• Analyse et rétrospective historique du FASCISME ANTI-POLITIQUE (1ère partie)


    Nous avons déjà abordé, séparément et de manière éparpillée, ce sujet et nous allons maintenant tenter de le "compiler" en une analyse et rétrospective cohérente. C'est complexe et ce sera LONG, les points à aborder sont nombreux, aussi allons-nous essayer d'être le plus pédagogiques possible. 

    La clé essentielle de tout ce que nous allons voir, est exposée dans cet article c-est-donc-marrant-d-etre-devenu-resolument-gonzaliste ; de manière assez concise pour que nous en reproduisions la plus grande partie ci-après :

    "Nous en sommes en effet venus, à travers les réflexions de Gonzalo sur le fascisme, à l'idée que finalement le dualisme démocratie bourgeoise / fascisme n'existe en fait PLUS. Ni l'un ni l'autre n'existent plus (en Occident).

    À la rigueur, des mouvements à proprement parler fascistes existent là où ils relèvent la tête après s'être faits défoncer et fermer leurs sales gueules par les communistes (devenus certes ensuite révisionnistes) pendant 45 ans : en Europe de l'Est. Ou dans un pays encore économiquement arriéré comme la Grèce. 

    Mais nos sociétés occidentales sont passées en quelque sorte à travers la "lessiveuse" de l'ère des fascismes (des années 1920 aux années 1970 au plus tard), puis de la Guerre froide avec le fascisme en arrière-plan (réseau Gladio etc.), pour déboucher à l'époque qui est la nôtre sur un dispositif total de contre-révolution préventive qui ne nécessite plus d'être modernisé radicalement par un fascisme "spectaculaire-révolutionnaire". Si un "tour de vis" répressif est nécessaire, il sera tranquillement effectué par l’État sans besoin d'un changement spectaculaire de régime.  

    Concrètement : il n'y a pas besoin que le FN (par exemple) prenne le pouvoir et organise des défilés aux flambeaux de chemises bleues marines, sous le regard de la Führer (du samedi soir ?) trônant sur une tribune monumentale. Le PS ou les Républicains, ou la République En Marche (encore mieux car "prenant le bon à droite et à gauche") peuvent tranquillement mettre en œuvre toutes les mesures "fascistes" nécessaires au Capital, tout en conservant les formes de la "démocratie" bourgeoise et de l'"État de droit" parlementaire. 

    Et il est même possible de dire que ce dispositif... une grande partie de la "gauche radicale" en FAIT PARTIE. Une grande partie de la "gauche radicale" n'est pas, ce n'est pas exactement le propos, "l'ennemi principal" (qui stratégiquement, à long terme, est la bourgeoisie impérialiste, qui ne s'embarrassera plus d'apparences "de gauche" lorsque confrontée à un véritable mouvement révolutionnaire), mais disons le premier (car le plus proche) "anneau de fer" qui empêche l'éclosion d'un mouvement révolutionnaire véritable (armé d'une Pensée totale pour comprendre et donc abattre le système), et qu'il faut donc briser." 

    L'idée est donc la suivante : il y a le fascisme des livres d'histoire de collège-lycée, le fascisme du 20e siècle, qui a correspondu à un moment historique qui était celui pour le capitalisme de surmonter sa première crise générale (1870-1945), dans un contexte marqué par deux guerres mondiales aux dizaines de millions de victimes (après la deuxième de ces guerres, un certain nombre de tels régimes ont pu encore exister dans des pays dominés, dans le contexte anticommuniste de la Guerre froide, mais plus dans les pays impérialistes) ; crise générale que d'autres pays ont d'ailleurs surmontée sans recourir à de tels régimes (force est de constater, comme une constante historique, que tous les pays ayant connu des régimes à proprement parler fascistes étaient des pays de révolution bourgeoise passablement tardive - postérieure à 1850 - et encore marqués par une forte féodalité) mais à travers des programmes économiques... totalement similaires, voire directement repris à des "agitations" fascistes comme celle des années 1930 dans l’État français, mais sans entrer dans la même démarche "totalitaire" et ultra-répressive voire génocidaire, en tout cas pas de manière "spectaculaire" (aux États-Unis, les milices patronales de la "Grande Peur rouge" puis de la Grande Dépression, connues des lecteurs de Steinbeck ; le Ku Klux Klan et les lynchages de Noirs, souvent politiques – pour les empêcher de s'organiser politiquement ; ont-elles et ils tué beaucoup moins que les Chemises noires italiennes au début des années 1920 ? rien n'est moins sûr, mais le "spectacle" politique restait celui d'une démocratie parlementaire bipartite).

    Une restructuration du système capitaliste, pour surmonter sa terrible crise d'alors, sous le sceau de ce que l'on pourra appeler une association Capital-Travail ; ou dans les mots (par exemple) d'un grand admirateur de ces régimes fascistes qu'était le général argentin Juan Domingo Perón : "Le fascisme italien a conduit les organisations populaires à une participation effective dans la vie nationale qu'elles n'avaient jamais connues auparavant. Avant l'accession de Mussolini au pouvoir, il y avait la nation d'un côté, et les travailleurs de l'autre ; et les seconds n'avaient strictement aucune implication dans la première. (...) Je me suis alors dit que ceci devait être la forme politique du futur, c'est-à-dire la véritable démocratie populaire, la véritable démocratie sociale." 

    [Une "association" cependant, dans cet esprit de "sacrifice" et de "mobilisation générale" pour "redresser l'économie" après les années noires de la crise de 1929, loin d'être toujours paradisiaque pour les travailleurs même les plus "aryens" qui soient (à mettre en parallèle avec l'actuelle politique néolibérale d'"efforts" demandés aux travailleurs pour "maintenir la compétitivité" et "sauver le modèle social" etc. etc.) : Lacroix-Riz-analyse-historique-du-fascisme-allemand.pdf... Mais néanmoins bien réelle et, comme l'expose bien ce document, VOULUE par les plus hautes institutions financières des pays concernés et internationales de l'époque (les ancêtres de nos actuels FMI, BCE etc.) !]

    Ensuite, il y a donc eu la période de relative prospérité économique des années 1950-60-70 et (en Occident) d'"unité" corporatiste Capital-Travail, le plus souvent sur le dos des pays dominés par l'impérialisme ("délocalisation" vers le Sud de la condition prolétarienne la plus dure, qui y a remplacé la servitude coloniale), pour déboucher sur les "sociétés de consommation" dont on peut situer l'apogée dans les années 1970. Mais encore ensuite, à partir de ces mêmes années 1970, nouvelle crise générale du capitalisme et dégradation de ces sociétés, de leur niveau de vie et de leur pouvoir d'achat, ce qui évidemment pose un problème (une société de consommation... ça marche quand les gens consomment et peuvent consommer !!).

    Et c'est là que se situe le GRAND PARADOXE : cet apogée (en gros, 1965-1980) de la société de consommation issue de l'"association Capital-Travail" des théories (mais chut, faut pas le dire !) fascistes d'entre-deux-guerres a AUSSI été l'époque de la dernière grande mobilisation révolutionnaire de masse en Occident ; souvent en rupture avec les mouvements communistes historiques qui siégeaient parmi les vainqueurs du fascisme génocidaire et "spectacle" hitlérien et s'étaient institutionnalisés. Ces mouvements ont été défaits, parfois par une répression impressionnante dans les pays les plus "inattendus"... comme l'Italie "démocratique", "libérée du fascisme" en 1945, et où un Parti "communiste" qui "savait se tenir" était légal et faisait 35% aux élections, dirigeait des villes et des régions etc. ; mais qui comptait... plus de 20.000 prisonniers politiques à la fin des années 1970. Mais depuis que règne la crise, on n'observe pas la tendance générale à la lutte révolutionnaire qui "devrait" normalement aller de pair.

    C'est ce phénomène qui va être au cœur de notre étude : ce dispositif contre-révolutionnaire préventif qui empêche de "coller" l'une à l'autre ces deux réalités, crise générale du capitalisme et développement d'un mouvement révolutionnaire, que l'on croyait "indissociables" ; dispositif que l'on peut appeler "fascisme anti-politique" et dont on peut situer la naissance autour des années 1980, ou plus globalement dans le dernier quart du siècle dernier (1975-2000).

    [Non sans lien par ailleurs avec la période d'agitation révolutionnaire antérieure et sa répression, d'ailleurs l'un de ces réprimés, le communiste révolutionnaire italien Renato Curcio, a pu par exemple nous fournir une intéressante ébauche d'analyse de cette nouvelle ère avec sa théorie de la "métropole comme usine totale" : Gouttes_Sol_Cite_Spectres_2.pdf... Mais voilà : reconnaître une certaine validité à ces constats sur notre époque ne signifie pas (loin de là) partager toutes les conclusions politiques que Curcio en tire ! Nous ne rentrerons pas dans les - assez fastidieux pour le lecteur "profane" - détails ici ; à la limite, voici un extrait de Derbent qui explique pas trop mal les choses : ClausewitzBR.pdf... "tous les rapports sociaux sont devenus guerre" et il n'y a plus de politique, voilà qui a d'ailleurs de quoi nous faire furieusement penser à notre "cher" gauchisme postmoderne identity politics actuel ; en tant que réalité de ce vers quoi le capitalisme "postmoderne" a amené les rapports sociaux, donnant sa base matérielle à cette peste idéologique ; mais aussi en tant que nécessité pour nous d'affronter cette situation pour restaurer la politique ! Il est intéressant de s'y attarder deux minutes car cela illustre bien tout ce qui va être notre propos dans cette longue étude : Curcio veut avec ce texte "penser" un "nouvel anti-économisme" de la fin du 20e siècle, une domination capitaliste qui ne serait pas (moins que jamais) "cantonnée" dans "l'État" au sens régalien et "le Patron" "seigneur en son entreprise". Il analyse, ce faisant, la société dans laquelle nous vivons depuis les années 1960-70 (encore aujourd'hui) comme une société où tous les rapports sociaux sont (plus que jamais) "marchandisés", "capitalisés" et donc "lutte", "guerre". Très bien !  Il décrit là très justement notre société occidentale postmoderne consumériste et atomisée, ultra-individualiste... Mais le problème c'est qu'il s'enferme dans ce juste constat et s'interdit de penser son dépassement dialectique. Tous les rapports sociaux sont quelque part marchands donc "lutte", "guerre" ; alors soit ! Qu'ils soient guerre... et il n'y a plus de POLITIQUE. Il y a eu un assassinat de la politique ; et constatant cela, il ne propose pas (dialectiquement) comme lutte première de la RESSUSCITER. Ceci en raison, comme l'explique bien Derbent, d'une définition erronée de la politique comme "art de la médiation des contradictions", c'est à dire la politique d'"ordre établi" (de "gestion" de l'ordre social tel qu'il est... gestion effectivement rendue de plus en plus impossible par la crise terminale des métropoles capitalistes-impérialistes) ; oubliant la définition de la politique révolutionnaire (celle qu'il faut de toute urgence ressusciter) c'est à dire le dépassement dialectique desdites contradictions (ou alors oui, c'est bien l'"art de la médiation des contradictions" mais un "art" de classe, d'une classe dominante "médiatrice" donnée pour une période historique donnée, et qui à un moment donné se retrouve dans l'incapacité historique de continuer à assurer cette "médiation" - ce qui est peut-être le problème de notre époque en effet - et doit donc être renversée et remplacée par une autre, aujourd'hui la bourgeoisie par le prolétariat, enfin bref ça revient au même)... Tout ceci n'étant finalement rien de plus qu'une version "belliqueuse" de la théorie du pouvoir d'une autre figure intellectuelle sur laquelle nous reviendrons plusieurs fois dans cette étude : Michel Foucault (ici en anglais) avec sa théorie du pouvoir "partout", immiscé dans toutes les relations sociales et finalement "nulle part" au sens où toute de tentative de comprendre-identifier le Pouvoir majuscule, le "principe organisateur" qui sous-tend dans la société tous ces rapports de pouvoir entre un dominant et un dominé, ne pourrait être en définitive qu'un "métarécit", un "grand mot illusoire" tel que "Lumières", "Progrès" ou "Révolution", à vocation forcément "totalitaire". En s'enfermant dans cette logique, on peut effectivement dire qu'il prend place parmi les "pères" idéologiques d'un certain postmodernisme "de combat" (une bonne critique matérialiste de cela ici) (Curcio a pour sa part officiellement renoncé peu après ce texte à la lutte armée, il faut dire, vous imaginez un peu le carnage avec une telle logique en armes ?) et du totoïsme de type Tiqqun que nous connaissons aujourd'hui : tout est lutte, la vie sociale entière est lutte (et nous ne disons pas, en effet, qu'un quelconque rapport-aspect de la vie sociale devrait échapper à la critique politique révolutionnaire), mais faute de poser la QUESTION DU POUVOIR (cette étude, vous le verrez, nous ramènera souvent à ce point clé), du "principe organisateur" (selon les mots de Louisa Yousfi) qui fait de chacun de ces rapports sociaux une domination, la "lutte" part dans tous les sens, ne va nulle part et s'épuise, demeurant quel que soit son niveau de violence (casser des "symboles" de la domination, attaquer physiquement des oppresseurs) inoffensive pour le système qui s'auto-reproduit sans cesse. Il est donc en cela doublement intéressant à citer comme référence dans cette étude : comme analyse très intéressante, à base d'économie politique marxiste, de notre société actuelle "base" de tout ce que nous allons décrire ; mais aussi comme exemple d'"enfermement" dans ce paradigme ("schizo-métropolitain" selon ses mots) et de dérive idéologique "matrice" de l'aile ultra-gauche de ce fascisme anti-politique que nous dénonçons.]

    [On peut peut-être aussi, ici, citer encore, en un temps (1977) de littérale genèse de notre époque "post-moderne", le grand maoïste Robert Linhart : Sur-le-marxisme-et-le-leninisme.pdf

    "Personnellement, je pense que Mai 68 a vu un double mouvement : une tentative d’expression prolétarienne de la classe ouvrière accablée par le chômage et les difficiles conditions de vie que lui imposait le gaullisme ; et une irruption qui a pris le devant de la scène, de la petite bourgeoisie intellectuelle avide de transformer la société d’une certaine façon et d’y prendre des positions de pouvoir. Et je pense que Mai 68 a effectivement contribué à un renouvellement massif de la participation de la petite bourgeoisie au système de pouvoir du capitalisme. Cela s’est fait entre autres par l’intermédiaire des praticiens des soi-disant « sciences humaines », le développement du quadrillage psychiatrique, psychanalytique, psychologique, sociologique, pédagogique ; par la formation permanente, l’urbanisme, la production culturelle… « L’imagination au pouvoir » : ce mot d’ordre concentrait la revendication d’une petite bourgeoisie refoulée par la forme de domination bourgeoise en place, et qui a obtenu de participer au remodelage de cette forme de domination. (...)

    Au début des années 1960, il était évident que la France était un pays impérialiste, mais la conscience qu’en avaient les gens, ça crevait les yeux. Il y avait toute une génération qui sortait de la guerre d’Algérie, qui avait vécu Massu, la torture. De plus, le conflit entre l’impérialisme et les peuples révolutionnaires du monde s’incarnait d’une façon exemplaire au Vietnam. Il y avait là une certaine évidence.

    Aujourd’hui, la France est évidemment un pays impérialiste, mais la conscience qu’en ont les gens, et en particulier les intellectuels, est beaucoup plus faible. La France est en ce moment en train de mettre à sac le Gabon, le Maroc, l’Amazonie, le Mato Grosso : c’est la plus-value drainée par les investissements français dans le monde entier qui permet à la bourgeoisie française de restructurer son industrie et gérer un énorme chômage sans avoir encore provoqué une explosion sociale [L’IMPÉRIALISME au cœur fondamental de l'"association Capital-Travail", de l'achat corporatiste des masses par les dominants].

    Tous ces mécanismes, ce sont les mêmes qu’auparavant, mais on les connaît moins, et on s’en scandalise moins.

    Alors, il se passe que les idéologues qui sont toujours prêts à tourner comme des girouettes et à se rallier au vent dominant, sont en train de le faire. En 1965-66, ils étaient du côté du marxisme parce qu’il y avait toute une crise de l’idéologie bourgeoise, et la protestation humanitaire contre les guerres coloniales. Mais aujourd’hui, la situation est beaucoup plus complexe et quoique les mécanismes objectifs soient profondément les mêmes, la bourgeoisie maîtrise beaucoup mieux l’image de ses formes de domination et a su utiliser la restauration du capitalisme en URSS pour en faire un épouvantail anticommuniste. La tension idéologique est donc plus dure et il est bien plus difficile d’avoir une position marxiste aujourd’hui."]

    [Et puis, puisqu'il a été question d'Italie et de toute cette époque... osons peut-être un petit Pasolini : « Si l’on observe bien la réalité, et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple. Dans le film de Naldini, on voit que les jeunes étaient encadrés et en uniforme… Mais il y a une différence : en ce temps-là, ces jeunes, à peine enlevaient-ils leurs uniformes et reprenaient-ils la route vers leur village et leurs champs qu’ils redevenaient les Italiens de 50 ou 100 ans auparavant, comme avant le fascisme. Le fascisme avait en réalité fait d’eux des guignols, des serviteurs, peut-être en partie convaincus, mais il ne les avait pas vraiment atteints dans le fond de l’âme, dans leur façon d’être. En revanche, le nouveau fascisme, la société de consommation, a profondément transformé les jeunes ; elle les a touchés dans ce qu’ils ont d’intime, elle leur a donné d’autres sentiments, d’autres façons de penser, de vivre, d’autres modèles culturels. Il ne s’agit plus, comme à l’époque mussolinienne, d’un enrégimentement superficiel, scénographique, mais d’un enrégimentement réel, qui a volé et changé leur âme. Ce qui signifie, en définitive, que cette “civilisation de consommation” est une civilisation dictatoriale. En somme, si le mot de “fascisme” signifie violence du pouvoir, la “société de consommation” a bien réalisé le fascisme. » (...) « Le fascisme, je tiens à le répéter, n’a pas même, au fond, été capable d’égratigner l’âme du peuple italien, tandis que le nouveau fascisme, grâce aux nouveaux moyens de communication et d’information (surtout, justement, la télévision), l’a non seulement égratignée, mais encore lacérée, violée, souillée à jamais… » (...) « Aucun centralisme fasciste n’est parvenu à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation. Le fascisme proposait un modèle réactionnaire et monumental, mais qui restait lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysannes, sous-prolétariennes, ouvrières) continuaient imperturbablement à s’identifier à leurs modèles, car la répression se limitait à obtenir leur adhésion en paroles. De nos jours, au contraire, l’adhésion aux modèles imposés par le centre est totale et inconditionnée. On renie les véritables modèles culturels. L’abjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la "tolérance" de l’idéologie hédoniste voulue par le nouveau pouvoir est la pire des répressions de toute l’histoire humaine. » (...) « Sous couvert de démocratie, de pluralité, de tolérance et de bien-être, les autorités politiques, inféodées aux pouvoirs marchands, ont édifié un système totalitaire sans nul autre pareil. » Pasolini-fascisme-moderne.pdf Pasolini-force-passé.pdf – mais en réalité, il n'y a pas une telle opposition entre les deux comme il semble vouloir le décrire : le "fascisme de consommation" dont il parle est tout simplement L'ABOUTISSEMENT d'un processus dont la grande "révolution" modernisatrice du fascisme mussolinien a été (en Italie) le point de départ.]

    "Fascisme" ou "dictature de l'anti-politique" car c'est bien là ce dont il s'agit : non plus, comme le fascisme et globalement l'anticommunisme "à l'ancienne", opposer une vision politique à une autre vision politique, et une mobilisation de masse à une autre sur la base de ces visions antagoniques ; mais DÉPOLITISER les masses... tout simplement, pour que rien de "bien dangereux", pas de dangereuse guerre civile à l'ordre du jour, ne vienne perturber le consensus de gestion de l'économie de marché en crise et de maintien le plus possible, face à cette crise, de la vitale "association Capital-Travail" ("équilibre" désormais impossible entre la nécessité capitaliste d'augmenter le taux de profit et celle d'un pouvoir d'achat des masses travailleuses pour que fonctionne la "société de consommation").

    Tel est ; et non le "spectacle" fasciste à l'ancienne des livres d'histoire que d'aucuns semblent encore s'obstiner à attendre pour le combattre, et à traquer dans un militantisme (Gabriac & co) groupusculaire ; le Talon de Fer sous lequel nous vivons actuellement et dont il nous faut avant tout nous extraire.

    D'ailleurs même les extrême-droites, les "droites radicales populistes", que l'on peut à la rigueur continuer à considérer comme les forces politiques bourgeoises les plus dangereuses par les mesures ultra-policières, racistes, antipopulaires et antisociales qu'elles promettent (et qui se distinguent par ailleurs du "consensus néolibéral" par leur ligne économique protectionniste et géopolitique anti-atlantiste - encore que pas toujours...), sont foncièrement anti-politiques : où sont les hordes de Chemises noires ou brunes tenant la rue et y organisant une véritable contre-société, en opposant au projet révolutionnaire communiste une véritable vision du monde ? Il n'y en a pas, tout simplement, ou presque ; les quelques centres intellectuels et activistes dans ce cas, comme Casapound, sont extrêmement marginaux. L'électeur de base de ces forces, il est dans son fauteuil, devant sa télé, à avaler la propagande (du "système" lui-même !) autour de l'"insécurité" tout en se forgeant une conviction de "tous pourris et incompétents" (en même temps, devant la dégradation constante des conditions d'existence, il y a de quoi...), et en se crispant sur les "valeurs d'il y a encore 30 ou 40 ans" (cela fait, en fait, 30 ou 40 ans que ces supposées valeurs sont celles "d'il y a 30 ou 40 ans"...) face au "progressisme" et à l'injonction d'"évoluer" hégémoniques.

    Il en va d'ailleurs exactement de même des courants plus "rupturistes" et "anti-système" comme celui d'Alain Soral : des geeks devant leurs ordinateurs. Même ceux qui, trollant gaiement les fils de commentaires internétiques sur tout et n'importe quel sujet d'actualité, se croient ainsi investis "grands intellectuels" sont en réalité d'un niveau proche du zéro absolu (mais ce qui est inquiétant, c'est que parfois... moins qu'à gauche !). Cela n'a rien, pas l'ombre, de quelque chose de politique au sens des Faisceaux italiens ou des SA allemands. Et Sarkozy, dont nous avons beaucoup eu l'occasion aux débuts de ce blog de nous interroger sur la nature politique de-quoi-sarkozy-est-il-le-nom, avait quant à lui totalement calqué son style sur celui de Silvio Berlusconi en Italie : encore une autre "splendide" illustration de la "politique" anti-politique télévisée...

    "Mort des idéologies" (... enfin, surtout du matérialisme communiste !) ; vive la "démocratie" et le "progressisme" !

    Alors bon d'abord, pour comprendre ce vaste (immense) sujet, il faut certes comprendre le contexte qui est celui de la prétendue "Fin de l'Histoire". Il faut comprendre la grande différence qu'il y a avec la deuxième (et plus aiguë) phase de la première crise générale du capitalisme, celle qui englobe les deux premières guerres mondiales et leur entre-deux : cette époque, celle des fascismes, était aussi et surtout celle de l'essor extraordinaire de la lutte révolutionnaire communiste, de la révolution prolétarienne mondiale, à partir d'Octobre 1917. C'est aussi, voire surtout cela qui explique le fascisme d'ancien type, spectaculaire et violent ; le fascisme tel que le langage courant le conçoit.

    Au contraire, le développement de la nouvelle crise générale du capitalisme (à partir des années 1970) est allé de pair avec l'essoufflement et l'échec des expériences révolutionnaires nées de cette vague précédente ; ou plutôt des capitalismes d’État révisionnistes à l'appareil de lutte (initialement) contre la Réaction mis au service de l'engraissement et des privilèges, du maintien et de la reproduction par cooptation d'une caste néo-bourgeoise (très majoritairement reconvertie depuis dans les "affaires"...), nés du triomphe à leur tête de la voie liquidatrice des objectifs révolutionnaires (communistes) initiaux ; et dans les autres pays, ceux où les communistes n'étaient pas au pouvoir, de la transformation des Partis historiques en forces réformistes, "aiguillons de gauche" pro-travailleurs de l'"association Capital-Travail".

    De fait, dès la mort de Mao en Chine (et même dès les dernières années de sa vie), les forces politiques qui derrière lui combattaient cette voie liquidatrice révisionniste (principalement portée par l'URSS et les Partis alignés sur elle) n'ont elles-mêmes plus consisté qu'en une guéguerre contre les révisionnistes... ou simplement entre elles, sans apporter véritablement à la Pensée communiste l'enrichissement nécessaire pour sortir de ce cycle infernal ; donc finalement un révisionnisme elles aussi ; et au milieu des années 1980 tout était terminé (et le retour en force du trotskysme, à la faveur de l'effondrement des régimes "staliniens" en 1989, n'a lui non plus mené nulle part).

    Cet enrichissement nécessaire, nous sommes maoïstes parce que nous pensons que c'est le marxisme-léninisme-maoïsme, qui n'est pas "la pensée de Mao" mais une SYNTHÈSE opérée dans les années 1980 à partir des apports de Mao et de nombreux autres penseurs communistes anti-révisionnistes des années 1960 et 70, qui est en mesure de (commencer à) l'apporter ; à la condition (selon nous, "identitaire" pour Servir le Peuple depuis ses premiers articles) de ne pas devenir un néo-dogmatisme autosuffisant mais de savoir s'ouvrir et prendre autour de lui des réflexions théoriques extérieures qui isolément ne sont pas des "dépassements" et encore moins des "substituts" au marxisme, mais qui travaillées et synthétisées à la lumière du matérialisme dialectique (du marxisme-léninisme-maoïsme, actuellement) peuvent contribuer plus qu'utilement à cet enrichissement. Mais bref... Nous aurons l'occasion d'y revenir et ce n'est pas le sujet central ici.

    Donc évidemment il y a eu cette faillite intellectuelle, culturelle, morale (de voir des gens se réclamant "des travailleurs", et promettant une société sans classes, devenir des "princes rouges" nantis) qui a totalement discrédité les idées marxistes en général aux yeux des masses dans le monde entier. Cependant, s'il est important de pointer du doigt cette responsabilité, il n'est pas possible de l'incriminer à elle seule. Ce serait même en fait, aujourd'hui, combattre des moulins à vent : fondamental dans l'encadrement et la "canalisation" des masses à l'époque de la grande agitation révolutionnaires des années 1960-70, tout ce courant politique n'existe plus désormais. Qui se réclame encore, aujourd'hui, d'un "marxisme-léninisme" à la Brejnev ou Marchais ? Le travail politique sur internet (forums de discussion, aujourd'hui réseaux sociaux), outil de communication dont il faut savoir profiter, présente en contrepartie le défaut d'être un miroir déformant : en réalité, ces courants (autour du "Cercle Henri Barbusse" par exemple) ne représentent RIEN, surtout mis en perspective avec le potentiel qu'ils devraient avoir – les centaines de milliers de personnes qui ont... milité sous cette idéologie au PCF ou à la CGT dans les années 1970, et sont encore en vie, ou leurs enfants qui ont "grandi dedans"...

    Le révisionnisme porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle (ses capitalismes d’État se sont tout simplement pris de plein fouet la crise mondiale dans la poire, et n'y ont pas survécu...), mais tout est dialectique et le terrain a aussi été préparé en face, dès une grosse dizaine d'années avant la Chute du Mur ; et c'est surtout le résultat de cette préparation qui est ce dans quoi nous baignons à l'heure actuelle et que nous devons combattre.

    L'idée "de génie" au moment de cet effondrement des capitalismes d’État révisionnistes, déjà préparée depuis 10 ou 15 ans auparavant, a concrètement consisté à ne pas présenter, en dépit des milliers d'idéologues et d'activistes conservateurs ou même fascistes "recyclés" mis à contribution, cette victoire du "monde libre" anticommuniste comme la victoire d'une idéologie contre une autre, mais comme la défaite des idéologies en général (parce que "les idéologies", en fait, "voilà le Mal" !). On a d'ailleurs pu voir très concrètement comment dès les années 1980 tous ces régimes fascistes ou en tout cas d'ultra-droite, de terreur blanche, juntes militaires ou autres, y compris l'abominable régime d'apartheid sud-africain d'inspiration nazie (le Parti national était issu d'un mouvement pro-nazi, saboteur de l'effort de guerre pro-britannique pendant la Seconde Guerre mondiale...), utilisés pour le containment durant la Guerre froide, ont été précipitamment remisés aux oubliettes une fois la victoire assurée.

    Tout le monde a entendu parler des "Nouveaux Philosophes" (qui par leur niveau intellectuel littéralement discount, au regard de ce titre de "philosophes", sont déjà en eux-mêmes tout le programme en résumé...). Tout le monde (ou à peu près) connaît également leur origine politique à gauche, voire à l'extrême-gauche, parfois dans le "maoïsme" superficiel gravitant autour du Sartre période Cause du Peuple, ou alors le trotskysme, ou le PSU – en vérité d'ailleurs, même à cela ils auront servi dans le dispositif contre-révolutionnaire préventif actuel : incarner physiquement le pseudo-argument "gauchiste aujourd'hui, chien de garde du système demain". Certes, aujourd'hui, à part (pour quelques-uns comme BHL) à la droite de la droite, plus personne ne les considère "de gauche" (pas plus que leurs équivalents les néoconservateurs anglo-saxons) ; la plupart, s'affichant avec Sarkozy et consorts, ne s'en réclament d'ailleurs même plus ; et certains comme Finkielkraut ou Bruckner sont même directement assumés par la droite radicale. L'eau, il faut le dire, a coulé sous les ponts. Mais ils n'en sont pas moins l'illustration centrale de ce qu'il s'est passé : le rôle, le devenir de la gauche anticommuniste dans le processus.

    La gauche anticommuniste a toujours existé. Lénine a littéralement construit le marxisme-léninisme dans le combat contre le réformisme et le révisionnisme de premier type, celui de Bernstein ou des "austro-marxistes", des menchéviks et même d'un homme qui très longtemps, jusqu'à la Première Guerre mondiale, avait semblé incarner la défense des principes révolutionnaires du marxisme, Karl Kautsky. Ensuite de quoi, après le succès de la Révolution bolchévique, il a également produit un ouvrage phare contre le gauchisme, qui se charge de faire échouer les révolutions en décidant d'ignorer délibérément leurs conditions concrètes au nom de la "pureté". Le dispositif était donc, si l'on peut dire, déjà là.

    Mais les choses étaient néanmoins différentes. "Sociaux-traîtres", "vendus" ou "provocateurs-saboteurs aventuristes", ces gens n'en faisaient pas moins partie (et c'était tout le problème) du mouvement ouvrier. D'ailleurs... il existait un mouvement ouvrier. Les réformistes ne faisaient pas que proposer des réformes : ils pouvaient, s'ils arrivaient au pouvoir, ou exerçaient suffisamment de pression sur lui, en apporter effectivement aux masses populaires laborieuses. Si les Partis de l'Internationale de 1919 sont pour la plupart, à partir des années 1930 et surtout de 1945, devenus réformistes, c'est que cette possibilité (pour maintenir leur existence politique !) existait.

    Aujourd'hui (en Occident), entre tertiarisation de l'économie, atomisation de la production en minuscules collectifs, "petit-embourgeoisement" des décennies de "société de consommation" ayant anéanti toute culture prolétarienne, et pour ainsi dire impossibilité matérielle (pris dans le coût de la vie et l'absence d'autosuffisance) d'assumer plus d'un jour de grève par mois, le mouvement ouvrier est laminé. La crise capitaliste généralisée des années 1920-30 offrait une porte de sortie par les réformes : la fameuse "association Capital-Travail" (encore une fois), l'"intéressement" des travailleurs à la bonne marche de l'économie, qui semblait avoir fait défaut auparavant, "causant" l'infâme lutte des classes. Mais la nouvelle crise, depuis les années 1970... est précisément une crise de cette "association" ! Le réformisme est donc devenu un réformisme sans réformes (tout juste capable de "sauver" un peu celles du passé, ou de les démolir le "moins douloureusement" possible pour les masses).

    Et parallèlement donc, dans la continuité des "Nouveaux Philosophes", la gauche anticommuniste (désormais totalement hégémonique à gauche) est devenue un élément pur et simple du dispositif de contre-révolution préventive.

    Un élément central de l'anéantissement du matérialisme dialectique, et de toute vision POLITIQUE du monde, sous le triomphe du "progressisme" : concept qui ne mange pas de pain... puisque tout le monde peut s'en réclamer, et notamment en premier lieu les (néo-)libéraux économiques, y compris version thatchérienne de droite, pourfendant les "conservatismes", les "archaïsmes" et les "privilèges corporatistes". Le "néolibéralisme" est presque d'ailleurs devenu lui-même un terme fourre-tout, interdisant la finesse d'analyse requise par la situation : Macron, par exemple, est un "néolibéral"... oui, mais encore ? En fait, si l'on s'y penche, sa pensée puise entre autres dans un certain christianisme... "social" (Ricœur) et économiquement dans la "théorie du ruissellement" et (rejoignant un peu celle-ci) le "libéralisme égalitaire", ce dernier porté notamment par l'économiste indien Amartya Sen qui, avec ses idées de "micro-crédit" censées assurer une véritable "égalité des chances" au départ (mais évidemment pas des réussites à l'arrivée... mais voyez-vous, ensuite la richesse "ruisselle" et "crée de la richesse", donc ça va !), a pu connaître à l'époque de son Prix Nobel (1998) un certain engouement dans les milieux... altermondialistes "équitables" (a priori "anti-néolibéraux") ! L'on voit bien ici comment, à coup de "progressisme", tout se rejoint !!

    Pour conclure sur cette question de la "Nouvelle Philosophie", nous pourrons citer ce petit article paru récemment et hautement instructif sur la matrice de celle-ci, outre dans l'orbite de l'"École de Francfort" (Marcuse, Adorno etc.), dans la mouvance post-structuraliste autrement nommée postmoderne des années 1970, dont la figure centrale était Michel Foucault : edward-said-sur-sa-rencontre-avec-sartre-beauvoir-et-foucault

    Pour revenir encore une fois au thème du militantisme internet... eh bien, nous pouvons vous dire que le partage de ce texte sur les réseaux sociaux fait perdre des amis, sans pour le coup le moindre argument à opposer à l'évidence de ce cinglant témoignage d'une icône sur 3 autres.

    Sartre, le "compagnon de route" de tous les combats révolutionnaires jusqu'aux maos de la Gauche prolétarienne, préfaceur mythique - même - des Damnés de la Terre de Fanon, que la plume d'Houria Bouteldja du PIR (que nous tenons et assumons tenir pour l'une des rares figures actuelles de cette POLITIQUE que nous voulons remettre au poste de commandement, nous y reviendrons) avait déjà "fusillé" intellectuellement pour son incapacité à se positionner clairement contre l’État colonial sioniste ; et donc maintenant en prime... Foucault, à travers le témoignage postérieur (post-mortem, en fait) de Deleuze quant à une position pro-sioniste similaire. Foucault qui a très largement chaperonné et "lancé" les "Nouveaux Philosophes" (notamment BHL), aujourd'hui au cœur de l'hégémonie intellectuelle "démocratique" néolibérale ; mais qui également, non seulement était mais RESTE (comme d'ailleurs Sartre) une figure intellectuelle de la gauche RADICALE et même ultra-radicale, déjà ici, et de façon totale dans les pays anglo-saxons où il n'a pas été confronté au contrepoids des philosophies "marxistes-thorézistes othodoxes-un-peu-réac" à la Bourdieu ou Clouscard (avant que les sous-produits de sa pensée outre-Atlantique nous reviennent... en boomerang ici). 

    Et Beauvoir, l'icône féministe et même d'un féminisme plutôt anti-bourgeois (une bonne citation d'elle circulait dernièrement à ce sujet), qui donc sous les yeux de Saïd préfigure littéralement la croisade "féministe" contre le voile islamique, la persécution islamophobe de ses porteuses au nom du "progressisme" anti-patriarcal... On a en fait l'impression, dans ce témoignage, de voir la préfiguration de tout ce que nous connaissons aujourd'hui en matière de "dispositif contre-révolutionnaire progressiste postmoderne". Jusque dans le faux antiracisme/anticolonialisme ; avec donc les positions siono-complaisantes de Sartre, auxquelles on pourra éventuellement objecter que "la vieillesse est un naufrage" ou encore que de telles positions n'étaient pas non plus une anomalie totale dans la gauche péri-communiste de sa génération (avec le traumatisme de la Shoah, l'illusion de "socialisme" que pouvait donner Israël – plus encore que Rojava aujourd'hui LOL ! – et le soutien des démocraties populaires à sa création en 1947) ; mais aussi et surtout de Foucault, nettement plus jeune... et qui de l'autre main, s'était illustré par son soutien à la République islamique de Khomeyni en Iran ! Au regard de notre propre expérience (retour du général vers le particulier...), il n'est pas possible de ne pas voir en cela un reflet de ce genre de positions de pseudo-"alliés blancs" de l'antiracisme politique (ou encore ici, et ici plus largement un groupuscule qui incarne, cristallise toute cette fakerie gauchiste). Nous avons déjà longuement parlé sur ce site, et reviendrons plus loin sur ce rôle de "révélateur" que joue souvent la question d'Israël et de la Palestine.

    S'il est utile de le préciser (apparemment, ça l'est toujours) : il n'est pas "mal" de s'intéresser aux superstructures (et à leur relative autonomie) du capitalisme et de l'impérialisme. Ce n'est pas anti-matérialiste ; ces superstructures n'étant pas "extérieures" à la matière. Le fait que Saïd, justement, ou encore Shari'ati s'intéressent à l'aspect culturel de la domination impérialiste sur les pays musulmans, et aux "discours" qui l'accompagnent dans les pays impérialistes ; ou Fanon à la psychologie induite chez les indigènes par la colonisation ; ne leur fait pas perdre de vue une seconde (comment le pourraient-ils, tant elle est marquée dans leur chair !) l'infrastructure économique et politique de celle-ci. Nous employons ici le terme "spectacle" emprunté à Guy Debord (société-du-spectacle), parce que nous pensons que le "spectacle" comme superstructure par laquelle un ordre social se maintient et se reproduit est une réalité ; mais nous ne souscrivons évidemment pas à la daube idéologique anticommuniste qu'est le situationnisme, et au contraire chaque paragraphe de cette étude est une invitation à ne pas s'arrêter au "spectacle" et à aller regarder l'infrastructure derrière. Le camarade indien Ajith (ici, article hostile de bolosses réacs) reconnaît l'apport possible du postmodernisme à la Pensée communiste, si l'on sait s'emparer des questions qu'il soulève pour y répondre à la lumière du matérialisme marxiste.

    Le problème, c'est de ne plus voir que la superstructure et de penser qu'il suffit de la détruire (par la "critique") pour que la révolution soit finalement un problème réglé ; quand il ne s'agit pas carrément de laisser entendre (comme l'"École de Francfort" brièvement mentionnée plus haut) qu'elle serait devenue "invincible" et donc que la révolution n'est plus possible, ou alors qu'il faudrait la "repenser" d'une façon qui la rend concrètement impossible ; alors que c'est tout le contraire : il faut, oui, comprendre la superstructure et la critiquer-démasquer pour pouvoir mobiliser dans la révolution ("désaliéner" les masses, si l'on veut), mais c'est uniquement à partir de l'infrastructure, de la révolution dans celle-ci que la superstructure de maintien-reproduction de l'oppression disparaîtra.

    Le risque, devenu totalement et tragiquement réalité, c'est donc de basculer de cette critique des superstructures dans le subjectivisme et l'idéalisme ; de ne plus voir qu'elles et de déboucher au final dans cet élément central du dispositif que nous allons voir plus loin : le remplacement de la politique par le MORALISME.

    Alors certes aujourd'hui, on n'a pas vraiment l'impression que le "gauchisme" est hégémonique intellectuellement. C'est plutôt la Réaction la plus noire, fut-elle portée par des "gauchistes" repentis et/ou au nom de valeurs "de gauche" comme le féminisme ou la laïcité, qui semble l'être. Elle se déverse en torrents dans tous les médias. La génération née après 1990, en étude d'ensemble (pas votre impression personnelle sur les réseaux sociaux, où l'on ne parle vite qu'à ceux qui pensent comme nous), est réputée être la plus réac depuis 1945. Mais pourtant, la clé est là. La clé de cette hégémonie intellectuelle réactionnaire réside dans le fait que "la gauche" est devenue toute entière un dispositif tourné contre l'éclosion d'une véritable Pensée révolutionnaire, pour mener la révolution dans chaque pays donné et (évidemment) combattre les idées de droite (et arracher les réformistes sincères au réformisme "sans réformes").

    C'est cela qui nous fait dire (citation de l'article plus haut) que "la gauche" est, sinon "l'ennemi principal", du moins le premier anneau de fer à briser ; comme le PIR peut dire que ("parce que l'alliée privilégiée") "elle est l'adversaire première" ; et ce y compris (voire surtout) la gauche RADICALE – car ce n'est pas une question de "radicalité" (apparente) des positions et des pratiques.

    Il y a (donc) un "progressisme", un "ultra-démocratisme" qui a remplacé le matérialisme scientifique révolutionnaire, et qui chaque jour se dédie à en étouffer la renaissance. Et ce "progressisme" peut tout à fait être "radical" : il y a des gens qui ne sont (en apparence) pas du tout favorables au "néolibéralisme", ni aux "Nouveaux Philosophes", et même leurs ennemis "jurés" ; qui sont résolument en "guerre" contre "ce monde", "LEUR monde". Qui peuvent, éventuellement, enfiler une cagoule et aller casser des vitrines de banques ; et qui parfois, pour cela, se font choper par les flics et finissent en taule (autre principe de la contre-révolution préventive contemporaine : on a le droit de penser tout ce qu'on veut, ce qui est interdit c'est d'agir). Sous les appels (bien sûr) à la solidarité. Mais pourtant, de ce "progressisme", ils en font partie ; ces gauchistes qui "utilisent contre le néo-capitalisme des armes qui portent en réalité sa marque de fabrique, et qui ne sont destinées qu’à renforcer son hégémonie" (encore une fois Pasolini...). Car il n'y a pas de rupture possible avec tant qu'il n'y a pas, et même que toute l'activité "radicale" est tournée contre, l'émergence d'une véritable Pensée révolutionnaire POLITIQUE.

    Cet ultra-démocratisme, que qualifier d'"anarchiste" serait faire insulte aux monuments d'anarchisme POLITIQUE que pouvaient être Nestor Makhno ou la CNT-FAI des années 1930 dans l’État espagnol, imprègne absolument toute la "radicalité" même la plus ultra. Il y a un (petit) renouveau du marxisme, et même du marxisme-léninisme et du maoïsme : la Guerre populaire a été écrasée au Pérou, dans le pire bain de sang qu'ait connu l'Amérique latine après 1985 (et de façon... tout à fait "démocratique", sans junte de caudillos à galons), mais ensuite il y a eu l'expérience du Népal (certes trahie depuis, mais qui n'en a pas moins existé), la reprise de la lutte aux Philippines, la Guerre populaire en Inde qui progresse (certes péniblement), les organisations de Turquie qui ont pas mal souffert dans leur pays mais sont actives dans la diaspora en Europe et assurent une bonne propagande, tout cela "portant" un revival ; il y a les Partis révisionnistes historiques qui jettent le masque à terre, assument le réformisme et des gens sincères qui réagissent face à cela, etc. bref ; mais tout ce renouveau, c'est le constat auquel nous en sommes rendus, a les plus grandes difficultés à s'extraire de l'hégémonie "progressiste" ambiante, et à commencer à penser politiquement la révolution dans les pays occidentaux. À moins de, en réaction à cet "anarcho-gauchisme"... se crisper sur le dogmatisme (trotskyste, marxiste-léniniste "stalinien", ou même parfois "maoïste") le plus fossilisé, folklorique et au final ridicule (et généralement tout aussi internétique, comme le bien connu "Jo Staline"/"Abel Kelen" ici ou encore, outre-Atlantique, le mouvement des "Red Guards" critique-d-une-position-terriblement-erronee).

    En fait, marxisme ou pas (ou pourquoi pas "marxisme critique"... ou autre), il semble presque impossible de s'extraire de ce qui ressemble à un savant nœud coulant (vous savez, quand plus on s'agite plus ça serre) : nous avons sous les yeux un MICROCOSME (le mot est presque devenu un lieu commun... y compris et même surtout en son propre sein), un petit milieu en vase clos, coupé des masses populaires qui baignent dans l'hégémonie réac, et plus les gens se radicalisent dans leurs postures, plus ils s'en coupent.

    La "radicalité" n'est donc pas la solution... Elle est même, en fait, encore plus le problème ; car comme nous l'avons dit, le réformisme est aujourd'hui sans réformes... donc finalement pas un danger à long terme, avec ses "phénomènes" qui ne "gonflent" que par vases communicants (Mélenchon en 2017 avec la faillite du PS, par exemple) pour se dégonfler aussitôt ; inversant en quelque sorte le schéma de l'époque de Lénine (où c'était clairement le problème principal, et le gauchisme un épiphénomène marginal) : c'est sous la "radicalité" gauchiste qu'étouffe aujourd'hui, en réalité, le plus l'éclosion d'une Pensée matérialiste des problèmes et le retour de la Politique majuscule (alors que le réformisme sans réformes devrait plutôt en être un engrais).

    [Pour citer, au sujet de tout ce qui vient d'être dit, le (n)PCI ; en précisant encore une fois que nous ne partageons pas (plus) les conclusions qu'il tire de ses propres raisonnements et sa stratégie en pratique (c'est expliqué dans l'article) :

    "Gramsci dit que la révolution comme insurrection fonctionne pour la bourgeoisie de la Révolution Française (1789) jusqu’au moment où la classe ouvrière surgit comme nouvelle classe révolutionnaire (1848). Passée cette date, la bourgeoisie cesse d’être une classe révolutionnaire en lutte contre le clergé et les nobles, et se met en état de guerre contre la classe ouvrière. La guerre contre la classe ouvrière, la bourgeoisie la prépare minutieusement et techniquement en temps de paix, avec quantité de tranchées et fortifications dans la structure massive des démocraties modernes, tant comme organisations étatiques que comme ensemble des relations dans la vie civile.

    Cette structure massive des démocraties modernes est le régime de contre-révolution préventive. La révolution ‘pousse’, c’est un mouvement objectif, et la bourgeoisie construit un appareil fignolé dans ses moindres détails pour contrer la volonté et la nécessité de participation et d’auto-gouvernement des masse populaires, contre le moindre délégué syndical non asservi, contre le centre social autogéré, contre un Mouvement Cinq Étoiles [de Beppe Grillo] qui n’accepte pas les normes préétablies pour participer au petit théâtre de la lutte politique bourgeoise, et surtout contre la plus grande expression d’autonomie et d’indépendance de la classe ouvrière et des masses populaires, le Parti communiste. Cet appareil est précisément la contre-révolution préventive, appliquée dans les pays impérialistes. Contre cet appareil, la stratégie des communistes est la Guerre populaire révolutionnaire de longue durée, par laquelle l'accumulation de forces et la conquête de nouveaux territoires (l'expansion de l’hégémonie sur les masses populaires aux dépens de la bourgeoisie) sont un travail tout aussi minutieux, qui pas à pas amène à l’affrontement militaire proprement dit."]

    [Et l'on ne peut pas, puisque l'extrait du (n)PCI ci-dessus le cite, ne pas parler de Gramsci et de sa "société civile" ; Gramsci assistant, en fait, aux prémisses des prémisses de tout ce que nous sommes en train de voir, opposant "Orient" (incluant la Russie où venait de se dérouler la Révolution d'Octobre) et "Occident" comme on pourrait opposer "il y a 100 ans" et "aujourd'hui" (à noter qu'il ne voit pas l'État comme le "donjon" qu'entoure la "société civile", mais comme une première tranchée avancée derrière laquelle se cache celle-ci ; et c'est vrai que "l'Étaaaat" comme objectif final est lui aussi encore un autre fantasme anarchisant : le véritable "donjon", c'est le Pouvoir de la propriété privée des moyens de production).

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/encore-une-fois-sur-la-question-de-gramsci-de-ses-theses-societe-civil-a139371192

    Pour Gramsci donc, gagner le pouvoir dans les sociétés capitalistes occidentales développées implique de gagner les mentalités, la culture, autant de "casemates" et de "tranchées avancées" qui défendent l'ordre bourgeois même lorsque l'appareil d'État s'effondre... Et nous donc, tout ce que nous avons vu jusqu'ici et allons voir par la suite consiste en dernière analyse en ce dispositif tel qu'il est aujourd'hui, au 21e siècle, et la façon dont la gauche anti- ou critique du capitalisme, ayant perdu toute notion de matérialisme, est devenue partie intégrante de cette "robuste chaîne de forteresses".

    P.S : Illitch = Lénine, pour brouiller la censure fasciste.

    "Le seul point est qu'Ilitch n'a pas eu le temps d'approfondir sa formule, même si l'on tient compte qu'il ne pouvait l'approfondir que théoriquement, alors que la tâche fondamentale était nationale, et exigeait qu'on reconnût le terrain et qu'on déterminât les éléments de tranchée et de forteresse représentés par les éléments de la société civile, etc. 

    En Orient, l'État étant tout, la société civile était primitive et gélatineuse ; en Occident, entre État et société civile, il y avait un juste rapport et dans un État branlant on découvrait aussitôt une robuste structure de la société civile. L'État n'était qu'une tranchée avancée, derrière laquelle se trouvait une robuste chaîne de forteresses et de casemates ; plus ou moins d'un État à l'autre, s'entend, mais c'est justement ce qui demandait une attentive reconnaissance de caractère national."

    Cahiers de Prison, Analyse de situation/Rapport de forces.

    La lutte qui est la nôtre, c'est avancer sous le feu de casemates ennemies ; et la "meilleure" aujourd'hui par rapport à l'époque de Gramsci, c'est que les premières que l'on rencontre sont "gauchistes"... On le voit dans notre expérience de tous les jours : on part la fleur au fusil, "youhou on va aller aux masses et leur parler du Pouvoir et elles vont kiffer et nous rallier", mais à peine a-t-on fait un pas en ce sens qu'un nourri feu gauchiste s'abat sur nous ; et l'on se rend compte que ça va être beaucoup plus compliqué !]

    À suivre :

    Une dose de moraline... et ça repart !

    Le "progressisme" au service de l'Ordre 

    La mise à mort de l'internationalisme prolétarien : humanitarisme, ONG, altermondialisme, "commerce équitable" etc. – et conclusions


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :