• Depuis le temps que ça durait... l'organisation Éirígí l'a fait, mettant les points sur les i ! (traduction d'un camarade breton) : 


    Les néo-nazis n’ont aucun droit à se revendiquer de Pádraig Pearse et du républicanisme irlandais !

    Comme il apparaît qu’un groupe français d’extrême droite, le GUD (Groupe Union Défense) a tenu une réunion publique en tentant de récupérer Pádraig Pearse et la liberté de l’Irlande, Éirígí affirme qu’il n’y aucune place pour les néo-nazis, racistes ou fascistes au sein de lutte révolutionnaire irlandaise.

    Le républicanisme socialiste irlandais est une idéologie internationaliste, laïque et inclusive, avec une longue et fière histoire d’opposition à la menace fasciste, qu’elle ait montré sa tête affreuse dans les rues de Dublin ou sur les champs de bataille de l’Espagne. Depuis plus de 200 ans, le républicanisme irlandais a eu pour objectif de donner plus de pouvoir aux petites gens, indépendamment de leur religion ou de leur nationalité, et a cherché à construire sur cette île un système social qui mettrait fin à toutes les formes d’exploitation. De tels principes reposent sur une totale opposition à l’idéologie d’extrême droite.

    En tant que signataire de la Proclamation de 1916, Pádraig Pearse s’est battu pour les libertés civiques et religieuses, des droits égaux et des opportunités égales pour tous, et a finalement donné sa vie dans la tentative d’établir une République irlandaise qui chérirait tous les enfants de la nation de manière égale. L’absurdité de la suprématie raciale prêchée par l’extrême droite ne saurait être plus éloignée des convictions politiques de Pearse.

    En tant que républicains socialistes irlandais, Éirígí rejette toute tentative de la part de l’extrême droite de récupérer le combat pour la liberté de l’Irlande. Nous affirmons que la lutte en Irlande est une lutte socialiste de libération nationale.

    Nous affirmons, avec les mots de James Connolly, que “le salut de l’Irlande ne peut venir que du socialisme” !

    Étant donné que l’extrême droite à travers le monde se sent pousser des ailes depuis la victoire de Donald Trump, nous rappelons aux groupes tels que le GUD que toute tentative néo-nazie de s’organiser en Irlande a été empêchée par le Peuple irlandais, qui a sans cesse démontré qu’il est déterminé à affronter l’idéologie de la haine.

    Aucune tribune ne sera donnée aux racistes, fascistes ou néo-nazis et leur soutien n’est pas le bienvenu. No pasarán !

     

    Une orga républicaine irlandaise ferme son claquet à l'"irlandomanie" de nos fafs BBR

    Une orga républicaine irlandaise ferme son claquet à l'"irlandomanie" de nos fafs BBR


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  • Un texte paru sur le site Amnistia Garrasia, dont il sera peut-être dit dans quelques années qu'il aura marqué la renaissance du Mouvement de Libération Nationale Basque (MLNV) :


    Askatasunaren Bidean Batzarra (Français)


    Nous sommes des militants et militantes du Mouvement de Libération Nationale Basque, hommes et femmes abertzales (patriotes) et socialistes révolutionnaires de plusieurs générations. Depuis notre jeunesse, nous avons lutté pour la libération nationale et sociale du Peuple Travailleur Basque et les quatre axes du patriotisme révolutionnaire : Indépendance, Socialisme, Réunification et Réeuskaldunization (renaissance et normalisation intégrale et totale de la langue basque et de la communauté linguistique euskaldun -bascophone-). Il y a presque 50 ans fut proclamé que notre lutte se situe dans le cadre de l’internationalisme prolétarien, contre tous les impérialismes et social chauvinismes. Plus tard se sont enracinés parmi nos objectifs le Féminisme et l’Écologisme. Dans la militance pour ces idéaux libérateurs on a dû vivre la clandestinité, la persécution, la fuite, l’exil, l’arrestation, la torture, la prison, la souffrance de nos familles et proches, la mort et l’assassinat de beaucoup de nos camarades. 

     

    Le patriotisme révolutionnaire a cherché toujours la libération intégrale et globale du Peuple Travailleur Basque, il est la négation radicale de toutes les formes d’oppression. Le Peuple Travailleur Basque est composé de tous les secteurs et groupes opprimés, notamment et de forme spéciale de la Classe Ouvrière Basque. C’est pour ceci que la lutte du Peuple Travailleur Basque a un caractère socialiste révolutionnaire, dans toute l’amplitude et la profondeur du terme. Le moteur subjectif de la Révolution Basque est la conscience nationale de classe. 

     

    Après de longues années hors d’Euskal Herria, le Pays Basque, quand nous sommes retourné(e)s de la prison et/ou de l’exil, voici ce que nous avons vu : au début de ce XXIème siècle, les oppressions que souffre le Peuple Travailleur Basque sont fondamentalement les mêmes, aussi bien dans le domaine social que national, dans la domination patriarcale et culturelle, dans l’avance de la disparition de l’Euskara, la langue basque et de la communauté linguistique euskaldun, dans la destruction sans cesse de la Mère Terre, et plus violemment dans la répression contre tous et toutes qui poursuivent le combat. Les États oppresseurs, qui sont des outils implacables des oligarchies bourgeoises de France et Espagne font sans arrêt leur travail, en divisant, oppressant, exploitant, faisant disparaître la langue et la communauté linguistique basque, occupant militairement notre Pays et condamnant à la misère la plus noire au Peuple Travailleur Basque, avec la nécessaire collaboration de la bourgeoisie autonomiste basque espagnole. Ces oppressions crues et sanglantes sont devenues encore plus dures depuis l’explosion de la crise globale capitaliste, dans les années 2006-2008. Et depuis cela, elles s’intensifient chaque jour davantage. 

     

    Nous souffrons tous les jours les oppressions chaque jour plus grandes que se exercent contre le Peuple Travailleur Basque : le chômage, la pauvreté, les confiscations des maisons de travailleurs par les banques, la précarité ; les terribles accidents au travail ; l’exploitation économique impitoyable ; la dégradation progressive des salaires et des conditions du travail ; les programmes criminels d’austérité dans l’éducation, santé et services sociaux… Voici le futur que le système offre à tous les travailleurs et toutes les travailleuses basques – ouvriers et ouvrières, employé(e)s, techniciens, agriculteurs, pêcheurs, et/ou intellectuels – , la dégradation progressive des salaires et des conditions du travail ; les programmes criminels d’austérité dans l’éducation, santé et services sociaux… Voici le futur que le système offre à tous les travailleurs et toutes les travailleuses basques – ouvriers et ouvrières, employé(e)s, techniciens, agriculteurs, pêcheurs, et/ou intellectuels – c'est-à-dire, à tous et toutes les esclaves salarié(e)s. Misère et répression. 

     

    Tout ceci, et en plus, la violence et le terrorisme patriarcal contre les femmes, l’oppression nationale et l’occupation militaire de notre patrie, la disparition progressive de l’Euskara, la langue basque et l’ethnocide contre les euskaldun, la censure, la torture, la prison, l’intoxication idéologique et la consommation névrotique de toujours plus de marchandises. Les États espagnol et français ont récupéré enfin le monopole de la violence, et ils l’utilisent impitoyablement pour nous oppresser davantage. 

     

    Le fait d’être des anciens prisonniers et des anciennes prisonnières, d’avoir été exilé(e)s ne fait de nous des anciens militants de la lutte. Au contraire, nous sommes toujours des militants et militantes abertzales et socialistes révolutionnaires. Nous voulons mettre au service de la libération nationale et sociale d’Euskal Herria notre travail et énergie, nos réflexions et expériences. 

     

    C’est pour cela que nous voulons dénoncer devant de Peuple Travailleur Basque, de forme claire et sans complexes que le changement de stratégie réalisé par la Gauche Abertzale pendant ces dernières sept années ne s’est pas limité seulement à la fin de la lutte armée, mais qu’il est allé beaucoup plus loin. Ce changement-là, que quelques-uns nous vendaient à l’époque comme étant la « stratégie indépendantiste efficace » aujourd’hui, sept ans plus tard, a mené au Mouvement de Libération Nationale Basque à une crise très grave. 

     

    Ce changement de stratégie a été un coup monté par une fraction réformiste de la Gauche Abertzale, pour intégrer notre mouvement au sein du système et liquider le Mouvement de Libération Nationale Basque, la Révolution Basque et même l’abertzalisme socialiste révolutionnaire. Cette manigance, une fois l’illusion, l’euphorie et la fascination initiales dissipées, a généré, au sein du Peuple Travailleur Basque frustration, tristesse, désaffection, méfiance, confusion, dépolitisation et démobilisation, et a bloqué notre lutte de libération nationale et sociale. Cette manœuvre l’a désactivée et affaiblie profondément. Dans la mesure que nous somme militants et militantes de Mouvement de Libération Nationale Basque, nous ne pouvons absolument pas accepter ce changement opportuniste radical. Petit à petit, la fraction réformiste qui a pris le control de la Gauche Abertzale est en train de trahir tous les principes du Mouvement de Libération Nationale Basque. D’une façon éhontée, à notre avis, mais sans aucune vergogne de sa part. 

     

    La lutte de classe au sein du Mouvement de Libération Nationale Basque a toujours existé, entre les nombreux éléments réformistes et opportunistes de la petite bourgeoisie basque et les militants et militantes abertzales et socialistes révolutionnaires de la classe ouvrière basque, pour conquérir la direction et l’hégémonie du mouvement. Il y a eu toujours une lutte idéologique et organisationnelle très dure entre ces deux classes sociales. Celle-ci a produit beaucoup de crises et scissions au long de l’Histoire, que nous n’allons pas expliquer ici au détail. Dans la longue et ample Histoire du Peuple Basque se sont souvent produites des situations difficiles pareilles. Pour n’en citer que trois, l’accolade de Bergara (Guipuscoa) au XIXème siècle, qui mis fin à la première guerre carliste ; la trahison impardonnable commise par le Parti Nationaliste Basque à Santoña (Santander) en 1937, qui mit fin à la guerre populaire contre le fascisme espagnol de Franco en Euskal Herria ; et, il y a presque quarante ans, le processus pourri de repentance de ce qui était, à l’époque, le bloc formé par l’organisation PM, le parti EIA et la coalition Euskadiko Ezkerra. 

     

    Cette machination, qui a démarré il y a fort longtemps, est d’une nature très proche à celle des autres citées là-dessus. Si l’on devait signaler une date qui soit qualitativement significative, nous citerions le 9 novembre 2009. Ce jour-là, dans une lamentable conférence de presse faite au nom de la Gauche Abertzale à Altsasu (Navarre), la fraction réformiste accepta les principes Mitchell, tout en prenant apparemment et de façon fausse, la représentation de tout le Mouvement de Libération Nationale Basque. Et ceci était un mensonge alors, et l’est encore plus aujourd’hui. 

     

    Les principes du sénateur des États-Unis Mitchell ne sont pas neutres. Ils se situent dans le droit chemin de la stratégie contre-insurrectionnelle développée par l’impérialisme anglo-saxon pour défaire dans toute la planète et a tous les niveaux les Mouvements Révolutionnaires de Libération Nationale des Peuples Travailleurs. Ceci est arrivé en Irlande et en maints autres endroits. Par cette combine astucieuse, la fraction réformiste et ses alliés opportunistes ont voulu faire échec et mat aux secteurs abertzales et socialistes révolutionnaires du Mouvement de Libération Nationale Basque. Et nous devons admettre, de façon autocritique, qu’ils ont réussi en grande partie à atteindre leur objectif. 

     

    Après ceci, il nous est arrivé un véritable déluge d’initiatives et communiqués : le document Zutik Euskal Herria !, les déclarations de Bruxelles et Iruñea (Pampelune), le pacte Lortu arte, la charte de Gernika, la légalisation du parti Sortu, la naissance des coalitions Bildu, Amaiur et EHBildu, la dissolution des organisations Segi, Ekin et Askatasuna, la conférence de paix d’Aiete, à Donostia (Saint Sébastien), la fin définitive de la lutte armée menée par ETA, la blague d’en attendant Godot en Norvège, la conférence de presse que quelques ex-prisonniers et exprisonnières firent a Durango (Biscaye), la voie basque vers la paix de EHBildu, le Forum Social, des essais pour dévier l’EPPK, le collectif de prisonniers et prisonnières politiques basques de la ligne de défense de l’Amnistie (le communiqué de 2013), la voie Rufi et la ligne Barrena, qui acceptent la législation carcérale destructrice des prisonniers et prisonnières politiques basques et les mensonges de juges fascistes, etc. Les déclarations que le leader suprême du réformisme fit pendant son jugement à Madrid, en 2011, firent spécialement significatives. 

     

    Ce qui au début fut une petite et secrète fraction est devenu aujourd’hui totalement majoritaire au sein de la Gauche Abertzale, attirant vers ses thèses et sa stratégie les permanents, responsables et directions de toutes des structures, organisations et mass media de celle-ci. Á conséquence de ceci, la déception et la démobilisation du Peuple Travailleur Basque se sont accentuées, mettant en péril jusqu’à la propre possibilité de libération nationale et sociale. 

     

    Nous devons déconstruire et démasquer la philosophie et la novlangue qui sont derrière cette machination politique. C’est une idéologie toxique et aliénante. Ce n’est pas vrai que nous voulons une paix sans vainqueurs ni vaincus. Nous voulons des vainqueurs : le Peuple Travailleur Basque et le reste de Peuples Travailleurs. Et nous voulons aussi des vaincus : les oligarchies de France et Espagne et l’impérialisme international. Les oppresseurs et les opprimé(e)s. 

     

    Nous n’aimons pas du tout le langage bizarre qui est en train de devenir majoritaire, dans lequel les classes sociales deviennent « l’ensemble des citoyens et citoyennes » ; la lutte de classes, « relations de travail » ; le Peuple Travailleur Basque, « la société basque » ; l’autodétermination, « droit à décider » ; la négation de l’existence même du Peuple Basque, « déficit démocratique » ; le Socialisme, « justice sociale » ou « nouveau modèle économique et social » ; les travailleurs et travailleuses, « citoyens et citoyennes » ; l’exploitation de la bourgeoisie, « cohésion sociale » ; la dictature du Capital, « démocratie » ; la censure et l’inquisition, « tolérance » ; la violence systématique des États, « paix » ; le monopole de la violence que les oligarchies ont repris, « normalisation » ; les destructions écocides de la Mère Terre, « développement durable» ; la Restauration néo franquiste de la Monarchie Espagnole, « transition démocratique » ; l’impérialisme, « communauté internationale » ; les massacres de l’OTAN, « interventions humanitaires » ; la torture, « excès policiers » ; les bandes de voleurs de la bourgeoisie, « partis politiques démocratiques » ; les agressions criminelles des capitalistes, « austérité » ; l’ethnocide de la communauté linguistique euskaldun, « bilinguisme équilibré » et « normalisation de l’Euskara » ; l’Amnistie, « résolution des conséquences du conflit » ; les bourreaux et tortionnaires fascistes, « victimes du terrorisme » ; les forces d’occupation, « défenseurs de la Loi » ; les cipayes de la bourgeoisie basque espagnole, « ertzainas » ; les patrons exploiteurs, « entrepreneurs » et « créateurs d’emploi » ; se rendre á l’ennemi national et de classe, « processus de paix et résolution du conflit» ; baisser son froc, « unilatéralité » ; la Révolution Basque, « phase et stratégie du passé » ; faire cadeau des armes à l’ennemi, « donner une solution aux instruments et structures qui dérivent de l’activité armée » ; se mettre aux ordres des opportunistes, «rassembler de forces et réussir à passer des accords » ; le conflit et la dialectique révolutionnaires, « transversalité » ; la colonisation, « pluralisme et diversité »… 

     

    Ces deux philosophies, façons de parler et terminologies, d’un côté la réformiste et opportuniste, et de l’autre l’abertzale et socialiste révolutionnaire s’opposent mutuellement tous les jours de manière claire et inévitablement. L’unité est impossible quand au sein du même mouvement coexistent des stratégies totalement opposées et des lignes politiques absolument antagoniques. Quelques-uns et quelques-unes veulent s’intégrer dans le jeu, normes et institutions du système capitaliste français et espagnol, pendant que d’autres, au contraire, veulent détruire et anéantir le système radicalement, pour pouvoir bâtir une Euskal Herria euskaldun, indépendante, réunifiée et socialiste. Au milieu d’une crise stratégique aussi grave, le fonctionnement normal de majorités et minorités ne peut plus avoir lieu. Jamais. 

     

    C’est dans la bataille théorique, idéologique et sociopolitique autour de l’Amnistie que se dévoile, de façon paradigmatique, le télescopage frontal entre les deux stratégies. Les réformistes laissèrent de côté l’Amnistie dès le début, car ils pensaient, dans leurs schémas prétendument réalistes, modérés et institutionnalistes, que la rupture vraiment démocratique que l’Amnistie Générale suppose et amène avec le régime néo-franquiste de 1978 était impossible. Donc, ils commencèrent à transiter vers des voies possibilistes, soutenant les sorties individuelles et forçant EPPK, le collectif des prisonnières et prisonnier politiques basques à accepter la législation carcérale destructrice de leur identité militante, tout en pensant que de cette façon les deux oligarchies adouciraient serait-ce un peu leur politique criminelle et assassine contre les prisonniers et prisonnières politiques basques. Misère du possibilisme, parce qu’en prenant ce chemin, jusqu’à la moindre amélioration en prison devient impossible, car les ennemis se sentent forts en vainqueurs. 

     

    Devant cette dérive, des militants et militantes du Mouvement de Libération Nationale Basque ont pris l’initiative de créer le Mouvement pour l’Amnistie et contre la Répression. La réaction du réformisme fut dure et fulminante. Des anathèmes et des excommunications. Mais le mouvement suivit son chemin en avant, en se développant dans toute Euskal Herria. Il devint plus fort aussi, en s’enracinant dans des secteurs de plus en plus larges du Peuple Travailleur Basque, notamment chez les jeunes. Et la mobilisation démarra. 

     

    En regardant tout ça, le réformisme a changé de tactique récemment. Dorénavant le mot Amnistie n’est plus un tabou dans leur langage, et ils ont commencé à utiliser le terme, pour mieux le vider de sa charge libératrice et révolutionnaire. Ils ont fait la même chose avec la désobéissance et la résistance civiles à l’époque de la déclaration Zutik Euskal Herria ! Les bases de la Gauche Abertzale les ont crus. Pourquoi pas maintenant ? Beaucoup de militants et militantes pleines de bonne volonté l’on fait. Apparemment les réformistes se situent maintenant « dans la direction de l’Amnistie », mais en réalité ils sont pour la voie « Rufi/Barrena », farouchement. 

     

    Aujourd’hui les gens commencent à s’en rendre compte. « Le mensonge a la queue courte », dit un dicton en langue basque. La Gauche Abertzale réformiste a beaucoup de ressources, de même que la coalition Euskadiko Ezkerra les avait aussi en son temps. Mais elle n’a pas raison. C’est pour cela qu’ils et elles n’acceptent pas de participer à un débat stratégique public, en face à face. 

     

    Tenant compte de la gravité de la situation, en janvier de cette année, quelques ex-prisonniers et prisonnières, ainsi que quelques ex-exilé(e)s avons commencé à nous réunir et discuter autour de trois axes majeures : 

     

    1.- Préserver la dignité et le valeur de la lutte, et aller à l’encontre de tous les essais de manipulation et réécriture de l’Histoire du Peuple Travailleur Basque. 

     

    2.- Ne pas fermer les porte à un futur libre et meilleur pour les nouvelles générations. 

     

    3.- Être solidaires envers tous et toutes les militants politiques basques qui sont en train de souffrir la répression (exil, déportation, prison) et leur faire savoir que pas un seule ou une seule ne sera abandonné(e) au bord du chemin à cause de son refus de céder au chantage de l’ennemi. Denok ala inor ez ! Dena ala ezer ez ! (extrait d’un poème de Bertoldt Brecht très populaire en langue basque. “Tous et toutes ou personne ! Tout ou rien !”) 

     

    Nous nous réaffirmons dans notre engagement en faveur de la libération du Peuple Travailleur Basque et la stratégie de reconstruction du Mouvement de Libération Nationale Basque, et nous aiderons et soutiendrons avec toutes nos forces toutes les initiatives pour réussir ces objectifs. 

     

    Nous dirions beaucoup d’autres opinions et réflexions, mais c’est une chose connue qu’il ‘y a pas aucune forme de liberté d’expression au Royaume d’Espagne, et que les serfs et les chiens de garde de l’oligarchie néo franquiste répriment durement toute idée ou analyse réellement révolutionnaire. Et la même chose arrive dans la Ve République totalitaire de la bourgeoisie française, ethnocide et impérialiste. 

     

    Nous voulons faire un appel à tous et toutes les militant(e)s abertzales et socialistes révolutionnaires qui s’identifient avec les objectifs historiques du Mouvement de Libération Nationale Basque, pour qu’ils et elles s’auto organisent village par village et quartier par quartier, dans des assemblées ou de la façon qu’ils trouvent adéquate, pour mener de l’avant la lutte de libération nationale et sociale du Peuple Travailleur Basque, dans le chemin de l’État Socialiste Basque. Que chacun et chacune prenne sa place, selon ses idées et désirs, dans la lutte pour libérer Euskal Herria. 

     


    Gora Euskal Herria, askatuta eta sozialista! Jotake, irabazi arte ! 

     

    EUSKAL HERRI LANGILEAREN ASKATASUN OSOA HELBURU, BORROKA DA BIDE BAKARRA ! 

     

    ASKATASUNAREN BIDEAN 

     

     

    Askatasunaren Bidean Batzarra (Français) - déclaration collective d'ancien-ne-s militant-e-s, prisonnier-e-s et exilé-e-s révolutionnaires basques

    Askatasunaren Bidean Batzarra (Français) - déclaration collective d'ancien-ne-s militant-e-s, prisonnier-e-s et exilé-e-s révolutionnaires basques

    Askatasunaren Bidean Batzarra (Français) - déclaration collective d'ancien-ne-s militant-e-s, prisonnier-e-s et exilé-e-s révolutionnaires basques


    Sur la situation basque et les évolutions de ces dernières années, lire :

    Sur la liquidation réformiste en Euskal Herria : l'analyse d'un communiste abertzale - 12  et  3

    Quelques réflexions liminaires sur la situation basque et les luttes de libération en général

    Réflexions sur la situation basque et les luttes de libération - SUITE


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  • Joyeuses Pâques... et joyeux centenaire, Révolution irlandaise !

    Joyeuses Pâques... et joyeux centenaire, Révolution irlandaise !


    (Chanson dédiée au soulèvement, reprise par les Young Dubliners, ici sur des images de guérilla urbaine à Belfast)

    As down the glen one Easter morn to a city fair rode I
    There Armed lines of marching men in squadrons passed me by
    No fife did hum nor battle drum did sound it's dread tatoo
    But the Angelus bell o'er the Liffey swell rang out through the foggy dew

    Right proudly high over Dublin Town they hung out the flag of war
    'Twas better to die 'neath an Irish sky than at Suvla or Sud El Bar
    And from the plains of Royal Meath strong men came hurrying through
    While Britannia's Huns, with their long range guns sailed in through the foggy dew

    'Twas Britannia bade our Wild Geese go that small nations might be free
    But their lonely graves are by Suvla's waves or the shore of the Great North Sea
    Oh, had they died by Pearse's side or fought with Cathal Brugha
    Their names we will keep where the fenians sleep 'neath the shroud of the foggy dew

    But the bravest fell, and the requiem bell rang mournfully and clear
    For those who died that Eastertide in the springing of the year
    And the world did gaze, in deep amaze, at those fearless men, but few
    Who bore the fight that freedom's light might shine through the foggy dew

    Ah, back through the glen I rode again and my heart with grief was sore
    For I parted then with valiant men whom I never shall see more
    But to and fro in my dreams I go and I'd kneel and pray for you,
    For slavery fled, O glorious dead, When you fell in the foggy dew.


    Ici dans un ancien article du site, deux textes historiques fondamentaux : la Proclamation de la République par les insurgés et "Pour l'Armée citoyenne" du républicain socialiste James Connolly.


    À revoir aussi :

    Séance ciné : "Le vent se lève" de Ken Loach


    Et en "bonus", un documentaire (7 parties en playlist) sur la lutte des années 1970-80 ; intéressant malgré le parti-pris éminemment bourgeois "Fin de l'Histoire", anticommuniste (projetant ce fantasme sur l'IRA), anti-"terroriste" et pro-"accords de paix" de la réalisation :


    http://www.dailymotion.com/playlist/x1rxoz_Xenomorf_les-soldats-de-l-ira/1#video=x15p9n

     


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  • Suite aux récents évènements survenus en Corse, à Prunelli di Fiumorbu, où une kermesse de fin d'année scolaire a été annulée car des parents d'élèves se sont violemment opposés à ce que la chanson Imagine de John Lennon soit chantée en partie en arabe, l'organisation de gauche radicale A Manca ("La Gauche") a publié un communiqué que nous reproduisons traduit ci-après.

    Ceci car :

    1°/ Les médias francouilles n'ont bien sûr pas manqué l'occasion d'en remettre encore une couche sur "le racisme des Corses", phénomène évidemment relié (plus ou moins explicitement) au "vilain nationalisme tout pas beau" de ce Peuple (lisez ne serait-ce que le florilège de commentaires trollesques de toute la crème-de-merde jacobinarde-de-gauche francouille sous l'article de La Horde en lien ci-dessus...) ; comme si cela n'existait pas sur le continent (non non...) et comme si la Corse était la "région française" qui vote le plus Front National, ce qui est loin d'être le cas.

    2°/ Il est donc important de montrer qu'une "autre voix corse" (libérationiste corse) existe, et que ni le mouvement de libération ni la Corse en général ne peuvent se résumer à un ramassis de xénophobes racistes - l'"antiracisme" bourgeois jouerait ici le même rôle de stigmatisation que le "féminisme" vis-à-vis des musulmans. Il ne s'agit pas de se voiler la face : le problème existe et il n'est pas mineur, il est même assez grave (reste à démontrer qu'il le soit plus qu'en Occitanie par exemple... ou en "vraie France" du Bassin parisien, qui scrutin après scrutin ressort toujours plus uniformément bleue marine)... et il ne se réduit pas du tout (au demeurant) à la mouvance nationaliste : les "loyalistes" pro-français locaux (en mode "et s'il y a l'indépendance qui c'est qui va payer les retraiiiites"...), bons droitards votant pour les caciques UMP voire "bonapartistes" (!) du cru, ne sont sans doute pas de grands "xénophiles" devant l'éternel et sont même sans doute - de très loin - les plus racistes [par exemple ici avec le maire UMP d'un petit village près d'Ajaccio, suite à de nouveaux évènements racistes dans la région de Bastia en août 2016 - en plein psychodrame hexagonal français sur le "burkini"].

    D'ailleurs, si nous avons dit que le FN faisait globalement des scores plutôt faibles en Corse (très faibles historiquement, mais depuis 2002 et surtout 2010 il est considérablement monté comme partout ailleurs), il y a toutefois un secteur où il est particulièrement et de tout temps élevé et c'est justement celui de Prunelli di Fiumorbu, Ghisonaccia, le sud de la Plaine orientale où se trouve notamment... depuis 1960 la base militaire de Solenzara, place-forte essentielle de l'impérialisme français que le mouvement de libération a toujours dénoncée et attaquée comme telle ; le coin comptant également une importante population de Pieds-Noirs rapatriés ainsi que d'ouvriers agricoles maghrébins que ces derniers ont en quelque sorte "importés" ("important" ainsi l'ordre social colonial d'Afrique du Nord et ses réflexes d'apartheid) : difficile de croire que tout cela est le pur fruit du hasard [lire à ce sujet les commentaires - toujours sous l'article de La Horde - d'un militant "rossu" ("rouge") de libération nationale justement originaire du coin : Fiumorbu Rossu.pdf].

    3°/ Toutefois, nous ne partageons pas l'analyse selon laquelle tout se résumerait aux "coupes budgétaires dans les services de la culture". La problématique est bien plus complexe et profonde que cela : elle s'inscrit dans la structure même de l'ordre capitaliste-impérialiste français ; structure au sein de laquelle la position de la Corse est certes extrêmement subordonnée (la politique de l’État français, jusqu'aux soulèvements des années 1970 en tout cas, y a été pour parler clairement coloniale) mais néanmoins "supérieure" aux Peuples extra-européens ("supérieure" dans les représentations sociales dominantes, s'entend) ; et cette position "supérieure" est une très importante chaîne mentale permettant d'arrimer l'île au système France (l'idée de "ne pas devenir un pays du tiers-monde" n'est-elle pas déjà le premier frein aux idées de libération véritable ?). Corses, Occitans, Bretons, Ch'tis/Picards/Ardennais ou encore Lorrains sont relégués, périphérisés et traités en "provinces" au sein de l'Hexagone "métropolitain" ; mais face à l'Empire ("outre-mer" et néo-colonies pseudo-"indépendantes") et aux colonies intérieures qui en sont issues en "métropole" même (qui en sont les "ambassadeurs" en quelque sorte), le système pour mieux les "tenir" a fait d'eux des "Blancs" - des "petits blancs" dont le racisme est souvent outrancier, "primaire" par opposition au racisme feutré et "bien pensant" des salons parisiens (ou "petits parisiens" des métropoles-relais de "province").

    C'est un fait que, comme beaucoup d'Occitans, beaucoup de Corses ont été à travers l'histoire les petits soldats de l'impérialisme français* ; et ce passé (comme en Occitanie, mais là - en plus - avec une conscience de peuple réduite à presque rien) imprègne les mentalités jusqu'au sein même du mouvement de libération - jamais toutefois sans y susciter controverses et rejet, car un mouvement de libération ne peut par nature jamais être totalement hermétique aux sentiments internationalistes (la position officielle qui se dégagera finalement sera celle d'une "Corse communauté de destin""est corse celui ou celle qui vit en Corse et se sent corse"). L'on peut citer à titre d'exemple la fameuse affaire de l'exécution en 1986, au nom de la "lutte contre le trafic de drogue", de deux revendeurs de haschich tunisiens (ce qui avait suscité de violentes polémiques au sein du FLNC, le décideur de l'opération allait d'ailleurs être exclu quelques années plus tard - pour de toutes autres raisons cela dit) ; ou encore ce tract de revendication de la fin des années 1990 qui commençait par "Au nom de l'idéal parachutiste et légionnaire" (en quoi des personnes d'un mouvement de libération peuvent-elles se revendiquer de "l'idéal" militariste de l'impérialisme qui les opprime et qu'elles combattent ?).

    Tout ceci doit faire l'objet d'un "examen de conscience" approfondi et sans "langue de bois", d'un débat franc et ouvert et d'une lutte de lignes au sein du mouvement ; une lutte qui sache être antagonique s'il le faut - c'est la même chose en Occitanie. Car la vérité, dans la logique d'encerclement "constricteur" des Centres par les Périphéries qui est celle de la Guerre populaire mondiale, c'est que les Peuples périphérisés "petits blancs" d'Europe poussés par la vague des luttes du "tiers-monde" et des colonies intérieures doivent se lancer à leur tour à l'assaut des Centres du pouvoir qui les opprime, jusqu'à faire tomber tout l'édifice - telle est la seule vision d'ensemble correcte dans laquelle peut s'inscrire la lutte, que ce soit de classe ou de libération "nationale" (mais évidemment cette "pression" va aussi soulever des résistances, des réactions d'"accrochage" au "privilège"-prison "blanc", réactions bien sûr encouragées par le Pouvoir dont elles font partie des "défenses immunitaires" - comme le montre la capitulation sans combat de l’Éducation nationale dans la présente affaire).

    Le racisme est le reflet intellectuel de l'impérialisme et la domination impérialiste, comme l'expliquait très justement Marx en 1870, est le "secret de l'impuissance" du/des Peuple(s) travailleur(s) de la métropole impériale (en ce qui nous concerne, l'Hexagone mais aussi dans une certaine mesure la Corse). Tant qu'il y aura des travailleurs corses pour avoir vis-à-vis des travailleurs maghrébins le rapport que Marx décrivait entre les ouvriers anglais et irlandais à la fin du 19e siècle, ils ne pourront arracher leur propre libération révolutionnaire au Grand Capital français.

    Aux dernières nouvelles, au centre de cette triste affaire se trouverait une association de parents d'élèves plus ou moins liée au "Cercle Petru Rocca", groupuscule d'extrême-droite ayant pris le nom d'un célèbre autonomiste des années 1920-30 qui avait terminé dans les bras de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie. Ce courant fascisant au sein du mouvement d'affirmation nationale avait été dénoncé en décembre 2013 par les camarades d'U Cumunu (gauche marxisante de libération nationale) : Le Cercle Petru Rocca, l’incohérence de la haine


    Le racisme est le fruit de l'ignorance et de la démolition culturelle


    A Manca sur les récents évènements racistes survenus en CorseA Manca adresse son soutien le plus sincère aux deux enseignants de Prunelli di Fiumorbu qui ont vu leur mission éducative piétinée par une poignée de parents racistes voulant empêcher leurs enfants de chanter en arabe des couplets de la chanson Imagine de John Lennon, ce qui était prévu pour une fête scolaire de fin d'année.

    L'action ouverte de ces parents symbolise la libération de la parole raciste en Corse, qui s'exprime aujourd'hui plus que jamais sans honte ni complexe.

    Cet évènement intervient dans un contexte de terrible croissance des forces politiques racistes et d'extrême-droite en Europe, en France bien sûr, et dans notre pays sous la forme de micro-organisations locales dangereuses du point de vue de leur activité comme de leur idéologie.

    Ce racisme est la conséquence de la démolition culturelle dont souffre la Corse depuis des années, démolition que sont venues compléter les coupes dans les budgets publics affectés au service de la culture.

    Il est de notre responsabilité d'organisation politique de dénoncer et combattre en tout lieu et par tous les moyens possibles toutes les formes de racisme et de fermeture à la diversité. Il est également de la responsabilité de l'administration française, en l'occurrence ici de l'inspection académique de ne pas laisser triompher le racisme à l'école : annuler la fête a été selon nous une erreur majeure, qui permet à ces racistes de se sentir forts et maîtres.

    Ceux qui croient qu'ils vont améliorer leur situation personnelle en accusant l'étranger d'être à l'origine de tous les maux se trompent d'ennemi. Ce ne sera jamais le travailleur arabe, portugais ou polonais qui fera du tort à ses semblables, qui exploitera les autres travailleurs : ces choses-là sont le fait de la bonne société des capitalistes, qu'ils soient corses ou non ; capitalistes qui se multiplient et se donnent en exemple à notre époque.

    Il n'est pas possible, pour nous patriotes de gauche, de construire la société bilingue et harmonieuse de demain sans nous ouvrir au plurilinguisme qui fait la Corse de 2015. Située au carrefour de la Méditerranée, il appartient à la Corse de s'affirmer comme une terre de mélange culturel et non comme une citadelle ethnique.


    *************************************************

    Quoi qu'il en soit, cette affaire montre bien devant quel genre de revendications l’État français - en Corse - s'aplatit sans guère opposer de résistance... Lorsqu'il s'agit de privilégier le mètre carré habitable pour ceux/celles qui vivent et travaillent en Corse plutôt que pour les résidences secondaires et le tourisme, ou encore de reconnaître une co-officialité à la langue nationale corse, c'est une toute autre affaire ! [Mais comme nous l'avons vu plus haut, la vérité c'est que l'ordre dominant encourage ce genre d'attitudes d'"accrochage au privilège petit-blanc", a fortiori chez des Peuples périphérisés et connus pour être "remuants" : ceci explique (pour dissiper la perplexité d'A Manca) la capitulation de l'institution scolaire dans ce dossier.]

    Lire également ce bon article : Prunelli di Fium'Orbu - Méfions nous, les loups sont partout (Corsica Infurmazione).

    Le forum Camperemu des supporters du SC Bastia, fréquenté à 100% par des partisans de la libération nationale, a ouvert un sujet sur l'affaire qui donne un "échantillon" assez fidèle des opinions et des débats qui peuvent exister là-bas - où l'on pourra constater qu'on est loin d'un unanime "les Arabes dehors" comme certains voudraient nous le faire croire (l'on aura aussi un bon aperçu des problématiques locales qui sous-tendent les "passions" sur le sujet) : http://www.camperemu.com/viewtopic.php?f=14&t=43638

    Et puis aussi, plus cinglant encore, le prisonnier politique Niculaiu Battini de la Ghjuventù Indipendentista (Jeunesse indépendantiste), actuellement incarcéré à Bois-d'Arcy, s'est exprimé sur ces faits lamentables pour apporter son soutien aux enseignants et dénoncer les pétitionnaires comme (en substance) des têtes de cons qui "s'imaginent qu'être corse consiste à s'attaquer à la culture des autres", "sans aucune autre pratique politique" que celle-là, et des "amis des colons français qui s'en prennent aux Arabes pour faire oublier que les premiers envahisseurs en Corse ce sont eux" ; concluant son message par un retentissant "I FASCISTI FORA" ("les fascistes dehors")... Voilà qui a le mérite d'être dit.

    A Manca sur les récents évènements racistes survenus en Corse

    A Manca sur les récents évènements racistes survenus en Corse

    * Comme l'explique bien l'(assez marxisant) historien belge Jacques R. Pauwels ici sur le blog de Jean-Pierre Anselme : "Les gens trop pauvres, on pouvait s’en débarrasser en les envoyant dans les colonies. L’impérialisme était donc aussi une manière de résoudre les problèmes sociaux. Les pauvres pouvaient faire carrière dans ces colonies. De la sorte ils se muaient en patriotes, au lieu de rester des emmerdeurs. En les laissant intervenir de façon agressive dans les colonies, ils ne posaient plus le moindre problème dans la métropole. Il y avait par exemple pas mal de fils de fermiers sans travail, et ce du fait que l’agriculture devenait trop productive. Ces gars, on pouvait les envoyer au Congo comme missionnaires. On a expédié là-bas une vingtaine de missionnaires de chaque bled agricole flamand. On leur a collé un uniforme sur le dos et, dès lors, ils ont pu aller jouer au patron chez les Noirs."

     


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  • L’État italien est connu des révolutionnaires pour être extrêmement répressif et doté de lois d'exception permanentes, parfois issues de l'ère fasciste (délit d'"association subversive") et réactivées dans les "années de plomb" 1970, tout cela dans le silence international bourgeois le plus total : qui a entendu parler (dans les "grands" médias) des quelques 25.000 arrestations qui ont frappé (et détruit) l'Autonomie prolétarienne et le mouvement communiste révolutionnaire à la fin des années 1970 ? Ni les "sinistres régimes communistes" d'Europe de l'Est, ni même l'"Espagne" de Franco ou le Portugal de Salazar quelques années auparavant n'ont pourtant fait "mieux" !

    Depuis le milieu des années 2000 (environ), cette répression s'est abattue très durement sur la très marxiste Gauche indépendantiste de Sardaigne : A Manca pro s'Indipendentzia, qui lutte depuis sa fondation en 2004 pour la Libération révolutionnaire de ce Peuple travailleur périphérisé dans le cadre d'un État italien construit au 19e siècle par et pour la bourgeoisie de la Plaine du Pô appuyée sur la monarchie piémontaise

    Cette campagne de persécution politique contre l'île natale d'Antonio Gramsci connaît à l'heure où nous écrivons des développements judiciaires importants.

    Répression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de SardaigneLe premier "dossier" est celui du cheminot et militant de la Manca Bruno Bellomonte. Le PC maoïste d'Italie a publié un article à son sujet dont ce qui suit est une traduction résumée. Bruno Bellomonte est dans le collimateur de la "justice" italienne depuis 2006 pour des faits de soi-disante "activité terroriste" ; il a même passé près de 2 ans et demi en prison avant d'être acquitté - le dossier étant absolument vide de preuves.

    Mais cela n'a pas empêché la répression pour ces soi-disants "actes terroristes" de se poursuivre par des moyens détournés, et il faut ici être très attentif à ce qui va suivre car cela donne une idée du "fascisme déguisé" qui pourrait bien, en Europe, être la forme de gouvernement du 21e siècle : suite à son arrestation, la société ferroviaire RFI qui emploie Bruno l'avait suspendu Répression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de Sardaignepuis licencié ; il avait ensuite été réintégré suite à son acquittement. Mais le voilà à présent, depuis juin dernier, à nouveau suspendu pour une durée indéterminée exactement pour les mêmes faits qu'en 2006 : une situation pire que le licenciement puisque, privé de salaire, il ne peut pas non plus prétendre au chômage ni même... chercher un autre emploi !!

    À partir du 4 février, il tentera de faire casser cette décision inique devant la Cour d'Appel de Rome. Nous lui adressons toute notre plus sincère, rouge et libérationiste-révolutionnaire solidarité dans ce qui s'annonce comme un procès éminemment politique.

    Parallèlement s'est ouverte le 19 janvier dernier la première audience d'un procès qui s'annonce fleuve : le "procès Arcadia", du nom de l'opération déclenchée en 2006 contre le mouvement sarde (c'est dans ce cadre-là que Bruno Bellomonte avait été arrêté) par le juge antiterroriste Paolo De Angelis pour des faits de "terrorisme" remontant au début des années 2000 - des symboles de l’État italien avaient été frappés au nom de l'Organisation indépendantiste révolutionnaire et des Noyaux prolétaires pour le communisme.

    Répression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de SardaigneAu terme de 8 ans de procédure et plus de 12 voire 15 ans après les "faits" incriminés, 18 personnes (dont une bonne partie militantes de la Manca) sont donc finalement renvoyées devant la Cour d'Assises de Sassari (Sardaigne) sur la base du "fameux" article 270 bis du Code pénal, qui punit "l'association à finalité de terrorisme ou de subversion de l'ordre démocratique" par des peines allant de 5 à 10 ans de réclusion pour "participation" et de 7 à 15 ans pour "promotion, constitution, direction ou financement". L’État s'est porté partie civile.

    Pour A Manca, l'opération Arcadia n'a jamais été qu'une opération de persécution politique aux dépens de l'indépendantisme sarde et de la contestation politique en général. La durée hallucinante de la procédure, le nombre de personnes arrêtées et présentées avec un énorme battage médiatique comme de "dangereux terroristes"... puis remises en liberté après avoir été reconnues totalement étrangères aux faits poursuivis démontrent cette finalité de persécution plutôt qu'une réelle conviction de la dangerosité des inculpés.

    Des manifestations de solidarité se tiennent quotidiennement aux abords du Palais de "Justice" et comme le proclame A Manca en conclusion, "la répression et les tentatives de criminaliser le mouvement indépendantiste sarde et ses militants n'arrêteront pas la lutte pour la Libération du Peuple sarde".


    Libertàde !

    Solidariedàde !

    Rivoluziòni !

    Repubrica sarda de sos Traballadores !

    Répression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de Sardaigne
    Répression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de Sardaigne
    Répression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de Sardaigne

    Répression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de SardaigneRépression de l’État policier italien contre la Gauche indépendantiste de Sardaigne


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  • http://www.sudouest.fr/2015/01/12/pays-basque-le-proces-de-35-militants-de-la-gauche-abertzale-suspendu-sine-die-1794234-754.php

    "Il faut venir à Madrid pour voir ça!". Aurore Martin, militante abertzale originaire de Mauléon (64), vient d'apprendre, ce lundi matin, l'ajournement du procès dans lequel elle devait être jugée, aux côtés de 34 autres membres de la gauche indépendantiste basque.

    Trois des sept avocats chargés de leur défense ont été interpellés à leur hôtel madrilène, peu après 7 heures ce lundi matin.

    "Avec ces arrestations, ils nous enlèvent le droit à la défense", lâchait Aurore Martin avant d'entrer dans la salle d'audience de l'Audiencia nacional de Madrid.

    Situation ubuesque

    Le procès programmé pour durer 6 mois devait s'ouvrir ce lundi matin. 19 des 35 militants mis en examen pour leur appartenance à Batasuna (parti indépendantiste interdit en Espagne depuis 2003 mais autorisé en France) se sont présentés devant les juges sans avocats, placés en garde à vue depuis le petit jour. Un à un, ils ont exprimé leur volonté de continuer d'être défendu par leur avocat. 

    "Avec ces arrestations, ils nous enlèvent le droit à la défense"

    Face à cette situation ubuesque, les juges ont décidé de suspendre sine die le procès qui n'avait même pas commencé.

    Les 35 militants ont repris la route en direction du Pays basque. Les deux militantes d'origine française, Aurore Martin et Haizpea Abrizketa, pourraient se joindre au rassemblement organisé ce lundi à 18h30 devant la mairie de Bayonne.

    L'arrestation de ces trois avocats intervient dans le cadre d'une vaste opération policière qui a conduit, ce lundi matin, à l'interpellation de 16 personnes, au Pays basque espagnol et à Madrid.

    Au total, 12 avocats auraient été placés en garde à vue, accusés d'avoir "transmis des instructions aux prisonniers d'ETA entre 2012 et 2013", selon le ministère de l'Intérieur espagnol.

    #JeSuisAurore !


    État espagnol : le procès d'Aurore Martin et d'autres militants basques suspendu après l'arrestation de trois de ses avocats...

    Lire le communiqué de l'OC-FR : Communiqué de soutien à Aurore Martin

     


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  • catalogneComme cela était prévu de longue date - et comme nous avions déjà eu l'occasion d'en parler, le Peuple catalan s'est donc rendu aux urnes ce dimanche pour décider... de son indépendance. Il est ressorti des urnes de cette consulta un OUI FRANC ET MASSIF des quelques 2,2 millions de votants aux deux questions qui étaient posées : que la Catalogne devienne un État (91,82% soit 2,05 millions de voix) et qu'elle devienne un État INDÉPENDANT (80,76% soit 1,8 millions).

    Petit problème, lui aussi annoncé de longue date : ce référendum était rigoureusement non-autorisé par le pouvoir "constitutionnel" de l’État central espagnol, qui refuse et refusera donc catégoriquement d'en reconnaître le résultat. État bourgeois aux abois (comme nous l'avons maintes fois analysé), l'"Espagne" s'est donc refusée à même envisager la situation qu'aurait eu à gérer - par exemple - Londres en cas de victoire de l'indépendance en Écosse en septembre dernier.

    Cette obstruction démocratique s'est d'ailleurs reflétée dans les urnes par une très forte abstention : plus de 3 millions de personnes sur les 5 millions et demi potentiellement convoquées (soit plus de 60%) ne se sont pas déplacées, les espagnolistes n'étant généralement pas allés voter à un scrutin considéré par eux comme illégitime et dénué de toute valeur (ce qui leur permettra évidemment de dire que l'abstention + le "non" sont largement au-dessus du "oui"...). Ceci a aussi pu jouer au demeurant sur la mobilisation du camp indépendantiste, soit par légalisme (on imagine mal l'électorat CiU, par exemple, en grands rebelles...) soit par sentiment d'inutilité. Néanmoins, ce sont en définitive quelques 40% de participation et un tiers des habitants de la Catalogne en mesure de voter (le droit de vote était ouvert à partir de 16 ans ainsi qu'aux étrangers résidents depuis plus d'un an) qui se sont prononcés pour l'indépendance de leur pays (rappelons aussi que bien des élections tout à fait légales et reconnues ne connaissent pas une participation bien supérieure... il suffit de penser aux dernières européennes : 42% en "France", 45% en "Espagne" !). Tous les scénarios sont donc désormais du domaine du possible, surtout lorsque l'on connaît la tradition de grande brutalité de Madrid quand il s'agit d'empêcher l'éclatement de sa construction étatique historique au service du Capital.

    La question catalane au sein de l’État espagnol a été assez bien étudiée par Servir le Peuple dans son article sur la construction historique de cet État. La Catalogne faisait originellement partie (de fait, elle était le moteur économique) du Royaume d'Aragon qui, en s'unissant à celui de Castille-León (mariage de Ferdinand II et Isabelle Ière), a donné naissance au Royaume d'Espagne. Les classes dominantes catalanes (aristocratie et bourgeoisie) étaient donc originellement - en quelque sorte - des "associées" de celles de Castille au sein du nouvel État moderne ; mais des "associées" se sentant très vite "flouées", n'obtenant qu'une toute petite partie (Pays valencien et Baléares) des terres "re"conquises sur Al-Andalus tandis que les colonies "découvertes" dans les Amériques étaient directement rattachées à la Couronne castillane. Ceci amènera, assez rapidement, la renaissance d'un très fort sentiment autonomiste voire indépendantiste dès lors (17e siècle) que le "miracle espagnol" du "Siècle d'Or" montrera ses premiers signes d'essoufflement (faute d'un réinvestissement intelligent par la Castille des richesses pillées outre-mer) ; tandis que de leur côté, les masses du peuple comme dans toute la péninsule résistaient naturellement à un État moderne synonyme de leur soumission brutale à l'accumulation primitive capitaliste, de la destruction de leur vie sociale "républicaine" dans les villages et les bourgs et de leur réduction à une pure force de travail productrice de plus-value.

    L’État espagnol "résoudra" cela au 18e siècle, après deux grands révoltes (Guerra dels Segadors - "Guerre des Faucheurs" - et celle de la Guerre de Succession d'Espagne), en imposant "tout simplement" à l'ancienne "Couronne d'Aragon"... le centralisme à la française, d'autant plus facilement que c'était désormais un petit-fils de Louis XIV, Philippe V de Bourbon, qui régnait sur le trône madrilène. Dès lors, sans cesser d'être la partie économiquement la plus développée de l’État, la Catalogne allait être politico-militairement soumise au pouvoir de Madrid, lequel agissait au demeurant (à cette époque et encore longtemps après) en "relais" de son voisin du Nord - notre oppresseur et négateur, l’État français ! C'est qu'en définitive, l’État "espagnol" castillan comme son homologue français s'est formé en absorbant une nationalité beaucoup plus riche à la base (Catalogne et Occitanie), mais contrairement à ce dernier il n'a pas su ensuite fortifier ÉCONOMIQUEMENT sa position dominante (ce que l'Empire colonial permettait pourtant Catalogne-oklargement, mais il a dilapidé ce "capital" !), ne pouvant plus dès lors s'imposer que par la force ainsi que par le soutien d'une puissance "tutélaire" (la France du règne de Louis XIV jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, puis les États-Unis dans le cadre de la Guerre froide et désormais la "Banane bleue" européenne).

    Ceci scella de fait la naissance de la question catalane, en dehors de laquelle il n'existe aujourd'hui aucune prise de position politique sérieuse (que ce soit pour ou contre l'autodétermination) sur ce territoire : l'"espagnolisme" hérité du franquisme (PP) et ses misérables appendices sociaux-démocrates (PSOE) et sociaux-libéraux (Ciutadans ou UPyD), autrement dit le camp du Capital "central" castillan, dédient toute leur activité politique dans la "région" à s'y opposer ; il y a une bourgeoisie catalane ultra-autonomiste (CiU, ERC) qui se sent désormais prête pour l'indépendance (pour avoir son propre État bourgeois) ; il existe même une extrême-droite (Plataforma) autonomiste mais anti-séparatiste et liée aux Identitaires hexagonaux, à la Ligue du Nord etc. etc. ; et il y a des "marxistes" et des "anarchistes" qui (comme ici) combattent l'affirmation catalane mais la grande majorité de la gauche radicale et révolutionnaire (CUP, Arran, mouvement des squats autogérés etc.) s'en revendique toutefois aux côtés de la lutte sociale, d'autant plus aisément que l'héritage historique va dans ce sens.

    Après la mort de Franco et l'avènement de Juan Carlos de Bourbon (1975), les tenants de l'"Espagne unie, grande et libre" lâchèrent pas mal de lest en inscrivant dans la nouvelle Constitution de 1978 le système des autonomies ("refondant" ainsi en quelque sorte le "pacte" historique entre le pouvoir central et les classes dominantes nationales : on peut parler de nouvelle polysynodie) ; la Generalitat de Catalogne en obtenant d'ailleurs une particulièrement large ; mais 30 ans plus tard la phase terminale de la crise générale capitaliste (frappant le pays avec la violence que l'on sait) a fait ressurgir la question avec force, la recherche (tant populaire que bourgeoise) d'une autre porte de sortie à ladite crise que l'austérité promise par Rajoy se confondant - pour ainsi dire - avec la revendication d'un vote d'autodétermination.

    [Au milieu des années avait été discuté entre l'ensemble des partis catalans (coalition PSC-ERC alors au pouvoir et CiU d'Artur Mas, alors chef de l'opposition) et le Premier ministre Zapatero un nouvel Estatut (statut d'autonomie) rénové, finalement adopté en 2006 par une loi des Cortes de Madrid suivie d'un référendum en Catalogne. Mais la Gauche républicaine (ERC), qui avait participé aux discussions initiales, le rejette alors comme trop modéré ; tandis que le PP de Mariano Rajoy, lui, introduit devant le Tribunal constitutionnel (la "Cour suprême" espagnole) recours sur recours qui aboutissent finalement, dans un contexte marqué par l'explosion de la crise et le crépuscule du zapaterisme, à l'invalidation en juin 2010 de 14 articles (les plus fondamentaux) sur 223... C'est à ce moment-là que se lèvent dans toute la communauté autonome, à commencer par la capitale Barcelone, d'immenses mobilisations sous le mot d'ordre "Som una nació, nosaltres decidim" ("nous sommes une nation, c'est nous qui décidons") qui peuvent être considérées comme le point de départ du processus souverainiste actuel ; dans un contexte où par ailleurs la CiU de Mas, revenue au pouvoir en 2010 dans une position plus que précaire (uniquement grâce à une abstention négociée des socialistes), doit convoquer en novembre 2012 de nouvelles élections à l'issue desquelles... elle ne peut cette fois conserver la Généralité qu'avec l'appui de l'ERC. C'est celle-ci qui (en fait) impose à Mas, en échange de cet appui, l'agenda d'organiser un référendum d'ici la fin 2014 ; amenant par la force des choses l'éclatement de la CiU entre la Convergence démocratique (CDC) de Mas et l'Union démocratique (UDC) démocrate-chrétienne, plus conservatrice et opposée à l'indépendance, qui tombera par la suite rapidement dans l'oubli (sur tout ce processus, voir l'annexe en fin d'article).]

    Sur cette question, notre position s'est toujours voulue claire et simple : nous soutenons radicalement et sans réserves l'autodétermination démocratique du Peuple catalan comme de tous les Peuples de la péninsule ibérique ; comme tout ce qui va dans le sens de DÉTRUIRE cet État espagnol PILIER de l'ordre capitaliste-impérialiste européen.

    En revanche, ce qui est vrai et qui a pu nous être reproché, c'est que nous avons dès l'annonce de la fameuse consulta émis de sérieuses réserves quant à la praticabilité de cette voie institutionnelle-référendaire telle que promue par les représentants de la bourgeoisie catalane (aile droite CiU et aile gauche ERC) à la tête de la Généralité, au regard du "séisme politique" que représenterait une indépendance catalane pour l'ordre bourgeois européen. De fait, toutes les excellentes raisons (forcément excellentes, puisque ce sont les nôtres !) exposées ici de soutenir (comme nous le faisons) la lutte d'autodétermination du Peuple catalan sont aussi celles qui faisaient qu'il n'y avait que DEUX VOIES : soit (comme en Écosse) un référendum autorisé mais avec un déploiement titanesque d'hégémonie intellectuelle "espagnoliste" rendant presque impossible la victoire du "oui" ; soit déclarer purement et simplement la consultation "inconstitutionnelle", "nulle et non avenue" quel qu'en soit le résultat. Comme nous le savons tout-e-s, c'est cette seconde option qui a été choisie : le choix, comme presque toujours avec Madrid, de la force brute pour un État/système faible.

    Nous avons donc à présent une assez nette majorité qui s'est dégagée du scrutin en faveur d'une indépendance de la Catalogne, mais concrètement aucune indépendance puisque le pouvoir central refuse de reconnaître le résultat. Que va-t-il donc se passer ? La Generalitat, Artur Mas et Oriol Junqueras en tête, va-t-elle proclamer (comme les héroïques députés irlandais du Sinn Féin en 1919) la GUERRE D’INDÉPENDANCE ? On se doute bien que rien n'est moins sûr.

    voluntat-poble-lema-campanya-CiU EDIIMA20121109 0142 5Beaucoup plus probable est que, outre les recours devant les juridictions constitutionnelles et nonobstant le rôle de "Père de la Nation" dans lequel se verrait bien Mas, ce dernier et - surtout - la classe qu'il représente, la bourgeoisie catalane suffisamment autonome économiquement de Madrid et du reste de l’État, tentent d'utiliser le résultat de la consulta pour "gratter" de nouvelles prérogatives et avantages pour "leur" Catalogne... et surtout pour eux-mêmes (ceci étant parfois ouvertement assumé : "si nous obtenons 1,5 millions de oui ou plus, Rajoy sera obligé de discuter avec nous" etc. etc.). L'ERC de Junqueras, qui a le vent en poupe en ce moment, pourrait en profiter de son côté pour appeler à de nouvelles élections, qui pourraient bien faire d'elle le premier parti en nombre de sièges au Parlement...

    Ce versant bourgeois du mouvement indépendantiste catalan (dont nous avons exposé plus haut les racines historiques) ne peut et doit pas être nié par les communistes révolutionnaires marxistes que nous sommes. Il a des implications jusque dans les propos de certains dirigeants de l'ERC (la "Gauche républicaine" de Catalogne) qui ont pu mettre en avant, tout "de gauche" qu'ils sont, des "arguments"... dignes de la droite flamande parlant des Wallons ou d'Angela Merkel parlant des Grecs, en mode "le Sud - andalou, murcien etc. - coûte trop cher à la Catalogne", ce qui leur a valu une volée de bois vert de la part des autres gauches radicales d'affirmation des Peuples (notamment celle d'Andalousie !) et un refus catégorique de faire liste commune aux dernières européennes... Savoir que des personnes n'ayant que des considérations d'avantages fiscaux et/ou institutionnels et des magouilles politiciennes en tête ont pu se servir des aspirations de millions de personnes à une société plus démocratique et plus juste ne peut que susciter la saine et légitime colère des révolutionnaires communistes que nous sommes. En réalité, avec le veto "espagnoliste" du Pouvoir madrilène (dont on attend maintenant, non sans inquiétude, de voir les mesures qu'il va prendre...), cet aspect forme tout simplement le principal obstacle et frein à la Libération révolutionnaire du Peuple catalan ! Mais efforçons-nous - justement - d'être dialectiques et de ne pas nous focaliser exclusivement sur cela ; efforçons-nous de voir aussi l'autre aspect des choses...

    Sur le versant populaire en effet, la signification profonde de la consulta est le DROIT DU PEUPLE À DÉCIDER ; décider de son destin et de ce qui est bon pour lui non seulement en dehors de l'"Espagne" mais aussi - pour une large partie du mouvement, en tout cas sa frange la plus combattive - en dehors de l'ordre capitaliste européen et mondial, quand bien même (comme on l'a dit) il serait complètement idéaliste et utopique de penser parvenir à cela au travers d'un simple vote. Et sur ce point, la Catalogne et l’État espagnoliste tout entier sont en réalité - désormais - assis sur un volcan !

    catalunya arranEn Écosse, il y a la possibilité de dire que la tant réclamée parole au peuple lui a été donnée et que le résultat a été négatif, vox populi vox dei et rideau, circulez y a plus rien à voir... Mais ici en Catalogne, quels qu'aient été les multiples intérêts portant la consulta et les divergences - voire les contradictions totales !* - entre eux, le fait indéniable est que le mouvement en faveur de ce référendum a été une GIGANTESQUE et MASSIVE MOBILISATION POPULAIRE et une formidable école de révolution (cet aspect-là des choses, exprimé notamment à travers l'Assemblée nationale catalane (ANC), nous l'avons TOUJOURS RÉSOLUMENT SOUTENU et nous sommes sincèrement désolés si des personnes ont pu interpréter notre position autrement). Que vont faire ces personnes qui ont lutté (depuis parfois plus de trois ans) pour que cette consultation puisse se tenir, qui sont allées - évidemment - y voter OUI et qui voient maintenant leur volonté niée et ignorée par l’État central ? Et quelle va être la réaction de ce dernier devant leurs - quasi certaines - manifestations de colère ??**

    En vérité, une seule question se pose au jour d'aujourd'hui et c'est celle-là.

    Les choses sont en fait désormais - en dernière analyse - TRÈS SIMPLES :

    1°/ le principe d'autodétermination démocratique est aujourd'hui totalement acquis dans la Nation catalane et surtout - ce qui nous intéresse vraiment - dans les classes populaires, le Peuple travailleur de Catalogne, y compris chez les (nombreuses) personnes de ce Peuple travailleur originaires d'autres parties de l’État ou du monde (très importantes communautés est-européennes, nord-africaines, sud-américaines etc.) ;

    2°/ la question qui se pose désormais est donc celle du COMMENT ; autrement dit, le Peuple travailleur de Catalogne doit comprendre qu'aucune voie légaliste et électorale ne peut l'amener vers les aspirations démocratiques et sociales qui sont les siennes et que seule le peut la voie de la lutte révolutionnaire, la voie de la Guerre populaire en pays occidental telle que théorisée (en fin de compte) plus par Gramsci que par Mao et exposée ici et ici.


    nacioneslibres.jpg


    * Une bonne illustration de ces contradictions est la position publiée fin octobre par l'organisation Endavant OSAN (Organizatció Socialista d'Alliberament Nacional - Organisation Socialiste de Libération Nationale) :
    "Devant la convocation d'une consulta édulcorée, fruit de la non-désobéissance de la CiU à l'interdiction antidémocratique de l'État, Endavant OSAN souhaite faire part des réflexions suivantes :
    Nous ne pouvons pas laisser aux mains des autonomistes la mobilisation pour l'autodétermination car, si nous le faisons, ces derniers utiliseront cette mobilisation pour négocier une réforme institutionnelle, une nouvelle insertion de la Catalogne dans l''Espagne' et laisseront la voie libre à l'État pour annihiler les droits nationaux dans le reste des Pays catalans [la région de Valence et les Baléares NDLR]. Nous ne pouvons pas faire le jeu de l'autonomisme en esquivant la confrontation politique et en le laissant surfer sur la vague de la mobilisation pour les droits nationaux qu'a connue la Catalogne ces dernières années.
    Nous appelons le Peuple travailleur des Pays catalans qui vit dans les quatre provinces de la Principauté [la "région" Catalogne de la Generalitat] à remplir
    et faire déborder les urnes, le 9 novembre, de votes pour l'indépendance.
    Si la consulta est gênée ou interdite par l'État, nous estimons extrêmement important de nous mobiliser pour empêcher que la CiU ne se conforme ainsi à l'interdiction à moindre frais, et pour que le Peuple reste assuré de pouvoir exprimer le 9-N sa volonté populaire par-dessus les interdictions et les obéissances à celles-ci.
    Parallèlement, nous considérons aussi que l'action du 9 novembre ne servira à rien - ou pire encore, servira l'autonomisme - s'il n'y a pas dès le 10 novembre une offensive pour déloger l'autonomisme du pouvoir et pour construire une hégémonie indépendantiste d'ampleur nationale qui brise l'ordre social établi, base même de notre soumission à l''Espagne'."

    Voir aussi, pour information, la position de Breizhistance :  Avec le Peuple catalan pour l’indépendance ! et cet entretien avec un député des CUP (social-démocratie radicale indépendantiste).

    ** Des proclamations unilatérales d'indépendance sont ainsi prévues prochainement par certaines organisations, notamment l'ANC.


    ANNEXE - tiré d'un (excellent) article de 2017, suite au nouveau référendum : quelques rappels historiques et contemporains

    http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Quelques-eclaircissements-utiles-pour-comprendre-l-independantisme-catalan_a12368.html

    [Sur la situation actuelle]

    Remontons en 2006. Un Estatut d'Autonomia de Catalunya, dans le cadre de la Constitution espagnole de 1978, est adopté et mis en place. Il est approuvée par le Parlement de Catalogne le 30 septembre 2005, fut transmis au Congrès des députés, où il fut accepté le 30 mars 2006, puis au Sénat, où il fut approuvé le 10 mai 2006. Un référendum tenu en Catalogne le 18 juin 2006 confirma le texte, qui fut promulgué par le roi Juan Carlos et publié par la loi organique 6/2006 du 19 juillet 2006.

    Ce statut d'autonomie vise plusieurs aspects :

    - Il définit la Catalogne comme une "nation", et non plus une "nationalité".

    - Il renforce la co-officialité de l'espagnol et du catalan, avec une reconnaissance du catalan comme langue officielle.

    - Il renforce la laïcité dans l'enseignement public.

    - Il réactive des "droits historiques" de la Catalogne, qui fondent l'autonomie de la région non pas sur la constitution ou un accord de l’État mais par l'histoire.

    - Il renforce la justice et élargie les compétences du Tribunal supérieur de justice de Catalogne et crée un Conseil de justice de Catalogne.

    - Renforcement de la part fiscale : 50% de l’impôt sur le revenus et de la TVA restera dans les caisses de la Generalitat, 58 % des impôts spéciaux et 100 % sur les autres impôts et taxes. De plus la Catalogne obtient le droit de légiférer librement pour les caisses d'épargne, mais aussi les organismes de crédit, de banque et d'assurance.

    Coup de tonnerre, dans un arrêt rendu le 28 juin 2010, le Tribunal constitutionnel annule 14 des articles du statut d'autonomie, sur un total de 223, à la requête du Parti populaire dirigé par un certain Mariano Rajoy. La plupart des points détaillés ci dessus seront donc cassés par le Tribunal constitutionnel.

    La réaction est assez importante en Catalogne. Il faut savoir qu'à cette époque l’indépendantisme est très marginale et que la plupart des partis politiques sont autonomistes et ne souhaitent pas quitter l'Espagne. Il y a juste un débat entre Monarchie ou République.

    Le 13 septembre 2009, un référendum populaire est organisé par des associations indépendantistes à Arenys de Munt sur la volonté de ses habitants d'être indépendants de l'Espagne. Après cela, 167 communes de Catalogne ont organisé le 13 décembre 2009 un référendum autour de la question suivante : « Êtes-vous d'accord pour que la Catalogne devienne un État de droit, indépendant, démocratique et social, intégré dans l'Union européenne ? ». Au total, 700.000 personnes étaient convoquées aux urnes et 200.000 se sont exprimées. Le « oui » a gagné à près de 95 % face au « non » avec 3,52 %.

    À Barcelone, le 10 juillet 2010, une immense manifestation déferle dans les rues de la capitale catalane, à l'appel de tous les partis politiques ayant des sièges au Parlement de Catalogne (sauf le Parti populaire et Citoyens), tous les syndicats catalans et environ 1600 associations culturelles. Entre 1.100.000 et 1.500.000 personnes défilent sous les slogans "Som una nació. Nosaltres decidim" (Nous sommes une nation. C'est nous qui décidons) et ils condamnent les décisions du Tribunal constitutionnel.

    La crise qui secoue l'Espagne et les premières cures d'austérités menées par José Luis Rodríguez Zapatero et la coalition gouvernementale, permettent une victoire électorale de la droit post-franquiste. Le Parti Populaire remporte les élections législatives le dimanche 20 novembre 2011 et Marianon Rajoy devient Premier ministre le 19 décembre 2011.

    Son mandat est marqué la crise économique, l'austérité, l'explosion de la pauvreté et de la précarité, des scandales politico-financiers.

    En Catalogne, les autonomistes se muent en indépendantistes. Pour beaucoup la réponse à la crise économique passe par la création d'une République catalane sociale (rappelons qu'Artur Mas mènera une politique d'austérité très forte en Catalogne à partir de 2012).

    D'un point de vue institutionnel, la situation est bloquée. Le gouvernement refuse toute négociation et est retranché derrière la Constitution. Madrid justifie sa légalité au nom de la démocratie et refuse systématiquement toutes les propositions des catalans. Or la constitution qui fixe l'indivisibilité du peuple d'Espagne ne peut être modifiée que par un référendum légal, c'est à dire validé par les 2/3 des membres du parlement (Cortes), mais le PP s'y refuse.

    Dans l'esprit des catalans, renforcé par la nécessité d'en finir avec ces institutions et la confrontation institutionnelle. Pour beaucoup de catalans, l'idée indépendantiste ne fait que se renforcer pour avoir un pays neuf, démocratique, au service du peuple et non de la classe politico-économique dominante (les scandales de corruption se multipliant au PP et au PSOE).

    Ainsi plusieurs mobilisations vont marquer la Catalogne.

    Des communes de Catalogne se déclarent "Territori Català Lliure" (territoire catalan libre). Au début mai 2013, 197 communes et 5 conseils de comarques, représentant 20,8 % de la population de la Catalogne, s'étaient proclamés territoire libre catalan.

    Le 11 septembre 2012, entre 1,5 et 2 millions de personnes se rassemblent à Barcelone pour la Diada Nacional (fête nationale) pour affirmer que la Catalogne soit : "Catalunya, nou estat d'Europa" ("La Catalogne, un nouvel état d'Europe"). Cette manifestation coïncide avec l'arrivée au pouvoir d'Artur Mas et de la droite libérale en Catalogne.

    À cette manifestation participent tous les partis politiques (communistes inclus) à l’exception du PP, du PSC-PSOE et des Ciudadanos. Les CUP participent séparément à la manifestation. Pour eux la Catalogne ne doit pas suivre la voie économique néolibérale de l'Union européenne et qui est la cause de la crise.

    Le 29 juin 2013, un grand "Concert per la Llibertat" (concert pour la liberté) est célébré sur le Camp Nou à Barcelone. C'est une autre grande mobilisation sociale en faveur de l'indépendance. Plus de 400 artistes ont participé à l’événement.

    Le 11 septembre 2013, jour de la Diada Nacional, une nouvelle initiative va rassembler plus de 1,6 millions de personnes à travers la Catalogne. C'est la "Via Catalana cap a la Independència" (Voie catalane vers l'indépendance). Une chaîne humaine qui traverse toute la Catalogne et au delà (la manifestation part d'Argelès en Catalogne Nord).

    Le 27 septembre 2014, le président catalan Artur Mas convoque pour le 9 novembre une consultation d'autodétermination. Les deux questions posée : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État ? En cas de réponse affirmative, voulez-vous que cet État soit indépendant ? ». À la suite de ce référendum jugé illégal par le Tribunal constitutionnel et transformé en consultation non contraignante, 2.300.000 catalans se rendent aux urnes et 80,7 % d'entre eux se prononcent pour l'indépendance de la Catalogne.

    Fort de ce succès, Artur Mas dissout le Parlement catalan et convoque des élections régionales anticipées pour le 27 septembre 2015.

    Les élections du 27 septembre 2015 sont un succès mitigé pour les indépendantistes qui, avec 47,8 % des voix, n'emportent pas la majorité absolue des suffrages, mais sont majoritaires en sièges (72 sur 135) au Parlement régional, bien que divisés entre la liste Junts Pel Si, avec 62 sièges, et celle de la Candidature d'unité populaire (CUP), qui en obtient 10.

    L'histoire vous la connaissez, le 1er octobre 2017, un référendum, jugé illégal, mais contraignant est organisé en Catalogne.

    [De fait]  Ce sont les libéraux au pouvoir : pourquoi c'est faux

    (Déjà la majorité organisatrice du référendum de novembre 2014 dépendait totalement du soutien de l'ERC à Mas, et) depuis les élections au Parlement de Catalogne du 27 septembre 2015, c'est une coalition indépendantiste, Junts pel Sí (Ensemble pour le OUI), qui dirige la Generalitat. Cette coalition succède au leadership du parti Convergence démocratique de Catalogne (CDC - ex CiU) et de son président Artur Mas. Cette coalition met fin à une longue période d'austérité libérale, on y reviendra.

    Qui compose la coalition Junts pel Sí ?

    - Les libéraux du parti Convergence démocratique de Catalogne (devenu depuis Parti Démocratique Européen Catalan - PDECat). Ces derniers sont en minorité avec 29 sièges sur les 62 de la coalition.

    - Les républicains de gauche Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), conduit par Oriol Junqueras, orienté politiquement sur la gauche de la sociale-démocratie. Cette formation politique accompagne les écolo-communistes (ICV-EUiA) et les progressistes comme à Barcelone. Au sein de la majorité, l'ERC représente 21 député.e.s sur 62.

    - Les Démocrates de Catalogne, de tradition chrétien-démocrate, représenté.e.s par 3 député.e.s.

    - Le Moviment d'Esquerres (MES) qui est une scission du Parti des Socialistes de Catalogne (PSC - PSOE) et qui dispose d'un siège.

    - Catalunya Sí, une plate-forme politique à gauche qui a aujourd’hui fusionnée avec l'ERC.

    - Des personnalités politiques comme Raül Romeva, ancien député européen de l'Initiative pour la Catalogne Verts (ICV - ex-PSUC).

    - Et d'associations trans-partisanes comme le Reagrupement Independentista, Avancem, l'Associació de Municipis per la Independència, l'Òmnium Cultural, l'Assemblea Nacional Catalana. On retrouve au parlement Carme Forcadell i Lluís, ancienne présidente de l'ANC et Muriel Casals (ICV - ex-PSUC), ancienne présidente d'Òmnium (aujourd'hui décédée).

    Et enfin, non membre de la coalition Junts pel Sí, la Candidatures d'Unité Populaire (Candidatura d'Unitat Popular - CUP). Une formation politique anticapitaliste, antifasciste, féministe, communiste et inspiré du municipalisme libertaire. Avec 10 député.e.s au parlement catalan, cette formation très à gauche permet aux indépendantistes d'avoir la majorité. Et les CUP ont exigé deux choses pour apporter leur soutien : La démission d'Artur Mas (symbole de l'austérité) et une réorientation des politiques en rupture avec le libéralisme.  

    [Rappels historiques]

    Quelques dates historiques et comment la Catalogne fut absorbée par l'Espagne

    L'origine de la Catalogne se trouve dans la "Marche d'Espagne" de l'empire carolingien. La Catalogne naît au IXème siècle. Le "père fondateur" légendaire de la Catalogne serait Guifred le Velu "El pelut" nommé comte de Barcelone en 878 au concile de Troyes. Guifred le Velu est l'ancêtre de la dynastie de Barcelone, qui construit peu à peu l'État catalan autour du comté de Barcelone.

    En 1137, le comte de Barcelone épouse l'héritière du royaume d'Aragon. À ce moment naît la Couronne d'Aragon qui développe un mode d'administration original, très décentralisé pour répondre aux fortes différences tant politiques qu'économiques et linguistiques des deux parties de la Couronne, le Royaume d'Aragon et la Principauté de Catalogne. Ce royaume sera une véritable thalassocratie en méditerranée.

    En 1283, la Principauté de Catalogne approuve les constitutions catalanes et, en 1359, a créé la Députation du General (ou Generalitat). Le plus vieux parlement d'Europe.

    Une union dynastique avec la Couronne de Castille et celle d'Aragon est actée en 1479. La Principauté de Catalogne conserve toutes ses prérogatives, son autonomie et son parlement comme "droits historiques".

    Avec la Guerre des Faucheurs (Guerra dels Segadors) un conflit va toucher une grande partie de la principauté de Catalogne entre les années 1640 et 1659. Elle prendra fin à la signature du traité des Pyrénées entre les royaumes d'Espagne et de France. C'est à ce moment là que le Roussillon et la moitié du comté de Cerdagne se retrouvent annexés à la France.

    Cette guerre fait suite à la guerre de Trente Ans (1618 - 1648) et au raz-le-bol des populations catalanes de devoir subir la présence des troupes castillanes dans les campagnes. À cette époque les armées vivaient sur le terrain. Au début de mai 1640, les paysans de Gérone attaquent les troupes qu'ils hébergent. À la fin du mois, les paysans, auxquels se joignent les faucheurs en juin, atteignent Barcelone et se rendent maîtres de la cité. Ils assassinent des fonctionnaires et des juges royaux. Le vice-roi lui-même est assassiné alors qu'il essaie de fuir par la mer.

    Pau Claris, un ecclésiastique à la tête de la Generalitat de Catalogne, proclame la République catalane. Mais l'oligarchie catalane perd vite la maîtrise du mouvement. Le soulèvement se transforme en une révolte des paysans appauvris contre la noblesse et les riches des villes qui sont à leur tour l'objet d'agressions.

    Une authentique révolution sociale vient d'éclater. Cette révolution sera réprimée par l'Espagne et par la France. L'hymne national de la Catalogne, Els Segadors, est inspiré par la révolte des faucheurs de 1640.

    Les conséquences de la Guerre des Faucheurs de 1640-1659, de la prise de Barcelone le 11 septembre 1714 par les forces franco-castillanes de Philippe V de Bourbon, des guerres carlistes au xixe siècle ou de la dictature nationaliste et centralisatrice de Francisco Franco entre 1939 et 1975 ont fortement diminué le rôle politique et culturel joué par la Catalogne en Espagne et en Europe.

    La Catalogne cesse d'exister le 11 septembre 1714.

    La Renaixença

    Depuis les années 1880, la question de l'autonomie catalane, à laquelle le roi Felipe V avait mis fin par les décrets de Nueva Planta entre 1705 et 1716, resurgit à la faveur de la Renaixença catalane.

    Les guerres carlistes déchirent le XIXe siècle espagnol et marquent profondément le pays. C'est aussi suite à cette période troublée que le renouveau culturel de la Catalogne (la Renaixença) et un retour des revendications linguistiques et nationalistes catalanes (le catalanisme). Au tournant du XXème siècle, la Catalogne est l'un des pôles de développement de l'Art nouveau, qui y prend le nom de modernisme catalan, marqué par les productions d'architectes (Antoni Gaudí, Lluís Domènech i Montaner, Josep Puig i Cadafalch), de peintres (Ramon Casas, Santiago Rusiñol), de sculpteurs (Eusebi Arnau, Josep Llimona) et de revues proches du milieu catalaniste (L'Avenç).

    En 1914, les partis catalanistes ont gagné la création de la "Mancommunauté de Catalogne", sans autonomie spécifique, mais avec un ambitieux programme de modernisation. Elle est abolie en 1925 par la dictature espagnole de Miguel Primo de Rivera.

    En 1931 est proclamée la République catalane confédérée à l'Espagne à la suite de la victoire électorale des partis catalanistes de gauche et obtient en échange, après négociation avec le nouveau gouvernement de la République espagnole, un statut d'autonomie en 1932 qui ressuscite l'institution de la Généralité de Catalogne (en catalan : Generalitat de Catalunya), présidée par l'indépendantiste de gauche Francesc Macià. Sous la présidence de Francesc Macià (1931-1933) et Lluís Companys (1933-1940), tous deux membres de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), la Généralité développe un programme social et culturel avancé. Ce statut est suspendu en 1939 lorsque la Catalogne, fidèle à la république, se soumet aux troupes nationalistes de Franco durant la guerre d'Espagne.

    En 1940, le président catalan, Lluís Companys, est arrêté en France par les nazis et exécuté par le régime franquiste.

    La Généralité de Catalogne est rétablie en 1977.


     


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  • Nous avons déjà évoqué sur SLP la magnifique lutte du Peuple andalou (dans l’État espagnol) pour sa Libération révolutionnaire ; et nous avions alors souligné la très grande similitude entre cette lutte et la nôtre, ici en Occitanie : similitude par la position géographique méridionale dans les États qui nous renferment, certes, mais aussi et surtout par l'époque de nos Conquistas respectives (entre le début du 13e et la fin du 15e siècle pour l'essentiel, puis "pacification" jusqu'au 17e voire 18e) faisant de celles-ci l'acte fondateur et fondamental, le BAPTÊME DE SANG de nos États modernes (espagnol et français) respectifs. Nous sommes les uns et les autres, aux côtés du Mezzogiorno de l’État italien, la "question méridionale" de ces États !

    Et ceci se reflète aujourd'hui dans le beau témoignage de solidarité qu'adresse la jeunesse révolutionnaire indépendantiste d'Andalousie, l'organisation Jaleo!!!, aux camarades occitans de Libertat! face aux persécutions judiciaires qu'ils subissent actuellement.

    http://www.jaleoandalucia.org/joomla/index.php/component/content/article/3-internacional/352--jaleo-en-solidaridad-con-libertat-izquierda-revolucionaria-de-occitania.html

    De la part de Jaleo!!! – Jeunesse indépendantiste d'Andalousie, nous voulons exprimer notre solidarité avec Libertat, gauche révolutionnaire d'Occitanie, face à la répression politique subie de la part de l’État français. Depuis plusieurs mois déjà se multiplient les convocations policières contre les militants de Libertat, pour le seul fait de leurs actions en défense de la langue occitane ou d'espaces politiques comme le bar associatif la Tor deu Borrèu.

    Toutes ces procédures conduiront certains militants de l'organisation devant la justice, comme c'est déjà le cas pour un camarade qui passera en procès le 17 octobre prochain suite aux violences policières contre les concerts organisés par la Tor deu Borrèu dans le cadre de la dernière Fête de la Musique à Pau.

    Depuis l'Andalousie, nous adressons un salut chaleureux et solidaire aux camarades de Libertat et nous affirmons notre soutien à l'existence d'espaces politiques tels que la Tor deu Borrèu. Si l’État français met en cause ces espaces et ces organisations, c'est parce qu'il perçoit comme une menace la Résistance des Peuples.

    La répression des États capitalistes ne connaît pas de répit, ni dans l’État espagnol ni dans l’État français. La lutte des Peuples et la solidarité internationaliste non plus !


    Solidarité avec les Peuples en Lutte !

    La resisténcia qu’ei ua question de dignitat ! (La résistance est une question de dignité !)

    Occitània, socialisme et libertat ! (Occitanie, socialisme et liberté !)

    La Tor viurà ! (La Tor vivra !) 


    occitania.jpg
                 bandera-andaluciamaoc

     


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  • harcelée par l'État français pour son combat quotidien d'affirmation progressiste du Peuple occitan :

    http://comitat-libertat-tor.blogspot.fr/


    tract-a5-repression17oct_verso.jpgtract-a5-repression17oct recto


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  • des-partisans-de-l-independance-de-l-ecosse-Le verdict des urnes est donc tombé ce matin, assez conformément à ce que nous (comme la plupart des sondages) avions prévu : après deux ans de débats acharnés et même deux semaines de suspense "tendu" (quelques rares sondages ayant donné le "oui" vainqueur...), l'Écosse vient de "refuser" par 55,3% (2 millions de voix) de quitter le Royaume-Uni. Un résultat nettement moins serré, d'ailleurs, que ne l'annonçaient les dernières enquêtes d'opinion...

    Pour le Premier ministre indépendantiste Alex Salmond et son Scottish National Party (SNP, plutôt social-libéral voire social-démocrate), c'était quoi qu'il arrive un pari gagnant à tous les coups : si le "oui" l'emportait c'était évidemment un triomphe comme peu d'hommes peuvent en rêver dans leur vie (être le "père d'une nation")... mais même une défaite par 40% ou plus de "oui" représentait dans tous les cas un énorme succès et un rapport de force considérable dans les relations du pouvoir autonome avec Londres, pour exiger la "dévolution" de nouvelles prérogatives (des promesses de larges transferts de compétences au gouvernement écossais après le référendum avaient déjà été faites depuis des mois, et encore réitérées à la veille du scrutin). C'est ce qui explique les gesticulations de David Cameron ces derniers jours : il fallait non seulement empêcher à tout prix une victoire du "oui" (qui aurait été un coup terrible pour l'impérialisme british, même si la vengeance de celui-ci contre l’Écosse aurait ensuite été toute aussi terrible), mais aussi un score indépendantiste trop important et un Salmond en insupportable position de force dans les futurs pourparlers. Le résultat de ce matin le met finalement dans une position "raisonnablement acceptable" - il eut été beaucoup plus difficile pour Londres que les choses se soient jouées à quelques dizaines de milliers de voix.

    Quoi qu'il en soit, de ce résultat ressortent deux conclusions essentielles :

    - C'est un coup de tonnerre de plus dans le ciel européen et mondial : la crise générale du capitalisme balaie tout sur son passage et remet même en question les États produits dudit capitalisme (comme appareils politico-militaires d'un Centre capitaliste, ici Londres) ; États semi-coloniaux fantoches comme ceux dessinés au Proche-Orient après la Première Guerre mondiale mais aussi grands États impérialistes d'Europe y compris les plus anciens (l'Écosse a partagé le même souverain avec l'Angleterre dès 1603 puis été formellement réunie en 1707, donnant naissance au Royaume-Uni), qui se disloquent de toute part. Les Peuples travailleurs* niés et périphérisés par ces constructions capitalistes se réaffirment avec force ; ils comprennent et rejettent ce qu'ils sont : de simples pions, des rouages de la machine à valoriser le capital, chacun à une place bien définie qui lui a été attribuée par le Centre dans l'ensemble productif étatique. Ils se réapproprient leur histoire - celle de cette négation - et la brandissent fièrement comme un étendard de libération. Lorsque les États capitalistes (produits du développement historique du capitalisme) étaient florissants, ils pouvaient encore duper et aliéner les masses populaires dans des "citoyennetés" et des "patries" fictives : "britannique", "espagnole", "française" etc. ; mais à présent tout s'effondre et l'illusion se dissipe comme les effets de quelque drogue. scottish republican faucille marteauDans deux mois est censée voter la Catalogne... Tel est le mouvement historique bien réel qui s'est exprimé dans ce scrutin écossais : l’Écosse reste "britannique" mais quelques 44,7% (1,6 millions de personnes) ont voté pour en faire un nouvel État indépendant (vote majoritaire, même, avec 53% dans la première ville Glasgow), quelle que soit la "folle aventure" que cela représentait, voyant là la réponse aux terribles difficultés que la crise capitaliste leur inflige au quotidien (plusieurs études ont montré que c'étaient principalement les jeunes, à la situation économique toujours plus précaire, et les revenus modestes qui se prononçaient pour l'indépendance).

    Il faut dire que l'Écosse, contrairement à la Catalogne qui est plutôt (historiquement) une associée flouée du pouvoir castillan, sait plutôt bien ce qu'être une périphérie veut dire : dès son annexion définitive par Londres suite à la guerre victorieuse de Guillaume d'Orange contre les jacobites partisans de Jacques II Stuart (1688-1702), ponctuée d'affreux massacres et débouchant finalement sur l'Acte d'Union de 1707, elle a été littéralement mise en coupe réglée par le capitalisme britannique dans le rôle de productrice de matières premières (charbon et autres minerais, moutons pour la laine de l'industrie textile) à travers une expropriation brutale de la communauté productive traditionnelle qu'était le clan (processus notamment décrit par Marx dans le Capital chap. XXVII,  L'expropriation de la population campagnarde) ; expropriation souvent menée (d'ailleurs) avec la complicité des chefs de clans eux-mêmes devenant landlords ("seigneurs de la terre") et entraînant une émigration massive vers l'Angleterre ou l'Amérique du Nord... Peu d'industries de transformation y ont été développées (essentiellement dans la région de Glasgow, la Clydeside) et elles ont de toute façon été violemment démantelées sous Thatcher ; aujourd'hui encore le pays se caractérise par son sous-peuplement (5,3 millions de personnes sur 78.772 km², soit 67 habitants/km²) et l'importance de sa diaspora (plus d'un million de personnes nées en Écosse mais expatriées, principalement en Angleterre bien sûr) ainsi qu'un très important problème foncier (des milliers de kilomètres carrés sont la propriété de quelques landlords et leurs habitants de purs et simples locataires). C'est sans doute au Royaume-Uni que les territoires et les peuples périphérisés ont le plus les caractéristiques john macleande véritables colonies. La conscience de cela a toujours profondément empreint le mouvement révolutionnaire socialiste/communiste local avec notamment la figure (hélas peu connue) de John MacLean, l'un des plus grands dirigeants communistes du 20e siècle à nos yeux [même si bien sûr, comme ici avec nos jacobinards, a toujours existé un "communisme" (plutôt anglais) mettant en avant un "unionisme rouge"].

    - Mais c'est aussi, comme au Québec il y a 19 ans et comme en Catalogne dans deux mois (où là pour le coup le "oui" devrait être massif mais le référendum non reconnu par Madrid** - d'autant plus massif que le référendum ne sera pas reconnu et sans doute largement boycotté par les anti-indépendantistes...), une démonstration éclatante de l'impossibilité de la voie légaliste, institutionnelle et (surtout) à l'intérieur du capitalisme pour cette (ré)affirmation ; l'illustration parfaite qu'il n'y a de voie véritable que dans la Guerre populaire, pour la Libération révolutionnaire du Peuple (LRP qui n'est pas la "libération nationale" marxiste-léniniste "étapiste" classique, incluant la bourgeoisie***).

    Réaffirmer un Peuple comme le Peuple écossais contre l’État moderne (ici britannique) qui l'emprisonne depuis des siècles, c'est une négation au sens marxiste de cet État moderne qui est le produit du capitalisme : cela ne peut donc être qu'une négation du capitalisme lui-même ! Toute tentative qui 1°/ ne remet pas en cause le système capitaliste et 2°/ tente de passer par la voie des institutions bourgeoises, des référendums etc. et non par une mobilisation révolutionnaire de masse est en principe vouée à l'échec fut-ce "d'un cheveu" (comme au Québec en 1995) et, dans l'hypothèse où elle réussirait, à donner naissance à un État fantoche, faussement "libre" et totalement dépendant : à quelques encablures des côtes écossaises, les 26 comtés irlandais formant la "République d’Éire" en donnent un bon exemple - au demeurant, cet État n'est pas né d'un référendum mais bien d'une guerre de libération trahie par une partie de sa direction bourgeoise

    Les forces marxistes (voir ci-dessous) qui rejetaient le référendum et l'indépendance sur l'air de "cela ne changera rien pour la classe ouvrière", "c'est 'bon' capitalisme écossais contre 'mauvais' capitalisme anglais", "blanc bonnet et bonnet blanc" etc. etc. n'avaient pas tort dans l'absolu... et dans l'immédiat. Leur problème c'est de nier un mouvement historique bien réel en considérant, finalement, qu'elles détiennent la vérité et que les millions de gens qui ont voté "oui" sont des cons qui n'ont rien compris - autrement dit une posture aristocratique. Leur problème, c'est de ne pas voir les profondes aspirations populaires qui s'expriment ainsi et leurs possibilités de transformation en mobilisation révolutionnaire - autrement dit une attitude non-matérialiste.

    jacobitesQuant aux archi-classiques arguments comme quoi "le prolétariat n'a pas de patrie", les revendications nationales populaires "diviseraient le prolétariat international" etc. etc., de fait c'est bien Rosa Luxemburg dans ce qu'elle avait de pire qui semble être la référence politique de ces 'marxistes' - indifféremment qu'ils se réclament d'elle ou de Lénine-Trotsky, Lénine-Staline, Lénine-Staline-Mao, Bordiga ou qui que ce soit. Il semble nécessaire de leur opposer ce que disait Lénine lui-même en 1914 dans une controverse (justement) avec Luxemburg au sujet de la séparation (totalement pacifique d'ailleurs) entre la Suède et la Norvège, intervenue quelques années plus tôt : "Il ne peut faire le moindre doute que les sociaux-démocrates suédois auraient trahi la cause du socialisme et de la démocratie s'ils n'avaient pas combattu, par tous les moyens, tant l'idéologie et la politique des landlords suédois que celle des 'Kokoshkin' locaux [Fédor Kokoshkin était un 'constitutionnel-démocrate' ('cadet') russe de l'époque de Lénine, favorable à la 'libéralisation' de l'Empire vis-à-vis des nationalités mais fermement hostile à toute autodétermination], et s'ils avaient manqué à exiger non seulement l'égalité des nations en général (ce à quoi les Kokoshkin peuvent souscrire) mais aussi leur droit à l'autodétermination : le droit de la Norvège à faire sécession. L'alliance étroite entre les travailleurs norvégiens et suédois, leur complète et fraternelle solidarité de classe, n'a pu que gagner à la reconnaissance par les travailleurs suédois du droit des Norvégiens à l'indépendance. Ceci a convaincu les travailleurs norvégiens que les travailleurs suédois n'étaient pas infectés par le nationalisme, et qu'ils plaçaient la fraternité avec les prolétaires norvégiens au-dessus des privilèges de la bourgeoisie et de l'aristocratie suédoise. [...] Ils ont démontré qu'en dépit de toutes les vicissitudes de la politique bourgeoise - les relations bourgeoises pourraient très possiblement amener une répétition de la sujétion forcée des Norvégiens aux Suédois ! - ils seraient capables de de préserver et défendre la complète égalité et la solidarité de classe entre les travailleurs des deux nations, contre à la fois la bourgeoisie suédoise et la bourgeoisie norvégienne". CQFD... On ne peut pas dire que la Norvège indépendante soit devenue un modèle d’État socialiste prolétarien ; et pourtant telle était la position de Vladimir Illitch Oulianov !

    L'objectif du référendum (côté écossais) était certes une indépendance 100% bourgeoise et capitaliste : le modèle revendiqué du SNP d'Alex Samond est la social-démocratie scandinave et son projet était de faire du pays une autre Norvège assise sur la rente pétrolière de la Mer du Nord, le tout en tentant (comme la "République" d'Irlande du Sud avant lui) de jouer l'UE (l'axe franco-allemand) contre l'Angleterre. La monarchie n'était pas remise en question (Élisabeth II devait rester "reine d'Écosse" comme elle "règne" symboliquement sur l'Australie, le Canada etc.) et le grave srsm1problème foncier que nous avons évoqué ne devait pas faire l'objet de plus que quelques mesurettes. La question de la véritable libération, celle du Peuple travailleur vis-à-vis de l'exploitation capitaliste, restait absolument entière.

    Mais il est tout aussi absurde et ridicule de présenter les choses comme du "nationalisme réactionnaire" ou carrément du "fascisme". Ce que les partisans de l'indépendance revendiquaient souvent dans les débats, c'était d'être les "derniers défenseurs du modèle britannique d'après-guerre", celui de l'"État-providence" et du progrès social laminé par 35 ans de thatchérisme et de blairisme - d'ailleurs la perspective d'un maintien des conservateurs au pouvoir à Londres, à l'issue des prochaines élections, influait considérablement sur les résultats des sondages. Du SNP social-démocrate jusqu'à la gauche révolutionnaire "socialiste" (= marxiste), républicaine-socialiste sur le modèle irlandais ou anarchisante comme le fameux groupe de punkcore antifasciste Oï Polloï, c'est clairement à gauche de l'échiquier politique que se trouve le camp pro-indépendance ; même si évidemment des forces de "gauche" unionistes existent aussi, à commencer par les travaillistes (qui perdraient là un de leurs derniers grands réservoirs électoraux et une quarantaine de députés à Westminster !) mais aussi, bien sûr, toutes sortes de "marxistes" tant "staliniens" que trotskystes ou apparentés pour qui l'"orthodoxie" dogmatique fait office de ligne politique [on peut voir un bon aperçu ici http://tendanceclaire.npa.<wbr>free.fr/breve.php?id=9760 des positions au Royaume-Uni, ainsi que la déclaration du Parti 'communiste' 'écossais' (en fait la section écossaise de PC de Grande-Bretagne, il existe sinon un PC d’Écosse qui soutient l'autodétermination) et ici la version in french de la position du WSWS, tandis qu'en 'France' c'est bien sûr le festival jacobinard tant attendu 1 - 2 (position du PRCF ultra-partagée à la 'gauche de la gauche') et les incontournables "ça changera rien pour la classouvrièèèère" trotskystes 3 - 4]... En somme, toutes les forces de gauche n'étaient pas pour l'indépendance, mais toutes les forces pour l'indépendance étaient de gauche ! La droite conservatrice et réactionnaire était intégralement hostile à l'indépendance et farouchement pour le maintien de l'Union, des tories de David Cameron jusqu'aux souverainistes-populistes du UKIP de Nigel Farage - le FN britannique, arrivé en tête aux dernières européennes au Royaume-Uni mais obtenant (et pour cause) ses plus mauvais scores en Écosse (partagée entre SNP au nord, Labour au centre et libéraux-démocrates au sud ; l'UKIP n'étant en tête nulle part). De fait, comme en Bretagne, en Corse, au Pays Basque ouanti-independance dans certaines (nombreuses) régions d'Occitanie, la conscience et l'affirmation de Peuple nié par l'État moderne agit plutôt comme un antidote efficace à la mobilisation réactionnaire "nationaliste" étatiste qu'autre chose... Une droite réactionnaire qui a fait défiler 15.000 personnes pour le "non" à Édimbourg samedi sous la sinistre bannière "orangiste" des assassins d'Irlande du Nord : voilà de quel côté sont les fascistes là-bas !

    Quelle que soit la voie erronée (légaliste, institutionnaliste, capitaliste comme "horizon indépassable") où elle s'engage, c'est donc une aspiration profondément populaire et juste qui s'exprime là, et qui s'exprime avec des "mots" ultra-majoritairement progressistes. On voit d'ailleurs nettement, au regard des résultats électoraux, comment le thatchérisme a fait massivement glisser à gauche un électorat jusque-là - en dehors de la Clydeside - plutôt conservateur (résultats de 1979, 1992 et 1997) ; puis comment le sentiment indépendantiste est inexorablement monté avec la phase terminale de la crise générale du capitalisme jusqu'à porter le SNP au pouvoir en 2007 et le reconduire triomphalement en 2011, ce qui a conduit au présent référendum (23% pour le SNP en 2003, 33% en 2007 et 45% en 2011, score équivalent à celui du "oui" aujourd'hui).

    Bien sûr, ce projet de société indépendantiste n'est "progressiste" et idyllique que dans l'idéal car si, contrairement à Madrid pour la Catalogne, Londres a accepté la tenue du référendum et la reconnaissance de son résultat, elle tenait également prêt tout un arsenal de mesures visant à décourager le vote indépendantiste et, en cas de succès du "oui" malgré tout, à "torpiller" immédiatement l'économie du nouvel État : refus, par exemple, que l'Écosse conserve même temporairement la livre sterling, sachant que Bruxelles avait par ailleurs clairement rejeté l'intégration automatique du pays dans l'UE et donc dans l'euro (qui a pourtant cours dans de nombreux pays ex-yougoslaves non membres comme la Bosnie, le Monténégro ou encore le Kosovo... ah oui mais c'est vrai : là pour le coup ce sont des "indépendances" totalement voulues et pilotées par l'Union pour se faire des néocolonies !), etc. etc. - de fait, contrairement aux fantasmes de "complot balkanisateur" de certains, Bruxelles semble plutôt attachée à défendre bec et ongles l'"intégrité" territoriale de ses grands États membres... Ceci voulait bien sûr dire ce que cela voulait dire : aller mendier les republican socialistbonnes grâces du FMI et de la Banque mondiale pour permettre à l’Écosse indépendante d'être viable, avec les conséquences que l'on imagine. C'est sans doute ce qui a fait pencher un bon nombre d'électeurs vers le maintien du statu quo, ou en tout cas vers l'abstention (autour de 15% tout de même, même si la participation a été exceptionnelle et l'avance du "non" - nettement plus large que dans les derniers sondages - tend à montrer que c'est vers ce choix que se sont portés les "8 à 14% d'indécis" qui ressortaient de ces enquêtes).

    Voilà (et le même raisonnement vaut pour le référendum catalan prévu le 9 novembre) un bon exemple d'où se situe la différence entre une démarche institutionnelle légaliste et une démarche de lutte de libération révolutionnaire mobilisant véritablement le Peuple, "seul créateur de l'histoire universelle" comme disait Mao, pour construire une société nouvelle (par mobiliser nous n'entendons évidemment pas faire voter, mais mobiliser dans une dure lutte qui transforme au quotidien les rapports sociaux). Si en apparence "le Peuple décide souverainement de son destin", la "libération" est ici en réalité quémandée à l’État central qui va tout faire pour qu'une majorité (même courte) refuse l'"aventure" de l'indépendance, et si d'"aventure" le Peuple en question "passait en force", le lui faire payer très cher en faisant de la Grèce un paradis sur terre à côté de la situation économique et sociale du nouvel État. En d'autres termes : on va demander à des millions d'hommes et de femmes qui ne sont pas des hommes et des femmes nouveaux/velles forgé-e-s dans le feu d'une longue et dure lutte révolutionnaire, ayant appris l'autonomie populaire etc. etc., de se prononcer majoritairement pour ou contre un incroyable saut dans l'inconnu... Il est absolument évident qu'une majorité (même courte) va à tous les coups préférer la sécurité de ce qu'ils/elles ont toujours connu ! Mais ceci peut et doit, aussi, être un moyen de faire prendre conscience au Peuple de l'impasse institutionnaliste et de mobiliser sa fraction avancée dans la voie révolutionnaire - ce qui est évidemment impossible en niant, comme certains "marxistes", la réalité des aspirations exprimées dans le mouvement populaire pour l'indépendance et en n'y voyant qu'"aliénation" ou "aspirations petites-bourgeoises", en un mot "conneries contre-révolutionnaires".

    100 0745Ni panacée, ni "pure merde réactionnaire" : telle est notre position sur ces mouvements indépendantistes qui connaissent une expansion radicale en Écosse ou en Catalogne, a fortiori lorsqu'ils s'expriment dans un langage progressiste (nous avons évidemment beaucoup plus de mal avec un mouvement "de riches" et d'expression majoritairement réactionnaire comme en Flandre, même si nous ne considérons pas plus l’État belge comme une "nation" que les États français, britannique ou espagnol et même si les Flamands étaient, jusqu'au milieu du 20e siècle, une nationalité profondément méprisée et opprimée par la bourgeoisie francophone bruxelloise, avant de devenir une nation capitaliste dynamique voyant les Wallons pauvres et socialistes comme des boulets - un côté "marre des pauvres" que l'on sent aussi pointer parfois dans le discours catalan, hélas). Nous voyons là de la matière sociale en mouvement pour des raisons objectives et légitimes - historiques - et qu'il s'agit de mettre en mouvement dans un sens révolutionnaire, car elle est (actuellement et évidemment) politiquement confuse et peut aussi (bien sûr) aller dans un sens réactionnaire, qui la verra soit être écrasée soit être récupérée pour consolider l'ordre social européen et mondial - et non l'affaiblir. Nous n'avons pas dit autre chose au sujet des aspirations (en l'occurrence) autonomistes et en apparence "interclassistes" voire "réacs" qui se sont exprimées en Bretagne à l'automne 2013. Cela nous a bien sûr valu l'hostilité de tous les défenseurs de l’État moderne tel qui l'est (ou soi-disant de son "dépassement" "a-national" idéaliste et abstrait), y compris "rouges" ou "anars" (soi-disant révolutionnaires et en réalité petits bourgeois vivant de cet ordre social historiquement construit). Mais aussi, parfois (comme au sujet de la Catalogne), l'incompréhension de personnes partageant nos convictions "occitanistes" mais voyant (terrible "crise de confiance" que connaissent les personnes révolutionnaires depuis un quart de siècle) dans ce genre de démarche institutionnalo-légaliste leur référence absolue...

    saoirseNotre position concernant notre propre pays l'Occitanie, quant à elle, a déjà été exposée et expliquée plusieurs fois : nous ne sommes pas indépendantistes au sens "commun" (= "mauvais mais hélas répandu", cf. Gramsci) de créer à tout prix un État occitan, peu importe son contenu de classe. Nous sommes pour créer une BASE ROUGE de la révolution mondiale en Occitanie et si cela implique la séparation d'avec l’État français (tel qu'il est actuellement cela l'implique forcément) alors nous nous séparerons ; mais si cela peut se faire au sein d'un "Hexagone rouge" ou de tout autre cadre territorial plus grand, alors nous nous y fédérerons sans aucun problème... mais sans accepter pour autant un quelconque hégémonisme de qui que ce soit.

    Cette logique de libération révolutionnaire d'une périphérie en tant que territoire géographique permet d'ailleurs de "dés-ethniciser" la revendication et d'éviter ainsi que d'éventuelles minorités nationales (issues de l'immigration par exemple) soient inquiétées et finalement gagnées par la propagande unioniste/centraliste qui présenterait l'affirmation du Peuple nié comme "xénophobe", avant de se retrouver ensuite accusées d'avoir fait "capoter" les choses comme au Québec en 1995 (division des masses populaires au service du système dominant, mais là dans l'exemple québécois c'était inévitable vu la logique bourgeoise et "petite-blanche" qui est celle du PQ). S'il existe (en Occitanie comme ailleurs) des secteurs sociaux comme ce que nous appelons les colonies intérieures (et d'autres "indigènes"), ou encore les Rroms, qui sont dans une situation spécifique appelant une lutte autonome spécifique, c'est bien (à travers un processus que nous avons exposé en long, en large et en travers) l'Occitanie en tant que TERRITOIRE qui est une province et une périphérie de la construction capitaliste "France" avec l'ENSEMBLE des classes populaires vivant dessus, et non "les Occitans" comme communauté "organique" fantasmée et supposée descendre des paysans du Moyen Âge ou carrément des peuples antiques conquis par Rome - il est hélas probable que beaucoup de personnes trompées par l'ennemi croient que cette vision est la nôtre, et que nous ne luttons pas contre l’État français comme appareil d'oppression qui nous périphérise mais contre les "allogènes"...

    saorsaNous pensons de toute manière qu'une indépendance occitane capitaliste est impossible, car seule une fraction infinitésimale de la bourgeoisie occitane y est favorable - la grande majorité trouve son compte dans l’État français, fut-ce au prix d'une certaine "décentralisation" - et par conséquent, spontanément, seule une petite minorité des masses populaires l'est aussi. Nous ne sommes pas et ne serons certainement jamais dans le cas du Québec, de l’Écosse ou de la Catalogne, où une portion plus que conséquente de la classe dominante veut son propre État. La conscience de Peuple occitane existe, elle est beaucoup plus répandue que ne veulent bien le croire les thuriféraires de la "République une et indivisible", mais elle ne peut prendre un caractère réellement affirmatif et offensif que dans le cadre et au service d'une démarche révolutionnaire, d'une lutte pour une nouvelle société, une société socialiste puis communiste. L'Occitanie existe objectivement (territoire d'une langue et d'une culture du nord du "Massif central" aux Pyrénées et du Golfe de Gascogne aux Alpes) mais elle ne peut exister subjectivement (dans la conscience de masse) que comme PROJET RÉVOLUTIONNAIRE. Dans un sens, c'est mieux : nous ne nous trouverons jamais confrontés aux rudes débats d'une prise de position face à la perspective d'un État bourgeois indépendant, même si quelques esprits "gagne-petit" pourraient faire jouer ce rôle à une quelconque "avancée institutionnelle". Mais la tâche n'en est que plus immense, car nous devons TOUT CONSTRUIRE : nous n'avons pas la matière première d'une conscience collective léguée par la bourgeoisie, que nous pourrions "travailler" et transformer... Nous devons partir de cette conscience 100% populaire qui existe bel et bien, largement, mais diffuse, peu structurée et subissant l'hégémonie intellectuelle de la bourgeoisie dominante.

    Dans ce combat qui, répétons-le encore une fois, n'a de sens qu'inscrit dans une lutte révolutionnaire MONDIALE, nous saluons et encourageons le Peuple travailleur écossais CONSCIENT dans la poursuite de sa lutte pour la Libération !


    Saor is Sòisealach Alba !
    Free an Socialist Scootlund !

    (Écosse libre et socialiste !)


    * Ce terme (fréquemment taxé de 'révisionnisme' par les guignols pour qui le dogmatisme fait office de pensée politique) englobe le prolétariat http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/les-classes-le-proletariat-a114084216 et les classes populaires assimilables par leur niveau de vie, autrement dit les personnes qui tirent l'essentiel pour ne pas dire la totalité de leurs ressources de leur propre force de travail (de manière salariée ou 'à leur compte'), et non de l'emploi de la force de travail d'autrui (définition de la bourgeoisie et des classes dominantes en général).

    ** Cette différence d'approche idéologique procède de la réalité matérielle. L'Angleterre peut tenir ses périphéries et donc se permettre de les reconnaître comme nations (ce qu'elle a toujours fait, dans le sport comme dans les régiments militaires), présentant le Royaume-Uni comme une "famille" de nations et non comme un "État-nation" contre toute évidence. Elle peut même se permettre de laisser se tenir un référendum pouvant déboucher sur l'indépendance d'une "nation constitutive" de la "famille", sachant qu'elle aurait de sérieux moyens de rétorsion contre la "fugitive" (elle l'a déjà montré, en 1920 et depuis, en Irlande) au cas où tous les moyens de pression préalables n'auraient pas empêché la victoire du "oui".
    La Castille ne peut pas se permettre cela car économiquement, au Nord de la péninsule en tout cas (Catalogne, Pays Basque), ce ne sont pas des périphéries mais des capitalismes bien plus dynamiques que le sien, superposés sur des classes populaires très conscientes par rapport à la moyenne européenne (cela, par contre, au Nord comme en Castille comme au Sud : partout). L'"espagnolité" d'ailleurs, pour dire les choses clairement, est "monnayée" depuis la "transition" de 1975-82 aux bourgeoisies nationales contre le maintien de l'ordre... Elle peut aussi l'être, éventuellement, sur l'argument que dans le "concert" européen et international "l'Espagne pèse ensemble 47 millions (d'habitants) et 1.300 milliards (de dollars de PIB) alors que les Catalans, les Basques etc. seuls ne pèseraient que quelques millions d'habitants et quelques centaines de milliards de PIB". Mais si une bourgeoisie (comme la catalane ou la basque) se sent réellement en mesure de se "faire la malle" et se montre manifestement capable de mobiliser en masse en ce sens, Madrid n'a pas le 1/10e des moyens de Londres pour rendre (d'abord) très improbable une victoire de l'indépendance et (le cas échéant) faire payer très cher celle-ci aux sécessionnistes. Elle est donc obligée de bloquer les choses autoritairement, en refusant par exemple - catégoriquement - que se tienne le référendum, et de reconnaître ses résultats au cas où il se tiendrait quand même.

    *** Il est clair que 100 ans ou presque après que Lénine ait théorisé la libération nationale, il faut être capables de constats de faits pour avancer. Le ridicule du nihilisme national des luxemburgistes, de certains anarchistes, certains trotskystes etc. a été amplement exposé et le fond de l'ignoble a même été atteint ces dernières années au sujet de la Palestine (cherchez sur Facebook le groupe "Révolution permanente", vous verrez). Mais la faillite des libérations nationales bourgeoises est aussi un fait établi et la perspective d’États "indépendants" que l'"ex"-métropole (qui le reste sur le plan économique...) mettrait immédiatement en faillite ne fait plus recette, même comme "premier pas", ainsi qu'on peut le voir dans les dernières colonies directes tricolores ("Dom-Tom") qui s'accrochent désespérément à Paris et même dans d'anciennes colonies, comme l'île comorienne d'Anjouan, qui voudraient... redevenir "françaises". Ce n'est pas là une position que nous trouvons particulièrement intelligente ni que nous soutenons, mais c'est une bonne illustration des limites qu'il nous faut à tout prix dépasser. Vive la Libération révolutionnaire des Peuples !

     


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  • Le 9 mars 1954 naissait Robert Gerard "Bobby" Sands, combattant héroïque de la Liberté et de la République irlandaise. Embastillé par l'Empire britannique dans un sinistre "H-block" de Long Kesh, il y donnera sa vie le 5 mai 1981 pour la cause républicaine, après 66 jours de grève de la faim.

    Les Empires et leurs mercenaires peuvent tuer les révolutionnaires et les vendus à la Gerry Adams trahir leur mémoire ; mais nous savons tous et toutes qu'ils ne peuvent pas tuer la Révolution.

    Le jour est proche où les murs des États-Prisons des Peuples s'abattront dans une clameur de joie qui s'élèvera jusqu'au ciel.


    Visca Occitània libre e anticapitalista !

    Saor agus sóisialach Éire !

    L'ora es venguda ! Tiocfaidh ár lá !


    bobby sands mural in belfast3209
    "Notre vengeance sera le rire de nos enfants"

     

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  • drapeau-franceLe drapeau tricolore de la République française n'a pas été inventé par un druide nazi adorateur du Soleil Nordique. Il a été formé en plaçant, au milieu des couleurs (bleu et rouge) de... Paris, le blanc... de la monarchie : tout un programme, aurait-on envie de dire ! Mais enfin, par le plus heureux des hasards, il se trouve aussi que par analogie avec le drapeau des États-Unis (cf. ci-dessous), de la Grande-Bretagne ou de la Hollande, ces couleurs étaient à l'époque celles de la "liberté" bourgeoise. Plus tard, on associera les trois couleurs du drapeau aux trois mots de la devise "nationale" : Liberté, Égalité, Fraternité. C'est ainsi qu'il fera "le tour du monde avec la gloire et la liberté de la patrie", comme le proclamait en 1848 Lamartine face au drapeau rouge de la "canaille partageuse". C'est l'emblème du pays des "Lumières" et des "Droits de l'Homme".

    etats-unis-drapeauLe drapeau des États-Unis d'Amérique, Stars and Stripes ou Star-Spangled Banner, n'a pas été inventé par un druide nazi adorateur du Soleil Nordique (en revanche, ledit druide s'en est inspiré pour le sien). Il est constitué de 13 bandes rouges et blanches symbolisant les 13 colonies d'origine, qui déclarèrent leur indépendance contre l'Angleterre en 1776, et d'étoiles blanches sur fond bleu symbolisant le nombre d’États (13 au départ donc, et aujourd'hui 50). Le choix des couleurs, des bandes et des étoiles est expliqué ainsi, en 1777, par Georges Washington lui-même : "Nous prenons les étoiles du ciel, le rouge de notre pays d'origine (l'Angleterre), avec des bandes blanches en guise de séparation montrant ainsi que nous nous sommes séparés d'elle, et les bandes blanches passeront à la postérité comme symbole de liberté". Il est probable que les couleurs bleue, blanche et rouge évoquent les drapeaux de la Grande-Bretagne et des Provinces-Unies (Pays-Bas), pays d'origine de la plupart des habitants d'alors et de surcroît "pays de la liberté" (liberté que bafouait le roi Georges III d'Angleterre en refusant aux Américains le droit de voter, dans un Parlement, les impôts auxquels ils étaient soumis). Drapeau des Lumières s'il en est, c'est vraiment le symbole de la liberté. Toutes les personnes libres dans leur tête, comme Johnny Hallyday par exemple, portent le Stars and Stripes en bandana, sur leur blouson, leur jean, leur sac à dos etc.

    union_jack.jpgLe drapeau du Royaume-Uni n'a pas été inventé par un druide nazi coupant le gui dans la forêt de Brocéliande. Il se contente de mêler harmonieusement les couleurs des différentes nations qui composent le royaume : Angleterre (croix rouge sur fond blanc), Écosse (croix en x blanche sur fond bleu) et, à partir de 1801, Irlande (à l'époque croix en x rouge sur fond blanc) ; en oubliant regrettablement le Pays de Galles mais bon, c'est pas grave. C'est tout de même un très joli drapeau, qu'il fait bon porter en badge, sur le capot de son Austin de bobo ou autre quand on est cool.

    israelLe drapeau de l’État d'Israël n'a pas été inventé (on s'en serait douté) par un druide nazi prônant la supériorité de la "race nordique" celte et la haine des Juifs. Il ne fait que reprendre un symbole religieux millénaire (la Magen David, étoile de David), qui signifierait sans doute l'alliance d'"en haut" (le Ciel) et d'"en bas" (le monde mortel, terrestre), avec les couleurs azur et blanche du talit, châle dont on se couvre traditionnellement pour la prière. Comme le chantait Serge Gainsbourg en 1967 lors de la Guerre des Six Jours, "les Goliaths venus des Pyramides" reculent devant cette magnifique étoile qui les terrifie tel l'ail avec les vampires...

    philippinLe drapeau des Philippines n'a pas non plus été inventé par un druide nazi. Ses couleurs bleue, blanche et rouge, que l'on retrouve sur les drapeaux de Cuba et de Porto Rico (concomitamment en lutte pour leur indépendance), sont les "couleurs de liberté" françaises, US etc. etc. en vogue à cette époque (fin du 19e siècle). Le triangle sur le côté gauche (également présent sur les drapeaux cubain et porto-ricain) est un symbole maçonnique, signature des démocrates et libéraux avancés qui menèrent la lutte de libération contre le colonialisme espagnol. C'est typiquement un drapeau de la Liberté, des Lumières triomphant sur le féodalisme !!! Les camarades communistes et/ou les simples ouvriers et paysans emprisonnés, torturés et/ou assassinés dans ce pays en savent quelque chose. 

    C'est bien pour cela que, comme chacun et chacune le sait, ces États sont parmi les plus cools de la planète !


          kim_phuc.jpghotel_ivoire.jpg

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               bloodysunday1972gaza en ruine

    massacremaguindanao


    Vous l'aurez compris, l'"intérêt" de ce petit article complètement débile est de répondre par l'absurde à l'article entier des "materialistes.com" sur les "origines réactionnaires du Gwenn ha Du" breton, article qui montre bien à quel point les évènements actuels en Bretagne les empêchent de dormir (ce que nous avons parfaitement analysé et expliqué). Un article sans l'ombre d'une réflexion, bien entendu, sur le pourquoi du comment ce symbole s'est depuis totalement intégré à la conscience populaire collective de la "région", ceci étant même... carrément nié ("Le Gwen ha Du n'est pas une bannière populaire, ce qu'il représente est étranger à la culture populaire authentique en Bretagne. Il est aujourd'hui l'emblème d'un capitalisme des terroirs français (lié à l'agro-industrie et au tourisme) et d'un milieu universitaire petit-bourgeois qui a fait mettre des panneaux en breton « unifié » à l'entrée de villes où personnes n'a jamais parlé breton... comme à Nantes ou à Rennes"), sans la moindre crainte du ridicule. Ils en remettent d'ailleurs un couche sur l'hermine qui orne historiquement ledit drapeau (à laquelle ils auraient pu opposer la fleur de lys, symbole beaucoup plus vegan montrant la supériorité indiscutable de la civilisation "française" !) ; et sur la manif de samedi dernier à Carhaix, à coup de photos manipulatoires se voulant "représentatives" du rassemblement* [méthode dont ils sont passés maîtres depuis les manifs pour Gaza en décembre 2008-janvier 2009 (un drapeau "islamiste" par-ci, une pancarte antisémite par-là), le mouvement des "Indigné-e-s" etc. etc. pour "fasciser", "antisémitiser" et "anticapitaliste-romantiser" tout ce qui ne leur plaît pas, tout ce qui "bouge" en dehors de l'avant-garde autoproclamée qu'ils prétendent représenter], accompagnées d'affirmations ouvertement mensongères lorsque c'est en réalité Thierry Merret (FDSEA Finistère) qui a tenu les propos ("sans patrons pas d'emplois") prêtés à Christian Troadec, lequel aurait quant à lui tenu un discours plus classiquement social-démocrate...

    morvan-marchal.jpgPour ce qui est du "druide nazi" en question, Maurice/Morvan Marchal (1900-1963), il fut effectivement proche de l'Action française maurrassienne au sortir de l'adolescence, avant de s'engager dans l'Emsav ; il était effectivement antisémite (d'abord par maurrassisme catholique, puis par anti-christianisme viscéral) et au-delà, en plein délire "nordique" et "celtique" (nous avons déjà publié une citation de lui à ce sujet dans un précédent article, intégralement repompée par "lesmaterialistes.com"). Il faut comprendre qu'en réalité, l'Emsav de la première moitié du 20e siècle a été "happé" dans le "tourbillon" d'une époque où les principales idéologies dominantes (Royaume-Uni, USA, Allemagne) exaltaient les "nordiques", la "celtitude" et la "germanitude" etc. Ceci était même très présent dans l’État français : toute l'idéologie autour de la "vraie France, celle du Nord" de Jules Michelet, que l'on retrouve dans les écrits "nordistes" (souvent financés par les lobbies du sucre de betterave) contre les Occitans en 1907, les propos de Céline en 1938 et 1942 etc. etc. ; même si les républicains radicaux, souvent "méridionaux", préféraient mettre en avant l'héritage gréco-romain. Les Bretons étaient opprimés, méprisés, même si l'on n’est peut-être pas allé jusqu'à les qualifier d'"Ibériens" intermédiaires entre l'"Aryen" et le "nègre" comme le fit l'impérialisme anglais pour les Irlandais. Ils n'avaient qu'une seule carte en main pour "jouer dans la cour des grands" et c'était ces "origines celtes", contre une République française qui se verra vite dénoncée comme "méditerranéenne et juive". Faute d'une compréhension SCIENTIFIQUE MARXISTE du problème breton, problème d'une "province" conquise à la fin du 15e siècle et devenue PÉRIPHÉRIE sous la botte du Centre parisien, ce sont malheureusement ces thèses réactionnaires qui domineront dès les années 1910 (époque où "rayonnait" le pangermanisme allemand, le "pan-nordisme" britannique etc.). Car il faut voir aussi que très souvent, faute de comprendre que "les masses font l’histoire", les deux premiers Emsav sont allés chercher appui du côté des rivaux impérialistes de la France, tout comme le nationalisme irlandais de la même époque, c'est notoire, s'appuyait sur les impérialistes US et allemands. Le "panceltisme" était ainsi souvent mis au service des intérêts impérialistes anglais (pour tisser des liens économiques avec le Pays de Galles, l’Écosse etc.) ; et à partir des années 1920 il y aura l'engouement pour le nazisme allemand et son exaltation des "races nordiques".

    gwenn-ha-du.jpgMais ce qu'"oublient" de dire "lesmaterialistes.com", c'est que Marchal était aussi positiviste (comme du reste l'Action française) et, passé son bref engagement maurrassien de jeunesse, républicain, franc-maçon (loge Volney du Grand Orient à Laval - cette franc-maçonnerie mayennaise qui était déjà un "vivier de Chouans" dans les années 1790), anticlérical et même antichrétien (ce qui l'amènera au druidisme et explique son refus de la Kroaz Du, la croix noire historique bretonne, comme emblème national) ; qu'il s'éloignera en 1931 du PNB** pour former la Ligue fédéraliste et la revue Bretagne fédérale, autonomiste à une époque où le clivage autonomisme/séparatisme recoupe à peu près le clivage "gauche"/"droite" dans l'Emsav ; qu'il fera même un détour... par le Parti radical (dont il sera tout de même exclu pour son anti-jacobinisme... mais pas pour autre chose !) avant d'atterrir au Rassemblement National Populaire de Marcel Déat (la "gauche" vichyste), autrement dit il rejoindra la collaboration PAR LA GAUCHE, par les "Lumières", comme beaucoup d’autres à cette sinistre époque... De même, prendre le drapeau US pour modèle de son Gwenn ha Du était plutôt un signe de modernisme et de libéralisme : pour le coup, l’Action française appréciait peu ce pays peuplé de "métèques" de tout poil, "sans racines", puissance "protestante et maçonnique" etc. etc. [très exactement, le Gwenn ha Du s'inspire des drapeaux US et grec : le "symbole de la démocratie moderne" et celui de la "démocratie antique"... pour un "anti-Lumières", waouh !]. Pas vraiment un "ennemi des Lumières" le Maurice/Morvan, donc, comme d'ailleurs personne (soyons sérieux deux minutes, messieurs les amis de Zeev Sternhell !) ne l'était dans les années 1920 ou 1930, un siècle et demi après la "révolution" bourgeoise de 1789, pas même l’Action française positiviste et dynastiquement orléaniste (pour la lignée de Philippe "Égalité", le Capétien régicide de son cousin Louis XVI)... et pas même le nazisme qui par exemple rendait hommage en 1936 à Frédéric II le Grand, précurseur en son royaume de Prusse de l'État allemand moderne (totalement logique pour une idéologie expression terroriste ultra dudit État bourgeois) et "despote éclairé" ami de... Voltaire (l'on pourrait encore parler de l'admiration d'Hitler pour Napoléon, Kant ou encore Hegel, pour l'Empire romain "vache sacrée" des "lumiéreux" etc. etc. : voir ici un très intéressant article où l'historien François Delpla remet en cause les thèses de Sternhell).  

    Pas un ennemi des Lumières et même, par bien des aspects, un "homme de gauche"... pour l'époque : "bouffeur de curé" à une époque où c'était une ligne de démarcation droite/gauche très nette, radical-socialiste ce qui était la "gauche" sous la 3e République, puis au RNP qui était censé être la "gauche" du Nouvel Ordre vichyste. Un "homme de gauche" anticommuniste (défenseur de la propriété, classe-moyenniste), "bleu" (républicain libéral, tocquevillien), ANTISÉMITE d'abord par antichristianisme (comme pouvait l'être un Anatole France par exemple... ou plus près de nous Dieudonné, qui est rappelons-le à la base un anti-religion farouche en mode "voltairien"), anti-antifasciste par pacifisme après la Grande Boucherie de 14-18 et chauvin en mode racialiste comme il y en avait des millions dans la première moitié du 20e siècle ; avant qu'être "de gauche" n'exclue bon nombre de ces choses, parfois remplacées par d'autres plus "respectables", comme l'islamophobie par exemple (là encore souvent sous couvert d'"anticléricalisme", on peut dire que le 'p''c''mlm' s'y connaît en la matière !). Il est à supposer qu'il n'était pas, non plus, spécialement gayfriendly (rappelons que même le PCF prônait encore dans les années 1970 l'hôpital psychiatrique pour les homosexuel-le-s) ni féministe (il se dit que le fameux Gwenn ha Du fut dessiné dans une maison close après une orgie mémorable). Un "na ruz na gwenn" ("ni rouge ni blanc"), slogan que l'on entend encore assez souvent en Bretagne dans un mouvement national bourgeois se voulant souvent "centriste" ; un de ces insupportables "esprits libres" made in Lumières qui "pensent comme bon leur semble" et que l'on ne "fera pas rentrer dans une case idéologique"... Pas de gros "mensonge" de l'UDB, donc, si l'on replace les notions de "droite" et de "gauche" dans le référentiel historique de la période dont on parle. Tel était Morvan Marchal : ni meilleur ni pire que bien de ses contemporains défenseurs de la "Nation française, patrie des Lumières" et de la "République une et indivisible", mais version breizhou et non BBR ; loin de vouloir revenir à la chevalerie et aux corporations médiévales et encore moins au clan celtique des temps arthuriens (500 après Jésus-Christ), bien loin, en un mot, du délire des "materialistes.com". Mais forcément, quand on base toute sa démonstration sur l'existence d'une "Nation française" qui serait le "produit de l'humanisme et des Lumières" et sur l'inexistence de la Nation bretonne dont l'affirmation serait un "rejet" de cela... ça la fout mal de montrer que les Lumières, Maurice/Morvan Marchal en était un pur produit !

    euskadi komunistaOn remarquera qu'exactement le même type d'article aurait pu être écrit au sujet du drapeau basque (ikurriña), dessiné en 1894 (à partir des couleurs "traditionnelles" basques, en particulier de la province de Biscaye***) par Sabino Arana Goiri : un personnage complexe, aux conceptions radicalement catho-conservatrices (évidentes dans les croix sur le drapeau) et racialistes (Basques "purs" contre Espagnols "métissés-dégénérés"), mais capable en même temps de féliciter les Cubains et les Philippins pour leur guerre d'indépendance contre l'Espagne, ou même... de prendre la défense des Hottentots d'Afrique australe pendant la Guerre des Boers, à une époque où personne n'en avait strictement rien à foutre. Ce n'est d'ailleurs pas seulement que l'on "pourrait" attaquer de la sorte l'ikurriña : ON PEUT, et toute une "gauche" voire un "communisme" espagnoliste, outre-Pyrénées, ne s'en prive pas !

    En réalité, le drapeau basque et le MLNV (mouvement de libération nationale) dont il est l'emblème sont un PARFAIT EXEMPLE de la TRANSFORMATION D'UNE CHOSE EN SON CONTRAIRE, en l'occurrence d'une résistance nationale réactionnaire-passéiste en mouvement révolutionnaire de libération (ce que le MLNV était, en tout cas, des années 1960 jusqu'à la fin du siècle, avant de devenir en majorité réformiste), sous l'effet de ses contradictions de classe internes (passage d'une hégémonie bourgeoise et paysanne-propriétaire à une hégémonie ouvrière-populaire). Dans le "sens inverse", de l'émancipateur vers l'oppresseur, du progressiste vers le réactionnaire, les drapeaux rouges de l'URSS entrant en Hongrie (1956), en Tchécoslovaquie (1968) ou en Afghanistan (1979) et de la Chine "populaire" ultra-capitaliste d'aujourd'hui nous semblent être des exemples indépassables. Dialectique-dialectique, quand tu nous tiens... ou pas ! 

    Strollad komunour breizhAlors, REPRENONS DU DÉBUT : il y a un Emsav breton depuis 120 ans, réaffirmation d'un Peuple nié par l’État français depuis plus de 5 siècles. Il y a un Emsav "progressiste", "moderne", rejetant les "chouanneries" passéistes et autres celtouillades racialistes depuis autant de temps ; malheureusement dominé pendant les trois premiers quarts de siècle par les tendances réactionnaires et (dans les années 1920-30) fascistes-racialistes, mais DOMINANT depuis les années 1960 et encore aujourd'hui, malgré un regain des courants d'extrême-droite dans le contexte hexagonal de montée du fascisme. Il n'y a pas d'Emsav assumant et inscrivant son combat dans la GUERRE POPULAIRE hexagonale dont les Périphéries, comme la Bretagne, sont les "campagnes" et les Centres, en premier lieu celui du pouvoir centraliste parisien, les "villes" à encercler et un jour prendre ; mais nous savons que cela viendra car telle est la tendance historique inéluctable, selon notre analyse qui est JUSTE en l'absence (à ce jour) d'une quelconque démonstration sérieuse du contraire ; et nous espérons, nous communistes révolutionnaires d'Occitània, y aider par notre exemple les camarades révolutionnaires bretons. Il y avait il y a 10 ans un PCMLM qui, a minima, reconnaissait ces faits et tentait de les analyser en termes marxistes (Manuel d’Économie Politique****). Il y a aujourd'hui, comme nous l'avons bien compris (et dit) depuis notre expulsion (suivie de peu par le coup d'envoi de Servir le Peuple) de leur forum "antifasciste" où nous étions venus porter le débat franc et ouvert (et qui passait plus de temps à dénoncer le "racisme anti-blancs", les affreux mangeurs de kebabs et de McDo halal ou pas, le reste de l'extrême-gauche "NR" et "antisémite" et les "z'islamiiiistes" ou les régimes réformistes sud-américains qu'autre chose), un groupuscule intellectualoïde aux abois qui dès que le vent de la remise en cause de l'ordre établi se lève, se replie en invoquant "l'orthodoxie" sur les positions les plus conservatrices qui soient, qualifiant la question bretonne de "mythe" et, systématiquement, tout mouvement populaire réel de "mythe mobilisateur à la Georges Sorel", "populisme", "poujadisme", "anticapitalisme romantique suintant le fascisme", "existentialisme" ou encore "post-modernisme décadent". CQFD.

    Le rôle des communistes est de prendre le réel TEL QU'IL EST pour le transformer. Il n'est pas de passer leur temps à pourfendre un réel qui ne correspond pas à l'idéal de "pureté" qu'ils s'en font.

    Lire ici la prise de parole de la Gauche Indépendantiste (Breizhistance) à la manifestation de Carhaix samedi.


    breizh gwenhadu komunour


    [* En tout cas, nous ne savons pas qui a pris ces photos, mais aller dénicher de telles "perles" au milieu d'un rassemblement de 30.000 personnes montre une volonté méthodique de jeter le discrédit sur un mouvement qui (pour les raisons que nous avons expliquées) dérange, par sa volonté affirmée de "Vivre, travailler et décider au pays" (mettant sur ce mot d'ordre un Breton sur cent dans la rue, l'équivalent de 660.000 personnes au niveau "français" !), autrement dit de ne plus être des pions du Capital, ce qui n'a qu'une seule traduction communiste : la COMMUNE POPULAIRE - le problème ici n'étant pas les réponses, erronées ou même réactionnaires, qu'apporte le mouvement, mais le simple fait de poser la question. Le même méthodisme est observé depuis plusieurs années envers les manifestations de soutien à la Palestine (qui sont tout simplement les seuls rassemblements anti-impérialistes conséquents en Hexagone, les seuls mobilisant réellement les masses populaires et en particulier les "indigènes intérieurs"). Il est généralement l’œuvre d'éléments "antifas" qui semblent faire totalement partie de l'aile "gauche" de l'Armée idéologique du Capital. Ces images (nous ne tomberons pas dans le conspirationnisme) sont authentiques ; pour autant, nous VOYONS ET PASSONS au-delà car LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP : nous préférons 100 fois un rassemblement POPULAIRE avec de telles "ratures" qu'un rassemblement "parfait" de bureaucrates syndicaux ou de bobos intellectuels, sans même parler de ceux qui n'existent que sur internet !]

    [** Le PNB adoptera pour sa part la Kroaz Du (emblème chrétien) surmontée du triskell (emblème païen celtique), symbolique reprise aujourd'hui par Adsav. Une partie de l'extrême-droite locale mène d'ailleurs campagne ‎ pour la réaffirmation de la Kroaz Du contre le Gwenn ha Du du "franc-maçon Marchal".

    Ce dernier aurait également signé en 1938 un étrange "Manifeste des Bretons fédéralistes" affirmant notamment "l'impérieux devoir de regrouper ceux de nos compatriotes qui ne veulent pas confondre Bretagne et Église, Bretagne et réaction, Bretagne et parti-pris puéril anti-français, Bretagne et capital, et encore moins Bretagne et racisme"...]

    [*** L'inspiration est ici clairement l'Union Jack britannique... Or il est notoire que si un solide capitalisme basque s'est développé au 19e siècle, c'est en lien étroit avec la Grande-Bretagne : globalement c'est tout le Nord atlantique de la péninsule qui était dans l'orbite économique de Londres, dans un Royaume d'Espagne principalement sous tutelle française. Le reflet des contradictions inter-impérialistes, qui sous-tendent tous les mouvements nationaux de l'époque, dans la symbolique de ces derniers apparaît ici nettement. Si par exemple le nationalisme irlandais adopte (au milieu du 19e siècle) un drapeau tricolore à bandes verticales c'est parce que la France est alors vue comme l'alliée "naturelle", puissance à la fois républicaine, majoritairement catholique et ennemie héréditaire de l'Angleterre, qui envoya un contingent (général Humbert) appuyer Wolfe Tone en 1798. De même, dans les couleurs (bleu, rouge et blanc) ou dans la forme (bandes horizontales de couleurs différentes) se dénote l'influence russe dans les drapeaux slaves (serbe et yougoslaves en général, tchèque, slovaque, bulgare) d'Europe de l'Est, nations dont la Russie appuyait la lutte contre l'Autriche-Hongrie ou les Ottomans ; tandis que le drapeau roumain montre les liens historiques de ce pays avec l'impérialisme français ; etc. etc.]

    [**** Ici un florilège de passages absolument ÉDIFIANTS, à mettre en parallèle avec la position actuelle pour mesurer combien le PIRE RÉVISIONNISME anti-peuples, tel que dénoncé par Ibrahim Kaypakkaya dans l’État turc, a pris le contrôle du 'p''c''mlm' :
    Après la conquête romaine suit la conquête bretonne. Venus de Grande-Bretagne, les Bretons dépossédés de leurs terres par les Angles et les Saxons viennent s'installer en Armorique. (...) Cette invasion apporta avec elle le christianisme ; les noms des principaux chefs religieux donnant le nom des principales villes après que ceux-ci aient largement développé l'organisation religieuse. (...) Cette phase marque le début de la formation de la nation bretonne ; elle est particulièrement marquée par le développement de la culture populaire (contes et légendes, etc.).
    (...) Cette phase va être particulièrement marquée par la lutte contre les Francs, lutte qui va sceller le parcours politique et économique de la Bretagne. La Bretagne était divisée politiquement en principautés ; la lutte contre les autres peuples va permettre l'unité.
    (...) Puis, profitant des rivalités de la féodalité bretonne, les Plantagenêts, qui dominaient l'Angleterre, dominèrent de manière éphémère la Bretagne (1148-1203). Cette défaite scelle la délimitation historique de la " petite Bretagne " ; elle détermine sa géographie. Ce moment marque le développement totalement autonome de la féodalité bretonne, le développement de son économie et ainsi sa formation définitive en nation. Les réactionnaires nient ce moment ; ils considèrent que la Bretagne est "celte", niant ses caractères nationaux propres, montrant que leur concept de Bretagne est un prétexte à une idéologie agressive.
    (...) L'histoire de la Bretagne se joue par la suite précisément à ce moment où la féodalité doit se stabiliser afin de permettre un développement continu de l’État. Ce moment est historiquement difficile pour les petites nations, puisque les grandes nations envahissent le pays ou soudoient des éléments féodaux pour s'approprier des territoires. (...) Mais la victoire de la France ne mit pas fin à l'existence de la Bretagne, qui continua la lutte contre la France qui dut reconnaître son existence en tant que duché. (...) Le duché de Bretagne connut alors un développement économique, politiquement plutôt indépendant tout en étant tiraillé par l'Angleterre et la France. Un siècle plus tard, les manœuvres de la France amenèrent une bataille à Saint-Aubin-du-Cormier où l'armée bretonne fut écrasée le 28 juillet 1488. Cette défaite décisive aboutit au traité du Verger par lequel le duc s'engagea à ne pas marier ses filles sans le consentement du roi de France.
    (...) Cette phase historique est caractéristique de celle des petites nations où la féodalité a su se stabiliser et se développer mais où l’État n'a pas pu affronter des États plus puissants. Mais la faiblesse de l’État ne remet pas en cause l'existence de la nation bretonne.
    Ce qui est écrit là est incroyablement juste, nous pourrions le signer des deux mains... Et aujourd'hui qu'avons-nous ? Des petits inquisiteurs "rouges", de petits Guillaume Arnaud et Bernard Gui pour qui l'"orthodoxie matérialiste" a remplacé le Saint Dogme catholique romain et à qui nous ferons, s'ils veulent encore une fois NIER LES PEUPLES D'HEXAGONE (pour en faire de la chair à usine de leur capitalisme "rouge"), une "conduite d'Avignonet" (village du Lauragais où en 1242 sept inquisiteurs dont Guillaume Arnaud, de cette Gestapo médiévale qui hérissait notre Occitanie de bûchers, furent surpris dans leur sommeil par les faidits - petits nobles occitans expropriés par les envahisseurs francs - de Ramon d'Alfaro et Pierre-Roger Bélissen de Mirepoix : réveillés en sursaut, ils n'eurent guère que le temps d'une dernière prière avant d'avoir le crâne pulvérisé à coups de masses d'arme. Mirepoix, qui commandait l'opération à distance et avait demandé qu'on lui ramène le crâne d'Arnaud pour en faire une coupe, se verra répondre dépité qu'il n'en restait plus rien... Dans le même esprit mais quelques siècles plus tard, on peut encore citer l'exécution de l'abbé du Chayla par les Camisards au Pont-de-Montvert en 1702).]

     


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  • Premiers enseignements et quelques perspectives après le succès de la mobilisation de Karaez


    Quelques images de la "manifestation fasciste", que vous ne risquez évidemment pas de voir sur "lesfalsificateurs", pardon "lesmaterialistes.com" :


    manifestation carhaix bonnets rouges 25"Liberté, Travail, Pain !" : les slogans les plus révolutionnaires sont souvent les plus simples…


    nous qui travaillons nous qui décidons


    Et les Prolétaires de Gilles Servat, chantée sur la scène de Kerampuilh :

     

     CQFD... La Vérité triomphe toujours du mensonge ; la Vérité est révolutionnaire !

     


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  • ... signé cette fois du P'c'F 64, contre la gauche abertzale basque en lutte contre la spéculation immobilière. Publié à l’origine sur Sheisau Sorelh.


    maoc


    Récemment nous dénoncions les manigances politicardes du PCF/FdG, aujourd’hui c’est un communiqué que nous ne pouvons laisser passer, tant il est injurieux envers les gens qui osent résister.

    Après les éructations de Mélenchon contre les mobilisations populaires en Bretagne, le PCF/FdG continue sur sa lancée en défendant la spéculation immobilière organisée par la classe bourgeoise pour ses loisirs, aux dépens des classes populaires.

    7766925889 la-maison-incendiee-et-l-inscription-eh-ez-da-saCe communiqué, que vous pouvez lire ici, s’attaque aux actions de résistance des Basques face à la dépossession de leur terre et à l’impossibilité pour les classes populaires d’y vivre décemment. Le communiqué commence sur les chapeaux de roue en condamnant ‘avec la plus grande énergie’ ces actions de résistance populaire ; nous ne pouvons qu’être passablement ‘étonnés’ (enfin, seulement à moitié, connaissant le passif des intéressés) de retrouver dans la bouche d’un Parti se revendiquant des droits du peuple le même lexique que celui de la place Beauvau. Passons. S’il n’y avait que cela, nous pourrions mettre ce type de mimétisme langagier sur le compte de l’habitude de côtoyer et de participer au pouvoir.

    La suite du communiqué est bien plus grave car elle criminalise la résistance populaire. Pour le PC/FdG cette politique « criminelle est inadmissible » et de plus elle ne serait pas « les bons moyens ». Le PCF/FdG devrait savoir, en tant que (prétendus) ‘marxistes’, que là où il y a oppression il y a résistance et que si des gens décident de risquer des années de prison, c’est que la situation nécessite autre chose qu’une réponse « démocratique », c’est-à-dire suspendue à une hypothétique victoire (qui n’arrivera pas) des idéaux égalitaires par les urnes. Sachant que le PCF, d’après son nom, se revendique du communisme, nous lui proposons dans la foulée de relire quelques classiques de la littérature marxiste : Le rôle de la violence dans l’histoire ou l’Anti-Dühring de de F. Engels, le Manifeste du Parti communiste du même auteur et de K. Marx ou encore L’État et la révolution de V.I. Lénine. Tout y expliqué, notamment sur le rôle incontournable de la violence dans l’histoire et la nécessité de détruire l'ancien pour construire le nouveau. En bref, communisme et non-violence est un oxymore, là encore nous mettons cela sur le compte du trop long contact incestueux avec la démocratie bourgeoise, qui n’autorise la violence que quand elle est de son 'légitime' ressort.

    Le PCF/FdG continue dans la même veine en dénonçant la question ‘identitaire’. Là aussi, nous leur répondons qu’il n’est pas question ‘d’identité’ mais bien de droit des peuples à l’autodétermination, autre concept très important pour tout marxiste conséquent. Les Basques savent très bien qui ils/elles sont et ils/elles demandent avec justesse quelques droits démocratiques légitimes, notamment la séparation d’avec l’État qui les nie. Nous espérons simplement que l’utilisation de ce vocabulaire n’est pas confondre le juste droit des Basques à leur liberté avec un mouvement éponyme à tendance fasciste, n’est-ce pas ?

    agence_immo-jpb.jpgEn continuant, nous tombons dans l’absurde et nous voyons ce même Parti défendre le 'droit' des gens à venir s’installer où ‘il fait bon vivre’. Pourquoi pas, en soi nous n'y sommes pas opposés. Sauf qu’il oublie de préciser que cette ‘volonté de bien vivre’ s'inscrit purement dans un cadre de loisir et que c’est l’apanage de la bourgeoisie des grandes métropoles. Que les vacances et le bien-être de quelques uns durant un ou deux mois empêchent aux personnes les plus fragiles de se loger. Ces mêmes classes qui n’ont pas les moyens d’aller ailleurs pour ‘bien vivre’, et qui de toute manière ne le veulent pas, puisqu'apparemment il fait ‘mal vivre’ ailleurs et parce que c’est tout simplement ici, chez elles ! Le PCF/FdG devrait se demander pourquoi il fait encore ‘bien vivre’ au Pays Basque et beaucoup moins dans les immenses métropoles vidées de sens, simplement livrées aux bacchanales de la marchandise…

    Nous voyons le PCF/FdG défendre ce que K. Marx a dénoncé comme la plus grande aliénation du capitalisme, la supériorité de la marchandise sur l’humain, qu’il a résumée dans la formule : « le mort saisit le vif ». En un mot, il est plus important pour le PCF/FdG de défendre quelques biens immobiliers (biens mal acquis par l’exploitation du plus grand nombre, de surcroît) que d’être du côté du Peuple. Mais pourquoi cet empressement pour le moins ‘anticommuniste’, si ce n’est par opportunisme électoral ? Si tel est le cas, nous proposons au PCF et au FdG quelques solutions à proposer à leurs électeurs, allant dans un sens résolument égalitaire :

    ·         Interdire les agences immobilières.

    ·         Priorité aux populations locales

    ·         Fixer le prix du m² de manière autoritaire.

    ·         Saisir les logements vides et les redistribuer aux personnes en besoin et mal-logé.

    ·         Appuyer les occupations des maisons vides.

    ·         Fixer les loyers des HLM à 5% du salaire et des loyers privées à 15%.

    ·      Annuler les dettes absurdes sur des dizaines d’années contractées par les classes populaires pour acheter un logement.

    ·         Interdiction de construire sur des terres arables.

    ·         Et nous rajouterons le droit à l’autodétermination de tous les peuples.

     

    Voilà quelques mesurettes qui rapprocheraient le PCF/FdG des vrais problèmes des classes exploitées et qui auraient un semblant de politique égalitaire, ce qui ne serait pas plus mal en ces temps de montée du fascisme. Mais il est vrai que ce Front ne se revendique même plus d’un État un_toit.jpgsocialiste du Peuple, ni même de l’anticapitalisme mais bien de l’antilibéralisme, cache-sexe sémantique pour dire en fin de compte... rien du tout.

    Nous trouvons par contre franchement burlesque que ce Parti vienne donner des leçons de politique au Peuple basque. Normalement, un Parti communiste devrait être toujours du côté du peuple (le camp du peuple est notre camp), non pas en lui dictant ce qu’il doit faire, mais en le servant. L’utilisation de la violence dans ce cas n’est pas à discuter, car c’est à l’exploité qui résiste de choisir ses moyens et à nous militants politiques de proposer des réponses pour transformer la réalité et changer le monde. Mais de là à être révolutionnaire, il n’y a qu’un pas, et nous comprenons que la vielle machinerie usée du PCF/FdG ne se risquera pas à un tel saut dans le vide.

    Pour autant, nous savons qu'il y a de nombreux militants et militantes sincères cachés derrière les ambitions de quelques dents longues aux idées courtes : nous disons donc à ces camarades que la porte de notre Comité de construction du Parti communiste des Terres d’Òc est ouverte, s'ils/elles veulent venir lutter pour une véritable politique égalitaire devenue urgente.


    Intéressant à lire aussi, cet article du site corse "U Cumunu" : Le PCF : franchement communiste ou communément français ?

     


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  • 1. La première chose (mais assez éloignée dans le temps) à laquelle on peut comparer les actuels évènements qui secouent la Bretagne, c'est bien sûr notre Grande Révolte occitane de 1907. D'autres parallèles pourraient encore être tracés, comme avec le grand mouvement lorrain de 1979-80 ("Lorraine Cœur d'Acier") contre le démantèlement de la sidérurgie, pilier de l'économie locale comme l'est l'agroalimentaire en Bretagne. Mais ces évènements peuvent aussi être rapprochés d'autres beaucoup plus récents.

    Manifestation-pour-l-emploi-en-Bretagne-le-2-novembre-2013-.jpgLe mouvement des "Bonnets rouges" en Bretagne s'inscrit en réalité dans la totale continuité du LKP (Lyannaj kont Pwofitasyon) en Caraïbe, début 2009 : c'est en fait un "LKP métropolitain" ; c'est le vent de la remise en cause du système-France, dont le LKP était une première expression ultramarine, qui vient de toucher les côtes "métropolitaines" porté par le Gulf Stream !

    Bien sûr, les gens à courte vue s'écrieront : "meuuuh nooooon, n'importe quoi, rien à voir, pas du tout les mêmes acteurs sociaux, pas du tout la même idéologie, le LKP était de gauche (comme d'ailleurs la révolte languedocienne de 1907 ou le mouvement lorrain de 1979) alors que les Bonnets rouges sont ultra-ambigus, il y a le patronat et les fachoooos..." etc. etc. (rappelons quand même que le LKP fut lui aussi violemment attaqué, en son temps, pour son soi-disant "racisme anti-blancs"). Pas vraiment les mêmes acteurs sociaux ? Certes. Mais si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que les acteurs des deux mouvements ont en fait un grand dénominateur commun : les uns comme les autres sont les PILIERS de la vie économique et sociale locale. En Bretagne, plus que d'une classe, c'est d'un secteur productif qu'il s'agit : l'agroalimentaire, patrons et salariés réunis. Et c'est précisément ce secteur... qui faisait que la péninsule armoricaine n'était plus, ces dernières années, la terre de misère qu'elle était il y a encore 60 ans. Aux Caraïbes, en 2009, c'était le petit emploi public... c'est-à-dire précisément ce qui fait que Gwadloup et Matinik ne sont pas Haïti ou la Jamaïque. Autrement dit, les secteurs sociaux qui FONT que la relégation périphérique, coloniale dans un cas (de type particulier, "départementale") et provinciale dans l'autre, est "masquée" ; qui font que l'on peut "quand même s'estimer heureux d'être en France", qu'il y a "plus à plaindre"... et qui sont les premiers à s'effondrer lorsque la crise, mondiale, finit par rattraper la contrée, se retrouvant alors propulsés en première ligne de la révolte. Imparable... C'est là le formidable moteur de mobilisation du DÉCLASSEMENT, bien plus puissant en fait que la pauvreté elle-même, même si, comme disait Lénine, il apporte avec lui son lot de "fantaisies réactionnaires", nostalgie du "bon vieux temps" oblige.

    Octana54 2Les "Bonnets rouges" sont donc, on le répète, un LKP ayant accosté en "métropole" hexagonale ; comme le mouvement antillais, les problèmes qu'il soulève ne sont pas l'affaire de telle ou telle mesure gouvernementale : ils touchent à l'organisation même de l'État français comme cadre économico-politique de production, de valorisation du Capital. Ce qu'il soulève, même si certains points "cristallisent" la colère (ici l'écotaxe, comme hier le prix du carburant en Gwadloup), ce sont les problématiques  fondamentales d'un territoire  dans le cadre du système-France, cette construction par et pour Octana54 4Gle Capital vieille de 8 siècle ; d'où son caractère DE MASSE, cet "interclassisme" qui fait renâcler les "révolutionnaires" de campus (qui s'imaginent sans doute qu'une révolution, du moment que c'est sous un drapeau rouge ou/et noir, peut se faire uniquement avec des ouvriers d'usine... ou des fonctionnaires et employés publics, ou des étudiants). Bien sûr, entendons nous bien : pour nous, l'intérêt de ce mouvement (comme du LKP avant lui) sera  d'avoir existé. Pas ce à 827509 voteslistesgauchequoi il aura mené, car pour qu'il mène à quelque chose (d'intéressant) il est encore trop tôt. Ce n'est pas, on l'a dit, un mouvement autour d'une revendication précise (pas même l'écotaxe) mais une convergence d'intérêts très divers voire au premier abord contradictoires : pour l'unifier dans une même direction cohérente et aller de l'avant, il faudrait un Parti révolutionnaire conséquent, or il n'y en a pas encore actuellement en Bretagne. Il est donc probable que les divers intérêts et revendications soient "mis à la découpe" et traités au cas par cas, "corporation" par "corporation", satisfaisant voire réjouissant les uns, laissant aux autres le goût amer de l'échec et de la trahison, l'objectif étant de "dégonfler" à tout prix la mobilisation, de "désamorcer la bombe" pour ne plus laisser sur le champ de bataille que quelques desperados. C'est ce qu'il s'est toujours passé dans l'Histoire, en Occitània en 1907 comme en Karayib en 2009.

    Mais ce mouvement des nouveaux Bonnets rouges aura existé et au delà de toutes ses contradictions et ambigüités, il aura lancé, confirmant toutes nos thèses, un petit défi au système-France ; le défi (plus que de ses bonnets rappelant davantage le commandant Cousteau qu'une révolte du 17e siècle...) de sa marée de drapeaux bretons flottant sur Kemper le 2 novembre... Un Peuple reprenant conscience de lui-même, ce qui est fondamentalement insupportable pour un système fondé depuis 800 ans sur la construction d'un grand "lager économique" hexagonal (puis également colonial ultramarin) où les travailleurs du peuple soient de simples pions et variables d'ajustement... Car pour que cela fonctionne, il faut absolument que les masses populaires ne manifestation-bonnets-rouges-contre-ecotaxe-defense-emploi-sachent plus qui elles sont, d'où elles viennent, n'aient plus aucune conscience d'elle-même, car ce serait automatiquement mettre à nu toute la construction historique et le fonctionnement actuel de la machine capitaliste, et le début de la remise en cause fatale. C'est cela qui aura fait trembler et s'étrangler de rage, outre les hauts dignitaires dudit système (même ceux qui font semblant de "comprendre le ras-le-bol", boulot d'opposition oblige*...), toute une foule de personnages a priori inattendus... a priori, sauf pour qui a une analyse et une compréhension profonde des forces sociales en présence dans ce "cher" Hexagone. Quant au fait que ce mouvement ait eu pour chefs de file des "petits patrons productivistes-pollueurs", que les fameux bonnets aient été fournis par Armor-Lux-de-la-marinière-à-Montebourg, qu'il y ait eu des fascistes ou autres "socialistes français poujadistes" dans la foule de Quimper ou d'ailleurs, pour dire les choses clairement, on s'en tape comme de l'An 40 exactement comme du fait que 1905 en Russie ait commencé derrière un pope orthodoxe agent du tsar (Gapone). À ce sujet, lisez ici... oui ? Eh bien non ! Ce ne sont pas "lesmaterialistes.com", c'est Françoise Morvan, une "petite célébrité" des colonnes de l'Huma, de Marianne, le Monde, Libé etc., une mélenchonarde connue pour sa haine viscérale et sa reductio ad hitlerum systématique de toute affirmation populaire bretonne. Enfin bon, pour une fois que "lesmaterialistes.com" font penser à autre chose que Dreuz.info...

    Disons-le en toute franchise : la jouissance de voir combien ce mouvement des Bonnets rouges bretons, et nos prises de position dessus, FONT CHIER est bien réelle... Mais elle ne serait rien sans la compréhension scientifique marxiste de POURQUOI cela fait tant chier ; en particulier une certaine "bonne France" pseudo-"rouge" qui fait totalement partie du paysage, qui est, dira-t-on, la "partie rouge du drapeau tricolore" ! Tout ce qui bouge n'est pas rouge ? Certes, en effet... Tout ce qui bouge n'est pas AUTOMATIQUEMENT rouge : cela dépend de quelle(s) force(s), quelle(s) classe(s) en prennent la tête. Mais tout ce qui bouge est POTENTIELLEMENT rouge si un Parti révolutionnaire conséquent réussit à se mettre à la tête du mouvement, au moins d'une partie ; en tout cas s'il y joue son rôle de Parti révolutionnaire. À la décantation des forces révolutionnaires de Bretagne de s'opérer, pour donner naissance à un tel Parti !

    Poent eo stagan Bretoned, gant stourm meur ar vro !

    kemper-026-600x330

    Lire ici (ou faudrait-il se l'interdire ??) une mise au point par des libertaires ayant participé au mouvement : Une autre vision des Bonnets rouges

    Ou encore ce "coup de gueule" d'une militante "zadiste" présente elle aussi le 2 novembre  à Kemper/Quimper : Front de Gauche et écolos, vous avez insulté les Bretons, faudra pas venir pleurer

    OU ENCORE cette Lettre ouverte du syndicat CGT de Damen BREST au secrétaire CGT régional de Bretagne et à la secrétaire CGT générale départementale du Finistère ; qui a passablement fait du reuz (bruit, "boxon" en langue-de-l'obscurantisme) dans la Confédération...


    * Regardez par exemple ici le gribouillis du site d'extrême-droite (républicard, ultra-jacobin, "anti-communautariste" et islamophobe) Riposte Laïque : c'est assez ressemblant en effet, sauf... euh... comment dire... quelque chose... ben les drapeaux, en fait. Les vraies manifs des Bonnets rouges sont 100% gwenn ha du et bon courage pour y entrevoir un BBR... Il y a quelques temps une égérie de la mouvance, Christine Tasin, ultra-jacobine au point que l'on peut se demander si elle plaisante (ou pas), avait participé à un meeting contre "l'islamisation" en Bretagne avec notamment Adsav, extrême-droite... indépendantiste ! Autant dire que cela valait son pesant de grotesque, tant du côté république-une-et-indivisible que du côté "celtomaniaques descendus d'Avalon sur le cheval du roi Arthur"... Vous pouvez voir un compte-rendu de l'épisode ici, page 12.


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    1. Notre position sur le mouvement en cours en Bretagne aura, nous l'avons déjà dit, surpris plus d'une personne. Nous aurons défendu un mouvement dans lequel (sans qu'il s'y résume !) la présence d'éléments réactionnaires est avérée, et le moins que l'on puisse dire, c'est que la "gauche" hexagonale en aura pris plein la gueule. Comment expliquer cela ?

    Eh bien, pour comprendre cela, il faut avoir compris ce qu'est le système républicain bourgeois "français" né dans l'égorgement des Communes de 1871. Un système pratiquement unique au monde, où l'Armée idéologique du Capital possède DEUX AILES, "gauche" et "droite" alors que dans la plupart des pays cette distinction est relativement cosmétique (certains, comme l'Italie jusqu'en 1992, ne s'embarrassaient même pas de l'illusion d'un bipartisme, sans parler de l'"Espagne" qui était une dictature ouverte jusque fin 1975, de l'Allemagne où "sociaux-démocrates" et "chrétiens-démocrates" n'hésitent pas une seconde à former une Große Koalition si nécessaire, de l'Autriche où c'est même la norme, etc. etc.). charliehebdobonnetsrougesEt donc, le Capital avance l'une ou l'autre aile de son armée idéologique en fonction des circonstances. Lorsque "ça pète" dans les villes "rouges", comme en 1871, ou dans les "banlieues à racaille islamisée" comme en 2005, le Capital mobilise la "France profonde" conservatrice, la "France" de "la terre et (des) morts" ; c'est ainsi que des Bretons ou des Mayennais encore plus affamés que les ouvriers parisiens ou marseillais s'en allèrent gaiment massacrer ces derniers, et qu'aujourd'hui des CRS et des BACeux venus de toutes les périphéries possibles matraquent, flash-ballent et taserisent sans états d'âme tandis que le "soldat opinion" vit dans la terreur de ces "zones de non-droit", qu'il imagine comme un mélange de Ciudad Juarez et de Bagdad. Mais lorsque "ça pète" justement chez les "ploucs" de ces périphéries profondes, normalement pourvoyeuses de flics, de gendarmes et de "gens bien-intentionnés", alors le Capital mobilise toute la gôôôôche des jacobinards, républicards-laïcards et autres "libres-penseurs" (du genre lecteurs de Marianne), le "jacobinisme populaire" ("sans-culotte") syndical et partidaire, et bien sûr tout le mépris bobo-hipster-bords-de-Seine pour les "culs-terreux" de la "France-Jean-Pierre-Pernaut", l'arrogance intellectualoïde des lecteurs du Monde, de Charlie Hebdo, de Libé et (en bien moins grand nombre bien sûr) des "Materialistes.com". Et cela fonctionne : sur l'actuel mouvement breton, le gouvernement était bien emmerdé car c'était précisément surtout dans les "classes moyennes" (premier point d'appui, en principe, de toute classe dominante) que se développait une certaine solidarité avec les "Bonnets rouges" contre le "matraquage fiscal". Mais après qu'Ayrault ait annoncé la suspension de l'écotaxe (à laquelle se résume évidemment, vu la manipulation médiatique, le "problème breton" pour 90% de la population), dès le 9 novembre une majorité considérait que le mouvement devait cesser. Une majorité assise sur le bon-vieux-sacro-saint (et assez unanime) légalisme "républicain" (rejet des "violences" et des "destructions" qui accompagnent le mouvement), mais largement centrée à "gauche" contre un mouvement perçu comme "poujadiste" voire "séparatiste".

    En fonction des circonstances et de quelle aile (de son armée) le Grand Capital met en mouvement, nous sommes donc obligés de porter le fer dans l'une ou l'autre direction. Il en ira de même pour les guerres et autres manœuvres impérialistes : mobiliser contre un Assad ou un Kadhafi (ou un Milosevic hier) fonctionnera mieux dans l'aile "gauche" de l'armée idéologique (l'aile "droite", de manière générale, n'aime pas trop ces grandes interventions avec Rafales, tambours et trompettes, elle aime les guerres qu'on ne voit pas, celles par "sauvages" interposés, celles des mercenaires à la Bob Denard, des forces spéciales et autres barbouzes etc.). Il est toutefois souvent possible de faire consensus (contre les z'islamiiiistes au Mali par exemple, et sur la question de l'islam et des musulmans en général).

    Charlie.03NOV2013.005Ainsi va le système "républicain" bleu-blanc-rouge : c'est en fait un système qui peut connaître une fascisation potentiellement puissante, autour d'un "centre d'agrégation" de la mobilisation réactionnaire ultra (comme le FN aujourd'hui, le mouvement gaulliste dans les années 1960 ou les Ligues dans les années 1930) ; un système policier par nature depuis sa naissance dans le sang des Communes et même depuis Napoléon avec son Fouché ; mais où le fascisme ouvert, de type hitlérien, ne survient que dans des circonstances vraiment exceptionnelles (catastrophe de 1940 et occupation nazie), et d'ailleurs lorsque cela arrive, le fascisme en question se "fabrique" une droite et une "gauche" (RNP de Déat... qui assumait d'ailleurs totalement la référence à "(17)93", PPF de Doriot etc.) et affirme (Pierre Pucheu, Ministre de l'Intérieur 1941-42) lutter contre les "extrêmes" de droite (gaullistes) comme de gauche (communistes) : on l'ignore souvent, mais le régime de Vichy était absolument multipartiste ! Comme situations plutôt graves surmontées (et mobilisations réactionnaires de masse assurées !) sans abandonner les apparences "démocratiques" libérales-parlementaires et sans mettre en place un régime "totalitaire", la Grande Guerre de 1914-18, la guerre d'Algérie ou Mai 68 et les années suivantes sont d'assez bons exemples. D'autres pays peuvent également, aujourd'hui, connaître ce type de "démofascisme", comme typiquement les États-Unis sous Bush et Cheney après le 11-Septembre, mais même depuis l'America is back de Reagan en 1980, l’État espagnol depuis la Transition de 1975-78 ou Israël depuis l'origine (mais particulièrement depuis 2000) ; mais la "France" a réellement été précurseuse en la matière. C'est en effet l'un des pays où la pensée dominante bourgeoise est l'une des plus anciennes et puissantes ; alors que l'Allemagne "jetée" dans la "démocratie" libérale parlementaire (telle que nous la concevons) en 1918, l'Espagne de même en 1931, et l'Italie (système bourgeois censitaire jusqu'en 1912) ou encore le Japon (monarchie de droit divin) ne l'ayant alors jamais connue, ont dû face à la crise générale du capitalisme et à la menace révolutionnaire avoir recours au fascisme ouvert, "totalitaire".

    En réalité, il est impossible de comprendre la question des langues, cultures, "décentralismes" et autres affirmations "minoritaires" (nationales) si l'on se place dans une vision strictement "mécaniste classiste" des choses. Pour comprendre, il faut être (et nous le sommes !) GRAMSCIENS. Il faut en effet avoir lu (et compris) Gramsci pour comprendre qu'il y a là une tranchée idéologique du système de défense du Capital : le capitalisme français s'est construit en construisant l'amnésie collective des Peuples d'Hexagone, l'oubli de ce qu'ils sont, de leur histoire ; car la mémoire de cela mettrait forcément à nu la manière dont ledit capitalisme français s'est construit (sous les "grands rois", la "révolution", Napoléon et les régimes successifs jusqu'à la définitive république des monopoles de 1870), et ferait très certainement le "lien" avec les situations "régionales" actuelles. D'autres États ont fait différemment ; mais l’État français a fait comme cela, et pas autrement. Et aujourd'hui ? Et bien, en soi, le Capital BBR n'aurait sans doute aucun problème avec un modèle étatique fédéralisé : l'Allemagne fonctionne "très bien" avec ses länder, l’État espagnol avec ses "autonomies", le Royaume-Uni avec ses "dévolutions" etc. etc. Mais il est tout simplement trop tard pour faire machine arrière... C'est un peu comme le type qui aurait menti à sa famille pendant des années entières et qui, lorsque la vérité émergerait enfin, n'aurait d'autre solution que de tuer tout le monde puis de tenter de se suicider : extrémités qui dans le champ social s’appellent la guerre civile et auxquelles, on s'en doute, le Capital BBR veut à tout prix éviter  d'arriver. L’État français est en fait prisonnier de sa propre idéologie fondatrice qui veut depuis plus de 200 voire 300 ans qu'il n'y ait "que des Français", que les réalités nationales ne soient que des "moyenâgeries" obscurantistes de bouseux clouant des chouettes sur leurs portes, de châtelains cravachant leurs gueux, de curés affirmant que la Terre est plate et aujourd'hui de "petits patrons et de paysans identitaires poujadistes". Là est la fonction fondamentale, au service du Grand Capital, des Mélenchon, Chevènement, Françoise Morvan, PRCF, POI-poï, ROCML, "Arrière-Garde ouvriériste", "pcmlm" et consorts ; bref de tous les JACOBINARDS DE MERDE de droite comme de "gauche" !

    francoise-morvanQui n'a pas compris cela n'a pas compris la herse de "société civile" qui défend le donjon des monopoles "français", et ne peut donc pas la briser et faire tomber ce foutu donjon. C'est la raison pour laquelle par exemple, au risque de choquer, SLP se veut radicalement anti-maçonnique. Nous savons qu'au début du mouvement ouvrier, entre 1848 et 1940, beaucoup de ses cadres (comme Ernest Ferroul de notre Grande Révolte occitane de 1907) ont appartenu à la franc-maçonnerie (au Grand Orient, la loge athée/agnostique et "progressiste") et nous reconnaissons la valeur historique de leur action. Les francs-maçons ont été persécutés (les loges "de gauche" en tout cas...  encore que) par le fascisme dans les années 1930-40, ici sous le régime de Vichy et l'occupation nazie, et cela en faisait alors des alliés objectifs dans la Résistance antifasciste (beaucoup de kollabos venaient cependant du Parti radical ou de l'aile droite de la SFIO, ce qui à l'époque voulait presque automatiquement dire francs-maçons). Mais aujourd'hui, nous considérons que l'on ne peut pas être franc-maçon et faire partie d'une organisation révolutionnaire conséquente. Les loges maçonniques sont un état-major de l'Armée idéologique du Capital, de son aile "gauche" (Grand Orient, Libre-Pensée) mais aussi d'une grande partie de son aile droite (GLF et GLNF qui abritent notamment - entre autres - les satrapes africains). La "France" est connue pour être un État policier, or la plupart des cadres de la police sont francs-maçons (les cadres militaires et gendarmes étant plutôt, eux, dans des fraternités catholiques : Opus Dei, Civitas/ICHTUS ex-Cité catholique etc.). Nous, communistes, ne sommes pas pour la "libre pensée" mais pour la JUSTE pensée : la CONCEPTION COMMUNISTE (matérialiste, marxiste, scientifique) DU MONDE. Aux chiottes, les "libres" idéologues de ce système de merde ! C'est pourquoi être réellement communiste implique forcément de rejeter la franc-maçonnerie ; c'était d'ailleurs un principe de l'Internationale communiste dans les années 1920* (mais en "France" il ne fut jamais vraiment respecté). Parmi les "frères" maçons très "visibles" en ce moment, il y a notamment un certain Jean-Luc Mélenchon... Mais cela n'enlève rien, en revanche, à notre position sur les troupes de la gauche bourgeoise, sur le "peuple de gauche", le "petit peuple progressiste" qu'il faut œuvrer à amener à la révolution.

    carte des traites2. On ne peut résoudre un problème que si on le COMPREND : évidence que connaît même un écolier confronté à un exercice de maths. Le capitalisme engendre pour les masses populaires toute une série de problèmes, qu'il n'est pas possible de résoudre si l'on ne comprend pas qu'ils viennent du capitalisme, ou même si l'on dit simplement que "c'est le capitalisme" sans compréhension plus poussée. Et il n'est pas possible de comprendre un problème si l'on ne comprend pas le CADRE dans lequel il se pose ; or dans chaque "grand bassin économique de vie populaire" le capitalisme se manifeste de manière différente, et génère des problèmes différents. Chaque "cadre" des problématiques capitalistes est une création de l'activité capitaliste elle-même. Il faut analyser et comprendre la création de ce cadre pour comprendre les problèmes qu'il contient, et pouvoir envisager de les résoudre. C'est tout le sens de notre démarche depuis maintenant bientôt 3 ans ; démarche qui se découvre maintenant (sans s'en être jamais inspirée...) des parallèles avec les travaux de "socio-géographes" universitaires (Christophe Guilluy etc.), même si nous n'en partageons évidemment pas les conclusions réformistes (Guilluy et consorts se rêvent sans doute en successeurs de Rosanvallon et de son "Nouvel âge des inégalités", qui fut le "petit livre rose" du jospinisme en 1997-2002), ni certaines déductions socio-politiques**.

    Déterminer et comprendre, déterminer pour comprendre les différents "cadres" (qui sont des constructions historiques) dans lesquels se pose le problème capitaliste au sein de l’État français (qui est lui-même un "cadre", étudié et compris comme tel), voilà tout notre propos. En l'absence d'une telle étude et compréhension, on ne peut que pérorer sur des situations comme celle que connaît actuellement la Bretagne. Les soi-disant "socialistes", "marxistes" ou "anarchistes" qui crachent sur les "Bonnets rouges esclaves" qui "manifestent avec leurs patrons" n'ont, tout simplement, strictement rien compris au cadre nommé "Bretagne" de la question sociale, et au cadre nommé "France" dans lequel, pourtant, ils vivent et prétendent lutter au quotidien pour "en finir avec le capitalisme"...

    3. Nous avons parfois pu entendre que "les petites nations ne sont pas vouées à avoir un rôle déterminant dans la lutte révolutionnaire à venir"... Ceci est, d'abord, une mal-compréhension de notre propos, car ce que nous disons c'est que ce sont les PÉRIPHÉRIES, les territoires de relégation qui sont voués à être les "campagnes" de la Guerre populaire en Europe ; simplement, nous constatons qu'en "France" cette "périphérisation" recoupe très souvent le territoire d'une nationalité annexée au cours de la formation de l’État, depuis le 13e jusqu'au 19e siècle.

    Langues de la France1Ensuite, cela nous semble soulever une sérieuse question : c'est quoi, une "petite nation" ? La "France" approche au total les 66 millions d'habitants. Retirons les presque 3 millions d'ultramarins (DOM et COM) : restent 63 millions. Retirons les populations du "Midi" : Occitanie, Arpitanie, Pays Basque, Roussillon (Catalogne-Nord), Corse (soit les régions Rhône-Alpes, PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin, Aquitaine et Corse) : on approche les 23 millions. Restent 40 millions. Retirons la population de la Bretagne à 5 départements (3,2 millions + 1,3 pour la Loire-Atlantique) : 4,5 millions. Restent 35,5 millions. Retirons la population du "Grand Ch'Nord" ou "Grande Picardie", de l'aire linguistico-culturelle PICARDE, soumise seulement entre les règnes Louis XI et (pour l'essentiel du Nord-Pas-de-Calais actuel, les "Pays-Bas français") de Louis XIV : Picardie sauf le sud de l'Oise et de l'Aisne (grosso modo) : 1,5 millions environ ; et Nord-Pas-de-Calais (4 millions) : 5,5 millions. Régions auxquelles on pourrait ajouter, en raison de sa grande proximité socio-économique, culturelle et historique, le département des Ardennes (dont la partie nord - 1-2-3 - n'a été conquise, elle aussi, qu'au 17e siècle) : 280.000 habitants. Bref, grosso modo 5,8 millions pour le "Peuple des Brumes" : restent moins de 30 millions. Il faut encore retirer la Lorraine (annexée, pour la majeure part, en 1766 seulement !) : 2,3 millions ; l'Alsace (annexée seulement sous Louis XIV, voire seulement en 1798 pour la région de Mulhouse) : 1,9 millions ; et la Franche-Comté, stable dans ses frontières ("comté de Bourgogne") depuis l'époque carolingienne et annexée en 1678 après avoir subi une guerre d'extermination de 10 ans (1634-44) qui vit disparaître... les 2/3 de la population : 1,1 millions. Il reste, pour la "vraie France" dont parlait au 19e siècle Jules Michelet, quelque chose comme 24,5 millions de personnes : 37% seulement des 66 millions de départ !!! Sans oublier que dans ce restant, les peuples poitevin-vendéen-saintongeais (entre Loire et Gironde, sorte d'"Arpitanie de l'Ouest" intermédiaire avec le "Midi" d'Òc), "grand-berrichon" (entre Loire et Massif central), bourguignon ou encore normand ont plus que leurs particularismes ; et qu'il faut en outre soustraire, sur tout l'Hexagone + la Corse, 7 à 10 millions de "colonisé-e-s intérieur-e-s" qui pour la plupart ne se sentent nullement "français" et même (et nous reprendrons en chœur avec eux), "niquent la France"... OÙ EST LA PETITE NATION ? [au demeurant le terme même de "petites nations" semble être né sous la plume d'Engels à la fin des années 1840 dans un de ces délires antipopulaires assez indéfendables dont il était alors coutumier, auxquels les faits ont cinglamment donné tort et avec lesquels le marxisme actuel a heureusement pris des distances kilométriques...]

    la-pyramide-du-systeme-capitalisteEn définitive, il n'y a peut-être de véritables "français" que la BOURGEOISIE et ses affidés : ceux et celles dont le système-France sert les intérêts et/ou fonde l'existence. En dessous, les ENGRAISSANT à la sueur de leurs fronts, il y a DES PEUPLES. Même le Bassin parisien (au sens géographique) peut être subdivisé en (grosso modo) 6 peuples : la "Grande Île-de-France" dans un polygone Beauvais-Soissons-Provins-Sens-Orléans-Chartres-Vernon, la "Grande Picardie" dont nous avons déjà parlé (Nord de la région Picardie, Nord-Pas-de-Calais, éventuellement Ardennes), le "Grand Berry" (Berry, Bourbonnais/Allier, Nivernais/Nièvre), le "Grand Val-de-Loire" (Blois, Touraine, Maine, Anjou), la Normandie et la Champagne...

    Alors après, on peut toujours s'"amuser" à nier cela en faisant semblant de ne rien comprendre à ce que nous disons, comme lorsque "certains" font remarquer que la Mayenne connaît une situation économique et sociale tout à fait similaire à celle de la Bretagne. Mais évidemment ! Nous n'avons jamais dit le contraire ! Ce que nous disons, c'est qu'il y a une opposition fondamentale entre des CENTRES (un Grand Centre formant un trapèze Tours-Rouen-Reims-Auxerre et une bonne vingtaine de "centres-relais") et des PÉRIPHÉRIES, et que SOUVENT ces périphéries "recoupent" des QUESTIONS NATIONALES, car ce sont des Peuples qui ont été conquis au cours de la formation de l’État par et pour le capitalisme. Évidemment que la contradiction Centre/Périphérie ne suit pas strictement la frontière de la Bretagne, puisque cette "province" abrite deux "centres-relais" (Rennes et Nantes) et un "phénomène Côte d'Azur" sur sa côte sud (ou encore vers Perros-Guirec, Saint-Malo ou entre Saint-Brieuc et Plouha)*** tandis que des secteurs avoisinants sont profondément relégués, en Mayenne mais aussi dans le Maine-et-Loire (Anjou) ou (surtout) dans la Manche (Cotentin), ou encore en Vendée. Ce qui est relégué/périphérisé à l'ouest de l'Hexagone c'est en fait une "Grande Armorique" qui comprend quasiment toute la Basse-Normandie avec le Cotentin, le Maine, l'Anjou, le Bas-Poitou (Vendée et Deux-Sèvres) et la Bretagne ; tout le Massif armoricain en réalité. Mais cela ne veut NULLEMENT DIRE qu'au sein de cette "Grande Armorique" la question nationale bretonne n'existe pas ! Et une Bretagne LIBRE ET SOCIALISTE (dieub ha sokialour !) serait évidemment, pour toute cette "Grande Armorique" périphérisée, une BASE ROUGE que l’État français, en vérité, ne pourrait tout simplement pas gérer : ce ne serait ni plus ni moins que sa fin...

     


    * De Trotsky ("hérésiiiiiiie !!!" gueulera qui voudra...), mais néanmoins TRÈS JUSTE : lire ici.

    la-france-en-face.jpg** Ainsi, le fort vote FN et plus largement le vote "droitier populaire blanc" ne se trouve pas tellement dans les périphéries profondes (en bleu foncé), mais plutôt à la marge des zones "métropolitaines" en blanc : en mettant côte à côte les deux cartes, on voit clairement le vote pour Marine Le Pen (premier tour 2012) entourer les grandes taches blanches métropolitaines (Paris, Lyon, Aix-Marseille, Nice-Côte-d'Azur, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Rennes, Lille) ou carrément... en faire partie, et border (Nord, Nord-Est, "Rhône-Alpes") la Suisse, l'Allemagne et le Bénélux (la "métropole européenne"). En Corse, ce sont clairement les alentours d'Ajaccio, Bastia, Calvi, Propriano et le Sud-Est (Porto-Vecchio, Bonifacio) ainsi que le secteur de la base de Solenzara (vote des militaires ?) : les secteurs les plus peuplés, touristiques et socialement inégalitaires (ce qui n'est pas la même chose que "pauvre", à ne pas confondre !). La Corse "profonde" (en particulier le secteur de Corte, bastion nationaliste) ne vote pratiquement pas FN. "Pixelisé" par bureau de vote, le résultat serait encore plus éloquent... "Socio-géographiquement", ce n'est pas tant un vote de relégation réelle (prolétariat et paysannerie pauvre, périphéries profondes) que de sentiment et de peur de celle-ci ("très-petite-bourgeoisie"). Ce ne sont en fait pas tant des "exclus" qui votent FN que des gens ayant un fort "ressenti" d'exclusion aux abords d'un grand "centre d'inclusion" ("métropole mondialisée") ; sentiment associé à celui de faire "tampon" avec plus exclus qu'eux (la "ZUS du coin", un camp de Roms etc. etc.). Comme l'ont toujours analysé les marxistes conséquents, le populisme d'extrême-droite, le fascisme, vise précisément vote le pen 2012à livrer bataille à l'idéologie prolétarienne dans les "couches en déclassement" de la société, pour éviter que celles-ci ne deviennent révolutionnaires (ce qui serait fatal au système). Là où ce sentiment disparaît, tout simplement par l'absence de grand "centre-relais" capitaliste (ni bobo centrurbain ni ZUS à l'horizon, donc), le vote FN tend également à disparaître. Les zones de "grand bleu" sur la carte des "fragilités sociales" (Bretagne et "Grande Armorique", Massif "central", Alpes, Pyrénées, Gascogne) se caractérisent plutôt, tout comme les "cœurs" des grandes métropoles, par leur blancheur ou leur jaune très clair sur celle du vote FN ; et même si celui-ci monte inexorablement, il monte "partout pareil" c'est-à-dire que les zones de gros scores "historiques" le restent (mais désormais à 30 voire 35% et non plus 20-25%) et celles de scores historiquement faibles le restent également, même si ce ne sont plus 5-10% mais 10-15% ou 15-18%. [NDLR : le 'p''c''mlm' part exactement des mêmes postulats erronés sur "la classe ouvrière principalement périurbaine et votant massivement FN", alors que cela n'est vrai que dans le Nord du Bassin parisien, en Lorraine et Alsace, dans le couloir Saône-Rhône, en Provence et Languedoc côtier.]

     

    *** Les principales poches de relégation/périphérisation/précarité en Bretagne (à 5 département of course) sont :

    - le Poher et la Haute-Cornouailles : centre-est du Finistère (entre Arrée et Montagnes Noires), sud-ouest des Côtes d'Armor et nord-ouest du Morbihan (Gourin, Guéméné-sur-Scorff, Le Faouët etc.).

    - le nord de la Loire-Atlantique (pays de la Mée).

    - la baie du Mont-Saint-Michel (Pleine-Fougères, Antrain etc.) et le secteur extrême-nord de l'Ille-et-Vilaine (Louvigné-du-Désert).

    - le sud-est des Côtes d'Armor et l'extrême-nord-est du Morbihan : Porhoët, Mené.

    communisme

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    À Carhaix comme à Quimper aux côtés de la classe ouvrière !

    ainsi que l'Appel du comité pour le maintien de l’emploi en Bretagne, cosigné par le SLB (Syndicat des Travailleurs de Bretagne) et la CGT Marins du Grand Ouest.


    Crise-bretonne-Bonnets-Rouges-et-dangers-de-l-opportunism.jpg


    Au sujet du mouvement des Bonnets rouges, on peut aussi (encore une fois) vous inviter à lire cette mise au point par des militant-e-s libertaires breton-ne-s ayant participé aux mobilisations :


     Une autre vision des Bonnets rouges


    Toujours sur le même sujet, l’OC-FR et le PCmF ont récemment publié la très juste (bien qu’un peu obséquieuse à notre avis) réponse suivante à un communiqué du ROCML (dont l’OC-FR est issue par scission et dont SLP a été quelques mois ‘‘compagnon de route’’ avant de prendre des distances salutaires), qui les attaquait à mots couverts :


    Communiqué en réponse au communiqué du ROCML "Carhaix et Quimper, deux manipulations" 


    À la fin de l’article OC-FR/PCmF, on apprend que ces derniers, pour leur relatif soutien à la manif de Quimper, se seraient vus traités de ‘‘fascistes rouges’’ par des éléments du ROCML… À ce tarif-là, par déduction, nous à SLP devrions carrément être des néo-nazis ! Ceci nous oblige (et autorise) donc à publier les commentaires suivants (à l’origine ce sont des commentaires Facebook, donc ne vous formalisez pas si c’est un peu ‘décousu’), afin de mettre quelques points sur les i… Nous précisons bien qu’il s’agit là de la position de SLP et SLP seul, validée par le Comité de Construction du PCR des Terres d’Òc, et non de celle de l’OC-FR et du PCmF qui est en lien ci-dessus.

    Voici ces (modestes) commentaires : 

    Nous pensons qu'il y avait moyen de faire encore plus bref (que l’article de l’OCFR). La position du ROCML (que voici dans le texte, histoire qu'il n'y ait pas d'embrouille) : "Si des travailleurs sont conduits à servir de force d’appoint à l’une ou l’autre fraction de la bourgeoisie, la raison fondamentale en est la domination sans partage chez les exploités des illusions et pratiques réformistes de collaboration de classe propagées par tous les courants politiques de gauche et de la gauche radicale. Illusions qui font obstacle à l’émergence d’un véritable Parti communiste seul capable de conduire les travailleurs à lutter pour ses seuls intérêts de classe face à la bourgeoise. Si ce Parti existait, il serait possible de défendre des mots d’ordre de classe contre les licenciements plutôt que de s’unir aux exploiteurs locaux qui n’ont pour but que leurs profits, même s’il faut pour cela sacrifier l’emploi d’ouvriers trompés qui manifestent avec eux aujourd’hui" ; et bien cela s'appelle tout simplement BOTTER EN TOUCHE, et joliment avec ça.

    "Ah oui il faudrait qu'il y ait un Parti révolutionnaire du prolétariat"... oui, ce serait bien en effet. Beaucoup mieux que maintenant. Il faudrait. "Yakafaukon"... Mais bon : il n’y en a pas, pas de massif et audible en tout cas. Rien qui ressemble de près ou de loin à la SFIC des années 1920-30 avec sa CGTU, ni même à la galaxie ML/mao des années 1968-75 (PCMLF, GP, UCFML, GOP et compagnie)... Cela, le prolétariat et les autres classes populaires l'auront remarqué, merci. Par contre, au détour d'une buvette CGT en manif ou d'une navigation sur le net, ils/elles peuvent être amené-e-s à rencontrer des gens qui PRÉTENDENT être cela dans un futur le plus proche possible : ROCML, OCFR, PCmF, CC-PCRÒC... (pour ne parler que des forces ML et MLM). Et ce qu'ils/elles sont en droit d'attendre de ces gens prétendant être leur avant-garde de demain, c'est une POSITION sur des évènements comme ceux de Bretagne, qu'ils vivent directement s'ils/elles sont sur place, ou sinon par la une des JT tous les soirs à 20h (et des journaux gratuits tous les matins dans le bus). Une POSITION. "Tout sera réglé quand y aura le Partiiiiiii", ce n'est pas une position, désolés.

    En ce qui le concerne, le Comité de Construction du Parti communiste révolutionnaire des Terres d'Òc assume les positions suivantes, publiées sur SLP :
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-breizh...
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-esclave...
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article... (point 1 mais le 3 et le 4 sont en relation aussi)
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article... (tout les points sont plus ou moins en relation)

    Bien sûr d'aucuns diront que c'est "intellectualoïde"... toujours la même rengaine pour ensuite pondre des communiqués CGT ou LO "améliorés".

    (Et puis nous allons un petit peu sur le fond du texte ROCML et là) énormissimou : "Aujourd’hui, l’organisation du mouvement ouvrier révolutionnaire est inexistante. Le prolétariat n’a aucun moyen de s’exprimer de manière indépendante des partis bourgeois."... Ah bon ? Il nous semblait pourtant qu'il y avait quelque chose appelé le ROCML, certes petit mais premier et invincible noyau fondateur du Grand-Parti-qu'il-faut-à-la-classe-ouvrière, sous les 4 lumineuses bobines de Marx-Engels-Lénine-Staline... Waouh la confiance en soi ! Tout un texte pour dire en définitive : "le problème... ben c'est que nous les auteurs de ces lignes on sert à rien, en fait". 

    Et puis le gros titre mensonger, la presse bourgeoise nous y avait habitués et peut-être l'Huma de l'époque Marchais (il faudrait trouver des exemplaires...), mais pour des ML c'est quand même violent : "CARHAIX ET QUIMPER, DEUX MANIPULATIONS"... ok, donc ni-ni a priori... sauf que non. Le ROCML a bel et bien une position : "Cependant le ROCML estime que c’est à Carhaix que les communistes devaient être". Cela pour "diffuser l’esprit de classe parmi les travailleurs et pour en démasquer les buts politiques", mais aussi parce que fondamentalement "l’appel à manifester à Carhaix contenait avec raison la nécessité de faire entendre des revendications des travailleurs. Il était juste de se démarquer des buts réactionnaires de la manifestation de Quimper". Autrement dit la CGT, le FdG et compagnie avaient "raison" dans leur tissu de langue de bois mensongère, bien plus digne de Brejnev que de "Saint" Staline sur lequel le ROCML se pignole. Leur seul tort, en "agitant le spectre de la chouannerie", aurait été d'avoir des "buts politiques" : "se poser en alternative à la gauche du gouvernement PS". Ah ok, on comprend mieux. Il fallait donc "diffuser l’esprit de classe parmi les travailleurs" (par "travailleurs" entendre les 4 tondus syndicalistes professionnels et un tambour qu'il y avait à Carhaix, environ 1.000 personnes apparemment, principalement des "militants professionnels", des permanents, des DS, quelques fonctionnaires sans doute et la "militance" FdG et EELV), histoire sans doute qu'ils apprennent à s'exprimer de manière indépendante... sous l’œil vigilant des buros cégétistes et mélenchonistes. Le tort des appelants n'étant pas de n'avoir STRICTEMENT RIEN COMPRIS à ce qui est en train de se passer, car strictement rien compris à la lutte populaire révolutionnaire comme mouvement SE DÉPLOYANT DES PÉRIPHÉRIES VERS LES CENTRES ; et même PIRE que cela : de DÉFENDRE ouvertement l'autorité du Centre parisien, ignoblement défiée par ces "identitaires" de Bonnets rouges, ces "petits bourgeois chouans" (au passage, la Basse-Bretagne n'était pas tellement le bastion de la Chouannerie, qui était plutôt la Haute-Bretagne, la Mayenne et l'Anjou)… Mais simplement de "servir des buts réformistes". Quand on ne sait plus comment maquiller son jacobinisme culturel ! (sans doute bien ancré dans les esprits pour des profs et autres serviteurs du système qu'ils prétendent combattre)... no comment. 

    À un moment donné, il faut savoir : soit un mouvement est "corporatiste" soit il est DE MASSE... donc forcément interclassiste. Dans le sens où, les corporations n'existant plus depuis 1791, ce que l'on entend par "corporatiste" aujourd'hui veut en réalité dire  "sectoriel" : mouvement STRICTEMENT de fonctionnaires, mouvement STRICTEMENT de postiers ou de cheminots ou de dockers, mouvement STRICTEMENT étudiant, mouvement STRICTEMENT de salariés d'une boîte qui ferme ou d'un secteur qui s'effondre localement, et dont les autres boîtes ou secteurs n'ont strictement rien à battre. Autrement dit, tous les mouvements qui peuvent être aussi massifs qu'ils veulent mais qui ne feront JAMAIS une révolution ni un début de commencement, puisque les secteurs sociaux non concernés s'en tapent. A contrario, un mouvement DE MASSE va PAR DÉFINITION être INTERCLASSISTE et PAR DÉFINITION (dixit Lénine) amener sont lot de "fantaisies (et d'éléments, et d'activistes !) réactionnaires". Mais c'est pourtant le seul truc qui commence à avoir un intérêt dans une lutte prolongée pour la prise de pouvoir révolutionnaire. La première chose que nous DÉFENDONS ouvertement chez les "Bonnets rouges", c'est que c'est sans doute l’un des premiers mouvements DE MASSE que nous amène la phase terminale de la crise générale du capitalisme EN HEXAGONE MÊME (avant il y avait eu le LKP, mais c'était de l'autre côté de l'Atlantique). Bien plus sans doute que le mouvement des retraites en 2010, et celui-ci concernait de toute façon UNE mesure gouvernementale : la "réforme des retraites". Là, les Bonnets rouges - comme le LKP hier - sont un soulèvement GÉNÉRAL contre la situation d'un territoire (d'une PÉRIPHÉRIE) donné, la Bretagne, même si les médias mettent en avant la question de l'écotaxe parce que c'est la question qui permet de dire que "le problème de l'emploi ce sont les charges sur les entreprises". Mais la question qui secoue actuellement la Bretagne, en réalité, ce n’est pas l'écotaxe : c'est "la Bretagne coule, SOS" ! Ce qui, quelle que soit l'issue du mouvement, peut commencer à amener chez certaines personnes un début de compréhension des enjeux véritables : le système capitaliste BBR, la place et le rôle de la Bretagne dedans... et comment en sortir, ce qui amène forcément à la conclusion "dieub ha sokialour" (libération et socialisme), autrement dit RÉVOLUTION. Alors qu'un mouvement contre une "réforme" des retraites, eh bien c'est contre une "réforme" des retraites, point à la ligne. À partir de là, si le gouvernement recule c'est cool, on rentre dans les chaumières ; s'il recule à moitié c'est moitié cool et la moitié rentre dans les chaumières (l'autre moitié continue quelques semaines puis s'essouffle) ; et s'il ne recule pas on le sanctionne aux prochaines élections, en espérant que les nouveaux gouvernants reviennent (au moins partiellement) dessus, ce qu'ils ne feront pas, mais ce que la gauche ne fait pas, remettre la droite ne le fera pas non plus, bref le serpent se mord la queue. 

    Notre position de communistes révolutionnaires occitans est claire, d'autant plus claire que nous avons connu il y a longtemps (1907) un mouvement de même nature (agricole au départ, puis interclassiste). Ce qu'il se passe aujourd'hui en Bretagne est le strict équivalent de ce mouvement, et du LKP en 2009 aux Antilles : le VENT DE LA PÉRIPHÉRIE QUI SE LÈVE ET DÉFIE LE CENTRE. La crise du capitalisme plonge une terre et son Peuple dans la misère, et ce peuple réagit. Avec son lot de positions et d'idées non-communistes, forcément puisque le mouvement est interclassiste (et la conception communiste du monde, de toute façon, est encore très faible dans les masses populaires). Aujourd'hui, on nous dira que le LKP était une coalition syndicale et n'avait rien à voir avec un mouvement soi-disant "à la solde des patrons". Sauf que d'une, il y avait certainement autant de petits capitalistes (formels ou informels) dans le LKP que dans les Bonnets rouges actuels, puisque ce n'était pas un mouvement contre une mesure en particulier mais contre l'effondrement du pouvoir d'achat (pour cause de monopole de la distribution, aggravant la situation "ultra-périphérique" des îles). Et de deux, les mêmes qui diront cela pointaient en 2009, avec un œil de vigiles du temple BBR, les "tentations séparatistes" et autre "racisme anti-blancs" du mouvement antillais.

    Quand les fonctionnaires ou les employés publics ou les profs bougent, ce sont toutes les catégories qui bougent, des C aux A, sauf le grand dirlo et ses 3 acolytes qui sont justement là (payés) pour que les gens bossent et non fassent grève. Les niveaux de revenu vont facilement de 1 (prolétariat) à 3 SMIC (bonne petite bourgeoisie, quasi moyenne). Quand une boîte licencie et que l'on ne sait pas qui va être de la charrette, pareil, tout le monde va bouger sauf les représentants physiques du Capital employeur qui sont justement là pour mettre en place la "restructuration". De 1 à 3 SMIC idem. Des syndicalistes pro-ANI et des antis. Des gens pour qui avec une grosse indemnité ça ira à l'aise jusqu'à retrouver du boulot (sous un an maxi) et d'autres qui sont sûrs de tomber dans l'exclusion. Si quelqu'un à d'autres exemples de "mouvements sociaux" actuellement, nous voulons bien, mais nous, nous n'en voyons pas.

    C'est donc strictement du pareil au même que les Bonnets rouges, sauf que dans ce mouvement il y a aussi des non-salariés (agriculteurs, artisans, transporteurs indépendants, petits patrons, pêcheurs etc.). Dans tous les cas, ces mouvements font face à un symptôme localisé (dans un secteur, une entreprise ou une "région") de la crise du capitalisme, et la solution est portée NON PAS PAR LA CLASSE OUVRIÈRE (fétichisme ouvriériste) mais par la CONCEPTION COMMUNISTE DU MONDE, qui reflète le CARACTÈRE SOCIAL DE LA PRODUCTION (incarné physiquement par les ouvriers et autres petits salariés) face à la PROPRIÉTÉ PRIVÉE (par une minorité) DES MOYENS DE PRODUCTION et l'appropriation privée (inégalitaire) du produit. Dans tous les cas, imposer suffisamment cette conception communiste dans un mouvement quel qu'il soit, c'est beaucoup de boulot. Autant dans telle boîte que dans telle autre. Autant dans le privé que dans le public ou les administrations. Autant à Quimper qu'à Carhaix. Il n'y a PAS DE VOIE FACILE ; en revanche il y a de la gravité pour des "ML" à (en définitive) rechercher une telle voie. "Easy roads are always sure to lose" (Song for Marcella, chanson en l'honneur de Bobby Sands). Évidemment que l'on ne va pas faire de l'agit-prop dans un mouvement ouvertement réactionnaire, n'existant que dans ce but comme la "Manif pour tous", où les révolutionnaires seraient en danger physique grave voire mortel pour un résultat dérisoire (convaincre un ou deux homophobes de ne plus l'être ?). Mais la manif de Quimper et le mouvement breton actuel n'ont rien à voir avec cela, que le ROCML ne fasse pas semblant de ne pas le comprendre.

    Qu'il ose plutôt (enfin) dire le fond de sa pensée : ce qui le dérange dans les Bonnets rouges plus que dans un autre mouvement social, c'est la remise en cause "régionaliste-identitaire-tout-caca-pas-beau" du SYSTÈME-FRANCE, le défi d'une Périphérie au Centre parisien du capitalisme BBR.

    En conclusion, on en revient à ce que SLP a toujours dit et répété depuis son "choix" (quelque peu forcé, mais en tout cas nullement regretté) de septembre 2010 : le ROCML, en définitive, c'est le PCOF d'il y a 30 ans... Les mêmes ingrédients font les mêmes recettes. La seule différence c'est qu’il ne faudra sans doute pas 30 ans pour que cela devienne le PCOF d'aujourd'hui, autrement dit un petit écuyer de l'aile gauche de l'Armée idéologique du Capital…


     


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  • breizh gwenhadu komunourComme il fallait s'y attendre (bien que nous ayons apparemment été les seuls), cela n'a pas loupé. Il n'aura pas fallu beaucoup plus que quelques gwenn ha du (le fameux drapeau national) hissés bien haut, quelques slogans dans cet horrible baragouin (bara ha gwin = pain et vin) de brezhoneg et des bonnets rouges évoquant une révolte de 1675 contre le centralisme franchimand du bon Roi Soleil pour voir (re)surgir tous les stéréotypes, toutes les caricatures et les insultes contre le Peuple (ouvriers, employés, petits paysans, indépendants ou micro-employeurs) de Bretagne. Le Breton de 1913, de la 3e République du "petit père" Combes et du "tigre" Clemenceau, était un cul-terreux bigot défilant en procession, cierge et crucifix en main, derrière son curé et son châtelain. Le Breton de 2013 est un "esclave" défilant bonnet rouge sur la tête et gwenn ha du au vent (porté par un cochon) sous les vociférations de son patron-du-Medef-anti-écotaxe. Dans les deux cas, un abruti incapable de la moindre conscience autonome de ses intérêts de classe.

    Et puis bien sûr, pour les un-peu-plus "culturés", il faut bien que le sempiternel argument sorte : les "identitaires régionalistes" qui manifestent à Quimper sous les gwenn ha du sont les z'héritiers des z'horribles nationaliiiistes du PNBééé, qui pendant la Seconde Guerre mondiale combattirent la Sainte République et le Saint Progrès sous l'uniforme hitlérien.

    L'histoire de la Bretagne, nous l'avons plusieurs fois abordée dans nos études sur la construction de la Prison des Peuples "France" : celle d'une PROVINCE ; ce qui à l'époque (avant Villers-Cotterêts) où le latin était la langue officielle voulait dire ce que cela voulait dire : provincia, de pro (précédemment) vincere (vaincre), "pays précédemment vaincu", pays conquis ; bref, une Périphérie. Sous l'Ancien Régime, elle bénéficiait de cette autonomie que d'aucuns réclament aujourd'hui, avec sa propre assemblée représentant les classes possédantes (les États, siégeant dans différentes villes car non-permanents) et sa propre Cour suprême de justice (le Parlement, à Rennes), ce qui ne l'empêchait pas d'être déjà écrasée de misère et d'arbitraire[1], ses miséreux et prostituées des ports étant notamment raflés en masse pour être expédiés en "Nouvelle-France" (Canada) ou aux Caraïbes ; c'est ainsi qu'éclatera en 1675 la fameuse révolte des Bonnets rouges à laquelle il est fait référence aujourd'hui, contre une énième taxe tombant dans un contexte de grandes difficultés économiques.

    En 1789-90, le nouvel État de la bourgeoisie seule la transformera en cinq départements, les députés bretons à la Constituante prévoyant une consultation des États provinciaux... qui ne seront jamais réunis, puisqu'abolis comme "privilèges locaux". La 1ère République jacobine (1793-94) "ratera" l'alliance ouvrière-paysanne ou plutôt, pour être exact, telle ne fut jamais son intention puisque la "manip" consistait justement, pour la bourgeoisie "centrale" francilienne, à reprendre la main en s'appuyant sur une démagogie "sociale" en direction du petit peuple de Paris (rien n'a bien changé avec les jacobins actuels, Mélenchon en tête) puis à en éliminer les promoteurs une fois la tâche accomplie[2]. Campagnes parmi les plus pauvres d'Hexagone (terres de bocage aux sols acides), les provinces de Bretagne (surtout la Haute-Bretagne, la Bretagne gallo), du Maine et du Bas-Poitou (Vendée), déjà échaudées par la politique anti-catholique sectaire de la Convention (l'Église jouait alors un rôle considérable d'"amortisseur social" et de "confidente" des misères du petit peuple paysan - une bonne réflexion sur ce catholicisme populaire armoricain se trouve dans l'ouvrage d’Émile Masson au chapitre IV "Foi") et soumises à l'arrogance des nouveaux riches "racheteurs" de biens seigneuriaux, se soulèveront contre la conscription en masse de 300.000 jeunes hommes à la veille des semailles, tandis qu'une crise alimentaire guettait. Ce soulèvement, sans autre idéologie que le refus du rouleau compresseur de l'État vendee-massacre-sechercapitaliste triomphant sur la société traditionnelle (mouvement d'arrière-garde donc), mit à sa tête des nobles royalistes et autonomistes ou des religieux réfractaires à la Constitution civile du clergé (les uns comme les autres ayant peu émigré, forcément, vu la distance des frontières) mais aussi - apparemment - des membres des loges maçonniques locales qui furent, dit-on, de véritables "viviers de Chouans" : des BOURGEOIS donc, ou en tout cas des aristocrates et des religieux "modernes", pas des gens vivant au milieu des vieilles armures, des hallebardes et des toiles d'araignées... N'oublions pas que les "élites" locales, si elles pouvaient être libérales voire républicaines, étaient également (très généralement) fédéralistes, fortement anti-centralistes : ainsi le marquis de La Rouërie, monarchiste libéral et franc-maçon, héros de la guerre d'indépendance américaine et fervent partisan de 1789, fondera deux ans plus tard (1791) l'Association bretonne pour défendre l'autonomie de la "province" liquidée par la départementalisation - cette association est considérée par les historiens comme une matrice de la Chouannerie. Sa vision de la nouvelle France constitutionnelle et "éclairée" était plutôt celle d'une fédération des anciennes provinces avec leurs "États" (institutions propres), à la manière de ces États d'Amérique qu'il venait d'aider à se séparer de la Couronne britannique...  

    Et par ailleurs (au demeurant), lorsque ces Chouans et autres Vendéens défendaient bec et ongles "leurs" nobles locaux et "leur" Église (une Église indépendante, "non-jureuse"), était-ce vraiment par "obscurantisme" et par amour de la taille, du cens et de la dîme... ou n'était-ce pas plutôt par attachement à ce qui était vu comme des contre-pouvoirs face à un État central qui (les institutions provinciales dissoutes) semblait s'annoncer tout-puissant (et allait effectivement le devenir avec Bonaparte quelques années plus tard) ? C'est bien la deuxième réponse qui s'impose à tout raisonnement sensé : la quête (faute d'établir soi-même un Pouvoir du Peuple) de contre-pouvoirs face au Capital triomphant ; le même genre de contre-pouvoirs que les sans-culottes parisiens voyaient (sans doute) dans leurs "sections" et dans la (première) Commune de Paris... CQFD.

    [Au sujet de toute cette "problématique bretonne" durant la "révolution" bourgeoise "française", un bon résumé ici http://breizhcb.free.fr/fr.htm#B12a ou encore ici http://ablogjeanfloch.over-blog.com/article-29966859.html ; lire aussi ici au sujet de l'analyse "socio-économique" du phénomène chouano-vendéen : "La Révolution n'a pas su satisfaire les espérances engendrées par la convocation des États généraux en 1789 : les métayers, majoritaires en Vendée, ne bénéficient pas de l’abolition des droits féodaux, qui sont rachetables (jusqu'en 1793), les biens nationaux profitent essentiellement aux bourgeois et aux marchands. À partir de là, le bouleversement des structures sociales traditionnelles, la réforme autoritaire du clergé et la levée en masse constituent tout au plus l’étincelle qui a provoqué l'explosion d'un mécontentement plus ancien" (...) "la croissance des villes françaises du XVIIIe siècle, l'agressivité économique de celles-ci et leur tendance à accaparer le pouvoir politique local ont suscité des résistances et des haines paysannes, dont l'insurrection vendéenne n'est qu'un exemple exacerbé" (...) "Albert Soboul décrit des masses paysannes dans la gêne, prédisposées « à se dresser contre les bourgeois, très souvent fermiers généraux en ce pays de métayage, négociants en grains et acquéreurs de biens nationaux », (...) enfin l'assimilation, par les paysans, du tirage au sort pour la levée des 300 000 hommes à la milice, institution de l'Ancien Régime particulièrement honnie. S'il considère que « le caractère simultané du soulèvement autorise à penser qu'il fut concerté », il explique que les paysans « n'étaient ni royalistes, ni partisans de l'Ancien Régime » et que les nobles furent d'abord surpris par le soulèvement, avant de l'exploiter à leurs fins"...]

    C'est donc là que s'illustreront - dans l'horreur - les tristement célèbres Westermann, Turreau et ses "colonnes infernales", Kléber qui sèmera la mort notamment à Clisson ou encore Carrier (un Oncle Tom occitan, auvergnat) le noyeur de Nantes ; tous sous la supervision du responsable des affaires militaires au Comité de Salut Public, Lazare Carnot : le premier sera guillotiné avec les dantonistes en avril 1794, mais le second (de même que Carnot) poursuivra une brillante carrière sous le Directoire, l'Empire et même la Restauration jusqu'à sa mort en 1816 ; le troisième sera "repêché" par Bonaparte et le suivra en Égypte où il tombera en 1800 sous les coups d'un moudjahidine  ; tandis que le dernier votera la mort de Robespierre le 27 juillet (9 thermidor) 1794 mais sera rattrapé par son "dossier" (et d'autres massacreurs tels Fouché, futur "premier flic" de Napoléon, soucieux de se "blanchir" ainsi) et exécuté en décembre de la même année. Au total (Bretagne, Bas-Poitou, Anjou, Maine), les estimations vont de 100/150.000 à 380.000 (général Hoche en 1796) personnes tuées, principalement en "Vendée militaire" (ne comptant de Bretagne que la Loire-Atlantique) mais beaucoup aussi en "Chouannerie" (Nord de l'Anjou, Mayenne et Haute-Bretagne), dont 20 à 25% de républicains victimes des insurgés et le reste (donc) victime de la répression.

    Le macabre décompte, on s'en doute, a été dès l'époque et reste encore aujourd'hui ultra-politisé, puisque pour toute une droite (pas forcément extrême et pas forcément, aujourd'hui et depuis un gros siècle, monarchiste) il s'agit là d'un "génocide" perpétré par la "République maçonnique" et son "fanatisme égalitaire", preuve de "l'essence criminelle (ou "satanique") de la gauche" (et/ou "de la République") et préfigurant les "totalitarismes du 20e siècle", "de Staline à Mao en passant par Hitler". Un point de vue bien entendu complètement ridicule puisque nous venons de voir (juste ci-dessus) l'appartenance à la franc-maçonnerie, la participation à la Révolution américaine et l'enthousiasme pour 1789 de bon nombre d'initiateurs du mouvement chouan comme La Rouërie (des "hommes de gauche" pour l'époque, donc) ; ceci sans même parler de la responsabilité (consciencieusement oblitérée du discours on s'en doute...) de la droite dure de l'époque, l’Émigration de Coblence, dans le "génocide" de ces "gueux" et de ces petits bourgeois (et même de ces nobliaux périphériques armoricains) dont elle avait fait sa chair à canon et pour lesquels elle n'avait pas "subitement" plus de considération qu'avant 1789... Le clivage principal n'était pas là, mais entre une bourgeoisie parisienne (et affiliée) centralisatrice et des élites locales autonomistes. Et puis ce n'est pas vraiment non plus comme si des crimes de masse tout à fait comparables n'avaient pas été le lot de la "pacification" de la Corse sous Louis XV et Louis XVI (gouvernorat de Marbeuf, 1768-86), du "Midi" occitan et en particulier des Cévennes ou encore de la Bretagne (révolte de 1675) sous Louis XIV, de la Franche-Comté  (population réduite de  plus de 60% !) ou encore des terres occitanes de "croquandage" et des places-fortes protestantes du "Midi" sous Louis XIII et Richelieu ; ceci sans remonter (par pure charité) aux conquêtes du Moyen Âge : si l'objectif est d'opposer une (bonne) France d'Ancien Régime "éternelle et chrétienne" ("fille aînée de l’Église") au "premier des totalitarismes gauchistes, produit automatique de l'idéologie égalitaire", c'est pour le moins raté... Le centralisme français oppresseur et assassin qui "commencerait" avec l'"apostasie nationale" de 1789, voilà sans doute la meilleure blague entendue au cours des deux derniers siècles !

    170px-Carrefour_des_chats.jpgCes exactions ulcéreront jusqu'à Robespierre lui-même, dont l'apogée du pouvoir (avril-juillet 1794) verra d'ailleurs une accalmie et le rappel à Paris des principaux massacreurs de "province" (les Carrier, Fouché, Collot, Barras, FréronDumont et autres Tallien, qui deviendront les principaux artisans de Thermidor et souvent les "réacteurs" anti-jacobins suprêmes par la suite) ; tandis que le "premier communiste" Gracchus Babeuf se fendra (après Thermidor) d'un brûlot pour dénoncer le "système de dépopulation" (ou "populicide") dans les "départements de l'Ouest" (ce pamphlet aurait été, cependant, notoirement encouragé par Fouché pour "charger" Carrier)... En réalité, la Bretagne et les régions avoisinantes auront expérimenté très précocement ce que peut être l'aspect antipopulaire d'une révolution bourgeoise. Seuls des matérialistes conséquents peuvent saisir toute l'ambivalence dialectique de ce phénomène, "réactionnaire" puisque s'opposant à une "révolution" bourgeoise, aux "Lumières" et au "progrès" (quoique, comme on l'a vu...), mais AUSSI résistance POPULAIRE et nationale face à la bourgeoisie triomphante, à son mépris du Peuple et à son suprématisme centraliste parisien ; un phénomène finalement très comparable au carlisme basque ou au jacobitisme écossais et irlandais.

    La Bretagne deviendra ensuite, au 19e siècle (l'économie locale étant vouée à être misérable), un grand réservoir de force de travail pour Paris et autres grands centres (on estime ainsi qu'un demi-million de Breton-ne-s émigreront rien qu'entre 1871 et 1911) dont leur propre capitale historique, la très francisée Nantes où ils ne sont pas franchement bien accueillis ; de chair à canon pour les guerres... et aussi de sabreurs contre le mouvement ouvrier naissant ; le paysan breton, misérable mais gardant (on l'a vu) un très noir souvenir de la "révolution", fermement encadré par son curé catholique et son châtelain royaliste, étant réputé "blanc", farouchement conservateur, encore que ce soit à relativiser - ainsi trois départements sur cinq (Finistère, Ille-et-Vilaine et Côtes d'Armor) donnent-ils déjà des scores honnêtes (entre 20 et 40%) aux listes démocrates-socialistes lors des élections législatives de 1849 (époque à laquelle, par ailleurs, le malouin Lamennais commence à réconcilier la pensée catholique avec les idées de liberté et même d'un certain démocratisme radical voire socialisant...).

    Les émigrés, devenus prolétaires à Paris, transmettent aux pays natal les idées nouvelles socialistes et dans les ports de commerce, militaires (Brest) ou de pêche (avec la petite industrie liée - conserverie etc. - comme à Douarnenez), ou encore sur les chantiers navals (Saint-Nazaire) naissent des bastions "rouges" socialistes et (après 1920) communistes. Il règne cependant, dans ces bastions, un certain républicanisme francouille et un rejet de la langue et de la culture bretonne : dans sa construction de l'hégémonie intellectuelle et de la société civile socles de son pouvoir, l'État français a réussi le tour de force de faire de l'ouvrier breton un "privilégié" vis-à-vis de la grande masse de son Peuple restée paysanne (à mettre en relation avec l'accueil des migrants ruraux bas-bretons à Nantes, cf. lien plus haut). Comme le racontait il y a quelques années le chanteur brestois Miossec, pourtant pas vieux (né en 1964), "à Brest on ne parlait pas breton, c'était une ville ouvrière, rouge ; le breton c'était la langue des paysans de l'intérieur, cathos et réacs". De manière générale (hexagonale), ce jacobinisme ouvrier qui a tant infesté et infeste encore tant le mouvement socialiste, communiste comme anarchiste n'est en définitive rien d'autre que le résultat d'une formidable manœuvre de division du Peuple par le Pouvoir bourgeois ; division entre ouvriers et paysans, entre masses populaires urbaines et masses populaires rurales (qui étaient encore, rappelons-le, majoritaires en "France" à la veille de la Seconde Guerre mondiale) dans la droite ligne du sans-culottisme anti-rural de la "révolution" bourgeoise, dont le sieur Mélenchon ou la pathétique manif' du 2 novembre à Carhaix sont aujourd'hui les ultimes avatars... 

    bretagne.jpgPourtant, à la fin du 19e siècle va (enfin) surgir ce qui nous intéressera dans les paragraphes suivants : le mouvement politique appelé Emsav, "relèvement" ; autrement dit la réaffirmation d'être un PEUPLE face à l'État qui en est la prison, le centre de son oppression et de son exploitation. Si ce mouvement ne sera jamais réductible à une catégorie politique étroite et définitive, nous allons voir que son cheminement vers le majoritairement progressiste, disons-le en toute honnêteté, sera pour le moins tortueux (on pourrait cependant en dire autant du mouvement national basque, par exemple).

    Le premier Emsav breton de la "Belle époque" (années 1890-1914) était extrêmement composite, avec des tendances socialistes et libertaires (Émile Masson et son Antée - Les Bretons et le Socialisme, Louis Napoléon Le Roux qui sera proche des républicains irlandais et contribuera en 1921 à La Bretagne libertaire avec Camille Le Mercier d'Erm) ou républicaines laïques et rad'-soc' (Anatole Le Braz, qui rejoindra plus tard les "Bleus de Bretagne") aussi bien que catholiques, traditionalistes et conservatrices. Ceci dit, le "côté chouan" de ce mouvement (alors représenté principalement par l'Union régionaliste, URB) a sans doute été largement exagéré par les radicaux "jacobins" de Paris, surtout que parmi la foule de ses revendications et de ses conceptions il y en avait une qui tendait à faire "dénominateur commun" : celle d'un développement économique autocentré de la Bretagne associé à une certaine idée d'"interceltisme" économique, autrement dit de liens économiques avec les Îles Britanniques : exportations agricoles vers celles-ci et importation de charbon gallois pour développer la sidérurgie en Bretagne, par exemple. Or, est-il utile de rappeler combien la Grande-Bretagne était à l'époque une grande rivale impérialiste planétaire de la "France" ? Bien plus tard, dans les années 1960, chahuté par des autonomistes lors d'une visite dans sa provincia d'outre-Couesnon, De Gaulle tiendra exactement le même discours : "à coup sûr, il y a les Anglais derrière tout cela"... CQFD. Depuis les entre-déchirements bourgeois de la Terreur, le "complot de l'étranger" est un thème récurrent de l'idéologie française.

    Classiquement considérée comme la délimitation entre le 1er et le 2e Emsav, la Grande Boucherie de 14-18 jouera évidemment un rôle radical dans la prise de conscience progressiste en Bretagne : une saignée effroyable, autour de 150.000 morts soit 22% des mobilisés, peut-être plus du tiers (certains parlent de la moitié !) des jeunes hommes entre 18 et 35 ans... Or les rares oppositions à l'"Union sacrée" des bouchers se recruteront à cette époque plutôt à gauche de l'échiquier politique, du social-libéral Caillaux au mouvement anarchiste et syndicaliste-révolutionnaire, en passant par le socialiste Jaurès, les zimmerwaldiens etc. La droite "régionaliste" entamera son chemin vers le discrédit en se jetant dans la curée patriotarde. Ceci dit, un certain pacifisme même "de gauche" pourra aussi conduire, à l'approche de la guerre suivante, au rejet de l'antifascisme et finalement à la collaboration…

    Force centrale et "matrice" du 2e Emsav, le Parti nationaliste breton (PNB) fondé en 1911[3] aura exactement la même multiplicité de courants de pensée. C'est que l'histoire tragique de la Bretagne au sein de l’État-prédateur français n'était absolument pas analysée, donc encore moins comprise. Le mouvement se voulait "Bretagne d'abord" (le fameux slogan "Breiz atao", qui deviendra en 1919 le nom du journal et du groupe militant constitué autour), apolitique et interclassiste ; si bien que chacun pouvait voir le "pic" de l'oppression anti-bretonne à l'époque qui l'arrangeait. Certains se souvenaient que sous l'Ancien Régime, la condition de la paysannerie et du petit peuple n'était guère rose tandis que les aristocrates bretons se pavanaient à la Cour. Mais pour d'autres, châtelains, ecclésiastiques, bourgeois ou personnes sous leur influence, c'étaient clairement les exactions républicaines de 1793-94 ou encore les attaques du "petit père Combes" (l'un de ces nombreux occitans vendus à la "république" bourgeoise monopoliste et patriotarde) contre le catéchisme en breton, au début du nouveau siècle, qui marquaient le sommet de la violence centraliste parisienne... Pour autant, des personnes très clairement à la gauche de la gauche étaient favorables à une "dé-périphérisation" politique et économique de la Bretagne et à la défense de la langue et de la culture populaire : on y comptait rien de moins que Marcel Cachin, natif du Goëlo (Paimpol, Côtes d'Armor), député socialiste puis communiste et directeur de L'Humanité de 1918 à sa mort (1958), ou encore l’instituteur Yann Sohier qui créera la revue Ar Falz ("la Faucille")... Et c'est au chant de L'Internationale que se clôture en 1928 à Châteaulin le premier congrès du Parti autonomiste (PAB, nom du "parti de l'Emsav" entre 1927 et 1931), qui s'affirme alors clairement sur une ligne de gauche et a le soutien du PC de Cachin. La scission de 1931 entre fédéralistes progressistes et nationalistes philo-fascistes (cf. ci-dessous) verra même l'apparition d'un éphémère "Parti national révolutionnaire" (PNRB) de tendance "bolchévique" - l'essentiel, en fait, de la section Trégor-Goélo (terre "rougeoyante" de longue date, terre de Cachin) du PAB.

    Globalement, si l'on analyse les choses en termes de tendance, c'est donc plutôt une évolution vers la gauche qui caractérise la grosse décennie suivant la Première Guerre mondiale ; tandis que de son côté, le PCF s'efforce d'appliquer scrupuleusement les principes kominterniens de 1919 sur le droit à l'autodétermination. Mais dans les années 1930 le mouvement Breiz Atao va précisément éclater sur la question du rapport à l'Allemagne nazie, qui se présentait alors (rappelons-le) comme "socialiste" (un "socialisme national") et que bon nombre commençaient à voir comme une "championne des nationalités d'Europe" face à des États négateurs dépeints comme "judéo-maçonniques" (qu'elle contribue à partir de 1936, dans la Péninsule ibérique, à écraser un formidable mouvement d'affirmation des nationalités réelles sur une ligne progressiste, avant de mettre tous les Peuples européens dans les chaînes du même esclavage ; et qu'elle représentât par ailleurs en Allemagne même le régime le plus centralisateur que celle-ci ait jamais connu ne changera hélas rien - chez beaucoup - à cet absurde raisonnement). Les éléments antifascistes et progressistes s'en éloignent (pour demeurer sur une ligne fédéraliste-autonomiste, anti-séparatiste) et ne resteront sous l'étiquette (refondant le PNB, Parti national breton, en 1931) que ceux qui - à des degrés divers - iront jusqu'aux tréfonds de la logique "l'ennemi de mon ennemi est mon ami" (pour ne strictement rien y gagner d'ailleurs, puisque du moment où Vichy se jettera dans la collaboration, le Reich marginalisera les nationalistes et tout juste seront accordées quelques "concessions" linguistico-culturelles et un vague projet de régionalisation du pays, d'ailleurs à l'origine de la fameuse amputation de la Loire-Atlantique). Il faut dire, et il faudrait être fou pour imaginer le contraire, qu'un siècle entier de propagande "blanche" réactionnaire et anti-républicaine en Bretagne n'avait pas pu ne pas durablement contaminer les esprits. La "révolution" de 1789 (restructuration radicale de l'État français, parachèvement de son œuvre centralisatrice) et la "république" bourgeoise, définitivement au pouvoir depuis 1870, étaient souvent vues comme l’œuvre de francs-maçons méditerranéens et de Juifs, conception des futurs pires kollabos tels Olier Mordrel, Célestin Lainé, Roparz Hemon ou François Debeauvais que l'on retrouvera aussi dans les propos anti-occitans du demi-breton Louis-Ferdinand Céline. La "race nordique" exaltée par les théories nazies (et leurs prémisses dès avant 1914) incluait bien évidemment les Celtes[4]. Il n'en fallait pas plus à certains pour passer de "l'ennemi de mon ennemi est mon ami" à une adhésion idéologique pure et simple.

    À mesure, cependant, que la guerre tournait en défaveur de l'Allemagne et que celle-ci se jouait de ses revendications, une grande partie du mouvement se réfugiera dans l'inaction et certains même dans des actes de résistance (il a au demeurant existé dès 1940 une Résistance gaulliste issue des rangs régionalistes et autonomistes d'avant-guerre). Une autre partie choisira toutefois la fuite en avant et, après l'exécution de l'abbé nationaliste Perrot par des partisans antifascistes, formera la Bezen Perrot qui combattra sous l'uniforme nazi (elle ne comptera cependant jamais plus d'une centaine d'hommes...) face à des maquis FTP 100% bretonnants et sur une ligne "bretons et français", luttant comme dans le reste de l'Hexagone (non sans une certaine naïveté) pour "la République", "aux accents mêlés de la Marseillaise et de l'Internationale" etc. etc. Mais dans tous les cas, le rôle joué par le PNB dans la collaboration avec les crimes du nazisme sera totalement négligeable comparé à celui de l’État français et des ses politiciens et hauts fonctionnaires purs produits de la République et de sa "méritocratie", 100% républicains, jacobins et patriotes bleus-blancs-rouges et même - bien souvent - "de gauche" (comme le rad'-soc' René Bousquet) avant la guerre...

    Après la Libération la direction du PNB prendra la poudre d'escampette, souvent vers l'Irlande où De Valera avait fait mettre... les drapeaux en berne pour la mort d'Hitler. Depuis son exil, elle diffusera la thèse d'une "collaboration limitée" suivie d'une "épuration sauvage" rappelant les colonnes infernales de Turreau. Version très exagérée certes, puisque non seulement - comme dans tout l'Hexagone - de très nombreux kollabos bénéficièrent de la protection d'anciens fonctionnaires vichystes passés (sur le tard) à la "France libre", mais aussi... tout simplement faute de charges puisque comme on l'a dit, à partir de 1941, c'est plutôt l'inactivité qui domine en dehors de la Bezen Perrot et de quelques feuilles de chou antisémites. Au total, une cinquantaine de nationalistes auraient été exécutés (plus ou moins sommairement) pour un mouvement qui, au début de l'Occupation, comptait dans les 2.000 à 3.000 adhérents et sympathisants actifs - beaucoup de ces "victimes", au demeurant, seraient en réalité des membres de la Bezen tombés au combat contre les FTP.

    Strollad komunour breizhDes "vétérans" du PNB, comme Yann Goulet ou Yann Fouéré, prendront activement part au "3e Emsav" à partir de la fin des années 1950, dans le Mouvement pour l'Organisation de la Bretagne (MOB), sur une ligne "apolitique" mais - dit-on - "en réalité de droite". Cela dit, les notions de "droite" et de "gauche" exigent parfois de savoir de quoi l'on parle : être hostile à ce CANCER de la "gauche" hexagonale qu'est le jacobinisme, l'idéologie républicaine "une et indivisible", c'est être de droite ? Alors, nous qui écrivons ces lignes assumons volontiers l'être... Le fait est que lorsqu'à partir de 1960 il y aura une partie de la gauche hexagonale (notamment le PSU) pour faire un pas en direction de l'Emsav, c'est sans problème qu'il y aura une partie de celui-ci pour faire un pas vers la gauche, et c'est ainsi que naîtra l'Union démocratique bretonne (UDB) en 1964 ; suivie de toute une série d'organisations et d'initiatives progressistes et révolutionnaires comme le Comité révolutionnaire breton (CRB, 1969), "maoïsant"/"spontexoïde", qui deviendra le Parti communiste de Bretagne (Strollad Komunour Vreizh, drapeau ci-dessus) en 1971, Sklerijenn ("Clarté", issue de la gauche marxiste-léniniste de l'UDB, qui rejoindra le PCMLF en 1975), la revue Bretagne Rouge liée à la LCR locale ou Gwirionez - Vérité-Bretagne, publication proche de la Cause du Peuple, les Comités d'Action Bretons (CAB, 1972, socialistes autogestionnaires) ou encore Stourm Breizh (anarchiste) ; les deux derniers formant en 1975 un Front autonomiste socialiste autogestionnaire (FASAB) avec le Strollad ar Vro ("Parti du Pays"), pourtant "réputé de droite" (héritier direct du MOB) mais ayant également évolué vers la gauche... [Au sujet de toute cette époque, lire ce passionnant mémoire universitaire : Drapeaux rouges et Gwenn ha Du - L'extrême-gauche et la Bretagne dans les années 1970 (en PDF 1ère et 2e partie)]

    Parallèlement, en termes de masses, la conscience populaire collective bretonne se "centrera" autour d'une démocratie-chrétienne de droite ou de gauche (cette dernière se traduisant dans un vote PS), la première majoritaire jusqu'aux années 1980 et la seconde ensuite, les grands ports restant les bastions socialo-communistes qu'ils étaient déjà au début du 20e siècle et le pays devenant aussi une terre de scores écologistes élevés (ici et ici), ce que les terribles marées noires de 1978 (Amoco Cadiz) et 1999 (Erika) ou la pollution aux algues vertes (due à l'élevage porcin intensif) expliquent sans doute, mais aussi la position très anti-centraliste du mouvement écolo (après la disparition du PSU en 1990, c'est aux Verts que l'UDB liera son destin). Le fondateur du mouvement des Paysans-Travailleurs (auteur du fameux slogan "plus jamais nous ne serons des Versaillais !"), Bernard Lambert, était lui-même originaire de Bretagne (Loire-Atlantique) ; ce qui illustre particulièrement bien cette évolution vers une gauche autogestionnaire et écolo d'une partie conséquente de la ruralité armoricaine et du "catholicisme politique" qui la structurait souvent à cette époque (JAC/MRJC, JOC, CFTC devenue majoritairement - en 1964 - CFDT) ; époque qui voit par ailleurs la population active agricole diminuer de 40% et la population ouvrière ou petite-employée augmenter d'autant, ces fils et filles de paysans devenu-e-s prolétaires se syndiquant surtout à la CFDT (qui n'avait alors rien à voir avec le syndicat de collaboration de classe qu'elle est devenue aujourd'hui) et se trouvant souvent en pointe du "mariage" entre luttes sociales et affirmation du Peuple breton périphérisé et nié (comme lors de la célèbre grève du Joint Français à Saint-Brieuc en 1972 - lire pages 56 à 60 du mémoire en lien ci-dessus).

    Aujourd'hui, dans la mouvance autonomiste et indépendantiste (confondue), le courant (de loin) le plus représentatif est l'UDB, sur une ligne politique proche des Verts donc. Avec Breizhistance, sur une ligne relativement proche du NPA, on peut dire que l'autonomisme/indépendantisme progressiste est clairement majoritaire. Suivent deux mouvements de centre-droit, le Parti breton (issu de l'aile "gauche" de l'ancien POBL, qui se voulait l'héritier - via le Strollad ar Vro - du MOB, l'aile droite ayant entre autres formé Adsav) et le tout récent Breizh Europa. Ils sont relativement groupusculaires, bien que bénéficiant de toute une armada médiatique (TV Breizh, magazine Bretons) dont le dénominateur commun est l'ancien PDG de TF1 (et cadre de Bouygues) Patrick Le Lay, ou d'autres grands entrepreneurs bretons. Depuis quelques années (d'autant plus avec l'actuel mouvement des Bonnets rouges...) et sur une ligne "centriste" se voulant (légèrement) plus à gauche, mais néanmoins (souvent) lié électoralement au PB, le Mouvement Bretagne et Progrès de Christian Troadec connaît un certain succès dans le centre de la péninsule, autour de son fief de Carhaix. Quant à l'extrême-droite (Adsav, Jeune Bretagne, Bloc identitaire), elle est tout comme le FN à un niveau bien inférieur à d'autres "régions" de l'Hexagone, bien loin derrière l'autonomisme ultra-réactionnaire alsacien (Alsace d'abord) par exemple, et de surcroît frappée par un lourd syndrome de division (Adsav étant plutôt indépendantiste et "Europe aux 100 drapeaux", Jeune Bretagne autonomiste et le Bloc sur la ligne identitaire hexagonale des "trois patries").

    Il n'empêche que "le mal est fait" et que, tout comme jadis le souvenir de la Chouannerie était agité par la 3e République des égorgeurs des Communes, le souvenir du nationalisme kollabo de 1940-44 est aujourd'hui le disqualifiant jacobin absolu contre toute affirmation du Peuple breton ; et il y aura toujours assez - puisqu'à vrai dire 10 spécimens suffiraient ! - de petits fachos dans le mouvement pour que les jacobinards de tout poil s'écrient en chœur "Aaaaah, vous voyez bien !".

    Ce qui est tout de même, disons-le bien, tragi-comique puisque nous avons affirmé dans notre Déclaration du 11 Novembre et réaffirmons sans souci que la France a fait Hitler, que la politique des bons républicains bleu-blanc-rouges Clemenceau et Poincaré entre 1919 et 1924, le Traité de Versailles, "l'Allemagne paiera", l'occupation de la Rhénanie et de la Ruhr, la misère indicible des Peuples allemands dans les années 1920, tout cela de concert a ouvert au nazisme un boulevard vers le pouvoir absolu. La "République" des monopoles reproche donc au PNB de s'être allié avec le monstre qu'elle a elle-même engendré : voilà qui est parfait !

    Rappelons aussi que les accointances nazies dans les années 1930-40 devraient également, à ce jeu-là, disqualifier définitivement le droit à l'autodétermination du Peuple irlandais : certes il y eut des "rouges", des antifascistes conséquents combattant en Espagne dans la Brigade Connolly, mais il ne devrait pas être plus difficile d'en faire "l'exception confirmant la règle" que ça l'est pour Yann Sohier et ses amis d'Ar Falz. Le même principe devrait conduire à disqualifier le mouvement anti-impérialiste d'Inde (dont les maoïstes actuels...) au nom de Chandra Bose, la résistance palestinienne au nom du mufti Amin al-Husseini, les droits à la libération d'à-peu-près tous les peuples d'Asie-Pacifique qui ont pu voir à un moment donné avec sympathie le Japon éjecter leurs colonisateurs européens, etc. etc. Énormément de Peuples, soumis aux gigantesques Empires coloniaux français ou anglais, ont eu en leur sein des éléments qui ont pu voir, au seuil de "minuit dans le siècle", des "alliés objectifs" dans l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste ou le Japon expansionniste. Des puissances impérialistes réactionnaires dont on est en droit de se demander, parfois, si l'on en parlerait tant comme du Mal absolu aujourd'hui si elles n'avaient pas (pour l'Allemagne nazie) fait 99% de leurs victimes en Europe ou (pour le Japon) osé défier les Empires blancs ; si elles n'avaient génocidé que des "sauvages" (ou à la rigueur que des communistes slaves, des Juifs pauvres et des Rroms) comme les bons vieux Empires français, britannique, US etc. Il est à douter que le "point Godwin" existerait si tel avait été le cas... Mussolini ne dérangeait pas grand monde quand il gazait les Éthiopiens et autres Libyens (aujourd'hui encore, on entendra souvent dire que le fascisme italien n'a "pas fait beaucoup de morts"... du fait qu'il n'en a pas beaucoup fait en Europe) ; pas plus que les Japonais quand ils massacraient atrocement 300.000 Chinois à Nankin en 1937. Le napalm impérialiste a carbonisé 3 millions de Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens dans les années 1960-70, et tout le monde s'en contrefout. Au fond, entre 1940 et 1945, l’Europe occidentale a vu ce que c’était d’être traitée comme une colonie, et il semble en résulter un traumatisme profond... Bref.

    À ces cris venant souvent de rangs "communistes", s'amusera-t-on à rappeler l'attitude plus que désorientée de la direction PCF en 1940, tonton Duclos essayant de négocier la reparution de l'Humanité avec les autorités d'occupation, le lamentable "Peuple de France !" de Thorez le 10 juillet 1940, ne parlant pas une seule ligne de résister à l'envahisseur nazi (alors que le breton Tillon, lui, un jour avant De Gaulle, y appelait clairement) ? Hmmm hmmm... n'en rajoutons pas trop pour cette fois.

    16-640x310Tout cela pour en arriver à la conclusion qui s'impose : le "jacobinisme", c'est vraiment de la merde. De gigantesque escroquerie de masse ayant permis, en 1793-94, à la bourgeoisie centrale francilienne de reprendre la main par la démagogie sociale en direction du "petit peuple" de Paris, il est devenu après l'hécatombe des Communards le ciment idéologique de l’État des monopoles pour garder sous sa coupe les "foules esclaves" patiemment conquises par les "grands rois qui ont fait la France" au fil des siècles. Lorsqu'il se prétend non seulement "de gauche", mais la seule "gauche" qui vaille, il est particulièrement méphitique ; et lorsqu'il s'en prend à des gens qui ne réclament que le droit de vivre là où ils ont leurs attaches des fruits de leur travail, dans un PAYS qu'ils aiment tout simplement parce que, de naissance ou d'adoption, c'est le leur, il donne envie de vomir.

    Mais toutes ces idées jacobines (de merde), tombent-elles du ciel ? Viennent-elles au petit matin comme une envie de pisser ? Bien sûr que non. Elles reflètent des intérêts de classe. Ceux de la grande bourgeoisie monopoliste bien entendu, et autres "grands commis" de son État. Mais aussi ceux de toutes sortes de parasites sociaux (bureaucrates, chefaillons, ronds-de-cuir, petits mandarins, moralistes, plumitifs vaseux et éditocrates, professionnels de la prétention, thésards à vie, bobos et autres hipsters) qui ne doivent leur existence qu'au stade monopoliste du capitalisme, et à l'État qui y correspond. La "France" est un SYSTÈME et dans ce système, par exemple, les bureaucraties syndicales ont toute leur place. Elles ont horreur de tout mouvement à la base qui leur échappe, de tout incendie social qui se déclenche hors de leur contrôle, a fortiori s'il commence à remettre en cause l'ordre centralisateur et la religion républicaine ; et à Quimper, heureux concours de circonstances, il y avait les "petits patrons productivistes" et les "affreux rednecks anti-écolos" pour avoir bon dos et justifier l'ostracisme. Mais ceci est également valable pour tout un "socialisme" et un "communisme", toute une "extrême-gauche" qui fait totalement partie du paysage institutionnel de la "Républiiiique" du Capital... 

    Lorsque les jacobins de droite comme de "gauche" dénoncent l'"horrible" affirmation "identitaire", "régionaliste", "chouano-vichyste" de vouloir "vivre, travailler et décider au pays", ils parlent évidemment pour les monopoles qui, comme le dit et dénonce très justement VP, veulent faire des travailleurs de simples "pions que le capital bouge et déplace en fonction de ses intérêts ou réduit au chômage pour les mêmes raisons" (...) "leur vie, leurs relations sociales, leurs intérêts d’hommes et de femmes" entièrement soumis "à la dictature économique du Capital, à la logique infernale de la concurrence capitaliste"...

    Mais de la même manière, lorsque les jacobins pseudo-"maoïstes" du 'p''c''mlm' vomissent ces "identitaires" qui veulent "la petite-production et le rapport à la «terre», au terroir, plutôt qu'à la biosphère" (haareee kriiishnaaaa...) et qui refusent "l'universalisme et la planification à grande échelle de la production", il faut comprendre exactement la même chose et cela a le mérite d'être clair, tout comme leurs récents propos sur la libre-circulation des travailleurs migrants : le 'p''c''mlm' ne veut pas une autre société radicalement différente de celle-ci, un bouleversement radical de toute la manière de produire et de vivre en collectivité ; non, il veut la société que nous avons actuellement mais où "le Parti" (c'est-à-dire eux) aurait simplement pris la place de la bourgeoisie monopoliste (ils sont groupusculaires certes, mais néanmoins représentatifs d'une certaine conception du "léninisme"). C'est (concernant eux comme le reste de l'"extrême-gauche" de système) ce que nous répétons depuis maintenant des années... mais il fallait simplement que les choses "bougent" un peu sérieusement, que la crise terminale du capitalisme génère de grandes secousses populaires, pour que cela jaillisse au grand jour.

    Pour ce qui est (si l'on sort des pourtant incontournables questions Centres/Périphéries et "provinciales" qui sous-tendent tout le cadre étatique hexagonal de la lutte des classes) de la petite bourgeoisie, des "petits patrons", paysans, indépendants etc., il n'y a guère plus à dire que ce que disaient déjà Marx et Engels en 1847 : "Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat" (Manifeste du Parti communiste)... Ce à quoi l’on pourrait ajouter qu’aujourd’hui, si ces travailleurs non-salariés ne représentent plus guère que 5% de la population active, le même raisonnement est valable pour des millions de personnes des classes moyennes salariées, de l’aristocratie du travail, qui voudraient revenir à "l’âge d’or" des années 1960-70. Mais nous ajouterions également la question suivante : croit-on réellement, sérieusement, que cette conscience de leurs intérêts futurs de prolétaires va descendre du ciel sur leurs têtes, à ces classes moyennes, comme le Saint-Esprit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte ? Soyons sérieux ! Il est évident que non : c'est justement le rôle des communistes que d'en amener le plus possible à cette conscience révolutionnaire, socialiste ; sans quoi ce seront les fascistes qui se chargeront d'en faire leurs pires chiens d'attaque. Bien entendu cela passe, abstraction faite de leurs idées souvent réactionnaires, par l'expression d'une certaine solidarité, à travers la compréhension scientifique marxiste des terribles difficultés qu'ils et elles connaissent (débouchant par exemple sur d'innombrables suicides chaque année etc.). Pas par leur dire : "bon, demain vous êtes prolos, alors maintenant vous allez devenir communistes oui ou merde !!?"... Cela, c'est une conception digne du trotskysme, du rapport que Trotsky envisageait en Russie entre la classe ouvrière et les paysans.


    Aux camarades révolutionnaires de Bretagne : Salut revolucionari ; Solidaritat ; Libertat, Socialisme ò la Mòrt ! Endavant !


    Un deiz e vo sklaer an amzer war henchoù don ar brezel kuzh ! 


    [1] Tout comme l'Irlande l'était autant avant qu'après la suppression de son Parlement en 1800 : l'institutionnalisme est une limite idéologique que nous devons désormais combattre de toutes nos forces. Concernant la misère, elle était particulièrement emblématique dans les Monts d'Arrée, un peu au nord de Carhaix, dans le Finistère (un "fief" actuel des "affreux régionalistes identitaires blablabla", comme par exemple la liste "Nous te ferons Bretagne" de Christian Troadec aux régionales 2010). Ainsi, vers 1780, un curé de campagne pouvait écrire que "ce territoire des Montagnes d'Arrée renferme des landes et des sous-bois peu fertiles. On conçoit très vite que les habitants ne doivent pas être très riches. (...) Ici, la voisine accouche sa voisine et ainsi tour à tour. De là, combien d'enfants meurent avant de paraître. D'autres sont infirmes ou impotents. (...) Rentrer chez eux, c'est la pauvreté même. À moitié nus, sans bois pour se chauffer, sans lits, si ce n'est qu'un peu de paille, du fumier". Et un journaliste local (Émile Souvestre) en 1816 : "la récolte de blé noir ayant manqué, on vit les habitants de l'Arrée descendre par centaines le long des montagnes et déborder dans le Léonais où, la besace sur le dos, le chapelet à la main, ils séjournèrent de longs mois, mendiant pour ne pas mourir de faim". En 1855, le gallois Davies venu chasser les loups dans le secteur écrivait : "À plus d'une lieue autour de Carhaix, les pauvres paysans n'occupent qu'une mauvaise cabane en compagnie de leur cochon et de leur vache, quand leurs moyens leur permettent d'en avoir". Ce sont donc ces hommes et ces femmes que venaient "évangéliser" à la "République" et à la "Raison" les envoyés de la Convention de 1793 puis les "hussards noirs" de Jules Ferry un siècle plus tard. Pendant ce temps-là, les ancêtres des détracteurs du mouvement actuel ("materialistes.com" et autres Françoise Morvan), autrement dit les petits mandarins et scribouillards des bords-de-Seine, dissertaient "Lumières" dans les cafés mondains : par deux fois (la deuxième étant "la bonne"), en 1848 et en 1870, ils l'auront leur "république"... et lorsque le Peuple travailleur viendra leur réclamer ce qu'ils lui avaient promis, ils le feront taire par la mitraille. Bref. Pour un aristocrate (le comte de Limur) écrivant en 1874, les habitants de ce Nord-Finistère où licencient aujourd'hui Gad, Tilly-Sabco, Marine Harvest etc. étaient des "sauvages", "la peau presque noire, les cheveux couleur du jais, ils portaient des culottes courtes et serrées, également propres à la danse et au combat ; la lutte était leur amusement préféré, lutte brutale où chacun s'efforçait de porter les plus rudes coups ; leur ignorance était complète ; ils ne parlaient qu'un breton rude et guttural". Mais pour le conteur et écrivain Jean-Marie Le Scraigne, natif de l'endroit (Huelgoat), l'explication de la misère locale était toute autre : les paysans les plus pauvres étaient tout simplement refoulés vers les collines (couvertes de lande inculte) par les propriétaires fonciers : "Les gens les plus pauvres étaient obligés de quitter pour laisser la terre aux riches. Des deux côtés refluaient vers la montagne les gens qui étaient éjectés en somme par les riches qui prenaient les terres. C'était vrai surtout du côté de Botmeur et de La Feuillée"... S'étonnera-t-on que la question agraire soit encore aujourd'hui au cœur de tous les problèmes de la région : clivage entre "gros" et petits producteurs, productivisme écocide, pression insoutenable des centrales de la grande distribution, crises catastrophiques de la valeur marchande des denrées etc. etc. ?

    [2] À l’Assemblée législative (1791-92) comme à la Convention (1792-95), l’actuelle Île-de-France ne totalisait que 49 députés sur près de 750. Il y a véritablement eu un 1789 de "province" (s'il n'est pas carrément possible de dire que 1789 est un mouvement de "province" avant tout) très largement jailli des affrontements entre le pouvoir central (monarchie) et les pouvoir locaux (Parlements, États provinciaux, municipalités) en défense de ces derniers, après des épisodes comme la Journée des Tuiles à Grenoble. En 1790 sont institués les départements, dotés chacun d'un Conseil départemental ; mais il est vraisemblable que personne à la Constituante ne voyait strictement de la même manière les pouvoirs de ces assemblées face à l’État central : pour beaucoup, la France devait être en dernière analyse une fédération de départements - on appellera ce courant les fédéralistes, qui se confondront dans une certaine mesure avec le parti de la Gironde. Il fallait donc, à la grande bourgeoisie parisienne/centraliste, passer par un autre biais pour conserver sa prééminence : ce sera une démagogie populiste ‘sans-culotte’ mobilisant le petit peuple de Paris pour ‘faire pression’ sur les Conventionnels et écraser les bourgeoisies de 'province' tout en conjurant la menace de l'invasion étrangère ("On ne gouverne pas en temps d’exception selon les méthodes normales : il faut donc accepter les moyens révolutionnaires – La bourgeoisie ne peut s’isoler du peuple : il faut donc satisfaire ses demandes – Mais la bourgeoisie doit demeurer l’élément dirigeant dans cette alliance : la Convention doit donc prendre l’initiative des mesures révolutionnaires" dit en substance un discours de Barère du 18 mars 1793) ; démagogie qui en Hexagone sera (trop) longtemps confondue avec la ‘version française du socialisme’. La Montagne, les Jacobins et autres Cordeliers, idéalistes égalitaristes sociaux, se feront les serviteurs naïfs de ce plan avant d'être éliminés une fois leur tâche accomplie. Tandis que l’État plonge dans une crise économique sans précédent (il se trouvera finalement en faillite en 1797...), le peuple parisien est transformé en plèbe romaine ‘au pain’ (Loi du Maximum sur les grains et farines) et ‘aux jeux (les exécutions quasi-quotidiennes sur la place de la Révolution...) alimentée par le pillage (‘réquisitions’) du reste de l'Hexagone puis des conquêtes extra-hexagonales (Belgique, Italie, Allemagne...). Les insurrections fédéralistes girondines (en Occitanie, Arpitanie - Lyon - et Normandie surtout) et les guérillas paysannes "catholiques-royales" de Bretagne et du "Grand Ouest" (ainsi que les résistances... anti-annexionnistes de Savoie, Nice, Belgique etc.) sont sauvagement réprimées par les "représentants en mission" de la Convention ; un aboutissement de tout cela pouvant être vu dans la loi ultra-centralisatrice du 14 frimaire an II - 4 décembre 1793 (car outre les "fédéralistes" et autres "contre-révolutionnaires" et "ennemis de la liberté", les "représentants en mission" s'étaient souvent trouvés en conflit... avec les Jacobins, les Communes, les sections sans-culottes et les tribunaux révolutionnaires locaux !). Lorsque les choses commenceront à "partir en live" (début 1794) seront d'abord éliminés (fin mars) les "gauchistes" "Exagérés" d'Hébert (s'il n'avait pas été assassiné 9 mois plus tôt, Marat aurait peut-être été de la charrette...), à ne pas confondre avec les "Enragés" de Jacques Roux et Varlet (démocrates égalitaristes proto-socialistes 'brisés' dès septembre 1793, et auxquels Marat et Hébert étaient plutôt hostiles) ; puis début avril Danton (avec ses partisans), lequel passait plutôt jusque-là pour le 'référent' de la grande bourgeoisie [avec d'autres comme Philippe "Égalité" d'Orléans (qui siégeait "avec les Cordeliers au milieu de la Montagne" et dont Marat fut longtemps proche, il finira néanmoins guillotiné, devenu suspect après la défection de son fils - le futur Louis-Philippe - aux côtés de Dumouriez), le spéculateur Pereyra, l'aventurier Guzmán, les Laborde de Méréville père et fils (parvenus occitans "montés à Paris"), l'(autre) Occitan grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première Barère de Vieuzac (par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales) au sein du Comité de Salut Public, etc. etc. - toute une "bande noire" de hauts financiers, spéculateurs sur le rachat des "biens nationaux" (terres et édifices seigneuriaux et - surtout - d'Église expropriés et mis en vente, dont bon nombre seront transformés... en usines, contribuant ainsi au lancement de la révolution industrielle), etc. ; en réalité la pointe émergée du Grand Capital financier naissant (phénomène bien sûr incompréhensible à l'époque, et donc réduit à une "conspiration" de "coquins") voulant en définitive une forme de gouvernement oligarchique appuyée sur "le peuple" lorsque de besoin, un régime finalement très proche de ce que sera (sans la démagogie sociale guillotineuse devenue inutile et même dangereuse)... le Directoire après Thermidor (et pour cause puisque ce sont essentiellement les "ultras" de la répression en "province" liés à ce "plan" de la bourgeoisie parisienne/centrale qui renverseront et liquideront Robespierre), ou encore la Monarchie de Juillet instaurée en 1830 (avec le fils d'"Égalité" sur le trône !)]. Robespierre "l'incorruptible" et ses partisans resteront seuls en lice, tandis que se met rapidement en place la coalition qui les liquidera en juillet (9 thermidor) - de fait, l'histoire a toujours montré que lorsque "la révolution dévore ses enfants", le "coup de barre" à droite n'est jamais très loin. Le Grand Capital tricolore pourra alors instaurer son 'Directoire', régime censitaire où seule une minorité bourgeoise pouvait réellement voter, puis, devant les difficultés de celui-ci, le 'césarisme' du petit caporal corse Bonaparte, qui mettra 'tout le monde d'accord' par une politique alliant fermeté et compromis et fondera réellement l’État français contemporain.

    Ce n'est donc pas un hasard si, références absolues de la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise depuis l'époque, la Montagne et "93" ont également pu être sans problème celles des fascistes venus de ladite "gauche" (Déat et ses 'néo-socialistes', Valois, Doriot etc., loin d'être "anti-Lumières" comme peut le prétendre Zeev Sternhell).  Sur les financements des "tribuns du peuple" jacobins/cordeliers comme Hébert ou encore Marat, lire ici c'est édifiant... Intéressants à lire aussi, ces quelques extraits (ici aussi) de Bourgeois et Bras Nus du "marxiste libertaire" Daniel Guérin, qui reviennent bien sur cette époque et son double aspect contradictoire [nous aurons juste un petit désaccord sur l'explication de la contradiction Montagnards/Girondins, clairement et totalement liée selon nous à la vision centraliste parisienne de la jeune république des premiers opposée à la vision "fédération de départements 'cités-États' de leurs chefs-lieux respectifs" (façon Suisse ou États-Unis) des seconds ; et non à une supposée "préférence" de ces derniers pour les armées étrangères et les royalistes plutôt que d'accepter l'irruption des masses populaires sur la scène politique - les Girondins savaient eux aussi très bien s'appuyer sur les 'bras-nus' et les sections sans-culottes... de leurs villes de 'province' face aux envoyés de Paris et aux Montagnards locaux (comme Chalier à Lyon), qui peinaient à s'imposer malgré leurs mesures sociales radicales ; ils étaient (paradoxalement par rapport à leur anti-centralisme) beaucoup plus décidés et conquérants dans la guerre que leurs adversaires et avaient même proposé la peine de mort pour quiconque parlerait de rétablir la monarchie ; etc. etc. ; tout ceci ne visant pas à faire leur apologie ni à les 'réhabiliter' mais étant un simple constat de faits : les Montagnards s'opposaient aux Girondins (et a fortiori aux Chouans et autres autonomistes royalistes d'ici ou de là) sur la question de la prééminence de Paris dans le nouvel État de la bourgeoisie par et pour elle seule ; prééminence qu'ils voulaient maintenir et même renforcer là où les seconds voulaient en quelque sorte ressusciter les 'républiques' locales (portuaires, notamment) de l'époque des Guerres de Religion, fédérées de manière (certes) 'indissoluble'/'une et indivisible', mais fédérées ; et c'est dans cette optique (et non sur une prétendue différence de 'fibre sociale', la leur étant purement conjoncturelle et utilitariste comme le reconnaît Guérin lui-même) qu'ils se sont appuyés sur le petit peuple de la capitale (et ont tenté de le faire, avec nettement moins de succès cependant, sur celui des villes de 'province'...)]. 

    [3] Il existe en tant que tel jusqu’en 1914, puis après 1918 comme groupe informel autour de la revue Breiz Atao. Le Parti autonomiste fondé en 1927 (dont Sohier sera secrétaire général de la Fédération du Trégor) reprendra l’appellation voisine de Parti national breton en 1931.

    [4] ‘‘Le génie latin brisa triomphalement, en un demi-siècle, l'œuvre de six cents ans de travail nordique. Ce fut la Renaissance (…) la suppression brutale d'un progrès continu de six siècles (…) ; c'est la nuit pour l'Intelligence du Nord. (…) le flambeau latin (…) vacille et va s'éteindre, pour faire place à la torche revivifiée des Nordiques. Les Celtes, et particulièrement la Bretagne, ont leur place parmi les porteurs du Feu Nouveau. Ils furent autrefois, face à Rome, les premiers d'entre les Barbares. (…) Nous avons le devoir, par notre passé et par notre tradition raciale, de participer à la formidable partie’’ (Morvan Marchal, éditorial de Breiz Atao, 1924) 



    Échange d'arguments fort intéressant sur la page Facebook de SLP :

    Servir Le Peuple
    http://lesmaterialistes.com/...
    [nous avons découvert cet article le 12/11 au matin alors que notre présent article était déjà dans les tuyaux, finalisé et prêt à être publié]
    Absolument effarant.... Définition de la nation par Staline : "La nation est une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d'une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit par une communauté de culture", puis : "Il apparaît ainsi que la Bretagne a été assimilée à la nation française. Il n'y a pas eu de bourgeoisie nationale qui se soit développée, sur la base d'un marché fermé"... conditions dont "Saint" Staline ne fait JAMAIS ÉTAT [Où a-t-on jamais vu dans l'Histoire un "marché fermé" ? La Méditerranée communiquait déjà avec la Chine par la "route de la soie" au temps de l'Empire romain, voire avant. Dans cet Empire, les échanges commerciaux entre les provinces étaient faramineux (c'était sa raison d'être), y compris de "marchandise-force-de-travail" (esclaves), donc il y avait "sans doute" une "nation romaine" et non pas des Gallo-romains, des Hispano-romains, des Italiens, des Grecs, des Égyptiens, des Syriens etc.
    C'est pourtant ce qu'il y avait et même si, comme l'explique Engels, tout cela était noyé sous une prétendue civitas romana, c'est ce qui a fini par ressurgir à la faveur des "invasions barbares", chaque tribu germanique se taillant un royaume correspondant peu ou prou à un ou deux grands bassins de vie productive, nouveaux creusets de la formation nationale (l'Aquitania wisigothe puis duché indépendant de fait, le royaume burgonde et la Provincia "mouvante" donneront l'Occitanie, l'Armorique conquise par les Celtes d'outre-Manche donnera la Nation bretonne). Avant même l'entrée dans l'Histoire, on a aujourd'hui la trace d'échange commerciaux sur très longue distance : de l'ambre de la Mer du Nord en Méditerranée, du fer des Carpates dans l'actuel Hexagone etc. etc. C'est tout simplement grotesque ! Une nation comme réalité objective est une communauté de VIE SOCIALE PRODUCTIVE, avec un ensemble de classes ayant entre elles des rapports de production. En aucun cas un "marché fermé", cela n'a absolument jamais existé dans l'Histoire ! Ce qui est vrai c'est que la Bretagne, sans frontières naturelles, a toujours été très perméable à l'influence économique et culturelle de la "France d'oïl", sa Cour adoptant la langue et la culture du Val de Loire, et un bon tiers de la population l'"oïl populaire" gallo, etc. Mais la Cour d'Angleterre en faisait exactement de même et la langue anglaise est (du coup) truffée de "francismes", tandis que les liens économiques avec le continent n'ont jamais cessé ; pour autant personne ne va nier la Nation anglaise...]. (tout cela) sachant de surcroît que la définition de la nation a été affinée depuis, notamment par Kaypakkaya qui explique que les nations naissent À L'AUBE du capitalisme [clairement dans le texte en anglais, transcrit en "phase de formation du capitalisme" par les falsificateurs du 'p''c''mlm'], et non à un niveau de capitalisme avancé, d'où l'existence d'une Nation kurde, contrairement aux affirmations des "stals" turcs de l'époque [SAFAK] qui disaient en substance ce que dit le 'p''c''mlm' : il y a un "peuple kurde", une "question culturelle démocratique", les possédants kurdes font partie de la bourgeoisie turque etc. etc.
    S'ensuit : "L'INEXISTENCE D'UNE LANGUE BRETONNE développée et unifiée témoigne de cela, tout comme l'intégration ABSOLUMENT PACIFIQUE ET POPULAIRE à la France depuis plusieurs siècles" ce qui au regard de la vérité historique minimale est hallucinant [pour la langue cf. ci-dessous ; pour "l'intégration pacifique et populaire" c'est tout simplement odieux, il y a eu une GUERRE de conquête à la fin du 15e siècle, et quid des Bonnets rouges sauvagement réprimés en 1675, quid de la Guerre des Chouans dans les années 1790 (centaines de milliers de mort-e-s) etc. etc. ?] ; pour se contredire eux-mêmes quelques lignes plus loin : "Toutefois, il existe un parcours historique tourmenté, donnant à la Bretagne historiquement des spécificités dans le cadre national français"... ah, quand même ! [Concernant l'existence d'une langue unifiée, il est vrai que l'on distingue classiquement 4 brezhoneg (Trégor, Cournouaille, Léon et Vannetais) aux différences minimes (surtout les 3 premiers), plus l'"oïl populaire" gallo en Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique et est des Côtes-d'Armor. Un travail d'unification académique a été mené au 20e siècle principalement par le 2e Emsav (entre-deux-guerre), dont on pourra dire du coup que c'est "une invention de collabos pétainistes". Mais il en allait exactement de même pour le BASQUE, unifié (batua) vers 1960, et sans doute le gaélique irlandais (variant d'un comté à l'autre et fort peu usité de toute façon : on parle anglais populaire) ; l'occitan, lui, ayant existé comme langue officielle et écrite au Moyen Âge a donc un peu été normalisé (norme du Béarn, norme du Languedoc, norme "mistralienne" provençale au 19e siècle) mais pas tout à fait unifié : on distingue globalement 6 grands dialectes, eux-mêmes non sans "subtilités" locales. Eh oui ! Il n'existe AUCUN IDIOME qui ne connaisse aucune variante géographique sur plus de 100 km de distance, et lorsqu'une nation a été PRIVÉE D’ÉTAT PROPRE à peine éclose, quelle "académie" a donc bien pu se charger d'"unifier" sa langue comme la "belle langue française" (totalement artificielle, superstructurelle et que d'ailleurs personne ne parle vraiment) de nos bonzes du 'p''c''mlm' ??]

    Alex VeganEdge
    Bravo au PCMLM ! Son analyse éclaire grandement la question.

    Servir Le Peuple
    Ben ma foi si un tel festival d'énormités, d'auto-contradictions d'un paragraphe à l'autre et de contre-vérités historiques éclaircit les choses, alors.... c'est toi qui le dis !
    La Bretagne était en passe de devenir un État moderne avec le duc François II (1458-88), si à ce stade elle n'était pas une nation on se demande bien ce qu'elle pouvait être*. Mais non, pour le 'p''c''mlm' une nation c'est d'abord un État (les États multinationaux, connaît pas... quid des Kurdes, des Tamouls ? les Palestiniens ça on sait ce qu'ils en pensent...), ensuite c'est un État moderne bien consolidé, type royaume de France au 17e siècle, avec Richelieu, Louis XIV etc. C'est totalement anti-maoïste (anti-Kaypakkaya) et même anti-léniniste puisqu'en URSS il y avait bien reconnaissance des nationalités kazakh, tatar, ouzbek, tadjik, ossète et autres Tchétchènes ou Kalmouks dont le niveau de développement capitaliste et de formation étatique au moment de l'annexion à l'Empire tsariste n'était guère plus haut, sinon bien moindre que le duché de Bretagne lors de son annexion à la France.
    Une nation est infrastructurelle, c'est un phénomène OBJECTIF qui consiste en les critères donnés par Staline + un début de capitalisme embryonnaire, une économie mercantile disons [elle naît spontanément, sans volonté politique planifiée, dans le cadre géographique d'un grand "bassin" productif où s'exercent des rapports de production entre différentes classes, favorisant une langue commune (mais non sans variantes locales, ni sans variantes DE CLASSE : il y a toujours une langue "du peuple" et une langue "distinguée" dans toutes les nations, quand la "haute société" n'en adopte pas carrément une autre, en l'occurrence l'oïl angevin ou normand puis le français académique en Bretagne), une culture, une "formation psychique nationale" etc. Dans le cas breton, ce "bassin" économique naturel est le bocage armoricain, "tranchant" avec la grande plaine céréalière d'entre-Seine-et-Loire, bordé par un littoral taillé d'abers (estuaires) qui sont autant de ports naturels favorisant une intense activité maritime ; puis ce seront les limites politiques du duché, à-peu-près fixes dès le 10e siècle (bien qu'il ne commence à devenir un État moderne qu'aux 14e-15e)]. Un État est une superstructure, une construction subjective, tout comme la "Grande Culture" qu'il sécrète pour justement se consolider. "Grande Culture" du 17e siècle que le 'p''c''mlm' considère justement comme l'acte de naissance la culture "nationale française".
    Ensuite de quoi le 'p''c''mlm' pourfend les "trotskystes" et... "les populistes de la Gauche prolétarienne" (sauf qu'il y avait aussi toutes sortes de ML, pas seulement les gépistes) qui défendaient ces peuples périphériques en lutte dans les années 70. [Ce qui ne l'empêche pas dans le même temps de célébrer le FLB-ARB des années 1970-80... alors que justement ce mouvement était on-ne-peut-plus composite et éclectique idéologiquement, comptant notamment dans ses rangs Padrig Montauzier, futur fondateur du POBL (droite) puis gourou d'Adsav... Dans le registre "tout ce qui bouge est rouge", pour le coup, difficile de faire mieux !]
    Pour nous, c'est au contraire l'analyse du problème la plus poussée historiquement... jusqu'à la nôtre (sans fausse modestie). Lorsque "Bretagne Rouge, organe de la Ligue Communiste Révolutionnaire" écrivait en décembre 1976 que "Pour (eux) détruire l’État bourgeois c'est aussi détruire la France, création historique des classes dominantes aristocratiques et bourgeoises ; c'est la remplacer par une Fédération socialiste basée sur l'association autodéterminée des nationalités et des régions – et compte-tenu du lien étroit entre les luttes révolutionnaires à l'échelle de l'Europe, dépassant le plus vite possible le cadre actuel de l'Hexagone", nous pouvons dire que nous souscrivons à 99% à ce point de vue ! Le problème de ces orgas, nous l'avons dit dans l'article sur la Charte de Brest, a été un certain "schématisme tiers-mondiste", une tendance schématique à considérer le problème comme "colonial" sans autre forme de nuance, dans la "mania" d'alors pour les luttes du Vietnam, d'Algérie, de Palestine, d'Angola ou de Guinée-Bissau etc. C'était schématique donc erroné, et cela revenait en définitive à sous-estimer le problème et donc l'ennemi : sous-estimer le formidable complexe fortifié de "société civile" protégeant le système-France dans sa métropole hexagonale, avec en jeu son existence même, alors qu'il peut perdre une colonie d'outre-mer et se réorganiser (comme avec l'Algérie justement). À force de se briser contre cette muraille d'acier, ces orgas ont finalement lâché prise pour tomber, en effet, dans le réformisme radical type LCR, l'"institutionnalisme" (lutte pour la décentralisation) et le "culturalisme"... c'est-à-dire en définitive la ligne du 'p''c''mlm' : il faut reconnaître "démocratiquement" la langue et la culture populaire locale, et ça s'arrête là, les questions économique et sociales, elles, se traitent dans le "cadre français"... du coup on se demande ce qu'il leur reproche ! (sinon d'être réformistes)
    Nous, nous considérons que le problème n'est pas "colonial" mais PROVINCIAL (pourquoi se priver de mots si l'ennemi nous en donne ?), en ayant bien à l'esprit que "province" vient de "pro vincere", "pays précédemment vaincu, conquis", et que finalement toute la spécificité de la question est contenue dans ce terme, dans la violence de son origine comme dans ce qu'il est devenu anodin et courant aujourd'hui (Paris et "la province") : oui, en effet, rien de "colonial" de nos jours en apparence... mais À L'ORIGINE une grande violence conquérante qui a totalement et définitivement déterminé ce cadre géographique où luttent les classes en présence. Nous disons dans l'article sur la Charte de Brest de 1974 que "Nos Peuples ne sont pas les Peuples d'Afrique, d'Asie, des Amériques (tout juste 'libérés' de la Couronne 'espagnole') ou d'Océanie colonisés ou semi-colonisés au 19e siècle, lorsque la logique capitaliste s'étend à la planète entière et se la partage entièrement (ce qui est la définition léniniste de l'impérialisme monopoliste). Notre problématique ne s'inscrit pas dans ce cadre, mais au contraire dans celui de la FONDATION des États modernes (monarchiques 'forts' ou absolus) comme instruments de l'accumulation PRIMITIVE du capitalisme (une bourgeoisie, liée au pouvoir monarchique, devenant dominante et subordonnant les autres, y compris dans sa propre nation), suivie de l'accumulation 'expansionniste pré-industrielle' (1500-1800, schématiquement) dans laquelle s'inscrit la problématique des Antillais ou des Peuples indigènes des Amériques, par exemple. Dit autrement, l'histoire de notre périphérisation et de l'ensemble de ses résultats politiques, économiques, sociaux et culturels aujourd'hui n'est pas écrite dans L'Impérialisme stade suprême du capitalisme de Lénine, mais dans L'Accumulation primitive de Karl Marx, section 8 du Livre 1 du Capital."
    Enfin, c'est la sempiternelle rengaine de "vouloir faire tourner la roue de l'histoire à l'envers"... ben oui. Commençons par un petit retour aux fondamentaux. Une nation c'est quoi ? Sommairement ce sont des TRAVAILLEURS qui vivent uniquement ou ultra-principalement de l'usage qu'ils font de leur force de travail (que celle-ci soit "possédée" ou "achetée" par quelqu'un d'autre ou qu'ils soient "à leur compte", ou un peu des deux, ce qu'on appelle la féodalité), et des classes disons "possédantes", c'est à dire vivant en majeure partie de ce que crée la force de travail d'autrui, aujourd'hui toutes plus ou moins fusionnées sous le nom de "bourgeoisie". Bon.
    Lorsqu'un pays est vaincu et conquis (pro vincere->provincia->province), il se passe que ses possédants sont... dépossédés pour beaucoup (comme les faidits en Occitanie, après la Conquista), ou alors subordonnés à ceux de la nation conquérante. Évidemment, ça ne leur plaît pas. Il vont donc résister et ils vont, effectivement, vouloir "faire tourner l'histoire à l'envers" : revenir au "temps béni" où ils étaient "seuls maîtres à bord après Dieu". Pour citer deux exemples parmi des centaines : c'est ce qu'ont fait l'émir Abd-el-Kader en Algérie ou encore le chef inca Túpac Amaru au Pérou. C'est un combat d'ARRIÈRE-GARDE et dans celui-ci, une partie de ces classes possédantes autochtones est liquidée, et une autre finit par se vendre, par négocier sa "niche écologique" dans le nouveau système. Reste une infime fraction, ultra-minoritaire. Dans le cas de la Bretagne, c'est celle qui a défendu les "libertés armoriques" de la province jusqu'en 1789 et sous la "Révolution" bourgeoise, puis a présidé au courant "bretoniste" romantique-catholique-réactionnaire du 19e siècle et aux deux premiers Emsav (1890-1945). Aujourd'hui ce sont les nationalistes bourgeois (sociaux-libéraux, démocrates-chrétiens comme l'est souvent la conscience de masse, ou d'extrême-droite), dont le poids électoral et militant reflète celui de la bourgeoisie qui les appuie et subventionne : minime. Il y a la même chose en Occitanie. En Corse où la situation est plus proche d'une situation coloniale, ils sont plus puissants ; ainsi que là où une bourgeoisie nationale assez "costaud" s'est formée : Catalogne, Pays Basque "espagnol", Écosse etc. Mais en Hexagone ces courants sont vraiment généralement très minimes, quantité négligeable en fait, même dans l'actuel mouvement breton où il y a plus un "poujado-régionalisme" de "pression" sur l'État qu'autre chose. Les possédants qui n'avaient pas disparu dans les luttes de résistance avant 1789 ont globalement, après cette date, trouvé leur "niche" sociale dans le système-France.
    Et puis, il y a les TRAVAILLEURS, qui passent donc sous de nouveaux maîtres ou les voient se superposer aux anciens qui se sont soumis. Cela crée une situation que l'on appelle classiquement COLONIALE outre-mer, lorsqu'elle est survenue au stade de l'accumulation pré-industrielle ou de la révolution industrielle ou de l'impérialisme monopoliste ; et que nous appelons donc "périphérique" ou PROVINCIALE en "métropole", en Hexagone comme dans les Îles Britanniques ou dans l’État espagnol (là c'est encore assez particulier). Ils subissent une forme particulière, périphérique, d'exploitation et d'oppression. Et leur LIBÉRATION est entre leurs seules mains, et non entre celles de possédants nostalgiques de l'époque indépendante. Cette libération révolutionnaire signifie la mort de l’État du Capital et le règne triomphant des Peuples maîtres d'eux-mêmes, ce "rêve immémorial" de l'humanité que Marx évoque dans sa Lettre à Ruge (1843). C'est de cela que nous parlons depuis maintenant des années, et il faut effectivement séparer le bon grain (libération populaire révolutionnaire) de l'ivraie (nationalisme possédant). Mais cela se fait en METTANT LES MAINS DANS LE CAMBOUIS, pas en restant sur l'Aventin à donner des leçons. Une perte de contrôle de la Bretagne serait un coup de poignard radical pour l’État français, qui perdrait une façade maritime immense, des ports commerciaux et militaires de premier ordre etc. etc. Il faut donc se mettre au boulot et cette tâche inclut incontournablement la question nationale bretonne, qu'il faut déjà commencer par reconnaître et non par nier, de surcroît pas "entre la poire et le fromage", mais dans un document se voulant de valeur théorique. "La question bretonne est ainsi une culture démocratique et populaire", une "culture démocratique n'ayant pas atteint son stade national" : on aura décidément tout vu dans les fadaises de jacobins refoulés qui ne veulent pas, cependant, se couper totalement d'une "région" dont ils savent bien qu'elle abrite un "public" progressiste important... Un peu comme les "staliniens"-révisionnistes turcs de l'époque de Kaypakkaya : le 'p''c''mlm', en somme, est un petit SAFAK français !

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    * En réalité, la Bretagne a un peu la même formation socio-historique que l'Écosse, par exemple. C'est une terre historiquement distincte du riche Bassin parisien céréalier par son agriculture maigre (sols acides, bocage, lande) et son économie très tournée vers la mer (innombrables ports naturels). C'est vraisemblablement, sous les "rois légendaires" (5e-9e siècles), une société celte communautaire-clanique "réimplantée" par les colons... bretons (venus au 5e siècle de Grande-Bretagne, fuyant les Anglo-Saxons) sur une Armorique jamais franchement romanisée. Aux 9e-10e siècles elle acquiert plus ou moins le cadre géographique qui restera le sien (les 5 départements), unifiée par des "ducs" (pour le pouvoir franc)/ "rois" (pour eux-mêmes) comme Nominoë, Erispoë et Salomon (qui annexent même le Cotentin, la Mayenne, une partie de l'Anjou etc.), Judicaël, Alain le Grand, Alain Barbetorte etc. Mais à partir du 12e siècle, elle passe sous des dynasties du Val de Loire et du Bassin parisien [Plantagenêt angevins (1156-1221) puis maison capétienne de Dreux (1221-1341), maison de Blois (guerre de succession 1341-65) puis... Montfort  (1365-1514)] qui, venues accompagnées d'une foule de nobliaux, y implantent la féodalité proprement dite ainsi que la langue et la culture de l'Ouest du Bassin parisien - d'où la naissance et le développement du gallo d'oïl au détriment du brezhoneg celtique, depuis une ligne (sommairement) Saint-Malo-Saint-Nazaire (vers l'An 1000) jusqu'à une ligne Saint-Brieuc-Le Croisic (16e siècle) puis Paimpol-Vannes (19e-20e). Néanmoins, comme les seigneurs anglo-normands d'Écosse et d'Irlande, cette féodalité va souvent "faire souche" et développer un patriotisme breton, jouant sur les rivalités franco-anglaises que suscite le pays pour asseoir son indépendance. Au 15e siècle, la dynastie Montfort (donc) commence à jeter les bases d'un État moderne, ce qui sera très net sous le duc François II (1458-88). Mais celui-ci se lance dans une entreprise inconsidérée contre la monarchie capétienne (Anne de Beaujeu, régente pour Charles VIII), la "Guerre folle" (1485-88), qu'il perd. Il est alors "condamné" à marier sa fille, la fameuse Anne de Bretagne, au jeune roi de France (1491) : le pays perd de fait son indépendance, ce qui sera officialisé par l'Union de 1532. Sous la férule capétienne, la pression seigneuriale sur les masses deviendra terrible et marquera profondément la société bretonne jusqu'au milieu du 20e siècle voire jusqu'à nos jours (après que les châtelains, nobles historiques ou bourgeois "racheteurs" sous la "révolution", soient devenus grands propriétaires fonciers, rentiers ou agro-capitalistes).


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  • Personne n'aura échappé, à la "une" de tous les JT et journaux gratuits dans le bus le matin, à la gigantesque et violente mobilisation interclassiste (des patrons et agriculteurs relativement aisés jusqu'aux ouvriers et ouvrières de PME) qui secoue actuellement la périphérie Bretagne, contre une mesure aussi pavée des meilleures intentions qu'enfer bureaucratique et "d'en haut" (de Paris), appelée écotaxe.n-BONNETS-ROUGES-large570.jpg

    Cette mobilisation a depuis peu, plus ou moins à l'initiative du "patron" finistérien de la FNSEA (syndicat agricole historiquement lié à la droite bourgeoise) Thierry Merret [MàJ : en réalité, le collectif "Vivre, travailler et décider en Bretagne" est dirigé par une "troïka" composée de Merret, du maire de Carhaix Christian Troadec (Mouvement Bretagne et Progrès, autonomiste social-libéral) et du syndicaliste FO Olivier Le Bras, de l'entreprise en difficulté Gad : deux de centre-gauche et un de droite, donc], revêtu le bonnet rouge de la révolte bretonne de 1675 contre l'arbitraire centraliste royal de Paris (provoquée à l'époque par un nouvel impôt de Louis XIV et Colbert, frappant l'étain donc les bistrots et les restaurants, et le papier timbré indispensable aux démarches juridiques). Voilà qui confirme, s'il le fallait encore, ce que nous disons depuis des années : la "France" n'existe pas, sinon objectivement comme prison des Peuples et subjectivement comme aliénation idéologique au service du Grand Capital ; lorsque les masses se mobilisent c'est dans le cadre national des véritables nations et non pas de la "France" (qui n'en est pas une), avec des références nationales ; et pendant que les habituels jacobins "rouges" crachent leurs vomissures sur la "dimension identitaire" et/ou "corporatiste" des mobilisé-e-s (voulant soumettre les masses rurales à la "classe ouvrière" dans la plus pure veine de Trotsky), les tenants de la mobilisation réactionnaire de masse, eux, ne s'y trompent pas, comme l'ont déjà montré depuis longtemps les Identitaires (Rebeyne à Lyon ou encore... Maquisards en Dauphiné, la résistance antinazie serait-elle alors une "référence identitaire" interdite ?), et comme le montre maintenant l'officine UMP qu'est la FNSEA.

    Car les souffrances populaires de cette "France d’en face", comme l’appelle un récent et plutôt bon documentaire (ou "d'à côté" pour les "chercheurs" bourgeois Serge Guérin et Christophe Guilluy, d'ailleurs à l'origine des thèses du documentaire en question), ne sont que l’expression et le résultat de la périphérisation/‘provincialisation’ des Peuples sur laquelle l’État nommé "France" s'est construit pendant des siècles par et pour le capitalisme, frappant de fait la quasi-totalité de l’Hexagone (60% de la population) à l’exception (mais non sans ghettos !) du Bassin parisien et des grandes "métropoles d’équilibre" (Lyon, Côte d’Azur, Nantes, Toulouse, Bordeaux, Lille) ainsi que de quelques territoires comme l’Alsace ou la Savoie, qui jouissent de la proximité de la ‘banane bleue’ européenne : là sont les ‘campagnes’ de la Guerre populaire en Hexagone et les petits donneurs de leçons gauchistes peuvent toujours cracher dessus que cela n’y changera rien… ou plutôt si, hélas : laisser ces masses travailleuses au populisme réactionnaire et au fascisme, ce qui est une honte pour de prétendus "révolutionnaires".

    Cette affaire de l'écotaxe a en réalité deux aspects :

    - un aspect de bouc émissaire bien utile ; problème parmi tant d'autres dans la crise qui frappe la Bretagne, mais mis en exergue par les médias bourgeois, la droite et l'extrême-droite car servant la thèse "thatchérienne" selon laquelle le "problème de l'emploi" se résumerait aux "charges sur les entreprises" ; détournant ainsi les luttes populaires (ouvrières et petites-paysannes) vers un combat qui est avant tout celui des patrons, de la petite et moyenne bourgeoisie et des gros agriculteurs productivistes, et les liquidant dans le piège mortel de l'interclassisme ;

    MAIS AUSSI

    - une étincelle qui a mis le feu à la plaine (ou plutôt à la lande, en l'occurrence).

    769974.jpgCar cette taxe, pour avoir été adoptée par l'ancien gouvernement sarkozyste et imposée à la majorité actuelle par un décret d'application pris la veille de la passation de pouvoirs (sachant bien que la gestion PS du dossier serait une cata), ne part pas en tant que telle de si mauvaises intentions : réduire le transport routier de marchandise, qui 1°/ pollue et 2°/ est un danger permanent pour les autres usagers de la route, surtout lorsque les chauffeurs épuisés par des centaines de kilomètres avec 30 tonnes entre les mains commencent à faire n'importe quoi. Elle vise donc, à travers la taxation du kilométrage établi par GPS (d'où les fameux portiques, pour vérifier que les camions en soient équipés), à décourager celui-ci. L'objectif étant de pousser la marchandise vers le transport ferroviaire (ferroutage) et fluvial, pour ne laisser aux camions de petit tonnage que la desserte locale : telle est l'idée. Le problème est que la bourgeoisie décide mais ne planifie rien, car telle est sa nature de classe. Dans de nombreuses régions, le réseau ferré et navigable est clairement insuffisant. Ni une ni deux, la solution est alors de réduire la taxe sur ces territoires : dégrèvement de 30% en Aquitaine et Midi-Pyrénées, et... 50% en Bretagne. La Bretagne, aujourd'hui en ébullition, est donc en fait la "région" la moins durement touchée par la taxe. De même, en sont exemptés de nombreux types de transports et notamment le transport agricole, les camions de collecte de lait etc. : les agriculteurs massivement mobilisés le sont donc contre quelque chose qui ne les touche pas directement (mais indirectement peut-être, dans la mesure où cela va encore aiguiser la "guerre des marges" entre producteurs et centrales d'achat).

    Simplement voilà : tout cela s'est encore une fois fait à la manière bourgeoise. À la fois bureaucratiquement, "d'en haut", de Paris ; et de manière dérisoire car au nom de la sacro-sainte "liberté d'entreprise", on va chercher l'"incitation" par la taxation plutôt que de planifier démocratiquement la production et sa distribution de manière conforme aux intérêts des masses (dont fait entre autres partie l'environnement). Ah oui mais zut, c'est vrai : une telle chose s'appelle le SOCIALISME (le vrai, pas la gouvernance PS) et "on a bien vu", "en URSS, en Chine, en Corée du Nord et je ne vous parle même pas du Cambodge", où mènent de telles "utopies". Pures foutaises : la réalité, c'est que se tourner vers le ferroutage et le transport fluvial s'appelle une mutation technique et que, plutôt que d'investir là-dedans, les "gros" (producteurs, transporteurs, distributeurs) préfèreront payer et répercuter de fil en aiguille la taxe sur le consommateur final, qui paiera ses produits plus cher, tandis que les "petits", qui eux ne peuvent même pas songer à investir de la sorte... crèveront, tout simplement, et leurs 3 ou 4 éventuels salarié-e-s avec eux. Darwinisme économique : ainsi va le capitalisme depuis son origine. Vae victis !

    Or en Bretagne, il s'est tout simplement passé que cette étincelle a rencontré une plaine ultra-sèche, ou plutôt un baril de poudre social ; comme il y a 338 ans l'impôt de Colbert sur l'étain et le papier timbré, a priori indifférent aux 3/4 de la population.

    Car avant les "unes" sur les "nouveaux Bonnets rouges", il y avait, faites un effort pour vous rappeler, les "entrefilets" dans les journaux et les JT : la Bretagne est en situation de crash économique et social.

    Eh oui... Jusqu'à présent, lorsque l'on mettait en parallèle les cartes INSEE du taux de pauvreté ou du taux de chômage avec celles des "provinces réputées étrangères" de l'Ancien Régime, autrement dit des terres et des peuples annexés et périphérisés dans la construction de l’État français (à l'époque c'était clair), une "province" ne "collait" justement pas : la Bretagne. Elle était systématiquement, tous départements confondus, dans les taux les plus bas, comme d'ailleurs les secteurs voisins de Vendée, Anjou, Mayenne ou Cotentin. En réalité, la misère y a historiquement été effroyable, et pas seulement sous Louis XIV, d'où l'émigration pendant tous les 19e et 20e siècles vers Paris et ailleurs. Mais la Bretagne a connu dans les années 1960-70 une sorte de "révolution verte" agricole qui en a fait, de terre où même le pain était rare (au profit de la fameuse galette de sarrasin, qui fait aujourd'hui le délice des touristes), le "poumon" du secteur agro-alimentaire tricolore. On peut en fait (plus largement) parler d'un véritable "miracle économique" dans lequel un rôle important a notamment été joué par le CELIB (Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons), "lobby" de la bourgeoisie locale auprès du système-France créé en 1950 par des députés et autres politiciens du cru tels que René Pleven. Au niveau de l'industrie et des services, elle a bénéficié d'une foule de "politiques d'attractivité" par les élus locaux, pour tenter justement de briser sa situation périphérique en Hexagone et en Europe (Rennes est à 350 km de Paris et presque 600 de Lille et 830 de Strasbourg, les frontières Est et Nord avec la 'banane bleue' européenne ; et ensuite il reste encore 250 km jusqu'à la pointe du Finistère...), politiques qui en ont presque fait une vaste zone franche ; à mesure que la crise se renforçait, ceci a évidemment attiré de plus en plus d'entreprises (mais développé du même coup la problématique du transport). La crise a également signifié en Hexagone l'effondrement de la grande industrie au profit des petites unités de production, qui sont la morphologie économique traditionnelle de la Bretagne. Tout cela faisait finalement du Peuple breton une sorte de vaste classe moyenne : ce que ne disent pas les cartes, c'est que s'il y avait peu de pauvres (sauf chez les jeunes et les âgé-e-s), il y avait également peu de très riches ; la Bretagne avait en fait un interdécile (écart entre les 10% les plus riches et les plus pauvres) parmi les plus faibles de l'Hexagone. Elle était peuplée de ménages, salariés ou agriculteurs, indépendants ou petits employeurs gagnant entre 1300 et 1800 euros par mois et par adulte, très peu au-dessus et très peu au-dessous. Mais tout cela, on l'a vu, était circonstanciel et devait tôt ou tard s'effondrer ; la crise générale du capitalisme, qui profite souvent au début à des territoires économiquement "pas tops" auparavant, devait finir par rattraper la Bretagne : nous y sommes.

    3-630x360-copie-1.jpgCes derniers temps, les luttes de classe, certes encore au niveau revendicatif seul possible sans Parti révolutionnaire, se sont multipliées. Et voilà que là-dessus vient se greffer l'écotaxe, dont l'application au 1er janvier prochain était prévue depuis son vote en 2009, mais que tout le monde avait complètement oubliée ; apportant une inquiétude supplémentaire aux travailleurs : que les entreprises soient "obligées" de la répercuter aussi sur la masse salariale, en... licenciant. Donnant par là-même l'occasion d'un coup de maître au patronat local et hexagonal, et bien sûr à la droite BBR ou autonomiste qui en représente politiquement la majorité : c'est difficile, il y a des plans sociaux ? Ben voyons, c'est (encore et toujours) la faute aux "charges" et d'ailleurs voyez, maintenant en plus on va nous coller l'écotaxe ! Voilà justifiés les plans sociaux de demain... et plus fort encore, voilà le peu qu'il reste (en Bretagne comme partout ailleurs) de travailleurs organisés pour leurs intérêts, dans des syndicats plus ou moins jaunes, embarqués derrière la lutte des patrons, les "petits" qui ont effectivement de bonnes raisons de s'inquiéter et font là connaissance avec leurs futur-e-s frères et sœurs de classe lorsqu'ils pointeront à Pôle Emploi, mais aussi les "gros", qui trouvent là une excellente manière de détourner d'eux les regards prolétaires et populaires et de faire "l'union sacrée" (et la "une" des médias, que les luttes d'entreprise contre eux n'intéressaient guère autant) sous le bonnet rouge de 1675, l'un de ces symboles si faciles à récupérer lorsque les peuples ne connaissent pas leur histoire ! Ajoutez à cela quelques bêlements des Verts, dans leur rôle de bobos parisiens qui n'en ont "rien à foutre des gens d'en bas", et les explications technocratiques de quelques énarques socialos ; le décor est complet. On a tout gagné : la gauche bourgeoise PS avec une popularité autour de 15%, la droite "modérée" à la NKM (à l'origine de la mesure) avec guère mieux, et les masses populaires se ventilant au mieux à 10% dans l'"extrême-gauche" électoraliste, 30% dans l'abstention et autant dans le vote FN ou pour des élus UMP plus ou moins "Droite populaire".

    L'unique manière d'éviter une telle catastrophe, c'est que les forces avancées du prolétariat et des classes populaires de Bretagne forment le Parti révolutionnaire qui, assumant le socialisme et la libération nationale anti-périphérisation, décrypte scientifiquement les choses comme nous venons de le faire (mais mieux, étant sur place), mobilise et agrège la colère du Peuple autour de lui et POSE LA QUESTION DU POUVOIR, dans la Guerre populaire qui est fondamentalement, dans chaque État bourgeois, l'encerclement et à terme l'écrasement des Centres par les Périphéries, la Bretagne n'étant pas des moindres.


    Voici à lire un article de Breizhistance sur la crise sociale que traverse actuellement le pays breton :

    Doux, Gad, Tilly-Sabco, Marine Harvest, Alcatel-Lucent… À qui le tour ?

    La rédaction de Bretagne-Info publie l’analyse de Joris Brouard, membre de la Gauche Indépendantiste, sur la crise économique et sociale que traverse actuellement la Bretagne.

    Depuis plusieurs semaines, la Bretagne est plongée dans une crise économique, sociale et environnementale qui frappe de plein fouet son secteur industriel. Doux, Gad, Marine Harvest et autres sont autant d’usines qui ont annoncé des fermetures de sites et de vastes plans sociaux mettant en péril l’avenir de nombreux travailleurs bretons.

    Pour autant ces annonces ne paraissent pas si surprenantes si on prend le temps de faire le bilan économique du secteur industriel breton en crise. En effet, l’exemple du secteur de l’agroalimentaire présenté comme le fer de lance de l’activité économique bretonne et dont les mérites ont été vantés par les différents acteurs économiques, politiques et même médiatiques bretons, a suivi la logique néo-libérale qui prévaut dans l’ensemble des industries occidentales depuis des décennies. Le modèle agroalimentaire breton que l’Etat français a imposé avec la complicité de certains acteurs bretons, repose sur un modèle productiviste à outrance et déréglementé au détriment de l’impact social et environnemental qu’il a créé sur le territoire.

    Les principales causes liées à cette hémorragie du secteur agroalimentaire ne relèvent pas uniquement de la conjoncture actuelle. Des causes structurelles sont également à l’origine de ce cataclysme social. Tout d’abord, une grande partie des entreprises de l’agroalimentaire ont été détenues par de puissantes familles capitalistes ayant bâti leurs fortunes grâce à ces entreprises. Pour soutenir leur développement, les institutions libérales européennes, l’État français mais aussi les acteurs bretons, n’ont pas hésité à subventionner leur activité et favoriser le patronat aux dépens des travailleurs et de la préservation de l’environnement et sans contrepartie ni garantie pour l’avenir. Entraînant avec eux tout le secteur agricole, tuant peu à peu les petites unités de productions, les chantres de l’agro-business ont imposé leur modèle ultra-productiviste avec l’aide bienveillante de leurs alliés de la grande distribution et des transports.  

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    Pourquoi la Gauche Indépendantiste manifestera samedi 2 novembre à Quimper ?

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    breizh gwenhadu komunourmaoc 

     


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  • Vive l'Andalousie libre et socialiste, vive nos frères et sœurs ouvrierEs et paysanNEs de l''autre Sud' !


    andalucia es mi paisOutre le fait que la moitié Nord du territoire actuellement connu comme France a, très largement, fourni le gros des troupes de la première entreprise/guerre coloniale de l'Histoire (les Croisades, avec la création pour près de deux siècles des 'États francs' d'Orient et même (1204-61) d'un Empire latin de Constantinople, au détriment de l'Empire grec byzantin), la Conquista de nostre Occitània a été, concomitamment avec la 'Re'-Conquista (1) d'al-Andalus (Navas de Tolosa, 1212), la PREMIÈRE GRANDE GUERRE DE LIQUIDATION NATIONALE, donnant littéralement naissance au monde 'moderne' dans lequel nous vivons, notre monde impérialiste. C'est là une donnée historique fondamentale qui sous-tend tout notre engagement communiste révolutionnaire pour une Occitanie libre, prolétarienne et populaire,  'démocratique réelle', en un mot  : socialiste 

    Et cette concomitance (2) fait que nous, Occitans révolutionnaires, communistes, éprouvons une profonde solidarité envers le Peuple opprimé, exploité et nié d'Andalousie. 

    Cartel campaña 4DC'est il y a 140 ans, en juillet 1873, alors que commençaient à renaître les peuples niés par la construction des États modernes dans le cadre/mouvement général/mondial de la Révolution prolétarienne, au cours de ce que l'on a appelé la 'révolution cantonaliste' de l’État espagnol, que fut proclamé l’État libre andalou, 'Andalousie souveraine constituée en république démocratique'. Le mouvement cantonaliste fut bien sûr écrasé par la bourgeoisie conservatrice comme 'libérale' et, après ce que les 'Espagnols' appellent le Sexennio Democratico (1868-74), la monarchie 'libérale-conservatrice' fut restaurée en la personne d'Alphonse XII, venu se présenter aux Cortes comme un ‘prince catholique, espagnol, constitutionnaliste, libéral et désireux de servir la Nation. C'était à peine deux ans après que l'Hexagone (Paris bien sûr, les cités ouvrières du Nord ou du Creusot, mais aussi tout particulièrement notre 'Midi rouge' occitan et arpitan) ait été secoué par le formidable (et très comparable) mouvement des Communes et sa sanglante répression par les sabre-peuples de Thiers et Mac-Mahon ; évènements eux-mêmes précédés deux décennies plus tôt par l'héroïque résistance contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, qui vit pendant plusieurs jours près d'une douzaine de départements occitans aux mains du Peuple en armes. C'était l'époque où en fin de compte, ici en Occitanie comme là-bas aux pieds de la Sierra Nevada, l'affirmation en tant que Peuples niés durant des siècles s'exprimait essentiellement sur une ligne de républicanisme fédéraliste radicalement démocratique et social.

    L'organisation Nación Andaluza (organisation révolutionnaire de libération nationale qui plonge notamment ses racines dans le Mouvement communiste, -un temps- d'inspiration maoïste, du Sud de la péninsule), en juillet 2009, lui rendait hommage dans la déclaration suivante, reprise à l'époque sur le site Cantabria proletaria ('ancêtre' d'Odio de Clase ?) :

    Andalucia banderasIl y a 136 ans, le 21 juillet 1873, sur le lieu tant chargé de symbolisme de Despeñaperros [NDLR littéralement "précipiter les chiens ('maures') du haut d'une falaise", nom donné par les envahisseurs castillans après leur victoire], frontière naturelle de notre Nation et lieu par lequel, historiquement, ont pénétré les envahisseurs de notre Patrie, se rassemblèrent les représentants populaires des Cantons de la population de notre Pays, pour rétablir notre souveraineté et indépendance politico-sociale, proclamant la constitution du premier État libre andalou contemporain. 

    Les représentants réunis déclarent : "À Despeñaperros, historique et inexpugnable bastion de la liberté, a été hissée hier, par les forces fédérales envoyées par les soussignés, la bannière de l'indépendance de l’État andalou. S'achève, par conséquent, notre œuvre. Nous avons accompli la régénération sociale et politique de cette terre classique de la liberté et de l'indépendance (...) Nous formons notre Armée fédérale, nous constituons nos Cantons, nous élisons notre Assemblée (...) Nous ne reconnaissons aucune autre autorité que celle de nos Cantons (...) nous avons tous la même pensée, le même cœur : Sauvons-nous ensemble ou mourrons ensemble ! Vive la Souveraineté administrative et économique de l’État d'Andalousie !"

    modelomapacolorCes principes allaient inspirer, dix ans plus tard, l'élaboration de la Constitution d'Antequera, dont les fondements seraient repris par Blas Infante comme piliers du nouvel État libre andalou qu'il proposait : "Andalousie souveraine constituée en démocratie républicaine". Le mouvement cantonaliste comptait des éléments nettement souverainistes et révolutionnaires. Un soulèvement assis sur des principes de liberté, de justice, d'égalité et de démocratie directe, qui plongeait ses racines dans nos traditions sociales.  

    nacionandaluza1Comme tout au long des 700 dernières années de notre histoire, depuis l'invasion européenne de 1212 et la postérieure occupation castillane, cette brève période de liberté populaire et nationale fut détruite par la force des armes espagnolistes. L'Andalousie a toujours fait partie des différents États espagnols par la coercition militaire, jamais par la libre élection. Encore aujourd'hui, l'Armée constitue la "garantie" constitutionnelle de notre espagnolité obligée. 

    Nous lançons un appel, à tou-te-s les Andalou-se-s de conscience, à suivre l'exemple de ces dignes fils d'Andalousie, qui firent passer les intérêts et les nécessités de notre Peuple et de notre Nation avant les convenances personnelles, de groupe ou conjoncturelles, marchant unis pour la libération de notre terre et de nos gens. Comme ces cantonalistes qui, avant "la Patrie ou la mort, nous vaincrons !", s'exclamaient de cet autre cri qui résonne dans Despeñaperros : "Sauvons-nous ensemble ou mourrons ensemble !".

    Pour l'Andalousie libre et socialiste ! 

    Nación Andaluza – Commission Permanente


    andalucia comunistaL'Andalousie, un projet révolutionnaire : exactement notre conception de la Libération occitane !


    gordillo-marcha-efe-Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire de Marinaleda, à la tête de son 'Quart État'


    Ce à quoi nous, OCCITANS RÉVOLUTIONNAIRES, ajouterons : soyez assurés, frères et sœurs andalou-se-s, que nous aussi verserons notre sueur et notre sang pour faire bientôt RENAÎTRE notre Andalousie du Nord médiévale, à un niveau supérieur : l'OCCITANIE SOCIALISTE, qui rayonnera comme un nouveau phare de civilisation sur l'humanité entière, un pont jeté vers la Cité universelle communiste !  


               navas-de-tolosa-2.jpgbataillemuret.jpg
                             Navas de Tolosa 1212                                                      Muret 1213

               marseillebombardeeP1531868640
                   Commune de Marseille (répression), 1871         Révolution cantonaliste, sud de l''Espagne', 1873


                       bandera-andaluciamaocpartisans

    Liens utiles : Nación Andaluza - Jaleo!!! - JIRA - Andalucia comunista - Andalucia proletaria - Er Llano (Centro Andaluz del Pueblo) - SAT

    Et puis pour les castillanophones, un document de 25 pages à lire absolument : ANDALUCÍA, UN PAÍS CON HISTORIA 


    (1) Il n'y a évidemment eu aucune 'conquête arabe/musulmane' de la Péninsule ibérique, cette invention espagnoliste pour justifier la mythologie pseudo-"nationale"... La réalité historique c'est que quelques milliers d'Arabes et de Berbères, conduits par Tariq ibn Ziyad, ont franchi en l'an 711 le détroit de Gibraltar et sont arrivés en quelques années jusqu'aux pieds des Pyrénées et de la Cordillère cantabrique ; car la noblesse ibéro-romaine, la bourgeoisie embryonnaire et la population (très majoritairement de confession arienne), épuisées par plus d'un siècle (depuis 589) d'autocratie catholique wisigothe (un 'prototype' de monarchie absolue avant l'heure, à bien des égards), se sont massivement ralliées aux nouveaux arrivants sur une ligne politique de monarchie 'libérale' aristocratique et marchande.

    (2) Il est à noter également que le ‘commandant en chef’ des armées occitanes et arago-catalanes à Muret, le roi Pierre II d’Aragon, avait pris part aux côtés des Castillans et des Navarrais… à la bataille de Navas de Tolosa, signant le début de la fin d’al-Andalus (ses successeurs – lui-même mourant à Muret – y gagneront dans les décennies suivantes le Pays valencien et les Baléares). Il est évident que des donneurs de leçons soi-disant ‘marxistes’, en réalité bons rationalistes francouilles se payant de grande culture historique (voir le personnage de 'Riquet' dans cette discussion), n’auraient pas manqué de nous le faire ‘remarquer’ en commentaire si nous ne l’avions pas dit… Ils auraient montré là (une fois de plus) leur totale absence de matérialisme dialectique, de compréhension des faits historiques dans leurs multiples aspects parfois (et même souvent !) contradictoires. Tout d’abord, les protagonistes de Muret étaient la Nation occitane et la Nation 'française proprement dite', desquelles ce fut militairement l’un des actes de naissance ; tandis qu’à Navas de Tolosa il y avait la Nation castillane, avec ses alliés de circonstance aragonais, catalans et navarrais (basques), et en face la Nation andalouse en formation : peu nous importe qui en étaient les dirigeants politico-militaires précis (Simon de Montfort ou Raymond de Toulouse, Pierre d'Aragon ou Alphonse de Castille, le calife an-Nâsir ou le pape Innocent III et consorts) ! Dans les deux cas, ce qui compte au regard de l’histoire (pour un vrai marxiste), c’est que la classe dominante d’une nation (aristocrates, grands bourgeois ‘patriciens’ etc.) a balayé (et/ou subordonné) celle d’une autre pour prendre possession de ses forces productives (force de travail, c'est-à-dire les masses du peuple, terres agricoles, ressources du sous-sol etc.). Pierre d’Aragon, roi à la diplomatie complexe pour ne pas dire alambiquée, s’est simplement trouvé être l'un des commandants militaires des conquérants (de ce qui doit à présent être nié) à Navas, et le commandant en chef des conquis (ceux qui doivent maintenant nier leur oppression !) à Muret. Dans le premier cas, il fit d’ailleurs un marché de dupes, ne gagnant pour sa dynastie que la mince bande côtière valencienne tandis que la Castille s’emparait de tout le Sud de la péninsule, devenant la puissance hégémonique indiscutée de celle-ci et finissant, après quelques siècles, par mettre totalement l’Aragon et les Pays catalans sous sa coupe (processus achevé par les décrets de Nueva Planta en 1714). Dans le second, il ne se décida à intervenir qu’après avoir longtemps louvoyé, tentant de pousser les comtes occitans (Toulouse, Foix, Trencavel etc.) à négocier avec les Croisés pour ne pas défier le Pape, faisant perdre un temps précieux ; c’est seulement auréolé de son statut de ‘prince très chrétien’ suite à Navas de Tolosa qu’il crut pouvoir se dresser frontalement contre la Croisade (il n’en fut rien, il fut excommunié et, après avoir été tué dans la bataille, son corps attendit 4 ans une sépulture chrétienne…). D'autre part, matérialistes dialectiques, nous savons que la primauté dans tout phénomène appartient aux causes internes et que, si l’Occitanie a pu être conquise, c’est d'abord et avant tout 'grâce' aux contradictions et aux erreurs de sa direction politique (aristocratique et ‘patricienne’ grand-bourgeoise), avant d'être 'grâce' à la force, au nombre, à la férocité ou à un quelconque 'génie militaire' des hordes de Montfort ! ‘Sommet’ de la pyramide politique féodale en Occitanie centrale (région toulousaine, Languedoc) et en Provence, Pierre d’Aragon était de fait, dans sa politique, un concentré, une synthèse de toutes ces contradictions…

     

     


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  • Le message de solidarité envoyé par Servir le Peuple (auquel se joint Sheisau Sorelh) : Serve the People from Occitany send solidarity to Great Unrest Group for a Welsh Socialist Republican Party.

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    Version dans la langue de Villers-Cotterêts (histoire de faire plaisir à monsieur Mélenchon !) :

    Camarades, 

    Depuis notre Occitanie, terre d’un Peuple occupé et périphérisé depuis des siècles par l’entité politico-militaire bourgeoise et impérialiste ‘France’, nous adressons un franc, vif et rouge salut à votre combat, et tous nos vœux de succès dans votre entreprise de construire un Parti Républicain Socialiste de Galles.

    STA73515.JPG‘Républicain socialiste’ : voilà qui de notre côté du Channel fleurerait bon les notables ventrus de notre ‘regrettée’ 3e République  ! Mais les matérialistes dialectiques que nous sommes sont tout à fait en mesure de comprendre cela : dans un État britannique qui reste, en plein 21e siècle, une monarchie et où celle-ci (jusque dans les plus vulgaires tabloids) est un ‘pilier culturel’ de l’hégémonie bourgeoise au sens de Gramsci, s’affirmer ‘républicain’ revêt effectivement une subversivité que le terme n’a pas dans notre État ‘français’ qui est une république bourgeoise, où le terme de ‘république’ est le maître-mot de la classe dominante (se plier à ses lois et à ses valeurs, c’est être ‘républicain’…) et est associé au sang de la répression des Communes de 1871, aux conquêtes et aux guerres coloniales, à la grande boucherie d’ouvriers et de paysans de 1914-18, aux instituteurs ‘laïcs’ négateurs de nos Peuples, interdisant à nos enfants de ‘parler breton/occitan/basque etc. et de cracher par terre’. Et ‘socialiste’ n’a évidemment pas la même signification que dans notre État bleu-blanc-rouge où un Parti de ce nom gère, à intervalles réguliers, le capitalisme impérialiste depuis plus de 80 ans, et véhicule typiquement ces valeurs ‘républicaines’ bourgeoises monopolistes. C’est ce qu’expliquait il y a quelques années un camarade du groupe de solidarité Libération Irlande, dans un entretien avec le PC maoïste de France : « Alors pour résumer, je te dirai que c’est le contraire d’être républicain en France. Ici, ceux qui mettent en avant la république, ce sont les flics et les profs, c’est l’idéologie de l’État bourgeois. En Irlande, c’est une idéologie révolutionnaire anticoloniale, un truc qui vient du peuple, qui cherche la confrontation avec l’État et les institutions ». Il en va de même en Cymru et dans toutes les îles ‘britanniques’ : être républicain, et socialiste de surcroît, cela reste l’idéologie révolutionnaire de James Connolly d’Irlande et de John MacLean d’Alba !

    merthyr-risingEnsuite, ceci est et demeure un ‘contenant’ idéologique et le plus important, bien sûr, reste le contenu : la conception du monde (Weltanschauung comme disaient Marx et Engels, qui visitèrent peut-être votre pays lorsqu’ils vivaient en Angleterre) et la stratégie révolutionnaire, ainsi que la conception de la transition socialiste vers le communisme car, comme chacun le sait et comme les expériences du siècle dernier l’ont hélas prouvé, une fois que le Parti du prolétariat a pris le pouvoir, rien n’est terminé… Cette conception ne peut être, selon nous, que le marxisme révolutionnaire de notre époque : le maoïsme. Mais cette remarque est tout à fait valable pour un Parti qui s’affirmerait directement ‘communiste’, ce que n’importe qui peut faire, comme un certain Prachanda ou un certain Bhattarai au Népal, par exemple. 

    En 1831 à Merthyr Tydfil fut levé, dit-on chez vous, pour la première fois dans l’histoire le drapeau rouge de la révolution prolétarienne. Chaque prolétariat révolutionnaire de la planète a sa légende ; et celui de la ‘vraie France’ (comme disait l’historien bourgeois Jules Michelet vers la même époque), la France du Nord, a la sienne : il aurait été levé pour la première fois sur le Champ-de-Mars à Paris en 1791… par les répresseurs : c’était le drapeau signifiant ‘feu à volonté’ sur la ‘populace’ ; mais ensuite, le Peuple révolutionnaire se le serait approprié comme sien, par défi. D'autres encore, sur nos Terres d'Òc, racontent qu'il était parfois arboré dès le 17e siècle (!) par les Croquants du Périgord-Quercy ou encore par la très démocratique (républicaine !) Ormée bordelaise. Mais peu importe... Ce qui est certain, c'est qu’il a flotté à Merthyr Tydfil ; et qu’il a également beaucoup flotté sur notre Occitanie : à l’époque des ‘démocrates-socialistes’ et des ‘républicains radicaux’ de 1848 – lorsque ces termes avaient encore à peu près la même signification que chez vous – et de la résistance contre le coup d’État bonapartiste de décembre 1851, dont nos terres furent un bastion ; et encore à l’époque des Le Great Unrest Group pour un Parti républicain socialiste de Galles célèbre le soulèvement de Merthyr Tydfil en 1831 Communes de 1871, qui, en dehors de celle mondialement connue de Paris, se situaient pour la plupart en Occitanie (Marseille, Toulouse, Narbonne, Limoges etc.) ou en Arpitanie (Lyon, Saint-Étienne) : notre hymne occitan de libération révolutionnaire, la Libertat, fut alors composé et chanté pour la première fois.

    Notre ‘Midi’ occitan, qui n’était pas vraiment la ‘vraie France’ pour les grands capitalistes et autres réactionnaires du Nord, devint alors le ‘Midi rouge’ ; un mot qui résonnait alors aux oreilles de la même manière que ‘Russie’ en Europe autour de 1920 ou ‘Cuba’ dans les Amériques autour de 1960… Ainsi, dans les années 1870, un journaliste conservateur du ‘Nord’ (en fait de Lyon, la ‘porte’ de nos terres occitanes), en ‘expédition’ presque coloniale dans le ‘Midi’, pouvait écrire : « Un peu partout, ces mairies radicales arborent volontiers le drapeau rouge à leur fronton, et, si l’emblème est interdit par le préfet, on roule le drapeau tricolore pour n’en laisser apparaître que le rouge ». Telle est notre réalité historique, et tout cela est parfaitement compréhensible d’un point de vue matérialiste dialectique. 

    Car depuis quelques années maintenant, Servir le Peuple et les camarades qui forment à présent Sheisau Sorelh ont analysé en profondeur [1] la manière dont s’est construit, depuis le 13e siècle, l’État dénommé ‘France’, devenu à partir du 17e siècle un Empire colonial ; et les implications de ceci sur la lutte des classes. Nous en avons fait de même, d’ailleurs, avec l’État de vos oppresseurs, le ‘Royaume Uni’[2]. Et nous avons compris qu’en se construisant, parallèlement et au service du développement du capitalisme, ces États ont construit des ‘centres’ (comme typiquement la région de Paris ou le Grand Londres et le sud-est de l’Angleterre) et des périphéries, et que si partout les exploités affrontent pareillement leurs exploiteurs, cet affrontement se déploie, en termes d’intensité, depuis les ‘périphéries’ vers les ‘centres’ : au niveau mondial, depuis le ‘tiers-monde’ vers le ‘G8’ impérialiste ; mais aussi au sein même de ces métropoles impériales, comme revolte_1907_3.jpgle ‘Royaume-Uni’ ou la ‘France’. Voilà pourquoi notre ‘Midi’ a été et reste en large partie (malgré l’hégémonie idéologique réactionnaire qui s’est renforcée depuis 25-30 ans) ‘rouge’, après avoir été au 16e siècle un bastion du proto-républicanisme protestant (‘Provinces de l’Union’) ; et pourquoi votre Cymru est ‘rouge’, bastion socialiste et anti-monarchique sous le drapeau de Merthyr Tydfil.

    À vrai dire, nos deux Peuples ne sont pas seulement des périphéries : ils ont aussi été les premières, les fondatrices. Le Peuple occitan vivait, au 13e siècle, soit sous l’autorité des ducs d’Aquitaine, qui étaient aussi… rois d’Angleterre ; soit sous celle des comtes de Toulouse et de leurs ‘partenaires’ rois d’Aragon-Catalogne. Ils avaient une brillante civilisation, reconnue par tous les historiens dans le monde, et par Engels lui-même dans un texte de 1849 [NDLR tout en énonçant ensuite des choses erronées, critiquées ici]. La première partie fut conquise dans le ‘légendaire’ affrontement entre ‘notre’ Philippe Auguste et ‘votre’ Jean Sans Terre ; c’est d’ailleurs lorsque les Plantagenêt furent expulsés du continent qu’ils commencèrent… à se tourner vers vos Peuples celtiques de Cymru, de Kernow, d’Erin et d’Alba, pour les asservir. L’autre partie fut annexée au cours d’une sanglante CROISADE, une véritable guerre d’extermination prenant pour prétexte l’hérésie ‘albigeoise’ cathare ; un peu comme aujourd’hui le ‘terrorisme islamiste’ est pris pour prétexte de la plupart des guerres impérialistes dans le monde. Au terme de ces conquêtes, l’entité ‘France’ était née comme cadre politico-militaire, alors monarchique puis plus tard ‘républicain’, dans lequel le capitalisme naissant allait pouvoir réaliser son accumulation primitive : Philippe Auguste devint le premier roi ‘de France’ – et non ‘des Francs’. Plus tard, l’accumulation primitive ira se réaliser outre-mer, donnant naissance à l’Empire, aujourd’hui en grande partie pseudo-‘indépendant’ mais dont il reste quelques morceaux, aux Caraïbes, dans l’Océan indien et dans le Pacifique.

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    Le Pays de Galles, lui, commença à être soumis, on l’a dit, vers la même époque ; puis il connaîtra en 1536, sous un Henri VIII (pourtant lui-même d’origine galloise ; comme ‘notre’ Henri IV et donc Louis XIII, Louis XIV etc. étaient occitans, Napoléon était corse etc. !) qui mérite toute sa place dans le ‘panthéon’ des tyrans, le premier de ces ‘Actes d’Union’ qui fonderont le ‘Royaume Uni’ – lui aussi ‘métropole’ d’un Empire qui fut un temps le plus grand de la planète, et à vrai dire la première puissance impérialiste mondiale jusqu’à ce que les USA prennent la ‘succession’ entre 1918 et 1945.

    Dans les deux cas donc, l’État moderne puis l’Empire sont nés de l’absorption de nos Peuples et, par conséquent, dans une guerre révolutionnaire mondiale qui se déploie des périphéries vers les centres, ils périront forcément de notre libération révolutionnaire ; libération intervenant dans l’union fraternelle avec tous les Peuples exploités et opprimés de la planète, dans la Révolution prolétarienne mondiale. Le ‘coup de grâce’ à deux des plus importants États du G8, ‘membres permanents’ du Conseil de Sécurité de l’ONU, nous appartient : soyons à la hauteur de cette tâche historique d’importance planétaire !

    C’est pourquoi la solidarité de nos Peuples doit être et sera solide comme l’acier ; tout comme sur la voie du communisme, tous les Peuples de la planète sont unis comme les bataillons d’une même Armée ! 

    VISCA OCCITÀNIA ANTICAPITALISTA ; VISCA CYMRU LIBRE E SOCIALISTA !

    VICTOIRE À LA GUERRE POPULAIRE, POUR LA RÉVOLUTION MONDIALE ET LE COMMUNISME !


    Servir le Peuple (Serve the People) et Sheisau Sorelh (Sixth Sun) ; médias révolutionnaires maoïstes pour la Libération du Peuple occitan.

                  red_wales.jpgmaoc



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