• Un rendez-vous parisien à ne pas manquer (autant que possible)


    Il y a 50 ans en Chine, la Révolution Culturelle : une révolution dans la révolution

    Conférence débat - Paris


    La Révolution Culturelle est présentée en Europe par les médias bourgeois comme une énorme guerre civile, faisant des millions de morts, étant le sinistre théâtre d’une guerre de chefs pour le pouvoir.

    Alors, pourquoi donc 50 ans après une organisation maoïste de France souhaite-t-elle en reparler ?

    La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP) est un épisode révolutionnaire court mais décisif de la révolution chinoise entre 1966 et 1969. Elle pose les questions concrète du succès et des erreurs de la Révolution. Car il ne « suffit » pas de faire tomber des dirigeants corrompus pour transformer en profondeur une société. Chasser un tsar, couper la tête d’un roi, enfermer des dictateurs ne suffit pas à supprimer l’existence collective de la classe exploiteuse.

    Le but de la Révolution Culturelle ? Initiée en mai 1966 par Mao autour du mot d’ordre « feu sur le quartier général », c’était de faire « une révolution dans la révolution » pour combattre la restauration du capitalisme qui était à l’oeuvre dans la société chinoise jusqu’au cœur du Parti.

    L’objectif initial aura finalement échoué et la Chine deviendra ce qu’elle est aujourd’hui : une puissance impérialiste montante dirigée par une clique de bourgeois réactionnaires. Néanmoins, la Révolution Culturelle constitue une expérience révolutionnaire essentielle et sa portée politique reste immense.

    - Changer les formes de propriété n’est pas suffisant. Si l’expropriation des entreprises est une des conditions de la transformation sociale, elle n’est pas suffisante. Elle ne touche pas à la propriété réelle des moyens de productions qui peuvent rester la propriété collective d’une classe exploiteuse, comme dans l’URSS des années 30 à 80. Cela nous distingue des trotskistes qui considéraient encore il y a peu, que l’URSS était un état ouvrier (bien que dégénéré) parce que la propriété y était étatique.

    - La lutte de classe se poursuit après la révolution. Le socialisme est une société de transition : le passe au communisme n’est pas linéaire et sans heurts. La conception maoïste rompt donc avec les visions idéalistes du processus révolutionnaire après la prise du pouvoir. Celle qui croit tout régler par la clairvoyance du Parti (conception stalinienne), comme celle qui croit que tout le sera par la démocratie ouvrière (conception trotskiste). Les contradictions du socialisme ne sont pas dues à des déviations ou manque de démocratie, mais de la nature même de cette société où existent encore des classes, parce que les rapports sociaux n’ont pas été transformés totalement.

    - Le Parti ne doit pas craindre l’expression des contradictions en son sein et dans la société. L’expression des contradictions dans le Parti, comme dans la société est inévitable. Les maoïstes chinois récusent la conception monolithique du Parti. Mais ils affirment aussi que le débat d’opinion et la démocratie ne sont pas suffisants pour surmonter les contradictions. Il faut les nourrir des bilans et des enquêtes qui seuls départagent entre le vrai et le faux. Dans la société, la contradiction est l’expression de l’existence de classes et d’un État qui sont les bases potentielles d’un nouveau système d’exploitation. Les maoïstes après la Révolution Culturelle ont affirmé que les travailleurs devaient se défendre contre leur État. Ils ont souligné la nécessité de l’expression publique de la critique, de s’organiser dans des syndicats et de se défendre par la grève. Ils ont fixé pour tâche aux ouvriers de s’approprier le savoir des cadres, pour pouvoir diriger la société et abolir la division du travail.

    Plutôt qu’à une commémoration, nous vous invitons à une conférence débat. Cela sera l’occasion de présenter plus précisément ce moment historique mais aussi d’en tirer les leçons pour aujourd’hui, car comment se désintéresser de cet épisode révolutionnaire qui a mis en branle des millions de personnes quand on veut soit même faire la Révolution ?

    Samedi 21 mai - 18H - Paris

    Conférence-débat

    Avec Hongsheng Jiang, professeur à l’université de Pékin et auteur de « La Commune de Shanghai et la Commune de Paris » (Éditions la Fabrique) - Lire ici au sujet de cet ouvrage

    Au local de l’ACTIT (Association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie) - 54 rue d’Hauteville - Métro Château d’Eau ou Bonne Nouvelle.

    « Février 1967, la Révolution culturelle est à son point d’incandescence. Shanghai bouillonne. Un groupe d’ouvriers et d’étudiants rebelles, d’abord minoritaire mais bien décidé, va réussir l’impossible : se débarrasser du vieux parti communiste local et de la municipalité somnolente, et prendre le pouvoir dans la ville. Se réclamant explicitement de la Commune de Paris, ils créent un organisme nouveau, la Commune de Shanghai. Les ouvriers et les étudiants sont maîtres de la plus grande ville industrielle de Chine. » (extraits de la quatrième de couverture).

    Hongsheng Jiang retrace au jour le jour dans ce livre extrait de sa thèse un des épisodes important de la Révolution Culturelle : la Commune de Shanghai. Il est trop jeune pour avoir vécu la Révolution Culturelle et il a reçu un enseignement entièrement tourné vers la haine de Mao et de la Révolution Culturelle. La réalité de la Chine capitaliste d’aujourd’hui, avec les conditions de vie misérables, le conduit à mener des recherches dans le cadre de sa thèse universitaire. Il a rencontré de grandes difficultés : les protagonistes ont été exécutés ou sont morts en prison, les documents ont été détruits ou mis sous clef, le régime réprime encore toute volonté de recherche sur le sujet... Son propos est d’autant plus intéressant qu’il est celui d’un jeune intellectuel chinois, inscrit dans la réalité de son pays. Du travail fouillé de Hongsheng Jiang résulte un livre qui réévalue sans compromis la Révolution Culturelle et ses acquis pour aujourd’hui loin de la propagande habituelle.


    Lire ici l'article qui revient en détail sur cette période :

    Il y a 50 ans : la Révolution Culturelle, une révolution dans la révolution


    À lire ou relire aussi, un texte des camarades canadiens paru en 1999 pour le cinquantenaire de la Révolution chinoise et qui aborde bien l'épisode de la Révolution culturelle après avoir exposé les problématiques de la période précédente qui y ont conduit :


    Vive le 50e anniversaire de la révolution chinoise !

    Source

    Le texte qui suit reprend l'essentiel de l'intervention qui a été faite lors de la célébration du 50e anniversaire de la révolution chinoise organisée par Le Drapeau rouge et qui a eu lieu le 1er octobre 1999 à Montréal.

    - Socialisme Maintenant !

    Il y a 50 ans aujourd'hui, des millions de personnes en liesse réunies sur la célèbre Place Tienanmen à Pékin ont entendu Mao Zedong proclamer officiellement la fondation de la République populaire de Chine. « Le peuple chinois est debout ! », a-t-il lancé avec fierté : « Le Chine ne se laissera plus insulter ». Trente-deux ans après la Révolution d'Octobre en Russie, le triomphe des communistes chinois représentait sans aucun doute le deuxième plus grand coup à avoir jamais été porté au système capitaliste mondial. Imaginez ! Du coup, plus du quart de l'humanité venait de se débarrasser du féodalisme et de la domination impérialiste et entreprenait la tâche de construire une société nouvelle, dans un mouvement de lutte ininterrompu allant vers le socialisme et le communisme.

    La Révolution d'Octobre 1917 avait inauguré ce qu'on a appelé l'ère de la révolution prolétarienne mondiale. Après une période tumultueuse et somme toute assez difficile pour le prolétariat et les peuples du monde - marquée notamment par la défaite de la révolution allemande, la montée du fascisme et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale -, la victoire des communistes chinois a relancé de manière spectaculaire le mouvement révolutionnaire, ramenant à nouveau l'espoir parmi les prolétaires de tous les pays et stimulant le mouvement de libération nationale dans les pays dominés par l'impérialisme.

    Une révolution attendue de longue date

    Mais le peuple chinois revenait de loin, de très loin même. Sans vouloir trop insister là-dessus, il faut quand même se rappeler de ce qu'était la Chine avant la révolution de 1949 : à savoir un pays divisé, soumis à la domination des puissances étrangères qui se sont succédées pour le subjuguer, ou qui l'ont fait quelques fois en même temps, se partageant le pays en morceaux ; parmi elles, le Portugal, l'Italie, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, le Japon bien sûr, puis finalement les États-Unis.

    Il faut se souvenir aussi de ce qu'était la situation abominable du peuple chinois lui-même, soumis à l'exploitation féroce des seigneurs de guerre - des féodaux alliés aux puissances étrangères -, aux idées les plus réactionnaires et à la misère la plus abjecte. Un peuple, faut-il ajouter, qui n'avait pourtant jamais cessé de résister, et dont les nombreuses révoltes ont marqué tout le XIXe et le début du XXe siècle. C'est fort de ces expériences monumentales, quoique tragiques - notamment l'écrasement de la révolution démocratique dirigée par le Guomindang de Sun Yat-sen en 1913 -, et en s'emparant du marxisme-léninisme que les communistes chinois, dont le Parti avait été fondé le 30 juin 1921, ont pu élaborer la stratégie qui devait finalement s'avérer victorieuse.

    Mao Zedong, qui en fut un des fondateurs, a d'abord procédé à une analyse scientifique de la société chinoise. On retrouve cette analyse dans les premiers textes qu'il a publiés, notamment l'Analyse des classes de la société chinoise et le Rapport sur l'enquête menée dans le Hounan à propos du mouvement paysan. Rompant avec les conceptions de la bourgeoisie nationale, et aussi avec celles de certains communistes qui misaient d'abord et avant tout sur l'intelligentsia et sur le développement d'insurrections dans les villes, Mao avait compris le rôle central que devait jouer la paysannerie, et surtout la paysannerie pauvre, dans la lutte révolutionnaire. Pour lui, il était clair que la révolution n'allait pouvoir triompher sans la participation et la mobilisation des masses les plus larges.

    Partant de là, Mao a su tracer les objectifs de la révolution chinoise. Il a établi clairement le lien entre les tâches démocratiques qui devaient être réalisées (telles la réforme agraire, la conquête de l'indépendance nationale et son corollaire, l'unification du pays) et les tâches socialistes encore à venir - un lien qu'il a systématisé dans le concept de « révolution de démocratie nouvelle ». Mao a également développé les principes et la stratégie de la guerre populaire prolongée, grâce à laquelle l'Armée rouge a pu vaincre, à toutes les étapes, des armées souvent bien plus nombreuses et toujours mieux équipées - qu'il s'agisse des armées locales dirigées par les féodaux, de l'armée japonaise qu'elle a réussi à repousser alors que les nationalistes du Guomindang n'arrivaient pas à le faire, puis finalement l'armée nationaliste elle-même qui était pourtant soutenue militairement par les États-Unis.

    Mais nul doute que la bataille n'a pas été facile. On peut rappeler à cet égard cette fameuse « Longue Marche », commencée en 1934 après quelques défaites militaires bien senties : les combattantes et combattants de l'Armée rouge ont alors marché près de 10 000 kilomètres, en un an, perdant en cours de route plus de 70 p. 100 de leurs effectifs. Cette manœuvre avait été rendue nécessaire pour préserver non seulement l'existence de l'Armée rouge mais aussi celle du Parti, qui autrement auraient été tous deux anéantis. C'est aussi grâce à la Longue Marche qu'on a pu éventuellement constituer une base d'appui, dans la province de Shaanxi, à partir de laquelle la guerre populaire a pu ensuite s'étendre jusqu'à embraser tout le pays.

    Mais si les masses de Chine ont eu à faire face à énormément de répression tout au long de la lutte révolutionnaire, elles ont aussi dû combattre d'importantes erreurs qui s'étaient développées au sein même du Parti qui les dirigeait : un Parti qui a d'abord gravement sous-estimé le rôle de la paysannerie, avant que Mao ne réussisse à le gagner à sa position là-dessus ; un Parti qui a également payé très cher sa soumission au Guomindang et à la bourgeoisie nationale (une position qui était soutenue par l'Internationale et qui devait s'avérer désastreuse politiquement et militairement). Pas à pas, étape par étape, Mao a combattu ces erreurs et amené le Parti communiste de Chine à les rectifier. Alors, c'est donc un peu tout ça, finalement - la résistance populaire, la lutte de lignes, la clarification politique, la méthode scientifique utilisée par Mao et les communistes chinois, et aussi une conjoncture plutôt favorable - qui a rendu la victoire possible en 1949.

    Le début d'une lutte prolongée

    Pour autant, la victoire de 1949 ne signifiait pas la fin de la révolution ; en fait, elle n'en marquait que le début. Octobre 1949 fut le point de départ d'une nouvelle lutte, elle aussi prolongée, entre ceux qui, en définitive, étaient prêts à se satisfaire des transformations déjà opérées à travers la lutte révolutionnaire - lesquelles se trouvaient à avoir été consolidées avec la prise du pouvoir (par exemple la réforme agraire et l'atteinte de l'indépendance nationale) - et ceux qui, tel Mao, voulaient poursuivre et approfondir la révolution, bref passer à une étape supérieure. Ces deux points de vue, qui sont rapidement entrés en opposition, reflétaient en fait les intérêts divergents des différentes classes qui avaient participé conjointement à la première étape de la révolution, alors que leurs objectifs se rejoignaient : d'un côté la bourgeoisie nationale, pour qui la réalisation des tâches démocratiques de la révolution était nécessaire à son éventuel épanouissement ; de l'autre le prolétariat révolutionnaire et les masses paysannes opprimées, pour qui la libération authentique impliquait nécessairement d'aller plus loin.

    Essentiellement, on peut dire que Mao n'a d'ailleurs jamais vu la révolution comme étant quelque chose de statique, dont le triomphe aurait dû marquer l'arrêt ; elle était pour lui un mouvement ininterrompu, un processus dialectique fait d'avancées et de reculs. Les grandes luttes d'avant 1949, qui ont pourtant été nombreuses, n'étaient donc rien à comparer à ce qui allait suivre... Sans rien précipiter, Mao a toujours voulu s'assurer que le mouvement progresse, étape par étape, bond par bond.

    Pour Mao, la contradiction principale en Chine, dès lors qu'il s'agissait d'entreprendre la construction du socialisme, opposait dorénavant le prolétariat à la bourgeoisie, ancienne et nouvelle. À l'époque, la conception dominante en Chine, et généralement même au sein du mouvement communiste international, était que la contradiction principale à laquelle on faisait face à l'étape du socialisme opposait d'une part l'existence d'un système socialiste avancé au niveau politique, et d'autre part le faible niveau de développement des forces productives, qui empêchait de satisfaire pleinement les besoins matériels des masses. Telle était la position défendue par ceux qu'on qualifiera éventuellement de révisionnistes, tels Liu Shaoqi et Deng Xiaoping.

    Ceux-ci étaient présents en force à la tête du Parti communiste chinois au début des années 50 et ils s'inspiraient ouvertement des idées de leurs homologues soviétiques, qui défendaient eux aussi des conceptions similaires. Alors que pour Mao, l'essentiel était de développer la lutte de classes, pour les révisionnistes, c'était de développer les forces productives, à tout prix. C'est ce que Deng devait exprimer si clairement avec sa célèbre formule : « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, pourvu qu'il attrape les souris ». Deng voulait ainsi signifier que pour lui, la ligne politique et le type de rapports sociaux qui étaient développés n'avaient pas d'importance et que seul le résultat comptait, à savoir le développement des forces productives.

    Ce point de vue était d'ailleurs dominant au moment de la tenue du VIIIe congrès du Parti, en 1956. C'est aussi à la même époque que le révisionnisme allait se voir consolidé en Union soviétique, avec l'émergence de Khrouchtchev et de ce qu'on a appelé la « déstalinisation ». L'URSS, faut-il le rappeler, jouait alors un rôle très important en Chine avec l'« aide » matérielle considérable qu'elle apportait. Pour les nombreux conseillers soviétiques présents dans ce pays et leurs alliés à la tête du Parti, la priorité devait aller au développement de l'industrie lourde et d'un productivisme à tout crin, même si cela devait se faire au détriment de la consolidation du pouvoir de la classe ouvrière. Ce qu'ils proposaient dans les faits, c'était d'accentuer la concurrence et les divisions parmi la classe ouvrière et les masses populaires. C'était de s'appuyer sur les stimulants matériels, de réimplanter le travail à la pièce et les systèmes de bonis, d'accentuer les différentiations salariales, et ainsi de suite - toutes mesures qui à leurs yeux pouvaient seules amener l'augmentation de la productivité.

    Le point de vue de Mao était tout autre. Pour lui, il fallait d'abord maintenir et renforcer l'alliance avec la paysannerie, qui était toujours la classe la plus nombreuse en Chine. Ceci impliquait donc de développer la petite industrie, et pas seulement l'industrie lourde, et surtout de s'assurer qu'un tel développement serve à soutenir le secteur agricole. Mao croyait profondément qu'il fallait continuer à s'appuyer sur les masses pour édifier le socialisme et pour le faire progresser. Il savait que c'était seulement dans la mesure où elles allaient être conscientes des enjeux qui se posaient qu'elles allaient pouvoir réellement s'impliquer et transformer la société. De là les initiatives qu'il a lancées ou favorisées, telles le Grand Bond en avant et l'établissement du système des communes populaires en 1957, le Mouvement d'éducation socialiste lancé au début des années 60 et la grande lutte anti-révisionniste menée contre la direction du Parti soviétique, qui participait elle aussi de la mobilisation des masses sur le terrain idéologique.

    Mais à l'évidence, tout cela ne s'avérait pas suffisant. La droite relevait la tête constamment. Elle s'appuyait notamment sur les difficultés du Grand Bond, victime de désastres naturels, du retrait de l'aide soviétique et aussi du sabotage dans sa mise en application. Elle remettait en question les transformations socialistes déjà opérées et les campagnes politiques menées par Mao. Partant de là, celui-ci a compris qu'il faudrait faire encore plus pour vaincre la bourgeoisie et assurer la progression du socialisme, bref qu'il faudrait une « nouvelle révolution ». Ce fut alors la Grande Révolution culturelle prolétarienne (GRCP), sur laquelle nous allons maintenant nous attarder.

    Une « révolution dans la révolution »

    Après une décennie complète faite de consolidation du révisionnisme et de capitulation face à l'impérialisme US de la part des leaders de l'Union soviétique, la Révolution culturelle, si décriée à l'époque et plus encore aujourd'hui, a vraiment eu pour effet de remettre la révolution à l'ordre du jour. Elle a montré de manière non équivoque que la révolution ne devait pas obligatoirement se terminer par une défaite et que la restauration du capitalisme n'était pas l'aboutissement inévitable de la révolution socialiste. Elle a aussi prouvé qu'en mobilisant les masses et en les armant de l'idéologie prolétarienne, les vieux rapports d'exploitation et les idées réactionnaires pouvaient être renversés, et qu'il était bel et bien possible d'avancer sur la voie du communisme.

    Une des leçons politiques les plus importantes que Mao nous a fait découvrir avec la GRCP, c'est que le quartier général de la bourgeoisie se retrouve à la tête même du Parti, car c'est là où le pouvoir est concentré, là où l'on peut agir le plus efficacement sur l'orientation de la société. Il faut se rappeler que cette idée était alors quasiment une hérésie au sein du mouvement communiste international, en particulier pour les bonzes du PC d'Union soviétique qui se sont sentis visés par l'analyse de Mao, non sans raison d'ailleurs !

    Mais plus encore que cette idée qu'on peut et même qu'on doit contester la direction du Parti lorsqu'elle emprunte une voie erronée, ce que Mao nous a enseigné d'encore plus important avec la GRCP, c'est que l'existence de la nouvelle bourgeoisie a des bases au sein même de la société socialiste, qu'elle repose sur les contradictions qui la traversent réellement. Ce que Mao nous a montré, c'est que contrairement à ce qu'on avait surtout pensé jusque là, la bourgeoisie sous le socialisme, ce ne sont pas seulement les vestiges de l'ancienne société, de l'ancienne classe dominante qui a été dépossédée de son pouvoir ; la bourgeoisie sous le socialisme, ce n'est pas non plus seulement une « cinquième colonne » qui vient s'infiltrer au service de l'ennemi extérieur, des bourgeoisies étrangères ; mais que c'est surtout une véritable classe qui se développe sur la base même des « tares » qui caractérisent la société socialiste : la persistance du « droit bourgeois », des divisions entre ville et campagne, entre ouvriers et paysans, entre travail manuel et travail intellectuel, entre dirigeants et dirigés-es.

    De cette conception nouvelle et supérieure de ce qu'est réellement le socialisme découle donc ce qui doit être fait par le prolétariat révolutionnaire. Le socialisme n'est pas un mode de production achevé. C'est une période de transition, qui ne lui est utile, au prolétariat, que dans la mesure où elle contribue à restreindre toujours plus ce qui vient du mode de production antérieur et à poser petit à petit les conditions au passage à un mode supérieur (le communisme).

    Soit dit en passant, le fait que la GRCP n'ait finalement pas réussi à empêcher la réalisation du coup d'État réactionnaire mené par les partisans de Deng Xiaoping en 1976 n'altère en rien sa validité. Au contraire, cet événement - le coup d'État - et la restauration du capitalisme qui s'en est suivie prouvent qu'elle était d'autant plus nécessaire, et même qu'il en aurait fallu et qu'il en faudra encore d'autres à l'avenir. Mao l'avait d'ailleurs prédit, dès le départ, en 1967 : « La Grande Révolution culturelle prolétarienne actuelle n'est que la première du genre. Dans l'avenir, de telles révolutions auront lieu nécessairement à plusieurs reprises. [...] Tous les membres du Parti et la population doivent se garder de croire [...] que tout ira bien après une, deux, trois ou quatre révolutions culturelles. » [1]

    Ce qu'il faut retenir de la Révolution culturelle, c'est que le socialisme, ce n'est pas seulement - ni même d'abord et avant tout - la transformation du système de propriété, i.e. les nationalisations et l'appropriation des moyens de production par l'État. Le socialisme, c'est aussi la transformation et la révolutionnarisation de toute la superstructure : les institutions politiques, l'éducation, la culture, l'idéologie. C'est une bataille constante pour renverser la pyramide sociale, pour faire en sorte qu'ultimement, le prolétariat et les classes révolutionnaires (i.e. « ceux d'en bas ») deviennent les vrais maîtres de la société.

    Pour Mao, la Révolution culturelle était un moyen non seulement de barrer la route aux partisans du capitalisme qu'on retrouvait au sein du Parti, mais surtout de transformer les rapports sociaux sur la base desquels la nouvelle classe bourgeoise se développait. Dans un discours prononcé devant une délégation militaire albanaise en 1967, Mao s'en était expliqué clairement : « La lutte contre ceux qui sont au pouvoir et qui suivent la voie capitaliste est la tâche principale, mais ce n'est d'aucune façon l'objectif. L'objectif, c'est de résoudre le problème de la conception du monde ; c'est d'éradiquer les racines du révisionnisme. » (cité dans People's China, Milton and Schurman ed., pp. 263-264, notre traduction)

    Les 10 ans qui ébranlèrent le monde

    Le coup d'envoi de la Révolution culturelle a officiellement été donné en 1965 par la publication d'un article de Yao Wenyuan, que Mao a soutenu et popularisé, qui critiquait une pièce de théâtre intitulée « La destitution de Hai Rui ». Cette pièce se portait en fait à la défense de Peng Dehuai, ex-ministre de la Défense connu pour ses positions droitières, qui avait été démis de ses fonctions en 1959. Les révisionnistes se sont d'abord défendus en tentant de contenir la lutte uniquement sur le terrain culturel.

    En mai 1966, Mao, qui venait de gagner une courte majorité au Comité central du Parti, fait adopter une circulaire qui donne véritablement le signal du déferlement révolutionnaire. Parmi les idées fortes qu'on y retrouvait, soulignons celles-ci : 1) qu'il y avait un réel danger de restauration capitaliste et que ce danger provenait de la bourgeoisie au sein du Parti ; 2) que la lutte contre la bourgeoisie devait être poursuivie de manière prolongée tout au long de la période du socialisme ; 3) que la mobilisation des masses était en tout temps nécessaire et qu'il fallait impérativement s'appuyer sur elles pour combattre les tentatives de restauration.

    Cette idée de Mao comme quoi il fallait systématiquement mobiliser les masses et s'appuyer sur elles est sans doute une de celles qui ont été les plus dénigrées par la bourgeoisie, autant en Chine qu'à l'étranger. Encore aujourd'hui, on répète un peu partout que Mao a été une sorte d'apprenti sorcier qui a voulu délibérément créer le chaos. Dans un sens, c'est vrai ! Mais c'est ce qui était nécessaire pour barrer la route aux partisans du capitalisme. Mao ne s'en est d'ailleurs jamais caché, comme en témoignent ces propos qu'il a tenus en juillet 1967 : « On ne doit pas craindre les troubles : plus il y en a, mieux c'est. Avec sept ou huit troubles successifs, les choses ne peuvent manquer de se résoudre, et efficacement. [...] Mais il ne faut pas utiliser les armes à feu, c'est toujours mauvais. »

    Un tel point de vue n'est bien sûr pas admissible par ceux qui croient qu'une révolution suit toujours une trajectoire droite, prévisible et contrôlée, comme c'est le cas des trotskistes. Que dans ce cadre il y ait eu quelques excès et des erreurs au cours de la GRCP, cela ne fait pas de doute. Mais il est encore plus certain que sans ce « chaos » et sans ces « troubles », il y aurait eu inévitablement une défaite rapide du socialisme et le triomphe du capitalisme et des forces les plus réactionnaires.

    Tout cela a donc commencé, on l'a dit, sur le front culturel. Puis, le mouvement a pris un caractère de masse lorsqu'il s'est étendu chez les jeunes et les étudiants. Mais pour Mao, ce n'était là qu'un point de départ. Comme il devait par la suite l'expliquer, « les intellectuels révolutionnaires et les jeunes étudiants furent les premiers à prendre conscience, ce qui correspond aux lois du développement de la révolution ». Toutefois, « ce n'est qu'une fois que les larges masses ouvrières et paysannes seront dressées que toute la camelote bourgeoise sera radicalement balayée, tandis que les intellectuels révolutionnaires et les jeunes étudiants reprendront une place secondaire ».

    Avec l'entrée en scène de la jeunesse et des étudiants, la Révolution culturelle a vraiment pris son envol. Les débats se sont multipliés, les fameux dazibaos (ces immenses affiches à grands caractères) sont apparus un peu partout. Mao lui-même a alors signé son propre dazibao, qui affichait le titre fort suggestif de « Feu sur le quartier général ! ». Pour donner une petite idée de l'ampleur du mouvement, on peut mentionner le cas de l'Université de Pékin, où en une semaine seulement, pas moins de 100 000 dazibaos ont été affichés, pour une population totale de 10 000 étudiantes et étudiants. L'encre et le papier étaient fournis gratuitement à quiconque en faisait la demande. Des journaux de toutes sortes sont aussi apparus et ont circulé à des milliers d'exemplaires, qui reprenaient le contenu des meilleurs dazibaos.

    De la critique systématique des points de vue droitiers, on est ensuite passé à la transformation des rapports sociaux. De nouvelles organisations révolutionnaires ont été créées, de nouveaux organes dirigeants ont été établis. Des expériences de type « commune » ont été mises en place, des comités révolutionnaires nouvellement formés ont pris le pouvoir dans les municipalités, les écoles, les entreprises. Fin 1966-début 1967, le mouvement s'étendait enfin à la classe ouvrière et sortait des villes pour aller à la campagne (le transport par train était d'ailleurs fourni gratuitement aux « gardes rouges » qui souhaitaient se déplacer, dont l'hébergement était pris en charge par l'armée).

    Une des caractéristiques les plus fortes du mouvement, c'est qu'on a permis, voire systématiquement encouragé l'expression de tous les points de vue, tout en tentant autant que possible de préserver l'existence et le bon fonctionnement du Parti et de l'État - ce qui ne fut d'ailleurs pas toujours évident ! Attardons-nous un peu sur la Décision du Comité central du Parti communiste chinois sur la Grande révolution culturelle prolétarienne, datée du 8 août 1966, afin de voir à quel point les conceptions des révolutionnaires maoïstes tranchaient avec une certaine vision sclérosée du marxisme-léninisme qui avait alors cours au sein du mouvement :

    « Il faut faire une stricte distinction entre les deux sortes de contradictions de nature différente : les contradictions au sein du peuple ne doivent pas être traitées de la même façon que celles qui nous opposent à nos ennemis, tout comme les contradictions entre nos ennemis et nous-mêmes ne doivent pas être considérées comme des contradictions au sein du peuple. Il est normal qu'il y ait des opinions différentes parmi les masses populaires. La confrontation de différentes opinions est inévitable, nécessaire et bénéfique. [...] La méthode de raisonner avec faits à l'appui et celle de la persuasion par le raisonnement doivent être appliquées au cours du débat. Il n'est pas permis d'user de contrainte pour soumettre la minorité qui soutient des vues différentes. La minorité doit être protégée, parce que parfois la vérité est de son côté. [...] Au cours du débat, chaque révolutionnaire doit savoir réfléchir indépendamment et développer cet esprit communiste qui est d'oser penser, d'oser parler et d'oser agir. [...] »

    Avec l'implication nouvelle et massive de la classe ouvrière, un moment fort est survenu à Shanghai, qui était traditionnellement un des bastions de la bourgeoisie en Chine mais où l'on retrouvait aussi une forte avant-garde prolétarienne : c'est ce qu'on a connu comme étant la « tempête de janvier » en 1967. La municipalité était alors contrôlée par la droite. Pendant que le mouvement de masse se développait ailleurs en Chine, les autorités municipales de Shanghai s'étaient mises à distribuer bonis, privilèges et augmentations de salaires à certains secteurs ouvriers, de façon à mieux diviser les forces prolétariennes. Parallèlement, elles encouragèrent les grèves et le sabotage de la production. Leur objectif était que les ouvriers, ou du moins certains secteurs parmi eux, se mettent à agir mais seulement pour eux-mêmes, et non pas dans l'optique de transformer la société et de la diriger collectivement. Le sabotage visait aussi objectivement à affaiblir la révolution, en accréditant l'idée que les « troubles » étaient nuisibles au développement économique.

    En janvier 1967, donc, des millions d'ouvriers et de jeunes rebelles ont enfin réussi à renverser le comité municipal du PCC. Les masses ont occupé les principaux édifices administratifs, les journaux, les services publics. Un nouveau pouvoir fut établi, sous la forme de ce qu'on a appelé un « comité révolutionnaire de triple union », dont le tiers des membres provenaient des organisations de masse nouvellement créées dans le cadre de la Révolution culturelle ; le deuxième tiers étant formé de cadres du Parti et le troisième, de représentants de l'armée. Ce modèle a par la suite été généralisé à travers toute la Chine, avec toutefois plus ou moins de succès.

    En 1968, sur la base de ces victoires, on assiste enfin à la destitution et à l'exclusion du « partisan numéro un de la voie capitaliste », Liu Shaoqi. Deng Xiaoping est lui aussi démis de ses fonctions. Une nouvelle génération de dirigeantes et de dirigeants se développe qui se sont aguerris-es dans les premières étapes de la Révolution culturelle. Ces nouveaux dirigeants viennent s'ajouter et renforcer les quelque 90 à 95 p. 100 des cadres qui sont jugés comme étant « fondamentalement bons ». Parmi eux, on retrouve les plus fidèles compagnons d'armes de Mao, ceux que les révisionnistes attaqueront après sa mort en les affublant du sobriquet de « bande des quatre » et qui sont : Jiang Qing (l'épouse de Mao), Zhang Chunqiao, Wang Hongwen et Yao Wenyuan. Éventuellement, au IXe congrès du Parti en 1969, 60 p. 100 du Comité central sera ainsi renouvelé.

    Parallèlement à tous ces développements et à toutes ces mobilisations, on commence aussi à mettre en place ce qu'on appelle les « nouvelles choses socialistes » :

    • Dans l'éducation, on s'attelle à la transformation des méthodes d'enseignement et des contenus de cours ; les ouvriers sont amenés à s'impliquer à la direction des écoles. On cherche à raffermir les liens entre théorie et pratique : les étudiantes et étudiants sont invités à participer au travail productif à la campagne. De nouveaux critères de sélection sont mis en place qui tiennent compte non seulement des performances académiques des candidates et candidats mais aussi de leurs dispositions politiques ; les frais de scolarité sont abolis ; etc.

    • Dans le domaine culturel, de nouvelles pratiques et de nouvelles œuvres sont aussi développées qui visent à servir le peuple. Ce travail, qui est habilement dirigé par Jiang Qing, a produit des œuvres remarquables, telles les ballets intitulés Le détachement féminin rouge et La fille aux cheveux blancs.

    • On assiste à la transformation du système de santé. Les services médicaux sont étendus à la campagne, là où ils étaient autrefois peu disponibles : c'est l'apparition des fameux « médecins aux pieds nus » qui apportent soins et éducation aux masses paysannes.

    • Des « écoles de cadres » sont établies dans lesquelles ceux-ci sont appelés à participer à la production et à s'éduquer eux-mêmes au contact des paysannes et des paysans.

    Mais encore là, la lutte n'est pas terminée. Elle porte désormais sur le maintien ou pas des acquis et des transformations qui ont été faites, et des verdicts qui ont été rendus. Lin Biao, ministre de la Défense et fidèle allié de Mao, en vient à défendre l'idée que la victoire est désormais définitivement acquise. Il propose de remettre l'accent sur le développement de la production et sur le retour à l'ordre. Son point de vue étant défait, Lin Biao tente un coup d'État qui échoue, puis meurt dans un accident d'avion alors qu'il tentait de s'enfuir en URSS.

    Sa trahison place la gauche maoïste sur la défensive. Les centristes, que Mao avait jusque là réussi à neutraliser et même à utiliser à son avantage jusqu'à un certain point, sont maintenant appelés à jouer un rôle plus important. Sous leur influence, Deng Xiaoping est même réhabilité en 1973.

    Bien sûr, officiellement, les acquis sont maintenus, la Révolution culturelle se poursuit. Mais petit à petit, les partisans du capitalisme reprennent leur place dans l'appareil du Parti et celui de l'État.

    Le contexte international est un autre facteur qu'utilisent les révisionnistes à leur avantage. La Chine se trouve de plus en plus menacée par l'Union soviétique, ce qui place objectivement les secteurs pro-américains dans une position favorable. C'est d'ailleurs à cette époque que Deng Xiaoping présente sa fameuse « théorie des trois mondes », de triste renommée, qui propose au prolétariat mondial de s'allier à l'impérialisme US pour s'opposer au social-impérialisme soviétique et qui s'avérera un des principaux facteurs dans l'effondrement du mouvement marxiste-léniniste international à la fin des années 70.

    Fidèles à leurs conceptions idéologiques et politiques, les maoïstes s'en remettent à nouveau à la mobilisation des masses pour contrer le « vent déviationniste de droite ». Cette lutte, qui se déroulera de 1973 à 1976 et qui produira des avancées théoriques très importantes (notamment quant à la critique du « droit bourgeois » et à l'étude de la dictature du prolétariat), permettra de repousser l'offensive de la nouvelle bourgeoisie. Ainsi, Deng est à nouveau démis en avril 76. [2]

    Cette fois encore, les divergences entre les deux lignes se sont cristallisées sur les questions économiques. Le programme des « Quatre modernisations », attribué à Zhou Enlai, apparaît pour la première fois dans le décor. On y propose le retour à l'utilisation des stimulants matériels, l'abolition du travail à la campagne pour les étudiants, le démantèlement des écoles de cadres. Dans une de ses dernières interventions publiques, Mao déclare : « Vous faites la révolution socialiste et vous ne savez même pas où se trouve la bourgeoisie. Mais elle est directement à l'intérieur du Parti communiste - ce sont ceux qui sont au pouvoir et qui suivent la voie du capitalisme. Les partisans du capitalisme sont encore sur la voie capitaliste. » (cité dans Peking Review n° 11, 12/03/76, notre traduction)

    Après la mort de Mao en septembre 1976, le coup fatal sera donné avec l'arrestation de ses plus proches camarades, qui avaient aussi été les dirigeants les plus solides de la GRCP (la soi-disant « bande des quatre ») et avec l'ignoble campagne, dénuée de tous principes, qui s'en est suivie. Contrairement à ce que certains ont pu penser, ce ne fut pas là seulement qu'une simple révolution de palais. Il y a eu d'importants mouvements d'opposition, à Shanghai notamment, et même des mouvements armés, qui ont malheureusement été réprimés et dont on a peu entendu parler à l'extérieur.

    On a voulu laisser croire que les « quatre » étaient isolés et qu'ils n'avaient aucun soutien parmi les masses. Mais leur destitution et leur arrestation ont bel et bien eu toutes les caractéristiques d'un coup d'État. Dans l'éloge qu'il a écrit après la mort de Deng en 1997, Alain Peyrefitte, lui-même un chaud partisan de Deng et opposant notoire aux quatre, l'a admis à sa façon : « Personne n'a compté le nombre des partisans de la "bande des quatre" qui ont fini leurs jours avec une balle dans la nuque. Deng n'a jamais confondu pouvoir et mansuétude. » (La Presse, 22/02/97)

    Au départ, les nouveaux dirigeants ont prétendu défendre l'héritage de Mao Zedong. Puis, assez rapidement, ils ont fini par ne lui reconnaître un rôle positif que pour la période allant jusqu'en 1956 - ce qui, soit dit en passant, en dit long sur les intérêts de classe qu'ils représentent. Après la deuxième réhabilitation de Deng en 1978, on a également fini par décréter officiellement la fin de la GRCP, désormais qualifiée comme ayant été une période de « 10 années noires », et par tout renverser ce qui ne l'avait pas déjà été. On sait maintenant ce qu'il en est advenu aujourd'hui.

    Des acquis indispensables

    Quand on regarde tout ce qui s'est passé en Chine depuis 20 ans - le développement du capitalisme sauvage, la réhabilitation du profit, le retour des valeurs traditionnelles obscurantistes, les différentiations sociales éhontées qui s'accentuent, le chômage qui se développe à nouveau, etc. -, on constate à quel point les tendances à la restauration capitaliste y étaient fortes et solides. Et on peut mesurer l'immense mérite qu'a eu la Révolution culturelle, grâce à laquelle le socialisme a pu se développer pendant dix ans de plus, malgré, justement, la force du capitalisme.

    La Révolution culturelle est venue répondre en pratique à une des questions les plus importantes - sinon la plus importante - qui se pose pour l'avenir de la lutte pour le socialisme, à savoir comment on peut et on doit faire avancer la révolution après la prise du pouvoir. Elle constitue désormais un élément indispensable de notre compréhension de ce qu'est la lutte pour le communisme.

    Évidemment, on peut se poser la question : la gauche maoïste a-t-elle commis des erreurs ? Aurait-on pu éviter le coup d'État de 1976 et prolonger ainsi cette formidable expérience ? Ce sont là des questions importantes, certes, qui pour nous restent d'ailleurs ouvertes. On peut se demander, par exemple, s'il n'aurait pas été préférable de liquider carrément un Deng Xiaoping, lorsqu'il a été démis une première fois en 1968, plutôt que de le laisser en vie et de lui donner ainsi la chance de revenir au pouvoir ? Sachant ce que l'on sait maintenant, on est d'ailleurs porté à répondre oui à une telle question, mais encore là, il faut faire bien attention. Car comme l'a expliqué Mao, « on aura beau destituer [on pourrait même dire liquider] 2 000 partisans de la voie capitaliste durant cette grande Révolution culturelle, si on ne transforme pas notre conception du monde, il y en a 4 000 autres qui vont apparaître la prochaine fois. La lutte entre les deux classes, entre les deux lignes, ne peut être résolue avec une, deux, trois ou même quatre révolutions culturelles. » Deng Xiaoping a certes joué un rôle exceptionnel dans le processus de contre-révolution en Chine, mais si ce n'avait pas été lui, un autre aurait sans doute pris sa place, étant donné la nature profonde de la lutte qui s'est menée entre le prolétariat et la nouvelle bourgeoisie.

    Ce qu'on doit surtout retenir de tout ça, ce sont bien sûr les faits marquants et héroïques de la révolution chinoise - et ils sont nombreux : la Longue Marche, Ya'nan, la prise du pouvoir, la Révolution culturelle elle-même, etc. Tout cela fait désormais partie de notre histoire. Il faut certes aussi vénérer ceux et celles qui l'ont dirigée, et aussi les dirigeants à qui elle a donné naissance : en premier lieu, Mao, bien sûr, mais aussi Jiang Qing et Zhang Chunqiao, qui ont persisté dans la voie révolutionnaire jusqu'à la toute fin, faisant preuve d'un courage tout à fait exemplaire. Mais surtout, il faut mettre au premier plan le maoïsme à la tête de la révolution mondiale, à la tête de la révolution au Canada.

    Nous pouvons dire aujourd'hui qu'à la lumière de tout ce qui s'est produit dans l'histoire du mouvement communiste international et de ses 150 ans d'existence, on ne peut désormais plus se dire marxiste si on ne s'approprie pas réellement et si on ne défend pas systématiquement les avancées théoriques apportées par Mao alors qu'il dirigeait la révolution chinoise. Ne pas le faire, ce serait en rester - ou bien retourner pour certains - au vieux révisionnisme failli condamné par l'histoire.

    Quels sont ces acquis, si importants, qui nous sont nécessaires et qui doivent nous guider pour l'avenir ? Mentionnons-les rapidement :

    • D'abord, il y a la stratégie de la guerre populaire prolongée : la participation des masses comme facteur décisif dans la guerre ; le principe des bases d'appui et de leur utilisation pour commencer les transformations sociales avant même la prise du pouvoir ; la direction du Parti sur l'armée ; « cette vérité toute simple que chaque communiste doit s'assimiler et qui est que le pouvoir est au bout du fusil » - une vérité que certains communistes n'ont d'ailleurs pas encore comprise même si les masses révolutionnaires, elles, n'ont jamais cessé de la mettre en pratique.

    • La « démocratie nouvelle » comme stratégie révolutionnaire dans les pays opprimés.

    L'analyse des contradictions, du rapport entre théorie et pratique.

    • Le concept de la « ligne de masse », basé sur le point de vue selon lequel « le peuple est la force motrice de l'histoire universelle ».

    • La lutte contre le révisionnisme moderne.

    • Le principe d'oser lutter, oser vaincre, celui d'aller à contre-courant.

    • Et, surtout, ce qui apparaît comme étant le principal apport de Mao : l'analyse du socialisme, des contradictions qui le traversent, de la lutte de classes qui se poursuit pendant cette période ; la critique de la « théorie des forces productives » ; l'importance de mener la lutte de lignes au sein du Parti, de reconnaître le rôle et l'existence de la bourgeoisie au sein même du Parti - tout cela concentré dans la nécessité de la Révolution culturelle qui fait désormais partie du programme de toute révolution qui se veut sérieuse.

    Aujourd'hui, 1er octobre, se déroulent deux types de célébrations : celles de la bourgeoisie et celles du prolétariat. Même si la nôtre est plutôt humble, il faut en être fier. Il n'y a pas de mal à brandir le « petit livre rouge » - pourquoi pas ? -, même si cela reste seulement symbolique. Mais ce qu'il faut surtout faire, on l'a dit, c'est d'appliquer tous ces acquis. Le mouvement révolutionnaire international semble plus faible aujourd'hui, en apparence du moins, que ce qu'il était dans les années 60 et 70. Mais là où il se développe présentement, c'est justement là où le maoïsme est appliqué. On le voit très bien au Pérou, aux Philippines, en Inde, au Népal, au Bangladesh, en Turquie, où se développe avec de plus en plus de force la guerre populaire.

    La vérité, c'est qu'armé du maoïsme le mouvement révolutionnaire est maintenant plus fort qu'il ne l'a jamais été. Il est certes encore en période de réorganisation, mais c'est lui qui est porteur d'espoir pour l'avenir, pendant que le vieux révisionnisme achève de capituler.

    Dans les prochaines semaines et les prochains mois, notre organisation lancera une grande discussion au sein du prolétariat canadien sur ce que nous appelons « les bases urbaines du maoïsme », i.e. comment le maoïsme s'applique dans un pays impérialiste, afin de définir quelle est la voie de la révolution au Canada. Des textes circuleront, des débats seront organisés un peu partout, dans les grandes villes, dans les milieux prolétariens, et dans le plus grand nombre de langues possible. Nous vous appelons à vous joindre à cette discussion, à l'organiser dans votre milieu, à y participer en grand nombre. Une discussion que nous souhaitons vivante et ouverte, à l'image du maoïsme lui-même, et qui nous permettra d'entreprendre le nouveau millénaire le plus rapidement possible avec un programme pour la révolution au Canada et avec une nouvelle organisation d'avant-garde pour la diriger. C'est à cette tâche, aujourd'hui, que nous vous convions.

    Vive le 50e anniversaire de la révolution chinoise !
    Gloire éternelle au marxisme, au léninisme et maoïsme !
    Vive la lutte révolutionnaire passée, présente et surtout à venir !

    Le 1er octobre 1999


    1) Sauf indication contraire, les citations de Mao sont extraites des deux tomes de l'Histoire de la révolution culturelle prolétarienne en Chine de Jean Daubier, publiés chez Maspero.

    2) Sur toute la période de allant de 1973 à 1976, on peut lire l'article intitulé « Comment les révisionnistes ont renversé la ligne de Mao », ainsi que le fameux texte de Zhang Chunqiao, De la dictature intégrale sur la bourgeoisie (qu'on peut considérer aujourd'hui comme étant un classique du marxisme-léninisme), tous deux publiés dans Socialisme Maintenant! n° 1, printemps 1997.

    (paru dans la revue Socialisme Maintenant! n° 5)

     


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  • Un texte d'une beauté à couper le souffle qui nous parle de la classe ouvrière de Lorraine, cette provincia (pays conquis) et périphérie quart-mondisée du système France, dont il faut rappeler qu'après avoir été un État (duché) semi-indépendant (comme tous les États) du Saint-Empire germanique puis complètement indépendant, elle ne fut progressivement annexée qu'à partir du milieu du 16e siècle ("chevauchée d'Austrasie" d'Henri II amenant dans l'escarcelle royale les Trois-Évêchés en 1552) et définitivement (non sans avoir connu les affres de la Guerre de Trente Ans et de toute une série d'occupations françaises, perdant peut-être les deux tiers de sa population...) en 1766 seulement (!), vingt-trois ans à peine avant la Révolution et trois ans avant la Corse, après avoir été pendant 30 ans une sorte de "protectorat" gouverné par le beau-père de Louis XV (Stanislas Leszczyński qui a donné son prénom à la célèbre place nancéienne). Lors de la création des départements en 1790, comme une ultime humiliation, on fera faire à sa frontière avec la Haute-Marne (département champenois) un détour de plusieurs kilomètres afin de lui arracher les vestiges de l'ancienne citadelle de La Mothe, dangereux symbole de sa résistance passée face aux tentatives d'annexion...

    Elle devint alors très vite une périphérie populaire vouée à l'industrie lourde sous la houlette des tout-puissants De Wendel [firme familiale qui deviendra après-guerre Sacilor puis (après nationalisation) Usinor-Sacilor en 1986, Arcelor en 2002 et enfin Arcelor Mittal en 2006, la firme elle-même devenant une société d'investissement présidée par... Ernest-Antoine Seillière], se peuplant d'un prolétariat ouvrier de toutes les origines européennes puis extra-européennes, mais cadenassé dans un système paternaliste qui verra toujours un mouvement communiste historiquement assez faible et une large hégémonie du syndicalo-réformisme voire du syndicalisme cogestionnaire chrétien, et même d'une assez forte droite ouvrière (en Moselle surtout) donnant aujourd'hui de puissants bastions FN.

    À la fin des années 1970 (nouvelle crise générale du capitalisme) la sidérurgie commence à être peu à peu démantelée, soulevant un mouvement de résistance populaire magnifique qui réussira même l'exploit d'assombrir l'"état de grâce" mitterrandien mais qui sera malheureusement défait ; le territoire devenant alors définitivement une vaste zone de relégation plongée dans le chômage et la désespérance, le désert de services publics, la pauvreté urbaine et rurale, l'alcoolisme et autres fléaux psycho-sociaux (avec toutes leurs conséquences sanitaires), le vote populiste d'extrême-droite etc. ; bien que parallèlement aux gesticulations du Montebourg succédant à celles de Sarkozy, les sacro-saints "z'élus locaux" tentent de restructurer cela en une "métropole dynamique et prospère au cœur de l’Europe" (dans le texte) qui d’Épinal jusqu'à la frontière luxembourgeoise compterait quelques 1,5 millions d'habitants et qui s'intégrerait à la "dorsale européenne" rhénane...

    Espérance de vie parmi les plus basses d'Hexagone dans certains secteurs, augmentation de plus de 16% du nombre de suicides en 10 ans, taux de cancers nettement supérieur à la moyenne nationale (première cause de mortalité) : il y a là de ces crimes contre le Peuple que les forces de l'Histoire ne pardonnent pas, et qui recevront tôt ou tard leur juste châtiment !

    Nous, communistes révolutionnaires d'Occitanie et d'ailleurs luttant pour la Libération des Peuples et pour jeter à bas la forteresse d'exploitation et d'oppression mondiale dénommée "France", nous travaillerons d'arrache-pied pour que tu deviennes, Lorraine, une forteresse rouge de la Guerre du Peuple !

    Je suis né dans la Vallée des Anges


    Je suis né dans la vallée des Anges, là où les chérubins nimbés côtoient les monstres d’acier et les titans de feu. Partout leurs masses se dressaient vers le ciel, comme les clochers des églises, comme les beffrois des hôtels de ville, comme autant de points de repères pour les habitants des lieux. Des confins des Ardennes au sud de Nancy, en passant par Thionville, Metz et Pont-à-Mousson, notre bassin prenait des airs d’Enfer lorsque les cheminées hululaient, crachant dans l’air des fumées sulfureuses. L’odeur de souffre emplissait les narines et on respirait à plein poumon un air gorgé de scories. Les vitres se recouvraient d’une pellicule de suie, et le ciel demeurait tristement gris.

    Parfois, nous montions sur les crassiers, voir d’en haut les anciens lorsqu’ils coulaient la fonte. Des éclairs de feu jaillissaient et la lave serpentine fusait dans un bouillonnement d’or. Partout, la nuit ne laissait apparaître que le rougeoiement des hauts-fourneaux. Pareils à des dragons bienveillants, les mastodontes insomniaques entretenaient jusqu’à l’aurore, dans une pluie d’étincelles, le brasier ardent. Les enfants regardaient passer les wagonnets, leurs lumières et leurs cliquetis, semblables à ceux d’une fête foraine.

    Gueules noires aux yeux bleus, les ouvriers ne comptaient pas leurs heures. Les cris, la chaleur et le grondement des gestes en cadence rythmaient les journées et les nuits. Quand nos pères rentraient le soir, il ne fallait pas faire de bruit. L’alcool coulait souvent jusque tard dans leurs gorges irritées par la poussière, soulageant leurs dos usés et leurs mains calleuses, attisant leur fatigue et calmant leurs angoisses. À table, on parlait parfois des De Wendel car ici, tout leur appartenait. C’était leurs murs, leurs usines, leurs échoppes et leurs bars. Nous étions leurs ouvriers, leur main d’œuvre, leurs gagne-pain. Pourtant, c’était nos pères qui se levaient chaque jour pour rejoindre les hauts-fourneaux et les chevalements, les mines de fer et la houille.

    Les gens venaient de partout pour travailler ici. Algériens, Espagnols, Italiens, Polonais et Français. Tous se côtoyaient, effectuaient les mêmes taches dans les mêmes monstres d’acier, fréquentaient les mêmes épiceries, se rendaient aux mêmes sorties d’écoles, se retrouvaient dans le même bar PMU le dimanche matin et assistaient aux mêmes matchs de football le dimanche après midi. La vallée brassait toutes les populations, toutes les origines et toutes les cultures. Les gens savaient vivre ensemble et la richesse ne se trouvait que dans les cœurs.

    Le ciel gris était le même pour tous et les petites maisons ouvrières s’alignaient dans tous les villages-rues de la vallée. Les légumes que l’on cultivait dans les jardinets, radis, carottes et salades, étaient mis à tremper dans de grandes bassines dont l’eau finissait par prendre la couleur de la rouille. Chaque jour les femmes balayaient la poussière épaisse, déposée par les fumées des usines sur les balcons et les parvis et plusieurs fois par semaine, il fallait nettoyer les vitres, noires de suie.

    Puis, la rumeur a commencé à enfler. Les usines allaient fermer. Les laminoirs, les mines de fer et les trains à fil, les aciéries et les hauts fourneaux, bientôt, ne seraient plus. Le jour où ils ont arrêté la coulée, le ciel est devenu clair, on revoyait l’azur, mais cela ne présageait rien de bon. La poussière a peu à peu disparu, laissant apparaître le vert de la végétation foisonnante attisée par une pluie fréquente. Les sidérurgistes ont continué à travailler durement, mais l’envie n’y était plus. La résignation se voyait parfois sur leurs visages marqués par le labeur. Beaucoup se préparaient pour les manifestations futures tandis que d’autres démontaient déjà les ponts roulants et les installations d’acier, sous les regards désespérés.

    L’appel à la grève générale, un mois d’avril morne et froid, avait été largement suivi. Les odeurs de pneus brûlés succédaient à celle du souffre. Les frontières avec l’Allemagne et le Luxembourg furent fermées, les routes bloquées, les rails occupés et les commerçants laissèrent clos leurs rideaux de fer. Plus rien ne circulait et partout dans la vallée, on se mobilisait. Les cloches des églises sonnaient à la volée, dans un écho funeste.

    Les promesses des politiques n’ont jamais été tenues et la Vallée de la Fensch a été abandonnée. L’extraction et la fusion du fer ont laissé place à des usines désertes qui pointent toujours vers le ciel leurs carcasses de fonte. Au printemps, leurs silhouettes fantomatiques percent la brume aux premières lueurs du jour et l’automne, leurs lignes aiguisées se dessinent au bord des routes derrière l’épais brouillard. Les galeries vides et les effondrements du sous-sol ont remplacé l’effervescence des travailleurs. La région est endeuillée par le chômage et la misère, tandis que les nouvelles générations cherchent à partir au plus vite pour trouver du travail. Les villages-rues se sont transformées en cité-dortoir où la vie n’est plus.

    Il y a eu du sang et des larmes ici. Des coups de grisou, des suicides. Et partout, la silicose qui ronge les poumons. La sirène retentissait quand un accident grave se produisait, et on priait pour qu’il ne s’agisse pas de notre père, de notre frère ou d’un proche. Malgré tout cela, la vallée abritait un vivier culturel, une clayère d’âmes et d’esprits. Les anciens étaient fiers de ce qu’ils faisaient, même si le labeur était éreintant. Leur savoir faire unique s’est envolé lorsque les usines ont fermé leurs portes et avec lui, des milliers d’emplois. Le ciel a retrouvé ses couleurs, la poussière ne se dépose plus sur la terre que l’on cultive, les fumées ferrugineuses ont disparu, mais plus personne ne souhaite en profiter.

    Du bord de la route, je regarde les hauts fourneaux et leur allure spectrale qui me fascine tant. La nature y a repris ses droits et une herbe émeraude recouvre leurs pieds, tranchant avec les reflets argent des carcasses d’acier. Je dévisage ces titans figés dans un immobilisme immuable et je me souviens des odeurs de souffre, de la poussière et du bruit permanent. Je les observe mais, pourtant, ce sont eux qui aujourd’hui contemplent la région de leur majesté rouillée.

    carnet1-1


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  • UNE TUERIE… Il n’y a pas d’autres mots pour ce texte absolument excellent, extrait d’un livre-album sorti en septembre 2012 : Leur laisser la France du collectif Ancrages, né en plein ‘‘kärcherisme’’ sarkozyste*, notamment suite à l’insurrection populaire de Villiers-le-Bel (2007) et au véritable ratissage digne des guerres coloniales qui a suivi ; et dont voici le site ainsi qu’un entretien donné à L’Imprimerie nocturne avec le collectif Angles Morts (d’esprit voisin).

    Encore une preuve s’il en fallait que toutes les théories que nous avons exposées ici ne sont que le reflet d’une prise de conscience de plus en plus large dans la société populaire !

     

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/104ancrages.jpgIl est question de « deux France ».

    D’une lutte politique et symbolique entre deux courants de l’histoire qui revendiquent chacun ce mot écrasant.

    La France humaniste, révolutionnaire, progressiste, « terre de combats et de révoltes », contre la France réactionnaire, fascisante et raciste.

    Bonne France vs Mauvaise France. Peuple de France vs État français. République vs Monarchie. Commune vs Versailles. Front Populaire vs Vichy. Résistance vs Collaboration. Anticolonialisme vs Colonialisme.

    Il est question de « paradoxes de l’histoire », révélateurs des contradictions entre ces deux grands courants essentialisés.

    Nous n’y croyons pas.

    Il n’y a pas une France.

    Il n’y a pas deux France.

    Il n’y a pas de France.

    Il y a juste du vent.

    Et du vent qui veut prendre des airs de grandeur.


    Akimbo HD


    Grandeur. Le concept qui réunit les « deux France ». Grandeur de la Révolution française, grandeur de l’Empire français. Qui assureraient toutes deux à « la France » un ascendant sur le reste du monde. Car les « deux France » sont pareillement orgueilleuses et donneuses de leçon. Elles prétendent apprendre au monde la révolte et le maintien de l’ordre, les droits de l’homme et la contre-insurrection, l’instruction publique et l’extraction des matières premières, la démocratie parlementaire et la république bananière.

    Grandeur de la Libération. 8 mai 1945. France : capitulation, victoire, liesse. Algérie : bombardiers, milices, massacres. Quel paradoxe ? Quelle lutte entre deux courants de « la France » ? Ce sont les mêmes qui fêtent et qui tirent. Les « résistants » impliqués dans l’OAS seront parfaitement cohérents : c’est toujours au nom de « la France » qu’ils s’engageront. Au nom de « la France », condamnée comme par vice à remâcher le vomi de Hitler.

    Grandeur de la République. La troisième, qui fournit à Vichy son administration, ses camps, son langage racial : cadres semblables, volonté en plus. Les quatrième et cinquième, qui puisent dans Vichy recensement, fichages, rafles, expulsions : techniques semblables, technologies en plus. Nous ne faisons aucun amalgame : leurs pratiques sont un amalgame. Ce sont les mêmes qui trient, les mêmes qu’on vire.

    Grandeur de l’Universel. La patrie et sa capitale « portées vers l’universel », qui « offrent au monde » leurs lumières et leurs grilles de lecture civilisationnelles crucifiant les éternels attardés. Grandeur de cet universalisme français, dont la spécificité est le racisme. Grandeur du racisme français, dont la forme spécifique est l’universel. Grandeur de leur rencontre, pour propager main dans la main l’État-nation, toujours tendanciellement génocidaire.

    http://imprimerienocturne.com/wp-content/uploads/2013/04/anglesmorts.jpgDe part et d’autre de la fausse ligne de front qui sépare les prétendues « deux France » existent quelques « idées de la France » différentes et quelques désaccords sur le chemin parcouru. Mais s’affirme la même croyance en une nécessité : « la France » devait se faire, et « la France » doit persévérer. Ces « deux France » s’agitent sur le même terrain, palabrent dans les même débats, rendent hommage à la même structure. Elles acceptent le même espace et les mêmes chronologies. Elles mettent pareillement en scène les conflits de leurs pseudo-paradoxes. Dans ce cadre, la « bonne France » sera toujours là pour rattraper la « mauvaise France ».

    Il n’y a donc pas de paradoxes ni de luttes entre courants contraires dans « l’histoire de France ». Il n’y a que des volontés de sauver le concept de France.

    Il n’y a pas de France. Il n’y a qu’une multiplicité de lignes brisées, dispersées, qui s’accumulent, font émerger des événements, imposent des conflits, chuchotent des amours et des haines, disposent des nous et des eux irréconciliables. Et dans les creux, des failles à habiter, des chronologies à s’approprier, des espaces à occuper. Des tensions où se glisser pour rejouer les lieux et les temps et les faire se percuter, bien au-delà des barèmes et des mesures du centre :

    Les Vietnamiens crament les cartes coloniales et clament que la chronologie pseudo-libératrice française n’est pas la leur. L’ARB fait péter le château de Versailles. Des tirailleurs sénégalais passent au Vietminh. Des Juifs fabriquent faux-papiers et bombes du FLN. Les rues des manifestations pour Gaza deviennent des lieux de prière. Des Basques visitent des camps de réfugiés palestiniens transformés en camps militaires. Les quartiers populaires célèbrent les fêtes nationales à coups de voitures brûlées.

    « La France » est ce fourre-tout opportuniste qui cherche à réduire par tous les moyens ces lignes de failles, ces cartographies et ces chronologies télescopées, au nom de la fiction d’ensemble et d’unité.

    « La France » est cette construction policière qui tente de contrôler, d’organiser et de neutraliser toutes les formes d’identification qui menacent de la saper.

    « La France », nous ne lui reconnaissons pas d’existence autre que celle d’un État, une police, des frontières. Nous ne voyons pas l’intérêt qu’il y aurait à s’en réclamer.

    Anticolonialistes, résistants, communistes étaient taxés d’antifrançais.

    Ils s’en défendaient.

    Ils auraient dû s’en honorer.

    Nous sommes des traîtres.

     


    Couv déf
     

    Leur laisser la France
     
     
     
    Parution : septembre 2012
     
    130 pages + CD 11 titres
     
    Format : 150 x 210
     
    Prix : 15 euros
     
     
     
    Réalisé par le collectif Ancrages, « Leur laisser la France » est composé d’un disque de 11 titres et d’un livre de 128 pages. Entrecoupé de récits à la première personne et d’illustrations qui lui font écho, le texte, issu d’une écriture collective, tente de démêler ce que peut signifier « la France » et ce que veut dire être un « Français » – ou ne pas l’être.
     

    danse de la vengeance

     

    * Et géographiquement principalement en Bretagne, nous ont-ils indiqué suite à erreur de notre part les localisant en région parisienne.

     


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  • Niveau son/style... on va dire qu'on a écouté mieux ; après, les goûts et les couleurs...

    Mais niveau TEXTE, ce rap marseillais de 2012 dit en quelques rimes absolument TOUT ce que nous disons et répétons depuis bientôt 3 ans. Quand tant de "pensées" du peuple "reflètent" la même chose, c'est que nous sommes sur la bonne voie !


    (Duval Mc / Imhotep)

    Quand j’entends le mot « France » j’ai les dents qui grincent
    Comme quand ils disent que ma ville est en province
    Un « territoire conquis » quand j’y pense
    On nous l’a montré en carte toute notre enfance
    Quand j’entends le mot « France » j’ hallucine
    Elle me fait peur la France avec ses commandos
    Normal qu’elle ait toujours le nez dans ses racines
    Avec les millions de morts qu’elle a sur le dos
    Elle me fait flipper la France avec ses droits de l’homme
    Qu’elle respecte autant qu’elle respecte l’atome
    Une démocratie qui maintient tant de tyrans
    T’appelles ça comment ? Quoi, t’étais pas au courant ?
    La fiction est loin du réel je t’informe
    Nous sommes sous un régime de marchands d’armes
    Alors cherche pas plus loin si tu veux m’insulter
    Appelle-moi : Français

    Refrain :
    Faut démanteler la France faut qu’on se bouge
    Faut pas laisser ce régime de mort à nos minots
    Le monde en a assez du bleu blanc rouge
    Il faut tourner la page et rincer le pinceau

    Quand j’entends le mot « France » j’ai mal à la face
    Elle m’horripile la France avec ses Famas
    Ses Mirages, ses Falcon, ses mines et ses gaz
    Ses hypermarchés qu’elle construit sans cesse
    Quand j’entends le mot France j’ai mal au ventre
    Pour tous ces sans-papiers à qui on pourrit la vie
    Faire la queue à la pref flipper quand tu rentres
    Et Carrefour paye une misère le coton du Mali
    Tu vois pas la frontière ? elle est sous le képi
    Exploités là-bas, exploités ici
    Restauration, bâtiment, contrat OMI
    Une rafle à l’occaz pour l’électorat nazi
    Et n’allume pas la télé ou là tu vomis
    Sevran, Zemmour, Hortefeux Steevy
    Comme le discours de Dakar de Sarkozy
    Niveau PMU 24 de QI

    Refrain

    Quand j’entends le mot France je pense à ces gars
    Sans but, sans amour, sans ambition
    Qui vont passer le concours de la famille poulaga
    De CRS ou de soldat dans la légion
    Pour moi la France c’est Le Pen et Madelin
    C’est Leroy-Merlin, Aussaresses et Pétain
    C’est les penseurs en bois du siècle des lumières
    Qui nous parlaient de « races inférieures »
    Dans les villes de France j’ai la gerbe
    Plus de panneaux de pub que de brins d’herbe
    Toute une architecture anti-regroupement
    Les boulevards haussmanniens les bancs anti-mendiants
    Les théâtres nationaux contrôlés par Paris
    Les noms d’assassins en guise de noms de rues
    L’État donne des milliards à Peugeot et Renault
    Mais les transports gratuits c’est pas pour bientôt
    Quand j’entends le mot France j’ai la chourma
    Pour Saint-Domingue pour le Biafra
    Pour le sordide Itsembabwoko du Rwanda
    Pour la bande à Chirac de violeurs à Brazza

    Refrain

    Quand j’entends « France » mes larmes sont pas loin
    Je repense au 17 octobre 61
    Marianne a tellement de sang sur les mains
    Et quand on siffle l’hymne ils en font un foin
    J’en peux plus de les entendre dire France
    Quand ils parlent de grands philosophes, de culture
    Le massacre des Bassa au Cameroun tu penses
    Que Molière y poserait sa signature ?
    Quand j’entends le mot « France » j’ai mal à l’histoire
    A ce mot « Civilisation » dont les pires se parent
    Qui « pacifiait » les peuples autochtones
    Ils pillent encore des millions de tonnes!
    Mais qui est français? au fond personne
    On est juste des bonnes femmes on est juste des bonshommes
    On veut un brin de soleil et une part d’air pur
    Et on parle une langue qui change tous les jours

    Remballe tes fusées, tes avions, tes missiles
    Notre identité n’est pas nationale
    Remballe ta police, tes écoles, tes usines
    Notre identité n’est pas nationale
    Remballe ton drapeau, ton armée, ta Marianne
    Notre identité n’est pas nationale
    Remballe tes patrons tes médias tes centrales
    Notre identité n’est pas nationale

    (Duval Mc / Imhotep)

     


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  • Compagno Saltarelli, noi ti vendicheremo !

    Chanson révolutionnaire italienne des années 1970. Un an après l'attentat massacre de la Piazza Fontana, commandité par la bourgeoisie et la République démocrate-chrétienne et exécuté par les fascistes de Stefano Delle Chiaie, une manifestation de commémoration a lieu à Milan. Au cours des affrontements avec la milice d'Etat, un étudiant, Saverio Saltarelli, est tué par un tir tendu de grenade lacrymogène par la police, reçue en plein coeur.

    La colère soulevée par ce lâche crime fasciste est un des points de départ de la Guerre populaire italienne de basse intensité des années 1970.

    Il dodici dicembre un anno era passato
    dal giorno delle bombe della strage di stato
    e in uno scontro in piazza, con una bomba al cuore
    ammazzan Saltarelli gli sbirri del questore.

    Se cambiano i governi, i mezzi, sono uguali:
    padroni e riformisti ammazzan proletari.
    Restivo e Berlinguer, con le stesse parole
    dicono: «Sì, è morto, gli si è fermato il cuore».

    Ma la gente dei quartieri dice: «Ieri Pinelli
    ce l'hanno assassinato, ed oggi Saltarelli».
    Compagno Saltarelli, noi ti vendicheremo,
    burocrati e padroni tutti li impiccheremo.

    Studenti del Feltrinelli, nella nebbia del mattino,
    vanno tutti alla O.M. dal compagno Martino;
    e lì Martino piange, non crede nel vedere
    quando entrano in fabbrica con le rosse bandiere.

    E poi con gli operai sono tornati in piazza:
    «Basta con i padroni, con questa brutta razza!».
    Operai della Pirelli, una gran folla enorme
    hanno bruciato in piazza cartelli delle riforme.

    Poi tutti quanti insieme, tremilacinquecento,
    sono entrati alla Siemens con le bandiere al vento.
    E per tornare al centro non han fatto il biglietto:
    «Noi viaggiamo gratis, paga Colombo», han detto.

    Compagno Saltarelli, noi ti vendicheremo,
    burocrati e padroni tutti li impiccheremo.
    Restivo e Berlinguer si sono accalorati
    nel dir che gli estremisti vanno perseguitati;

    Restivo e Berlinguer vanno proprio d'accordo,
    le loro istituzioni valgono bene un morto!
    Sei morto sulla strada che porta al Comunismo,
    ucciso dai padroni e dal revisionismo.

    Compagno Saltarelli, noi ti vendicheremo,
    burocrati e padroni tutti li impiccheremo.
    Le bombe e le riforme son armi del padrone,
    la nostra sola arma è la rivoluzione;

    ed oggi nelle piazze, senz'esser stabilito,
    abbiamo visto nascere nei fatti un gran partito;
    contro tutti i padroni, contro il revisionismo,
    uniti nella lotta per il Comunismo!

    Compagno Saltarelli, noi ti vendicheremo,
    burocrati e padroni tutti li impiccheremo.
    Compagno Saltarelli...

    Traduction :

    Le 12 décembre (1970 ndlr), un an était passé, depuis le jour des bombes (piazza Fontana), du massacre d'État
    Et dans un affrontement de rue, d'une bombe en plein coeur, ils ont tué Saltarelli, les sbires du préfet de police.
    Si les gouvernements changent, les moyens sont les mêmes : patrons et réformistes tuent des prolétaires.
    Restivo (Ministre de l'Intérieur) et Berlinguer (premier secrétaire du P"c") avec les mêmes paroles, disent "Oui, il est mort, son coeur s'est arrêté".
    Mais les gens des quartiers disent "Hier ils ont assassiné Pinelli, et aujourd'hui Saltarelli !"

    Camarade Saltarelli, nous te vengerons, bureaucrates et patrons, tous nous les pendrons !

    Les étudiants de Feltrinelli, dans la brume du matin, vont tous à l'oraison funèbre du camarade Martino,
    Et là Martino pleure, il n'en croit pas ses yeux, quand ils entrent dans l'usine avec leurs drapeaux rouges !
    Et puis avec les ouvriers ils sont retournés dans la rue, "Assez des patrons, de cette sale espèce !"
    Les ouvriers de Pirelli, une grande foule énorme, ont brûlé dans la rue les papiers des réformes.
    Puis tous ensemble, 3.500, ils sont entré à la Siemens, les drapeaux au vent,
    Et pour retourner au centre, ils n'ont pas pris de billet, "nous voyageons gratis, Colombo (Premier ministre) paye" ils ont dit.

    Camarade Saltarelli (...)

    Restivo et Berlinguer se sont échauffés, pour dire que les "extrémistes" seraient poursuivis,
    Restivo et Berlinguer vont parfaitement d'accord, leurs institutions valent bien un mort !
    Tu es mort sur la route qui mène au communisme, tué par les patrons et le révisionnisme !

    Camarade Saltarelli (...)

    Les bombes et les réformes sont les armes du patron,
    Notre seule arme est la révolution,

    Et aujourd'hui dans les rues, sans qu'il soit établi, nous avons vu naître dans les faits un grand Parti !
    Contre tous les patrons, contre le révisionnisme, unis dans la lutte pour le communisme !

    Camarade Saltarelli (...)

      http://www.pugliantagonista.it/Saverio.jpg

    Ça fait du bien à écouter, surtout à la veille d'un nouveau défilé bureaucratique cogestionnaire... Vous ne trouvez pas ? 


    L’ORA DEL FUCILE (L’heure du fusil) reprend l’air de  Eve of Destruction (pas mal aussi, dans un registre plus pacifiste-idéaliste) de Barry McGuire. Le texte est bien emblématique de l’époque, où le fond de l’air était rouge : lutte implacable des masses populaires sur les trois fronts, contre la bourgeoisie capitaliste à l’Ouest, contre la domination impérialiste au Sud, et contre la nouvelle bourgeoisie révisionniste à l’Est.

    Sympathique à écouter, au moment où le mouvement des masses arabes, la guerre populaire de l’Inde aux Philippines, les 80.000 "incidents de masse" par an en Chine, les résistances du Sahara au Cap et les luttes d’émancipation du Mexique à la Terre de Feu, font de nouveau se lever la vague ; la seconde et glorieuse vague de la Révolution mondiale, qui n’attend que la nouvelle Internationale des Partis communistes révolutionnaires qui la mènera à la victoire !!!   

     
    Tutto il mondo sta esplodendo
    dall'Angola alla Palestina,
    l'America Latina sta combattendo,
    la lotta armata vince in Indocina ;
    in tutto il mondo i popoli acquistano coscienza
    e nelle piazze scendono con la giusta violenza.
     
     
    E quindi, cosa vuoi di più compagno,
    per capire
    che è suonata l'ora del fucile ?
     
    L'America dei Nixon, degli Agnew e
    Mac Namara
    dalle Pantere Nere una lezione impara ;  
    la civiltà del napalm ai popoli non piace,
    finché ci son padroni non ci sarà mai pace ;
    la pace dei padroni fa comodo ai padroni,
    la coesistenza è truffa per farci stare buoni.
     
    (Refrain)
     
    In Spagna ed in Polonia gli operai
    dimostran che la lotta non si è fermata mai
    contro i padroni uniti, contro il capitalismo,
    anche se mascherato da un falso socialismo.
    Gli operai polacchi che hanno scioperato
    gridavano in corteo : Polizia Gestapo !
    Gridavano : Gomulka, per te finisce male !
    Marciavano cantando l'Internazionale.
     
    (Refrain)
     
    Le masse, anche in Europa, non stanno più
    a guardare,
    la lotta esplode ovunque e non si può fermare ;
    ovunque barricate, da Burgos a Stettino,
    ed anche qui fra noi, da Avola a Torino,
    da Orgosolo a Marghera, da Battipaglia
    a Reggio,
    la lotta dura avanza, i padroni avran la peggio.
     
    (Refrain)
    Le monde entier est en train d'exploser
    de l'Angola à la Palestine ;
    l'Amérique latine combat,
    la lutte armée triomphe en Indochine ;
    dans le monde entier les peuples acquièrent conscience
    et dans les rues descendent, avec la juste violence.
     
    Alors, que veux-tu de plus camarade,
    pour comprendre
    qu'a sonné l'heure du fusil ?
     
    L'Amérique des Nixon, des Agnew et MacNamara
    des Black Panthers une leçon reçoit ;
    la civilisation du napalm ne plaît pas aux peuples
    tant qu'il y aura des patrons, il n'y aura pas de paix ;
    la paix des patrons ne convient qu'aux patrons
    la coexistence est une arnaque pour nous faire tenir tranquilles.
     
    (Refrain)
     
    En Espagne et en Pologne, les ouvriers
    démontrent que la lutte n'a jamais cessé ;
    contre les patrons unis, contre le capitalisme,
    même revêtu d'un pseudo-socialisme.
    Les ouvriers polonais qui ont fait grève
    criaient en cortège : Police = Gestapo !
    Ils criaient : Gomulka, ça va mal finir pour toi !
    Ils marchaient en chantant l'Internationale.
     
    (Refrain)
     
    Les masses en Europe aussi ne restent plus spectatrices,
    la lutte éclate partout et rien ne peut l'arrêter ;
    partout des barricades, de Burgos à Szczecin,
    et ici aussi chez nous, d'Avola à Turin,
    d'Orgosolo à Marghera, de Battipaglia à Reggio,
    la lutte dure avance, les patrons n'auront pas le dernier mot.
     
    (Refrain)

     

    Et allez, en prime : Pino Masi était militant du groupe Lotta Continua, petit groupe communiste plutôt spontex, qui s’est désagrégé au milieu des années 1970.

    Il en a composé et interprété l’hymne :   

     
    Siamo operai, compagni, braccianti
    e gente dei quartieri
    siamo studenti, pastori sardi,
    divisi fino a ieri
     
    Lotta! Lotta di lunga durata,
    lotta di popolo armata :
    lotta continua sarà !
     
    L'unica cosa che ci rimane
    è questa nostra vita,
    allora compagni usiamola insieme
    prima che sia finita !
     
    Lotta! Lotta di lunga durata...
     
    Una lotta dura senza paura
    per la rivoluzione
    non può esistere la vera pace
    finchè vivrà un padrone !
     
    Lotta! Lotta di lunga durata...
    Nous sommes ouvriers, compagnons, journaliers
    et gens des quartiers,
    Nous sommes étudiants, bergers sardes,
    divisés jusqu’à hier  
     
    Lutte ! Lutte de longue durée,
    Lutte du peuple, armée :
    Lotta continua sera !
     
    L’unique chose qu'il nous reste,
    c’est notre vie,
    Alors camarades, utilisons-la ensemble,
    avant qu’elle soit finie ! 
     
    (Refrain)
     
    Une lutte dure, sans peur,
    Pour la Révolution ;
    La vraie paix ne peut exister,
    Tant que vivra un patron !
     
    (Refrain)

     

    Et puis son (sans doute) plus grand titre, qui était aussi celui du programme de lutte de LC à l'époque : "Prendiamoci la città !" ("Prenons la ville !")

     

    Questa nostra lotta è la lotta di chi non vuole più servir'

    di chi è ormai cosciente della forza che ha, e non ha più paura del padrone 

    di chi vuol' trasformare il mondo in cui viviamo nel mondo che vogliamo 

    di chi ha ormai capito che è ora di lottare, che non c'è tempo di aspettare

     

    Refrain : Dalle fabbriche in rivolta un vento soffia già, ovunque arriverà

    è proprio un vento rosso che non si può fermare e unisce chi ha deciso di lottare

    Per il comunismo, per la libertà prendiamoci la città

    per il comunismo, per la libertà prendiamoci la città !  

     

    Se occupa le case chi non ce le ha unisce tutta la città

    si lotta nei quartieri per non pagare i fitti, difendere le case dagli sfratti

    si lotta e si vive in maniera comunista, non c'è posto per il fascista

    la giustizia proletaria ricomincia a funzionare, con il processo popolare

     

    (Refrain)

     

    Proletari in divisa si ribellano perchè hanno capito   che

    anche la caserma come la prigione è un'arma del padrone

    e la loro lotta avanza con la nostra unità verso la libertà

    dai quartieri alle caserme, dalla fabbrica alla scuola, è tutta una lotta sola

     

    (Refrain)

     

    La scuola dei padroni non funziona più, ma solo come base rossa

    la cultura dei borghesi non ci frega più, l'abbiamo messa nella fossa

    Anche nelle galere della repressione cresce l'organizzazione

    svuoteremo presto tutte le prigioni per fare posto a tutti i padroni

     

    (Refrain) 

     

    Cette lutte, la nôtre, est la lutte de celui qui ne veut plus servir

    de celui qui a désormais conscience de sa force, et qui n'a plus peur du patron

    de celui qui veut faire du monde où nous vivons le monde que nous voulons

    de celui qui a compris qu'il est temps de lutter, qu'il n'y a plus de temps à perdre

     

    Refrain : Des usines en révolte un vent souffle déjà, partout il arrivera

    c'est un vent rouge qui ne peut s'arrêter, et unit ceux qui ont décidé de lutter

    Pour le communisme, pour la liberté, prenons la ville !

    (2X)

     

    S'il occupe les maisons, celui qui n'en a pas unit toute la ville

    On lutte dans les quartiers pour ne pas payer les loyers, défendre les maisons contre les expulsions

    On lutte et on vit de manière communiste, pas de place pour le fasciste

    la justice prolétaire recommence à fonctionner, avec le procès populaire !

     

    (Refrain)

     

    Les prolétaires sous l'uniforme se révoltent car ils ont compris

    que la caserne elle aussi, comme la prison, est une arme du patron

    et leur lutte avance avec notre unité, vers la liberté

    des quartiers aux casernes, de l'usine à l'école, c'est toute une seule lutte

     

    (Refrain)

     

    L'école des patrons ne fonctionne plus, sinon comme base rouge

    la culture des bourgeois, nous n'en avons plus rien à faire, nous l'avons mise à la fosse

    Dans les prisons aussi, dans la répression, grandit l'organisation

    Nous viderons bientôt toutes les prisons, pour faire de la place à tous les patrons !

     

    (Refrain)

     

     

     

    http://www.workerspower.co.uk/wp-content/uploads/2011/06/greek-riot-1.jpg


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