• La situation en Italie confronte la ligne du (n)PCI au mur de la réalité


    Le (n)PCI est probablement l'organisation qui a développé à ce jour la "Pensée" la plus aboutie sur l’État italien dans lequel il lutte ; analyse que nous avons reprise intégralement dans cet article : etat-bourgeois-contemporain-questions-nationales-et-luttes-de-classe-l-italie

    Il est également l'organisation qui s'est, selon nous, le plus sérieusement penchée sur la question de la Guerre populaire dans un pays européen en termes de MISE EN ŒUVRE CONCRÈTE, ce sans quoi la notion reste un pur slogan : gramsci-et-la-theorie-de-la-guerre-populaire-en-pays-capitaliste-tres-avance-1ere-partie et 2e partie ; en faisant le lien, indispensable à notre sens, entre la désormais reconnue universalité MLM de la Guerre populaire comme stratégie révolutionnaire du prolétariat et la pensée de Gramsci, "transmission" (selon nous) du léninisme en Europe occidentale sur-la-question-de-gramsci-de-ses-theses-societe-civile.

    Pour ce que l'on peut qualifier d'étape "zéro", "préparatoire" de cette Guerre populaire, il a établi un Plan Général de Travail que nous pouvons également dans une très large mesure faire nôtre : plan-general-de-travail-n-pci

    LE PROBLÈME c'est qu'un "front" de travail de masse de ce Plan Général (le 2e), tout à fait correct en tant que tel, celui d'"intervenir" ("faire irruption") dans le "spectacle" des périodes électorales de la "démocratie" bourgeoise (piliers de la "société civile") pour ne pas laisser la seule bourgeoisie mobiliser les masses populaires dans ces périodes, a pris une importance totalement disproportionnée ; la constitution et la victoire électorale d'un "Bloc populaire" devenant littéralement en soi une "attaque au cœur de l’État" susceptible de faire ensuite "aller les choses très vite" ; et que l'on est ainsi passé progressivement mais assez rapidement, en quelques années, de candidatures (locales) de "Bloc populaire" générées par le Parti à (une nouvelle loi durcissant les conditions pour se présenter)... un soutien à des candidatures "gauche de gauche" (Refondation "communiste" à Massa, Giuliano Pisapia l'ex-avocat d'Öcalan à Milan, le procureur "de gauche" anti-corruption De Magistris à Naples), puis carrément... une espèce de fascination totalement irrationnelle pour le Mouvement populiste 5 Étoiles (M5S) de Beppe Grillo, envers et contre toutes les droitisations radicales (sur l'immigration, les minorités sexuelles, les syndicats etc.) de son discours.

    À présent, cette ligne politique se trouve confrontée au "mur du réel" puisque le M5S, premier parti du pays au Parlement, en alliance avec... la Ligue (Lega) d'ultra-droite raciste et poujadiste (que le (n)PCI a en principe toujours combattue comme tous les "ballons d'essai de fascisme") et derrière elle ni plus ni moins que Berlusconi (!!), s'est trouvé en position de former un gouvernement ; avant que (certes) le Président de la République n'y oppose son veto et ne nomme un "technocrate" pour expédier les affaires courantes en attendant de faire re- (et si possible "bien") voter le bon peuple : petite-revue-de-presse.

    [Sachant que quelques jours plus tard, l'économiste anti-euro Paolo Savona recalé, le gouvernement Ligue-M5S verra finalement le jour... Et les faits sont donc là, lorsque l'on se penche un instant sur le déroulé des faits : né dans les mobilisations "No Berlusconi" de la fin des années 2000, le M5S de Di Maio est devenu, avec pratiquement le double de voix (32% contre 17%) et de députés (227 contre 125), l'idiot utile d'un Matteo Salvini lui-même homme de paille d'un Berlusconi trop grillé par ses propres frasques et ses politiques de Premier ministre des riches (de 2001 à 2006 puis 2008-2011) pour assumer en personne le devant de la scène"Le 18 avril suivant (les élections du 4 mars 2018), le président Sergio Mattarella charge la nouvellement élue présidente du Sénat, Maria Elisabetta Alberti Casellati, de sonder la coalition de droite et le Mouvement 5 étoiles quant à faisabilité d'un gouvernement de coalition. Le M5S réitère sa proposition de coalition avec la Ligue, ainsi que son opposition à une participation du parti de Silvio Berlusconi, le qualifiant de l'« incarnation de tous les maux de la vieille classe politique ». (...) Le 7 mai, constatant l'échec des négociations et le maintien par l'ensemble des partis de leurs points de blocages respectifs, Mattarella annonce son intention de nommer un nouveau gouvernement neutre et apolitique, qui serait chargé des affaires courantes en attendant l'organisation d'élections anticipées, possiblement en juillet. Les sondages prévoient alors un maintien de la situation de blocage à défaut d'un changement de loi électorale, le M5S, et les coalition de centre gauche et de centre droit conservant leurs intentions de votes respectives. Au sein de cette dernière, cependant, une tendance vers un important report des voix de Forza Italia vers la Ligue est souligné (c'est de fait, après quelques mois de gouvernement, l'origine des nouveaux sondages qui donneraient à la Ligue de Salvini près de 30% des intentions de vote en cas de nouvelles élections : un report massif des électeurs du reste du "centre-droit" et notamment de Berlusconi). L'annonce du président Mattarella semble provoquer un sursaut chez la Ligue et le M5S, qui s'étaient publiquement opposées à la formation d'un tel gouvernement de transition. Les deux partis demandent alors officiellement au président de surseoir à sa décision afin de leur permettre d'arriver à un accord. Le même jour, Silvio Berlusconi annonce que son parti ne s'oppose plus à la formation d'une coalition l'excluant. Forza Italia ne votera pas la confiance à un éventuel gouvernement de coalition Ligue-M5S, mais ne quittera pas pour autant la coalition de centre droit. Cette décision fait ainsi sauter le verrou bloquant les négociations à droite".

    FONDAMENTALEMENT (pour bien comprendre le système politique italien), si la Ligue existe politiquement en Italie, depuis ses débuts (années 1990), c'est avec le soutien de la droite "classique" et en particulier (plus que des "post-fascistes" de l'Alliance Nationale) de Berlusconi, dans les dites "coalition de centre-droit" (comprendre : du centre à la droite la plus dure). Elle a ainsi, sous les gouvernements de celui-ci (1994-95, 2001-2006 et 2008-2011), régulièrement occupé des ministères régaliens (Justice, Intérieur, Budget-Économie etc.). Elle doit encore à ces dernières élections de mars, dans le double système à la fois à la proportionnelle et de circonscription, 49 de ses 125 députés et 21 de ses 58 sénateurs au fait d'avoir été investie par la coalition (chargée de la représenter, sans autre candidat de droite face à elle) en circonscription. Si elle était mise au ban par le reste de la droite, comme le Front National (qui fait de meilleurs scores !) ici, ce serait beaucoup plus compliqué pour elle ! Si elle est désormais, avec plus de 17% des suffrages, la première force dudit "centre-droit", c'est parce que 1°/ Berlusconi, qui s'est grillé avec ses conneries, est sur la touche, et 2°/ elle a abandonné son nordisme pour adopter une stratégie nationale, se rebaptisant simplement "la Ligue" (exit "du Nord").

    Ensuite de quoi, le M5S premier parti du pays en tant que tel (hors de toute coalition) avec plus de 32% des voix, et donc indispensable à la formation d'un gouvernement par qui que ce soit, opposait (pour conserver son précieux "capital" électoral) une fin de non-recevoir à toute idée d'alliance avec le "centre-droit" dans son ensemble, c'est à dire Berlusconi inclus... mais pas avec la seule Ligue, largement suffisante pour avoir une majorité tant à la Chambre qu'au Sénat. Il fallait simplement pour cela (les coalitions ayant tout de même un caractère assez vital pour chacun de leurs membres...) que Berlusconi y "autorise" son allié, en disant que cela ne romprait pas la coalition pour les échéances futures... ce qu'il a finalement fait. Revenant ainsi quelque part un peu au pouvoir, au travers de son ancien second couteau ligueur devenu première force de la droite, et avec l'alliance... de ses prétendus opposants les plus acharnés.

    Voilà donc à quoi a servi le "parti de la rupture" que nous a chanté durant toutes ces années le (n)PCI ! Un "parti"-mouvement dont il est presque possible de se demander, avec son populisme attrape-tout profondément anti-politique et ses positions réactionnaires anti-immigration... ou pour l'"interdiction des syndicats" (oui oui !), s'il n'a pas tout simplement TOUJOURS été conçu comme une opposition de confort et un contre-feu face à la colère populaire qui montait, par les grands partis du "système" le Parti démocrate et Forza Italia...]

    Les faits sont là : la théorie était que "face à la crise", la "mobilisation populaire" (vote "anti-système" massif) pousserait les "sommets" dudit système à "accepter la formation" d'un tel "Gouvernement de Bloc populaire" ; ensuite de quoi les dits "sommets" se réorganiseraient, prépareraient leur contre-offensive et (rapidement) "descendraient sur le terrain de la guerre civile" qui permettrait, en la gagnant, d'instaurer le socialisme. Or, ce que l'on constate c'est que 1°/ d'abord, de "Bloc populaire" "de gauche" (au sens, disons, d'un minimum de lien avec l'histoire et les valeurs historiques du mouvement ouvrier et prolétaire rural) il n'y a pas l'ombre du bout de la queue (la formation la plus "à gauche", niveau Hamon disons, Libres et Égaux de Pietro Grasso, ne récolte que 14 députés et 4 sénateurs...), et 2°/ ensuite, le "Bloc populaire" comme bien réelle expression de "l'Italie d'en bas", mais sur une ligne populo-fasciste, se voit tout bonnement fermer les portes du pouvoir (loin de "sommets" "forcés à accepter" quoi que ce soit) par le simple exercice des pouvoirs constitutionnels du Président (garant des traités internationaux et européens) et en réponse grogne, fulmine, mais ne prépare aucune sorte de soulèvement populaire généralisé susceptible d'entraîner une "rupture révolutionnaire" vers le socialisme ; tout juste capable qu'il est de commettre des attentats racistes sur des immigrés sans défense comme à Macerata fusillade-raciste-de-macerata-ligue-du-nord.

    EN RÉALITÉ, ce crash politique ne prend pas seulement racine dans la disproportion (prise au fil des années) du 2e front "irruption dans le spectacle de la démocratie parlementaire bourgeoise" du PGT, mais aussi et surtout (de manière certes liée) dans une erreur d'analyse, une erreur de "Pensée" du Parti au sujet du "Système Italie" : le (n)PCI donne en effet une importance exagérée au rôle de l’Église catholique et autres résidus de féodalité dans l’État et le système capitaliste italien, faisant littéralement de celui-ci ("République pontificale") un État pontifical déguisé, qui serait de surcroît une pure "courroie de transmission" des grandes puissances impérialistes comme les États-Unis ou l'Allemagne.

    Il est vrai que le Vatican, qui n'est pas seulement des prêtres faisant des sermons, mais une puissance financière considérable, joue un rôle important dans l’État italien où se trouve son siège (sous la forme d'un micro-État au centre de Rome). Il est tout aussi vrai, et correctement analysé, que l'Italie est un État de révolution bourgeoise tardive et donc inachevée, où la bourgeoisie a plus composé avec la féodalité qu'elle ne l'a réellement combattue et brisée, notamment dans le Sud (où ce fait sous-tend le phénomène des mafias) ; comme en fait dans toute l'Europe du Sud, mais l'on pourrait aussi, si on analyse la féodalité au regard de la structure de la propriété foncière, regarder du côté... des Îles Britanniques, pourtant terres de révolution bourgeoise (là) particulièrement précoce (17e siècle) grande-bretagne-grande-propriete !

    Et il est vrai que pour toutes ces raisons, comme (déjà) analysé par les marxistes des années 1910 ou 1920, l'Italie est un "petit impérialisme mendiant" ou "en haillons", faible et tard-venu dans le partage impérialiste de la planète, et tendant à se "vassaliser" à des impérialismes plus puissants pour se faire sa petite "place au soleil" : à la remorque des Alliés franco-britanniques durant la Première Guerre mondiale, puis de l'Allemagne nazie à partir de 1935 et pendant la Seconde, puis des États-Unis et des grandes puissances de l'OTAN ensuite, durant la Guerre froide, et "à la botte" de l'axe France-Allemagne dans la construction impérialiste européenne. Vaincue (écrasée) militairement en 1945, il est au demeurant logique qu'elle se soit longtemps retrouvée vis-à-vis des vainqueurs dans une situation de "souveraineté limitée", tout comme l'Allemagne et le Japon (à l'économie pourtant beaucoup plus puissante) ; situation dont ces deux derniers ne sortent tout doucement que depuis les années 1980, alors l'Italie...

    Mais le (n)PCI donne à ces faits de manière très subjective, non-étayée par des données scientifiques probantes, une importance tout à fait disproportionnée.

    Il y a en Italie une grande bourgeoisie oligarchique qui se pavane en effet dans des espèces de loges semi-catholiques semi-maçonniques comme la P2, professe une idéologie sociale-libérale de type démocrate-chrétienne (le dernier "vrai pape" à avoir régné sur les États pontificaux, Pie IX, avant de se crisper devant la menace d'une république et de la disparition de son État, avait lui-même entamé des réformes catholiques-libérales et donné naissance à cette idéologie), et fait montre de la plus grande servilité envers les grandes institutions politico-économiques européennes (Commission, BCE) et internationales (FMI, Banque mondiale, OMC etc.). Mais ceci conduit le (n)PCI à penser qu'il faudrait, en quelque sorte, instaurer via le "Bloc populaire" et y compris des expressions politiques ultra-populistes de la petite et moyenne bourgeoisie (telles que le M5S) une "vraie" république bourgeoise "démocratique" (qui n'a jamais existé, en effet), dans une optique (également) de "libération nationale" vis-à-vis des grandes puissances ; quelque chose qui serait de façon aboutie la tentative qu'ils décrivent (et c'est d'ailleurs largement vrai) au sujet du... fascisme ("le fascisme était aussi l'ultime tentative de la bourgeoisie pour se rendre pleinement maître du pays et donc également politiquement autonome de l'Église", "à cet aspect du fascisme correspondent un effort et un dynamisme exceptionnels de la bourgeoisie pour renforcer la structure économique et politique du pays", "une grande partie des innovations sur le plan structurel dont a vécu aussi le régime DC : banque centrale, industrie d'État, grands travaux publics, structures pour la recherche, consortiums agricoles, organismes de prévoyance, etc.", "en somme, les innovations et les institutions dont le résultat est la création d'un système de capitalisme monopoliste d'État") ; afin de permettre (face à la "contre-offensive" de l'oligarchie qui suivrait inévitablement) de "passer" ensuite au socialisme.

    Sauf que (comme le (n)PCI l'a bien expliqué également) le fascisme de Mussolini a finalement échoué dans cette tâche, échoué à briser tout cela (poids de la grande propriété, qu'il est né pour défendre, et de tous les rapports sociaux féodaux, poids de l’Église, soumission à une ou des puissances impérialistes plus importantes), comme toute démarche semblable est vouée à échouer ; tout simplement parce qu'il y a des états de fait (État bourgeois tardivement constitué et arrivé dans l'"arène" internationale) avec lesquels aucun "volontarisme" bourgeois aussi "spectaculaire" soit-il (comme l'était le fascisme) ne peut rompre, qu'il ne peut "révolutionner" au stade parachevé de l'impérialisme et des monopoles ; car seul le peut le socialisme à travers la Guerre populaire.

    En gros, c'est comme si l'on soutenait (encourageait les gens à voter pour, etc.)... Erdogan et son alliance avec les Loups Gris car (c'est un fait absolu et que nous avons analysé) il représente la Turquie "noire", "profonde", "d'en bas" contre l'élite "moderne" et "laïque" de la Turquie "blanche", "européenne-occidentale" du Nord-Ouest ; cherchant lui aussi (en dernière analyse) à faire "vivre" et prospérer la bourgeoisie capitaliste "des entrailles" du pays, à affirmer celui-ci comme puissance régionale sur la scène internationale etc. etc. ; sauf que là (à la limite) on a vraiment un pays dominé, semi-colonial, et un peuple (ouvrier, paysan et petit-bourgeois) turc sunnite "noir" tout aussi opprimé par l'impérialisme que les minorités nationales sur lesquelles tend à se focaliser unilatéralement la gauche radicale occidentale... CERTES, mais un peuple qu'il n'est (cependant) pas question de prendre tel quel, dans ses idéologies et expressions politiques telles qu'elles sont actuellement ; l'idéologie (sans doute) du gendarme qui coupait à la scie les pieds du camarade Kaypakkaya en 1973 (sur ordre et pour le compte, certes il est vrai, de l'idéologie "turque blanche" kémaliste) ; mais qu'il faut au contraire œuvrer avec acharnement à arracher à ces idéologies réactionnaires pour l'amener sur la voie de la révolution démocratique, arracher à la direction de "sa" bourgeoisie, de ses "parvenus" dont Erdogan est le représentant parfait, et qui eux ne sont "opprimés" que de façon très relative.

    Dénoncer le mauvais sort que lui prépare l'impérialisme (erdogan-est-un-fasciste turquie-kurdistan-elections-anticipees voila-ca-y-est), sous forme de "révolution colorée", et derrière lui au pays et donc aux masses populaires ; dénoncer (impitoyablement !) l'opportunisme pourri, innommable en la matière, d'une certaine "gauche" pseudo-"radicale" orientaliste qui s'associe à ces plans en réduisant le fascisme turc à sa seule personne, murmurant déjà pour certains la possibilité de voter au second tour (puisque le candidat HDP Demirtaş n'y sera très probablement pas)... pour le candidat du CHP kémaliste (l'ennemi historique et absolu du Peuple ouvrier et paysan !!), c'est une chose ; comme il est également tout à fait possible de dénoncer le coup de force bruxello-germano-présidentiel en Italie et les politiques (ou plutôt, la poursuite de politiques) qu'il annonce ; mais cela ne signifie en aucun cas un soutien actif, positif et idéologique à l'AKP.

    En Italie, on l'a dit et le constat s'impose, les populismes sont une voie condamnée à l'échec. En vérité, même un régime fasciste au sens "spectaculaire-totalitaire" des années 1920-30-40 n'est plus à l'ordre du jour et ne peut plus exister aujourd'hui. Il y a la RÉALITÉ d'un ordre capitaliste mondial en crise terminale, qui s'adapte et se restructure au fil de l'eau face à cette crise pour maintenir le taux de profit du Capital. Les populismes plus ou moins fascisants, comme la Lega et le M5S, soit acceptent de devenir "responsables" face à cette indispensable restructuration permanente, se contentent (à la rigueur) d'être une "plus longue matraque" pour réprimer les masses populaires, et peuvent alors accéder au pouvoir et s'y maintenir ; soit persistent dans leur programme économique et social "rupturiste" utopique et s'en verront claquer les portes au nez, faille-t-il passer par le recours aux mesures les plus "exceptionnelles" prévues par la Constitution (à laquelle rappelons-le, le droit européen = traités internationaux est supérieur). Et face à cela... leur LÉGALISME de petits bourgeois "frondeurs" et "pétitionnaires" mais tout sauf révolutionnaires, agrippés tels Harpagon à leur petit patrimoine, ne fera rien et aura des années durant éduqué les masses populaires à ne rien faire (car c'est surtout cela le populisme d'aujourd'hui, à la différence des fascistes en chemises noires ou brunes ou autres de l'entre-deux-guerres).

    En Italie... comme ailleurs, car c'est partout pareil. Repartons dans un nouveau parallèle : lorsque nous avons analysé l’État espagnol, nous avons dit qu'il fonctionnait au fond comme un "pacte" entre bourgeoisies "nationales-réelles" (des véritables nationalités qui le composent : Castille, Aragon, Catalogne, Pays Basque, Andalousie etc.), "pacte" certes maintenu de façon "un peu autoritaire" pendant 40 ans sous Franco mais voilà, et "refondé" depuis (Régime de 1978) ; et "pacte" (surtout) tenant par le fait que toutes ces bourgeoisies, y compris parfois dans leurs rodomontades souverainistes comme en Catalogne ou au Pays Basque, ont besoin de Madrid, besoin de l’État central pour défendre par la FORCE ARMÉE leurs intérêts contre ceux (qu'ils soient "de souche" séculaire ou immigrés) qui n'ont rien à perdre, tout à gagner et la rage au ventre vide.

    Eh bien en réalité, ce schéma est extrapolable comme suit dans toutes les situations : "ceux d'en bas", les populistes petits et moyens bourgeois ou travailleurs d'esprit tel, ce sont les bourgeoisies nationales de la Péninsule ibérique ; et "ceux d'en haut", "la caste", "l'oligarchie mondialiste" qu'ils dénoncent, c'est l’État de Madrid. ILS RÂLENT... mais dans le fond ils en ont BESOIN pour protéger leurs intérêts, leur petit bas de laine, contre ceux de "plus bas encore" ; et râler ce n'est pas (c'est tout sauf) faire ou même préparer une révolution.

    Les discours que disons (pour faire court) la "gauche" morale qualifie d'"extrême-droite" ne sont (puisque les "valeurs" ne sont jamais que l'expression de la centralité d'"esprit" de classe) rien de plus ni de moins que l'expression de cela ; à la fois conséquence et marque irréfutable de cette incapacité à rompre réellement avec ceux (le Grand Capital, le "Système") contre qui ils gueulent du matin au soir.

    Si à notre enthousiasme pour la situation actuelle en Catalogne le disputent l'inquiétude et même une forme de pessimisme, c'est en raison de cela, de cette "centralité d'esprit" petite et moyenne-bourgeoise finalement incapable (à notre sens) de se débarrasser réellement du "bouclier" confortable de l’État espagnol et (ou, a minima) de l'"Ordre" européen derrière celui-ci ; ce qui peut là aussi s'exprimer parfois (bien que "limité" par la nécessité absolue d'alliances ou de neutralités bienveillantes à gauche, les seules possibles) par des propos xénophobes anti-immigrés (du Sud global ou du Sud péninsulaire) ou encore les déclarations d'amour pro-sionistes de Puigdemont ; et c'est absolument la même chose partout.

    TOUT ce qui peut tenir des propos fascisants ou réacs, droitards (et concernant le M5S, cela fait tout de même plus de 5 ans que nous et d'autres tirons la sonnette d'alarme auprès du (n)PCI), démontre par là-même être résolument incapable de la moindre rupture avec le "Système". TOUT ce qui est ainsi réagira toujours, face aux "masses dangereuses" et vis-à-vis de la "caste" grande-bourgeoise monopoliste, exactement comme le (n)PCI décrit la bourgeoisie italienne de 1945 face au peuple en armes communiste : "Le risque qu’en Italie, la classe ouvrière conduise les masses populaires à instaurer le socialisme, n'avait jamais été aussi grand. Pour conjurer le risque, la bourgeoisie s’en remit complètement à l'Église et à l'impérialisme américain. Ses velléités de gouverner politiquement le pays cessèrent définitivement." (c'est en l'occurrence, on l'a dit, très exagéré de notre point de vue ; mais cela permet néanmoins d'illustrer ce "réflexe" qui enchaîne à tout jamais les "râleurs" populistes, comme avait pu l'être après tout la "bourgeoisie prolétaire" italienne soutenant le fascisme, aux "ploutocrates" contre lesquels ils râlent).

    CE QU'IL FAUT, c'est précisément mener au sein des larges masses populaires une lutte impitoyable contre cet esprit d'accrochage à sa tirelire qui rend impossible de rompre réellement avec "ceux de tout en haut".

    Construire une CONCEPTION RÉVOLUTIONNAIRE DU MONDE (cela aussi le (n)PCI en a beaucoup parlé, il a même été l'une des seules organisations en Europe à autant marteler cette nécessité...), la défendre, l'arborer... et la diffuser (car il ne s'agit pas que de "pratique", "agir" n'est pas tout !) ; et ainsi, développer la Guerre populaire progressivement, en cercles concentriques, sur des années et des années, à la hauteur de la "quantité" de masses populaires acquises à sa cause.

    Et certainement pas se mettre à la remorque de n'importe quoi qui "bouge en masse" ; de mouvements et de discours populistes qui sont précisément l'expression d'une ABSENCE (ou quasi-absence) de conception, de "Pensée", de culture révolutionnaire dans les masses ; et non d'un "début d'existence".

    La "merde" idéologique sous toutes ses formes (car il y en a bien sûr d'autres que le populisme fascisant, notamment tout ce qui se rattache au "progressisme de contre-révolution préventive" finalement encore plus totalement à la botte - lui - de "ceux d'en haut") ne peut pas être transformée en or. Tout ce qu'elle peut, c'est être balayée par la PRÉSENCE d'une Pensée communiste dont elle est justement le résultat de l'absence.

                  La situation en Italie confronte la ligne du (n)PCI au mur de la réalité

    Quelques éclaircissements supplémentaires en commentaires Facebook :

    Citation du Plan Général de Travail : "Le rôle du (nouveau) Parti communiste italien est de guider la classe ouvrière pour faire de l'Italie un nouveau pays socialiste et de diriger, à partir de ce résultat, le reste des masses populaires dans la transition du capitalisme au communisme. Le (n) PCI remplit ce rôle en contribuant ainsi à la révolution prolétarienne mondiale. La stratégie du Parti est la Guerre populaire révolutionnaire de longue durée. Nous accomplissons actuellement la première phase, celle de la défensive stratégique. Notre rôle dans cette phase consiste en l'accumulation de forces révolutionnaires."

    La dernière phrase du passage que tu cites contient déjà une de ces failles. Ça nous choquait déjà (un peu) à l'époque, les faits l'ont confirmé depuis. Non, la défensive stratégique de la GPRLD (GPP) N'EST PAS une "accumulation de forces", ce qui est contradiction avec tout ce qui est clamé partout par ailleurs, que la GPRLD comme stratégie universelle du prolétariat n'est justement pas, est justement une RUPTURE avec la stratégie révisionniste d'accumuler des forces en mode syndicalo-légaliste en attendant les "conditions mûres".

    L'accumulation de forces est ce qu'on peut appeler la "phase préparatoire" ou "l'étape zéro" (et c'est une accumulation QUALITATIVE et non quantitative, ce qui était la faille de tous les PC kominterniens devenus révisionnistes). C'est, en clair, la phase de "forger le Parti de cadres" du PCP dans les années 70. C'est la phase dans laquelle sont concrètement tous les Partis MLM du monde entier sauf en Inde et aux Philippines (GPP en défensive stratégique), Turquie-Bakur (défensive stratégique de basse intensité, lutte en cours contre une tentative de liquidation), et au Pérou et au Népal (réorganisation générale après revers stratégique ou/et liquidation révisionniste).

    Bien sûr qu'on ne part pas en GPP avec 5 (ou même 50 ou 100) tondus, "propagande par le fait" et les masses suivront ! Ce n'est pas mon opinion, c'est un FAIT prouvé par l'Histoire depuis 150 ans. Ce serait de l'anarchisme des années 1900, ou ce qu'a tragiquement tenté de faire la RAF, ou encore les CCC qui s'en sont brillamment autocritiquées ensuite. Il faut se préparer, et y aller quand on est prêts. Mais ceci n'est pas la défensive stratégique, qui est DÉJÀ la GPP lancée.

    La défensive stratégique c'est DÉJÀ la GPP et c'est un stade où pour prendre un exemple concret, la mairie de Naples ou de Massa ne te laisse pas organiser tous les étés une fête populaire avec pignon sur rue et drapeaux au vent, scène et sono colossale pour accueillir Dead Prez etc., et le flic municipal du coin qui vient boire un coup tranquille.

    Ils ont le droit d'en être encore à ce stade ! Et ils ont le droit de penser que pour commencer sérieusement une GPP en Occident, il faut que le Pouvoir bourgeois descende un minimum sur le terrain de la guerre civile, du coup de force, du piétinement de sa propre légalité-vitrine démocratique (tu vas me dire, en France on y est déjà un peu, les gouvernants font ce que bon leur semble, les flics ont de plus en plus tous les droits pire que sous Pasqua ou Sarkozy... alors en Italie, avec des lois qui datent du fascisme...). Ils ont le droit, c'est un VASTE et éternel débat dans le MLM occidental, qui ne sera tranché que par les faits (et pas forcément avec le même verdict dans tous les pays, je dirais).

    Mais qu'ils ne disent pas que c'est de la défensive stratégique, c'est à dire déjà la GPP. En Italie, qui a connu une décennie et demi de lutte armée de niveau quasi irlandais, ça ne passe pas... On attend quelques années "de voir", mais au bout d'un moment le recrutement se tarit, l'accumulation de forces (justement) tant quantitative que qualitative ne se fait pas.

    Et c'est aussi ce qui conduit à sacraliser les "axes" ("fronts") d'un Plan Général de Travail qui est un plan de phase préparatoire, et non de GPP lancée. À ne pas voir le problème quand ça se déséquilibre et que le "front" le plus incrusté dans la légalité bourgeoise, puisqu'il s'agit d'intervenir dans ses mises en scène électorale, devient disproportionné ; que d'une agit-prop autour de candidatures générées (pourquoi pas) on passe à "voter et faire voter" pour des candidats bourgeois (des "marionnettes" du "petit théâtre"...) ; et ainsi de suite.

    C'est le résultat d'une conception selon laquelle le début de la GPP, c'est la naissance du Parti ; et donc tout ce que fait le Parti est de la GPP.


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