• À première vue, l'affirmation de Gonzalo


    ... selon laquelle la définition du fascisme n'est pas à rechercher dans le degré de violence, mais dans le CORPORATISME, la négation de la lutte et la recherche de la collaboration entre les classes (lire ici par exemple) ; est de nature à surprendre.

    Alors bon, comme on a déjà eu plusieurs fois l'occasion de le dire dans les pages de ce site, il y a le contexte : en héritier de Mariátegui (qui le disait déjà), Gonzalo rappelle que dans un pays semi-colonial et marqué par des rapports sociaux féodaux tel que le Pérou, la démocratie libérale bourgeoise ne PEUT PAS réellement exister, et que dès lors qu'entrés dans la modernité avec un capitalisme bureaucratique, tous ces pays sont quelque part "fascistes". Et périodiquement, face à une crise marquant les limites d'un cycle, le capitalisme bureaucratique s'y réorganise, souvent à travers des régimes de "spectacle" populiste comme typiquement le péronisme en Argentine. Le Parti communiste du Pérou de Gonzalo s'est ainsi grandement construit sous et face à une junte militaire "de gauche" (Velasco, 1968-75), qui avait procédé à des nationalisations, une réforme agraire et s'était rapprochée de Cuba et de l'Union soviétique. Qualifier ce régime de "fasciste" ou "social-fasciste" était, pour bien placer les choses dans leur contexte, un moyen de dire que les communistes luttent pour la révolution démocratique qui signifie le POUVOIR DU PEUPLE et qu'un régime de réformes bureaucratiques "par en haut" n'est pas cela ; de tracer une ligne de démarcation claire avec les autres Partis "communistes" révisionnistes qui le soutenaient ; et de forger un Parti de cadres en acier trempé, ne recrutant que les éléments les plus déterminés et insusceptibles de dérives réformistes, afin de lancer plus tard la Guerre populaire... le jour (17 mai 1980) des premières élections "démocratiques" depuis plus de 15 ans, qui devaient ramener au pouvoir le vieux routard conservateur Belaunde Terry.

    Mais ces propos de Gonzalo, lorsqu'il les tient, n'ont clairement pas vocation à être uniquement contextuels. C'est bien de manière générale qu'il affirme "incomplète" la définition classique du fascisme par le mouvement communiste (Dimitrov). Et à bien y réfléchir... il est effectivement possible de percevoir en ce qu'il dit une portée universelle.

    Car ce dont Gonzalo cherche peut-être à nous parler par là, c'est de la possibilité d'un "fascisme sans fascisme", un fascisme sans terreur répressive réactionnaire ouverte ni "spectacle" totalitaire militarisé ; et il se pourrait bien que ce fascisme... soit ce dans quoi nous vivons sans même nous en rendre compte.

    Concrètement : un dispositif total de contre-révolution préventive qui ne nécessite plus d'être modernisé radicalement par un fascisme "révolutionnaire" ; où si un "tour de vis" répressif est nécessaire, il sera tranquillement effectué par l’État sans besoin d'un changement spectaculaire de régime ; où il n'y a pas besoin que le FN (par exemple) prenne le pouvoir et organise des défilés aux flambeaux de chemises bleues marines sous le regard de la Führer (du samedi soir ?) trônant sur une tribune monumentale ; le PS ou les Républicains, ou la République En Marche (encore mieux car "prenant le bon à droite et à gauche") pouvant mettre en œuvre toutes les mesures "fascistes" nécessaires au Capital tout en conservant les formes de la "démocratie" bourgeoise et de l'"État de droit" parlementaire.

    Voilà l'interprétation possible de sa position qui est potentiellement très intéressante. Loin (très loin), bien sûr, de certains gauchistes qui s'en réclament (ici, lesmaterialistes.com) et pour lesquels ne seraient finalement "fascistes" que les régimes qui de par le monde tentent un peu de défier l'impérialisme occidental (Venezuela de Chavez, typiquement), tandis qu'ici, ne serait fasciste que l'extrême-droite déclarée type Front National et il faudrait, par antifascisme, voter Macron !

    Peut-être, en réalité, que pour parler de fascisme nul n'est mieux placé que l'un de ses admirateurs déclarés, le général argentin Juan Perón :

    "Le fascisme italien a conduit les organisations populaires à une participation effective dans la vie nationale qu'elles n'avaient jamais connues auparavant. Avant l'accession de Mussolini au pouvoir, il y avait la nation d'un côté, et les travailleurs de l'autre ; et les seconds n'avaient strictement aucune implication dans la première. (...) Je me suis alors dit que ceci devait être la forme politique du futur, c'est-à-dire la véritable démocratie populaire, la véritable démocratie sociale."

    Inclure (en apparence) le "bon peuple", qui dans le même temps de pur producteur devient aussi consommateur (réalisateur de la valeur ajoutée, du profit), dans le corps légitime de la nation bourgeoise, voilà ce qui a été la grande œuvre politique du 20e siècle, tant de la part de la social-démocratie ou du social-libéralisme "citoyen" que du fascisme...

    Il y a une situation capitaliste pré-fasciste que décrit Perón, où la nation est foncièrement la nation de la classe bourgeoise et les masses travailleuses n'en font pas réellement partie, et ne s'y identifient d'ailleurs pas vraiment ; situation que la première crise générale du capitalisme (des années 1870 à la Seconde Guerre mondiale), avec ses guerres mondiales etc. vient rendre impossible. Le fascisme (en Italie et dans un certain nombre de pays) répond alors à cette problématique et permet de surmonter la crise et sa situation révolutionnaire à l'ordre du jour* ; pour déboucher sur un système capitaliste rénové où les masses laborieuses sont désormais pleinement inclues (en mode corporatiste, "association Capital-Travail", "si l'entreprise va bien les salariés vont bien", producteurs ET consommateurs sur le modèle fordien) dans la "société civile" (Gramsci). 

    La "métropole comme usine totale"... Dans l'État français, on pourrait presque faire remonter les prémisses de cette logique à l'idéologie républicarde de la IIIe République, de la "Belle" Époque ; raison pour laquelle peut-être, hors la situation exceptionnelle de l'occupation allemande, il n'y a pas eu besoin d'un régime proprement fasciste ! [lire ici]

    Et c'est vrai que si l'on écarte cet aspect "corporatiste", et d'entrée du capitalisme dans une nouvelle ère en surmontant sa première crise générale, pour ne garder que l'aspect violent, il peut être difficile de distinguer le fascisme de n'importe quelle "terreur blanche" antérieure. Les Versaillais ont massacré plus de Communards en une semaine sanglante de mai 1871, que le régime de Vichy et l'occupant nazi de résistants pendant toute la Seconde Guerre mondiale : la violence ne peut donc suffire à elle seule à définir le fascisme, et d'ailleurs, comme le dit également Gonzalo, la révolution est elle aussi violente et il y a là le danger d'un antifascisme purement moraliste, et non scientifique et politique.

    Si une certaine confusion semble, donc, se dégager des propos de Gonzalo, si l'on serait tenté de lui rétorquer que sa définition du fascisme comme corporatisme pourrait tout aussi bien s'appliquer à la social-démocratie, au social-christianisme, à toutes les formes de travaillisme et de keynésianisme, à la société de consommateurs de manière générale, c'est peut-être... que confusion il y a ; et qu'il cherche à exprimer sa peine à voir la différence entre le fascisme et la "démocratie" bourgeoise post-première crise générale ! Si l'on voulait encore prolonger et approfondir sa pensée ici, en terre occidentale, on pourrait peut-être ajouter que la blanchité, le confort de la "zone de l'être" (Fanon), joue bien sûr un rôle essentiel dans la construction de ce lien corporatiste entre travailleurs et exploiteurs (et du coup, si des millions d'"ambassadeurs" de la "zone du non-être" font irruption dans la citoyenneté légale... il y a un problème).

    Le fascisme explicite, militarisé, de terreur répressive s'est développé à la suite du coup de tonnerre d'Octobre 1917 face à des Partis communistes organisés et déterminés, conscientisés et armés d'une conception du monde.

    À quoi pourrait bien servir un tel fascisme en Occident aujourd'hui, alors que règne le néant politique et idéologique, le tout se vaut et on s'en fout de tout, le comprend-rien-à-rien ; que le dernier argument politique disponible est "ta gueule"  ; et que la gauche dite radicale n'est même pas capable de voir le problème avec ce qu'elle soutient en Syrie, la ligne politique d'Öcalan et le fait que celle-ci dirige la lutte qu'elle encense, rappeler ces évidences marxistes et léninistes étant être un connard ?

    Les droites radicales populistes, comme le FN dans l’État français, sont elles-mêmes moins des "partis fascistes" au sens de l'entre-deux-guerres que des organes de lobbying pour un "tour de vis" sécuritaire et éventuellement un réalignement géopolitique (contre l'alignement inconditionnel sur la superpuissance US) ; des mauvaises herbes nauséabondes qui fleurissent sur ce terreau en décomposition, des symptômes de ce néant intellectuel, au "croisement" (comme nous avons déjà pu le dire) de la déshérence sociale et du privilège blanc ; en réalité, seuls quelques petits groupes d'extrême-droite (très marginaux) de type Casapound font réellement de la politique (et connaissent pour cela, pour cette même raison, la même marginalité que les communistes révolutionnaires).

    C'est à ce terreau de néant intellectuel et politique qu'il faut en réalité principalement s'attaquer aujourd'hui, plus qu'à l'extrême-droite populiste symptôme. L'"antifascisme" aujourd'hui, c'est peut-être tout simplement la bataille pour le MATÉRIALISME et la POLITIQUE, contre la dictature du rien !!


    [* Insurrection du capitalisme contre sa propre crise générale tel que l'a en dernière analyse défini SLP il y a quelques années, avec sur le plan économique un pragmatisme selon le diagnostic de cette crise : dans l'entre-deux-guerres c'était donc plutôt "trop de laisser-faire-laisser-passer" et d'indifférence envers les travailleurs, donc souvent des discours interventionnistes/"socialisants" voire "anticapitalistes", alors que dans la nouvelle crise depuis les années 1970 c'est plutôt "trop de bureaucratie-charges-assistanat" qui domine...

    CONCRÈTEMENT, en Occident :

    - le capitalisme connaît une première grave crise, une première phase de sa première crise générale dans les années 1870-80, dont il sort par le partage impérialiste total de la planète ;

    - MAIS ceci ne fait que conduire à la guerre impérialiste totale (tout un tas de petits conflits qui culminent dans la Première Guerre mondiale), et surtout à une deuxième phase de la première crise générale, encore plus terrible, qui culmine en 1929 et dans la Grande Dépression qui suit : il surmonte cela, comme nous venons de le voir, par les fascismes ou alors les politiques keynésiennes ;

    - MAIS l'"économie sociale de marché" (et la société de consommation) sur laquelle cela débouche montre elle aussi ses limites avec la nouvelle crise générale qui éclate dans les années 1970 : là, les politiques interventionnistes antérieures sont "diagnostiquées" comme "le problème" et l'on s'achemine vers des politiques économiques dites "néolibérales", tout en gardant les sociétés fermement encadrées dans un dispositif de contre-révolution préventive totale ; avec comme épiphénomène de la crise et "groupe de pression", à la fois think tank et "épouvantail" pour mener les pires politiques réactionnaires au nom de la "démocratie", la "montée" des "populismes" d'extrême-droite...

    Dans les pays semi-coloniaux, "indépendants" dès l'entre-deux-guerres ou accédant à l'"indépendance" après la Seconde, le capitalisme bureaucratique au service de l'impérialisme se met d'abord en place à travers le même type de politiques dirigistes-étatistes que les fascismes et les keynésianismes occidentaux des mêmes années 1920 à 1970 ; puis à partir de 1975-80, au plus tard après la chute du bloc soviétique auquel certains étaient liés, s'impose là aussi le "néolibéralisme", parfois (assez souvent) associé au début à une "contre-subversion" ultra-violente ; avant le retour ici et là (années 2000) de gouvernements "de gauche" (Venezuela etc.)... ou même pas, "challengeant" l'impérialisme occidental hégémonique en se liant à la Russie et/ou à la Chine, au "nouveau tiers-mondisme" des "BRICS" etc., sans cependant faire en termes de "rupture" avec le capitalisme et l'impérialisme ne serait-ce que du Salvador Allende ; et la tendance des dernières années semble montrer une dynamique de "reprise en main" occidentale de tout cela (déstabilisation et quasi-capitulation de la "révolution" au Venezuela, liquidation par le successeur de Correa en Équateur, chute du PT de Lula-Dilma par un "coup d’État légal" au Brésil et du kirchnerisme par défaite électorale en Argentine ; renversement de Mugabe au Zimbabwe et maintenant démission de Zuma en Afrique du Sud ; dégagement électoral programmé d'Erdogan en Turquie, qui n'a d'ailleurs même pas mené de politique vraiment anti-occidentale et encore moins anti-"néolibérale", pas plus qu'Assad entre 2000 et 2011 d'ailleurs ; sans même parler de la "réorganisation de palais" en Arabie saoudite ; le tout dans une ambiance en développement de "nouvelle Guerre froide" contre la Russie et l'Iran).]

    À première vue, l'affirmation de Gonzalo

    [En fait, si l'on osait (bon, osons !), l'on pourrait dire que Gonzalo et le PCP nous fournissent des thèses et des enseignements précieux mais souvent sans s'en rendre compte, sans tout à fait les conceptualiser ainsi, et donc sans les formuler aussi clairement que nous allons le faire.

    L'enseignement, par exemple, qu'avant d'être soumis à l'impérialisme yankee le Pérou est et reste une SOCIÉTÉ COLONIALE (lire ici), avec une élite de colons principalement euro-descendants (+ quelques Syro-Libanais ou Japonais comme Fujimori) détachés de la métropole espagnole en 1820, et une masse ouvrière-paysanne indigène ou métisse à dominante indigène (ou parfois afro-descendante) colonisée ; et que les guéguerres politiciennes au sein de la première n'intéressent au fond pas la seconde et ne sont pas sa libération.

    Il n'y a pas d'autre interprétation possible de l'affirmation (encore dans ce texte de 1987) que "la révolution démocratique a trois cibles : l'impérialisme, le capitalisme bureaucratique et la semi-féodalité, l'une d'entre elles devenant la cible principale selon le moment que traverse la révolution", et que ("actuellement", au moment du texte) "dans cette période de guerre agraire, la cible principale est la semi-féodalité" : la semi-féodalité qui, au Pérou, est totalement synonyme de propriété coloniale ; à combattre donc en priorité, au lieu de considérer que la contradiction principale opposerait simplement "la Patrie" (l'élite des colons inclue !) aux "Yankees", et donc que n'importe quel discours ou politique anti-yankee serait valable. 

    L'enseignement, aussi, que dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux, "droite" et "gauche" ne veulent au fond rien dire et qu'il faut combattre dans le mouvement communiste l'opportunisme à ce sujet : selon le même texte, il y a au Pérou une contradiction entre un capitalisme (impulsé par et au service de l'impérialisme) "bureaucratique", monopoliste étatique, et un capitalisme comprador monopoliste non-étatique (privé), le premier donnant finalement (ce n'est pas dit clairement dans le texte mais on le comprend) "la gauche" et le second "la droite". Il n'y a en fait JAMAIS eu, en Amérique latine, de véritable "gauche" non-communiste-prolétarienne mais bourgeoise-nationale et petite-bourgeoise démocratique AU POUVOIR, sauf peut-être à Cuba en 1959, avant d'être poussée par l'intransigeance US vers un "marxisme" révisionniste et l'arrimage au social-impérialisme soviétique, et peut-être encore au Chili avec l'expérience Allende (1970-73) ou au Nicaragua sandiniste (1979-90) : "la gauche" ça n'a en réalité jamais été que la fraction étatiste-"nationalisatrice", bureaucratique de l'oligarchie capitaliste semi-coloniale et de la propriété terrienne semi-féodale, opposée à la fraction compradore attachée à la propriété privée des capitaux (postérieurement au texte, à partir de 1998, il y a eu les expériences "bolivariennes"-"socialistes du 21e siècle" qui pourraient être qualifiées disons de "dialectique complexe" entre l'une et l'autre de ces deux "gauches" capitalisme-bureaucratique-des-pays-domines-pretendu-fascisme, la seconde prenant cependant - et évidemment - le pas au final...).

    Cet enseignement est notamment FONDAMENTAL pour, loin de l'Amérique latine, analyser la situation dans les pays arabes et plus largement musulmans de la "région intermédiaire" (de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale en passant par le Proche et Moyen Orient) ; le capitalisme bureaucratique et même comprador (privé) y étant généralement, sauf dans la Péninsule arabique et le Golfe, foncièrement associé au "modernisme" et à la "sécularisation", à l'adoption des "valeurs" occidentales, donc "de gauche" dans une lecture ainsi simpliste ; tandis que la bourgeoisie nationale "conservatrice" vis-à-vis des valeurs de l'islam, voire "obscurantiste", y serait "naturellement" classifiée "de droite" : là encore, ce dont il faut se souvenir est en fait un principe de base du marxisme, à savoir que ce qui compte est L'ANALYSE DE CLASSE des phénomènes et des forces politiques et non des notions subjectives et idéalistes telles que "gauche" et "droite", "progressiste" ou "réactionnaire" etc. etc., sous peine de tomber dans l'opportunisme le plus total comme les innombrables "marxistes" ou "socialistes" égyptiens qui ont soutenu le coup d’État fasciste de Sissi en 2013[Lire à ce sujet cet excellent texte de Joseph Massad]

    Et puis l'enseignement, enfin, à valeur cette fois universelle que nous venons de voir, comme quoi le fascisme se définit moins par la violence répressive (et, pourrait-on ajouter, le "spectacle totalitaire"), que la dictature d'une classe exploiteuse a TOUJOURS trouvé les moyens (sous différentes formes) d'exercer à travers l'Histoire ; que par sa logique corporatiste d'"unir" les classes autour de la dominante pour permettre au capitalisme de surmonter une crise et d'entrer dans une nouvelle ère (ou, dans les pays semi-coloniaux, de mettre justement en place le capitalisme bureaucratique au service de l'impérialisme) ; ce qui pose du coup la question de savoir si cette forme politique n'est pas liée à un contexte (surmonter la PREMIÈRE crise générale du capitalisme dans CERTAINS pays européens, mettre en place le capitalisme bureaucratique dans le "Tiers Monde") et inséparable de celui-ci ; et en tout cas rejoint beaucoup plus sûrement la thèse du fascisme moderne du PCM que la focalisation sur l'extrême-droite et l'appel au "Front populaire" avec Macron de Mister Matérialiste-point-com (alias "Gonzaloman n°1" dans l’État français)...]


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :