camarades qui s'arrêtent à l'aspect le plus visible et apparent des choses - celui d'un pur conflit entre impérialisme russe et impérialismes occidentaux - comme des ennemis politiques. En revanche nous considérons comme des ennemis les faux "ni-ni" suppôts de l'impérialisme et des fascistes pro-Kiev ; et le camp du terrorisme intellectuel n'est définitivement pas le nôtre.

     


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  • Un mois après le massacre d'Odessa, c'est désormais et depuis une quinzaine de jours dans le Donbass (qui s'est proclamé indépendant par référendum le 11 mai dernier) que les troupes ou plutôt les hordes du nouveau pouvoir ultralibéral-nazi (néo-bandériste) de Kiev sont à l’œuvre (devant les innombrables défections pro-russes, parfois de régiments entiers, les forces armées ukrainiennes ont enrôlé des milliers de miliciens d'extrême-droite du Pravyi Sektor ou autres et même quelques 400 mercenaires de la société privée Academi, ex-Blackwater).

    Les morts se comptent d'ores et déjà par centaines et les blessés par milliers ; et le nouveau président élu le 25 mai, l'oligarque Porochenko, a promis d'écraser les régions séparatistes "d'ici une semaine". Si la situation prend de plus en plus une tournure comparable à celle de la Yougoslavie des années 1990,  le fait est qu'en termes de crimes contre le Peuple ce sont bel et bien les néo-bandéristes de Kiev (équivalents des néo-oustachis croates) qui sont dans le rôle des néo-tchetniks serbes de Milosevic et Mladic en Bosnie : attention à ne pas céder au schématisme !

    Au sujet de l'impérialisme russe (qui a au demeurant très vite reconnu l'élection de Porochenko), nous pouvons en quelque sorte dégager la position suivante :

    1°/ Il est l'ennemi principal des Peuples à l'intérieur de sa sphère d'influence, désormais plus ou moins consolidée dans l'Union eurasiatique qui a vu le jour le 29 mai ;

    2°/ Dans les pays - on va dire - "disputés", comme typiquement au Proche/Moyen-Orient (Syrie, Iran, Irak via l'Iran) ou dans le Caucase, il n'y a pas d'ennemi principal ni secondaire entre les impérialistes occidentaux et l'impérialisme russe (et les forces qu'ils soutiennent respectivement) ; la position des communistes est celle du "ni-ni" ;  

    3°/ Dans les pays fort éloignés de Moscou (comme typiquement en Amérique latine) où des forces nationalistes bourgeoises cherchent à s'appuyer sur l'impérialisme russe (ou chinois) pour s'arracher à l'emprise impérialiste occidentale (principalement US), sans préjudice pour la nécessaire et impitoyable critique de ces forces, l'ennemi principal est et ne peut être que l'impérialisme occidental principalement US et les forces d'ultra-droite à sa solde ;  

    4°/ Dès lors qu'un pays sort clairement et nettement de la sphère russe pour passer dans celle de l'Union européenne et des USA, comme c'est le cas en Ukraine depuis la chute de Ianoukovitch le 22 février dernier, le Kremlin cesse instantanément et quoi qu'il arrive d'être l'ennemi principal pour les populations concernées : celui-ci ne peut être que les forces nostalgiques de l'Europe hitlérienne soutenues par les impérialistes US et UE. 

    Servir le Peuple vous informera et encouragera toutes les initiatives de solidarité révolutionnaire non pas avec l'impérialisme russe de Poutine, ni avec ses agents irrédentistes de "Nouvelle Russie" (l'État séparatiste du Donbass) ou de Crimée, mais avec les masses populaires et les antifascistes du Sud et de l'Est de l'Ukraine (ainsi que des autres régions !), y compris l'envoi de combattants internationalistes contre les hordes nazies de Svoboda et du Pravyi Sektor*.

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    * Nous n'ignorons pas, bien sûr, que de telles initiatives pourraient également émerger du côté des forces d'extrême-droite qui en Europe de l'Ouest soutiennent très majoritairement la position russe ; nous ne les soutiendrons évidemment pas mais une très grande majorité de l'extrême-droite considère aussi que le ciel est bleu et nous n'allons pas dire pour autant qu'il est orange ; par ailleurs la majorité de l'extrême-droite est avant tout sur la ligne de Guillaume Faye considérant que si l'impérialisme US et ses "valets de Bruxelles" sont responsables du "bordel" et que globalement Poutine a raison, les affrontements en eux-mêmes sont d'abord une "guerre fratricide entre Européens" "comme en Irlande du Nord" et qu'il ne faut pas aller y ajouter du sang au sang. Certains même, célébrant l'"internationalisme" réactionnaire aux côtés des phalangistes libanais dans les années 1970 ou des néo-oustachis croates dans les années 1990, semblent "mûrs" pour aller combattre aux côtés de la junte bandériste de Kiev tandis que des néo-nazis suédois auraient déjà "sauté le pas" depuis plusieurs mois, ainsi que des Italiens de Casapound - lire ici en anglais et ici en français (attention site fasciste !) la position de leur idéologue tutélaire Adinolfi (lire aussi ici : Ukraine, l'internationale noire aux ordres des putschistes). Dans la "fachosphère" francophone farouchement pro-nationalistes ukrainiens, on peut aussi citer le blog "Vers la révolution" (sic) qui appelle carrément aux dons financiers pour le Pravyi Sektor.

    MàJ 12/06 : côté séparatiste pro-russe ce sont d'autres Italiens, "eurasistes" cette fois, qui ont fait leur arrivée à Donetsk où ils sont présentés comme des "volontaires antifascistes" et posent avec le drapeau de la Résistance italienne (vert-blanc-rouge avec une étoile rouge dans le blanc) devant celui de la "Nouvelle Russie". En réalité le groupuscule "Millennium" est animé par Claudio Mutti, ancien néofasciste des années 1970-80 de tendance nationaliste-révolutionnaire (se définissant lui-même comme "nazi-maoïste" !), tiers-mondiste, pro- et même converti à l'islam et rallié dans les années 2000 à Alexandre Douguine, prenant la tête de la revue Eurasia en Italie. Nous n'apportons évidemment pas le moindre soutien à une telle initiative pro-impérialiste russe (Douguine est connu pour être une "éminence grise" géopolitique de Poutine) qui de toute façon, connaissant les tendances mythomanes et poseuses de ces courants eurasistes et nazbols ouest-européens, n'ira sans doute pas au-delà d'une photo à faire buzzer sur Internet. Il y a clairement un problème eurasiste, "panslaviste" et chauvinard grand-russe dans la résistance populaire du Donbass contre la junte de Kiev, mais ce problème relève de gens et de forces beaucoup plus conséquentes et sérieuses (à commencer par le Kremlin lui-même) que ces quatre pitres. [Fin août 2014 c'est l'équipée de Victor Lenta, ex-dirigeant (sous l'étiquette identitaire puis Jeunesses nationalistes) de l'extrême-droite toulousaine mis en cause dans l'agression de l'étudiant chilien Andrés Pardo (au soir de la manif occitane le 31 mars 2012), avec trois comparses aux côtés des "pro-russes" du Donbass qui est complaisamment mise en avant par tous les médias ; lesquels "oublient" généralement de signaler qu'un autre 'vieux briscard' fasciste, Gaston Besson, combat avec une dizaine d'autres du côté pro-Kiev... (lire aussi ici)]

    Quoi qu'il en soit, ce qui est certain c'est que si la résistance du Donbass et de la Mer Noire persiste dans cette voie pro-russe et à la botte de Poutine, quand bien même ils et elles seraient des Russes dont on peut discuter si la place est (ou non) en Russie, cela ne va pas faciliter la convergence avec les innombrables personnes progressistes et révolutionnaires, socialistes ou communistes, marxistes ou libertaires qui à Kiev, au Nord ou à l'Ouest ne veulent pas d'un avenir sous la double botte du Pravyi Sektor et du FMI et qui sont des alliées objectives contre l'ennemi commun, le gouvernement de l’État qui les renferme tou-te-s (en d'autres termes, la résistance des populations du Sud et de l'Est ne l'emportera pas si l'"Ukraine ukrainienne" fait bloc autour du régime bandériste). On pourra nous contredire en nous parlant des "nécessaires alliances tactiques contre l'ennemi principal néo-nazi et impérialiste euro-US" ; nous rétorquerons que c'est effectivement ce qu'a fait le PCF de Thorez avec les gaullistes (parfois royalistes !) et autres républicains bourgeois contre le nazisme et ses kollabos mais aussi ce que N'A PAS FAIT le PC chinois de Mao avec le Kuomintang et les Américains contre les Japonais, préservant farouchement l'indépendance politique, militaire, idéologique et de classe du Peuple révolutionnaire... or nous sommes justement maoïstes et pas thoréziens !

    Selon cet article en castillan on signale la venue (ou promesse de venue) de forces issues de toute la nouvelle Union eurasiatique (Russie, Biélorussie, Kazhakstan etc.) et notamment un bataillon d'ex-forces spéciales russes et tchétchènes ayant mené la guerre d'extermination contre la volonté d'autodétermination de ce pays (1994-96 et 1999-2002), d'anciens militaires est-allemands ayant formé une "Brigade Thälmann" (du nom du dirigeant communiste et antifasciste allemand assassiné par les nazis en 1944) ainsi que des membres d'une "Phalange polonaise" nationale-"bolchévique" et à fond pro-russe (sans doute parmi les rares Polonais pro-impérialisme russe sur la surface de la Terre, les "volontaires internationaux" de ce pays devant certainement être beaucoup plus nombreux dans le camp d'en face...). De fait, malheureusement mais comme prévisible, c'est pour le moment toute "l'Internationale Douguine" qui semble s'être donnée rendez-vous dans le Donbass sous l'œil bienveillant du Kremlin... Pour autant, comme nous l'avions déjà évoqué, on relève aussi d'ores et déjà des frictions avec le pouvoir russe (certainement lui-même traversé de tendances plus ou moins enthousiastes ou méfiantes envers les évènements) et ces contradictions entre la volonté populaire locale et les intérêts impérialistes et realpoliticiens du grand voisin pourraient plus tôt que tard générer de grandes ruptures intellectuelles dans l'endoctrinement chauviniste grand-russe actuellement dominant ; ces ruptures étant chargées d'un grand potentiel de mobilisation dans un sens communiste révolutionnaire (ce qui ne dépend pas, contrairement à ce que croient beaucoup de "communistes", de l'idéologie et de la composition présente des forces en question mais bel et bien de l'action concrète des communistes en leur direction : c'est cela qui est décisif et non le fait qu'actuellement untel soit "nazbol", untel "douguiniste" etc. etc.).

    Enfin, dans l'État espagnol où (forcément) le souvenir des Brigades internationales de 1936 est une référence politique très forte, ont fait leur apparition des initiatives de ce type : https://www.facebook.com/internacionalistas36 ou encore https://www.facebook.com/pages/Solidaridad-con-la-Ucrania-Antifascista/513357248793321.

    L'Ukraine toujours plus dans la course à la boucherie impérialiste

    Globalement, notre position serait que 1º/ les initiatives EN LIEN DIRECT avec l'État séparatiste du Donbass sont politiquement dangereuses et idéologiquement confuses, lourdes de tendances opportunistes et nous les considérons comme des erreurs (enfin bon, c'est toujours mieux que de donner des leçons derrière un clavier !) ; MAIS 2º/ les initiatives en lien avec des ORGANISATIONS révolutionnaires et antifascistes locales (on pense évidemment à Borotba), qui se chargeraient de les aiguiller dans un esprit progressiste au plus près des nécessités populaires, nous semblent tout à fait envisageables et devraient être envisagées.

    Ceci, quoi qu'il en soit, n'enlève rien à ce que nous pouvons penser de certains petits connards "antifascistes" pour qui les néo-nazis, dès lors qu'ils sont pro-occidentaux, ne semblent tout à coup plus vraiment être un problème ("Ooooh faut pas exagérer non pluuuus, ils n'étaient que 30% sur Maïdan, c'était loin d'être la majorité", par contre 10 identitaires qui déploient une banderole à Quimper et voilà le mouvement des ouvriers et des paysans bretons immédiatement catégorisé "fasciste")...

    Cependant, dans ce déluge d'horreur fasciste, un autre évènement - positif celui-là - est venu marquer les derniers jours : la Déclaration de Minsk.

    Au terme d'une rencontre organisée les 7 et 8 juin dans un petit village près de Minsk (Biélorussie) ; rencontre parfois qualifiée de "Zimmerwald du conflit ukrainien" par certains ; diverses organisations et collectifs d'information oppositionnels progressistes et marxistes d'Ukraine (Borotba, revues Spilne et Liva), de Russie (Mouvement socialiste russe, Front de GaucheParti communiste unifié, revue Skepsis etc.) et de Biélorussie (magazine de gauche Prasvet) ont rendue publique la déclaration que nous reproduisons traduite ci-après.

    Bien qu'elle prenne la forme de "demandes" dont tout-un-chacun sait parfaitement qu'elles ne seront jamais entendues par ceux à qui elles s'adressent, nous en partageons à 100% l'esprit et le point de vue qu'elle exprime sur cette sanglante guerre réactionnaire. Nous voyons d'ailleurs mal comment des marxistes-léninistes conséquents et des maoïstes pourraient ne pas le partager, et certains se sont d'ailleurs déjà exprimés en ce sens (PCmI, PCmF). 

    Pour autant, nous pensons que la réalité (les tenants et aboutissants concrets) de la crise ukrainienne exigent de préciser un peu les grandes idées-forces et positions de principe exprimées là (ce qui s'est traduit par notre position que les abrutis de service se sont empressés de qualifier de "pro-russe"). Un bon condensé de ces bémols a été exprimé par l'un des signataires de Minsk, le représentant russe de la Tendance marxiste internationale (TMI, "bon trotskysme" comme il y a un bon et un mauvais cholestérol, La Riposte ici en Hexagone) Artem Kirpichenko : son point de vue traduit (que nous partageons à 99,9%) est reproduit à la suite du texte de la déclaration elle-même.


    Déclaration de Minsk contre la guerre en Ukraine 

    http://www.counterfire.org/news/17268-stop-the-war-in-ukraine-a-statement-by-the-left-in-russia-ukraine-and-belarus

    Nous, participants à la rencontre internationale de groupes de gauche et marxistes de Biélorussie, Russie et Ukraine, considérons que notre tâche primordiale est de mettre fin à la guerre civile en Ukraine. Le conflit militaire qui a suivi la victoire des néolibéraux et des nationalistes au terme du mouvement Euromaïdan de Kiev a déjà coûté des centaines de vies et a contribué à une montée sans précédent du chauvinisme et de la xénophobie dans les sociétés ukrainienne et russe. Cette guerre a permis à la classe dominante de souder la société ukrainienne autour du nouveau régime, de détourner les travailleurs de l'Ouest comme de l'Est du pays de la lutte pour leurs droits sociaux et politiques et de les pousser dans les bras des intérêts de la bourgeoisie. Le gouvernement russe, l'Union européenne et les États-Unis utilisent la guerre civile en Ukraine dans le même but. Les hommes et les femmes qui meurent dans le Donbass ne sont rien de plus que des pions sur l'échiquier de leurs rivalités impérialistes.

    Nous exprimons notre solidarité avec tous les mouvements progressistes ukrainiens qui luttent contre la guerre, le nationalisme et la xénophobie. Nous considérons nécessaire de leur fournir tout le soutien politique, matériel et médiatique possible. Nous nous opposons à l'oppression de la part de toutes les parties au conflit, aux pogroms, aux tortures et aux enlèvements dont les progressistes, les antifascistes et tous les citoyens ukrainiens quelles que soient leurs conceptions politiques sont victimes. Nous nous opposons également aux persécutions politiques en Crimée.

    Arrêter la guerre est la tâche première de tous les mouvements démocratiques et de gauche, quelles que soient leurs différences sur divers autres sujets politiques. Nous croyons donc nécessaire de coordonner les efforts de tous les opposants à la guerre en Ukraine pour construire un grand mouvement de masse contre la guerre.

    Nos demandes sont :

    - Que le gouvernement de Kiev mette immédiatement fin à son "opération anti-terroriste", retire ses troupes des régions de Donetsk et Lugansk et conclue une trêve avec les milices des Républiques populaires.

    - Que toutes les parties au conflit signent un accord de paix pour une complète cessation des hostilités, la libération de tous les prisonniers politiques et de guerre et la dissolutions de tous les groupes armés.

    - Que le gouvernement ukrainien démobilise les forces armées régulières, constituées de soldats mobilisés contre leur gré et dont les familles organisent en ce moment même des manifestations dans différentes régions d'Ukraine.

    - Que la Russie, l'UE et les USA cessent totalement d'interférer dans le conflit ukrainien et ne soutiennent plus les différentes parties.

    - Qu'il soit mis fin aux campagnes chauvinistes dans les grands médias russes et ukrainiens, que leurs discours de haine ont placé parmi les principaux instigateurs de la guerre.

    - L'adoption d'une nouvelle constitution ukrainienne, l'élection libre des autorités régionales de Donetsk et Lugansk et un vrai droit à l'autodétermination pour le Donbass et toutes les régions d'Ukraine.

    Nous pensons que la convergence organisationnelle et informative des groupes de gauche de l'espace ex-soviétique est une condition nécessaire à la construction d'un fort mouvement anti-guerre. Dans ce but, nous avons mis en place conjointement une initiative de "Secours rouge" pour aider les militants de gauche et les insoumis à la conscription militaire, et nous avons établi un réseau d'information pour les groupes de gauche et marxistes de Biélorussie, Russie et Ukraine.


    ****************************************

    Commentaires critiques sur la Déclaration de Minsk - par Artem Kirpichenko (TMI de Russie)

    http://www.marxist.com/ukraine-critical-comments-on-the-minsk-anti-war-declaration.htm

    La signature de la Déclaration de Minsk a été un pas très important dans la formulation d'une position communiste et marxiste au sujet du conflit ukrainien. Ceci a été démontré par le vif débat international qui a suivi l'adoption du document, ainsi que par le grand nombre de déclarations de contenu similaire qui ont été publiées par des forces communistes, anarchistes et social-démocrates au cours de la dernière semaine écoulée.

    Toutefois, lorsque nous parlons de la Déclaration de Minsk, nous devons bien avoir à l'esprit qu'il s'agit d'un document adopté dans une certaine urgence et résultant d'un compromis politique. La conférence au cours de laquelle elle a été élaborée se jouait "contre la montre" et n'a pas eu le temps de discuter d'actions concrètes au regard de a situation Ukraine, quand bien même ce point était à l'ordre du jour. La position des différents groupes, y compris des libéraux de gauche et des pacifistes qui voulaient utiliser la déclaration pour créer une large coalition anti-guerre, a été prise en compte au cours de la préparation du texte. De surcroît, l'évènement était hébergé par des organisations qui avaient initialement vu Maïdan comme un "mouvement démocratique et autoritaire" et mettaient l'accent sur le rôle de l'impérialisme russe, se basant sur le principe que "l'ennemi principal du prolétariat est dans son propre pays". L'influence de ces idées se reflète également dans le document.

    Pour cette raison, nous jugeons nécessaire de clarifier certains points au regard du texte de la Déclaration de Minsk.

    La responsabilité de la guerre et de la catastrophe humanitaire en Ukraine repose ultra-principalement sur les épaules de l'actuel gouvernement de Kiev, qui s'est installé au pouvoir au printemps dernier porté par la vague du mouvement réactionnaire de masse "Euromaïdan". Le régime Poroshenko représente les de la grande bourgeoisie ukrainienne ainsi que des grandes multinationales [le Capital impérialiste occidental]. Il trouve une base de masse dans la petite bourgeoisie d'Ukraine centrale et de l'Ouest, dans les couches lumpenisées de la société ainsi que parmi les étudiants réactionnaires. Des gangs de militants néo-nazis et des groupes de mercenaires financés par les oligarques sont les instruments entre ses mains. Tous ces points concernant les structures sociales et de classe du nouveau régime auraient dû être abordés dans le document de Minsk.

    Par ailleurs, nous constatons que le régime Maïdan-Poroshenko a déclaré la guerre aux communistes et au mouvement ouvrier d'Ukraine. Ceci se traduit par des politiques visant à bannir le Parti communiste de l'espace public, des attaques contre les militants de Borotba et un strict contrôle des groupes "anarchistes" dont l'activité n'est autorisée que dans le cadre strictement défini du discours nationaliste dominant [NDLR de fait ces groupes participent activement à la propagande du régime et de ses maîtres occidentaux contre l'opposition marxiste-léniniste à celui-ci (en particulier Borotba) par les mêmes procédés d'amalgame, procès d'intentions, déformation ou carrément falsification de faits (voire... méthodes barbouzardes - un comble pour des "anars" - telles que le soi-disant "hacking" de mails, dont la seule source est le hacker lui-même...) que nous connaissons bien ici lorsque resurgit dans l'actualité la question de la Palestine - non tant par rapport à celle-ci en elle-même ni par rapport à Israël, mais en raison du catalyseur que représente cette cause pour les colonies intérieures]. Le régime issu de Maïdan a totalement accepté les diktats du FMI visant à désindustrialiser le pays et à reporter le fardeau financier d’une banqueroute de fait sur les Ukrainien-ne-s ordinaires.

    Il ne fait aucun doute que pour les communistes et les progressistes d'Ukraine le régime en place est l'ennemi principal, l'ennemi mortel et que l'activité de tout communiste conséquent doit être vouée à l'abattre.

    Ceci ne peut être accompli en s'adressant à des gouvernements bourgeois, mais seulement en faisant appel à la classe ouvrière ukrainienne. Les mineurs de Donetsk et Lugansk qui meurent sous les bombardements et les travailleurs du Centre et de l'Ouest, dont les enfants sont envoyés sans aucun entraînement militaire comme chair à canon dans l'Est, doivent s'unir et renverser ce régime pour qui ils ne sont, selon les mots du Premier ministre Iatseniouk, que des "sous-hommes".

    Nous ne pouvons que partager l'opinion des camarades de Borotba que le droit à l'autodétermination du Peuple de l'Est ukrainien doit être au centre de tout accord de paix. Le Peuple des régions de Donetsk et Lugansk a gagné ce droit de haute lutte contre les gangs punitifs du gouvernement de Kiev. Le régime Poroshenko reproduit les crimes d'Eltsine en Tchétchénie, détruisant des villes et des villages entiers de son propre pays sous les bombes et les missiles.

    L'attitude de la Russie demanderait elle aussi une analyse plus détaillée. Nous ne reconnaissons pas l'annexion de la Crimée, qui n'a fait qu'affaiblir la résistance anti-Maïdan [NDLR sur ce point il diverge de Borotba pour qui l'annexion a maintenu le Peuple de Crimée à l'écart des horreurs de la guerre et a préservé l'"harmonie" de la société - ce qui n'est d'ailleurs pas totalement faux, Poutine semblant avoir joué une curieuse carte démocratique en accordant par exemple aux Tatars, dont l'agitation et la dure répression étaient à craindre, les droits démocratiques nationaux qu'ils réclamaient... depuis 70 ans]. Nous notons toutefois qu'à l'heure actuelle le régime de Poutine semble avoir pris ses distances avec les évènements dans l'Est ukrainien. La victoire de la résistance à Donetsk et Lugansk créerait en effet des territoires qui seraient source de tensions permanentes dans les relations entre le Kremlin et l'Ouest, et qui pourraient devenir un bastion pour l'opposition en Russie elle-même. Le régime de Poutine a de fait donné carte blanche à Kiev pour écraser le soulèvement.

    Dans le même temps les impérialistes européens et américains appuient activement la fuite en avant militaire du régime de Kiev, y compris par des fonds financiers, des rations alimentaires et de l'équipement pour l'Armée ukrainienne ainsi qu'en formant les escadrons paramilitaires des oligarques. Les grands médias capitalistes fournissent un soutien médiatique aux opérations punitives contre le Peuple de l'Est ukrainien, dissimulant les informations relatives à la suppression des droits démocratiques, aux massacres et autres destructions.

    En conclusion, il ressort bel et bien que l'Ukraine est devenue le front le plus important dans la lutte contre l'avancée du néolibéralisme et du fascisme en Europe. L'enjeu de cette bataille est de la plus haute importance pour le continent tout entier. Les dirigeants bourgeois d'Europe et des États-Unis jouent un jeu dangereux avec le fascisme est-européen, faisant fi du danger que leur bête d'attaque puisse devenir incontrôlable et se retourner de l'Est vers l'Ouest. Ils récoltent aujourd'hui ce que leurs expéditions ont semé en Irak et demain, peut-être auront-ils à payer le prix de leurs actions en Europe.

    Parallèlement à cela, la solidarité internationale envers la classe ouvrière ukrainienne doit unir et renforcer les forces communistes et progressistes à travers le monde.

     


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    2014-04-13-19-52-08-72636L'ironie du titre est bien sûr 100% fraternelle : c'est à travers des prises de conscience de ce type que la juste compréhension révolutionnaire des choses avance ; aucune situation révolutionnaire ne tombe du ciel "pure" contrairement à ce que croient les dogmato-gauchistes. De fait, la "République de Donetsk" fait transparaître là ses penchants idéologiques "eurasistes", "panslavistes" et grand-russes, idéologies dont la religion orthodoxe est un pilier. Il faut d'ailleurs préciser que le terme de "république populaire" là-bas n'implique pas forcément une référence "communisante", et même plutôt le contraire : le régime nationaliste bourgeois anti-bolchévik de l'ancien menchévik Simon Petlioura, sous lequel furent massacrés près de 150.000 juifs et dont se réclameraient plutôt (pour le coup) les nationalistes de l'Ouest, portait ainsi ce nom (République populaire d'Ukraine).

    Autre point (beaucoup plus immédiat et important) à signaler, l'organisation Borotba a été la cible ces derniers jours d'une dure vague de répression : http://borotba.org/ukraine-_junta_launches_repressions_against_borotba_activists_statement_of_the_union_borotba_struggle.html

    Contre le tournant réactionnaire de la République populaire de Donetsk - Déclaration de l'Union Borotba

    Borotba

    http://democracyandclasstruggle.blogspot.fr/2014/05/against-conservative-turn-by-peoples.html

    D'après l'ébauche de constitution de la République populaire de Donetsk (RPD) publiée dans la presse, la loi fondamentale du nouvel État s'apprêterait à inclure le Patriarcat orthodoxe de Moscou comme religion officielle.

    L'Union Borotba proteste fermement contre l'institution d'une religion d’État dans la république créée par le peuple. Nous insistons sur l'intégration dans la constitution de la RPD de la liberté de conscience et de religion, la séparation de l’Église et de l’État et la séparation de l'école de l’Église. Cette norme démocratique est le résultat de la lutte de nombreuses générations de nos ancêtres contre le régime clérical réactionnaire et il était garanti par les lois de la République de Donetsk-Krivoy Rog, dont la RPD se considère l'héritière, ainsi que dans les constitutions de la RSFSR (Russie soviétique) et de l'URSS.

    Patriarche Kirill et PoutineNous croyons qu'un État créé par le Peuple ne doit pas s'incliner devant les éléments cléricaux et imposer une religion publique obligatoire.

    Tout aussi troublant dans l'ébauche de constitution est la disposition sur l'égalité entre toutes les formes de propriété, dans laquelle la propriété privée vient en tête de liste. Ne découle-t-il pas de l'expérience même de notre lutte que la grande propriété privée (oligarchie) a conduit le pays au désastre et à la décomposition ? Ne sont-ils pas, ces grands propriétaires privés, ceux-là mêmes qui ont financé et organisé les gangs néo-nazis et autres groupes qui sèment la terreur dans le Sud-Est ?

    De notre point de vue, la priorité du nouvel État doit être la propriété nationalisée d’État et le contrôle ouvrier. Seul le Pouvoir populaire sur la richesse nationale et l'économie peut empêcher l'oligarchisme parasite.

    La République populaire de Donetsk doit véritablement devenir un État socialiste. Sans cela, elle ne deviendra rien d'autre qu'une seconde édition de l'Ukraine que nous avons connue depuis 1991, le nationalisme ukrainien étant simplement remplacé par le nationalisme russe. L'Union Borotba conjure la RPD de ne pas suivre les forces cléricales réactionnaires soutenues par une minorité. Ceci mène droit à une voie sans issue : c'est le chemin de la défaite.

    ***************************** 

    La réalité est que la République "populaire" de Donetsk ne "doit" et ne va pas "devenir" socialiste... La République "populaire" de Donetsk repose sur le Peuple en armes, sans lequel elle n'existerait certes pas, mais elle reste pilotée par la BOURGEOISIE russophone et pro-Poutine du Donbass : si l'on veut tracer (peut-être hâtivement) des parallèles historiques, s'être séparé du régime fasciste de Kiev revient à avoir renversé le Tsar, mais maintenant la "République populaire" est un régime à la Kerenski ! C'est aux forces communistes conséquentes sur place qu'il appartient de proclamer la République SOCIALISTE SOVIÉTIQUE du Donbass, le Pouvoir du Peuple, pour instaurer une situation de DOUBLE POUVOIR !!!

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  • Ce texte d'un militant intellectuel marxiste, opposant de gauche au régime de Vladimir Poutine, a été publié sur le site camarade Democracy & Class Struggle : http://democracyandclasstruggle.blogspot.fr/2014/05/donetsk-peoples-republic-and-russias.html

    Il s'agit là pour nous de poursuivre notre travail d'enquête sur la situation dans ce pays qui fait la Une des JT quotidiens ; de donner un point de vue (venant du cœur de l'un des principaux protagonistes, la Russie) sur cette situation sans forcément en partager jusqu'à la moindre virgule.

    Ce que dit le texte en substance : pour les progressistes et les antifascistes d'Ukraine qui luttent contre la junte de Kiev, la Russie de Poutine n'est pas un soutien fiable ; pas plus que ne l'étaient les impérialismes français ou anglais pour les antifascistes de l’État espagnol en 1936, l'URSS pour la révolution cubaine et d'autres révolutions autour du monde dans les années 1960 ou 1970, ou encore la même Russie de Poutine et la Chine ultra-capitaliste de Xi Jinping pour les peuples des pays "bolivariens" d'Amérique du Sud aujourd'hui. Il faut savoir compter sur ses propres forces.

    kagarlVoici un article de Boris Kagarlitsky, intellectuel et dirigeant politique de la gauche russe. Nous en publions ces extraits afin d'essayer de saisir le caractère du mouvement populaire du Donbass (région de Donetsk, sud-est de l'Ukraine) et de montrer la peur du Kremlin face à un véritable mouvement de masse.       

    Les politiciens occidentaux savent parfaitement qu'il n'y a pas d'invasion russe, et ceci est précisément le principal problème international pour eux. Admettre cela serait admettre que le gouvernement de Kiev est parti en guerre contre son propre peuple. Parler de la République populaire de Donetsk comme d'un phénomène politique indépendant leur est impossible : cela imposerait de poser la question des raisons de ce soulèvement populaire, et d'examiner ses revendications. Le discours sur les agents du Kremlin et les 'omniprésentes' troupes russes — impossibles à découvrir, mais ayant occupé près de la moitié de l'Ukraine sans tirer un coup de feu ni même se montrer sur le territoire ukrainien — joue contre la République de Donetsk un rôle exactement similaire à la propagande anti-bolchévique de 1917, avec ses histoires d'agents allemands et de financements par l’État-major du Kaiser.

    La question ici n'est pas tant de discréditer les opposants au pouvoir en place, en les dépeignant comme des traîtres à leur pays, que de dissimuler l'essence de classe, la base sociale du mouvement qui s'est levé. Une peur à demi-inconsciente s'est emparée de l'opinion libérale, depuis les intellectuels et les politiciens jusqu'aux presque progressistes bourgeois bon teint, et les force à croire les divagations les plus flagrantes, à répéter les plus manifestes âneries du moment que la lutte de classe n'est pas mentionnée ni même envisagée de quelque sérieuse manière. La lutte de classe c'est-à-dire, non pas comme celle décrite dans les ouvrages appris par cœur ou dépeinte par le cinéma d'avant-garde, mais comme celle qui existe dans la vraie vie et qui y devient un fait politique pratique. (...)

    Bien plus importantes que les ressemblances entre les deux mouvements [de Maïdan et de Donetsk], sont les différences.

    628x471Les distinguos essentiels à faire ne sont pas même idéologiques, bien que la comparaison entre les slogans dominants (fascistes dans le cas de Maïdan, revendications sociales accompagnées au chant de L'Internationale dans le cas de Donetsk) mérite incontestablement d'être faite. Les différences idéologiques reflètent en dernière analyse les différences fondamentales de nature sociale et de base de classe des deux mouvements. Bien entendu, la révolte du Sud-Est n'est pas simplement la négation de Maïdan mais aussi son résultat et sa continuation, tout comme Octobre 1917 était à la fois le résultat et la continuation de Février et sa négation. La caractéristique d'une crise révolutionnaire, une fois qu'elle a échappé à tout contrôle, est d'attraper dans son orbite de nouvelles couches de la société, des groupes et des classes qui n'y avait pas pris part auparavant.

    Il faut reconnaître que l'expérience de Maïdan n'a pas atterri à la poubelle. En se soulevant contre les autorités de Kiev, les habitants du Sud-Est ukrainien ont repris les mêmes méthodes par lesquelles les radicaux d'extrême-droite ont forcé le précédent régime à se soumettre à leur volonté. Les manifestations de rue ont évolué rapidement vers l'occupation des bâtiments administratifs. Mais les activistes de Donetsk et Luhansk, refusant de se limiter à la prise de ces bâtiments, ont annoncé la création de leurs propres républiques populaires. Tandis qu'à la mi-avril la République de Luhansk restait largement un slogan du mouvement de masse, à Donetsk elle a bientôt pris le tour d'un pouvoir alternatif. La prise des postes de police locaux et d'autres installations étatiques a aidé à cela. Certaines de ces occupations ont été le fait de la foule révoltée, mais dans beaucoup de cas des groupes armés disciplinés ont été impliqués : anciens membres des forces spéciales de police Berkut et d'autres forces de sécurité ukrainiennes qui ont été démises par le nouveau gouvernement de Kiev ou ont déserté (certaines unités ont quitté le service en tant que telles, avec armes et munitions).

    La propagande officielle de Kiev a répondu en décrivant les anciens officiers de leurs propres forces de sécurité comme des forces spéciales russes spetsnaz. Mais parmi la population du Sud-Est, aux sympathies pro-russes marquées, ces accusations n'ont pas servi à discréditer la révolte mais ont au contraire eu l'effet d'un panneau publicitaire en sa faveur. Le plus les autorités 74084395 adf38118-34b6-48ed-b9ff-942f357ee9c5de Kiev et leurs partisans parlaient d'intervention directe et même d'"occupation" russe dans la région, le plus les gens des localités concernées rejoignaient le mouvement.

    Le principal détonateur de la révolte, cependant, n'a pas été les sympathies pro-russes de la population locale, ni même l'intention affichée des dirigeants de Kiev d'abroger la loi donnant au russe le statut de "langue régionale". Le mécontentement s'est longuement développé dans le Sud-Est, et la goutte d'eau qui a fait déborder le vase a été l'aggravation dramatique de la crise économique qui a suivi le changement de gouvernement à Kiev. Après avoir signé leurs accords avec le FMI, les autorités ont décrété des augmentations brutales dans les tarifs du gaz ou de la santé, et une explosion sociale est devenue inévitable.  Dans l'Ouest du pays et dans la capitale, l'indignation grandissante a pu être canalisée pour un temps grâce à la rhétorique nationaliste et à la propagande anti-russe. Mais appliquée aux habitants de l'Est, cette méthode a eu l'effet inverse. En tentant d'éteindre le feu dans l'Ouest, les autorités ont jeté de l'huile dessus dans l'Est.

    L'avenir de la République de Donetsk demeure indécis, et ceci représente une immense opportunité historique dont on ne trouvait pas la moindre trace lors des manifestations de Maïdan, dont les leaders n'étaient pas toujours capables de contrôler la foule mais gardaient ferme et effectif le contrôle de l'agenda politique.

    Au contraire, la République de Donetsk formule son agenda par en bas, littéralement au fil de l'eau, en réponse à l'état d'esprit de la population et au cours des évènements. Strictement parlant cette république n'est pas vraiment un État, mais plutôt une coalition de différentes localités, pour la plupart auto-organisées. En fait, elle est la parfaite incarnation du concept anarchiste d'ordre révolutionnaire [Servir le Peuple oserait ici un autre parallèle historique : cette "République de Donetsk" a définitivement quelque chose de "l'utopie pirate" de Fiume (Rijeka) avec D'Annunzio en 1919, dans ses aspects "plébéiens" égalitaristes/socialisants et ses aspects nationalo-chauvinistes militarisés, aux idées parfois détestables du style "l'Adriatique est un lac italien" et les populations slaves présentes n'ont rien à faire là ; bref dans sa "radicalité" potentiellement porteuse du meilleur (mobilisation/conscience révolutionnaire) comme du pire (fascisme) : de fait plus ou moins la moitié des Arditi de 1919 (de Fiume et d'ailleurs en Italie) s'engageront dans les Chemises Noires de Mussolini et l'autre moitié dans la résistance armée contre celui-ci (l'on trouvera notamment parmi eux Alceste De Ambris, syndicaliste révolutionnaire co-rédacteur de la "Charte du Carnaro" - la "constitution" de Fiume) ; tandis que D'Annunzio salué alors par Lénine comme le "seul véritable révolutionnaire d'Italie" deviendra un soutien "anticonformiste" du régime mussolinien, mais un soutien quand même...].

    946766770Curieusement, les anarchistes en question refusent d'avoir quoi que ce soit à voir avec elle, préférant répéter comme des perroquets la rhétorique patriotique d’État des nouveaux maîtres de Kiev.

    Il n'est pas difficile de comprendre que les raisons pour lesquelles l'auto-organisation de la République de Donetsk fonctionne relativement bien sont que l'ancien appareil administratif continue à expédier les affaires courantes comme si rien de particulier n'était arrivé, tandis que les questions de gouvernement se résument à organiser la défense. Mais ceci est-il tellement différent de la Commune de Paris (non pas la Commune idéalisée et romancée d'aujourd'hui, mais celle qui a concrètement existé) ? Si la République populaire de Donetsk survit plus longtemps, elle sera inévitablement amenée à se transformer, et il est loin d'être sûr que ce sera pour le meilleur. Mais en livrant actuellement sa première bataille, elle a déjà démontré un grand potentiel d'auto-organisation des masses. Des personnes sans armes ont réussi à stopper des unités de l'armée ukrainienne et même à mener l'agitation auprès des soldats, repoussant l'opération "antiterroriste" lancée par Kiev. Cette résistance pacifique ne sera pas purement et simplement enterrée dans l'histoire, mais deviendra un élément important de l'expérience sociale collective des travailleurs russes et ukrainiens.

    Donetsk dans l'ombre de Moscou

    Ce n'est un secret pour personne que les masses en rébellion du Sud-Est de l'Ukraine ont pu compter sur le soutien de Moscou. Agitant les drapeaux tricolores russes et scandant des slogans sur leur amour de la Russie, elles ont sincèrement espéré amener l’État frère de leur côté. Cet espoir a uni des personnes qui rêvent d'unification avec la Russie, d'autres souhaitant plutôt une Ukraine fédérale, et d'autres encore espérant simplement que la Russie les défendrait contre la répression de Kiev. Mais dès le début, les officiels de Moscou ont tenu un discours ambigu sur les évènements. Tout en soutenant clairement un mouvement dirigé contre le gouvernement ouvertement hostile de Kiev, ils sont tout sauf prêts à sponsoriser une révolution populaire quand bien même celle-ci servirait à étendre le territoire russe. Les fonctionnaires du Kremlin ne goûtent guère l'idée d'accueillir comme nouveaux citoyens une masse de population rebelle organisée, souvent armée et habituée à lutter activement pour ses droits. Ceci est imageparticulièrement vrai dans le contexte de crise sociale et économique grandissante en Russie même. Les révolutions parfois s'exportent, mais il existe peu de dirigeants d’État qui souhaitent en importer une.

    Moscou n'a jamais voulu conquérir l'Ukraine ni la démembrer. Non pas parce que le Kremlin respecterait les intérêts d'un État voisin, mais tout simplement parce que la direction russe n'a aucun plan stratégique. Deux concours de circonstances ont exacerbé la situation. Dans le premier cas, il s'est avéré impossible de consolider les résultats obtenus en Crimée. L'annexion de la Crimée à la Russie a été indiscutablement improvisée, non tant du côté de Moscou que des élites criméennes qui ont réagi au changement de situation et l'ont exploité pour servir leurs intérêts. Mais une fois la Crimée annexée, la principale tâche pour la diplomatie russe est de défendre l'acquisition. Ceci implique en partie de sacrifier les intérêts du Sud-Est ukrainien. Dans le même temps, la société russe, contrairement à l'intelligentsia libérale, a massivement soutenu les insurgés de Donetsk ce qui a mis le Kremlin dans une situation très difficile : encourager ouvertement un tel mouvement signifierait diffuser une culture de résistance et de révolte dans les masses mais un brutal changement de cap, impliquant un refus de soutenir les rebelles, serait également risqué : l'esprit patriotique cultivé par les autorités russes elles-mêmes pourrait prendre un caractère de contestation. 

    Dans une telle situation, la politique du Kremlin est nécessairement ambigüe et contradictoire ; mais nous avons assisté à un curieux moment de vérité avec l'accord signé par la Russie, l'Ukraine et l'Ouest à Genève le 17 avril. De prime abord tout semblait absolument propre et conventionnel : appels à la réconciliation, désarmement et concessions mutuelles. Mais avant même le début de la rencontre, soi-disant pour des raisons techniques, la partie russe renonça à sa demande que des représentants du Sud-Est de l'Ukraine prennent part aux discussions.

    2014-04-13-19-52-08-72636Il a été affirmé plus tard que la délégation russe à Genève avait représenté le point du vue des organisations de l'Est ukrainien, en particulier le Parti des Régions et autres structures oligarchiques. La République populaire de Donetsk, seule force réellement capable d'unir la population et de contrôler la situation au niveau local, n'a pas même été mentionnée.

    Le texte de la résolution finale indiquait clairement que Moscou ne s'opposera pas à la liquidation de la République de Donetsk : "Parmi les étapes dont nous appelons à la mise en œuvre, se trouvent les suivantes : toutes les organisations armées illégales doivent être désarmées, tout bâtiment occupé illégalement doit être retourné à ses détenteurs légitimes, tous les rues, les places et autres lieux publics occupés en Ukraine doivent être dégagés. Un amnistie devra être mise en place pour tous les protestataires, à l'exception de ceux ayant commis de graves crimes".

    Il apparaît clairement que l'idée principale qui sous-tend le document et a uni ses différents signataires est le refus de reconnaître la République de Donetsk comme un fait politique. Ce point faisait consensus et a servi de base réelle au pacte. La sous-section sur le désarmement des "formations illégales" a été rédigée de manière calculée pour complaire aux autorités de Kiev. Sur le principe, la sous-section propose le désarmement des deux bords. Mais le gouvernement de Kiev va forcément conserver, comme tout gouvernement, ses forces armées et de sécurité ; tandis que la République de Donetsk n'a pas d'autre formation armée que sa milice "illégale". Lavrov a déclaré plus tard que par "formations illégales" il avait également la Garde nationale ukrainienne à l'esprit, mais ceci n'apparaît nulle part dans le texte de l'accord. Le côté ukrainien et l'Occident pourront interpréter l'accord différemment et, en termes juridiques, cela sera parfaitement correct : la Garde nationale a été mise en place par une décision officielle du gouvernement avec l'accord de la Rada [Assemblée] suprême ukrainienne. Tandis que concernant les centuries "sauvages" et les éléments du Secteur Droit qui n'ont pas encore 140315231140-ukraine-donetsk-pro-russia-rally-scenes-from-tété incorporés à la Garde nationale, le gouvernement de Kiev rêve lui-même de les désarmer, étant donné que des problèmes commencent à surgir avec eux.

    Plus importante encore est la demande de libérer les bâtiments occupés et de démonter les barricades dans les rues et sur les places. Si cette stipulation est satisfaite, cela signifiera tout simplement l'auto-liquidation des républiques de Donetsk et Luhansk et le retour à leurs postes des administrateurs nommés par Kiev ; en dépit du fait que ce sont précisément ces nominations qui ont provoqué le soulèvement. Pour gouverner les provinces du Sud-Est, Kiev a désigné des oligarques haïs par le peuple étant donné qu'ils cumulent l'autorité politique avec leur pouvoir économique.

    Il est notable que ce point ne fait l'objet d'aucune concession en contrepartie [côté Kiev et Occident]. Rien n'est dit, par exemple, au sujet d'un abandon officiel par Kiev de sa campagne soi-disant "antiterroriste" dans l'Est, et il n'est pas plus suggéré que les unités militaires soient retirées vers leurs lieux de cantonnement habituel. Ceci serait pourtant parfaitement logique, vu l'échec évident des opérations et l'état de décrépitude de l'armée.

    En somme, Moscou a signé un accord proposant au soulèvement de capituler en échange d'une vague promesse de processus constitutionnel "ouvert" et "inclusif", et n'a même pas proposé des pourparlers directs avec les insurgés ! Naturellement, les représentants ukrainiens n'ont été appelés à donner aucun engagement clair sur la manière dont ces réformes seraient engagées.

    Les diplomates russes étaient tellement pressés de signer l'accord de Genève avec Kiev qu'ils ne se sont même pas embarrassés de demander le retrait de la scandaleuse interdiction d'entrer en Ukraine pour les citoyens russes de sexe masculin, en dépit du fait que cette interdiction contredise toutes les normes internationales et cause une violation flagrante des droits humains, ce que les négociateurs russes auraient dû pointer du doigt en présence des représentants occidentaux.

    5350-05-donetsk1Les autorités de Kiev n'ont pas perdu de temps pour profiter des opportunités qui leur étaient données. Le Premier ministre Arseni Iatseniouk a commencé à déverser les menaces sur les rebelles de Donetsk et Luhansk, exigeant leur reddition immédiate et se référant à l'accord de Genève, dans le cadre duquel la Russie aurait été "forcée à condamner l'extrémisme".

    L'arrestation de Constantin Doglov, l'un des leaders de la coalition de centre-gauche Unité populaire à Kharkov, les attaques du Secteur Droit sur les checkpoints de la République de Donetsk et les actes de répression contre les activistes qui ont immédiatement suivi la signature de l'accord confirment que Kiev n'a jamais eu à l'esprit le moindre dialogue démocratique ni le moindre règlement pacifique du conflit. Quand bien même le gouvernement de Turchinov et Iatseniouk aurait été prêt à faire des concessions, il en aurait été empêché par les nationalistes radicaux, sans le soutien desquels il ne peut pas rester en place.

    De leur côté, les dirigeants de la République de Donetsk ont déclaré qu'ils étaient heureux de voir l'expression, dans l'accord de Genève, d'un "changement de position des pays de l'Ouest vis-à-vis des évènements" ; mais que leurs représentants n'ayant pas été invités à la rencontre et n'ayant pas signé le document, ils ne se considéraient pas liés par celui-ci : "Nous sommes forcés de constater que notre avertissement concernant l'absence de valeur et l'absurdité politique d'un dialogue 'pan-ukrainien' excluant la participation des représentants de l'Est du pays et de la République populaire de Donetsk s'est avéré totalement justifié. Ignorer la volonté populaire du Donbass a eu un triste mais prévisible résultat : le résultat des discussions ne peut être qualifié autrement que d'ensemble d'appels vains et incohérents, impossibles à réaliser en pratique, dictés par quelques obscurs personnages à une population jamais nommée et devant être mis en œuvre sur une période indéterminée et par des moyens inconnus. Ces appels ne sont le reflet ni de la réalité politique actuelle ni de la nouvelle situation institutionnelle qui Pro-Russian-activists-out-008a émergé depuis la proclamation de la République populaire souveraine de Donetsk, sur le territoire de laquelle n'opèrent aucunes forces institutionnelles".

    L'accord de Genève ne sera jamais appliqué. Comment qui que ce soit pourrait-il forcer des gens à accepter un tel accord, lorsque ces gens ont tout juste commencé à prendre conscience de leur force ? Lorsque des chars d'assaut prennent leurs jambes à leur cou et s'enfuient ? Lorsque des colonnes militaires sont arrêtées par de simples sifflets et insultes ? Ces gens ne vont pas abandonner leurs positions simplement parce que des messieurs importants à Genève, sans demander l'avis de personne sur le terrain, ont pris sur eux de décider du sort des autres.

    Pour quiconque ayant eu, à Donetsk ou Luhansk ou Odessa ou Kharkov (ou même Kiev), quelques espoirs que la Russie de Poutine résolve tous les problèmes par son intervention, les récents évènements auront été une amère déception. Mais cette déception ne peut en réalité que profiter au mouvement. La révolution ne doit pas seulement compter sur ses propres forces : elle a DÉJÀ suffisamment de force pour être couronnée de succès. C'est particulièrement vrai du fait que sans considération aucune pour la position du Kremlin, la sympathie de la société russe reste du côté du peuple insurgé de ce pays frère.

    La Russie étant elle-même concernée, les couches dirigeantes risquent de rester coincées dans l'ornière qu'elles ont patiemment creusée elles-mêmes. En capitulant sur la question ukrainienne, elles retourneraient contre elles-mêmes les sentiments patriotiques qu'elles ont attisés de toutes les manières possibles tout au long des derniers mois.

    Aucun fait, bien sûr, ne convaincra jamais les personnes qui considèrent Poutine comme un chevalier sans peur et sans reproche ou, à l'opposé, comme un affreux méchant de conte de fées. Mais ces personnes, bien que spammant 70% de l'internet avec leurs divagations, sont tout sauf une majorité...

    donetsk-protest-reu-1200

    Source et article complet : http://links.org.au/node/3838

    Cet article et la situation en Ukraine dont il traite appellent de notre part les réflexions générales suivantes :

    - Nous sommes revenus au début du 20e siècle ce qui signifie qu'en dehors de quelques cas de Guerres populaires (Asie du Sud, Philippines, ce qu'il en reste au Pérou ou en Turquie) et de luttes de libération relativement oubliées (Delta du Niger), tout évènement conflictuel dans le monde a principalement un aspect inter-impérialiste : si le conflit n'est pas piloté dès le départ par l'affrontement entre puissances et/ou 'blocs' impérialistes (comme c'est le cas en Ukraine), il le devient au bout de quelques semaines ou mois (Libye, Syrie) dès lors qu'une solution de "tout changer pour que rien ne change" (Tunisie, Égypte) n'a pas été trouvée par l'oligarchie locale et la "communauté internationale" impérialiste.

    - Les évènements potentiellement intéressants pour nous communistes sont forcément secondaires ; forcément à rechercher AU-DESSOUS de cet aspect principal ; et généralement de nature ambivalente et contradictoire. Si nous nous arrêtons à l'aspect inter-impérialiste et inter-réactionnaire principal, nous ne pouvons pas les voir ; exactement comme quelqu'un qui se serait arrêté à l'affrontement entre l'Allemagne du Kaiser (avec ses alliés austro-hongrois et turcs) et les impérialistes franco-britanniques avec leur allié russe, pendant la Première Guerre mondiale, n'aurait pas pu voir la naissance de la Guerre de Libération irlandaise ou de la Guerre de Libération arabe (au Machrek) qui se poursuivent encore au jour où nous écrivons, ni même de la Révolution bolchévique ("coup" des Allemands selon la propagande de la bourgeoisie russe et des Alliés). Nous sommes comme face à un lac gelé dont il faut briser la glace pour aller voir sous la surface.

    - Nous devons savoir évaluer les résultats concrets d'une action concrète en dépit des intentions et motivations idéologiques premières de leurs initiateurs, étant donné le flou artistique idéologique dans lequel le grand reflux du mouvement communiste international (1975-2000) a plongé les choses. Ceci est typiquement le cas dans l'Est et le Sud de l'Ukraine mais peut aussi s'appliquer aux "Bonnets rouges" (mouvement des ouvriers et des paysans bretons de l'automne 2013) ou aux Forconi du Mezzogiorno italien, ou encore à la victoire psychologique du Hezbollah libanais sur l'entité sioniste en août 2006 (immense victoire pour tout le Peuple arabe du Machrek). Comme l'explique magistralement le Comité Anti-Impérialiste dans un excellent texte, rappelant ni plus ni moins que les fondamentaux du marxisme, "dans une situation d’oppression, les idées qu’ont en tête ceux qui résistent ne constituent pas la question principale : ce qui compte c’est ce qu’ils font. Tel est le point de vue du matérialisme historique comme l’a magnifiquement montré Engels dans La guerre des paysans en Allemagne".

    - Nous ne devons pas pour autant oublier les intentions et revendications légitimes premières sous prétexte que le résultat concret d'un mouvement est négatif : ceci s'applique à la Syrie mais peut aussi s'appliquer au mouvement EuroMaïdan de l'hiver dernier en Ukraine, ou ici en Hexagone aux mouvements populaires (colonisés intérieurs) de rejet de l'idéologie républicarde dominante et de ses "religions" ("laïcité", "Lumières", Droits de l'Homme BLANC, soutien indéfectible au sionisme en manipulant honteusement la mémoire de la Shoah) quand bien même ils déboucheraient sur des positions politiques réactionnaires comme le dieudonnisme ou le salafisme antisémite assassin d'un Mohamed Merah.

    - Nous ne devons pas ignorer les résultats positifs mineurs d'évènements concrets sous prétexte que les résultats négatifs prédominent : cette prédominance est certes une réalité à court terme, mais les aspects positifs aujourd'hui mineurs peuvent être les "graines" de développements ultérieurs très positifs à moyen et long terme. Nous ne devons pas oublier que les classes dominantes (bourgeoisies impérialistes, oligarchies expansionnistes régionales et bureaucrates-compradores locaux) "font" peut-être l'histoire dans l'immédiat, mais que les masses font l'histoire sur la longue durée.

    - Nous devons (ré)apprendre à analyser les évènements mondiaux dans TOUTE LEUR COMPLEXITÉ. Nous devons rejeter les dogmatiques et les révisionnistes qui veulent, vers tous les Orients compliqués de la planète, "voler avec des idées simples". Nous devons nous débarrasser des vieilles habitudes de la Guerre froide ce qui signifie ne pas se faire les thuriféraires aveugles des impérialismes russe et chinois, des "BRICS", de l'expansionnisme iranien ou de l'ALBA cubano-vénézuélienne dans lesquels certains cherchent à voir désespérément le bloc pseudo-"socialiste" soviétique dont ils sont orphelins, mais aussi ne pas "clôturer" les dossiers internationaux d'un revers d'un main sur un simple "c'est un affrontement inter-impérialiste entre factions locales bureaucratiques-compradores fascistes", comme c'était "tout simplement" hier "l'impérialisme occidental contre le social-impérialisme de Moscou" : ce maoïsme-là est précisément un maoïsme qui n'est pas sorti des réflexes de la Guerre froide (typiquement le maoïsme péruvien "pensée Gonzalo" de ce qu'il reste du PCP, et ses partisans internationaux). Les masses en mouvement sont le facteur historique déterminant en dernière instance et la révolution prolétarienne mondiale est inéluctable, quand bien même sembleraient prédominer pour le moment les manœuvres des impérialistes, des expansionnistes régionaux et des clans oligarchiques concurrents : JAMAIS ceux-ci ne pourront contrôler éternellement TOUTES les mobilisations de masse qu'ils auront suscitées. Dans la "matière brute" des forces révolutionnaires mondiales de demain se trouvent actuellement des partisans de la "République de Donetsk", de Nicolas Maduro au Venezuela ou du président déchu Zelaya au Honduras autant que des partisans déçus d'EuroMaïdan à Kiev ou de la révolte populaire initiale en Syrie. En dehors des quelques Guerres populaires sous la conduite d'un Parti communiste maoïste comme en Inde, nous sommes à l'heure de la crise générale du capitalisme, de ses conséquences socialement destructrices et parfois guerrières-meurtrières pour les masses et des RÉSISTANCES à cela, des "radicalités" populaires et des "utopies pirates" bourrées d'ambivalences comme cette République du Donbass qui fait tant penser au Fiume de D'Annunzio en 1919 ; "radicalités" mathématiquement porteuses d'autant de fascisme que de réformisme démocratique bourgeois... ou de conscience révolutionnaire ; tout dépendant du rôle que pourront et sauront jouer les forces révolutionnaires marxistes avancées dans l'affaire.  

    C'est cela, être des matérialistes dialectiques. Libre à qui le souhaite de nous traiter d'opportunistes... et BONNE CHANCE pour faire la révolution du haut de leur groupuscule "gardien du Temple" de la "Vérité révolutionnaire", qui sera sans doute (n'en doutons point !) rallié spontanément et in extremis par des masses qu'ils auront couvertes d'injures jusque-là !

     


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    La Bosnie-Herzégovine et les récents évènements qui s'y sont déroulés peuvent-ils être compris de manière correcte, sans commettre d'erreur dans l'évaluation ; et ces évènements peuvent-ils contredire nos découvertes et rendre notre analyse fausse ?

    Pourquoi la Bosnie et les processus qui s'y déroulent sont-ils tant imprévisibles et difficiles à analyser ?

    Il y a de nombreuses raisons à cela ; nous nous limiterons à en énumérer quelques-unes.

    1 maj 2014 5La première et la plus connue est que la Bosnie est l'épicentre où trois cultures et trois religions se rencontrent : celle de l'Ouest (catholique), celle de l'Est (orthodoxe) et celle d'Orient (islamique). Elle est partagée (ou plutôt mélangée) entre ces trois racines. Et toute distorsion de cet équilibre conduit à une escalade du conflit ethnique. Il faut souligner que les distorsions de cet équilibre, de cette coexistence, sont toujours venues de l'extérieur. Le facteur externe a toujours été décisif, en creusant ces différences pour servir ses intérêts. C'est ce qui s'est produit dans les années 1990, lorsque les nationalistes serbes et croates ont tenté de se partager la Bosnie-Herzégovine [NDLR cette tentative de partage aux dépens des "Musulmans" bosniaques est l'aspect principal du conflit jusqu'en mars 1994, lorsque la pression impérialiste US oblige les Croates à s'allier avec leurs ennemis de la veille...]. Le résultat en a été la guerre, dont le terrible coût est bien connu de tous, et il faudra sans doute encore longtemps pour surmonter toutes les divisions causées.

    Une autre raison est que la Bosnie-Herzégovine a toujours été un puissant foyer d'idées supranationales. La Bosnie-Herzégovine durant la Seconde Guerre mondiale, au sein du mouvement partisan, et plus tard durant la période du soi-disant "socialisme" a engendré l'idée d'une Nation yougoslave transcendant les divisions religieuses et ethniques. Cette synthèse a laissé une profonde empreinte jusqu'à ce jour dans l'esprit des masses, plus comme une nostalgie que comme une force réelle, mais elle existe encore bel et bien.   

    1 maj 2014 7La troisième raison est son retard historique : la Bosnie a conservé de profonds rapports sociaux patriarcaux, sans avoir le temps de bâtir sa société bourgeoise et de former clairement les classes de celle-ci, bourgeoisie et prolétariat [NDLR rappelons que pour SLP ceci est plutôt un "atout" : la vague révolutionnaire ne se déploie selon nous pas à partir des endroits où la société bourgeoise est la plus ancienne et "ancrée", hégémonique, ce que nous appelons les Centres, mais au contraire à partir de là où le capitalisme a le plus "fraîchement" pénétré et commencé à (très violemment) briser l'organisation sociale "traditionnelle" (communautaire/"solidaire" pré-capitaliste), les Périphéries "campagnes" de chaque continent et du monde, dont fait partie la Bosnie]. La bourgeoisie n'a pas eu le temps d'apparaître en tant que classe différenciée, pas plus que la classe laborieuse n'a eu le temps de devenir un prolétariat au strict sens du terme. La classe travailleuse a largement conservé son caractère rural : un pied à la campagne, un pied à la ville (à l'usine). Les processus qui ont suivi la dernière guerre (des années 1990) ont débouché sur une plus grande polarisation de la société et davantage d'appauvrissement et de marginalisation pour les travailleurs. Le chômage élevé et la paupérisation qui en résultent ont conduit à la création d’une nouvelle classe. Cette classe a surgi des élites des partis politiques ayant profité de la guerre ; elle n'est pas une bourgeoisie au sens classique du terme mais une mixture de népotisme politique et de forme primitive de mafia : autrement dit, il s'agit de crime organisé [NDLR il s'agit en fait d'une oligarchie bureaucratique-compradore de pays dominé, une "bourgeoisie" oligarchique marquée par le caractère féodal-patriarcal-clientéliste de tuzla protest 9la société (expliqué plus haut), ainsi que par les caractéristiques propres aux "pays de l'Est" où sous le "socialisme" capitaliste d’État c'était dans l'appareil politique que se formait la nouvelle bourgeoisie, devenue ensuite ouvertement capitaliste sous une forme gangstero-oligarchique].

    Aujourd'hui en Bosnie-Herzégovine, seule environ la moitié de la population en âge de travailler est sur le marché du travail et le taux d'emploi est à peine de 20%. Cela signifie que les 3/4 de la population active sont sans emploi. Plus de la moitié de la population est au seuil de la pauvreté, et un cinquième au-dessous de ce seuil.

    La quatrième raison est que les impérialistes, de par leurs intérêts, ne sont pas prêts à tolérer une radicalisation de la situation en Bosnie. Pour eux le problème est actuellement "gelé" ou "balayé sous le tapis", comptant que le temps qui s'écoule engendrera la forme étatique appropriée pour une pleine intégration dans le monde impérialiste moderne. Ils sont donc pour le moment satisfaits de maintenir la Bosnie sous protectorat.

    La cinquième raison est justement que la Bosnie-Herzégovine est plus ou moins un protectorat sous un statut colonial, particulièrement en raison de la présence militaire occidentale. Les masses manquent de confiance en leur propre force, tout en étant animées d'un profond sentiment d'hostilité envers la présence impérialiste.

    tuzla18Nous avons déjà parlé de la récente révolte sociale en Bosnie. Il s'agissait d'une rébellion en réponse aux conditions dans lesquelles sont plongées les masses populaires de ce pays, dont la position sociale se détériore à grande vitesse. La Bosnie-Herzégovine est le premier pays de la région balkanique en termes de chômage, de bas revenus et de corruption. L'arrogance pure des représentants gouvernementaux, des magnats et des criminels a allumé la mèche de la révolte du peuple.

    Les manifestations ont montré la force éblouissante des masses, mais aussi leur incapacité à élever la révolte à un niveau supérieur. C'est à ce moment-là que leur lutte a débouché sur la formation de plenums. Ces plenums ont vite montré leurs limites ; ils ont montré que sans une force révolutionnaire organisée, ils ne pouvaient pas évoluer en institutions parallèles au pouvoir officiel. Ceci débouchera certainement sur leur effondrement.

    Devant les quelques groupes révolutionnaires de Bosnie-Herzégovine se dresse une tâche historique : mettre à profit la situation actuelle et créer une organisation révolutionnaire. Ce que ce mouvement révolutionnaire apportera est clair : la libération du Peuple des chaînes du capitalisme !

    bosna podrska 01Devant toutes les forces révolutionnaires en Europe se dresse dans le même temps une mission : AIDER la situation actuelle en Bosnie à devenir révolutionnaire. Les évènements en Grèce ont été une leçon pour tous. Le réformisme et la capitulation du soi-disant mouvement révolutionnaire en Grèce est évident pour tout observateur. La différence entre la Bosnie et la Grèce, au regard du mouvement de révolte de masse, est essentielle pour comprendre les tendances futures dans les Balkans et, au-delà, dans toute l'Europe. En Grèce, les masses ont formé des organisations pour les diriger, tandis qu'en Bosnie-Herzégovine il n'existe pas de telles organisations. Mais en Grèce, les masses se sont révoltées parce qu'elles sont appauvries, tandis qu'en Bosnie elles se révoltent parce qu'elles ne peuvent pas tolérer plus longtemps la pauvreté et l'humiliation. C'est une différence fondamentale. Il n'y a pas en Bosnie d'organisation ou de mouvement révolutionnaire, mais il y a en revanche toutes les autres conditions pour permettre le début d'un processus qui aurait une portée incommensurable pour l'ensemble du mouvement révolutionnaire en Europe. Il y a en Bosnie-Herzégovine les conditions pour commencer à construire un mouvement anti-impérialiste. Il ne semble cependant pas, hélas, y avoir une grande conscience de cela dans le mouvement marxiste-léniniste européen qui, et pas seulement dans l'exemple bosniaque, ne se situe même pas à la remorque des masses mais complètement à côté.

    Peut-être les réponses du passé peuvent-elles être une partie des réponses d'aujourd'hui, pour comprendre la Bosnie-Herzégovine.

    Lorsqu'on lui demandait pourquoi la révolution avait éclaté en Russie, l'écrivain Ilya Ehrenbourg répondait : "Peut-être parce que nous avions tellement de cœur, et si peu de pain".

    PARTIJA RADA

    2014

        branioci tuzlezavno bihpartijarada


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  • L'affaire évoque un "Oradour-sur-Glane miniature" où plus de 40 personnes (militant-e-s progressistes/antifascistes et/ou pro-russes contre le nouveau régime de Kiev, mais surtout progressistes/antifascistes dans cette région...) ont atrocement trouvé la mort. Signe de l'atmosphère de terreur fasciste et de guerre civile réactionnaire fratricide qui s'est emparée du pays depuis la chute du régime corrompu de Ianoukovitch ; au moment même où les affrontements font rage dans l'Est pro-russe, où l'impérialisme du Kremlin joue lui aussi ses cartes...


    Terreur nazie à Odessa : plus de 40 mort-e-s, des centaines de blessé-e-s

    Borotba

    Le 2 mai, sous le prétexte d'une soi-disante marche "Pour l'unité de l'Ukraine" (le même jour que le match de foot entre le Tchernomorets d'Odessa et le Metalist Kharkov), des escadrons paramilitaires de nationalistes ukrainiens ont été amenés à Odessa de tout le pays. Ils sont arrivés par bus et par train. Dès le départ, alors qu'ils commençaient à se rassembler sur le square de Sobornaya, on a pu voir parmi les traditionnels hooligans d'extrême-droite beaucoup de paramilitaires bien équipés : boucliers, casques, battes et autres armes contondantes voire à feu. La plupart, des hommes d'environ 30 à 40 ans, n'étaient manifestement pas des supporters de football. Certains portaient des boucliers où était écrit "14e centurie d'autodéfense de Maïdan". Ces paramilitaires nationalistes ont été la principale force de frappe du massacre d'habitants d'Odessa sur le "pôle de Kulikovo".

    030314 borotbaAu total, plus de 1.000 nationalistes ont participé à la marche et au massacre qui a suivi. Les habitants d'Odessa étaient une minorité parmi eux, tandis que la majorité étaient des paramilitaires d'extrême-droite amenés là ensemble. Ils étaient reconnaissables en particulier au dialecte (non typique de la région d'Odessa), certains d'entre eux reconnaissant et disant même ouvertement d'où ils venaient. Les supporters locaux du Tchernomorets d'Odessa ont quitté la marche lorsque les affrontements ont débuté : ils étaient seulement là pour la marche traditionnelle vers le stade et lorsqu'ils ont réalisé que des "visiteurs" et des provocateurs voulaient les conduire à frapper les habitants de la ville, la majorité d'entre eux (identifiables à leurs écharpes bleues et noires du club) a immédiatement quitté la soi-disante marche "pacifique".

    Au même moment, les "militants d'importation" ne se rendaient pas au stade. Leur but était de terroriser les habitants de la ville et de déchaîner la violence contre les activistes du mouvement d'opposition à la junte de Kiev. L'action des nationalistes n'a nullement eu, dès le commencement, un quelconque caractère pacifique ; ce qui s'explique vu le massacre qu'ils préparaient.

    Il n'y avait que peu de policiers, bien que le personnel de la seule police locale d'Odessa eut été capable de contrôler une foule d'un millier de personnes et, par conséquent, d'empêcher les pogroms et les meurtres. Il s'est avéré que la majorité des effectifs avait reçu l'ordre de garder le bâtiment administratif du Ministère de l'Intérieur. Par conséquent, la ville entière a été livrée aux mains des paramilitaires néo-nazis. Ceci n'est pas surprenant lorsque l'on connait les liens anciens et étroits de l'actuel Ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov, avec les groupes néo-nazis - y compris le "Secteur Droit".

    Tandis que la colonne de nationalistes remontait la rue Grecheskaya, quelques militants (200-250 personnes) de la milice locale d'Odessa ont tenté de lui barrer la route. Mais très vite ils se sont retrouvés sous une volée de jets de pierres, de bouteilles et de grenades assourdissantes. Des coups de feu ont éclaté. Le camarade Ivan de Borotba a reçu une balle dans le ventre par une arme de guerre... Les militants et activistes de la milice d'Odessa ont alors tenté de s'échapper par le centre commercial "Athena" situé dans le Quartier grec. La foule de web ukr odessa--672x359nationalistes d'extrême-droite a alors crié haro sur eux. Les paramilitaires ont commencé à préparer des cocktails molotovs afin de mettre le feu au centre commercial avec les membres de la milice d'autodéfense barricadés à l'intérieur. Des policiers ont alors sauvé la vie des activistes en amenant leurs véhicules directement à l'entrée du centre commercial.

    Les nationalistes sont alors remontés jusqu'au "pôle de Kulikovo" où se trouvait le campement des opposants à la junte de Kiev. Des militants de Borotba, aux côtés d'autres activistes et de simples habitants d'Odessa, étaient à la tâche dans le campement. Au total environ 200 personnes étaient là et plus de la moitié étaient des femmes ou des personnes âgées.

    Les néo-nazis ont alors commencé à bombarder le chapiteau de cocktails molotovs et l'ont réduit en cendres. Les militants du campement ont été forcés à battre en retraite dans le bâtiment tout proche de la Maison des Syndicats.

    Afin de tuer le maximum d'Odessites, les fascistes ont alors mis le feu au rez-de-chaussée de l'édifice. Le feu s'est répandu très rapidement dans le bâtiment.

    Des personnes ont commencé à sauter par les fenêtres des étages supérieurs pour tenter d'échapper aux flammes, mais une fois au sol elles étaient rouées de coups par les paramilitaires nationalistes. Notre camarade (membre de Borotba) Andrew Brazhevsky a ainsi trouvé la mort. Le député au Conseil régional (et ami du dirigeant de Borotba à Odessa Alexeï Albu) Viatcheslav Markin a 10299172 813884311973362 2891681924930624601 négalement été tué de la sorte après avoir sauté par la fenêtre. Plus de 40 activistes ont ainsi péri brûlés vifs, asphyxiés par les fumées ou tués par les nazis en tentant de s'échapper du bâtiment en feu. Par chance, un certain nombre de nos camarades a réussi à s'échapper sain et sauf. Certains, y compris le dirigeant de Borotba Odessa et élu au conseil municipal Alexeï Albu, ont été sévèrement frappés à coups de battes et de pieds. Ils souffrent de nombreuses contusions, fractures et blessures à la tête.

    Le massacre d'Odessa a été organisé par la junte de Kiev afin d'intimider la population mécontente du nouveau régime et de liquider ceux qui le combattent activement. Le fait que les militants d'extrême-droite soient venus en nombre et très bien équipés en est la preuve ; et l'inaction de la police d'Odessa ou encore la simultanéité des évènements avec l'opération "anti-terroriste" à Slaviansk concordent également en ce sens.

    La junte de Kiev est ouvertement en pleine fuite en avant dans la violence et le carnage contre ses opposants. Et les instruments de cette violence aveugle sont les militants néo-nazis, ceux-là mêmes qui travaillent en lien étroit avec la police secrète, qui sont bien armés et financés par l'oligarchie.

    Le massacre d'Odessa montre que le régime des nationalistes et des oligarques de Kiev est en marche à vitesse grand V vers la dictature terroriste ouverte de type fasciste.

    Le Conseil de Borotba, 3 mai 2014 


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    Lire aussi : http://www.secoursrouge.org/Ukraine-Un-ancien-prisonnier

    Ukraine : Un ancien prisonnier politique blessé à Odessa

    Les affrontements entre fascistes et nationalistes ukrainiens d’une part, militants pro-russes et antifascistes d’autre part ont débouché sur un massacre à Odessa. Les nationalistes ukrainiens ont mis le feu à la Maison des Syndicats, où s’entassaient leurs opposants. 31 personnes sont mortes des suites d’une intoxication à l’oxyde de carbone ou en sautant par les fenêtres, parmi lesquelles des militants connus de la gauche révolutionnaire ukrainienne comme Andrew Brazhevsky, membre du mouvement Borotba.

    Un ancien prisonnier politique, Alexandre Gerasimov, a été quant à lui gravement brûlé. Alexandre Gerasimov était l'un des 12 militants de l’Union de la Jeunesse Communiste Léniniste [NDLR dont des éléments rejoindront ensuite Borotba en 2011] arrêtés à Odessa en 2002 [NDLR donc sous la présidence de Leonid Koutchma, mentor politique de Ianoukovitch], parmi lesquels quatre Russes, sept Ukrainiens et un Moldave, qui avaient développé une organisation clandestine révolutionnaire dans cette région à grandes concentrations ouvrières multinationales, dans le but de fonder une République soviétique de la Mer Noire. Alexander Gerasimov était resté détenu plusieurs années en Ukraine.

    http://www.secoursrouge.org/local/cache-vignettes/L164xH164/gerasimov-d9cce.jpg
    Alexandre Gerasimov

    Aujourd’hui, la foule a pris d’assaut le siège de la police d’Odessa et libéré 67 personnes, antifascistes et/ou pro-Russes, détenus par la police ukrainienne.


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    Dans la fureur ethno-chauvine - impulsée par les rivalités impérialistes - qui s'est emparée de l'Ukraine, Odessa à la longue histoire de brassage multiculturel et de luttes sociales et révolutionnaires (cuirassé Potemkine et soulèvement en soutien à celui-ci, mutineries de la Mer Noire, agitation révolutionnaire tout au long des 20 dernières années du tsarisme etc.) apparaît de plus en plus clairement, telle Sarajevo en Yougoslavie, comme un symbole à abattre.

    Ukraïna : une expression géographique ("frontière" en russe), DEUX NATIONALITÉS principales ("novorusse"/"cosaque" et ruthène)*, une dizaine de plus petites (Tatars de Crimée et du Sud-Est, Hongrois, Slovaques, Roumains et Moldaves du Sud-Ouest, Turcs, Grecs, Juifs ashkénazes de l'Ouest ou criméens du Sud-Est, Rroms etc.) et DEUX VOIES : la guerre fratricide de mercenaires sur le "Grand Échiquier" du repartage impérialiste du monde ; ou l'Unité démocratique des Peuples contre tous les oligarques, capitalistes et impérialistes de tous bords pour instaurer le Pouvoir populaire !


    [* Cette question de "Novorussie"/"Novorusses" a été très largement débattue, et non sans raisons. En effet, les cartes "ethnographiques" tendent à montrer que les véritables Russes (selon, sans doute, l'ancienne classification soviétique des nationalités) ne sont majoritaires qu'en Crimée (~ 60%) et dans quelques raïons (districts) du Donbass, de la région de Kharkov ou encore proches de la Moldavie (Boudjak). Mais alors, sur quoi (diable) repose donc cette (fichue) identité "novorusse" du Sud et de l'Est de l'Ukraine ? Eh bien, elle repose peut-être précisément sur cela : ni les Russes, ni les Ukrainiens ni qui que ce soit d'autre (Bulgares, Tatars, Roumains/Moldaves, Gagaouzes etc.) ne représentent une écrasante majorité de 90% ou plus dans ces régions. La caractéristique locale est justement le multiethnisme.

    Le bandérisme, cet ultra-nationalisme ukrainien fondé sur une "pureté" ethnique ukrainienne "plus-vraie-que-vraie", n'y fonctionne donc pas (sans même parler du fait que sa collaboration passée avec le nazisme, dans des régions martyres de la guerre d'extermination lancée par Hitler contre l'URSS, ne plaide pas en sa faveur...). Des idéologies au service de l'impérialisme russe telles que l'"eurasisme", le "panslavisme" (unité plus ou moins fédérale de tous les Peuples slaves) ou encore un certain "néo-soviétisme" peuvent y fonctionner - et de fait y fonctionnent ; mais le bandérisme, la population du Sud et de l'Est de l'Ukraine le vomit. Si l'Ouest (à 90 ou 95% ukrainien "ruthène") en veut, "tant mieux" pour lui ; mais au Sud et à l'Est on n'en veut pas, c'est ainsi.

    On notera que cette culture de coexistence nationale s'accompagne généralement d'un usage de la langue russe comme lingua franca ou plus localement (surtout le long du Dniepr - en orange sur cette carte) d'un dialecte populaire mêlant russe et ukrainien, le sourjyk ; d'où la confusion qui tend à s'installer entre russophones (notion linguistique), "pro-russes" (notion politique) et "Russes" au sens de la classification soviétique des nationalités (notion "ethnique"). La carte de l'usage principal du russe dans la vie quotidienne, ou encore celle des partisans de sa co-officialité (aux côtés de l'ukrainien) montrent ainsi des réalités notablement différentes de celle des pourcentages de Russes "ethniques".]


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  • http://maoistroad.blogspot.fr/2014/04/ucraina-from-pcm-italy-newspaper-contro.html

    [Voici la position des camarades italiens du PC maoïste. Nous exprimerons simplement un désaccord, non quant au fond (que nous partageons à 100%) mais quant à la tonalité extrêmement antagonique du texte, notamment dans les derniers paragraphes. Nous n'estimons pas que toutes les personnes qui, horrifiées par l'arrivée de nazis au pouvoir pour la première fois en Europe depuis 1945, considèrent que l'intervention russe n'est pas le problème voire est une solution, sont des "ennemis" inconciliables. Nous pensons qu'elles se trompent, nous ne partageons pas leur position mais nous pouvons la comprendre, et nous pensons possible et même nécessaire d'en discuter sereinement avec elles ; même si nous reconnaissons que la discussion avec certaines peut vite s'avérer pénible. Le caractère ultra-réactionnaire et fasciste des nouveaux maîtres de Kiev fait qu'ici, la lutte de lignes quant à l'appréciation (depuis l'étranger) de la position russe (et pro-russe dans l'Est et le Sud de l'Ukraine) ne peut être abordée de manière immédiatement antagonique. Notre position, que nous réaffirmons encore une fois dans ce débat, est que l'activité concrète de la Russie et des "Cosaques" pro-russes ukrainiens est assimilable à celle des néo-tchetniks serbes de Milosevic et Mladic dans la Yougoslavie de 1992 ; et celle des ultra-libéraux et des fascistes de Kiev à celle des néo-oustachis croates de Franjo Tudjman. La juste ligne est selon nous celle qu'adopta alors le Partija Rada (Parti du Travail) de Yougoslavie : rejet des mobilisations nationalistes réactionnaires et des impérialismes qui en tirent les ficelles, unité prolétarienne et populaire pour la paix entre les peuples, la démocratie et le socialisme.]


    3484740777En Ukraine la contradiction inter-impérialiste prédomine sur les conceptions et les luttes du prolétariat et des masses populaires ; elle alimente l'affrontement entre deux fractions différentes de la bourgeoisie dominante, les conceptions nationalistes, et permet la montée de la vermine nazie au sein du gouvernement pro-UE de Kiev.

    Les prolétaires et les masses populaires qui sont descendus dans les rues de Kiev contre le gouvernement oligarchique pro-russe de Viktor Ianoukovitch l'ont fait poussés par l'aggravation de leurs conditions de vie et par la crise économique qui les tenaille. Mais dès le départ, la direction de ce mouvement a été prise par des forces réactionnaires, d'abord "pro-européennes" sans plus de précisions, puis ouvertement nazies. Ianoukovitch a été renversé et contraint à la fuite après avoir tenté d'écraser la contestation par la répression policière, mais la prise du pouvoir par les forces réactionnaires pro-UE qui dirigeaient la révolte a été soutenue et alimentée par tous les moyens possibles par les impérialistes US et européens.

    1391005999 984629 7Le rôle, d'abord, de Ianoukovitch et de son odieux gouvernement et le soutien ouvert, ensuite, de l'impérialisme US-UE ont influencé et déterminé le fait que la révolte de Kiev se transforme en montée ouverte du nazisme. La combinaison de l'action impérialiste US-UE avec le gouvernement ouvertement anti-russe de Kiev a poussé l'impérialisme russe à intervenir, non tant pour soutenir l'indéfendable Ianoukovitch que pour défendre ses intérêts économiques, politiques et maintenant militaires, pour maintenir fermement son contrôle sur l'Ukraine et la position militaire stratégique de la Crimée. De là l'intervention directe de l'impérialisme russe, l'invasion à peine masquée de la Crimée et la marche vers un référendum plébiscitaire d'annexion.

    Les masses de Crimée et d'autres régions d'Ukraine se sont mises en mouvement à leur tour, cette fois-ci préventivement contre la montée du nazisme à Kiev ; ceci a donné une nouvelle vigueur aux sentiments antifascistes et à la reprise - bien que déformée - des idées socialistes et communistes. Sur cela s'est appuyé Poutine, qui est tout le contraire de l'antifascisme, du socialisme et du communisme mais utilise cyniquement l'opposition au gouvernement de Kiev, gangréné par le nazisme, pour légitimer l'invasion, la reprise en main de l'Ukraine et les plans de reconstitution de l'ex-bloc soviétique sous le talon de fer de sa dictature oligarchique réactionnaire.

    4376201 3 43d1 soldat-russe-sur-un-vehicule-blinde-a d8dbacToutes les valeurs de liberté, de démocratie, de nouvelle libération, d'autodétermination sociale et nationale sont donc désormais foulées aux pieds et les masses populaires transformées en chair à canon de guerres nationalistes, ethniques, fratricides, susceptibles de prendre une tournure yougoslave.

    Mais pas seulement. Tout ceci survient dans une période de crise mondiale, de tension sur les marchés, de concurrence aigüe pour le contrôle des ressources énergétiques et donc, même si aucun des deux impérialismes en présence ne dit vouloir l'affrontement militaire, même si l'un et l'autre parlent de droits des peuples et de droit international, chacun de leurs mouvements aiguise un peu plus les contradictions et sème les graines d'un incendie mondial qui peut s'étendre bien au-delà de la zone de conflit actuelle et toucher tout l'Est de l'Europe et l'Eurasie.

    L'impérialisme US en première ligne, suivi des Européens avec un léger mal d'estomac vu le risque de coupure des fournitures énergétiques et des bonnes affaires en cours avec la Russie, veulent par leur action arracher l'Ukraine à l'influence russe, et reconfigurer ainsi les rapports de force et l'instable équilibre géostratégique de la région. Et ceci ne peut pas ne pas vouloir dire la guerre avec la Russie, étant donnée l'importance pour l'impérialisme russe d'avoir des frontières sures et de ne pas être assiégé politiquement, économiquement et militairement par les USA et 0603-Crimeel'UE. La Russie est elle aussi, ces derniers temps, dans une dynamique d'expansion et de recomposition de l'ancien bloc soviétique, profitant de l'avantage d'être moins frappée par la crise.

    Inutile de dire que la confrontation en Ukraine voit également planer sur elle l'ombre de la Chine impérialiste, qui va certainement chercher à profiter de la contradiction USA/Russie pour poursuivre sa pénétration économique déjà bien entamée dans les pays de l'ex-URSS et d'Europe de l'Est.

    Ce qu'il se passe en Ukraine est véritablement complexe et par bien des aspects dramatique, et ceci exige une analyse lucide et non instrumentale de la situation, dans toutes ses causes et ses conséquences.

    Les prolétaires et les masses populaires n'ont dans la région aucun référent politique autonome. Les partis soi-disant "communistes" sont des cliques révisionnistes complètement discréditées, sans aucun poids dans les masses du peuple et toujours à la remorque des oligarques. Dans les rues et les lieux de travail existent des groupes ouvriers, de jeunes, des organisations souvent idéologiquement confuses et sans véritable programme alternatif, mais aspirant certainement à une alternative prolétarienne, sociale et révolutionnaire.

    1888658 672452589477767 1299474021 nÀ ceux-là et seulement ceux-là doit aller notre soutien, surtout maintenant qu'ils se trouvent sous le feu croisé de deux attaques : la montée nazie à Kiev et les troupes d'occupation russes dans l'autre partie de l'Ukraine, appuyée par des militaires et d'autres forces militarisées ukrainiennes qui ne sont certainement pas dans le camp de l'opposition prolétarienne et révolutionnaire.

    Nous, prolétaires communistes, sommes et devons être une référence politique de classe aux côtés de toutes les forces marxistes-léninistes-maoïstes dans le monde, une expression de l'autonomie prolétarienne et révolutionnaire qui, tout en jouant un rôle de dénonciation et de première ligne contra la Réaction soutenue par l'impérialisme US-UE (et contre notre propre impérialisme à combattre de l'intérieur), ne peut se transformer en porte-voix équivoque et éhonté de l'impérialisme russe, indignement repeint de "rouge" alors qu'il s'agit tout simplement de la dictature oligarchique de la bourgeoisie impérialiste représentée par Poutine.

    Remplir les pages de blogs de dénonciations de la nature réactionnaire (avec composante nazie) du régime de Kiev et des plans d'intervention et de pénétration de l'impérialisme US-UE en Ukraine ne peut en aucun cas justifier de passer objectivement voire subjectivement dans le camp de l'impérialisme russe.

    Ceci n'est qu'une forme de plus de ce "rouge"-brunisme hélas répandu dans la gauche, semant la confusion dans le prolétariat et les masses populaires. "Rouge"-brunisme également lorsqu'il est fait improprement usage de faucilles et de marteaux, de portraits de Staline et même de phrases de Lénine.

    Nous communistes et prolétaires avancés devons être plus que jamais source de clarté et non d'ignoble confusion. Justement parce que l'antifascisme et l'anti-impérialisme, la lutte pour le socialisme et le communisme sont la seule véritable alternative à l'impérialisme comme éternel fauteur de guerre, nous ne pouvons salir notre drapeau en l'associant aux blindés russes. Notre devoir internationaliste est de soutenir les prolétaires et les peuples et non des impérialismes et des gouvernements réactionnaires déguisés en anti-impérialistes.

    Aujourd'hui les prolétaires et les peuples n'ont pas de gouvernement ami, dans aucun coin du monde. Qui prétend le contraire est un escroc politique, un problème de plus et non une solution au problème, un ennemi de plus et non un allié.

          6396B787-BE39-4501-9986-F8A50B1B8C36 mw1024 n s1926933 689723254383988 865436437 n 

    [NDLR : Il est clair que nous nous attachons surtout, ici, à pointer les manœuvres (inter-)impérialistes qui sous-tendent l'actuel conflit en Ukraine car tel est notre devoir internationaliste, notre propre impérialisme BBR étant lui-même à la manœuvre (avec une bourgeoisie impérialiste carrément partagée entre les deux camps !) ; mais que tout cela ne peut évidemment exister qu'en s'appuyant (à la base) sur des problématiques internes et notamment cette question fondamentale : "qu'est-ce que l'Ukraine ? qu'est-ce que la Nation ukrainienne ?". Disons que, lorsqu'une nation est clairement définie sur un territoire donné, comme en Pologne par exemple, les choses se "règlent" beaucoup plus rapidement : lorsque la bourgeoisie polonaise, qui hait historiquement la Russie depuis l'occupation du 19e siècle, s'affranchit de celle-ci (en 1918 ou 1989), elle se tourne naturellement vers l'Ouest sans entraîner la partition du pays.
    Reste encore à répondre correctement à cette question... certains nous resservant ici la bonne vieille thèse stalino-thorézienne de la "nation en construction" (au nom de laquelle le PCF, par exemple, rejetait la lutte de libération algérienne). Notre position "de loin", pas forcément partagée par les marxistes-léninistes de là-bas comme Borotba (il n'y a pas à notre connaissance de maoïstes en Ukraine), est plutôt que 1°/ l'Ukraine (Ukraïna) est avant tout une expression géographique, signifiant "confins" en russe (équivalent de frontier en anglais américain) ; 2°/ elle est globalement partagée entre une Ukraine "cosaque"
      ou "novorusse" (Novorossiya) à l'Est, historiquement liée à la Russie (ce sont les régions pro-russes actuelles, qui ont largement voté Ianoukovitch en 2004 et 2010) ; une Ukraine "ruthène" (terme longtemps employé à la place d'"ukrainien", notamment au 19e siècle à l'époque du poète Chevtchenko) nationaliste et pro-occidentale autour de Kiev et à l'Ouest, qui a historiquement fait partie de l'Empire polono-lituanien (République des Deux Nations) jusqu'à la fin du 18e siècle ; et des régions (le long de la Mer Noire) tardivement conquises par la Russie et russifiées, mais aujourd’hui très majoritairement russophones/russophiles et occupant une grande place dans l'histoire révolutionnaire russe (Odessa avec le cuirassé Potemkine, Crimée pendant la guerre antinazie) ; abritant cependant de très importantes minorités autochtones (Tatars, Roumains de Bessarabie, Grecs, Turcs, Juifs descendants des Khazars etc.)* ; 3°/ tout cela doit se régler DÉMOCRATIQUEMENT dans la fraternité et la coopération entre les Peuples travailleurs, la Commune populaire et le socialisme, car seuls les intérêts des bourgeois, des oligarques et des impérialistes qui les soutiennent sont antagoniques.]

    [* Cette question de "Novorussie"/"Novorusses" a été très largement débattue, et non sans raisons. En effet, les cartes "ethnographiques" tendent à montrer que les véritables Russes (selon, sans doute, l'ancienne classification soviétique des nationalités) ne sont majoritaires qu'en Crimée (~ 60%) et dans quelques raïons (districts) du Donbass, de la région de Kharkov ou encore proches de la Moldavie (Boudjak). Mais alors, sur quoi (diable) repose donc cette (fichue) identité "novorusse" du Sud et de l'Est de l'Ukraine ? Eh bien, elle repose peut-être précisément sur cela : ni les Russes, ni les Ukrainiens ni qui que ce soit d'autre (Bulgares, Tatars, Roumains/Moldaves, Gagaouzes etc.) ne représentent une écrasante majorité de 90% ou plus dans ces régions. La caractéristique locale est justement le multiethnisme.

    Le bandérisme, cet ultra-nationalisme ukrainien fondé sur une "pureté" ethnique ukrainienne "plus-vraie-que-vraie", n'y fonctionne donc pas (sans même parler du fait que sa collaboration passée avec le nazisme, dans des régions martyres de la guerre d'extermination lancée par Hitler contre l'URSS, ne plaide pas en sa faveur...). Des idéologies au service de l'impérialisme russe telles que l'"eurasisme", le "panslavisme" (unité plus ou moins fédérale de tous les Peuples slaves) ou encore un certain "néo-soviétisme" peuvent y fonctionner - et de fait y fonctionnent ; mais le bandérisme, la population du Sud et de l'Est de l'Ukraine le vomit. Si l'Ouest (à 90 ou 95% ukrainien "ruthène") en veut, "tant mieux" pour lui ; mais au Sud et à l'Est on n'en veut pas, c'est ainsi.

    On notera que cette culture de coexistence nationale s'accompagne généralement d'un usage de la langue russe comme lingua franca ou plus localement (surtout le long du Dniepr - en orange sur cette carte) d'un dialecte populaire mêlant russe et ukrainien, le sourjyk ; d'où la confusion qui tend à s'installer entre russophones (notion linguistique), "pro-russes" (notion politique) et "Russes" au sens de la classification soviétique des nationalités (notion "ethnique"). La carte de l'usage principal du russe dans la vie quotidienne, ou encore celle des partisans de sa co-officialité (aux côtés de l'ukrainien) montrent ainsi des réalités notablement différentes de celle des pourcentages de Russes "ethniques".]

     


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  • Nous vous livrons ce communiqué dans notre rôle d'INFORMATION sans forcément en partager toute la tonalité qui, à notre sens, minimise quelque peu l'implication de l'impérialisme russe dans ce conflit avec les impérialistes euro-US : on ne peut que tristement sourire, par exemple, à l'évocation de la "république populaire dans le Sud-Est" (Donetsk etc.) lorsque l'on sait qu'un des principaux chefs de file de cette "république" ("gouverneur" autoproclamé de la région), Pavel Gubarev, est un ultranationaliste russe et ancien néo-nazi du groupe paramilitaire Unité nationale n'ayant rien à envier à Svoboda ; ou encore de ces policiers "du côté du peuple" car arborant le symbole nationaliste russe du ruban de Saint Georges [le texte pour le meeting antifasciste d'Athènes est un peu plus clair sur le sujet, à partir de "Dans le même temps les nouvelles autorités"]...

    Il reflète néanmoins le sentiment d'une grande partie des masses populaires là-bas, principalement dans le Sud (Odessa, Crimée) et l'Est (Donetsk, Kharkov) du pays mais aussi autour de Kiev et dans l'Ouest, où les libéraux et l'extrême-droite nationaliste ne sont pas aussi hégémoniques qu'ils le prétendent [sociologiquement, on peut dire que le Sud et l'Est russophones sont plus "riches" dans l'absolu mais aussi plus inégalitaires (les principaux oligarques en sont issus), tandis que le Nord et l'Ouest sont plus uniformément déshérités] : sentiment notamment vis-à-vis de la perte des avantages et acquis sociaux du social-capitalisme d’État des années 1970-80 ; sans lequel il n'est pas possible de comprendre politiquement l'Europe de l'Est (mais toujours possible, en revanche, de disserter sur la Lune). Globalement, la grande majorité des classes populaires de ces pays cherche à retrouver ce "paradis perdu" des protections sociales, des services gratuits ou presque, de la quasi absence d'impôts et de taxes etc. du "socialisme réel", tout en restant attachées aux libertés démocratiques dont elles étaient privées par les nomenklaturistes (et que les nouveaux oligarques, souvent anciens apparatchiks d'ailleurs, ne leur ont guère apporté). Il se trouve simplement qu'en Ukraine, une moitié environ du peuple "lambda" voit ce rêve sous le bleu étoilé de l'Union européenne et une autre moitié sous l'aile de Moscou (la russophonie favorisant la russophilie et donc ce dernier sentiment).

    Il y avait aussi des forces se revendiquant du socialisme voire du marxisme (ou du communisme libertaire) dans le camp EuroMaidan ; il serait toutefois autant possible de les dire "manipulées" voire "valets" de l'impérialisme euro-US que de traiter Borotba (comme elles le font parfois) de "manipulés" ou de "valets" du régime Ianoukovitch et de l'impérialisme russe... Ces forces sont généralement liées à des ONG "révolutionnaires colorées" occidentales bien connues.

    On pourrait disserter assez longuement de l'existence d'une réalité nationale ukrainienne sur la totalité du territoire de cet État. Ce qui est certain, c'est que la politique du régime en place actuellement (dans ledit État) tend à faire des personnes exclusivement russophones (ne parlant pas un mot d'ukrainien) des "nègres blancs" dans leur propre pays, comme c'est déjà un peu le cas dans les Pays Baltes par exemple ; un peu comme si demain, dans une Occitanie indépendante, nous déclarions "étrangers" à la communauté citoyenne toute personne ne parlant pas ou peu occitan (ce qui inclurait l'auteur de ces lignes...) : il est évident que nous serions des fascistes, et nullement des libérateurs. La politique du gouvernement de fait à Kiev est donc une politique fasciste, et il ne faut pas s'étonner (sans perdre de vue que le Kremlin joue aussi ses cartes) que de nombreuses personnes dans les régions du Sud et de l'Est se tournent vers une Russie qui ferait d'elles des Russes, libres de parler la seule langue qu'elles connaissent et citoyennes d'un grand pays respecté sur la scène internationale, riche de ses ressources fossiles, etc.

    Nous ne sommes pas aveugles, non plus, sur la russophilie ("euro-russisme" ou "eurasisme") de la quasi-totalité de l'extrême-droite hexagonale, y compris les éléments les plus "défense de l'Occident", anti-islam, anti-"Sud" voire (dans cette perspective) pro-sionistes, comme Guillaume Faye. Ceux-ci sont en réalité bien emmerdés par les évènements ukrainiens, car ils y voient deux de leurs grandes icônes (Poutine-la-"verticalité-du-pouvoir" et l'un des plus puissants partis fascistes d'Europe, ayant recueilli jusqu'à 40% des voix dans certaines régions aux dernières élections) s'affronter. Tout un paradoxe en effet : alors que Poutine est la coqueluche de tous les néofascistes européens depuis son arrivée au pouvoir il y a 15 ans, c'est une manœuvre impérialiste de l'UE et de Washington qui vient d'amener des néo-nazis déclarés au gouvernement pour la première fois en Europe depuis 1945 !


    Communiqué de l'organisation ukrainienne Borotba : la Junte a déclaré la guerre à son propre peuple (15 avril)


    Borotba


    La junte de Kiev a lancé une "opération antiterroriste" contre ceux qui en Ukraine sud-orientale se sont soulevés contre les oligarques et les nationalistes. Il y a dans les médias de communication oligarchiques une campagne absolument mensongère pour discréditer les révolté-e-s. Nous serions soi-disant tous des agents des services secrets russes.

    C'est bien sûr un mensonge éhonté. Ce sont les citoyens ukrainiens qui se rebellent contre la Junte. Des 64 prisonniers politiques détenus par l'administration de l’État régional de Kharkov, tous sont des citoyens ukrainiens résidents de la région.

    De l'autre côté, il y a des preuves croissantes que la Junte recourt à des mercenaires de compagnies militaires privées (y compris des étrangers) contre les révolté-e-s. Les policiers et militaires ukrainiens ont refusé de lutter contre leur propre peuple.

    Des Kharkovites ont vu la police sur la Place de la Liberté portant des rubans de Saint Georges [NDLR : ce sont les fameuses couleurs orange et noir du mouvement pro-russe dans l'Est de l'Ukraine, décoration militaire tsariste aujourd'hui reliée à la Grande Guerre patriotique de 1941-45 contre l'invasion nazie, et devenue symbole de résistance aux "fascistes de Kiev"] accrochés à leurs plaques, montrant ainsi être du côté du peuple.

    Dans cette situation, la Junte va s'appuyer sur des mercenaires et des groupes néo-nazis comme le Secteur Droit, prestement revêtus de l'uniforme de la "garde nationale".

    030314 borotbaL'Union Borotba déclare que la République populaire dans le Sud-Est est l’œuvre des manifestants, pas une machination des forces spéciales russes. Elle est la volonté du peuple dans les provinces du Sud-Est.

    La Déclaration universelle des Droits de l'Homme adoptée par l'ONU parle de "droit de recourir, comme ultime recours, à la rébellion contre l'oppression et la tyrannie". Les gens du sud-est ont tout simplement exercé ce droit.

    La Junte veut écraser le peuple rebelle par la force militaire, en organisant une "opération antiterroriste". Nous déclarons qu'il est impossible de gagner une telle guerre contre son propre peuple. En tentant d'écraser le mouvement populaire, la Junte creuse sa propre tombe.

    Campagne de calomnie

    Une campagne de délégitimation a été lancée contre les forces de la contestation, y compris Borotba. Ces mensonges visent à diviser notre mouvement et semer la méfiance parmi les activistes.

    N'écoutez pas ces calomnies, ne vous laissez pas tromper par les fables. Ici sont les faits :

    Borotba a commencé sa lutte contre le néo-nazisme de Svoboda (parti fasciste faisant désormais partie du gouvernement du coup d’État) et la soi-disante intégration européenne en 2012, alors que la majorité de ceux qui montrent aujourd'hui du doigt les "meneurs" étaient tranquillement assis chez eux.

    Lorsque nous en avons eu l'opportunité, nous avons lutté à Kiev. En guise de vengeance, notre local de Kiev a été saccagé par le Secteur Droit et nos activistes frappés par des fascistes, emmenés par Igor Miroshnichenko de Svoboda.

    À Kharkov, Borotba participe à toutes les protestations et manifestations. Des dizaines de milliers de tracts ont été imprimés, informant le peuple de Kharkov sur le mouvement dans le Sud-Est et l'exhortant à participer.

    Nous avons même amené à nos réunions le maire Kernes, dont nous avons découvert plus tard qu'il voulait jouer avec le mouvement de Kharkov.

    Borotba prône l'unité des forces de contestation. Nous nous opposons à la Junte, qui est au service des oligarques les plus riches du pays, appuyés par l'impérialisme occidental.

    Dans cette confrontation, l'unité et la coopération de toutes les organisations et les leaders du mouvement est cruciale.

    odessa 0410Pour cela, nous avons créé une association volontaire d'organisations, activistes et citoyens de Kharkov : l'Unité Populaire.

    L'Unité Populaire est ouverte à tous et toutes. L'unité fait la force !

    Pas d'élections sans référendum

    Afin de se donner des apparences de démocratie, la Junte a prévu des élections présidentielles pour le 25 mai. Ces élections doivent être boycottées. On nous invite par ces élections à choisir entre les deux candidats de l'oligarchie, Poroshenko et Timoshenko. Les autres candidats donneront à ces élections le masque d'une véritable lutte politique... Mais le décompte des votes sera contrôlé par la Junte et le suffrage se tiendra dans des conditions de terreur fasciste imposée par le Secteur Droit et autres bandes néo-nazies.

    La Junte de Kiev tente de duper les contestataires : le président intérimaire Turchinov a annoncé qu'il n'était soi-disant pas contre un référendum. Dans le même temps, les représentants de la Junte dans le Sud-Est tentent de remplacer la demande de référendum par une "enquête" sans aucune force légale. Nous ne devons pas céder à ces manœuvres. Les gens nécessitent de claires garanties, pas de vagues promesses des politiciens de Kiev.

    Les opposants à la Junte doivent boycotter et perturber ces élections. Ne voter pour personne, pas même pour l'opposition ou de supposés candidats du "Sud-Est", ne pas légitimer une farce organisée par la Junte des oligarques et des nazis. Si nous ne reconnaissons pas l'autorité des imposteurs de Kiev, nous ne devons pas participer à des "élections" organisées par eux.

    Notre mot d'ordre reste le même : pas de nouvelles élections sans référendum ! 

     


    Sur la situation en Ukraine (pour le meeting international antifasciste d'Athènes) 

    Chers camarades,

    L'Union "Borotba" et le collectif du web-journal ukrainien Liva.com.ua remercient tous les participants à ce meeting antifasciste.

    Notre pays périphérique est-européen vit l'un des plus dramatiques moments de son histoire moderne. Les gauches ukrainiennes sont face à des défis auxquels elles n'avaient pas été confrontées depuis des années. À la suite de violents et sanglants affrontements dans le centre de Kiev, le pouvoir a été pris dans notre pays par une coalition de forces politiques néolibérales et d'ultra-droite. Le nouveau régime a immédiatement commencé à collaborer avec les plus riches oligarques, ceux qui (aux côtés des représentants de l'UE et des États-Unis) ont prodigué aide financière et soutien international au mouvement EuroMaidan. Certains de ces oligarques viennent d'être nommés gouverneurs des régions industrielles clés (les moins loyales au nouveau gouvernement de droite), dans l'espoir qu'ils y éteignent la colère des protestataires.

    borotba 101800394 jpg 1L'idéologie droitière - sorte de mélange d'illusions néolibérales sur la nature du "capitalisme européen à visage humain" et de bigoterie cléricale nationaliste ukrainienne - dominait le mouvement EuroMaidan depuis le début et absolument tout était sous le contrôle de politiciens de droite. Ils ont réussi à exploiter la colère de beaucoup d'Ukrainiens appauvris et marginalisés, mécontents du régime bourgeois corrompu de Viktor Ianoukovitch - régime que nous avons nous aussi combattu depuis des années. Après 20 ans de propagande anticommuniste de masse en Ukraine, les gauches ont été reléguées à la marge du jeu politique tandis que les droites ont réussi à utiliser le populisme social combiné à des slogans nationalistes et pro-capitalistes.

    Ce n'est pas par hasard qu'EuroMaidan a été salué et appuyé par les forces et les politiciens les plus réactionnaires d'Europe et des États-Unis. Les nouvelles autorités ukrainiennes sont prêtes à ouvrir le marché ukrainien à leurs patrons et imposer à la société (qui souffre toujours de la crise) un paquet de réformes néolibérales afin d'obtenir le prochain prêt du FMI, qui leur permettra de rester au pouvoir. Alors que les propriétés et les capitaux des super-riches restent intouchées par le nouveau régime, celui-ci s'apprête à "surmonter" la crise en imposant des coupes sociales et une hausse des prix qui impactera la majorité appauvrie des Ukrainiens. Alors, pour détourner l'attention de leur propre politique, les autorités de droite utilisent le thème de l'intervention russe en Crimée et distillent l'hystérie nationaliste et militariste dans le pays. Malheureusement, une partie de notre "gauche" libérale-patriotique verse allègrement dans cette rhétorique. Les nouvelles autorités tentent ainsi de canaliser et aiguiller la colère des masses spoliées vers différents "ennemis" intérieurs ou extérieurs.

    Pendant ce temps, les affrontements et les fusillades se poursuivent dans le centre de Kiev - les groupes paramilitaires rivaux se battent entre eux pour le contrôle des bâtiments et propriétés occupés et continuent à arrêter, battre et torturer illégalement de nombreuses personnes. Les gangs néo-nazis montrent ouvertement leur racisme, leur sexisme et leur homophobie. Ils n'essayent même pas de cacher leurs armes lorsqu'ils patrouillent dans les rues de Kiev. Pire : ils ont tué plusieurs urlpersonnes à Kharkov. Le local de Borotba à Kiev a été saccagé de même que ceux du PC opportuniste d'Ukraine - les néo-nazis s'en sont emparés pour en faire des "bases" à eux. De nombreux monuments à Lénine, aux soldats de la Seconde Guerre mondiale ou aux héros de la Révolution d'Octobre ont été démolis ou profanés (y compris les tombes de travailleurs tués dans le soulèvement de l'arsenal de Kiev et d'autres usines en 1918).

    Parallèlement, des élections anticipées s'annoncent : les masses déçues et dupées vont devoir choisir entre des politiciens bourgeois bien connus, corrompus et super-riches. Dans le même temps, les nouvelles autorités tentent par tous les moyens d'empêcher les référendums démocratiques sur l'auto-gouvernement des régions du Sud-Est, où les démonstrations contre le nouveau régime rougeoient. Les nouveaux maîtres de l'Ukraine essayent de les présenter comme simplement "pro-russes" et "inspirées par le Kremlin", mais l'Union Borotba lutte efficacement pour les arracher à l'influence nationaliste pro-russe. Nous sommes des opposants irréductibles au régime de Poutine, que nos camarades russes affrontent au quotidien. Nous sommes contre la guerre et contre toute interférence dans le conflit ukrainien en cours, qui pourrait être le détonateur d'une confrontation militaire entre deux impérialismes.

    Devant l'intensification de la crise actuelle, nous sommes prêts à prendre part à l'organisation de protestations de masse contre les réformes antisociales et la terreur d'extrême-droite des nouvelles autorités. Dans ce contexte, tout soutien international est absolument crucial pour nous. Nous vous sommes très reconnaissants pour votre attention et votre solidarité. Et nous voudrions remercier tout particulièrement nos camarades du Sud et de l'Est de l'Europe qui font face comme nous à la montée de l'ultra-droite, sur fond de crise causée par les politiques néolibérales de l'UE.

    Le nouveau gouvernement ukrainien est le gouvernement le plus à droite qu’il n’y ait jamais eu en Europe depuis 1945. Et ceci n'est pas seulement un phénomène ukrainien, mais aussi une alerte pour toutes les gauches européennes. Compte tenu du fait que les autorités européennes ont activement aidé les droitistes ukrainiens à prendre le pouvoir, nous avons compris que ce serait une tâche difficile pour nous de les vaincre sans des actions internationales des gauches de tous les pays.

    Le récent mouvement en Ukraine (novembre 2013-février 2014) a eu pour conséquence l'instauration du régime de droite dure, coalition de forces néolibérales et d'ultra-droite. Les escadrons paramilitaires des groupes d'ultra-droite contrôlent maintenant la capitale du pays en usant du pogrom et de la violence contre leurs opposants. Ils réclament ouvertement d'être investis des pouvoirs de police et de sécurité d’État, ou du plein contrôle des services d'application des lois.

    Cependant, ces évènements se déroulent en Ukraine assez rapidement, demandant donc une correction constante des analyses. Des locaux des organisations de gauche ont été saccagés. Des activistes de gauche et des syndicalistes ont subi de violentes attaques. Le Parlement (contrôlé de fait par son vice-président du parti d'extrême-droite "Svoboda") a pris de son propre chef le pouvoir sur le pays. Il a nommé un autre membre de "Svoboda" au poste de procureur général et relaxé sans décision judiciaire tous les néo-nazis convaincus de crimes, y compris de meurtres.

    Ukr redflagburningDe nombreux politiciens droitiers, de "Svoboda" ou autres partis de droite radicale, ont été promus à des postes de ministres. Ils contrôlent notamment l'éducation. Les nazis ont commencé une campagne de destruction massive des monuments soviétiques aux combattants d'Octobre 1917 et de la Seconde Guerre mondiale.

    Nous pouvons vraiment dire que c'est le gouvernement le plus à droite dans l'histoire de l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, et le régime le plus pro-nazi dans son idéologie qui a été imposé en Ukraine. Ceci n'est pas de l'exagération : les conséquences réelles des récents évènements en Ukraine pourront être évaluées au fil du temps, car nous n'avons pas pour le moment suffisamment d'éléments nécessaires.

    Néanmoins, les manifestations massives en Ukraine ont été le résultat de la profonde crise économique, conséquence des politiques économiques néolibérales mises en œuvre dans le pays sous la pression des banques et autres institutions financières internationales.

    Cela peut sembler paradoxal à première vue, mais la crise déclenchée par les politiques néolibérales de droite a provoqué une montée incontrôlable de l'extrême-droite comme conséquence. C'est que la crise s'est développée dans des conditions de totale prééminence idéologique d'extrême-droite, qui n'ont pas permis de construire en Ukraine un force de gauche quelque peu consistante. En réalité, les extrémistes de droite ont occupé la "niche" politique que les gauches n'ont pas pu occuper. L'absence d'alternative progressiste a permis l'ascension fulgurante des groupes d'extrême-droite, qui ont pris le monopole sur la contestation sociale des Ukrainiens.

    Les gauches - depuis les sociaux-démocrates jusqu'aux groupes de "nouvelle gauche" - ont été refoulés aux marges de la vie politique et sociale. Cela a été rendu possible par l'établissement d'un consensus libéral de droite qui domine la conscience sociale depuis la chute de l'URSS. Les intellectuels ont toléré les droites ultras, les ont appuyées politiquement et ont permis leur dé-marginalisation. Pendant ce temps, les mass-médias démonisaient et stigmatisaient l'idéologie de gauche (progressiste) en diffusant dans la conscience sociale la mythologie historique de l'extrême-droite - pour les nommer, de ceux qui ont collaboré avec l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale et "nettoyé" ethniquement les populations polonaises dans l'Ouest de l'Ukraine [NDLR : sans parler du sort de la séculaire civilisation yiddish, tout simplement anéantie physiquement !]. C'est ce genre de propagande qui a principalement déterminé les conceptions de la frange active du mouvement Maidan, y compris une part significative des victimes de la crise (de certaines couches lumpenisées de la société).

    Les conservateurs et les libéraux européens ont eux aussi contribué à ce terrible résultat : ils ont reconnu le parti d'extrême-droite "Svoboda" comme membre légitime de la soi-disante "opposition démocratique" au régime de Ianoukovitch. Ils ont fermé les yeux sur le programme xénophobe, homophobe et chauvin de ce parti comme sur les pogroms et autres actions violentes de ses activistes.

    Par ailleurs, un groupe de super-riches ukrainiens a lui aussi contribué à organiser Maidan. Il s'est agi en particulier d'oligarques mécontents de la prédominance du clan Ianoukovitch et effrayés par sa montée en puissance, qui pouvait menacer leurs intérêts.

    Ce groupe d'oligarques a participé à sponsoriser les groupes d'ultra-droite et à leur fournir de l'équipement matériel et technique pour leurs actions.

    Kovpak partisankiDans de telles circonstances, les droites sont parvenues à exploiter et monopoliser la contestation contre le régime oligarchique de Ianoukovitch. Depuis le commencement elles contrôlent et organisent les actions de protestation à Kiev, en leur imprimant une idéologie de droite et des sentiments nationalistes. Des symboles nazis ont été ouvertement affichés à Maidan et des slogans nazis entendus assez souvent. La frange "démocratique" du mouvement n'a pas pu contrecarrer une telle hégémonie des droites, qui ont réussi à prendre la direction de Maidan. La véritable force était de leur côté. Des escouades bien entraînées de néo-nazis, à qui étaient fournies des armements et des munitions militaires, ont servi de troupes de choc. En dépit du fait que les manifestations aient commencé sous des slogans "pro-européens", les ultra-droites n'ont dès le début pas fait mystère de leur hostilité aux "valeurs européennes", et les rejetaient publiquement dans leurs discours et articles.

    Le fait que beaucoup d'observateurs européens aient préféré ignorer ou minimiser cette hégémonie des droites extrêmes à Maidan n'a fait qu'aggraver l'ensemble de la situation. Une telle position était perçue comme une bénédiction légitimant toutes les actions d'extrême-droite.

    Ainsi, comme résultat de tout cela nous avons eu la désastreuse montée de la violence dans les rues de Kiev, les affrontements de groupes armés et les morts - partisans comme opposants de Maidan. Ceci a amené l'effondrement du régime de Ianoukovitch. Néanmoins, comme nous l'avions annoncé, ce sont les ultra-droites qui en ont principalement tiré profit. Elles ont pris de facto le pouvoir dans de nombreuses régions du pays, en y établissant les conditions pour qu'aucune force socio-politique ne puisse vraiment s'y confronter à elles.

    Nous observons en conséquence un changement des élites au pouvoir, mais les intérêts d'ensemble de la classe dominante restent intouchés. Le changement n'a donc pas conduit à de réelles réformes démocratiques dans l'intérêt du plus grand nombre. La situation est à présent en train de se précipiter et l'effondrement de l'économie ukrainienne semble imminent. La monnaie ukrainienne se dévalue à toute vitesse, menaçant des millions de personnes de pauvreté. Le nouveau régime n'a pas assez de trésorerie pour assurer les dépenses publiques élémentaires. Il négocie donc avec le FMI, l'UE et les USA pour obtenir de nouveaux prêts, qui lui seront accordés sous condition de totalement démanteler les derniers restes d'acquis sociaux et d'augmenter les prix des services publics, de l'électricité ou du gaz. Pire encore, l'Union européenne demande à l'Ukraine d'ouvrir son marché intérieur ce qui conduira à complètement déstabiliser l'économie locale, qui ne peut pas survivre sans certaines mesures protectionnistes.

    Ce cours des choses associé avec les violents affrontements dans l'Est du pays pourrait conduire au démantèlement des fondements même de l’État et à l'écroulement économique et politique complet du pays, amenant à son tour l'explosion de la terreur d'extrême-droite. Une telle perspective semble bien réelle en Ukraine, et peut survenir y compris dans un futur très proche. Nous pensons que le nouveau régime va utiliser des escadrons paramilitaires d'extrême-droite pour écraser la contestation sociale et les résistances individuelles parmi les citoyens ordinaires.

    Dans de telles circonstances, la seule alternative est la construction immédiate et active d'un mouvement progressiste et antifasciste de masse ; la création d'un sujet politique qui devienne une base d'opposition au régime de droite et puisse organiser les personnes mécontentes et en colère contre les mesures antisociales néolibérales.

    D'autre part, la "révolution" de droite en Ukraine est aussi un signal d'alarme pour toutes les forces démocratiques et antifascistes d'Europe. Les évènements actuels révèlent clairement qu'en temps de crise économique, la montée incontrôlée de l'extrême-droite ouvre la voie à sa prise de pouvoir. Et une telle perspective est encore plus dangereuse lorsque nous tentons de la sous-estimer.

    Andrew Manchuk 


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  • Communiqué n°4 de l'union “Borotba” et du Centre de Résistance Antifasciste 

     http://borotba.org/communique_4_of_the_borotba_union_and_centre_of_anti-fascist_resistance.html

    Le gouvernement des ultralibéraux et des nazis 

    small bg iwqnxsiizuq jpg 1 jpg 1Notre pays va faire face à une dure crise économique - clairement, il est au bord de l'effondrement économique total, de l'hyperinflation et de la paupérisation de masse. Dans ces circonstances, la classe dominante va miser sur les paramilitaires nazis en leur désignant comme une sorte de bouc émissaire les ‘moskali’ (terme péjoratif pour les Russes) et les ‘titushki’ (terme péjoratif pour les partisans de l'ancien gouvernement). Par conséquent, les ‘patriotes’ vont déchaîner une guerre totale contre ceux-ci. C'est pourquoi la lutte antifasciste doit être la première des tâches aujourd'hui.

    Récemment, le nouveau gouvernement a été présenté en Ukraine. À sa tête, le Premier ministre Iatseniouk l'a qualifié lui-même de "gouvernement kamikaze". Il restera en place jusqu'aux élections prévues pour le 25 mai. Il va simplement accepter les conditions prédatrices du FMI et immédiatement tomber victime du crash économique qui s'ensuivra. C'est une bonne raison pour que les figures-clés de l'opposition libérale-nationaliste n'entrent pas dans ce gouvernement. Cependant, comme nous l'avons déjà dit, ce gouvernement "kamikaze" est déjà totalement sous contrôle de la coalition des ultra-libéraux et des néo-nazis. Les postes de Vice-Premier ministre et un ministère ont été donné à des membres de "Svoboda" (Sych et Mochnyk). "Mieux" encore, S. Kvit, nazi assumé et ancien cadre de l'organisation nazie "Trident de Stepan Bandera" a obtenu le Ministère de l’Éducation... Lorsqu'il était à la tête de l'Académie de Kiev-Mohyla, il était cordialement détesté par tous les étudiants progressistes. Le poste de directeur adjoint du Conseil de Sécurité et de Défense Nationale a été confié au leader de l'ultranationaliste "Secteur Droit" (Pravy Sektor), A. Yarosh.

    ukraine 0220Le régime putschiste a révélé son caractère autoritaire et semi-fasciste. Des lois d'interdiction des activités du Parti communiste ont récemment été proposées au Parlement.

    Et encore plus probablement, une telle interdiction serait une couverture légale pour les activités criminelles des gangs néo-nazis, voués à tuer des communistes et à déchaîner des pogroms. Le Président de fait A. Turchynov a convoqué les journalistes et leur a indiqué la manière de couvrir ‘correctement’ les évènements. Les journalistes déloyaux au nouveau pouvoir reçoivent des menaces des gangs néo-nazis.

    Des militants armés du Secteur Droit et d'autres gangs nazis ont déferlé sur les régions du sud-est de l'Ukraine. Ils cherchent à y prendre le pouvoir par la violence, contre la volonté de la majorité de la population.

    Des provocations ont aussi eu lieu en Crimée. Nous avons vu une mobilisation de nationalistes tatars et d'islamistes radicaux[1]. Dans le même temps, des organisations nationalistes russes se préparent à déclarer le rattachement de la Crimée à la Russie. Des personnes non-identifiées se sont emparées du Parlement criméen[2]. Nous sommes convaincus que la grande majorité des Criméens sont suffisamment raisonnables et peuvent efficacement organiser la résistance aux envahisseurs fascistes [nationalistes ukrainiens] sans pour autant marcher dans les provocations et transformer la péninsule de Crimée en zone de violences ethniques.

    Par conséquent, dans ce contexte de mobilisation de masse, les activistes de ‘Borotba’ et du Centre de Résistance Antifasciste posent les mots d'ordre suivants :

    - Ne pas défendre l'ancien régime déchu mais construire l'auto-organisation populaire.

    - Ne pas attiser les conflits ethniques et linguistiques mais défendre les valeurs de l'internationalisme et de l'amitié entre les peuples.

    - L'unique solution à la crise engendrée par les oligarques, les officiels et les politiciens est de créer une société socialiste.

    Suite à l'annonce de la mobilisation antifasciste, nous avons reçu des centaines de lettres nous offrant assistance et participation active. Notre centre ne pourra hélas répondre à tout le monde en même temps, mais nous contacterons tout le monde et essayerons d'impliquer tout le monde dans notre cause commune.

    Aujourd'hui nos camarades dans toute l'Ukraine mènent l'agitation par les moyens tactiques de l'action clandestine : inscriptions sur les murs, tracts, affiches etc. Nous enverrons à toutes les personnes souhaitant nous aider tout le nécessaire pour mener l'agitation.

    Rejoignez la Lutte !

          Pays-de-l-Est 0110Pays-de-l-Est 0141



    Déclaration de ‘Borotba’ sur la récente campagne de diffamation contre les antifascistes en Ukraine

    http://borotba.org/statement_of_the_union_borotba_over_recent_smear_campaign_against_anti-fascists_in_ukraine.html

    Ainsi, nous y voilà encore une fois. Les vieilles disputes dépassées se poursuivent en Ukraine malgré l'effondrement en cours du pays. Deux de ce qu'il faut bien appeler des sectes marginales "de gauche" en Ukraine, alors que le coup d’État fasciste et la terreur d'extrême-droite font rage dans les rues, tentent d'attaquer les forces de gauche et les organisations de la résistance antifasciste [NDLR en effet... et nous qui croyions que c'était une attitude typiquement "française" !] : http://avtonomia.net/2014/03/03/statement-left-anarchist-organizations-borotba-organization [ici en français : http://tendanceclaire.npa.free.fr/contenu/autre/contre-borotba.pdf]

    Ce n'est pas la première fois et les chiens peuvent bien aboyer, la caravane passe.

    En dépit de l'inconsistance de cette déclaration contre ‘Borotba’, nous devons éclaircir certains faits. L'affirmation que "Borotba ne fait pas partie de notre mouvement" est vraie par certains aspects. Nous ne faisons pas partie de leur mouvement qui a tenté de collaborer avec les forces nazies et d'extrême-droite qui dominaient le mouvement EuroMaidan. Nous ne faisons pas partie d'un mouvement qui - comme toutes ces petites sectes - a tenté de dissimuler ses idées "de gauche" à EuroMaidan et en réalité, n'a fait qu'aider à mettre au pouvoir des nazis et rien d'autre qu'une autre clique d'oligarques acceptant les recommandations du FMI et les mesures d'austérité.

    borotba antifascistNous ne faisons pas partie d'un mouvement aujourd'hui à la remorque de sentiments cléricaux, conservateurs et réactionnaires. Les signataires de la déclaration-diffamation prétendent être anti-conservatrices tout en appuyant en même temps la protestation nationaliste, cléricale et antisémite d'EuroMaidan. Certains ont carrément donné dans l'intoxication patriotique, prêts à s'enrôler dans l'armée et ainsi à défendre la junte nazie et ses oligarques[3]. Nous sommes tout juste 100 ans après le début de la Première Guerre mondiale, et nous nous retrouvons encore une fois dans la même situation[4].

    Nous ne faisons pas partie d'un mouvement qui prend position en fonction des directives données par les ONG. Nous ne faisons pas partie d'un mouvement qui tente de dissimuler les symboles de gauche et les mots d'ordre sociaux dans la situation actuelle. Nous ne faisons pas partie d'un mouvement qui verse dans l'hystérie patriotique et nationaliste qui submerge le pays. Nous ne faisons pas partie d'un mouvement qui défend un coup d’État au profit de nazis, d'oligarques et du FMI. Nous ne faisons pas partie d'un mouvement qui essaye de diminuer le rôle des nazis à EuroMaidan ou carrément de les effacer des images alors que même les médias mainstream occidentaux montrent les paramilitaires d'extrême-droite sillonnant les rues :

    http://www.bbc.com/news/world-europe-26394980

    http://www.bbc.com/news/world-europe-26398112

    En bref, nous ne faisons pas partie d'un mouvement qui n'a rien en commun avec l'identité de gauche et antifasciste. Pour autant, nous sommes et avons toujours été une organisation de gauche et antifasciste. Nous rejetons tout autant l'ancien régime de Ianoukovitch que le nouveau gouvernement d'extrême-droite. Nous rejetons les interférences russes et occidentales dans les affaires de l'Ukraine au même titre que l'intoxication militariste patriotique répandue par le nouveau gouvernement.

    pictureNous campons fermement sur nos positions de gauche, sous les attaques des boneheads, des nationalistes d'extrême-droite du "Secteur Droit" et des paramilitaires de Svoboda. Notre local à Kiev a récemment été pillé et dévasté. Nos membres sont victimes de la violence d'extrême-droite. Des militant-e-s de ‘Borotba’ sont obligé-e-s de se cacher pour poursuivre leur lutte antifasciste. Dans une telle situation, les communiqués diffamatoires ont des relents de délation au service de l'extrême-droite.

    Sur les récents éléments de Kharkiv [ville de l'Est du pays] (1er mars 2014), nous devons aussi éclaircir les faits suivants. Il y avait un rassemblement de masse de différentes forces opposées à EuroMaidan. Les gens ont décidé de libérer l'immeuble de l'administration régionale occupé depuis quelques temps par des partisans d'EuroMaidan. Après des négociations, la grande majorité d'entre eux a accepté de quitter le bâtiment. Certains militants, pour la plupart du "Secteur Droit" mais aussi quelques libéraux, ont refusé d'obéir à la décision de la majorité des EuroMaidans et décidé de rester à l'intérieur. Les militant-e-s de ‘Borotba’ ont participé au rassemblement de masse devant l'immeuble, en menant l'agitation sur une base antifasciste et internationaliste, ce qui leur a valu les critiques de certains pro-russes présents. Le rassemblement s'est rué à l'assaut de l'immeuble après que quelqu'un ait lancé une grenade assourdissante dans la foule. Celle-ci a alors fait irruption à l'intérieur et capturé les militants du "Secteur Droit" et les quelques libéraux restés avec eux (dont le poète Serhiy Zhadan). Ont alors suivi des tentatives de lynchage par la foule surexcitée. Les militant-e-s de ‘Borotba’ ont tenté d'empêcher par tous les moyens le lynchage des EuroMaidans capturés. Ainsi, les accusations contre ‘Borotba’ sont non seulement dénuées de fondement mais aussi d'une hypocrisie totale, de la part de ceux qui ont tenté d'ignorer les lynchages d'opposants régulièrement pratiqués par les partisans d'extrême-droite d'EuroMaidan à Kiev et dans d'autres villes. Toutes les accusations contre Borotba ne sont que pure calomnie de la part d'une poignée de groupuscules et d'individus pro-nationalistes.

    Nous suivons fermement une ligne internationaliste, antifasciste et de classe comme notre position de base. Nous sommes aussi bien contre le nationalisme russe que contre son congénère ukrainien, qui ne servent l’un comme l’autre qu'à diviser les travailleurs et à faciliter le pillage du pays. Nous ne soutenons pas plus les organisations nationalistes russes que les ukrainiennes. Toute la campagne de diffamation contre notre organisation, menée par les groupes d'extrême-droite et reprise par de soi-disant groupes "de gauche", ne nous empêchera pas d'organiser la résistance antifasciste.

    No Pasaran ! 

    Ni dieux, ni maîtres, ni nations ni frontières ! 

    Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! 

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    Et nous ajouterions volontiers : À bas le gaucho-opportunisme, surtout quand il vient donner des leçons ! 

    L'Ukraine, nous l'avons déjà dit, semble malheureusement s'acheminer vers un scénario à la yougoslave-années-1990, c'est-à-dire un "billard à trois bandes" : les "cosaques" et autres nationalistes pro-russes dans le rôle des néo-tchetniks serbes, les nationalistes néo-nazis "ruthènes" de l'Ouest dans le rôle des néo-oustachis croates (avec leurs "alliés"-cocus musulmans tatars, chargés d'aller au casse-pipe en Crimée)... et entre les deux, les antifascistes et anti-nationalistes dont SEULS les plus DROITS DANS LEURS BOTTES parviendront à traverser la tempête qui s'annonce et à incarner le chemin de l'avenir ; comme le Partija Rada en Yougoslavie à l’époque !

    Que le souffle de Lénine se réveille, face à des chauvinismes ukrainiens et russes devenus fous !

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    [1] SLP précise que quelle que soit l'idéologie des représentants de cette communauté, nous sommes avant tout très inquiets de son sort possible, en tant que minorité musulmane de l'ordre de 12% de la population parmi une ultra-majorité nationaliste russe-orthodoxe.

    [2] Nous ignorons la date exacte de ce communiqué, mais l’on sait désormais qu'il s'agissait de nationalistes russes "cosaques" et "rattachistes" qui ont d'ailleurs hissé le drapeau russe sur le toit du bâtiment, précédant de quelques heures l'invasion militaire de Moscou.

    [3] Le NPA a donné la parole le mois dernier à ses cousins de l'"Opposition de Gauche" trotskyste, sur leur ligne internationale classique d'angélisme total vis-à-vis des oppositions au régimes despotiques pro-russes (cf. Syrie etc.), comme si n'existait pas aussi un bloc impérialiste "atlantique" et des expansionnismes locaux (saoudien-qatari-turc et maintenant polonais voire roumain) prêts à cautionner les pires saloperies réactionnaires (égorgeurs djihadistes et maintenant néo-nazis) pour transformer la légitime contestation en guerre de conquête à leur profit. Certes, et personne ne va le nier (ni nous ni Borotba ni même la déclaration des organisations russes communistes et de gauche), il y avait sur la place Maidan des aspirations sincèrement démocratiques et sociales, le régime Ianoukovitch (de droite, oligarcho-mafieux, bref "à la Poutine") n'étant ni l'un l'autre... Mais à un moment donné, il faut comprendre le concept d'hégémonie et lorsque l'hégémonie est réactionnaire et fasciste, il faut en tirer les conclusions qui s'imposent : on peut continuer à soutenir les aspirations populaires mais alors, pour clairement les arracher (au moins en partie) aux griffes des fascistes et de la pire droite (cf. notre position sur les "Bonnets rouges" bretons), pas en faisant comme si de rien n'était, en minimisant les forces réactionnaire et/ou en dissimulant son identité révolutionnaire en espérant que le "déclic" se fasse tout seul dans les masses. Nous-mêmes avons publié un entretien avec des antifascistes anarchistes présents sur Maidan et, si nous n'avons pas tilté sur le moment, le fait de dire tranquillement comme si de rien n'était que les nationalistes/nazis représentent "environ 30% des manifestants" nous semble assez hallucinant...

    [4] Borotba fait certainement allusion là à "l'Union sacrée" d'une grande partie de la gauche radicale de l'époque avec le militarisme impérialiste. Dans l'Empire russe, la guerre contre l'Allemagne et l'Autriche fut soutenue par une grande partie des anarchistes, des socialistes-révolutionnaires, des menchéviks et autres "populistes", Pierre Kropotkine en tête.

     


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  • Après le triomphe de la "révolution" réactionnaire EuroMaidan, la réaction prévisible du Kremlin ne s'est pas faite attendre et la Russie est intervenue en appui aux sécessionnistes pro-russes de Crimée (où elle possède déjà la base navale essentielle de Sebastopol), selon un procédé désormais éprouvé dans les anciennes républiques soviétiques (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie, Karabakh occupé par l'allié arménien en Azerbaïdjan etc.). La Russie et l'Ukraine (soutenue par les États-Unis, l'UE, les sept autres membres du G8 etc.) sont donc EN GUERRE et, comme le signalent tous les commentateurs, nous voilà renvoyés à une situation bien oubliée et considérée comme "impensable" depuis la fin de la Guerre froide et la "Fin de l'Histoire" proclamée alors. Voilà où nous mènent les contradictions inter-impérialistes, aiguisées à l'extrême par la  crise générale terminale du capitalisme !

    Notre rôle de média d'information révolutionnaire est de vous faire partager les déclarations des forces révolutionnaires de là-bas. Voici deux déclarations, l'une d'Ukraine et l'autre de Russie :


    Déclaration de l'organisation communiste ukrainienne Borotba (25 février)


    Voici une déclaration de l'organisation marxiste ukrainienne Borotba ("Lutte"). Borotba est issue de la fusion de plusieurs petits groupes : la majorité de l'Organisation des Marxistes d'Ukraine, anciens membres de l'Union de la Jeunesse communiste léniniste (organisation de jeunesse du PC ukrainien), des membres de la “Jeunesse contre le capitalisme”, l'Union des Travailleurs de toute l'Ukraine, l'Association de Jeunesse “Che Guevara” ainsi que d'autres organisations et individus.

    borotba antifascistNote SLP : Nous précisons que cette déclaration a été faite AVANT que la situation ne franchisse un nouveau cap avec l'intervention russe en Crimée et la sécession de fait de cette région (27-28 février). Le nécessaire antifascisme à affirmer contre les néonazis de l'Ouest (Svoboda et consorts) doit désormais faire attention à ne pas tomber dans les mailles du chauvinisme impérial grand-russe, qui mobilise plus qu'à son tour en invoquant le souvenir de la Guerre patriotique antifasciste (1941-45) contre les menées occidentales et les nationalismes d'Europe de l'Est (qui ont effectivement tous collaboré avec le nazisme à l'époque et s'en réclament sans complexe aujourd'hui), présenté-e-s comme la nouvelle Allemagne nazie ; ce qui n'empêche pas les antifascistes russes d'être régulièrement assassiné-e-s par les ultra-nationalistes fanatiques de la "Sainte Mère Russie" (1 - 2). En Crimée, les références de la "Garde cosaque" épaulant l'Armée russe sont bien moins du côté de la Révolution bolchévique de Lénine que des Armées blanches de Denikine & co qui la combattaient, et qui parfois se reformeront 20 ans plus tard... pour s'allier avec la Wehrmacht. La vigilance doit vraiment être extrême, et Borotba y fait rapidement allusion dans son dernier paragraphe. Les forces communistes et révolutionnaires d'Ukraine comme de Russie ne doivent pas, par exemple, se retrouver associées à d'éventuels massacres qui frapperaient la minorité tatare de Crimée (qui voit à tort ou à raison dans "l'Europe" un espoir d'améliorer sa condition, et soutient donc la "révolution" de Kiev). Les masses progressistes d'Ukraine et de Russie doivent s'unir dans un même rejet et un même défaitisme révolutionnaire face à deux chauvinismes ("petit-russe"/"novorusse" et ruthène) également odieux, réactionnaires et ennemis de tous les peuples qui n'aspirent qu'à vivre libres en travaillant, dans la fraternité entre peuples libres ; deux chauvinisme qui sont maintenant à deux doigts de mener l'Europe entière au bord du gouffre. En Russie, quelques centaines de personnes auraient manifesté contre l'escalade militariste à Moscou et Leningrad-débaptisée (elles ont été aussitôt arrêtées) ; nous ignorons la composition politique de ces cortèges (libéraux bourgeois ? opposition de gauche à Poutine ? les deux comme dans les grandes mobilisations de 2012 ?). 

    Ci-dessous (après Borotba) la déclaration d'un ensemble de forces communistes (marxistes et libertaires) de Russie sur les évènements.

    Pays-de-l-Est 0110

    Voir aussi :  Borotba Communiqué #3

    Comme l'avait prédit "Borotba" dès novembre-décembre, la victoire de Maidan a conduit au pouvoir un bloc ultralibéral-nazi. La composition approximative du nouveau gouvernement, récemment publiée, ne fait que prouver nos conclusions.

    Le futur Premier ministre Arseni Iatseniouk, dont la candidature a été activement soutenue par les bureaucrates de l'UE, a déclaré : "Le monde occidental va nous aider à sortir de la crise... Nous demandons une aide immédiate de nos partenaires européens. Le programme du FMI sera remis en marche immédiatement".

    ukraine brulage de drapeauxNous rappelons que les recommandations du FMI sont l'augmentation des taxes sur la population, les prix au niveau des cours mondiaux, la réduction des prestations sociales et l'accélération des réformes néolibérales. La déclaration de Iatseniouk signifie que le nouveau gouvernement va écouter la voix des institutions financières internationales et non celle du peuple.

    La participation au nouveau gouvernement de figures symboliques comme Viktor Pinzenyk, "père spirituel" et "garde-chiourme" des privatisations-cambriolage, montre la voie politique économique du nouveau gouvernement : capitalisme libéral maximal et État social minimal.

    Les forces nationalistes prétendent activement à l'hégémonie culturelle sur le nouveau gouvernement. Il est significatif que la possible candidate au poste de Ministre de l’Éducation soit Irina Farion de “Svoboda”, connue pour ses conceptions nazies, en particulier pour appeler à la criminalisation de l'usage de la langue russe. 

    Pour tout cela, le nouveau gouvernement libéral-nationaliste présente un caractère de classe hostile à la population laborieuse du pays.

    2Les informations sur l'inclusion dans le SBU et le Ministère de l'Intérieur de leaders des structures ouvertement nazies du "Secteur Droit", les tentatives de bannir les activités communistes, les pressions sur les médias "indésirables" illustrent sans ambigüité le caractère répressif et antidémocratique du nouveau gouvernement.

    “Borotba” soutient les actions antifascistes spontanées dans les villes du Sud-Est de l'Ukraine et déclare que ses membres participeront activement à ces actions. Après la chute de Ianoukovitch, ces actions n'ont plus le caractère de soutien à son gouvernement. En même temps, nous devinons que l'influence des forces nationalistes russes dans ces mobilisations est très forte et nocive. Les forces saines du peuple ne peuvent être unies que sur les principes de l'internationalisme et de l'amitié entre les nations, et non sur l'opposition des peuples en fonction de la nationalité, de la langue ou de la religion.

    ********************************************************************************* 

    Déclaration des forces de gauche, communistes et anarchistes de Russie sur les évènements en Ukraine


    La déclaration suivante a été publiée le 26 février [donc encore une fois avant l'intervention russe en Crimée NDLR ; et clairement même remarque que plus haut] par un ensemble de forces communistes, de gauche et anarchistes de Russie.

    200583937La politique menée de longue date par les gouvernements bourgeois d'Ukraine, ainsi que la crise économique globale, ont engendré des conditions de vie intolérables pour la majorité de ses habitants. Durant la dernière moitié du régime de Ianoukovitch, une grande partie de la solution aux problèmes économiques était promise au travers de l'intégration européenne. Le soudain abandon des plans annoncés a provoqué un large mécontentement et des actions. Le processus était interclassiste et très largement spontané. Un mouvement nationaliste a été utilisé par l'opposition libérale comme troupe de choc dans la rue, et dès lors la nature de la contestation a acquis des traits anticommunistes et même clairement fascistes.

    Le nouveau gouvernement recourt à la force exactement comme la bureaucratie de Ianoukovitch avant lui, incapable d'entendre les besoins du peuple et de répondre à ses problèmes urgents. Les impérialismes russe comme occidental n'éprouvent aucune réelle sympathie pour le Peuple ukrainien et ne font que profiter de la situation à leur avantage. Ils tentent d'y obtenir un gain financier et (dans le cas de l'Occident) de créer le chaos aux frontières de la Russie. Toutes ces forces ne cherchent qu'à vivre sur le dos du peuple et le feront secrètement ou ouvertement.

    La fureur anticommuniste et anti-russe, affront à notre passé soviétique commun, est la principale caractéristique de l’État nationaliste qui émerge à présent. Les informations concernant les pogroms contre les sièges du Parti communiste et d'autres partis de gauche, les violences contre des communistes et des activistes syndicaux ordinaires, la démolition des monuments de Lénine montrent clairement que la régression fasciste auparavant observée dans les Pays baltes et en Europe a maintenant submergé l'Ukraine sœur.

    4376201 3 43d1 soldat-russe-sur-un-vehicule-blinde-a d8dbacNous, signataires de gauche, communistes et anarchistes de la présente déclaration, protestons et demandons qu'il soit mis fin à la persécution de nos camarades. Nous appelons tous les citoyens d'Ukraine, par tous les moyens à disposition, à exprimer leur défiance envers le Parlement ukrainien, à organiser la communauté et les forces laborieuses pour créer des groupes d'auto-défense, des gouvernements populaires locaux et autres instruments conséquents de la volonté populaire. Nous appelons tous les citoyens de Russie à être prêts à secourir directement le Peuple ukrainien, et à prendre contact avec les quartiers-généraux antifascistes en solidarité avec l'Ukraine*

    Nous appelons les partis communistes et de gauche et les organisations antifascistes autour du monde à faire pression sur leurs gouvernements pour empêcher l'établissement d'un régime fasciste en Ukraine.

    Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

    Signé par :

    Association inter-régionale des communistes
    Union communiste de la Ville de Moscou
    Parti communiste des Travailleurs de Russie (CPSU-EIF)
    Académie Fondation du Travail
    Parti révolutionnaire des Travailleurs
    Mouvement des Communards
    Nouvelle Gauche
    Union de la Jeunesse communiste
    Front de Gauche
    Ligue de la Jeunesse communiste révolutionnaire
    L'Autre Russie
    Action individuelle socialiste révolutionnaire
    Institut de la Globalisation et des Mouvements sociaux
    Groupe d'initiative pour le référendum de responsabilité du gouvernement (IGPR CALL)
    Avant-Garde de la Jeunesse rouge - Russie du Travail (AKM -TR) (soutien partiel)
    Institut de l'Innovation et du Développement
    Fonds "le nouveau système politique"
    “Kolomna bush”
    Parti communiste de toute la Russie (bolchévik)  - VKP(b)
    Pravda.Info
    Red TV
     

    [* Cette déclaration donne une bonne illustration de la complexité de la crise ukrainienne. Néanmoins, on y sent selon nous pointer le chauvinisme de grande nation nettement plus que dans celle de Borotba (qui forcément, eux, sont ukrainiens). Il faut faire très attention : maintenant que l'impérialisme russe est passé militairement à l'action en dénonçant la "prise de pouvoir fasciste" à Kiev, comme si le régime de Moscou n'avait pas lui-même toutes les caractéristiques d'un régime "fasciste du 21e siècle" (ce qui lui vaut d'ailleurs l'admiration de tous les intellectuels fascistes ici), la CONFUSION va être omniprésente là-bas entre véritable résistance antifasciste (contre Svoboda & co) et mercenariat du Kremlin. Il y a une pointe d'indécence, même pour les plus sincères révolutionnaires et progressistes russes, à prétendre "voler au secours" des antifascistes ukrainiens qui n'ont rien demandé ni attendu pour se confronter à Svoboda et au "Pravy Sektor" (la milice néonazie), y compris au sein même de la contestation de Maidan qui, par bien des aspects, était justifiée d'un point de vue populaire et progressiste. La plus grande vigilance est de mise. Ce qui sous-tend toute la crise en cours est la contradiction inter-impérialiste entre un bloc occidental Europe de l'Ouest/Amérique du Nord et l'impérialisme russe, qui défend son "étranger proche" (ainsi parle-t-on là-bas des anciennes républiques soviétiques). La place des révolutionnaires et des progressistes n'est pas aux côtés d'un camp impérialiste contre un autre ; et les "Cosaques" de Crimée ou du Donbass ne valent pas mieux que les nostalgiques du IIIe Reich de Galicie et Volhynie.]


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  • UkrainLa situation en Ukraine vient de franchir un nouveau seuil de violence (60 à 80 mort-e-s au cours des derniers jours) qui semble conduire le pays au bord de la guerre civile réactionnaire. L’enjeu – le même depuis 10 ans – est son appartenance à l’orbite impérialiste russe (comme la Biélorussie voisine par exemple) ou à celle de l’Union impérialiste (ouest-) européenne, notamment de l’Allemagne qui y a toujours vu une partie ‘naturelle’ de son Lebensraum, son espace vital’ (tout du moins) économique – d’où, par exemple, l’affaire montée en épingle (par Goebbels et le groupe de presse philo-nazi Hearst) de la ‘famine’ ukrainienne au début des années 1930. Plus largement, elle est aujourd'hui une pièce maîtresse (46 millions de producteurs et de consommateurs !) du "Grand Échiquier", cette théorie consistant, après la chute de l'URSS, à en dépecer les restes (voire, en dernier lieu, la Russie elle-même !) au profit des impérialismes occidentaux, afin d'empêcher à tout prix la constitution d'une superpuissance russe sur l'"Eurasie". L'Union européenne exerçant une fascination certaine sur les peuples voisins qui n'en font pas partie, elle est évidemment mise à contribution comme "mirage mobilisateur", alors même qu'elle est en crise terminale et que les années qui lui restent sont - sans aucun doute - comptées.

    Le camp pro-russe s’étend du ‘Parti des Régions’ (droite oligarcho-mafieuse) du président en place Yanoukovitch jusqu’au Parti ‘communiste’ refondé en 1993 et nostalgique du social-impérialisme soviétique – dont la prose est évidemment relayée par tout le ‘révisio-campisme’ international de la mouvance PTB-KKE-‘Solidarité internationale PCF’ et compagnie. Il a ses bastions dans l'Est (région de Donetsk, Kharkov etc.) et le Sud (côtes de la Mer Noire, notamment Crimée) du pays.

    Mais le camp pro-européen, lui, s’il s’est offert les services de BHL et compte effectivement des forces social-démocrates ou social-libérales (Parti socialiste d'Oleksandr Moroz etc.) ou encore libérales-démocrates comme l'Alliance démocratique de l'ancien boxeur Vitali Klitchko, s’avère désormais très clairement dominé par des nationalistes d’extrême-droite extrêmement virulents et dangereux. Ils sont pour la plupart originaires de l’Ouest du pays, la partie qui n’a pas été soviétique (mais polonaise, ou tchécoslovaque) de 1920 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, et avait donc servi de base de repli à tous les nationalistes anticommunistes comme les pogromistes de l’hetman Petlioura (responsables de la mort d’une centaine de milliers de Juifs, justice fut faite à Paris par le révolutionnaire Samuel Schwartzbad en 1926). Par la suite, ce nationalisme réactionnaire évoluera vers le pro-nazisme avec Stepan Bandera et servira massivement d’auxiliaire slave au IIIe Reich pendant sa guerre d’extermination en Europe de l’Est, avec la Légion ukrainienne, la division SS Galicie, les Hiwis auxiliaires volontaires de l’extermination des Juifs, des Rroms, des communistes et de bien d'autres crimes, etc. Il poursuivra même la guérilla anti-soviétique pendant plusieurs années après la guerre, appuyé cette fois-ci par le ‘monde libre’ sans le moindre état d'âme.

    Voilà donc de quels monstres la course à la guerre pour le repartage impérialiste du monde permet la résurgence, comme troupes mercenaires. Il y en a déjà et il y en aura à l’avenir beaucoup d’autres, dans tous les camps en présence (impérialisme US comme Russie, France ou Allemagne comme Chine) : si les énergumènes de la place Maïdan sont violemment indépendantistes et anti-russes, il y a en Russie une très puissante extrême-droite qui, si elle peut être en bisbille avec Poutine, voit en tout cas en Kiev le ‘berceau de la Russie’ un peu comme le Kosovo pour les fascistes grand-serbes, et certainement pas un pays indépendant. Ils ne sont donc pas franchement les amis des néo-bandéristes ukrainiens, sans être pour autant plus recommandables. Il ne sera évidemment pas question dans les pages de Servir le Peuple de ‘campisme’ ni d’anti-impérialisme/antifascisme à sens unique. En Ukraine même, des militants anarchistes locaux (qui semblent sur une ligne ni-ni à penchants pro-opposition) font état, du côté du pouvoir pro-russe de Yanoukovitch, d'escadrons de la mort et d'autres forces antipopulaires guère plus sympathiques que les nostalgiques de la collaboration avec le nazisme [*]. D'ailleurs (à toute chose malheur étant bon), ce dossier ukrainien intervient à un moment où la ligne "eurorussiste" [pour un fascisme identitaire européen incluant et même célébrant la Russie mais refusant l'"eurasisme" de Douguine, c'est-à-dire les alliances chinoise et asiatiques, iranienne, arabe et "tiers-mondistes" en général] a plus ou moins acquis l'hégémonie sur le fascisme hexagonal et ouest-européen ; et il est plutôt agréable de voir ses tenants s'arracher les cheveux, entre leur demi-dieu Poutine d'un côté et, de l'autre, des national-fascistes arborant fièrement le drapeau européen bleu étoilé et souhaitant rejoindre l'Europe-puissance (l'intellectuel organique Guillaume Faye, lui, a finalement tranché en faveur de Poutine et du pouvoir pro-russe).

    2Mais les fascistes qui, face aux forces de sécurité, mettent en ce moment même Kiev à feu et à sang font l’actualité et, dans le même temps, guère d’efforts pour se cacher ; ce qui au demeurant en dit long sur de quoi sont capables (qui sont capables de soutenir sans honte) les impérialistes ouest-européens en crise terminale et aux abois, au moment même où en Centrafrique semble se profiler un nouveau Rwanda. Ils nous offrent donc une ‘belle’ et – surtout – massive illustration de notre propos.

    Il est intéressant et important de dire cela, car la mouvance antifasciste des pays occidentaux tend peut-être parfois à ‘prendre le problème à l’envers’ : ce n’est pas le fascisme qui engendre la guerre, c’est la tendance mondiale à la guerre qui sécrète le fascisme comme forme politique adaptée à ses besoins ; fascisme qui va dans un premier temps ‘pulluler’ sous de multiples formes jusqu’à ce que tant la volonté des pouvoirs dominants que les évènements eux-mêmes procèdent à une ‘sélection naturelle’, seules survivant les formes les plus ‘efficaces’.

    ‘Efficacité’ qui consiste, bien entendu, à massacrer par milliers des personnes du peuple qui n’aspirent qu’à vivre leur vie en paix, et à terroriser toutes personnes organisées porteuses d’une perspective progressiste d’avenir. Ces personnes – est-il utile de le rappeler – existent en Ukraine comme dans tous les ‘pays de l’Est’ et, face à l’omniprésence des forces réactionnaires terroristes, sont depuis longtemps organisées pour leur autodéfense antifasciste.

    Des antifascistes nord-américains leur ont donné la parole, entrevue traduite par l’AA Paris Banlieue et reprise sur le site Coutoentrelesdents :

    Interview de l’Action Antifasciste Ukraine


    Sascha, Andrei et Mira sont membres de l’Union Antifasciste Ukrainienne, un groupe qui surveille et combat le fascisme en Ukraine.

    Nous nous sommes assis pour parler de l’influence du fascisme sur EuroMaidan, voilà ce qu’ils m’ont dit :

    Sascha : Il y a beaucoup de Nationalistes ici, dont des nazis. Ils viennent de toute l’Ukraine, et ils représentent environ 30% des manifestants.

    Mira : Les deux plus gros groupes sont Svoboda et Pravy Sektor (Secteur Droit ou "de Droite"). Les forces de défense ne sont pas à 100% du Pravy mais beaucoup le sont.

    S : Svoboda est un groupe légal, mais ils ont aussi une faction illégale. Pravy Sektor est plus illégal, mais ils veulent prendre la place de Svoboda.

    M : Il y a beaucoup de querelles entre Pravy et Svoboda. Ils ont travaillé ensemble pendant les violences, mais maintenant que tout est calme ils ont le temps de se focaliser les uns sur les autres. Pravy et Svoboda reçoivent tous les deux des dons et ils ont beaucoup d’argent.

    Pravy a récemment eu de tout nouveaux uniformes, des treillis militaires. L’une des pires choses est que Pravy a sa structure officielle. Ils sont coordonnés. Tu as besoin de laissez-passer pour aller sur certaines places. Ils ont le pouvoir de donner ou de ne pas donner la permission aux gens d’être actifs. Nous essayons d’être actifs mais nous devons éviter les nazis, et je ne vais pas demander la permission à des nazis !

    S : Un groupe de 100 anarchistes a essayé d’organiser leur propre groupe d’autodéfense, différents groupes anarchistes sont venu ensemble pour un meeting sur le Maidan. Pendant qu’ils faisaient leur meeting, un groupe de nazis est arrivé en plus grand nombre, ils avaient des haches, des battes de baseball, des bâtons et des casques, ils ont dit que c’était leur territoire. Ils ont appelé les anarchistes « juifs », « noirs », « communistes ». Ils n’étaient même pas communistes, c’était juste une insulte. Les anarchistes ne s’attendaient pas à ça et ils sont parti. Les gens qui ont des visions politiques différentes ne peuvent pas rester sur certaines places, ils ne sont pas tolérés.

    M : Plus tôt, une tente stalinienne a été attaquée par des nazis [NDLR : nous ne savons pas trop de quelle organisation ils parlent les camarades, les "staliniens" en Ukraine étant plutôt du côté de Yanoukovitch]. Une personne a été envoyée à l’hôpital. Un autre étudiant a dénoncé le fascisme et il a été attaqué. Pravy Sektor a beaucoup attiré l’attention après les premières violences, les médias leur ont donné de la popularité et ils ont commencé à croire qu’ils étaient des gars cool. Pravy existait déjà avant, mais maintenant ils grandissent et ils attirent beaucoup de nouvelles personnes.

    S : Après ça Pravy a recruté beaucoup de jeunes gens. Ils ont de l’argent pour faire de la propagande, des uniformes, ils attirent l’attention et ils ont l’air cool. 


    Un groupe de jeunes hommes qui ont récemment rejoint la Milice de Défense.Un groupe de jeunes hommes qui ont récemment rejoint la Milice de Défense.


    M : L’Ukraine est un pays patriarcal alors être un homme fort qui combat est une bonne chose.

    S : Les groupes nazis essayent également d’imiter les gauchistes, d’essayer de les intégrer. Ils utilisent un vocabulaire anarchiste, des mots comme « autonomes ». C’est ce qu’est en train de faire l’un des plus affreux groupe nazi en s’appelant « Résistance Autonome ». Ils ont beaucoup de succès avec cette tactique. Ils attirent quelques anarchistes qui pensent qu’ils font changer les nazis, alors qu’en vérité c’est les nazis qui sont en train de les changer. Ils deviennent plus nationalistes, ils ont des visions plus antiféministes, etc. C’est maintenant que les anarchistes doivent s’exprimer et se faire entendre.

    Deux symboles que l’on peut retrouver à EuroMaidan. La croix celtique (en haut) est un symbole commun qui représente la suprématie blanche. La Wolfsangel (en bas) était un symbole utilisé par différentes divisions SS pendant la seconde guerre mondiale et représente maintenant le Néonazisme:

                                              stormfrontwolfsangel


    S : Tout l’éventail nationaliste est représenté. Ils se divisent entre groupes qui ont leurs propres symboles. Ils veulent du soutient alors ils n’utilisent pas tant de symboles nazis ou fascistes que ça. Ils utilisent des symboles reconnaissables par d’autres fascistes, mais qui sont inconnus pour les autres gens. Par exemple il y a le symbole d’un aigle spéciale. Il est dessiné de telle manière qu’il ne ressemble à rien à moins que tu connaisses la signification.

    Personnes n’a idée de comment les choses vont tourner, quelle forme va prendre le nouveau gouvernement. Les groupes fascistes n’ont pas de but communs, ils savent à quoi ils sont opposés, et qu’ils sont opposés les uns aux autres, mais ils ne veulent pas tous la même chose. Si Pravy a une place dans un nouveau gouvernement, ce serait vraiment dangereux, mais c’est impossible, ils ne sont pas assez puissants pour ça.

    M : Les gens chantent ces slogans : « Gloire à l’Ukraine », « Gloire aux Héros », « Mort aux ennemis ». Mais qui sont ces héros, qui sont ces ennemis ? Je pense qu’ils n’en ont pas idée. « L’Ukraine avant tout » en est un autre, comme ils chantent en Allemagne.

    Andrei : Je viens d’Allemagne et je pense que le nationalisme en Ukraine date de la chute de l’URSS. Le sentiment nationaliste à Maidan est là pour diviser les gens. L’Est de l’Ukraine est pro-russe, l’Ouest est nationaliste.

    Les gens sont plutôt divisés, mais si tu regardes le pays tout entier, tout le monde a les mêmes problèmes sociaux et économiques. Si les gens s’en rendaient compte et venaient ensemble, ce serait le plus gros danger pour Svoboda, ou Yanukovich, ou n’importe quel parti politique. Svoboda et Yanukovich défendent la même politique néolibérale qui empire la vie des ukrainiens.

    M : Ces nationalistes sont là non pas pour défendre leurs droits mais pour défendre la nation, et c’est pratique pour les leaders d’encourager ça, parce que pendant que les gens se concentrent sur des questions nationalistes, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Il y a surtout des ouvriers et des pauvres à EuroMaidan, et il faut détourner leur attention des problèmes réels. Beaucoup de gens veulent manipuler les gens ici…” 


    Un symbole accroché à une tente à EuroMaidan : « Ultra-Radical Pacifist »Un symbole accroché à une tente à EuroMaidan : « Ultra-Radical Pacifist »


    Traduit par des camarades depuis ce site.



    [*] Un autre article (presse bourgeoise) évoque une "milice cosaque de Sébastopol" en Crimée, dirigée par un certain Mareta qui en appelle à l'intervention russe "comme en Ossétie" - la Crimée, rattachée à l'Ukraine en 1954 seulement et ultra-majoritairement russe, russophone et russophile (avec une minorité indigène tatare alliée tactique des nationalistes ukrainiens), pourrait effectivement bien s'acheminer vers la sécession... Quant à l'affirmation "cosaque", elle renvoie à ces troupes de cavaliers du tsar qui formèrent souvent l'élite des armées blanches anticommunistes, en Ukraine et en Russie du Sud, durant la guerre civile (1918-21, la République anti-bolchévique du Don comprenait Donetsk, bastion des pro-russes aujourd'hui) et encore pendant l'invasion nazie... à méditer pour ceux et celles qui croiraient simplistement que pro-russe = "antifasciste".

    Il faut cependant souligner, pour être absolument juste, que cette "cosaquerie" (lire son histoire ici : wiki/Cosaques) notamment zaporogue n'a pas non plus toujours été cela : ce sont à l'origine des communautés slaves (mêlées à d'autres populations, notamment tatares) et (généralement) orthodoxes mais "libres", souvent nomades d'ailleurs, parlant une langue composite (mêlant russe, ukrainien, polonais, turc etc.) et vivant dans les "champs sauvages" de l'Est et du Sud de l'actuelle Ukraine où ils échappaient tant à l'autorité de l'Empire polono-lituanien que des Tatars (vassaux des Ottomans ; les Zaporogues sont célèbres pour une de leurs missives adressée au sultan)... et de la Russie, s'organisant de fait en républiques démocratiques farouchement attachées à leurs libertés. Ce n'est que tardivement (fin 17e, 18e siècle) qu'ils feront allégeance à Moscou pour conquérir (notamment) les territoires tatars et repousser les Polonais, mais cette relation n'ira jamais sans contradictions et conflits (notamment avec la tsarine "despote éclairée" Catherine II, qui écrasera leurs révoltes - Pougatchev - et supprimera leurs institutions libres avant d'introduire le servage dans le pays). Si beaucoup seront "blancs" lors de la Révolution bolchévique et d'autres encore pro-nazis durant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup se rallieront aussi dès le début à l'Armée rouge tandis que finalement, le plus pur "esprit cosaque" originel (égalitariste, démocratique et "libre" de toute tutelle extérieure) se trouvait peut-être dans l'Armée "révolutionnaire insurrectionnelle" anarchiste de Nestor Makhno (dont le territoire correspondait pratiquement à celui de la cosaquerie zaporogue du 17e siècle !). Bien évidemment les divisions de classe joueront un rôle fondamental dans ces différents positionnements, étant donné qu'après l'introduction du servage et (globalement) de l'ordre social russe par Catherine II les "hordes" cosaques perdirent leur farouche égalitarisme des 16e-17e siècles : les chefs devinrent des aristocrates (et un corps de cavalerie d'élite en temps de guerre) tandis que le "commun", les Cosaques "de base" devinrent pauvres fermiers voire serfs, d'autres encore des koulaks (paysans libres et aisés, employant souvent des journaliers) etc. etc. - un mécanisme faisant penser à la dissolution des clans écossais entre les 17e et 19e siècles, les chefs de transformant en landlords, la "base" en pauvres métayers expulsés pour céder la place aux moutons etc. Ce sont donc essentiellement des Cosaques possédants qui s'opposeront farouchement à la Révolution bolchévique et iront (pour certains) jusqu'à servir sous l'uniforme nazi en invoquant un "génocide communiste" contre leur Peuple et leur culture, leurs "traditions" etc. etc. ; tandis que les masses paysannes pauvres (passées par le servage jusqu'en 1861) se diviseront entre aliéné-e-s suivant les premiers et d'autres qui, conscient-e-s, comprendront leur intérêt de classe dans le socialisme et le communisme (fut-ce le communisme anarchiste et rejetant le léninisme de Makhno). Les "colons russes" (pour reprendre la terminologie imbécile de certains...) de l'Est et du Sud de l'Ukraine (ainsi que de Crimée) sont donc en réalité, pour la plupart, des descendants de ces Cosaques zaporogues - bien que l'introduction du servage et (surtout) l'industrialisation aient aussi amené d'autres apports de population russe par la suite. 

    L'Europe de l'Est (depuis les frontières allemandes, autrichiennes et italiennes jusqu'à l'Oural) a de toute manière une histoire et (encore) une réalité présente d'une telle complexité, faite de questions et de luttes nationales parfaitement légitimes mais profondément traversées par les luttes de classes (et aux expressions parfois très réactionnaires !) ainsi que de menées impérialistes et expansionnistes pour l'"espace vital" prenant appui sur ces aspirations (dans leur expression bourgeoise), qu'il est tout simplement interdit d'y appliquer abstraitement des schémas du style "X est un colonisateur, Y est colonisé" (car Y prenant le dessus peut parfois se révéler plus oppresseur et "nettoyeur ethnique" que X ne l'a jamais été...) ; quand bien même une puissance clairement impérialiste comme la Russie serait impliquée (mais voilà, à en écouter ou lire certains, on aurait presque l'impression qu'elle est le SEUL impérialisme impliqué dans cette crise ukrainienne !). Lénine était déjà très clair là-dessus à l'époque de sa théorisation de l'impérialisme et de sa lutte contre la Première Guerre mondiale (1914-18) : il distinguait nettement trois groupes de pays dont l'un, consistant en l'Europe centrale et orientale déjà (à l'époque) théâtre de puissantes luttes nationales et enjeu de tous les appétits impérialistes (russes, allemands, autrichiens, français etc.), ne pouvait se voir appliquer les même analyses et prises de positions que les deux autres - à savoir les pays impérialistes d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord et les pays colonisés ou semi-colonisés d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Il posait dès lors, pour ce grand ensemble est-européen, deux principes essentiels qui ont gardé toute leur actualité : un droit absolu des Peuples à l'autodétermination allant jusqu'au droit (mais pas l'obligation !) à la sécession (car "la liberté de se fédérer passe obligatoirement par la liberté de se séparer") ; mais aussi une impérieuse nécessité de convergence (dans le même intérêt de classe et les luttes communes) des différentes classes ouvrières et autres classes exploitées nationales, assortie d'une vigilance de chaque instant envers les nationalismes bourgeois et leurs quasi-systématiques mises au service de l'impérialisme (pour se créer des protectorats ou, après la Révolution d'Octobre, pour encercler et attaquer celle-ci) - il combattit ainsi implacablement les nationalistes ukrainiens de Petlioura et de Skoropadsky, qui n'étaient en fait pas grand-chose d'autre qu'une force compradore et contre-révolutionnaire entre les mains de l'Allemagne et de l'Autriche (qui occupaient alors l'Ukraine après la paix de Brest-Litovsk).

    Pour revenir à notre sujet, la réalité c'est que l'Ukraine est historiquement partagée (depuis le Moyen Âge, lire notamment ce très bon exposé historique) entre un Ouest qui regarde vers la Pologne et l'Europe centrale et un Est (et Sud) tourné vers la Russie (qui a éliminé au 18e siècle, grâce aux Cosaques justement, les khanats tatars héritiers de la Horde d'Or turco-mongole et alliés aux Ottomans) ; plus spécifiquement vers la Russie du Sud qui fait partie de la même steppe eurasienne, longtemps domaine des peuples de cavaliers nomades asiatiques (Sarmates, Khazars, Petchenègues, Koumans et enfin Tatars) avant que Moscou ne s'y impose progressivement entre les 16e et 18e siècles. Ce caractère de confins (entre Moscovie/Russie, Pologne-Lituanie et Tatars/Ottomans), de zone frontière a d'ailleurs vraisemblablement donné son nom au pays : U-krajina, étymologie que l'on retrouve dans la Krajina (ancienne zone frontalière avec l'Empire ottoman) en Yougoslavie.

    Les nationalistes ukrainiens (notamment ceux de la première indépendance, 1918-20) se sont souvent réclamés de l'"État cosaque" des 16e-18e siècles, effectivement assez central (sur le fleuve Dniepr) par rapport à l'Ukraine actuelle ; leurs leaders (Skoropadsky, Petlioura) se parant souvent des titres d'"hetman" ou "ataman" et leur parlement prenant le nom de Rada (c'est aussi le nom du Parlement ukrainien aujourd'hui), comme l'assemblée des guerriers cosaques dans le sitch (campement fortifié "capitale") zaporogue de naguère. Pourtant, la réalité c'est que dès le milieu du 17e siècle ces Cosaques se divisent entre l'Est et l'Ouest du fleuve, les uns regardant vers la Ruthénie (Pologne-Lituanie, "vraie Ukraine" nationaliste actuelle) qu'ils intègrent petit à petit nationalement et les autres vers la Russie impériale, dont ils deviendront pour certains les plus fidèles serviteurs (y compris, donc, contre le bolchévisme à partir de 1917 ; même si beaucoup se rallieront aussi à la Révolution d'Octobre et défendront farouchement le pouvoir soviétique contre la guerre d'extermination nazie).

    C'est ce clivage que l'on retrouve aujourd'hui entre une Ukraine "cosaque" ou "Nouvelle Russie"/Novorossiya, se sentant finalement proche de la Russie du Sud, et une Ukraine "ruthène" (Rusyn, terme d'ailleurs préféré à "ukrainien" jusqu'à la fin du 19e siècle) anti-russe avec d'autant plus de force que l'on va vers l'Ouest (Galicie et Volhynie, rattachées à l'URSS en 1939 puis 1945 seulement et sièges - il y a bien plus longtemps en arrière - d'une principauté médiévale "matrice" de la nation ukrainienne proprement dite).

    La période soviétique justement, autre paramètre historique incontournable (dont tous ces territoires s'inscrivent dans la "légende" et l'"épopée", notamment contre l'invasion nazie), viendra encore renforcer le sentiment d'unité et d'artificialité de la frontière entre Russie du Sud et Est de l'Ukraine ; le Donbass industriel (ou encore la région de Kharkov) mêlant allègrement Russes, Ukrainiens et autres nationalités et la définition comme "soviétiques" venant souvent mettre un point final au questionnement identitaire [tandis qu'en Ukraine ruthène (Galicie-Volhynie-Podolie), après une décennie 1920 de grande mise en avant démocratique de la culture ukrainienne, la russification "jacobine" initiée dès les années 1930 par Staline verra s'accroître et s'ancrer le ressentiment nationaliste]. C'est donc avec méfiance que ces régions accueilleront la dissolution de l'URSS et l'indépendance de l'Ukraine, votant généralement en sa faveur (1er décembre 1991) mais plaidant pour des autonomies régionales fortes (par exemple) ou encore pour une protection légale de la langue russe. Toutes les élections par la suite ne feront que refléter, en dernière analyse, qui a surtout peur de la satellisation par la Russie et qui a surtout peur... du nationalisme "ruthène" de l'Ouest, perçu comme un fanatisme identitaire étranger à la culture de l'Est et du Sud (où existent certes des fanatiques identitaires "russes orthodoxes" ou "grands-russes" ou "cosaques", mais ce n'est pas la majorité du "pro-russisme") et ne cachant souvent pas, par ailleurs, sa sympathie pour les collaborateurs du nazisme lors de la Seconde Guerre mondiale - de fait, ce qui caractérise l'Ukraine "pro-russe" est moins sa supposée "russité" que sa multiethnicité (comme toutes les cartes concordent à le montrer), avec le russe comme lingua franca (carte des pourcentages de partisans de sa co-officialité en 2007) ; c'est l'Ukraine nationaliste qui se caractérise par sa "pureté ethnique" (90% ou plus d'Ukrainiens ruthènes) et le vrai clivage pourrait bien en réalité être là, non pas entre des "Russes" et des Ukrainiens mais entre une culture de "pureté ethnique" et une culture de coexistence des identités.  

    Les contradictions inter-impérialistes poussent désormais ce clivage vers une sanglante guerre "ethnique" ressemblant énormément à celle de Yougoslavie, les "Cosaques" pro-russes de l'Est rappelant les tchetniks serbes et les "Ruthènes" anti-russes de l'Ouest (souvent catholiques, revendiquant la collaboration nazie pendant la Seconde Guerre mondiale etc.) rappelant les nationalistes croates nostalgiques du régime oustachi...

    C'est ainsi que, de problématique "identitaire" pouvant être résolue DÉMOCRATIQUEMENT (dès lors que l'on a la communauté de classe laborieuse bien à l'esprit), on en arrive à un terrible carnage et au final à des espèces de "principautés ethniques" totalement soumises aux monopoles impérialistes, mises en coupe réglée. Heureusement, il y a une différence entre l'Ukraine d'aujourd'hui et la Yougoslavie d'il y a 20 ans, et cette différence c'est la lumière qui s'est levée... d'ex-Yougoslavie justement, balayant sublimement l'ombre de ces conneries chauvinardes ! Puisse(nt) le(s) Peuple(s) d'Ukraine admirer et réfléchir sur cet exemple !

     


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    Sur les évènements qui secouent en ce moment même l'ex-Yougoslavie, voici la position du Partija Rada (Parti du Travail), organisation communiste marxiste-léniniste principalement basée en Serbie et au Monténégro mais également bien implantée en Bosnie, issue de la lutte anti-titiste sur les positions soviétiques puis albano-chinoises et connue (surtout) pour son positionnement viscéralement anti-nationaliste et (fait rarissime là-bas) en faveur de l'autodétermination du Kosovo

    IL N'Y A PERSONNE POUR DIRIGER LES MASSES EN COLÈRE DANS LEUR LUTTE ! 

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    Après deux décennies de pauvreté, de guerre et de faim, les masses travailleuses de Bosnie-Herzégovine ont fini par se lever contre l'oppression et ont rejoint les millions de personnes asservies luttant pour leurs droits tout autour du monde. Après une longue période de nationalisme rampant, utilisée par les capitalistes et les profiteurs de guerre pour s'enrichir personnellement en pillant ce qu'il restait de propriété d’État, les masses ont été plongées dans la misère et l'indigence. Tandis qu'elles souffraient et criaient famine dans le dénument, ceux qui s'étaient enrichis sur le désastre n'avaient qu'une seule préoccupation : comment accroître encore leur capital.

    tuzla protest 6Le commun des Bosniaques, des Serbes et des Croates vit dans les mêmes difficultés au quotidien. Qui est responsable de cela ? Les responsables sont tous les parasites, politiciens, prêtres et imams, banquiers et capitalistes qui étaient les premiers à appeler aux armes lorsqu'ils voyaient le moment venu de pousser les masses à se massacrer mutuellement.

    Les évènements à Tuzla et ailleurs en Bosnie-Herzégovine nous montrent que ceux qui sont au pouvoir ne peuvent plus, pour satisfaire leurs intérêts, manipuler davantage les masses opprimées à travers une rhétorique nationaliste. Les masses se lèvent contre leur système, qu'ils essayent de maintenir par la force brute. La brutalité déployée par la police contre les protestataires montre seulement combien le gouvernement a peur de la colère des masses opprimées du peuple. C'en est fini de leur orgie nationaliste, fasciste et prédatrice ! Enfin la conscience de classe s'est éveillée dans les masses populaires ; la conscience que la division en nationalités est moins importante que la division entre oppresseurs et opprimés, entre capitalistes et prolétaires.

    La désorganisation et la naïveté, dans les premiers jours du soulèvement, ne veut pas dire que les masses opprimées ne vont pas rapidement venir à bout de toutes les tactiques de la lutte des classes. Le problème n'est pas dans les masses, car celles-ci mènent la lutte de classe en ce moment même. Le problème est l'absence d'une force révolutionnaire qui puisse les conduire vers leurs buts. Cette absence peut certainement être mise à profit par des forces qui voudraient tenter de manipuler les masses avec de fausses promesses et des agendas secrets.

    Mais ces évènements sont aussi une grande opportunité, pour le mouvement ouvrier et révolutionnaire, de renforcer ses rangs et de se lier aux masses.

    L'esprit révolutionnaire de ceux qui n'ont que le mot "révolution" à la bouche doit être démontré sur les barricades, en première ligne ! 

    LA SEULE VOIE POUR UNE LUTTE DE CLASSE VICTORIEUSE ET UNE VIE MEILLEURE EST LA VOIE DE LA RÉVOLUTION !

    À BAS LA DICTATURE DU CAPITAL !

    EN AVANT, AUX PREMIÈRES LIGNES DU COMBAT !

     

    tuzla protest 8En définitive, il n'y a là que ce que nous avons dit et répété dans tous les évènements de ces dernières années, depuis les pays arabes en passant par l'Europe du Sud (Grèce, Italie, État espagnol) jusque maintenant aux Balkans : partout les effets désastreux et criminels de la crise générale capitaliste, entrée en phase terminale depuis 2007-2008, poussent les masses ouvrières, paysannes et populaires en général (ou encore les grandes classes moyennes en perdition des pays très avancés) dans la lutte contre ces souffrances et les dirigeants bourgeois qui les incarnent ; MAIS il n'y a pas de force révolutionnaire conséquente, D'AVANT-GARDE, en tout cas pas (encore) reconnue des larges masses, pour donner à ces luttes une direction consciente et méthodique vers la solution, qui est d'abattre le capitalisme et d'instaurer le Pouvoir organisé des travailleurs ; ce qui ne passe d'ailleurs pas par un "simple" soulèvement populaire de masse, mais par une lutte de longue haleine, une guerre de tranchées que l'on appelle GUERRE POPULAIRE, dans laquelle des évènements comme ceux que nous voyons actuellement en ex-Yougoslavie sont une petite bataille et non la guerre à elle seule : l'effervescence, tôt ou tard, retombera, les choses rentreront dans l'ordre ; mais on aura avancé dans la guerre révolutionnaire de longue durée contre le Capital, dans l'élévation et la fortification de la conscience et de l'organisation populaire, et dans la fragilisation du Pouvoir capitaliste qui aura été contraint soit à des concessions importantes, soit à descendre sur le terrain de la guerre civile (tirer dans le tas, état d'exception, instauration d'un régime réactionnaire terroriste - fasciste - etc.).

    Simplement, ces sinusoïdes tuzla protest 5, ces explosions et ces reflux des luttes populaires (jusqu'à la nouvelle explosion...) peuvent durer aussi longtemps que durera le capitalisme et sa crise, son décalage permanent entre  ce que le niveau des forces productives suscite d'aspirations à une vie meilleure  dans le peuple, et l'enfer quotidien des relations de travail et des relations sociales (en général) imposées par la logique capitaliste. Pour que ces vagues qui se lèvent, puis refluent, puis se lèvent à nouveau ENTAMENT et finissent par FAIRE TOMBER la forteresse du Capital, il faut qu'une force révolutionnaire conséquente, une AVANT-GARDE (ce mot que les camarades libertaires/anarchistes détestent tant...) leur imprime cette direction consciente, fédère les larges masses dans la conscience du problème (le capitalisme), de la solution (son renversement, le Pouvoir du Peuple, le socialisme) et des moyens pour l'atteindre (la stratégie révolutionnaire, le plan général de travail et ses tactiques du moment). Et c'est là qu'hélas, nous voyons la plupart des forces révolutionnaires en Europe comme dans les pays arabes soit rejetter cette nécessite d'une avant-garde, soit la reconnaître mais pas l'assumer, se payant trop souvent de slogans et autres "mots d'ordre". 

    C'est la critique que nous avons pu faire à beaucoup de forces "marxistes-léninistes" comme "maoïstes" comme "marxistes révolutionnaires" (trotskystes) d'Hexagone dans les évènements hexagonaux de ces derniers temps, avec parfois, du surcroît, la déformation intellectuelle chauviniste "jacobine" en prime : "il manque", "il faut" aux masses en lutte une direction révolutionnaire conséquente et déterminée... Certes ! Sauf que c'est précisément ce que l'organisation qui écrit tuzla protest 7cela est censée, dans ses statuts, leur apporter, aux masses ! On déplore que les masses agissent sans direction consciente, perméables ainsi à toutes les "fantaisies réactionnaires" petites-bourgeoises et se démobilisant à la première occasion ; alors que l'on prétend soi-même (et à l'exclusion de tout autre groupe, généralement) être cette avant-garde qui fait défaut. Mais alors, que fout-on, et qu'a-t-on foutu jusqu'à présent ?

    C'est ainsi que l'on peut voir des "marxistes-léninistes" ou des "maoïstes" dans cette attitude pour le moins schizophrène de présenter, d'un côté, la révolution (ou la Guerre populaire) comme un processus de longue haleine, mais d'éructer, de l'autre, contre tous ces mouvements ("révolutions arabes", Grèce, Indignad@s, Occupy etc.) éclatant sans direction et finissant (forcément) par retomber au bout d'un moment, et/ou par être récupérés par des forces bourgeoises réformistes ou réactionnaires : en fait, il n'y a de mouvement/action de masse qui "vaille" que sous leur direction ; or ce n'est pas le cas à l'heure actuelle ; mais, voyez-vous, c'est aux masses d'accepter de leur propre chef cette direction, cette avant-garde, sans quoi elles sont vouées aux gémonies ; et non aux communistes eux-mêmes d'instaurer par leur travail pratique cette direction sur les masses, de conquérir leur confiance et de se faire reconnaître par elles comme les éclaireurs de l'avenir ! 

             partijaradapartijarada3

             partijarada2partija-rada-plakat1

    Ici une brève présentation du PR et de son positionnement idéologique... Inutile de dire que ça nous plaît plutôt pas mal : 

    L'apparition de groupes et partis marxistes-léninistes en Europe dans les années 1970 était une réaction à l'expansionnisme militaire du bloc impérialiste occidental, en rupture avec le révisionnisme soviétique et en soutien à la Révolution culturelle chinoise. Ces groupes et partis ont préservé la théorie marxiste-léniniste en Europe dans de très difficiles conditions.
    Cependant, nous pouvons généralement dire aujourd'hui que tous ces groupes et partis ont suivi le destin des anciens partis révisionnistes, ou sont tout près de disparaître de la scène politique. Ils demeurent enfermés dans une pensée dogmatique, menant des débats sans fin autour de la ligne politique de Lénine, Trotsky, Staline, Mao, Hoxha etc.

    Même sans une profonde analyse, il est possible déterminer quelques conditions objectives qui ont contribué à cela : période de stabilisation du capitalisme et situation privilégiée du prolétariat en Europe, ce qui a inévitablement conduit à une divergence entre la théorie révolutionnaire et la pratique des travailleurs dans leur vie quotidienne.

    Le PR pense que ces partis sont incapables d'une évolution radicale permettant de se lier avec les masses, dans une situation de crise fondamentale du capitalisme à l'aube d'une nouvelle guerre impérialiste. C'est le problème de toutes les organisations et du PR lui-même. La crise actuelle du capitalisme les a simplement réveillé en sursaut, et ils n'ont aucune réponse historique à cela. 

    Mais le PR pense qu'en ce moment les révolutionnaires en Europe ont pour tâche historique de saboter la guerre entre impérialistes et la guerre contre les peuples, de porter la guerre de classe mondiale au cœur de la forteresse impérialiste. Toute autre chose peut être laissée de côté. Alors que l'impérialisme occidentale livre des guerres aux peuples du monde entier, et tandis que se prépare la guerre entre les vieux impérialismes qui veulent imposer un monde unipolaire et les nouveaux qui tentent d'arracher leur part de gâteau du marché mondial, ne pas mener la lutte et la guerre de classe directes et rester sur le bord du chemin est tout simplement une capitulation et une trahison de la voie révolutionnaire. Et alors que les masses des travailleurs et de la jeunesse attaquent et se lancent contre les institutions capitalistes européennes et les rapports sociaux capitalistes, nous voyons généralement les organisations marxistes-léninistes rester à l'écart.

    Si les marxistes-léninistes ne font pas ce pas en avant dans la lutte révolutionnaire, l'Histoire ne le leur pardonnera pas et ils seront cloué à un pilori auquel citer Marx et Mao ne les arrachera pas ; et ils termineront comme leurs prédécesseurs les révisionnistes.

     


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