• C'est là un point sur lequel il est temps, une fois pour toute, de dire les choses clairement.

    Dans le système capitaliste-impérialiste, au niveau mondial, il n'existe qu'un seul véritable groupe dominant : les détenteurs du Grand Capital qui régissent la production donc les rapports de production et, de là, tous les rapports sociaux. De par les processus historiques d'émergence et d'expansion planétaire du capitalisme (lire par exemple ici sur le cas spécifique de la place des femmes), ainsi que l'héritage des modes de production antérieurs, ce sont en immense majorité des hommes hétérosexuels blancs (européens ou euro-descendants) flanqués de quelques minorités-"quotas" de femmes (comme Laurence Parisot), d'hommes homosexuels (comme Pierre Bergé) ou de non-Blancs (comme Lakshmi Mittal) – ces derniers alimentés depuis quelques années par les phénomènes d'"économies émergentes".

    À ces détenteurs du Grand Capital, il est possible d'adjoindre et d'assimiler leurs agents politiques (les "politiciens", les "gouvernants", et leurs "forces de coercition" de manière générale) ; lesquels, lorsqu'ils ont réellement un rôle décisionnaire dans la "communauté internationale" (et ne sont pas des sbires néocoloniaux), ont globalement la même sociologie.

    AUCUN ENNEMI N'EST AU-DESSUS DE (ni ne peut être substitué à) CELUI-CI.

    Au-dessous de cela, tou-te-s sont des exploité-e-s/dominé-e-s/opprimé-e-s ; mais des dominé-e-s hiérarchisé-e-s par le groupe "alpha" dominant. C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas, contrairement à une certaine vision marxiste "orthodoxe" ou plutôt "primaire", d'une division horizontale où nous serions tou-te-s au même niveau, mais "divisé-e-s pour mieux régner" selon des lignes (race, nationalité, sexe, genre, métier, capacités physiques ou intellectuelles etc.) qui seraient "factices" [lire à ce sujet ce très intéressant article consacré à l'auteur marxiste jamaïcain Stuart Hall, publié sur le site Contretemps, ou encore ici sur le blog d'une "vieille connaissance" ;-) (on passera sur l'hostilité à notre sens injustifiée envers le PIR), en particulier cet extrait] ; mais bien d'une division "verticale", "stratifiée", d'un empilement complexe (les "critères" de division étant nombreux) et même parfois à double tranchant (que penser par exemple du prolétaire racisé qui se montrerait sexiste envers une femme un-peu-moins-prolétaire blanche, et de celle-ci qui lui répondrait par le racisme et le mépris "de classe" ?) où celui ou celle qui est "au-dessus" bénéficie d'un réel "petit privilège", et exerce finalement une réelle "petite domination" sur celui ou celle qui est "au-dessous" : les hommes sur les femmes, les Blanc-he-s sur les racisé-e-s, les ressortissant-e-s (de tout sexe/genre et même racisé-e-s, c'est-à-dire originaires du "Sud global", bien que de façon "défavorisée") des pays impérialistes sur ceux/celles des pays dominés dont ils perçoivent tou-te-s des "miettes de surprofit" de la surexploitation ; liste – précisons-le bien – absolument non-exhaustive ; et ceci en laissant encore de côté le cas très spécifique des "petites hiérarchies" professionnelles, clairement et fortement perçues car directement liées au procès de production et s'exerçant là où tout le monde "perd sa vie à la gagner" (sur le lieu de travail).

    Mais si cette "petite domination" que celui/celle "au-dessus" exerce sur celui/celle "au-dessous" se traduit (ce qui permet de l'entretenir !) par des bénéfices concrets qui peuvent être observés très simplement – statistiquement – par les pourcentages de chaque catégorie (hommes ou femmes, Blancs ou racisés etc.) à mesure que l'on "monte" dans l'échelle des positions sociales et des revenus directs ou indirects correspondants (que l'on "monte" vers le "soleil" du groupe archi-dominant grand-capitaliste, en quelque sorte) ; sans parler des violences institutionnelles comme sociales visant à "rappeler" en permanence à chacun-e "quelle est sa place" ; elle fait aussi partie, elle permet, elle est un instrument de la "grande" que le seul et unique groupe pleinement dominant (défini plus haut) exerce sur lui/elle comme sur tou-te-s les autres.

    L'idée (du Grand Capital) en définitive – et la réalité dans les faits ! – c'est que l'immense majorité soit le/la "petit-e dominant-e" de quelqu'un d'autre (à partir de quoi il faut alors distinguer ce qui relève d'une oppression individuelle et ponctuelle ou bel et bien d'une oppression sociale/collective et structurelle, cf. notre addendum plus bas), et de là, "ne sache être libre" et "forge ses propres chaînes"...

    Voilà, selon nous, la véritable approche matérialiste que l'on peut avoir de ce problème des oppressions structurelles. Après, penser la problématique – et les moyens d'en sortir – est extrêmement complexe ; des concepts comme l'intersectionnalité, la triple oppression (classe-race-genre) ou encore l'idée qu'il y aurait parallèlement au mode de production capitaliste (où le bourgeois exploite le travailleur) un mode de production "domestique-patriarcal" où l'homme exploite la femme et les enfants (Christine Delphy), sont sans doute encore très insuffisants et peuvent conduire à des contradictions ; mais ce bout-là, si on le tient, semble le bon.

    Pour sortir de cet enchevêtrement de chaînes (ainsi que nous l'avons défini), nous serions tentés de dire qu'il y a deux formules. La première consisterait en une généralisation de ce que prônait Frantz Fanon dans le cas très spécifique du colonialisme : l'opprimé tue le "petit oppresseur", et ne restent en présence "qu'un-e homme/femme mort-e et un-e homme/femme libre" – mais il faut bien souligner ici la spécificité extrême du cas colonial, où la domination du petit colon (agent direct et généralement conscient/volontaire du pillage impérialiste d'un pays) sur le colonisé n'est pas si "petite" que cela et où l'affronter et le "dégager" ne signifie pas la désintégration ("guerre de tou-te-s contre tou-te-s") de la société en question, "sur" laquelle lui et ses semblables ne sont finalement que "greffés" en "parasites" (cf. l'addendum plus bas sur la spécificité du colonialisme et du racisme comme exclusion du colonisé/racisé de l'espèce humaine, ce face à quoi Fanon a en quelque sorte conceptualisé la violence comme "instrument de ré-humanisation").

    La seconde formule, elle, serait que face à la résistance-lutte-affirmation de celui/celle que dans sa position donnée il/elle opprime, le/la "petit-e dominant-e" se dépouille par la conscience politique de ladite position dominante et par là-même de ses propres chaînes ; et tourne à son tour ses forces vers le seul vrai groupe dominant qui régit tout cela : resteraient alors deux êtres libres – final beaucoup plus beau, c’est clair, mais aussi (hélas) beaucoup plus compliqué à atteindre. Ce n'est pas impossible : nul certes (nous rappelleront les gardiens du temple) n'abandonne de sa propre volonté une position sociale dominante et privilégiée ; mais nous parlons ici de privilèges-CHAÎNES[1], bien plus minces parfois (dans les classes populaires notamment) que la chaîne qui les accompagne, et qu'il peut donc y avoir un intérêt bien plus grand – à long terme à faire sauter que ce que l'on perd à court terme. Pour autant, cela reste un privilège bien concret (et non, comme nous l'avons dit, une "division" sur des critères purement "factices") et cela n'est pas simple ; et dans tous les cas impossible sans lutte de l'opprimé-e (lutte de préférence autonome et auto-organisée, pour ne pas qu'une organisation "on est tou-te-s ensemble" reproduise même inconsciemment les rapports de domination)[2], face à laquelle la "crispation" du "petit dominant" sur son privilège risque dans un premier temps d'être la réaction majoritaire.

    Pour prendre un exemple : avoir une véritable conscience politique révolutionnaire, lorsque l'on est "blanc", implique nécessairement d'avoir "honte" de l'être – "blanc" signifiant ici bénéficiaire du produit de la surexploitation du "Sud global" et comme nous l'avons dit, de par la façon dont le système capitaliste s'est historiquement construit, sur-représenté dans les "moins mauvais boulots", la "moindre exploitation" au sein même des métropoles capitalistes-impérialistes. Mais accéder à un niveau encore supérieur de conscience révolutionnaire conduit à pousser la réflexion politique encore plus loin et à se demander "qu'est-ce qu'être blanc ?" – à politiser la "honte d'être blanc", si l'on veut... Et à réaliser, dès lors, que si être blanc signifie (comme phénomène majoritaire) être moins exploité et opprimé, c'est aussi être aliéné de la pire manière qui soit : en croyant naïvement "être comme", avoir une "communauté d'intérêts" avec ceux qui nous exploitent ! En gros, le "Noir"/non-Blanc existe parce qu'existe le "Blanc" ; construit à travers les siècles comme armée de producteurs dociles, de soldats et de "petits agents" de la domination au plan mondial, et comme (finalement) "glacis stratégique" de protection du Pouvoir [3].

    Dans l’État français, être blanc va de pair avec être FRANÇAIS, autrement dit un "bon et vertueux citoyen de la République" (même les racisé-e-s peuvent un peu se "blanchir" de cette manière). Et nous savons que même à partir du moment où fut proclamée la "Nation" et ses "Droits de l'Homme et du Citoyen (BLANC...)" en 1789, ce sentiment "français" ne s'est jamais imposé en masse (dans ce que nous pourrions bien appeler la "partie européenne de l'Empire parisien") de manière totalement spontanée et pacifique... et pour cause, puisque être "français" c'est être un bon petit soldat de la production capitaliste hexagonale et les "valeurs de la France/République", ce sont celles de la bourgeoisie qui nous exploite ! Nous avons l'habitude d'illustrer par cette carte des révoltes populaires au 19e siècle ce que pouvait valoir, à cette époque, l'adhésion populaire au "concept France" ; tant dans le Paris ouvrier des grands soulèvements révolutionnaires (1830, 1848, Commune) que dans les "provinces" amassées au fil de 6 siècles de conquêtes et de poursuite des "frontières naturelles".

    Dès lors, en prenant conscience d'être non pas un "Français" mais un PROLÉTAIRE ou mieux encore, un prolétaire de sa nationalité réelle (occitane, bretonne, lorraine, corse, ch'ti, basque etc. etc. sans parler des "origines" européennes diverses ; pour ceux du Bassin parisien il faudrait trouver un autre nom que "français" mais bon, de toute façon, être prolétaire là-bas c'est généralement avoir une bonne part d'origines extérieures) ; en se souvenant de ce que nos aïeux ont pu endurer comme vexations et discriminations (que ce soit chez eux dans leur "province" à franciser ou en tant qu'immigrés étrangers comme "intérieurs"), entre deux massacres aux tranchées des guerres bourgeoises ou envois "jouer au patron chez les Noirs" sous un casque de la Coloniale (pour s'y sentir "enfin" un "être supérieur" et "devenir un patriote au lieu de rester un emmerdeur"...), avant d'accéder à ce "Graal" ; bref en refusant de se considérer "Français" comme cela nous est pourtant enseigné et imposé depuis la petite enfance ; l'on se dépouille d'une certaine manière de sa condition de "Blanc" – et le système instituant ladite condition vous le fait d'ailleurs savoir, d'abord par le crachat et la ridiculisation, puis s'il le faut par la répression.

    Bien sûr, cela ne fait pas disparaître matériellement le privilège "comme par magie" du jour au lendemain – aussi longtemps que perdure le système qui l'institue. Mais du moins aura-t-on véritablement (politiquement) pris conscience du problème, et pourra-t-on alors s'engager dans une authentique démarche révolutionnaire pour abattre ledit système et les "petites dominations" sur lesquelles il repose ; non pas seulement, comme nous l'avons vu, par "charité" envers les opprimé-e-s, mais aussi parce que cela nous libère.

    Voilà, en substance, comment l'on pourrait se rapprocher de ce qu'une désormais largement connue militante racisée (connue, hélas, plus pour les polémiques totalement injustifiées qu'elle soulève que pour le fond - souvent très juste - de son propos) a choisi d'appeler dans son dernier ouvrage "l'amour révolutionnaire"...

    Et l'erreur dans tout cela (puisque dans toute approche d'une question, il existe une voie erronée) ? Eh bien ce serait, dirions-nous, de perdre de vue le seul véritable groupe archi-dominant en le diluant, le "noyant" dans un vaste groupe défini comme "dominant" de manière monolithique et irréductible : par exemple "les Blancs" comme bloc monolithique opposé aux "non-Blancs" racisés/impérialisés (précisions ici, de constat fait, que les thèses "décoloniales" lorsque l'on prend le temps de vraiment les lire sont rarement aussi caricaturales), alors que "les Blancs" (consistant, en vérité, en des populations "blanchies" par couches successives) ont aussi leurs hiérarchies établies par le système, tout comme les racisés/impérialisés d'ailleurs (il suffit de penser, au hasard, à un pays comme l'Inde), servant là aussi d'instrument à leur propre domination. Ou encore "les Hommes" ("salauds irréductibles") vs "les Femmes" (ou "les Hommes" hétéro-normés vs "les Femmes" + les homosexuel-le-s, trans- et intergenres etc. etc.), là aussi comme blocs monolithiques. Ou bien encore (cela nous vient à l'esprit car on nous a beaucoup parlé des "maoïstes tiers-mondistes" ces temps-ci) un "Premier Monde" dans lequel personne ne pourrait être considéré comme exploité et opprimé (mais où la plupart des tenants de ces idées vivent pourtant, et encore dans des positions sociales pas vraiment prolétariennes avec ça), opposé à un Tiers Monde impérialisé qui serait exclusivement le "prolétariat mondial".

    C'est là une approche anti-matérialiste, idéaliste – et nous, notre truc, c'est le matérialisme... Lorsque ceci est porté par des personnes du groupe défini comme opprimé, c'est sectaire, stérile et anti-constructif (l'on pourra nous traiter de "dominants apeurés" que cela n'y changera rien : ceci n'est pas une opinion, c'est une réalité qui sera toujours à terme démontrée par les faits). Et lorsque les personnes qui raisonnent ainsi appartiennent elles-mêmes au groupe dit dominant, ce que l'on observe généralement est vis-à-vis d'elles-mêmes une sorte de savant mélange d'autoflagellation (qui n'est pas synonyme d'une prise de conscience politique et d'une démarche de rupture) et d'attitude de "chevalier blanc" (sans mauvais jeu de mot), et vis-à-vis du groupe opprimé une vision de "bon sauvage" collectif, pur et exclusivement victime, exempt de tout vice et de toute "mauvaiseté"... Erreur fatale ! Une telle vision idéaliste et anti-matérialiste est vouée tôt ou tard à se fracasser contre le mur de la réalité ; à savoir que (comme nous l'avons dit et redit) dans 99% des cas les opprimé-e-s portent aussi en eux/elles des oppresseur-euse-s, que les salaud-ope-s et les connard-asse-s (autre nom, finalement, de la volonté d'être dominant lorsqu'on ne l'est pas) sont partout, bref que tant que le capitalisme existe tout le monde est imprégné de ses réflexes et de sa mentalité [les marxistes "de classe" sont déjà habitués depuis longtemps à cela, à ce que tout ce qui sort de la bouche des prolétaires ne soit pas "parole d'évangile" (sans quoi il y aurait eu la révolution mondiale depuis longtemps !) et à ce qu'au contraire des "petits-bourgeois" puissent avoir raison et faire avancer la juste compréhension communiste du monde] ; et ceci les conduira inéluctablement à des désillusions tragiques, ou bien à des retournements de vestes spectaculaires (un "père" du néoconservatisme ne s'amusait-il pas à dire qu'"un néoconservateur, c'est un progressiste idéalisant les pauvres et les minorités qui s'est fait agresser et piquer son portefeuille" ?)... Ou alors, cela voudrait dire qu'ils/elles n'en ont rien à foutre des oppressions et des saloperies lorsqu'elles sont perpétrées par leurs opprimé-e-s "bons sauvages" chéri-e-s ; ce qui est tout de même un peu grave (non ?).

    En vérité, toute cette idéologie (qualifiée, peut-être par raccourci, de "postmoderne") des "identités" et des "oppressions", de la "parole située des premier.e.s concerné.e.s" et du "safe" (le but de la lutte serait que chaque individu se sente "safe", dans une petite "bulle de confort" dans son existence sociale...), ne revient en dernière analyse qu'à une version radicale d'un antiracisme, antisexisme, anti-tout-ce-qu'on-voudra MORAL ; une espèce d'aile radicale de l'idéologie démocratique libérale-libertaire bourgeoise, qui fait la chasse à des comportements et des discours individuels au lieu de questionner et combattre des rapports de POUVOIR et les bases matérielles de ceux-ci.

    Et face à cela, bien sûr – mais est-il nécessaire d'en parler tant ils/elles sont bien connu-e-s – il y a les sempiternels scrogneugneus et leurs mugissements ("font chier ces féministes", "font chier ces 'communautaristes' 'racialistes' 'racistes anti-blancs' go home !", "les rassemblements non-mixtes, non mais c'est quoi c't'apartheid ?"...) ; tout aussi anti-matérialistes car une question qui se pose est une question à laquelle il doit être répondu, et que l'existence de réponses erronées/"gauchistes" (ou même réactionnaires) n'invalide pas. Mais bon, que voulez-vous, ils/elles défendent leur gamelle... Les oppressions dont nous parlons sont OBJECTIVES, basées sur et démontrées par des données objectives concrètes ; et leur négation au nom de quelque "universalisme" que ce soit n'est en dernière analyse qu'une défense du système qui les sous-tend.

    Il faut rejeter catégoriquement ces visions idéalistes, et leur opposer une approche matérialiste des oppressions et de leur abolition. Il n'y a pas de tels "blocs" monolithiques qui "effaceraient"/"noieraient" le groupe dominant véritable (et structurant le tout) des détenteurs du Capital ; et une base fondamentale du marxisme est le refus de tout concept de "bon sauvage" (fut-il appliqué au prolétariat lui-même !). Nous avons l'habitude d'opposer à cette vision binaire de "blocs" une vision en cercles concentriques (autour du "Centre" grand-capitaliste) où chaque "cercle" est subordonné à ceux qui sont plus proches du "Centre" mais "privilégié" par rapport à (et participant à la domination de) ceux qui en sont plus "éloignés" – mais même cela est encore sans doute très schématique pour décrire l'enchevêtrement des "petites dominations" en société capitaliste.

    L'approche matérialiste des oppressions structurelles spécifiques et la reconnaissance de la nécessité de l'autonomie dans les luttes contre elles ont en fait vocation, malgré les apparences trompeuses, à servir L’UNITÉ révolutionnaire du peuple. C'est, concrètement, ne pas fabriquer des "oublié-e-s" qui se détourneront de la lutte révolutionnaire. C'est ne pas prétendre faire la révolution sans 30% des classes populaires travailleuses (les racisé-e-s, on parle ici de l’État français où nous luttons, au niveau mondial ce sont 90% !), ou carrément 55% (les femmes et autres opprimé-e-s par le patriarcat), ou pourrait-on dire encore, les 3/4 si l'on reste dans une démarche parisianiste-métropoliste de campus qui ignore ou méprise "l'Hexagone d'en bas", attitude dont une expression caractéristique est notamment la négation de la pluralité et des oppressions nationales au sein de l’État bourgeois français.

    Mais si l'on commence à entrer au service de la division, de la guerre "de tou-te-s contre tou-te-s" au lieu de combattre uni-e-s la seule vraie caste dominante (centre du pouvoir économique réel), on entre dans le dévoiement de ce principe bénéfique et nécessaire. Et l'on ne sert plus le peuple...

    L'ouvriérisme, le discours de pureté sociologique ouvrière (identity politics de classe, quelque part, et première identity politics de l'histoire !), généralement associé au positionnement "réac de gauche" sur les oppressions spécifiques que nous avons vu plus haut (encore que quelques éléments commencent à en "agrémenter" leur discours postmo-idpol des "identités opprimées"), est traditionnellement au service de l'aristocratie du travail et des bureaucraties (permanent-e-s, etc.) syndicales ou partidaires.

    Et le discours postmoderne de race ou de genre est, pareillement, au service de l'installation d'une centralité petite-bourgeoise (racisée ou "patriarcalisée") sur le front de ces lutte – la question ici n'étant pas qui l'on est (vous pouvez ranger vos brevets de "galérien-ne-s", ils sont hors-sujet), mais qui l'on SERT... c'est-à-dire, en fait, la véritable définition d'une identité politique (non pas "qui l'on est" d'un point de vue sociologique, mais qui l'on sert comme forces sociales !).

    Pour employer le jargon marxiste/maoïste : la seule contradiction antagonique jusqu'au bout est celle qui nous oppose au "Centre" grand-capitaliste et impérialiste de toutes les oppressions ; les autres sont finalement des contradictions au sein du peuple (mondial) qui devront être résolues avec des degrés d'antagonisme divers selon les circonstances, les endroits, les moments et (disons-le) les individus – des efforts importants pour ne pas dire considérables seront nécessaires, mais derrière la perte d'un maigre "privilège" se cache tout un avenir libéré, émancipé et de bien-être général ; et il faut toujours considérer (point de vue matérialiste !) que la transformation des individus, tous ou presque (on l'a dit cent fois) engagés dans un (des) rapport(s) de "petite oppression" vis-à-vis d'autres, à travers la lutte (qui se déploie des "périphéries" sociales vers les Centres du Pouvoir), la critique et l'autocritique, doit primer sur leur "destruction" (ce qui serait la logique d'un rapport avec un ennemi définitif et irréductible, or nous l'avons dit, un seul groupe est dans ce cas). Il ne s'agit pas, en disant cela, de se "protéger" en tant que "dominant" (mâle, blanc etc.) mais bel et bien d'indiquer la voie de la victoire révolutionnaire et libératrice pour tou-te-s, toute autre voie ne conduisant qu'à une impasse.

    Ce que nous avons dit là (comme toujours) ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais il était définitivement temps d'exprimer une position claire et nette là-dessus.


    [1] Ce "petit privilège" peut en dernière analyse être vu comme un... "salaire", une "rémunération" de la position dominante (relative) dans l'ordre social : on est en quelque sorte "payé" pour être raciste ou xénophobe, sexiste, homophobe ou d'autres choses encore, et l'on défend ce "bifteck" perçu comme menacé par une éventuelle égalité réelle de l'infériorisé-e (souvent comprise comme un "nivellement par le bas", être "comme lui/elle" donc "abaissé" et non que lui/elle soit "comme nous", ou dans un registre différent mais voisin, qu'il/elle finisse par nous "dominer"...). Ceci n'est donc finalement pas très différent du travailleur rémunéré qui reçoit un salaire (plus ou moins élevé en fonction de ses responsabilités, qualifications, ancienneté etc.) pour faire "tourner" la machine capitaliste... Et donc pas plus de "l'intérêt" du "petit dominant" (qui serait ainsi "irrémédiablement" raciste ou sexiste ou autre), à long terme, que le capitalisme n'est dans "l'intérêt" du travailleur qui serait ainsi "irrémédiablement" son fidèle serviteur "qui se lève tôt" et ne songerait pas une seconde à le renverser ! Il est très important d'insister là-dessus car si l'on commence à considérer le racisme et le sexisme comme "irrémédiables", "dans les gènes" des Blancs ou des hommes cishétéros (de classe populaire, s'entend), à l'arrivée, sur quelle base les critique-t-on ? Reprocherait-on à un lion de manger une gazelle ? Il faut absolument marteler que ces "petits privilèges" ne sont pas des "intérêts" à long terme, seulement à courte vue, et que le seul véritable intérêt de tous et toutes au bout du compte est la libération de l'humanité des griffes du capitalisme.


    [2] Puisque nous avons parlé ici de la problématique des rapports hommes-femmes, ainsi que du mouvement dit "décolonial" qui organise déjà les colonisé-e-s intérieur-e-s sans Blancs ou presque, nous nous aventurerons peut-être jusqu'à proposer pour le mouvement révolutionnaire une organisation séparée et autonome des femmes, du moins celles qui le souhaitent (dans le milieu politisé de gauche radicale, ce sera sans doute une majorité). Point à la ligne ! Plus de cohabitation étouffante dans des organisations qui demeurent encore aujourd'hui en grande majorité masculine, plus de problèmes (qui sont à chaque fois des "bombes nucléaires" pour les organisations concernées et pour le mouvement en général)... "Solution de facilité", plutôt que de demander aux mecs de se transformer et de changer leurs attitudes ? Peut-être. Sans doute, même. Mais parfois, lorsque l'on affronte déjà des titans au quotidien (Capital, État, montée du fascisme etc.), il faut savoir faire le choix de la facilité. Les affaires de sexisme sont à chaque fois des chocs dévastateurs pour le mouvement dans son ensemble, sachant que ceci est alimenté par la propagande réactionnaire qui adore montrer que les "gauchistes", "derrière leurs grands discours", sont "tous des Bertrand Cantat en puissance". Et attendre que les hommes se transforment de fond en comble, dans tout ce qu'ils ont appris à être, pour que les choses fonctionnent, c'est prendre le risque d'attendre trop longtemps. Après tout, ce ne serait là que la transposition au niveau politique du principe de non-cohabitation déjà proposé par certains courants féministes dans les relations inter-personnelles (sentimentales notamment). De telles organisations existent d'ailleurs déjà, mais la plupart ont vu le jour dans le conflit et la polémique faute d'avoir traité les problèmes en amont. Ne vaudrait-il pas mieux prévenir que guérir ?


    [3]  À ce sujet, quelques citations :

    "Au siècle dernier, la bourgeoisie tient les ouvriers pour des envieux, déréglés par de grossiers appétits, mais elle prend soin d’inclure ces grands brutaux dans notre espèce." - Jean-Paul Sartre, préface des Damnés de la terre.

    "L'histoire de l’Occident se trouve face à un paradoxe. La nette ligne de démarcation entre Blancs d’une part, Noirs et Peaux-rouges d’autre part favorise le développement de rapports d’égalité à l’intérieur de la communauté blanche" - Domenico Losurdo.

    Ou encore, dans la bouche de l'ennemi bourgeois lui-même : "Si vous parvenez à convaincre le plus misérable des Blancs qu’il est supérieur au meilleur des hommes de couleur, il ne remarquera pas que vous lui faites les poches. Du moment que vous lui donnez quelqu’un à regarder de haut, il videra même ses propres poches pour vous." - Lyndon B. Johnson, président des États-Unis (1963-69).

    L'on peut encore citer (c'est déjà en lien dans l'article) l'analyse de Jacques R. Pauwels sur le colonialisme comme "moyen de résoudre les problèmes sociaux" : http://ekladata.com/3sUV27bo1WIPmvktQfF6QywZbMg.png

    De très bonnes analyses à ce sujet se trouvent encore dans l'article des Indigènes de la République "Bat m’a jrana we-sebbah y-guerguer" : en finir avec l’universalisme blanc


    [Addendum] En prolongement de tout ce qui vient d'être dit, la réflexion (comme vous le savez) étant permanente et la conception des choses en perpétuelle évolution, nous aurions finalement tendance à dire que :

    - À la base de tout, autrement dit du mode de production, il y a les classes et leur hiérarchie (autrement nommée "rapports de production"). Aucune analyse marxiste, c'est-à-dire scientifique, ne peut éluder cela.

    - Le genre, la nationalité, la race et d'autres choses encore (la liste pourrait être longue) relèvent de ce que nous pourrions appeler "l'organisation spatiale" du mode de production (nous reviendrons peut-être un autre jour, dans un autre article sur ce concept ; pour le moment c'est le meilleur terme que nous ayons trouvé).

    - EN PRINCIPE, ces "identités sociales" et les hiérarchies qui en découlent ne modifient pas les hiérarchies entre classes... à l'exception notable de la RACE, qui seule "distord" un peu cette hiérarchie, pour des raisons très simples que nous allons voir.

    - Le genre ou encore la nationalité (et d'autres critères encore comme la validité etc.) génèrent, donc, des hiérarchies à l'intérieur des classes sans modifier leur hiérarchie entre elles*. Une bourgeoise est selon l'idéologie patriarcale subordonnée au bourgeois mâle, un bourgeois non-cishétéro est infériorisé et stigmatisé au sein de sa classe. Il en va de même dans le prolétariat et les classes populaires. Mais si un prolétaire mâle peut exercer jusqu'à une très violente oppression sexiste sur une bourgeoise (viol par exemple), ce qui ne peut pas être toléré et doit être fermement condamné par les révolutionnaires (ce n'est pas une forme "acceptable" de "lutte des classes"), il s'agit là d'une oppression individuelle et ponctuelle. D'une manière générale et "quotidienne", c'est bel et bien la bourgeoise qui a le "dernier mot" face au prolétaire mâle. Il n'y a pas de domination collective et structurelle deS prolétaireS mâleS (a fortiori racisés !) sur leS bourgeoiseS (a fortiori blanches !) [quant à la supposée "solidarité de genre" qui unirait les femmes blanches et leurs "sœurs" de couleur, les chiffres de la dernière élection présidentielle aux États-Unis (voyant la victoire du très raciste ET sexiste Donald Trump), par exemple, parlent d'eux-mêmes...].

    De même, un notable basque ou corse est subordonné au Grand Capital français basé et concentré à Paris, dans la "grande pyramide bourgeoise bleu-blanc-rouge" ; mais il n'est en aucun cas "opprimé" par le prolétaire de région parisienne même le plus blanc et "de souche" qui soit. C'est le prolétaire périphérisé de "province" profonde qui est dans une position défavorisée (par le système qui "aspire" et concentre la richesse à Paris - et dans les métropoles, mais en dernière instance à Paris) par rapport à ce dernier.

    - La RACE, en revanche, parvient à générer une distorsion importante des hiérarchies de classe ; pour la bonne et toute simple raison que sa théorisation pseudo-"scientifique" d'autrefois a consisté purement et simplement en un déni d'humanité, une exclusion de l'espèce humaine - même si ces discours ne sont plus aussi francs et ouverts aujourd'hui, suite aux grandes luttes révolutionnaires du 20e siècle, cela a laissé des traces que seule la sortie du capitalisme peut faire disparaître. À partir de là, bien évidemment, si l'on n'est pas considéré comme réellement humain, qu'importe le rang social que l'on peut occuper dans son "autre espèce" ? Un indigène "évolué" restait (et reste encore dans une très large mesure) un indigène "évolué" et ne devenait jamais un Blanc, membre de la "race supérieure civilisatrice" ; ceci étant effectivement la grande différence avec les élites des nationalités périphériques de la "partie européenne de l'Empire parisien", qui ont très vite (une fois écrasés les récalcitrants) pullulé dans les plus hautes sphère de l'appareil politico-militaire et économique ; et ce qui fait la spécificité absolue du COLONIALISME et de la COLONIALITÉ par rapport à la "simple" oppression nationale (qui s'opère entre Blancs... ou entre non-Blancs) [le néocolonialisme, sous la forme d’États "indépendants" mais aussi de "collectivités d'outre-mer", consistant en dernière analyse à laisser l'administration directe des territoires aux "évolués"].

    Les non-Blancs qui "réussissent" en dehors du sport ou de la musique populaire, dans les hautes sphères de l'économie et de la politique, relèvent d'une politique de "quotas" ; et c'est ainsi que lorsqu'une vendeuse de cannes à pêche des Ardennes compare Taubira à un singe, cela peut-être considéré comme s'inscrivant dans l'oppression structurelle de race (même si ensuite, peut-être, ceux qui par ailleurs décident et appliquent en toute bonne conscience les politiques racistes et impérialistes vont se servir de l'imbécile-heureuse-d'être-née-quelque-part pour dire que eux non, vous voyez bien, ils ne sont pas racistes...). Bien sûr, les racisé-e-s sont divisé-e-s en classes et appartenir à une classe "supérieure" permet en quelque sorte d'"amortir", de subir une moindre oppression que les prolétaires racisés, mais toujours dans les limites (et pour les raisons historiques) que nous venons de voir.

    - Mais ceci est le seul cas où l'on peut dire que s'opère une telle distorsion de la hiérarchie de classe (lire encore, à ce sujet, l'article d'Houria Bouteldja de novembre 2016). Pour le reste, NON, seules des oppressions individuelles et ponctuelles sont éventuellement - comme nous l'avons dit - possibles.

    Et quitte à ne pas se faire que des ami-e-s (mais nous commençons à en avoir l'habitude), il apparaît de plus en plus nécessaire de se faire "vieux grincheux" et INTRANSIGEANTS sur cette appréhension SCIENTIFIQUE des choses. Car sinon cela n'est plus possible, avec des "identités opprimées" ou au contraire "dominantes" qui sautillent dans tous les sens comme les cartes quand on gagne au Solitaire et finissent par former un "brouillard" qui va masquer (comme on l'a vu précédemment) le seul groupe véritablement dominant et ennemi jusqu'au bout ; ce que les Anglo-Saxons appellent identity politics (concept universitaire réformiste "radical").

    À plus forte raison lorsque ce sont des personnes qui (comme cela est fréquent dans les "milieux militants") ne sont pas vraiment, loin de là (si l'on est sérieux deux minutes), les plus opprimées de notre société** qui vont se chercher et s'inventer ainsi des "identités opprimées" comme des sortes de blancs-seings pour dire ou faire n'importe quoi sans pouvoir être contredites (ou mises hors d'état de nuire le cas échéant), ni avoir à défendre leurs positions par un autre argument que celui-là (plus d'idées justes ni fausses, seulement des "points de vue" dont la situation d'oppression revendiquée fonderait la légitimité) car telle est l'idée de la démarche, ce qui est bien entendu ridicule puisque même être effectivement et fortement opprimé dans la société ne peut jamais permettre de dire que 1+1 font 3 sans être contredit, ou de faire tout et n'importe quoi sans être combattu, sous prétexte que celui d'en face est un "oppresseur"/ "dominant"/"privilégié" (notions que nous avons vues dans la partie précédente de l'article).

    La lutte révolutionnaire pour l'abolition du capitalisme impérialiste et de toutes les oppressions qu'il charrie ne consiste pas en un "concours d'identité opprimée" visant à s'arroger un droit illimité à la parole sans être critiqué et contredit. Les vérités scientifiques, comme celles que nous venons d'exposer par exemple, n'appellent aucune discussion.



    *
    L'on peut citer par exemple, à ce sujet, le géant marxiste et anti-impérialiste péruvien Mariátegui : "Il n'y a rien de surprenant à ce que toutes les femmes ne se rassemblent pas dans un mouvement féministe unique. Le féminisme a forcément différentes couleurs, diverses tendances. Il est possible d'en distinguer essentiellement trois : le féminisme bourgeois, le féminisme petit-bourgeois et le féminisme prolétarien. Chacun de ces féminismes formule ses revendications de manière différente des autres. La femme bourgeoise va solidariser son féminisme avec les intérêts de la classe conservatrice ; tandis que le féminisme de la femme prolétaire est substantiellement indissociable de la foi des multitudes révolutionnaires en la société future. La lutte des classes, qui est un fait historique et non une supposition théorique, se reflète dans le féminisme. Les femmes, tout comme les hommes, peuvent être réactionnaires, centristes ou révolutionnaires. Elle ne peuvent pas, par conséquent, livrer toutes ensemble la même bataille. Dans l'humanité actuelle, la classe différencie plus les individus que leur genre."

    ** "Se déclasser, se mettre au RSA, ouvrir un squat, s’acheter un jogging, se mettre au graffiti et se faire des tatouages ne suffiront donc pas à vous transformer en ce lumpen viril que vous rêvez d’être. Vous n’êtes pas, et vous ne serez jamais, un jeune de banlieue. Ouvrir un squat dans un quartier populaire en voie de gentrification pour y monopoliser l’espace politique en déclarant qu’il s’agit de VOS quartiers (vos parents sont dans l’immobilier ?) n’y changera rien. Jamais." https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/08/29/pour-en-finir-avec-le-mot-racialisateur/


    EN GROS, si l'on veut simplifier les choses à l'extrême (quitte à être simplistes) : la lutte de classe dans l’État français ne s'articule pas, mais PREND LA FORME (lire ici) de LUTTES DE LIBÉRATION DES PEUPLES TRAVAILLEURS (et pas de luttes "nationales", ce qui inclurait les bourgeoisies - pour citer encore une fois Houria Bouteldja : "Pour nous la question raciale est sociale. Ceux qui meurent des violences policières, ce sont des enfants de prolos. Les filles qui sont exclues de l’école parce qu’elles portent le voile, ce sont des filles de prolos. Quand on lutte contre les discriminations raciales, cela veut dire qu’on lutte contre le chômage, la pauvreté, les violences policières. On ne milite pas pour les femmes saoudiennes qui viennent faire leurs courses sur les Champs Élysées !") ; en ayant toujours bien à l'esprit le "gap" qui existe entre les deux formes d'oppression que sont la négation jacobine et la colonialité raciste (afin que les uns n'"empruntent" pas indûment les concepts des autres) ; et DANS CHACUNE de ces luttes, la question du patriarcat est traitée par (idéalement) une forme d'auto-organisation autonome non-mixte des "genrisé-e-s" selon des modalités à définir démocratiquement par les intéressé-e-s elleux-mêmes (ainsi que par des séances de "thérapie collective" mixtes, car l'on parle quand même là de déconstruire des identités genrées pluriséculaires voire millénaires...), sur la base du féminisme révolutionnaire prolétarien (lire aussi ici) ; sans que les autres et à plus forte raison les luttes NON-POPULAIRES (la lutte, en dernière analyse, de la petite bourgeoisie francouille laminée par la crise) n'interfèrent dans ce traitement (ou celui de n'importe quelle autre problématique, d'ailleurs...) avec leurs injonctions et autres dictées d'agenda, en d'autres termes appuient sur ces contradictions ce qui est leur technique n°1 pour diviser à leur profit.

    [En gros et pour faire court quitte à schématiser, dans notre État impérialiste occidental la fRance, il est possible de distinguer les 4 grands groupes sociaux suivants : la grande bourgeoisie dans son "hypermonde" (si l'on peut oser ce néologisme), la classe moyenne blanche "francouille" (qui représente possiblement la majorité des Blanc.he.s...), et puis (c'est là que ça commence à devenir intéressant) les PEUPLES TRAVAILLEURS blancs "autochtones" ou issus de l'immigration européenne (souvent aliénés au "concept fRance", au "sentir-français", et à désaliéner à ce niveau-là pour commencer), et les Peuples racisés (chez qui la race tend fortement à effacer la classe - pour celles et ceux qui ont de l'aisance matérielle, on pourrait appliquer le concept de "bourgeoisie nationale" en quelque sorte) ; CHACUN (de ces groupes) traversé par les hiérarchies et contradictions de genre et devant les traiter EN SON SEIN sans immixtion du féminisme/antisexisme d'un autre groupe, a fortiori placé "au-dessus" dans l'ordre social – c'est-à-dire (en fait) pas une question de temporalité, d'"ordre des priorités" ("lutte de classe/race d'abord", "ces questions attendront" etc.), mais plutôt une question de respect des espaces sociaux.]

    Dès que l'on "touche" à cet édifice, à coups par exemple d'"articulation", d'"intersectionnalité" dévoyée de son sens originel ou autres "post-moderneries" (lire aussi absolument, à ce sujet, ce masterpiece d'Houria Bouteldja : Race, classe et genre ; une nouvelle divinité à trois têtes), TOUT S'EFFONDRE.

    Les luttes sociales ne sont pas "chimiquement pures" ni abstraitement universelles d'un cercle polaire à l'autre ; une telle chose n'existe pas et une telle conception, n'ayant aucune chance d'aboutir, ne peut être mise en avant que par celleux qui dans le fond veulent que rien ne change, et/ou ne luttent en réalité que pour leur petit confort occidental malmené par la crise. Les luttes sociales ont pour acteurs des masses populaires, et pour cadres des territoires sociaux dont la situation et les problématiques sont les produits d'une histoire. Il n'est pas possible d'en fixer les modalités et les priorités depuis l'extérieur de ces territoires. Ainsi par exemple, les masses populaires racisées ont défini leur priorité comme la lutte contre le racisme institutionnel/structurel et le "colonialisme/indigénat intérieur" (à la métropole), le traitement colonial des quartiers où elles sont concentrées ; et non (par exemple) comme l'attaque contre celles et ceux d'entre elles qui auraient accédé à une meilleure situation sociale que la grande masse vivant dans lesdits quartiers-ghettos (sauf à ce que ces personnes soient devenues ouvertement des auxiliaires du Pouvoir blanc), ou encore la lutte contre "l'obscurantiiiiisme religieuuuux" (à coups de numéros verts pour poucave les "radicalisé.e.s" ??) ; et il n'est pas possible depuis un autre "territoire social", une situation qui n'est pas la leur, de prétendre leur imposer d'autres priorités.

    De la même manière qu'il n'est pas possible de demander à une femme d'"oublier" sa condition spécifique d'opprimée par le patriarcat (mais pas non plus de lui IMPOSER cette priorité si elle souhaite s'en donner d'autres... comme la lutte contre le racisme structurel par exemple, pour une femme racisée !). Et de la même manière, aussi, qu'il n'est pas possible de décider de la validité ou non d'un mouvement ouvrier et paysan dans la pointe bretonne depuis des états-majors parisiens... ou lyonnais, ou strasbourgeois, ou même occitans. Les erreurs sont toujours possibles et peuvent, à partir d'un certain point, être critiquées ; mais le PRINCIPE DE BASE est et doit rester que PERSONNE ne peut mieux comprendre les problématiques d'un territoire social et définir les luttes prioritaires, et les alliances nécessaires à celles-ci, que les personnes dont ce territoire est le lieu de la vie sociale.

    Le problème de faire intervenir la notion d'"intersectionnalité" (notion terriblement déviée de sa signification originelle : féministes ou LGBT noirEs américainEs qui disaient tout simplement être à l'intersection de toutes les oppressions - de classe, de race et de genre) ; de dire (d'ENJOINDRE) que "les opprimé.e.s doivent être solidaires" et qu'il "faut articuler" et lutter sur tous les fronts à la fois ; c'est qu'il faut postuler pour cela que toutes les oppressions et les identités opprimées sont ÉGALES... or ce n'est pas le cas. Comme nous l'avons vu précédemment, les identités opprimées sont hiérarchisées ; tout le monde ou presque étant l'oppresseur.euse (potentiel.le, du moins) de quelqu'un d'autre, mais dans une stratification hiérarchique (et non une "tactique de division horizontale") des masses populaires d'un État-enclos capitaliste donné ; si bien que NON, "toutes les oppressions" ne "se valent" pas. Les choses sont (donc) malheureusement beaucoup plus compliquées que de définir l'identité opprimée dont on relève (on en relève presque tou.te.s d'une, 90% de la population disons), et de là s'affirmer le "frère" ou la "sœur" de "tou.te.s les opprimées de la planète" (et bien sûr - ou plutôt - les ENJOINDRE de s'affirmer de même à notre égard)...

    En accord total avec le texte d'Houria Bouteldja, nous ne pensons pas que vouloir "tout combattre à la fois" (et n'oublions pas, SVP, la question écologique et l'exploitation animale !) puisse conduire à autre chose qu'une posture esthétisante et un "style-de-visme" sans impact révolutionnaire réel sur la société populaire. Nous ne croyons pas aux avant-gardes "naturelles" qui résulteraient mécaniquement du "croisement" d'un "maximum" d'oppressions ; nous pensons en marxistes que les avant-gardes révolutionnaires naissent de la rencontre d'une théorie/stratégie correcte et du mouvement réel d'un ensemble humain sur une ou un ensemble de questions concrètes qui le mobilisent.

    Voilà ce que nous avions à dire.


    3 commentaires

  • "Toute la supercherie de ta théorie consiste en ce mauvais parallèle historique que tu fais en ce qui concerne la Russie révolutionnaire et la France d'aujourd'hui. Les nombreuses nationalités exploités, opprimées dans leur droits par le tsarisme sont pour toi comparables avec la Bretagne, l'Occitanie et l'Alsace." (extrait d'un mail reçu il y a un bout de temps déjà)


    Eh bien nous dirions même que dans un sens, en "France", C'EST PIRE... L'Empire russe opprimait les nationalités de manière beaucoup plus violente, sanglante, mais n'était pas négateur. C'est justement le concept d'un Empire, où des territoires et des Peuples sont réunis (et opprimés) sous l'égide d'une Couronne, mais sans prétention à constituer un "État-nation" (un peu comme l'Autriche-Hongrie à la même époque... ou le Royaume-Uni et son Commonwealth aujourd'hui !).

    Les Tchétchènes et les Ouzbeks étaient opprimés (par des fonctionnaires russes ou des vendus russifiés locaux), mais personne n'allait leur dire "vous êtes des Russes" (ou alors le phénomène était extrêmement embryonnaire, de même qu'il s'esquissait dans ce qu'il restait de l'Empire ottoman, prélude au turquisme kémaliste qui lui est clairement un clone du "modèle français"). On leur demandait simplement de "respecter" leur "protecteur" qu'était le Tsar...

    L’État français, lui, est fondé depuis 200 ans sur la NÉGATION de sa plurinationalité réelle et sur le discours qu'il n'y a "que des Français en France" (même si pendant un bon bout de temps, il a fallu du boulot et une sacrée répression pour que ça "rentre dans le crâne" d'approximativement 70% de la population d'Hexagone + Corse, et encore aujourd'hui avec les millions de prolétaires issu-e-s de l'"ex" Empire colonial qui forment les "colonies intérieures"). Bien sûr, par "que des Français en France" il faut comprendre "que des bons petits soldats du Capital tricolore sur la base d'accumulation première de celui-ci", mais (et c'est là le formidable tour de passe-passe !) la chose a même réussi à être massivement admise comme "progressiste" et "émancipatrice" par toute une frange de la "gauche" et du mouvement ouvrier...

    Mais bon, tout cela pour dire que c'est ainsi que fonctionne, dans l’État français, l'encagement et l'exploitation-oppression deS PeupleS travailleurS : à coup de "vous n'êtes que des Français, citoyens de la République", et non d'un "devoir de fidélité" envers un souverain.

    C'est la raison pour laquelle un Parti "français" ou "de France" est selon nous une voie erronée, qui conduit à la REPRODUCTION de cette négation au service de la domination politique et économique de la région parisienne - siège du Grand Capital - sur nos territoires et populations périphériques (et de la même manière, du "privilège blanc" sur les racisé-e-s !) ; et donc à impossibiliser l'abolition de l'exploitation du Travail par le Capital elle-même. De manière encore plus certaine que dans l'Empire russe où finalement le principe de réalité, c'est-à-dire de Partis nationaux-réels, s'est imposé assez facilement (encore que sans doute assez imparfaitement, et bien que par la suite l'étiquette "soviétique" ait pu servir à "couvrir" une nouvelle domination russe et même une assez forte russification par endroit) puisque l'évidence de la plurinationalité n'avait jamais été vraiment niée même par l'Empire lui-même. [La question ne s'est jamais réellement posée dans l'Empire austro-hongrois, du fait de son éclatement en un multitude d’États dès 1919 ; en revanche elle a pu le faire fortement et même brutalement au Royaume-Uni, avec les velléités de Parti écossais indépendant et indépendantiste de John MacLean vigoureusement combattues par la direction anglaise du CPGB, ou encore dans l’État espagnol.]

    Une reproduction de cette négation portée par (dans le mouvement communiste/révolutionnaire), et (car) profitant à ce que nous avons affublé du nom de "francouille" ; véritable groupe social bénéficiaire – donc "dominant" – de l'édifice négateur, car il ne s'agit en réalité pas vraiment d'une des nationalités de l'ensemble, mais plutôt de cela :

    "Il n'y a pas de 'Français'. Il y a ce qui n'est pas une nationalité (une 'ethnie') mais plutôt une 'sociothnie' et qui s'appelle les FRANCOUILLES, consistant en les personnes qui baignent dans l'idéologie ou l'aliénation [exemple de cette aliénation francouille en mode "plus ouvrier que moi tu meurs" : http://humaniterouge.alloforum.com/blog-komunouriezh] 'lafRrrrance' où qu'elles se trouvent sur le territoire hexagonal - mais particulièrement concentrées dans les zones les plus blanches (le choix de la couleur est sans doute un hasard lol) sur cette carte, ce qu'on appellera les 'métropoles dans l'mouv' : http://ekladata.com/7BIxTBpdTv9J60kmiUW-oFMjJDY.jpg

    Et l'on peut dire dans un sens que ce qui définit les non-Blancs c'est l'impossibilité de devenir pleinement de tels 'francouilles', ou du moins la possibilité au prix de beaucoup plus d'efforts et pour être moins bien 'payés' à l'arrivée que nous les Blancs (qui le sommes hélas devenus en très grande majorité, en catégorie 'aliénés' du moins).

    Voilà donc la 'sociothnie' dont nous refusons de voir se reproduire la prééminence dans une 'organisation révolutionnaire de la classouvrière de Frrrance' (prééminence de Paris sur la 'province', des 'métropoles dans l'mouv' sur les périphéries reléguées, et bien sûr des Blancs sur les non-Blancs) ; reproduction automatique et inévitable dans un tel schéma."

    C'est la raison pour laquelle il nous faut sérieusement PENSER la manière dont un "commandement" révolutionnaire unifié peut (certes) se mettre en place face à un commandement bourgeois (certes) unifié (l’État), mais SUR LA BASE et uniquement sur la base de mouvements révolutionnaires organisés qui émanent des "Peuples nationaux" réels, sans oublier (encore et toujours) les Peuples "colonisés intérieurs" "issus de l'immigration", de manière autonome/autocentrée et dans la réappropriation d'eux-mêmes (car qu'est-ce que la révolution, en fin de compte, si ce n'est la réappropriation de soi-même par les travailleurs, les exploité-e-s et les opprimé-e-s de tous les pays).

    Appelons cela "Parti confédéral" ou "fédération de Partis" si l'on veut ; la formule définitive reste à penser collectivement et démocratiquement* ; mais c'est en dernière analyse la seule manière de rompre culturellement et d'en finir avec le "mythe citoyen français" ou encore la "colorblindness" (vis-à-vis des non-Blancs racisés), autrement dit la négation des différences pour mieux maintenir et reproduire les inégalités. Car après tout (sinon) il faudrait peut-être demander un jour, à ceux et celles qui nous opposent cela, pourquoi ils/elles prônent un Parti "du prolétariat" ou "de la classe ouvrière" et non un Parti "des gens", "tous frères humains sauf qu'il serait vraiment temps d'en finir avec l'Argent et la logique du profit qui pourrit la vie à tou-te-s"... Ben oui quoi, c'est quoi ces divisions, ces barrières comme ça entre les gens ?

    Et c'est donc pour ces raisons, après en être arrivés à cette conclusion, qu'il faut désormais oser dire haut et fort notre opposition à tous les "2.0" du grand (et finalement seul et unique) "modèle" du siècle dernier, le PCF avec un grand F ; à toutes ces propositions de nouveau Parti communiste français dont les sections locales "tiendraient compte" (à des degrés divers, selon de la rigidité jacobine de la direction centrale...) des "problématiques, notamment particularistes" de chaque "région". Oser dire clairement aux affirmateurs des réalités nationales (voire carrément aux militant-e-s de luttes de libération) qui "trempent" dans ce genre de chose qu'ils/elles se FOURVOIENT et finiront comme des dindons de la farce (si ce n'est pas comme des traîtres...). Il est impossible (schizophrénique, pour tout dire...) de prétendre défendre les "luttes de libération" et autres "questions nationales" au sein d'une structure FRANÇAISE où toutes les décisions sont prises, tout le "cadre" est fixé à un niveau "central"... français.

    Et si nous restons résolument ouvert-e-s aux militant-e-s sincères et eux/elles-mêmes ouvert-e-s de ce type d'organisations "françaises" ou "de France", nous devons aussi CONTRER impitoyablement les basses manœuvres permanentes de ces directions jacobines qui en préservant LA FRANCE (sous des épaisseurs diverses de maquillage "universaliste", "internationaliste", "y a qu'la classe qui compte" ou "les prolétaires n'ont pas de patrie") préservent le RÂTELIER auquel toute une gigantesque masse petite-bourgeoise et même populaire bouffe ou (du moins) espère (plus ou moins consciemment) bouffer un jour. [Et à ce niveau-là, celles qui avancent masquées sous une "grosse dose" de "tenir compte" et de "soutien" aux "luttes nationales" et décoloniales (mais attention, bien sûr, toujours "bien dans le cadre" d'un projet qui reste un Parti français) ne sont certainement pas les moins dangereuses...]


    * Le PCbUS avait de fait une structure fédérale, de par l'existence d'un Parti communiste pour chacune des Républiques soviétiques fédérées ; toutefois la RSFS de Russie n'avait pas de PC propre, ses communistes étant directement affiliés au Parti "global"... ce qui tendait à signifier que la Russie était en quelque sorte la "norme", la direction "naturelle" de l'Union, et non une simple nationalité parmi les autres (conception s'affirmant - par exemple - en musique dans les paroles de l'hymne soviétique composé en 1943 : "Union indestructible de républiques libres/ réunies pour toujours par la Grande Russie"). Ceci peut être perçu comme un signe annonciateur de l'hégémonisme grand-russe qui (entre autres problématiques) devait corrompre et pourrir de l'intérieur l'expérience socialiste soviétique, tel que le pressentait déjà Lénine peu avant sa mort.

    Plus récent, situé en outre au cœur même de la première puissance impérialiste mondiale, un autre modèle d'"internationalisme domestique" (internationalisme à l'intérieur de et face à un même État capitaliste-impérialiste) qui pourrait nous inspirer serait la Rainbow Coalition (ici en anglais) impulsée par Fred Hampton du Black Panther Party... en imaginant autant de "Young Patriots Organization" ou de "White Panthers" qu'il y a de nationalités "autochtones" réelles dans l’État-"nation" français (refus catégorique de reproduire le centralisme parisien ; refus que les problématiques spécifiques de nos territoires périphérisés et de nos Peuples niés soient simplement "prises en compte" par des organisations hexagonales dirigées depuis le Quartier Latin...). La répression impitoyable déchaînée contre cette coalition par le FBI de J. E. Hoover (programme COINTELPRO) semble devoir suffire à démontrer en tant que telle - a posteriori - la menace ressentie par le système US, non seulement devant le réveil révolutionnaire des minorités raciales pratiquement exclues de l'espèce humaine depuis des siècles mais aussi de voir ce réveil rejoint par des jeunes blancs de classe populaire (et de régions périphériques - Appalaches, Arkansas, Michigan, Nord-Ouest), a priori forgés dans le racisme et le "petit privilège" blanc depuis leur naissance - et non par les habituels fils et filles de bourgeois "libéraux"/"progressistes"... toujours et éternellement aussi paternalistes et "récupérables" à terme.

    Tout ceci sans oublier, bien sûr, les organisations autonomes de genre (femmes, LGBT) pour chacune des composantes de ce vaste mouvement...


    L'on pourra également se procurer et lire ce bouquin de Laurent Lévy (père des adolescentes voilées dont l'"affaire" avait directement conduit à la loi d'apartheid de 2004, et signataire de l'Appel des Indigènes en janvier 2005), "La gauche", les Noirs et les Arabes (chez La Fabrique), et en étendre la logique à nos situations nationalitaires-réelles et périphériques, nonobstant que l'oppression subie soit nettement moins brutale que celle des racisé-e-s, car c'est de manière générale que se pose ce problème d'affirmation de soi (jugée) "intempestive" et "irrationnelle" (cf. la citation en début d'article, ou encore - du même gugusse - "j'imagine le mur auquel tu vas te heurter si tu tente de faire la propagande parmi les ouvriers d'un Parti qui reviendrait à leurs yeux à la création d'un Parti régional"...), voire "manipulée" (non pas, pour le coup, par des "intégristes musulmans" mais peut-être par des "fascistes identitaires"...), et invitée "au mieux" à "se placer sous le parapluie protecteur de la gauche" (ou de l'extrême-gauche, du "Grand Parti" - comme on l'a vu ici - FRANÇAIS et "tenant compte" de nos problématiques).

    De même qu'un Blanc ne peut le faire vis-à-vis de non-Blancs victimes d'un racisme structurel et d'un "indigénat métropolitain" qu'il ne subit pas, ou un homme cishétéro vis-à-vis de femmes ou de LGBTQI, en quoi des gens de Paris, d'Angers, de Lyon ou même de Bretagne ou d'Alsace seraient-ils fondés à décider de ce qui est "intempestif" et "irrationnel" ou pas au bord de la Méditerranée ou aux pieds des Pyrénées ? Voilà, on-ne-peut mieux expliqué, ce qui ne MARCHE PAS en Hexagone depuis des générations et des générations ; et dont la cause est peut-être effectivement à chercher du côté de cette culture dominante "étatiste et élitiste (d'une) République réelle également héritière d’une histoire coloniale (et jacobine-francisatrice !) qui détermine nombre de ses pratiques et des représentations qu’elle contribue à reproduire"...


    Petite réflexion estivale (sur la nécessité impérieuse de refuser un Parti "français")

    Petite réflexion estivale (sur la nécessité impérieuse de refuser un Parti "français")


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  • ... que ce que nous avions déjà pu écrire à l'époque des attentats de janvier - voir nos archives de ce mois, dont pratiquement 80% des articles avaient été consacrés au sujet. D'autant qu'il risque d'y avoir un réel danger, bien plus que de se trouver dans le champ de tir d'un nouveau carnage... à communiquer sur ce qu'il s'est passé d'un point de vue révolutionnaire : rappelons que l'état d'urgence vient d'être proclamé pour une durée indéterminée sur tout le territoire hexagonal et la Corse.

    Nous avions même à vrai dire, dans un paragraphe, annoncé ce qu'il vient de se produire - que des éléments djihadistes ne frappent pas des cibles précises mais au hasard dans la rue, non pas avec des charges explosives au résultat toujours aléatoire (comme l'ont encore montré les attaques du Stade de France) mais avec des armes automatiques de guerre... que des fascistes "bien d'chez nous" se chargent de leur fournir :

    "Il y a une dernière chose que l'on pourrait nous rétorquer, c'est l'"angélisme" : "mais enfin c'est fou, vous êtes complètement inconscients, il y a des gens qui se baladent avec des armes automatiques et qui ont déclaré la guerre à notre société", ou alors "ça ne vous choque quand même pas un peu ce qu'il s'est passé ?"... Eh bien, rassurez-vous : si ce qui précède (être "conscient", être "choqué") est une manière (un peu piètre au demeurant...) de dire "avoir peur", OUI comme tout-e un-e chacun-e nous avons peur (sentiment humain qu'il serait ridicule de vouloir dissimuler), OUI la perspective qu'un prochain "carton" à l'arme de guerre se déroule à l'aveugle en pleine rue au moment où nous passons par là nous a effleuré l'esprit... Mais nous n'avons pas "peur" QUE des "z'islamistes" et pas que depuis hier ou depuis quelques semaines. Nous avons commencé l'année 2015 en disant que "la relative insouciance du début du siècle est désormais loin derrière nous, la seconde moitié des années 2010 qui commence annonce des temps difficiles mais aussi décisifs" ; nous sommes conscients depuis des années que nous allons chaque jour un peu plus vers une société qui se désintègre et plonge dans la nuit noire de la Réaction sous l'effet de la crise générale du capitalisme ; que nous vivons (bien malgré nous !) dans un pays en guerre sur une planète en guerre mondiale non-déclarée (guerre de repartage du monde qui est la norme depuis plus d'un siècle, la paix étant l'exception)... La "menace" pour nous ne se résume pas (malheureusement) à quelques barbus armés de kalachnikovs, elle s'appelle aussi fascisme, État policier etc. etc. ; et encore, dans notre Hexagone occidental, comparé à certains pays nous ne sommes pas les plus à plaindre. Nous sommes des militants politiques de la révolution, nous voulons libérer l'humanité de ses oppresseurs et rien que cela implique (sans même avoir le dire, comme l'air que l'on respire) de craindre pour soi et pour ses camarades à chaque instant. C'est sans doute, à vrai dire, ce que n'avaient justement pas compris les malheureux de Charlie Hebdo : le monde du 21e siècle dans lequel nous vivons N'EST PAS UNE BLAGUE !"

    Nous disions donc, aussi, que OUI l'horreur des victimes innocentes et que OUI nous aussi avions ce sentiment humain de peur devant l'éventualité de telles choses ; mais voilà : nous vivons dans un État capitaliste-impérialiste français (auquel ses ennemis nous assimilent) EN GUERRE et, alors que nous venons de "fêter" comme chaque année le 11 novembre, nous pouvons quelque part nous estimer "heureux" "niveau morts", avec 17 en janvier et (donc) 130 avant-hier et non des milliers chaque jour comme nos aïeux dans les tranchées il y a un siècle ; que les villes ne soient pas pilonnées par une Grosse Bertha ou pire, comme lors de la guerre suivante, par des bombardiers ; peut-être parce qu'aussi réactionnaire soit-il l'adversaire de "notre" État n'est pas un autre État impérialiste (avec les moyens dont ceux-ci disposent) mais un "État" "islamique" de facto et "artisanal" retournant le cerveau de lumpen asociaux décomposés et de rebuts du capitalisme extra-légal pour en faire des "bombes humaines" et remplacer l'aviation militaire qu'il n'a pas.

    Manuel Valls a déclaré en janvier que "la France était en guerre" (elle l'est en réalité depuis longtemps : l'impérialisme BBR est partie prenante de la "4e Guerre mondiale" en cours depuis la fin de la "3e" - la Guerre froide ; et les populations des pays concernés en savent quelque chose !) ; et en proclamant "#JeSuisCharlie" beaucoup ont acquiescé à cela. Sauf que beaucoup (au moins deux générations, en fait) n'avaient également aucune idée de ce que signifie le mot "guerre"... et le découvrent brutalement aujourd'hui.

    Il faut tout simplement nous faire à l'idée que nous ne pouvons pas faire grand-chose pour empêcher les morts, ni ici... ni là-bas, mais que nous pouvons en revanche assumer comme nos prédécesseurs d'il y a un siècle la position qu'aucun des deux camps analysés par nous comme pareillement réactionnaires n'est le nôtre et que nous les rejetons tous les deux (refusant aussi bien l'"union sacrée" prônée par toute la gauche républicarde bourgeoise et ses appendices du 'p''c''mlm' que l'idée allumée de quelques sectouilles - comme la Ligue trotskyste ici - de soutien "anti-impérialiste" à Daesh*), la seule guerre qui puisse être la nôtre étant celle de nos camarades kurdes, turcs et autres internationalistes qui en Rojava combattent RÉELLEMENT Daesh et ce avec et pour un véritable projet révolutionnaire d'émancipation.**

    Au demeurant, l'on rappellera encore une fois qu'à la veille de cette Grande Boucherie dont nous venons de commémorer la fin, celui qui allait en être l'un des plus célèbres opposants et payer cela de sa vie... annonçait lui aussi déjà ce que nous sommes en train de vivre :

    "La politique de rapine et de conquête produit ses effets. De l’invasion à la révolte, de l’émeute à la répression, du mensonge à la traîtrise, c’est un cercle de civilisation qui s’élargit. Nous n’avons décidément rien à envier à l’Italie, et elle saura ce que valent nos pudeurs.
    Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d’exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l’Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ?"

    Difficile d'être plus limpide et prophétique avec plus d'un siècle d'avance (si l'on voulait résumer le djihadisme en deux citations, il suffirait d'ajouter à celle-ci "le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres" de Gramsci et tout serait dit).

    Et difficile, en vérité, de dire les choses plus clairement que ce slogan "viral" qui a surgi sur les réseaux sociaux : "LEURS GUERRES, NOS MORTS".

    Rien de particulier à ajouter au sujet des derniers évènements...

    Il faut réellement soutenir de toutes nos forces ce mouvement "Leurs guerres, nos morts" qui émerge, afin de barrer la route au nouveau "#JeSuisCharlie" au parfum d'état d'urgence permanent qui se profile (lire aussi ici, édifiant, ou encore ici - datant déjà de janvier - sur l'éventualité d'une "chasse aux théories du complot" qui - sans vouloir le moins du monde défendre ces dernières - pourrait bien vouloir dire interdiction de toute opinion, de toute réflexion et remise en cause, bref de tout "penser avec sa tête" en dehors du discours officiel sur les évènements en cours).

    Ceci n'a absolument rien de surréaliste... puisque c'est exactement le type de saine réaction qui a conduit dans l’État espagnol, après les attentats-massacres de mars 2004, à la chute du gouvernement Aznar (qui avait même un temps misérablement tenté d'incriminer les Basques...) lorsqu'il est apparu que ces attaques étaient une réponse djihadiste à son engagement militaire en Irak, rejeté à l'époque par 90% de la population ibérique (le gouvernement PSOE de Zapatero, vainqueur des élections trois jours plus tard, ordonnera le retrait des troupes et depuis lors il n'y a plus eu d'attaque "islamiste" majeure - même déjouée - dans l’État espagnol, alors même que celui-ci avait encore des forces engagées en Afghanistan... comme quoi les choses étaient totalement liées contrairement à la merde que débitent encore une fois les tristes sires "matérialistes" finkielkrau-onfraysiens - que plus personne ne peut de toute façon prendre au sérieux comme nous l'avons déjà dit***) [Lire ici le très bon article de Quartiers Libres qui fait lui aussi le parallèle et évoque également la difficulté, ici en "France", d'un simple "changement" par les urnes comme en "Espagne"... vu que "nos" "Zapatero" sont déjà au pouvoir (quelle peut alors être l'"alternative" ?)].


    TELLE EST LA SEULE LIGNE PROGRESSISTE ET RÉVOLUTIONNAIRE CORRECTE !


    Revue de presse communiste, progressiste et colonisée-intérieure :

    http://drapeaurouge.over-blog.com/2015/11/sur-les-attaques-en-region-parisienne.html

    http://www.vp-partisan.org/article1535.html

    https://bouamamas.wordpress.com/2015/11/15/un-monde-immonde-engendre-des-actes-immondes-ne-pas-renoncer-a-penser-face-a-lhorreur/

    https://quartierslibres.wordpress.com/2015/11/14/on-serre-les-dents-on-serre-les-rangs-on-tient-la-ligne/

    https://quartierslibres.wordpress.com/2015/11/16/leur-guerre-nos-morts-notre-reaction/ (très important à lire...)

    http://lmsi.net - Ce que les attentats nous font et ce que nous en faisons

    http://indigenes-republique.fr/attentats-de-paris-communique-du-pir/

    http://blogs.mediapart.fr/blog/enavant/141115/vos-guerres-nos-morts-julien-salingue

    https://www.npa2009.org/actualite/politique/vos-guerres-nos-morts

    http://alternativelibertaire45.org/attentats-de-paris-contre-leurs-guerres-nos-solidarites/

    http://orientxxi.info/magazine/ils-haissent-nos-libertes,0795

    http://www.contretemps.eu/interventions/va-t-en-guerre

    Leurs guerres, nos morts - déclaration unitaire AL, CGA, CNT-F, FUIQP, NPA, OCML-VP, PCOF (LO s’associe à la démarche de cet appel).

    [Colonies-tout-court et Peuples niés : À propos des attentats de PARIS - Communiqué de presse de l'UGTG (Gwadloup) ; ATTENTATS DE PARIS : MORTS POUR LE PÉTROLE (A Manca, Corsica) ; Communiqué de Breizh O Stourm - Bretagne en Luttes]

     


    * Car nous avons analysé que DaeshAl Qaïda et autres groupes liés (AQMI etc.) ne sont pas une résistance nationale islamisée contre une agression impérialiste (comme peuvent l'être le Hamas ou le Jihad islamique - qui ont condamné les attaques  - en Palestine, ou à la rigueur les talibans en Afghanistan) mais un PROJET IMPÉRIAL visant à donner, sous la forme du fameux "Califat", une base d'investissement-valorisation aux milliards de (pétro-) dollars de capitaux suraccumulés sur les rives du Golfe arabo-persique. Un projet dont la mise en œuvre nécessite une terreur de masse que seul un "islam" fondamentaliste wahhabite et takfiri ("excommunicateur", prônant l'extermination des "impies") est à même d'exercer tout en assurant la mobilisation de masse d'une partie suffisante de la population sunnite ; et dont les djihadistes recrutés dans les pays musulmans ou au cœur même des métropoles occidentales (sur un discours "anticapitaliste/anti-impérialiste romantique" ou autre) sont donc les soldats mais dont les "têtes pensantes"... et les "portefeuilles" sont dans les fortunes privées détentrices desdits milliards et/ou (éventuellement) les "États profonds" (services secrets etc.) des pétro-monarchies - les "États visibles", les dirigeants officiels, faisant quant à eux risette devant les Occidentaux qui sont les acheteurs de leur pétrole (donc les fournisseurs des milliards en question).

    Ce projet impérial, quelque part, peut faire penser à celui du Japon Meiji puis Shōwa dans les premières décennies du 20e siècle, par son mélange d'idéologie féodale fanatique (alliée à une rhétorique "anti-impérialiste" anti-occidentale) et de moyens ultra-modernes ; la différence étant bien sûr que ce projet impérial japonais était alors conduit directement et officiellement par l'État, ce dernier étant à l'époque l'unique centralité du pouvoir capitaliste alors qu'aujourd'hui l'utilisation de forces mercenaires "proxies" et "fluides" est beaucoup plus courante (pour ne pas dire la norme, cf. toutes les "rébellions" en Afrique etc.) dans les conflits entre impérialismes et/ou centres de concentration capitalistique - d'où la non-comparabilité des moyens... et heureusement : si les djihadistes avaient une aviation, nous prendrions vraiment ce qui s'appelle "cher" !


    ** Et si vous ne voulez vraiment pas (si vous êtes vraiment "chauds" pour ne pas) laisser les victimes innocentes impunies... Rojava vous attend pour les venger ! Combattre le fascisme takfiri oui, mais dans une démarche révolutionnaire ; car le faire dans l'"unité nationale" avec l'impérialisme ne mènera qu'à l'"éternel retour" du problème !! Et même sans parler de prendre les armes (ce que l'on serait foutu de nous reprocher, comme cela s'est produit dans l’État espagnol, alors que nous sommes censés - n'est-ce pas ? - combattre les "mêmes" criminels) : développer par tous les moyens la solidarité MATÉRIELLE avec les cantons démocratiques confédérés du Kurdistan libre (Rojava) ; et aussi et même SURTOUT avec les camarades révolutionnaires de l’État turc et pourquoi pas, via les forces communistes d'Inde ou du Bangladesh, du Népal ou encore des Philippines, avec les prolétaires immigrés semi-esclaves des pays du Golfe pour en finir avec les gros porcs qui y règnent et sont amplement derrière tout cela ; voilà des choses qui sont faire partie de la solution et non du problème !


    *** Pour apporter tout de même quelques réponses à ces élucubrations erronées donc dangereuses (vouées, en réalité, à amener sciemment les personnes attirées par le communisme et le maoïsme vers tout ce qu'il ne faut pas penser ni faire - refus de la juste ligne "Leurs guerres, nos morts" ici et en même temps rejet gauchiste de la lutte des Kurdes là-bas) :

    - Si l'on peut affirmer en effet, dans un contexte de décadence totale et terminale du capitalisme, qu'il y a une tendance à la barbarie nihilisto-fasciste inévitable chez au moins plusieurs milliers d'individus sur des populations de plusieurs millions ou dizaines de millions ; et qu'une telle chose ne pourra être résorbée qu'au terme de décennies de lutte révolutionnaire et de socialisme ; il n'en reste pas moins que l'absence de base sociale "morale" pour justifier les actes de ces éléments fait tout de même une énorme différence (lire notamment ici). Nous avons cité le cas "espagnol" mais même aux États-Unis, après l'inflexion apportée à la politique impérialiste par Barack Obama, les actes "islamistes" sont devenus beaucoup plus rares et isolés que les tueries à l'arme à feu par des individus "chtarbés" aux idées bien souvent "limite" ou carrément d'extrême-droite (et dans tous les cas, personne ne "bat" la police pour le nombre de victimes annuelles...).

    - L'"islamisme", devenu petit à petit nouvel ennemi global à partir des années 1980 (à l'époque c'était l'Iran... ou encore Kadhafi) et totalement après la disparition de l'URSS, est un "grand sac" qui veut absolument tout dire et rien du tout ; recouvrant un éventail extrêmement large d'idéologies et de pratiques très différentes bien que prétendant faire du même Coran leur "centralité". Un homme comme Mohamed Morsi en Égypte représentait ainsi une sorte de conservatisme moral "feutré" mêlé de populisme social et surtout (ce qui l'a perdu...) de "tiers-mondisme panislamique" impulsé notamment par le Qatar, toutes choses très éloignées de la doctrine de Daesh (bien que celui-ci puisse en reprendre des éléments), et ce sont... des salafistes fondamentalistes ultras liés à l'Arabie saoudite qui ont fait pencher le rapport de force en faveur du coup d’État militaire "laïc" contre lui. Dans bien des cas, comme nous l'avons dit, il s'agit de sentiments nationalistes islamisés après que les nationalismes dits "laïcs" se soient convertis en régimes corrompus, oligarchiques et valets de l'impérialisme (la rupture "moderniste" avec les commandements islamiques étant alors perçue par les masses comme la "source du problème") ; tandis que les massacres soviétiques en Afghanistan (mais aussi le soutien social-impérialiste au régime syrien d'Assad et à son jeu "trouble", au régime de Saddam Hussein en Irak etc.) se chargeaient de discréditer les idées communistes dans les pays majoritairement musulmans. Même des forces "maoïsantes" ont connu un tel phénomène. Chacune de ces forces doit être analysée et jugée dans son contexte ; selon la conception marxiste du monde c'est-à-dire non en fonction de ce qu'elle professe, mais de ce qu'elle FAIT (ainsi, avant de devenir "Daesh", ce qui était encore "Al Qaïda en Mésopotamie" jouait déjà un rôle néfaste et destructif au sein de la résistance patriotique irakienne, ce qui a d'ailleurs amené celle-ci à le combattre). Cette contradiction entre nationalisme islamisé (qui peut éventuellement frapper le sol d'un État impérialiste, mais uniquement dans le cadre d'un conflit précis où cet État est impliqué - comme l’État français en 1985-86 et 1995-96) et projet impérial beaucoup plus "ultra" et "apocalyptique" peut même expliquer les théories du complot sur le "11 Septembre jamais vraiment revendiqué" etc. etc. : il est vraisemblable que la direction d'Al Qaïda était traversée par ce clivage et loin d'être unanime sur la pertinence de l'opération (un peu comme pouvaient l'être le gouvernement et l'état-major japonais sur celle de Pearl Harbor !) ; d'où le fait que Ben Laden aurait évoqué sa responsabilité dans des vidéos (mais minimum trois mois après...) et autres "propos rapportés" mais qu'il n'y a jamais eu de communiqué officiel "estampillé" de l'organisation. Le même clivage a également pu être observé au Nord-Mali entre un nationalisme touareg ou maure "acheté" par l'argent du Qatar et une dimension "califale" plus "hors-sol" (liée socialement à la petite bourgeoisie de la contrebande transsaharienne). Daesh étant, comme on l'a dit, précisément né de l'aile expansionniste et "apocalyptique" d'Al Qaïda qui considérait l'Irak comme un champ de bataille mais n'en avait strictement rien à faire du pays, de ses habitants et de leur libération nationale (contrairement aux insurgés sunnites ex-baathistes islamisés et aux milices chiites de Moqtada al-Sadr, entre lesquels il a largement contribué à empêcher une unification déjà rendue difficile par le passif de l'ère Saddam). Pour de nombreux experts d'ailleurs, l'effroyable massacre de Paris montrerait bien plus une fuite en avant (alors que les revers, que vous pouvez suivre par exemple sur Nouvelle Turquie, s'accumulent sur le théâtre irako-syrien) qu'une démonstration de force (des experts, donc, et non un bouffon internétique prétendument "gardien de la science", affirment le lien avec la situation militaire en Irak et Syrie).

    - Nous sommes très intéressés d'apprendre que la féodalité dans les pays musulmans a été "imposée par l'impérialisme"... Il nous semblait pourtant que ces sociétés étaient justement, avant l'irruption de l'impérialisme européen, des archétypes de sociétés féodales (et non communautaires-primitives comme dans d'autres pays). C'est la bonne et simple raison (et pas une autre...) pour laquelle ledit impérialisme, s'il a effectivement pu s'appuyer sur la féodalité pour asseoir sa domination et obtenir la dose de surexploitation dont il a besoin et qu'il (précisément) recherche, est aussi entré et entre encore fréquemment en conflit avec elle, d'autant plus qu'il s'agissait d'une féodalité "forte" (organisée, "rationnelle", encadrée idéologiquement, "socialement cohérente") et même déjà "nid" d'un certain développement capitaliste endogène (du niveau de l'Europe médiévale, et que l'irruption impérialiste et l'installation d'un "capitalisme bureaucratique" à sa solde ont donc "bridé"). C'est ce qui explique qu'une espèce d'axe ou de "bloc historique" entre "féodalité récalcitrante" (en particulier religieuse !) aux "bienfaits de la civilisation" impérialiste et "capitalisme d'en bas" (endogène, émergeant spontanément des "entrailles" de la vie sociale) opposé au capitalisme "d'en haut" (bureaucratique imposé par l'impérialisme) puisse encore être, dans ces pays, la "centralité" de la résistance nationale (il en allait de même, au demeurant, pour tout un nationalisme prétendument "laïc" !) ; tandis que dans les pays où n'existait pas de véritable capitalisme embryonnaire (Afrique équatoriale et australe, Amériques) et où la semi-féodalité consiste en une évolution du rôle des autorités "traditionnelles" autochtones ("caciques") et (surtout) en la grande propriété... des colons d'origine européenne, des "missions" religieuses chrétiennes etc. etc. (base de l'ordre social rural en Amérique latine mais aussi très présents - fermiers/planteurs blancs - en Afrique donc là oui, la thèse manifestement "copiée" du maoïsme péruvien "tient la route"...), la "centralité" anti-impérialiste ne peut être que le Peuple des producteurs (la bourgeoisie nationale est petite et surtout faible) et les idées marxistes ne rencontrent pas d'adversaire aussi redoutable que l'"islamisme" [en Asie du Sud et de l'Est, sociétés comparables aux pays arabes en termes de "féodalité forte" abritant un "beau bébé capitaliste", les nationalismes anticommunistes se sont souvent "suicidés" dans un ralliement rapide et ouvert à l'impérialisme US et n'ont plus (dès lors) fait réellement "concurrence" au mouvement communiste qui a pu prendre le pouvoir dans de nombreux pays (Chine, Vietnam etc.) et connaître un grand développement dans d'autres (sous-continent indien), sauf à être anéanti par un grand massacre comme en Indonésie (... plus grand pays musulman de la planète au demeurant). Cela dit il existe en Inde un problème de fascisme hindouiste anti-musulman conduisant à une réaction d'autodéfense fondée sur l'islam, et les camarades maoïstes de là-bas appuient ce droit à la résistance même lorsque ces forces sont qualifiées d'"Al Qaïda" par le pouvoir en place].

    - Plus "fort" encore, Daesh se battrait, recruterait des combattants, achèterait des armes et autres équipements etc., bref dépenserait (et coûterait à ses financeurs) des centaines et des centaines de millions de dollars dans le seul but de... "revenir à la féodalité", autrement dit à un mode de production... moins productif que celui actuellement existant, qui comme système total (et non comme simple "niche de surexploitation") ne rapporterait pas un dollar de retour sur le multimillionnaire voire quasi-milliardaire investissement. Ceci n'a strictement aucun sens ; mais il est en même temps "interdit" de parler de Daesh comme de "dégénérés" relevant de la psychiatrie (ce à quoi - pourtant - l'idée d'"anticapitalisme romantique" surgi de nulle part, causé par rien et en réaction à rien, semble revenir...). C'est donc tout simplement absurde [sur ce en quoi consiste réellement le "modèle" de société du "Califat", lire ici un article (marxiste) très intéressant : http://ddt21.noblogs.org/?page_id=667 (première partie) et https://ddt21.noblogs.org/?page_id=728]. C'est en réalité (mais ceci est récurrent dans leur analyse pseudo-"marxiste orthodoxe" des révolutions bourgeoises et autres "Lumières") confondre "féodalité" et férocité relevant de mécanismes d'accumulation primitive et de la construction d'un État/Empire moderne avec 4 siècles de retard. Ce qu'évoque l'ordre social de Daesh ce n'est pas "l'Arabie du 7e siècle" ni l'Europe de l'An Mille mais l'Europe des 16e-17e siècles... qui est à la racine même de tout "notre" actuel ordre capitaliste mondial, avec "civilisation" et "Lumières" et tout le tralala ! Si les "meilleurs" djihadistes sont issus des milieux de la criminalité, c'est tout simplement parce que ces milieux sont des "experts" en mécanismes d'accumulation primitive : pillage, racket, expropriation, esclavage, soumission du "faible" par la force brute etc. Ce que l'Occident, finalement, ne supporte peut-être pas dans tout cela, c'est de voir sous ses yeux le "film" de sa propre naissance.

    - Quoi qu'il en soit, si le "fondamentalisme" est réellement une "expression de forces féodales (des pays arabes/musulmans) qui ont été en mesure de relativement se libérer du rapport avec le capitalisme bureaucratique" (ce que l'on pourrait à la rigueur voir comme une version extrêmement simplifiée de ce que nous disons), cela n'explique en rien comment des personnes d'une vingtaine ou trentaine d'années n'ayant JAMAIS vécu ailleurs que dans les plus capitalistes et ultra-modernes métropoles européennes deviennent des djihadistes (ceux qui frappent au cœur des pays occidentaux en sont désormais quasi-systématiquement natifs). Il y a l'aspect de décomposition nihiliste d'une frange plus ou moins marginale des classes populaires, que nous avons évoqué plus haut... mais qu'est-ce qui ENSUITE pousse précisément ces tendances nihilistes vers l'idéologie "fondamentaliste" du djihad et pas vers une autre, les amenant ensuite à "rencontrer" les moyens militaires mis à leur disposition par les financeurs de celle-ci (par exemple dans cette véritable "base militaire secrète" que serait le quartier de Molenbeek à en croire le 'p''c''mlm' et ses misérables appendices bruxellois) ; plutôt que de (comme d'autres nihilistes...) sacrifier des chats à Satan dans les cimetières, se livrer à la délinquance/criminalité individualiste (ce que beaucoup de djihadistes faisaient avant de le devenir) ou (quitte à mourir, comme le font les kamikazes) se détruire à l'alcool ou à la drogue, se suicider (éventuellement après un "carton" "apolitique") etc. etc. ? Là encore, la réponse suffit à elle seule à démentir le prétendu "non-lien avec les guerres impérialistes" de nos prétendus "maoïstes" - l'excellent article d'Orient XXI raconte par exemple comment l'un des tueurs de Charlie Hebdo disait s'être "radicalisé après avoir vu les - fameuses - photos d'Abu Ghraib", tandis que celui de Saïd Bouamama raconte comment il y a 30 ans les prédicateurs "radicaux" étaient déjà là... mais ne rencontraient strictement aucun public [nous ne nous étendrons pas, en outre, sur l'évidence du fait que les destructions et les centaines de milliers de victimes de l'agression impérialiste en Irak ont été dans les régions arabes sunnites (dès lors ultra-opprimées) le terreau de l'"État islamique" ; quant à Al Qaïda, en tant que "grand djihad mondial" contre l'Occident, elle est née au départ d'un refus de la présence militaire US sur la "terre sacrée" d'Arabie saoudite... autrement dit de la première Guerre du Golfe, à laquelle cette présence était liée ; guerre qui avait causé la mort de dizaine de milliers d'Irakiens avant d'être suivie d'un terrible embargo qui aurait fait selon toute vraisemblance un demi-million de victimes (principalement des enfants)].

    - Reproduction d'une réponse de notre part dans un débat sur Facebook (preuve que ce dont il est question ici est bien représentatif d'un véritable courant aux analyses dangereusement erronées, puisque la personne parlant d'"anticapitalisme romantique" ne relève nullement du 'p''c''mlm') :

    "L'"anticapitalisme romantique" comme analyse, c'est vraiment une misère de l'antifascisme. Comme discours mobilisateur à la rigueur oui, mobiliser en mettant en exergue le "temps béni" d'avant l'irruption des "croisés infidèles et des Juifs sionistes" ; un peu comme le Japon Shōwa jouait lui aussi sur les sentiments nationalistes et anticolonialistes en Asie. Ou comme le fascisme ici même : le capitalisme est en crise, le monde change trop vite et douloureusement, les gens veulent sortir de cela, s'ils regardent vers l'avenir cela veut dire vers le communisme, alors "on" les fait regarder vers un passé où "c'était mieux", longtemps l'Ancien Régime, aujourd'hui les Trente Glorieuses... Mais une fois que l'on a expliqué cela, on n'a rien expliqué du tout si l'on voit ce mouvement comme spontané et "sans tête", "crise de connerie/barbarie collective" et que l'on refuse de voir qui est derrière et l'entretient au service de ses buts.
    Le fascisme n'est en dernière analyse qu'un ensemble de moyens de mobilisation ("anticapitalistes romantiques" ou autres) dans un contexte de guerre mondiale déclarée ou pas. Guerre mondiale entre intérêts capitalistes bien entendu. Les dirigeants du Golfe font des risettes devant l'Occident, mais les capitalistes privés et les États profonds de là-bas sont en guerre contre lui parce que les milliards de pétro-dollars qu'ils gagnent "dorment" ou servent à construire des centres commerciaux géants (et climatisés s'il vous plaît) mais n'ont pas de terrain où s'investir et fructifier : ils cherchent donc à se "tailler" un tel terrain. Dans une guerre il faut des soldats et ces soldats vont donc être les djihadistes, mobilisés par l'"anticapitalisme romantique" ou le ressentiment anti-impérialiste ou tout ce que l'on voudra et chargés de conquérir des territoires.
    Et du côté de l'Occident, l'on va recruter des soldats et mobiliser une "opinion" derrière eux (avec des "faiseurs d'opinion" façon BFM) sur l'air de "ah du temps d'De Gaulle quand y avait pas tous ces Arabes" (en fait il y en avait déjà suffisamment pour en balancer 200 dans la Seine en une nuit, mais c'est pas grave) : "anticapitalisme romantique" là aussi si l'on veut, encore que la grande époque de référence ne soit plus vraiment pré-"Lumières" (pré-capitaliste, elle n'a jamais été...) comme du temps de Maurras où l'on regardait plutôt vers le règne de Louis XIV (encore que beaucoup regardaient aussi vers Napoléon, Maurras n'était pas non plus si hégémonique que cela dans sa défense de l'Ancien Régime).
    À un moment donné, comme l'enseigne le marxisme, il faut savoir aller au-delà de l'apparence pour comprendre l'essence..."

    - Chercher à disqualifier le mot d'ordre "Leurs guerres, nos morts" sous prétexte qu'il "émane du NPA" (pour être exact il a été lancé par Julien Salingue, effectivement membre du NPA et que nous tenons - nous ne savons pas si cela lui fera plaisir, mais nous imaginons que oui - pour le "nouveau Bensaïd"), et que ce dernier a mené campagne en 2012-2013 pour que l'impérialisme (!) arme les éléments démocratiques/séculiers de la rébellion syrienne (au mépris de toute notion de "compter sur ses propres forces" et de "c'est celui qui paye l'orchestre qui choisit la musique" ; sachant qu'en réalité un tel appui a existé mais en direction de forces tellement inconsistantes et sans base populaire qu'elles se sont désintégrées et que les équipements ont atterri entre les mains des djihadistes), relève pour le coup véritablement du "canular d'intellectuel vaseux" (comme disait un certain Joseph S. dont ils se réclament beaucoup). "Leurs guerres, nos morts" est la POSITION JUSTE et un point c'est tout ; qui a "lancé" le slogan et ce qu'il a pu dire et/ou faire d'erroné par le passé est tout simplement hors de propos.

     


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  • Un bon article sur le site de Saïd Bouamama : Les manipulations médiatiques sur les poilus lors de la commémoration de l’armistice

    Sur le site "Bastamag" : Pourquoi la France est-elle le pays qui a le plus fusillé « pour l’exemple » pendant la Grande guerre ? (titre un peu trompeur, on n'a pas vraiment de réponse à la question, mais on apprend pas mal de choses intéressantes).

    Quartiers Libres : Le 11 novembre, c’est une journée du souvenir des morts pour « la patrie »


    Sur la terrible histoire de ces Occitans provençaux accusés de "lâcheté dans les gènes" (en substance hein, on ne parlait bien sûr pas de gènes à l'époque) lors des premiers mois de la guerre et souvent exécutés "pour l'exemple" : AOÛT 14 - Joffre accuse les Provençaux de lâcheté (sujet déjà abordé ici sur SLP : À la reconquête de notre mémoire, pour la Libération révolutionnaire de demain - exposition "La Faute au Midi" à Aix-en-Provence ).


    Relire aussi :

    Il y a 100 ans commençait la Grande Boucherie impérialiste de 1914-18

    Comité de Construction pour le Parti communiste révolutionnaire des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

    Larmes de crocodiles et bal des faux-culs "pacifiste" dans les Vosges pour les commémorations du centenaire de 14-18



    Comité de Construction pour le Parti communiste révolutionnaire des Terres d'Òc : Déclaration du 11 Novembre

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  • Massalijn (site maoïste et anti-impérialiste basé aux Pays-Bas) a mis en ligne une sorte de petit "Manuel théorique marxiste-léniniste-maoïste" extrêmement précis, synthétique et accessible, publié à l'origine par le Parti communiste d'Inde (maoïste) pour la formation de ses cadres. Bien sûr et malheureusement, c'est en anglais et nous n'avons pas pris le temps d'en effectuer une traduction - nous le ferons peut-être un jour prochain.

    Le chapitre consacré aux questions nationales et coloniales, sujets qui comme vous le savez nous "tiennent à cœur", nous a cependant inspiré quelques réflexions dans notre démarche d'élaboration d'une conception communiste du monde (et il faut dire que depuis un an, entre l'Ukraine la Palestine et l'Irak-Syrie, nous avons été servis en sujets polémiques) ; réflexions que nous vous livrons ici et qui impliquent forcément de traduire-en-résumé quelques éléments (les principaux) dudit chapitre : des bases théoriques essentielles pour toute personne communiste/révolutionnaire, que nous n'avions jamais trouvées auparavant présentées de manière aussi claire et précise. L'exposé est en grande partie tiré des Thèses sur la Révolution socialiste et le Droit des Nations à disposer d'elles-mêmes de Lénine (janvier-février 1916), que l'on peut lire en français ici.

    Place (donc) à ces quelques réflexions sur des sujets fondamentaux pour une véritable conception communiste du monde, et qui nous ont fréquemment (et encore récemment) amenés à de houleuses polémiques :

    1. Sur les trois continents que sont l'Afrique, l'Asie (+ l'"Océanie", les îles du Pacifique) et l'Amérique latine et caraïbe (au sud du Rio Grande et du détroit de Floride), nous considérons qu'en dehors des Guerres populaires et des révolutions démocratiques-populaires anti-impérialistes (en marche ininterrompue vers le socialisme et le communisme) que nous soutenons absolument, toute démarche ou lutte politique visant à réduire le pillage impérialiste de la production nationale revêt en soi un caractère positif ; à l'unique condition... d'être réellement cela, c'est-à-dire 1°/ d'être sérieuse et sincère (certains discours ultra-"patriotiques" et "populaires" peuvent en réalité masquer le pire compradorisme Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"envers l'impérialisme), se traduisant par des améliorations concrètes (au moins économiques) pour les masses ou par une auto-défense sérieuse en cas de résistance armée, et 2°/ de reposer sur une réalité concrète, c'est-à-dire une population clairement définie sur un territoire clairement défini face à une domination/oppression impérialiste clairement définie, et non sur une mythologie qui (en règle générale) ne sera que le masque d'une démarche expansionniste.

    C'est ainsi que, par exemple, nous ne soutenons pas Daesh (l'"État islamique" d'Irak et Syrie). Nous considérons que les populations arabes sunnites d'Irak et de l'Est syrien sont opprimées (sans être les seules dans ce cas...) par les pouvoirs centraux de leurs États respectifs et qu'elles ont le droit le plus légitime qui soit de secouer ce joug. Nous considérons que le Machrek arabe est opprimé de longue date par l'impérialisme et son fer de lance sioniste et qu'il est parfaitement juste et nécessaire de résister à cela. Mais Daesh n'est pas du tout dans ce paradigme : Daesh agite le mythe d'un "Califat" idéal vernissant en réalité un expansionnisme ex nihilo, la construction d'un "petit Empire" régional comme terrain d'investissement et de valorisation de capitaux suraccumulés ; en l'occurrence ceux des riches pétro-milliardaires du Golfe et de la Péninsule arabique qui sont ses commanditaires et ses financeurs, et dont les milliards de dollars ne servent à rien (sinon à des "concours" de plus-grand-centre-commercial ou de plus-haut-building-du-monde...) et sont donc "morts" - or le Capital est une matière qui "rugit" pour "vivre", s'investir, fructifier etc. Nous ne soutenons pas non plus, quelles que soient les revendications bien réelles et légitimes (comme celles des Touaregs) sur lesquelles ils pourraient s'appuyer, les projets de "Califat" sahélo-saharien mis en avant par certains groupes armés dans cette région de l'Afrique - obéissant à la même logique, et bien souvent aux mêmes financements. Nous dénonçons et rejetons de la même manière les démarches telles que le "néo-ottomanisme" du gouvernement AKP turc (mais aussi le "pan-turquisme" que pouvaient mettre en avant certains nationalistes il y a quelques années), le "pan-chiisme" de l'Iran des mollahs ou le "pan-sunnisme" frère-musulman du Qatar : il s'agit là d'expansionnismes régionaux, et non de luttes de libération visant à réduire le pillage impérialiste d'un pays bien déterminé.

    Lorsqu'en revanche ces conditions sont bien remplies, le caractère positif du "défi" à l'impérialisme dominant est acté ; nonobstant que ce "défi" puisse trouver l'appui d'autres impérialismes ou expansionnismes opposés au principal exploiteur et oppresseur du pays. Ainsi le fait que les Palestiniens puissent être soutenus (contre Israël et ses soutiens occidentaux) par les expansionnismes turc, iranien ou qatari dont nous avons parlé plus haut, ou encore par les impérialismes anti-occidentaux russe et chinois, ou le fait que la Chine ou la Russie puissent appuyer les régimes de type Chávez en Amérique du Sud etc., n'enlève rien au caractère positif de ces démarches politiques. Rechercher l'appui des Chinois ou même pourquoi pas... de l'impérialisme US pour desserrer l'étau de la Françafrique dans les pays subsahariens ne nous apparaît pas comme quelque chose d'incompréhensible. Nous pouvons dénoncer ces manœuvres et autres "petits jeux" impérialistes ou expansionnistes et les États qui s'y livrent, mais pas les "reprocher" aux Peuples et aux forces politiques qui en "bénéficient".

    Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"Bien sûr (trois choses), 1°/ ces forces politiques ont des "degrés de progressisme" divers et variés que nous évaluons sur la base d'un critère simple d'émancipation et de bien-être démocratique et social des masses [critère déconnecté des notions occidentalo-centrées telles que la "laïcité", la "modernité", la "gauche" etc. : le pire valet de l'impérialisme comme Ben Ali peut très bien être "laïc", "moderne" et membre de l'Internationale socialiste...], le "degré de progressisme" de telle ou telle force déterminant notre degré de soutien, de mise en avant de celle-ci dans notre travail politique en direction des masses, 2°/ une fois la nature de classe et idéologique et le "degré de progressisme" de chacune de ces forces clairement établis, elles sont présentées dans notre travail politique en direction des masses pour ce qu'elles sont sans faire "passer des vessies pour des lanternes" (par exemple du "socialisme du 21e siècle" bolivarien pour du marxisme), 3°/ par conséquent, le caractère objectivement positif de leur activité n'exclut donc pas la critique de leurs limites et de leurs aspects négatifs, surtout s'il s'agit de traduire et publier des critiques (constructivesémanant de progressistes ou de marxistes des pays concernés. Améliorer significativement le niveau de vie des masses, augmenter les revenus et développer les services sociaux, résoudre (là où il existe) le problème agraire des paysans sans terre et des métayers surexploités a incontestablement plus de valeur que de simplement faire "mieux" profiter la grande bourgeoisie locale (par rapport aux compagnies étrangères) des fruits de l'exploitation - mais dans tous les cas, sans secouer le joug des monopoles impérialistes et de leurs commis locaux, rien de ce qui précède n'est possible et Lénine a été sans ambigüité sur le devoir, pour les communistes occidentaux, de soutenir en actes et sans discutailler les forces qui mènent un tel combat.

    2. Les pays dont nous venons de parler sont, dans la terminologie bourgeoise, fréquemment appelés le "Tiers Monde" (Troisième Monde) ; ce qui implique par déduction qu'il y en ait un Premier et un Second. À l'époque où le terme a été forgé, le "Second Monde" était généralement et simplement entendu comme l'URSS et les démocraties populaires d'Europe de l'Est, formant le Pacte de Varsovie et le COMECON : le "Bloc de l'Est". Mais nous pourrions encore aujourd'hui appliquer cette même définition à ce même ensemble géographique ; d'abord parce que ces pays auront et ne cesseront jamais d'avoir été le théâtre de ces expériences politiques marxistes-léninistes (pour le meilleur comme pour le pire) ; et ensuite parce que dès avant la Révolution bolchévique, dans sa théorisation de l'impérialisme et des questions nationales, Lénine en faisait déjà une catégorie bien spécifique de pays*. Parmi ces pays se Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"trouve bien sûr l'Ukraine qui a (hélas) beaucoup fait parler d'elle depuis un an et sur laquelle a été dit et entendu (à l'"extrême-gauche") tout et n'importe quoi : soit qu'un véritable "État socialiste" serait en train de naître entre Donetsk et Lugansk dans la "glorieuse résistance" à de véritables héritiers de l'invasion hitlérienne de 1941 ; soit que le pays serait (en substance) une "colonie de la Russie impérialiste" menant une légitime "guerre de libération" contre cette dernière (tant pis si c'est avec quelques nazillons "dans le tas"...) et que les fameux russophones/"pro-russes" ne seraient en définitive que de "sales colons" quelque part entre le sioniste ultra de Cisjordanie, le général Custer, le loyaliste nord-irlandais, le Pied-Noir et le Boer (des thèses très souvent entendues de la part de maoïstes US pourtant excellents sur bien des sujets, mais complètement aberrants sur celui-ci).

    C'est dans ce contexte que la très pédagogique synthèse de l'analyse léniniste publiée par Massalijn est venue clarifier les choses de manière limpide ; et c'est ainsi que nous avons pu écrire dans la note à la fin de cet article http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/l-ukraine-a-feu-et-a-sang-entre-geopolitique-et-milices-fascistes-la-p-a114670476 (note visant à présenter factuellement la situation avec ses racines historiques, ses tenants et ses aboutissants, choses dont beaucoup de gens croient hélas pouvoir se passer avant de l'ouvrir...) que :

    "L'Europe de l'Est (depuis les frontières allemandes, autrichiennes et italiennes jusqu'à l'Oural) a de toute manière une histoire et (encore) une réalité présente d'une telle complexité, faite de questions et de luttes nationales parfaitement légitimes mais profondément traversées par les luttes de classes (et aux expressions parfois très réactionnaires !) ainsi que de menées impérialistes et expansionnistes pour l'"espace vital" prenant appui sur ces aspirations (dans leur expression bourgeoise), qu'il est tout simplement interdit d'y appliquer abstraitement des schémas du style "X est un colonisateur, Y est colonisé" (car Y prenant le dessus peut parfois se révéler plus oppresseur et "nettoyeur ethnique" que X ne l'a jamais été...) ; quand bien même une puissance clairement impérialiste comme la Russie serait impliquée (mais voilà, à en écouter ou lire certains, on aurait presque l'impression qu'elle est le SEUL impérialisme impliqué dans cette crise ukrainienne !). Lénine était déjà très clair là-dessus à l'époque de sa théorisation de l'impérialisme et de sa lutte contre la Première Guerre mondiale (1914-18) : il distinguait nettement trois groupes de pays dont l'un, consistant en l'Europe centrale et orientale déjà (à l'époque) théâtre de puissantes luttes nationales et enjeu de tous les appétits impérialistes (russes, allemands, autrichiens, français etc.), ne pouvait se voir appliquer les même analyses et prises de positions que les deux autres - à savoir les pays impérialistes d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord et les pays colonisés ou semi-colonisés d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Il posait dès lors, pour ce grand ensemble est-européen, deux principes essentiels qui ont gardé toute leur actualité : un droit absolu des Peuples à l'autodétermination allant jusqu'au droit (mais pas l'obligation !) à la sécession (car "la liberté de se fédérer passe obligatoirement par la liberté de se séparer") ; mais aussi une impérieuse nécessité de convergence (dans le même intérêt de classe et les luttes communes) des différentes classes ouvrières et autres classes exploitées nationales, assortie d'une vigilance de chaque instant envers les nationalismes bourgeois et leurs quasi-systématiques mises au service de l'impérialisme (pour se créer des protectorats ou, après la Révolution d'Octobre, pour encercler et attaquer celle-ci) - il combattit ainsi implacablement les nationalistes ukrainiens de Petlioura et de Skoropadsky, qui n'étaient en fait pas grand-chose d'autre qu'une force compradore et contre-révolutionnaire entre les mains de l'Allemagne et de l'Autriche (qui occupaient alors l'Ukraine après la paix de Brest-Litovsk)".

    Oui, car nous n'inventons rien de la teneur des débats qui ont pu avoir lieu et dans lesquels ceux qui fantasment aveuglément sur les républiques séparatistes prêtent finalement plus à sourire qu'autre chose comparés aux autres : il a pu nous être reproché (sans que nous n'ayons jamais rien dit de tel...) d'"oser comparer les russophones d'Ukraine aux Noirs nord-américains" alors même que nos contradicteurs n'hésitaient pas... à comparer les Ukrainiens "ruthènes" nationalistes aux Palestiniens ou aux Noirs sud-africains, par déduction, puisqu'ils comparaient les russophones/"pro-russes" à des Israéliens ou des Afrikaners. Parallèle complètement absurde bien entendu : ces deux dernières situations relèvent de la troisième catégorie, celle des pays coloniaux et semi-coloniaux ; quant aux États-Unis d'Amérique ils ont la particularité d'appartenir à la première (pays impérialiste occidental) Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"mais aussi, nés dans et comme une colonie, de renfermer des colonies intérieures (Noirs, Latinos, "Indiens") relevant quelques part de la troisième (en plus d'être, en dehors de leurs frontières, une grande puissance impériale et même colonialiste : Porto Rico, Hawaii, diverses îles du Pacifique et des Caraïbes).

    Les milieux occitanistes (que nous connaissons bien) ont eux aussi, très souvent, tendance à défendre la "libération nationale ukrainienne" qui s'est à leurs yeux exprimée sur la place Maïdan ; certains (nous leur épargnerons de pointer un lien vers leur site...) allant même jusqu'à prôner des transferts de populations complètement aberrants (dignes pour le coup de Staline, alors même qu'ils nous traiteraient volontiers de "staliniens" !) et carrément nier la Nation russe - nous n'avons pour notre part jamais affirmé que les "Novorusses" habitant les régions anti-Maïdan d'Ukraine étaient simplement "des Russes" comme à Moscou ou à Saint-Pétersbourg (seule une petite minorité est en fait ethniquement russe, comme le montrent les cartes "ethno-statistiques" - nous y reviendrons) : sans doute sont-ils tout simplement... des Novorusses, l'une des deux grandes nationalités d'un État ukrainien de plus en plus manifestement plurinational ; mais cela ne veut pas dire que les Moscovites et les Pétersbourgeois sont une espèce de "non-peuple"... Mais bref. Il s'agit là, encore une fois, de "plaquer" artificiellement sur la situation concrète des schémas de pensée qui ne peuvent tout simplement pas s'y appliquer.

    Aucun raisonnement basé sur ces exemples ne peut s'appliquer à une situation comme celle de l'Ukraine (ou de la Yougoslavie dans les années 1990). Il n'est possible de dire pour aucun des deux camps "ce sont des colonisés, des Palestiniens de l'Europe, soutien total".

    En ce qui nous concerne, pour raisonner et prendre position sur l'Ukraine :

    1°/ Nous ne nous laissons tout d'abord influencer par la position d'aucun courant idéologique de la bourgeoisie ; que ce soit pour nous en "inspirer" ou pour considérer au contraire qu'il faut à tout prix être d'opinion opposée (ce qui s'appelle avoir gagné, à son niveau personnel, la bataille de l'hégémonie). Dans l’État français, nous savons parfaitement que les deux camps ont leurs partisans au plus haut niveau de la politique et de l'intelligentsia bourgeoises : les "souverainistes" anti-européistes et anti-atlantistes FN, Front de Gauche ou "gaullistes à l'ancienne" penchent plutôt pour la position russe tandis que les thuriféraires de l'UE et de l'atlantisme "Fin de l'Histoire" (ceux qui sont au pouvoir actuellement et depuis un moment déjà), UMP-UDI et autres PS, mais aussi toute une certaine et non-négligeable extrême-droite alignée sur la position de ses homologues italiens ou "espagnols" soutiennent la "Révolution de Maïdan" et le nouveau pouvoir de Kiev. Nous ne nous basons pas plus sur ce que peut déclarer ou penser quelque dirigeant impérialiste ou de quelque État que ce soit. Nous n'en avons cure et nous sommes habitués, dans nos prises de position, à nous faire traiter tout aussi bien de "rouges-bruns Soral" que de "maos-néocons BHL". Nous nous basons sur notre seule et attentive étude des faits pour prendre une position.

    2°/ Nous regardons s'il y a des communistes et/ou des progressistes sur place, et où ils se trouvent. Nous constatons que les personnes se voulant communistes ou "de gauche", même s'il peut parfois ne s'agir que d'une nostalgie du "temps béni" soviétique (capitaliste d’État et protecteur), se trouvent plutôt du côté qualifié de "pro-russe" ; sachant que l'on y trouve aussi des éléments très réactionnaires. Du côté du nouveau pouvoir (rappelons que Maïdan c'est fini depuis un an), nous sommes au regret de ne voir que des sociaux-libéraux de type blairiste, des ultra-libéraux conservateurs de type thatchérien et des ultra-nationalistes fascisants arborant des portraits de collaborateurs des nazis voire d'Adolf Hitler lui-même. Tous sont violemment anticommunistes et les éléments les plus radicaux s'en prennent à tout symbole de la Révolution soviétique ainsi que physiquement aux personnes considérées comme "rouges", tandis que des militants sont arrêtés et torturés par la sécurité intérieure (SBU) sous l'accusation de "terrorisme séparatiste". L'anticommunisme peut bien sûr exister du côté "pro-russe" (arrestation et détention pendant quelques jours de quatre militant-e-s de Borotba en décembre à Donetsk, tensions ayant conduit au regroupement des communistes locaux et étrangers dans l'"Escadron 404" à Lugansk) mais il existe alors comme une contradiction interne à ce camp, comme celle qui peut exister entre la gauche et les islamistes en Palestine (aïe... nous avons comparé) ; alors que l'on ne peut pas être communiste ou même "bien de gauche" et partisan du nouveau pouvoir (c'était déjà difficile d'être pro-Maïdan sur les derniers mois de ce mouvement). Dans les régions nationalistes se trouvent aussi (évidemment) des personnes communistes, marxistes ou simplement progressistes qui ont même pu dans un premier temps soutenir Maïdan contre le régime corrompu du commis de l'oligarchie Ianoukovitch, mais qui dans tous les cas s'opposent aujourd'hui fermement au nouveau pouvoir et à sa politique. Nous soutenons bien évidemment ces personnes.

    3°/ Sur qui pleuvent principalement les coups, sur qui s'abat la plus grande violence réactionnaire ? Il est évident qu'à l'heure actuelle c'est sur les habitant-e-s du Donbass, mais d'aucun-e-s pourront nous rétorquer que c'est la Russie qui l'a "provoqué" en "annexant la Crimée" puis en "infiltrant ses troupes" dans la région. Il est évident aussi qu'il ne fait pas bon être un partisan affiché de Maïdan dans les zones contrôlées par les rebelles "pro-russes". Néanmoins, dans les autres régions où n'existe pas l'ombre d'une "invasion russe déguisée", c'est bien de la part des éléments d'extrême-droite pro-Maïdan que l'on observe la plus grande violence fasciste contre toute personne identifiée comme opposée à eux (ce qui n'est nullement synonyme de "séparatiste pro-russe" ou "partisane d'une Ukraine protectorat de Moscou"). On n'observe pas de "chasse" au partisan de Maïdan (ni de droite ni "de gauche") et encore moins de "pogroms" de la part d'éléments opposés à ce mouvement ; et l'on n'en observait pas non plus lorsque ces éléments étaient supposément "au pouvoir" (sous Ianoukovitch). Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"L'ancien régime était certes policier et répressif contre ses opposants réels ou supposés (dont faisaient partie, au demeurant, les marxistes et les progressistes opposés aujourd'hui au nouveau pouvoir), mais la violence politique est désormais un (large) cran au-dessus et elle est le fait de l'aile droite de l'ex-mouvement Maïdan.

    4°/ Concernant le projet de société : du côté du pouvoir en place à Kiev (et de Maïdan dans sa phase terminale), nous ne voyons strictement rien à prendre et tout à jeter. Soit c'est du néolibéralisme pur et dur (à la Thatcher), soit c'est un projet fasciste. Force est de constater que c'est uniquement dans l'opposition au régime (qu'elle soit armée et "pro-russe" ou ex-Maïdan "déçue") que l'on peut éventuellement trouver des propositions démocratiques, sociales voire socialistes, de coexistence pacifique entre les différentes nationalités là où la plupart des partisans du nouveau régime (ou des déçus... qu'il n'aille pas assez loin) voudraient une "Ukraine aux Ukrainiens", etc. etc. ; même si l'on y trouve aussi (dans cette opposition) des conceptions très réactionnaires et parfois national-racistes (version - cette fois-ci - grand-russe ou "grand-slave").

    Voilà ce sur quoi nous nous basons pour prendre une position (en fait, nous ne faisons surtout que livrer ces faits tels qu'ils sont !), que d'aucun-e-s qualifieront de "pro-russe" alors que nous prendrions exactement la même si le nouveau régime dont nous parlons était un régime totalement aligné sur le Kremlin.

    Après étude minutieuse de tous les tenants et les aboutissants de cette crise et de leurs racines dans l'histoire - toute l'histoire jusqu'à l'époque soviétique incluse, nous en sommes parvenus à la conclusion qu'il y a deux Ukraines, "ruthène" et "novorusse", et que soit elles doivent être démocratiquement fédérées soit elles doivent être séparées. Unies dans un même État centralisé, c'est une union forcée qui ne peut pas fonctionner : il y en aura toujours une des deux qui dominera et l'autre qui ne l'acceptera pas ; il y en aura toujours une pour craindre plus la tutelle russe que les portraits de Bandera, et l'autre pour moins craindre la "protection" de Poutine qu'un pouvoir nationaliste à Kiev.

    3. Concernant les affirmations des Peuples dans les États d'Europe de l'Ouest (que Lénine classe bien sûr dans la première catégorie), lorsqu'il s'agit de colonies intérieures/importées (populations "non-blanches" issues de l'immigration) ou dans une certaine mesure des Rroms elles se rattachent là encore à la troisième catégorie, celle des luttes anticoloniales. Lorsqu'il s'agit (en revanche) des Peuples tels que le nôtre (occitan), c'est-à-dire des peuples conquis, absorbés et soumis par ces États lors de leur formation à partir d'un Centre de pouvoir, il ne s'agit pas de luttes anticoloniales (c'est une erreur de les approcher comme telles) ; mais il s'agit néanmoins de remises en cause radicales, dans la façon même dont ils ont vu le jour, de ces États... et donc des appareils de domination capitaliste et impérialiste qu'ils représentent, ce dont l'humanité entière ne peut que bénéficier. On notera d'ailleurs que le "cours de théorie MLM" indien publié par Massalijn prévoit manifestement le cas de figure de ces luttes, puisqu'il dit explicitement que les pays impérialistes ouest-européens "oppriment d'autres nationalités dans leurs colonies mais aussi dans leur propre pays" [nous ne savons toutefois pas si et en quels termes Lénine a lui-même exprimé cela : nous savons qu'il a soutenu sans faille les Irlandais (qu'il cite évidemment en exemple dans ses Thèses sur l'autodétermination : "les pays capitalistes avancés de l'Europe occidentale et les États-Unis (...) chacune de ces "grandes" nations opprime d'autres nations dans les colonies et à l'intérieur de ses frontières : les tâches du prolétariat des nations dominantes y sont précisément celles du prolétariat d'Angleterre, au XIXe siècle, à l'égard de l'Irlande") et qu'il était proche de l’Écossais John MacLean, héraut d'un Parti communiste écossais indépendant (et indépendantiste !) qui lui dénonçait par lettre ouverte les manœuvres centralisatrices "britanniques" de certains dirigeants du PC de Grande-Bretagne ; Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"mais il n'a visiblement jamais rien écrit sur la Bretagne, l'Occitanie ni même le Pays Basque ou la Catalogne].

    Bien sûr, pour être réellement efficaces et ne pas consister en des "compromis maurassiens" au service du chauvinisme d’État, en des "euro-régionalismes" au service d'une fantasmatique "Europe-civilisation" ou en la simple formation de nouveaux petits États impérialistes (comme le serait une Flandre indépendante par exemple), ces luttes doivent être clairement sur une ligne progressiste prolétarienne et populaire. Mais à partir de là, pour prendre les principales puissances impérialistes de la planète : toute affirmation "rouge" du Peuple travailleur écossais ou gallois est déjà une négation dans ses fondements mêmes du Royaume-Uni impérialiste britannique ; toute affirmation "rouge" des Peuples travailleurs occitan ou breton ou corse est déjà une négation dans ses fondements mêmes de l’État impérialiste bleu-blanc-rouge ; toute affirmation des Peuples québécois ou acadien, des Métis et bien sûr des Premières Nations autochtones remet en cause le Canada impérialiste ; toute affirmation de la question méridionale ou du Peuple sarde bat en brèche la puissance impérialiste "secondaire" italienne, etc. etc.

    C'est dans une telle perspective que nous avons pu, à l'automne 2013, soutenir le mouvement dit des Bonnets rouges en Bretagne ; un mouvement socialement et idéologiquement composite mais qui, si les petits-et-grands patrons ou les représentants de la grosse agriculture productiviste savaient (et avaient les moyens de) se mettre en avant, n'en était pas moins dans son essence profonde un mouvement des ouvriers et des paysans bretons dressés contre la crise qui frappait leur péninsule, pro vincia périphérisée de l’État français, après trois décennies de relative prospérité sous le signe de l'agroalimentaire. Et c'est encore dans cette perspective que nous avons rejeté la (piteuse) contre-manifestation du 2 novembre 2013 à Carhaix, appelée par les bureaucraties syndicales et la gauche jacobine type Mélenchon, pour ce qu'elle était : une tentative de remettre ce mouvement des ouvriers et des paysans de Bretagne sur le "droit chemin" de "la Républiiiiiique" et de "la citoyenneté françaiiiiiise", tout ceci baignant dans son bon vieux jus de propagande et de préjugés anti-bretons qui plongent leurs racines au plus profond de l'histoire tragique et héroïque d'asservissement brutal et de résistance acharnée de ce Peuple. Il faut bien dire (et il va de soi) que dans cette "affaire", nous nous sommes trouvés confrontés à tout ce que l'"extrême-gauche" francouille compte de soi-disants "anarchistes", "trotskystes" ou "marxistes-léninistes" et (en réalité) véritable aile gauche de la gauche républicarde jacobine - véritables nouveaux sans-culottes, en somme.

    La principale (et généralement peu constructive) critique que nous pouvons recevoir pour ce que nous venons d'exposer consiste (en définitive) en une assimilation de notre position à l'ethnisme, théorie principalement portée par le Parti national occitan (PNO). En gros, nous aurions des "fantasmes identitaires" et nous rêverions de multiplier les petits États sur le surface de l'Europe et de la planète, au lieu de viser l'abolition des frontières et l'internationalisme, l'unité internationale des prolétaires.

    Mais voilà : il se trouve tout d'abord que cet argument n'a rien de nouveau... et était déjà opposé à Lénine et à son principe de droit à l'autodétermination en son temps. Comme l'expose avec une clarté lumineuse le petit "manuel" mis en ligne par Massalijn : "L'un de ces arguments était que défendre l'autodétermination et la libération nationale allait à l'encontre de l'internationalisme prolétarien. Il était argué que le socialisme devait viser à la fusion de toutes les nations. Lénine était d'accord avec le fait que le but du socialisme était d'abolir la division de l'humanité en petits États, de rapprocher les nations jusqu'à les fusionner. Cependant, il pensait que ceci était impossible à accomplir par une fusion forcée des nationalités. La fusion des nations ne pouvait s'effectuer qu'en passant par une période transitionnelle de complète libération de toutes les nations opprimées, signifiant leur droit de se séparer. Présentant le programme du Parti en 1917, Lénine dit que : “Nous voulons la libre union des nationalités, c'est pourquoi nous devons leur reconnaitre le droit de se séparer : sans la liberté de se séparer, aucune union ne peut être qualifiée de libre”. Telle est l'approche démocratique du prolétariat vis-à-vis des questions nationales, par opposition à la politique bourgeoise d'oppression et d'annexion".**

    Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"Ou alors, de manière plus imagée : prenez un objet de type carton à alvéoles, carton compartimenté, et posez-le sur une table. Les compartiments sont les actuels États de la mappemonde, séparés par leurs frontières. Remplissez maintenant les alvéoles d'un nombre variable (mais remplissez-les toutes) de billes ou de cailloux, de noisettes bref de petits objets. Ce sont les Peuples réels que renferment les différents États. Retirez maintenant le carton alvéolé, autrement dit les États. Les noisettes-Peuples sont-elles encore plus séparées qu'avant... ou sont-elles réunies ? A-t-on l'impression d'être allé vers le cloisonnement et la séparation des Peuples, ou vers leur rapprochement ?

    "Si nous voulons la libre union des nationalités, nous devons reconnaître leur droit de se séparer ; sans la liberté de se séparer, aucune union ne peut être qualifiée de libre" : une argumentation de valeur universelle qui peut d'ailleurs (aussi) être opposée à certains de nos contradicteurs sur l'Ukraine, qui lorsque nous parlons de libre détermination des différentes régions (fut-ce en faveur d'une solution fédérale) nous répondent en criant à la volonté de "démembrer" l’État ukrainien - État qu'ils considèrent manifestement comme une "nation" où ne séviraient (à l'Est et au Sud) qu'une poignée de "colons" russes, montrant "carte à l'appui" les "maigres poches" où ces derniers seraient majoritaires (en blanc et rose clair, mais il s'agit là des vrais et "purs" Russes "ethniques") ; nonobstant que les habitant-e-s de chacune des deux moitiés considèrent former absolument tout sauf "une même nation" avec l'autre...

    Ils savent manifestement mieux que les gens sur place ce que ces derniers sont ou ne sont pas, ce qu'ils veulent être ou ne pas être ; sans tenir compte de sentiments et d'auto-définitions tels que "Zaporogue", identité qui donne effectivement une immense majorité ukrainienne si on la met dans le même sac "ukrainien" que la Galicie-Volhynie-Podolie, mais qui se sent en réalité très peu en commun avec ces régions, voyant dans leur nationalisme un "nouvel Empire polonais" [il est par ailleurs fascinant de constater la quasi coïncidence géographique entre le territoire cosaque zaporogue des 17e-18e siècles et celui de l'Armée insurrectionnelle de Nestor Makhno en 1919 !] ; ou encore "russo-ukrainien" ("et alors je dois me couper en deux ?") parlant le sourjyk (dialecte populaire mêlant allègrement les deux langues, parlé surtout dans la vallée du Dniepr - en orange sur cette carte), ou "je suis ukrainien (de diverses origines) mais je n'ai pas de problème avec la Russie", "Russes et Ukrainiens sont des Peuples frères" etc. etc. ; ou bien encore un sentiment qualifiable de "soviétiste" ("homo sovieticus", environ 40% de la population du Donbass revendiquerait cette identité...) comme pouvait exister un sentiment "yougoslaviste" durant la guerre qui a ravagé ce pays dans les années 1990 (sentiment très présent pour le coup... du côté bosniaque/sarajévien) ; ou simplement (mais non sans lien avec le précédent) un sentiment anti-bandériste voyant (non sans raisons...) dans le nationalisme de l'Ouest et dans ses soutiens allemands et occidentaux un revival de l'invasion nazie de 1941 ou en tout cas un "attentat" contre la cohabitation des nationalités, un "purisme" identitaire étranger à la culture de l'Est et du Sud... Car ce qui caractérise en fait l'Ukraine "pro-russe", c'est peut-être moins sa supposée "russité" que sa multiethnicité (comme toutes les cartes concordent à le montrer) avec le russe comme lingua franca (carte des partisans de sa co-officialité en 2007) ; c'est l'Ukraine nationaliste qui se caractérise par sa "pureté ethnique" (90% ou plus d'Ukrainiens/Ruthènes) et le vrai clivage pourrait bien en réalité être là, non pas entre des "Russes" et des Ukrainiens mais entre une idéologie de "pureté ethnique" (une Ukraine pour les "purs" Ukrainiens, une citoyenneté de seconde zone pour les non-Ukrainiens et les "impurs") d'un côté et une culture de coexistence des identités de l'autre... Autant de sentiments se reflétant qu'on le veuille ou non (et quoi que l'on en pense) dans les urnes des élections bourgeoises (cf. la carte des "deux Ukraines" aux élections de 2004 ou encore à celles de 2010) et désormais... dans le taux d'abstention (présidentielle et législatives 2014) ; sentiments incompatibles avec un État ukrainien centralisateur si le national-thatchérisme Euromaïdan dirige à Kiev comme c'est le cas depuis un an. Selon nous toutefois, la "Novorossiya" revendiquée par Poutine et certains leaders séparatistes  comme un bloc monolithique et un "appendice" de la Russie devant y être rattaché relève elle aussi du mythe, ce qui (comme nous l'avons vu plus haut) ne peut servir qu'à "vernir" une volonté expansionniste - qui est malheureusement un autre et incontournable aspect de ce conflit. Le Donbass, la Crimée et la région d'Odessa (Yedisan et Boudjak) ne sont pas une seule et même chose totalement uniforme, qui devrait simplement rejoindre la "Mère Russie" en bloc et sans autre forme de procès.

    Une mise au point nécessaire sur nos positions internationalistes et aux côtés des Peuples

    Mais revenons à notre sujet. Il se trouve ensuite que nous assimiler à l'ethnisme PNO est une franche caricature de nos positions. Nous sommes, de la manière la plus simple qui soit, sur la position de Lénine puisqu'entre marxistes et maoïstes nous sommes léninistes, ce que nos détracteurs hexagonaux (généralement "anars") ont tout à fait le droit de ne pas être mais nous, nous le sommes. Or, pour Lénine, le DROIT à la séparation n'a jamais signifié l'OBLIGATION de se séparer pour former un État totalement indépendant - tout comme le droit au divorce n'a jamais signifié l'obligation de divorcer, ni l'interdiction de se remarier ou de se marier tout court. Là semble bien être notre différence fondamentale avec l'ethnisme, qui confond en réalité le droit avec l'obligation pour les Peuples de se séparer et de former des États indépendants - ceci conduisant d'ailleurs à un extrême pointillisme (pour ne pas dire pinaillage...) sur la définition et la délimitation de chaque "ethnie", sur qui parle quoi et jusqu'où (la langue étant le seul fondement de l'ethnie dans la théorie...), dans quel village et pas dans quel autre ; des débats que, pour les avoir pratiqués, nous pouvons confirmer fatiguants.

    Réflexions sur "La Question nationale et coloniale" - site MLM néerlandais "Massalijn"Nous, nous disons que chaque population de chaque territoire dans chaque grand État européen doit comprendre et savoir qui elle est et d'où elle vient afin de briser les murs mentaux de la prison "nous sommes tous français", "nous sommes tous espagnols", "nous sommes tous italiens" etc. etc. - dans tout ce que ces "nous sommes" portent comme charge d'aliénation, d'inféodation à la bourgeoisie dirigeante de ces États et à son ordre social établi. Nous pensons aussi que la centralisation étatique, décidant et décrétant tout depuis une capitale, a vocation à disparaître au profit d'une subsidiarité décisionnelle du bas vers le haut. Mais si des Peuples travailleurs estiment qu'au sein d'un même État depuis des siècles, ils ont désormais beaucoup d'histoire et de luttes en commun et souhaitent rester (par exemple) fédérés avec leurs anciens compagnons d'infortune pour affronter ensemble le défi de bâtir le communisme ; allons-nous leur dire "non, vous êtes des Peuples différents et vous devez donc former des États indépendants différents, parce que c'est comme ça et pas autrement" ? Soyons sérieux deux minutes : bien sûr que non. C'est peut-être (et encore) ce que peuvent penser les ethnistes "purs et durs" ; mais présenter ainsi notre conception des choses relève de l'imposture intellectuelle.

    Notre position, comme celle de Lénine en son temps, est que les choix doivent être adaptés aux circonstances***. En décembre 1851, de très nombreux départements occitans se soulevèrent héroïquement (sous le drapeau rouge) contre le coup d’État réactionnaire de Louis-Napoléon Bonaparte et réussirent à tenir ses sabreurs en échec pendant de longs jours ; mais voyant que le coup d’État était victorieux à Paris (ou une maigre insurrection avait été écrasée), ils déposèrent les armes. Aujourd'hui, il va de soi que nous ne re-commettrions pas la même erreur et que, face à un reste-de-l'Hexagone contre-révolutionnaire, nous proclamerions sans hésiter la sécession et ferions fonctionner selon les principes révolutionnaires n'importe quel territoire "rouge" d'Occitanie. Mais si les autres "provinces" et Peuples d'Hexagone... et même au-delà (péninsule ibérique, État italien etc.) devaient eux aussi être en révolution victorieuse, il est évident que notre faveur irait à une confédération démocratique (nous refuserions, par contre, toute hégémonie/ascendant d'un territoire donné sur les autres).


    * "Il (Lénine) classe les pays du monde en trois principales catégories :
    - Premièrement, les pays capitalistes avancés d'Europe de l'Ouest et d'Amérique du Nord. Ces pays sont des nations oppresseuses, qui oppriment d'autres nationalités dans leurs colonies mais aussi dans leur propre pays. La tâche du prolétariat dans ces nations dominantes est de s'opposer aux oppressions nationales et de soutenir la lutte des Peuples opprimés par leurs classes dirigeantes impérialistes [NDLR - Lénine définit ces tâches comme "précisément celles du prolétariat d'Angleterre, au XIXe siècle, à l'égard de l'Irlande"].
    - Deuxièmement, l'Europe de l'Est et la Russie. La tâche du prolétariat dans ces pays est de soutenir le droit des nationalités à l'autodétermination. Dans cette perspective, la tâche la plus difficile mais aussi la plus importante est de faire converger la lutte de classe des travailleurs des nations oppresseuses avec celle des travailleurs des nations opprimées.
    - Troisièmement, les pays semi-coloniaux tels que la Chine, la Perse, la Turquie et toutes les colonies, dont la population totale s'élève au milliard d'individus. Concernant ces pays colonisés, Lénine prit pour position que les socialistes devaient non seulement exiger leur libération immédiate, inconditionnelle et sans compensation mais aussi soutenir avec la plus grande détermination leurs mouvements de libération nationale et appuyer en actes leurs rébellions et guerres révolutionnaires contre les puissances impérialistes qui les oppriment."

    Un "classement" effectué, certes, il y a un siècle ; mais nos maoïstes états-uniens dont nous avons traduit l'excellent texte sur la Syrie/Rojava ne disent-ils pas eux-mêmes, dans celui-ci, que "nous sommes revenus au début du 20e siècle" ?

    ** Précisons ici que dans le même texte de référence, Lénine dit aussi que "Mais, d'autre part, nous ne souhaitons nullement la séparation. Nous voulons un État aussi grand que possible, une union aussi étroite que possible, un aussi grand nombre que possible de nations qui vivent au voisinage des Grands-Russes ; nous le voulons dans l'intérêt de la démocratie et du socialisme, en vue d'amener à la lutte du prolétariat le plus grand nombre possible de travailleurs de différentes nations. Nous voulons l'unité du prolétariat révolutionnaire, l'union et non la division"... ce que saisiront bien sûr au vol tous les jacobinards, espagnolistes et autres "britannistes" "rouges" pour alimenter et "confirmer" leurs "arguments" pourris ; alors que Lénine ne fait qu'exprimer là son internationalisme, son souhait (et c'est bien le moins que l'on puisse attendre de lui...) de voir le "maximum" de Peuples travailleurs unis autour de la révolution prolétarienne pour la libération de l'humanité et le communisme (et l'Empire tsariste, avec ses presque 22 millions de km² et ses 180 millions d'habitant-e-s à cheval sur deux continents, était bien sûr le cadre géographique "rêvé" pour cela), et nullement un quelconque centralisme jacobin conforme à leurs fantasmes (ou, mieux dit, à leur râtelier historique) de petits bourgeois et/ou d'aristocrates ouvriers. Il s'agit bien d'une union "la plus large et étroite possible" mais qui, comme on l'a dit, ne peut être qu'une union LIBRE, "librement" c'est-à-dire démocratiquement consentie et non forcée comme celle des 130 départements de la "France" "révolutionnaire" bourgeoise des années 1790-1800 ; une union d'ailleurs uniquement possible dans le cadre d'un système supérieur socialiste ("la révolution sociale met à l'ordre du jour l'union des seuls États qui sont passés au socialisme ou qui marchent vers le socialisme") ; et pour laquelle Lénine est d'ailleurs même prêt à "perdre" des Peuples au profit de la Réaction (Pologne, Finlande) au nom de ce principe supérieur de liberté d'union ou de séparation (une vision plus "jacobine" autoritaire était peut-être celle de Staline et de quelques autres ; ainsi que très certainement de Trotsky, Rosa Luxemburg et autres "hochets" perpétuellement agités par les "anti-staliniens" en réalité anti-léninistes ; mais elle fut impitoyablement combattue par Lénine jusqu'à son dernier souffle et le temps est révolu de faire dire à Vladimir Illitch tout et n'importe quoi - et surtout ce qui nourrit ses propres fantasmes de pathétique "soldat de l'an II" avec 220 ans de retard, d'"universaliste" impérial etc. etc.). Une telle union "libre" (démocratique) de Peuples marchant vers le communisme, il est bien évident que nous aussi la souhaitons la plus large possible, la plus "solide" au sens de détermination des Peuples associés à ne pas "lâcher" le projet révolutionnaire commun, et d'ailleurs pas (nous ne voyons pas pourquoi) limitée aux frontières hexagonales de l’État "français" légué par la bourgeoisie (les gens ne puent pas, à notre connaissance, au-delà de celles-ci).

    *** "L'exercice du droit à l'autodétermination dépend des circonstances historiques concrètes à un certain point déterminé de l'histoire. Il appartient aux révolutionnaires de travailler et d'influer politiquement sur la décision de la nation par rapport au droit à l'autodétermination. La décision du Parti révolutionnaire pourra être aussi bien l'autonomie que la fédération, la sécession ou toute autre option qui soit dans le meilleur intérêt des masses laborieuses, en particulier du prolétariat."  

     


    2 commentaires

  • Il est évident que les attentats de Paris (7-8-9 janvier dernier) et l'immense mobilisation bourgeoise pour la "liberté d'expression" qui a suivi ont (encore une fois) remis sur le devant de la scène la question des religions et de ce qui en serait supposément l'antithèse ("laïcité", "rationalisme", "libre pensée", "Lumières"), dans un souci de mobiliser à "gauche" du champ politique bourgeois (la droite, elle, se complique moins la vie en assumant "l'héritage chrétien de l'Occident" qui serait "supérieur" aux autres religions et civilisations...). Et donc, remis encore une fois à l'ordre du jour la question du rapport des marxistes à la religion et à l'immense majorité de personnes croyantes que compte encore la planète.

    Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroitUne question qui tend évidemment à se centrer depuis de nombreuses années sur l'islam, car c'est cette religion que mobilisent un certain nombre de concentrations de Capital (principalement l'Iran et l'Arabie saoudite/Golfe arabo-persique) pour mener un "bras de fer" contre l'impérialisme euro-nord-américain et que s'approprient des éléments radicaux et même de véritables petites armées (Al-Qaïda, Daesh, talibans pakistano-afghans, résistance islamique palestinienne, divers groupes du Sahel ou de la Corne de l'Afrique, Boko Haram etc.) pour mener leurs actions militaires contre l'impérialisme en question et son chien de garde sioniste ; actions qui de par le caractère réactionnaire de cette idéologie, leurs cibles et leurs méthodes apparaissent souvent à l'opinion publique mondiale comme le "summum de la barbarie" - de fait, pour des forces comme l'"État islamique"/Daesh, il est possible de parler (et nous parlons) de monstres du clair-obscur ("Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres" - A. Gramsci), d'"explosions dans le ventre du vieux monde" qui jaillissent hideuses des entrailles putréfiées de l'ordre capitaliste-impérialiste mondial en crise terminale : la bourgeoisie et les "faiseurs d'opinion" occidentaux ont alors beau jeu de s'horrifier devant ce qu'ils ont eux-mêmes engendré par leur politique dans les pays musulmans (ainsi que l'annonçait déjà le réformiste Jaurès en... 1912) et nous ne céderons pas à leurs appels à "défendre 'la' - leur - civilisation contre la barbarie" ; mais il n'en reste pas moins que les Peuples confrontés à la barbarie doivent se défendre et ils le font, avec toute notre solidarité internationaliste [mais dans beaucoup de cas également (Palestine, Liban, Afghanistan, Irak durant l'occupation US), l'"islamisme" consiste en une résistance nationale et quels que soient les sentiments que peut nous inspirer cette idéologie, nous ne pouvons que souhaiter les revers tactiques qu'elle peut infliger à l'impérialisme et à ses agents locaux (Israël, armée "afghane", armée "philippine" etc.)].

    Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroitPartant de là, dans ce contexte de guerre ouverte entre Occident impérialiste et "djihadisme" avec en jeu les principales ressources énergétiques de la planète, les personnes de foi musulmane affirmée... voire de confession musulmane tout court tendent à être considérées dans les pays occidentaux (où elles sont déjà des colonies intérieures) comme une "cinquième colonne ennemie" en butte à toutes les stigmatisations, qui débouchent sur des actes pogromistes de plus en plus violents.

    Mais en réalité, dans les classes populaires, ce sont toutes les confessions et toutes les "origines" qui sont concernées par un puissant regain religieux depuis environ un quart de siècle : alors que la génération du baby boom s'était caractérisée par une grande déconfessionnalisation, les jeunes de naissance "culturelle" catholique ou juive sont nombreux à revenir vers la pratique religieuse tandis que les Églises évangéliques (à ne pas confondre avec les Églises réformées : elles en sont totalement indépendantes et d'une religiosité beaucoup plus "militante") connaissent un grand succès dans les communautés originaires d'Afrique, des Caraïbes ou encore d'Amérique latine (ou encore chez les Rroms sinté - "Manouches", "Tziganes"). Nous avons déjà eu l'occasion d'analyser ce regain comme une "recherche par les masses de réponses face à un sentiment de "perte de sens" dans l'existence sociale, de triomphe du consumérisme et du fétichisme de la marchandise ("matérialisme" selon leurs mots), de l'individualisme etc. etc. ; une manière (également) de réintégrer "artificiellement" une communauté sociale "solidaire" et "sincère" ; bref une quête de "gouttes de soleil" dans la Cité des Spectres"  (on pourrait encore mentionner l'action caritative et socio-humanitaire, très souvent - plus ou moins ouvertement - confessionnelle) ; tout ceci dans un contexte de mouvement révolutionnaire communiste en reflux, qui ne joue plus suffisamment ce rôle auprès des masses du Peuple.*

    Les marxistes conséquents que nous sommes ont pour position claire de ne pas mettre une religion au-dessus d'une autre [même la certaine fascination pour le protestantisme qui pouvait exister chez Marx et Engels, dans l'esprit de leur époque qui était celle des révolutions bourgeoises, a été largement démentie par les faits depuis et même par une étude un peu sérieuse des siècles précédents : c'est au nom de la Réforme que l'on a combattu Richelieu et Louis XIV en Occitanie mais aussi en son même nom que l'on a massacré puis opprimé et affamé en Irlande,Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroit colonisé et massacré en Amérique ou en Afrique du Sud ; que des paysans allemands se sont levés contre les princes... et que des princes luthériens les ont écrasés ; que des quakers ont combattu l'esclavage et que des planteurs l'ont pratiqué etc. etc.]. Mais surtout nous ne considérons pas le "rationalisme", la "laïcité", la "libre pensée" et l'"esprit des Lumières" comme supérieurs par essence au sentiment religieux : dès lors que les bourgeoisies (et notamment la bourgeoisie "française" !!!) ont fait de ces notions leur nouvelle doxa, que d'oppressions, que de massacres n'ont pas été commis et justifiés en leur nom tandis qu'en face, tant dans les pays musulmans qu'en Amérique latine ou en Afrique, la religion pouvait être le ferment de mobilisations et de résistances 100% justifiées contre ces oppressions ?

    Si l'on se penche avec attention sur les principales religions que compte la planète, on s'aperçoit en fait qu'il est possible de prendre la plupart de ces concepts formulés il y a 2.000 ans ou plus et de les passer à travers une sorte de "traducteur automatique" en "marxiste" qui donnerait ceci :

    - "Dieu" (ou le Karma et le Dharma chez les bouddhistes, qui ne reconnaissent pas cette notion d'être suprême, transcendant et créateur) = le mouvement éternel et dialectique de la matière, de toute chose, vers le "mieux" c'est-à-dire vers le dépassement positif de la contradiction qui est le moteur dudit mouvement (pour la chose "société humaine", il s'agit du communisme) ;

    - "Bien" (qui correspond d'ailleurs à Dieu dans la plupart des religions, où celui-ci n'est pas ambivalent) = ce que nous marxistes appelons le Nouveau, le progressiste, l'émancipateur, l'antithèse de ce qui est injuste et fait souffrir ;

    - "Mal" = ce que nous appelons l'Ancien, ce qui est réactionnaire, oppresseur, ce qui impose l'injustice et fait régner la souffrance ;

    - "Royaume de Dieu" ou "du Christ" ou "du Mahdi", "Jérusalem céleste" de la "Fin des Temps", "avènement de Maitreya" chez les bouddhistes et autres "Âges d'Or" eschatologiques (règne du bonheur pour l'humanité) : comment ne pas y voir la société communiste ?

    - Mythe de la résurrection du Christ (chez les chrétiens exclusivement) : manière comme une autre de dire qu'"on peut tuer un homme mais pas ses idées" (qui ont effectivement connu un certain triomphe depuis), "je reviendrai et je serai des millions"...

    Etc. etc.

    Il faut en réalité comprendre que la prise de conscience par l'humanité de sa marche historique vers le communisme est forcément progressive, liée au niveau des forces productives, et se fait avec les mots de chaque époque. À l'époque où l'humanité n'avait aucune prise sur les éléments naturels qui l'entouraient, l'existence d'une force supérieure appelée "Dieu" était pour ainsi dire une évidence (et d'ailleurs elle le reste encore aujourd'hui pour beaucoup, à l'ère de la fibre optique et du TGV !)**. Et dès lors, qui était mieux placé que cette force toute-puissante pour imposer de son autorité incontestable les changements sociaux dont l'humanité avait besoin ?

    Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroitLe judaïsme avec Moïse, David et Salomon a imposé la notion de loi, de règles de vivre-ensemble dans des sociétés qui en étaient pratiquement dépourvues, sorties du "communisme" primitif et de ses règles "instinctives" (imposées par la survie du groupe face à la nature) et où n'existaient plus dès lors que la vengeance personnelle et la loi du plus fort.

    Le christianisme est d'abord né comme une résistance populaire "nationale" araméenne (Proche-Orient) contre la domination romaine (Jésus était très certainement un rebelle, dont la croix était le supplice romain normal, et sans doute beaucoup moins non-violent qu'on ne l'a décrit par la suite...) ; puis il s'est imposé dans tout l'Empire comme idéologie des masses opprimées par celui-ci (esclaves, pauvres, paysans etc.) pour conduire au fil des siècles (pas en quelque années) ce qu'il faut bien appeler la "révolution féodale" contre le système esclavagiste, humanisant considérablement la condition des masses qui passèrent d'esclaves ou de plébéiens désœuvrés à serfs, compagnons, parfois alleutiers (paysans libres ou ne devant qu'un tribut symbolique à un évêque ou autre seigneur, et organisés en petites républiques démocratiques) etc. ; rôle fondamental également dans le contexte de mise en place plutôt chaotique de la féodalité, avec ses guerres permanentes, ses pillages etc. : mouvement de la "Paix de Dieu" au 10e siècle par exemple.

    Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroitL'islam, né comme démarche d'unification nationale arabe (péninsule arabique auparavant divisée en tribus nomades, cités indépendantes etc.), jouera un rôle similaire en se lançant à l'assaut des vieux Empires byzantin (ce qu'il restait de l'Empire romain : un Empire romain hellénisé opprimant les Peuples du Proche-Orient et d'Afrique du Nord) et perse : une "révolution féodale" et même quelque part une "première révolution bourgeoise" - l'islam étant dès l'origine une religion de marchands. On connaît (quand on ne fait pas semblant de l'ignorer) le rôle fondamental joué par cette civilisation dans l'histoire de l'humanité.

    De la même manière, le bouddhisme introduisit la notion de compassion dans des sociétés asiatiques antiques qui, mêlant esclavagisme et servage "dur" (ou encore le terrible système des castes de l'hindouisme), en étaient passablement dépourvues. En Chine, le confucianisme affirma une doctrine autoritaire mais (malheureusement) indispensable à la mise en place d'un véritable État au sens (presque) moderne tandis que le taoïsme (Lao Tseu etc.) développa une philosophie d'unité relative des contraires pratiquement dialectique, qui jouera un rôle fondamental dans l'appropriation chinoise (maoïste) du marxisme...

    Toute ces humanisations de la condition des masses (des producteurs) n'étaient bien sûr pas l'expression d'un "Bien" transcendant mais une traduction dans la pensée humaine des nécessités de leur époque, car elles avaient pour conséquence immédiate de libérer la production (matérielle et intellectuelle) et donc la "marche" vers le communisme : ainsi, par exemple, l'Empire romain avait pratiquement mis en place une sorte de "capitalisme" mais celui-ci, reposant pour sa production sur un esclavage sans pitié, ne pouvait pas fonctionner et était voué à s'effondrer sous ses propres contradictions (faible productivité des esclaves, nécessité de les remplacer en permanence en raison de la forte mortalité, etc.). En réduisant l'esclavage (qui ne disparut pas !) à un rôle marginal dans la production, qui reposerait dès lors (principalement) sur des hommes et des femmes un peu plus propriétaires d'eux/elles-mêmes et de leurs moyens de production, le christianisme et l'islam ont permis à la société humaine des pays concernés d'avancer vers le monde que nous connaissons aujourd'hui - et donc le socialisme à l'ordre du jour tel que nous l'avons.

    Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroitLes pseudo-"philosophes" à la Michel Onfray qui (dans la droite ligne de la pensée bourgeoise depuis trois siècles) dépeignent l'Antiquité esclavagiste comme un "Âge de Lumière" plongé par le christianisme et l'islam dans les "Ténèbres" jusqu'à la Renaissance voire au 18e siècle n'ont strictement rien compris à rien ! Non seulement (les recherches historiques depuis quelques années le montrent) le "déclin" suite à la "chute" (autre mythe) de l'Empire romain a été tout relatif (par exemple, la cathédrale de Paris sous les Mérovingiens aurait été plus grande que l'actuelle Notre-Dame) et par ailleurs géographiquement inégal (les régions de romanisation superficielle ont pu décliner fortement, déclin d'ailleurs entamé sous l'Empire, mais les régions restées byzantines ou devenues wisigothes - Occitanie, "Espagne" - puis conquises par les Arabes, ou encore la péninsule italienne n'ont pas vraiment "régressé"), mais la "marche" de l'histoire reprend fermement dès l'An 1000 et de fait, sans cette "chute" de l'Antiquité romaine, il n'y aurait jamais eu ni capitalisme ni humanisme ni Renaissance ni Lumières !

    Bien sûr, une fois que les religions ont réussi leurs "révolutions" et sont devenues les idéologies officielles de la nouvelle classe dominante (comme typiquement le christianisme romain au Concile de Nicée en 325), autrement dit de l'ordre établi, leur rôle s'est tourné vers la conservation de cet ordre et est donc devenu réactionnaire... et encore, pas unanimement puisque jusqu'aux 18e-19e siècles et même jusqu'encore aujourd'hui dans certains cas, la contestation de l'ordre existant inégalitaire et injuste (ayant fait oublier au fil des siècles qu'il avait été "mieux" qu'un autre ordre fut un temps...) s'est souvent basée sur un "retour" à la "pureté originelle" du message religieux (ce qui est la vraie définition du "fondamentalisme").

    C'est dans ce contexte où elles sont devenues idéologies dominantes que les religions ont pu perpétrer les actes "obscurantistes" que leur reprochent les "lumiéreux" : chasse à la "sorcellerie" et à l'"hérésie", à la "sodomie" (homosexualité) et à la liberté féminine (ce qui rejoint la "chasse aux sorcières") au profit d'un patriarcat... au demeurant pilier de l'accumulation primitive capitaliste ; ou encore obstruction à la découverte scientifique lorsqu'elle remettait trop en cause leur vision du monde, donc l'ordre social (Galilée etc.).

    Mais il n'en reste pas moins que toutes les grandes religions "révélées" auront été en leur temps la formulation avec les mots de l'époque de la nécessité humaine d'avancer dans l'émancipation vers le communisme. La "toute-puissance" dont les prophètes investissaient leur "Dieu" étant le signifiant de l'irrésistibilité, de l'impérativité de ce mouvement historique contre toutes les "certitudes" de l'époque - la notion deEncore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroit ce qui est certain étant remise exclusivement entre les mains de "Dieu", imposant par là-même le doute, l'humilité, la remise en question de l'être social et une démarche intellectuelle critique.

    Il n'en a d'ailleurs pas été autrement de la pensée "humaniste" du capitalisme, qui a elle aussi joué son rôle révolutionnaire - pour la révolution bourgeoise. En fait et pour être exact, l'affirmation de la bourgeoisie et du capitalisme dans la production a conduit dès la seconde moitié du Moyen Âge à sécréter de l'humanisme (idéologie affirmant la centralité de l'être humain contre les prétendus pouvoirs de "droit divin"... mais idéologie très rarement athée/antithéiste pour autant !), d'autant plus que la bourgeoisie ne faisait pas que s'affirmer contre la féodalité mais était aussi consciente que les travailleurs qu'elle exploitait seraient un jour ses fossoyeurs (c'est la première classe à avoir conscience de cela dans l'histoire) ; mais dans le même temps, chaque pas de la bourgeoisie vers (puis dans) le pouvoir et du capitalisme dans sa logique d'exploitation et de domination effrénée pour dégager son vital taux de profit les conduisaient à piétiner cet humanisme tout juste affirmé, en fixant par exemple des "limites" à l'humanité à laquelle il était censé s'appliquer - donnant ainsi naissance au Blanc et au non-Blanc. La Réforme protestante a sans doute incarné plus que n'importe quel autre courant ce mouvement perpétuel de balancier, parfois incarné en une seule et même personne comme celle de Luther, dont nous avons évoqué plus haut l'attitude face aux paysans anabaptistes de Thomas Münzer. Ceci n'empêche bien sûr pas cet humanisme de former une part importante de la conception communiste du monde - qui, plus exactement, le porte à un niveau supérieur.

    Tout ce que nous venons de voir, cette nature révolutionnaire des religions en leur temps et la "traduction" généralement possible de leurs concepts en "langage marxiste" (ce qui explique sans doute, le plus sûrement, leur regain dans le contexte actuel de langage marxiste un peu inaudible...), fait que les personnes religieuses ne sont certainement pas les moins susceptibles d'être amenées (par un travail politique patient et non-sectaire, côte-à-côte dans les luttes face aux injustices du quotidien) vers la conception communiste du monde.

    En tout cas, elles le sont beaucoup plus que celles pour qui l'"athéisme" consiste à ne croire en rien sinon en elles-mêmes et en la marchandise qu'elles peuvent accumuler, ou en la négation de tout "principe supérieur" à ce que la "supériorité" individuelle (réelle ou supposée, physique ou "intellectuelle" ou économique) permet d'acquérir et à la jouissance procurée par cette acquisition - cette conception nietzschéenne que l'on retrouvera dans le nazisme (pas spécialement "militant" sur le plan religieux, bien au contraire : 100% rationaliste et scientiste !) et dont se gargarisent aujourd'hui les Michel Onfray... ou encore les "néo-païens" fascistes à la Guillaume Faye ou Dominique Venner - car l'Antiquité esclavagiste finale (romaine), au-delà de sa base productive différente (esclave et non salariée), était un peu "tombée" à un niveau de nihilisme "rationaliste", "sceptique" et "libre penseur" comparable à notre capitalisme pourrissant actuel.


                Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroit Encore quelques petites réflexions sur les religions et l'attitude des marxistes à leur endroit


    * L'on pourrait citer en cela, à titre d'exemple, les propos que pouvait tenir... Khaled Kelkal à un sociologue allemand l'interviewant pour sa thèse en 1992, trois ans avant d'entrer dans l'histoire comme le "premier djihadistes français" : "Vous entrez à la mosquée, vous êtes à l'aise tout de suite, on vous serre la main, on vous considère comme un ami qu'on connaît depuis longtemps. Il n'y a pas la méfiance, tous les préjugés. Dans la rue, on dit bonjour à quelqu'un : "Pourquoi vous dites bonjour ? je ne vous connais pas !". Moi, je vois un musulman dans la rue : "Salam aleikoum !" ; il me regarde avec un grand sourire, on s'arrête et on discute. C'est la reconnaissance d'autrui, on est frères même si on ne se connaît pas."

    ** L'on peut distinguer à ce niveau trois grandes étapes :

    - Les croyances du stade de la communauté "primitive", tout d'abord, placent des êtres surnaturels derrière les différents phénomènes que l'être humain n'explique et ne domine pas (parmi lesquels la mort... qu'il ne domine toujours pas au jour d'aujourd'hui) ;

    - Par la suite, lorsqu'apparaissent les véritables sociétés organisées proprement dites, les religions ont à-peu-près toutes en commun d'opposer un principe de Bien et un principe de Mal (ou de Vie et de Mort, de bien-être et de souffrance, bref). Les êtres surnaturels placés "derrière" les phénomènes de la nature vont se voir attribuer (généralement en fonction des phénomènes "derrière" lesquels ils se cachent) une nature bénéfique ou maléfique, ou parfois ambivalente - ce seront les religions dites "païennes" (égyptienne ou proche-orientales, grecque ou romaine, celtique ou germano-scandinave, africaines ou hindoue ou amérindiennes etc.) ; dans d'autres cas (religion-philosophie chinoise) les principes tendront à être "absolus" et "abstraits". Mais dans tous les cas, les deux grands principes sont "égaux" : comprendre que l'un, bien entendu, "plaît" à l'être humain et l'autre ne lui plaît pas, mais ils sont d'égale puissance et l'on ne peut "rien y faire". Un exemple assez connu est celui du tao chinois (Lao Tseu aurait vécu au 6e siècle avant l'ère chrétienne, mais les principes du tao remonteraient à près de deux millénaires avant, aux origines de la civilisation extrême-orientale), avec ses célèbres yin et yang. S'il est courant de dire que cette philosophie a profondément inspiré Mao dans sa compréhension du matérialisme dialectique, elle présente néanmoins une différence majeure avec celui-ci : pour Mao, l'affrontement ("dans l'unité") des contraires transforme les choses et les porte à un niveau qualitativement supérieur ; alors que les phénomènes mûs par le tao n'"avancent pas", les cycles ramenant éternellement les choses à un même état immuable.

    - Enfin, les religions dites "révélées" (bouddhisme, judaïsme, christianisme, islam) apportent cette nouveauté que (d'abord) l'ambivalence "céleste" n'existe plus (le Bien = Dieu est le Bien, le Mal = Satan et les démons est le Mal), et (ensuite et surtout) le Bien a vocation à triompher du Mal (et la Vie de la Mort, et le "bien-être" de la souffrance, etc. etc.).

     


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  • LE sujet qui a beaucoup fait jaser cette semaine, c'est bien sûr la victoire de Syriza (gauche "radicale") aux élections législatives grecques et SURTOUT, le lendemain même de cette victoire, la décision confirmée par la suite de former une coalition de gouvernement avec les "Grecs indépendants" (ANEL, 13 députés, en net recul d'ailleurs par rapport à 2012), une formation de droite souverainiste comparable à ce que seraient ici Philippe de Villiers, "Debout la France" de Nicolas Dupont-Aignan ou même des gens comme Paul-Marie Coûteaux qui frayent avec le Front National.

    Sur le "souverainisme de droite" et la question des "extrêmes nationalistes-populistes-staliniens-blablabla qui se rejoignent"C'est évidemment le "choc" pour celles et ceux qui ont voulu fantasmer dans la victoire de Syriza une "révolution par les urnes" façon Chili d'Allende ou Venezuela de Chávez ; ce qui par conséquent ne nous concerne pas : nous n'avons jamais rien vu d'autre en Syriza qu'une social-démocratie "musclée" (dans ses discours de campagne en tout cas) ou simplement "à l'ancienne" (telle que pouvait l'être la social-démocratie en Europe jusqu'aux années 1980, comme le PASOK grec par exemple) ; un réformisme "antilibéral" ayant pour priorité d'arracher la Grèce au sort qui lui est fait depuis 5 ans par l'Union européenne et le FMI et pour qui du coup, l'alliance "naturelle" avec le KKE étant fermée depuis toujours, s'allier à ANEL était beaucoup moins illogique aux yeux de son électorat que de s'allier avec les résidus du PASOK (honni des classes populaires) ou avec To Potami (petite formation social-libérale et européiste) - il apparaît maintenant que l'accord de gouvernement était déjà en pourparlers bien avant les élections. On pourra certes toujours crier à la "trahison" et à l'"opportunisme", mais à quoi s'attendait-on donc d'une formation qui ne doit son succès électoral de dimanche QU'À sa "pragmatisation" et à sa droitisation depuis des années, ayant sans doute même capté... beaucoup des quelques 377.000 électeurs perdus par ANEL depuis mai 2012.

    Nous avons déjà expliqué à la fin de cet article qu'ergoter sur cette alliance "contre-nature" (en fait, elle ne l'est nullement dans le contexte grec !) c'était finalement faire de Syriza la question ; or Syriza N'EST PAS la question qui est celle des masses populaires travailleuses et de leur mouvement réel pour s'arracher aux griffes de l'"austérité" capitaliste, mouvement dont la victoire de Syriza n'est qu'une traduction et (finalement) une péripétie parmi d'autres.

    Mais c'est aussi et SURTOUT l'occasion d'entendre un autre discours, porté celui-là par tous les médias du libéralisme et du social-libéralisme pro-UE et relayé par toute une extrême-gauche nihiliste nationale, "le-prolétariat-n'a-pas-de-patrie", "nationalisme = caca" etc. etc. : le discours selon lequel "les affreux nationaliiiismes populiiiiistes de gauche et de droite se rejoignent (ne vous l'a-t-on pas toujours bien dit ?)".

    Ce sera donc pour nous l'occasion de nous pencher sur cette question du souverainisme, de l'anti-européisme et en particulier du souverainisme de droite qui selon tous ces discours libéraux-européistes ou "antinationalistes" ultra-gauchistes se "rejoindrait" avec l'opposition anticapitaliste ou en tout cas "antilibérale" (réformiste "musclée") aux politiques européennes.

    Soyons clairs : l'Europe tend de plus en plus vers une unité capitaliste intégrée (de production et d'écoulement du produit) et donc, de fait, la "rupture" de droite avec l'"européisme" cela n'existe pas, car aucune bourgeoisie d'aucun pays n'y a réellement intérêt.

    Ce qui est envisageable et que (pour preuve) envisagent des gens pas spécialement "europhobes" comme Laurent Wauquiez, c'est éventuellement une Europe "à plusieurs vitesses", plus ou moins "à la carte" (vision anglaise) ou encore "autour d'un noyau dur de quelques pays", une Europe "des grands projets comme Airbus ou Ariane" que ne rejettent pas Zemmour ni Marine Le Pen, etc. etc. : l'application des mêmes règlementations, des mêmes devoirs et (surtout) des mêmes droits de la Bretagne jusqu'aux frontières russes et de la Scandinavie jusqu'à quelques encablures du Maghreb ou de la Turquie est effectivement quelque chose qui commence à poser question dans le Grand Capital des principaux et plus riches États membres, avec le "ras-le-bol de payer pour tout le monde" etc. etc. Là-dessus pourrait en effet se former un consensus si la crise se poursuit et s'approfondit ; comme encore sur l'idée de renforcer les contrôles aux frontières (extérieures de l'Union surtout, mais aussi internes) contre l'immigration extra-européenne voire de restreindre les possibilités d'immigration interne depuis les pays en crise (comme la Grèce ou l’État espagnol) vers ceux qui "vont mieux" comme l’État français ou l'Allemagne (c'est tout à fait possible : la liberté de circulation n'a jamais signifié liberté d'installation, ni droit automatique d'accès aux aides sociales par exemple), de "régler" la question des Rroms avec la Roumanie et la Bulgarie etc. etc. Certains courants des différentes bourgeoisies pourront également (ils le font déjà !) militer pour une Europe plus "indépendante des États-Unis", plus tournée vers Moscou que vers Washington ("euro-russisme") etc.

    En tant que "solutions" du capitalisme à sa propre crise, ces mesures s'accompagneraient évidemment à l'intérieur de chaque pays de toute une série d'autres... répondant en dernière analyse (puisque "réponses" du capitalisme à sa propre crise) à la définition du fascisme, un fascisme du 21e siècle. Mais prôner un repli "national" de chaque État sur lui-même, un programme de "cavalier seul" n'est plus crédible à notre époque et faire de cela le seul et unique critère de ce qui est fasciste ou pas, c'est Sur le "souverainisme de droite" et le question des "extrêmes nationalistes-populistes-staliniens-blablabla qui se rejoignent"délibérément perdre de vue tout le mouvement général de fascisation des gouvernances bourgeoises sur le continent avec ses "solutions" beaucoup plus crédibles et consensuelles... et donc beaucoup plus susceptibles de s'imposer au pouvoir !

    En définitive, la droite "eurosceptique" ou carrément "anti-européiste" n'est que l'expression de secteurs généralement minoritaires des bourgeoisies européennes que la "grosse machine bruxelloise" gêne dans leurs intérêts, souvent des secteurs productifs fragiles et craignant (par conséquent) la concurrence "libre et non-faussée" (comme le secteur agricole par exemple) ; des secteurs bourgeois qui d'ailleurs, tout en tenant devant les masses (pour les mobiliser derrière eux : populisme) un discours violemment anti-"Bruxelles", admettent souvent en "petit comité" pouvoir se satisfaire d'une Europe à "géométrie plus variable" qui autoriserait aux États plus de protectionnisme vis-à-vis de leur production (ou de certains secteurs de celle-ci) et parfois aussi... plus de "libéralisme" au sens de politique pro-patronale et anti-travailleurs, ce qui est par exemple la ligne de l'UKIP et d'une bonne partie des conservateurs britanniques ou encore de Geert Wilders aux Pays-Bas : eh oui, protectionnisme, euroscepticisme et État social ne vont de pair que dans les esprits simples ; et beaucoup de l'anti-européisme qui s'est exprimé ces 10 dernières années n'est pas dirigé contre une Europe "antisociale" mais au contraire TROP sociale (dénoncée comme une "bureaucratie soviétique" etc. etc.)...

    En bref (pour revenir à notre sujet), l'anti-européisme de droite plus-ou-moins extrême tient devant les classes populaires les plus touchées par la crise un discours "socialiste" faisant de l'Union européenne la cause de toutes leurs souffrances, mais est généralement prêt à se rallier à un "consensus" tel que nous l'avons vu plus haut et ne souhaite en réalité, parfois voire souvent, que moins de "bureaucratie" c'est-à-dire de droits sociaux opposables dans les rapports de la bourgeoisie avec ceux qu'elle exploite...

    En Grèce, les "Grecs indépendants" d'ANEL consistent donc en une fraction de la droite conservatrice bourgeoise qui s'est "insurgée" contre ce qu'elle perçoit comme un acharnement et une injustice faite au pays, à sa production... et aux maîtres de celle-ci : la bourgeoisie grecque. Pour en finir avec cette injustice (les "mémorandums" imposés par la "troïka" Commission européenne-BCE-FMI), elle a choisi de provoquer des élections anticipées que Syriza avait toutes les chances de remporter (ce qui a été le cas) puis d'aider cette dernière à former un gouvernement majoritaire. Mais il est clair que son "soutien" à Syriza n'ira pas au-delà de la renégociation de la dette du pays et de la fin des "mémorandums". Pour toute RÉFORME démocratique ou sociale conséquente (sans même parler de révolution !) en faveur du Peuple grec et au détriment du Capital, de l’Église ou autres, elle opposera son veto. Il n'est même pas certain que la sortie de l'Union européenne ou même seulement de la zone euro soit dans ses priorités - en tout cas, la bourgeoisie grecque qu'un parti de droite (jusqu'à nouvel ordre) est censé représenter s'y opposerait certainement car ce n'est pas dans son intérêt ; à voir alors comment se positionnerait ANEL.

    Sur le "souverainisme de droite" et la question des "extrêmes nationalistes-populistes-staliniens-blablabla qui se rejoignent"Pour ce qui est du "souverainisme de gauche", il consiste généralement à la base en une social-démocratie volontariste qui voit dans les traités et les règlements européens une barrière pour les politiques qu'elle souhaiterait mener - à raison car l'"idéal" de la construction européenne consisterait plutôt en un libéralisme vite-fait social, pas en une véritable social-démocratie étatiste et redistributive. Dans certains pays (pas tous) il s'appuie parfois sur les mythes "patriotiques" un brin chauvins qui animent l'aile gauche de la bourgeoisie depuis l'époque (fin 18e et 19e siècle) où celle-ci faisait face à un "étranger" appuyant les résidus féodaux-cléricaux et l'aile conservatrice, comme typiquement le jacobinisme en "France" ou le garibaldisme en Italie. Bien entendu, comme tout le monde l'aura remarqué, la tendance depuis une trentaine d'années est à l'hégémonie intellectuelle DE DROITE et autant le libéralisme "thatchérien" hégémonise la gauche modérée et pro-européenne qui devient social-libérale ("blairiste"), autant le nationalisme anti-européen de droite tend à hégémoniser l'opposition à l'UE sur une ligne social-démocrate "à l'ancienne" mâtinée de social-chauvinisme jacobin... À ce sujet, une (re)découverte très intéressante sur le site LMSI ("Les Mots Sont Importants") rappelle comment début 2002, la candidature à la présidentielle de l'ancien (très sécuritaire, anti-"sauvageons" de banlieue, anti-libérations nationales etc.) Ministre de l'Intérieur et "souverainiste de gauche" Jean-Pierre Chevènement était devenue le point de ralliement et (parfois) la matrice idéologique de toute une "faune" regroupant entre autres spécimens Michel Houellebecq, Élisabeth Lévy (éditorialiste très réac, actuelle directrice de Causeur), Natacha Polony, Alain Finkielkraut, Max Gallo, Paul-Marie Coûteaux (désormais allié du FN), Renaud Camus, Alain Soral (on s'épargnera de le présenter...) et encore la liste de l'article omet-elle rien de moins que... Florian Philippot (conseiller n°1 de Marine Le Pen) ou encore Éric Zemmour : Trois thèses sur Houellebecq et Chevènement.

    Bref et pour conclure, il n'y a là nuls "extrêmes" qui "se rejoindraient" unis par le même "nationalisme anti-européen" mais bien une question d'hégémonie qu'évidemment seuls les marxistes gramsciens peuvent comprendre. Lorsque la social-démocratie keynésienne parvient à bâtir une hégémonie intellectuelle autour de ses positions, on a alors des sociétés comme celles d'Allemagne ou de Scandinavie dans les années 1960 à 1980, ou même (brièvement) de l’État français en 1981 et dans les quelques années suivantes. Lorsque le mouvement communiste marxiste a conquis l'hégémonie, il attire naturellement la base populaire réformiste vers ses positions et la direction tend à suivre - non sans traîner des pieds ni renoncer aux coups de couteau dans le dos. Lorsque c'est par contre la droite réactionnaire et même fascisante qui est hégémonique dans le "débat public", l'aile "pragmatique" de la social-démocratie tend vers la "gestion sociale" d'une économie libérale bon teint ("l'art d'accommoder les restes" écrivait déjà en 1986 un certain... François Hollande) tandis que l'aile "volontariste", généralement hostile à l'Union européenne et à la "mondialisation financière", est inexorablement happée vers les positions d'une droite nationaliste qui afficherait dans ses professions de foi le protectionnisme, l'intervention étatique et une certaine "sensibilité" aux "petits" et aux "laissés-pour-compte" - d'autant plus facilement que des "ponts" historiques existent comme ici, en Hexagone, entre le jacobinisme (de gauche) et le bonapartisme (de droite). Ceci est bien entendu le panorama qui domine largement en Europe ; toutefois, en Grèce, Syriza semble avoir réussi à bâtir une hégémonie réformiste comparable à celle de 1981 en Hexagone et si par "priorité à la lutte contre la troïka" elle s'allie aux souverainistes de droite, du moins pense-t-elle le faire en position de force [ce que laissent supposer de prime abord tant le rapport de force (149 sièges contre 13) que la dynamique - Syriza fait plus que doubler ses élus tandis qu'ANEL en perd le tiers]. Mais ce genre d'hégémonie sociale-démocrate est historiquement de nature fragile et ne résiste pas à l'échec dans ce qu'elle a promis aux classes populaires : elle s'effondre alors brutalement et les choses se jouent dès lors entre le mouvement révolutionnaire communiste (anticapitaliste) et l'hégémonie intellectuelle de droite, hydre qui n'a pas qu'une seule tête (ultra-libérale "mondialiste" ou national-étatiste-interventionniste ou encore ouvertement fasciste) mais bien plusieurs.

    Sur le "souverainisme de droite" et le question des "extrêmes nationalistes-populistes-staliniens-blablabla qui se rejoignent"Les communistes, bien entendu, ne sont d'aucun de ces "camps" que nous venons de voir. Pour eux le capitalisme n'a pas commencé à signifier l'exploitation des travailleurs, l'inégalité, la misère, l'impérialisme (extension de la base d'accumulation) et les idéologies racistes qui l'accompagnent à Maastricht en 1993, ni à Rome en 1957. Un capitalisme incluant une plus ou moins grande dose d'intervention de l’État n'est pas fondamentalement "mieux" qu'un capitalisme reposant uniquement sur la "main invisible" du marché : en version social-démocrate il n'est susceptible d'apporter que des améliorations marginales et temporaires à la condition des classes populaires, et les sincères aspirations de celles-ci à "changer la vie" (sur lesquelles il repose) doivent être gagnées à la conception communiste du monde et non laissées en l'état ; tandis qu'en version fasciste il est inacceptable, ennemi mortel impliquant l'écrasement du mouvement ouvrier et de tout "ennemi intérieur" et (généralement) la guerre impérialiste à l'extérieur. En outre, les communistes particulièrement conséquents qui ont compris et analysé la nature des grands États de la planète comme l’État français [bases d'accumulation et de reproduction du Capital construites à travers les siècles par la/les bourgeoisie(s) d'un/de Centre(s) capitalistes appuyé(e)s sur des monarchies autoritaires ou absolutistes] sont parfaitement insensibles à des sirènes "européistes" ou "souverainistes" qui communient dans la même idéologie bleu-blanc-rouge de négation de nos Peuples prisonniers, de haine envers leurs affirmateurs "patoisants"/"balkanisateurs" et de guerre policière contre les colonies intérieures "territoires perdus de la République"...

    Mais bien sûr et malheureusement, lorsque sans quitter des yeux ni cesser de combattre les "contre-propositions" réactionnaires comme celles du FN et autres "souverainistes" il nous arrive (accessoirement) de combattre le pouvoir en place, qui à notre connaissance et jusqu'à nouvel ordre est plutôt européiste et libéral ou social-libéral (et l'on pourrait encore ajouter atlantiste et pro-israélien), il n'en faut pas plus aux libéraux et sociaux-libéraux en question mais aussi à leur traditionnel sillage d'ultra-gauchistes excité(e)s pour nous mettre dans le même sac que les sociaux-démocrates "antilibéraux" et "souverainistes de gauche" et (de là) que la droite nationaliste. C'est ainsi...


    Sur le "souverainisme de droite" et le question des "extrêmes nationalistes-populistes-staliniens-blablabla qui se rejoignent"


    Sur la victoire de Syriza en Grèce, lire la position de l'OCML-VP : Victoire de Syriza en Grèce, le réformisme à l’épreuve du pouvoir


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  • Sur un site pseudo-"maoïste" ("mao Onfray-Fourest" si l'on peut dire...) que l'on ne présente plus :

    "Toutefois, le capitalisme n'est pas la fin de l'Histoire, et donc il est normal qu'il existe autre chose, en l'occurrence le pire avec le fascisme, le meilleur avec le communisme" : l'affaire est "entendue", capitalisme et fascisme sont donc deux choses "différentes" et non (le premier) un mode de production et (le second) une forme politique particulièrement "extrême" (terroriste ouverte) du premier. Une forme politique d'ailleurs normalement reliée au stade IMPÉRIALISTE, MONOPOLISTE du capitalisme (fut-ce indirectement, avec les dictatures des pays semi-coloniaux à la Pinochet) ce qui devrait, pour atrocement réactionnaire qu'il soit, exclure de la définition l'"islamisme" qui est relié à l'affirmation capitaliste de certains pays semi-coloniaux (monarchies du Golfe ou Pakistan). Un tel "billard à trois bandes" est évidemment (de manière ouvertement assumée ou pas) la porte ouverte à tous les "fronts" avec la bourgeoisie "non-fasciste" contre un fascisme "autre ("mauvaise") alternative" au capitalisme qui peut prendre le visage d'Alain Soral comme des frères Kouachi (mais curieusement jamais d'Éric Zemmour ni d'Alain Finkielkraut) ; toutes les "unions sacrées" qui sont en "France" le marchepied de la dictature ouverte du Capital. Contre cela, les communistes doivent encore et toujours proclamer haut et fort : "derrière le fascisme se cache le Capital" !

    "Il y a toute une série de pratiques dévotionnelles, de démarches de conformité avec un style de vie austère et isolé, d'études à mener, etc." : contre-vérité totale ou (plutôt) classique mise de tous les "islamismes" dans un même "grand sac". L"islamisme", terme de pure invention occidentale, recouvre en réalité des courants très différents. Certains exigent une grande connaissance et observance des textes religieux, d'autres moins ; et tous les connaisseurs de l'islam s'accordent à dire que la connaissance des textes islamiques par les djihadistes "de base" est très superficielle - quant à leur observance, le simple prétexte de "ne pas attirer l'attention" avant de passer à l'action permet de la relativiser considérablement (pour les hommes en tout cas).

    "Peut-on croire qu'un système aussi compliqué puisse naître du « ressentiment » ?" : eh bien (puisque la comparaison, pas totalement idiote au demeurant, est faite avec le nazisme) OUI messieurs, tout à fait. Le RESSENTIMENT devant la misère dans laquelle le Traité de Versailles avait plongé l'Allemagne explique complètement que des millions d'Allemands se soient tournés vers le national-socialisme... et c'est justement ce que l'historiographie occidentale officielle s'ingénie à dissimuler depuis 70 ans : la RESPONSABILITÉ des vainqueurs de 1918 (les mêmes, globalement, qu'en 1945...) dans la genèse du terreau sur lequel a prospéré la "Bête" nazie. Et là encore, si le NSDAP exigeait de ses militants d'être des "guerriers" (grande exigence physique, un peu comme le djihadisme), il est peu probable que les SA et autres SS connaissaient l'idéologie national-socialiste (faite au demeurant de bric et de broc...) sur le bout des doigts - c'était d'ailleurs l'"avantage" de cette idéologie sur le marxisme-léninisme, au but beaucoup plus "grand" (un changement total et radical de mode de production et de société, et non - finalement - se mettre au service de la revanche du Capital allemand) et donc aux exigences beaucoup plus conséquentes... L'autre analogie étant bien sûr l'appel à l'"union sacrée" du Capital "démocratique libéral" contre le monstre qu'il a lui-même précédemment engendré sans assumer pour autant (évidemment) la seule voie capable de le terrasser à jamais, à savoir la révolution populaire-démocratique-socialiste (ce qui conduira finalement à la capitulation de 1940 et à se prosterner devant l'ennemi de la veille - "plutôt Hitler que le Front populaire" ; scénario toutefois peu probable avec l'"islamisme" qui est tout de même très différent, mais on observe quand même un peu la même chose dans l'attitude vis-à-vis des Kurdes "syriens" par exemple...).

     


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  • thCOMPLOCRATIE- Le conspirationnisme consiste à voir dans tous les mécanismes de domination "cachés", "sournois", "détournés", fondés non sur la répression ni sur la persuasion franche des consciences populaires mais sur leur manipulation ou leur "apprivoisement", des "complots" alors qu'ils ne sont que des instruments parmi d'autres de la domination de classe. Cela sous-entend qu'il y aurait de "bons" mécanismes de domination, ceux qui sont "francs" et "ouverts", et des "mauvais" - ceux qui sont "occultes". Autrement dit qu'il y aurait une bonne et une mauvaise domination (aujourd'hui que le capitalisme domine le monde : un bon et un mauvais capitalisme). Tel est réellement le fond de la pensée des conspirationnistes. C'est bien sûr complètement utopique et idéaliste : le mensonge et la manipulation des consciences individuelles sont des mécanismes absolument indispensables à quelque domination de classe que ce soit, théorisés - pour l’État moderne au service du Capital - dès le 16e siècle avec Machiavel, voire avant. Toujours dire la vérité en "toute transparence" et réprimer (on suppose) les personnes qui n'accepteraient pas cette réalité des faits (sur laquelle on ne les aveuglerait pas) "tiendrait", comme mode de gouvernement, au maximum une dizaine d'années - a fortiori depuis qu'une théorie scientifique (le marxisme) est à la disposition de l'émancipation des exploité-e-s et des opprimé-e-s. Prétendre qu'un système capitaliste "éthique" pourrait exister sans mentir, dissimuler et manipuler est une imposture intellectuelle.

    S'y ajoute généralement un besoin de vision binaire du monde avec un "camp du Bien" et un "camp du Mal", refusant de voir la complexité des choses, les contradictions, les transformations en cours ou possibles : un exemple typique est par exemple l'affirmation que "les djihadistes sont une fabrication de l'Occident pour servir de prétextes aux guerres" (comme si l'impérialisme, occidental ou pas d'ailleurs, avait besoin de tels prétextes) alors qu'ils sont en réalité le produit de situations dans lesquelles l'impérialisme occidental joue certes un rôle, mais aussi bien d'autres facteurs et dans tous les cas, "islamisme" et "djihadisme" sont avant tout des phénomènes endogènes aux sociétés musulmanes. Mais comme ils sont "inclassables", s'opposant à TOUS les blocs et toutes les puissances impérialistes ("Croisés") et à toutes les forces qui ne partagent pas leur (très particulière) vision de l'islam sunnite, et qu'il faut bien (malgré tout) les faire rentrer dans un "camp" (en l'occurrence celui du "Mal"), alors...

    Il faut dire que très souvent, les "conspis" sont des gens qui militent pour que l’État où ils vivent renonce à son alignement atlantiste (pro-américain, favorable à Israël etc.)* et se tourne plutôt vers la Russie, la Chine, les régimes "nationalistes" arabes ou sud-américains, l'Iran etc. Des régimes incarnant selon eux le "bon capitalisme" (qu'ils appellent parfois, pour certains, "socialisme") et qui, c'est bien connu, ne dissimulent ni ne déforment "jamais" aucun fait (voilà qui illustre bien l'imposture intellectuelle dont nous parlons plus haut).

    Il est donc absolument clair que nous, communistes, sommes résolument opposés au conspirationnisme. Nous combattons le conspirationnisme car nous combattons tout ce qui altère la conscience politique révolutionnaire du Peuple et la juste compréhension communiste (scientifique) des choses, condamnant dès lors à l'impuissance (parce que pour ses "dénonciateurs" - Thierry Meyssan et compagnie - le "Grand Complot" est évidemment "surpuissant" et "invincible", tout ce que l'on peut faire c'est les écouter nous le "dévoiler" et éventuellement voir en eux et/ou en Poutine et Assad des "contre-pouvoirs" - et surtout acheter leurs livres). Pour prendre l'exemple le plus connu, les théories à la mord-moi-l'nœud sur le 11 Septembre empêchent de comprendre correctement la guerre mondiale non déclarée que traverse le monde depuis la fin de la "Guerre froide" ; guerre dans laquelle il y a (entre autres) un Capital arabe sur-accumulé qui "étouffe" dans ses petits États semi-coloniaux et qui se "rebelle" donc contre l'impérialisme occidental pour tenter d'instaurer un "califat" comme base d'accumulation adaptée (ces théories font au demeurant bien rire les "islamistes" eux-mêmes, qui revendiquent au contraire fièrement l'opération de "cheikh Oussama" contre "les Juifs et les Croisés").

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    - La "chasse aux conspis" consiste non pas à lutter contre ce glissement sémantique de "mécanismes détournés de domination" à "complots" et cette idée qu'il y aurait une "bonne" et une "mauvaise" domination ; mais à asséner l'argument massue de "théorie du complot" devant chaque remise en cause, chaque voile levé sur les mécanismes de domination. Il n’y a pourtant nul besoin de croire en une quelconque "théorie du complot" pour constater l’existence de stratégies de la part des classes dominantes pour orienter l’opinion, pour masquer des réalités, pour imposer des choix en les présentant comme souhaitables et nécessaires. C'est que les gens qui croient aux théories du complot (nous ne parlons pas, bien sûr, de ceux qui les émettent), tout au moins, se posent des questions - auxquelles ils apportent ensuite de mauvaises réponses, celles que leur concoctent les théoriciens conspirationnistes et qui font partie des "défenses immunitaires" du "système". Les "chasseurs de conspis", au contraire, donnent souvent une lamentable impression d'acceptation bêta du monde tel qu'il est, de confiance ovine en tout ce qui se dit et se fait - du moins dans ce qu'ils appellent les "démocraties".

    Dans les faits, consciemment ou en mode "idiots utiles", les "chasseurs de conspis" sont en réalité les agents et les défenseurs de l'alignement géopolitique atlantiste et pro-israélien que combattent les "conspis" (l'on peut consulter ici - pas inintéressant - une petite "cartographie" de cette nébuleuse politique "néocon" dans laquelle les plus médiatiques/"gauche bourgeoise" d'entre eux trouvent pleinement toute leur place). Il est d'ailleurs notable qu'ils n'ont aucun problème à dénoncer les "média-mensonges" (qu'ils appellent pour le coup des hoax**) lorsque ceux-ci émanent des agences de presse d’États ou de forces anti-occidentales (Russie, Chine, Iran, Hezbollah ou islamistes sunnites) ou d'agitateurs qui (en Occident même) leurs sont liés. Seules sont "conspirationnistes", pour eux, les dénonciations de mensonges et autres mécanismes de dominations émanant du bloc impérialiste occidental 

    Le vrai problème, en définitive, de ces "chasseurs de conspis/confusionnistes" tellement indignés que l'on puisse balancer 4 vérités à la gueule de leur magistère intellectuel, c'est qu'ils ne sont pas là pour lutter contre le confusionnisme ; en d'autres mots ils ne sont pas là pour lutter contre les idées fausses, "pourries", "puantes" ou tout ce que l'on voudra, ce qui pourrait être fait très simplement en y opposant des idées justes, en apportant de bonnes réponses et analyses aux questions soulevées : non, ils sont là pour défendre leur conception du monde qui ne vaut guère mieux (qui n'est en dernière analyse que l'aile extrême-gauche de l'idéologie républicarde francouille universaleuse) et imposer celle-ci par le terrorisme intellectuel en faisant taire les bonnes questions auxquelles les "confusionnistes" apportent de mauvaises réponses.

    On retrouve d'ailleurs (et c'est intéressant) la même chose quant à nos luttes d'affirmation de Peuples (il se trouve pour le coup que "conspis" et "anti-conspis" nous vouent une même haine féroce). Pour les "conspis", généralement hostiles à l'Union européenne et à ce qu'ils appellent le "mondialisme", nous sommes des "euro-balkanisateurs" qui veulent détruire leurs si chers États-"nations". Mais pour les "anti-conspis", c'est encore plus "simple" : chaque fois que nous démontons une falsification historique, un mécanisme faisant qu'à l'heure actuelle (c'est un constat de fait) 90% des habitant-e-s de l'Hexagone se sentent "Françai-se-s", nous faisons de la "théorie du complot" ce qui est somme toute "bien normal" pour les "sales natios" que nous sommes. Car nos chers "anti-conspis" confondent, bien sûr, le phénomène infrastructurel et objectif que les marxistes appellent nation avec les "nations" que PRÉTENDENT être les États bourgeois (entendu dans ce sens, il est clair que nous sommes tout le contraire : nous sommes les  theorie-du-complot.1261399536antinationaux par excellence !)... Et ils se font finalement (là encore) les idiots utiles de ces États-"nations" qu'ils appellent à "dépasser" (de manière totalement abstraite) "vers l'universel" au lieu d'en briser les murs et d'en libérer les Peuples (= les nationalités sans leurs bourgeoisies) qui pourront ensuite se fédérer, s'unir, éventuellement fusionner etc.

    À l'arrivée, il est intéressant et même - pour tout dire - amusant de voir cette "chasse au conspi rouge-brun antisémite" déboucher sur une véritable... "théorie du complot complotiste" (!), suivant exactement les mêmes "raisonnements" et méthodes (d'amalgame, d'"untel connaît untel qui - parfois plusieurs années en arrière - a repris un article d'untel sur son site" etc. etc.) que les "conspis" et autres "chasseurs" de "sionistes partout" qu'ils prétendent dénoncer, comme le conclut fort bien ce petit collectif socialiste dans sa réponse à Yves Coleman (l'un des "gourous" de cette petite mouvance).

    Nous recommandons de lire à ce sujet ce (très bon comme d'habitude) article de Quartiers Libres : Problèmes d’orientation chez les chasseurs de confusionnistes

    Il résulte de tout cela que nous, communistes et a fortiori communistes révolutionnaires de Libération des Peuples, ne sommes clairement pas "chasseurs de conspis" non plus. Pour donner un exemple, nous avons déjà fait part de notre jugement peu amène quant à l'"opération antifasciste" dirigée en juin 2013 contre le "conspi" Michel Collon à Lille. Michel Collon n'est pas un "conspi tendance dure", quelqu'un qui verrait un "cénacle mondial secret" (illuminati, juif ou autre) derrière toutes les "mauvaises choses" de la planète (on a ici un aperçu de sa position de fond sur le sujet). En réalité, issu du PTB (pro-Deng Xiaoping et très anti-soviétique à sa création en 1979...), il a suivi l'évolution "vieille-stal"/brejnévienne et "campiste" de cette organisation belge depuis la fin de la Guerre froide (la Chine elle-même, soumise à des "déstabilisations" - "Printemps de Pékin" etc., tournant alors le dos à son alignement pro-occidental des 15 années précédentes). "Orphelin" de l'URSS et des "démocraties populaires" disparues en 1989-91, il se fabrique à partir d'un agglomérat de pays (Russie, Chine, Iran et alliés, pays de l'ALBA avec bien sûr Cuba) un "nouveau camp de l'Est" (du Bien) de substitution qu'il oppose au "camp du Mal" occidental (relativement inchangé, quant à lui, depuis les années 1980 de Reagan & co). Autrement dit, il a une vision extrêmement binaire et simpliste d'un monde en réalité beaucoup plus complexe, ce qui l'oblige à invoquer les "(média-)mensonges", la "manipulation" et l’œuvre des services secrets occidentaux derrière tout ce qui ne rentre pas dans ses schémas d'analyse ou tout ce qui a deux aspects (comme typiquement les soulèvements populaires en Libye ou en Syrie, devenus guerres "atlantistes" contre ces pays) mais dont il ne veut voir qu'un seul. C'est donc une vision du monde révisionniste ("stalinienne" diront les anarchistes et les trotskystes) qu'il est utile et nécessaire de contredire et combattre... Mais encore faut il avoir (dans sa petite tête) le matériel idéologique pour cela, ce qui aurait (carrément, même) rendu l'opération "coup de poing" très intéressante. Ce n'était malheureusement pas le cas ; et se contenter de hurler au "Collon conspi", "Collon fasciste" etc. et d'étaler ses "accointances" avec tel ou tel spécimen plus gratiné que lui dans le conspirationnisme, sans lui apporter la moindre contradiction sur le fond, n'a eu qu'un effet contre-productif auprès des personnes de classe populaire (et souvent "non-blanches" !) présentes. La "Coordination antifasciste de Lille" s'est tout simplement montrée incapable de la moindre confrontation d'idées (qui aurait fait avancer la compréhension communiste du monde) avec le journaliste belge. Pourquoi la controverse, la polémique, n'ont-elles pas été assumées de la sorte ? "Parce qu'on ne discute pas avec les fascistes", nous disent-ils/elles. Ah d'accord... Mais alors, dans ce cas-là, depuis quand va-t-on dans un meeting fasciste pour y lire une déclaration puis (compter) s'en aller tranquillement ?? Les meetings fascistes s'attaquent casqués et armés de barres de fer !!! Bref, tout cela ne tient tout simplement pas debout ; et l'"antifascisme" dans ce style ne sert clairement pas la cause révolutionnaire.

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    * Cet anti-américanisme virulent des "conspis" européens est d'autant plus cocasse lorsque l'on connaît... l'origine essentiellement nord-américaine des théories du complot, que l'on retrouve très largement dans une myriade de films (JFK d'Oliver Stone et autres thrillers politiques à la chaîne) et de séries télévisées (X-Files, Le Caméléon, Prison Break etc. etc.) archi-connues. C'est - tout simplement - que les États-Unis sont sans doute LE pays où l'hégémonie intellectuelle du capitalisme est la plus forte et où l'idée communément admise qu'il est "indépassable" et ne "peut pas être mauvais en soi" est la plus largement répandue dans les masses. Dès lors, comme le capitalisme en tant que mode de production ne "peut pas" être remis en cause mais que les masses populaires US (comme tout le monde) voient bien que "quelque chose ne va pas", celles-ci vont alors chercher la main de "groupements occultes" et autres "consortiums" de riches-et-puissants mal intentionnés derrière "ce qui ne va pas". Ces théories, qui ne peuvent évidemment être anti-américaines puisqu'on est en Amérique, sont assez souvent dirigées contre l'État fédéral ("bureaucratique", "étranger au peuple", "représentant des grandes multinationales et des banques" et "assassin des libertés") ; ce qui est une ligne constante de l'"anticapitalisme" populiste et (donc) de l'extrême-droite là-bas.

    ** Nous aurons l'occasion de revenir un jour prochain sur cette question des hoax, qui est encore différente. En somme et synthétiquement : le hoaxing consiste à FABRIQUER des faits qui viennent "confirmer" une certaine vision des choses lorsque les VRAIS faits manquent voire - pire - contredisent cette vision. Un exemple typique - et récent - est l'"information" relayée par la mouvance soralienne comme quoi des CRS auraient mis l'arme au pied et pris la tête d'une manifestation pro-palestinienne : Quand le fantasme sert de réalité aux soraliens...
    Dans le même veine (mais cette fois ouvertement antisémite), on peut citer l'"information" qu'ont fait courir les agences de l'axe Iran-Hezbollah (mais aussi parfois des islamistes sunnites hostiles à Daesh) comme quoi le dirigeant de l'"État islamique" Abu Bakr al-Baghdadi serait un "agent du Mossad du nom de Shimon Eliott, de père et mère juifs" : manipulation indispensable à leur vision binaire du monde. Il faut dire que depuis les années 1980 où il régnait sans partage sur le "réveil islamique" du monde musulman, le régime de Téhéran s'est considérablement fait damer le pion par ses rivaux sunnites saoudiens et du Golfe ! Voilà qui a très certainement de quoi provoquer son ire, et qui "justifie bien" que sa propagande qualifie ces redoutables adversaires de "créatures du Grand Satan occidental" et surtout du "sionisme", dans une région du monde où "sioniser" l'adversaire est le strict équivalent (différence de "centralité du Mal" oblige...) de le "nazifier" dans la propagande occidentale [dans la même veine, plus tard en 2015, il y a eu l'histoire de ce "général israélien capturé par l'armée irakienne à la tête d'une unité de l'EI" ; "fait" dont la seule source est l'armée irakienne en question et ses auxiliaires des milices chiites, leur allié/parrain iranien et ici la "soralosphère"...].

    Le hoax est très usité par le bloc Russie-Chine-Iran-ALBA (ou les islamistes) et, comme nous l'avons dit, les "anti-conspis" sont très dévoués à lui donner la chasse dans ce cas ; mais il faut aussi rappeler que le camp occidental/"atlantiste" ne s'en prive pas : quel plus grand hoax (aujourd'hui totalement dévoilé) dans l'histoire que les prétendues "armes de destruction massive" en Irak, ou encore les "charniers de Timișoara" lors de la chute du despote révisionniste roumain Ceaușescu (1989), les couveuses de bébés prématurés soi-disant débranchées par les Irakiens lors de l'invasion du Koweït en 1990 etc. etc. (pour ne parler que de hoax aujourd'hui communément admis... car attention, l'on a vite fait de se faire traiter de "conspi" si l'on dénonce un hoax occidental pas encore établi !).


    Post-Scriptum : Une polémique a récemment éclaté au sujet de la mise en avant par Quartiers Libres d'une conférence de l'universitaire "marxiste-léniniste" italien Domenico Losurdo, qui relève (à très peu de choses près) du même courant de pensée que Collon. C'est-à-dire qu'il a des positions et des analyses intéressantes (voir notamment une présentation sur ce site) comme lorsqu'il réfute (comme nous le faisons) la thèse du fascisme/nazisme "accident"/"anomalie"/"bug" de l'histoire - ou carrément produit... de la Révolution bolchévique d'Octobre 1917 ! - pour le placer au contraire dans la stricte continuité des idéologies capitalistes et impérialistes occidentales des trois derniers siècles (logique impériale-coloniale que le "tort" d'Hitler serait d'avoir appliquée au cœur même de l'Europe) ; analyses qui ne sont au demeurant ni son exclusivité ni une nouveauté puisqu'elles sont partagées par bien d'autres (Enzo Traverso, Rosa Amelia Plumelle-Uribe etc.) et remontent aux combats intellectuels anti-coloniaux de Césaire et Fanon ; bref, lorsqu'il réfute l'idée d'un fascisme ou carrément d'un "totalitarisme" (fascisme et marxisme "jumeaux") d'origine externe et "prenant d'assaut" la démocratie capitaliste, système qu'il s'agit évidemment pour les tenants de ces thèses (BHL et autres "nouveaux philosophes", Nolte, Furet, Sternhell) de défendre. Et puis il a des positions pourries comme lorsqu'il part en mode "campiste" sur la défense de la Chine actuelle (100% capitaliste et impérialiste) et autres régimes "résistants" à l'impérialisme occidental (pléonasme selon lui : il n'y a d'impérialisme que occidental) comme la Syrie, l'Iran ou hier la Libye de Kadhafi ; à grand renfort de théories du complot made in Réseau Voltaire (auquel il contribue occasionnellement : on suppose que si ses textes sont repris par le site c'est avec son autorisation) puisqu'il faut forcément la "main de la CIA" pour expliquer que les classes populaires puissent se soulever contre de tels régimes du "camp du Bien" (même si bien sûr, le soudain intérêt et soutien de l'Occident à ces soulèvements quand tant d'autres sont qualifiés de "terrorisme" ou d'"instabilité" peuvent et doivent poser question).

    Losurdo fait tout simplement partie de ces "vieux ML" (il s'offre même le luxe de se réclamer beaucoup de Mao...) pour qui la Chine est "évidemment" socialiste vu qu'en 1949 "c'était le Moyen Âge" et qu'aujourd'hui elle envoie des taïkonautes dans l'espace ; la Libye kadhafiste d'hier et la Syrie baasiste d'aujourd'hui sont des "États nationaux" dont l'"opposition" à l'Occident et à Israël est supposée annuler les contradictions internes, etc. etc. "Progrès" économique fulgurant + proclamations "socialistes" et "révolutionnaires" = socialisme et peu importent les rapports de production et les rapports sociaux en général ; c'est aussi simple que cela pour lui. Pure théorie "vieux ML" des "forces productives"... Au nom du "front uni" contre l'ennemi principal qui est (selon lui) le "nouveau colonialisme", l'interventionnisme militaire "néolibéral" (c'est-à-dire le versant occidental de la guerre non-déclarée de repartage du monde en cours depuis 25 ans), il est possible d'"encourager la prise de position contre la guerre [en Syrie] qu’a assumée Marine Le Pen" sans pour autant "renoncer à soumettre celle-ci à une critique idéologique et politique serrée", les communistes devant "garder fermement leur identité" (autrement dit le courant anti-atlantiste de l'impérialisme français peut être un "possible interlocuteur d’un moment déterminé") : il l'a affirmé ouvertement au sujet des menaces d'intervention en Syrie l'année dernière, aux côtés d'Annie Lacroix-Riz qui appartient elle aussi plus ou moins à ce courant de pensée. Quant à nos luttes pour l'affirmation de nos Peuples (niés par les grands États capitalistes modernes), on suppose que sa position est celle de cette "mouvance-là" (PRCF, URCF etc. etc.) : l'accusation d'"euro-balkaniser" les sacro-saints "États-nations" n'est pas loin...

    Bien évidemment, c'est l'occasion pour l'habituelle petite clique "anti-antisioniste"/"anti-anti-impérialiste" (ou mieux dit les néocons-sionards masqués) de crier haro sur ce site haï ; mais de nombreuses réactions négatives ont également surgi dans leur entourage habituel : "comment pouvez-vous mettre en avant un rouge-brun pote du fasciste Meyssan ?", "vous me décevez" etc. etc. Il semble en fait pour tous ces gens que nos petits cerveaux de prolos et de "gauchistes" soient trop étriqués pour faire la part des choses, pour FAIRE DES TRIS : il ne serait pas à notre portée intellectuelle de dire "voilà, dans la pensée d'untel il y a telle et telle chose intéressante et telle et telle autre beaucoup plus critiquable pour ne pas dire puante, il y a à prendre et il y a à laisser". Le commentaire d'un intervenant est particulièrement évocateur : "il n'y a que des gens politisés comme vous, Quartiers Libres, qui sauront faire la part des choses"... Quelle vision élitiste de la lutte des classes !!! D'aucuns nous rétorqueront "et avec Soral, vous faites pareil, vous faites le tri ?"... Eh bien OUI, TOUT À FAIT, nous faisons le tri sauf que dans ce cas cela va très vite : une fois retiré le "vernis" des portraits du Che, de Lumumba, de Fidel Castro ou encore Sankara en devanture du site, il ne reste plus grand chose sinon un mélange de planisme et d'"association Capital-Travail" corporatiste Rerum novarum à la De Gaulle, Pétain ou Salazar, le tout baignant dans l'huile rancie du "complot juif international". Il y aura aussi des "matérialistes" (.com, tout est dans le .com !) pour nous expliquer qu'une fois qu'untel a des idées de merde toutes ses idées le sont (rien à prendre et tout à laisser), "tout est lié" dans le "mouvement éternel de la matière vers le communisme", autrement dit il ne peut pas y avoir de lutte de lignes, d'affrontement entre idées justes et idées fausses à l'intérieur même de chaque individu - bonjour le matérialisme !

    Pour notre part, nous pouvons effectivement considérer cette mise en avant de Losurdo (sans autre commentaire que "c'est un penseur atypique") comme un faux pas ; mais un faux pas qui n'efface en aucun cas l'IMMENSE TRAVAIL de Quartiers Libres pour "dé-dieudonniser" intellectuellement les quartiers populaires tout en restant CLAIRS ET FERMES sur les sujets où l'absence de clarté et de fermeté a (justement) fait le terreau de Dieudonné, à commencer par la Palestine ; ce qui leur vaut évidemment la haine féroce des tenants (y compris d'"extrême-gauche") de l'alternative "reconnaître la légitimité d'Israël ou être un antisémite soralien"...

    [PS 2 - Rebelote quelques mois plus tard, à plus grande échelle encore, avec cet excellent article : https://quartierslibres.wordpress.com/2015/04/27/problemes-dorientation-chez-les-chasseurs-de-confusionnistes/]


    Peut-être le "mot de la fin" (commentaire sur FB) :

    Pour dire les choses clairement : ce que vous appelez "confusionnisme" ne peut tout simplement pas être appréhendé, et encore moins combattu sans notions de dialectique marxiste.

    Parce que ce que vous appelez "confusionnisme" c'est tout simplement l'expression des CONTRADICTIONS qui traversent CHAQUE INDIVIDU comme elles traversent toute la société, entre idées progressistes/révolutionnaires et idées réactionnaires, influence des idées d'avenir (le communisme, vers lequel doit aller l'humanité) et aliénation du peuple par les dominants (détenteurs des moyens de "faire l'opinion"... au service de la préservation de leurs intérêts).

    Tout(e) un(e) chacun(e) est traversé(e) par ça !! Pas seulement les organisations politiques - les marxistes-léninistes/maoïstes (enfin, plus les maoïstes que les ML quand même lol) avec leur "lutte de lignes", les trotskystes avec leurs "tendances", les anars avec leurs "sensibilités", et même les partis bourgeois avec leurs "courants" (mais bon eux on s'en fout un peu, ce sont toujours les points de vue contre-révolutionnaires qui dominent). Les individus aussi.

    Alors après, qu'il y en ait qui fassent "COMMERCE" de la "confusion", cela oui on peut l'admettre. Mais même ces gens-là (comme Pierre Rabhi, au hasard) peuvent aussi être "sincères" : persuadés d'avoir trouvé "la voie de la vérité", prêchant celle-ci et contents de voir que plein de gens (tout aussi confus qu'eux dans leurs têtes) les reconnaissent comme les "génies" qu'ils "sont". Puisque "ça marche", c'est donc la "preuve" qu'ils ont "raison"... Qui ne profiterait pas de l'occasion de faire ainsi son beurre, ou même simplement de se sentir "famous" s'il en avait ainsi la possibilité ? Très peu de gens en vérité - peut-être les vrais révolutionnaires qui ont appris à "penser collectif"... et encore, cet apprentissage est-il vraiment parfait et chez tout le monde ? Pas sûr, lorsque l'on voit comment certains défendent "leur" "boutique" politique ! Les "marchands" d'idées confusionnistes existent... parce qu'il existe un "marché" pour ces idées !

    Donc en réalité, la seule vraie lutte contre le confusionnisme... c'est de dégager, définir, élaborer et compiler les idées justes/progressistes (celles qui vont vers l'émancipation, vers le communisme), grâce à l'outil scientifique qu'est le marxisme, et de les diffuser, de mener la bataille pour elles (et d'identifier, combattre et écraser les idées fausses/réactionnaires). Lutter pour que la contradiction interne à chaque personne que l'on rencontre se résolve en faveur d'une conscience progressiste/révolutionnaire ; ce que Gramsci appelle la "bataille d'hégémonie"... et faire ainsi disparaître l'"offre" confusionniste par disparition de la demande, tout simplement !

    "Traquer" le "confusionnisme" d'untel ou untel ne sert strictement à rien : vous ne faites, dans le cas des "penseurs", que mettre à jour leur "offre"... qui est précisément ce que des gens demandent ; et dans le cas de tartempion, mettre à jour une "demande" de réponses sans y apporter les BONNES (réponses), face à une offre de MAUVAISES que l'on sait colossale. Ceci pour ne parler que d'une traque "propre", en laissant de côté les procédés à vomir...

     


    2 commentaires

  • Nous reproduisons ici un article de François Delpla, historien indiscutablement progressiste (normalien à la rue d'Ulm en 1968, il a sans doute croisé plus d'un mao voire en a carrément été, puis il a participé en 1998 au Livre noir du capitalisme - l'anti-torchon-de-Courtois - et contribue actuellement à Mediapart) qui critique de manière intéressante (bien que limitée) la thèse du fameux Zeev Sternhell, cet historien israélien porté aux nues par certains "maoïstes", comme quoi le fascisme serait d'abord et avant tout un "mouvement de rejet des Lumières".

    Rappelons - car il faut le rappeler - que bien que "de gauche" et "du camp de la paix", Sternhell est d'abord et avant tout un sioniste pour qui il est absolument fondamental de "démontrer" cette "centralité anti-Lumières" du phénomène fasciste : d'abord parce qu'elle est synonyme, pour lui, de "centralité anti-juive" et apporte donc une caution "antifasciste" à la thèse de la "haine éternelle contre le Peuple juif" qui fonde son idéologie ; ensuite parce qu'elle permet, encore une fois, de "dissocier" le fascisme du CAPITALISME dont il est pourtant le pur produit (et dont les Lumières ont été au 18e siècle l'idéologie du triomphe), autrement dit de l'exclure du centre légitime des idéologies occidentales dans lequel il s'inscrit pourtant totalement. Le fascisme doit donc À TOUT PRIX être présenté comme un phénomène extérieur qui "prend d'assaut" le système politique capitaliste "normal" (caractérisé sans autre forme de nuance comme la démocratie libérale)[1] ; et non comme quelque chose qui naît en son sein même, au plus profond de celui-ci, dans un processus de fascisation dont les régimes comme le nazisme ne sont que l'aboutissement ultime et effroyable ; processus à l’œuvre pendant des décennies comme par exemple les 40 années préparant (ici à coup de "hussards noirs" etc.) la Première Guerre mondiale, et auquel nous assistons une nouvelle fois aujourd'hui en Europe et dans la plupart des grands Centres capitalistes mondiaux (Amérique du Nord, Russie, Extrême-Orient) bien que rien de comparable au Reich allemand ni même au fascisme italien n'y ait encore vu le jour.

    frederic de prusse nazisUn bon exemple du fait que le fascisme, pris dans sa version la plus radicale c'est-à-dire le nazisme, n'était que tout relativement "anti-Lumières" est par exemple cet hommage (voir l'affiche ci-contre) rendu par le IIIe Reich en 1936 (pour les 150 ans de sa mort) à Frédéric II le Grand (1740-86), archétype du "despote éclairé", ami de... Voltaire et ayant (surtout) jeté les bases en son royaume de Prusse de l’État allemand moderne. Un État allemand moderne 1°/ produit et serviteur (comme tous les États modernes) du capitalisme dont les Lumières, on l'a dit, sont l'idéologie de la consécration et 2°/ dont le nazisme, dans un contexte bien particulier non seulement de crise capitaliste générale et de menace révolutionnaire mais aussi de bourgeoisie militairement vaincue et humiliée, n'a jamais été que l'expression particulièrement terroriste. Qu'y avait-il d'incongru, par exemple, à ce que le nazisme se revendique de Frédéric II lorsque l'on sait que le nom même de Prusse ne désigne pas la région de Berlin (celle-ci est le Brandebourg) mais des territoires actuellement situés en Pologne et en Russie (enclave de Kaliningrad) dont la population originelle, slave et balte, avait été exterminée ou asservie au Moyen Âge par les Chevaliers teutoniques jusqu'à ce que ces derniers (convertis entre temps au luthérianisme) ne les transmettent au 17e siècle à la principauté de Brandebourg - qui sera alors proclamée "Royaume de Prusse" en 1700 ? Un État , donc, d'une démarche colonialiste meurtrière que l'on ne retrouvera pas bien différemment dans le Generalplan Ost nazi, avec simplement la technologie du 20e siècle en plus ! [Le Reich exaltera donc aussi, logiquement, "l'épopée" de l'Ordre teutonique et l'URSS lui répondra en 1938 par le célèbre film d'Eisenstein Alexandre Nevski - histoire d'un prince russe victorieux des sinistres chevaliers au 13e siècle.]

    Expression terroriste ultra, donc, de l’État moderne dans un contexte de crise générale du capitalisme et de révolution prolétarienne à l'ordre du jour, le fascisme peut par conséquent difficilement être un "rejet" des Lumières qui ne sont pas la remise en cause mais la consécration de cet État - se débarrassant simplement de l'instrument politique obsolète de l'absolutisme. Les "anti-Lumières" eux-mêmes n'étaient d'ailleurs (visiblement) pas si "anti-Lumières" que cela puisque, nous dit Delpla, ils cherchaient fréquemment à opposer les "bonnes" révolutions anglaise et américaine (Burke, par exemple, avait soutenu cette dernière) à la "mauvaise", la révolution bourgeoise française (conception que l'on trouvait déjà dans les maquis chouans et vendéens, dont bon nombre de leaders avaient fait la Guerre d'Indépendance américaine aux côtés de La Fayette, et que l'on a revue au goût du jour lorsqu'en 1989 le bicentenaire de ladite révolution a coïncidé avec la "chute du communisme") ; une "mauvaise" révolution française à laquelle ils reprochaient essentiellement son "dérapage" égalitariste "totalitaire" de 1792-94 et surtout... son expansionnisme "universaliste" (qui, lui, devait survivre à Thermidor) : rappelons qu'ils appartenaient souvent à des nations envahies et/ou en guerre contre les armées "révolutionnaires" bleu-blanc-rouges (Burke anglo-irlandais, Herder[2] allemand, Joseph de Maistre savoyard)... Un "universalisme" expansionniste qui devait forcément plus tard, pour les bourgeoisies du 20e siècle, évoquer celui de l'ennemi absolu : la Révolution bolchévique russe et son Internationale communiste !

    Une autre grande référence de l'extrême-droite, ayant notamment donné son nom à un sinistre hebdomadaire, est elle aussi dans la même veine : Antoine de Rivarol. En parcourant sa biographie, l'on s'aperçoit que son œuvre la plus célèbre est un Discours sur l’universalité de la langue française (ce qui ne devrait pas déplaire à nos "maoïstes" sternhelliens !) prononcé à l'Académie de Berlin où il était l'invité de... Frédéric II ; et que dès Thermidor (chute de Robespierre et des ultra-démocrates) et a fortiori après le 18 Brumaire (coup d'État de Napoléon Bonaparte) son retour en France (qu'il avait quittée en 1792) était plus qu'une option - mais il mourra à Berlin en 1801 sans avoir pu réaliser son projet. Son attachement viscéral à l'institution monarchique et son rejet de l'égalitarisme (il était lui-même un "parvenu" de fausse noblesse...) n'en faisaient pas moins un "homme des Lumières", comme lorsque dans deux Lettres à M. Necker (en 1788) il professe un épicurisme élevé et soutient la possibilité d’une morale indépendante de toute religion, ou lorsqu'à partir de 1789 il participe aux Actes des Apôtres, une revue satirique monarchiste se réclamant de... Voltaire. Il n'était certainement pas hostile au "Progrès", au capitalisme d'ores et déjà triomphant ni (sans doute) à l'idée que l’État français d'Ancien Régime devait rapidement se réformer. Il voyait simplement dans la monarchie ou encore dans l’Église de nécessaires garantes d'ordre et de stabilité ; les "bafouer" revenant selon lui à ouvrir grandes les portes aux forces incontrôlables de la "populace" (ce à quoi, dès 1789, les faits ont pu sembler donner raison) : "quand les peuples cessent d'estimer, ils cessent d'obéir" proclamait-il. 

    L'on pourrait encore citer, comme l'évoque Delpla, l'admiration d'Hitler pour l'Antiquité romaine (référence plutôt "lumiéreuse" s'il en est) ou encore pour Napoléon (à la pierre tombale duquel il réserva sa première visite à Paris) ; cette dernière étant bien sûr partagée avec une grande partie de l'extrême-droite hexagonale (Pierre Taittinger, fondateur des "Jeunesses patriotes" en 1924, était ainsi bonapartiste et l'on trouvait également des traces évidentes de bonapartisme chez les Croix-de-Feu/Parti "social" français, qui ont été - rappelons-le - la matrice idéologique du gaullisme, mais aussi chez le fondateur de "Jeune Nation" et de l'Œuvre française Pierre Sidos, qui revendique cette référence alors qu'il est traditionnellement plutôt classé national-catholique/maurrasso-pétainiste).

    Nous avons déjà vu ici (deuxième partie de l'article : "Le fascisme entre tradition et modernité") comment le fascisme, s'il puise allègrement ses références dans le passé pour mobiliser en exaltant une communauté "organique" millénaire [et non un État simple construction politique historique, abritant parfois des nationalités (autres produits de l'histoire) différentes ("emprisonnées") et dans tous les cas des classes luttant entre elles, et voué à se transformer voire à disparaître dans cette lutte], n'est jamais "déconnecté" de son contexte historique réel aux problématiques duquel il est censé répondre. Il n'est donc, comme phénomène du 20e et maintenant du 21e siècle, JAMAIS véritablement "anti-Lumières" ; tout au plus (comme le suggère à un moment Delpla) une tentative de synthèse entre "Lumières" et "anti-Lumières" (entre gros guillemets maintenant que nous avons vu toute la relativité de ces définitions), dans un esprit d'"assumer toute l'histoire" de "l’État-nation" glorifié [l'on observe (aujourd'hui) particulièrement cette logique d'"assumer toute l'histoire" en Russie, où invalides.jpgtsarisme et capitalisme d’État soviétique sont gaiment réunis dans une même "continuité éternelle russe", mais aussi ici-même en France où convergent de plus en plus les tenants (principalement) de l’œuvre monarchique et ceux de l’œuvre bonapartiste et républicaine (clivage qui a sans doute lourdement handicapé le mouvement fasciste des années 1920-30), les uns (par exemple) acceptant la laïcité d'autant plus facilement qu'elle ne réprime plus que les "allogènes" tandis que les autres reconnaissent pour leur part les "racines chrétiennes" du pays, etc. etc.].

    Derrière tout cela se trouve en réalité une contradiction intellectuelle fondamentale du capitalisme que nous avons déjà longuement évoquée : le capitalisme sécrète en permanence de l'humanisme (car il arrache l'individu producteur aux soumissions traditionnelles de "droit divin", oppose le "libre et créatif entrepreneur" au féodal parasite et doit aussi, très tôt, gérer le caractère social de la production) mais il doit aussi, immédiatement et continuellement, PIÉTINER cet humanisme à peine sécrété car son moteur reste fondamentalement un vol (l'extorsion de la plus-value au salarié) et la condition de cela reste et demeure "l'ordre" et le respect des hiérarchies sociales établies. Une contradiction que le fascisme (comme toutes les contradictions du capitalisme) doit et veut nier et qu'il nie donc, au besoin en niant le capitalisme lui-même (le terme ne désignant plus que la spéculation irraisonnée, les fortunes édifiées trop rapidement, le mode de production laissé en "roue libre" sans intervention de l'autorité politique ou tout simplement la "rapacité" économique, associée ou pas à l'épithète "juif")[3]... Mais cela ne veut pas dire que des tentatives de synthèse/négation de cette contradiction n'ont pas existé antérieurement, dès l'époque des Lumières (celles-ci ne sont-elles pas en elles-mêmes un ensemble de telles tentatives ?) voire de la Renaissance, avec peut-être moins d'urgence en l'absence de crise systémique du mode de production et de mise à l'ordre du jour de son renversement - encore que le tour "incontrôlable" pris (un moment) par la révolution bourgeoise française ait pu faire ressentir une telle urgence.

    Ainsi, en substance, le fascisme n'est pas "anti-moderne" (ce qu'a peut-être voulu entendre Sternhell par "anti-Lumières") : il est un produit du capitalisme donc de la modernité que celui-ci induit. Ce qu'il veut c'est assumer cette modernité dans le respect de l'ordre et des "traditions" (synonymes de "valeurs d'ordre"), que "tout" ne "foute pas le camp", ce qui est finalement la problématique centrale du capitalisme en tant que tel : besoin de modernité (= développement des forces productives) mais, en même temps, conscience que cette modernité met chaque jour un peu plus son renversement à l'ordre du jour. De ce fait, si filiation du fascisme et en particulier du nazisme il y a, cela semble bien plus être avec l'aile droite des "Lumières"[4], celle-là même que Sternhell et tant d'autres qualifient à tort d'"anti-Lumières" [confusion que Delpla ne conteste pas voire... défend lorsque Sternhell lui-même en sort, au sujet de Burke], celle qui assume la nécessaire modernité mais sans vouloir rompre avec "l'héritage" et la "tradition", qui critique le "despotisme", le "cléricalisme" et vénère la "Raison" mais refuse les "excès égalitaristes" français de 1792-94 (autrement dit l'irruption des aspirations populaires sur la scène révolutionnaire bourgeoise - c'est typiquement la critique que Taine adresse à la période par exemple), qui admire l'Empire romain et ses "résurrections" temporaires (Charlemagne, Louis XIV, Napoléon), qui sanctifie la "liberté" et le "droit naturel"... pour les hommes blancs et aisés seulement et exècre les Juifs non en tant que non-chrétiens mais en tant (justement) que "pères" du christianisme... bref, bien plus avec ces "Lumières d'ordre" si bien incarnées par Frédéric II de Prusse qu'avec un supposé jésuitisme[5] qui rejetterait toute modernité postérieure au Moyen Âge (cela a-t-il seulement existé historiquement, passé le procès de Galilée en tout cas ?) ou même avec le "parti catholique" tel qu'il a pu exister en France au 19e siècle, opposé à la franc-maçonnerie (enfin surtout au Grand Orient, aile gauche la plus anticléricale de la franc-maçonnerie, beaucoup moins aux loges "écossaises" nettement plus conservatrices) : Hitler, comme le rappelle Delpla, détestait tout autant les catholiques (et à vrai dire le christianisme en général) que les francs-maçons... et autant de catholiques que de francs-maçons trouvèrent un modus vivendi tout à fait acceptable avec le régime !

    Quant aux fameux fascistes "venus de la gauche" que met tant en avant Sternhell (voyant en eux l'aspect principal et le "moteur" du phénomène), les Valois, Déat et autres Doriot, ils se réclamaient carrément et sans hésitation... de la Convention montagnarde, du Comité de Salut Public et de "l'An II" ("L’État révolutionnaire de 1793 est singulièrement proche de l’État totalitaire ; ce n'est pas du tout l'État capitaliste et libéral (...). Disons en raccourci que la Révolution française a tendu vers un national-démocratisme, et que nous tendons maintenant vers un national-socialisme. Mais le premier mouvement était aussi révolutionnaire que le second, il avait le même sens, il allait dans la même direction. Il est absolument faux de vouloir les opposer l'un à l'autre" - Déat, Pensée allemande et pensée française, 1944) : non seulement les "Lumières", mais encore l'aile GAUCHE de celles-ci !

    Pour ce qui est de l'"anticapitalisme" fasciste ("anticapitalisme romantique" comme disent les sternhelliens), il serait erroné de le réduire à une simple "démagogie pour mobiliser les travailleurs contre leurs propres intérêts" (bien que cette dimension ne soit pas à exclure, surtout aujourd'hui). Mais il faut bien comprendre que le terme de "capitalisme" émerge au milieu du 18e siècle, ne se répand réellement qu'au 19e ("révolution" industrielle)... et qu'au début du 20e encore, tout le monde ne lui donne pas le même sens strict que les marxistes : très souvent ne sont appelés "capitalisme" que les excès de celui-ci, l'inquiétude qu'il suscite dans une société bouleversée par la "révolution" industrielle (choc de modernité), voyant surgir sur la scène politique le prolétariat et ses revendications. On voit d'ailleurs bien qu'aujourd'hui, le fascisme ne se définit plus tellement comme "anticapitaliste" mais plutôt "contre le libéralisme", nouveau terme pour désigner les excès, "l'absence de régulation", la "finance mondialisée" et la "spéculation" auxquels est opposé le "bon" capitalisme "productif" et "enraciné". Eh bien, ce qui est entendu aujourd'hui par "libéralisme" équivaut peu ou prou à ce que les fascistes du 20e siècle dénonçaient comme "capitalisme". Le fascisme n'est pas "anticapitaliste", même lorsqu'il s'affirme tel : ce qu'il rejette c'est un capitalisme qui ne "gère" pas la société et permet à la révolution socialiste de se mettre à l'ordre du jour. Son modèle, en fin de compte, c'est le capitalisme des 16e-17e-18e siècles, qui s'appuyait sur les États "forts" absolutistes (ou "despotiques éclairés" comme la Prusse de Frédéric II...) mais leur devait aussi des comptes. Le fascisme est une certaine vision du capitalisme et non (comme l'affirment Sternhell et ses disciples) une autre vision du monde opposée à lui, ce qui mettrait notre époque politique dans une curieuse situation de "billard à trois bandes" : capitalisme-communisme-fascisme.

    voltaireatable.gifQuant à l'antisémitisme, nous avons déjà vu qu'il plonge ses racines aux sources médiévales mêmes de l’État moderne et qu'il en est absolument indissociable (tant en Allemagne qu'en "France", en "Espagne", au Royaume-Uni  etc.) ; et nous savons également que la place des Juifs dans la société a toujours FAIT DÉBAT, jamais l'unanimité dans le mouvement des "Lumières" - entre partisans de leur rejet, de leur acceptation en tant que tels, de leur acceptation à condition de s'intégrer/assimiler etc. etc. ; la "main tendue" pouvant d'ailleurs (assez fréquemment) être suivie d'un violent rejet lorsque les Juifs semblaient la refuser, comme déjà au 16e siècle avec Martin Luther (dont le pamphlet Des Juifs et de leurs mensonges deviendra un livre de chevet des nazis), mais on retrouve très largement la même véhémence chez Voltaire et beaucoup de ses contemporains "éclairés" (... dont Frédéric II, là encore : faire Ctrl+F et chercher "juif" ici dans son Testament politique). Les Lumières n'ont JAMAIS été synonymes de "philosémitisme" systématique, la position consistant le plus souvent (au "mieux") en une sommation de se dissoudre dans l'"État-nation" ("tout leur accorder en tant qu'individus, tout leur refuser en tant que nation" - Stanislas de Clermont-Tonnerre, député libéral, décembre 1789) et la vieille hostilité médiévale se recyclant souvent (comme envers l'islam aujourd'hui !) sous couvert d'anticléricalisme (rejet des religions révélées dont le judaïsme est la "matrice")[6].

    Ce n'est (comme nous l'avons dit) qu'après la Seconde Guerre mondiale, dans une volonté de dissocier le capitalisme des régimes fascistes vaincus qu'il avait pourtant engendré, que s'est développée cette conception "philosémite" parant de manière complètement irrationnelle les Juifs de toutes les qualités (donc toute aussi différentialiste que l'antisémitisme...) et proclamant que "s'en prendre aux Juifs c'est s'en prendre à la démocratie [capitaliste occidentale] elle-même"... tout cela restant d'ailleurs très relatif - tout le monde a en mémoire les "Français innocent" de Raymond Barre après l'attentat de la rue Copernic (1980), la "tronche pas catholique" de Laurent Fabius dans la bouche de Georges Frêche (pourtant défenseur acharné du sionisme !) ou encore le ramdam médiatique (comme par hasard au lendemain de la catastrophe financière de 2008) autour de l'affaire Bernard Madoff, cet escroc n'ayant certainement pas provoqué la crise à lui tout seul mais brusquement érigé en "symbole" de la délinquance financière... et se trouvant être juif. 


    http://www.delpla.org/article.<wbr>php3?id_article=261

    À propos de Sternhell (Zeev), "Les anti-Lumières"

    Paris, Fayard, 2006


    Ce livre qui se lit comme un roman (si ce n’est qu’on l’apprécie plus encore à la seconde lecture !) montre l’intérêt de l’histoire des idées, même sans la moindre référence au contexte de leur élaboration, comme si elles se transmettaient d’auteur à auteur. Elles se transmettent aussi comme cela, et c’est certes, en amont, un facteur important de leur genèse, de même qu’un éclairage non négligeable, vers l’aval, sur leur portée. Une telle méthode donne au chercheur une légèreté qui lui permet de se déplacer à travers les siècles plus facilement que s’il devait traîner les impedimenta des conditions économiques, sociales et politiques -auxquelles Sternhell ne s’interdit d’ailleurs pas de faire allusion.

    Au cœur du propos, le repérage d’une double modernité : contrairement à l’idée commune suivant laquelle tout adversaire des Lumières serait un réactionnaire, ceux que présente le livre sont bien de leur temps et d’ailleurs, le plus souvent sans le reconnaître, ils profitent largement de l’apport des Lumières. Celles-ci postulent l’unité du genre humain : l’homme, animal raisonnable, vit en société sur la base d’un contrat le plus souvent implicite ; les philosophes français, inspirés par Locke et prolongés par Kant, travaillent à l’expliciter pour montrer qu’on peut l’améliorer, en diminuant la part des superstitions et en augmentant celle de la raison. « L’autre modernité », celle des anti-Lumières, ne consiste pas à ce que chaque auteur exalte les institutions de son propre pays ou demande qu’on les rétablisse dans leur état ancien si on vient de les changer : ces penseurs ne sont donc ni conservateurs ni réactionnaires. Ils sont, comme les Lumières, cosmopolites : c’est partout, d’après eux, que l’existant est préférable au changement, car il est légué par d’innombrables générations qui savaient ce qui était bon dans tel endroit pour tel peuple. Ce qu’il y a ici de moderne, c’est un relativisme moral et politique, qui tend à répudier toute norme générale.

    AVT_Zeev-Sternhell_7583.jpg Cette modernité initiée par Burke et Herder, relayée entre autres par Renan, Taine, Barrès, Sorel, Spengler et Meinecke, puis, après la seconde Guerre mondiale, par le professeur d’Oxford Isaiah Berlin et les néo-conservateurs américains, calomnie les Lumières en prétendant, par exemple, qu’elles conçoivent l’homme comme partout identique -alors qu’un Montesquieu ou un Voltaire se sont beaucoup penchés sur les différences entre les civilisations. On prétend aussi, avec beaucoup de mauvaise foi, que les Lumières sont « européocentristes » et exaltent la supériorité de la civilisation occidentale. Or Voltaire, peu indulgent pour le « fanatisme » qu’il avait sous les yeux, savait au contraire lui opposer de sympathiques manifestations de tolérance repérées sous d’autres climats. [Là on ne peut être qu'en désaccord et s'étonner d'une telle méconnaissance, chez un historien, des propos violemment racistes et antisémites de Voltaire dans son œuvre : http://www.contreculture.org/<wbr>AG%20Voltaire.html... Et dans un souci (certes) de contourner la censure monarchique et ecclésiastique, c'étaient plutôt les exemples de "fanatisme" qu'il allait chercher sous "d'autres climats" !]

    Si le livre contient de savoureux passages sur Burke et sa condamnation intéressée de l’élargissement du suffrage, lui qui devait tant au système bien nommé des « bourgs pourris », il s’attarde surtout sur Herder, dont Sternhell montre à la fois qu’il a influencé plus de gens qu’on ne croit d’ordinaire et qu’il a exprimé des idées qu’on attribue volontiers à des auteurs plus tardifs, notamment à propos des Juifs : la thématique antisémite d’un Drumont est déjà, pour l’essentiel, en place dans son œuvre.

    Il y a donc, pendant un bon siècle et demi, une accumulation d’écrits qui préparent le fascisme, en habituant les esprits à penser en termes nationaux et à ne prêter d’intérêt qu’aux entreprises qui permettent d’augmenter la puissance d’un pays, plutôt que le bonheur des hommes. Dans « fascisme », il faut entendre aussi « nazisme », et moins que jamais Sternhell ne cherche à distinguer les deux. C’est là sans doute la principale faiblesse de sa construction. S’il les mentionne à l’occasion, il n’explique en rien les formes infiniment plus nocives prises par le phénomène en Allemagne et méconnaît le caractère local et transitoire du fascisme partout ailleurs : témoin le fait que l’antisémitisme fut, en dépit de la révérence des dictateurs envers les anti-Lumières, bien peu virulent en Italie, en Espagne ou au Portugal. Pire, l’une des rares occurrences du nom de Hitler (p. 575) consiste à accuser Ernst Nolte, qui a certes de gros défauts mais non celui-là, d’exagérer son rôle :

    En faisant du nazisme un reflet du communisme et une réponse légitime au danger bolchevique, en le coupant de ses racines idéologiques et culturelles, en mettant un accent démesuré sur le rôle du Führer, le nazisme peut être quasiment évacué de l’histoire nationale.

    barbarossa2Cette impuissance même à distinguer le cas de l’Allemagne en prenant en compte la personnalité exceptionnelle de son leader, montre la voie à suivre pour tirer pleinement parti de ce maître livre et prolonger ses découvertes. D’une part, Hitler, qui était peut-être moins inculte que Sternhell ne l’imagine, avait probablement lu Herder et assimilé son antisémitisme, pour en faire, avec la logique implacable qui le caractérisait, une dimension essentielle de sa politique. D’autre part et surtout, la doctrine nazie n’était pas banalement ni entièrement « anti-Lumières ». Hitler était purement et simplement pro-allemand et d’ailleurs il réintégrait dans le panthéon intellectuel de sa patrie deux auteurs vomis par Herder et consorts, à savoir Kant et Hegel. Plus largement, il faut le considérer au moins en partie (et sans en faire un philosophe ni un intellectuel) comme un anti-anti-Lumières ou, en termes hégéliens précisément, comme l’auteur d’une synthèse qui prolonge, en les dépassant, la thèse et l’antithèse. L’idée d’un progrès l’intéresse, et non moins celle de l’unité du genre humain : c’est bien pour cela que les Juifs, ces parasites à détruire sans faiblesse, n’en font pas partie, et que les autres hommes forment des races et non des espèces.

    Une autre différence irréductible entre le nazisme et les anti-Lumières apparaît lorsqu’ils pèsent les mérites de l’empire romain mais Sternhell, qui montre que les anti-Lumières le détestent pour son cosmopolitisme, ne paraît pas s’aviser que Hitler le porte aux nues, et omet en conséquence de se demander pourquoi. C’est que les nations n’intéressent précisément pas le dictateur allemand... si ce n’est la sienne. Il n’a donc rien contre un empire qui les étouffe et les mélange... pourvu que ses élites présentent un semblant d’unité « raciale ». Créé et dominé par des peuples indo-européens, cet empire maintient ceux qui ne le sont pas dans une double infériorité, par l’esclavage à l’intérieur et par le terme de « barbares » appliqué aux étrangers. Par ailleurs, il dégénère lorsqu’il devient chrétien, c’est-à-dire, pour parler comme Hitler, s’abandonne à l’influence juive. « Effacer 2000 ans de christianisme : voilà bien l’essence du projet nazi et ce qui le distingue le plus des régimes dits fascistes, tous plus ou moins tolérants envers les Eglises.

    Les anti-Lumières eux-mêmes ont pour les religions les yeux de Chimène, à condition qu’elles ne soient pas trop missionnaires, puisqu’ils révèrent partout les traditions. Ils conçoivent l’homme comme inscrit dans la nature, et les sociétés comme des arbres. Ils n’ont que faire d’un jardinier volontariste qui révère aussi, à sa façon, la nature, mais en privilégiant une de ses leçons les plus inhumaines : tout est lutte et il ne faut pas s’opposer, au nom d’une vaine sensiblerie, à l’écrasement des faibles. Chez les anti-Lumières, montre Sternhell, il n’y a pas de contrat social mais un donné qui partout s’impose à l’individu et devant lequel il doit s’incliner. Parmi les passages les plus intéressants du livre figurent ceux qui montrent ces auteurs en extase devant les préjugés de caste ou de classe. Hitler en fait plutôt table rase : l’homme fort a tous les droits, et le devoir de plier tout ce qui existe à sa volonté. Loin de respecter l’état de choses existant comme une œuvre sacrée de la nature, il entend, en quelques années, remodeler la carte du monde en même temps que la biologie ! Or ce programme ne peut s’accomplir par la seule force brutale, sinon le réel se rebifferait immédiatement. Il faut apprivoiser et chloroformer les futures victimes, les diviser, sérier les questions, avancer à pas comptés et sous un masque, bref faire triompher la folie à grand renfort d’intelligence et de raison.

    nazisme hitlerEn conséquence, il convient de dialectiser non seulement le rapport de Hitler aux Lumières, mais l’usage qu’il fait des anti-Lumières. Il flatte tant et plus leurs aspirations, lorsqu’il se présente comme un conservateur raisonnable qui met au pas ceux qui transgressent les règles admises ou menacent de le faire : homosexuels, suffragettes, marxistes, artistes modernes etc. Il séduit et neutralise d’autant plus sûrement ses précurseurs, adeptes d’une « révolution conservatrice », qu’il cultive son personnage d’autodidacte brouillon et vociférant, semblant leur dire qu’il a besoin de leurs compétences et aussi que, s’il va trop loin et commence à leur déplaire, ils pourront facilement se débarrasser de lui. La violence nazie se fait admettre à la fois parce qu’elle est beaucoup moins meurtrière qu’elle ne s’annonçait elle-même (et va jusqu’à se retourner apparemment contre elle-même lors de la nuit des Longs couteaux) et parce qu’elle semble temporaire. Elle arrive à se présenter comme un instrument, apte à rééquilibrer un pendule qui penchait trop vers la réforme ou le débraillé, et à rentrer ensuite sagement dans la boîte à outils. De ce point de vue, on peut bien dire que les anti-Lumières allemands des années 1920 (Spengler et Carl Schmitt notamment) ont fait le lit du nazisme, à condition de préciser qu’ils croyaient le faire dans la chambre d’amis et qu’ils se sont à leur grande surprise (et à leur désappointement impuissant) trouvés prestement interdits de séjour dans les pièces principales.

    Sternhell écrit là un livre de combat à l’usage de notre époque. Membre de la gauche israélienne (comme il le suggère dans une note de la p. 499), il exalte la démocratie en dénonçant ses contrefaçons et montre implicitement les Etats-Unis à la croisée des chemins. La guerre froide a vu l’Occident se réclamer de la liberté plus que de la démocratie, et ce n’est pas un hasard. Sternhell montre qu’on peut aimer celle-là en détestant celle-ci, à l’instar d’I. Berlin et de son œuvre la plus connue, une conférence de 1958 sur la différence entre liberté négative et liberté positive. Il y proclame que seule la liberté négative (freedom from) est à rechercher et à défendre : celle qui consiste à ménager autour du citoyen un espace où il fait ce qu’il veut, sans limite ni contrainte légales. La liberté positive (freedom to), c’est-à-dire le droit d’aménager la cité de concert avec ses semblables, serait le germe de tous les totalitarismes. Or la liberté positive seule, rappelle Sternhell, a partie liée avec la démocratie -que ce texte de Berlin répudie donc sans le dire. Il ne va pas toujours aussi loin. Il ne se proclame pas adversaire des Lumières et il faut souvent un œil exercé pour s’en rendre compte, ainsi quand il annexe aux Lumières Burke en personne, en jetant un voile pudique sur ses anathèmes contre le peuple, assimilé tout au long de son œuvre à une populace excitée [c'est pourtant, pour le coup, tout à fait exact : Edmund Burke était un whig (libéral) qui défendra même au Parlement anglais (à ses risques et périls, donc) les Burke-Edmund-LOC.jpgindépendantistes américains et ne se détournera de la Révolution française que devant ses "excès"... et se méfier de la "populace excitée" n'a jamais été en soi antinomique des "Lumières"]. Il y a chez ces anti-Lumières tardifs beaucoup de confusion et, l’auteur n’hésite pas à l’écrire, de malhonnêteté, par exemple lorsqu’un disciple de Berlin reproduit ses articles en les réécrivant subrepticement (p. 521).

    L’époque des Lumières est marquée par trois révolutions, l’anglaise de 1688, l’américaine et la française. Sternhell insiste sur leurs points communs et montre que l’effort d’une bonne partie des anti-Lumières consiste à les opposer, comme si la Manche formait une barrière idéologique : la mauvaise révolution française, trop démocratique, jurerait avec les deux autres, réduites à des mouvements d’humeur de portée locale contre les abus du despotisme. Sternhell dit après bien d’autres, mais en décryptant comme personne les efforts des anti-Lumières, depuis deux siècles, pour masquer cette vérité, que les révolutionnaires français puisaient aux sources anglo-saxonnes, mais poussaient plus loin sur la voie des droits de l’homme. Ce faisant, il rétablit le rôle majeur de la France dans la diffusion de la démocratie, tout en y associant le nom de Kant : l’ouvrage parle d’un bout à l’autre des « lumières franco-kantiennes » et les oppose, sur la scène allemande, au Sturm und Drang qu’anime Goethe aussi bien que Herder.

    Ces rappels sont propres à doper le moral des démocrates d’aujourd’hui et le pourront d’autant mieux qu’on ne fera pas du nazisme le produit quasi-mécanique d’une accumulation d’idées obscurantistes. Le libre débat qui avait permis à la France de se doter d’une république stable en dépit de Renan et de Maurras était en passe de produire cahin caha les mêmes effets dans l’Allemagne de Weimar... si Hitler avait été un vulgaire Boulanger. Mais ce politicien à l’intelligence insoupçonnée, et encore aujourd’hui généralement sous-estimée, sut exploiter les affrontements idéologiques pour imposer ses propres thèses, d’une grossièreté radicalement inédite. Ce livre, en aidant à connaître le milieu intellectuel dans lequel a baigné sa formation et qu’il a, par la suite, manipulé, affinera la connaissance du Troisième Reich et les leçons tirées de ce moment catastrophique de l’histoire, à condition de reconnaître que le terreau n’a pas spontanément engendré son laboureur.

     


    [1] Une idéologie qui proviendrait selon lui de la "rencontre" entre la droite nationaliste "anti-Lumières" et une certaine gauche "syndicaliste révolutionnaire" et/ou "anticapitaliste romantique" ayant rejeté le marxisme - ce qui donne en fin de compte un étrange vernis d'"orthodoxie" marxiste (mais alors, comment être en même temps sioniste ?) posé sur les thèses de l'"antitotalitarisme" bourgeois (le fameux "les extrêmes se rejoignent", rappelons par exemple que Bernard-Henri Lévy partage globalement les mêmes analyses dans son ouvrage L'idéologie française)... En fait, tout ce que ceci montre c'est que Sternhell ne comprend absolument pas le concept marxiste-léniniste d'hégémonie (Gramsci). La réalité c'est qu'en situation de crise générale du capitalisme, ce que l'on qualifiera d'extrême-droite exerce petit à petit une HÉGÉMONIE intellectuelle TOTALE sur l'INTÉGRALITÉ du champ politique de la société capitaliste... ceci pouvant inclure jusqu'à des éléments de la "gauche de la gauche" [et bien sûr de la "gauche radicale d'affirmation des Peuples", comme typiquement Yann-Ber Tillenon ou Padrig Montauzier en Bretagne] - et s'ils ne sont pas ou que très superficiellement marxistes, c'est évidemment encore plus facile ! Mais ce sont des éléments de la mobilisation fasciste PARMI D'AUTRES ; il suffit de penser par exemple à la quantité de radicaux de la 3e République (qui seraient l'équivalent de notre PS d'aujourd'hui !), bien francs-maçons et "libres penseurs" comme il faut (purs produits des Lumières en quelque sorte !), qui se rallieront à la "Révolution nationale" pétainiste en 1940 ! Or Sternhell choisit de focaliser sur ce phénomène pour en faire la véritable "fécondation" de ce qui deviendra le fascisme (par exemple le "Cercle Proudhon" où peu avant la Grande Guerre "convergeaient" des militants de l'Action française - à l'initiative du truc, ce qui ne trompe pas ! - et quelques "syndicalistes révolutionnaires" comme Édouard Berth ou Georges Valois, proches de Georges Sorel - mais ce dernier était lui-même plutôt hostile à la démarche).

    [2] En parcourant la biographie Wikipédia de ce dernier, on découvre même qu'il a totalement été un homme des Lumières, ami de Goethe et même... membre des "Illuminés de Bavière", société secrète de type maçonnique ayant donné naissance au délire des "Illuminatis" qui persiste encore aujourd'hui. Il a simplement pris ses distances avec la Révolution française après les Massacres de Septembre (1792). En revanche, il était bel et bien violemment hostile aux Juifs (dans un esprit très voisin de celui de Voltaire...) ; un antisémitisme des Lumières qui a sans doute autant sinon plus nourri l'antisémitisme exterminateur du 20e siècle que le vieil antijudaïsme chrétien (qui laissait, rappelons-le, l'opportunité aux Juifs de cesser de l'être en se convertissant, alors que l'antisémitisme les voyant comme une "race abjecte" ne le permet pas). C'est donc là encore une formidable illustration du "sérieux" de l'analyse de Sternhell et (donc) des "maoïstes" qui s'en réclament.

    [3] Bien sûr, au même titre qu'avec le proudhonisme en Hexagone, l'une des composantes (loin d'être la seule...) de ce bric à brac idéologique va être l'exaltation du capitalisme naissant médiéval (généralement non désigné comme capitalisme) dépeint comme "pur", par opposition à "ensuite" - le capitalisme "en grand", triomphant, à partir du 18e siècle. C'est ainsi que le 'p''c''mlm' va nous présenter en ce moment même un certain Rudolf Jung (Allemand des Sudètes) et son "socialisme national" comme "à la base même" de l'idéologie nazie (il en a, en effet, été un contributeur important mais pas le seul) ; et va particulièrement insister sur "l'éloge de la paysannerie médiévale et du petit commerce" par celui-ci dans ce qui se veut une allusion "cryptée" et, en réalité... une compréhension complètement de travers de notre longue étude sur la société médiévale en général (occitane en particulier) publiée l'automne dernier. Toute l'activité du 'p''c''mlm' depuis 6 mois (au moins) consiste en effet à nous présenter sans jamais nous nommer comme des "anticapitalistes romantiques" et des nazis en puissance qui exaltent la société précapitaliste et rejettent le "progressisme" de sa destruction par le capitalisme et l’État moderne, "fantasment" une Occitanie conçue comme une communauté "organique" et "socialiste en soi" à laquelle le capitalisme serait "étranger" et "imposé de l'extérieur" etc. etc., tout ceci devant (bien sûr) nous conduire tôt ou tard à l'antisémitisme (à moins que ce ne soit déjà le cas, c'est en tout cas la position de certains), obligés que nous serions de pointer "le Juif" comme "seule explication possible" à ce que nous avançons. Travestissement grotesque - entre lecture en diagonale et mauvaise foi caractérisée - de ce que nous disons, mais passons.
    Nous avons en substance, dans notre étude sur le païs médiéval (communauté paysanne/villageoise), défini celui-ci comme ayant deux aspects, comme étant à la croisée des chemins en quelque sorte : la communauté ancestrale collectiviste (produisant de manière collectiviste ce qui ne veut pas dire pour le seul bénéfice de la collectivité : il y avait évidemment le seigneur des lieux qui ponctionnait sa part du produit) qui se meurt, et le capitalisme rural qui émerge en générant d'un côté (un se divise en deux) une couche de notables, gros fermiers et autres possédants et de l'autre, un prolétariat rural et une paysannerie paupérisée que le développement du capitalisme dans les villes viendra peu à peu "aspirer". Tout ce processus est bien entendu interne et intrinsèque au païs considéré (cette société paysanne et villageoise qui représente 99% de la population au Moyen Âge et encore près de 90% à la veille de la "révolution" industrielle). L’État moderne comme cadre politique adapté et nécessaire à cette affirmation du capitalisme vient se superposer à cela, il ne "l'importe" pas même si en Occitanie, en l'occurrence, il est le fruit d'une conquête militaire par le Nord capétien. L'Occitanie du 13e siècle était, de fait, bien plus capitaliste que le Bassin parisien ; mais pour passer à un niveau supérieur de développement capitaliste il lui fallait un cadre politique (l’État moderne) qu'elle n'a pas su, pu ou (simplement) eu le temps de se donner et qui lui a (donc) été apporté par son annexion meurtrière au domaine capétien, futur État français : voilà ce que nous disons. Ceci, si l'on distingue très schématiquement une masse des producteurs et des couches possédantes (possesseurs de moyens de production, au titre du droit féodal évidemment à l'époque, mais prérequis indispensable à une économie capitaliste), s'est imposé de force à la première (comme tout appareil de domination de classe) mais de gré à une partie des secondes et de force à une autre - qui aurait peut-être "préféré" un cadre politique strictement national, ceci étant déjà (tout de même) en gestation alors, mais aussi dans bien des cas sans la moindre conscience de ce qui se jouait, dans un pur cadre de concurrence entre possédants (untel et untel et encore untel se tournant vers le roi de France contre ses ennemis héréditaires, etc.). La même chose (avec ses spécificités dans chaque cas) s'est déroulée à peu près pareillement dans toutes les parties des grands États qui composent aujourd'hui l'Europe, que ces territoires aient eu (d'ailleurs) des caractéristiques nationales à l'époque ou non (dans tous les cas la subsidiarité politique médiévale a été "tuée" au profit de l’État moderne centralisé dirigeant "du haut vers le bas" et l'autosuffisance économique des communautés populaires a été liquidée, ainsi que Marx le décrit en Angleterre sous l'État... anglais).
    Ce que nous avons mis en avant dans notre étude (et d'autres documents), c'est donc surtout l'aspect collectiviste primitif résiduel du païs médiéval tout en soulignant bien le caractère inévitable du processus qui a suivi ; ainsi que la subsidiarité politique qui prévalait alors parce qu'elle rejoint notre conception de la société socialiste de demain, avec ses Communes populaires comme cellules de base et ses échelons territoriaux plus grands, indispensables mais ne devant s'occuper que de ce que la Commune ne peut pas faire toute seule. Quant au fait que l’État du Capital, là où nous vivons et le combattons (en Occitanie), soit le produit d'une conquête et d'une soumission militaire... nous le soulignons tout simplement parce que c'est la réalité et que comprendre cette réalité (et non la refuser) nous permettra seul de lutter victorieusement. Nous avons observé qu'une fois l’État constitué, le Capital... de la capitale (Paris) s'est naturellement retrouvé au sommet de la pyramide et qu'il a agencé le développement capitaliste et l'organisation sociale de la production (= l'organisation de l’État) conformément ses intérêts, en Centres et en Périphéries où se concentrent respectivement le POUVOIR (politique, économique et culturel) et l'exploitation, l'oppression et l'aliénation... et nous avons formulé à partir de là que la Guerre révolutionnaire du Peuple devait consister en un encerclement des premiers par les secondes. Nous avons également observé que l’État français, durant 8 siècles, a consacré d'immenses efforts à briser la résistance des couches possédantes réfractaires (bien sûr) mais aussi des masses populaires ; le premier combat s'inscrivant (en dernière analyse) dans le cadre de la concurrence capitaliste tandis que le second, lui, s'inscrit dans ce que Marx a décrit comme l'accumulation primitive du capital et l'arrachement des producteurs à tout moyen de production et de subsistance autre que leur force de travail (à "vendre" quotidiennement au capitaliste) ; les deux prenant dans tous les cas un aspect culturel : l'imposition de la langue et de la culture française à l'Occitanie. Or si ce combat culturel a presque totalement réussi dans les couches aisées, il n'en a pas été de même auprès des couches populaires, travailleuses, ouvrières et paysannes ; et ceci, cette conscience occitane résiduelle, n'est pas selon nous un "vestige obscurantiste du passé" qu'il faudrait achever de balayer mais au contraire la base de la prise de conscience de tout le reste, pour pouvoir engager le combat contre ce "tout le reste"... qui n'est autre que le capitalisme et l’État français. Voilà ce que nous disons !!! Pour ce qui est du "progressisme" du capitalisme et de l'État moderne, il est vrai que nous évitons ce terme devenu au fil du temps synonyme de "bien", de "positif". Nous voyons l'imposition du capitalisme et de l'État moderne (qui va avec) comme un passage souvent douloureux, parfois positif (progrès technique et scientifique, développement de la considération humaniste pour l'individu) et dans tous les cas nécessaire et incontournable de l'espèce humaine vers le communisme... ce qui n'est ni plus ni moins que la conception de Marx (il suffit de lire le Capital). Il nous semble simplement que la confusion entre progrès objectif (l'humanité devait objectivement en passer par là) et "progressiste" au sens de "positif" (connotation morale) a pu amener par le passé à célébrer l’œuvre de l'ennemi (l’État moderne devenu "République une et indivisible" par la révolution bourgeoise)... que l'on peut alors difficilement combattre. Nous, nous COMBATTONS l’État français appareil politico-militaire de la classe dominante capitaliste. Mais nous ne sommes pas non plus pour un État occitan, un État breton, un État corse etc. etc. qui seraient autant de petits États français miniatures : nous sommes pour une organisation sociale radicalement nouvelle, l'"État" des Communes populaires fédérées !
    L'approche de Rudolf Jung, elle (puisque c'est l'exemple que veut mettre en avant le 'p''c''mlm'), nous semble bien différente... Son "éloge de la paysannerie médiévale et du petit commerce" nous semble surtout être un éloge de l'aspect capitaliste naissant de la société médiévale... tout en "déplorant" l'évolution par la suite, le capitalisme "en grand" avec ses banques, sa grande industrie (et mort de la petite), sa "spéculation" (et mort du petit commerce) etc. etc., toutes choses pourtant inévitables mais que Jung rejette et (seules) regroupe sous le vocable de "capitalisme". Et comme ce capitalisme "en grand" ne "peut pas" (dans son esprit) être le fruit naturel et inévitable... du capitalisme naissant, il ne peut donc résulter que d'une intervention extérieure et/ou d'un mal ("l'avidité") qui se serait emparé du "corps sain", et qui se trouve très vite identifié avec la "main du Juif" (identification pratiquement inévitable dans la région d'Europe où il vit). En tant que Sudète, la culture populaire de Jung est celle de ces petits villages de "défricheurs" de l'épaisse forêt médiévale, peuplée de deux "espèces nuisibles" : le loup et le Slave. Il est donc tout logiquement aux avant-postes pour célébrer cette mythologie du paysan-entrepreneur libre "défrichant" les terres sauvages et "construisant tout de ses mains", faisant "avancer la civilisation" sans l'intervention néfaste des "banques" ni de la "bureaucratie"... Un esprit que l'on retrouve, par exemple, omniprésent dans l'extrême-droite nord-américaine célébrant le "pionnier" et qui a rejailli de là (un peu) sur l'ancienne métropole britannique, elle aussi (à l'origine) nation de "défricheurs" libres (les yeomen) - sauf que dans tous ces pays le mot "socialisme" (quasiment synonyme de "marxisme" ici) est absolument tabou et il ne viendrait à l'idée de personne de s'en réclamer, c'est plutôt la "liberté" qui est mise en avant, mais l'idée de petits producteurs "libres" et "librement associés", "naturellement solidaires" sans imposition "bureaucratique" (idée que l'on retrouve ici chez Proudhon...) est en dernière analyse la même que dans le "socialisme national" de Jung.
    Quant à la conception de l’État... Jung est tout simplement un partisan de la "Grande Allemagne" englobant toutes les communautés de langue germanique, comme des millions et des millions de ses contemporains (la "Petite Allemagne" de 1871 s'était plus imposée par défaut qu'autre chose), ce qui correspond particulièrement bien (de surcroît) à sa culture de "pionnier" sudète face au monde slave (Drang nach Osten). Cet État grand-allemand aurait dû être (selon lui) l'émanation "naturelle" de la communauté médiévale capitaliste primitive qu'il encense - il a correctement saisi que l’État moderne (dont il est un partisan) procède directement de l'émergence/affirmation du capitalisme (qu'il n'appelle pas ainsi et dit rejeter) ; mais des aléas ont fait que cela n'a pas été le cas et il ne comprend pas, ou refuse carrément de comprendre ces aléas (ce que seule une grille d'analyse marxiste permettrait). Ce ne peut donc être que "la faute à" la monarchie autrichienne (Habsbourg) qui serait tombée "aux mains des Juifs" (avec lesquels elle s'est effectivement montrée libérale à partir du 18e siècle). L’État est vu par Jung comme la "destinée" d'une communauté nationale (Volk) et l’État des Volksdeutsche doit être la Grande Allemagne, un point c'est tout, seule une "force maléfique" (= les Juifs) pouvant contrarier cette "destinée". Il n'est pas vu comme un instrument de classe (il n'y a pas de classes dans la communauté nationale idéalisée de Jung) ni le fruit d'un processus complexe et aléatoire, marqué notamment par la concurrence entre Centres capitalistes pour se tailler une base fondamentale d'accumulation et n'ayant d'ailleurs jamais, en Europe ni ailleurs, vraiment engendré d’États qui correspondent exactement à ce que les marxistes définissent comme une nationalité.
    Par exemple, s'il n'y a pas d’État occitan, c'est parce qu'au moment décisif (13e siècle) les tentatives des classes dominantes occitanes (toujours partielles : Aquitaine-Gascogne, Languedoc, Provence, jamais l'Occitanie entière) ont échoué pour tout un faisceau de raisons et ont été écrasées par l'expansionnisme capétien, porté par la bourgeoisie francilienne. De même, s'il y a une Allemagne et une Autriche, c'est parce qu'au 19e siècle il y avait deux grands Centres de pouvoir (les Hohenzollern de Prusse appuyés sur la bourgeoisie brandebourgeoise et rhénane et les Habsbourg d'Autriche appuyés sur la bourgeoisie de Vienne) qui n'ont jamais réussi à s'entendre, revendiquant chacun l'unification des peuples de langue germanique sous sa seule coupe [de fait, si quelque chose marque la singularité du nazisme au sein du fascisme européen en général, c'est peut-être cet échec historique de la bourgeoisie allemande à assouvir son "grand" projet : un État allemand correspondant peu ou prou au Saint-Empire de l'An Mille et exerçant sa domination sur toute l'Europe centrale et orientale]. Tout cela est aussi aléatoire (dépend d'autant de facteurs) que le fait que dans la nature, le lion attrapera tel jour la gazelle et tel jour non ; mais Jung refuse d'admettre de tels aléas car il ne voit pas les choses en matérialiste mais en idéaliste, en termes de "peuple" comme communauté organique et d’État comme "destin" de cette communauté. Jusqu'en 1918 les Allemands des Sudètes se trouvaient dans l'Empire austro-hongrois, puis ils se retrouvèrent dans un nouvel État dénommé "Tchécoslovaquie". Ceci, effectivement, n'était pas démocratique : les Sudètes étaient niés à l'intérieur d'un État base d'accumulation pour la bourgeoisie tchèque (en réalité celle-ci était très faible et une telle chose n'était possible qu'avec le soutien impérialiste de l'Entente, les vainqueurs de la Première Guerre mondiale). Mais tout ceci n'était pas le problème de Rudolf Jung, qui avait d'ailleurs déjà commencé son militantisme pangermaniste depuis bien longtemps (sous l'Autriche-Hongrie), définitivement forgé son idéologie et mis le point final à son œuvre maîtresse (Le Socialisme national) alors que la Tchécoslovaquie voyait à peine le jour. Son problème, son objectif, c'était la Grande Allemagne qui n'avait pas réussi à se constituer au 19e siècle, projet impérialiste fort peu soucieux (d'ailleurs) de "pureté" ethnique allemande lorsqu'il s'agissait d'annexer (et d'asservir) des populations slaves.
    Tout cela, ce sont des contradictions du capitalisme que le fascisme (ce qu'était l'idéologie de Jung) et, dans un sens, l'idéologie bourgeoise en général (mais de manière moins ouvertement agressive) a pour vocation existentielle de nier et dissimuler sous des mythes pour tenter de les "surmonter" et de faire exister ce que chaque bourgeoisie perçoit comme sa "destinée", plus ou moins contrariée par l'histoire ! [Il en va exactement de même du mythe de la "Gaule" et de "l'Hexagone", ce "cristal" parfait qui "ne pouvait avoir une autre forme", correspondant exactement aux "frontières naturelles" de la base d'accumulation "idéale" visée par l'expansion parisienne "française" tout au long des 17e, 18e et 19e (voire 20e) siècles.]
    Nous, notre prétention est seulement de comprendre les processus du passé car de ceux-ci découle le présent ; afin de pouvoir transformer ce présent et construire l'avenir !!!

    [4] Dans le cas spécifiquement français, au demeurant, dès 1789 et totalement dans la seconde moitié du 19e siècle, le clivage entre droite et gauche des Lumières tendra à recouper assez nettement un clivage Nord-Sud et à se coupler, dès lors, à une hostilité aux Juifs puisque l'Occitanie avait été leur Sion médiévale et puisqu'à l'époque les Juifs de France étaient soit alsaciens ou lorrains, soit occitans (communautés de Provence-Languedoc issues du Comtat papal et communautés gasconnes)... le clivage s'ancrera rapidement et par la suite, si les exceptions sont devenues célèbres (Maurras), l'Occitanie restera relativement hermétique à la "droite révolutionnaire" dont parle Sternhell - en revanche, sous Vichy, il existera une collaboration de gauche (René Bousquet etc.).

    [5] Les Jésuites ne se caractérisaient d'ailleurs pas par un antisémitisme particulièrement virulent pour leur époque : http://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_Juifs_et_Jésuites...
    Il s'agit vraiment du seul courant de pensée (en tout cas l'avant-garde du seul courant) réellement qualifiable d'"anti-Lumières"/"anti-moderne" à l'époque considérée. Ils s'opposaient à vrai dire non seulement aux Lumières mais à toutes les "idées nouvelles" surgies depuis le 16e siècle, y compris les grandes découvertes scientifiques indiscutables comme l'héliocentrisme de Copernic (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l'inverse), et non seulement à l’État bourgeois (monarchie ou même république parlementaire) voulu par les Lumières mais aussi à l’État moderne sous sa forme monarchique absolue (mouvement des monarchomaques), tel que théorisé par Jean Bodin par exemple. Ils étaient, en réalité, les derniers défenseurs de la "république populaire" et de la subsidiarité médiévale sous le "patronage" bienveillant de l’Église ; et bien qu'attachés à certaines hiérarchies sociales et à l'obéissance à ces hiérarchies, ils opposaient même à la modernité de leur époque (affirmation quotidienne de capitalisme et de son État) des conceptions très démocratiques voire sociales, qu'ils mirent notamment en pratique dans leurs missions du Paraguay [l'origine basque des deux principaux fondateurs de l'ordre, Ignace de Loyola et François Xavier, contemporains (au demeurant) de l'exécution militaire du Royaume de Navarre par le jeune État moderne espagnol, n'est sans doute pas dissociable de ce catholicisme "populaire", "foi du charbonnier" et "républicain" anti-absolutiste porté par les Jésuites ainsi que d'un certain esprit de syncrétisme avec les croyances ancestrales pré-chrétiennes que l'on retrouvera notamment dans les missions du Paraguay, puisque tout cela était caractéristique de la très catholique mais aussi très égalitaire et "républicaine paysanne" (dénuée de conception monarchique forte) société basque de l'époque]. Ils admettaient et faisaient même (pour certains) la propagande du tyrannicide, autrement dit l'élimination par n'importe quel individu du souverain devenu 'despote'. Ceci leur vaudra, bien avant les révolutions bourgeoises qui les vouaient évidemment aux gémonies (comme incarnations de l'"obscurantisme"), des relations exécrables avec toutes les grandes monarchies absolues (y compris de religion officielle catholique : France, Autriche, Espagne, Portugal) mais aussi tumultueuses avec la Papauté qui, bien que fortement "anti-moderne" elle aussi, voulait ménager les États absolutistes et en était, au demeurant, un elle-même (en Italie centrale). Ils refusèrent toujours catégoriquement de participer à l'Inquisition qui rappelons-le, bien qu'institution de l’Église, avait été l'un des premiers instruments de terreur de masse de l’État moderne ; et leurs ouvrages furent fréquemment mis à l'Index par elle.
    Ce courant de pensée n'a pas de continuateurs directs au 20e siècle et encore moins aujourd'hui, après que les révolutions bourgeoises et la "révolution" industrielle aient tout balayé sur leur passage. On peut lui trouver un héritier très indirect dans le christianisme social, c'est à dire les éléments qui (vers le milieu ou la seconde moitié du 19e siècle) ont finalement accepté la modernité et le système politique issu des Lumières en endossant le rôle de "critique sociale humaniste et modérée" de la nouvelle société : c'est la position politique actuelle de 99% de la Compagnie de Jésus (qui existe encore bien entendu et compte 17.000 membres à travers le monde). Ceci peut parfois les conduire à droite, comme l'actuel pape Bergoglio (ex-"provincial" argentin des Jésuites) qui a milité dans sa jeunesse à l'aile droite du péronisme, mais aussi (souvent) très à gauche, vers la théologie de la libération (comme les franciscains, un peu dans le même esprit mais nés bien avant, dès 1210), ce qui vaudra à beaucoup la torture et/ou la mort sous les dictatures sud-américaines (d'où la polémique actuelle sur le rôle de Bergoglio/"François" pendant cette période). Nous avons vu comment, passé les Lumières et la "révolution" industrielle, la religion en tant qu'idéologie ne peut plus avoir aucun caractère autonome : elle "marque", certes, culturellement les différents pays du monde, mais les interprétations du corpus doctrinal peuvent aller de l'extrême-droite à l'extrême-gauche. L'hégémonie intellectuelle sur la planète appartient aux idéologies issues des Lumières (aile gauche ou aile droite), combattues par l'idéologie communiste. Les pensées religieuses se positionnent par rapport à cela et non l'inverse - définition de l'hégémonie selon Gramsci.

    Le fascisme quant à lui, surtout dans les pays catholiques, a pu s'appuyer sur les thèses "sociales" de l'encyclique Rerum novarum - qui marque le véritable ralliement de la Papauté à la modernité triomphante (ralliement de l'Église aux Lumières, donc, et non l'inverse) tout en en critiquant les "injustices", et qui prétend "associer" Capital et Travail dans un esprit paternaliste. Mais sa filiation profonde n'est pas là : véritablement, Zeev Sternhell confond "anti-Lumières" et aile droite des Lumières ("Lumières d'ordre"). Le fascisme cherche d'abord et avant tout à arracher le capitalisme à la "mauvaise pente" sur laquelle il le voit, et il fait preuve dans cela d'un grand pragmatisme. En Allemagne, pays partagé entre catholiques et protestants et dont cette division a (justement) été le principal frein à l'unité et à la "volonté de puissance", Hitler "solutionne" la question en rejetant tout simplement le christianisme ("idéologie de la faiblesse" selon lui, dans un esprit nietzschéen) et en invitant les croyants à en faire une affaire strictement privée : au-dessus de tout doit être l’État, la Grande Allemagne et son unité face aux concurrents impérialistes et à la menace communiste.

    De même, en France, Charles Maurras est profondément un homme de raison et sa démarche n'est pas celle d'un fanatique opposé à toute "idée nouvelle", mais celle d'un pragmatique. Provençal, il est attaché à sa "petite patrie" et hostile à la centralisation parisienne, mais non moins soucieux de la "Grande France" et de sa puissance internationale. La puissance nécessite l'unité et "l'ordre" contre les luttes de partis (bourgeois) et de classes ; elle nécessite un "État fort" que la IIIe République parlementaire n'est selon lui pas capable de lui donner. La lutte des classes marxiste doit s'effacer devant une "solidarité nationale" appuyée sur des "corps intermédiaires" librement organisés et non-étatiques, dont seul un État fort peut constituer la clé de voûte. Quant à la centralisation, avec ses conséquences l’étatisme et la bureaucratie (rejoignant ainsi les idées de Proudhon), elle est selon lui inhérente au régime démocratique : il estime que les républiques ne durent que par la centralisation, seules les monarchies étant assez fortes pour décentraliser. La république parlementaire libérale associe à ses yeux centralisme bureaucratique et décadence. Il faut donc un roi, appuyé sur le catholicisme comme religion ultra-majoritaire des Français (contre les "États confédérés de l'anti-France" que sont les Juifs, les protestants, les francs-maçons et les 'métèques', mais il s'agit là d'un catholicisme très gallican où l'autorité de Rome n'a pas vocation à être au-dessus de celle de l'État français) ; bien qu'il ait été lui-même (longtemps) un républicain modéré et un agnostique. Minoritaire au départ, il parviendra avec beaucoup d'habileté à imposer ce point de vue aux fondateurs de l'Action française, Henri Vaugeois et Maurice Pujo, hommes du Bassin parisien plutôt républicains (eux aussi), anticléricaux et... jacobins/bonapartistes, centralistes.

    Au sujet de Maurras et de l'Action française (car pour Sternhell le fascisme n'est pas seulement "anti-Lumières" mais aussi né en France, ce qui pour le coup - d'ailleurs - est une thèse plus qu'intéressante à contre-courant des postulats "blanchisseurs" de René Rémond & co), voici ce que nous pouvions écrire il y a une dizaine de mois : "Combien n'a-t-on pas entendu, par exemple (et pas seulement du 'p''c''mlm'), que "Maurras et l'Action française, c'est le rejet des Lumières"... ? ARCHI-FAUX : Maurras et l'Action française se revendiquaient du POSITIVISME (dont on dit souvent, en "France", que "le marxisme s'inspire" alors que dans toute son œuvre Marx consacre peut-être trois paragraphes à Auguste Comte pour dire que c'est un triple crétin...) ; autrement dit des "Lumières", de la pensée bourgeoise et du "scientisme" du 19e siècle. À l'origine RÉPUBLICAINS de tendance conservatrice, anti-socialiste et chauviniste revancharde, souvent agnostiques (comme Maurras) ou en tout cas très "séculiers", ils se tourneront par pur pragmatisme vers l'idéologie national-catholique (comme "ciment" du "nationalisme intégral") et le principe monarchique... mais choisiront pour monter sur le trône la branche d'Orléans, celle de Louis-Philippe (Monarchie de Juillet) et du régicide Philippe "Égalité" (qui avait voté la mort de son cousin Louis XVI à la Convention), autrement dit la branche capétienne acquise aux "idées nouvelles" et aux "Lumières". Ce que voulaient simplement les maurrassiens, c'était un État fort et même "en acier trempé" au service du Capital ; et ils pensaient qu'aucun système républicain (forcément parlementaire dans leur esprit) ne pouvait l'assurer en termes de légitimité : il fallait donc un roi (comme en avaient d'ailleurs tous les États européens à l'époque où naissait l'AF, sauf la France et la Suisse). Ils n'avaient absolument aucun projet d'"effacer" toute la pensée bourgeoise produite au long des 16e, 17e et 18e siècles (celle qu'apprécie tant le 'p''c''mlm')... De même, parmi les théoriciens racialistes du 19e siècle qui seront repris sous toutes les coutures par le fascisme au siècle suivant, Joseph Arthur de Gobineau, certes légitimiste à l'origine, était un protégé de Tocqueville, tandis que Paul Bert était profondément "libre-penseur", positiviste, républicain et anti-clérical ; il est même considéré comme l'un des "pères fondateurs" de "notre" école républicaine publique et laïque... Comme "hommes des Lumières", il est difficile de faire mieux !"

    [6] Les sternhelliens et autres postoniens (c'est un peu la même chose) nous disent que "l'antisémitisme n'est pas un racisme comme les autres" (mais quel racisme est comme les autres ? l'arabo/islamophobie est un racisme de "guerre des civilisations" depuis le Moyen Âge, la négrophobie un racisme de rabaissement infra-humain à l'état de "singe" ou de "grand enfant" idiot mais potentiellement dangereux etc.) : c'est un "anticapitalisme romantique" qui assimile les Juifs à "l'argent", l'usure, la spéculation, "l'avidité" etc. etc. Mais ceci n'est réellement "sérieux" qu'en prenant au mot... les antisémites eux-mêmes et leur définition du capitalisme !
    Loin d'être "anticapitaliste", l'assimilation des Juifs à "l'usure" et à "l'avidité" accompagne en fait TOTALEMENT le développement du capitalisme durant TOUTE sa phase historique ascendante, du 12e au 20e siècle. De fait, princes et puissants "très chrétiens" du Moyen Âge obtenaient (déjà plus ou moins sous la menace...) des "prêts" des communautés juives, puis les accusaient d'"usure" pour refuser de les rembourser... et au contraire les chasser, les spolier voire les massacrer : de là vient la "légende". Et être contre "l'usure", la "spéculation" et "l'avidité" n'est NULLEMENT "anticapitaliste" : c'est au contraire une ABSOLUE NÉCESSITÉ du capitalisme lui-même, mode de production en lutte (en INSURRECTION) permanente contre sa propre crise (dont la spéculation est un symptôme) et qui, bien que basé sur la concurrence entre entrepreneurs, a besoin pour fonctionner de pratiques "loyales" et d'un certain nombre de "règles". Dans des pays où les Juifs sont historiquement associés à la spéculation, à l'avidité et à la déloyauté en affaires, cela peut effectivement faire "très mal" lorsque la crise capitaliste atteint un certain degré d'acuité ; et cela n'a pas attendu le 20e siècle (même si bien sûr les moyens techniques de celui-ci ont donné à la persécution une dimension jusque-là inégalée). Il y a alors (peut-être) des gens pour n'appeler "capitalisme" QUE les pratiques déloyales, l'avidité et l'accumulation "excessive", l'usure et la spéculation etc. Mais ce n'est pas la définition marxiste du capitalisme. Les gens qui définissent ainsi le capitalisme (pour ensuite, éventuellement, associer ce "capitalisme" aux Juifs et les persécuter à ce titre) ne sont pas des "anticapitalistes". Ce sont de PURS REPRÉSENTANTS d'un capitalisme en INSURRECTION CONTRE SA PROPRE CRISE. 

     


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  • partisans1. Il n'y a rien de pire que l'apathie et la résignation ou (surtout) le légalisme, le respect fanatique de l'ordre établi, des lois, des institutions et des "dépositaires de l'autorité" (en Hexagone l'immense majorité de ce que l'on appelle indistinctement "extrême-droite" ou "fascisme" consiste strictement en cela et si elle est "révoltée", c'est par la perte de ces "valeurs").

    Au-delà commence ce que l'on appellera la "conscience révoltée", c'est-à-dire la non-acceptation systématique du monde qui nous entoure.

    À partir de là, l'histoire a montré que cette "conscience révoltée" peut suivre différentes directions :

    - la "révolution réactionnaire" qui est ce que l'on appelle le fascisme au sens strict ;

    - mysticisme, explication ésotérique du monde, millénarisme religieux (auquel on peut rattacher le djihadisme musulman) ;

    - réformisme radical : l'ordre des choses est mauvais mais perfectible en "luttant", en "revendiquant", en "faisant entendre sa voix" ; ou alors il est "trop tôt" pour parler de révolution et il faut donc se contenter d'améliorations et de petites "conquêtes" par la lutte, ce qui revient au même ;

    - enfin, la conscience révolutionnaire proprement dite : il faut renverser par une lutte radicale l'ordre établi des choses, et en construire un autre plus juste.

    Ceci étant bien sûr non exhaustif : il existe encore une multitude de voies moins importantes, ou de dérivatifs des quatre ci-dessus (par exemple, lorsque des listes "associatives militantes" des quartiers populaires s'associent aux centristes de l'UDI contre des municipalités PS ou PC, c'est la même logique réformiste que celle qui a longtemps lié ces milieux associatifs à la gauche bourgeoise, même si dans la plupart des esprits "réformisme" est associé à "social-démocratie", "keynésianisme" etc.) ; et surtout de nuances, de "zones grises" entre elles.

    Ce qui revient souvent dans les débats, au sujet de Dieudonné ou autres, et que nous avons déjà maintes fois affirmé, c'est que la première tâche des communistes n'est pas la dénonciation des mille et un bourgeonnements non-communistes, réformistes ou même réactionnaires/fascistes (comme le dieudonnisme), mais la FORTIFICATION DE LEURS PROPRES POSITIONS IDÉOLOGIQUES. Face à un mouvement communiste fort avec une ligne en acier trempé, très peu de réformistes, de mystico-religieux et même de fascistoïdes sont par principe "irrécupérables" - à condition de mener inlassablement le travail d'agitation et de propagande. À l'inverse, une ligne "communiste" aussi erronée qu'arrogante agit en "repoussoir" et va favoriser le bourgeonnement idéologique de démarches "rupturistes" antimarxistes (ou assumant une forte distance avec le marxisme). Par exemple, face à la ligne du PCF de Maurice Thorez sur la question algérienne (du milieu des années 1930 jusqu'à l'indépendance), c'est ce que l'on a observé dans le mouvement de libération nationale de ce pays, où l'hostilité aux idées communistes était forte avec des gens comme Messali Hadj ou Malek Bennabi (et le PC algérien fut très rapidement marginalisé par les nationalistes et le FLN, puis dissous lors de l'indépendance).

    Front popCela peut nous amener à nous pencher sur une autre question importante : lorsque l'on parle de Front populaire antifasciste, la première question à se poser (nous semble-t-il) devrait être "où est la social-démocratie, où est la SFIO de notre époque ?".

    Eh bien, notre conclusion est que cet équivalent actuel de la SFIO des années 1930, autrement dit le mouvement militant ouvrier-populaire qui ne s'est pas encore suffisamment emparé de la science marxiste... c'est précisément cette "extrême-gauche anarcho-trotskyste" sur laquelle d'aucuns tapent à tour de bras et à longueur d'articles  (à laquelle il faut ajouter les troupes progressistes sincères - et non-chauvinardes - du Front de Gauche ou des Verts et bien sûr les gauches d'affirmation des peuples niés comme Breizhistance etc.), alors que dans le même temps ils prônent l'alliance "antifasciste" ou plutôt anti-Dieudonné (ne disant pas un mot du nouvel manifestation antifasciste"immortel" Finkielkraut par exemple !) avec le PS de Valls quand ce ne sont pas carrément l'UMP et le CRIF toulousains de Moudenc et Yardeni ! Autrement dit avec l'équivalent actuel du Parti radical des années 1930 (quand ce n'est pas carrément de la Fédération républicaine qui donnera à la "Révolution nationale" ses Vallat et Henriot), avec lequel le PC de Thorez s'allia certes, mais ce fut justement la pire erreur qu'il ait commis ! Si "main tendue" à une fraction de la bourgeoisie il devait y avoir, ce serait à la rigueur à la bourgeoisie  démocrate sincère, "libérale" au sens politique, et non républicaine ce qui n'est pas du tout la même chose...

    Manifestation-Clement-Meric10Une "extrême-gauche anarcho-trotskyste" présentée comme un ramassis d'"antisémites" et de rouges-bruns "nationalistes révolutionnaires" honteux, une véritable "antichambre du fascisme" alors que Valls et compagnie seraient au contraire des "forteresses des Lumières, de la culture et de la civilisation"... On retrouve notamment cela dans un article de nos "maoïstes" crypto-sionards consacré à Dieudonné, où ils reprennent encore une fois leur vieille thèse (empruntée à leur idole le sioniste Sternhell) selon laquelle le fascisme naîtrait de "la gauche et (de) l'extrême-gauche refusant le matérialisme dialectique" ; thèse évidemment absurde et totalement contraire au matérialisme dialectique en question. Il faut réaffirmer encore une fois les choses haut et fort :

    - Que des RÉFORMARDS (car là est le premier postulat erroné : dire que Dieudonné était "d'extrême-gauche" c'est à dire révolutionnaire au début des années 2000, alors que c'était un putain de républicard intégrationniste !) finissent parfois par tomber dans le mobilisation de masse fasciste, c'est une réalité incontestable du moment qu'ils voient bien que cela "ne tourne pas rond", serment1934que "rien ne va plus" mais qu'ils sont intellectuellement incapables d'envisager un véritable renversement révolutionnaire de l'ordre existant ;

    - Mais se trouve le CENTRE de la mobilisation réactionnaire en question, qui finit par les attraper dans son orbite ? Le marxisme-léninisme nous l'enseigne : il se trouve dans la fraction la plus réactionnaire, agressive, terroriste, ne "reculant devant aucun crime" du Grand Capital monopoliste. Nullement dans "la gauche et l'extrême-gauche refusant le matérialisme dialectique", même si certains de ses membres peuvent se révéler des proies faciles et même devenir des agents de premier plan de la mobilisation réactionnaire de masse. Mussolini venait en effet du Parti socialiste italien ; mais l'élément déterminant dans son émergence comme tribun politique fasciste n'a pas été cette origine socialiste : cela a été, d'abord, la volonté d'une fraction du Grand Capital italien (et les valises de billets des services français et britanniques...) pour en faire un chef de file de la mobilisation pour l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés des Alliés ; puis ensuite les monopolistes, financiers, industriels et autres propriétaires fonciers qui en ont fait leur "homme" dans leur entreprise (à la fois) de modernisation radicale du capitalisme italien et d'écrasement du mouvement révolutionnaire. L'un des buts premiers du fascisme italien était d'"affirmer" l'impérialisme "faible" de cet État bourgeois face aux grandes puissances de l'époque ("France", Angleterre, Allemagne etc.) selon la théorie de la nation prolétaire émise peu avant 1914 par l'ultra-belliciste Enrico Corradini... un homme profondément de droite ! Hitler n'a jamais appartenu d'aucune manière à la gauche allemande, pas plus que Franco à la gauche espagnole etc.

    10169283 234461056744161 475018343 nCeux qui auraient pris le Dieudonné de 2000-2002 pour une sorte de Malcolm X "à la française" et le voient aujourd'hui frayer avec les Le Pen, Gollnisch et autres Ayoub ne comprennent pas ce qu'il leur arrive ; mais c'est tout simplement qu'il n'ont pas compris quel "républicain" idéaliste petit-bourgeois était en réalité Dieudonné à cette époque, alors que cela transparaissait pourtant clairement dans un débat de 2005 (au tout début de son "partage en vrille") avec l'"indigène" Pierre Tevanian : "le corps sain c'est l'utopie, pas la République dans laquelle nous vivons. Moi, je vous parle d'un projet qui n'a jamais été réalisé, d'une utopie qui est aujourd'hui vérolée par le sionisme" ; "Vous me voyez comme un homme noir mais je ne suis ni noir ni blanc, je n'ai pas de communauté. Pour moi il y a une utopie républicaine et je n'ai pas d'autre projet que cette utopie" ; "Le corps sain, c'est l'utopie : on va à l'école, on travaille, on paye nos impôts, etc. Moi je n'ai pas de communauté autre que ce projet. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Que je donne du fric aux Noirs, aux Arabes ? Non, moi je sers, je travaille pour un projet qui est la République. Je ne sais pas ce que c'est mais, en tout cas, si je n'y crois plus, c'est la guerre civile, donc j'y crois", etc. etc. Ce qu'il s'est simplement passé, c'est qu'à cette "utopie républicaine" Dieudonné est allé chercher un "ennemi intérieur" dans "les sionistes du CRIF" là où l'immense majorité des républicards à la Finkielkraut allaient le trouver dans le "musulman-racaille-allogène-inassimilable". Il n'a pas fait le choix mainstream et il l'a payé chèrement, mais il a également fini par en profiter car, en tant que "fausse alternative antisystème" (alternative pourrie), il trouve lui aussi toute sa place dans le dispositif de fascisation rampante actuellement à l'œuvre.

    6fev3412Il n'en allait pas différemment dans les années 1930... Doriot est un cas assez particulier : exclu du Parti communiste en juin 1934 pour avoir prôné... le Front populaire qui allait être adopté comme ligne officielle quelques mois plus tard, il s'est vendu au plus offrant (Banque Worms de Gabriel Le Roy Ladurie) pour rester une figure politique "importante" et donner naissance à une sorte de "parti ouvrier anticommuniste". Mais des cas comme ceux de Louis Sellier, de Ludovic-Oscar Frossard (premier secrétaire du PC de 1921 à 1923) ou encore du Parti ouvrier et paysan français constitué par les anciens parlementaires communistes passés à la "Révolution nationale" ne prouvent rien d'autre... que ce que nous affirmons depuis des années : le régime de Vichy avait une base politique et sociale beaucoup plus large que les seules "ligues factieuses" fascisantes des années 30 (dont beaucoup de membre passeront d'ailleurs à la "France libre" dès 1940 !), et cette base socio-politique était tout simplement L’IDÉOLOGIE RÉPUBLICAINE bleu-blanc-rouge, incluant le "socialisme républicain français". Quant au syndicalisme révolutionnaire, dont il faut tout de même rappeler que l'immense majorité sera antifasciste jusqu'au bout (c'est-à-dire dans bien des cas jusqu'à la mort), s'il a engendré des fascistes comme Georges Valois ce n'est pas en tant que syndicalisme révolutionnaire, mais bien en tant que "socialisme" sans-culotte républicard... Forcément, lorsque l'on a pour modèle une "expérience révolutionnaire" (1793-94) qui s'est finalement révélée être un vaste enfumage, mobilisant (en l'occurrence) le "petit peuple" au service de la grande bourgeoisie pré-monopoliste parisienne contre la bourgeoisie moyenne de "province", il ne faut pas s'étonner de se retrouver 150 ans (ou 220 ans, aujourd'hui) plus tard dans le même cas de figure : servir le Grand Capital au nom de la "révolution" [la référence à (17)"93" était au demeurant directement assumée par le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, comme... "préfiguration du national-socialisme"] !

    Printemps-Francais-LOLIl faut encore une fois réaffirmer les choses clairement : le nazisme en Allemagne reposait TOTALEMENT sur l'idéologie "allemande" présidant à l’État impérial depuis sa fondation dans les années 1860-70 : pensée völkisch, pangermanisme etc. ; idéologie simplement "rehaussée" de "socialisme national" pour faire contrepoids aux très puissants mouvements social-démocrate et communiste. En "France" l'idéologie dominante de l’État est l'idéologie républicaine (ou plutôt bonapartiste sans Bonaparte) et il n'y a pas de fascisme sans qu'une fraction majoritaire de cette idéologie passe sur cette option.

    C'est la France comme système qui (lorsque les circonstances le réclament) abandonne la pseudo-"démocratie" et devient ouvertement fasciste ; et non le fascisme comme force "extérieure" et "révolutionnaire" qui "prend d'assaut" le système-France pour lui imposer sa loi.

    La fascisation est un dispositif qui, de manière non réellement pensée ni coordonnée, se met petit à petit en place ; car l'histoire montre que lorsque l'affrontement entre révolution et contre-révolution est à l'ordre du jour (par les circonstances objectives et l'existence de deux centres de mobilisation révolutionnaire et réactionnaire se faisant face), tous les faits et gestes jusqu'aux plus minimes et moins conscients ou coordonnés se "goupillent", se combinent dans un dispositif concourant à l'accomplissement de l'un ou de l'autre (et aujourd'hui c'est l'option contre-révolutionnaire brutale qui est intellectuellement hégémonique). Les fausses "alternatives antisystème" à la Dieudonné-Soral font partie du dispositif de fascisation, dans lequel prennent place aussi bien les "partis du système" ("UMPS") qu'ils dénoncent que les "extrêmes" (FN et "gauche antilibérale") auxquels ils ramènent toujours en définitive ; car la ligne de démarcation qu'ils se gardent justement bien de franchir, c'est celle d'une remise en cause totale du système socio-politique "République française" ! Pour autant, ils ne sont pas le centre de la mobilisation réactionnaire fasciste de masse...

    [Addendum écrit "à chaud" après les résultats des régionales 2015 :

    "Le Front populaire de 1936 (référence absolue, bien sûr, de tous les partisans y compris pseudo-"maoïstes" du "vote barrage") n'est absolument pas entré dans l'histoire pour avoir fait barrage au fascisme ; puisque déjà en 1938-39 le "Parti social français" (ex-ligue des Croix-de-Feu) cartonnait aux élections et se rapprochait même... du Parti radical au pouvoir (pour qui le "Front antifasciste" tel que "compris" par Thorez avait souvent conduit à voter, et qui avait 110 députés) ; et qu'en 1940 la catastrophe majeure de la débâcle militaire verra s'instaurer le régime de Vichy et la "Révolution nationale" sans que rien ne puisse s'y opposer (et surtout pas... les élus du Front populaire en question, de l'Assemblée élue en mai 1936, dont 80 seulement voteront contre !).

    Le Front populaire est entré dans l'histoire pour les immenses conquêtes sociales qu'il a permises ; des choses aussi inimaginables à l'époque... que leur inexistence le serait aujourd'hui (congés payés, temps de travail maximum hebdomadaire, la sécurité sociale attendra 1945 et le salaire minimum les années 1950 mais l'idée était déjà dans les tuyaux). Il est entré dans l'histoire comme un grand moment de mobilisation populaire progressiste radicale et révolutionnaire, préparant la Résistance antifasciste qui en sera un autre (et dont l'issue victorieuse verra la mise en place définitive de ces réformes sociales) ; l'un de ces grands... et rares moments de mobilisation populaire révolutionnaire des 200 dernières années. Et la vraie problématique d'aujourd'hui est finalement moins les scores du FN que la non-possibilité d'une telle mobilisation.

    Que ceux qui lancent des incantations au "Front populaire" commencent donc par le commencement, à savoir rendre possible de tels nouveaux 1936 ! Le Front populaire comme évènement tutélaire de l'histoire prolétarienne hexagonale n'a JAMAIS consisté en un simple "vote barrage" à l'extrême-droite !"]


    ***********

    Villas Corse

    2. Une nouvelle qui a fait quelque peu couler l'encre, ces derniers jours, est le "vœu" de l'Assemblée territoriale de Corse (présidée par le notable radical-de-gauche - assez "corsiste" - Paul Giacobbi, mais où les autonomistes et les indépendantistes comptent 30% des sièges) proposant de réserver l'accès à la propriété dans l'île aux personnes justifiant de 5 ans de résidence permanente. À ce jour, les résidences secondaires représentent en Corse plus de 40% du parc immobilier et les habitants (corses "depuis l'éternité" mais aussi d'adoption, originaires du Maghreb, d'Italie, du Portugal ou encore... du continent "français") sont confrontés à une "implosion" de l'offre et à une flambée des prix et des loyers absolument démentielle [quelques éléments à ce sujet ici, sur le blog d'un militant historique de la lutte de libération nationale (LLN)].

    541474-le-dirigeant-du-parti-inseme-per-a-corsica-ensemble-Bien entendu, les classiques réactions fusent comme des gimmicks au point qu'on les connaît désormais par cœur et qu'il n'est presque plus besoin de les présenter : "c'est xénophobe, discriminatoire, pire que Le Pen sauf que là personne ne dit rien" [curieusement on n'entend pas les mêmes cris d'orfraie lorsque des personnes vivant et travaillant en Hexagone depuis plus de 40 ans sont privées de droit de vote voire... d'une retraite décente, ou lorsque les droits culturels musulmans sont bafoués dans l'espace public par l'interdiction du voile, l'absence de lieux de culte etc.] ; et puis bien sûr le fameusissime "ils sont tout de même bien contents, ils feraient quoi sans notre tourisme et tout le pognon qu'on leur donne, s'ils veulent leur indépendance qu'ils la prennent !" [à ce sujet lire ici]... Les ailes droite et gauche de l'idéologie républicarde bleu-blanc-rouge se lèvent ici comme un seul homme, ou plutôt comme une seule fRance qu'elles sont en réalité ; et le Conseil constitutionnel devrait d'ailleurs balayer le "vœu" d'un revers de main sur le premier argument (c'est "discriminatoire").

    Alors certes, nous sommes d'avis que la formulation idéologique nationaliste bourgeoise de la proposition (démarche clairement inséparable des très gros scores nationalistes aux municipales, où Gilles Simeoni a notamment remporté la mairie de Bastia) peut prêter le flanc à de telles confusions et attaques. Nous n'aurions certainement pas présenté les choses de cette façon. Mais nous partageons à 300% l'idée de fond sur laquelle  elle repose : le logement en priorité à ceux et celles qui en ont BESOIN pour vivre et travailler ; et non en priorité (les moyens financiers donnant facilement ce genre de priorité-là) à ceux et celles pour qui c'est un loisir, un "fun", un "extra", un signe extérieur de richesse etc. etc.

    FLNP-prouvenço-libreCe qu'il est vrai de dire, en revanche, c'est qu'il "n'y a pas que les Corses dans cette situation" : on retrouve en effet le même problème de colonisation immobilière touristique (avec ses mêmes conséquences pour les classes populaires locales) sur les côtes provençale ou basque, en Bretagne, dans les îles poitevines et charentaises (Noirmoutier, Ré, Oléron) où des retraité-e-s au minimum vieillesse se retrouvent (par la valeur foncière prise par leur petit terrain) assujettis à l'ISF, et même... à Paris, où le problème se pose peut-être avec plus d'acuité que partout ailleurs : il est clair que tant les oligarques russes ou les émirs du Golfe que les "capitaines d'industrie" "bien d'chez nous" (les Arnault, Lagardère, Bolloré etc.) y possèdent et monopolisent des dizaines de milliers de mètres carrés où il ne mettent pratiquement jamais les pieds, pendant que des placards à balais de quelques mètres carrés se retrouvent loués pour plusieurs centaines d'euros mensuels par des marchands de sommeil et que des squats insalubres prennent feu régulièrement, tuant des dizaines de personnes dont des enfants. Mais justement : va-t-on reprocher aux Corses de ne pas vouloir en arriver là et de se donner par la lutte les (maigres) moyens de mettre, au moins, le problème sur la table !? Bien sûr que non, et il faudrait au contraire souhaiter que les Bretons, les Occitans, les Basques, les Poitevins-Saintongeais et les classes populaires parisiennes se les donnent aussi, et bien plus encore ! Voilà qui donnerait encore au petit bourgeois francouille - n'ayant en tête que sa "retraite au soleil" - quelques bonnes raisons de s'étrangler d'indignation...

    Car nous sommes bel et bien là dans une problématique DE CLASSE et de modèle de société : le logement est une NÉCESSITÉ VITALE qu'il faut sortir de la logique de marchandise, et une telle mesure ne peut être qu'une mesure révolutionnaire socialiste. Il est évident que telle n'est agence immo-jpbpas la volonté ni la nature de la proposition de l'Assemblée de Corse, vouée de toute façon à être vertement rejetée par la République du Grand Capital (avec laquelle il faudrait commencer par rompre, condition sine qua non).

    Une véritable politique révolutionnaire du logement, par exemple, ne mettrait pas en avant comme critère une durée de résidence (5 ans ou plus ou moins) mais le besoin concret de se loger, justifié par exemple par la détention d'un contrat de travail (ou une inscription locale à Pôle Emploi). On se doute bien que la propriété n'est pas trop notre tasse de thé, et nous ne limiterions donc pas seulement l'accès à la "propriété" mais au logement en général, point à la ligne (les notions de propriétaire et de locataire auraient de toute façon disparu, le travailleur serait disons "titulaire" d'un logement), car la location de pur loisir fait aussi flamber les prix ; et dans l'hypothèse actuelle, qu'est-ce qui empêcherait par exemple que se mette en place un sinistre marché noir des prête-noms (résidents de plus de 5 ans laissant ensuite l'usage du bien - contre rémunération bien sûr - à des non-résidents), des société immobilières bidons mais domiciliées en Corse etc. etc. ?

    un toitPour autant, le fait qu'un tel "vœu" ait été émis montre bel et bien deux choses : 1°/ la réalité prégnante du problème et 2°/ la poussée irrésistible d'une volonté politique populaire d'en finir avec ce problème, indissociable en Corse de la volonté d'en finir avec la France que traduisent les scores nationalistes de plus en plus importants à chaque élection dans l'île (idem au Pays Basque notamment, avec une véritable vague abertzale aux dernières municipales).

    Trois mois de véritable fréquentation touristique par an ne peuvent pas mettre 300.000 personnes présentes à l'année face à un véritable parcours du combattant pour bénéficier d'un toit. Nous ne sommes pas pour un "socialisme" de caserne façon pays de l'Est 1975 et nous ne sommes pas contre le droit au voyage et aux vacances, nous déplorons bien au contraire que des millions de personnes en Hexagone n'aient pas ce droit faute de moyens, mais il y aussi un droit irrévocable à avoir un toit (décent) au-dessus de la tête et il n'est pas possible (car fatal) de mélanger ces deux marchés... à vrai dire, ni l'un ni l'autre ne devraient être un marché ! Et pour les personnes qui souhaiteraient découvrir la magnifique Corse, ce que personne  à ce jour n'a songé à interdire (à notre connaissance), on peut envisager des logements ne dépassant pas le format studio ou à la rigueur T1 (une salle + une chambre + coin cuisine et salle de bain) dans des espaces strictement prévus à cet effet, des parcs de petits bungalows etc. ou tout simplement... le camping, y compris sauvage, très bien accepté à condition de respecter quelques conditions (laisser les lieux propres, faire attention au feu etc.) et les habitants des alentours. "Ah oui, mais il y a des bêtes" nous répondront certain-e-s. Ah oui, en effet...


    EuskalHerria spécu immo


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  • À présent que nous avons clos le "dossier Dieudonné-Valls" avec une jubilation certaine ; c'est-à-dire ni dans le sens de ceux qui voudraient utiliser les crimes de l'Allemagne nazie il y a 70 ans pour "clore" tout débat sur ceux de l’État français en 8 siècles d'existence ni dans celui de leurs jumeaux qui, dans la foulée de Vergès défendant Klaus Barbie, voudraient utiliser ces derniers comme "arguments" pour réhabiliter le nazisme ; et ni dans le sens de la fraction impérialiste BBR qui joue la carte "tiers-mondiste" anti-US et anti-Israël pour "tendre la main" aux régimes réactionnaires arabes (ou iranien) ni dans le sens de celle (comme cette droite-de-la-droite du PS autour de Valls) qui a choisi le "pacte d'acier" avec Washington et ses alliés (dont Tel-Aviv) ; nous pouvons passer à autre chose.


    réforme régions1. Parmi l'actualité dans le genre importante, c'est-à-dire dans le genre supposée impacter la vie des masses populaires au quotidien, dans la manière dont l’État du Capital BBR administre sa chiourme, il y a la réforme envisagée des collectivités territoriales. Le souhait du gouvernement serait de réduire le nombre de régions, ces découpages administratifs 100% au service du Grand Capital (centrés sur une "métropole" locale et n'ayant rien à faire de l'histoire, de la culture populaire etc.), de 26 actuellement (avec les dernières colonies d'outre-mer) à "une quinzaine". Une réduction du nombre de départements a également été envisagée par certains... mais là c'est plus compliqué car en dehors de cas réellement aberrants (comme les "Pyrénées-Atlantique" avec le Pays Basque et le Béarn), les départements créés en 1790 ont tout de même tenté de respecter les "provinces" et les "pays" séculaires (fut-ce en regroupant les petits et découpant les très grands), et en 223 ans d'existence ils ont parfois engendré des identités populaires très fortes : on se dit fièrement "Ardéchois" ou "de la Loire" (surtout face aux arrogants Lyonnais :D), "Gersois" ou "Landais", "Corrézien" ou "Aveyronnais" etc. etc., les Bretons aiment préciser qu'ils sont "Finistériens" (surtout) ou autres, bref. On avait bien vu ce que cela avait donné quand il s'était agi (en conformité avec les normes européennes) de faire disparaître les numéros des plaques d'immatriculation... Cela fait partie de la "dignité du réel" comme diraient les autres, et recouvre parfois une claire dimension sociale comme l'affirmation d'être "du 9-3" face à Paris et à la Couronne Ouest, de Savoie et non de Haute-Savoie (ce à quoi ces derniers, au niveau de vie moyen bien plus élevé, répondent que "c'est comme la couture et la haute couture"), etc. etc. Finalement, Hollande-le-président-normal s'est prononcé contre car "issus de la Révolution, c'est un bon acte de naissance" ; ce qui est finalement traduire ce que nous venons de dire en bonne (nov)langue "républicaine" (et s'éviter une fronde populaire sur un sujet qui n'en vaut sans doute pas la peine). Le "patron" ayant parlé, on peut penser que le débat est clos... Mais la réforme des régions, elle, est bel et bien sur la table.

    Alors bien sûr, il est évident que venant de la classe au pouvoir ce qui s'annonce est un grand bidouillage, on-prend-par-ci-on-recolle-par-là, comme un enfant jouant avec des Lego : la recomposition "régionale" de notre Hexagone va évidemment servir les intérêts capitalistes et eux seuls en cherchant à accommoder ceux des grands monopoles BBR avec ceux d'une bourgeoisie de "chalandise" plus locale ; les grands caciques locaux à la Ayrault, Gaudin, Collomb, Devedjian, Huchon ou Queyranne venant bien sûr mettre leur grain de sel, en ‘‘arbitres’’ ou en défense de ‘‘leur’’ région, département ou métropole. Les intérêts des masses populaires qui bossent pour engraisser tout ce beau monde : peau de balle, comme cela va de soi ! D'ailleurs, malgré le soutien massif tant des grosses machines UMP et PS que des forces "autonomistes" et même "indépendantistes" bourgeoises, ce que recueille généralement ce genre de bidouillage administratif est le rejet des masses populaires, qui ne voient en rien ce que cela va changer à leurs préoccupations quotidiennes et y voient même un "risque" pour les divers rapports de clientèle entretenus avec les collectivités locales (eh oui ! faute de perspective révolutionnaire, soutirer du pognon à l'État est encore ce qui se fait de mieux et une collectivité de moins, forcément...) : rejet de la fusion des départements corses en 2003 et du même projet en Alsace l'an dernier, rejet de la fusion département-région dans les dernières colonies directes caribéennes (2003 et 2010) etc. etc. Mayotte a accepté (par plus de 95% des suffrages) de devenir un département en 2011 car cela donnait plus de droits aux masses populaires que le statut "bâtard" antérieur... malheureusement, les prix à la consommation se sont immédiatement alignés sur ceux d'un département "français" sans que les revenus ne suivent ; et quelques mois plus tard éclatait une mémorable révolte contre le coût de la vie. Bref : inutile d'en dire plus, ce projet de "nouvel acte" de la "décentralisation" est tout sauf ce qui va susciter un début d'intérêt pour les communistes révolutionnaires de Libération du Peuple que nous sommes. Nous préférons encore (de loin) ergoter sur la ligne idéologique du FLNP, qui a encore mené une action la semaine dernière contre les sangsues du fisc à Aix !

    Une série de cartes circule même depuis quelques semaines, laissant penser... qu'une réunification de la Bretagne serait peut-être à l'ordre du jour ; ce qui est assez curieux puisqu'autant pour Ayrault dernièrement que pour les gouvernements (UMP) qui l'ont précédé de 2002 à 2012 ("Acte 2" de la décentralisation), c'est catégoriquement non... Une "psychorigidité" qui, comme pour l'autre "serpent de mer" institutionnel qu'est le département basque (absolument pas à l'ordre du jour de la réforme), est absolument incompréhensible pour le logiciel économiste qui régit historiquement la gauche "radicale" hexagonale, et plus largement pour quiconque n'a pas compris la manière dont s'est construit et (donc) fonctionne l'État français : il s'agit en fait, tout simplement, de "briser" de cette manière les Peuples au "particularisme" (caractère national) le plus affirmé. Rappelons ainsi que la Corse avait été dans un premier temps (1960) rattachée à la région PACA : ce n'est que 10 ans plus tard, face à un large mouvement de contestation et (déjà) à l'émergence de la réaffirmation en tant que Peuple, qu'elle avait été érigée en région en tant que telle.


    2. Dans la même veine de "blocage existentiel" pour l’État français, il y a le fameux débat sur la Charte des langues minoritaires et régionales qui revient en ce moment même au Parlement. Cette convention internationale du Conseil de l'Europe (et non de l'UE) a été signée par l’État français en 1999, comme par une bonne trentaine d'autres États, mais il ne l'a jamais ratifiée (comme l'Islande, l'Italie ou... la Russie) car elle contreviendrait à l'article 2 de sa Constitution qui stipule que "la langue de la République est le français". C'est justement cette disposition qu'il est question d'amender par une majorité des 3/5èmes (60%) de l'Assemblée et du Sénat réunis en Congrès ; ce qui était une promesse électorale de Hollande réactivée par Ayrault... non sans lien avec la situation de bouillonnement "régionaliste" en Bretagne depuis l'automne dernier. Mais cela ne va pas sans blocages et l'on voit se dessiner ici deux camps bourgeois que l'on retrouve assez souvent dans divers débats, à commencer par ceux sur l'Europe : les "démocrates", les "libéraux" plus ou moins conservateurs ou "sociaux" qui vont de l'aile "gauche" de l'UMP (ceux qui viennent de l'ancienne UDF) aux Verts en passant par l'UDI, le Modem et une bonne partie du PS ; et les "républicains" ce qui n'est pas du tout la même chose et regroupe la droite de l'UMP, le FN, les "souverainistes" de tout poil et le Front de Gauche - on se souvient des tirades mémorables de Mélenchon sur la question. Grosso modo, l'on peut dire qu'il y a d'un côté ceux qui ne voient pas dans ces "langues régionales" un danger pour le capitalisme, voire même pensent qu'il y a moyen de "rentabiliser" la chose (développer des liens économiques avec l'Allemagne en Alsace, la Catalogne et le Pays basque "espagnol" dans le "Sud" etc. etc.) ; et de l'autre ceux qui y voient une menace pour l'"unité" et la stabilité de l’État, donc pour le Capital, en particulier pour les monopoles centralisés à Paris.

    europe-langues-ueCe type de blocage est assez unique en Europe, ce qui tient aux particularités historiques de l’État BBR. Dans la plupart des États (Allemagne, Autriche, Scandinavie, Europe de l'Est) d'abord, les langues "minoritaires" sont un phénomène assez marginal consistant essentiellement en des "débordements" de la nationalité principale d'un État voisin sur leur territoire, suite à des découpages malheureux. Il y a une langue "standard" et des dialectes "régionaux", mais ceux-ci forment un diasystème (ils sont largement intercompréhensibles). Le Royaume-Uni, lui, s'est toujours considéré comme une union de nations différentes sous une même couronne royale. D'ailleurs, lorsqu'une possession de la Couronne veut se "faire la malle", Londres est connue pour ne guère "batailler" et réorganiser rapidement sa domination par d'autres biais (compradores locaux) : il y a eu de courtes guerres en Irlande, au Kenya ou encore en Malaisie (contre les communistes, l'indépendance en elle-même étant déjà actée) mais jamais de "guerre d'Inde" par exemple, comme il y a eu une guerre d'Algérie, d'Indochine etc... La Suisse est dans un schéma comparable et l’État fédéral existe à vrai dire surtout pour la défense et la diplomatie, en dehors de quoi chaque canton "fait sa vie" autour de la place bancaire qui assure son existence. L'Italie a conscience que son unité comme État a été tardive et qu'à côté de l'"italien" (le toscan académisé) les dialetti font partie du patrimoine "national" populaire. La Belgique gère comme elle peut sa binationalité (plus une petite minorité germanophone) depuis 40 ans ; mais enfin, si elle venait à se diviser en deux, ce serait (de toute façon) la fête chez les bourgeois flamands et pas non plus la mort en Wallonie (qui pourrait par exemple frapper à la porte de la "France"). L’État espagnol a suivi le "modèle français" depuis qu'un petit-fils de Louis XIV est monté sur le trône en 1700 (Paris devenant de fait "suzerain" de l’État ibérique), mais il a dû lâcher du lest après la mort de Franco pour assurer sa propre survie dans une situation qui devenait explosive. Il ne reconnaît d'ailleurs que trois langues nationales (euskara, catalan et galicien), les plus nettement différentes du castillan... Aragonais, Andalous, Canariens, Asturiens etc. passent gaiment par pertes et profits.

    Ceci rejoint d'ailleurs ce que nous avons maintes fois dit et répété : une langue, c'est un patrimoine populaire et un "critère" important, mais ce n'est pas la seule chose à même de définir une réalité nationale. De nombreuses nationalités parlent la même langue qu'une ou plusieurs autres (ne serait-ce que les Américains, les Canadiens anglophones, les Australiens et les Anglais ; les Brésiliens et les Portugais etc.) ou une langue différant très peu de celle d'une autre (comme les Turcs et les Azéris, les Iraniens et les Kurdes etc.). De nombreuses autres ont simplement adopté la langue de la nation qui les domine, perdant (totalement ou quasi) leur langue originelle et développant une variante populaire locale. C'est ainsi qu'en Bretagne par exemple il y a le gallo, variante populaire bretonne de l'oïl du Val du Loire (lui-même source principale du français académique...) qui a peu à peu, du 12e au 16e siècle, pénétré le duché pré-moderne jusqu'à Vannes et Saint-Brieuc en "effaçant" le brezhoneg celtique à l'est de ces deux villes. De même qu'en Irlande, le gaélique est la langue officielle et apprise par les enfants à l'école mais n'est réellement utilisé dans la vie de tous les jours que dans quelques comtés de l'Ouest : 95% des Irlandais parlent au quotidien un "anglais populaire d'Irlande".

    À vrai dire, même la question "nationale" (masses populaires laborieuses + bourgeoisie exploiteuse), au fond, compte peu pour nous. Ce qui nous intéresse, ce sont les PEUPLES, construits autour d'une conscience (un "bon sens") populaire et d'une mémoire  qui sont le résultat d'une histoire. Pour la classe dominante (depuis le 18e siècle, la bourgeoisie seule), cette mémoire est un danger car elle contient le souvenir de la gigantesque usurpation, de la gigantesque spoliation de forces productives qu'a été le développement du capitalisme. Il faut donc l'"effacer", et par conséquent priver les Peuples de leur conscience d'être. Il faut faire croire aux Peuples que leur "identité" c'est celle de leurs exploiteurs ; qu'ils sont "français", "britanniques", "espagnols", "italiens" etc. etc. Dans l’État français, ce phénomène est particulièrement marqué. Cela tient à la psychologie de classe de la bourgeoisie dominante, sur laquelle il nous faudra sans doute revenir dans de prochaines publications : en 1789, lorsqu'éclate la "révolution" bourgeoise, la France est incontestablement la première puissance européenne et donc mondiale. La bourgeoisie élimine les derniers restes de féodalité, prend le pouvoir pour elle seule et se lance alors à la conquête du monde sous le drapeau de la "liberté". Malheureusement, si les idées (les "Lumières") submergent effectivement la planète, au niveau de la PUISSANCE concréto-concrète c'est un échec, définitivement scellé sur le champ de bataille de Waterloo. La France ne sera plus jamais la première puissance mondiale, dès lors toujours devancée par l'Angleterre, puis les États-Unis et d'autres (à présent la Chine). Il en résulte un profond sentiment de "grandeur" perdue, et une classe dominante fondamentalement aux abois. Les pertes de prestige successives après la déroute de 1870, puis après chaque guerre mondiale n'ont fait qu'aggraver les choses. Ce sentiment d'avoir produit des idées qui ont parcouru et changé la face du monde, mais d'avoir "en échange" perdu la "grandeur", la puissance géopolitique et le rayonnement intellectuel du 18e siècle structure profondément la pensée dominante "française" ; et qui n'étudie pas cela (ce que nous tentons de faire) ne comprend pas l'ennemi et ne peut donc efficacement le combattre (tombant dans ses pièges, le plus connu étant le social-"patriotisme" revendiqué dernièrement par Montebourg par exemple).

    Toutes les "rigidités" psychologiques de la bourgeoisie BBR, sur les "langues régionales" comme des dizaines d'autres sujets, s'expliquent pour beaucoup par là : un manque de confiance en soi de la bourgeoisie monopoliste "centrale", en quelque sorte. Les États-Unis, par exemple, arrivent (pour le moment) à "gérer" les douloureuses réminiscences de leur histoire : esclavage puis ségrégation des Afro-descendants, génocide et spoliation des Natifs, conquête de 30% du territoire actuel sur le Mexique alors que les Latinos sont désormais près de 20% de la population, etc. Les films ‘‘grand public’’ sur ces questions se sont multipliés depuis une trentaine d'années ; ni l’esclavage ni le génocide indigène, ni la ségrégation et le racisme dans le Sud ni le maccarthysme ne sont des sujets tabous ; il y a même un film sur les San Patricios (donc la sanglante conquête de la moitié du Mexique) dont nous avons parlé... Les premiers films sur le Vietnam (ou séries sur l’Irak !) sont sortis avant même la fin de la guerre : combien de temps a-t-il fallu pour voir dans les salles de "France" quatre films mièvres et bien-pensants sur la guerre d'Algérie ; combien d'années Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier ou La Bataille d'Alger de Pontecorvo ont-ils été bannis des écrans ? Certes, il faudra sans doute attendre encore un peu pour voir au cinéma US un soldat désertant devant les horreurs de l'occupation et rejoignant la résistance irakienne ou afghane (enfin si, cela existe - Homeland - mais pas dans le beau rôle) ; mais bon...  La bourgeoisie US "gère" autant que possible, du moment que la majorité de la population reste solidement ancrée dans les valeurs réactionnaires rednecks (notamment religieuses) et le culte du drapeau et qu'une minorité liberal considère que le système est certes imparfait et perfectible, mais qu'il n'y en a pas de meilleur au monde : ‘‘Dieu bénisse l’Amérique’’ ! La bourgeoisie BBR, à tort ou à raison, ne pense pas pouvoir "gérer" ainsi ; et n'a pour seul mot d'ordre à la bouche que de "clore le débat" : circulez, y a rien à voir ! Dans les revendications pour les langues "régionales", la réunification de la Bretagne ou un département basque, elle voit non sans raison une double menace : celle de bourgeoisies locales tentées par le "parti de l'étranger" (se tourner économiquement vers les États voisins, se détourner du Centre monopoliste francilien) ; et celle de Peuples se réappropriant leur mémoire et donc prêts à briser les chaînes hégémoniques de l'idéologie BBR et à partir à la reconquête de leur destin. Et l'arsenal contre cela se déploie de la droite de la droite (1-2-3-4) jusqu'à l'"extrême-gauche" y compris "anarchiste" (CNT-AIT) et même "maoïste" ('p''c''mlm') !

    Nous, notre position est claire. Nous ne voulons pas d'une "réforme"-réorganisation administrative de l’État BBR du Capital ; nous voulons le renversement du capitalisme, la libération révolutionnaire des Peuples et leur organisation politique démocratique et socialiste sur la base de la COMMUNE POPULAIRE. Nous nous FOUTONS BIEN, aussi, d'une "reconnaissance" des langues "régionales" jetée aux masses populaires comme un nonos à ronger par la frange "libérale" de la bourgeoisie : "République" des monopoles, nous ne sommes pas tes "régions" (et encore moins tes "provinces" !!!), pas même pour "avoir du talent" ! Nous voulons pour les Peuples d'Hexagone, dont notre Peuple occitan, la reconquête révolutionnaire de leur mémoire et de leur conscience. Nous voulons renverser le Capital et nous savons que dans cette lutte prolongée, l'affrontement physique de masse entre révolution et contre-révolution est déjà la phase finale : avant d'en arriver là, il faut briser les murailles idéologiques dont s'entoure la classe dominante. Reconquérir cette mémoire et cette conscience, c'est (entre autre choses) contribuer à briser ces murs.

    Au sujet de cette organisation sociale territoriale du futur Hexagone socialiste que nous voulons, refusant le maintien ou la restauration ‘‘rouge’’ de la prééminence parisienne, nous avons maintes fois évoqué l'exemple de ce que la jeune URSS du début des années 1920 a tenté d'être mais n'a hélas point été car l'esprit suprématiste petit-bourgeois de la nation dominante russe, parfois incarné plus que tout autre dans des ‘allogènes’ (non-russes) ‘russifiés’ (l'assimilé n'est-il pas l'arme suprême des nations dominantes depuis la nuit des temps ? quel meilleur "anti-communautariste" qu'un "Arabe" "républicain", "laïc" blablabla blablabla ?), a fini par revenir au galop. Eh bien voilà : nous vous livrons ci-après les mots de Lénine lui-même sur cette question, face aux évènements qui se déroulaient alors dans le Caucase. S'il y a bien des écrits méconnus de Vladimir Illitch, ce sont ceux postérieurs à son attaque cérébrale de mai 1922 ; et pour cause : après sa mort, par (soi-disant) "respect" pour la "diminution" du dirigeant au moment de leur rédaction, ils furent lus à huis clos au 13e Congrès du PCbUS (mai 1924) puis... enterrés et jamais officiellement rendus publics jusqu'en 1956. L'utilisation qui en fut faite par Trotsky et (plus que lui peut-être) ses partisans, qui publièrent clandestinement ces notes en 1926 pour affirmer que Lénine aurait "désigné" Trotsky comme son "successeur", puis par Khrouchtchev lors de la "déstalinisation" achevèrent de les discréditer ; au point que parmi les défenseurs-fétichistes les plus acharnés du Grand Moustachu géorgien il s'en trouvera sans doute encore, en 2014 après Jésus-Christ, pour affirmer que ce sont des "falsifications" trotskystes ou khrouchtchévistes grossières (ce que le Moustachu lui-même, après l'avoir affirmé en 1926, a pourtant démenti l'année suivante). Le texte qui suit porte pourtant l'empreinte intellectuelle incontestable du leader bolchévik, et le montre au demeurant en pleine possession de sa lucidité et de sa combattivité. Vu, en outre, comme il va très largement à l’encontre de la pensée de Trotsky comme de la pratique de Khrouchtchev et Brejnev sur la question, il est infiniment improbable qu’il soit le fruit d’une ‘falsification’ lors de la republication du ‘‘testament politique’’ en 1956. Il consiste en la succession de trois notes rédigées fin décembre 1922 (les passages surlignés en gras et les annotations entre crochets en rouges sont de nous) :

    La question des nationalités ou de l'"autonomie"


    lenineJe suis fort coupable, je crois, devant les ouvriers de Russie, de n'être pas intervenu avec assez d'énergie et de rudesse dans la fameuse question de l'autonomie, appelée officiellement, si je ne me trompe, question de l'union des républiques socialistes soviétiques.

    En été, au moment où cette question s'est posée, j'étais malade, et en automne j'ai trop compté sur ma guérison et aussi sur l'espoir que les sessions plénières d'octobre et de décembre [2] me permettraient d'intervenir dans cette question. Or, je n'ai pu assister ni à la session d'octobre (consacrée à ce problème), ni à celle de décembre ; et c'est ainsi que la question a été discutée presque complètement en dehors de moi.

    J'ai pu seulement m'entretenir avec le camarade Dzerjinski qui, à son retour du Caucase, m'a fait savoir où en était cette question en Géorgie. J'ai pu de même échanger deux mots avec le camarade Zinoviev et lui dire mes craintes à ce sujet. De la communication que m'a faite le camarade Dzerjinski, qui était à la tête de la commission envoyée par le Comité central pour «enquêter» sur l'incident géorgien, je n'ai pu tirer que les craintes les plus sérieuses. Si les choses en sont venues au point qu'Ordjonikidzé s'est laissé aller à user de violence, comme me l'a dit le camarade Dzerjinski, vous pouvez bien vous imaginer dans quel bourbier nous avons glissé. Visiblement, toute cette entreprise d'«autonomie» a été foncièrement erronée et inopportune.

    On prétend qu'il fallait absolument unifier l'appareil. D'où émanaient ces affirmations ? N'est-ce pas de ce même appareil de Russie, que, comme je l'ai déjà dit dans un numéro précédent de mon journal, nous avons emprunté au tsarisme en nous bornant à le badigeonner légèrement d'un vernis soviétique ?

    Sans aucun doute, il aurait fallu renvoyer cette mesure jusqu'au jour où nous aurions pu dire que nous nous portions garants de notre appareil, parce que nous l'avions bien en mains. Et maintenant nous devons en toute conscience dire l'inverse ; nous appelons nôtre un appareil qui, de fait, nous est encore foncièrement étranger et représente un salmigondis de survivances bourgeoises et tsaristes, qu'il nous était absolument impossible de transformer en cinq ans faute d'avoir l'aide des autres pays et alors que prédominaient les préoccupations militaires et la lutte contre la famine.

    Dans ces conditions, il est tout à fait naturel que «la liberté de sortir de l'union» qui nous sert de justification, apparaisse comme une formule bureaucratique incapable de défendre les allogènes de Russie contre l'invasion du Russe authentique, du Grand-Russe, du chauvin, de ce gredin et de cet oppresseur qu'est au fond le bureaucrate russe typique. Il n'est pas douteux que les ouvriers soviétiques et soviétisés, qui sont en proportion infime, se noieraient dans cet océan de la racaille grand-russe chauvine, comme une mouche dans du lait.

    Pour appuyer cette mesure, on dit que nous avons créé les commissariats du peuple s'occupant spécialement de la psychologie nationale, de l'éducation nationale. Mais alors une question se pose : est-il possible de détacher ces commissariats du peuple intégralement ? Seconde question : avons- nous pris avec assez de soin des mesures pour défendre réellement les allogènes contre le typique argousin russe ? Je pense que nous n'avons pas pris ces mesures, encore que nous eussions pu et dû le faire.

    Je pense qu'un rôle fatal a été joué ici par la hâte de Staline et son goût pour l'administration, ainsi que par son irritation contre le fameux «social-nationalisme» [‘‘identitaires de gauche’’ diraient certains aujourd’hui…]. L'irritation joue généralement en politique un rôle des plus désastreux.

    Je crains aussi que le camarade Dzerjinski, qui s'est rendu au Caucase pour enquêter sur les «crimes» de ces «social-nationaux», se soit de même essentiellement distingué ici par son état d'esprit cent pour cent russe (on sait que les allogènes russifiés forcent constamment la note en l'occurrence), et que l'impartialité de toute sa commission se caractérise assez par les «voies de fait» d'Ordjonikidzé. Je pense que l'on ne saurait justifier ces voies de fait russes par aucune provocation, ni même par aucun outrage, et que le camarade Dzerjinski a commis une faute irréparable en considérant ces voies de fait avec trop de légèreté.

    Ordjonikidzé représentait le pouvoir pour tous les autres citoyens du Caucase. Il n'avait pas le droit de s'emporter, droit que lui et Dzerjinski ont invoqué. Ordjonikidzé aurait dû, au contraire, montrer un sang-froid auquel aucun citoyen ordinaire n'est tenu, à plus forte raison s'il est inculpé d'un crime « politique». Car, au fond, les social-nationaux étaient des citoyens inculpés d'un crime politique, et toute l'ambiance de cette accusation ne pouvait le qualifier autrement.

    Ici se pose une importante question de principe : Comment concevoir l'internationalisme ?[3]

    Lénine

    30.XII.22.

    Consigné par M.V.

    sovietunited.jpgSuite des notes.

    31 décembre 1922.

    J'ai déjà écrit dans mes ouvrages sur la question nationale qu'il est tout à fait vain de poser dans l'abstrait la question du nationalisme en général. Il faut distinguer entre le nationalisme de la nation qui opprime et celui de la nation opprimée, entre le nationalisme d'une grande nation et celui d'une petite nation.

    Par rapport au second nationalisme, nous, les nationaux d'une grande nation, nous nous rendons presque toujours coupables, à travers l'histoire, d'une infinité de violences, et même plus, nous commettons une infinité d'injustices et d'exactions sans nous en apercevoir. Il n'est que d'évoquer mes souvenirs de la Volga sur la façon dont on traite chez nous les allogènes : le Polonais, le Tatar, l'Ukrainien, le Géorgien et les autres allogènes du Caucase ne s'entendent appeler respectivement que par des sobriquets péjoratifs, tels «Poliatchichka», «Kniaz», «Khokhol», «Kapkazski tchélovek».

    Aussi l'internationalisme du côté de la nation qui opprime ou de la nation dite «grande» (encore qu'elle ne soit grande que par ses violences, grande simplement comme l'est, par exemple, l'argousin) doit-il consister non seulement dans le respect de l'égalité formelle des nations, mais encore dans une inégalité compensant de la part de la nation qui opprime, de la grande nation, l'inégalité qui se manifeste pratiquement dans la vie. Quiconque n'a pas compris cela n'a pas compris non plus ce qu'est l'attitude vraiment prolétarienne à l'égard de la question nationale : celui-là s'en tient, au fond, au point de vue petit-bourgeois et, par suite, ne peut que glisser à chaque instant vers les positions de la bourgeoisie.

    Qu'est-ce qui est important pour le prolétaire? Il est important, mais aussi essentiel et indispensable, qu'on lui assure dans la lutte de classe prolétarienne le maximum de confiance de la part des allogènes. Que faut-il pour cela ? Pour cela il ne faut pas seulement l'égalité formelle, il faut aussi compenser d'une façon ou d'une autre, par son comportement ou les concessions à l'allogène, la défiance, le soupçon, les griefs qui, au fil de l'histoire, ont été engendrés chez lui par le gouvernement de la nation «impérialiste».

    Je pense que pour les bolchéviks, pour les communistes, il n'est guère nécessaire d'expliquer cela plus longuement. Et je crois qu'ici nous avons, en ce qui concerne la nation géorgienne, l'exemple typique du fait qu'une attitude vraiment prolétarienne exige que nous redoublions de prudence, de prévenance et d'accommodement. Le Géorgien qui considère avec dédain ce côté de l'affaire, qui lance dédaigneusement des accusations de «social-nationalisme» (alors qu'il est lui-même non seulement un vrai, un authentique «social-national», mais encore un brutal argousin grand-russe), ce Géorgien-là porte en réalité atteinte à la solidarité prolétarienne de classe, car il n'est rien qui en retarde le développement et la consolidation comme l'injustice nationale ; il n'est rien qui soit plus sensible aux nationaux «offensés» que le sentiment d'égalité et la violation de cette égalité, fût-ce par négligence ou plaisanterie, par leurs camarades prolétaires. Voilà pourquoi, dans le cas considéré, il vaut mieux forcer la note dans le sens de l'esprit d'accommodement et de la douceur à l'égard des minorités nationales que faire l'inverse. Voilà pourquoi, dans le cas considéré, l'intérêt fondamental de la solidarité prolétarienne, et donc de la lutte de classe prolétarienne, exige que nous n'observions jamais une attitude purement formelle envers la question nationale, mais que nous tenions toujours compte de la différence obligatoire dans le comportement du prolétaire d'une nation opprimée (ou petite) envers la nation qui opprime (ou grande).

    Lénine

    Consigné par M.V.

    31.XII.22.

    Suite des notes.

    31 décembre 1922.

    1123px-SovietCentralAsia1922.svg.pngQuelles sont donc les mesures pratiques à prendre dans la situation ainsi créée ?

    Premièrement, il faut maintenir et consolider l'union des républiques socialistes ; il ne peut exister aucun doute sur ce point. Cette mesure nous est nécessaire comme elle l'est au prolétariat communiste mondial pour combattre la bourgeoisie mondiale et pour se défendre contre ses intrigues.

    Deuxièmement, il faut maintenir l'union des républiques socialistes en ce qui concerne l'appareil diplomatique. C'est d'ailleurs une exception dans notre appareil d’État. Nous n'y avons pas admis une seule personne quelque peu influente de l'ancien appareil tsariste. Dans son personnel les cadres moyens comme les cadres supérieurs sont communistes. Aussi a-t-il déjà conquis (on peut le dire hardiment) le nom d'appareil communiste éprouvé, infiniment mieux épuré des éléments de l'ancien appareil tsariste, bourgeois et petit-bourgeois que celui dont nous sommes obligés de nous contenter dans les autres commissariats du peuple.

    Troisièmement, il faut infliger une punition exemplaire au camarade Ordjonikidzé (je dis cela avec d'autant plus de regret que je compte personnellement parmi ses amis et que j'ai milité avec lui à l'étranger, dans l'émigration), et aussi achever l'enquête ou procéder à une enquête nouvelle sur tous les documents de la commission Dzerjinski, afin de redresser l'énorme quantité d'irrégularités et de jugements partiaux qui s'y trouvent indubitablement. Il va de soi que c'est Staline et Dzerjinski qui doivent être rendus politiquement responsables de cette campagne foncièrement nationaliste grand-russe.

    Quatrièmement, il faut introduire les règles les plus rigoureuses quant à l'emploi de la langue nationale dans les républiques allogènes faisant partie de notre Union, et vérifier ces règles avec le plus grand soin. I1 n'est pas douteux que, sous prétexte d'unité des services ferroviaires, sous prétexte d'unité fiscale, etc., une infinité d'abus de nature authentiquement russe, se feront jour chez nous avec notre appareil actuel. Pour lutter contre ces abus, il faut un esprit d'initiative tout particulier, sans parler de l'extrême loyauté de ceux qui mèneront cette lutte. Un code minutieux sera nécessaire, et seuls les nationaux habitant la république donnée sont capables de l'élaborer avec quelque succès. Et il ne faut jamais jurer d'avance qu'à la suite de tout ce travail on ne revienne en arrière au prochain congrès des Soviets en ne maintenant l'union des républiques socialistes soviétiques que sur le plan militaire et diplomatique, et en rétablissant sous tous les autres rapports la complète autonomie des différents commissariats du peuple.

    Il ne faut pas oublier que le morcellement des commissariats du peuple et le défaut de coordination de leur fonctionnement par rapport à Moscou et autres centres peuvent être suffisamment compensés par l'autorité du Parti, si celle-ci s'exerce avec assez de circonspection et en toute impartialité ; le préjudice que peut causer à notre État l'absence d'appareils nationaux unifiés avec l'appareil russe est infiniment, incommensurablement moindre que celui qui en résulte pour nous, pour toute l'Internationale, pour les centaines de millions d'hommes des peuples d'Asie, qui apparaîtra après nous sur l'avant-scène historique dans un proche avenir. Ce serait un opportunisme impardonnable si, à la veille de cette intervention de l'Orient et au début de son réveil, nous ruinions à ses yeux notre autorité par la moindre brutalité ou injustice à l'égard de nos propres allogènes. Une chose est la nécessité de faire front tous ensemble contre les impérialistes d'Occident, défenseurs du monde capitaliste. Là il ne saurait y avoir de doute, et il est superflu d'ajouter que j'approuve absolument ces mesures. Autre chose est de nous engager nous-mêmes, fût-ce pour les questions de détail, dans des rapports impérialistes à l'égard des nationalités opprimées, en éveillant ainsi la suspicion sur la sincérité de nos principes, sur notre justification de principe de la lutte contre l'impérialisme. Or, la journée de demain, dans l'histoire mondiale, sera justement celle du réveil définitif des peuples opprimés par l'impérialisme et du commencement d'une longue et âpre bataille pour leur affranchissement.

    Lénine

    31.XII.22.

    Consigné par M.V.


    Les notes rajoutées par l’éditeur sont signalées par [N.E.]


    [1] Autonomie, projet d'organiser toutes les républiques formant la R.S.F.S.R. sur les bases d'autonomie [NDLR en clair : que les différentes nationalités forment des républiques "autonomes" (à quel point... à voir !) dans la Fédération soviétique de Russie, ce qui assurait clairement la domination russe ; et non des républiques nationales réunies en Union des Républiques socialistes, système qui sera lui aussi dévoyé avec le temps, mais enfin le premier était bien pire]. Le projet d'"autonomie" fut déposé par Staline. Lénine le critiqua sévèrement et proposa une solution foncièrement différente à cette question: formation de l'Union des républiques socialistes soviétiques englobant des républiques égales en droit. En décembre 1922 le 1er Congrès des Soviets de l'U.R.S.S. prit la décision de former l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. [N.E.]

    [2] Il s'agit des sessions plénières du C.C. du P.C.(b)R. qui eurent lieu en octobre et décembre 1922 et qui délibérèrent du problème de la formation de l'U.S.S.R. [N.E.]

    [3] Plus loin, dans les notes sténographiées, la phrase « Je pense que nos camarades n'ont pas suffisamment compris cette importante question de principe » est barrée. [N.E.]


    [NDLR la citation de référence de Lénine sur toute ces questions est la suivante : présentant le programme du Parti en 1917, Lénine dit que “Nous voulons la libre union des nationalités, c'est pourquoi nous devons leur reconnaitre le droit de se séparer : sans la liberté de se séparer, aucune union ne peut être qualifiée de libre”. Précisons ici que dans le même texte de référence, Lénine dit aussi que "Mais, d'autre part, nous ne souhaitons nullement la séparation. Nous voulons un État aussi grand que possible, une union aussi étroite que possible, un aussi grand nombre que possible de nations qui vivent au voisinage des Grands-Russes ; nous le voulons dans l'intérêt de la démocratie et du socialisme, en vue d'amener à la lutte du prolétariat le plus grand nombre possible de travailleurs de différentes nations. Nous voulons l'unité du prolétariat révolutionnaire, l'union et non la division"... ce que saisiront bien sûr au vol tous les jacobinards, espagnolistes et autres "britannistes" "rouges" pour alimenter et "confirmer" leurs "arguments" pourris ; alors que Lénine ne fait qu'exprimer là son internationalisme, son souhait (et c'est bien le moins que l'on puisse attendre de lui...) de voir le "maximum" de Peuples travailleurs unis autour de la révolution prolétarienne pour la libération de l'humanité et le communisme (et l'Empire tsariste, avec ses presque 22 millions de km² et ses 180 millions d'habitant-e-s à cheval sur deux continents, était bien sûr le cadre géographique "rêvé" pour cela), et nullement un quelconque centralisme jacobin conforme à leurs fantasmes (ou, mieux dit, à leur râtelier historique) de petits bourgeois et/ou d'aristocrates ouvriers. Il s'agit bien d'une union "la plus large et étroite possible" mais qui, comme on l'a dit, ne peut être qu'une union LIBRE, "librement" c'est-à-dire démocratiquement consentie et non forcée comme celle des 130 départements de la "France" "révolutionnaire" bourgeoise des années 1790-1800 ; une union d'ailleurs uniquement possible dans le cadre d'un système supérieur socialiste ("la révolution sociale met à l'ordre du jour l'union des seuls États qui sont passés au socialisme ou qui marchent vers le socialisme") ; et pour laquelle Lénine est d'ailleurs même prêt à "perdre" des Peuples au profit de la Réaction (Pologne, Finlande) au nom de ce principe supérieur de liberté d'union ou de séparation (une vision plus "jacobine" autoritaire était peut-être celle de Staline et de quelques autres ; ainsi que très certainement de Trotsky, Rosa Luxemburg et autres "hochets" perpétuellement agités par les "anti-staliniens" en réalité anti-léninistes ; mais elle fut - comme on peut le voir ici - impitoyablement combattue par Lénine jusqu'à son dernier souffle et le temps est révolu de faire dire à Vladimir Illitch tout et n'importe quoi - et surtout ce qui nourrit ses propres fantasmes de pathétique "soldat de l'an II" avec 220 ans de retard, d'"universaliste" impérial etc. etc.). Une telle union "libre" (démocratique) de Peuples marchant vers le communisme, il est bien évident que nous aussi la souhaitons la plus large possible, la plus "solide" au sens de détermination des Peuples associés à ne pas "lâcher" le projet révolutionnaire commun, et d'ailleurs pas (nous ne voyons pas pourquoi) limitée aux frontières hexagonales de l’État "français" légué par la bourgeoisie (les gens ne puent pas, à notre connaissance, au-delà de celles-ci).]

    [Précision importante suite à des réactions "fana-staliniennes" auxquelles il fallait s'attendre : il est bien question ici d'une mission (Dzerjinsky-Ordjonikidzé) envoyée par le Comité central "pansoviétique" de Moscou auprès du PARTI COMMUNISTE BOLCHÉVIK géorgien ; les "social-nationalistes" en question ne sont nullement des nationalistes bourgeois revêtus de thèses menchéviques comme il en existait un fort courant en Géorgie à l'époque (mais peu ou prou totalement écarté en 1922) ; c'est bien aux COMMUNISTES géorgiens qu'est imposé (contre les conceptions de Lénine, malade et impuissant) un brutal hégémonisme grand-russe. Quant à l'idée (là encore il fallait s'y attendre !) d'une "falsification" de ces notes de Lénine republiées ("comme par hasard" diront-ils...) en 1956, connaissant le "grand-slavisme" russo-ukrainien de Khrouchtchev et consorts, nous en voyons mal l'intérêt... S'il y a bien un point sur lequel Khrouchtchev ne rompt pas avec Staline mais au contraire aggrave la tendance, c'est bien celui-là (d'ailleurs en cette même fatidique année 1956, une ville d'Ukraine était renommée... Ordjonikidzé) ! Et pour ce qui est des éructations de "SLP trotskyyyste" que nous voyons déjà (d'ici oui oui) germer dans certaines têtes qui ne se donnent pas pour autant la peine de nous lire, la réponse est ici : Sur la "révolution permanente" et le trotskysme. Il n'y a tout simplement pas de théoricien marxiste des années 1920-30 plus contraire à notre vision des choses que Trotsky !]

    Sur la question spécifique du rapport de la Révolution bolchévique avec les musulmans (10% de la population de l'ex-Empire tsariste devenu URSS), nous pouvons aussi vous inviter à lire le texte suivant :

    Marx, Lénine, les bolchéviks et l’islam


    Tant la source (Investig'Action de Michel Collon) que l'auteur (Bruno Drweski, intellectuel tendance "Comité Valmy" parfois repris par la mouvance Asselineau-UPR/Cercle des Volontaires) sont sulfureux mais s'il vous plaît faites l'effort de lire, sur le plan des faits historiques c'est très intéressant (et d'ailleurs très largement "pompé" de sources marxistes tout à fait potables comme celle-ci par exemple, l'intérêt étant finalement d'en faire une "synthèse"). On y voit notamment comment Lénine a dû lutter contre les mêmes conceptions laïcardes et "civilisatrices" qui dominent aujourd'hui encore le débat politique hexagonal à "gauche" ; et pire encore contre des éléments qui se peignaient de "rouge" pour perpétuer leur domination coloniale... Cessons (nom de dieu !) de paralyser la réflexion communiste au nom de la dénonciation formaliste de "la souuuuurce" !!! C'est tout simplement faire insulte à l'intelligence individuelle, comme si les gens n'étaient pas capables de "prendre" le "bon" d'un texte (surtout si ce sont des faits historiques objectifs, authentiques peu importe qui les énonce !) et de "laisser" le "mauvais", les conclusions "rouges-brunes" (terme qui veut tout dire et rien dire, répétons-le encore une fois) qu'en tire l'auteur... [bien sûr nous éviterions de mettre en lien un texte aux propos ouvertement antisémites, racistes etc. mais ce n'est pas le cas ici].

    Sur la question des langues "régionales", lire aussi : Comment les langues du Peuple ont été rendues illégitimes - très bon article d'une occitaniste universitaire montpelliéraine rappelant ces évidences que "la Révolution de 1789 est une révolution bourgeoise, et les républiques qui l’ont suivie le sont tout autant" (ce qui fait toute sa différence avec la Révolution bolchévique de Lénine, ouvrière et paysanne) ; et que "ce qui est en jeu est fondamentalement d’ordre social" : "supprimer le « patois », c’est ôter un écran entre les masses et la parole normative des nouveaux maîtres", lesquels pensent "non sans naïveté" que "quand ils (les masses travailleuses) parleront comme nous (les bourgeois), ils penseront comme nous et ne bougeront que dans les limites que nous leur fixerons"...


    jour-colere-2377989-jpg_2043841.JPG3. Autre actualité ‘‘phare’’ du week-end écoulé, la manifestation d’ultra-droite ‘‘Jour de Colère’’ à Paris. Avec (selon les estimations les plus sérieuses) une grosse vingtaine de milliers de manifestant-e-s, contre plusieurs centaines de milliers (voire un million) pour les ‘‘Manifs pour tous’’ du début 2013, le ‘‘Mai 68 de droite’’ (formule bien trouvée, pour le coup !) que traverse le processus hexagonal de fascisation rampante (à l’œuvre depuis au moins 12 ans) semble être dans le creux de la vague, en repli tactique et réorganisation…  ce qui ne veut pas dire qu’une nouvelle déferlante plus terrible encore ne va pas se lever bientôt ; le contraire est même certain, vu la merde social-libérale qui sert de politique à Hollande et ses comparses !

    On ne reviendra pas en long, en large et en travers sur les revendications de la cinquantaine d'associations et collectifs appelants (homophobie, anti-IVG, "sécurité", "immigration", "identité nationale"), qui ne sont que de grands classiques de la droite-de-la-droite : identitaires, nationalistes, nationaux-catholiques et autres intégristes, petits entrepreneurs poujadistes, "Printemps français" etc. auxquels se sont joints, actualité oblige, des dieudonnistes pour la "liberté d'expression" antisémite de leur idole, bien que ce ralliement n'ait visiblement pas fait l'unanimité parmi les autres participants (1 - 2 ; "Résistance républicaine" de Christine Tasin a même finalement retiré sa participation). Le nom lui-même était sans équivoque, car "Jour de Colère" en latin se dit Dies Irae, ce qui est le nom d'un poème religieux catholique du 11e siècle mais aussi... d'un groupe national-catholique bordelais connu pour son extrême radicalité !

    Ce qui retiendra notre attention, en revanche, c'est plutôt la manière dont ce type de mouvement, malgré la faune haute en couleur de ses organisateurs, parvient tout de même à mobiliser. Ils jouent notamment sur la bonne vieille corde sensible poujadiste, le sentiment de VIE DE PIGEON, de vie de VACHE À LAIT qui habite une grande partie des masses populaires et qui ne se résume nullement aux impôts directs et encore moins aux ‘‘charges’’ sur les petits entrepreneurs : il suffit de penser aux 20% de TVA sur chaque produit alimentaire ou autre, aux 60% de TIPP sur le moindre litre de carburant, à la taxe d’habitation que tout le monde paye en fonction de la valeur de son logement et non de ses revenus, aux prix des transports, de l’électricité, du gaz, de l’eau etc. etc. Quand à un ménage populaire, aux revenus de (deux fois) 1 à 1,5 SMIC de l’heure, il ‘‘reste à vivre’’ 20% de ses revenus annuels, on peut dire qu’ils peuvent déboucher le champagne ! Certes, il est normal que chacun et chacune participe aux frais de la collectivité… mais pour quoi en retour ? Services de merde et mépris du peuple en permanence, cadeaux fiscaux au CAC 40 et comptes en Suisse de ministres, bureaucratie et parcours du combattant pour les prestations ou allocations les plus élémentaires (alors que tout travailleur a cotisé 25% de son salaire brut chaque mois pendant des années !), et on en passe et des meilleures. Comment s’étonner que ce sentiment aille nourrir une mobilisation réactionnaire fasciste… qui est la SEULE à y répondre ?

    Car si pendant longtemps, pour le mouvement révolutionnaire (marxistes comme anarchistes), il n’y avait pas d’équivoque et les travailleurs avaient raison de ne pas vouloir financer la forge de leurs propres chaînes ; si les choses étaient encore ainsi claires en Italie dans les années 1970 voire (pour certaines organisations) aujourd’hui ; l’hégémonie idéologique ‘‘républicaine’’ a depuis longtemps phagocyté le ‘‘peuple de gauche’’ hexagonal et aborder ces thèmes n’arrache désormais que soupirs et haussements d’épaules ou cris rageux de ‘‘poujadisme !’’. Enfin bref…

    La manifestation réactionnaire a vu, comme il fallait s’y attendre, profusion des fameux bonnets rouges devenus signe de ralliement ; avec la présence des Bonnets rouges… ‘‘frontaliers’’ (… la Bretagne n’a aucune frontière terrestre avec un autre État) ou des Bonnets rouges… ‘‘69’’, ce qui n’a aucun sens et s’appelle même une supercherie totale, puisque la Révolte des Bonnets rouges (1675) est une référence historique BRETONNE qui n’a de sens que dans la culture populaire bretonne ! Afin que les choses soient claires, vu que l’amalgame grossier est ce qui fait office d’arguments lorsqu’il n’y en a pas (mais qu’il faut bien défendre l’unité de la République ou de la ‘‘construction nationale historique bourgeoise-donc-progressiste France’’), les VRAIS Bonnets rouges bretons (collectif ‘Vivre, travailler et décider en Bretagne’, dont chacun-e est libre par ailleurs de penser ce qu’il/elle veut) n’ont pas participé à la manifestation et se sont même clairement exprimés là-dessus : ‘‘Les Bonnets Rouges, représentés par le Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne », ne s’associent pas à la manifestation du 26 janvier prochain à Paris. Cette manifestation intitulée « Jour de Colère » ne correspond ni aux objectifs ni aux valeurs des Bonnets Rouges tels qu’ils sont exposés dans la charte des Bonnets Rouges (http://bonnetsrougesbzh.eu/charte-des-bonnets-rouges/)". À bon entendeur (et à titre préventif)… 


    4. En tout cas, un autre enseignement de ce ‘‘Jour de colère’’ (suffisamment massif, malgré tout, pour cela) aura été de montrer clairement le caractère hétéroclite à l’extrême de la ‘‘droite radicale’’ et autres ‘‘nationalismes’’ ‘‘révolutionnaires’’ ou pas. À voir la multiplicité de ses ‘‘sensibilités’’, il apparaît plus clair que jamais que ce qu’il lui faut n’est pas même un(e) ‘‘rassembleur(se)’’ mais un(e) ARBITRE : une force qui non seulement réprime (on s’en doute) les révolutionnaires, progressistes et autres ‘‘ennemis intérieurs’’ désignés, mais soit prête à ‘‘sortir la boîte à claques’’ contre les groupes fascistes eux-mêmes, lorsqu’ils ne voudront pas se plier à de-gaulle-a-disparugaulle-massu-.jpgla discipline monopoliste élémentaire. Et cette force ne peut être que l’État ; sous une forme militaro-policière instaurée par ‘‘coup de force’’. C’est là que l’on voit toute l’erreur de considérer le fascisme comme un phénomène principalement extra-étatique, qui ‘‘prendrait’’ l’État ‘‘d’assaut’’ ; ce qu’il n’a d’ailleurs pratiquement jamais été dans l’histoire sauf (en apparence) en Allemagne et en Italie… face à des États particulièrement déliquescents (et encore… à un moment donné, il s’est bien trouvé des éléments à l’intérieur de l’État pour en ouvrir les portes aux chemises noires et brunes !). En réalité, nous en sommes de plus en plus convaincus, le ‘‘plan’’ pensé-sans-l’être est de laisser foisonner (dans certaines limites bien sûr) les ‘‘extrémismes’’ en tout genre que la crise générale du capitalisme engendre spontanément, les révolutionnaires communistes (marxistes ou libertaires) qui sont la bonne réponse à ladite crise mais aussi les MAUVAISES réponses réactionnaires, fascisantes, religieuses sectaires ou communautaristes (islamisme, sionisme), dieudonnistes et compagnie jusqu’à ce qu’enfin l’État militaro-policier intervienne pour ‘‘éviter la guerre civile’’… Il n’y aurait là rien que de très classique. Cet État fort ‘‘sauvant la France de la guerre civile’’ devrait en principe ‘‘trouver visage’’ dans une personnalité supposément ‘‘en dehors’’ et ‘‘au-dessus des partis’’, qui ne soit pas un(e) ‘‘politicien(ne)’’ (ce qui exclurait Marine Le Pen elle-même). Traditionnellement, de Mac Mahon après l’‘‘année terrible’’ des Communes (1871) à De Gaulle en 1958 en passant par Pétain et déjà De Gaulle (l’option ‘‘accepter le nouvel ordre européen nazi’’ contre l’option patriotique à outrance) en 1940, c’était souvent un militaire ; mais aujourd’hui, avec la fin du service militaire comme passage obligé de toute jeunesse masculine, la figure d’un galonné pourrait être beaucoup moins mobilisatrice (surtout qu’après le putsch, raté celui-là, d’Alger en 1961, l’Exécutif a beaucoup fait pour que les hauts cadres militaires deviennent de purs bureaucrates sans ‘panache’ ni ambitions politiques). On ne peut que se perdre en conjecture, mais ce n’est finalement qu’un aspect secondaire du processus qu’il importe, selon nous, d’avoir saisi.

     


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  • 2. La fascisation rampante, la mobilisation réactionnaire de masse se poursuit à toute vitesse d'un bout à l'autre de l'Hexagone, entre droitisation toujours plus assumée de l'UMP (c'est désormais le réputé "modéré" Fillon qui appelle à "ne pas choisir" entre FN et PS...) et montée d'un FN "dédiabolisé" que de récents sondages annoncent maintenant en tête aux européennes. Les bruns nuages continuent à s'amonceler dans le beau ciel hexagonal, qui avait pourtant résisté aux nuages radioactifs de ces cons de cocos russes.

    4445771-guillaume-peltier-responsable-de-la-620x345-1En réalité, la vraie question est peut-être la suivante : QUI, de la "droite décomplexée" de l'UMP ou du FN, MÈNE LA DANSE ? Au regard des constats depuis bientôt 30 ans, il peut sembler que c'est bien le Front lepéniste qui dicte son discours à la droite et même à une partie de la "gauche", en les obligeant à courir désespérément après ces électeurs qu'il "vampirise". Mais ce pourrait n'être qu'une apparence... Ce pourrait très bien être en réalité la droite "républicaine" qui oblige en permanence le FN à se positionner par rapport à elle, soit pour rester plus à droite (sur les questions de société, l'immigration, la sécurité etc.) soit pour paraître... plus "à gauche" (sur l'Europe, la "mondialisation", le "libéralisme" etc.), tout en se réservant toujours le beau rôle, celui de gens "responsables" et "modernes", qui ne font pas "qu'agiter des peurs" mais "proposent des solutions"... Partant du pari que 1°/ l'électeur "central", urbain-éduqué, aujourd'hui quasi-majoritaire, se tournera toujours vers des "gens responsables" et rejettera les "aventuriers populistes", 2°/ même l'électeur "populaire-périphérique-relégué", s'il peut exprimer un "coup de gueule" en votant FN (ou en disant qu'il va le faire), se tournera lui aussi suffisamment souvent, devant l'urne décisive, vers des gens "responsables" et "qualifiés".

    6508866.jpgEn d'autres termes, la "droite décomplexée", qui s'est quelque peu dépouillée des oripeaux du gaullisme mais voudrait bien occuper la même position hégémonique que celui-ci dans les années 1960-70, cherche peut-être à faire du FN ce qu'était le PC de Thorez, Waldeck, Duclos et Marchais pour De Gaulle et Pompidou : un mélange d'épouvantail-repoussoir et d'efficace gardien des masses populaires dans une position inoffensive, avec l'avantage supplémentaire d'être réactionnaire sur toute la ligne (et de ne pas être lié à une grande puissance étrangère).

    Le petit problème, c'est que tout cela est un jeu aussi risqué que de jouer avec un briquet dans une station service... Il y en a déjà eu à qui le "joujou" a glissé des mains ; on pense notamment à une certaine droite italienne du début des années 1920 (Giolitti, Bloc national) ou une certaine droite allemande du début des années 1930 (Von Papen & co). D'ailleurs, à ce sujet, on notera que si la référence absolue de nos z'amis "Lesmaterialistes.com" (l'israélien Zeev Sternhell) décrit l'Allemagne comme "la patrie de l'orthodoxie marxiste" (enfin bon, pour les ML, classiquement, c'est plutôt le berceau du révisio-réformisme et aussi d'un certain gauchisme), cela n'a (force est de constater) pas vraiment empêché le triomphe du nazisme, qui reste à notre connaissance la pire forme de fascisme de tous les temps, loin devant quelque "socialisme français" que ce soit... 

    3. Toujours sur le sujet du fascisme et de l'antifascisme ; dans leur violent article contre la question nationale bretonne (digne, cf. ci-dessous, des révisionnistes turcs pourfendus par Ibrahim Kaypakkaya), "Lesmaterialistes.com" nous disent que l'affirmation populaire bretonne d'être un Peuple est "identitaire" et que, dénonçant le jacobinisme, elle rejette "l'apport des Lumières", ce qui explique son actuel "poujadisme" dans la droite ligne du "socialisme français". Pour eux, le fascisme et spécifiquement le fascisme "français" (le discours "national et social" etc.) est un rejet des Lumières (c'est la thèse de Sternhell, qui est leur référence). Or, selon nous, ceci est erroné ou en tout cas inexact ; et entre en contradiction (sans qu'ils s'en rendent compte) avec leurs propres analyses d'il y a quelques années.

    D-apres_Maurice_Quentin_de_La_Tour-_Portrait_de_Voltaire-_.jpgEn effet, s'il doit rester quelque chose de l'activité antifasciste du 'p''c''mlm' (peut-être leur seul apport à la pensée communiste), c'est que la "France" est la terre du CONFUSIONNISME idéologique, du "ni droite ni gauche", des petits "Voltaires de Prisunic" politiquement "inclassables" à la Jean-Edern Hallier, Philippe Val, Régis Debray, Philippe Sollers, Jacques Vergès, Michel Onfray ou (plus bas-de-gamme encore) Alain Bonnet de Soral. Mais justement ! Si la "France" est une telle terre de confusionnisme, c'est PARCE QUE c'est le "pays des Lumières", PARCE QUE cette ambivalence est celle des "Lumières" elles-mêmes... C'est en "France" que la pensée bourgeoise a connu son plus haut développement, les "Lumières", alors que dans les autres pays elle reste profondément marquée par le féodalisme "moderne" antérieur. Même en Angleterre, le radicalisme bourgeois avorta très rapidement après Cromwell (1658) et par la suite, la bourgeoisie se caractérisera par singer le style de vie et les "valeurs" aristocratiques, décrocher un titre de "sir" décerné par la reine étant l'aboutissement absolu d'une carrière. Ce radicalisme était de toute manière très imprégné de conservatisme religieux ; et l'on peut considérer que c'est cette même idéologie qui a finalement "réussi" aux États-Unis un siècle plus tard. Le plus haut degré de la pensée bourgeoise, donc... autrement dit, de la pensée d'une classe ambivalente par nature et, finalement, vouée à être transitoire dans l'histoire de l'humanité ; produisant en permanence de l'humanisme, car le capitalisme implique la propriété du producteur sur sa personne, sur sa force de travail, et le "libre" usage ou louage de celle-ci... pour aussitôt le piétiner, car le capitalisme implique aussi la concurrence féroce entre entrepreneurs (propriétaires de moyens de production) et la violente réduction du producteur à sa SEULE force de travail. Ce n'est donc pas le "rejet des Lumières" WEB CHEMIN 40785 1298375052qui, sévissant avec une acuité particulière dans leur pays-berceau, engendrerait tous ces "rouge-bruns", ces républicards, ces poujadistes, ces social-fascistes ou encore ces "libéraux-libertaires", ces "gaucho-thatchériens" (à la BHL, Glucksmann etc.) qui ne valent guère mieux (mais ceux-là seraient plutôt des "défenseurs" des Lumières pour le 'p''c''mlm'). C'est au contraire leur pur héritage** ! C'est le voltairisme, dénominateur commun absolu : "on ne mettra pas ma pensée dans une case, droite ou gauche", "ce qui compte c'est la vérité", "je suis un esprit libre", etc. etc. Voltaire : la référence absolue de Philippe Val, libéral-libertaire devenu idéologue néoconservateur et islamophobe assumé ; Voltaire qui a donné son nom à deux initiatives ouvertement fascistes : le "Réseau" de Thierry Meyssan (complotiste ouvertement lié à l'impérialisme russe) et le "Boulevard" lepéniste de Robert Ménard, ancien défenseur de la "liberté de la presse" (Reporters sans Frontières) surtout (dans les années 1980-90) quand il s'agissait de régimes "communistes" ou anti-occidentaux, un autre de ces insupportables "libres-penseurs" médiatiques... 

    C'est pourquoi, à Servir le Peuple, nous assumons totalement le "rejet les Lumières", cette pensée de la bourgeoisie, PAR ET POUR LE CAPITAL, dont l'hypocrisie dépasse même le dogme catholique, c'est dire ! Aux chiottes les "Lumières" !!! Comme chantait Pino Masi dans les années 1970 : la cultura dei borghesi non ci frega più, l'abbiamo messa nella fossa ("la culture des bourgeois on n'en a plus rien à f***, nous l'avons mise à la fosse") !

    4. Voici la traduction du passage d'Ibrahim Kaypakkaya (La Question nationale en Turquie) que nous avons évoquée dans notre critique de l'article jacobin du 'p''c''mlm'. Elle est en partie basée sur le texte en français du site "Étoile rouge" (le 'p''c''mlm' du début des années 2000) et en partie sur la version anglaise que l'on peut trouver sur Kasama ou A World to Win, car la version d’Étoile rouge comporte selon nous (volontairement ou pas) des travestissements importants :

    KaypakkayaCertains "messieurs je-sais-tout" considèrent que les grands propriétaires terriens ne font pas partie de la nation. Mieux encore, ces messieurs vont jusqu'à répandre le mythe que les Kurdes ne constituent pas encore une nation, du fait de l'existence de ces grands propriétaires dans le pays kurde. C'est là une position horriblement démagogique et un sophisme. [NDLR : remplacez "grands propriétaires" par "bourgeois intégrés au capitalisme français" et vous avez la position du 'p''c''mlm' sur la Bretagne.]

    Ces grands propriétaires ne parlent-ils donc pas la même langue ? Ne vivent-ils pas sur le même territoire ? Ne participent-ils pas d'une même unité de vie économique et d'une même formation psychique ?

    D'autre part, les nations émergent non pas lorsque le développement du capitalisme touche à son aboutissement, mais à l'aube du capitalisme. Lorsque le capitalisme pénètre dans un pays et y unifie le marché dans une certaine mesure, les communautés possédant déjà les autres conditions [de Staline NDLR] sont considérées comme une nation.

    S'il en était autrement, toutes communautés stables situées dans des pays ou régions arriérées, où le développement du capitalisme est très limité, ne pourraient pas être considérées comme des nations. En Chine, jusqu'aux années 1940, existait encore un fort état de morcellement féodal ; donc, dans cette logique, il aurait fallu nier l'existence de nations en Chine auparavant. Jusqu'à la Révolution de 1917, la féodalité restait fortement implantée dans les campagnes profondes de Russie ; ce raisonnement  devrait donc conduire à rejeter l'existence de nations en Russie [il entend par là "Empire russe du tsar", NDLR].

    En Turquie, par exemple, durant la Guerre de Libération [la guerre menée par Kemal Atatürk contre le dépeçage de la  Turquie par le Traité de Sèvres en 1920 NDLR], la féodalité était beaucoup plus forte qu'aujourd'hui, il faudrait donc en conclure qu'il n'y avait pas de nations en Turquie à cette époque. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, la féodalité existe toujours à différents degrés : il faudrait donc rejeter l'existence de nations sur ces continents.

    Il est évident que ces thèses proclamant que les Kurdes ne forment pas une nation sont clairement absurdes de A à Z, contraires à la réalité des faits ainsi que nuisibles en pratique. Nuisibles, car de telles thèses ne servent que les classes dominantes des nations exploiteuses et oppresseuses.

    En effet, celles-ci trouvent là-dedans une justification à tous les privilèges et inégalités en leur faveur, et une légitimation à l'oppression nationale et à toutes les souffrances qu'elles infligent aux minorités nationales opprimées et subjuguées.

    La lutte que le prolétariat doit livrer pour l'égalité des nations et pour en finir avec toute oppression nationale, privilèges etc. devrait être jetée par dessus bord. Le droit des nations à l'autodétermination devrait être enfoui aux oubliettes.

    La colonisation impérialiste des nations moins avancées, l'intervention dans leurs affaires internes et autres violations perfides du droit des nations à l'autodétermination devraient toutes être légitimées, partant du postulat que celles-ci ne constituent pas des nations. De même que devraient être légitimées, dans les États multinationaux, toutes les formes d'oppression et d'humiliation des minorités nationales par la nation dominante.

    CQFD…

     


     ** Combien n'a-t-on pas entendu, par exemple (et pas seulement du 'p''c''mlm'), que "Maurras et l'Action française, c'est le rejet des Lumières"... ? ARCHI-FAUX : Maurras et l'Action française se revendiquaient du POSITIVISME (dont on dit souvent, en "France", que "le marxisme s'inspire" alors que dans toute son œuvre Marx consacre peut-être trois paragraphes à Auguste Comte pour dire que c'est un triple crétin...) ; autrement dit des "Lumières", de la pensée bourgeoise et du "scientisme" du 19e siècle. À l'origine RÉPUBLICAINS de tendance conservatrice, anti-socialiste et chauviniste revancharde, souvent agnostiques (comme Maurras) ou en tout cas très "séculiers", ils se tourneront par pur pragmatisme vers l'idéologie national-catholique (comme "ciment" du "nationalisme intégral") et le principe monarchique... mais choisiront pour monter sur le trône la branche d'Orléans, celle de Louis-Philippe (Monarchie de Juillet) et du régicide Philippe "Égalité" (qui avait voté la mort de son cousin Louis XVI à la Convention), autrement dit la branche capétienne acquise aux "idées nouvelles" et aux "Lumières". Ce que voulaient simplement les maurrassiens, c'était un État fort et même "en acier trempé" au service du Capital ; et ils pensaient qu'aucun système républicain (forcément parlementaire dans leur esprit) ne pouvait l'assurer en termes de légitimité : il fallait donc un roi (comme en avaient d'ailleurs tous les États européens à l'époque où naissait l'AF, sauf la France et la Suisse). Ils n'avaient absolument aucun projet d'"effacer" toute la pensée bourgeoise produite au long des 16e, 17e et 18e siècles (celle qu'apprécie tant le 'p''c''mlm')... De même, parmi les théoriciens racialistes du 19e siècle qui seront repris sous toutes les coutures par le fascisme au siècle suivant, Joseph Arthur de Gobineau, certes légitimiste à l'origine, était un protégé de Tocqueville, tandis que Paul Bert était profondément "libre-penseur", positiviste, républicain et anti-clérical ; il est même considéré comme l'un des "pères fondateurs" de "notre" école républicaine publique et laïque... Comme "hommes des Lumières", il est difficile de faire mieux !

     


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  • 1. La question de la révolution bourgeoise et de son rapport à l'État. C'est une question toujours problématique au regard de la théorie marxiste-léniniste (et donc maoïste) de l'État et de la révolution. Il faut prendre les choses dans l'ordre. La définition de la révolution selon Lénine, ce n'est pas la prise de l'État de classe existant par la classe révolutionnaire, mais sa DESTRUCTION pour ne pas en laisser pierre sur pierre. Problème : la révolution bourgeoise (1630-1690 en Grande-Bretagne, 1789-1870 dans le reste de l'Europe), ce n'est pas vraiment cela... Alors les marxistes-léninistes vont nous expliquer que "oui, mais c'est pas pareil, il s'agissait de remplacer une classe dominante par une autre, pas de supprimer à terme la division en classe, donc la bourgeoisie pouvait prendre l'État monarchique et le faire fonctionner à son compte, par contre le prolétariat lui doit détruire l'État bourgeois". C'est la pirouette par laquelle on s'en sort en général, y compris chez des gens de très haut niveau comme le regretté général Giáp (ici point 5) ou le (n)PCI. Passons. NOUS NE SOMMES PAS D'ACCORD.

    provincesPour nous, l'accumulation VRAIMENT primitive du Capital ne s'effectue pas, comme le dit Marx, à partir du 16e siècle, mais bien au début du millénaire dernier, entre le 11e et le 15e siècle, dans les républiques urbaines d'abord, puis dans les domaines seigneuriaux et autres tenures libres de riches laboureurs à la campagne qui, impactées par le capitalisme urbain, tendent vers l'agro-capitalisme (la terre n'est plus un prestige et une subsistance, mais devient un fonds à rentabiliser). À partir de là, le capitalisme va d'abord devoir se doter du cadre politico-militaire adéquat, et celui-ci va être l’œuvre d'une fraction ‘traître’ de l'aristocratie, celle qui autour de quelques grandes familles régnantes va mettre en place, entre grosso modo le début du 13e et la fin 17e siècle, l'État moderne, la monarchie ‘forte’ ou absolue. C'est cet État monarchique ‘fort’ qui va laminer et balayer le système politique antérieur (médiéval), c'est-à-dire cette confédération de fiefs aristocratiques ou ecclésiastiques avec leur suzerain qui a lui même son suzerain etc., le tout ‘saupoudré’ d'une ‘constellation’ de villes-républiques oligarchiques ; déblayant la voie au capitalisme ‘en grand’ contre les usages et obscurantismes féodaux et religieux rétrogrades. Par exemple, en ‘France’, contrairement aux idées reçues (voire aux falsifications historiques bourgeoises), c'est la monarchie qui va LUTTER contre la ‘guerre de tranchée’ que livrent les aristocrates rétrogrades aux aristocrates modernes sur le thème de la dérogeance : se livrer à une activité commerciale capitaliste (avec profit) était ‘déroger’ à sa noblesse (s'en exclure). De nombreux édits royaux viendront autoriser les nobles à ‘faire négoce’ sans ‘déroger’. C'est également sous la protection et l'impulsion royale que va pouvoir se développer la grande entreprise capitaliste, fusionnant fabrication et commerce de la marchandise, ce qui était rigoureusement empêché jusqu'en 1789 par le régime des corporations (c'est aussi ce qui explique l'importance de l'industrie rurale, des villes nouvelles industrielles surgies au milieu des champs, des faubourgs et autres banlieues échappant aux lois des villes, alors clairement délimitées par leurs murs). Aucune autre autorité ne pouvait en effet ‘envoyer chier’ les corporations.

    C'est ce cadre qui va permettre, à partir de 1500 environ, l'accumulation que Marx appelle ‘primitive’ et nous PRÉ-INDUSTRIELLE. Et dire, comme il le dit dans le Capital (Livre I, section 8), que "les chevaliers d'industrie n'ont supplanté les chevaliers d'épée qu'en exploitant des événements qui n'étaient pas de leur propre fait", c'est évacuer un peu vite l'importance et l'influence des très nombreux bourgeois (ou nobliaux ‘embourgeoisés') entourant et ayant l'oreille des monarques.

    C'est seulement lorsque ce cadre de l'État monarchique va se trouver historiquement obsolète, lorsque les forces productives ‘poussant’ comme une dent de sagesse vers la ‘révolution’ industrielle vont se trouver ‘bloquées’ par cette ‘gencive’ qu'il va falloir ‘percer’, que va intervenir la ‘révolution’ bourgeoise, en réalité restructuration radicale des États légués par les siècles précédents. Certaines dynasties vont se trouver être des obstacles à cela, et être éliminées (Capétiens Bourbons, Stuarts, et bien sûr les États allemands et italiens devenus trop petits), mais d'autres vont s'adapter et accompagner le processus jusqu'au bout, étant encore en place au début du 20e siècle (Hohenzollern de Prusse, Habsbourg, Piémont-Savoie) voire aujourd'hui (Bourbons d'Espagne, Orange-Nassau des Pays-Bas, monarchies scandinaves etc.).

    france departments 1791Les grosses ‘machines’ monarchiques étaient devenues des freins à l'‘appel’ des forces productives, ‘appel’ à la révolution industrielle, et même dans les ‘républiques’ qu'étaient alors les grandes villes ou des territoires ruraux comme les Escartons alpins, ou encore bien sûr les cantons suisses, les Provinces-Unies néerlandaises et les cités-États italiennes le pouvoir était devenu oligarchique, monopole de quelques grandes familles dominant les corporations, et empêchait les nouvelles couches bourgeoises, tournées vers la modernité, de se développer pleinement. Il fallait donc un ‘changement radical’ et ce furent les ‘révolutions’ bourgeoises de 1789 à 1871 environ ; mais ce ne furent pas de véritables révolutions au sens où un mode de production (le capitalisme) en aurait renversé un autre (la féodalité) régnant alors sans partage, et n'aurait réellement pu exister qu’ainsi. Cette véritable révolution-là, c'est la construction monarcho-grande-bourgeoise des États modernes qui l'a menée (et les révolutions républicaines oligarchiques de Suisse, des Pays-Bas, des cités italiennes aux 13e-14e siècles etc.). C'est ce qui explique les grandes ambiguïtés de cette période 1789-1871, le jeune prolétariat et la paysannerie pauvre, eux, voulant mener ce ‘changement radical’ jusqu'au bout, c'est-à-dire au socialisme (hélas pas encore théorisé scientifiquement comme tel), et ne récoltant généralement que des volées de plomb… Et c'est ce qui explique les grandes dérives opportunistes du mouvement socialiste ensuite, puisque cela menait souvent à déduire que quelque part, le socialisme existait ‘déjà’ dans le capitalisme comme le capitalisme existait dans la ‘féodalité’ (l’État monarchique moderne des 13e-18e siècles), qu'il n'y avait qu'à se débarrasser d'une ‘cupule’ parasitaire, de ‘200 familles’ grand-capitalistes, etc. 

    La révolution bourgeoise, dans le champ de l'État c'est à dire le seul qui intéresse les marxistes, c'est donc la révolution RAMPANTE qui construit l'État moderne depuis le 13e siècle jusqu'au 17e, puis le restructure aux 18e et 19e (17e en Grande-Bretagne). Le précédent ‘séisme’ politique de cet ordre, en Europe et Méditerranée, c'est l'effondrement de l'État romain au 5e siècle, et son remplacement par des royaumes ‘barbares’ qui petit à petit se décomposeront à leur tour pour donner le système confédéral et subsidiaire médiéval du 8e au 12e siècle, cadre du mode de production FÉODAL proprement dit : c'est la ‘révolution’ qui a remplacé l'esclavagisme antique par la féodalité (avec son servage plus ou moins libre et ses petites républiques urbaines). Le précédent encore, c'est l'instauration de l'État romain sur les formes politiques antérieures (généralement des cités-États ou des petits royaumes plus ou moins ‘asiatiques’ ou hilotistes). Etc. etc.

    Ici apparaît de manière plus claire le caractère prolongé de l'instauration du socialisme (et a fortiori, de parvenir au communisme). Elle devrait, cependant, être plus rapide que celles du capitalisme et de la féodalité, car 1/ c'est un processus conscient, guidé par une théorie scientifique, 2/ c'est un processus organisé et collectif (alors que chaque bourgeois ou féodal suivait avant tout ses propres intérêts, concurrents de ceux des autres), 3/ comme disait Marx, il ne s'agit pas "de l'expropriation de la masse par quelques usurpateurs" (la séparation du travailleur et des moyens de production, menée du Bas Moyen Âge jusqu'au 19e voire 20e siècle), mais de l'expropriation de quelques usurpateurs par la masse.

    558349-000 par76872862. Encore une fois sur les personnes migrantes. L'affaire de l'expulsion (OQTF, ‘reconduite à la frontière) de deux jeunes gens, Leonarda Dibrani (rom kosovare, avec sa famille) et Khatchik Katcharian (arménien), a fait la une des médias bourgeois ces derniers temps ; et comme il fallait s'y attendre, le ‘p’‘c’‘mlm’ s'est fendu d'un article sur la question. Nous aurions volontiers oublié ce groupuscule, comme beaucoup nous l'ont conseillé, mais cet article, outre certains passages gerbants, attaque l'une de nos positions et nous oblige donc à réagir. Soyons justes, cet article ne dit pas QUE des conneries : il est évident, pour toute personne un minimum révolutionnaire, que ces mobilisations autour de Leonarda et Khatchik sont (principalement en raison de leurs promoteurs) imbibées d'idéologie républicaine-de-gauche comme un pochtron de vinasse ; qu'il est extrêmement dérangeant (et nous a dérangé) de voir soudain une telle mobilisation autour de deux personnes alors qu'il y a des dizaines d'arrestations, de rétentions et d'expulsions par jour (36.000 en 2012, soit 100 par jour...), sur le discours qu'il et elle seraient ‘intégré-e-s’, une ‘chance pour la France’ etc. etc. ; qu'il y a évidemment des luttes internes à la bourgeoisie derrière tout cela, en l'occurrence de la ‘vraie’ gauche bourgeoise social-démocrate (Front de Gauche, gauche du PS, Verts, NPA) contre le ‘nouveau réac’ Valls, qui ‘sait parler’ à un ‘peuple de droite’ désormais hégémonique et représente donc une ‘résistible ascension’ inquiétante ; que dans ces manœuvres les cadres de cette gauche bourgeoise, souvent profs, ont depuis de nombreuses années l'habitude de jeter dans la rue (comme contre Allègre il y a 15 ans, et contre l'UMP de 2002 à 2012) des lycéen-ne-s qui ne comprennent souvent pas grand chose aux enjeux, l'objectif étant de se préparer une piétaille électorale et non de former de véritables militant-e-s, même réformistes ; que pour beaucoup de ces lycéen-ne-s n'importe quel prétexte est bon du moment qu'il s'agit de ne pas aller en cours (mais dire cela implique, au minimum, d'interroger cette perception de l'école par ceux et celles qu'elle est censée ‘servir'), etc. etc. Pour autant, nous avons toujours eu l'habitude, à SLP, de dire que les communistes doivent ‘faire’ avec les masses et les mobilisations telles qu'elles sont et non telles qu'ils voudraient qu'elles soient ; nous l'avons dit à l'automne 2010 sur les retraites, au printemps-été 2011 sur les Indigné-e-s et nous le redisons aujourd'hui : le rôle des communistes est précisément d'être dans les mobilisations, du moment qu'elles ont un minimum d'aspects progressistes, pour ÉLEVER la conscience collective et la rendre révolutionnaire, et non d'attendre que les masses soient aussi rouges que nous le voudrions. 

    Et puis, comme on ne se refait pas, certains passages sont ignobles, comme "Vaste hypocrisie alors que le père de Leonarda Dibrani a joué avec sa propre famille initialement déjà en Italie, venant en France pour toucher les prestations familiales au moyen de l'obtention de la nationalité française" (!!! discours n'ayant rien à envier à Le Pen, Zemmour ou Morano). Mais surtout, cet article nous attaque à mots couverts, car le lien avec notre récent article sur Lampedusa est évident : "Il y a lieu ainsi de réfuter le pseudo anti-impérialisme qui voit en l'immigration un phénomène révolutionnaire, alors que c'est le produit de l'exploitation semi-coloniale semi-féodale des pays non capitalistes". Nous allons donc répondre et réitérer une nouvelle fois notre position : OUI, pour nous, l'immigration ‘sauvage’ (c'est-à-dire pas voulue et organisée par les États impérialistes eux-mêmes, comme dans les années 1960 avec les sergents-recruteurs de Bouygues au Portugal et de Renault en Algérie, le BUMIDOM de Debré etc.) est OBJECTIVEMENT SUBVERSIVE (nous n'avons jamais dit ‘révolutionnaire'), car elle consiste en une tentative individuelle du travailleur, au bénéfice de lui-même, de sa famille et/ou de sa communauté villageoise, d'aller RÉCUPÉRER dans les pays impérialistes un peu de ce que ces derniers ont VOLÉ dans son pays d'origine. Lorsque le ‘p’‘c’‘mlm’ dit que "les masses ont le droit de vivre dans leur propre pays sans avoir à tout abandonner pour tenter de devenir des travailleurs tout en bas de l'échelle dans les pays impérialistes", il est évident que nous ne pensons PAS AUTRE CHOSE ; comme est évident l’‘humanisme’ paternaliste qui dégouline de la démarche de ‘gauche’ en faveur des migrants (paragraphes suivants de l'article). Mais pour le moment, il n'en est pas ainsi ; il n'est PAS POSSIBLE de vivre dignement dans ces pays et c'est pourquoi, tout en espérant vivement qu'une Guerre populaire les libèrera de leurs satrapes et de l'impérialisme, nous soutenons le DROIT de ces personnes à venir récupérer dans les pays impérialiste un peu de ce qui a été volé à leurs Peuples. C'est pourquoi 137210606 smalll'argument selon lequel le père Dibrani venait en ‘France’ pour ‘toucher les allocs’, en plus d'être ignoble, est selon nous inopérant, et nous disons même au contraire : C'EST une forme de récupération, les ‘allocs’ des ‘cités grecques’ ouest-européennes sont PERMISES par la surexploitation des ‘hilotes’ du ‘Tiers-Monde’ ou des Balkans (au terme d'un processus que pouvait déjà entrevoir Lénine en 1916...), il a donc RAISON de vouloir en profiter [1]. Si le Kosovo est pauvre, c'est parce qu'il a été pendant des années périphérisé et opprimé par un chauvinisme ‘yougoslave’ grand-serbe dont on connaît, jusqu'en 1995, la complaisance de l'impérialisme BBR envers lui ; avant de tomber aux mains d'anciens hoxhistes renégats et de mafieux albanais avec l'appui de l'impérialisme US et de l'Allemagne, auxquels la France s'est jointe in extremis. Il est donc 1/ objectif, logique et 2/ JUSTE que des Kosovar-e-s viennent se ‘rembourser’ en ‘France’, en Allemagne et dans leurs appendices impérialistes (Italie, Suisse, Bénélux). Sinon, que dit-on de foncièrement différent des nationalistes ‘sociaux’ et ‘ethno-différentialistes’ à la Dieudonné-Soral, Ayoub & co ("il faut de nouveaux rapports Nord-Sud pour tarir l'immigration à la source", comme ça "chacun chez soi et Dieu pour tous", et c'est ‘réglé) ?

    Pour le reste, nous avons du mal à comprendre le rapport entre la nécessaire expropriation du Capital, avec notamment l'expulsion (mais aussi et surtout l'expropriation, ce que le ‘p’‘c’‘mlm’ oublie de dire) des oligarques étrangers (mais pas plus ni moins que les ‘français’, qui fuiront en masse), et la libre circulation des travailleurs qui est l'expression de la fraternité des Peuples et un principe absolu des communistes, dans les limites, certes, que nous imposera l'ennemi (pas question de le laisser ‘pomper’ tranquillement nos forces de travail et nos ‘cerveaux’, par exemple). La question ne se pose pas vraiment selon nous, car nous pensons que quoi que l'on fasse, les pays du ‘Tiers-Monde’ seront en révolution avant nous (donc les travailleurs ne chercheront plus à migrer, seuls les contre-révolutionnaires le feront). Mais sur le principe, il est évident qu'une quelconque base rouge socialiste en Europe accueillerait à bras ouverts non seulement tous ceux et celles qui sont "bannis de leur patrie pour la cause de la liberté", comme le proclamait la Constitution démocratique-radicale bourgeoise de 1793, mais également "tous ceux et celles qui sont affamé-e-s par la main des monopoles impérialistes" !! Ce dans quoi semble, depuis longtemps déjà, baigner le ‘p’‘c’‘mlm’, c'est une vision fantasmée et malsaine du socialisme comme une caricature de l'URSS de Staline et des pays de l'Est des années 1950, un socialisme ultra-autoritaire et ultra-verticaliste ‘par en haut’, avec un Parti infaillible qui a toujours raison même contre les masses (sur leur lancée, ils se sont encore lâchés le lendemain, lisez, c'est édifiant et après ça dites-nous si vous avez envie de risquer votre vie pour un tel ‘socialisme’...). Pour nous, cette vision est la cause n°1 de l'émergence d'une nouvelle bourgeoisie dans l'appareil ‘socialiste’ et (donc) des échecs du siècle dernier. Et le problème de son ‘éclairé’ leader nous semble être la difficulté à assumer qu'il a été DE DROITE et que, quelque part, il le reste toujours un peu dans le fond (la siono-complaisance n'étant finalement qu'une petite partie de cela). Il ne fait là, en réalité, qu'enrober de verbiage pseudo-ultra-communiste sa pensée profonde, qui est qu'il y a trop d'immigré-e-s en France, et qu'il y en a marre de ces gens totalement étrangers à la grande culture françaiiiiise de Le Nôtre, Racine et Diderot... Mais sans doute sommes-nous de ces ‘libéraux’ contre lesquels le ‘p’‘c’‘mlm’ mène sa petite croisade !

    munegu.jpgPour ce qui est, enfin, de "Monaco qui sera envahi, aussi simplement et sans procédure", nous ne pensons certes pas autre chose de ce nid à nantis et à capitaux plus ou moins crades dirigé par un roitelet absolu ; mais... désolés les gars, Monaco c'est à nous, pas à vous : Monaco c'est l'Occitanie nissarde, pas la ‘France’ ! La principauté fait en réalité partie comme les 26 cantons de la Confédération suisse, le Luxembourg, le Liechtenstein, Andorre ou encore Saint-Marin de ce que l'on peut qualifier de vestiges étatiques pré-modernes : de petits États qui ont été préservés de l'anéantissement (qui n'en a pas moins traversé l'esprit de plus d'un dirigeant de leurs grands voisins !) pour être en quelque sorte "neutralisés" et transformés en conservatoires de capitaux, fonction indispensable à la machine capitaliste. Les rares Monégasques ‘de souche’ (citoyens et non résidents de la principauté, 20% des 35.000 habitant-e-s, généralement les plus modestes) sont d'ailleurs parmi les derniers gardiens de l'occitan ‘alpin maritime’, conjointement et mêlé au monégasque lui-même, dialecte plutôt ligure proche de celui de Vintimille (État italien) ; on estime le nombre de locuteurs à environ 5.000 (15% de la population). L’actuelle principauté sera vraisemblablement intégrée dans le païs (ou parçan) de Haute-Côte-d’Azur avec Menton, Roquebrune et l’arrière-pays ; elle formera une Commune populaire avec les communes voisines de Beausoleil, Cap d’Ail et la Turbie (58.000 personnes, c’est beaucoup mais il y aura ventilation vers l’intérieur des terres et sans doute fuite de beaucoup de bourgeois), elle-même divisée en secteurs (bastidas) etc. Les grands possédants qui n’auront pas pris la poudre d'escampette seront affectés à des brigades de travail, dans les plantations d’orangers ou ailleurs. Tout ceci sera décidé démocratiquement par les masses populaires dotées des droits civiques, c'est-à-dire les personnes vivant uniquement de leur travail et non de celui des autres. Vous pouvez donc, chers ‘détenteurs de la science MLM’, vous carrer vos fantasmes annexionnistes au même endroit que monsieur Mélenchon les siens (sur la Wallonie)... 

    3. Le fascisme : forcément ‘national ET SOCIAL’ ? 

    C'est quelque chose que l'on entend souvent : pour beaucoup, beaucoup de forces ne peuvent pas être qualifiées de fascistes car non seulement elles n'ont pas un caractère paramilitaire et illégaliste violent, mais elles n'ont pas un discours ‘social’ et ‘révolutionnaire’, elles sont ‘trop conservatrices’ etc. C'est évidemment la position générale de la bourgeoisie, pour laquelle le fascisme "c'est pas elle", ce n'est pas un produit du capitalisme. C'est la position des gaullistes, dont l'idéologie provient des Croix-de-Feu des années 1930, dont il faut donc démontrer le ‘non-fascisme’ (thèses de René Rémond). C'est la position des trotskystes, pour lesquels le fascisme n'est pas avant tout l'expression la plus réactionnaire (terroriste ouverte) du Grand Capital, mais avant tout un mouvement de la petite-bourgeoisie auquel le capitalisme en crise ‘cède’ le pouvoir avant que celui-ci ne ‘tombe’ entre les mains du prolétariat (comme si les monopoles pouvaient ‘céder’ ainsi le pouvoir à une classe subalterne). Et c'est évidemment la position des fascistes (ceux qui veulent vraiment le pouvoir en tout cas !), qui se défendront toujours d'enfreindre la loi, d'être violents, et donc... d'être fascistes. Mais c'est aussi la position de ‘marxistes’ pour qui le fascisme est un mouvement ‘révolutionnaire’, ‘anticapitaliste’ mais ayant le défaut d'être ‘romantique’, anti-scientifique (eux par contre le sont absolument !), et donc réactionnaire. Ce fascisme ‘révolutionnaire’, venant ‘du milieu de la société’ [voir cet article-fleuve des ‘matérialistes.com’ consacré à un groupe de musique fascistoïde], a l’‘avantage’ d'être totalement déconnecté du Grand Capital monopoliste, sauf à considérer que celui-ci n'est pas au pouvoir et veut justement le prendre, ce qui dans les deux cas contredit totalement le marxisme-highres 00007939 copyléninisme et a fortiori le maoïsme. Dans tous les cas, le fascisme est clairement réduit aux groupes activistes, qui se heurtent en effet parfois aux foudres de la loi, et totalement délié du pouvoir d'État en place : il est fait totalement l'impasse sur la fascisation rampante des pratiques de gouvernement et des grands partis bourgeois même ‘de gauche’ (Valls, Gerin), qui va pourtant (historiquement) toujours de pair. Mais c'est sûr, cela évite de s'attaquer à la grosse bête étatique ! Pour autant, l'on voit mal comment cela pourrait mener, en dernière instance, à autre chose que défendre le pouvoir ‘démocratique’ bourgeois en place, ‘menacé’ par le fascisme... alors même que cet épouvantail du ‘voisin de droite’ (UMP et FN pour le PS, FN pour l'UMP, groupes ultras pour le FN) est le leitmotiv de toutes les politiques ‘fascistes modernes’ depuis plus de 20 ans ("si on ne fait pas" ceci ou cela "ce sera la droite", ou "le FN va monter", "les extrêêêêmes" etc. etc.). 

    Mais une autre théorie possible, c'est que le fascisme comme forme de gouvernement (dictature terroriste ouverte de la bourgeoisie contre toute contestation sociale, appuyée sur une certaine mobilisation de masse) n'est pas lié en soi à un modèle économique, dirigiste/keynésien ou ‘libéral'/'état-minimaliste’. Autrement dit, le fascisme n'est pas forcément dirigiste et ‘social’ comme il l'était dans les années 30 et suivantes du siècle dernier (comme typiquement l'Allemagne nazie). Il l'était lorsque, disons de 1930 à 1970 environ, le capitalisme y voyait le meilleur moyen (soutien à la consommation) pour enrayer sa crise systémique et sa chute constante du taux de profit. Il faut bien dire qu'à l'époque, le libéralisme économique était quasi inexistant politiquement : la gauche bourgeoise, associée à la social-démocratie et éventuellement aux ‘communistes’ opportunistes, était ‘État-providence’ ; la droite plus ou moins modérée ou réactionnaire était ‘État-providence’ en mode démocrate/social-chrétien ; et l'extrême-droite était ‘État-providence’ en mode national-socialiste ou national-catholique corporatiste ‘Rerum novarum.

    Ceci semblait avoir définitivement porté ses fruits dans les années 1960. Dans les pays très avancés, ayant réussi à encadrer les masses dans la société de consommation, régnait une alternance de social-démocratie et de démocratie-chrétienne ou autre conservatisme social modéré ; tandis que dans les pays à tensions sociales plus fortes régnaient des formes plus autoritaires et répressives (État espagnol, Portugal, dans une moindre mesure Italie, Japon, État français).

    Mais le monde entra au début des années 1970 dans une nouvelle crise générale, et s'imposa alors l'idée que la ‘relance’ (enrayer la chute du taux de profit) se ferait par la ‘flexibilité’, la ‘compétitivité’, la diminution de rôle de l'État ‘régulateur’ dans l'économie. La droite devint ‘néolibérale’ friedmanienne, reagano-thatchérienne, la ‘gauche’ social-libérale rocardo-blairiste, tandis que dans de nombreux pays, comme en Amérique latine, en Turquie, en Corée, en Indonésie ou aux Philippines etc., ce sont chicagoboysdes régimes fascistes qui mettront en œuvre le tournant ‘libéral’. En Europe même, l'extrême-droite, le FN n'étant pas en reste, avait dans les années 1980 et début 1990 un discours très thatchérien. C'est à partir du milieu des années 1990 que le FN (notamment) commencera à adopter un discours anti-mondialisation’, un discours plus ‘mixte’ continuant à défendre les entreprises contre la ‘bureaucratie’, le ‘racket fiscal’, le ‘terrorisme syndical’, les ‘charges’ et ‘carcans juridiques’ en tout genre auxquels s'ajoutent désormais la ‘technocratie de Bruxelles’, mais mettant également en avant un ‘État protecteur’ contre un ‘libéralisme sauvage’ : comme le résumaient bien les mots de Le Pen lui-même en 2002, "économiquement de droite, socialement de gauche et nationalement de France". En cela, lorsque l'on voit le discours politique général aujourd'hui, en particulier depuis la grande crise de 2008, il n'a peut-être rien fait d'autre que d'être un précurseur... Aujourd'hui, plus grand monde, surtout pas en Europe continentale mais plus guère non plus dans les pays anglo-saxons, ne se présente ouvertement comme un disciple de Milton Friedman et de Margaret Thatcher, cela depuis même avant le grand crash financier de 2008 (probablement depuis la crise asiatique et russe de 1997-98, l'effondrement argentin de décembre 2001 etc.). Sarkozy lui-même, en campagne en 2007, se posait en défenseur de "l'économie réelle, productive" contre la "finance" et la "loi des actionnaires", en des termes n'ayant rien à envier à Arnaud Montebourg... À la différence que pour lui il fallait avant tout de la ‘flexibilité’, réduire les ‘charges’ et les ‘rigidités’ sur les entreprises et le travail pour créer de l'emploi (donc de la consommation), alors que pour Montebourg il faut de l'intervention et de la dépense publique, des aides sociales, des emplois aidés et des nationalisations (vision keynésienne) dans ce même but. Mais dans les deux cas, ce qui est visé c'est la LUTTE CONTRE LA BAISSE DU TAUX DE PROFIT, ce qui d'une manière ou d'une autre se fera en augmentant l'extorsion de plus-value : d'un côté les ‘charges’ sont en réalité un salaire différé du travailleur, sur lequel on peut facilement ‘jouer’ puisqu'il ne le perçoit pas directement donc ne s'en ‘aperçoit pas’ ; de l'autre on lui donne (d'une main) de l'argent, mais pour qu'il consomme (c'est ainsi que les ‘socialistes’ au pouvoir cherchent à décourager l'épargne par la taxation), donc pour le récupérer de l'autre : extorsion comme soldat-de-la-consommation et non plus de la production [2]. Car quelle que soit la forme de gouvernement et de ‘gestion’ de la production-exploitation qu'il revêt, le capitalisme ne cherche JAMAIS autre chose.

    C'est pourquoi nous sommes de plus en plus sur cette position qu'il faut bien différencier le fascisme comme FORME DE GOUVERNEMENT (dictature du Capital au terrorisme et au chauvinisme guerrier plus ou moins ouvert) du MODÈLE ÉCONOMIQUE, qui est globalement soit ‘libéral’ (dans le sens de ‘libérer’ les entreprises des ‘charges’ et autres ‘tracasseries bureaucratiques'), soit keynésien (intervention de l'État en appui à la demande). Le programme économique du Front National est pour le moment un melting-pot de défense reagano-poujadiste de l'entreprise (héritée des années 80) et d'État-providence’ pompidolien (ajouté depuis), la solution sur l'un comme l'autre front étant de "sortir de la technocratie européenne", virer les ‘immigrés’ et liquider l’‘assistanat’ ; et il est probable que, dans la démagogie électorale comme dans l'éventuel exercice du pouvoir, il dansera sur l'un ou l'autre pied au gré du vent.

    Le fascisme comme forme de gouvernement, c'est en définitive le Grand Capital qui ne s'embarrasse plus des grands ‘principes’ des Lumières et du républicanisme bourgeois du 19e siècle (encore qu'il s'en revendique de plus en plus contre les ‘barbares’ qui peupleraient les quartiers populaires, à la manière des colonialistes de la 3e République) ; et la lutte contre le fascisme ce n'est pas défendre la bourgeoisie qui s'y accroche encore (libérale ou social-libérale, démocrate ou social-démocrate, ‘républicaine'), mais mettre à profit ce ‘bas les masques’ pour montrer aux masses qui ont sincèrement cru en ces principes (que le capitalisme a produit à une certaine époque, mais qu'il est voué à piétiner en permanence) que les seules véritables Lumières sont celles, rouges, de la destinée communiste du genre humain ! 

     


     [1] D’ailleurs, le fait même de dire que le ‘droit’ d’immigrer en Europe est lié au fait de travailler et (donc) de rejoindre la tant fantasmée ‘classe ouvrière’, c’est OUBLIER (et de fait, exclure de cette classe ouvrière) qu’à l’heure où nous écrivons près du tiers de la population active (en âge de travailler et non-étudiante, non-invalide etc.), soit plus de 9 milions de personnes, est soit sans emploi soit dans des conditions d’emploi très précaires (CDD sur CDD, missions d’intérim, ou carrément ‘au black’), soit encore ‘stagiaire jusqu’à nouvel ordre’ (énormément de 25-30 ans) ou en ‘chômage partiel’ (près de 100.000 salarié-e-s à chaque instant t) ; et que ces personnes forment indiscutablement le VRAI prolétariat, ce mot dont se gargarisent les avant-gardes autoproclamées. Aujourd’hui en ‘France’, avoir un emploi stable et à peu près garanti, en CDI par exemple, même pour un(e) ouvrier(e) au travail très pénible, c’est être ‘privilégié’, c’est faire partie d’une ‘aristocratie’ du salariat. Et considérer que la seule ‘classe ouvrière’ qui vaille sont les gens dans cette situation, qui travaillent de manière déclarée et stable, c’est assurément être un ‘révolutionnaire’ bien petit-bourgeois ! 

    [2] Le capitalisme a en réalité toujours fonctionné ainsi, puisqu'il consiste par nature à arracher au travailleur tout moyen de production propre et à lui donner de l'argent (salaire) pour qu'il achète... ce qu'il a lui même produit, ou ce que d'autres travailleurs ont produit pour la classe capitaliste en général. Mais mettre particulièrement l'accent sur cela (lui permettre de consommer au-delà de ses besoin primaires : manger, se loger, se vêtir etc.) est la grande "révolution" capitaliste du 20e siècle, avec notamment des théoriciens comme Henry Ford (un grand admirateur du nazisme comme chacun-e le sait) ; en même temps que s'achevait la guerre de classe (bourgeoise) contre l'autosuffisance alimentaire (fin des jardins ouvriers), immobilière (ne plus pouvoir construire son propre logement : permis de construire, plans d'urbanisme) etc. etc. - sans quoi cela n'aurait pas été drôle...

     


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  • SermentPaume-copie-1.jpg1. Il faut bien faire la distinction entre la nation en soi, infrastructurelle, sur des critères objectifs, et la nation POUR SOI, autrement dit OÙ est le CŒUR de la nation, sa CONSCIENCE.

    À partir du moment où apparaissent les nations en Europe (11e-12e siècles, apparition du capitalisme sur des caractères déjà préexistants depuis les 8e-9e siècles), et à travers toute la construction de l’État moderne jusqu'aux "révolutions" (restructurations radicales de ces États par la bourgeoisie), soit jusqu'au 19e siècle, ce 'cœur' est la classe qui 'fait l'histoire' à cette époque : la BOURGEOISIE (parfois associée à une certaine aristocratie 'moderne', devenue capitaliste de fait). N'oublions pas que de 1789 à 1848, pour toute une partie de la bourgeoisie dite CENSITAIRE (majoritaire en fait), la citoyenneté active, le droit de vote, était réservé aux personnes payant un certain impôt, donc possédant un certain patrimoine : autrement dit, la 'Nation' c'était la bourgeoisie et elle seule...

    Mais, outre la lutte contre la masse des producteurs (qu'il s'agissait de déposséder, de séparer des moyens de production pour les jeter dans le salariat), qui mérite largement d'être appelée guerre d'extermination, ceci a forcément donné lieu à une lutte ENTRE BOURGEOISIES NATIONALES dans les grands royaumes qui étaient plurinationaux, pour savoir laquelle d'entre elles aurait la prééminence. Évidemment, la bourgeoisie de la capitale royale, liée au pouvoir monarchique, partait avec un avantage certain et ce fut généralement elle qui remporta la course. Ainsi, par les Actes d'Union de 1707 contre l’Écosse et 1800 contre l'Irlande, la haute bourgeoisie et aristocratie agro-capitaliste anglaise achève de 'mettre au pas' ses congénères de ces nations (la bourgeoisie irlandaise, rappelons-le, était alors quasi-exclusivement protestante et l'ancêtre du parti loyaliste actuel, mais à l'époque elle contestait le centralisme anglais ; Wolfe Tone était l'un de ces bourgeois protestants). En Hexagone, les luttes sont nombreuses et aiguës pendant tout l'Ancien Régime, avec une acuité particulière pendant les Guerres de Religion et les régences entre Henri IV et Louis XIII et (surtout) entre Louis XIII et Louis XIV (Mazarin). En 1793-94, l'on peut dire que la bourgeoisie de 'province' mène sa 'dernière croisade' : contrairement aux idées reçues, c'est plutôt elle qui a lancé le processus révolutionnaire, entre logique assimilationniste de 'mêmes droits pour tous' (toutes les bourgeoisies) et refus de l'autoritarisme centraliste de la monarchie ; les principaux 'ténors' de la Constituante, les Mirabeau et autres Barnave, sont des 'provinciaux'. Il y a véritablement eu un 1789 de province (s'il n'est pas carrément possible de dire que 1789 est un mouvement de province avant tout) très largement jailli des affrontements entre le pouvoir central (monarchie) et les pouvoir locaux (Parlements, États provinciaux, municipalités) en défense de ces derniers, après des épisodes comme la Journée des Tuiles à Grenoble. En 1790 sont institués les départements, dotés chacun d'un Conseil départemental ; mais il est vraisemblable que personne à la Constituante ne voyait strictement de la même manière les pouvoirs de ces assemblées face à l’État central : pour beaucoup, la France devait être en dernière analyse une fédération de départements - on appellera ce courant les fédéralistes, qui se confondront dans une certaine mesure avec le parti de la Gironde. La grande bourgeoisie francilienne va alors reprendre la main en déployant une 'social-démocratie avant l'heure' en direction du petit peuple (ouvriers, indépendants pauvres) de Paris et en s'appuyant (également) sur une petite/moyenne bourgeoisie et paysannerie aisée 'racheteuse' de 'province', qui 94 n'aime pas les 'gros' patriciens de ces mêmes provinces (qui étaient justement les ténors de la Constituante/Législative et de la Gironde) : ce sera le parti de la Montagne... éliminé aussitôt sa mission historique accomplie, un certain 9 thermidor an II (27 juillet 1794, après un peu plus d'un an de pouvoir)[1]. En 1848-51 (vote républicain 'radical' et 'démocrate-socialiste', résistance au coup d’État bonapartiste) et encore en 1870-71 (dans les Communes), la bourgeoisie 'provinciale' tentera de se réaffirmer face à Paris (ou Versailles lorsque Paris lui-même est aux mains des ouvriers), mais ce sera un combat d'arrière-garde, au sens où ce sera un combat livré à la remorque du prolétariat et du petit peuple travailleur.

    Dans le Nord de l’État espagnol, au 19e siècle, il y aura une alliance de classe entre les masses populaires (principalement paysannes) et les 'forces du passé' (Église, fueros - lois locales - et leurs 'gardiens' notables) contre le centralisme madrilène, qui cherche à supprimer (1833) les autonomies régionales, et que les bourgeoisies nationales tendent alors à soutenir. Dans ces pays 'point de départ' de la 're'-Conquête, la Castille ne s'est pas montrée au cours des siècles précédents particulièrement oppressive (envers les élites, s'entend...), contrairement à ce qui a pu se produire en Aragon et (surtout) Catalogne, et évidemment dans le Grand Sud. À présent que la Cour de Madrid mène une politique bourgeoise, pense donc la bourgeoisie, elle lui sera tout aussi favorable, elle ne se heurtera qu'à ses adversaires, les nobliaux, les curés et autres potentats forales... Elle déchantera plus tard, sous l'ère alphonsine, à la toute fin du 19e siècle, et naîtront alors le Parti nationaliste basque et d'autres forces autonomistes. Les masses, elles, 'flairèrent' avec leur 'bon sens' gramscien que tout ceci allait mal tourner pour elles, et préférèrent s'accrocher à ce qu'elles connaissaient : l'autonomie locale, les fueros, même si s'accrocher au passé est toujours une erreur dans la lutte des classes. Cette erreur sera réparée dès les années 1930 (naissance de l'ANV, puis du PC d'Euskadi sous l'impulsion du Komintern, mouvement révolutionnaire ouvrier asturien etc.) et dès lors, les masses populaires avancées seront très clairement dans le camp de la révolution mondiale (notamment la gauche populaire abertzale).

    www.mineros con las banderas de Asturiias y León 2Dans le Sud de la péninsule en revanche, où l'aristocratie terrienne est justement un 'greffon' castillan (ou aragonais-catalan), où les masses sont les descendantes des paysans d'Al-Andalus et la bourgeoisie ce qu'il reste de ses anciennes élites économiques (souvent des juifs et des musulmans convertis de force), cette bourgeoisie va être aussi 'libérale avancée', démocratique, qu'anti-centraliste et favorable à une large autonomie des provinces. Les masses, elles, se tourneront très tôt vers les forces de la révolution prolétarienne (anarcho-syndicalisme, socialisme, communisme marxiste), sur une ligne tout aussi anti-centraliste. Il en ira de même dans les Pays catalans, où la haute bourgeoisie déjà puissante au Moyen Âge a toujours mal supporté le joug de Madrid et a finalement été 'brisée' par les décrets de Nueva Planta autour de 1715 (ceci favorisant, au demeurant, une moyenne bourgeoisie jusque-là écrasée par la grande, oligarchique) ; mais la ligne sera là un peu plus conservatrice, moins démocrate en direction des masses (son idéologie se retrouve globalement dans la CiU actuellement au pouvoir en Catalogne). Car là se trouve une clé du problème 'espagnol' : la Castille a acquis (définitivement au 16e siècle) la prééminence politique, mais sa bourgeoisie et ses 'élites' en général n'ont pas su en profiter, pas plus que de l'exploitation pourtant sauvage des Amériques, pour devenir dominantes économiquement. Son capitalisme est toujours resté derrière le catalan, et même les capitalismes du Nord, émergés plus tard (18e-19e siècles), voire le tout jeune capitalisme agro-alimentaire et touristique du Sud (dans les dernières décennies du 20e !) l'ont rapidement supplanté en dynamisme. La dernière solution en date (et sans doute la dernière carte...) qu'a trouvé l’État 'espagnol' castillan à cela, est le système des autonomies consacré par la Constitution de 1978.

    En Allemagne, dans les années 1870 (Kulturkampf), il y aura encore une lutte entre le junkerisme (agro-capitalisme) prussien, de confession luthérienne, et la bourgeoisie rhénane d'esprit catholique libéral, c'est-à-dire les deux principales forces qui ont unifié le nouvel État entre 1864 et 1871. Très vite cependant, face à la montée du mouvement ouvrier socialiste, tout le monde se réconciliera...

    En Italie, l'Unité sera faite par la bourgeoisie piémontaise alliée à la Maison de Savoie, qui s'est déjà inféodée la Sardaigne (acquise en 1720) et la Ligurie (acquise en 1815), et la bourgeoisie lombarde qui est allée la trouver pour se libérer de l'Autriche. Elle se subordonnera les bourgeoisies du Nord-Est (Vénétie, acquise en 1866) et du Centre (Émilie, Romagne, Toscane, Ombrie, Rome) et BRISERA ce qui avait pu émerger de bourgeoisie moderne dans le royaume de Naples (assez fortement dans la ville même, très moderne à l'époque) et en Sicile, plongeant définitivement ces terres et ces peuples dans une arriération qu'avait déjà entretenue, depuis le 16e siècle, la Contre-Réforme, la Papauté et la domination espagnole ; maintenant l'emprise de masse de l’Église (forte dans tout l’État au demeurant, en tout cas jusqu'aux années 1970-80), de la grande propriété foncière et la "petite féodalité" mafieuse ('protection' contre 'taxe', héritage de la clientèle romaine), exactement comme dans une colonie.

    BAT-Les-presidents-de-la-Ve-Republique.jpgMais tous ces évènements du 19e siècle furent dans tous les cas les derniers feux, progressistes ou non, de l'activité historique de transformation sociale déployée par la bourgeoisie depuis le 13e siècle ; et donc la fin de la bourgeoisie comme 'cœur' de ces différentes nations. CE CŒUR PALPITANT, CE SONT DÉSORMAIS LES MASSES POPULAIRES TRAVAILLEUSES et leur 'noyau dur', le PROLÉTARIAT. Il faut en réalité comprendre que les nations 1°/ se composent schématiquement (historiquement), comme nous l'avons déjà expliqué, d'une masse des producteurs (produisant et vivant de cet usage productif de sa force de travail) et d'une classe possédante-dominante qui exploite et vit de la force de travail de la première, et 2°/ qu'elles sont en réalité comme des espèces vivantes animales ou végétales : elles ne 'naissent' et ne 'meurent' pas, elles se TRANSFORMENT continuellement à travers le long processus de l'histoire. Il est évident pour tout le monde (sauf pour quelques Identitaires neuneus) que les nationalités de notre Hexagone actuel ne sont pas les peuples gaulois d'il y a 2000 ans : les Occitans d'Auvergne ne sont pas des Arvernes, les Provençaux ne sont pas des Celto-Ligures etc. Mais il n'y a pas un jour 'J' et une heure 'H' où nous aurions cessé d'avoir des Gaulois pour avoir des Français, des Occitans, des Bretons etc. ; pas plus qu'il n'y a un jour et une heure précise où l'on a cessé d'avoir des australopithèques pour avoir des humains : c'est une longue transformation qui s'est effectuée à travers les siècles et les siècles (en fait, pratiquement de la conquête romaine jusqu'à l'époque moderne, au 16e ou 17e siècle !), avec évidemment des apports (des 'fécondations') externes, 'par en haut' (envahisseurs se greffant en nouvelle classe dominante) comme 'par en bas' (immigration de travail, esclaves lorsque cela se pratiquait etc.) ; néanmoins, le moteur principal du processus est interne et c'est, comme pour tout processus historique, la lutte des classes entre dominants et dominés, exploiteurs et exploités. Lorsque la bourgeoisie luttait contre les seigneurs féodaux, les évêques etc. elle était (cette lutte était) ainsi le moteur de la transformation des communautés humaines sur leurs territoires donnés, de ce qu'elles étaient en l'An 1000 vers ce qu'elles sont de nos jours. Mais nous avons vu aussi que souvent, alors que le pouvoir féodal se concentrait en grands domaines monarchiques, la bourgeoisie de telle ou telle ville pactisait avec le 'lointain' monarque contre le seigneur local, tandis que de son côté la bourgeoisie de la région dudit monarque le poussait à s'emparer des terres (donc des forces productives) de ses rivaux ; processus inévitable dès lors que le capitalisme, sorti de son stade élémentaire, n'est plus une libre relation entre producteurs libres (ce que voulait ressusciter Proudhon au 19e s.) mais voit se différencier une grande bourgeoisie, une moyenne, une petite etc. : c'est cette 'rencontre' entre la tendance féodale à l'accumulation de domaines et ces aspirations bourgeoises qui donne en réalité naissance aux États modernes que nous connaissons aujourd'hui. Et puis pour finir, après avoir accompli sa dernière grande tâche historique de prendre le pouvoir pour elle seule et mener à bien la 'révolution' industrielle (18e-19e siècles), nous savons que la bourgeoisie a cessé mondialement de jouer tout rôle historique progressiste.

    Dans la lutte qui se livre désormais (principalement) entre la bourgeoisie capitaliste et le prolétariat/'peuple travailleur', c'est ce dernier qui est devenu le moteur de la transformation historique de la communauté humaine appelée 'nation'. Désormais, tout État englobant plusieurs nations (tous les grands États européens, sauf peut-être l'Allemagne, à discuter) est un système dans lequel les bourgeoisies nationales ont fini par trouver leur place, plus ou moins subordonnée à la dominante. Même si ici et là une bourgeoisie peut se juger suffisamment forte pour faire sécession (Flandre, Catalogne, Pays Basque, Italie du Nord, Québec en Amérique du Nord), elle restera indirectement dans ce 'système' par le biais de structures capitalistes supra-étatiques comme l'UE ou l'ALENA par exemple, et la situation ne changera pas d'un iota pour les masses exploitées. La question 'nationale' est donc désormais une question POPULAIRE. C'est pourquoi, plutôt que de parler de 'Nation occitane', nous préférons parler de PEUPLE occitan, au nom duquel nous menons notre lutte. La 'Nation' d'Òc est plutôt un référent des rares nationalistes bourgeois de notre pays, aux perspectives de succès si mince, fut-ce d'un 'système autonomique' à l''espagnole', qu’elles ne valent pas la peine qu'on s'y attarde. 'France fédérale', 'autonomie' façon État espagnol ou italien ou 'indépendance' dans le cadre ou non de l'UE, leur action politique s'inscrit de toute manière dans un champ de références BOURGEOIS qui n'est pas le nôtre : c'est une autre planète, en quelque sorte. Nous, nous luttons pour le Peuple occitan qui, 'sa' bourgeoisie ayant été soit 'francisée' soit liquidée (en 700 ans de luttes il y a eu le temps...) pour ne laisser que les 3% d'autonomistes et les 0,5% d'indépendantistes actuels, se trouve être quant à lui une PÉRIPHÉRIE de l’État français, SUREXPLOITÉE, certes pas à la manière d'une colonie d'outre-mer (DOM ou TOM), encore moins d'une néo-colonie 'indépendante' d'Afrique, mais surexploitée quand même, comme l'attestent les taux de pauvreté en milieu urbain ou rural (nous avons la carte des taux par département, mais il en faudrait une par commune, car quelques communes peuvent grandement 'tirer' un département vers le haut), le taux de chômage ; il faudrait peut-être, ce serait intéressant, calculer l'IDH (indice autrement plus fiable) par département ou par commune, en faisant par exemple se 'dégrader' du rouge vers le vert les communes de l'IDH le plus bas au plus élevé : ce serait sans doute édifiant, même si les variations seraient évidemment minimes par rapport à celles qui peuvent exister entre 'France' et Afrique – nous avons un léger doute qu'une telle 'bombe' soit un jour publiée [MÀJ un récent documentaire toutefois, "La France en face", basé sur les études de "géo-sociologues" tels que Serge Guérin et Christophe Guilluy, a produit une carte des fragilités sociales dans un esprit assez proche (revenu moyen, chômage, taux d'emploi précaire et autres indices, par commune) : l'on peut y voir nettement  apparaître (en blanc) la "vraie France" de Michelet autour de Paris et entre Seine et Loire (une sorte de trapèze Tours-Rouen-Reims-Auxerre, les fameux "dix départements (payant) autant d'impôts que le reste de la France" dont parlait le fasciste Céline en 1938), "mouchetée" de taches bleu sombre (les ghettos urbains et périurbains, la grosse tache au nord-est de Paris étant bien sûr la Seine-Saint-Denis) ; les "métropoles-relais" de "province" (avec leurs petites taches-ghettos) ; les régions "favorisées" par la proximité de l'Allemagne ou de la Suisse (Haute-Savoie, Alsace) et enfin les territoires de relégation où vivent... 60% de la population (cela rejoint un peu les "scores de fragilité" mis en place depuis peu par l'INSEE, ici par exemple en région Rhône-Alpes)].

    1 8f6foCe sont ces chaînes-là que nous voulons briser, et non celles d'un 'cadre institutionnel' qui serait 'trop centralisateur' ; car bien sûr qu'il l'est, mais ceci n'est qu'un reflet, une SUPERSTRUCTURE politique de la base, de l'INFRASTRUCTURE économique et sociale fondée sur des Centres et des Périphéries. Ce qui est d'ailleurs loin d'être un lien automatique puisque, en laissant de côté le très particulier cas 'espagnol', un État peut tout à fait être 'décentralisé' et pourtant dominé par des Centres qui oppriment des Périphéries : il suffit de voir le Royaume-Uni après les 'dévolutions' des années 1990, l'Italie avec son système très 'régionaliste' depuis 1970, ou encore les États-Unis fédéraux, où les Centres (Nord-Est de Boston à Washington en passant par New York, côte Ouest et Chicago) sont très nets et certaines Périphéries majoritairement peuplées de Noirs ou de Latinos, comme la Nouvelle-Orléans ou le Nouveau-Mexique, sont dignes du Tiers-Monde... Ils se sont simplement construits historiquement comme cela, ne serait-ce que pour gérer l'immensité du territoire. L'Allemagne s'est construite comme cela (et de manière très polycentrique, ce qui attention ne veut pas dire pas de contradiction centres/périphéries) parce que le meilleur moyen trouvé par la Prusse pour former l'Empire allemand à son profit a été d'en faire une sorte de confédération maintenant les États antérieurs (et leurs souverains). Après la chute du nazisme, la République fédérale a repris le modèle, avec cependant des États plus 'rationnels' au sens bourgeois. L'Italie et (à partir du 17e siècle) le Royaume-Uni se sont par contre construits de manière très centralisatrice, puis ont 'lâché du lest' à la fin du 20e siècle devant la montée... des revendications en ce sens (bourgeoises locales comme populaires). L'organisation politique centralisatrice 'française' prend sa source dans le Consulat et l'Empire, sous Napoléon Bonaparte qui a poussé à son paroxysme cette gouvernance autoritaire depuis Paris, déjà pratiquée aux 17e-18e siècles par Louis XIII et Richelieu, Louis XIV etc. : c'était tout simplement la 'meilleure' manière de 'refaire l'unité' de la prétendue 'nation' (l’État) après sa quasi-explosion dans les années 1790, période n'ayant rien à envier aux Guerres de Religion auxquelles avait succédé le centralisme autoritaire du 17e siècle... Elle est restée ainsi par la suite, à travers différents régimes et la république bourgeoise définitive depuis 1870, comme garantie de cohésion, d''unité' dans un État secoué (jusqu'en 1871) par d'importantes luttes de classe et ayant en outre tendance à se vivre comme entouré d'ennemis, encore aujourd'hui d'ailleurs, même si la guerre est désormais économique (quid si les États voisins 'phagocytent' des régions 'trop' autonomes qui seraient 'libres' de leur politique économique et commerciale ?). Il s'est néanmoins beaucoup décentralisé (à mesure qu'il cessait un peu, avec l'Europe, de se penser en forteresse assiégée), depuis les années 1960-70 et surtout depuis 1982... sans que cela ne change d'un iota les problématiques populaires locales auxquelles cela était censé répondre. Bienheureux, et sans doute pas encore né(e) est celui ou celle qui nous démontrera en quoi 'plus' de prérogatives 'régionales' résoudrait 'mieux' ce que déjà 'pas mal' de ces prérogatives n'ont pas résolu. Fin de la discussion-digression sur les élucubrations autonomistes : nous ne raisonnons pas dans le même champ politique, nous ne parlons donc pas la même langue, pour faire court.

    Ce qui ressort (et qu'il faut retenir) en résumé de ce que nous venons de dire, c'est qu'aujourd'hui la vie et le devenir des communautés nationales (ce devenir fusse-t-il de fusionner dans une grande République humaine planétaire) et donc, le cas échéant, leur libération des griffes d'un État ou d'un quelconque appareil d'oppression qui les maintient emprisonnées ne relèvent plus de la bourgeoisie dite "nationale" (comme l'ont souvent pensé les marxistes-léninistes du siècle dernier, dans une logique d'"étape") mais du prolétariat à la tête du peuple travailleur (personnes vivant exclusivement des revenus de leur force de travail et non de celle d'autrui) ; et s'inscrivent totalement dans le cadre de la Révolution prolétarienne mondiale dont les États actuellement existants sont l'objectif militaire à détruire (les États plurinationaux et prisons des peuples étant littéralement assis sur des barils de poudre). Ce que deviendront dans les siècles à venir nos nations occitane, bretonne, corse, basque etc., l'avenir le dira et il n'est sans doute pas possible de l'affirmer clairement aujourd'hui (pas plus que qui que ce soit ne sait réellement à quoi ressemblera le communisme). Mais ce qui est certain, c'est que cet avenir quel qu'il soit est à présent entre les mains des masses travailleuses sous la direction du prolétariat ; et que conquérir cette direction est la première et actuelle tâche de celui-ci.

    C'est la raison pour laquelle, en même temps que par le maoïsme nous voulons dépasser les limites du mouvement communiste (marxiste-léniniste) du siècle dernier, nous considérons le moment venu de dépasser le concept de libération nationale par celui de LIBÉRATION RÉVOLUTIONNAIRE DU (ou des) PEUPLE(s) (LRP).

    [L'on peut trouver une très bonne illustration de ce qui vient d'être (longuement) expliqué dans un texte de l'organisation communiste basque EHK datant de l'an 2000 (avant la dérive pro-réformiste de cette organisation, bien connue des militants révolutionnaires locaux), qu'avaient publié en leur temps les camarades de Libération Irlandehttps://liberationirlande.wordpress.com/euskal-herria/ehk-le-marxisme-et-la-question-nationale/

    "Beaucoup d’anti-communistes interprètent de travers la phrase du Manifeste communiste “Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur enlever ce qu’ils ne possèdent pas” (Le Manifeste du Parti Communiste - il y a beaucoup d’éditions disponibles, nous avons employé celle des Œuvres Choisies des Éditions du Progrès, Moscou, 1973, p. 127).

    [Ce que cela signifie en réalité c'est que] Sous le capitalisme les ouvrier-e-s n’ont pas de patrie ni pouvoir ni moyens de production ni rien ; ils sont la classe opprimée et pour se libérer ils doivent “en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’élever à la condition de classe nationale, se constituer en nation, s’élever à la condition de classe nationale”. Marx et Engels aspirent à des sociétés où la Nation ne s’identifie pas avec les castes gouvernantes ou avec des oligarchies puissantes, mais avec la classe travailleuse. Marx répète à nouveau cette idée centrale dans une autre des ses œuvres : “Le développement du prolétariat industriel dépend en règle générale du développement de la bourgeoisie industrielle. C’est seulement sous la domination de celle-ci qu’il accède à cette existence d’ampleur nationale qui lui permet d’ÉLEVER SA RÉVOLUTION À UNE HAUTEUR NATIONALE”  (Les luttes de classes en France de 1840 à 1850, éd. du Progrès, Moscou, 1979, p. 38).

    En abolissant le capitalisme exploiteur on abolit l’oppression nationale : “Dans la même mesure qu'est abolie l’exploitation d’un individu par un autre, sera abolie l’exploitation d’une nation par une autre. En même temps que l’antagonisme des classes à l’intérieur des nations, disparaîtra l’hostilité des nations entre elles”."

    Eh oui ! Les pseudo-gauchistes et vrais universalistes abstraits ne citent systématiquement de Marx que la première affirmation qui les arrange ; celle qui leur permet, en niant les réalités nationales des travailleurs, de nier le Peuple travailleur lui-même pour lui substituer leur magistère petit-bourgeois. La citation complète est en réalité : "Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ôter ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit d'abord conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national ; mais ce n'est pas au sens bourgeois du mot." – exactement ce que nous venons de dire ci-dessus...]

    bandeau CC PCR-Òc

    2. Qu’est-ce qu’un pays/État impérialiste ? Quels pays/États sont-ils  impérialistes ou ne le sont pas ? Les ‘BRICS’ ou le petite et ambitieux Qatar, dont on nous rebat les oreilles en ce moment, sont-ils impérialistes ? Depuis que l’impérialisme a été caractérisé par Lénine, le débat agite le mouvement communiste.

    En réalité, il ne faut pas confondre deux choses. Un pays impérialiste est un pays qui se caractérise par l'exportation dominante de capitaux, c'est-à-dire, schématiquement, par la prépondérance des investissements directs à l'étranger (IDE 'sortants') sur les investissements étrangers dans le pays (IDE 'entrants', sachant qu'en quantité absolue ceux-ci sont très importants... dans les pays impérialistes justement). Ce n'est pas toujours évident à déterminer. Ainsi, nous avons tendance à penser que la Chine (+ Hong Kong), qui a toujours nettement plus d'IDE 'entrants' (195,7 milliards de $ en 2012) que 'sortants' (168,2 milliards), 'triche' à travers des 'écrans de fumée', des 'paradis fiscaux' ou encore la diaspora chinoise en Asie et dans le monde (qui immatricule éventuellement ses entreprises dans le pays d'accueil) pour rester 'non-impérialiste', afin (peut-être) de conserver la crédibilité interne et internationale du Parti pseudo-'communiste' ou peut-être pour ne pas trop IDE_out_stock_2009.JPGalarmer ses rivaux, les puissances impérialistes 'installées'. La Russie reçoit elle aussi toujours un peu plus (de l'ordre de 10 milliards de $) d'investissement étrangers que ce qu'elle investit à l'extérieur, sauf en 2012 où l'on parvient 'enfin' à l'équilibre (51 milliards et des brouettes entrant comme sortant) ; il convient pourtant de la considérer comme un pays impérialiste, mais affaibli depuis la défaite stratégique de l’URSS en 1989-91. Il en va d'ailleurs de même... pour le Royaume-Uni. Ces données sont aussi variables : ainsi en 2005 la Belgique est à peu près à l'équilibre entrant-sortant, en 2010 et 2011 en revanche elle est le 3e 'récepteur' mondial mais n'apparaît pas dans les 10 premiers investisseurs en 2010 et n'est que le 5e en 2011, et enfin elle n'est dans les 10 premiers ni de l'un ni de l'autre en 2012. Il faut donc sans doute regarder des périodes plus longues, de l'ordre de 10 ou 15 ans ; et tenir compte de l'influence mondiale d'un pays qui ne se 'résume' pas à la masse de capitaux exportés ('investissements').

    Un pays récurrent dans les 10 premiers 'receveurs' comme dans les 'investisseurs', en revanche, ce sont... les îles Vierges britanniques (petite colonie semi-autonome des Caraïbes), qui comptent environ... 60.000 habitant-e-s. C'est très clairement un 'paradis fiscal', un 'pays-banque' et un 'pavillon de complaisance' pour grands capitaux. Nous avons là un exemple très clair du genre de choses qui 'faussent' l'étude des données brutes.

    Mais il faut aussi tenir compte, nous l'avons souvent dit, du distinguo entre impérialisme comme état de fait concret et comme PROGRAMME POLITIQUE, comme volonté politique agissante : la politique visant à devenir un État impérialiste, ce qui par contre caractérise sans problème la Russie post-soviétique (redevenir, dans ce cas) et la Chine ; ou de manière plus soft power (moins visiblement agressive) le Brésil, l'Inde voire l'Afrique du Sud.

    usine-renault-Tanger-Maroc.jpgIl y a des pays qui sont globalement 'à l'équilibre' ou sans guère beaucoup plus d'investissements étrangers par décennie que d'investissements à l'extérieur : nous avons cité la Belgique, nous pourrions ajouter l'Italie ou l’État espagnol (porté par les capitalismes basque, catalan, asturien et cantabre) : nous pouvons parler là de 'petits impérialismes', qui sont dans un rapport de subordination, de 'vassalité' avec les grands (USA, Grande-Bretagne, Allemagne, 'France').

    C'est peut-être aussi le cas, en Asie, de la Corée du Sud, qui est dans un rapport de vassalité très net vis-à-vis des USA (mais c'est aussi le cas... du Japon). Les 'grands vaincus' de 1945, Allemagne et Japon, sont très rapidement et clairement redevenus des pays impérialistes de premier rang en termes capitalistiques, mais leur défaite leur interdit toute capacité militaire autonome et leur impose un lien de subordination diplomatique aux États-Unis (que l'Allemagne a toutefois rompu, en s'appuyant sur la France dans la construction impérialiste UE).

    Un autre indice peut être la balance commerciale : un État très fortement exportateur a de grandes chances d'être un pays semi-colonisé (sa population, pauvre, consomme peu mais en revanche produit beaucoup pour les monopoles et les sociétés de consommateurs du 'Nord'), tandis qu'un État fortement importateur va souvent être impérialiste (ses monopoles 'importent' ce qu'ils sous-traitent ou pillent dans les semi-colonies). Mais des États impérialistes qui ont gardé une industrie de pointe en leur sein même vont tout de même rester fortement exportateurs (Allemagne, Japon), d'autant que l'on compte en valeur monétaire et que leurs produits... valent cher.

    En revanche, il y a des pays qui ne sont selon nous clairement pas impérialistes, où la masse des capitaux investis est écrasante par rapport aux capitaux sortants ; mais qui sont malgré tout des pays avancés, industrialisés, qui ne sont pas caractérisés par la semi-féodalité et le capitalisme bureaucratique dans une économie à dominante agricole et extractive (primaire) vouée à l'exportation, qui ne sont pas plongés dans une grande misère, avec un problème de la terre (celui-ci peut toutefois encore exister même dans des pays très avancés, comme la Grande-Bretagne !) et des masses urbaines formant une 'plèbe informelle' etc. etc. C'est par exemple le cas de la Grèce, du Portugal, de l'Irlande (Nord occupé comme 'République d'Éire') ou des nouveaux membres de 2010sl'UE depuis 2004 ('pays de l'Est', Malte, Chypre). Dans ces pays, il est possible de dire que de par le niveau des forces productives et la morphologie socio-économique, la révolution a vocation à être immédiatement ou quasi-immédiatement socialiste.

    Car voilà : contrairement à la grande majorité des marxistes-léniniste (maoïstes ou non), nous pensons que ce n'est pas le caractère impérialiste ou pas d'un pays qui détermine le caractère socialiste ou 'démocratique de nouveau type' de la révolution, mais le niveau de ses forces productives et (mais c'est en lien) l'importance de la semi-féodalité dans l'organisation sociale (l'impérialisme s'en est généralement accommodé et l'a maintenue, ou l'a modernisée en capitalisme bureaucratique). Selon nous, pour prendre un exemple emblématique, le Pays Basque souffre d'une oppression nationale : dans l’État espagnol, il est un 'pilier' économique mais il est, de manière pour ainsi dire 'parasitaire', sous la botte politico-militaire de Madrid (Castille) ; tandis que dans l’État français il s'inscrit (comme l'Occitanie, le Roussillon catalan et la Corse) dans le cadre plus large de la 'question méridionale'. Pour autant, de par le niveau des forces productives, la révolution au Pays Basque ne comporte QU'UNE SEULE tâche démocratique : l'autodétermination, la dé-périphérisation, la LIBÉRATION des chaînes 'espagnoles' et 'françaises'. Ce qui est en quelque sorte 'instantané' puisque soit la révolution assure cela, soit ce n'est PAS une révolution. Par la suite, toutes les tâches sont socialistes (mais découlent de cette condition préliminaire, car pas de socialisme digne de ce nom envisageable sans briser le cadre étatique bourgeois et la 'périphérisation' dans ce cadre). Il en va exactement de même en Occitanie.

    Il existe encore d'autres situations particulières, comme celles de ces pays qui, comme le Brésil, l'Argentine voire le Mexique, l'Afrique du Sud, l'Inde voire la Malaisie ou l'Indonésie, la Turquie ou l'Iran, ne sont (clairement) pas impérialistes au niveau mondial... mais si l'on 'réduit' le 'champ de vision' à leur région du monde (Amérique latine, Afrique, Asie du Sud, Proche/Moyen-Orient etc.), on s'aperçoit qu'ils le 'sont' : ils exportent beaucoup plus de capitaux vers les pays de la région qu'ils n'en reçoivent d'eux. On peut parler d'expansionnismes régionaux... Il s'y pose souvent la question d'un déséquilibre entre une région (celle des Détroits en Turquie, le Sud-Est au Brésil, la Plata en Argentine etc.) au niveau de vie 'européen', avec toutefois des ghettos de relégation populaire très importants autour des grandes villes (les favelas au Brésil, les townships issus de l'apartheid en Afrique du Sud), et un hinterland où c'est clairement le 'tiers-monde'.

    dubai.jpgIl y a aussi des pays, généralement minuscules (on peut parler de 'cités-États'...) qui, comme les monarchies du Golfe ou le Bruneï (ou encore les États de Malaisie), reposent sur des 'mines d'or' (d'or noir en l'occurrence), ce qui apporte à leur caste féodale une fortune considérable : dans les pays du Golfe, c'est pratiquement toute la population autochtone (bédouine) qui est devenue richissime, et s'est entourée d'une main d’œuvre de serviteurs venue des pays arabes pauvres, d'Iran, d'Asie du Sud ou du Sud-Est, d'Afrique etc. À un moment donné, pour ces Bédouins devenus milliardaires (ou millionnaires pour les plus 'pauvres' !), va se poser la question de réinvestir tout cet argent, très largement supérieur au nécessaire pour une vie de luxe ; d'autant plus que la source de ces revenus (le pétrole, le gaz) va un jour se tarir... C'est la fameuse et aujourd'hui récurrente 'question du Qatar' (qui n'est que le plus emblématique de ces pays, car cette politique y est portée par l’État lui-même). Mais c’est aussi sur la base d’une telle manne pétrolière qu’a pu se baser la volonté d’émergence internationale du Venezuela, laquelle s’est combinée avec la ‘satisfaction’-canalisation des mouvements sociaux qui agitaient le pays à la fin du siècle dernier pour endosser le costume rouge du ‘socialisme bolivarien’.

    tours-petronas.jpgD'autres pays, comme Singapour mais aussi l'émirat de Dubaï, jouent un rôle de 'plaques tournantes' et de concentrations de capitaux de toute la région (que les grands capitalistes considèrent, peut-être, 'peu en sécurité' dans leurs propres pays). En Extrême-Orient, lorsque ce n'est pas le pétrole (Malaisie, Bruneï), ces 'places fortes' capitalistes sont souvent héritées de la Guerre froide, où elles faisaient face aux États révolutionnaires (Chine, Vietnam, Corée du Nord), accueillaient leurs émigrés bourgeois etc. À la fin du siècle dernier, deux d'entre elles (Macao et Hong Kong) ont fini par rejoindre avec un 'statut spécial' la Chine 'populaire', désormais totalement capitaliste, qu'elles ont 'boostées' de leurs capitaux.

    En Europe même existent également de petits États, que l'on peut qualifier de 'résidus' de l'organisation politique pré-moderne, ayant survécu par divers aléas historiques, et qui jouent ce rôle de concentrations capitalistiques et de 'paradis fiscaux' (devenant, du coup, des 'investisseurs' impérialistes complètement disproportionnés à leur poids démographique et économique réel) : Liechtenstein, Andorre, Monaco, îles anglo-normandes (Jersey, Guenersey) ou encore île de Man, qui ne font pas partie du Royaume-Uni, Luxembourg (au 19e siècle le Bénélux faillit former un seul et même État sous la couronne néerlandaise, mais le clivage protestants/catholiques et la sécession belge le firent capoter) et bien sûr, les cantons suisses. 'Coffres' à capitaux pour les bourgeoisies des grands pays voisins, ils ont leur rôle dans le système impérialiste européen et mondial ; et comme dans les cités-États arabes ou asiatiques, le seul véritable prolétariat y est généralement la main d’œuvre étrangère, immigrés ou travailleurs frontaliers des États voisins (à Monaco, les rares autochtones - 20% - sont cependant généralement les classes populaires).

    Pour en revenir à une problématique abordée plus haut (et en point 1), le très particulier cas ‘espagnol’ repose en fait sur un ‘deal’, un donnant-donnant : l’État espagnol ne serait PAS impérialiste sans les ‘communautés autonomes’ du Nord (Catalogne, Pays Basque, Cantabrie avec son Banco Santander, Asturies) ; mais celles-ci, indépendantes, seraient des pays impérialistes de rang très mineur, de l’ordre du Danemark, de la Norvège, de l’Autriche ou de la Belgique – l’État espagnol leur offre donc ce ‘poids’ sur la scène internationale qu’elles n’auraient pas autrement. D’autant que dans les (très importantes) institutions européennes, ce n’est pas le PIB ni le PNB qui compte, mais simplement la population. Or l’État espagnol compte quelques 47 millions d’habitant-e-s (5e population donc ‘poids’ politique dans l’Union), tandis que la Catalogne n’en compte que 7,5 millions, le total Vascongadas + Navarre (Pays Basque ‘espagnol’) 2,8 millions, les Asturies un peu plus d’un million et la Cantabrie… moins de 600.000 (c’est pratiquement la cité-État de Santander). Autant dire que le calcul est vite fait. Même en Catalogne, où la bourgeoisie ressent le plus durement le ‘parasitisme’ de Madrid, il existe un fort courant hostile à la sécession, ne souhaitant pas se retrouver un pays impérialiste au rang du Danemark plutôt que de ‘profiter’ du relatif ‘poids’ international de l’‘Espagne’, 5e pays de l’UE, ‘invité’ permanent du G20 etc. Ce courant pourrait bien l’emporter en cas de référendum d’indépendance (comme il l’a systématiquement emporté au Québec, en 1980 comme en 1995 d’une très courte tête – le Québec indépendant n’aurait certainement pas fait partie du G8, contrairement au Canada).

     


    [1] À l’Assemblée législative (1791-92) comme à la Convention (1792-95), l’actuelle Île-de-France ne totalisait que 49 députés sur près de 750. Il y a véritablement eu un 1789 de "province" (s'il n'est pas carrément possible de dire que 1789 est un mouvement de "province" avant tout) très largement jailli des affrontements entre le pouvoir central (monarchie) et les pouvoir locaux (Parlements, États provinciaux, municipalités) en défense de ces derniers, après des épisodes comme la Journée des Tuiles à Grenoble. En 1790 sont institués les départements, dotés chacun d'un Conseil départemental ; mais il est vraisemblable que personne à la Constituante ne voyait strictement de la même manière les pouvoirs de ces assemblées face à l’État central : pour beaucoup, la France devait être en dernière analyse une fédération de départements - on appellera ce courant les fédéralistes, qui se confondront dans une certaine mesure avec le parti de la Gironde. Il fallait donc, à la grande bourgeoisie parisienne/centraliste, passer par un autre biais pour conserver sa prééminence : ce sera une démagogie populiste ‘sans-culotte’ mobilisant le petit peuple de Paris pour ‘faire pression’ sur les Conventionnels et écraser les bourgeoisies de 'province' tout en conjurant la menace de l'invasion étrangère ("On ne gouverne pas en temps d’exception selon les méthodes normales : il faut donc accepter les moyens révolutionnaires – La bourgeoisie ne peut s’isoler du peuple : il faut donc satisfaire ses demandes – Mais la bourgeoisie doit demeurer l’élément dirigeant dans cette alliance : la Convention doit donc prendre l’initiative des mesures révolutionnaires" dit en substance un discours de Barère du 18 mars 1793) ; démagogie qui en Hexagone sera (trop) longtemps confondue avec la ‘version française du socialisme’. La Montagne, les Jacobins et autres Cordeliers, idéalistes égalitaristes sociaux, se feront les serviteurs naïfs de ce plan avant d'être éliminés une fois leur tâche accomplie. Tandis que l’État plonge dans une crise économique sans précédent (il se trouvera finalement en faillite en 1797...), le peuple parisien est transformé en plèbe romaine ‘au pain’ (Loi du Maximum sur les grains et farines) et ‘aux jeux (les exécutions quasi-quotidiennes sur la place de la Révolution...) alimentée par le pillage (‘réquisitions’) du reste de l'Hexagone puis des conquêtes extra-hexagonales (Belgique, Italie, Allemagne...). Les insurrections fédéralistes girondines (en Occitanie, Arpitanie - Lyon - et Normandie surtout) et les guérillas paysannes "catholiques-royales" de Bretagne et du "Grand Ouest" (ainsi que les résistances... anti-annexionnistes de Savoie, Nice, Belgique etc.) sont sauvagement réprimées par les "représentants en mission" de la Convention ; un aboutissement de tout cela pouvant être vu dans la loi ultra-centralisatrice du 14 frimaire an II - 4 décembre 1793 (car outre les "fédéralistes" et autres "contre-révolutionnaires" et "ennemis de la liberté", les "représentants en mission" s'étaient souvent trouvés en conflit... avec les Jacobins, les Communes, les sections sans-culottes et les tribunaux révolutionnaires locaux !). Lorsque les choses commenceront à "partir en live" (début 1794) seront d'abord éliminés (fin mars) les "gauchistes" "Exagérés" d'Hébert (s'il n'avait pas été assassiné 9 mois plus tôt, Marat aurait peut-être été de la charrette...), à ne pas confondre avec les "Enragés" de Jacques Roux et Varlet (démocrates égalitaristes proto-socialistes 'brisés' dès septembre 1793, et auxquels Marat et Hébert étaient plutôt hostiles) ; puis début avril Danton (avec ses partisans), lequel passait plutôt jusque-là pour le 'référent' de la grande bourgeoisie [avec d'autres comme Philippe "Égalité" d'Orléans (qui siégeait "avec les Cordeliers au milieu de la Montagne" et dont Marat fut longtemps proche, il finira néanmoins guillotiné, devenu suspect après la défection de son fils - le futur Louis-Philippe - aux côtés de Dumouriez), le spéculateur Pereyra, l'aventurier Guzmán, les Laborde de Méréville père et fils (parvenus occitans "montés à Paris"), l'(autre) Occitan grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première Barère de Vieuzac (par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales) au sein du Comité de Salut Public, etc. etc. - toute une "bande noire" de hauts financiers, spéculateurs sur le rachat des "biens nationaux" (terres et édifices seigneuriaux et - surtout - d'Église expropriés et mis en vente, dont bon nombre seront transformés... en usines, contribuant ainsi au lancement de la révolution industrielle), etc. ; en réalité la pointe émergée du Grand Capital financier naissant (phénomène bien sûr incompréhensible à l'époque, et donc réduit à une "conspiration" de "coquins") voulant en définitive une forme de gouvernement oligarchique appuyée sur "le peuple" lorsque de besoin, un régime finalement très proche de ce que sera (sans la démagogie sociale guillotineuse devenue inutile et même dangereuse)... le Directoire après Thermidor (et pour cause puisque ce sont essentiellement les "ultras" de la répression en "province" liés à ce "plan" de la bourgeoisie parisienne/centrale qui renverseront et liquideront Robespierre), ou encore la Monarchie de Juillet instaurée en 1830 (avec le fils d'"Égalité" sur le trône !)]. Robespierre "l'incorruptible" et ses partisans resteront seuls en lice, tandis que se met rapidement en place la coalition qui les liquidera en juillet (9 thermidor) - de fait, l'histoire a toujours montré que lorsque "la révolution dévore ses enfants", le "coup de barre" à droite n'est jamais très loin. Le Grand Capital tricolore pourra alors instaurer son 'Directoire', régime censitaire où seule une minorité bourgeoise pouvait réellement voter, puis, devant les difficultés de celui-ci, le 'césarisme' du petit caporal corse Bonaparte, qui mettra 'tout le monde d'accord' par une politique alliant fermeté et compromis et fondera réellement l’État français contemporain.

    Ce n'est donc pas un hasard si, références absolues de la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise depuis l'époque, la Montagne et "93" ont également pu être sans problème celles des fascistes venus de ladite "gauche" (Déat et ses 'néo-socialistes', Valois, Doriot etc., loin d'être "anti-Lumières" comme peut le prétendre Zeev Sternhell). Sur les financements des "tribuns du peuple" jacobins/cordeliers comme Hébert ou encore Marat, lire ici c'est édifiant... Intéressants à lire aussi, ces quelques extraits (ici aussi) de Bourgeois et Bras Nus du "marxiste libertaire" Daniel Guérin, qui reviennent bien sur cette époque et son double aspect contradictoire [nous aurons juste un petit désaccord sur l'explication de la contradiction Montagnards/Girondins, clairement et totalement liée selon nous à la vision centraliste parisienne de la jeune république des premiers opposée à la vision "fédération de départements 'cités-États' de leurs chefs-lieux respectifs" (façon Suisse ou États-Unis) des seconds ; et non à une supposée "préférence" de ces derniers pour les armées étrangères et les royalistes plutôt que d'accepter l'irruption des masses populaires sur la scène politique - les Girondins savaient eux aussi très bien s'appuyer sur les 'bras-nus' et les sections sans-culottes... de leurs villes de 'province' face aux envoyés de Paris et aux Montagnards locaux (comme Chalier à Lyon), qui peinaient à s'imposer malgré leurs mesures sociales radicales ; ils étaient (paradoxalement par rapport à leur anti-centralisme) beaucoup plus décidés et conquérants dans la guerre que leurs adversaires et avaient même proposé la peine de mort pour quiconque parlerait de rétablir la monarchie ; etc. etc. ; tout ceci ne visant pas à faire leur apologie ni à les 'réhabiliter' mais étant un simple constat de faits : les Montagnards s'opposaient aux Girondins (et a fortiori aux Chouans et autres autonomistes royalistes d'ici ou de là) sur la question de la prééminence de Paris dans le nouvel État de la bourgeoisie par et pour elle seule ; prééminence qu'ils voulaient maintenir et même renforcer là où les seconds voulaient en quelque sorte ressusciter les 'républiques' locales (portuaires, notamment) de l'époque des Guerres de Religion, fédérées de manière (certes) 'indissoluble'/'une et indivisible', mais fédérées ; et c'est dans cette optique (et non sur une prétendue différence de 'fibre sociale', la leur étant purement conjoncturelle et utilitariste comme le reconnaît Guérin lui-même) qu'ils se sont appuyés sur le petit peuple de la capitale (et ont tenté de le faire, avec nettement moins de succès cependant, sur celui des villes de 'province'...)]. 


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  • Une controverse ouverte (mais qui couvait depuis un certain temps déjà...) a récemment éclaté au sein de la mouvance que nous avons, sur SLP, longtemps combattu (sur des questions comme le Népal) comme le courant 'gaucho-dogmato-sectaire' du mouvement communiste international. Elle oppose, en l'occurrence, sur la question de la Syrie et d'un document des maoïstes d'Inde à ce sujet, le site 'lesmaterialistes.com' de l'inénarrable 'p''c''mlm' à leurs anciens 'compagnons de route' du blog communiste de Cantabrie (État espagnol) Odio de Clase. Nous pourrions, avec un léger bémol pour OdC (finalement plus soupe-au-lait que réellement méchants), considérer ces gens comme sans intérêt au regard du nouveau mouvement communiste maoïste qui se lève dans le monde entier, comme notamment en Inde (que le 'p''c''mlm', pas à un narcissisme près, n'a pas peur d'attaquer 'd'égal à égal' !) ; et donc la controverse également. Mais non : il est intéressant de s'y pencher, car elle est selon nous riche d'enseignements sur ce que doit être le style de travail (en l'occurrence, de débat) dans le mouvement communiste international, et, finalement, sur la conception que l'on a de celui-ci et de son fonctionnement. Nous avons nous-mêmes, à maintes occasions, pu être la cible de ce type de gémonies cyber-verbales, tant par des révisionnistes type 'gauche du PCF' que par des gaucho-dogmato-sectaires... 

    En réalité, nous sommes face à une situation où tout le monde a raison sur des points et tort sur d'autres ; ce qui fait la différence avec le maoïsme authentique, serein et posé des 'centristes de Maoist Road', c'est le ton adopté, plein d'invective, qui est la marque des groupuscules égo-tripés ; montrant bien que le gaucho-dogmato-sectarisme, incapable par définition de trouver une unité (on ne le peut pas sur des conceptions du monde erronées...), est voué à n'être qu'un triste panier de crabes.

    503Si l'on s'en tient strictement aux articles en question (1 et 2), tels que publiés :

    - Dans son article du 15 septembre, le 'p''c''mlm' a RAISON de dire que, à 10.000 kilomètres de distance, le PC d'Inde (maoïste) a tort de qualifier Hollande de fasciste et Obama de 'néo-nazi', alors que dans ces deux pays respectifs, ils représentent justement l'un et l'autre le social-libéralisme et les courants 'impérialistes idéalistes', interventionnistes 'pour la démocratie (bourgeoise)' ; et que justement, les courants fascistes ou de 'droite radicale' (qui ont une vision beaucoup plus réaliste et pragmatiques des choses) sont ceux qui préfèrent, comme un 'moindre mal', laisser en place Assad (dont le père a trempé dans la mort de 250 soldats US et 59 soldats BBR, à Beyrouth en 1983) plutôt que de voir la Syrie transformée en sanctuaire djihadiste et se renforcer l''émergentisme' de la Turquie AKP, du Qatar, de l'Arabie saoudite etc., et sont ceux qui ont finalement... réussi à bloquer l'opération. Si, à la rigueur, quelque chose pouvait rappeler le militarisme nazi aux USA, c'étaient les méga-projets géopolitiques (Grand Moyen-Orient etc.) des 'néoconservateurs' et du clan Cheney - mais là encore, Obama représente un 'retour à la raison' des monopoles US vis-à-vis de cela. Si nous sommes, comme aime à le répéter le 'p''c''mlm', 'au seuil des années 1930', eh bien, dans les années 1930, l'Amérique de Roosevelt occupait le Nicaragua et Haïti, poussait la Bolivie à s'entre-égorger avec le Paraguay pour le pétrole du Chaco, etc. ; pourtant, à la même époque, Dimitrov s'insurgeait justement contre les 'schématiques' qui ne voyaient pas que c'étaient précisément les opposants à Roosevelt qui étaient, aux USA, la principale forme du fascisme. Et quelques années plus tôt, au milieu des années 1920, c'était le gouvernement français du Cartel des Gauches (radicaux, radicaux-'socialistes' et... SFIO) qui envoyait Pétain écraser la révolte amazigh du Rif : pourtant, ce gouvernement n'était pas 'fasciste' ; au contraire, c'était précisément CONTRE lui que commençait à se cristalliser le fascisme BBR (Jeunesses patriotes de Taittinger, Faisceau de Coty et Valois, Camelots du Roy etc.). Roosevelt et le Cartel des Gauches étaient simplement impérialistes et, comme le dit le 'p''c''mlm', c'était bien suffisant.

    - En revanche, le 'p''c''mlm' a TORT de faire de ces erreurs d'appréciation (bien compréhensibles pour la sensibilité 'à fleur de peau' d'un peuple, justement, colonisé puis semi-colonisé depuis des siècles) l'aspect PRINCIPAL pour attaquer le PC d'Inde maoïste, qui sur le terrain de la PRATIQUE (ça, c'est sûr, ça ne leur parle pas beaucoup !) est une avant-garde incontestable et incontestée de la Révolution mondiale. Les maoïstes indiens sont d'un pays dont le passé les pousse à être parfois 'primaires' sur ces questions, et à voir dans tout ce qui est la cible d'une attaque impérialiste quelque chose de défendable. De même, le 'p''c''mlm' n'est pas foutu (alors qu'il le souligne) de voir que si l'Inde a été 'co-impérialisée' Assad l'assassinpar les USA et l'URSS pendant la Guerre Froide, cela pousse justement les maoïstes de ce pays à voir l'impérialisme comme un 'système' où 'tout le monde est de mèche', et donc comme une 'bonne surprise' que des pays impérialistes comme la Russie ou la Chine s'opposent à l'intervention. Sur ce genre de problématiques, le PC des Philippines est encore pire dans l'anti-impérialisme 'primaire' (ses positions sont grosso modo celles de Cuba ou de feu Chavez)... Pour autant, là encore, la Guerre populaire qu'il mène sur le terrain concret de la pratique est l'aspect principal qui doit guider notre appréciation de ce Parti.

    - À l'arrivée, donc, le 'p''c''mlm' quelle que soit la justesse de ses affirmations donne l'impression de défendre Hollande et Obama... alors que, comme le souligne OdC, il a dénoncé en les termes les plus violents et sans la moindre nuance l'agitateur nationaliste-réformiste sud-américain Chavez comme un 'fasciste'. Ne voyant pas que, pour paraphraser Dimitrov en 1935, c'était précisément dans les secteurs OPPOSÉS à lui que se recrutaient les serviteurs les plus réactionnaires des plus impérialistes et chauvins monopoles nord-américains, ouest-européens ou japonais (ce qui fait du monde). Et ne voyant pas que, si effectivement tous les États semi-coloniaux sont en dernière analyse structurellement fascistes (un fascisme spécifique, semi-colonial), ce que les communistes de Turquie appellent "l’État profond", il peut y avoir des secteurs bourgeois qui, hostiles à la pression titanesque de l’impérialisme, 's'échappent de l'enclos', obligés pour cela de chevaucher le mécontentement populaire et ouvrant ainsi des perspectives (développement de la conscience, de l'organisation, de l'expérience pratique, bref du protagonisme populaire) – mais pas d'inquiétude ! : ces secteurs sont en général rapidement ramenés à la raison par un coup d’État militaire, comme chaveznodon vient de le voir en Égypte ; sinon, à force de 'bâtons dans les roues', le vieil ordre semi-colonial revient au pouvoir 'démocratiquement' par des élections ; ou alors, ils s'usent et finissent par devenir les nouveaux gardiens de cet ordre (avec Maduro, le PSU vénézuélien est assurément sur la pente du MNR bolivien ou du PRI mexicain au siècle dernier)… Le vieil État profond reste donc bel et bien fasciste, ce qui plaira au ‘p’’c’’mlm’, mais ces secteurs bourgeois 'rebelles' et réformistes ne le sont pas !

    - Et puis, il faut quand même le dire, la position actuelle du 'p''c''mlm' ne manque pas d'air quand on sait avec quelle virulence ils ont combattu les soulèvements populaires arabes (tous, d'ailleurs, pas seulement ceux de Libye et de Syrie comme ils le prétendent aujourd'hui) ; affirmant (cela, ils le réitèrent encore cette fois) qu'il s'agissait de 'complots impérialistes', ce qui est tout de même culotté pour des gens ayant sans cesse pourfendu le 'complotisme à la Meyssan de l'extrême-gauche classique', et affirmant d'ailleurs quelques lignes plus haut que "Les guerres d'agression ne sont pas « choisies » - le capitalisme ne pense pas". En 2012, ils publiaient même un document de soi-disant 'maoïstes arabes' qui appelaient... les masses arabes à aller combattre en Syrie aux côtés du régime, contre l''agression des impérialistes, des sionistes, des monarchies médiévales du Golfe' patati patata ! Autant dire que leur retournement de veste, qui les amène aujourd'hui à polémiquer avec leurs grands copains d'hier et... à s'attaquer au Parti dirigeant la plus grande Guerre populaire au monde, a de quoi laisser pantois. L'autocritique à laquelle ils appellent Odio de Clase, pour les avoir précédemment soutenus, ils feraient bien d'y penser pour eux-mêmes ! Et lorsqu'ils appellent le collectif cantabre à 'se pencher sur la réalité espagnole' (sic) sans quoi celle-ci 'les rattrapera', ils ne se rendent guère compte que pour commencer, Odio de Clase, 'blog communiste cantabre', reconnaît dans son intitulé même la plurinationalité de l’État espagnol, alors qu'eux consacrent une énergie colossale à nier celle de l’État français (pourtant essentielle pour le comprendre et donc le combattre), et à parler d''Espagne', d''espagnol(e)' etc. etc.

    IndianMaoists- De son côté, OdC a évidemment RAISON de replacer les propos des maoïstes indiens dans leur contexte et de trouver indigne d'un cyber-groupuscule l'attaque du 'p''c''mlm' contre eux. OdC a raison de souligner l'impression étrange que donne la défense de Hollande comme non-fasciste (ce qui est vrai), mise en parallèle avec l'ultra-violente dénonciation de Chavez (ou encore... de Mandela ; Allende ils n'ont pas osé...) comme tel. Se rendent-ils compte de ce qu'une personne progressiste et internationaliste 'de base' peut s'imaginer en lisant cela, en termes d''intérêts' qui se 'cacheraient derrière' ces chers cyber-détenteurs de la 'science MLM' ? Oh, bien sûr, pas de souci pour eux : ce ne sera encore et toujours que le bon vieil "antisémitisme, indissociable de l'anticapitalisme romantique" qui "suinte de toute part" !

    Mais OdC a TORT, évidemment, de mettre en avant le drapeau syrien, de défendre (de manière soi-disant 'critique') le régime Assad comme 'résistant à l'impérialisme' sans la moindre nuance à cela, comme si ce régime n'était pas également réactionnaire et oppresseur pour le Peuple syrien, qui ne s'est pas soulevé en mars 2011 sans raisons - et certainement pas à cause d’un 'complot impérialiste-sioniste-saoudien-qatari' ! Ils s'opposent avec RAISON à toute intervention impérialiste et aux manœuvres de 'soutien' à une 'révolution' qui n'en est plus une (puisque justement ce 'soutien' l'a complètement dévoyée) ; mais ils oublient qu'il y a un second front, secondaire si l'on veut, mais néanmoins important : rejeter et réfuter le confusionnisme sur le prétendu 'socialisme', 'progressisme' et 'anti-impérialisme' du clan Assad, qui n'est que la marionnette d'impérialismes (russe, chinois) et de fractions impérialistes (européennes notamment) de second rang, et ne représente en rien un 'modèle' de libération démocratique et anti-impérialiste à offrir aux masses. Sans cela, qu'est-ce qui distingue notre anti-impérialisme prolétarien de l''anti-interventionnisme' de la totalité de l'extrême-droite, qui (comme hier dans le cas de l'Irak) aime ce genre d''État fort' et (surtout) redoute la montée de l''islamisme' !?!

    Mais cette conception n'est après tout que celle de la plupart des organisations ‘marxistes-léninistes old school’, fantasmant sans la moindre réflexion critique sur Staline, l'URSS et le Komintern/Kominform des années 1930-50 - sauf justement le 'p''c''mlm' mais, on l'a dit, il n'a pas toujours eu sa position actuelle en 2011-2012 et ne brille pas aujourd'hui par son autocritique... Curieusement, ces organisations sont beaucoup moins unanimes sur la question des régimes de type Chavez (pourtant beaucoup plus facilement défendables), OdC se trouvant cependant là sur une position d'appréciation plutôt positive (sans l'enthousiasme délirant des révisionnistes, et non sans critiques) qui, fut-ce sa seule qualité, se trouve être sensiblement la nôtre. En fait, ce qui ressurgit là, c'est toute la vieille querelle sur les 'États nationaux' et au-delà, sur la possibilité pour des régimes dirigés ni par des maoïstes, ni même par des marxistes-léninistes (même si certains se prétendent tels), de jouer un rôle objectivement positif. Sur ce point, Odio de Clase ne fait qu'appliquer, non sans une certaine conséquence mais hélas sans guère de nuance non plus, la ligne du Komintern de Dimitrov, de la fin des années 1930, de la Guerre antifasciste ibérique : front popularcomme dit le 'p''c''mlm', "le monde entier est la République espagnole de 1936". Cela a le mérite d’être cohérent et parfois, cela tombe juste, comme sur le Venezuela où l'on peut effectivement (pouvait, en tout cas, dans les années 2000) appliquer cette grille de lecture 'République espagnole des années 1930' - une horloge arrêtée depuis 1936, après tout, donnera toujours l'heure juste deux fois par jour. Depuis, cependant, que le chavisme a surmonté les tentatives de déstabilisation impérialo-réactionnaires, il pourrait être intéressant de lui appliquer la grille de lecture du PRI mexicain - exemple typique d'une 'révolution' radicale-bourgeoise non-marxiste qui triomphe de la réaction et se maintient au pouvoir pendant des décennies, pourrissant lentement. Mais parfois, comme sur la Syrie ou hier la Libye, la situation est tout de même un peu différente : il n'y a pas, pour commencer, une grande mobilisation populaire progressiste en faveur du régime (ce qui ne veut pas dire sans contradictions avec lui) et des gouvernements impérialistes réactionnaires, ou des secteurs impérialistes réactionnaires 'à titre privé', qui fomentent un coup d’État/rébellion armée contre celui-ci. Il y a des régimes contre lesquels la population se soulève (avec une idéologie, on en convient, confuse) et des gouvernements ou secteurs impérialistes qui, ayant ces régimes 'dans le nez', vont utiliser ces soulèvements pour tenter de les renverser, tandis que d'autres gouvernements ou secteurs impérialistes vont se ranger du côté des régimes, qui servaient très bien leurs intérêts jusque-là... Cela fait quand même une petite différence ! Et quand des secteurs politiques que toute personne communiste ou progressiste identifie clairement comme d'extrême-droite étaient, en 'Espagne', unanimement derrière Franco ; au Venezuela, partagés entre détestation du 'macaque rouge' et 'respect' pour le 'patriote' défiant l''Empire américano-sioniste' ; et en Syrie, unanimement derrière le régime (même les plus 'atlanto-occidentalo-sionistes' comme Siria-anti-imperio.PNGDreuz.info), jugé préférable aux 'pseudo-rebelles islamistes d'Erdoğan et du Qatar' ; voilà qui devrait en faire une autre... Bref. Pour résumer, il semble que depuis les 70 ans qui nous séparent de la dissolution du Komintern, l'Histoire nous a laissé matière à tirer des leçons quant à la nature de ces forces 'objectivement progressistes' et du soutien à leur apporter, y compris dans l’État espagnol même !

    Le 'p''c''mlm', lui, a l'affirmation facile, mais la base théorique moins sûre : ainsi, selon lui, le 'néocolonialisme' est un terme 'absolument non-maoïste'... sauf qu'il est clairement employé par la Parti communiste chinois en 1963, cité par le PC d'Inde (marxiste-léniniste) People's War (à l'origine du PC maoïste actuel), texte repris par leurs groupies belges du 'centre' 'mlm'. De même, l''État national' (un État qui, sans être en révolution prolétarienne, romprait avec l'ordre impérialiste mondial) serait "historiquement une définition non-maoïste", contraire aux "positions de Mao Zedong et de la Chine des années 1960-1970"... pourtant, toute la politique internationale de la 'Chine des années 1960-70' en question dément formellement cela : de la Zambie au... Pakistan en passant par la Tanzanie de Nyerere ou le Cambodge de Sihanouk, la Chine populaire de cette époque n'a eu de cesse de soutenir des États considérés (quel que soit le terme employé) comme 'nationaux' par leur rejet à la fois de l'impérialisme US et de l'Union soviétique, ce qui dans certains cas (typiquement la question du Bangladesh, ou encore du régime de Mobutu) peut être considéré comme une grande limite de conception du monde, ayant conduit à d'indéfendables erreurs ; et il est vraiment de la dernière puérilité de tout mettre sur le dos de Deng Xiaoping, comme si Mao et ses partisans n'avaient alors aucune voix au chapitre au sein du Zhongnanhai... Il n'y a aucune incompatibilité entre reconnaître de telles limites et erreurs et affirmer l'apport historique de la Chine populaire, de l’œuvre de Mao et en particulier de la grande et glorieuse Révolution culturelle prolétarienne pour le marxisme ; de même qu'il en va pour l'URSS et le mouvement communiste international dirigé par elle entre 1917 et les années 1950.

    Quoi qu'il en soit, pour le 'p''c''mlm', un État est soit impérialiste, soit socialiste ou révolutionnaire démocratique sous la direction d'un PC (il n'y en a pas actuellement, ce sur quoi nous sommes d'accord), soit semi-colonial semi-féodal et dans ce dernier cas, AUCUN secteur dirigeant et même AUCUNE force agissante qui ne soit pas maoïste (tel qu'ils le conçoivent) ne peut, en définitive, être autre chose que 'fasciste' (ou le devenir à peine au pouvoir)... C'est évidemment d'un manichéisme grotesque.

    La réalité, c'est que si dans les États semi-colonisés et arriérés (semi-féodaux) il y a évidemment des forces non-communistes qui, par affirmation souverainiste contre l'impérialisme (et l'appui sur les masses populaires que cela nécessite toujours), peuvent jouer un rôle objectivement progressiste - ligne léniniste qui n'a pas à être remise en question ; il n'est jamais aisé de déterminer le moment où, si les communistes n'ont pas réussi à lancer une véritable révolution démocratique anti-impérialiste, ces forces passent de partie de la solution à partie du problème. En Syrie, c'est Bashar Al Assad Chavez 27 6 2010assez clair, puisque la 'révolution' national-bourgeoise de 1963 a fait l'objet d'un coup d’État, d'une 'rectification' de droite en 1970... par Assad père et Mustafa Tlass. Dès lors, sans sacraliser aucunement la période antérieure (Salah Jedid), pas plus que nous n'avons sacralisé Chavez ou ne sacralisons Cuba, le régime syrien devient clairement une force régionale magouilleuse, bouffant à tous les râteliers, et un frein sans équivoque, quand ce n'est pas un ennemi direct (Liban 1976), pour la libération anti-impérialiste au Proche-Orient ; sans empêcher toutefois qu'il joue ponctuellement (comme Cuba et même l'URSS encore dans les années 1980) un rôle positif, comme en aidant la résistance nationale libanaise à infliger deux grands revers à l'entité sioniste (retrait piteux du Sud-Liban en 2000 et 'Guerre des 33 jours' en 2006). En Iran, du moment où il y a écrasement sans pitié de toutes les forces communistes, progressistes et démocratiques (1981), c'est assez clair également (avec le même bémol concernant l'appui à la résistance libanaise ou palestinienne). En Libye, l'on peut dire qu'entre le moment (1986) où Kadhafi réchappe de justesse d'un bombardement US, puis dans la foulée magouille avec la Françafrique de Chirac et Foccart la liquidation de Sankara et le lancement des hordes de Charles Taylor et Prince Johnson sur le Libéria, puis le 'sursaut' anti-impérialiste criminel et lamentable des attentats de Lockerbie et du DC-10 d'UTA, et le moment où il rallie ouvertement la 'guerre mondiale contre le terrorisme' en 2002, il y a une lente mutation, sans bien sûr perdre de vue que le personnage n'a jamais été clair (sinon... dans son rejet du marxisme). Au Venezuela, l'on peut considérer la reculade face à la Colombie et aux accusations d''État terroriste', en 2008, suivie du début des extraditions de militant-e-s colombien-ne-s et basques vers ce pays et l’État espagnol, comme un tournant. En remontant plus loin dans le temps, l'on peut dire que la mutation du PRI mexicain en force totalement réactionnaire s'opère dans les années 1940-50 (après le retrait de Cardenas), tandis que le kémalisme n'a finalement jamais été que le prolongement du 'modernisme' ultra-chauvin grand-turc d'Union et Progrès ('Jeunes Turcs'), l'idéologie du génocide arménien, et n'a guère joué de rôle progressiste que du point de vue de la Nation turque, dans la lutte contre le dépeçage impérialiste de 1920. Les exemples seraient légion, et ne feraient qu'illustrer la complexité du problème ; même à l'époque du Komintern, il y eut des retournements de situation spectaculaires (et de grandes erreurs d'appréciation par celui-ci) : on pense notamment à la Chine, avec le asturias1934Kuomintang, en 1927 (mais aussi à la Turquie kémaliste). Il était juste, en revanche, de défendre la République espagnole contre la terreur blanche franquiste, même si la manière (du Komintern) de la défendre a sans doute impliqué trop de concessions à la bourgeoisie ; mais rien ne dit qu'ensuite, une République victorieuse du franquisme n'aurait pas, faute d''embrayer' sur une révolution prolétarienne, évolué comme le Mexique du PRI (qui la soutenait d'ailleurs, à l'époque)... Cela impliquait-il cependant qu'il ne fallait pas la défendre ? Ou qu'il fallait lutter sur deux fronts (contre les fascistes ET contre la république bourgeoise), comme le firent certains anarchistes et (avec un peu plus de prudence) le POUM ? La réponse est évidente : on sait aujourd'hui que la victoire de Franco a été le fruit des erreurs de certains anarchistes et marxistes (POUM) qui n'ont pas su établir les priorités, allant jusqu'à affronter ouvertement le gouvernement républicain à Barcelone en 1937 ; et de celles du PCE/PSUC et d'autres anarchistes (direction CNT-FAI), qui n'ont pas maintenu suffisamment d'indépendance opérationnelle et idéologique vis-à-vis des républicains bourgeois et des réformistes (comme a su le faire, en contre-exemple, Mao vis-à-vis du Kuomintang dans la lutte contre l'invasion japonaise).

    C'est qu'il n'y a pas, comme l'affirment par exemple les trotskystes, une 'simple' contradiction 'travailleurs'/bourgeoisie, ou (comme l'affirme le 'p''c''mlm') une contradiction qui serait ultra-principalement 'masses populaires'/capitalisme bureaucratique et semi-féodalité ; mais au contraire un redoutable écheveau de contradictions entremêlées : entre 'travailleurs' et bourgeoisie certes, c'est à dire entre caractère social de la production et propriété privée des moyens (et appropriation inégalitaire du produit) ; mais aussi entre caractère NATIONAL de la production et sur-appropriation impérialiste du produit (semi-colonialisme), ou encore (de manière liée) entre caractères féodaux/oligarchiques/claniques parasitaires de l'organisation productive et sociale et aspirations démocratiques du corps social (vie productive réelle), incluant une partie de la bourgeoisie (semi-féodalité, 'arriération')... Ceci dans les pays dominés, tandis que dans les pays impérialistes surgit le problème du FASCISME, fraction à la fois 'moderne' et ultra-réactionnaire terroriste de la bourgeoisie, qui combat non seulement les masses populaires organisées pour leur émancipation mais aussi les courants 'libéraux' ou social-réformistes de la bourgeoisie elle-même. Les communistes doivent louvoyer en permanence entre ces contradictions, établir quelle est la principale à chaque instant, tout en évitant de se subordonner politiquement et idéologiquement à des éléments bourgeois ; et tout ceci ne peut évidemment être exempt d'erreurs tragiques, ni de 00881 PPPAsituation inextricables. Pour en revenir à la Syrie, il semble désormais clair que nous sommes face à une telle situation : qu'il y ait une intervention impérialiste directe (manifestement assez compliquée à décider...) ou non, il n'y a parmi les forces significatives en présence (régime et ses milices, ASL 'laïque' ou 'islamiste modérée' et djihadistes barjos) AUCUNE qui porte une perspective d'émancipation pour le Peuple, et qui mérite d'être soutenue. Les forces progressistes, 'socialistes' ou 'marxistes' se sont soit vendues au régime par anti-impérialisme 'borgne' (ne voyant que l'impérialisme occidental, ou carrément que US), soit continuent à s'opposer à lui mais sont totalement marginalisées. La seule ligne communiste valable ne peut être que d'unifier les masses à la base dans le rejet des uns comme des autres, de leur guerre civile réactionnaire ; mais les perspectives semblent minces... faute d'un Parti révolutionnaire conséquent pour assurer cela, comme le PC chinois dans la Chine des seigneurs de guerre des années 1920 (et encore, c'était en alliance trop étroite avec le KMT, ce qui en Syrie reviendrait à une alliance avec le régime ; on en connait les conséquences tragiques). Il y a à la rigueur cela dans les zones kurdes, mais sur une base nationale (rejetant de toute manière toutes les parties car 'arabes' et liées soit à la Turquie soit à l'Iran, États qui oppriment les Kurdes).

    Pour (enfin) conclure, car l'analyse de cette dispute de cour de récré pourrait prendre des pages et des pages : la complexité de l'enchevêtrement des contradictions dans certaines situations d'antagonisme ouvert, comme typiquement en Syrie, fait JUSTEMENT que, même en n'en voyant qu'une partie, PERSONNE n'a 100% tort, sans avoir pour autant 100% raison. Déterminer la contradiction principale ? Certes... Mais le problème est que pour des communistes, en appliquant soigneusement ses 'classiques' (du marxisme-léninisme, du maoïsme ou encore du trotskysme), cela sera 'facile'... mais cela risque fort de ne pas correspondre à ce qui est principal pour les masses sur place, et c'est effectivement un GROS problème : en l'occurrence, il semble que les masses syriennes (et les Palestiniens réfugiés) soient partagées en deux camps à peu près à l'équilibre, celles pour qui le rejet de l'ingérence impérialiste est principal et il faut donc soutenir le régime, et celles pour qui le rejet du régime est principal et il faut donc l'abattre, quitte à ce que ce soit avec l'aide de missiles occidentaux et de djihadistes étrangers.

    conrad1D'où l'importance, dans ce type de débat, de savoir débattre avec d'autres organisations ou groupes de personnes communistes de manière franche et ouverte, et en toute camaraderie (sans pour autant être 'complaisants', certes), car la complexité des choses fait qu'il est pratiquement impossible pour une quelconque organisation ou groupe (nous ne le prétendrons surtout pas pour nous-mêmes !) d'avoir totalement raison, 'tout compris à tout' - en fait, l'analyse marxiste correcte de la question s'élabore pour ainsi dire 'en direct live', avec toutes les erreurs que cela implique. Des erreurs qu'il faut savoir reconnaître bien sûr ; pas comme le 'p''c''mlm' qui est passé de l'hostilité la plus délirante aux révoltes populaires des pays arabes (les masses n'avaient après tout qu'à se laisser opprimer tranquillement, puisque 'sans le Parti, il n'y a rien') au soudain souvenir que ces régimes, quel que soit leur alignement géopolitique, sont selon lui 'fascistes' (en l'occurrence, on peut effectivement les qualifier comme cela) et qu'il faut donc les dénoncer comme tels, d'autant qu'un grande mobilisation fasciste se prépare contre 'le-mondialisme-World-Company-qui-veut-détruire-un-pays-souverain-pour-que-les-islamistes-et-les-émirs-du-Golfe-y-instaurent-la-charia'... Cela s'appelle, tout simplement, de l'humilité, qualité que commande une science marxiste encore très imparfaite (le contraire se saurait) et supposée être, au demeurant, une qualité profondément populaire (mais pas des petits-bourgeois intellectualoïdes, cela on le sait).

    Quand au PC maoïste d'Inde, dont on peut effectivement trouver le communiqué trop 'grossier' et/ou 'évasif' sur la question du régime baasiste syrien visé par les plans de frappes impérialistes (plans qui ont finalement fait une spectaculaire machine arrière rappelons-le, face à l'obstruction de fractions monopolistes au sein même des pays concernés), ou encore sur la nature des gouvernements occidentaux, il est clair que l'on ne peut lui adresser de telles remarques que sur le ton de l'humble et fraternelle suggestion, et non sur celui (pour faire court) de "vous êtes des semi-révisionnistes"... sauf à vouloir vraiment péter plus haut que son cul, ce qui n'a généralement pour point de chute que le ridicule. Il n'est même pas impossible que les maoïstes indiens, dit sur ce ton, accueillent cordialement ces remarques et admettent que, fort loin des évènements en question et tout à leur héroïque Guerre populaire contre l’État oligarchique réactionnaire, ils ont fait preuve de simplisme dans leur analyse.


    Kakashi Rouge2Aujourd'hui, le 'p''c''mlm' fantasme sur la 'Pensée Guide' et un nouveau mini-groupuscule associé (après les 'maoïstes arabes'), l''Organisation des Ouvriers d'Afghanistan - MLM, principalement maoïste'[1], dont les maoïstes réels de là-bas (PC maoïste d'Afghanistan) n'ont jamais entendu parler ni vu l'ombre, va jusqu'à attaquer les maoïstes indiens pour l'absence d'une telle 'Pensée', qui serait la source de leurs revers (comme si une Guerre populaire prolongée n'était pas faite de revers et d'avancées, en permanence), et lui appliquer l'épithète honteux de 'cosmopolitisme', digne de la période proto-révisionniste de l’URSS de Staline, pour le 'crime' d'inscrire sa Guerre populaire indienne dans la Révolution prolétarienne et anti-impérialiste mondiale... En réalité, la 'Pensée Guide' n'est que l'appellation illuminée, sectoïde et répulsive pour les masses de ce dont les communistes conséquents ont toujours parlé, et qui s'appelle la conception du monde. La conception du monde est effectivement ce qui, en dernière analyse, guide toute l'action et la lutte du Parti révolutionnaire ; et une conception du monde erronée amène, soit de manière opportuniste soit de manière dogmato-sectaire, vers la défaite et la liquidation si elle n'est pas rectifiée. C'est une conception globale des choses et des évènements qui nous entourent du point de vue du prolétariat (c'est-à-dire du caractère social de la production), qui se décline et s'affine' ensuite sur chaque problème particulier, comme le Parti et son fonctionnement, son rapport aux masses, ou encore (très important) le pays où l'on vit, l’État que l'on affronte etc., indispensable pour établir une stratégie, un plan général de travail et de lutte. Il est impossible d'avoir une conception du monde correcte si l'on n'a pas une conception correcte des différents problèmes, en premier lieu de ceux du territoire où l'on vit et lutte... et inversement : le général et le particulier se nourrissent l'un de l'autre, dans un rapport dialectique permanent. Autant dire que proclamer la nécessité d'une 'Pensée Guide' (compréhension communiste du monde et du pays où l'on lutte) ne signifie NULLEMENT en avoir une correcte ; et, si nous voulons bien envisager la possibilité de nous tromper, mais en doutons fortement, la conception qu'a par exemple le 'p''c''mlm' du territoire où il 'milite' (l’État français) ne PEUT PAS, selon nous, déboucher sur une conception correcte du monde et donc d'autres pays, 000312891éloignés ou proches. D'autre part, faire de la 'Pensée guide' une sorte de talisman, de force surnaturelle, est du métaphysisme le plus grotesque : c'est (sans nommer les choses ainsi) ce qu'ont (parfois) fait Staline et la direction soviétique et du Komintern avec le marxisme-léninisme dans les années 1920-50, et qu'a dénoncé Mao dans le fameux article du Quotidien du Peuple de 1963 (Sur la question de Staline) ; c'est, aussi, ce qui a très certainement amené le PC du Pérou de Gonzalo a de grandes erreurs et finalement à la défaite (arrestation de Gonzalo et dislocation postérieure de l'organisation). La conception du monde n’est en réalité rien d’autre que le socialisme scientifique marxiste appliqué à ce que le monde qui nous entoure porte à notre connaissance (choses du présent comme du passé), ce qui à l'ère d'internet veut dire beaucoup de choses. Or, il est absolument inconcevable qu'après seulement 17 décennies d'existence et de 'classiques', le socialisme scientifique marxiste soit 'parfait', 'complet' et ait réponse à tout ; d'autant plus que mis à part Gonzalo il n'y a pas de grand 'classique' du marxisme postérieur aux années 1970, or le monde a (on s'en sera rendu compte) beaucoup changé depuis, à quoi s'ajoute que, si l'on laisse de côté ce qui n'a même pas réussi à être appliqué (trotskysme, conseillisme, 'marxisme libertaire' etc.), les applications concrètes du marxisme-léninisme (Guerres populaires ou États révolutionnaires) ont toutes connu la défaite et/ou la contre-révolution révisionniste et finalement capitaliste - ce qui implique forcément des erreurs et des failles, et au minimum de se pencher sur un bilan critique de cela. La 'Pensée Guide'/conception du monde n'est donc pas, comme semblent le dire nos 'possédés' dostoïevskiens, posée 'une fois pour toute' : elle s'élabore et se perfectionne en permanence, jour après jour, dans la lutte quotidienne des communistes.

    1ermai 2013 paris 4D'où l'importance, dès lors qu'un groupe de militant-e-s est sincère, qu'il ne persiste pas ouvertement dans l'erreur et ne se fait pas l'allié ouvert des ennemis du peuple, d'un débat franc et ouvert dans la camaraderie, afin de faire collectivement (au sein des organisations comme entre organisations) PROGRESSER et se bonifier cette conception communiste du monde. Nous avons des désaccords et nous les assumons, nous croyons avoir raison dans ce que nous disons, sans quoi nous ne serions pas dans des organisations différentes... Mais nous devons, dès lors qu'il n'y a pas d'antagonisme, pas de 'déclaration de guerre' soit par des personnes se faisant les nervis de la bourgeoisie (comme le P'c'F et la CGT contre les maoïstes dans les années 1968, ou aujourd'hui le POI lambertiste contre les militants nationaux progressistes), soit par des groupuscules s'enfermant dans un sectarisme dément, être capables de 'mettre à plat' nos divergences de vue sur une table, d'en débattre avec vigueur et conviction mais sans sectarisme et 'excommunication permanente'... pour, peut-être, parvenir au final à une conception du monde meilleure, SUPÉRIEURE, par l'abandon de part et d'autre des conceptions erronées ou simplistes (mais pas une conception inférieure, ce qui serait le cas avec l'abandon de ce qui 'fâche' même si cela est juste). C'est peut-être, par exemple, ce qui est en train de se passer avec l'Organisation communiste Futur Rouge et le PC maoïste de France ; les premiers ayant rompu avec le hoxhisme ossifié, le 'stalinisme old school' du ROC-ML (où c'était une erreur, pour la JCML de Lyon 'maoïsante', de vouloir entrer pour 'faire bouger les choses de l'intérieur', dès lors que l'idéologie hoxhiste de la direction était à ce point blindée et prête à aucune évolution) ; tandis que les seconds s''ouvrent' sur des sujets jusque-là peut-être mal évalués, comme la plurinationalité de l’État français ou encore les oppressions de genre... Voilà qui mettrait, peu à peu, fin à la lamentable division du mouvement communiste en petites chapelles/avant-gardes autoproclamées, aussi convaincues de détenir seules la vérité que groupusculaires et ignorées des larges masses du peuple ! Car les communistes n'ont pas vocation à être divisés pour le plaisir, parce que 'un se divise en deux' et que 'si l'ennemi nous attaque, c'est que nous avons tracé une ligne de démarcation nette entre l'ennemi et nous' (comme si des personnes luttant contre le capitalisme, pour une société égalitaire, pouvaient être l''ennemi' avant même et plus que toutes les fractions de la bourgeoisie réunies...). Ce qui doit être 'divisé', c'est le Juste et le Faux, les conceptions correctes et les conceptions erronées, la conception communiste/prolétarienne du monde et les conceptions influencées par l'idéologie dominante bourgeoise , la petite-bourgeoisie etc. L'on appartient à des organisations différentes car l’on n’a pas le même point de vue sur tout ; mais cela ne veut absolument pas dire que les uns ont 100% raison, et les autres 100% tort : si de part et d'autre on abandonne les X% de conceptions erronées, il est tout à fait possible de fusionner dans une organisation qualitativement supérieure ! L'unité des forces communistes est évidemment un objectif primordial, si l'on veut mener victorieusement la lutte révolutionnaire de classe (et toutes les luttes disons 'démocratiques' qui gravitent autour). Ce qu'il faut, c'est simplement s'unir sur la conception du monde la plus juste possible, et non sur des 'concessions' (écarter ou ranger dans le placard 'ce qui divise', même si ce 'qui divise' se trouve être des idées justes)...


    communisme


    [1] 1°/ un parti/organisation 'ouvrier' ou 'des travailleurs' est une dénomination typiquement trotskyste ou hoxhiste, un authentique Parti communiste est un Parti communiste, tout simplement, précisant éventuellement 'maoïste' ou 'révolutionnaire' pour se distinguer des révisionnistes ; 2°/ 'MLM principalement maoïste' ne veut strictement rien dire, on est maoïste ou on ne l'est pas

     


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  • PCELa thèse du CAPITALISME BUREAUCRATIQUE dans les pays dominés (semi-féodaux et semi-coloniaux) est une thèse maoïste incontestable et incontestée, et personne parmi ceux que d’aucun-e-s qualifient de ‘centristes’ ne l’a jamais remise en question. Le PROBLÈME est l’utilisation qui en est faite, par certains groupes s’affirmant ‘maoïstes’, pour qualifier (abusivement) certains types de gouvernements du ‘tiers-monde’ de ‘fascistes’, car ils représenteraient (et ‘restructureraient’) ce capitalisme bureaucratique. Une thèse dangereuse, car rien n’est plus dangereux – pour des communistes – que de montrer du doigt le ‘fascisme’ là où il n’est pas ; et d’autant plus regrettable qu’elle est partagée par des gens conséquents, comme le mouvement maoïste brésilien autour d’A Nova Democracia, du MEPR, du CEBRASPO etc.


            chavez-castro-nazichav-fascfascistasfascismo-rojoVisuel du PC d’Équateur ‘Comité de Reconstruction’… et propagande anti-chaviste d’ultra-droite : où est la différence ?


    Cependant, une compréhension sérieuse de la thèse du capitalisme bureaucratique elle-même permet, très facilement, des démonter ces affirmations fumeuses et irresponsables.

    - Le capitalisme bureaucratique est une forme de 'capitalisme par en haut', étroitement associé à l'appareil d’État et appuyé sur le 'fond féodal' de la société d’un pays arriéré-dominé, qui émerge à un certain stade de pénétration des monopoles impérialistes dans le pays en question. Typiquement, en Chine où il a été caractérisé pour la première fois par Mao Zedong, ce fut sous le régime de Tchang Kaï-chek (1926-49) ; en Inde, sous Nehru (1947-64) ; en Iran, sous les Pahlavi (1925-79) ; dans la plupart des pays d'Amérique latine (sous divers régimes, souvent dits ‘développementistes’), entre les années 1920 et 1960 ; dans les pays arabes, sous les régimes ‘à la Nasser’ des années 1950-80 et – déjà – sous les régimes (souvent monarchiques) précédents, etc. etc. Visant la mobilisation de masse au service de la production, ce capitalisme bureaucratique se donne parfois des airs ‘nationalistes’ et ‘populistes’, d’autant plus qu’il apparaît souvent dans un contexte de lutte anticoloniale (ou plutôt, le contraire : la lutte anticoloniale se développe rapidement à cause de lui), et qu’il faut ‘donner le change’. Il revêt souvent un caractère MONOPOLISTE ou ‘oligopoliste’, car il apparaît à un stade où se renforce la division internationale du travail, et donc la spécialisation productive des pays dominés sur une ou quelques marchandises : pétrole ou gaz ici, tel ou tel métal là, production agro-alimentaire ou pierres précieuses, etc.

    - Dès lors, il y a une bourgeoisie/oligarchie/‘caste’ bureaucratique (cela dépend du niveau des forces productives du pays).

    - MAIS, aucune classe (comme l'explique brillamment le Manifeste Programme du (n)PCI) n'étant 'imperméable', 'insensible' au mouvement des autres, il va FORCÉMENT, à un moment donné, émerger dans cette bourgeoisie bureaucratique, comme d'ailleurs dans les autres classes possédantes (compradore, latifundiste et bourgeoisie nationale), une 'GAUCHE', une fraction pensant qu'il faut 'tout changer pour que l'essentiel ne change pas', qu'il faut faire des réformes, des concessions pour sauver l'essentiel - sa position dominante. Cela existe de la même manière dans 04mad-mayo998les pays impérialistes, et cela s'appelle du RÉFORMISME, pas du fascisme. Ce phénomène est favorisé par les périodes de développement des forces productives qui font émerger, dans tous les 'secteurs' (bureaucratique, comprador, propriétaire terrien et 'national') de 'nouvelles couches', des 'modernes' comprenant qu'il n'est plus possible de gouverner les masses 'comme avant'.

    - Souvent, dans des pays structurellement soumis au capital impérialiste étranger, mener cette politique de réformes/concessions peut impliquer de CHANGER D'ALIGNEMENT géopolitique,de 'changer de bloc' ou de puissance tutélaire (typiquement, des États-Unis vers l'URSS pendant la Guerre froide), ou de 'diversifier' ses 'partenaires'/tuteurs pour essayer d'en 'dégager' un peu d'autonomie. Globalement, tout puissance impérialiste (ou expansionniste régionale) sera ravie de nuire ainsi à ses concurrentes, même si elle n'y est pas 'gagnante' au sens sonnant et trébuchant (exemple type : l'URSS avec Cuba, ou plus près de nous la Russie, la Chine et dans une certaine mesure l'Europe avec le Venezuela : "Ce qui est l’essence même de l’impérialisme, c’est la rivalité de plusieurs grandes puissances tendant à l’hégémonie, c’est-à-dire à la conquête de territoires - non pas tant pour elles-mêmes que pour affaiblir l’adversaire et saper son hégémonie" - Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme).

    C'est ce qui s'est produit au Venezuela : en 1998, le vieux système puntofijiste, qui gérait le capitalisme bureaucratique depuis 40 ans, était usé jusqu’à la corde et à bout de souffle, incapable de faire face à l’agitation populaire (situation assez proche, finalement, de celle du Chili en 1970). Une fraction ‘pragmatique’ de l’oligarchie dominante a alors effectué un ‘repli tactique’ et ‘ouvert les portes’ à un petit lieutenant-colonel, un zambo (métis) d’origine paysanne modeste… condamné quelques années auparavant pour tentative de coup d’État ‘de gauche’, et donnant (alors) de sérieux gages de modération (un discours, globalement, 'à la Lula'). La suite des évènements est suffisamment connue pour ne pas la retracer ici, pour la centième fois, dans les détails : ‘emballement’ des concessions sociales et démocratiques pour pouvoir ‘chevaucher’ et maîtriser l’agitation des masses, et (l’un se nourrissant de l’autre) contre-attaques rageuses de la vieille oligarchie (la DROITE de la grande bourgeoisie bureaucratique), principalement concentrée dans le monopole pétrolier PDVSA et dans la Fedecamaras (Medef local), avec sa presse aux ordres, contre ‘l’intrus’ ; ceci débouchant sur la tentative de coup d’État d’avril 2002 (le ‘Parisot’ local prenant le pouvoir), soutenue par l’administration Bush de Washington et déjouée par la mobilisation des masses ; radicalisation encore plus grande de Chavez et de ses partisans contre l’oligarchie (qui poursuit le bras-de-fer jusqu’encore aujourd’hui), l’impérialisme US et ses proches alliés (notamment la Colombie voisine) ; proclamation du ‘socialisme du 21e siècle’ ; tissage d’alliances avec tout ce que la planète compte d’hostile ou de rétif à l’hégémonie US (Russie, Chine, Iran, bourgeoisie arabe antisioniste, Syrie, Libye, guérillas colombiennes, fractions des bourgeoisies européennes etc.) ; mobilisation et (tenant compte de la tragédie chilienne de 1973) tentative d’armement des masses contre les menées de la droite, etc. etc.

    Depuis, cependant, faute… d’être une véritable révolution, le ‘processus’ s’est essoufflé, la condition des masses s’est dégradée et le soutien populaire à Chavez (face aux ‘candidats uniques’ du vieux puntofijisme, présentés à chaque élection) s’est effrité (son successeur, Maduro, ne l’a emporté que d’une très courte tête) ; le bloc impérialiste US et l’oligarchie locale ont un peu ‘lâché l’affaire’ et ‘jouent le pourrissement’ ; un rapprochement s’est amorcé avec le (totalement fasciste, pour le coup !) voisin colombien et des militants révolutionnaires réfugiés au Venezuela ont été livrés (après que Chavez se soit fait ‘choper’ pour son soutien aux guérillas, avec la saisie de l’ordinateur d’un dirigeant guérillero tué dans une opération militaire) ; une partie des cadres du ‘chavisme’ a formé une nouvelle caste privilégiée et exploiteuse, la ‘boli-bourgeoisie’. En Bolivie et en Équateur, ce sont carrément des présidents qui ont ‘valsé’ à la chaîne devant les explosions de colère des masses (ingouvernabilité totale), ouvrant à un ‘vieux’ syndicaliste paysan indigène et à un économiste ‘de gauche’ inconnu les portes du pouvoir ; les évènements ont ensuite suivi un déroulement assez similaire. Ailleurs, les oligarchies ont du ‘ouvrir les portes’ à des leaders plus 2 Caracas 1 de Mayo 2009modérés, mais néanmoins réformistes. En réalité, l’Amérique latine a ‘vomi’ la ‘potion’ ‘néolibérale’ qui lui a été administrée dans les années 1980-90 par la domination impérialiste US, après (et déjà pendant) les grandes dictatures / guerres d’extermination des années 1960-80. Aujourd’hui, même les opposants aux régimes ‘bolivariens’ se veulent ‘sociaux-libéraux’, ‘proches d’un Lula’, pour un ‘capitalisme intégrant le facteur humain’ ; tandis que les régimes en question se sont eux-mêmes considérablement recentrés’, ‘face aux réalités’. Le capitalisme bureaucratique de ces pays s’est, oui, dans un sens, ‘restructuré’. Pour autant, dans l’enthousiasme de la ‘rupture’ et la résistance aux menées réactionnaires, les masses ont écrit une page d’histoire qui ne s’effacera pas, elles ont été à une école de révolution . Quelque part, pour dire les choses clairement : Chavez himself, son idéologie, ses amitiés internationales, ses élucubrations dominicales de 14 heures non-stop, on s’en brosse le cul ! Ce qui nous intéresse, ce sont les masses vénézuéliennes, et celles-ci ont démontré, le 13 avril 2002, que les masses font et peuvent tout : déjouer un coup d’État made in US en Amérique latine, c’était tout simplement du jamais vu ! Si les PC d’Équateur ‘Sol Rojo’ et ‘Comité de Reconstruction’ peuvent aujourd’hui trouver un certain écho dans les masses, c’est en ‘capitalisant’ sur la déception envers le social-libéralisme (de fait) du gouvernement Correa, et parce que les masses ont été (pendant toutes les années 2000) à cette ‘école’… Cela aurait été tout simplement impossible il y a encore 15 ou 20 ans ; d’ailleurs, à cette époque, les membres actuels du ‘Sol Rojo’ étaient dans le mouvement ‘alfariste’, équivalent local du bolivarisme !

    EN AUCUN CAS CELA NE PEUT ÊTRE QUALIFIÉ DE FASCISME : le fascisme ne peut se caractériser que par UN SEUL critère fondamental, celui de la DICTATURE TERRORISTE OUVERTE contre tout mouvement organisé, révolutionnaire ou même réformiste, des masses populaires exploitées ; ceci associé à une certaine MOBILISATION d'une partie des masses ('peuple de droite', 'patriotes', 'honnêtes gens', 'majorité silencieuse' etc. etc.) contre ledit mouvement, ce qui distingue le fascisme de la dictature réactionnaire 'classique' (dans les pays dominés cependant, cette mobilisation revêt souvent un caractère clientéliste ou ethnique/tribal/régionaliste/confessionnel, plus qu'idéologique à proprement parler). Dans les pays impérialistes, il se rattache à la fraction la plus réactionnaire de la bourgeoisie monopoliste et, dans les pays dominés, à la fraction la plus réactionnaire (et soumise à l'impérialisme) des trois classes dominantes (oligarchies bureaucratique, compradore et terrienne) et, à travers celle-ci, à la fraction la plus agressive des monopoles du pays/bloc impérialiste de tutelle. À ceux qui qualifient le réformisme 'bolivarien' de 'fasciste', la première réponse devrait être "où sont les milliers de mort-e-s et de disparu-e-s des 'fascistes' Chavez, Morales etc. ?", comme au Chili sous Pinochet, en Argentine sous Videla, au Guatemala sous les juntes de 1978-85, etc. etc. De même, 'nier la lutte des classes' au profit de prétendus 'peuple' (aux contours flous), 'citoyenneté' ou 'intérêt général' ne peut suffire à qualifier le fascisme, car le réformisme bourgeois, le 'rooseveltisme' et autres 'keynésianismes' c'est typiquement cela, et cela n'est pas le fascisme (confusionnisme dénoncé par Dimitrov dès 1935). Même le gaullisme, totalement sur cette ligne corporatiste d''association Capital-Travail', pour ne pas avoir régné dans une période de crise générale, ne peut pas être réellement qualifié de fascisme...

    Le critère d'une 'politique sociale audacieuse' mais non-communiste ('corporatisme' blablabla) pour qualifier les 'bolivarismes' de 'fascismes' ne tient, en fait et de toute façon, pas une seconde la route devant la plus petite analyse d'économie politique : Hitler 'améliorait' la vie des masses allemandes... en spoliant les Juifs et en pillant les autres pays européens envahis l'un après l'autre. Même, à vrai dire, les social-démocraties et autres 'keynésianismes' d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord (à partir des années 1930 et surtout entre 1945 et les années 1980) reposaient entièrement sur les surprofits de l'exploitation impérialiste féroce des pays du 'tiers-monde' (tout comme le 'progrès social' mussolinien reposait sur la colonisation de la Libye, de l'Afrique de l'Est etc.). Chavez, Morales ou Correa, eux, améliorent la condition des masses en arrachant à l'impérialisme un peu de ce qu'il aimerait bien piller dans leurs pays (ce qui peut alors être discuté est la répartition de cette part 'arrachée')... Pas besoin d'être un grand génie du marxisme pour comprendre la différence ! Et si les fascismes européens des années 1930-40 firent (en effet) souvent passer leurs pays de l'ère du 'laisser faire, laisser passer' à celle de l'interventionnisme étatique, les dictatures terroristes ouvertes qui ensanglantèrent l'Amérique latine entre les années 1960 et 1980 se caractérisèrent plutôt par la mise en place de ce que l'on appellera 'néolibéralisme'...

    Une autre chose encore est que dans les États plurinationaux et à minorités opprimées, tels que l'État espagnol ou encore l'État turc, le fascisme se caractérise plutôt en principe par la négation de cette plurinationalité et de ces minorités et par la répression brutale de leurs expressions politiques ; car il vise l'unification forcée des masses autour de l'État-"nation" de la classe dominante et de ce qui est considéré comme le "corps légitime" de celui-ci. Or en Bolivie ou encore en Équateur, c'est exactement le contraire qui s'est produit : les Peuples et les langues indigènes ont vu leur reconnaissance inscrite dans la Constitution après cinq siècles de colonisation européenne ! Où est donc le "fascisme" là-dedans ??

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    Les néofascistes italiens de Casa Pound saluent la mémoire de Chavez… sauf que ce dernier n’était pas tout à fait du même avis : "Les fascistes ne sont pas des êtres humains, un serpent est plus humain qu’un fasciste"...

    Il serait certes tentant (et si simple…) de se contenter d’ânonner dogmatiquement que "le stade impérialiste (du capitalisme) c’est la réaction sur toute la ligne", et que la classe dominante (monopoliste ici, capitaliste bureaucratique là-bas) est intégralement, en bloc, ‘réactionnaire sur toute la ligne’… mais cela n’est pas vrai, ce n’est pas la réalité. AUCUNE classe n’est ‘imperméable’ à l’influence des autres (ne serait-ce que pour ‘prendre en compte’ leurs mouvements dans son intérêt) ; et, si les classes populaires subissent à pleins tubes l’influence de la classe dominante, cette dernière ‘subit’ aussi, directement ou indirectement, l’influence du ‘mouvement ouvrier’. C’est ainsi qu’émerge en son sein une ‘gauche’, qui va chercher à ‘contenir’ celui-ci ‘dans les limites de l’acceptable’ par des concessions (et va, généralement, chercher à se revendiquer de la période où la bourgeoisie jouait encore un certain rôle de progrès humain ; c’est ainsi que la gauche bourgeoise sud-américaine va se revendiquer de Bolivar ou de l’équatorien Alfaro, la gauche BBR des ‘Lumières’ ou du ‘Hugo républicain’ d’après le coup d’État bonapartiste, etc. etc.). Ce n’est en aucun cas une alliée, sinon de circonstances… exceptionnelles (lutte contre le fascisme, occupation étrangère etc.) ; mais c’est un ‘facteur’, un ‘paramètre’ de la réalité sociale qui nous entoure et de notre lutte au sein de celle-ci, paramètre que les communistes ne peuvent ignorer. La ‘gauche’ bourgeoise est matériellement incapable d’initier un début de commencement de processus révolutionnaire, de conduire les masses exploitées vers leur émancipation ; elle a, au contraire, uniquement vocation à ‘contenir’ leur mouvement dans les limites de l’‘acceptable’ et à trahir les espoirs populaires placés en elle ; mais elle est l’expression des contradictions internes à la classe dominante, dont une lutte révolutionnaire conséquente doit savoir tenir compte. Son arrivée au pouvoir exprime, plutôt qu’un besoin de ‘restructuration’ du système capitaliste (idée répandue dans le mouvement communiste ; mais cela, la droite s’en charge très bien, du gaullisme des années 1960 aux ‘thatchériens’ des années 1980-90 !), un repli tactique de la bourgeoisie face à une agitation sociale importante, ou, en tout cas, une crainte des dominants face aux ‘cris du peuple’ (mais des mouvements ou des ‘cris’ qu’ils pensent encore pouvoir conjurer par quelques concessions et réformettes – avant de revenir en force). Mais ce 'repli' des dominants, même s'il prépare un tel ‘retour en force’, même s’il n’est jamais une œuvre de philanthropie, ouvre forcément (mathématiquement) un espace, des 'perspectives', des 'marges de manœuvres' pour le 'mouvement social' des masses opprimées, que les révolutionnaires doivent savoir mettre à profit afin d'en faire, pour les masses, une école de communisme - telle a été l'analyse, profondément CORRECTE, de l'UOC-mlm de Colombie réagissant à la mort de Chavez.

    general franco la clauLe fascisme, lui, est une toute autre chose : c’est l’expression et l’arme de l’aile extrême-droite, de la fraction réactionnaire ultra des classes possédantes, pour une guerre TOTALE contre tout mouvement organisé (même réformiste) des classes populaires ; même s’il va souvent (dans un souci de mobilisation de masse, sa caractéristique) reprendre aussi à son compte des revendications jugées ‘acceptables’ des ‘petites gens’, sur un mode paternaliste (le problème est que les ‘petites gens’, tel qu’il l’entend, englobent tant d’intérêts de classe immédiats contradictoires qu’il est impossible de les satisfaire tous, et au final tout le monde est perdant, sauf la fraction la plus réactionnaire de la classe dominante). Il va chercher, pour mobiliser, à détourner la colère d’une partie des masses contre les plus opprimés qu’eux (ultra-prolétaires qualifiés de ‘canaille’ hier et de ‘racaille’ aujourd’hui, prolétaires étrangers ou d’origine étrangère, travailleurs organisés qualifiés de ‘rouges’, ‘assistés’, ‘drogués’ etc. etc.), mais aussi contre de chimériques ‘mondialisme’, ‘capitalisme sauvage’ (vieille rengaine bourgeoise, partagée par la ‘gauche’, du ‘capitalisme à visage humain’), ‘finance cosmopolite’ etc. etc., visant généralement, à travers ces mots, les fractions de la classe dominante jugées trop ‘modérées’ et ‘laxistes’. L'objectif visé ici (certes inatteignable, mais néanmoins visé), c'est, pour tout 'mouvement social' organisé, une marge de manœuvre zéro. Une question fondamentale, pour permettre de répondre à beaucoup de choses, peut en définitive être celle-ci : est-ce que la situation considérée FAVORISE objectivement l’émergence d’une conscience, d’une organisation et d’une ‘radicalité’ des classes populaires (comme c’est le cas, selon nous, au Venezuela ou en Bolivie, en tout cas dans les premiers temps – cela s’est peut-être ‘tassé’ depuis) ; ou est-ce qu’elle tend, au contraire, à leur écrasement sans pitié (comme en Iran dans les années suivant la prise de pouvoir de Khomeyni, pour prendre volontairement l’exemple de régimes alliés) ?? Pour nous, la première situation est ce qu’il convient de qualifier de régime/’processus’/situation ‘progressiste’ ; la seconde est du fascisme, ou assimilable au fascisme.

    Les classes intermédiaires, elles (petite-bourgeoisie entrepreneuriale, salariat moyen, paysannerie relativement aisée, professions libérales, intellectuels divers etc., et bourgeoisie nationale dans les pays dominés), vont généralement se scinder entre partisans d’une ‘démocratie radicale’, d’une ‘démocratie réelle’, qui vont en dernière analyse converger dans le réformisme ; et individualistes-égoïstes réactionnaires, accrochés à leur petit patrimoine et leur ‘petite position’ comme des singes à leur branche, et qui vont converger dans la mobilisation réactionnaire de masse (en clair : voter Sarko/Copé ou Le Pen). En l’absence de Parti révolutionnaire de classe, comme centre d’agrégation de la mobilisation révolutionnaire, le prolétariat et les classes populaires ‘assimilées’ (petits employés, paysans et indépendants pauvres, etc.) vont généralement ‘suivre’ l’un ou l’autre de ces courants, car ces ‘classes moyennes’ exercent une grande influence sur eux (ils/elles sont perçu-e-s comme ‘le/la cousin-e’ ou ‘le fils/la fille du voisin’ qui a ‘réussi’).  

    dimitrovLe ‘premier cercle’ de la mobilisation révolutionnaire de masse, la première ‘terre de mission’ des communistes révolutionnaires, ce sont précisément ces prolétaires-et-assimilé(e)s qui sont sous l’influence des ‘classes moyennes’ ‘progressistes’/’démocratiques-radicales’, elles-mêmes se plaçant sous la direction de la ‘gauche’ bourgeoise. C’est tout le sens de la démarche de Front populaire à la base impulsée par l’Internationale communiste dès 1934 ; c’est tout le sens de bien distinguer réformisme bourgeois et fascisme ; et c’est tout le sens de la dénonciation, par Dimitrov, du ‘schématisme’. Cela est totalement valable dans les pays dominés par l’impérialisme.

    Mais, pour le ‘p’’c’’mlm’ et ses (de plus en plus rares) amis internationaux, il va en être tout autrement. Dans nos pays impérialistes/avancés, les attaques vont se concentrer sur les révolutionnaires non-maoïstes (personne n’étant réellement maoïste sauf eux, de toute façon…) et les personnes progressistes du peuple, qualifié-e-s (non-exhaustivement) de ‘social-démocrates’, ‘libéraux-libertaires’, ‘révisionnistes’ et ‘nationalistes-révolutionnaires’/’SA’/’fascistes’ en puissance, ‘frères jumeaux’ et fourriers du fascisme, etc. etc. Pour dire les choses clairement, il n’y a pas 36 manières pour des communistes de faire triompher le fascisme, il n’y en a qu’une seule et c’est celle-là : agir ouvertement et consciemment comme force de répulsion sur les masses progressistes (le ‘peuple de gauche’), et non comme force d’attraction vers la conception communiste-révolutionnaire du monde. Et dans les pays dominés, semi-coloniaux semi-féodaux, vont être qualifiés de ‘fascistes’ non pas des régimes laquais de l’impérialisme, massacrant et torturant des milliers de personnes (à la Pinochet ou Videla, Rios Montt ou Mobutu, Suharto ou Ferdinand Marcos, Bokassa ou Hassan II), mais précisément des régimes qui ‘s’agitent’ et ‘défient’ un petit peu l’impérialisme (en tout cas l’impérialisme occidental), et tentent d’apporter quelques petites avancées de bien-être aux masses laborieuses. Ceux-là et aucuns autres : il ne s’agit même pas de dire qu’‘au nom de la thèse du capitalisme bureaucratique’, ‘tous les pays semi-coloniaux sont fascistes’ (ce qui serait simplificateur mais au moins cohérent). Ils ont, toutefois, ‘une tête de turc au-dessus’ de ces régimes – là encore, en parfaite cohérence avec la pensée dominante impérialiste : les ‘islamistes’… C’est ainsi que, lorsque le régime baathiste syrien se contente d’opprimer 300x168 188654 syrie-soupcons-de-crimes-contre-‘tranquillement’ ses masses populaires, tout en appuyant objectivement la résistance libanaise et palestinienne contre Israël, il est ‘fasciste’… mais lorsqu’il se met à massacrer, avec la plus extrême barbarie, des milliers de personnes ; et que semble menacer l’instauration d’un ‘émirat djihadiste’ incontrôlable aux portes de l’entité sioniste, tout d’un coup leur ‘anti-impérialisme’ se réveille ! Comme c’est étrange… En revanche, au Mali, il n’est plus du tout question d’anti-impérialisme (alors même que de très nombreux/euses militant-e-s démocratiques de ce pays rejettent l’intervention BBR, tout en vomissant les djihadistes) : tout ce que ‘Voie Lactée’ trouve à dire, c’est que "la France est obligée de faire le nettoyage anti-islamistes armés à la place de cet État d'une faiblesse toute bureaucratique, empêtré dans ses contradictions"… !!!

    Il y a en Grèce une organisation ‘maoïste’, l’OAKKE, qui assume elle aussi des positions pour le moins ‘étranges’ : à contre-courant de toute la gauche radicale et révolutionnaire de ce pays, elle considère que l’impérialisme russe est actuellement la principale menace pour l’humanité, le ‘nouveau 3e Reich’ de notre époque, à la tête d’un ‘axe néo-nazi’ avec la Chine, l’Iran etc. (et donc forcément l’ALBA sud-américaine) ; et que les forces qui dénoncent principalement l’impérialisme nord-américain et ouest-européen sont ses alliés objectifs. Si l’OAKKE ‘dénonce’ les ‘excès’ et le ‘chauvinisme’ de la politique israélienne, elle revendique néanmoins pour l’État sioniste le ‘droit de se défendre’ (!!!) contre les ‘islamo-nazis’ de la résistance palestinienne, du Hezbollah et d’Iran, qui sont des ‘pièces maîtresses’ de cet axe. Militer contre les crimes sionistes, appeler à la ‘destruction d’Israël’ (c’est-à-dire à la fin de l’apartheid, de l’État ethnique ‘juif’, pour une Palestine démocratique et égalitaire), c’est participer d’une théorie du ‘complot juif pour la domination mondiale’, également au  service de ce ‘nouveau Reich’ russo-irano-chinois (voir un florilège de leurs délires ici)… Dans la mêmeisraeldemo veine, mais encore plus ‘hardcore’, il y a les ‘anti-deutsch’ d’Allemagne : s'appuyant de manière ‘fondamentaliste’ sur les tous premiers écrits de Marx et Engels, l’impérialisme occidental est pour eux, ‘objectivement’, un ‘progrès’ là où il passe, une ‘condition nécessaire’ à la révolution prolétarienne : il faut donc soutenir ses interventions contre les régimes ‘despotiques’ en Irak, en Afghanistan etc., il faut soutenir l’apartheid sioniste en Palestine sans quoi l’on est ‘antisémite’, etc. etc. Le ‘p’’c’’mlm’ et ses comparses internationaux (notamment ses pitoyables appendices de la Belgique universitaire, elle-même lamentable excroissance de la ‘France’ intello-parisienne) sont, globalement, exactement sur cette ligne ; mais ils sont plus intelligents, et donc plus 'subtils'. Et leur obsession de l’‘islamisme’ sunnite va éventuellement les amener, le cas échéant, à soutenir comme ‘moindre mal’ un régime (pourtant ‘fasciste’) de ‘l’axe néo-nazi’ Russie-Chine-Iran, comme la Libye ou la Syrie (enfin, dans le cas de la Libye, l’Iran avait dans un premier temps salué le ‘réveil islamique’ du peuple, alors…).

    Sur ce point d’ailleurs, peut-on ajouter au passage, la thèse du capitalisme bureaucratique permet SEULE de comprendre le phénomène politique communément appelé 'islamisme'. Dans les pays de la 'région intermédiaire' à majorité musulmane (du Sahel à l'Indonésie en passant par le Maghreb, le Machrek, l'Iran, l'Asie centrale et le sous-continent indien) ;

    tantaoui1°/ les RÉGIMES, qu’ils soient 'républicains laïcs' ou 'monarchiques de droit divin', représentent le capitalisme bureaucratique, le capitalisme 'par en haut' impulsé par et au service de l'impérialisme sur la société. L'institution militaire y joue souvent un rôle central, et elle est (conformément à la thèse du capitalisme bureaucratique) une émanation directe de la féodalité, notamment de la féodalité tribale du 'pays profond' (en Égypte, par exemple, elle est l’héritière des Mamelouks qui dirigeaient le pays sous la tutelle ottomane, et le ‘pilier’ de l'État moderne depuis sa naissance avec Mehmet Ali).

    2°/ les 'islamistes', eux, sont l'expression politique du 'capitalisme par en bas', le capitalisme (et la bourgeoisie) qui émerge 'spontanément' des 'entrailles' de la vie sociale, et se heurte au capitalisme bureaucratique impulsé 'd'en haut' par les régimes. Contrairement, en effet, à ce capitalisme bureaucratique-comprador "d'en haut", le capitalisme "spontané" "d'en bas" ne va pas permettre au surproduit (plus-value "sur-accaparée") de "remonter" correctement jusqu'aux monopoles impérialistes - qui vont donc le combattre en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du "Sud". Ceci est par exemple assez bien expliqué (avec des ‘mots’ non-maoïstes, bordiguistes en l’occurrence) dans cet article sur la Syrie, son régime baasiste et son opposition ‘islamiste’. Les courants de type Frères musulmans représentent une morsibourgeoisie plus 'prospère', plus 'installée' et éduquée, politiquement plus 'pragmatique', se faisant parfois 'démocrate-musulmane' sur le modèle de l'AKP turc ; tandis que les salafistes, eux, représentent une petite et moyenne bourgeoisie (commerçants, artisans, ‘économie informelle’) plus 'rustre' et inculte, plus agressive et 'possédée' par sa mission divine, des 'Savonarole de l'islam' pour ainsi dire. Une bourgeoisie nationale, en réalité, mais ce terme a souvent été accolé automatiquement, par les léninistes, à 'progressiste' (la bourgeoisie nationale serait ‘forcément’ progressiste), alors que personne (ni Lénine, ni le Che, ni Mao : personne) n'a jamais dit cela : en l'occurrence, ce n'est PAS DU TOUT le cas ; les pays musulmans ont en effet une LONGUE histoire de capitalisme (remontant au Moyen-Âge, comme en Europe, mais il a été surpassé et finalement dominé par le capitalisme européen à partir de la 'découverte' des Amériques), et donc une bourgeoisie ANCIENNE, consciente ('pour soi') de ses intérêts, avec une 136354 le-president-du-mouvement-islamiste-ennahda-rached-gconception du monde 'achevée', cohérente et solide, particulièrement imperméable à l'idéologie révolutionnaire du prolétariat (alors que les bourgeoisies nationales africaines ou sud-américaines, par exemple, y sont beaucoup plus perméables, se faisant généralement 'démocrates' et social-réformistes). Il est totalement erroné de voir dans ces ‘islamistes’ des ‘créatures de l’impérialisme’, qui seraient là pour ‘justifier’ la domination et les interventions impérialistes sur ces pays (comme si l’impérialisme en avait besoin !) ; ou encore des ‘agents’ de l’impérialisme qui lui auraient ‘échappé’ (des alliances de circonstances ont pu avoir lieu, au temps de la Guerre froide, contre des régimes ‘républicains laïcs’ souvent pro-soviétiques, ou encore récemment contre Kadhafi et en ce moment même Assad ; mais les ‘islamistes’ sont des ‘pragmatiques par nature’ qui nouent et rompent les alliances comme ils changent de chemise, qui savent ‘attendre leur heure’, et la ‘géopolitique’ US est culturellement à courte vue) ; de même qu’il est totalement erroné d’y voir des ‘révolutionnaires de libération nationale’, une ‘forme musulmane de théologie de la libération’ (s’il existe de tels courants, ils sont très minoritaires), etc. etc. Les ‘islamistes’ sont des ‘créatures’ de l’impérialisme, oui… mais au sens de conséquences, de RÉACTION à la pénétration impérialiste dans ces pays, au stade capitaliste-bureaucratique. Une réaction inévitable du corps social, de type ‘réflexe du genou’… mais une réaction ‘passéiste’, ‘antimoderne’, tournée vers le passé idéalisé d’avant l’intrusion occidentale ou, carrément, des ‘4 premiers califes’ succédant à Mohamed (632-661 de l’ère chrétienne…) ; ou alors une contestation ‘radicale’ petite-bourgeoise de type ‘Savonarole musulman’, mêlant ultra-libéralisme boutiquier en économie (avec un peu de redistribution par la zakât, aumône obligatoire au bénéfice des plus démunis et troisième ‘pilier’ de l'islam), ‘républicanisme’ égalitaire des pères de famille en politique, et ultra-puritanisme culturel et salafmoral. Sauf que nous sommes à l’époque de la révolution prolétarienne ; et que de telles conceptions ne peuvent donc être, aujourd’hui, que 100% réactionnaires… et au final, perdantes. 'Démonisées' depuis une trentaine d'années (globalement, depuis la 'révolution' confisquée iranienne de 1979) sous le vocable d''islamisme', ce type de réactions 'antimodernes' à la pénétration anti-impérialiste sont en fait aussi anciennes que celle-ci : il suffit de penser à l'insurrection du Mahdi au Soudan, dans les années 1880 (qui reste une référence pour le régime 'islamiste' actuel) ; quant aux révoltes algériennes contre la colonisation française, au 19e siècle, elles n'étaient sans doute pas moins 'islamistes' et 'djihadistes' (contre les 'infidèles', pour un gouvernement basé sur la charia) que ce que l'on observe actuellement. Simplement, elles ont été 'occultées', entre les années 1940 et 1970, par un puissant mouvement communiste et par les nationalismes bourgeois à façade 'progressiste', qui ont depuis considérablement reculés. Il n'est toutefois pas possible, pour ces forces, de parler de fascisme néocolonial au sens strict, puisqu'elles ne se rattachent à la fraction la plus réactionnaire et soumise à l'impérialisme d'une oligarchie BUREAUCRATIQUE - comme Ben Ali en Tunisie après la 'mise à la retraite' de Bourguiba, le régime de Moubarak en Égypte, le régime Baas irakien après les coups d'État de 1963 et 1968, le régime du shah d'Iran après l'éviction de Mossadegh, le régime de Mobutu au 'Zaïre' ou de Suharto en Indonésie, etc. ; ou même des régimes à façade 'socialiste' comme celui de la droite du Baas syrien après le coup d'État d'Assad contre Jedid, de la droite du PCT avec Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, de Boumediene puis Chadli en Algérie etc. etc. (dans ces derniers cas, souvent pour le compte du social-impérialisme soviétique, généralement associé... à l'impérialisme BBR de l'ancienne métropole coloniale ! - 'Françafrique', 'politique arabe'...). Que ces forces soient 'anticapitalistes romantiques', si l'on entend par là 'passéistes', 'idéalisant un passé mythique' (car 'anticapitalistes', elles ne le sont nullement !), c'est indéniable... mais voilà : le fascisme, pour les marxistes, ne se définit pas par une idée (comme 'anticapitalisme romantique', par exemple) ; ceci est de l'idéalisme. Le fascisme répond à une définition MATÉRIALISTE, comme EXPRESSION D'UNE CLASSE ou (plutôt) d'une fraction de classe : la bourgeoisie monopoliste la plus réactionnaire dans les pays impérialistes, et ses représentants/agents/valets locaux, l'oligarchie bureaucratique-compradore-terrienne la plus réactionnaire, dans les pays dominés.

    moncef marzouki3°/ Pour ce qui est des autres classes possédantes, les courants 'libéraux-démocrates', 'libéraux-conservateurs' et 'occidentalophiles' représentent plutôt la bourgeoisie compradore classique ; les 'conservateurs religieux de régime' (type 'oulémas', comme le PJD désormais au pouvoir au Maroc, à ne surtout pas confondre avec les 'islamistes') expriment le 'fond féodal' et arriéré de la société ; et les 'démocrates' et la 'gauche' sont les représentants de la bourgeoisie nationale de type urbaine-éduquée (professions libérales, enseignants et  universitaires, intellectuels divers etc.). Les masses populaires laborieuses, en l’absence de Parti révolutionnaire authentique, sont amenées (en fonction, souvent, de leur situation géographique – ville, campagne ou bidonvilles (‘paysans en exil’), ou de leur ‘capital intellectuel’ – niveau d’éducation) à suivre l’une ou l’autre de ces tendances ; hormis le soutien idéologique aux régimes (le soutien clientéliste/tribal, lui, est omniprésent), qui existe un peu dans les monarchies (légitimité historique et ‘divine’) et pratiquement pas du tout (en tout cas plus) dans les républiques – celles-ci n’ont, de toute façon, pas vraiment d’idéologie, sinon ‘Longue vie au raïs’ et ‘Mort à ces salauds de sionistes qui occupent Al-Qods’ (mais que l’on ne se risquera pas à aller attaquer…).

    hamas-qatar4°/ Dans certains pays ayant accumulé de grandes masses de capitaux à travers l’exportation de leur production nationale (notamment pétrolière ou gazière), comme l’Arabie saoudite (qui ‘protectoralise’ de fait les autres émirats du Golfe), le Qatar (seul à ne pas être ainsi ‘protectoralisé’), l’Iran ou encore le Pakistan ou la Turquie, l’oligarchie bureaucratique ou une fraction de celle-ci, ou encore des oligarques ‘à titre privé’, cherchant à exporter les capitaux sur-accumulés, peuvent commencer depuis quelques dizaines d’années à mener une politique ‘expansionniste’ relativement ‘autonome’ de l’impérialisme dominant (généralement occidental, sauf pour l’Iran), voire en contradiction avec celui-ci. Ces politiques vont généralement s’appuyer, dans les différents pays, sur des forces ‘islamistes’ : Frères musulmans (dont le Hamas palestinien) pour le Qatar, qui en héberge de nombreux militants depuis les années 1950, ou encore pour l'AKP turc (ex-branche locale de la Confrérie) ; salafistes pour l’Arabie saoudite et les oligarques des autres émirats du Golfe ; ‘radicaux’ chiites mais aussi, parfois, sunnites – Jihad islamique palestinien – pour l’Iran, etc. Des capitaux oligarchiques privés du Golfe et de toute la région arabe (parfois sous forme d''ONG') alimentent la 'nébuleuse Al-Qaïda'.

    ali-khamenei-with-the-sepah-pasdaran-marching-iranEn Iran, nous avons l'exemple-type d'une partie de la classe bureaucratique (armée, administration, cadres supérieurs de monopoles productifs etc.) de l'ancien régime (Pahlavi) qui est 'passée' au service de la nouvelle 'république islamique' ; et d'une fraction de la bourgeoisie nationale (le bāzār) et du clergé 'contestataire' qui s'est muée en nouvelle caste bureaucratique, au travers notamment de la gigantesque armée/entreprise des Gardiens de la Révolution (Pasdaran) ; en 'réalignant' les allégeances impérialistes (globalement : "tout sauf les USA et leurs satellites", alors que le shah Pahlavi était farouchement pro-US ; il y a à présent une fraction pro-européenne autour d'Hachemi Rafsandjani et Mir Hossein Moussavi et une fraction pro-russe et pro-chinoise autour du 'guide' Khamenei et du président Ahmadinejad) et en développant une politique de 'trublion' régional.

    Le même phénomène s’est, très certainement, reproduit en Égypte ou encore en Tunisie après les récentes ‘révolutions’, une part conséquente de l’appareil bureaucratique voyant dans les Frères musulmans locaux un ‘moindre mal’ (préservant leurs privilèges) ; sans même parler de la Libye où, devant la perte de contrôle de la situation par Kadhafi, les ‘rats’ ont ‘quitté le navire’ en masse et rallié la rébellion (précipitant, devant la présence d’‘hommes sûrs’ et connus, l’intervention occidentale).

    Car dans tous les cas, socialement conservatrice voire réactionnaire (donc opposée aux classes populaires et à leurs revendications économiques et démocratiques), la bourgeoisie nationale 'islamiste', si elle arrive au pouvoir, est vouée à se transformer très rapidement en nouvelle caste bureaucratique au service de l'impérialisme (éventuellement, d'un impérialisme rival du précédent 'suzerain'), et/ou d'une politique expansionniste régionale comme désormais celle de l'Iran ou encore de la Turquie AKP, de l'Arabie saoudite ou du Qatar. C’est ainsi que cette fraction de la bourgeoisie nationale assouvit ses appétits frustrés de classe (quant aux autres… et bien ils restent ‘bourgeois nationaux’ et râlent contre les ‘nouveaux oligarques’ ; c’est ainsi qu’Ahmadinejad a été élu en Iran en 2005)… L'on peut voir cela, chaque jour qui passe, là où les 'islamistes' sont arrivés au pouvoir depuis les grandes révoltes de 2011 : en Tunisie, en Égypte, en Libye, sans parler de la violente oppression imposée par les jihadistes aux masses populaires du Nord du Mali, ou encore des milices chiites pro-iraniennes et des salafistes sunnites 'pro-Golfe' qui s'entre-tuent et égorgent la population aujourd'hui en Syrie, comme hier en Irak…

    may-day-amman

    Telle est la seule compréhension authentiquement marxiste, dialectique, de la thèse fondamentale sur le capitalisme bureaucratique.

     


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  • La proposition du ministre de l’Éducation ‘socialiste’ Vincent Peillon de rétablir, à l’’école de la République’, l’enseignement de la ‘morale’ laïque, n’est pas seulement un ‘serpent de mer’ récurrent de la ‘classe politique’ bourgeoise depuis 20 ans voire plus : elle est aussi une question sur laquelle nous allons voir se mettre en place une ligne de démarcation essentielle au sein des forces qui s’affirment ‘anticapitalistes’, ‘radicales’ voire ‘révolutionnaires’. Nous allons voir, de manière très nette, une très grande majorité de ces forces faire un silence quasi-total sur cette question, considérée comme ‘sans importance’, comme ‘une diversion des sociaux-libéraux’ pour ‘camoufler julesferryles vrais problèmes’ qui sont ‘ailleurs’ – comme si, dans une société, dans une organisation sociale fondée sur un mode de production (le capitalisme), pouvait exister un ‘ailleurs’ et des ‘cloisons’ étanches entre les ‘problèmes’.

    En réalité, c’est de TOUS TEMPS qu’en Hexagone, la question de l’’école républicaine’ (en général) est une ligne de démarcation fondamentale entre, d’un côté, les authentiques révolutionnaires et de l’autre, les réformistes, les sociaux-républicains, les ‘sociaux-BBR’. Pour les seconds, l’’École républicaine’ (et la 'République' en général) est un ‘idéal’ détaché de toutes contingences du réel et, surtout, de tout CONTENU DE CLASSE ; elle est en soi une ‘bonne chose’, une 'grande avancée républicaine', mais elle est ‘corrompue’ par le reste de la société (dont elle pourrait, manifestement, s''abstraire', être 'en dehors' ou 'au dessus', c'est selon…) : le ‘manque de moyens’ (plus ou moins 'sciemment' voulu par les gouvernants) ; les ‘inégalités’ sociales de la société capitaliste qui s'y répercutent ; et les ‘intérêts privés’, ‘marchands’, qui la détourneraient de sa ‘mission’ de 'diffusion universelle du savoir'… Pour les premiers, en revanche, révolutionnaires dignes de ce nom, l’’école républicaine’ a au contraire un contenu et une FONCTION de classe : c’est un instrument de la classe dominante, donc CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE, un outil d’encadrement idéologique des masses dès le plus jeune âge, pour en faire de ‘bons citoyens’, de ‘bons La Guerre aux pauvres commence à l’école : sur la morale laïque (entretien avec Ruwen Ogien sur le site Questions de Classe(s))petits soldats’ de la production capitaliste (et, hier, de ‘bons petits soldats’ de la ‘Patrie’ tout court !), sélectionnant au long du parcours scolaire, par la ‘méritocratie’ (capacité à assimiler les valeurs et à lécher les bottes du système...) ceux et celles qui auront la ‘chance’ de devenir des 'cadres' de l’exploitation, ou d’accéder à des boulots ‘pas trop mal payés’, et ceux/celles qui resteront dans la ‘vile multitude’ des futur-e-s chômeurs/euses et précaires, 'stagiaires à vie' et 'intérimaires professionnels', manutentionnaires, équipiers/ères McDo ou carrément 'cas sociaux'… détruisant psycho-socialement ainsi des millions d’enfants et d’adolescents à chaque génération. Tel est le rôle qui lui a été assigné, explicitement, dès sa création en 1881 par l’’icône’ de la ‘gauche’ bourgeoise, paternaliste et coloniale Jules Ferry : « Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. [...] Si cet état des choses se perpétue, il est à craindre que d'autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871.  » [NDLR - il parle de la Commune de Paris, évidemment… Ferry était également un fervent défenseur de l’expansion coloniale (et bien sûr, logiquement, de la liquidation des ‘patois’ dans l’Hexagone multinational), un ‘florilège’ de ses propos à ce sujet est disponible sur la page Wikipédia qui lui est consacrée]. Tel est le seul rôle que peuvent lui reconnaître ceux et celles qui ont compris Gramsci, ceux et celles qui ont compris la théorie de l’hégémonie intellectuelle/culturelle en société capitaliste avancée.

    Si l’enseignement compte un grand 400px-SpeakFrenchBeCleannombre de personnes progressistes sincères, et même (historiquement) de nombreuses personnes révolutionnaires dans ses rangs, contrairement – par exemple – à des corps purement répressifs comme la police, l’armée de métier ou la ‘justice’, il faut bien dire que la contradiction, pour ces personnes, entre leurs convictions politiques profondes et leur fonction sociale réelle est un ‘grand écart’ souvent insoutenable (le corps enseignant est sans doute, de toutes les catégories professionnelles ‘relativement aisées’, celle qui compte le plus fort taux de dépressions et de suicides). L’idée-force, pour les communistes d’aujourd’hui (armés de l’expérience), devrait être qu’une personne enseignante qui devient révolutionnaire doit rester dans l’enseignement pour y mener l’agitation et la propagande ‘de l’intérieur’, mais qu’une personne déjà révolutionnaire ne peut et ne doit pas chercher à devenir enseignante : ce serait une contradiction intenable pour son identité politique, et cela n’aurait aucun intérêt.

    Il faut dire que, depuis qu’un mouvement communiste – en tout cas, affirmé comme tel – existe en Hexagone (1920), une réelle critique révolutionnaire de cet instrument ‘républicain’ d’encadrement idéologique des masses n’a vraiment été menée qu’à deux époques : légèrement dans les années d'entre-deux-guerres, avec la Fédération Unitaire de l’Enseignement de la CGTU ou le courant ‘oppositionnel de gauche’ (d’origine syndicaliste-révolutionnaire et anarcho-syndicaliste) École émancipée (d’ailleurs présent et puissant sois-jeune-et-tais-toi.jpgau sein de la FUE jusqu’en 1936) ; et puis, bien sûr, au moment de Mai 68 et dans les années qui ont suivi : c’est là que la remise en cause du ‘dogme’ de l’’école républicaine’ – entre temps canonisée par la SFIO et le PCF… – a été la plus massive et radicale. Malgré le reflux du mouvement, au milieu des années 1970, cette critique radicale a en partie porté ses fruits : le système scolaire, à partir de cette époque, s’est ‘libéralisé’, ‘décorseté’ ; mais sur une ligne ‘libérale-libertaire’ et/ou en amenant les choses sur le terrain de la psychanalyse à la Françoise Dolto : ‘l’enfant est une personne’, il faut ‘veiller à son épanouissement’ et être ‘à son écoute’, pas seulement dans une posture d’’autorité’, etc. etc. Et, depuis les années 1990, cette libéralisation (entre autres choses) est bien entendu la cible de tous les discours réactionnaires voulant ‘en finir avec Mai 68’, ‘mot d’ordre identitaire’ de toute la droite et l’extrême-droite de l’éventail politique bourgeois. Mot d’ordre auquel la proposition de Peillon, encore une fois, vient signer le ralliement du PS (pourtant, à l’origine, ‘fils’ idéologique libéral-libertaire de Mai 68 s’il en est).

    Pour les révolutionnaires qui ont compris le rôle d’encadrement idéologique, d’hégémonie intellectuelle au service du Capital que joue l’’école républicaine’, qui ont compris Gramsci et ne voient donc pas dans la ‘morale’ (les valeurs dominantes) un sujet sans intérêt, mais au contraire un élément fondamental du maintien de l’ordre social établi, la réintroduction (même ‘light’) de la ‘morale’ plus_d-ecole_prison_mai68.jpgdans les salles de classe n’est donc pas un ‘non-évènement’ et une ‘diversion’ sans importance : c’est, même s’il y a effectivement d’autres choses et des plus importantes, un marqueur d’une tendance historique à la ‘réaction tous azimuts’, à la guerre de classe ‘décomplexée’ de la bourgeoisie contre les masses populaires ; tendance encore illustrée récemment par Jean-François Copé avec son appel à un ‘nouveau 1958’ ; et cela doit être combattu, la ‘libéralisation’ de l’enseignement scolaire dans les années 1970-80, malgré ses grandes limites, devant être considérée comme une victoire des masses populaires en lutte des ‘années 68’.

    Le point de vue progressiste qui suit est celui de Ruwen Ogien, un de ces ‘philosophe-sociologue’ typique de la gauche 'radicale' bourgeoise (comme au demeurant le site sur lequel il est publiée) : il reprend donc, à bien des égards, les points de vue de la position réformiste (l’école "manque de moyens", les ‘vrais problèmes sont ‘sociaux’, la proposition de Peillon est un ‘écran de fumée’ ; comment enseigner "les valeurs suprêmes de la République, liberté, égalité, fraternité" dans "un système qui cultive la concurrence acharnée entre les élèves et les établissements", etc. etc.). Néanmoins, il a le mérite de pointer, mieux que d’autres de la même 'famille de pensée', les dimensions idéologiques de la réintroduction de la ‘morale’ (‘républicaine’ bourgeoise) dans les programmes scolaires : c’est en cela qu’il est intéressant et que nous vous le présentons.

    Source

    Questions de classe(s) - Avec La Guerre contre les pauvres commence à l’école : sur la morale laïque (Grasset, 2013, 168 p., 14,50 €) vous nous proposez un livre « sur » l’actualité qui s’ouvre en montrant que ce retour prôné par Vincent Peillon est tout sauf original et qu’il s’inscrit à la fois dans la nostalgie de l’école d’antan et dans le mouvement de revanche contre « l’esprit 68 » déjà porté par ses prédécesseurs. La nouveauté serait surtout que Vincent Peillon pourrait réussir à convertir la gauche au conservatisme scolaire, comme elle s’est convertie au libéralisme ou à la pensée sécuritaire...

    Ruwen Ogien - Ce que la pensée conservatrice a de plus frappant, c’est sa vision moraliste des urgences politiques. Pour ceux qui la propagent, le problème principal de nos sociétés n’est pas l’accroissement considérable des inégalités de richesse et de pouvoir, le traitement inhumain des immigrés sans papiers, ou les atteintes à la vie privée par le fichage clandestin et la surveillance illégitime des communications. Non. Ce qui les préoccupe, c’est l’effondrement d’un certain ordre moral fondé sur le goût de l’effort, le sens de la hiérarchie, le respect de la discipline, le contrôle des désirs, la fidélité aux traditions, l’identification à la communauté nationale, et la valorisation La Guerre aux pauvres commence à l’école : sur la morale laïque (entretien avec Ruwen Ogien sur le site Questions de Classe(s))de la famille « naturelle » et hétérosexuelle. Logiquement, la priorité, pour les conservateurs, n’est pas d’améliorer la condition économique des plus défavorisés, ou de mieux protéger les droits et les libertés de chacun. Elle est de restaurer cet ordre moral.

    Le projet de ramener la morale « laïque » à l’école séduit manifestement beaucoup de monde, à droite comme à gauche. Il repose cependant sur une idée profondément conservatrice : le problème principal de l’école ne serait pas qu’elle manque de moyens matériels, et qu’elle est incapable, aujourd’hui, de compenser les injustices causées par un système économique et social profondément inégal. Non. Le problème, c’est l’immoralité des élèves, plus exactement l’immoralité des élèves des quartiers défavorisés ! Car pourquoi auraient-ils besoin de cours de morale, s’ils étaient déjà moraux ?

    En affirmant que la France a besoin d’un « redressement moral » avec des accents réactionnaires un peu gênants pour tous ceux qui veulent soutenir ce gouvernement, l’actuel ministre de l’Éducation nationale, dont les engagements à gauche sont pourtant incontestables, consacre l’hégémonie de la pensée conservatrice sur le sujet de l’école, comme d’autres ministres de gauche l’ont consacrée, par leurs déclarations, sur l’immigration ou la sécurité. C’est une tendance qu’il faut, je crois, essayer de combattre sans se lasser.

    Q2C - Ce qui distingue aussi le projet de Vincent Peillon de celui de ses prédécesseurs, c’est l’adjectif « laïque » accolé au terme de morale. Comment comprendre cette démarche et ses impasses ?

    R. O - Il ne faut pas être naïf. On ne peut pas ignorer ce que sont devenus les mots « laïque » et « laïcité » dans le débat public aujourd’hui.

    Loin d’exprimer la défense de la justice sociale, des droits et des libertés individuelles, comme ce fut le cas à certains moments de l’histoire, les mots « laïque » et « laïcité » servent à glorifier la Nation et ses « traditions » (gros rouge et saucisses de cochon, entre autres), et de discréditer les minorités religieuses qui ont le « culot » de revendiquer l’égalité dans la possibilité de s’exprimer publiquement et de vivre selon leurs propres habitudes culinaires ou vestimentaires.

    femme-voileePour éviter ce danger, il faudrait dire et répéter que l’usage public des mots « laïque » et « laïcité » ne vise nullement à étouffer le pluralisme des mœurs, la diversité des habitudes culinaires et vestimentaires, à rejeter les revendications présentes à l’expression publique des minorités religieuses, ou à stigmatiser telle ou telle population déjà défavorisée. Ce que le ministre ne fait pas suffisamment à mon avis.

    C’est pourquoi je me suis permis de suggérer que son projet peut parfaitement être compris comme visant en priorité, les jeunes des quartiers défavorisés, généralement accusés d’être trop sensibles à l’appel de l’intégrisme religieux musulman, d’être trop violents et trop incivils, des jeunes dont tout le monde semble penser qu’il serait urgent de les « discipliner », et de les ramener dans le « droit chemin » de l’uniformité républicaine.

    En effet, même si sa portée est plus large dans l’esprit du ministre, c’est ainsi que son projet d’enseignement de la morale laïque est généralement interprété, et c’est ce qui explique pourquoi il suscite un tel enthousiasme, même à l’extrême droite… et même chez les croyants catholiques !

    Selon un sondage IFOP effectué du 4 au 6 septembre 2012, après que Vincent Peillon ait annoncé pour la première fois son projet d’un enseignement de morale laïque, 86% des catholiques étaient pour des cours de morale laïque ! (Dimanche Ouest-France, 8 septembre 2012). C’est quand même significatif. Même les plus catholiques semblent apprécier la laïcité lorsqu’elle est comprise ainsi !

    En fait, le ministre de l’Éducation nationale n’a probablement pas l’intention, par son projet, de stigmatiser une population Il vise plutôt à obtenir une sorte de consensus sur ses projets de réforme de l’école, et il sait que l’idée d’un retour de la morale peut servir de base à ce consensus, parce qu’elle est approuvée par la majorité des citoyens. Mais le danger politique de voir la morale dite « laïque » mise au service de la stigmatisation des musulmans existe clairement à mon avis.

    Q2C - L’ouvrage aborde cet enseignement de la morale d’un point de vue philosophique. Mais c’est aussi une réflexion pédagogique puisque vous y poser la question de la possibilité d’un tel enseignement, de ses modalités et surtout de son efficacité. Quelle conclusion en tirez-vous ?

    R. O. - Le projet de faire revenir la morale à l’école part du postulat que la morale peut s’enseigner au moyen de cours et d’examens, comme si c’était une connaissance théorique du même genre que la physique - chimie ou l’histoire - géographie.

    amour du travailIl ne tient pas compte du fait que ce postulat n’a rien d’une vérité d’évidence, et qu’il est disputé depuis l’antiquité. La morale peut-elle s’enseigner ? Et si son enseignement est possible, doit-il se faire de façon magistrale au moyen de cours et d’examens ? Ne consiste-t-il pas plutôt à montrer l’exemple, et à donner l’envie de le suivre ? Les examens de morale devront-ils vérifier, la connaissance de l’histoire des idées morales, celle des principes de la morale, ou la moralité des conduites de l’élève ? L’élève devra-t-il seulement montrer qu’il sait ce qu’est la vertu, ou devra-t-il prouver qu’il est devenu vertueux grâce au programme ?

    Toutes ces questions philosophiques se ramènent en fait à une seule plus terre-à-terre : l’enseignement de la morale laïque devra-il ressembler à celui des sciences naturelles ou de la natation ? Savoir nager ne consiste évidemment pas à être capable de décrire les mouvements de la brasse sur une copie d’examen ! Et si apprendre la morale laïque, c’est comme apprendre à nager, si c’est la transformation des conduites de l’élève qui est visée, comment sera-elle évaluée ? En soumettant l’élève à des tentations (tricher, voler, mentir, tromper, etc.) pour voir s’il y résiste ? En instaurant une surveillance permanente des élèves en dehors de l’école par des agents spécialisés ? En construisant des confessionnaux « laïques » où l’élève devra avouer au professeur de morale ses péchés contre le « vivre ensemble » ou le bien commun ?

    Finalement, lorsqu’on s’interroge sur la possibilité même d&rsquo