• [Retour sur "les lignes en train de bouger" du côté des JC en Alsace]


    (Pour mémoire : alsace-les-lignes-en-train-de-bouger-a-la-jc)

    Rassemblement et défilé organisé en commémoration de la Révolution alsacienne de Novembre 1918, qui débutait il y a donc tout juste 100 ans.

    https://www.facebook.com/jc.basrhin/posts/1074118276082457

    On notera la profusion de Rot un Wiss, le drapeau rouge et blanc LÉGITIME de l'Elsass militairement annexée, mettant fin à un début de révolution prolétarienne, par les troupes françaises dans la foulée de ces évènements :

    [Retour sur "les lignes en train de bouger" du côté des JC en Alsace]

    "Hier nous avons fièrement commémorer le centenaire du Conseil ouvrier de Strasbourg durant lequel le drapeau rouge flottait au sommet de la cathédrale.

    De cette expérience nous retiendrons que la sociale-démocratie joue toujours un rôle contre-révolutionnaire. En Alsace elle hâtait l’arrivée des troupes françaises afin de mettre fin au pouvoir des soviets d’ouvriers et de soldats. À Berlin elle faisait feu sur la révolution spartakiste.

    La sociale-démocratie ne peut se conforter ailleurs que dans le parlementarisme bourgeois, nous prolétaires préparons la révolution armée et le pouvoir ouvrier, nous n’avons rien à attendre de ceux qui trahissent à chaque mandat.

    « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » Marx

    C’est notre classe, notre combat le drapeau rouge flottera ! Pour la paix et le socialisme, organise ta colère !"


    Le texte complet publié par le MJCF 67 :


    CENTENAIRE DU NOVEMBRE ROUGE DE 1918 EN ALSACE-MOSELLE

    http://uecstrasbourg.over-blog.com/2018/11/il-y-a-100-ans-le-drapeau-rouge.html

    L’histoire locale et nationale est rapportée et expliquée avec le point de vue de la classe dominante dans une société donnée : de fait, l’histoire de toutes les périodes de lutte des deux derniers siècles en particulier est façonnée par la bourgeoisie à son stade impérialiste, c’est à dire l’aristocratie financière pourrissante qui a laissé derrière elle tout le caractère progressiste et révolutionnaire qu’elle prétend incarner encore aujourd’hui. Novembre 1918 marque donc la fin de la Première Guerre mondiale et soulage pour un temps malheureusement bref la souffrance des peuples d’Europe (mais pas, rappelons-le, des colonies disputées par les belligérants) et en particulier des classes laborieuses ─ le prolétariat et la petite paysannerie sur qui pèse le plus lourd de la guerre. Mais si l’historiographie française retiendra, en ce qui concerne l’Alsace-Moselle, son retour à la République française, les événements révolutionnaires et le rôle actif du prolétariat pendant cette période semblent avoir été mis sous le tapis.

    Nous, Jeunes Communistes du Bas-Rhin, profitons donc de l’occasion du centenaire du mois de novembre 1918 pour rappeler que ce mois fut teinté du rouge de la révolution prolétarienne : ce fut bien la Räterepublik, la République socialiste des Conseils d’Alsace-Lorraine, qui s'imposa comme mot d’ordre du prolétariat alsacien et mosellan pendant ces quelques jours durant lesquels le drapeau rouge flotta sur la cathédrale et sur les mairies de nombreuses villes de la région.

    Rappel historique

    Novembre 1918 signe la fin de la guerre impérialiste pour la répartition des richesses et de la main d’œuvre entre les monopoles internationaux. À l’aube de ce mois de novembre, l’Allemagne impériale se voit obligée de battre en retraite face aux armées françaises et britanniques et de toute évidence ne va pas tarder à devoir accepter l’armistice au vu de la mauvaise tournure que prend pour elle le conflit mondial. Les années de guerre extrême qui ont envoyé des millions d’ouvriers et de paysans pauvres mourir au champ de bataille et qui entraînèrent disette et misère au sein de la classe laborieuse, cristallisèrent partout les antagonismes existant entre la classe capitaliste et le prolétariat, notamment en Allemagne. Le pays était un parfait terreau révolutionnaire duquel naquirent plusieurs insurrections à travers le territoire germanique. Les soldats exténués par la guerre ─ qui sont, dans les armées de conscription de toute l’Europe du 20ème siècle, des ouvriers et des paysans et non pas des militaires de métier ─ étaient à la tête du mouvement de colère qui animait les masses populaires et étaient décidés à ne plus mourir pour une guerre dont il ne se faisait plus d’illusion. C’est dans ce contexte que les soldats de la Marine allemande de Kiel refusèrent de partir dans un assaut suicidaire contre l’armée britannique au cours de la fin du mois d’octobre. Ainsi les groupes de soldats ─ dont 16 000 Alsaciens et Mosellans ─ se lancèrent dans une mutinerie qui aura pour effet la destitution des généraux de Kiel et l’établissement de conseils ouvriers en charge de la ville.

    Très vite les soldats alsaciens trop longtemps séparés de leur terre se mettent dans l’idée de porter la révolution sur le territoire alors allemand du Reichsland Elsaß-Lothringen (Reichsland d’Alsace-Lorraine) qui correspond plus ou moins à l’Alsace et la Moselle. Le 10 novembre, sitôt arrivés à Strasbourg, les marins révolutionnaires mettent en place des conseils de soldats et d’ouvriers basés sur le modèle de la révolution bolchevique (Rat, conseil, soviet) qui inspire toujours le mouvement révolutionnaire des années plus tard. De Mulhouse jusqu’à Metz se constituèrent ces soviets mettant en place des mesures sociales importantes en augmentant les salaires, établissant une préquelle de sécurité sociale.

    Bien sûr ces mesures n’étaient pas du tout au goût de la bourgeoisie locale qui commença dès l’arrivée des révolutionnaires à organiser la contre-attaque des forces bourgeoises. Ainsi le social-démocrate Jacques Peirotes qui travaille activement au retour des troupes françaises en Alsace, s’empare de la mairie de Strasbourg et s’autoproclame maire de la ville à l’aide de ses amis. Le conseil municipal se présenta comme un contre-pouvoir aux conseils ouvriers dans lesquels les socialistes révolutionnaires militent pour la création d’une République socialiste d’Alsace-Lorraine sous le slogan « ni Allemands, ni Français ni neutres : le drapeau rouge a triomphé ! ».

    Le 13 novembre ils hissèrent fièrement le drapeau rouge au sommet de la cathédrale de Strasbourg, en signe de victoire de la Révolution !

    Cet acte a convaincu Peirotes de hâter l’arrivée des troupes françaises pour un « retour à l’ordre » au plus vite, comprenez pour « mater la révolution prolétarienne ». Le mot d’ordre de la bourgeoisie alsacienne (alors allemande) est clair et affiché sur les murs de quartiers huppés de la ville : « plutôt français que rouge ».

    Le 22 novembre à l’arrivée de l’armée française dans Strasbourg, la bourgeoisie locale accueille avec grand enthousiasme le président Poincaré contre qui elle avait pourtant déclaré la guerre 4 ans auparavant. Voilà comment la bourgeoisie aidée par la sociale-démocratie a désarmé et réprimé le prolétariat, à l’image de l’assassinat des spartakistes par le SPD à la même époque.

    L’échec des révolutionnaires

    Le conseils de soldats et d’ouvriers à Strasbourg et dans toute l’Alsace-Moselle et leur portée révolutionnaire n’auront finalement duré que quelques jours, entre l’arrivée des premiers mutins révolutionnaires le 9 et l’arrivée de l’armée française le 22, et leur influence n’aura pas réussi à se concrétiser en mouvement de masse. Il y a divers facteurs qui ont conduit à cet échec.

    Premièrement, si la situation fin octobre et début novembre est propice à l’action révolutionnaire des masses en Alsace, l’idéologie dominante reste très petite-bourgeoise et une partie influente de la population idéalise l’Alsace française d’avant 1870, notamment les anciens combattants. Ainsi quand les révolutionnaires défendent la position matérialiste du socialisme non pas allemand ou français mais prolétarien, seul capable de combattre l’impérialisme, ces paroles ont du mal à faire leur chemin dans les classes intermédiaires, objectivement dans le camp du prolétariat mais subjectivement soumises aux positions bourgeoises. Les révolutionnaires eux-mêmes sont hésitants quant à la tactique à adopter, en témoigne leur refus de s’attaquer à la propriété privée et leur relative bienveillance à l’égard des opportunistes dont le rôle dans la tournure prise par les événements est également très déterminant.

    En effet, les socialistes chauvins, Jacques Peirotes à leur tête, sabotent les efforts révolutionnaires et font tout pour que triomphe non pas le socialisme, qui en parole leur est très cher, mais bien la bourgeoisie française. Non seulement la mairie “socialiste” auto-proclamée, à l’image de la Douma municipale de Petrograd pendant la révolution russe, joue le rôle de contre-pouvoir direct aux conseils ouvriers, opposant ordre bourgeois à ordre prolétarien, Garde Civile à Garde Rouge, mais ces pions de la bourgeoisie investissent nombres de conseils pour y freiner le progrès des positions révolutionnaires. Dans certaines villes, ce sont des entrepreneurs et des propriétaires qui se hissent à la tête des conseils. On comprend ainsi la difficulté pour les révolutionnaires comme le président du conseil de Strasbourg le sergent Rebholz à pousser les masses à l’action non pas seulement contre l’Allemagne mais contre la bourgeoisie, quel que soit l’État capitaliste qui la représente, à se saisir des outils de pouvoir et à poser les bases pour cette République des Conseils déclarée mais non concrétisée. À son habitude, la social-démocratie opportuniste et de fait chauvine reprend la propagande contre-révolutionnaire bourgeoise, qui pour sa part présente les révolutionnaire comme des agents de l’Allemagne, pour justifier ses positions tout en prétendant représenter le socialisme. En effet Peirotes commentera ainsi ses choix et ses démarches pour hâter les troupes françaises en pointant la menace de l’Allemagne profitant du désordre de la révolution pour récupérer l’Alsace et la Moselle ; menace complètement fictive considérant l’état d’instabilité du pouvoir allemand secoué par la même vague révolutionnaire.

    Ainsi, avec l’approche des troupes françaises, les révolutionnaires sont contraints de renoncer à la construction d’un pouvoir ouvrier, constatant le résultat insuffisant de son activité pendant les quelques jours de ce Novembre rouge, qui s’est limitée à des hausses de salaires et des garanties sociales assez rudimentaires, certes importantes à l’époque mais ne donnant pas les outils du pouvoir à la classe ouvrière. En fait, cette activité aura surtout consisté à assurer le maintien de l’ordre pour empêcher les pillages qui menaçaient de causer des pénuries et des épisodes de trouble civils. Conscients et frustrés de ces conclusions amères comme le témoigne la dernière séance du soviet de Strasbourg le 20 novembre, les révolutionnaires descendent le drapeau rouge de la cathédrale, immédiatement remplacé par le tricolore pour accueillir l’armée de la République française.

    L’Alsace-Moselle sous la France

    Le mouvement autonomiste en Alsace a été largement récupéré par les réactionnaires qui ne présentent l’identité alsacienne que comme une entité fixe mise en péril par des pratiques religieuses ou culturelles d’une partie de la population issue de l’immigration récente. Ces fantasmes identitaires du grand remplacement à l’alsacienne aveuglent complètement les « autonomistes » actuels qui ne parlent que très peu voire pas du tout de la seule domination culturelle existante en Alsace-Moselle : celle de l’État français. En effet le Peuple alsacien est victime d’une répression culturelle de la part de la bourgeoisie française qui vise à détruire la culture alsacienne au profit d’une culture « bleu blanc rouge » jacobine.

    Effectivement, dès le retour des troupes françaises en Alsace-Moselle et après de nombreuses fêtes visant à rétablir l’ordre et la tradition républicaine mis à mal par l’expérience des conseils ouvriers, un tri va être fait entre les Alsaciens pour déterminer leur degré d’appartenance à la France. Ainsi plusieurs cartes d’identité seront mises en place selon que vous soyez enfant d’Alsaciens, d’Allemands ou d’une union entre un.e Allemand.e et un.e Alsacien.ne. Dès lors, tous ne bénéficiaient pas des mêmes droits civiques et certains étaient considérés comme des étrangers à qui on ne peut faire confiance ─ trop germaniques pour se sentir sincèrement français. Voilà donc comment s’entama une purge culturelle visant à faire disparaître la culture alsacienne par l’interdiction de l’usage de la langue régionale, l’établissement sans transition du français dans toutes les institutions publiques et l’interdiction d’accès aux Alsaciens et Mosellans aux hauts postes administratifs locaux entièrement tenus par des Français de l’intérieur à l’image des pratiques coloniales.

    Aujourd’hui encore la langue alsacienne et son accent sont des traits culturels moqués et assimilés à une appartenance à l’Allemagne. La récente disparition de la région Alsace au sein du “Grand Est” est l’aboutissement de la négation d’une identité alsacienne propre par l’État français. Si aujourd’hui l’alsacien n’est plus pratiqué par la majorité de la population alsacienne, c’est seulement à cause de l’acharnement répressif du pouvoir français à vouloir faire taire les Alsaciens.

    Quel différence l’allégeance à la bourgeoisie française a-t-elle alors apporté aux travailleurs alsaciens en 1918 ? Aucune si ce n’est celle d’être à nouveau traités en ennemis de la nation, incapables de se défendre au sein de l’entreprise car ne maîtrisant pas la langue du maître.

    De plus, le rattachement de l’Alsace-Moselle à la France fut surtout l’occasion pour la bourgeoisie française d’en piller les ressources. Dans son cours d’économie alsacienne à la faculté de droit et des sciences politiques de Strasbourg, le professeur Laufenburger cite entre autres l’exemple des usines de sidérurgie de la Moselle, qui « [...] en tant que propriétés allemandes, furent liquidées et cédées aux producteurs métallurgiques français à des prix notablement inférieurs à leur valeur réelle » (quelques centaines de millions de francs à peine pour une valeur de 8 milliards). Très vite, des dizaines de milliers d’ouvriers des mines et métallurgies seront forcés au chômage, plus encore au chômage partiel, et l’État français ne fera charité qu’à une fraction extrêmement faible de cette masse de travailleurs privés d’emplois, tandis que les salaires chutent bien en dessous du niveau moyen pour la France de l’intérieur et que l’impôt professionnel et celui sur les salaires montent bien au-dessus. Parallèlement, la répression contre les militants ouvriers se fait d’autant plus dure, avec interdiction de réunion, censure des journaux ouvriers, etc (voir [4]). En bref, le capital impérialiste qui écrase les peuples, les cultures, le travail.

    Conclusion

    En tant que communistes, l’objectif n’est pas pour nous de faire du folklore nostalgique des expériences révolutionnaires des derniers siècles, tournés vers le passé, mais bien de rester ancrés dans la situation présente, tournés vers les futures tournures que prendront la lutte des classes dans notre société et dans le monde. Si nous prenons le temps de commémorer le centenaire des conseils de soldats et d’ouvriers en Alsace-Moselle, c’est bien parce que nous en tirons des leçons historiques sur les rôles des différentes parts de la société en période révolutionnaire.

    D’une part nous y voyons les problématiques posées à des révolutionnaires qui, à peine de retour chez eux et avec un laps de temps très faible, ne parviennent pas à trouver dans les masses un appuis franc et déterminé pour mener la construction des outils du pouvoir ouvrier face à la bourgeoisie. Toute situation révolutionnaire ne mène pas nécessairement à un mouvement révolutionnaire d’ampleur, capable de renverser le pouvoir. En l’occurrence, le pouvoir bourgeois se maintient pendant ce mois de novembre 1918 en Alsace-Moselle : par la mairie de Peirotes, par la Garde Civile, et même par les soviets eux-mêmes, non résolus à toucher à la propriété privée, à la terre, aux moyens de production, et dont l’action consistera finalement en majeure partie à assurer l’ordre et à mettre en place des mesures sociales purement économiques sans portée politique révolutionnaire, qui seront balayées plus tard par le pouvoir français.

    D’autre part, cette expérience confirme en effet la qualité d’alliés objectifs de la bourgeoisie réactionnaire de la social-démocratie opportuniste, qui sous les conditions de l’impérialisme prend la forme du social-chauvinisme : la défense de la patrie (bourgeoise), de la république (bourgeoise), de la démocratie (bourgeoise) etc. Vouloir cacher ou amoindrir les antagonismes des classes, les subordonner à une cause idéaliste, tel est l’attitude opportuniste qui pouvait se comprendre il y a 200 ans alors que le socialisme et la compréhension matérialiste de la société étaient encore confus, mais qu’on ne peut et ne doit pas pardonner à l’ère de l’impérialisme.

    Ici, le schéma opportuniste présente la France comme la patrie républicaine salvatrice face à l’Allemagne impériale belliqueuse. Or l’une comme l’autre représentent les intérêts d’une bourgeoisie encline à sacrifier en masse sa population pour sauvegarder sa puissance économique. Les Alsaciens à qui on promit la paix et le pain sous l’égide de la France déchanteront d’ailleurs bien assez vite en voyant leur culture et leur langue détruite et leur terre préparée à devenir un tombeau à ciel ouvert, un champ de bataille pour une nouvelle manifestation des monstruosités de l’impérialisme.

    Ces points permettent de mieux appréhender la question toujours actuelle des revendications autonomistes en Alsace notamment. Depuis le soviet de Strasbourg sous le mot d’ordre « Ni Allemands, ni Français, ni neutres », l’idée d’une Alsace indépendante a fait son chemin, mais nous devons soulever des positions erronées dans le mouvement autonomiste qui est aujourd’hui largement conduit par une petite-bourgeoisie locale frustrée du poids de l’État français qui pèse sur elle.

    « Ni neutres » c’est la partie importante de ce slogan, profondément prolétarien, qui refuse de substituer la domination d’une bourgeoisie locale à celle d’une bourgeoisie française ou allemande. L’autonomie du Peuple alsacien, c’est l’autodétermination du Peuple alsacien, autrement dit une Alsace aux mains des travailleurs et travailleuses d’Alsace, quelles que soient leurs origines d’ailleurs. Le prolétariat n’est pas « neutre » car il est international, et c’est sous son action révolutionnaire que tous les peuples pourront vivre libres, débarrassés du parasite bourgeois qui revendique haut et fort la liberté et l’autonomie et dans le dos prépare la guerre et la soumission au capital.

    MJCF 67 - Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin

    Sources

    [1] “Un soviet à Strasbourg”, extrait du journal Politis, le Citoyen, 10/17.11.1988

    [2] “Novembre 1918, La République Soviétique d’Alsace”, par Adrien Courtinel

    [3] “Quand le drapeau rouge flottait sur la Cathédrale”, documentaire de 2009 écrit et réalisé par Jean-Noël Delamarre

    [4] “L’Alsace-Lorraine sous le joug”, discours prononcé par Maurice Thorez à la chambre des députés le 4 Avril 1933

    [5] “Ordre et désordre dans la fête : Les fêtes de réception des troupes françaises en Alsace en Novembre 1918”, Jean-Claude Richez


    Et puis au beau matin du 11 novembre, jour – pour nous – de commémoration des millions de sacrifié.e.s de tous les Peuples de l’État français, d'Europe et des colonies (declaration-du-11-novembre), un évènement... inattendu, c'est le moins que l'on puisse dire :


    Le Rot und Wiss flotte sur la cathédrale de Strasbourg !

    [Retour sur "les lignes en train de bouger" du côté des JC en Alsace]

    En ce matin du 11 novembre Strasbourg voit flotter sur la flèche de la cathédrale le Rot und Wiss, vraisemblablement hissé dans la nuit, action dont les auteurs ne sont pas encore identifiés (voir l'article de France Bleu Alsace [1]). Le drapeau rouge et blanc symbolise l'autonomie de l'Alsace, et c'est un symbole que se partagent à la fois les autonomistes alsaciens comme le parti Unser Land et les divers communistes ou militants de la gauche au sens large qui prennent position sur cette question. Un rapide exposé de notre position sur la question alsacienne est donné en 6ème point de nos textes d'orientation [2].

    L'action est donc fortement symbolique puisqu'elle se produit aujourd'hui où l'on célèbre le centenaire de l'armistice signé le 11 novembre 1918 qui consacre la fin de la Première Guerre mondiale. Cette date se place aussi dans le contexte des événements révolutionnaires de tout le mois de novembre en Alsace-Lorraine, qui verra la formation partout dans la région de conseils ouvriers et de soldats dont nous commémorions la naissance mercredi dernier [3]. En effet il y a 100 ans, c'était le drapeau rouge qui flottait sur la cathédrale ! Nous avons rédigé un article sur ces événements [4] dans lequel nous traitons de la question alsacienne plus en détail, et où nous exposons aussi notre position vis à vis des mouvements autonomistes alsaciens. Notre position est donc claire, l'Alsace ne souffre que d'une oppression économique et culturelle : celle de la classe capitaliste dont les intérêts s'expriment via l'État français. Ainsi nous revendiquons une autonomie de classe pour l'Alsace, dont la seule expression possible et pérenne est la construction du socialisme.

    Si donc nous sommes clairs sur nos désaccords avec la grande part des autonomistes alsaciens qui n'ont pas une position révolutionnaire prolétarienne et idéalisent une culture fixée de l'Alsace, nous soutenons la portée symbolique de cette action qui rappelle que le Peuple alsacien a autant souffert sous le drapeau français que sous le drapeau allemand. L'armistice signé le 11 novembre 1918 n'est pas une fin de la guerre offerte par la France et ses alliés aux peuples, ce sont les peuples eux-mêmes, et en particulier les travailleurs, qui se sont soulevés contre la guerre et ont permis d'y mettre fin, comme l'illustre la mutinerie de la flotte allemande qui lança un mouvement révolutionnaire dans toute l'Allemagne. La France n'a donc pas sauvé le Peuple alsacien de la guerre, et au contraire elle l'y plongera plus cruellement encore pour défendre ses profits en 1939.

    Nous exprimons donc le dégoût le plus sincère envers les représentants de la bourgeoisie française, libéraux et social-chauvins, dont la condamnation politique de cet acte sous prétexte d'un devoir de respect pour la date du 11 novembre est une offense au Peuple alsacien et à l'Histoire. Des propos tels que ceux tenus par Alain Fontanel, 1er Adjoint au Maire de Strasbourg chargé de la culture dans son tweet en réaction à cet événement [5] dénotent du caractère chauvin et volontairement ou non ignorant de l'Histoire. Célébrer le centenaire de l'armistice par le Rot und Wiss plutôt que par le tricolore est bien plus respectueux pour les milliers d'Alsaciens qui ont vécu la guerre, la disette, la négation de leur identité et la construction des champs de mort de la Seconde Guerre mondiale, dictées de concert par les États capitalistes qui aujourd'hui encore nourrissent le chauvinisme pour détourner la colère des opprimés.

    La paix ne vient pas d'en haut, elle vient d'en bas, et elle vient armée. Organise ta colère !

    MJCF 67 - Mouvement Jeunes Communistes du Bas-Rhin

    Sources :

    [1] Article de France Bleu Alsace daté du dimanche 11 novembre 2018 : "Le drapeau alsacien Rot un Wiss hissé illégalement sur la cathédrale de Strasbourg"
    https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/le-drapeau-alsacien-hisse-illegalement-sur-la-cathedrale-de-strasbourg-1541928836

    [2] Textes d'orientation adoptés à la Conférence fédérale du MJCF 67 (30 septembre 2017)
    http://uecstrasbourg.over-blog.com/2017/10/textes-d-orientation-adoptes-a-la-conference-federale-du-mjcf-67.html

    [3] Commémoration du centenaire du Conseil ouvrier de Strasbourg
    https://www.facebook.com/jc.basrhin/posts/1074118276082457

    [4] Notre article sur le centenaire du Novembre rouge alsacien : "Il y a 100 ans : le drapeau rouge"
    http://uecstrasbourg.over-blog.com/2018/11/il-y-a-100-ans-le-drapeau-rouge.html

    [5] Tweet du 1er Adjoint au Maire de Strasbourg chargé de la Culture, Alain Fontanel : https://twitter.com/AlainFontanel/status/1061536116443103232


  • Commentaires

    2
    Pascal
    Lundi 12 Novembre à 13:28
    "La France n'a donc pas sauvé le peuple alsacien de la guerre, et au contraire elle l'y plongera plus cruellement encore pour défendre ses profits en 1939."
    Le texte semble rendre la bourgeoisie française responsable de la guerre au moins autant que sa consoeur allemande. Ce qu'aujourd'hui on reproche aux trotskistes de l'époque ("Ils se valent !").
    1
    Pascal
    Dimanche 11 Novembre à 13:48
    https://www.google.fr/amp/s/france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/strasbourg-0/strasbourg-drapeau-rot-und-wiss-fleche-cathedrale-1572914.amp
    Il peut s'agir de régionalistes de droite.
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