• Servir le Peuple a depuis toujours assumé (parmi les maoïstes) une position "hétérodoxe" au sujet de Cuba, considérant que nous ne sommes plus au temps de la "petite Guerre froide" sino-soviétique (celle qui considérait l'URSS comme la plus nocive et dangereuse des deux superpuissances mondiales, vision profondément erronée au regard de son effondrement quelques années plus tard, et a notamment pu conduire la Chine populaire à soutenir Mobutu, l'UNITA angolaise, le général Eanes au Portugal etc. etc.) ; une position tranchant conséquemment avec celle de la plus grande partie du mouvement à travers le monde.

    Nous reconnaissons que l'expérience révolutionnaire cubaine a commis de grandes erreurs et ne peut pas à l'heure actuelle (pas plus qu'elle ne pouvait réellement dans les années 1980, par exemple) nous servir de modèle absolu ; mais nous avons aussi écrit (et assumons) qu'elle est à nos yeux "la moins ratée des expériences révolutionnaires où les communistes (ceux de 1956, très faibles théoriquement et peu nombreux, plus les éléments dans la Sierra Maestra, à commencer par le Che) et le mouvement ouvrier et paysan organisé se sont placés sous la direction de la bourgeoisie nationale progressiste (qu'incarnait le Mouvement du 26 Juillet) ; les exemples négatifs étant légion (Algérie, Syrie, Congo-Brazzaville ou Zimbabwe, amenant le règne de cliques antipopulaires ; Indonésie amenant au massacre de 1965-66, Chili de l'Unité populaire, etc.)". Nous ne partageons pas les tirades de certains éléments, issus notamment de la décomposition du maoïsme péruvien (lui-même historiquement très hostile à Cuba en raison de son soutien à la junte militaire "progressiste" de Velasco Alvarado dans les années 1970), pour qui la problématique se résume à "les frères Castro sont des chiens fascistes"...

    L'histoire récente à suffisamment montré qu'aborder le problème d'une expérience révolutionnaire ayant dévié de ses buts communistes (étant tombée dans le révisionnisme) nécessite une grande prudence et une grande profondeur d'analyse ; et certainement pas d'appeler au type de révolution que l'on mènerait contre un régime fasciste - à ce jour, à vrai dire, il n'existe pas d'exemple de révolution anti-révisionniste réussie ; tous les soulèvements populaires dans ce paradigme-là n'ayant conduit qu'à la restauration du capitalisme "pur et dur" à l'occidentale (et généralement sous domination occidentale) avec son lot d'immenses souffrances pour des masses populaires "regrettant", dès lors, le "paradis perdu" révisionniste. Il n'y a donc pas de place pour les raisonnements "grosse gueule" et l'imbécilité*.

    Ce processus de dégénérescence des révolutions et de restauration progressive d'une société inégalitaire (au lieu d'avancer vers le communisme, c'est-à-dire la disparition de tout inégalité et hiérarchie sociale), nous l'avons en vérité déjà analysé et ce n'est pas (en réalité) une question de prendre untel ou untel et de lister ceci ou cela qu'il a pu dire (ou ne pas dire) d'"erroné", "opportuniste" etc. etc. (chercher à "piéger le révisionnisme au détour d'une formule" disait Lénine) ; tout ceci n'étant que la traduction dans la pensée du problème.

    Le vrai fond du problème c'est que :

    1°/ La révolution ne peut se faire sans Parti révolutionnaire, sans avant-garde (n'en déplaise à ceux/celles qui s'imaginent que leur organisation anarchiste ou leur syndicat révolutionnaire ou leur squat autonome/autogéré, autrement dit leur groupe de personnes ayant compris avant les autres qu'il faut faire la révolution, n'en est pas une) ;

    2°/ Ce Parti révolutionnaire d'avant-garde, tout en étant indispensable, ne peut pas être "pur" et "parfait" (bien qu'il s'efforce au quotidien d'être le "meilleur" possible). Les individus qui le composent "viennent" du capitalisme, sont nés et ont toujours vécu dans une société capitaliste, et en portent les stigmates dans leur conception du monde. Il est d'autre part impossible d'éviter que le Parti, se constituant au sein de la société capitaliste (pour justement renverser celle-ci), ne compte pas en son sein des opportunistes c'est-à-dire des personnes pour qui la révolution n'a pas pour but de SERVIR LE PEUPLE, d'émanciper les exploités et les opprimés, mais simplement de remplacer les anciens dominants par... eux-mêmes, se faisant nouveaux "patrons". Pour bien montrer que ce n'est pas une question de dire ceci ou cela, le discours de ces personnes peut être "modérantiste", "possibiliste", "conciliateur avec le capitalisme" etc. etc. mais aussi (très souvent !) ultra-radical, "plus révolutionnaire que moi tu meurs", allant jusqu'au traitement des contradictions au sein du peuple comme des contradictions avec les ennemis du peuple (autrement dit fusiller tout le monde pour un oui ou pour un non), jusqu'à se révéler finalement pour ce qu'elles sont : des néo-bourgeois, de nouveaux maîtres. Puisque ce que veulent ces personnes n'est pas l'abolition de la société de classes mais le remplacement d'une classe dominante par une autre (eux-mêmes), l'on peut oser un parallèle avec la Révolution bourgeoise "française" (qui consistait précisément en cela) et l'on se rend alors compte qu'effectivement, de part et d'autre de l'idéaliste égalitaire rousseauiste (et idiot utile) Robespierre, ces révolutionnaires bourgeois qui voulaient prendre la place de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie aristocratisée d'Ancien Régime et qui allaient devenir les thermidoriens une fois la tâche accomplie (menace contre-révolutionnaire conjurée, bourgeoisies de province matées et rébellions paysannes écrasées) pouvaient certes tenir pour certains (Danton) un discours "modéré", mais aussi pour d'autres (très souvent) un discours ultra, "guillotineur à outrance", "impitoyable avec les ennemis de la Liberté" etc. etc. avant de devenir les plus grands réactionnaires (thermidoriens et bien souvent bonapartistes) qui soient - les Fréron, Tallien, Fouché, Barère, Dumont etc. etc. Un phénomène revu à l'identique en URSS après la mort de Staline !

    3°/ En reflet et parallèlement à cela, la révolution elle-même ne fait pas régner l'égalité absolue et le communisme du jour au lendemain : elle n'est que le point de départ d'un long processus, d'une longue transition vers le communisme (négation du capitalisme par le communisme) que les marxistes appellent socialisme. Et la veille de ce point de départ régnaient le capitalisme et la société de classes, et cela depuis des siècles : c'est dire si toute division du travail et hiérarchie que ceci suppose, toute idée/conception réactionnaire issue du capitalisme voire de la féodalité, tout rapport social inégalitaire ne "disparaît" pas ainsi comme par enchantement (il s'agit, précisément, de lutter pour les faire disparaître !) et "marque" la société pendant encore des dizaines et des dizaines d'années ;

    4°/ Le processus révolutionnaire socialiste est par nature et du fait de ce qui vient d'être dit confronté à des difficultés colossales ; non seulement parce que tout le monde (anciennes classes dominantes du pays en question et classes dominantes étrangères toujours au pouvoir) "veut sa peau" mais aussi parce que le marxisme est une science vivante et évolutive, "parfaite" ni dès Marx et Engels ni après Lénine ni même après Mao mais au contraire en perfectionnement permanent, et qui se heurte donc à des limites dans sa compréhension et son traitement des problèmes qui se présentent à lui.

    => Ces deux derniers points (3 et 4) sont ce qui permet précisément et matériellement à ce que nous avons vu en 2 (inévitable au regard du point 1) de prospérer - et le fait que cela prospère, "stoppe" la marche vers le communisme et amorce un "demi-tour" vers le capitalisme est ce que nous appelons le révisionnisme, phénomène objectif et non corpus doctrinal clairement défini, qu'il est donc illusoire de traquer à travers tels ou telles propos, idées, positions etc. Ce phénomène de transformation en nouvelle classe dominante/exploiteuse peut même affecter des personnes qui étaient des révolutionnaires sincères et peu criticables au point de départ, ce qui peut être affirmé sans guère de doute au sujet des frères Castro - mais aussi de bon nombre de dirigeants soviétiques, chinois, vietnamiens etc., tous pays où le capitalisme à été totalement restauré à ce jour [on pourrait encore citer le cas de la trahison de la Guerre populaire au Népal (lire aussi ici)].

    Quant à la solution... elle est précisément celle que si nous l'avions clés-en-main cela se saurait, car nous serions alors très proches (presque un siècle après la Révolution bolchévique d'Octobre 1917) d'un monde communiste. La lutte livrée en Chine contre la "voie capitaliste" dans les années 1960 et début 1970, donnant mondialement naissance à l'étape maoïste de la pensée marxiste, a sans aucun doute ouvert la plus importante piste de réflexion à ce sujet (c'est pourquoi nous nous définissons maoïstes !) ; mais elle n'a pas pu elle-même contrer le processus dans ce pays (où le capitalisme a été totalement restauré, et dans sa pire forme qui soit). La solution à ce problème reste donc encore à penser, élaborer et formuler à l'instant où nous écrivons.

    Ce qui est certain en tout cas c'est que le processus entamé avec la terrible crise traversée par Cuba suite à la chute de l'URSS, à laquelle elle avait dramatiquement lié son économie, est désormais entré dans une nouvelle étape : le gouvernement cubain et l'impérialisme US viennent d'annoncer leur intention d'"enterrer la hache de guerre" et de "s'ouvrir" l'un à l'autre - les implications de cela pour un pays de 11 millions d'habitant-e-s face à la première puissance mondiale, située à 150 km de ses côtes et dont elle fut jadis le protectorat et le grand bordel à touristes, ne peuvent que faire frémir.

    C'est donc une "heure de vérité" qui est arrivée pour le Peuple cubain et les (encore nombreux, la preuve ci-dessous) révolutionnaires en son sein : il n'est désormais plus possible de se contenter de dire "nous n'avons pas cédé à la vague néolibérale mondiale" ; il va désormais falloir, face aux terribles épreuves qui s'annoncent, repenser la lutte pour le communisme sur la base de ce que Cuba a été et (malgré tout) continue d'être pour des millions d'hommes et de femmes - le "premier territoire libre" et le phare révolutionnaire des Amériques.

    C'est ici qu'intervient l'excellent site latino-américain Pueblos en Camino ("Peuples en Marche") pour nous offrir une contribution d'une valeur inestimable... puisqu'il s'agit du témoignage et des réflexions d'un jeune révolutionnaire communiste de l'intérieur même de l'île aux barbudos. Puisse celle-ci représenter un début de piste pour cette indispensable réflexion que doit impérativement affronter le mouvement communiste international : comment reprendre le chemin du communisme à partir d'une expérience révolutionnaire parvenue à son stade ultime de dégénérescence terminale !

    Critique, autocritique, débat franc et ouvert, confrontation de lignes : c'est ainsi que l'on avance dans la compréhension communiste du monde !


    Cuba face aux défis du Capital et nos luttes en tant que Peuples


    Luis Emilio Aybar est un jeune cubain qui croit au socialisme et en un projet révolutionnaire. C'est à partir de ces convictions, d'un engagement sans faille et d'une profonde connaissance de son Peuple et de son pays dans le contexte actuel, qu'il analyse dans cet article que nous partageons l'impact et les perspectives pour le socialisme cubain du rétablissement des relations entre Cuba et les États-Unis, après l'annonce faite par Obama le 17 décembre.

    Luis Emilio affronte et confronte des réalités connues mais habituellement non reconnues, au point que de tant les nier quiconque les signale se voit désigner comme un ennemi de la révolution ou comme un agent de l'impérialisme. Fréquemment, comme nous le savons hélas, ces ostracismes viennent de l'extérieur et sont le fait de personnes qui depuis le confort de la théorie et de leurs désirs voudraient qu'à Cuba se passe ce qui n'est pas en train de se passer. Mais cette fois-ci il y a quelque chose de plus, une caractéristique fondamentale et une essence évidente dans le texte et dans son auteur : il ne s'agit pas d'un libéral ni d'un agent de l'impérialisme, d'un petit bourgeois aspirant à la consommation et encore moins d'un aigri qui cherche à se sauver, usé par la déception et l'effort quotidien. Il s'agit de quelqu'un qui aime son Peuple, son pays et ce qui y a été conquis sur le plan de la culture, de l'éthique, d'une solidarité et d'une dignité sans pareilles.

    Luis Emilio s'exprime depuis là-bas et du haut d'une formation évidente, sérieuse et disciplinée qui lui permet de savoir ce qu'est le capitalisme et de le rejeter ouvertement sans besoin de longues analyses, simplement parce qu'il sait que fondamentalement, le capitalisme est un système criminel exploite et méprise en même temps qu'il se masque et ment. Il sait que Cuba est menacée par le projet capitaliste qu'incarne Obama, et par la subtile stratégie d'occupation que sa démarche initie. Tout comme il sait que ce socialisme conformiste, rigide, excluant, autoritariste, hiérarchique, isolé, qui a faim et qui se méfie de son propre Peuple est la pire menace qui puisse peser sur la voie du socialisme, en même temps que la meilleure opportunité offerte au capitalisme pour s'imposer [NDLR c'est effectivement un principe dialectique : les choses périssent d'abord et avant tout de leurs propres défauts et limites internes].

    C'est là un texte éloquent, direct et franc, qui nous remplit de joie au milieu de l'inquiétude pour ce qui peut arriver à Cuba. Joie parce que nous savons qu'il y a là-bas, au milieu de toutes les difficultés, des personnes qui malgré tout partagent un projet anticapitaliste et aiment leur Peuple, qui sont disposées à s'inscrire dans l'internationalisme des luttes populaires et possèdent un bagage de formation, de connaissances et de dignité qui pour tout dire nous manque.

    Aujourd'hui, face à ces paroles, nous ne pouvons pas seulement nous contenter d'attendre de voir ce qui arrive, ou d'espérer que le Peuple cubain sache se défendre, mais nous devons faire que ces voix soient entendues et assumer la responsabilité et la décision de soutenir la résistance et les transformations nécessaires, au-delà des erreurs et des risques des réformes en cours, pour nous joindre à la construction par en bas et depuis la gauche, rénovée, fraîche, consciente et critique de la Cuba populaire et socialiste, libre et nôtre dont nous avons besoin. Pour que le socialisme cubain jaillisse de sa propre expérience et de son propre Peuple, tous et toutes nous sommes Cuba.

    - Pueblos en Camino

    17 décembre, les défis pour Cuba


    Au cours des jours qui ont immédiatement suivi la nouvelle, je n'ai seulement trouvé qu'un seul article qui introduise dans les journaux nationaux une approche nuancée de la problématique : "Il faut une certaine hauteur de vue pour se rendre compte que les temps à venir pour la Révolution cubaine s'annoncent beaucoup plus complexes et subtils qu'ils ne l'ont été. La voie confortable de la coexistence peut nous submerger et nous désarticuler, s'emparer de nos lacunes dans tous les domaines, profiter de nos erreurs et de nos atavismes" ("Sans baisser la tête", José Alejandro Rodríguez, Juventud Rebelde, 18 décembre 2014).

    Nous vivions au milieu de soubresauts où il était difficile de distinguer clairement la portée et la signification des évènements. J'ai pu entendre personnellement des phrases telles que "Maintenant ça y est, par ici les investissements, tous à manger au McDo !!", "Le blocus c'est terminé", ou celle-ci un peu plus inquiétante : "J'ai beaucoup aimé le discours d'Obama, très sensé et respectueux". Les dessins humoristiques montraient Obama en train de boire de la Bucanero [bière cubaine], tandis que les médias nationaux peignaient un tableau de victoire totale pour la révolution.   

    Au cours des semaines suivantes émergèrent des analyses déjà plus équilibrées, mais en réalité aucune n'a véritablement surmonté cette attitude de confiance absolue en la victoire qui caractérise le discours officiel, attitude reposant sur un diagnostic incroyablement complaisant des forces et des faiblesses du pays.

    Le présent article s'efforcera de fournir une analyse critique du socialisme cubain et des réformes en cours qui servira de cadre pour comprendre les défis du probable changement dans les relations avec les États-Unis. Il se distanciera d'une vision pragmatique toujours plus répandue selon laquelle la normalisation ferait partie du processus naturel d'adaptation de Cuba au monde qui l'entoure ; et il défendra la nécessité d'un projet socialiste rénové comme orientation stratégique dans le nouveau scénario.

     Le discours d'Obama 

    Obama a fait preuve de beaucoup de sagacité et d'une grande cohérence dans l'exposé tactique de sa décision, laissant peu de vides dans son argumentation :

    Il a démontré l'inefficacité de la politique antérieure sans aller jusqu'à questionner sa légitimité : "Bien que cette politique ait été basée sur les meilleures intentions, aucune autre nation ne nous a appuyé dans la mise en place de ces sanctions qui ont par conséquent eu peu d'impact, sinon d'offrir au gouvernement cubain une justification pour imposer des restrictions à son peuple".  

    Il a argumenté avec efficacité la nouvelle politique de "puissance intelligente" vis-à-vis de Cuba : le contact "de peuple à peuple" et le citoyen américain comme "meilleur ambassadeur potentiel de nos valeurs", le soutien au "secteur privé émergent", l'intégration des deux économies et le rôle "démocratisant" de la "libre circulation de l'information".

    Il a reconnu des éléments positifs dans le gouvernement cubain : l'envoi de médecins pour combattre l'épidémie d'Ebola, la libération de deux agents états-uniens, la décision de développer l'accès à internet, l'engagement auprès des institutions internationales.

    Il s'est distancié d'une possible complicité idéologique avec l'adversaire : "J'ai dit clairement à Raúl Castro ma conviction que la société cubaine se trouve entravée par les restrictions imposées à ses citoyens" - et il a dressé l'inventaire de points de désaccord avec sa gestion gouvernementale.

    Il a fait la promotion d'une image de confiance et de bonnes intentions vis-à-vis du Peuple cubain : "Je vais être honnête avec vous aujourd'hui", "aujourd'hui les États-Unis veulent se convertir en associés pour que la vie des simples citoyens cubains soit un peu plus facile, libre et prospère". Il s'est démarqué de toute possible soif de domination, privilégiant un discours d'aide à l'émancipation : "nous pouvons aider le Peuple cubain à s'aider lui-même". L'utilisation de codes propres à la culture nationale cubaine est venue compléter une atmosphère générale de "dialogue complice" : la référence à Carlos J. Finlay, la citation de José Martí, la phrase populaire "c'est pas facile"...  

    Enfin, il a fondé à chaque instant son discours sur des principes et des intérêts universels : "Un avenir de paix, de sécurité et de développement démocratique est possible si nous travaillons ensemble non pas pour nous maintenir au pouvoir, non pas pour protéger les intérêts acquis, mais pour réaliser les rêves de nos citoyens".

    Obama a fait preuve de tout le bon sens requis par les objectifs tactiques de son discours et de tout le respect qui doit aller avec le nouveau modèle de soft power. Si une quelconque valeur peut lui être reconnue, elle a moins à voir avec une supposée bonté contenue qui aurait fini par voir le jour qu'avec l'audace d'un pas en avant polémique mais bénéficiaire pour les intérêts américains, y compris pour son propre avenir de politicien professionnel. Il faut bien faire la différence, comme le fait Rafael Hernández, entre le Président Obama comme pièce d'un mécanisme de pouvoir complexe et multidimensionnel, et la personne Barack.

    L'instrumentalisation politique présente comme du charisme, une vocation humaniste et de la fiabilité ce qui est en réalité l'intérêt particulier d'un groupe de pouvoir. Il doit y avoir un sacré nombre de personnes à Cuba qui ont vibré ce jour-là au ton proche et sensé du discours. Pour la première fois depuis bien longtemps, nous avons pu voir un président des États-Unis parler en direct. Pour la première fois, pour autant que je m'en souvienne, le discours complet d'un président des États-Unis a été publié dans le journal Granma.

    La bonne nouvelle arrive cependant chargée de tout le poids du désarmement idéologique qu'implique le fait de n'avoir - justement - jamais fait cela auparavant. Tout l'effort de pédagogie anti-impérialiste qui a formé la majorité des Cubains et des Cubaines a toujours eu un point faible : nous avoir arrachés au contact avec les "influences négatives" de l'étranger, telles que définies par quelqu'un au pouvoir, et en particulier à celles pouvant mettre en danger nos propres idées. L'on ne diffuse jamais qu'un seul type de nouvelles, l'on réfute les idées contraires de manière manichéenne, et l'on cache les contradictions des gouvernements amis. Nous savons bien que ce n'est guère différent dans le reste du monde, mais il se suppose que la Révolution cubaine cherchait précisément à construire un modèle de société alternatif.

    Le problème a toujours été, intrinsèquement lié à la logique même du pouvoir, le manque de confiance en la capacité du Peuple cubain à tirer ses propres conclusions. Bien sûr, cette capacité doit être formée et il est plus facile de défendre une idée progressiste en enlevant les pierres du chemin que d'éduquer au discernement entre différentes opinions. Mais malheureusement, année après année, les principes les plus fermes sont allés en se dissipant devant les récits miraculeux des émigrés à l'extérieur, la vie confortable et sans pauvreté montrée par les films nord-américains, montrant par là que la méthode choisie pour former des révolutionnaires n'était pas forcément la plus efficace. Le citoyen de la rue sait fort bien, par ailleurs, que tant parler des "malheurs du monde" sert aussi à justifier les erreurs ici ; et il a petit à petit relégué le discours anti-impérialiste au fond du cagibi de ce que l'on appelle communément la "langue de bois politique".

    Le résultat global de cela est qu'une grande partie de la population se trouve en réalité peu préparée à affronter la machine idéologique capitaliste et sa sophistiquée "illusion de vérité", ce qui se voit par exemple avec la consommation acritique par des canaux informels d'émissions telles que "Caso Cerrado" ou le "Noticiero Univisión" [émissions de la télévision impérialiste US en castillan - les chaînes Telemundo et Univisión]

    Le discours public de la révolution, tant sur les aspects internes qu'externes, a laissé beaucoup trop de vides au fil des ans. Dans tous ces domaines, nous avons laissé un boulevard à l'ennemi : certains n'ont-ils pas vibré à lire que "le blocus a offert au gouvernement cubain un prétexte pour imposer des restrictions à son peuple" ? Obama cherchera à asseoir son leadership sur la population à partir de courants d'opinion déterminés qui ont déjà leur propre histoire au sein de la société cubaine. 

    Nous espérons que continue la saine pratique de publier ces arguments, mais aussi - de manière tout aussi massive - la publication de ceux d'autres secteurs socialistes ayant une vision différente des problèmes du pays et de la manière de donner de "ré-oxygéner" l'hégémonie anti-impérialiste.

    Les idées révolutionnaires ne peuvent pas s'imposer dans le monde en isolant les gens de la "source du mal", mais au contraire par une accumulation de sens critique dans la citoyenneté, au contact d'idées différentes et contraires.  

    Les avantages comparatifs 

    Un exercice plus intéressant que d'identifier le possible gagnant du 17 décembre, est d'évaluer qui pourrait tirer le meilleur parti du nouveau scénario dans les prochains temps. En accord avec l'objectif déclaré de cet article, nous nous concentrerons sur le cas cubain. 

    Nous avons considéré jusqu'ici notre côté du conflit comme homogène, utilisant des notions englobantes telles que "Cuba", "la Révolution" etc. etc., mais il est maintenant nécessaire d'établir quelques distinctions.

    Une analyse politologique traditionnelle examinerait le rapport de force entre les deux gouvernements, et userait de termes plus tangibles et moins idéologiques. Je préfère pour ma part parler du point de vue de la citoyenneté et traiter de la confrontation entre deux projets, le projet impérialiste des États-Unis sur Cuba et le projet socialiste de la Révolution cubaine. Ce parti pris fait face à deux grands obstacles :

    a) L'identification du gouvernement et de l’État cubain avec la Révolution, fortement favorisée par le groupe social au pouvoir et assumée de manière passive ou même active par une grande partie de la population. Une telle identification amène à comprendre la politique de l’État comme l'incarnation du projet socialiste. Nous nous distancierons ici de ce point de vue et parlerons plutôt de révolution dans une double signification : celle de tissu social tourné vers des objectifs historiques déterminés ; et comme accumulation historique de valeurs et pratiques sociales. Un gouvernement s'identifie à une révolution dans la seule mesure où ses politiques permettent de réaliser le premier, et de reproduire et amplifier la seconde. Il faut également souligner ici que les groupes à l'intérieur d'une révolution ne sont pas homogènes, et ne comprennent pas tous de la même manière les contenus et les moyens de réalisation de ces buts. 

    b) Les problèmes dans la définition même du projet. Le seul projet mis en avant durant de nombreuses années a été la conservation des acquis révolutionnaires, combinée avec la stratégie de survie face aux difficultés économiques du pays. Les réformes des années 1990 ont apporté quelques nouveaux contenus et en ont récupéré d'autres, mais ont laissé sur pied beaucoup trop d'éléments du passé. Il en a été de même lors de la "Bataille des Idées" (2002-2007). Au-delà de la marge de discussion et de redéfinition qui a pu être possible durant la période critique de 1990-96, le projet restait sous-entendu ou se réduisait à ce que proposait Fidel. Les récentes réformes ont répondu à la nécessité de survie par une politique plus inclusive, qui promet des changements structurels de fond, mais elles ont reproduit le même vieux problème : la visualisation, à travers le contrôle de l'espace public, d'une unique proposition pour le pays. Ceci revient encore à laisser peu de possibilités d'influence à ceux qui questionnent le fondement stratégique des changements.  

    Une voie intéressante pour gagner en clarté pourrait être celle que propose Juan Valdés Paz. Pour l'auteur, la Révolution cubaine est un projet inachevé qui n'a pas pleinement atteint ses objectifs. Il définit ces objectifs suivant un certain nombre de lignes directrices telles que l'indépendance totale du pays, le développement économique, la justice sociale, la démocratie populaire et une dernière plus englobante encore : parvenir à un changement culturel qui en fasse définitivement une alternative au capitalisme.

    Ces buts sont réellement identifiables dans les différents discours conformant le tissu politique révolutionnaire, bien que chacun ne soit pas compris de la même façon, ni la manière dont ils s'articulent entre eux. Ils offrent une plateforme minimale pour parler du projet socialiste cubain. La question devient alors à quel point la nouvelle stratégie nord-américaine peut menacer la réalisation de ces objectifs, et a contrario de quelles conditions disposons-nous pour permettre que le nouveau scénario opère en leur faveur.

    Le centre du questionnement s'élargit alors du terrain du pouvoir politique à celui de l'hégémonie, et nous évitons d'en rester au simple problème de "renverser les Castro" alors que la nouvelle stratégie semble avoir un point de vue plus complexe : dépouiller lentement la Révolution des caractères anti-systémiques qu'elle peut conserver, comme base pour pouvoir influer sur la conduite du pays.

    Les États-Unis n'ont pas beaucoup d'espoirs s'ils concentrent leurs efforts sur un changement de l'équipe au pouvoir (leur objectif prédominant jusqu'à présent), étant donné que n'existent pas à Cuba les conditions d'une transition abrupte comme celle qu'ont connue les pays d'Europe de l'Est. En revanche, une plus grande intégration entre les deux sociétés - fondamentalement entre les deux économies - peut stimuler le processus de transformation progressive des valeurs et des pratiques sociales auquel nous sommes en train d'assister jusqu'à arriver au jour où nous serons devenus un autre pays, même si celui-ci reste qualifié de "socialiste".

    Le Vietnam et la Chine, par exemple, ont vu changer lentement leur mentalité et sont aujourd'hui des pays totalement intégrés au système capitaliste mondial. Les États-Unis n'ont pas réussi dans leur cas à percer la cuirasse des pouvoirs établis, mais rien ne garantit qu'ils n'y parviennent pas à Cuba et dans tous les cas ils préfèreront toujours un pays incommode mais conforme au reste du monde, où les capitaux nord-américains peuvent entrer et sortir librement, qu'un pays dominé par des fondements culturels et politiques incompatibles avec les leurs.

     Obama semble le tenir pour clair lorsqu'il dit que : "[...] ceci nous offre une opportunité d'obtenir un résultat différent, pour que Cuba s'ouvre dès à présent au monde d'une manière jamais vue auparavant. [...] Et avec le temps, ceci corrodera cette société tant fermée et alors, je pense, offrira les meilleurs possibilités de mener vers plus de liberté et une plus grande autodétermination pour le Peuple cubain. [...] Bien sûr, comme ceci va changer la société, le pays, sa culture spécifique, cela pourrait arriver rapidement ou plus lentement que je ne le souhaiterais, mais cela va arriver et je pense que ce changement de politique de notre part va favoriser cela. [...] Ce qui est certain c'est que nous allons être dans de meilleures conditions pour réellement exercer une influence, et utiliser alors la carotte aussi bien que le bâton".

    Est-il possible de dire qu'il n'existe pas de tendances propices dans notre société du point de vue de ces objectifs ? La pauvreté, d'année en année, a eu pour conséquence que la vie de beaucoup de personnes se réduise à l'immédiatisme de la survie matérielle, lequel tend naturellement à se convertir en ambition consumériste. La manière simpliste et auto-justificative dont ont été présentés les "malheurs du monde", combinée avec les témoignages des émigrés et l'influence des médias, a produit une image édulcorée du monde capitaliste et y compris des États-Unis comme espace idéal pour satisfaire ces nécessités. Qu'un patron, propriétaire de l'entreprise, te paye un salaire et se garde la majeure partie de ton travail est vu de manière incroyablement naturelle.

    L'organisation hiérarchique du socialisme national a contribué en ce sens, vu qu'en considérant notre espace micro il n'y a pas beaucoup de différences entre le gérant d'une entreprise d’État et le patron privé - ce dernier gagnant même plus, désormais. Les gens ont devant eux deux options : le socialisme bureaucratique inefficace, pauvre et autoritaire dans lequel nous vivons ; ou le capitalisme séducteur et d'abondance qui est entré dans nos têtes et dans lequel, si les autres peuvent rester ou devenir pauvres, j'ai au moins une chance de prospérer.

    Pour autant, ce qui a désintégré le tissu social révolutionnaire à Cuba n'est pas la crise économique à elle seule, mais aussi l'articulation entre le crise et l'incapacité à refonder un paradigme émancipateur. Nous en sommes arrivés à un point où le laisser-aller se combine avec l'inertie d'avoir appris à attendre que d'autres décident, et tout ceci laisse le Peuple cubain relativement sans défenses face à l'avenir.

    Heureusement, ceci n'est qu'une partie de la vérité. Comme l'a souligné Rafael Hernández, nous pouvons ne pas être préparés mais être quand même capables. Il y a à Cuba une grande réserve de dignité, de bon sens, d'anti-impérialisme, de solidarité et de sens du droit qui a jusqu'ici empêché la déconfiture totale et qui peut être activée pour se défendre ou pour avancer. Certains veulent s'enrichir, d'autres seulement arriver à la fin du mois avec le fruit de leurs efforts, et ils ne sont pas peu nombreux ceux qui sont conscients qu'il y a toujours quelque chose de risqué dans la relation avec les États-Unis. Il y a des gens qui ne seraient certainement pas ravis si on leur enlevait la polyclinique du secteur, ou si on leur fermait leur centrale sucrière ou leur école ; et de nombreux espaces sociaux sont dominés par des liens inclusifs d'appui mutuel [les expériences de résistance de ce type sont éphémères et peu diffusées, mais certaines ont pu contribuer à freiner certaines décisions, comme la fermeture de certaines centrales sucrières ou d'une école primaire dans le quartier de Marianao]. La majorité des Cubain-e-s a incroyablement intériorisé ses droits, y compris le droit d'être écouté.

    En termes de forces agissantes, il y a dans le gouvernement un secteur "inconditionnel" qui a le problème de très peu se remettre en question, mais qui se différencie de l'opportunisme diffus de ses collègues et qui possède des convictions proches d'un projet socialiste. Il y a aussi, à l'intérieur comme au dehors des institutions, un secteur critique qui tente de contourner les formules traditionnelles (capitalisme typique/socialisme étatiste/socialisme nominal) et de promouvoir des alternatives. Il y a, enfin, un Pouvoir établi arbitraire et incohérent qui ne cherche que sa propre reproduction, mais qui maintient des lignes de continuité avec la tradition anticapitaliste et anti-impérialiste de la politique nationale. Ceci nous donne l'opportunité de mener la lutte pour l'orientation du processus depuis l'intérieur et non seulement à travers l'opposition.

    L'inventaire pourrait encore continuer ; l'important est de parvenir à libérer les forces formées par la révolution elle-même et de les utiliser pour créer, ce qui est la meilleure façon de défendre.

    Dans quelle mesure les réformes actuelles peuvent-elles contribuer dans cette direction ; aider à préserver les acquis accumulés et réaliser les objectifs historiques ? Quelles capacités seront déployées pour mettre à profit l'ouverture aux États-Unis et toutes les ouvertures en fonction de ces objectifs ?

    La ci-nommée Actualisation du modèle économique a amené quelques bonnes nouvelles : élimination de règles obsolètes ou absurdes, rationalisation de la gestion gouvernementale, atténuation de la censure politique, réduction de la concentration excessive du pouvoir étatique et remplacement du court-termisme par une stratégie de développement à court, moyen et long terme. Ce sont là des aspects avec lesquels il est difficile de ne pas être en accord, s'ils sont considérés séparément. En revanche la discussion émerge devant la conception globale de la réforme, c'est-à-dire le diagnostic des problèmes du pays et leurs solutions.

    Son "ordre du jour" peut être résumé de la manière suivante :

    Le problème fondamental, l'épreuve pour le socialisme à Cuba est l'économie. L'économie consiste essentiellement en la production d'articles de consommation, et si l'on ne dispose pas de ceux-ci l'on ne peut pas satisfaire les objectifs sociaux de la Révolution. Le mauvais fonctionnement de notre économie est lié à l'excès de centralisation et de concentration étatique, au manque de stimulant économique pour le travailleur et à l'arriération technologique et managériale de l'entreprise cubaine.

    Nous devons diversifier les formes de gestion, décentraliser l'entreprise d'Etat et accroître l'investissement étranger. Le caractère socialiste de ce processus est garanti par le fait que l’État maintiendra le contrôle des moyens fondamentaux de production, fera primer le plan et non le marché, subordonnera l'investissement étranger aux objectifs de développement propres et ne laissera personne sur le bord de la route, sans protection.

    L'objectif assumé clairement par cette nouvelle politique est le développement économique. Le reste est conçu comme des conquêtes à préserver, liant très directement le développement avec la possibilité de maintenir la justice sociale et l'indépendance. Le système de Pouvoir populaire n'est pas remis en question en tant que tel, mais l'on cherche à le perfectionner et à en décentraliser la gestion pour améliorer sa réponse aux besoins locaux. La conquête vue comme la plus menacée est le changement culturel, et pour cela on en appelle au rôle formateur de l'école, aux moyens de communication et aux institutions de la culture. 

    Pour autant, une première limite est de ne pas visualiser le problème dans son intégralité, en considérant les énormes lacunes qui existent dans chacune de ces sphères et qui expliquent en grande partie le problème économique. Comme le fait remarquer Jorge Luis Acanda, il a beaucoup été fait appel aux stimulants économiques et moraux pour les travailleurs mais peu aux stimulants politiques : la possibilité qu'ils puissent avoir un rôle dans la manière dont se gère et se distribue leur travail. Énormément d'expériences coopératives et autogestionnaires, où les travailleurs définissent en assemblée les lignes directrices de l'entreprise et contrôlent sa gestion administrative, ont démontré à travers l'histoire le grand potentiel productif de ce modèle qui pourrait s'incorporer à la gestion étatique elle-même. 

    L'on pourra dire que le socialisme cubain est conçu ainsi... Mais ont également été conçues et pratiquées beaucoup de choses qui opèrent dans le sens contraire. Je me souviens que durant la discussion des orientations générales à l'Assemblée, quelqu'un a demandé pourquoi n'était-il pas fait référence à la participation des travailleurs et Marion Murillo répondit que cela serait vu au fil de la mise en œuvre. Ou encore à un autre moment où fut demandé si contractualiser la force de travail ne signifiait pas l'exploitation, et la Ministre de la Justice répondit que non car ces travailleurs étaient "protégés", avaient "droit à la retraite", "à un salaire minimum" et à "tous les bénéfices de l’État". Ces deux anecdotes reflètent deux des grands problèmes de notre socialisme : le renforcement du Pouvoir populaire comme discours et non comme pratique, et le socialisme réduit à la redistribution.

    Vu que les stimulants moraux et les appels à la conscience révolutionnaire ne fonctionnent plus (il est difficile de sentir que quelque chose est à toi simplement parce que l'on te dit que c'est à toi...), restent alors les stimulants économiques et les mécanismes dynamisants propres au capitalisme. Ceci se heurte à présent à un problème, et ce problème est que l'on rentre dans les règles du jeu du système que l'on prétend détruire. Le gouvernement états-unien voit très clairement cela ; mais ici on pense que l'on pourra atténuer les effets de l'inégalité grâce à un État fort et que par l'action culturelle depuis l'extérieur de l'économie il sera possible d'éviter le triomphe de la superficialité, de la compétition, du consumérisme et de l'individualisme.

    C'est ce raisonnement précis que je considère erroné. L'économie ne se réduit pas à produire des choses ; elle implique aussi des êtres humains et la manière dont ils s'organisent influe sur leur conduite, leurs valeurs, leurs perceptions [là ce sont des propos pratiquement maoïstes NDLR]. On ne peut pas affronter un système avec des moyens qui relèvent de sa propre nature. Il faut porter un regard d'ensemble sur l'espace productif et viser l'égalité, la démocratie et le changement culturel depuis celui-ci même ; sans quoi il faudra corriger chaque jour ce qui se dérègle lorsque les personnes vendent leur force de travail avec pour seule motivation de toucher leur argent à la fin du mois et de consommer, ou lorsqu'elles se déconnectent des problèmes collectifs dans le dédale bureaucratique d'une entreprise d’État.

    Il est clair que nous avons un pays en crise, avec des symptômes évidents de désintégration sociale et peu habitué à la participation démocratique. Personne d'un minimum sensé n'irait nier aujourd'hui la nécessité de l'investissement étranger, de la diversification des acteurs économiques et du rétablissement de relations diplomatiques avec les États-Unis. La fragilité de la situation nous oblige à être terriblement pragmatiques et efficaces. Toute la question est comment l'être et relancer dans le même temps un projet anticapitaliste et anti-impérialiste pour Cuba qui ait quelque chose à offrir au monde. Il s'agit d'utiliser les formules traditionnelles dans les domaines où cela est incontournable et stimuler d'autres types d'expériences là où il y en a les conditions (lesquelles peuvent aussi être productives, à un moindre coût social) ; y compris en utilisant le premier cas pour financer le second, dans le cadre d'une même stratégie.

    Fernando Martínez Heredia affirme la nécessité de développer une alliance entre "un pouvoir politique qui maintienne ses forces" et "un projet socialiste participatif qui le transforme progressivement en pouvoir populaire" - auquel il soit bien sûr disposé à se soumettre. Ce seraient là les formes embryonnaires d'un nouveau modèle qui se diffuserait au reste de la société, dans le style des soviets russes ou des cordons industriels et des commandos communaux de l'époque d'Allende au Chili. Il faudrait aussi développer une pédagogie continue non seulement à partir de l’État, mais fondamentalement à partir des organisations et des mouvements de la société civile socialiste qui organisent et orientent ce processus

    C'est ce qu'attendent de nous les révolutionnaires du monde entier, qui ont toujours vu un phare d'inspiration dans la Révolution cubaine. Mais où, dans la nouvelle politique, peut-on voir une telle logique ? La perte des référents révolutionnaires apparaît clairement, par exemple, dans la fonction résiduelle-économiciste et non politico-culturelle qui a été attribuée au secteur coopératif. Le triste tableau de notre avenir semble de plus en plus être une entreprise étatique modernisée dans le style capitaliste, des transnationales entrant et sortant dans un certain ordre, des petites et moyennes entreprises privées dynamisant le reste de l'économie et un État assurant le bien-être général. 

    Ce dernier objectif étant le plus difficile à atteindre, puisque l'on rechercherait la justice sociale en faisant appel à des mécanismes qui reposent sur son contraire. Supposons néanmoins que l’État parvienne à atténuer les pires effets de la modernisation : les miettes qu'est susceptible de concéder le capitalisme ne sont pas négligeables et 200 dollars valent toujours mieux que 20, quand bien même les transnationales partent avec 600. Mais cela ne change rien : même si nous ne sommes pas ceux qu'ils exploitent directement, il y aura toujours quelqu'un pour souffrir à notre place au Guatemala, en Éthiopie ou au Cambodge. Sortons dans la rue maintenant et montrons les photos de ces pays, histoire de voir combien apprécieraient que leur bien-être repose sur une telle misère. [NDLR là c'est peut-être un peu idéaliste : nous pouvons assurer l'auteur que dans nos pays impérialistes occidentaux 80% des gens n'en ont strictement rien à foutre ou en tout cas, si la vue des petits-enfants-qui-meurent-de-faim leur arrache quelques larmes, ils ne s'en sentent nullement responsables - la faute étant exclusivement à ces "guerres tribales" et à ces "dictateurs" auxquels "ces Noirs" semblent irrémédiablement condamnés...]

    Telles sont les règles du jeu, qui ne se changent pas en les utilisant mais en construisant des alternatives. Le problème étant encore et toujours les grands obstacles qui existent pour diffuser publiquement d'autres manières de concevoir les solutions, qui restent jusqu'à présent cantonnées dans les cercles intellectuels ou dans des espaces de débat où n'accèdent qu'un secteur minoritaire de la population.

    On pense que l'on ne peut pas confronter trop de propositions différentes ni discuter outre mesure car cela fissure l'unité, mais c'est justement cette pratique [du débat politique au sein du Parti et de la Révolution cubaine NDLR] qui a déconnecté une grande partie de la population du projet socialiste. Il existe néanmoins un "capital" accumulé de responsabilité et de bon sens dans beaucoup de personnes individuellement et dans des organisations non gouvernementales et de masse, qui permettrait par exemple de commencer le prochain Congrès du Parti par une phase initiale de discussion de propositions générales émanant de chacune de ces personnes et organisations, ou d'assumer une réforme de la Constitution à travers un processus réellement démocratique et populaire qui prenne le meilleurs des expériences développées au Venezuela, en Bolivie ou en Équateur. [NDLR - En ce qui nous concerne, nous avons exposé notre appréciation de ces expériences ici, ici ou encore ici. Ces "processus" sont (en dernière analyse) un produit de notre époque, comportant une part de résistances populaires au "néolibéralisme" (le capitalisme impérialiste pur et dur et triomphant du fait de l'effondrement de tout contre-modèle) mais aussi une part de nouvelles couches bourgeoises ayant émergé - justement et ironiquement ! - dans le cadre de ce "néolibéralisme" (années 1970 à 1990) ; ces deux aspects étant en définitive au cœur de toutes leurs contradictions. Les masses populaires ont connu une réelle amélioration de leurs conditions de vie, ne serait-ce que par l'instauration même partielle d'un État de droit (le problème auparavant étant plus l'absence d'un tel État de droit que des régimes tyranniques et ultra-répressifs, ceux-ci ayant disparu dans les années 1980) ; mais tout ceci demeure néanmoins totalement dans le cadre du capitalisme et du réformisme bourgeois. De nos yeux vus, l’Équateur n'a ainsi rien d'un pays socialiste ou en révolution démocratique radicale préalable au socialisme (il ne s'en réclame d'ailleurs que très peu) - tout en étant paradoxalement, d'un point de vue "réformiste tranquille", celui de ces pays qui fonctionne le mieux. POUR AUTANT, dans leur aspect populaire, ces expériences sont aussi des tentatives de réponses à de vraies et bonnes questions ; et notamment (effectivement) la question d'un processus révolutionnaire qui soit mené de manière plus "participative", plus grassroot comme diraient les anglophones, dans un rapport plus dialectique et dynamique entre les "révolutionnaires professionnels" (ce que ne sont pas les dirigeants, mais admettons) et les masses du Peuple travailleur, dans un esprit plus "par en bas"/horizontaliste et moins "par en haut"/verticaliste, évitant les dérives ultra-avant-gardistes qui sont aussi un facteur (si ce n'est le principal) de confiscation des révolutions par une nouvelle bourgeoisie. Les pays "bolivariens" (ALBA) ont vu dans l'ensemble, en plus d'une large part des anciennes élites qui sont restées en place, de nouvelles couches dominantes s'imposer à la faveur des "processus révolutionnaires" ("boli-bourgeoisie" au Venezuela) ; mais c'est parce que les forces politiques dirigeantes de ces "processus" n'étaient de toute façon pas communistes, visant le communisme. Néanmoins, dans la vague de luttes populaires qui ont porté ces expériences au pouvoir, se trouvent des conceptions de la révolution qui interrogent légitimement celles du marxisme-léninisme "classique" au regard des erreurs et des dérives du siècle passé.]

    Nous avons besoin d'un processus de réflexion nationale pour identifier les chemins créatifs par lesquels nous affronterons l'ouverture au monde et le point le plus sérieux au sein de celle-ci : la relation avec les États-Unis. Nous obliger à faire confiance encore une fois en la sagesse des leaders ne peut mener qu'à de nouvelles déceptions ; tout comme est inconcevable une Révolution qui n'a pas confiance en ses propres forces.

     
    Luis Emilio Aybar


    Cuba à l'heure de l'"ouverture" : un EXCELLENT TEXTE par un communiste de l'intérieur même du pays


    * Une question cruciale - en réalité - étant que dans toute une série de pays (comme Cuba ou les pays de l'ALBA mais aussi la Syrie, la Russie, l'Iran, la Chine etc. ; pays où le capitalisme bureaucratique d’État révisionniste ou nationaliste bourgeois n'a pas été totalement liquidé ou - comme en Russie ou en Biélorussie - a été partiellement réintroduit), si le "néolibéralisme" (capitalisme impérialiste des monopoles tel qu'il est mondialement depuis les années 1980) règne déjà largement, parfois (pas toujours) associé à une terreur policière antipopulaire, il y a aussi une "alternative" aux régimes en place qui est celle de son TRIOMPHE TOTAL, éventuellement après une phase de chaos guerrier façon Somalie ou Yougoslavie (c'est déjà le cas en Syrie, Libye, Irak), ou du moins après les affres ("génocide social" comme ont pu dire certains) traversées par les pays d'Europe de l'Est et d'ex-URSS après 1989... Et cette option ne peut pas être celle des opposants authentiquement progressistes, révolutionnaires, anticapitalistes à ces régimes. Si l'on prend l'exemple de la Chine, dont même le PTB ou les Éditions Prolétariennes ne peuvent plus guère aujourd'hui nier le caractère 100% capitaliste : il y a une classe ouvrière chinoise qui est exploitée par le Capital chinois (issu de la contre-révolution à l'intérieur du PC) et une paysannerie qui est exploitée selon les mécanismes classiques d'exploitation de la paysannerie (banques, endettement hypothécaire etc.) ; exploitation qui tend plus ou moins à la surexploitation dans les régions reculées, a fortiori dans les régions ethniquement allogènes (Tibet, Xinjiang, Mongolie-Intérieure etc.), et chez les travailleurs migrants venus de ces régions dans les grandes villes. Mais si par-dessus cela venait se rajouter une domination et une surexploitation impérialiste occidentale... où irait-on ? En quoi la condition des masses s'améliorerait-elle ? Il est bien évident que ce n'est pas une option que des marxistes peuvent porter. Or c'est une option bien réelle en cas de triomphe d'un mouvement de type Printemps de Pékin (1989), ou comme celui de l'année dernière à Hong Kong (sans que cela ne justifie, précisons-le bien, la répression-massacre d’État). Il faut bien avoir cela en tête. Mais si l'on a bien cela en tête... il y aura automatiquement toute une foultitude de petits gauchistes-donneurs-de-leçons pour dire que l'on ne veut "pas vraiment en finir avec ces régimes illégitimes ("capitalistes", "bourgeois", "réactionnaires", "fascistes" et tout ce que l'on voudra) et les remplacer par un pouvoir ouvrier, mais simplement promouvoir l'illusion qu'il est possible de les réformer de l'intérieur" (voir par exemple ici la critique d'un groupe d'opposition marxiste au régime de Poutine, le Mouvement socialiste de Russie, par les ultra-trotskystes du World Socialist Web Site).

    Il pourra même nous être reproché d'avoir fait fi de cette nécessaire prudence dans notre approche des soulèvements en Libye ou en Syrie ; encore que (en toute modestie...) nous ne pensons pas avoir eu une influence décisive sur les évènements, et n'avons surtout fait que dire trois choses :
    1°/ Qu'il fallait mener une LUTTE IDÉOLOGIQUE sans merci contre la présentation de ces régimes, par certains courants "vieux ML orthodoxes" ("tankies" diraient nos camarades états-uniens), comme "progressistes" et "anti-impérialistes" ; ce que toute leur histoire récente comme ancienne dément très largement, même si (définition que nous utilisons habituellement pour "anti-impérialiste") il pouvait y avoir un certain "arrachement de produit" (pétrolier surtout) aux griffes de l'impérialisme pour le mettre au service de l'intérêt national (mais ceci est en fait le cas de tous les pays arabes depuis les années 1970, et en termes de classes, au service de quel intérêt "national" ? d'abord celui d'une petite caste dominante, c'est bien évident !). Si le "progressisme" et l'"anti-impérialisme" de Cuba ou des pays de l'ALBA peut sérieusement être mis en discussion, ce n'était clairement pas le cas de ces régimes et de toute manière, la lutte idéologique contre cette qualification était en réalité moins importante pour là-bas que pour ici (pour la confusion qu'elle sème dans le mouvement communiste et les masses populaires sensibles à nos idées).
    2°/ Que (en relation avec ce qui précède) les soulèvements initiaux dans ces pays avaient un caractère populaire, endogène, spontané et légitime ; et ne pouvaient être réduits au résultat de "manœuvres" de puissances (régionales ou mondiales) hostiles à ces régimes, quelles qu'aient été la réalité et l'importance de celles-ci.
    3°/ Que si les puissances occidentales (à l'origine de ces supposées "manœuvres") escomptaient gagner le contrôle TOTAL de ces pays, elles ne tarderaient pas à cuisamment déchanter : ce qu'elles y obtiendraient en premier lieu et pour une assez longue période, faute de véritable perspective révolutionnaire (Parti marxiste)... mais aussi de forces "libérales" pro-occidentales crédibles et audibles, serait un CHAOS qui leur coûterait finalement plus cher (à gérer) que tout ce qu'elles pouvaient espérer y gagner - et ceci s'est totalement vérifié. En tant que communistes, nous sommes bien entendu horrifiés par la tragédie des populations travailleuses locales (mais qui, d'entre nous, pouvait prétendre 1°/ empêcher les masses populaires de se soulever en leur disant "attention vous n'avez pas de Parti communiste ça va mal finir" et 2°/ empêcher les choses de tourner comme elles l'ont fait ?) ; mais nous ne pouvons également que voir positivement "nos" propres bourgeoisies impérialistes "prises à leur propre piège" et ainsi fragilisées. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans TOUS les pays impérialistes occidentaux, les courants les plus droitiers de la bourgeoisie et les courants ouvertement fascistes se sont montrés plutôt en faveur d'un maintien
    de ces régimes en place, quels que soient les contentieux historiques qu'il pouvait y avoir avec eux [tout sauf négligeables entre l'impérialisme français et la Syrie (guerre du Liban, attentats du Drakkar de Beyrouth ou de Paris en 1985-96) ou la Libye (guerre du Tchad, attentat du DC-10 d'UTA en 1989)], et résolument hostiles à l'"aventurisme" des courants libéraux ou sociaux-libéraux appelant à leur renversement.

     


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  • Source : http://raoni.com/actualites-953.php


    ALERTE ROUGE : le peuple Guarani-Kaiowá à nouveau victime de terrorisme génocidaire

    ALERTE ROUGE : le peuple Guarani-Kaiowá à nouveau victime de terrorisme génocidaire

    Peuple Guarani-Kaiowa, Brésil - un village de la communauté Tekohá Kurusu Ambá a été saccagé et incendié le 24 juin 2015, plusieurs enfants ayant péri dans les flammes.

    C'est avec effroi que nous publions le dernier communiqué de l'assemblée Aty Guasu du peuple Guarani-Kaiowá, soumis à la barbarie régulière des dirigeants des exploitations liées à l'agro-industrie, dans l'Etat du Mato Grosso du Sud, au Brésil. Malgré diverses alertes internationales lancées au cours des dernières années, cette barbarie ne connaît toujours aucune limite. Elle vient de franchir un nouveau cap, qui motive aujourd'hui le lancement d'une alerte rouge.

    La représentante indigène Valdelice Veron, qui doit se déplacer pour la première fois en France prochainement et dont la tête est mise à prix par des propriétaires de champs de canne à sucre, nous a décrit au téléphone une situation apocalyptique.

    Tout a commencé le 22 juin par une simple partie de chasse initiée par une communauté Guarani-Kaiowá afin de pouvoir nourrir les membres du "village" (désormais un campement de fortune digne des pires camps de réfugiés du globe). Cette communauté, hommes, femmes et enfants, s'est réinstallée depuis peu sur sa terre traditionnelle, accaparée par la fazenda (ferme) Madama. Les indigènes sont tombés dans un piège et la partie de chasse s'est changée en film d'horreur : le village a été brûlé, au moins un enfant serait mort carbonisé et plusieurs autres manquent à l'appel. Le peuple Guarani-Kaiowá a décidé après une assemblée extraordinaire de riposter si les enfants ou leurs corps ne leur sont pas rendus immédiatement. Face aux fermiers armés et à leurs hommes de mains ils risquent de se faire massacrer. Valdelice Veron nous a appris que la police fédérale, complices des fermiers, avait bloqué la route principale pour que les Guarani-Kaiowá ne puissent aller chercher du renfort, allant jusqu'à se lancer dans une bataille rangée avec le force nationale venue à la rescousse des Guarani-Kaiowá.

    Au regard de cette situation critique, qui aggrave la crise humanitaire permanente endurée par le peuple Guarani-Kaiowá, nous appelons chacun de vous, par devoir d'humanité, à lire et à diffuser le communiqué de l'assemblée extraordinaire Aty Guasu du peuple Guarani-Kaiowá. Il s'agit d'un état d'urgence absolue. Merci pour votre soutien.

    - Planète Amazone -


    Avis de deuil de l'assemblée Aty Guasu du peuple Guarani Kaiowá


    "C’est avec une profonde tristesse et des regrets que nous informons, une fois de plus, les sociétés nationales et internationales des meurtres de trois enfants Guarani-Kaiowá par des grands propriétaires fonciers. Dans le Mato Grosso do Sul, un nouveau-né et trois enfants ont été brûlés et leurs cadavres cachés par ces propriétaires fonciers. Nous, Guarani et Kaiowá, nous les pleurons et sommes en deuil. Le 24 Juin 2015, les propriétaires fonciers ont mis le feu à un bébé et à trois enfants indiens. Ils ont déjà assassiné des dizaines d’indiens Guarani et Kaiowá. Depuis 2000, les propriétaires fonciers assassinent et cachent les cadavres des indigènes.

    Le 5 Décembre 2007, une femme pieuse de 70 ans, Xurite Lopes, grand-mère de la petite qui a été brûlée, fut assassinée à bout portant au Tekoha Kurusu Amba par les propriétaires fonciers de la fazenda Madama. Ces mêmes propriétaires qui avaient déjà, en 2007, assassiné la grand-mère s’en prennent cette fois-ci, en juin 2015, aux petites-filles de Xurite Lopes. Les tueurs ne sont jamais jugés par les tribunaux au Brésil.

    Il faut que la société comprenne que ces trente dernières années, il est devenu banal que les propriétaires fonciers se réunissent avec des hommes politiques, des policiers locaux et des tueurs à gage avant d’attaquer et d’assassiner des indigènes. Ils planifient ensemble le massacre et les attaques génocidaires. Ils agissent tous ensemble : les tueurs, les propriétaires fonciers, des hommes politiques, certains agents de la police de l’Etat [du Mato Grosso do Sul] et des journalistes à la solde des propriétaires. Ainsi, tout est organisé pour perpétrer des attaques terroristes contre les Indiens.

    Puisque ces groupes organisés d'extermination des peuples indigènes n'ont jamais été puni par la justice brésilienne, puisqu’ils se considèrent exempts de châtiment par la justice au Brésil, ils se sont permis, le 24 Juin, de filmer et de montrer publiquement les agissements dans les médias et à la Télévision Globo locale à la solde des propriétaires. Voir ici: http://g1.globo.com/.../indigenas-e-fazendeiros-entr.../4277193/. Ils ont montré comment ces propriétaires assassins ont agi et agissent pour attaquer et tuer des indiens Guarani et Kaiowá.

    Les propriétaires fonciers et leurs tueurs utilisent des tactiques militaires de l’armée. Ils montrent dans les médias comment un groupe de policiers reste immobile pendant que les tueurs attaquent les indiens et brûlent des enfants vivants devant la caméra des journalistes de la TV Globo qui continuent à filmer. On pourrait croire qu’il s’agit d’un film fictif de farwest, mais tout ceci est bien réel : ils étaient en train d’attaquer, de massacrer des d’enfants, des femmes et des personnes âgées Guarani et Kaiowa. Ces propriétaires fonciers et leurs tueurs violents ont toujours agi ainsi, ils continuent à agir ainsi. Aujourd'hui, les propriétaires fonciers eux-mêmes montrent à toute la société comment ils attaquaient, et comment ils attaquent encore les indigènes du Mato Grosso do Sul. Une partie des actions de ces propriétaires fonciers, de leurs attaques terroristes, a été filmée et montrée à la TV GLOBO MS, où l’on voit les actions et les tactiques pour attaquer les indiens.

    Depuis 2000, ces propriétaires attaquent toujours de la même manière qu’hier, 24/06/2014. Ils viennent en camionnettes et écrasent les indiens. Lourdement armés, ils tirent sur les Indiens, brûlent tout et assassinent sans pitié. C’est dans cette situation que résistent et survivent dans le Mato Grosso do Sul les indiens Guarani, Kaiowá et Terena. C’est que la justice du Brésil et le gouvernement fédéral ne punissent pas, n’enquêtent pas contre ces groupes de terroristes et de criminels, qui agissent toujours avec des actions génocidaires et violentes contre les vies des indiens dans le Mato Grosso do Sul.

    De même, le 29 Octobre 2009, au Tekoha Ypo’i, 60 enfants, 20 personnes âgées, 40 adultes ont été blessés par balles et massacrés par les propriétaires fonciers. Les deux enseignants, Genivaldo Vera et Rolindo Vera ont été tués et leurs cadavres cachés par les propriétaires. De façon similaire, avec les mêmes techniques, le cacique Nisio Gomes fut assassiné, le 18 Novembre 2011, par les mêmes propriétaires et son cadavre caché. Hier, 24/06/2015, les propriétaires et leurs tueurs à gage jamais condamnés par la justice brésilienne, ont filmé leurs actions criminelles et les ont exposées dans les médias. Alors même que le journaliste de la GLOBO filmait, protégé par des policiers de l’Etat [du Mato Grosso do Sul] des enfants indigènes étaient en train d’être brûlés par les propriétaires. Aussi, ces mêmes propriétaires et leurs groupes ont tué les Guarani-Kaiowá Samuel Martins, Marco Veron, Dorival Benites, Dorvalino Rocha, Rolindo Vera, Genivaldo Vera, Xurite Lopes, Nisio Gome ... trois enfants suivent désormais cette liste.

    Aty Guasu demande avec insistance une vraie justice. Aty Guasu continue sa lutte contre le génocide financé par les propriétaires et les politiciens anti-indigènes.

    Nous avons joint quelques photos pour que chacun puisse voir, revoir et comprendre les actions des propriétaires fonciers contre les peuples indigènes dans le Mato Grosso do Sul.

    Tekoha Guasu Guarani et Kaiowá

    Le 24 Juin 2015

    Les grands chefs du peuple Guarani et Kaiowa.


    xurite lopes - rezadeira morta
    Rezadeira Xurite Lopes, 73 ans, morte près de la fazenda Kurussu Amba - photo CEAI/OABMS

    criancas demarcacao guarani kaiowa

    Patience : la GUERRE POPULAIRE qui se lève inexorable des entrailles de la Forêt émeraude verra bientôt le jugement et le châtiment de ces criminels devant le Tribunal du Peuple ; et les têtes de ces salopards plantées au bout de longues piques feront réfléchir les porcs de leur espèce tout autour de la planète !

    PS : des luttes similaires (contre des projets miniers cette fois) sont aussi en cours en Amazonie péruvienne, confrontée à la même barbarie répressive. Une soirée d'information et de soutien est organisée à Saint-Denis demain soir... allez y faire un tour si vous êtes (même de passage) en "vraie France" !

    ALERTE INTERNATIONALISTE : massacre en cours contre une Première Nation au BrésilALERTE INTERNATIONALISTE : massacre en cours contre une Première Nation au Brésil


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  • 39 ans après le coup d’État argentin, un documentaire à voir et revoir absolument : "Escadrons de la mort, l'école française"Le 24 mars 1976 avait lieu en Argentine un coup d’État militaire qui devait ouvrir 7 années d'une véritable nuit noire fasciste : 30.000 "disparus" (desaparecidos), 15.000 fusillés, 9.000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants.

    Pour être (de loin) la plus sanglante de l'histoire du pays, cette junte militaire n'était pour autant pas la première : il s'agissait en fait du quatrième coup d’État dans le pays en un peu plus de 20 ans (1955, 1962, 1966 et enfin 1976) ; dans un contexte de lutte contre la poussé révolutionnaire du Peuple mais aussi de "guerre des deux droites" entre une droite péroniste plus nationaliste (dans la lignée de Rosas) et "sociale" et une autre (représentée par le "parti militaire") plus ouvertement liée à l'impérialisme - les illusions réformistes, "progressistes" et "anti-impérialistes" au sujet du péronisme seront pendant près d'un demi-siècle un facteur essentiel de la politique argentine, donnant naissance à de véritables mouvements de masse et même des luttes armées alors que Perón et la droite péroniste n'ont pourtant jamais hésité, tant au pouvoir... que "dans l'opposition" sous les juntes, à réprimer dans le sang la gauche radicale.

    L'une de ces dictatures au service de l'oligarchie compradore et de l'impérialisme (1966-73), qui s'était revêtue du nom (sans rire !) de "Révolution argentine", avait déjà donné lieu à une répression brutale des mouvements sociaux et révolutionnaires ; tout comme d'ailleurs (après la mort du général "justicialiste" revenu brièvement au pouvoir en 1973-74) le régime de sa veuve Isabel et de son ministre des Affaires sociales et "secrétaire particulier"/éminence grise José López Rega (1974-76).

    Or, et c'est ce qu'il est absolument capital de savoir, ce qui guidera durant toutes ces années (dès 1959-60 !) la répression du Peuple et des révolutionnaires en Argentine (comme d'ailleurs dans toute l'Amérique latine) sera la théorie de la "guerre anti-subversive" développée dès les années 1950 par des militaires de l'impérialisme français comme Charles Lacheroy ou Roger Trinquier (pour la théorie) et Marcel Bigeard ou encore Paul Aussaresses (pour la "pratique") ; des "méthodes" qui s'illustreront notamment, de manière tristement célèbre, dans la guerre d'extermination contre la révolution algérienne (1954-62) et que leurs sinistres exécutants seront ensuite chargés par le gouvernement bleu-blanc-rouge d'aller enseigner outre-Atlantique... De fait, et de l'aveu même de ceux qui en furent chargés, toutes les grandes répressions contre la gauche révolutionnaire sous les régimes militaires sud-américains (ainsi que la guerre d'extermination impérialiste US contre les communistes au Vietnam !) auront été strictement calquées sur la fameuse "bataille d'Alger".

    Voici le documentaire :

    À lire aussi, la Déclaration "Aux Peuples d'Amérique latine" de la Junte de Coordination Révolutionnaire (Tupamaros-MIR-ELN-ERP) lancée en novembre 1974 par cette coordination d'organisations marxistes révolutionnaires en réponse au sinistre "Plan Condor", mis en place la même année par les juntes fascistes des même pays.

     


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  • Gustavo Salgado Delgado, dirigeant du Front populaire révolutionnaire (FPR, organisation de masse du Parti communiste marxiste-léniniste), avait disparu le 3 février au retour d'un meeting avec des journaliers agricoles de la Montaña de Guerrero. Son corps a été retrouvé hier, décapité et portant des signes évidents de torture, à Ciudad Ayala dans le Morelos - l’État d'Emiliano Zapata...

    http://www.excelsior.com.mx/nacional/2015/02/04/1006574

    Défenseur actif et connu des paysans pauvres de la région, en lutte notamment contre une multitude de micro-cartels qui spolient leurs terres, il a été victime - comme les étudiants d'Ayotzinapa il y a quelques mois - d'un de ces groupes paramilitaro-mafieux reliés aux plus hautes sphères du pouvoir politique local, peut-être même au gouverneur de l’État comme le soutient son organisation dans un communiqué.

    Des "contacts" sur place nous ont confirmé que cet assassinat odieux est indubitablement lié à l'engagement de Gustavo Salgado Delgado aux côtés des paysans en lutte pour la terre, contre ces micro-cartels spoliateurs. Mais en attendant, pour les enquêteurs (quatre hommes viendraient d'être arrêtés - MàJ 07/02), ce ne "serait pas un assassinat politique" puisque "lié à un conflit sur la répartition de terrains" entre paysans du FPR et "le groupe (mafieux) des Victorinos auquel appartiennent les interpellés"... CQFPE (ce qu'il ne faut pas entendre).

    Comme le Brésil, le Mexique fait clairement partie de ces pays semi-coloniaux semi-féodaux "émergents" où la Guerre du Peuple serait tout sauf "volée" par l'oligarchie compradore, propriétaire terrienne et politico-mafieuse, histoire de faire un bon coup de ménage... Elle pourrait d'ailleurs moins tarder qu'on ne le pense.

    Un (nouveau) martyr communiste au Mexique
    "Ils voudraient voir tous les communistes morts, mais pour chaque communiste qui tombe ce sont mille voix qui se lèvent"
     

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  • Publié sur Facebook par l'excellent Alèssi Dell'Umbria :

    "Il y a 40 ans jour pour jour, le 2 décembre 1974, le grand Lucio Cabañas mourrait sous les balles des militaires au terme d'un affrontement dans la Sierra de Atoyac, dans l'État de Guerrero. Bien avant de fonder le Parti des Pauvres et sa Brigade de Justice, Cabañas avait fréquenté cette même école d'Ayotzinapa dont 43 élèves ont été enlevés voici deux mois par les flics narcos et qui sont toujours portés disparus. En ce 2 décembre, alors que tout le Mexique est traversé par des manifestations, alors que de nombreuses communautés du Guerrero viennent de décider de s'organiser en Conseils autonomes, alors que le seul appui qu'ont reçu les parents des 43 disparus est venu des polices communautaires indigènes du Sud du Guerrero, on ne peut pas oublier que la genèse de toute cette barbarie narco-politique se trouve quarante ans auparavant, dans la guerre contre-insurrectionnelle menée dans ce même État contre les guérillas paysannes. On ne peut plus ignorer qu'il n'y a pas d'un côté des narcotrafiquants et de l'autres un État vertueux : l'alliance des narcos, de la classe politique et des autorités militaires s'est nouée il y a 40 ans et est devenue le mode normal de gouvernance dans tout le Mexique en général, et dans le Guerrero en particulier. ¡ Lucio Cabañas vive, la lucha sigue ! ¡ Nos faltan 43 !"


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    Petite traduction libre de l'article Wikipédia en anglais : Lucio Cabañas Barrientos (né le 12 décembre 1938, mort le 2 décembre 1974) était un instituteur rural mexicain devenu guérillero révolutionnaire, bien que non-marxiste : son modèle absolu était Emiliano Zapata et il n'abandonna jamais sa foi chrétienne, comme le montre le documentaire que Gerardo Tort lui a consacré. Né dans la localité d'El Porvenir à Atoyac de Álvarez, il commence à militer alors qu'il est encore étudiant à l’École normale rurale de l'
    État de Guerrero (école de formation des instituteurs ruraux, à Ayotzinapa donc). Il est élu en 1962 secrétaire général de la Fédération des étudiants paysans socialistes.

    Devenu instituteur, il se heurte à un directeur d'école qui veut imposer le port de l'uniforme aux élèves, aux frais des familles bien sûr, ce à quoi il rétorque que la plupart des parents d'élèves n'ont même pas de quoi nourrir leurs enfants : le directeur est remplacé mais nombre de ses partisans restent. Lorsque le 18 mai 1967 un mouvement de grève se termine par une fusillade et de nombreux morts, il prend le maquis dans la montagne et s'y joint au groupe de Genaro Vázquez Rojas (l'Association civique nationale révolutionnaire - ACNR - qui mène déjà des actions de guérilla depuis plusieurs années) jusqu'à la mort de ce dernier, tué par l'armée en février 1972.

    Cabañas prend alors la tête de son propre groupe, le Parti des Pauvres (PDLP) dont la branche armée est la Brigade paysanne de Justice (Brigada Campesina de Ajusticiamiento, "pour se rendre justice" serait la traduction exacte). L'organisation compte environ 300 membres opérant principalement dans la Sierra de Atoyac, où le gouvernement bourgeois dépêche plus de 16.000 militaires (!) pour leur donner la chasse (une cinquantaine seront tués). En décembre 1974 le PDLP capture la pourriture d'oligarque Rubén Figueroa, sénateur PRI (le parti de pseudo-"gauche" qui a gouverné le Mexique sans interruption de 1929 à 2000 et de nouveau depuis 2012) et futur gouverneur du Guerrero. C'est lors d'une tentative de libération de ce dernier par l'armée que Lucio Cabañas trouve la mort ; bien que certains nieront celle-ci ou diront qu'il a d'abord été capturé puis exécuté extrajudiciairement.

    Quoi qu'il en soit, sa figure historique est devenue un emblème et un signe de ralliement pour toute la gauche populaire militante du Guerrero et de tout le Mexique, comme par exemple lors de la "Commune de Oaxaca" (2006) où son portrait côtoyait ceux du Che ou de Lénine.

    Sa dernière compagne Isabel Ayala Nava, qui avait poursuivi dans le militantisme social depuis les années 1970, a elle aussi péri assassinée dans des circonstances non-élucidées en juillet 2011 - il semblerait qu'elle exigeait une enquête sur l'assassinat d'un de ses frères.

    Le Parti des Pauvres prendra quant à lui un tournant nettement plus marxiste en fusionnant avec le Procup (Parti révolutionnaire ouvrier clandestin - Union du Peuple) en 1982. Le Procup-PDLP, dont on peut lire un très bon document ici, est à l'origine des deux principales guérillas opérant actuellement dans la Mixteca (États de Guerrero et Oaxaca) : l'EPR/PDPR (Armée populaire révolutionnaire/Parti démocratique populaire révolutionnaire) et l'ERPI (Armée révolutionnaire du Peuple insurgé, scission de la première sur une vision plus "horizontaliste"/"basiste" de la lutte révolutionnaire et de la société à construire, ce qui en ferait finalement nos "préférés" : ils ont entendu et répondu aux bonnes questions soulevées par le zapatisme sans pour autant jeter le marxisme aux orties - l'ERPI a par ailleurs annoncé la création d'une "brigade punitive" contre les personnes et les intérêts du cartel des Guerreros Unidos, en réponse au massacre d'Iguala).

     


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  • Le pays est toujours en proie à la colère du Peuple, un mois et demi après l'enlèvement et l'assassinat atroce de 43 étudiants de classe populaire paysanne dans l’État de Guerrero (région d'Acapulco également appelée Mixteca).

    Presse bourgeoise :
    Mexique : la colère ne s'apaise pas après le massacre de 43 étudiants
    Disparus au Mexique : le siège régional du parti au pouvoir incendié
    Mexique : manifestations violentes après l'annonce du massacre d'étudiants
    Disparus au Mexique : des manifestants bloquent l'accès à l'aéroport d'Acapulco
    Étudiants disparus au Mexique: le siège régional du parti au pouvoir incendié
    Pourquoi le Mexique s'enflamme-t-il ?

    Presse petite-bourgeoise progressiste (Slate.fr) :
    Affaire des «43 d’Ayotzinapa»: comment le Mexique s'est rêvé en nouveau Brésil pour se réveiller en nouveau Nigéria

    Site d'Alain Bertho :


    Au dernières nouvelles, les insurgés auraient carrément incendié le Parlement de l'État !


            mexique-emeutes-11301751yynae 171320141111-Mexique-RONALDO-SC

            931670-manifestations-colere-succedent-mexique-depuisMex siègePRI burn

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    Mexic_4x4.jpg burn_parl_guerrero.jpg


    Par ailleurs, un peu partout dans le monde la magnifique solidarité internationale révolutionnaire s'est levée :

    antifa Mars sol MexSolMexItAyotzinapa Barcelona 22 oct


    À bas le vieil État mexicain semi-colonial, capitaliste bureaucratique, comprador, terrateniente et mafieux ! À bas ses maîtres impérialistes européens et nord-américains ! Guerre populaire jusqu'au communisme !


                         Se-los-llevaron-vivos-los-queremos-vivosg 2025 

     


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  • ...dans l’État de Guerrero, suite à l'atroce enlèvement de 43 militant-e-s étudiant-e-s par des escadrons de la mort mafieux (28 corps atrocement assassinés ont déjà été retrouvés dans une fosse), la Justice du Peuple est en partie passée même si l'on a pas encore vu (hélas !) de dirigeants se balancer la tête en bas suspendus à une station-service.

    À Chilpancingo, capitale de l'État, des centaines d'étudiants et de pères de familles viennent d'incendier le palais du gouverneur et la mairie. C'était la moindre des choses après le massacre de masse commis par les forces de "l'ordre" et leurs alliés des Cartels à Iguala, après tant de violences commises contre les pauvres et les indigènes du Guerrero.

    ¡ Lucio Cabañas vive, la lucha sigue ! ¡ Victoria al Pueblo !!!

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  • Au Mexique, dans l’État de Guerrero (Sud), une action politique d'étudiants des Écoles normales rurales* s'est soldée par une terrible et barbare répression dans la ville d'Iguala. Des policiers municipaux ont d'abord ouvert le feu sur un bus dont s'étaient emparés les militant-e-s, tuant plusieurs d'entre eux/elles. Ensuite de quoi, quelques 43 étudiant-e-s ont purement et simplement disparu... avant de réapparaître, pour plusieurs dizaines, sauvagement assassiné-e-s et enfouis dans des fosses communes. Comme une grande partie du Mexique, l’État de Guerrero est à la fois aux mains de gouvernants corrompus et un fief du crime organisé, les terribles cartels qui sèment la terreur dans tout le pays depuis de nombreuses années. Il avait déjà été le théâtre d'une violente répression anti-étudiante en 1960 ; il est également connu pour être l'un des théâtres d'opération de l'Armée populaire révolutionnaire (EPR) ainsi que de l'Armée révolutionnaire du Peuple insurgé (ERPI, scission de la première sur une vision - dit-on - plus "horizontaliste"/"basiste" de l'organisation et de la société à construire, ce qui en ferait finalement nos "préférés" : ils ont entendu et répondu aux bonnes questions soulevées par le zapatisme sans pour autant jeter le marxisme aux orties - l'ERPI a par ailleurs annoncé la création d'une "brigade punitive" contre les personnes et les intérêts du cartel des Guerreros Unidos, en réponse au massacre d'Iguala).


    La disparition de 43 étudiants provoque la colère des Mexicains


    10170834 876642719014871 45657632461819550 nLes recherches se poursuivaient, vendredi 3 octobre, dans l'Etat de Guerrero, dans l'ouest du Mexique, une semaine après la disparition de quarante-trois étudiants dans la ville d'Iguala, à la suite de violents affrontements avec la police, qui ont fait six morts. La veille, dix mille personnes manifestaient dans la région pour dénoncer les dérives sécuritaires et mafieuses des autorités, alors que le pays célébrait le 46e anniversaire d'un massacre d'étudiants à Mexico.

    « Nous les voulons vivants ! », scandaient les manifestants dans les rues de Chilpancingo, capitale du Guerrero, en solidarité avec les parents des jeunes disparus vendredi 26 septembre. Ce jour-là, les étudiants d'une Ecole normale manifestaient à Iguala contre la réforme de l'enseignement. Les bus de transport public qu'ils avaient confisqués dans la soirée ont été pris pour cible par des policiers municipaux. Bilan : trois morts et vingt-cinq blessés. Les agents ont aussi attaqué un bus transportant les joueurs d'une équipe de football locale et un taxi, faisant trois victimes supplémentaires. Des témoins assurent avoir vu des dizaines de manifestants se faire emmener par la police municipale.

    Depuis, vingt-deux policiers ont été arrêtés, et quatorze des cinquante-sept portés disparus sont réapparus. Les autres restent introuvables. Jeudi, les manifestants ont bloqué l'autoroute qui mène à la station balnéaire d'Acapulco, sur la côte pacifique. La circulation a été rétablie après l'annonce d'une rencontre, vendredi 3 octobre, avec le ministre de l'intérieur, Miguel Angel Osorio Chong.

    LES POLICIERS SUSPECTÉS D'ÊTRE LIÉS AU CRIME ORGANISÉ

    « Tout est mis en œuvre pour trouver les disparus », assure le gouverneur du Guerrero, Angel Aguirre, qui offre un million de pesos (59 000 euros) pour toute information permettant de les retrouver. Menées par la police et par l'armée, les recherches mobilisent aussi plus de dix-huit cents fonctionnaires locaux. Mais des soupçons sur les liens entre les policiers impliqués dans ces disparitions et le crime organisé font planer un climat d'angoisse au sein de la population. Des inquiétudes attisées par la fuite, mercredi 1er octobre, du maire d'Iguala, Jose Luis Albarca, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt.

    « La population est en colère face aux nombreuses violations des droits humains par les autorités, qui ravivent les vieux démons d'un passé autoritaire, marqué par le massacre de Tlatelolco », explique Sergio Barcena, politologue à l'Institut technologique de Monterrey. Le 2 octobre 1968, à Mexico, des militaires ouvraient le feu sur des milliers d'étudiants qui protestaient contre le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a gouverné le pays sans partage soixante et onze durant, jusqu'en 2000. Quarante-six ans plus tard, l'omerta règne toujours sur les circonstances d'une répression qui aurait fait cent cinquante à trois cents morts, selon des enquêtes indépendantes.

    « Aujourd'hui, l'Etat central n'est plus aussi autoritaire, souligne M. Barcena. Mais les gouvernements locaux gardent une culture de répression et de corruption, accentuée par l'infiltration des institutions locales par les cartels de la drogue. » D'autant qu'une autre affaire provoque la colère des Mexicains. Le 1er octobre, trois militaires ont été accusés d'avoir assassiné de sang froid vingt-deux délinquants présumés, le 30 juin à Tlalaya, dans l'Etat de Mexico. Cinq autres soldats ont été arrêtés, après un témoignage contredisant l'affirmation précédente de l'armée selon laquelle les victimes avaient trouvé la mort dans un affrontement avec des soldats.

    HAUSSE DES DISPARITIONS

    Le 29 septembre, la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) a exprimé sa préoccupation face à « de possibles exécutions extrajudiciaires » à Tlatlaya et à Iguala. Sans compter les dénonciations des organisations non gouvernementales Human Right Watch (HRW) et Amnesty International (AI), de la hausse ces dernières années des actes de torture et des disparitions forcées.

    Ces abus relancent la polémique sur le recours à l'armée, accusée de mettre le feu aux poudres, dans la lutte contre le narcotrafic. Le président Enrique Peña Nieto, dont l'élection en juillet 2012 a marqué le retour du PRI au pouvoir, ne parvient pas à mettre fin aux assassinats liés à la guerre des cartels de la drogue, entre eux et contre le gouvernement, qui s'élèvent à six mille depuis janvier, selon le quotidien Milenio, soit plus de quatre-vingt mille morts depuis sept ans et demi. « La protection des droits humains doit être une pratique systématique dans l'exercice de l'autorité », a promis, le 1er octobre, M. Peña Nieto. Le temps presse pour retrouver les disparus d'Iguala. Sinon la politique sécuritaire du gouvernement risque d'être décrédibilisée.

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    Finalement donc, comme nous l'avons dit, les disparu-e-s ont été retrouvé-e-s... sauvagement assassiné-e-s :


    Mexique : deux criminels avouent avoir tué 17 étudiants


    Quarante-trois étudiants avaient disparu fin septembre à Iguala. Des fosses contenant 28 corps ont été découvertes samedi ; des analyses ADN viendront dire si certains des étudiants disparus en font partie.

    Le doute sur le sort des 43 étudiants mexicains disparus le 29 septembre à Iguala s’est dramatiquement réduit dimanche soir : deux membres présumés d’un gang criminel ont avoué avoir tué 17 d’entre eux, a annoncé un procureur régional. Iñaky Blanco, procureur de l’Etat du Guerrero, a également annoncé lors d’une conférence de presse que 28 corps avaient été retrouvés jusqu’à présent près de la ville d’Iguala. Mais il faudra au moins deux semaines pour établir avec certitude qu’il y a parmi ces cadavres certains des étudiants disparus, a-t-il dit.

    Les 43 jeunes portés disparus depuis 10 jours sont des élèves de l’école normale d’Atzoyinapa, proche de Chilpancingo, capitale de l’Etat de Guerrero, connue pour être un foyer de contestation. Ces étudiants étaient venus le 26 septembre avec des dizaines d’autres du même établissement à Iguala, à 100 km environ de leur école pour, selon leurs dires, récolter des fonds et manifester. Ils s’étaient ensuite emparé de trois autobus des transports publics locaux pour rentrer chez eux.

    Des policiers municipaux et des hommes armés non identifiés avaient tiré sur ces autobus, faisant trois morts, et d’autres fusillades dans la soirée avaient fait trois autres morts. Puis on est resté sans nouvelles de 43 étudiants. Des témoins ont assuré avoir vu des dizaines d’étudiants être emmenés peu après dans des voitures de police vers une destination inconnue.

    Le directeur de la sécurité publique et le maire en fuite

    Le procureur Blanco a annoncé que deux présumés criminels du groupe Guerreros Unidos - sur la trentaine de personnes arrêtées dans cette affaire - «ont indiqué avoir participé directement au meurtre d’étudiants». Les tueurs ont fait descendre les étudiants d’un autobus, «se sont emparé de 17 d’entre eux pour les transférer vers les hauteurs d’une colline de Pueblo Viejo (commune d’Iguala) où ils ont des fosses clandestines et où ils disent les avoir abattus», a déclaré le procureur.

    Les deux détenus ont assuré que l’ordre de venir sur les lieux où se trouvaient les étudiants avait été donné par le directeur de la sécurité publique d’Iguala. L’ordre de les capturer et de les assassiner aurait été donné par un des dirigeants des Guerreros Unidos, surnommé «El Chucky». Tant le directeur de la sécurité publique que le maire d’Iguala, Jose Luis Albarca, ont pris la fuite après les fusillades. Ils sont actuellement recherchés par la justice.

    Dans ces fosses découvertes samedi, les autorités ont exhumé jusqu’à présent «28 corps au total, certains complets, d’autres fragmentés et présentant des signes de calcination», a aussi dit le procureur. «Dans les fosses localisées à Pueblo Viejo, a été mise en place une couche de branches et des troncs sur lesquels ont été placés les corps des victimes, qu’il ont arrosé d’une substance inflammable, du diesel, de l’essence ou du pétrole», a-t-il détaillé.

    Un des pires massacres au Mexique

    dt.common.streams.StreamServer.clsIñaky Blanco a demandé que l’on attende les résultats des tests génétiques pour confirmer qu’il y a parmi eux certains des étudiants disparus. Des spécialistes argentins, dirigés par l’anthropologue et légiste Mercedes Loreti, vont participer aux travaux d’identification des cadavres. Des représentants des étudiants de l’école normale ont accepté de participer aux travaux.

    Dans la journée de dimanche un avocat des familles, Vidulfo Rosales, avait indiqué que 35 parents des victimes avaient déjà fourni des échantillons d’ADN. Mais ce travail risque de durer : «Les spécialistes en la matière considèrent que le processus pour déterminer l’identité des restes va osciller entre 15 jours et deux mois», a souligné le procureur.

    Tandis que les familles attendaient des nouvelles dans l’angoisse, des centaines de collègues des élèves-enseignants ont bloqué l’autoroute menant de Chilpancingo à Acapulco, exprimant leur colère à l’intention des autorités. Le gouverneur de Guerrero, Angel Aguirre, a lancé un appel au calme et à «éviter la violence».

    S’il se confirmait que les corps trouvés sont ceux des étudiants disparus, il s’agirait de l’un des pires massacres au Mexique depuis le début de la guerre lancée en 2006 contre les narcotrafiquants et qui a fait plus de 80 000 morts.

    AFP


    Lire aussi :

    MEXIQUE. Une fosse commune à l'endroit où 43 étudiants ont disparu


    Ou encore l'article (en castillan) d'une organisation marxiste-léniniste du Panama :
    http://nuevademocraciapanama.<wbr>blogspot.fr/2014/10/mexico-<wbr>matanza-de-57-estudiantes.html


    En français, l'article du site "zapatiste" Basta! offre une bonne présentation militante des faits :


    Mexique - "Y el señor andaba bailando" : la nuit d'Iguala


    par Fausto Giudice, 7/10/2014

    Un maire mafieux, complice d'un gouverneur d'État mafieux, couvert par un Président mafieux, donne l'ordre à ses hommes de tuer puis va danser, pendant que les tueurs agissent dans la nuit, tuant, blessant, kidnappant des jeunes étudiants en lutte, mais aussi des passants, des footballeurs, des passagers de taxi, bref tout ce se trouve sur le parcours de leurs projectiles. Bilan provisoire de l'horreur qui vient d'ensanglanter la ville d'Iguala de la Independencia : 49 morts, 17 blessés, 22 policiers municipaux détenus, un maire en fuite, recherché par Interpol, et un pays tétanisé par ce nouvel épisode la chronique noire d'une plongée dans l'abîme. Retour sur les événements de la nuit d'Iguala.

    D'abord un peu d'histoire et de géographie.

    Les scènes se passent dans l'État du Guerrero, dans le sud du Mexique, nommé d'après Vicente Guerrero, le 2ème président éphémère (8 mois) du Mexique indépendant au destin tragique : venu au pouvoir par un coup d'État, il fut destitué par un autre coup d'État et capturé puis fusillé par un acte de traîtrise (une invitation à déjeuner) préfigurant un acte similaire qui provoquera la mort, presque un siècle plus tard, d'Emiliano Zapata. Le Guerrero, connu à l'étranger pour son haut lieu de cauchemar climatisé touristique d'Acapulco – une Babylone du Pacifique – est à l'image du reste du Mexique : livré à la prédation sauvage de la part d'un conglomérat de groupes criminels – narco-gangs, partis politiques, policiers pourris, bureaucrates corrompus, entrepreneurs mafieux, élus par achat de votes - collaborant tous entre eux. Ce pauvre Mexique, "si loin de Dieu et si proche des USA", est aujourd'hui réduit à l'état d'une Colombie où les frontières entre "politique" et "parapolitique" (terme colombien désignant les représentants parlementaires des groupes paramilitaires auxquels l'armée et la police sous-traitent le "sale travail") se sont effacées, et connaît une très forte conflictualité sociale. Les conflits qu'il vit portent sur des thèmes universels : la terre, l'eau, l'éducation, la santé, bref la défense des communs contre la prédation qui, au nom du marché, détruit le cadre de vie et les conditions mêmes de survie de la population. Une des batailles les plus spectaculaires qui se livre depuis des années concerne l'éducation. Dans ce domaine comme dans d'autres (la structure agraire) les régimes qui se sont succédé au Mexique depuis 20 ans ont tous poursuivi le plan visant à démanteler les acquis de la Révolution mexicaine de 1910, autrement dit l'éducation libre et gratuite pour tous. 

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    Une des structures les plus importantes issues de la Révolution sont les écoles normales rurales, qui forment les instituteurs ruraux, généralement eux-mêmes issus de milieux paysans et indiens (les Mexicains disent "indigènes"). Vivant en internat, les normaliens alternent formation théorique et pratique, passant la quatrième année de leur cursus comme instituteurs-stagiaires dans une école primaire rurale. Le gouvernement d'Enrique Peña Nieto veut tout simplement les liquider comme "résidu anachronique", arguant que désormais on n'en a plus besoin. Cela entraînerait tout bonnement la disparition de l'école de base dans toutes les zones rurales abandonnées par l'État. Les normaliens font donc de la résistance depuis plusieurs années, payant un lourd tribut : 2200 d'entre eux ont été arrêtés depuis 2000.

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    Les luttes des normaliens sont des luttes de survie, donc violentes. Les lieux et objets emblématiques de ces luttes sont les autobus, les péages d'autoroutes et les boîtes en fer blanc. Explications : les normaliens ont en permanence la fringale et le ventre vide, vu que le gouvernement leur coupe les vivres. Ils sont obligés de financer eux-mêmes leurs déplacements entre les écoles où ils sont internés, leur lieu d'origine et les localités où ils font leurs stages. Ils récupèrent donc des autobus privés ou publics, occupent – "libèrent" - des péages d'autoroutes, dont ils demandent aux préposés de dégager et démontent les caméras de surveillance et organisent des "coperachas", des collectes d'argent, parfois un peu trop insistantes, ce qui déclenche parfois des bagarres généralisées, par exemple avec les chauffeurs de taxis collectifs, de bus ou de camions qui s'insurgent contre ce "racket". Les malheureux chauffeurs ont des circonstances atténuantes : ils sont déjà soumis aux exigences de "mordida" (orig. morsure), le bakchich traditionnel prélevé sous tout prétexte par les policiers, et au racket des gangs criminels. Mais le plupart des gens sollicités acceptent sans problèmes de mettre un petit billet dans les boîtes de conserves tendues par les normaliens en lutte, qui pourraient être leurs enfants ou leurs petits frères.

    Venons-en à Iguala de la Independencia. C'est une ville de 120 000 habitants, à mi-chemin de Mexico et d'Acapulco. Elle est entrée dans l'histoire puisque c'est là que fut signé et proclamé le Plan d'Iguala, déclaration d'indépendance du Mexique, fruit d'un accord entre Iturbide, le monarchiste qui se voulait empereur, et Guerrero le libéral, républicain et franc-maçon. Et c'est à Iguala, en ce même jour historique du 24 février 1821, que le tailleur et coiffeur José Magdaleno Ocampo inventa le drapeau mexicain. Jamais depuis la conquête espagnole Iguala n'avait si peu mérité son nom originel en langue nahuatl (la langue des Aztèques) de yohualcehuatl, qui signifie "là où la nuit apporte la sérénité".

    Ce qu'a apporté la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre 2014, à Iguala, a été tout le contraire de la sérénité. Dans l'après-midi, les normaliens en lutte de l'École normale rurale Raúl Isidro Burgos d'Ayotzinapa, à 126 km de là, étaient arrivés en ville pour collecter de l'argent afin de financer leur déplacement collectif vers la capitale, pour y participer à la grande manifestation prévue le jeudi 2 octobre, en commémoration du massacre de Tlatelolco. Le 2 octobre 1968, plusieurs centaines d'étudiants en lutte de la capitale avaient été massacrés par des snipers des escadrons de la mort sur la Place des Trois-Cultures. Ce traumatisme n'a jamais été guéri, le crime étant resté impuni à ce jour, 46 ans plus tard. Symbole de la criminalité du pouvoir en place, Tlateloco déclenche une prise de conscience qui conduit certains militants étudiants à rejoindre la voie de la lutte armée, dans laquelle divers militants se sont engagés durant les années 1960. Parmi eux Lucio Cabañas et Genaro Vázquez, étudiants de cette même école d'Ayotzinapa. Lucio fonda le Parti des Pauvres et tomba au combat le 2 décembre 1974, âgé de 36 ans. Genaro, plus âgé que lui (il avait 7 ans de plus) et avec une déjà longue expérience de lutte syndicale, passa à la lutte armée en 1968, après avoir été libéré de prison par ses camarades, créant l'Asociación Cívica Nacional Revolucionaria (ACNR). Il est mort le 2 février 1972 à Morelia, dans des circonstances restées mystérieuses à ce jour : il semble qu'il ait été laissé mourir par les militaires qui avaient découvert son identité suite à un accident de voiture dans lequel il avait été gravement blessé.

    Cabañas et Vázquez sont considérés comme des héros, au même titre que Che Guevara ou Emiliano Zapata, par les normaliens en lutte d'aujourd'hui. Ce vendredi-là, les normaliens se retrouvent en plein Iguala face aux policiers municipaux accompagnés de tueurs du gang criminel Guerreros Unidos, sous les yeux de militaires et de policiers fédéraux complices, qui laisseront faire. Les tueurs attaquent et tirent. Les normaliens se dispersent, les tueurs les poursuivent. Bilan de la nuit : 6 morts, 17 blessés graves et une soixantaine de normaliens disparus, c'est-à-dire kidnappés par les escadrons de la mort. La réaction de toute la société mexicaine est un mélange d'indignation et de résignation rageuse. Tout le monde se met à enquêter : la "justice" – le procureur ordonne l'arrestation de 22 policiers municipaux -, les citoyens, les médias. Quelques jours plus tard une douzaine de kidnappés réapparaissent, vivants. On vient de retrouver les corps des 43 autres, brûlés, dans 6 fosses communes.

    Les travailleurs de l'Ecole normale d'Ayotzinapa exigent :
    -le châtiment des assassins de normaliens
    -la destitution des fonctionnaires complices
    Ayotzinapa unie jamais ne sera vaincue

     

    Entretemps, les normaliens ont participé activement et en masse au grand rassemblement du 2 octobre sur le Zócalo de Mexico en commémoration de Tlatelolco.

    Zócalo, 2 octobre. Photos Argelia Zacatzi Pérez mezcali

    Les normaliens exigent de revoir en vie leurs camarades disparus

    Por mi raza hablará el espíritu (« pour ma race parlera l'esprit »), la devise de l'Université nationale autonome du Mexique forgée par l'écrivain José Vasconcelos qui en fut le recteur de 1920 à 1921. La « race » fait référence à la « race cosmique » décrite par Vasconcelos, celle issue, en Amérique latine, du métissage de deux cultures (européenne et amérindienne). Elle n'a rien à voir avec le "concept" européen de "race"

     

    Pour demain mercredi 8 octobre, est prévue au même endroit une grande manifestation contre la boucherie d'Iguala, qui s'ajoute à la longue liste qui va de Tlateloclo à Acteal en passant par Aguas Blancas en 1995 et le massacre d'étudiants dit du Jour de Corpus Christi, le 10 juin 1971, effectué par le groupe clandestin des Halcones, les "faucons" formés par la CIA, crime pour lequel le président d'alors, Luis Echeverría Álvarez, inculpé en 2005, a bénéficié d'un non-lieu pour "absences de preuves" en 2009. Faudra-t-il attendre l'an 2048 pour que des poursuites soient engagées contre le président Enrique Peña Nieto, auquel les deux premiers responsables du massacre d'Iguala sont étroitement liés ?

    Ces deux hommes sont :

    - Le maire d'Iguala, actuellement "en fuite" et recherché par Interpol : après avoir donné l'ordre à ses sbires de tirer sur les normaliens, dans la soirée, il est allé danser. "Y el señor andaba bailando", commentait une présentarice de télévision. L'homme a le profil classique du "parapolitique" mexicain du XXIème siècle. José Luis Abarca Velázquez a commencé comme marchands de sombreros sur les marchés, puis s'est retrouvé à la tête de grands supermarchés et d'autres entreprises lucratives. L'explication du mystère de son enrichissement est simple : c'est un blanchisseur d'argent du crime organisé. Avec cet argent, il a pu s'acheter un poste de maire après s'être acheté une place au PRD, le parti de la "Révolution démocratique", qui mérite ses guillemets car il n'est qu'un PRI bis, c'est-à-dire, une machine mafieuse de pouvoir (remarque en passant : les 2 partis sont membres de l'Internationale socialiste, lisez ceci si vous cherchez encore de bonnes raisons de vous foutre en colère. Mais bon, l'IS a quand même attendu le 17 janvier 2011 pour exclure le RCD du dictateur tunisien Ben Ali, trois jours après sa chute et sa fuite, et le 31 janvier 2011 pour exclure le PND de Moubarak, 12 jours avant la chute de celui-ci). Le PRD a bien sûr exclu Abarca de ses rangs… il y a deux jours, ce qui fait rire jaune les Mexicains. Je vous mets sa photo, au cas où vous le croiseriez, Interpol vous donnera une récompense. Sa page existe toujours sur Facebook, où son dernier post, en date du 29 septembre, souhaite un bon dimanche à ses administrés. Vous pouvez écrire à Mark Zuckerberg pour lui demander de supprimer cette page, puisque c'est celle d'un criminel recherché par Interpol…

    - Le gouverneur du Guerrero, Ángel Aguirre Rivero, lui aussi, bien sûr "militant" du PRD et élu en 2011. Lui aussi lié aux Guerreros Unidos, le gang local de narcotueurs, il a pratiqué les retours d'ascenseur avec Abarca, ce qui est normal puisqu'ils mangeaient au même râtelier. Voici deux photos du bonhomme: la première, photoshopée, de sa campagne électorale de 2011 et la seconde, qui le montre sous son vrai visage. Notez l'impudence du candidat, qui a carrément utilisé comme message de sa campagne le subliminal "Unidos transformaremos Guerrrero" (Unis nous transformerons Guerrero), qui évoquait immédiatement ses narcocriminels d'amis, protecteurs et financeurs, les Guerreros Unidos.

    **********************************************************************

    Nous avons déjà eu l'occasion de caractériser - dans cet article d'août 2013 - le phénomène latino-américain des cartels (crime organisé) comme une expression, au même titre que les islamistes dans les pays musulmans, du "capitalisme d'en bas" qui émerge de manière informelle et spontanée des entrailles de la "société civile" face au "capitalisme d'en haut", celui que l'impérialisme perçoit comme "normal" et impulse à travers une bourgeoisie bureaucratique-compradore à sa solde. Une expression particulièrement visible et violente (du fait du caractère illégal de la marchandise qu'elle manie) de ce capitalisme "spontané" "d'en bas" qui, contrairement au capitalisme bureaucratique-comprador "d'en haut", ne va pas permettre au surproduit (plus-value "sur-accaparée") de "remonter" correctement jusqu'aux monopoles impérialistes - qui le combattent donc en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du "Sud" (comme l'explique doctement  au sujet du Mexique cet expert en renseignement, spécialiste du crime organisé : "le pays a besoin d’investisseurs étrangers et ceux-ci risquent d’y regarder à deux fois si la corruption et l’insécurité sont galopantes"...).

    Mais nous avions également expliqué - et nous en avons maintenant la terrible illustration - que ces forces expression du "capitalisme d'en bas" n'étaient nullement "subversives" et encore moins "progressistes" : elles se caractérisent généralement par une grande barbarie dans leurs pratiques quotidiennes et dès que le vent de la révolte populaire se lève, elles ont systématiquement tendance à "faire bloc" avec la classe dominante "d'en haut" pour l'écraser. Cela ne date pas d'hier : il suffit de penser au rôle des fameuses triades dans la répression-massacre des communistes en Chine, en 1927.

    Au Mexique cette collusion est totale, certains groupes armés des cartels étant même directement issus des forces armées contre-révolutionnaires de l’État, comme les tristement célèbres Zetas.

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    Il faut bien avoir à l'esprit un certain nombre de choses :

    - Le Mexique partage plus de 3.000 km de frontière avec la première puissance impérialiste mondiale, les États-Unis ; une frontière qui en bien des endroits n'a plus grand chose à envier au fameux et défunt Rideau de Fer (dont les anticommunistes nous ont rebattu les oreilles pendant 40 ans...) ou au mur de séparation des territoires occupés en Palestine ; gardée d'ailleurs (du côté US) par de féroces patrouilles policières militarisées et de sinistres milices racistes (les Minutemen) qui ont sans doute déjà assassiné des milliers de personnes (lire ici, ici et ici ; on rappellera aussi qu'au Nord de cette frontière se trouve... la moitié de l'ancien territoire mexicain, annexé en 1848 après deux ans de guerre sanguinaire puis colonisé). Il s'agit donc d'une ligne de front directe entre "Nord" et "Sud", entre le monde impérialiste et le monde semi-colonisé, comme il y en a peu à travers le monde (la Palestine en est une autre, ou encore les enclaves "espagnoles" de Ceuta et Melilla au Maroc). C'est là tout le sens de ce que proclamait déjà, à la fin du 19e siècle, le président-dictateur Porfirio Díaz lui-même : "Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des États-Unis !". Cette ligne de front ne se traduit pas (pour le moment) par une lutte armée entre les deux bords, mais par la puissance des flux dans un sens comme dans l'autre : la force de travail (migrants) et la marchandise vont du Mexique vers les États-Unis (dont cette marchandise illégale et ultra-lucrative que sont les stupéfiants) tandis que le capital, les dollars redescendent dans le sens inverse - investis dans des entreprises à bas coût de main d’œuvre installées près de la frontière (les maquiladoras) ou dans les poches des touristes qui viennent les claquer à cœur-joie, y compris dans des "commerces" aussi sordides que la prostitution (l'ultra-violence qui règne depuis une dizaine d'années a cependant "refroidi" les moins téméraires). Tous ces facteurs donnent à l'économie "souterraine" du Mexique des caractéristiques très particulières (notamment le fait que certaines organisations criminelles sont... plus riches que bien des administrations locales, voire des États fédérés !) et débouchent sur des pratiques de guerre contre le peuple absolument effroyables, comme ces disparitions de centaines de femmes (salariées des maquiladoras sans doute en quête d'un "passage" vers le Nord et/ou plus ou moins acculées à la prostitution) dans la région de Ciudad Juárez. Ces flux gigantesques de capitaux descendant du Nord et de marchandises (ou de force de travail) en provenance du Sud forment en fait un gigantesque "gâteau" que des dizaines de centres de pouvoir concurrents cherchent à se partager (il faut bien comprendre que la drogue - aux côtés du jeu, de la prostitution ou encore du "passage" d'immigrants - est une base d'accumulation permettant de se constituer très vite un énorme capital, mais qu'ensuite les investissements se font dans toutes sortes d'activités économiques y compris tout à fait légales). La violence atteint un degré de barbarie sans nom, avec de macabres mises en scènes des victimes qu'il serait insoutenable de montrer ici (on peut voir ici la photo d'un des étudiants retrouvés mais vous n'êtes pas obligés de cliquer sur le lien - cette pratique de l'arrachement du visage est courante chez les cartels, trouvant peut-être son origine dans l'ancien culte nahua de Xipe Totec). Plus on s'approche de la frontière avec les États-Unis plus le phénomène est fort, mais c'est tout le territoire qui est concerné.

    iguala father- C'est un État très décentralisé (fédéral selon sa constitution) avec des pouvoirs locaux très puissants et autonomes, qui ne sont pas de simples rouages de l’État central. Ce n'est pas que nous (affreux "régionalistes" occitans que nous sommes) soyons de grands défenseurs de la centralisation étatique ; mais c'est un constat de fait : les pays dominés, les États semi-coloniaux d'une certaine taille se caractérisent TOUJOURS par cette importance des pouvoirs et des potentats locaux. C'est même ce qui permet de distinguer un pays semi-colonisé "émergent" (à forte croissance) comme le Mexique, le Brésil ou l'Inde d'un nouvel impérialisme comme la Chine (où l’État central est très fort). Un État qui devient impérialiste passe toujours par une phase de centralisation autoritaire (y compris les États-Unis fédéraux après la Guerre de Sécession). C'est absolument logique : un État faible livre littéralement en pâture ses forces productives aux capitalismes plus puissants. Au Mexique, donc, ces pouvoirs locaux forment véritablement ce que les communistes turcs appelleraient "l’État profond" : des régimes despotiques, clientélistes, répressifs brutaux et corrompus, alors que l’État central essaye  - depuis une vingtaine d'années du moins - d'assumer une certaine "respectabilité" internationale. C'est surtout contre eux que les grands soulèvements populaires des 10 dernières années ont éclaté, comme par exemple la "Commune de Oaxaca" contre le corrompu et tyrannique gouverneur Ulises Ruiz (1-2-3-4). C'est encore le cas aujourd'hui dans le Guerrero. Et ces pouvoirs locaux n'hésitent que rarement à pactiser avec les tout-puissants cartels, forces susceptibles de commander au comportement social (donc à la loyauté envers le pouvoir en place) de centaines de milliers de personnes auxquelles elles inspirent soient le respect, soit la terreur soit un peu des deux...

    - Du fait même de l'illégalité de leurs activités, les contacts entre les cartels et les forces de sécurité de l’État sont de toute façon permanents. Les premiers ont systématiquement affaire aux secondes, qui sont en principe chargées de les mettre hors d'état de nuire. Alors on s'affronte, affrontements qui ont fait plus de 80.000 morts depuis 2006 ; mais on s'arrange aussi... L’État est parfois prêt à "fermer les yeux" sur certaines choses, à laisser se faire tranquillement certaines "affaires" en échange de quelques "menus services". Et notamment des "services" consistant à l'aider à "tenir" ces foutues masses populaires dans un pays considéré comme l'un des plus inégalitaires au monde, où les revenus moyens de 10% les plus pauvres sont de l'ordre de 20 fois inférieurs à ceux des 10% les plus riches... 10% les plus riches dont font évidemment partie les capos des cartels ! Ainsi, petit à petit, le "jeu" du gendarme et du voleur s'est mué en une interpénétration totale et profonde entre l’État et le crime organisé ; jusqu'au point où - comme on l'a vu - des policiers et des militaires à la retraite (ou éventuellement radiés pour corruption) passent directement au service de ce dernier, quand ils ne sont pas carrément flics le jour et sicarios (hommes de main, tueurs sur contrat, chargés d'enlèvements contre rançon etc.) la nuit !

    C'est donc un ennemi protéiforme qu'affrontent les masses et notamment la JEUNESSE populaire du Mexique, en lutte contre le "néolibéralisme" qui est le nom donné là-bas à l'ordre semi-colonial semi-féodal dans la forme très dure qu'il a pris depuis une trentaine d'années. Protéiforme mais formant néanmoins un tout indivisible, malgré la violence (apparente) des affrontements qui peuvent "opposer" l'aile étatique centrale à l'aile mafieuse liée aux pouvoirs locaux. La violence criminelle pourrait bien, par exemple, servir un jour de prétexte (c'est d'ailleurs déjà un peu le cas) à un état d'exception militarisé qui ferait tout sauf les affaires des progressistes... Dans cette situation, au demeurant, une partie des forces mafieuses serait peut-être éliminée mais une autre trouverait très certainement un modus vivendi avec le pouvoir, comme cela a pu se passer en Russie avec Poutine (ou dans le Sud italien sous Mussolini).

    L'ennemi des masses et de la jeunesse du Mexique, c'est le système semi-colonial semi-féodal mis en place par l'impérialisme (principalement US) à son service ; un système qui doit être balayé par la Guerre du Peuple.

    Ce jour-là les assassins mafieux et fascistes verront s'abattre sur eux le bras du juste châtiment ; et ce seront leurs cadavres qui pourriront suspendus aux branches des belombras !

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    * Créées après la "révolution" (modernisation bourgeoise radicale sous pression populaire) des années 1910, les ENR accueillent de manière relativement démocratique les jeunes de milieu populaire des campagnes pour devenir instituteurs. Elles font l'objet (depuis une quinzaine d'années environ) d'une offensive du gouvernement mexicain pour les priver de moyens et (à terme) les liquider - le président actuel, Enrique Peña Nieto, a parlé de "résidus anachroniques" à leur sujet. Leurs enseignants et étudiants sont donc en résistance depuis de nombreuses années et ont déjà payé un lourd tribut : on parle de plus de 2.200 arrestations depuis l'an 2000.
     

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  • Voici un texte des camarades du Front populaire indépendant de Rio de Janeiro (maoïste, "galaxie A Nova Democracia") revenant sur l'opposition de masse à la Coupe du Monde de foot au Brésil, cette gigantesque orgie capitaliste antipopulaire dont nous avons déjà plusieurs fois parlé. La traduction en français a été publiée par La Cause du Peuple, journal du FRAP.

    Pourquoi crions-nous "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE ?"

    Le football est le sport de la multitude ; un sport qui soulève les passions les plus intenses chez les gens du monde entier. Nous ne nions pas l'importance du football pour le Peuple brésilien et même le rôle du sport et des loisirs dans la société. Cependant, la Coupe du Monde de la FIFA n'est pas seulement un événement sportif.

    Le cri de "NÃO VAI TER COPA - IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" est apparu dans les rues lors du soulèvement populaire de juin 2013, quand des milliers de personnes de différentes villes du pays se sont battues pour de meilleures conditions de vie et de travail. Crier "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" c’est être contre la domination totale du pouvoir économique et de ses intérêts dans les décisions politiques, qui doivent être déterminées par le Peuple et axées uniquement sur ses besoins réels. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les crimes commis au nom de la Coupe du Monde. Faire taire le cri "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" c'est trahir le Peuple pauvre, c'est trahir la lutte contre les inégalités sociales. C’est TRAHIR la rue !

    Pourquoi crions-nous "IL N'Y AURA PAS DE COUPE DU MONDE" ?

     

    EXPULSIONS

    Au nom de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques, les expulsions illégales et les pires violations des droits de l'homme ont été et sont commises. Des communautés entières ont été et sont rayées de la carte, mettant fin à la vie de milliers de personnes.

    Les expulsions génèrent la douleur, la tristesse, l'abandon et la mort. L'ensemble du processus est de la torture, depuis le graffiti pour marquer les maisons à démolir (ce qui ressemble à des pratiques nazies) et de l’abjecte pression (avec intimidation et menaces) des fonctionnaires de la SMH (Secretaria Municipal de Habitação - Secrétariat Municipal du Logement) jusqu'à l’expulsion par la force, souvent avec la police brandissant des armes à feu pour sortir les gens de leurs propres maisons.

    L'État bourgeois brésilien, connu comme un État "démocratique" et "de droit", nie le droit de chacun à des conditions de vie capables de garantir à elle / lui-même et à son / sa famille l'essentiel des services sociaux indispensables à la dignité humaine : santé, éducation, assainissement urbain, transport et LOGEMENT. Le droit à un toit est complètement nié par l'État bourgeois.

    La Coupe du Monde reproduit l'exclusion sociale et raciale. Elle approfondit les problèmes sociaux et environnementaux jamais résolus.
    Plus de 250 000 familles ont été expulsées et/ou vivent sous la menace de l’être. Les dépenses pour la Coupe du Monde au Brésil franchissent (pour l'instant) la barre incroyable des 30 milliards de réals [près de 9,8 milliards d’euros]. En comparaison, la somme des trois dernières Coupes du Monde atteint à peine 25 milliards.

    ÉNORMES DÉPENSES PUBLIQUES ET ÉLEPHANTS BLANCS

    Que sont les éléphants blancs ? Ce sont d’extrêmement coûteux, énormes, mais aussi COMPLÈTEMENT INUTILES travaux. En parler populaire, c’est le fameux "jeter l'argent par les fenêtres".

    Les stades de Brasilia, Cuiaba, Manaus et Natal ne seront pas prêts pour moins de 3 milliards de réals au total. La subvention sera financée par la BNDES et les gouvernements des États, qui sont constitués de fonds publics, donc de notre argent.

    Le stade Mané Garrincha à Brasilia, par exemple, a une capacité de 71 000 personnes. La contradiction saute aux yeux quand on regarde le public du premier match de la finale du championnat brésilien de l'an dernier : 1956 spectateurs. Le même scénario se répète dans les trois autres villes mentionnées.

    À Manaus, l'absurdité est encore plus grande ! Le Groupe de contrôle du système pénitentiaire (Grupo de Monitoramento e Fiscalização do Sistema Carcerário), lié à la Cour d'Amazonas (Tribunal de Justiça do Amazonas), a émis l'hypothèse de transformer le stade nouvellement construit en une "prison" temporaire.

    La rénovation du Maracanã a coûté près de 2 milliards de réals et seulement trois matchs de la Coupe du Monde s’y joueront. Il a été dépensé plus d’argent que pour la construction d'un nouveau stade ! Le nouveau stade, désormais une "arène", a effacé l'identité historique du Maracanã. Les supporters et même les joueurs de l'équipe nationale espagnole et italienne ont eu ces sentiments lorsqu’ils sont entrés dans le nouveau stade : "Où est le public ?", "Il est très européen", "Comme les autres stades, il a perdu sa mystique…".

     

    LES OPPRESSIONS DE RACE ET DE GENRE

    La Coupe du Monde de la FIFA perpétue les anciennes pratiques sexistes et encourage la marchandisation du corps.

    Un exemple en sont les t-shirts vendus par Adidas, l'une des multinationales qui parrainent ce méga-événement. Sur les t-shirts sont imprimées des fesses de femmes, une allusion grossière pour renforcer l'oppression de genre et, en particulier, les agressions sexistes quotidiennes contre les femmes brésiliennes.

    Ajouté à cela, il y a le racisme : la FIFA est muette sur les nombreux cas de racisme dans les championnats d'Europe et du monde ; un couple a été refusé par la FIFA, avec l'appui du gouvernement, pour la présentation du tirage au sort de la Coupe du Monde parce qu’ils étaient Noirs, avec le discours que le couple ne répondait pas aux "normes européennes".

    La Coupe du monde ne fera que développer les sites de cyber-séduction qui profitent du marché de l'exploitation sexuelle. En Afrique du Sud, par exemple, le nombre estimé a augmenté de 100 à 140 milliards au cours du méga-événement 2010.

    Le Brésil a l'un des niveaux les plus élevés d'exploitation sexuelle des mineurs dans le monde. Il y a de plus en plus de dénonciations de l'augmentation de l'exploitation sexuelle, y compris des enfants et des adolescents autour des stades et des grands travaux d'urbanisme de la Coupe du monde ; il a été révélé, par exemple, que des filles âgées de 11 à 14 ans se prostituent dans la région d’Itaquerão, dans le secteur Est de São Paul.

    ÉLITISIME = SÉGREGATION DANS LES STADES

    Les nouveaux stades, ou arènes, ne brillent qu'en apparence. Dans la pratique, il y a un effet secondaire tragique en cours : les coûts des nouvelles "arènes" (payées avec l'argent public, donc notre argent) sont intégrés dans le prix des billets, qui deviennent plus chers, créant une élitisation du football. Ceci est le résultat de la privatisation des espaces publics - entreprises capitalistes qui ne cherchent que leur profit en acquérant le contrôle des espaces publics.

    Les supporters traditionnels, ceux de la classe ouvrière, la même qui a construit les stades ou arènes, sont privés de leurs droits : un travailleur ne peut pas se permettre un billet qui coûte l'équivalent de 50% (ou plus) du salaire minimum.

    Une étude récente a montré que les billets du Championnat brésilien en cours dans les nouvelles arènes sont en moyenne 119% plus chers que dans l'ancien stade.

    RÉPRESSION

    Plus inquiétant que la campagne orchestrée pour discréditer ceux qui critiquent la Coupe du Monde est le mouvement orchestré par l'État brésilien pour développer l'appareil répressif visant à étouffer les protestations lors du méga-événement - et très probablement encore après.

    Ce mouvement a agi sur deux fronts : législatif et apparent (militaire et policier). Les projets de loi qui visent à créer le délit de terrorisme au Brésil créent des failles juridiques de sorte que le pouvoir judiciaire puisse incriminer les mouvements sociaux et les manifestants comme des terroristes.

    Le gouvernement fédéral envoie maintenant des troupes fédérales à Rio de Janeiro sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue. Le trafic a toujours existé, il n’a jamais cessé. Pourquoi maintenant ? Il s'agit d'une action des gouvernements (fédéral, des États et municipaux) pour justifier l'arrivée des troupes fédérales en appui à l'invasion des favelas, à l’installation ou l'amélioration de l'UPP [Unités de Police de Pacification], amplifiant la domination et la répression d'État ainsi que le profit capitaliste puisque la première action de l'État est d'ouvrir la porte aux entreprises privées pour obtenir de nouveaux clients.

    Dans un contexte d'indignation et de manifestations, les forces répressives augmentent avec l'objectif d'étouffer, de réprimer et de contrôler les luttes populaires, en particulier les soulèvements qui ont eu lieu dans les bidonvilles, lieux de nombreux foyers de résistance. En outre, c’est dans les bidonvilles que les pauvres et les Noirs sont persécutés, torturés et assassinés.

    Ce qui est arrivé à Manguinhos était plus qu'une révolte populaire ! Une centaine de familles ont occupé un entrepôt (vide) derrière la bibliothèque Parque de Manguinhos. La police militaire a tenté de retirer de force les familles. Face à la résistance des habitants, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes ; la population a répondu par une grêle de pierres et de bouteilles. Ensuite, la police a commencé à tirer avec des armes à feu. Plusieurs personnes ont été blessées. Quatre jeunes gens ont été tués, un autre est dans un état grave. Il s'agit là d'une criminalisation de la pauvreté et des mouvements sociaux, des luttes et des occupations.

    MANIFESTATIONS

    Devant autant d’arbitraire, de violations des droits de l'homme, de processus d'exclusion sociale complète, d'appropriation des biens publics, de détournements des fonds publics, entre autres crimes contre le Peuple, manifester contre la Coupe du Monde de la FIFA au Brésil est non seulement légitime mais c’est également un devoir. Par conséquent, ne soyez pas intimidés par les menteurs et les discours de patriotisme aveugle, ou par les articles écrits par des journalistes et des intellectuels dont le véritable engagement est avec tel ou tel parti politique, ou pour leurs propres poche.

    Les actions de la police contre les manifestations s'intensifient, un fait qui est devenu clair lors de la manifestation du 25 janvier, lorsque le manifestant Fabrício Proteus Chaves s’est fait tirer dessus à bout portant par la Police militaire (le conduisant aux portes de la mort). Cet acte lâche, courant dans les bidonvilles et les périphéries du Brésil, nous met en état d'alerte pour les futures manifestations.

    Ni la violence de la police, ni le discours mensonger de dénigrement ne nous arrêteront. Nous faisons partie du Peuple, nous nous battons pour le Peuple et avec le Peuple. Rien ne nous empêchera de jouir du droit constitutionnel à manifester, notamment contre la Coupe du Monde plongée dans la pourriture et les crimes - qui a même conduit à l'arrestation et à la mort de personnes qui ont souffert des expulsions brutales ou du processus de "nettoyage" social.

    Les manifestations contre la Coupe du Monde au Brésil représentent la lutte pour les intérêts du Peuple et la défense de la dignité humaine, bafouée par des lois d'urgence et le lâche processus de construction de cette Coupe du Monde de la FIFA.

    FRENTE INDEPENDENTE POPULAR – RJ / FRONT POPULAIRE INDÉPENDANT – RIO DE JANEIRO


    NÃO VAI TER COPA !!!

     


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  • ... et pendant que les packs de bière rafraîchissent au frigo, le nettoyage social des pauvres-qui-font-tache se poursuit à Rio et dans les autres grandes villes devant accueillir la compétition.

    Puissent ces images dignes de quelque "guerre ethnique" africaine, de la Bosnie ou du Kosovo remplir vos cœurs d'une juste HAINE DE CLASSE !

    Avec un spécial big up pour ce connard de Platini qui, toute honte bue, demande aux Brésilien-ne-s de "se calmer un peu" l'espace d'un mois, autrement dit oublier leurs droits d'êtres humains et dans le cas des favelas se laisser parquer, chasser comme des malpropres voire massacrer sans broncher (ah qu'elle est loin, sous les ors de la FIFA, la classe ouvrière lorraine qui l'a vu naître) !

                brazilbraz2braz3braz4braz5cebraspo


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    207887950 zoom945Depuis le début de l'année, le Venezuela est en proie à de violents troubles opposant le gouvernement "socialiste" de Nicolás Maduro et ses partisans à ceux de son opposition de droite et du centre (Leopoldo López, Henrique Capriles etc.) ; troubles qui ont fait plus de 30 morts et 500 blessés. Nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer brièvement ces événements, derrière lesquels se profile le même affrontement mondial entre blocs impérialistes euro-US et russo-chinois qui met à feu et à sang la Syrie et l'Ukraine, dans notre revue régulière d'actualité ; et de rappeler notre position de principe sur ces pays "bolivariens" : 1/ défense inconditionnelle du fait populaire bolivarien (mobilisation de masse et rapport de force instauré par celle-ci) face aux offensives réactionnaires terroristes de l'impérialisme et de l'oligarchie, 2/ défense tout aussi inconditionnelle du même fait populaire contre les trahisons et autres agissements contre-révolutionnaires et antipopulaires du réformisme bourgeois. De fait, nous avons là la (vieille et connue) contradiction entre ce qui est (nationalisme et réformisme bourgeois) et ce que croient les masses ("révolution", "marche au socialisme") ; ce que croient les masses étant tout à fait susceptible (à tout moment) de devenir force matérielle, ce pourquoi les réformistes "bolivariens" ("bolibourgeoisie") et leurs soutiens impérialistes et expansionnistes (russes, chinois, européens, iraniens, brésiliens, argentins etc.) tentent à tout prix de le garder sous contrôle, et la droite oligarchique et ses soutiens impérialistes (US ou européens) de l'écraser : ce sont les deux types de menées contre-révolutionnaires que les communistes révolutionnaires combattent.

    Il semble toutefois que nous soyons dans une situation fort différente de celle de 2002 et du milieu des années 2005, lorsque Chávez avait ouvertement violé le "pacte" qu'il avait forcément (comme Lula, Kirchner et tous les autres) passé avec l'oligarchie pour être élu en 1998 et que celle-ci tentait à tout prix de le renverser avec la pire violence, la mobilisation des masses lui sauvant la mise et le coiffant, si l'on peut dire, d'une "couronne de pavés". Les révisionnistes et autres fantasmateurs sur le "socialisme du 21e siècle" bolivarien nous raconteront avec une lueur de fierté dans les yeux que "le processus révolutionnaire a vaillamment résisté à la contre-révolution impérialiste"... Mais la 5664721.imageréalité est, apparemment, que nous nous acheminerions encore un peu plus vers un nouveau Punto Fijo ; accélération d'un processus déjà commencé depuis la fin des années 2000 (en fait depuis la crise consécutive au crash des cours du pétrole fin 2008, de 136 à environ 50$ le baril).

    De fait, il n'y a donc aucun "renversement" du gouvernement "socialiste" bolivarien à l'ordre du jour : celui-ci est tout simplement en train de se "renverser" tout seul, pour ramener le pays à la situation antérieure à 1998. Un processus entamé, comme on l'a dit, dès les années 2008-2009 avec l'effondrement des cours du brut, puisqu'en fait de "révolution" il n'y avait rien de plus qu'un réformisme redistributif basé sur la rente pétrolière ; poursuivi ensuite avec la baisse électorale constante de Chávez puis l'élection de justesse de Maduro en 2013 ; pour déboucher enfin sur la situation actuelle de négociation et de partage du pouvoir avec la droite et le patronat "d'ancien type", la mobilisation de droite et du centre dans la rue (et les violences qui l'accompagnent) n'étant là que pour faire pression sur les pourparlers. Au niveau inter-impérialiste, il est probable que les Russes considèrent (comme ils l'ont toujours fait quelque part) qu'après tout, l'Amérique latine n'est pas vraiment "leur" hémisphère et qu'ils ont des intérêts stratégiques beaucoup plus vitaux à défendre en Ukraine, en Syrie, dans le Caucase et en Asie centrale ; tandis que les Chinois sont (comme toujours) prêts au compromis du moment que leurs intérêts sont un minimum garantis (ils n'ont pas encore besoin d'une mainmise totale et ouverte sur des dizaines de pays)...

    Ainsi devrait s'achever, dans les mois et les années qui viennent, l'expérience de la "révolution bolivarienne" au Venezuela. À moins que, s'appuyant justement sur le refus populaire de cela, un VÉRITABLE (cette fois-ci) processus révolutionnaire ne se mette en marche avec, comme disent les camarades du MGR dont nous vous offrons ci-dessous un nouveau texte traduit (suivi d'une déclaration de la Coordination Simón Bolívar), "toutes les forces de l'Histoire" !


    Pour la révolution, nous enverrons balader qui il faudra !


    Ces derniers jours, le camarade et révolutionnaire conséquent Roland Denis a formulé une question brûlante qui en a apparemment fait frissonner plus d'un : "Qui serait prêt à envoyer balader le président Maduro, au vu de la tournure prise par le processus bolivarien ?". 

    Nombreuses ont été les déclarations qui ont suivi, et le débat ne fait apparemment que commencer dans le camp des révolutionnaires ainsi que dans une gauche déjà résignée à son incapacité de poser réellement la question du Pouvoir.

    PHOc95f3da6-b365-11e2-a33a-92bc88a9ed8f-805x453Nous nous souviendrons ici que "gauche" et révolutionnaires sont deux choses bien différentes, voire opposées pourrait-on dire ; les seconds luttant pour changer à la racine l'actuel système capitaliste d'exploitation à travers une révolution socialiste pulvérisant l’État bourgeois [bureaucratique-compradore semi-colonial semi-féodal NDLR] pourri tandis que les premiers, en revanche, cherchent désespérément à se raccrocher à n'importe quelle réformette, n’importe quelle mesurette populiste, n'importe quelque discours redondant et sans contenu réel, n'importe quel scénario électoraliste pour le présenter comme "socialiste" et, de cette manière, s'assurer que l’État capitaliste [semi-colonial semi-féodal NDLR] pourri continue à fonctionner et (ainsi) garder une chance de ramasser les quelques miettes semées par le pouvoir réel pour soutenir tout son édifice d'exploitation.

    Afin d'apporter notre contribution au débat et sans esquiver l'énorme responsabilité qui nous incombe dans ce scénario complexe que nous traversons, nous livrerons ici notre réponse à la question formulée par le camarade Roland Denis.

    Nous commencerons par la proposition même que fait le camarade. Selon nous, ce n'est pas seulement Nicolás Maduro qu'il faut envoyer péter. Maduro n'est selon nous que la pointe émergée de tout un iceberg qu'il faut dévoiler.  Au Venezuela, comme nous le répétons depuis 7 ans, une petite bourgeoisie bureaucratisée s'est installée à la tête du processus bolivarien et grâce aux ressources illimitées de l’État, au moyen de toute une série d'arguties, de subterfuges, de fraudes, de détournements et d'escroqueries, de créations de sociétés écrans ou de "coopératives" étant en réalité des entreprises privées, a obtenu de l’État des contrats multimillionnaires lui permettant de faire main basse sur une grande partie des dépenses publiques et de se transformer ainsi en un nouveau segment bourgeois, s'éloignant de sa condition première de bureaucratie petite-bourgeoise.  

    Nous avons également expliqué en temps voulu que le "socialisme du 21e siècle" n'était rien de plus qu'un succédané de socialisme et qu'il n'existait pas de révolutions à moitié, comme l'ont dramatiquement démontré les cas du Chili, du Nicaragua et d'autres pays encore.

     BOLIBURGUESESPrétendre qu'il existe une révolution socialiste alors que la bourgeoisie conserve le pouvoir réel sur l'économie est non seulement une escroquerie intellectuelle, mais plus grave encore : cela finit par être un CRIME contre la classe ouvrière et tous les secteurs exploités des villes et des campagnes, qui luttent pour leur libération du joug exploiteur du capitalisme.

    Tout comme nous avons expliqué que le Pouvoir populaire ne consiste pas à coller cette appellation sur les institutions de l’État bourgeois, mais à le construire réellement et depuis l'EXTÉRIEUR de cet État que l'on prétend détruire.

    Nous ne nous sommes pas trompés lorsque nous disions que le socialisme ne S’ACHÈTE PAS grâce à des cours du pétrole élevés, en indemnisant la bourgeoisie pour chaque nouvelle expropriation réalisée par le vieil État, à des prix très au-dessus de la valeur réelle et de l'investissement dans le capital réalisé par la bourgeoisie qu'elle soit nationale ou internationale (voir les cas Sidor, Banco Santander etc.).

    Nous avons dit et répété que c'était une erreur de parler d'un monde bipolaire [NDLR : entendu au sens d'un "camp impérialiste" dirigé par les États-Unis et d'un "camp anti-impérialiste" avec la Russie, la Chine etc.] alors que nous vivons en réalité dans un monde capitaliste globalisé où n'existe rien d'autre que la concurrence entre impérialistes pour conquérir des marchés, celle-ci incluant simplement de nouveaux acteurs tant au niveau mondial (Chine) que régional (Brésil).

    Notre voix était forte et claire lorsque nous disions qu'un parti de composition interclassiste, avec une direction bureaucratisée à l'extrême, sans théorie révolutionnaire et ne s'exprimant que comme machinerie électorale de temps à autres ne pouvait être qu'un appareil social-démocrate, incapable de réaliser des changements révolutionnaires et à vrai dire incapable même d'exprimer la voix de sa militance. Chaque fois que sa direction réelle émanait de son dernier congrès, elle ne s'exprimait ni même n'agissait comme telle mais par l'intermédiaire de "porte-paroles".

    Que n'avons-nous pas été critiqués lorsque nous disions que le Grand Pôle Patriotique (GPP) n'était qu'une illusion stérile et plus encore qu'une alliance politique, une réunion de vieilles références cherchant quelque petit espace vital dans l'appareil d’État et à bénéficier de temps en temps d'une alliance avec le parti au pouvoir. 

    Sur ce point, et sauf honorables exceptions sur lesquelles nous reviendrons avec noms et prénoms plus avant, nous aimerions poser la question : quand est-ce que le GPP a appuyé pour la dernière fois publiquement et activement une grève de travailleurs pour leurs justes revendications ? Ou fait pression depuis la rue pour la libération d'authentiques révolutionnaires internationalistes emprisonnés au Venezuela ? Ou exigé en mobilisant ses militants et autres partisans l'éclaircissement urgent de la mort de presque 400 dirigeants et militants paysans et ouvriers, tous leaders populaires, assassinés pour la majorité par des hommes de main des grands propriétaires ? Ceci pour ne citer que quelques-uns des cas dans lesquels il aurait pu intervenir et a préféré ne pas le faire. Pourquoi ?

    2014 Venezuelan Protests (12F)Il est bon de se remémorer lorsque nous alertions sur le clientélisme de beaucoup d'organisations, et la manière dont était captée la jeunesse pour la soumettre aux institutions bureaucratiques, l'éloigner du militantisme réel la rallier au maintien de ce même système contre lequel on prétendait lutter.

    Combien d'escrocs ont-ils fait leur beurre sur les immenses efforts de la classe ouvrière et du Peuple bolivarien pendant toutes ces années ? Faut-il rafraîchir la mémoire sur la position de Miquilena [Ministre de la Justice et de l'Intérieur 2001-2002] et autres escrocs de cette époque ? L'action du ministre Riveros à la tête du ministère du Travail serait-elle un mystère ? Et de tant de ministres qui ont accompagné le "processus", ainsi que de maires, gouverneurs et autres transfuges qui sont aujourd'hui de flamboyants entrepreneurs.

    Il ne s'agit pas seulement d'Isea [gouverneur PSUV de l’État d'Aragua 2008-2012 puis directeur de la Banque de l'ALBA en 2013, tombé pour détournement de dizaines de millions de dollars] et de sa bande, ou aurions-nous déjà oublié Andrade et toute la pourriture corrompue de la BANDES (Banque de Développement économique et social) ? Nous ne cherchons pas à occulter des noms ni quoi que ce soit mais nous ne voulons pas que ce texte devienne une liste de corrompus, escrocs et transfuges, car taper chaque nom, décrire chaque situation nous fait mal dans le plus profond, le plus humain et le plus guévariste de notre raison d'être et d'exister comme force politique.

    Mais se souvenir et dire la vérité est un exercice sain. Il y a encore peu, beaucoup à gauche nous disaient qu'il "ne faut rien dire, car la droite va en tirer profit". Mais de quoi la droite peut-elle encore tirer profit dans ce "processus" ? N'a-t-elle pas suffisamment profité de la fuite des capitaux en plein contrôle des changes ? D'acheter pendant des années le dollar à prix offert et de le revendre au marché noir ? Ou encore de l'amnistie qui lui a permis de se réarmer pour attaquer à nouveau la classe ouvrière et le Peuple pauvre et exploité de la ville comme des champs ?

    #LAFOTO JAVU, movimiento de la extrema derecha en #VenezuelLe manque de mémoire de cette gauche est décidément maladif. Tout le monde a déjà oublié l'achat des banques "bolivariennes" et leur mise en cause postérieure pour fraude. Et le frère de Jesse Chacón ? Ils diront bien sûr que son frère ne savait rien car ils ne se parlaient et ne se voyaient pas, et que l'actuel et alors ministre ne possédait aucune information sur ces opérations obscures que Chávez lui-même dénonçait publiquement.

    La liste serait longue, mais la tentation est grande et l'indignation plus encore à nous remémorer tout cela, qui nous semble un très bon condensé des "après" que mentionne le camarade Roland Denis dans son texte. Nous divergeons simplement de lui dans la mesure où il personnalise le problème. Le problème selon nous ne se résume pas à Maduro.

    C'est en réalité tout un système mensonger et pervers qui nous trompe et nous ment de manière habituelle et même avec notre complaisance. Ce n'est pas seulement aujourd'hui que la bourgeoisie attaque et tente de détruire le processus bolivarien, et ce n'est pas seulement un segment de celle-ci catalogué comme "bourgeoisie traditionnelle".

    Le nouveau segment bourgeois enkysté dans le gouvernement défend sa nouvelle condition et tente de nous convaincre qu'il existe une "bonne" bourgeoisie, la nouvelle, et ceci sous les applaudissements nourris de tous ceux qui font du marxisme une lettre morte et jaunie et nous vendent leur discours qui ne leur sert qu'à s'auto-justifier comme nouveau segment bourgeois, se présentant comme la solution alors que pour eux il est fondamental de maintenir le capitalisme.

    Le gouvernement nous parle de bourgeoisie patriote, honnête, qui veut produire... Quelle est alors la bourgeoisie "mauvaise" et conspiratrice ? La bourgeoisie "bonne, honnête et patriote" ne se chargerait-elle pas d'occuper le marché laissé libre par la bourgeoisie "apatride, traître et malhonnête", pour accaparer ou diminuer la production ? Vu le caractère importateur de celle-ci, cela ne devrait pas être un grand problème comparé à celui de l'industrialisation. Mensonges et justifications du capitalisme...

    socialismo1Ainsi la nouvelle bourgeoisie, depuis le cœur même du gouvernement, attaque-t-elle la classe ouvrière et le Peuple bolivarien sur le plan de la confusion théorique et idéologique ; mais elle ne se limite pas à cela, elle le fait aussi de manière pratique et publique.

    Sur le site Aporrea est paru un article reflétant bien toute cette situation, où l'auteur Deivis Battes se pose lui aussi cette question lorsqu'il dit : "Dans le processus d'importation de dollars interviennent principalement les banques publiques et privées, le gouvernement et la bourgeoisie (comme donnée additionnelle, il faut mentionner que les importations publiques ont représenté en 2012 environ 44% du total). On a signalé en 2012 la perte de 20 millions de dollars. Qui a conspiré ? Comment peut-on "conspirer" sans la complicité de toutes les entités, parmi lesquelles se trouvent des agents et des institutions du secteur public ? Comment se peut-il que jusqu'à ce jour, on ne dispose pas de la liste de ces entreprises ou des principaux responsables en plein système de contrôle des changes ? Serait-ce que cela n'influe pas sur la pauvreté et les terribles niveaux d'inflation de l'année 2013 au point d'être considéré comme faisant partie de la guerre économique ? La fuite de capitaux par des moyens frauduleux, constante depuis 2003 et atteignant pour 2012 les 110 milliards de dollars (on ignore combien ont atterri dans les paradis fiscaux) serait-elle aussi une guerre économique "conspirative" ? Si cela dure depuis 2003, pourquoi cela devient-il seulement aujourd'hui une "guerre économique" ? Ne s'agit-il pas simplement d'une accumulation de capital dans les conditions particulières où s'effectuent les transferts de devises au Venezuela ?"... 

    El Discreto Encanto de la Boliburguesia 03

    C'est ainsi, camarade Roland Denis, que nous comprenons que le problème cesse d'être Maduro : c'est tout le système soutenant le vieil État capitaliste pourri qu'il faut envoyer promener, pour employer vos propres termes, afin de défaire une par une tous ces entraves à la réelle nécessité du Peuple d'avancer dans sa propre révolution, sans tuteur ni médiateur de service.

    Nous ne voulons en aucune manière éluder le problème posé. Nous sommes en présence d'une situation nouvelle et inédite dans le processus, qui n'est autre que la LIQUIDATION de celui-ci par la mise en scène d'un nouveau pacte de Punto Fijo, aujourd'hui appelé "Pacte de Miraflores". Lorsque nous faisons référence à ce pacte, nous ne faisons pas seulement référence au spectacle grotesque et vulgaire de voir assis à Miraflores [le palais présidentiel] les mêmes assassins et putschistes du 11 Avril [2002] désormais qualifiés par euphémisme d'"opposition démocratique". Non. Nous nous référons au véritable, à l'authentique pacte qui n'a pas commencé le 12 février mais depuis bien avant. Ou alors, oublierions-nous les réunions de Merentes [Ministre des Finances 2001-2002 et 2004-2007 puis président de la Banque centrale du Venezuela 2009-2013 et à nouveau depuis janvier] et de l'équipe économique avec un parterre de 6.000 entrepreneurs lors de la précédente crise des prix, culminant avec la réception de M. Lorenzo Mendoza [dirigeant de la plus grande entreprise agroalimentaire du pays] à Miraflores ? Aurions-nous oublié les revendications de la bourgeoisie alors ? Ou serait-ce que l'actuelle "Table ronde pour la Paix économique" est autre chose que le reflet et l'aboutissement ces des premiers rapprochements ? Avons-nous déjà oublié la fermeture des émissions politiques de tout un ensemble de camarades qui se montraient critiques envers le cours actuel des choses, et la Nouvelle-manifestation-etudiante-au-Venezuela article mainvéritable offensive lancée par le gouvernement contre quiconque refuse de se plier totalement à la nouvelle orientation centriste et d'abandonner la ligne du "changement de cap" défini par le président Chávez [en octobre 2012, appelant à un bilan critique du travail accompli depuis alors 13 ans et au développement de "l’État communal"] ?

    Le véritable Pacte de Miraflores commence à être mis en œuvre en ce moment même, et à se matérialiser à travers quelques 56 accords avec des chefs d'entreprise que le gouvernement s'acharne à garder secrets dans le dos du peuple. Mais on a beau les annoncer séparément et espacés dans le temps pour éviter l'impact de les rendre brutalement publics et visibles, ils se font déjà sentir dans le portefeuille des plus pauvres. Et ce ne sont pas seulement 56 accords en matière économique. Le même gouvernement a annoncé qu'il espérait parvenir à plus de 2.000 accords de ce type autour des différentes tables de négociation au niveau central et régional. Déjà sont en train d'être finalisés les 600 premiers accords régionaux et bien que le gouvernement s'échine à les garder secrets, la réalité têtue montre bien quel est le chemin suivi lorsque le président de la Fedecamaras [MEDEF vénézuélien], Jorge Roig, dit que "le gouvernement commence à prendre la bonne voie".

    Nous sommes en présence du démontage total de l'essence du processus bolivarien qui, bien qu'on ne puisse le qualifier de socialiste, représentait une avancée par rapport à la situation antérieur de la classe ouvrière et du Peuple pauvre et exploité de la ville et de la campagne. 

    La table politique de négociation installée avec la MUD (Table de l'Unité démocratique, opposition "modérée" au PSUV) ces derniers jours n'est que le reflet tardif de la situation précédemment décrite avec les entrepreneurs. La bourgeoisie économique se représentait elle-même dans ces discussions, tandis que la droite politique faisait pression dans la rue pour rendre plus profonde encore la reddition du processus bolivarien.

    Il s'agit en définitive d'une nouvelle répartition de la rente entre les deux différents secteurs de la bourgeoisie (bolibourgeoisie et bourgeoisie traditionnelle), dans un contexte de crise systémique du capitalisme rentier.

    La crise actuelle est le produit du fait que le fonctionnement "relativement normal" de l'économie dépende de la rentre pétrolière. Étant donné que le prix du baril a chuté de 34% en valeur annuelle moyenne en 2009, pour remonter ensuite jusqu'en 2011 lorsque le baril valait environ 100$, mais stagner ensuite à ce prix en 2012, 2013 et 2014, guarimbaajouté au fait que la consommation interne d'essence continue à augmenter et que la production de pétrole n'augmente pas, nous nous retrouvons avec une stagnation voire une réduction des revenus pétroliers également appelés pétrodollars.

    En d'autres termes : il n'y a pas de rentrées de dollars suffisantes pour maintenir le rythme d'accumulation du capital ou, ce qui revient au même, il n'y a pas suffisamment de dollars pour maintenir la croissance des gains capitalistes sans frapper de manière plus aiguë et marquée le pouvoir d'achat de la classe ouvrière et du peuple pauvre et exploité. Il n'y a là aucune "guerre économique" : il s'agit simplement de la crise systémique du capitalisme en général et du capitalisme rentier en particulier.

    Comme peut le voir le camarade Denis, il ne s'agit donc pas d'envoyer Maduro et même un certain nombre de ses ministres et collaborateurs se faire voir mais d'en finir pour toujours avec le maudit capitalisme et son unique bénéficiaire, la bourgeoisie.
    Nous comprenons bien sûr que les pactes et les acteurs sont passés par des personnes concrètes dans des situations concrètes. Mais nous avertissions déjà en avril 2009 : "Nous ne parlerons pas ici de néolibéralisme, pour diverses raisons sur lesquelles ne nous étendrons pas. Lorsque l'on parle de néolibéralisme, l'on tend à séparer ce concept du capitalisme, comme s'il existait un bon capitalisme (keynésien) et un mauvais (néolibéral), alors qu'en réalité ce sont les deux faces d'une même pièce. Mais il y a en outre un autre détail de grande importance. 

    Jamais le capitalisme n'applique des modèles "purs", et jamais ceux-ci ne sont exclusivement une seule chose. Habituellement, il y a des combinaisons de mesures en mettant l'accent sur l'une ou l'autre, mais les deux recettes représentent la continuité du Capital et l'application de l'une d'elle à un moment donné ne fait que préparer l'étape suivante, où s'exprimera principalement l'autre. Une fois épuisée la voie keynésienne (plus de dépenses sociales, appuyées dans le cas du Venezuela sur les cours élevés du pétrole), l'on passera nécessairement à appliquer la voie libérale et nous serons alors en présence de la liquidation d'une bonne partie du processus bolivarien reposant sur la rente pétrolière et ses hauts revenus en dollars. Il ne s'agit donc pas de changer les personnes, mais d'en finir une bonne fois pour toutes avec le système capitaliste avant qu'il ne soit trop tard, car la période d'aubaine des pétrodollars est déjà terminée...".

    manifestation-de-soutien-a-nicolas-maduroNous ne cherchons pas à nier, par-là, toutes les grandes avancées sociales obtenues pendant toutes ces années dans le feu des luttes populaires, et la nécessaire défense de celles-ci. Bien au contraire. Nous affirmons que la seule issue révolutionnaire à la crise actuelle est l'approfondissement de la rupture avec la bourgeoisie parasite, totalement incapable de répondre aux nécessités du Peuple vénézuélien. Nous insistons bien sur le fait qu'il ne s'agit pas de personnes mais du MODÈLE de société ; il s'agit de tout le système dans son ensemble.

    Pour revenir à notre sujet principal, l'invitation faite par Roland Denis, nous devons préciser que sans ignorer les immenses progrès qu'a signifiés le processus bolivarien, nous pouvons trouver dans son essence même les causes de la situation actuelle, causes qui échappent totalement à la responsabilité d'un personnage mineur comme Nicolás Maduro.

    L'absence d'une organisation révolutionnaire mature, armée théoriquement d'un projet de pulvérisation de l'État bourgeois et de construction d'une nouvelle société socialiste, est une des causes structurelles de cette situation. Nous ne pouvons passer à la trappe les premières définitions théoriques du président Chávez, proches de la "troisième voie" proposée par le criminel de guerre Tony Blair, et sur ce point Maduro n'a guère de responsabilité au-delà de sa propre formation théorique et de son parcours ultérieur.
    À un tel niveau du parti chaviste, nier que le projet bolivarien n'était pas et ne pouvait pas être socialiste, au vu des forces le composant notamment (et surtout) dans ses structures dirigeantes, équivaudrait à ne pas voir le soleil en plein jour clair et dégagé, et nous engagerait dans un débat sans fin. Il nous semble plus utile de signaler une autre cause structurelle qui nous a conduit à la situation actuelle : l'immense capacité, économique et par tout type de moyens, d'une cupule dirigeante centriste pour domestiquer et paralyser l'immense mouvement social qui s'était développé bien avant l'apparition de Chávez sur le devant de la scène, et que celui-ci allait canaliser en déployant une activité acharnée. Lorsque nous parlons de centrisme, nous ne faisons que reprendre les propres mots de José Vicente Rangel, à peine nommé ministre par
    caprilesChávez après son élection, affirmant que l'objectif du gouvernement était d'appliquer une politique centriste de réforme et de perfectionnement de l'État. Comme vous pouvez le voir, ce n'est pas nous qui inventons quoi que ce soit.

    Nous n'ignorons pas que la lutte des classes a par la suite aiguisé les contradictions et que le président a évolué à mesure qu'avançait le processus et que s'approfondissait sa propre étude et compréhension des réalités politiques ; il s'agit simplement ici d'analyser les causes qui nous ont conduits là où nous sommes. L'existence d'une direction éloignée de la théorie révolutionnaire a rendu possible qu'à chaque fois qu'existaient les conditions pour réellement achever d'approfondir le processus, en avril 2002 et en janvier 2003 et par la suite, cette possibilité a été écartée et l'on a recherché le pacte, même minime, sous le prétexte de construire de nouvelles et meilleures conditions, dans l'arène internationale surtout, par la construction d'instruments politico-juridiques permettant l'intégration économique régionale [continentale] et la modification des rapports de forces au niveau mondial.
    La seule évocation d'une époque où toute l'Assemblée nationale était "chaviste" suffit à démontrer que la stratégie d'alors n'était pas d'approfondir la "révolution". C'était l'époque de l'apparition des nouveaux riches, enfants légitimes du processus, et de tout un incroyable écheveau de bonnes affaires et de corruption effrénée.

    Si la "révolution" n'a pas été approfondie alors, en temps de prospérité économique, cela ne se fera pas plus aujourd'hui à l'heure de la crise économique, politique et sociale généralisée. Tout le reste n'est qu'illusions, vœux pieux et belles paroles sans contenu destinées à l'auditoire captif disposé à les applaudir.

    Le rapport de force actuel diffère totalement de celui de 2002, lorsque le Peuple mobilisé en une fulminante offensive avait envoyé balader la bourgeoisie putschiste et repris le pouvoir sans même y avoir été appelée. Nous étions alors en présence d'un coup d'État, avec la participation d'un secteur important des forces armées, le fascisme à Miraflores et de toutes parts, et pourtant le Peuple les a tous remis à leur place et a réinstallé Hugo Chávez à Miraflores.

    venezuelahugochavezcelebroeldiadelamiliciabolivariana1Aujourd'hui ont surgi quelques barricades, quelques faits de violence fasciste perpétrés par des paramilitaires avec la nécessaire complicité de la droite économique comme politique, mais aussi avec celle de groupes à l'intérieur du gouvernement et des forces armées et de sécurité. Et que fait-on contre cela ? Convoque-t-on le Peuple pour défendre le processus dans la rue ? Non. On appelle à la paix et à la négociation, on signe des accords secrets et on installe à Miraflores les assassins du Peuple que nous connaissons tous dans un grand show médiatique, et tout cela est présenté aux masses comme un grand succès.

    Pour le 1er Mai a été annoncé en grande pompe une augmentation ridicule des salaires, bien au-dessous de l'inflation réelle accumulée et les écrivaillons de service s'écrieront de joie "oui, c'est ainsi que l'on gouverne !". Hypocrites justificateurs de l'exploitation capitaliste.

    Il y a des "camarades" qui avec une bassesse incroyable assument le discours de la droite et justifient cette sinistre mascarade sous l'excuse puérile qu'il "ne faut pas dresser le peuple contre le peuple, puisque le pays est coupé en deux parts égales". Nous avons beaucoup entendu cet argument au nom du "réalisme politique", et beaucoup d'autres encore tout aussi vides de contenu, utilisant le même langage que la droite et la plus servile social-démocratie bourgeoise.

    Les dirigeants du processus, se basant sur un message mystique, se présentent comme les uniques dépositaires de la figure et de la pensée de Chávez et se prétendent ses héritiers politiques, dans une tentative de capter le leadership du président défunt vers eux-mêmes et affirmer ainsi le leur pour justifier leurs pactes avec la bourgeoisie, l'entrée du processus dans une phase d'établissement d'un nouveau pacte inter-bourgeois.

    Ils falsifient de cette manière le véritable héritage du président Chávez, qui malgré toutes ses erreurs et lacunes théoriques initiales avait su comprendre à la fin de sa vie qu'il s'était trompé, et tentait de réorienter et d'approfondir le processus pour le transformer en une véritable révolution socialiste. Il ne ressortait pas autre chose du "Changement de Cap" annoncé par lui [en octobre 2012], et qu'il n'a pu mettre en œuvre car surpris par une mort prématurée et au demeurant fort suspecte.

    Au vu de tout ce qui précède, la question surgit comme la formulait déjà le grand Lénine en son temps : QUE FAIRE ? Et la réponse du guévarisme militant et révolutionnaire est :

    Ne pas mentir à la classe ouvrière et au Peuple pauvre et exploité de la ville et des campagnes.  

    Ne pas l'illusionner avec une sortie de crise négociée avec la droite économique et politique.

    Démasquer le caractère bourgeois de la nouvelle direction qui assume le désarmement du processus bolivarien.

    Organiser pour le combat de classe la classe ouvrière, les pauvres et les exploités.

    Construire ensemble avec d'autres forces révolutionnaires le nouveau sujet politique et social de la révolution socialiste véritable.

    Organiser le Pouvoir populaire réel depuis la base, depuis l'extérieur de l'État bourgeois pourri et en lutte permanente contre lui.

    Éduquer théoriquement l'avant-garde qui partagera et combinera les trois principes de base : indépendance de classe, lutte pour le pouvoir réel et combinaison de toutes les formes de lutte.

    mg 26861334338425Nous immerger dans les classes populaires, construire des organisations sociales militantes et combattives.

    Nous opposer par tous les moyens à la reddition du processus bolivarien, dénoncer les pactes et développer une nouvelle culture révolutionnaire.

    Combattre le fascisme dans toutes ses expressions, ne pas perdre de vue l'ennemi principal qui est la BOURGEOISIE, représentante locale de l'impérialisme.

    Innonder les espaces publics et sociaux de la voix des exploités, de la classe ouvrière en lutte.

    Construire de nouvelles organisations ouvrières à l'abri du clientélisme, des mafias syndicales, des coteries de pouvoir, des compromis avec les patrons.

    Livrer la bataille théorique contre la bourgeoisie, la traditionnelle comme celle surgie ces dernières années sous la protection du gouvernement.

    Préparer stratégiquement nos forces, contrôler les espaces et les territoires par le Pouvoir populaire construit sur la base de la lutte et de l'autonomie.

    Construire un nouveau sujet médiatique populaire avec des milliers de têtes, d'yeux et de bouches de toutes parts, défendant les intérêts de la classe ouvrière et des pauvres et exploités de la ville et des campagnes.

    Ne renoncer à aucune forme de lutte mais au contraire les intégrer toutes dans un même plan stratégique d'accumulation de forces.

    Impulser la mobilisation de la classe ouvrière et des secteurs populaires pour leurs droits, la défense de leurs conquêtes et l'obtention de nouvelles, et autres buts ambitieux qui nous rapprochent de l'objectif stratégique de la révolution socialiste.

    Briser le nouveau pacte social que prétendent construire les segments de la bourgeoisie au sein du gouvernement et dans l'opposition, faire irruption dans ce scénario bien huilé avec le nouveau sujet politique et social de la révolution.

    Enterrer pour toujours la vieille gauche capitaliste, capable de justifier de tous les pactes avec la bourgeoisie pour garder sa petite place dans les sphères du pouvoir.

    Nouveaux textes guévaristes sur la situation au Venezuela Comme on peut le voir, pour les guévaristes ce n'est pas seulement Nicolás Maduro qu'il faut envoyer balader. Celui-ci a déjà choisi de quel côté de l'histoire il voulait être et de quelle manière il voulait y entrer.

    Nous, guévaristes révolutionnaires, membres d'une force politique encore petite mais en développement, assumons sans complexe le défi et enverrons promener qui il faudra, Nicolás Maduro inclus, pour la révolution et le socialisme.

    L'Histoire nous appartient et ce sont les Peuples qui la font, les millions de femmes et d'hommes qui lèvent haut le drapeau de leurs rêves avec audace et valeur, marchant vers l'avenir sans se soucier des obstacles et des défis qu'ils devront affronter dans cette lutte contre la mort et l'esclavage du capitalisme. Rien ni personne ne pourra jamais les arrêter, car ils sont le meilleur de l'humanité et finiront par conquérir leur liberté par la révolution socialiste.

    Que résonne de toutes parts notre cri d'amour et de combat :

    À bas le fascisme et la capitulation réformiste, tout le Pouvoir au Peuple !

    Non au Pacte bourgeois de Miraflores pour une nouvelle répartition de la rente !

    Que les bourgeois et les traîtres ne s'y trompent pas : tant que la classe ouvrière et le Peuple vivent, la continue jusqu'au socialisme !

    Ni oubli ni pardon pour les assassins et les traîtres à la classe ouvrière et au Peuple pauvre et exploité !

    Gloire et honneur à ceux et celles qui luttent et résistent contre l'offensive du Capital et de la bourgeoisie !

    Pas une minute de repos, toute une vie de combat pour la Révolution et le Socialisme !

    Nous avons encore une Patrie et un Peuple rebelle pour longtemps !

    En avant, en avant avec toutes les forces de l'Histoire !!! 

    Direction nationale,

    Mouvement Guévariste Révolutionnaire

     

    ********************************************************

    De quelle paix parle-t-on, s'ils veulent laisser le monde tel qu'il est ?

     

    Au Peuple du Venezuela,

    Au Gouvernement bolivarien du Venezuela,

    Aux Peuples et aux gouvernements du monde,

    Aux médias de communication nationaux et internationaux,

    À l'opinion publique nationale et internationale,

    Au monde entier,

    Frères et sœurs : de quelle paix parle-t-on ?

    chaveznodDans une guerre de classe comme celle que livre le Peuple pauvre contre la bourgeoisie tout autour de la planète, la paix n'est pas négociable. Elle se conquiert à travers une lutte basée sur de fermes convictions de justice sociale et d'égalité.

    Au Venezuela, tant que nous aurons des ressources naturelles, biologiques et énergétiques intéressant l'impérialisme global et tant que ce même impérialisme colonisateur et pillard existera, le Peuple restera un objectif à détruire pour ces forces du mal. Pour cela elles utilisent et utiliseront toutes les stratégies et les méthodes possibles et imaginables, depuis le bombardement culturel aliénant en passant par la manipulation médiatique, jusqu'au bombardement physique de notre territoire et au génocide subséquent de notre population, où la tendance politique des assassinés n'aura pas d'importance dans ce qu'ils appellent "dommages collatéraux".

    Le Peuple doit définir quelle est la paix qu'il désire : celle d'avoir conquis un cadre social de justice, ou celle de la soumission à ses exploiteurs.

    La paix silencieuse des morts, celle qui plane au-dessus des cimetières et des fosses communes, la paix des invisibilisés, des ignorés, des méprisés, des utilisés de toujours. La paix de la reddition, de la soumission, du pacte-trahison contre le Peuple, bourgeoise et immorale, ne peut être considérée dans notre Processus révolutionnaire bolivarien comme la paix désirée. Nous ne voulons pas de cette paix-là !

    Les fils et filles de Bolívar, dans lesquel-le-s coule le sang guerrier de nos résistances indigènes et qu'illumine la valeur et la morale de nos libérateurs, n'ont pas même le choix entre vaincre et mourir. Il faut vaincre ! ; avec l'obstination du Commandant Suprême qui a lutté jusqu'au dernier souffle de sa vie.

    Notre paix doit être le fruit d'un combat digne, d'un processus d'éducation et de transmission, de la compréhension et du respect mutuel, de la conscientisation des êtres humains, de la fraternité entre les citoyens, de l'égalité sociale et politique, de l'amour entre frères, fils et filles d'une même mère : la Terre. Jamais la paix du silence ni de céder un pouce sur nos droits humains !

    Pacte et trahison de caractère bourgeois

    De manière éhontée, antipopulaire et contre-révolutionnaire, la bolibourgeoisie a signé un pacte de trahison avec la bourgeoisie traditionnelle pour la répartition de la rentre pétrolière, pacte dont le Peuple paiera la facture. Le caractère antipopulaire de la bourgeoisie traditionnelle et exploiteuse et l'immoralité de la parasitaire et corrompue bolibourgeoisie se traduisent dans les politiques appliquées par le gouvernement actuel de Nicolás Maduro et de ses "conseillers", où nul sans doute ne décide UNE MANIFESTATION AU VÉNÉZUELAmoins que lui, et a fortiori que le Peuple. Les licenciements massifs exécutés par les entreprises privées et couverts par le gouvernement, les "ajustements" de prix au bénéfice des entreprises et au détriment des plus pauvres, la protection offerte aux mafias qui ont pillé notre Nation au travers de la CADIVI [Commission d'Administration des Devises règlementant les changes NDLR] et aux fonctionnaires corrompus qui se succèdent aux plus hautes charges gouvernementales, ajouté aux assassinats sélectifs de leaders sociaux révolutionnaires qui s'élèvent à 400 morts ces 15 dernières années, font partie des "politiques" que la bourgeoisie réserve à nous le Peuple, nous qui encore et toujours pleurons les morts et demeurons les exploités, les vilipendés, ceux dont on dénature ce qui a été obtenu par notre travail honnête : les pauvres couillons de toujours !

    Le Peuple pauvre a toujours offert son sang en défense du Gouvernement bolivarien, et aujourd'hui Maduro et son cabinet s’assoient pour pactiser avec les éternels ennemis de ce Peuple souffrant, avec les maîtres d’œuvre des actes terroristes appelés "guarimbas" [occupations fascisantes des rues par des groupes de droite radicale, façon Ukraine] : Venamcham, Fedecámaras, Consecomercio, Conindustria, Fedeagro, Association Bancaire, partis de droite et d'ultra-droite regroupés dans la MUD, et y compris l’Église catholique.

    Et nous autres, le Peuple ? "Bien, merci" : dehors, victimes de leurs "mesures" économiques, en attendant qu'ils nous convoquent à la prochaine marche ou élection, ou a sacrifier notre vie en défense de leurs privilèges et de leurs postes au gouvernement.

    Les Guarimbas : contexte voulu et préfabriqué

    C'est à cette réalité préfabriquée par ces deux classes bourgeoises, la traditionnelle et la gouvernementale, que les "guarimbas" ont offert le contexte idéal servant d'excuse pour qu'une caste au sommet de l’État trahisse le Peuple pauvre au bénéfice de ses intérêts élitistes, immoraux et contre-révolutionnaires, dans une diabolique alliance avec ceux qui depuis l'époque de l'indépendance de notre Patrie on réduit le Peuple en esclavage, comme c'est le cas de la bourgeoisie traditionnelle. La Cosiata [rébellion militaire ayant amené à la séparation de la Colombie et du Venezuela NDLR] et le Pacte de Punto Fijo nouvelle édition, réédités et raffinés.

    GuarimbaLes Guarimbas ont été la concrétisation tactique d'une stratégie visant à démonter toutes les avancées du processus révolutionnaire que le Peuple, avec Chávez et le Gouvernement bolivarien, avait pu arracher. Contrairement à ce que le Peuple a pu initialement penser que visaient ces actes terroristes (une guerre civile à l'initiative de l'ultra-droite, ou assassiner sélectivement des personnes de toutes tendances politiques entre les mains des propres fonctionnaires de la police politique du gouvernement comme dans le cas de Bassil et "Juancho"), ils n'avaient en réalité (et les ont atteint) que deux objectifs : d'un côté, neutraliser l'activité révolutionnaire du mouvement populaire et obtenir l'appui de celui-ci au gouvernement ; et de l'autre, donner un sentiment de victoire à la classe moyenne d'opposition lorsque lui seront appliquées les mesures économiques qui même à elle sont préjudiciables. Le plan parfait au bénéfice des ennemis du Peuple...

    Chávez est mort... ou ils l'ont assassiné ?

    En réalité, la question exacte que nous devrions poser serait : qui l'a assassiné ? Avec certitude, cela doit être des personnes très proches de lui, ayant sa confiance ou, du moins, à qui il était obligé de faire confiance. Le but ? S'emparer du pouvoir politique sur le 5e producteur mondial de pétrole et la première réserve hydrocarbure de la planète : une paille !

    Les pistes sont à chercher parmi ceux qui s'assoient à cette "Table de Discussion" actuelle ou qui composent la "Commission pour la Vérité", au sein des mafias qui se partagent les charges stratégiques au sommet de l’État et des Forces Armées, et surtout parmi ceux qui dictent leurs "conseils" en matière économique, contraires à la vision révolutionnaire et populaire du  Comandante, et qui appliquent les dernières mesures politiques antipopulaires en faveur de nos ennemis de classe, ce qu'est la bourgeoisie.

    boliburguesia 2Ceux-là, les assassins de Chávez, sont les mêmes qui ont assassiné des centaines de dirigeants populaires révolutionnaires, exécutés sélectivement au cours des 15 années du Gouvernement bolivarien, et que protège aujourd'hui ce gouvernement maduriste (soi-disant chaviste et révolutionnaire) sous la tutelle de l'impunité et l'ombre de la trahison.  Ce sont les mêmes pour qui les cadres moraux, éthiques, efficaces dans leur gestion publique et surtout loyaux aux principes révolutionnaires sont gênants, qui s'échinent à les disqualifier et à les étiqueter de "radicaux", "ultras", "politiquement inconvenants"... jusqu'à ce qu'ils meurent au final dans d'étrange circonstances, comme récemment le camarade Eliécer Otaiza [compagnon de la première heure de Chávez depuis la tentative de "révolution militaire" de 1992, ex-chef de la police d'investigation et retrouvé assassiné fin avril NDLR].

    La Révolte populaire doit reprendre

    Le mouvement populaire doit être vigilant devant cette réalité peu enthousiasmante. Le gouvernement, qui sous Chávez était un allié dans le processus révolutionnaire (impulsé depuis bien avant la victoire présidentielle de 1998), s'est retourné avec Maduro en faveur des intérêts de la bourgeoisie. Le "Changement de Cap", ils l'ont effectué mais vers la droite, et dans le dos du Peuple.

    Le drapeau de la morale révolutionnaire, populaire et anti-bourgeoise a été abaissée par le gouvernement. Ils nous ont vendu pour maintenir leurs privilèges, leur nouveau mode de vie bourgeois, fondé sur la corruption et l'extorsion des richesses du Peuple.

    Puissants et sans scrupules sont les ennemis du Peuple, et ils sont autant à l'extérieur qu'à l'intérieur du gouvernement actuel :

    patria socialismo o muerteÀ l'intérieur du gouvernement, tous ceux qui ont adopté la culture de la bourgeoisie et partagent ses privilèges, qui se sont enrichis par la corruption ou qui ont utilisé leur influence au bénéfice de la bourgeoisie et contre les intérêts du Peuple, sont tout simplement des traîtres envers le Peuple et nos ennemis de classe. On les reconnaît à leur nouveau style de vie opulent. Il suffit de savoir d'où ils viennent pour mesurer tout ce qu'ils ont obtenu en volant.

    Et puis, dans nos traditionnels ennemis hors du gouvernement nous avons : les mercenaires étrangers, certains secteurs des polices métropolitaines [les flics dépendent généralement des pouvoirs municipaux au Venezuela NDLR], du CICPC [police d'investigation criminelle] et du Sebin [Servicio Bolivariano de Inteligencia Nacional - contre-espionnage] recrutés par la contre-révolution, les militaires golpistes et corrompus,  la délinquance en col blanc, la hiérarchie catholique et ses appareils de reproduction idéologique (écoles, universités, fondations, Conférence épiscopale et partis comme le Copei et Primero Justicia), les universités privées de droite, les think thanks contre-révolutionnaires parmi lesquels le Cedice, le Cipe, la NED, l'Usaid, le Faes espagnol, la Fondation Internationale pour la Liberté, l'Institut Cato et la Fondation Friedrich Neuman, l'ILDIS, le Cendes de l'UCV, le Groupe La Colina de Teodoro Petkoff et compagnie, l'appareil économique bourgeois regroupé dans Venamcham, Fedecámaras, Consecomercio, Conindustria, Fedeagro, l'Association Bancaire, les médias de communication diffusant la culture capitaliste et impérialiste (Venevisión, Globovisión, Televen et les chaînes de Radio associées, entre autres), les ONG contre-révolutionnaires dirigées et financées par les États-Unis ainsi que les groupes d'investigation contre-révolutionnaires comme les Mormons et les Témoins de Jéhovah.

    Un nouveau et difficile défi se présente à nous : briser le silence, en finir avec cette attitude soumise aux "directives" du gouvernement et retrouver notre caractère belligérant, rebelle, radicalement révolutionnaire et populaire.

    Pour cela nous devons unir le Peuple, unir tous les éléments politiques, idéologiques, économiques, sociaux, moraux, militaires et culturels de caractère authentiquement révolutionnaire, et nous préparer pour la lutte éminemment nécessaire dans tous les domaines : politique, économique et militaire. Ainsi, oui nous sommes convaincus de suivre la voie de Guaicaipuro et de nos frères indigènes en résistance, de Bolívar et de nos libérateurs, et de Chávez dans la construction du Pouvoir populaire.

    combattants-erpComment cela ? Au moyen de l'articulation organisative, de la formation de cadres révolutionnaires, de la diffusion massive des valeurs révolutionnaires ; en créant des unités économiques autonomes pour la production de ressources et l'autosuffisance ; et en parvenant à construire une véritable ARMÉE DU PEUPLE en armes qui soit en capacité de mener une guerre de basse intensité et non-conventionnelle en défense de notre souveraineté [!!!].

    Les choses sont simples : tout ce qui bénéficie à la bourgeoisie nous préjudicie à nous le Peuple. Et tout ce qui bénéficie à nous le Peuple leur préjudicie à eux, la bourgeoisie.

    Pour la défense du Peuple et de Notre Processus Bolivarien.

    Avec Bolívar et Chávez : en avant !

    Du Venezuela, Terre de Libérateurs, à 522 ans du début de la Résistance anti-impérialiste en Amérique et à 204 ans du début de Notre Indépendance,

    Coordinadora Simón Bolívar - Révolutionnaire, Solidaire, Internationaliste, Indigéniste, Populaire et Socialiste.

    ******************************************************************************************************

    Nous avons là sous les yeux exactement ce que nous avons (pré)dit et répété depuis les tous premiers débuts de Servir le Peuple, après notre rupture avec une certaine "action" "antifasciste" précisément sur ce thème des régimes "bolivariens" d'Amérique latine : pourrissement "centriste" du "processus" et rupture avec ses élites réformistes des forces révolutionnaires authentique, reprenant le sentier de la lutte... Nous continuerons à suivre les évolutions de tout cela de très près, dans ses développements positifs et ses échecs que nous ne souhaitons pas mais qui sont inévitables. Pendant ce temps-là, une poignée de sectouilles ultra-gauchistes aura préféré faire du maoïsme sur la Lune, s'égosillant après le "fascisme de Chávez" et en incantations à une "Guerre populaire jusqu'au communisme" dont n'existait pas l'ombre d'une condition concrète ni d'un Parti maoïste pour la diriger, s'épargnant ainsi de déplorer quelque échec... et de célébrer quelque succès que ce soit ; le Peuple vénézuélien (ou bolivien, hondurien etc.) n'ayant rien d'autre à faire qu'attendre que l'Esprit Saint maoïste descende sur sa tête, et en attendant, "qu'il crève" sous son "fascisme" bolivarien ou "mieux" encore, sous les balles d'un "soulèvement" ("antifasciste", si l'on va au bout du raisonnement) contre celui-ci.

    Le premier texte (celui du MGR), dans le continuité de celui que nous avions déjà traduit il y a quelques mois, tout en "préservant" la figure de Chávez peut-être un peu trop au goût de certain-e-s, analyse correctement le "processus bolivarien" et son caractère ni révolutionnaire ni socialiste dès le départ, débutant comme une sorte de social-libéralisme à la Blair ou Lula puis se radicalisant à la fois sous la pression populaire et en réaction à la résistance de la vieille oligarchie, mais retombant (et ne pouvant QUE retomber) comme un soufflé à partir de la fin des années 2000, du fait de n'être en fin de compte qu'un keynésianisme de rente pétrolière, jusqu'à sa liquidation à l'ordre du jour aujourd'hui : tout cela est exactement l'analyse que nous avons pu avoir jusqu'à présent.

    Le deuxième texte personnalise beaucoup plus la question et fait clairement de la mort de Chávez (probablement criminelle selon eux) une césure politique. Mais là encore : il faut comprendre la situation particulière du Venezuela avant de déblatérer. Si l'on prend le Brésil ou l'Argentine, par exemple, il est très clair que dans ces pays depuis 2003 "tout a changé pour que rien ne change", si l'on fait abstraction de l'amélioration aussi "normale" qu'inégalitaire du niveau de vie permise par la croissance capitaliste (très forte dans les années 2000). Au Venezuela, en revanche, la sensation de changement a été bien réelle, immédiate et concrète dans les années 2000, sur le plan 1°/ des conditions de vie des masses et 2°/ (surtout) du sentiment de PROTAGONISME populaire (sentiment d'avoir "voix au chapitre" dans l'ordre social existant et les décisions qui le gèrent). C'est cela que le gouvernement Maduro est en train de démanteler aujourd'hui, autour d'une table avec le patronat et la droite "modérée" et sous la pression de la droite "ultra" dans la rue... et c'est là-dessus qu'il est possible et qu'il FAUT mobiliser les masses du Peuple pour la lutte révolutionnaire.

    Chávez gît aujourd'hui six pieds sous terre. Le bilan de ses 14 années de pouvoir est fait de positif et de négatif, d'ombres et de lumière ; mais le principal reproche qu'on peut lui faire est d'avoir été un facteur de confusion dans le camp populaire : il n'était clairement pas communiste, pas marxiste au sens que nous donnons à ce terme ; il est difficile de dire s'il était réellement et sincèrement révolutionnaire... mais ce qui est certain, c'est qu'il était le seul dirigeant "bolivarien" à pouvoir sérieusement le faire croire aux masses. Pas un seul autre n'avait même le semblant de sa crédibilité comme "révolutionnaire". Et donc, sa "révolution" reposant sur des conceptions erronées (peu importe la force avec laquelle il y croyait lui-même), il contribuait à semer la confusion dans les esprits populaires sur ce qu'est réellement une révolution et le socialisme. Mais à présent qu'il n'est plus, ce pouvoir de nuisance confusionniste l'a suivi dans la tombe. Quel problème y aurait-il, dès lors, à ce que les masses vénézuéliennes militantes avancées en fassent leur "Commandant éternel du Peuple" (ignoblement trahi par ses successeurs qui d'ailleurs l'ont certainement assassiné) sur de grandes peintures murales, du moment que cela sert une mobilisation dont les agissements et les conceptions peuvent évoluer et s'agencer petit à petit pour, si les "dieux" matérialistes dialectiques le veulent bien et (surtout) si un Parti au minimum marxiste-léniniste agit en ce sens, devenir une Guerre populaire et une Révolution démocratique anti-impérialiste puis socialiste ? Peut-être que certaines personnes, basant leur "matérialisme" sur les écrits du sioniste Sternhell, nous rétorquerons que "c'est du mythe mobilisateur à la Sorel" ; nous répondrons comme à l'accoutumée que nous n'en avons cure, vu ce que l'avis de "communistes" soutenant hier Sarkozy et aujourd'hui Manuel Valls nous importe...

    Nous avons parlé du Brésil et à ce sujet il faut dire les choses clairement : vu les conditions concrètes et vu l'existence et l'importance d'un mouvement maoïste dans ce pays (Cebraspo, Mouvement étudiant populaire-révolutionnaire MEPR, Ligue Ouvrière et Ligue des Paysans pauvres, journal A Nova Democracia, Front révolutionnaire de Défense des Droits du Peuple FRDDP etc. etc.), il est impossible qu'une Guerre populaire prolongée n'y éclate pas avant la fin de la décennie ; pas besoin de s'appeler Mme Irma. Contrairement, en effet, à ce que croient les maîtres bourgeois de ce monde, ce n'est pas une simple question de renseignement et de basse police pour débusquer et éliminer les "groupes radicaux", mais une question que là où il y a oppression il y a tôt ou tard résistance et que là où il y a résistance, il y a tôt ou tard une avant-garde organisée qui en prend la tête et il y a révolution. Cette Guerre populaire irradiera bien sûr comme un "phare" sur tout le grand continent américain en lutte, pouvant et DEVANT devenir le point de ralliement de toutes les luttes et guérillas révolutionnaires d'ores et déjà existantes (mais de niveau politique évidemment moindre) : EPP du Paraguay et EPR du Mexique, Mapuches du Chili et mineurs boliviens, résidus des grandes guérillas révolutionnaires passées en Colombie et au Pérou, etc. La résistance populaire vénézuélienne contre la liquidation des conquêtes du "processus" aurait naturellement toute sa place dans cette nouvelle coordination révolutionnaire continentale.

    De tout cela découle pour le MGR comme pour la Coordination Simón Bolívar une nécessaire conclusion :

    - Étudier et analyser EN PROFONDEUR l'histoire et la réalité actuelle de la construction sociale Venezuela (les travaux du grand communiste péruvien Mariátegui peuvent être un bon point de départ, bien qu'il faille nécessairement les adapter à la différence de pays et d'époque) ;

    - Développer le terreau socio-politique (sympathie dans les masses) et forger l'avant-garde révolutionnaire, le PARTI ;

    - Établir un PLAN GÉNÉRAL DE TRAVAIL pour l'actuelle étape de défensive stratégique révolutionnaire (les deux textes l'évoquent déjà rapidement dans les derniers paragraphes) ;

    - Lancer, enfin, la GUERRE  RÉVOLUTIONNAIRE DU PEUPLE ; le moment propice pouvant être celui (inéluctable) du retour effectif de la droite "néolibérale" au pouvoir [ceux qui délirent sur la Guerre populaire au Pérou se gardent bien de dire que le Parti communiste de Gonzalo a attendu, pour la déclencher, le triomphe du "néolibéralisme" avec la Constitution de 1979 et le retour au pouvoir de Belaúnde Terry, sachant pertinemment que sous le régime militaire réformiste de Velasco Alvarado (1968-75) les conditions n'étaient pas favorables] ; à moins que la liquidation maduriste du "processus" ne revienne strictement au même d'ici quelques années.


      En avant avec toutes les forces de l'Histoire !


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  • bras3Dans un peu plus de trois semaines sera donné le coup d'envoi du premier match de la Coupe du Monde 2014 de football au Brésil. Pendant que les merdias nous jouent leur traditionnel numéro de suspense sur l'air de "tout sera-t-il vraiment prêt ?" (alors que tout le monde sait pertinemment que cela le sera), des évènements beaucoup moins "montrables" se déroulent loin de l’œil des caméras. Car la réalité, c'est que cet évènement tant attendu dans le pays à la fois le plus titré de la compétition et "phare" du "Sud émergent" (bien qu'en sérieux ralentissement avec seulement 2,3% de croissance en 2013 et 1% en 2012 contre 7,5% en 2010) donne lieu depuis plus d'un an à une véritable GUERRE CONTRE LE PEUPLE.

    Afin d'offrir un pays "présentable" aux millions de supporters qui afflueront du monde entier, l'État comme les forces du Capital privé ("armées" privées et groupes para-policiers frappant la nuit au service de qui les paye font partie du paysage là-bas) ont déchaîné une effroyable campagne de "nettoyage social" contre les classes populaires misérables (extrême pauvreté) qui représentent bras1quelques 17 millions de personnes (8,5% de la population). Une campagne consistant notamment en des meurtres de SDF, dont la presse progressiste se faisait déjà l'écho il y a un an :

    http://www.slate.fr/lien/54863/bresil-nettoyage-social-assassinat-sans-abri-mondial-2014

    http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-une-operation-de-nettoyage-social-des-sans-abri-pour-la-celebration-du-mondial-de-foot-2014.html

    On parlait déjà à l'époque de plusieurs centaines de victimes, souvent brûlées vives (!) par des groupes "non-identifiés". La politique de "nettoyage social" s'est évidemment poursuivie depuis, sauf que désormais... les miséreux se rebiffent ("cette grande humanité s'est levée et a dit ¡Basta!", proclamait le Che voilà déjà 50 ans à la tribune des Nations Unies) :

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/04/30/bresil-des-affrontements-entre-un-millier-de-sans-abri-et-la-police-a-sao-paulo_4409409_3222.html

    http://www.spacefoot.com/international/coupe-du-monde-2014/coupe-du-monde-affrontements-entre-sdf-et-policiers-lors-d-une-manifestation-a-sao-paulo-42531

    http://news.icilome.com/?id=11&idnews=782367

    http://www.lencrenoir.com/protestations-anti-coupe-fifa-2014/

    bras2Le gouvernement a également lancé une grande campagne de "pacification" des favelas, qui rencontre elle aussi la résistance du Peuple :

    http://www.rfi.fr/ameriques/20140512-quel-avenir-pacification-favelasbresil-coupe-monde-2014-football-police-pacificat/

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/886977-expulsions-destructions-stigmatisations-l-indigne-coupe-du-monde-2014-au-bresil.html

    http://www.lefigaro.fr/international/2014/04/23/01003-20140423ARTFIG00058-bresil-une-favela-de-rio-s-embrase-apres-la-mort-d-un-habitant.php

    http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-la-coupe-du-monde-a-instaure-un-nouvel-etat-de-guerre.html

    Encore plus édifiant est cet article en anglais, évoquant notamment l'implication de compagnies militaires privées comme la sinistre Blackwater (pour ceux et celles qui ne comprennent pas l'anglais, les nombreuses images sont déjà édifiantes) : http://revolution-news.com/blackwater-trains-killer-police-fifas-war-poor-brazil/

    En substance : le gouvernement brésilien prévoit de déployer plus de 170.000 hommes dont 57.000 militaires (la sinistre Policia Militar - PM) pour écraser toute protestation pendant la Coupe, certains d'entre eux ayant reçu une formation par des compagnies militaires privées ; les assassinats policiers sont quasi-quotidiens dans les favelas (5 jeunes hommes et une femme qui tentait de protéger son fils de 10 ans rien que dans les 10 derniers jours d'avril...) et la résistance populaire permanente et semi-insurrectionnelle ; une nouvelle loi permet de punir les protestataires de peines allant de 12 ans (en cas de dommages matériels) à 30 ans de prison (si quelqu'un est tué... peu importe par qui), etc. etc.

    massacre favela

    De ces mobilisations a peu à peu émergé un slogan devenu récurrent : "Não vai ter Copa !" ; "la Coupe du Monde n'aura pas lieu !".

    Le Brésil est un pays semi-colonial ("dépendant", "soumis" au Capital impérialiste du "Nord") et semi-féodal ("problème de la terre" dont nous avons parlé en fin d'année dernière) dans lequel un phénomène "émergentiste" (depuis les années 1990) a amené au pouvoir en 2002 une aile "gauche" (sociale-libérale) modernisatrice de l'oligarchie bureaucratique-compradore (classe dominante dans ces pays-là), utilisant comme personnel politique le Parti des Travailleurs (PT) formé d'anciens syndicalistes réformistes comme Lula da Silva (persécutés durant la dictature militaire de 1964-85, mais il n'y avait pas besoin d'être particulièrement radical pour cela...) voire, comme l'actuelle présidente Dilma Rousseff, d'anciens guérilleros révolutionnaires reconvertis avec l'âge dans la social-démocratie. Cette fraction modernisatrice s'est liée en particulier avec l'impérialisme européen, notamment français, afin de contrebalancer la "traditionnelle" domination US qui avait succédé depuis la dictature à la vieille prééminence britannique (1822-1930) après les expériences nationalistes et (déjà) modernisatrices des années 1940-50 (Vargas, Kubitschek, Goulart). Elle a également développé au niveau continental une sorte de "sous-impérialisme" appuyé sur des "semi-monopoles", encourageant notamment (dans la limite de ses intérêts bien sûr) les expériences nationalistes et réformistes "radicales" de Chavez & co. Pour autant, la structure profonde de l'ordre social est restée absolument inchangée : des escadrons de la mort sévissent comme aux plus "beaux" jours de la junte fasciste et Dilma Rousseff promet... "des mesures" contre ces pratiques. Des camarades maoïstes luttent là-bas au quotidien, notamment au sein du Cebraspo (Centre brésilien de Solidarité avec les Peuples). Voici leur analyse sur la réalité semi-coloniale semi-féodale du Brésil actuel :

    favelaLes journaux, les magazines persistent à affirmer que le Brésil est la sixième économie mondiale, par exemple, mais la réalité dément ces analyses et parle d'elle-même.

    Selon une étude réalisée par le Statistical Yearbook for Latin and Caribbean America en 2013, le taux de pauvreté en Amérique latine et dans la Caraïbe en 2012 était de 28,2% et l'indigence absolue de 11,3%. Au Brésil, 16,27 millions de personnes (soit 8,5% de la population) vivent dans une extrême pauvreté tandis que 4,8 millions ont un revenu nominal mensuel égal à zéro ! Dans le même temps, l'OIT (Organisation internationale du Travail) a réalisé une projection du taux de chômage au Brésil, qui devrait rester au-dessus de la moyenne mondiale jusqu'en 2016. L'impérialisme, dans sa tentative de briser tous les obstacles à la maximisation de ses profits, attaque les nations et recherche la domination complète et l'anéantissement des forces qui combattent son système. Ce n'en est pas moins un système insoutenable, qui augmente chaque jour les actions violentes contre les classes populaires exploitées et opprimées, en particulier contre les masses en lutte et les révolutionnaires, sur tous les continents. Au Brésil, le système carcéral joue un rôle primordial dans la violence à grande échelle de l'État bourgeois et propriétaire foncier contre les pauvres en général.

    Les prisons sont des camps de concentration surpeuplés, où les conditions de vie sont totalement inhumaines et beaucoup de prisonniers meurent sous les tortures et les violences quotidiennes des gardiens. Il y a aujourd'hui plus de 560.000 prisonniers au Brésil, parmi lesquels des centaines de paysans emprisonnés pour leur lutte pour la terre, qui s'est considérablement développée dans le pays. L'État tente de dissimuler le caractère politique de leur lutte en les inculpant pour des délits de droit commun. Beaucoup de paysans ont tout simplement été traqués et abattus avant même d'être arrêtés. C'est le cas des paysans Gilson Goncalves, Elcio Machado, Luiz Lopez et Renato Nathan, parmi d'autres. Beaucoup de paysans ont des mandats d'arrêt sur leur tête. Depuis juin 2013, lorsqu'ont éclaté de gigantesques manifestations populaires à travers tout le pays, les forces de répression ont fait des centaines de prisonniers, des centaines de blessés et des dizaines de morts.

    cebraspoPlus d'une centaine de travailleurs des médias ont été blessés par la police, en particulier des journalistes indépendants. Les classes dominantes, avec l'aide des monopoles réactionnaires de l'information, tentent désormais de criminaliser les luttes populaires et de légitimer le traitement inhumain des protestataires et des prisonniers politiques. Plusieurs avocats défendant les inculpés politiques ont été menacés de mort ou de prison, sous l'accusation de complicité avec ces "criminels". La juste révolte du Peuple brésilien se poursuit, si bien que de nouvelles mesures répressives ont été prises. Le gouvernement envoie maintenant l'armée dans les favelas de Rio.

    Le plan consiste à étendre la répression contre le Peuple en déployant les Forces armées dans les rues des grandes villes brésiliennes, sous le prétexte de la Coupe du Monde qui doit débuter en juin. De nouvelles lois ont été promulguées comme la Loi anti-terroriste, la Loi contre les troubles sur la voie publique, la Loi générale pour la Coupe du Monde et l'Ordonnance du Ministère de la Défense pour assurer la Loi et l'Ordre. Toutes ces lois qualifient les mouvements sociaux de "forces d'opposition" et font tomber le masque de l'État démocratique et de droit brésilien, qui n'est rien de plus qu'un État policier. Dans le même temps un terrible régime carcéral (comparable aux cellules de type F en Turquie) a été adopté, d'abord contre les chefs de gangs criminels mais il devrait bientôt être étendu aux prisonniers politiques. Il s'agit du Régime disciplinaire différencié (RDD) : un isolement total du prisonnier, qui ne peut adresser la parole qu'aux gardiens et reste constamment observé par des caméras.

    C'est déjà le cas d'un prisonnier politique étranger : Mauricio Norambuena, ancien dirigeant du Front patriotique Manuel Rodriguez (FPMR) chilien. Il a été arrêté au Brésil en 2002 et condamné à 30 ans de prison pour l'enlèvement politique d'un homme d'affaire brésilien. Norambuena a été brutalement torturé et continue à l'être aujourd'hui. Il est soumis au RDD depuis plus de 10 ans, ce qui contrevient aux normes minimales de traitement des prisonniers établies par le 1er congrès des Nations Unies sur la prévention de la criminalité et le traitement des prisonniers.

    *****************************

    Pour mettre à bas cet ordre oligarchique impitoyable, il est inévitable que se lève d'ici peu le vent furieux de la Guerre du Peuple !

    No vai ter Copa
     marighellaenvencible guerra populara 3 montanas

     


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  • pistoleiros2En ce moment même au Brésil, un massacre contre des paysans sans terre de l’État de Rondônia est en préparation. Les forces de répression de l’État et de l’Union vont attaquer des paysans pauvres sous le fallacieux prétexte qu’ils occupent une réserve naturelle. Des émeutes ont déjà eu lieu et les paysans ont été victorieux de la première tentative d’expulsion. Mais une récente intervention du gouverneur de l’État, qui est un propriétaire terrien, où il qualifie les paysans de ‘vandales’ et ‘bandits’ laisse augurer le pire.

    Avec l’accentuation de la crise générale du capitalisme, la situation dans les pays semi-colonisés (dits du ‘Sud’) devient de plus en plus difficile. Au fur et à mesure que la crise s’approfondit, la pression impérialiste sur ces pays, pour la captation des ressources et l’accaparement de nouveaux marchés, provoque de nombreux troubles. Les plus apparents sont les interventions impérialistes militaires directes ou indirectes actuelles ou récentes (Lybie, Mali, Afghanistan, Irak, Syrie, Centrafrique etc.), mais cela signifie aussi pour les classes populaires et les peuples des pays d'Asie, d’Afrique et des Amériques une constante aggravation de leur situation sociale sans compter les ravages écologiques provoqués par l’exploitation dantesque de tout ce qui peut rapporter quelques dollars ou euros.

    Le Brésil ne fait pas exception à cette situation générale. Derrière le mensonge de la croissance et du développement, orchestrés par les gestionnaires du PT au pouvoir et du FMI, se cache en réalité une situation dramatique pour une grande partie de la population. L’explosion populaire de juin 2013 est venue rappeler que le groupe des BRICS comme ‘nouvelles puissances’ n’est qu’une chimère. La Coupe du Monde de Football en 2014, avec les JO de Rio en 2016, devait venir parachever cette propagande d’un Brésil sorti du sous-développement, mais la réalité est têtue !

    favelaLoin de sortir de leur lien de sujétion avec les pays impérialistes, les gouvernements de ‘gauche’ sud-américains sont en réalité les parfaits relais du règne planétaire des monopoles. Cela se traduit concrètement par une dégradation du niveau de vie et des conditions de travail, avec des loyers dépassant l’entendement, une inflation galopante, les violences policières toujours plus forte, des services sociaux de base en piteux état ou inexistants et une corruption généralisée. 50% du budget du Brésil va au remboursement des intérêts de l’immense dette publique, des milliards sont dépensés dans les projets du PAC, projets pour développer les infrastructures dans le seul but de satisfaire les monopoles impérialistes, et à côté les hôpitaux ferment. La situation dans les campagnes est tout aussi dramatique, la réforme agraire promise n’est jamais arrivée et pire encore, la répression contre les mouvements paysans s’accentue. Exécutions sommaires des leaders paysans par les milices des grands propriétaires, torture courante par la police, intimidations, tout est fait pour faire régner un climat de terreur dans le peuple. Cinq millions de familles paysannes au Brésil n’ont pas de terres à cultiver et les latifundias (grandes propriétés agraires, marque de la semi-féodalité) et autres exploitants agro-capitalistes sont présents dans tous les rouages de l’État, tandis que le monopole médiatique criminalise systématiquement toute contestation.

    Aujourd’hui, avec le capitalisme globalisé toutes les luttes dans le monde sont intimement liées ; le Brésil comme l’Inde est une pièce maîtresse dans l’économie mondiale. Il est une de ces fermes du monde vouées à la fourniture planétaire de nourriture marchandisée, et par conséquent plus la révolution avancera au Brésil plus l’impérialisme s’affaiblira, plus nous pourrons le combattre dans les pays impérialistes.

    Nous appelons tous révolutionnaires et progressistes sincères à appuyer les luttes révolutionnaires dans ces pays. Nous devons sortir d’un certain eurocentrisme idéologique ; le changement vient des périphéries du Vieux monde, là d'où souffle vers les Centres du capitalisme le vent d’un Monde Nouveau. Nous appelons à soutenir la révolution agraire au Brésil et à dénoncer les violences contre le peuple, notamment celles en cours dans l’État de Rondônia.

    Nous appelons à boycotter plus que jamais la mafia nommée FIFA et la Coupe du Monde 2014, ainsi que les futurs JO à Rio de Janeiro ; et à dénoncer les mensonges du gouvernent de pseudo-gauche du PT et de Dilma Rousseff.

    Nous envoyons un salut fraternel et révolutionnaire à tous les combattants du Peuple brésilien qui luttent au péril de leur vie pour une humanité libérée et égalitaire.

    VIVE LA RÉVOLUTION AGRAIRE AU BRÉSIL !

    VIVE LA JUSTE LUTTE DES PAYSANS DE RONDÔNIA ET DU MONDE ENTIER !

    À BAS LA FIFA !

    NÃO VAI TER COPA !

    Tous les révolutionnaires et progressistes conséquents, organisations mais aussi collectifs, websites et autres groupes sont invités à signer ce message de solidarité aux paysans brésiliens en lutte.


    ******************************

    INTERNATIONAL CALL TO DENOUNCE BRAZILIAN GOVERNMENT ! 


    At this very moment, in Brasil, a massacre is preparing against landless farmers in the State of Rondônia. State and Federal repressive forces are about to assault poor farmers under the pretext they occupy a wildlife reserve. Riots have already taken place and the landless have been victorious from a first eviction attempt. But a recent statement of the State governor (a big landowner), where he calls the landless farmers ‘hooligans’ and ‘criminals’, didn't bode anything well.  

    cp1-copie-1While general capitalist crisis increases, the situation in semi-colonial countries (so-called ‘South’) is getting more and more difficult. As crisis deepens, imperialist pression on these countries to harness their ressources and monopolize new markets is causing numerous unrests and troubles. The most apparents are the direct or indirect imperialist interventions of the last years (Lybia, Mali, Afghanistan, Iraq, Syria, Centrafrique etc.), but this also means, for the working classes and peoples of Asia, Africa and Americas, a constant worsening of their social situation, not counting with ecological disasters caused by dantesque explotation of anything able to bring in some dollars or euros.  

    Brasil is not an exception to this general situation. Behind the tale of economical growth and ‘emerging country’, mounted by IMF and ruling ‘Workers’ Party, actually lies a tragic situation for most people. June 2013 people's uprising came to remember us that the ‘BRICS’ group as ‘new powers’ is nothing but a myth. Football World Cup of 2014 and 2016 Olympic Games in Rio de Janeiro should complete this propaganda about a Brasil got out of underdeveloment. But reality is stubborn !

    Far from getting out their subordination to imperialist countries, South America's ‘left’ governments actually are the perfect go-between of world monopolist rule. This results in a concrete worsening of living standards and working conditions, housing rents defying comprehension, galloping inflation, increasing police violence, basic social services in a sorry state or nonexistent, and widespread bribery. 50% of Brazil’s budget is dedicated to repay the huge interests of national debt ; billions are spent in projects to develop infrastructures and facilites for imperialist monopolies whereas hospitals are closed.

    black red block brasil

    The situation in the countryside is far as tragic. The promised Land Reform never came and worse, the repression against farmers' movements increases. Summary executions of farming leaders, common torture by police forces, acts of intimidation, everything is done to spread a climate of terror in the people. Five millions of rural families have no land to farm and the latifundistas (big landowners) and other big agro-capitalist owners are present in all the State machinery, whereas media monopolies criminalize any form of protest.

    Today, with global capitalism, every struggle in the world is intimately linked to the others ; Brasil just as India is a major actor of world economical system. It's one of these World's farms dedicate to supply global merchandized food to the whole planet, so the more revolution will go on in Brazil, the more imperialist will weaken and we'll easily fight it in imperialist countries.

    We call all worldwide revolutionaries and genuine progressives to support revolutionary struggles in these countries. We shall get out from ideological euro-centrism ; change comes from these Old World's peripheries, from where the wind of a New World is blowing to the Centers of capitalism. We call to support Agrarian Revolution in Brazil and denounce the violences to the People, in particular those current in the State of Rondônia.

    We strongly and more than ever call to BOYCOTT the mafia called FIFA and the Football World Cup 2014, just as the future Olympic Games in Rio de Janeiro ; and to DENOUNCE so-called ‘left’ Dilma Rousseff government's lies.

    We address a brotherly and revolutionary salute to all Brazilian people's fighters, struggling at the risk of their lives for a free and egalitarian Humanity.

    LONG LIVE AGRARIAN REVOLUTION IN BRAZIL!

    LONG LIVE FARMER'S JUSTIFIED STRUGGLE IN RONDÔNIA AND ALL AROUND THE WORLD !

    DOWN WITH FIFA !

    NÃO VAI TER COPA !

    All revolutionaries and genuine progressives, organizations but also collectives, websites and other groups are called to sign this solidarity message to struggling Brazilian landless farmers.

    revolucionagraria[1]

    *************************************************************************

    CHAMADA PARA A DENUNCIA DO GOVERNO BRASILEIRO !


    Neste exato momento, no Brasil, um massacre contra os camponeses pobres e sua liderança no Estado de Rondônia está em preparação. As forças repressivas do Estado e da União planejam um ataque contra camponeses pobres sob o falso pretexto de ocupação a uma reserva natural. Vários tumultos já ocorreram e os camponeses foram vitoriosos na primeira tentativa de despejo. Porém num recente discurso do Governador do Estado Confucius Moura, um proprietário de terras, ele descreve os agricultores como vândalos "e " bandidos " e prenuncia o pior.

    Com a intensificação da crise geral do capitalismo, a situação dos países semi- coloniais (os chamados do 'Sul') tornam-se cada vez mais difícil. A medida que a crise se aprofunda, a pressão imperialista sobre esses países para captar recursos e pegar novos mercados vem causando muitos transtornos. Mais aparente são as intervenções imperialistas militares diretas ou indiretas atuais ou recentes (Líbia, Mali, Afeganistão, Iraque, Síria, Central etc), mas isso também significa para a classe trabalhadora e os povos da Ásia, da África, da Américas, um constante agravamento da sua situação social, além da devastação ecológica causada pela exploração monstruosa de tudo o que pode trazer alguns dólares ou euros.

    O Brasil não é exceção a essa situação geral, estão por trás do crescimento e desenvolvimento orquestrado pelos gestores do PT e do FMI, na verdade se esconde uma situação dramática para uma grande parte da população. O levante popular de junho 2013 foi um lembrete de que os BRICS revolucagraria2como "novos poderes" é uma quimera . A Copa do Mundo de Futebol em 2014, com os Jogos Olímpicos no Rio em 2016, traria a propaganda completa do Brasil do subdesenvolvimento, mas a realidade é teimosa !

    Longe de sair da sua ligação com a sujeição dos países imperialistas, os governos da "esquerda" da América do Sul são, na verdade, o reino perfeito do reinado global dos monopólios. Isso contribui para um agravamento das condições de vida e das condições de trabalho, com rendas superiores a compreensão, a inflação galopante, cada vez mais a violência policial, os serviços sociais básicos em mau estado ou inexistente, a corrupção generalizada. 50 % do orçamento do Brasil é utilizado pagar a enorme dívida, bilhões são gastos em projetos de PAC, projetos de desenvolvimento de infra-estrutura, com o único propósito de satisfazer os monopólios imperialistas e bem proximo disso ha hospitais que estão sendo fechados...

    A situação no campo é igualmente dramática, a reforma agrária prometida nunca chegou e, pior ainda, a repressão contra os movimentos camponeses aumenta. Execuções sumárias de líderes camponeses por milícias dos latinfudarios, tortura policial, intimidação, tudo é feito para criar um clima de terror entre as pessoas e os movimentos de resistência. Cinco milhões de famílias camponesas no Brasil não têm terra para cultivar e os latifúndios (grandes propriedades agrárias, marca do semi- feudalismo) e outros operadores agro-capitalistas estão presentes em todas as obras do Estado, enquanto o monopólio da mídia criminaliza sistematicamente qualquer desafio.

    Hoje, com o capitalismo global todas as lutas do mundo estão interligados, o Brasil como a Índia é uma peça central na economia global. É um pais-fazenda do mundo, dedicado à oferta global de alimentos mercantizados, e portanto, quanto mais avançar a revolução no Brasil mais enfraquecer o imperialismo, o mais que podemos lutar nos países imperialistas .

    Chamamos todos os revolucionários e progressistas sinceros para apoiar as lutas revolucionárias e nesses países. Temos de sair de um eurocentrismo ideológica, a mudança vem da periferia do Velho Mundo, para onde o vento está soprando um mundo novo. Chamamos para apoiar a revolução agrária no Brasil e denunciar a violência contra as pessoas, especialmente aquelas que ocorrem no estado de Rondônia .

    Fazemos uma chamada para o boicote, mais que nunca, da máfia chamada FIFA e da Copa do Mundo de 2014 e das futuras Olimpíadas no Rio de Janeiro, e para expor as mentiras do governante pseudo- esquerda do PT e da Dilma Rousseff.

    Enviamos uma salvação fraternas e revolucionárias a todos os lutadores do povo brasileiros que lutam para arriscar a sua vida para uma humanidade liberada e igual.

    VIVA A REVOLUÇÃO AGRÁRIA NO BRASIL !

    VIVA A JUSTA LUTA DOS CAMPONESES DO RONDÔNIA E EM QUALQUER LUGAR DO MUNDO !

    ABAIXO A FIFA !

    NÃO VAI TER COPA !


    *********************************************************

    ¡ LLAMAMIENTO INTERNACIONAL PARA DENUNCIAR AL GOBIERNO BRASILEÑO !


    En estos momentos, en Brasil, se está preparando una masacre contra los campesinos sin tierra en el Estado de Rondônia. Las fuerzas represivas estatales y federales están a punto de atacar a los campesinos pobres con el pretexto de que ocupan una reserva natural. Ya se han producido revueltas y los sin tierra han logrado la victoria de un primer intento de expulsión. Pero una reciente declaración del Gobernador del Estado (un gran terrateniente), en donde califica a los campesinos sin tierra de “gamberros” y “criminales”, no es buen augurio.

    Mientras la crisis capitalista aumenta, la situación en los países semicoloniales (denominados del “Sur”) se hace cada vez más difícil. Mientras la crisis se profundiza, la presión imperialista sobre estos países para aprovecharse de sus recursos y monopolizar nuevos mercados está causando numerosos disturbios y problemas. Los más aparentes son las intervenciones imperialistas directas o indirectas de los últimos años (Libia, Mali, Afganistán, Irak, Siria, República Centroafricana, etc.), pero esto también significa, para la clase obrera y los pueblos de Asia, África y América, un constante empeoramiento de su situación social, sin contar los desastres ecológicos causados por la dantesca explotación de cualquier cosa capaz de ganar algunos dólares o euros.

    No_vai_ter_Copa.jpgBrasil no es una excepción a esta situación general. Tras el cuento del crecimiento económico y de ser un “país emergente”, montado por el FMI y el Partido de los “Trabajadores”, yace en realidad una trágica situación para la mayoría del pueblo. En junio de 2013 el alzamiento popular nos vino a recordar que el grupo de los “BRICS” como “nuevas potencias” no es más que un mito. La Copa Mundial de Fútbol de 2014 y los Juegos Olímpicos de 2016 en Rio de Janeiro debe completar esta propaganda sobre un Brasil salido del subdesarrollo. ¡Pero la realidad es obstinada!

    Lejos de librarse de su subordinación a los países imperialistas, los gobiernos de “izquierda” de América del Sur son en realidad el perfecto intermediario del dominio monopolista mundial. Esto tiene como resultado un empeoramiento concreto de los niveles de vida y condiciones de trabajo, los alquileres de viviendas, la comprensión desafiante, la inflación galopante, la creciente violencia policial, los servicios sociales básicos en un estado deplorable o inexistente, y una extendida corrupción. El 50% del presupuesto de Brasil se dedica a pagar los enormes intereses de la deuda nacional; se gastan billones en proyectos para desarrollar infraestructuras e instalaciones para los monopolios imperialistas mientras se cierran hospitales.

    La situación en el campo se acerca a la tragedia. La prometida Reforma Agraria nunca se produjo y, peor aún, aumenta la represión contra los movimientos campesinos. Ejecuciones sumarias de dirigentes campesinos, frecuentes torturas por parte de las fuerzas policiales, actos de intimidación, todo se lleva a cabo para extender un clima de terror entre el pueblo. Cinco millones de familias rurales carecen de tierra para labrar y los latifundistas y otros grandes propietarios agrocapitalistas están presentes en toda la maquinaria del Estado, mientras los monopolios de la comunicación criminalizan cualquier forma de protesta.

    Hoy, con el capitalismo global, cada lucha en el mundo está íntimamente ligada a las otras; Brasil, al igual que la India, es un actor principal del sistema económico mundial. Es una región agrícola dedicada a suministrar alimentos comercializados al mundo, por lo que cuanta más revolución se desarrolle en Brasil, más se debilitará el imperialismo y con mayor facilidad le combatiremos en los países imperialistas.

    Llamamos a todos los revolucionarios del mundo y progresistas auténticos a apoyar las luchas revolucionarias en estos países. Saldremos del eurocentrismo ideológico; el cambio proviene de estas periferias del Viejo Mundo; de donde sopla el viento de un Nuevo Mundo. Llamamos a apoyar la Revolución Agraria en Brasil y denunciar la violencia contra el Pueblo, en particular la que ahora se está produciendo en el Estado de Rondônia.

    Hacemos un llamamiento enérgico y más que nunca al BOICOT a la mafia denominada FIFA y la Copa Mundial de Fútbol de 2014, al igual que los futuros Juegos Olímpicos en Río de Janeiro; y a DENUNCIAR las mentiras del denominado gobierno de “izquierda” de Dilma Rousseff.

    Enviamos un saludo fraternal y revolucionario a todos los luchadores populares brasileños, quienes combaten arriesgando sus vidas por una Humanidad libre e igualitaria.
     

     ¡VIVA LA REVOLUCIÓN AGRARIA EN BRASIL!

    ¡VIVA LA JUSTA LUCHA DE LOS CAMPESINOS EN RONDÔNIA Y EN EL MUNDO ENTERO!

    ¡ABAJO LA FIFA!

    NÃO VAI TER COPA ! 

    10a.jpg


    Ont déjà exprimé leur soutien à cet appel / Have already expressed their support to this call / Ya expresaron solidaridad con este llamamiento :

    - Servir le Peuple – Sheisau SorelhAuba Vermelha (Comité de Construction du Parti communiste révolutionnaire des Terres d’Òc, Occitània, État/Prison-des-Peuples "France") [à l’initiative de l’appel]

    - revue internationale Maoist Road (du PC maoïste d’Italie, PCmF, PCR Canada etc.)

    - Great Unrest Group / Yr Aflonyddwch Mawr (communiste-révolutionnaire de libération nationale, Pays de Galles, État "britannique")

    - collectif Feu de Prairie (média pour une culture révolutionnaire, État français)

    - Gran Marcha hacia el Comunismo (maoïste, Madrid, État espagnol)

    - Action antifasciste Aube Champagne-Ardenne (État français)

    - Comité de Construction du Parti communiste maoïste de Galice (Galiza, État espagnol ; site Dazibao Rojo)

    - Libertat! (Gauche révolutionnaire d'Occitanie, État/Prison-des-Peuples "France")

    - Organisation communiste Futur Rouge et Parti communiste maoïste de France (État français)

    - Breizhistance Dieub ha Sokialour (Gauche indépendantiste de Bretagne, État/Prison-des-Peuples "France")

    D'autres soutiens peuvent bien sûr être apportés après publication de cet Appel. Il suffit de nous envoyer un message par le formulaire de contact, ou de laisser un commentaire.

    Nouvelles signatures après publication / New signs after publication / Nuevas firmas despues publicar :

    - O Bloque independentista de Cuchas : Puyalon de cuchas - organizacion politica, Purna a organizacion chuvenil, A Clau Roya - colectivo feminista, A Enrestida, Centro Social y Seira, Colectivo sindical estudiantil (Aragon, État espagnol)

    - Collectif Odio de Clase (Cantabrie, État espagnol)

    - Ateneu Proletário Galego (Galice, État espagnol)

    - OCML Voie Prolétarienne (État français)

     


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  • Publié sur Auba Vermelha :

    Non au massacre des paysans au Brésil ! SOLIDARITAT !

    cp1Auba Vermelha continue d’informer sur la situation paysanne extrêmement tendue au Brésil et particulièrement en Rondônia (lire ou relire les anciens posts ici, ici et ici). Nous publions une note des camarades de l’Association internationale des avocats du peuple – IAPL, de l’Association Brésilienne des Avocats du peuple – ABRAPO et du Centre brésilien de solidarité avec les peuples – Cebraspo. La situation risque de dégénérer en massacre, la récente intervention du gouverneur de l’État ne laisse pas de place au doute. Au Brésil, quand une personne ou un groupe de personne est traitée de bandits par les médias ou l’État, cela signifie qu’elles peuvent être tuées sans risque.

    Nous vous proposons la traduction de la vidéo de l’intervention du Gouverneur, suivi d’un témoignage d’un paysan ayant subi des tortures lors de la première tentative expulsion par l’armée où la glorieuse résistance du peuple a dérouté les attaquants !

    pistoleiros2.JPGLa vidéo permet aussi de se rendre compte du cynisme des classes dominantes. Au nom de la préservation de la forêt amazonienne, cause qui est juste, le Gouvernement brésilien extermine les paysans pauvres et les indigènes. Tandis que de l’autre il appuie le pillage accéléré des ressources du pays par les agro-capitalistes et les compagnies minières, tous liés à l’impérialisme.  C’est une véritable guerre d’extermination qui se produit dans l’intérieur brésilien, loin des yeux du monde.

    Nous appelons tous et toutes à diffuser l’information, à faire connaître la réalité des peuples des pays semi-colonisés. Nous appelons aussi à boycotter la Coupe du Monde 2014 et les futurs Jeux Olympique de Rio en 2016.

    revolucagraria2.JPG

    Note de démenti de la déclaration du gouverneur de Rondônia (Brésil). 

    Le gouvernement de Rondônia prépare le massacre de paysans

    Des centaines de familles qui vivent dans la région du Rio Pardo (Etat de Rondônia) ont été violemment expulsées durant la seconde semaine de Novembre 2013. L’opération organisée conjointement par les gouvernements provinciaux et fédéral, ont envoyé l’armée, la police civile et militaire. Après l’événement , le gouverneur Confucius Moura a fait des déclarations à la presse , criminalisant le mouvement de la lutte pour la terre dans l’Etat de Rondônia , principalement la Ligue des Paysans Pauvres ( LCP ), en accusant de manière mensongère les paysans dans leur juste lutte d’être des «vandales», des « bandits » et même des « guérilleros ».

    Cette campagne de criminalisation a été faite par le monopole médiatique, en utilisant la mort d’un officier de l’armée (lors de l’opération) mais aussi l’occupation de Bom Futuro (parc national) pour justifier l’extermination des paysans. Ce parc national avait déjà été déplacé en raison des occupations illégales des propriétaires terriens. Les violentes menaces, la torture et les expulsions qui ont lieu dans la région sont directement liées aux intérêts des propriétaires terriens.

    Le résultat de l’enquête a démontré que le coup de feu qui a tué le policier est parti  d’en bas, ce qui indique que  au moment de la confrontation, les policiers ont accidentellement tiré la balle qui a tué le soldat, car les paysans ont résisté aux coups de feu et à la répression sans armes létales.

    Rondônia est un État qui a une longue histoire de crimes commis par les propriétaires terriens et par la police. Au cours des dernières années nous avons vu apparaître la systématisation du massacre de militants et de dirigeants paysans comme Maninho, Oséas Martins, Oziel Nunes, Dercy Francisco Sales, José Vanderlei Parvewfki, Nélio Lima Azevedo, Élcio Machado, Gilson Teixeira Gonçalves, le professeur Renato Nathan Gonçalves, pour ne citer qu’eux. Cette escalade répressive souligne la gravité de la question agraire au Brésil.

    L’Ouvidoria Agrária Nacional, qui a été créé durant le gouvernement Lula comme un instrument pour régler la question agraire, est en vérité un organe qui a comme rôle l’identification des leaders paysans, de les menacer et de légitimer l’action violente de l’État et des propriétaires fonciers .

    Nous ne pouvons pas autoriser le massacre en préparation contre le mouvement paysan en Rondônia, ni que l’État justifie ou légitime sa violence contre le peuple. 

    Association internationale des avocats du peuple – IAPL  

     Association Brésilienne des Avocats du peuple – ABRAPO  

     Centre brésilien de solidarité avec les peuples – Cebraspo

     

    Vidéo sous-titrée en dialecte parisien :

    Suivez ET diffusez le blog AUBA VERMELHA, une façon de montrer votre soutien à la révolution au Brésil.

    VIVE LA RÉVOLUTION AGRAIRE !

    revolucionagraria-1-.JPG


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  • Voici un article, traduit par nous, du Mouvement Guévariste Révolutionnaire, né voilà 6 ans au Venezuela en rupture avec les 'renoncements' et les 'trahisons' (extraditions de militant-e-s etc.) du gouvernement Chavez, la 'nouvelle droite endogène' du Parti 'socialiste' unifié de ce pays et autre 'boli-bourgeoisie' - toutes choses qui ne sont pour nous que le naturel de classe de la gauche bourgeoise chaviste revenant au galop. Nous publions cette analyse car 1°/ elle est BRILLANTE et très riche d'enseignements et de matériaux pour la réflexion théorique, 2°/ elle a l'insigne mérite de provenir de L’INTÉRIEUR MÊME du pays concerné, ce qui vaut toujours mieux que des analyses menées, du haut d'une chaire ou non, à des milliers de kilomètres ou sur le même continent, dans des pays voisins. 

    Notre position (1-2-3) s'est toujours voulue extrêmement claire quant au 'bolivarisme' : DÉFENSE ABSOLUE non pas tant des gouvernements que du 'fait populaire bolivarien' (mobilisation et rapport de force instauré par les masses) contre les offensives réactionnaires de la droite oligarchique et de l'impérialisme US, synonymes de massacre pour le Peuple et le mouvement social (ouvrier et paysan) organisé, comme on a pu le voir au Honduras et tout dernièrement, dans un contexte différent, en Égypte (ou ce n'était pas 'droite vs gauche' mais 'capitalisme d'en bas' islamiste contre 'capitalisme d'en haut' bureaucratique-militaire 'laïc') ; DÉNONCIATION ABSOLUE de son caractère réformiste bourgeois et de ses agissements anti-populaires. Aujourd'hui, le second aspect est clairement devenu principal : le PSUV de feu Chavez (et de son successeur Maduro) est clairement sur la voie d'autres 'gauches' qui par le passé ont réussi à garder le pouvoir et se sont institutionnalisées, comme le PRI mexicain, le MNR bolivien, ou tout simplement... l'Action démocratique (social-libérale) vénézuélienne dans le système de Punto Fijo. Si la droite revient au pouvoir, ce sera tranquillement par les élections (elle a déjà failli en avril dernier), pariant sur les déçus du chavisme qui s'abstiendront ou tout simplement sur les gens qui préfèreront l'original à la copie... Elle a d'ailleurs adopté un discours de plus en plus social-libéral et 'luliste' (c'est l'identité politique de son nouveau 'champion' Capriles) à mesure que le PSUV se droitisait, et bientôt (si ce n'est déjà le cas) plus grand chose ne les distinguera, dans un nouveau puntofijisme, le débat ne portant plus que sur "qui est plus corrompu que l'autre".

    Il est donc temps pour les forces populaires révolutionnaires de ce pays de franchir un cap, et d'assumer la révolution véritable par la Guerre du Peuple. Ce texte, qui n'est pas maoïste, en est certes encore loin, mais il est clairement un petit pas dans cette direction. C'est en tout cas beaucoup plus intéressant que des incantations (à lutter contre les 'fascistes' bolivariens) émises de pays étrangers, d'ailleurs guère plus suivies d'effet dans leur propre pays qu'elles ne le sont au Venezuela...

    Bonne lecture !

    Le Venezuela a besoin d'une véritable révolution : l'opinion des guévaristes


    chaveznodSix longs et dramatiques mois après la mort du commandant Hugo Chávez, le MGR croit nécessaire de livrer une opinion qui aide à clarifier le scénario auquel sont et seront à l'avenir confronté-e-s les travailleurs, les travailleuses et les exploité-e-s des villes comme des campagnes.

    Beaucoup d'encre a coulé au Venezuela et dans le reste du monde sur le fameux "processus révolutionnaire bolivarien". Pour des raisons diverses, mais généralement fondées sur l'opportunisme politique, de nombreux secteurs de la gauche capitaliste ont décerné des brevets de révolution au gouvernement du Venezuela. Les plus audacieux ont créé toute une série de catégories leur permettant de donner un support théorique à l'expérience ayant lieu dans notre pays. C'est ainsi qu'a surgi l'argument déjà usé du socialisme du XXIe siècle et tout ce qui en découle.

    Mais si l'on veut bien s'immiscer de manière concrète dans le processus social et politique vénézuélien, l'on risque de rencontrer bien des surprises provoquant plus que du désenchantement pour un admirateur non avisé du "processus".

    Nous proposons ici d'interroger sommairement quelques uns des concepts donnant un support théorique à l'actuel processus, pour comprendre, au-delà de nos désirs, la réalité du "socialisme bolivarien".

    La Révolution Bolivarienne

    C'est sous ce nom qu'a commencé l'actuelle période de gouvernement au Venezuela, annonçant de véritables changements par rapport à la quatrième république. Le concept de révolution impliquait jusque-là une rupture structurelle, économique et sociale avec le système antérieur, c'est-à-dire le capitalisme, mais dès lors, ce même concept a été vidé de son contenu pour exprimer quelque chose de très différent. 

    PHOc95f3da6-b365-11e2-a33a-92bc88a9ed8f-805x453La révolution bolivarienne, il était proposé de la faire non seulement de manière pacifique, mais encore avec le concours et la participation de ceux qui maintenaient le système en fonctionnement, à savoir la bourgeoisie.

    Le choix des élections comme moyen de dépasser les contradictions et les différences a été le pari des dirigeants du processus, ce qui signifie accepter et participer aux règles du jeu bourgeois. Cette acceptation a impliqué non seulement la reconnaissance de l'État et de ses institutions et lois, mais encore de se présenter comme une alternative d'administration de ces mêmes État, institutions et lois.

    De sorte que l'on renonce dès le départ à mener dans le pays une véritable révolution qui change le type d'État, ses institutions, son système économique, la propriété des moyens de production et par là, tout le système économique et social.

    Ce qui est proposé à la place est une modification de l'ordre juridique, par le biais d'une assemblée constituante qui substantiellement, cherche à réorganiser la nouvelle corrélation de forces entres les classes dirigeantes, et non à en finir avec le système bourgeois d'exploitation. La nouvelle constitution, dans son article central, consacre le système de propriété en place depuis la fondation de la république, et détermine ainsi la survivance du capitalisme sous un nouvel agencement de classes dominantes. 

    La révolution passe d'un trait de plume à ne plus représenter qu'un agencement et une répartition du pouvoir entre une nouvelle alliance de classe qui, dès lors, est vouée à préserver le système et l'État capitaliste d'exploitation. Le problème n'est alors plus le capitalisme, mais son administration et il suffit d'avoir de bons gérants. Ceci est précisément le discours inaugural de la nouvelle étape. 

    La Révolution comme processus et non comme acte révolutionnaire.

    venezuelahugochavezcelebroeldiadelamiliciabolivariana1À partir de là, la révolution comme concept cesse d'être un acte révolutionnaire exécuté par les exploités pour mettre fin au système qui les soumet. Elle ne consiste plus à exercer un pouvoir de classe exprimé dans un nouveau système politique, social et économique et dans la construction d'un nouvel État, mais en un processus indéterminé dans le temps et l'espace, qui change progressivement certaines règles du jeu, mais maintient l'essence du système capitaliste. 

    Telle est l'essence des nouveaux concepts qui animent la "révolution bolivarienne", qui n'est rien de plus que des changements graduels permis dans le cadre du capitalisme, car ils ne font que le renforcer et lui apporter une base sociale qu'il n'a jamais eue. La consigne "maintenant le Venezuela est à tous" exprime parfaitement la conciliation de classe qui prétend s'imposer au pays.

    Il est symptomatique que cette expérience politique coïncide dans le temps avec la poussée définitive pour l'effondrement du bloc de pays qui, sous la direction de l'URSS, disaient représenter le socialisme réel. C'est une donnée très importante, car elle représente un changement d'époque historique et un changement de paradigme pour une grande partie de la gauche au niveau international, qui trouve dans le réformisme capitaliste une nouvelle niche théorique et un nouveau modèle pour justifier sa banqueroute théorique et politique : la gauche capitaliste. 

    À partir de là, nous pouvons proprement parler de renforcement de la gauche capitaliste, ou, ce qui revient au même, de la gauche du capitalisme. Ce virage conceptuel est aussi l'enterrement définitif et l'abandon consubstantiel des formes d'organisation et de lutte qui remettent concrètement en question le système capitaliste. 

    Pour que tout ceci ait pu avoir lieu, il a fallu qu'aient lieu d'autres faits marquant de leur empreinte l'époque que nous vivons. Pour comprendre ces faits, il nous faut sortir de la vision fragmentée qui existe sur le déroulement historique latino-américain, tant sur le plan social que politique, économique et militaire. 

    Les antécédents historiques.

    Si nous nous plaçons à partir des années 1960, nous pouvons voir, de pair avec la crise capitaliste d'alors, un essor non seulement de la mobilisation de masse à un niveau purement revendicatif mais, dans de nombreux pays, de la mobilisation et du combat contre l'existence même du système.  

    chicagoboysLa radicalité de la protestation, son contenu même et les nouvelles formes d'organisation qui se développent, le font dans un contexte de crise générale du capitalisme, lequel se voit obligé de passer à une autre étape d'exploitation et de domination par la chute constante de son taux de profit à ce moment-là. 

    La réponse économique à cette crise viendra de la main d'une variété du capitalisme : le libéralisme économique le plus agressif, sur lequel il a été suffisamment écrit, mais peu approfondi sur le plan politique de cette étape et, pareillement, sur le plan opérationnel. Ces trois aspects du plan général du capitalisme sont habituellement vus comme séparés et non compris comme un tout, brouillant l'analyse et les conclusions de celle-ci. 

    La réponse à la crise, du point de vue économique, doit venir accompagnée d'un modèle politique qui la rend possible et d'un plan opérationnel qui la met en œuvre et élimine les obstacles à son application. Les crises systémiques du Capital ne sont pas exclusivement économiques ni financières ; elles sont l'expression généralisée, touchant tous les domaines, des contradictions fondamentales qui étreignent le capitalisme, à cause de la contradiction entre une production sociale et l'appropriation privée de celle-ci. 

    De ce fait, la crise systémique du capitalisme est éminemment politique, culturelle, formative, militaire, structurelle, écologique, productive, économique, scientifique, théorique, ethnique, générationnelle et même de genre. Aucun domaine de la vie sociale n'échappe à ce phénomène périodique du capitalisme. 

    menem bushSi nous comprenons cette dynamique du capitalisme, nous serons dans de meilleures conditions pour comprendre les plans du Capital dans un sens global et non fragmenté, comme nous y ont habitués les "analystes".

    Pour revenir à notre sujet, il nous faut comprendre que la seule voie possible pour l'application de la variante la plus extrême du capitalisme, sur notre continent, a été l'inauguration de l'ère des dictatures militaires, de manière simultanée dans presque tous les pays latino-américains. 

    Nous ne parlerons pas ici de néolibéralisme, pour diverses raisons sur lesquelles ne nous étendrons pas. Lorsque l'on parle de néolibéralisme, l'on tend à séparer ce concept du capitalisme, comme s'il existait un bon capitalisme (keynésien) et un mauvais (néolibéral), alors qu'en réalité ce sont les deux faces d'une même pièce. Mais il y a en outre un autre détail de grande importance. 

    Jamais le capitalisme n'applique des modèles "purs", et jamais ceux-ci ne sont exclusivement une seule chose. Habituellement, il y a des combinaisons de mesures en mettant l'accent sur l'une ou l'autre, mais les deux recettes représentent la continuité du Capital et l'application de l'une d'elle à un moment donné ne fait que préparer l'étape suivante, où s'exprimera principalement l'autre. Ceci étant éclairci, poursuivons notre étude des faits historiques. 

    Avec une classe politique, représentante de la bourgeoisie, à bout de souffle, isolée et discréditée, avec un réformisme, radical dans bien des cas, qui ne pouvait déjà plus contenir la poussée des masses, la seule alternative qui restait au système était de puiser dans sa réserve stratégique que constituent les forces armées des États capitalistes. 

    Le plan politique, économique, idéologique et militaire.

    Ce secteur était le seul fiable et nécessaire, pour les bourgeoisies et l'impérialisme, afin de résoudre en leur faveur et de manière stratégique le conflit de classe posé. Il ne s'agissait pas seulement de sauver le système. Il s'agissait d'inaugurer une nouvelle forme d'exploitation beaucoup plus extrême, et pour cela il fallait nécessairement domestiquer un mouvement de masse en croissance et en mobilisation toujours plus radicale.

    La mission fondamentale des dictatures était de réformer et renforcer l'État, changer le paradigme économique, et appliquer de manière stratégique la nouvelle politique économique permettant au capital d'enrayer sa crise systémique.  

    Junta Militar Argentine 1976Si nous avons montré son plan politique de longue haleine, il faut à présent exposer clairement son plan opérationnel.  Le premier objectif de ce plan était d'en finir, par la voie de l'extermination, avec les organisations révolutionnaires et leurs cadres les plus avancés et radicalisés. Puis viendrait le désarmement des organisations de masse, vider celles-ci de leur contenu théorique et politique, pour pouvoir avancer dans leur domestication. Les syndicats et autres organisations de travailleurs furent un objectif stratégique.

    Comme nous pouvons le voir, nous sommes en présence d'une stratégie globale qui ne laisse pas d'éléments au hasard et qui inclut le déploiement d'un scénario de guerre, où aucun élément n'est laissé sans utilisation.

    S'il en est ainsi, il serait illusoire de penser cette stratégie terminée une fois atteints seulement ses objectifs partiels. Il fallait penser à l'adaptation tactique du futur scénario, et le cadre fut les démocraties fortes ou protégées.

    La relative stabilité du nouveau cadre reposerait non seulement sur la force organique-juridique des États concernés, mais fondamentalement sur la participation et l'acceptation par les masses du nouveau système établi.

    Par endroit il suffirait d'une camisole de force politico-juridique, qui tiendrait en respect les secteurs populaires (comme dans le cas du Chili), mais dans d'autre la stabilité du capitalisme reposerait dans l'emprise de masse acquise par le système.

    De cette manière, la démocratie formelle bourgeoise acquit le rang de conquête populaire en opposition aux dictatures, et elle conquit une grande partie de la gauche pour que celle-ci légitime, par sa présence, le nouveau modèle de domination politique qui offrait un climat de tranquillité propice à de nouvelles et bonnes affaires.

    La chute du bloc socialiste, action largement préparée tant de l'intérieur que de l'extérieur, amena la faillite du paradigme pour de larges secteurs, surtout intellectuels et théoriques provenant des couches moyennes éduqués, qui furent les premières à se démarquer, à assumer dans la pratique la 'fin de l'histoire' de la lutte des classes et assumer sans complexes les orientations ennemies.

    Ces secteurs furent les premiers à assumer la production livresque justificative de la défaite et à chercher à mettre en pièce la théorie révolutionnaire.

    L'adéquation tactique des démocraties fortes ou protégées, une fois accentuée la nouvelle phase de la crise du capital, requérait un profond changement dans l'administration du système, donnant à celui-ci dynamisme et stabilité dans les nouvelles conditions où de déroulaient l'exploitation. C'est là une autre variante contre-insurrectionnelle faisant partie de la stratégie capitaliste globale.

    La réussite évidente du capitalisme, en remplissant sa fonction de surexploitation, d'internationalisation du capital, d'appropriation des entreprises stratégiques, des matières premières vitales et de flexibilité du marché du travail, tranchait avec son désastreux bilan social, cependant contemplé à l'aune du dessein stratégique d'exploitation et de domination dans la nouvelle étape de développement du capital. 

    Nous voulons clarifier quelque chose quant à ce qui précède. Les économistes parlent de l'échec du néolibéralisme à résoudre les problèmes sociaux. Ils font erreur. Le capitalisme n'a pas vocation à résoudre ces problèmes. Son unique rôle est d'obtenir, assurer et reproduire à grande échelle le vol permanent de plus-value au prolétariat et aux autres secteurs exploités.

    bananeroEn cela le  capitalisme, que ce soit sous son visage keynésien, libéral, néolibéral, fasciste, réformiste, populiste ou national, remplit avec succès ses objectifs pendant un temps déterminé, employant l'une ou l'autre de ses variantes ou une combinaison de différentes d'entre elles, tant sur le plan tactique que stratégique. De sorte qui si nous voulons mesurer l'efficacité du capitalisme en terme social, nous partons d'un présupposé erroné, puisque c'est par essence un système antisocial, antihumain et anti-développement. 

    Ceci étant clarifié, voyons de manière simple quel est le bilan de l'application de la nouvelle étape capitaliste en Amérique latine.

    - Haut niveau de dette externe : totalement adapté à l'internationalisation du capital en alliance avec des secteurs bourgeois locaux et la facilitation des États.

    - Énormes quantités de chômeurs : fondamental pour abaisser substantiellement le coût de la force de travail.

    - Flexibilité du travail : également nécessaire pour obtenir ce qui précède.

    - Privatisation des entreprises stratégiques : fondamental pour l'investissement du Capital impérialiste en association avec les capitaux plus petits des bourgeoisies locales et ainsi obtenir la centralisation et la concentration du capital.

    - Développement de la dette interne : fuite du capital de la production à la spéculation pour se protéger de l’invasion croissante des marchandises étrangères.

    - Développement du secteur agro-industriel : l’élimination quasi complète de la paysannerie est fondamentale.

    - Massacre et extermination des organisations révolutionnaires et de leurs cadres les plus avancés : aucune des mesures antérieures n’aurait été possible sans accomplir les tâches les plus criminelles du capitalisme. Par l’extermination est visée (et dans une large mesure atteinte) la désorganisation des secteurs exploités et un clair recul théorico-politique, afin d’éliminer pratiquement toute l’accumulation stratégique depuis des décennies par la classe ouvrière et les exploité-e-s de la ville et de la campagne.

    - Stabilisation du système politique bourgeois avec de nouvelles règles et des élections périodiques : une fois éliminé le péril subversif, la légitimation du système démocratique bourgeois est une pièce fondamentale et pour cela il faut consolider une opposition de système ou, ce qui revient au même, une carte de rechange administrative pour contenir la poussée des masses lorsqu’elle se produira, à travers de petites réformes économiques et sociales, maintenant cependant intact l’essentiel du système de domination et d’exploitation capitaliste.

    enlabasura.jpgL’invention de la dite "gauche intelligente" (secteurs ouvertement liés à la social-démocratie européenne) n’était pas suffisante, étant donné que celle-ci restait fondamentalement dans les sphères intellectuelles et sans discours réellement lié au mouvement de masse. La carte de rechange en cas de nécessité devait venir du même monde social et politique que celui qui avait été la niche de la gauche historique, et devait assumer une partie de son discours, de ses emblèmes, de ses revendications et même, l'élaboration de pensées révolutionnaires hors-contexte et dénaturées, qui justifieraient le changement de cap. 

    Si nous observons les choses avec attention, nous réalisons que l'actuelle étape politique et économique fait partie d'un plan global et étendu dans le temps, qui a envisagé différentes possibilités et en fonction d'elles, déploie différents instruments et plans spécifiques qui lui offrent une flexibilité tactique au milieu d'une stratégie ferme, ne laissant place à aucune alternative révolutionnaire.

    Ce plan suppose la mise en pratique de variantes déterminées, allant de la dictature militaire, du Plan Condor, du retour à la démocratie bourgeoise jusqu'à l'apparition de la gauche capitaliste et même l'émergence de gouvernements "progressistes" dans la région.

    Le fil conducteur de tout ce processus, nous pouvons le trouver dans la dynamique même du capital comme phénomène anarchique et convulsif, qui traverse des étapes de relative stabilité pour ensuite entrer à nouveau en crise.

    Ce qui est central pour le capital reste ses attaques sans pitié contre la classe ouvrière et son effort acharné pour accroître son taux de profit, par l'extraction du plus de plus-value possible. Dans cette logique du capital, les différentes variantes employées seront toujours déterminées par leur capacité à assurer une élévation du taux moyen de profit, ce qui s'obtient fondamentalement en diminuant la valeur de la force de travail.

    La capacité du système à permettre une meilleure redistribution de l'excédent sera conditionnée par l'importance de celui-ci ou, dit autrement, par les profits extraordinaires obtenus. Mais cette meilleure redistribution sera TOUJOURS dédiée à assurer la continuité du système, et JAMAIS pour favoriser effectivement la force de travail, qui est ce dont le capital obtient réellement son profit (ou plus-value).   

    Venezuela : Réformisme ou Révolution.

    Ceci étant éclairci, nous pouvons beaucoup mieux comprendre le panorama politique latino-américain, et en particulier ce qui se déroule au Venezuela. 

    patria socialismo o muerteL'émergence du phénomène bolivarien au Venezuela repose sur l'existence objective de conditions révolutionnaires pour aller vers le socialisme. L'incapacité manifeste des classes dominantes à contenir la poussée du mouvement de masse et en particulier de la classe ouvrière, et le ras-le-bol croissant des secteurs exploités pour leur extrême pauvreté, conduisirent la situation vers une croissante ingouvernabilité qui mettait l'explosion sociale à l'ordre du jour d'un moment à l'autre.

    Mais cette situation contrastait avec l'extrême faiblesse des organisations se disant révolutionnaires, qui marchaient à la queue du mouvement de masse et n'avaient pas de programme cohérent du point de vue révolutionnaire. 

    Il ne fut alors pas difficile de voir émerger des projets lucides quant au diagnostic de la situation, mais qui n'exprimaient pas les intérêts des classes laborieuses. Les exploités, sans direction révolutionnaire conséquente et développée, furent des proies faciles pour ceux qui avaient mûri un projet, qui, bien que comprenant une ensemble de réformes du capitalisme rentier et de son système politique, n'en mettait pas en jeu l'existence même à travers une révolution socialiste.

    D'ici se dégage qu'il n'a jamais été cherché à en finir effectivement avec le capitalisme et l'État qui le soutenait, mais à le réformer pour le rendre plus efficace dans sa mission de favoriser le Capital au détriment de la force de travail. C'est ici que se situe l'importance théorique stratégique de montrer la révolution comme un processus et non comme un acte révolutionnaire.

    socialismo1Pour s'implanter dans les secteurs populaires, le nouveau projet eut besoin de défaire dans certains cas les nœuds des contradictions sociales, et d'assumer dans son discours une grande partie des revendications historiques de la gauche réformiste. Le discours anti-impérialiste allait comme un gant à l'idée de développer une bourgeoisie "patriotique et nationale" (c'est-à-dire le bon capitalisme en opposition à l'impérialisme, le mauvais). Cela avait fait partie du discours historique d'une gauche réformiste déjà assimilée par le système, pour imprimer à ses programmes et discours la tant remâchée "libération nationale".

    Les attaques contre le système bipartiste remplacèrent celles qu'aurait dû subir le Capital, et les énergies sociales dégagées s'orientèrent dans cette direction avec un assez net succès. Les masses fatiguées par plus de quatre décennies de bipartisme, de corruption généralisée, de misère malgré les revenus pétroliers et d'absence de perspectives, virent là une possibilité de résoudre leur situation en changeant les administrateurs d'un système qui leur déniait non seulement la dignité, mais foncièrement le droit à la vie.

    Le changement constitutionnel promu et approuvé à une grande majorité rendait possible l'incorporation au gouvernement et à l'administration de l'État de vastes secteurs écartés jusque-là de la prise de décision, que l'on trouvait principalement dans la petite bourgeoisie et qui désormais allaient se transformer en classe dirigeante. Ce changement constitutionnel assurait la continuité du capitalisme et de son régime de propriété privée des moyens essentiels de production, et adaptait l'État à la nouvelle corrélation de forces au sein de la bourgeoisie.   

    Nouvelle bourgeoisie ou petite bourgeoisie devenue grande ?

    La mise en pratique du nouveau projet signifia la consolidation d'un groupe hétérogène quant à son extraction sociale initiale, mais qui avec le temps allait se décanter à travers la dynamique d'accumulation en son propre sein. Ceux qui à un moment donné n'étaient que des bureaucrates administratifs se virent soudain en possibilité d'accumuler de la richesse en très peu de temps, et ainsi venir à faire partie de la bourgeoisie dominante. 

    boliburguesia 2La consolidation de cette fraction petite-bourgeoise a signifié et signifie le déplacement de certains secteurs bourgeois de certaines positions de pouvoir et leur remplacement par le nouveau groupe. Tout ceci a impliqué une lutte inter-bourgeoise sans merci qu'en dernière instance, devaient résoudre les masses exploitées en penchant pour l'un ou l'autre camp.

    Il était donc vital pour le nouveau groupe de libérer les plus grandes énergies dans les masses populaires pour s'assurer de faire pencher la balance en leur faveur, en appelant à une révolution qui ne viendrait jamais. Les énergies des masses furent déployées et conduites jusqu'à infliger défaite sur défaite à la vieille classe gouvernante, d'abord sur le plan électoral puis dans la mobilisation et la lutte de rue ensuite.

    Toute cette mobilisation n'était pas guidée par une direction révolutionnaire, et ne fut employée que pour négocier de manière avantageuse avec l'opposition de droite, et finalement assurer le maintien au pouvoir du nouveau groupe émergent qui se proclamait révolutionnaire.

    L’État capitaliste (bureaucratique NDLR) fut utilisé une fois de plus pour transférer la rente pétrolière vers la bourgeoisie, mais désormais les acteurs avaient changé. Ces derniers temps, les masses populaires se sont rendu compte, peut-être pour la première fois, de qui fait effectivement de grandes affaires avec l'État capitaliste. Tandis qu'est maintenu un discours revendiquant le socialisme, le gouvernement utilise l'État pour offrir des ressources fabuleuses à des capitalistes qui, quelques années en arrière, étaient au mieux des fonctionnaires de rang mineur ou de petits employés obscurs dans la bureaucratie étatique.

    3-Milicia-BolivarianaQuasiment toutes les grandes constructions de ponts, routes, les programmes sanitaires, immeubles, transports, achats de véhicules, portefeuilles de crédit, dollars préférentiels, importations massives, et beaucoup d'autres choses dont l'État a besoin, ont été offerts aux enchères ou directement vendus aux nouveaux bourgeois bolivariens. Le moyen d'accumulation initiale préféré dans ce cas furent les fortes commissions reçues pour passer un marché avec l'État sous la forme du "diezmo" (dixième, dîme, commission de 10%), toute une institution au Venezuela, qui s'est vue renforcée ces dernières années. 

    Le développement d'initiatives aussi importantes que Barrio Adentro Mercal, PDVAL et autres missions a servi de moyen de transfert de la rente pétrolière obtenue par l'État vers ces secteurs, faisant partie du bloc au pouvoir. L'absence de vergogne avec laquelle tout cela se fait n'a quasiment aucune limite ; si bien qu'aujourd'hui nous pouvons trouver un officier subalterne de l'armée devenu un flamboyant propriétaire de banque, tandis que son frère a été ministre et membre de la direction de diverses entreprises et institutions. Cette situation devait tôt ou tard éclater, maintenant qu'il est impossible de la dissimuler d'avantage.

    Les hésitations initiales, à l'intérieur du bloc dirigeant, sur le type de projet à développer ont été rapidement solutionnées en faveur de la bourgeoisie, si bien que de cette manière l'on travaillerait pour soi-même. Ce n'est pas un hasard si le gouvernement pendant toutes ces années a tant favorisé la banque et s'est efforcé au-delà de l'imagination d'élever son taux de profit.

    La préférence pour la bourgeoisie commença à s'exprimer de manière plus évidente à partir de 2006, année qui coïncide avec une baisse d'intensité de la lutte de masse après avoir infligé plusieurs défaites successives à la droite fasciste. Ce fut également l'année pour s'efforcer de consolider le groupe au pouvoir à travers un nouveau parti politique qui transcenderait le tassement électoral. Ce fut l'année de la naissance du PSUV.

    Au plan économique, balbutiait ce qui de la bouche du président fut appelé "l'alliance stratégique avec la bourgeoisie", au moyen d'accords sur des terres appartenant à l'État payées aux capitalistes, l'achat des entreprises en faillite, l'octroi de crédits favorables, les dollars préférentiels et autres facilités à la banque privée. Il faut également mentionner les fortes hausses de produit au bénéfice de la bourgeoisie. 

    BOLIBURGUESESLors qu’éclata au grand jour la crise systémique du capital, l'on opta pour la ré-impulsion productive, qui n'est rien d'autre qu'une série de mesures favorisant la bourgeoisie au détriment des travailleurs. Les mesures qui suivirent furent de la même teneur, avec une augmentation de la TVA de 33%, une baisse du salaire réel, un accroissement de la dette interne en faveur de la banque privée et autres séries de mesures comme la libération des prix de certains produits de base, qui vinrent encore frapper la force de travail.

    L'ouverture de la Ceinture de l'Orénoque à l'investissement et à la propriété des capitaux étrangers, comme dans le cas de l'entreprise russe sous la forme d'entreprise mixte, qui est en réalité la propriété de Chevron, l'achat de ferraille industrielle hors d'usage à l'Iran et les contrats d'investissement avec la Chine ne cherchent pas seulement à favoriser les capitaux internationaux, ce qui est déjà contraire au discours public, mais ont aussi été d'excellentes affaires et bénéfices pour ce bloc bourgeois au pouvoir et ont consolidé ses positions de grands entrepreneurs. Si bien qu'une défense plus étroite de sa part du régime de propriété privée capitaliste et de châtiment contre la classe laborieuse n'était qu'une question de temps.

    La marge de manœuvre du gouvernement sur les sujets sociaux et les investissements dans ce domaine est directement liée à la rente pétrolière, bien que la Banque centrale du Venezuela reconnaisse elle-même que la répartition de cette rentre favorise largement la bourgeoisie au détriment des travailleurs.

    La crise du Capital s'aiguisant, cette capacité de manœuvre rétrécit et les effets de la crise commencent à se faire sentir clairement dans de larges secteurs, principalement de travailleurs. La mal nommée crise financière, récemment avec l'intervention de sept banques, n'est rien d'autre que l'expression publique d'une crise politique de magnitude énorme que l'on cherche à maintenir sous le couvercle. Les contradictions d'intérêts au sein des groupes au pouvoir prennent chaque jour un caractère plus public et, à mesure que le temps passe, s'exprimeront dans toute leur dimension avec des conséquences plus ou moins prévisibles.

    El Discreto Encanto de la Boliburguesia 03

    PSUV, le Parti de la révolution socialiste ?

    Du point de vue politique, a été fait pression sous toutes les formes sur certains partis et mouvements pour qu'ils intègrent le nouveau parti (PSUV) et de cette manière, rééditer un nouveau pacte de Punto Fijo virtuel, avec seulement deux grandes tendances : la droite traditionnelle capitaliste, et la nouvelle gauche capitaliste et réformiste.

    Dans ce schéma établi par le bloc au pouvoir ne restait aucune possibilité pour les secteurs révolutionnaires, et c'est ce que nous fîmes savoir à ce moment là. Malgré tout ce qui précède, pas peu furent les mouvements qui décidèrent de rejoindre le nouveau parti. Certains le firent en suivant la tactique de l'entrisme, d'autres alléguèrent qu'il ne fallait pas laisser les masses seules dans la nouvelle aventure et ne manquèrent pas même ceux qui prétendaient changer les choses de l'intérieur par un soi-disant "soutien critique".

    Chacun de ces secteurs devra faire son propre bilan une fois qu'il aura parcouru suffisamment de temps depuis cette décision. Mais ce qui est d'ores et déjà suffisamment clair, c'est que le PSUV est un parti pluri-classiste dans sa base sociale, mais que sa direction est une direction bourgeoise et représente ce secteur social.

    juventud-psuvNous ne doutons pas un seul instant de l'honnêteté et du dévouement révolutionnaire de la grande majorité de la base "bolivarienne", mais nous parlons ici de la direction et de la bureaucratie partidaire qui se développe là comme réformisme capitaliste.

    La lutte de lignes à l'intérieur du parti est quasi nulle, vu que le secteur dominant s'est assuré le contrôle bureaucratique de pratiquement toutes les structures. L'on pourra arguer que dans différents secteurs existent des réalités particulières différentes, mais ceci peut nous porter à la confusion en cherchant à expliquer le tout par la partie, le phénomène global à partir de petites expériences, ce qui ne nous conduit pas à un diagnostic pertinent de la réalité. Le PSUV d'aujourd'hui prétend donner quelque substance au slogan délavé du "socialisme du XXIe siècle", qui n'est rien d'autre que le vieux et usé capitalisme sous un masque un peu plus social.

    Cette substance est censée venir de la formation de ses cadres sous la direction du PC chinois, celui-là même qui dirige un État bourgeois, où les travailleurs sont payés un salaire de misère et celui-là même qui aujourd'hui, maintient à flot l'économie US au prix du vol de plus-value à sa classe laborieuse et du maintien d'un véritable esclavage pour les secteurs les plus exploités. Tout le soi-disant "miracle chinois", avec sa gigantesque accumulation de capital, provient en réalité de la surexploitation de sa main d’œuvre et des conditions inhumaines dans lesquelles survivent une partie de sa population. 

    En parlant de justice...

    La mise en place de la Police nationale, l'approbation de la loi sur le contrôle des armes et explosifs, et la virtuelle application de la loi antiterroriste, impliquent un durcissement de la répression d'État. La seule question posée est qui sera la cible de cette répression.

    Le Venezuela, ce n'est un secret pour personne y vivant, possède l'un des taux de criminalité les plus élevés du continent, et la sécurité ne s'est pas seulement transformée en un thème apportant des dividendes politiques, mais s'est en outre convertie en un excellent commerce pour la bourgeoisie. Des millions et des millions de dollars sont investis chaque année dans des entreprises qui apportent la sécurité à une partie de la population en mesure de payer pour cela.

    De sorte que le maintien du climat actuel d'insécurité favorise en premier lieu la bourgeoisie liée au lucratif commerce de la sécurité. C'est cette branche qui absorbe la majeure partie des fonctionnaires actifs ou en retraite des polices et de la force armée, et c'est précisément d'où vient aussi la majorité des bandes organisées se livrant au kidnapping et au trafic d'armes. 

    barqui20pLe sicariato (tueurs à gages) dans toutes ses variantes agit de manière permanente et organisée au Venezuela depuis des années. D'où proviennent principalement les sicarios n'est un secret pour personne.

    Tout le monde sait que ce sont la police et la garde nationale qui gèrent le trafic d'armes dans les quartiers et les prisons du pays en alliance étroite le narcotrafic, les paramilitaires et les secteurs bourgeois liés à ce lucratif commerce de la sécurité.

    La police et la garde nationale jouent souvent le rôle de surveillance et escorte pour la bourgeoisie, pendant comme en dehors de leurs heures de travail, et ceci les met dans la position d'une petite armée privée à disposition de qui peut payer. De là au sicariat, il n'y a qu'un pas et c'est ce qui s'est produit ces dernières années.

    L'insécurité et la peur de la population servent de véritable carcan social aux demandes de la population, vu que les gens voient bien qui sont les victimes et qui sont les tueurs. Ces dernières années, qui ont vu une forte poussée des luttes sociales, la paysannerie a payé un lourd tribut à sa lutte pour la terre. Ce sont plus de 300 dirigeants et paysans qui ont été assassinés sur ordre des grands propriétaires, et cela ne semble pas devoir s'arrêter.

    Dans les secteurs urbains et périurbains, ce sont les travailleurs qui ont été sauvagement frappés par ce fléau.

    Dans les quartiers des grandes villes, les bandes criminelles sont celles qui contrôlent réellement le territoire, terrorisant par leurs actions et paralysant de fait toute vie sociale communautaire.

    Ces bandes sont armées principalement par la police, en particulier à Caracas où elle se distingue dans le trafic d'armes et la vente de munitions. Il n'y a aucun riverain qui ne soit au courant de cette situation et des degrés d'impunité atteints par ces parasites policiers, remplissant d'indignation une population qui, pour autant, se sent impuissante à agir face au pouvoir obtenu par ces délinquants.

    La lutte contre l'insécurité fait partie intégrante de la lutte des classes, et est l'un des terrains où s'exprime dans toute sa nudité le rôle joué par les appareils répressifs de l'État capitaliste.

    L'alliance entre la délinquance et de nombreux policiers est une expression de la faillite profonde des institutions de l'État capitaliste et de sa décomposition croissante, signe plus qu'évident de la crise générale d'un système qui, toutefois, impose toujours ses conditions. 

    Cette situation se voit garantie par l'évidence qu'au Venezuela l'impunité est totale. Personne n'a mis à ce jour un pied en prison pour les massacres commis sous la Quatrième république (le puntofijisme Ndlr), ni pour la violence organisée et déchaînée durant le coup de force d'Avril (2002), et personne ne punit ni même ne parle des assassinats de leaders syndicaux et paysans. Tous libres.

    18dfadacomuna 407pLe Plan Patrie Sûre et la lutte contre la corruption n'ont emportés que de petits fonctionnaires mouillés dans les malversations, mais sont loin d'avoir touché les grands intérêts qui se cachent derrière ces manœuvres délictueuses. Nous nous sommes habitués à ce que le président dénonce régulièrement des personnalités ou activités de groupes de pouvoir, mais que ceci en reste à la dénonciation sans résultats concrets substantiels.

    Rien de différent sur le terrain économique. Des centaines de milliers de fraudes, d'escroqueries, de commissions illicites, d'enrichissements soudains, de trafics d'influences, de surfacturations, usurpations et autres vols éhontés restent impunis et l'on ne peut rien y faire. Un acte illicite est commis, il est découvert, scandale, une enquête est promise et puis, par intervention directe soit de la police soit des tribunaux, le suspect parvient à sortir du pays en se riant du besoin de justice de tout un peuple.

    N'ont pas cette chance plus de deux mille ouvriers, dirigeants, étudiants, femmes, paysans et indigènes qui se trouvent actuellement emprisonnés, ou en liberté surveillée. La police, la loi et les tribunaux sont au service de la bourgeoisie.

    Dans les tribunaux, malgré la soi-disante épuration, prospèrent toujours les mafias et les bandes organisées de délinquants du droit bourgeois qui, à l'abri de leurs fonctions, servent toujours les intérêts d'une classe putréfiée et parasite qui n'a rien d'autre à offrir que sa pestilence bourgeoise. 

    Ainsi étant les choses, il n'y a aucun soulagement à attendre, pour la population, de la création de la Police nationale ni du renforcement de certains services de renseignement. Selon nous, à mesure que s'aiguise la crise du système, plus dure sera la répression en particulier pour les travailleurs. Il y a peu de temps, le Sebin (Service bolivarien d'intelligence) s'est chargé de convoquer pour interrogatoire les travailleurs d'Industrias Diana et la Garde nationale a "rendu visite" aux travailleurs de PDVAL (compagnie publique nationale de distribution alimentaire) qui réclamaient leurs droits.

    La protestation sociale se transforme en délit et la mobilisation est criminalisée par différents canaux. En disant cela, nous ne défendons pas les provocations de la droite fasciste. Nous pensons justement que ce qu'elle cherche par celles-ci, c'est justement à servir de rideau de fumée pour qu'ensuite soient réprimés les travailleurs avec le consentement d'une partie de la population, qui pourra assimiler la légitime protestation des exploités pour leurs droits à une tentative de déstabilisation de la droite fasciste. 

    Allons-nous vers le socialisme ?

    milicias-fidelvasquezDéfinitivement, non. À l'existence objective d'une base sociale qui aspire à un changement de système politico-économique tourné vers le socialisme, répond l'existence d'une direction clairement bourgeoise qui cherchera par tous les moyens à défendre ses intérêts de classe quel qu'en soit le prix, mais qui pour le moment, use d'un langage pseudo-révolutionnaire pour s'assurer juteux bénéfices et privilèges. Cette direction accompagnée par la bureaucratie et en alliance ouverte avec les milieux d'affaires dont elle fait déjà partie, ne doute pas une seconde qu'elle doit empêcher le socialisme et emploiera tous les moyens dans ce but.

    Il ne s'agit pas, comme le croient certains camarades, de changer un ministre ou une équipe économique. S'il en était ainsi, nous validerions l'idée que le problème est l'administration du système et non le système lui-même. Le projet de cette administration d'État n'est pas économique, mais un projet de classe répondant en dernière analyse à une décision politique longuement mûrie.

    Le projet de ce secteur gouvernant consiste en un renforcement de la bourgeoisie contre la force de travail et en une projection de ce secteur bourgeois au niveau latino-américain. Ceci ne veut pas dire que cette bourgeoisie entre en contradiction avec l'impérialisme, elle veut seulement négocier depuis une autre position de pouvoir et obtenir ainsi une plus grande part du gâteau.

    La réorganisation de l'État et son implication (jusqu'à un certain point) dans le secteur productif ne doit pas nous faire perdre de vue que c'est un État bourgeois et capitaliste, ayant pour mission de servir les nécessités du Capital, et lorsque l'État entre directement dans l'usine, c'est pour réguler le marché de la force de travail en faveur de la bourgeoisie et affronter directement la classe laborieuse.

    Le capitalisme d'État n'a pas d'autre mission que de gérer l'accumulation de capitaux pour ensuite être remis au secteur privé. Telle est la lamentable histoire non seulement de l'Amérique latine, mais aussi de nombreux pays européens entre lesquels on peut citer ceux qui firent partie du Bloc de l'Est.

    L'indépendance de classe, une nécessité révolutionnaire.

    Devant tout ce panorama que nous avons décrit, il ne reste à la classe ouvrière et aux secteurs exploités des villes et des campagnes qu'à maintenir coûte que coûte leur indépendance de classe face au gouvernement et à l'État, par l'élaboration de leurs propres revendications et de leurs plans de lutte pour améliorer leurs conditions de vie et avancer vers l'élaboration d'un programme de gouvernement propre qui propose effectivement d'en finir avec le capitalisme. 

    mg 26861334338425Cette nécessité de la classe ouvrière est aussi l'espérance de beaucoup d'autres secteurs exploités, qui voient leurs conditions de vie se dégrader tandis que la bourgeoisie se renforce. L'activation de ces secteurs sociaux ne sera pas possible s'ils ne voient pas d'abord la classe ouvrière conquérir sa propre indépendance de classe et avancer résolument derrière un programme révolutionnaire socialiste.

    La révolution socialiste n'a pas échoué, car elle n'a pas encore eu lieu au Venezuela et pour qu'elle se produise, il faut l'organiser dès maintenant partout où se trouve un seul révolutionnaire. 

    Quand nous parlons d'organiser la révolution socialiste, nous parlons de poser la question du pouvoir et de son exercice par la classe travailleuse. Ceci nous amène nécessairement à élaborer un projet en tant que classe, reposant sur un programme et un type d'organisation qui non seulement accomplisse l'acte révolutionnaire et détruise le pouvoir de la bourgeoisie et de son État, mais soit capable d'initier la construction pratique du socialisme et de le développer. 

    Ce pouvoir ne peut pas être un parti ou un mouvement (entendre : un parti ou mouvement tel que conçu à ce jour dans ce pays, même 'radical', avec des 'leaders' et des 'suiveurs', des 'calculs' politiciens et électoralistes etc.), ce doivent être les masses de travailleurs et travailleuses, les exploités des villes et de campagnes, organisés dans un nouveau type d'organisation sociale révolutionnaire (entendre : PARTI d'avant-garde de nouveau type, entouré de son ou ses Front(s) uni(s) et armé de sa Force combattante)*. Telle est l'expression authentique du Pouvoir Populaire et de classe qui doit s'organiser dès à présent.

    Cette perspective ne nous fait pas perdre de vue les objectifs du mouvement et son développement ultérieur. Il ne suffit pas d'appeler à l'organisation du Pouvoir populaire de manière générale. Ce pouvoir de classe doit avoir des expressions concrètes sur chaque lieu de travail, chaque université, lycée, village ou quartier, et cette organisation ne tombe pas du ciel, ni ne sera faite cadeau par l’État. Ce sont les révolutionnaires organisés qui doivent impulser cette construction sociale depuis le plus simple jusqu'au plus complexe.
    C'est pour cette raison que les mots d'ordre de "contrôle ouvrier" ou de "conseils de travailleurs" nous semblent justes, mais abstraits. Quels ouvriers contrôlent ? Ceux d'Action démocratique ? Ceux du PSUV ? À quels conseils faisons-nous référence ? Combien de ces conseils existent-ils ? Ces travailleurs ont-ils une conscience de classe ? Veulent-ils le socialisme ? Où sont ces conseils et combien y en a-t-il ?

    Nous pensons que la révolution est une chose sérieuse et planifiée, et non pas des mots d'ordre exprimant des désirs qui n'ont rien à voir avec la réalité. La réalité actuelle pour les révolutionnaires est un désavantage stratégique s'exprimant dans le domaine théorique, politique, organisationnel, social, culturel, économico-matériel, militaire et numérique. Cette réalité doit être reconnue pour pouvoir être changée, et notre travail actuel doit exprimer les nécessités objectives qui nous séparent de la révolution. Nous croyons que les révolutionnaires doivent entreprendre une accumulation de forces de caractère historique sur tous les terrains précédemment exposés, et donner des réponses réelles à ces nécessités.

    11110De là ce que nous avons formulé depuis longtemps déjà : doter la classe ouvrière d'un outil politique de grande puissance, qui soit capable de poser la question du pouvoir dans les grandes masses et d'aider à leur organisation derrière cet objectif. Telle est pour nous la plus grande tâche en ce moment, et ce à quoi nous travaillons. Les tâches d'agitation font partie de ce travail, mais n'en sont pas la totalité, bien que parfois nous y consacrions beaucoup d'énergie.

    La construction et le développement de cet outil politique nous place sans aucun doute sur la voie que nous croyons correcte, et nous renforce donc pour poursuivre le grand objectif. Sans organisation révolutionnaire il n'y a pas de révolution socialiste, celle-ci ne se réalisant pas par osmose ni par intuition des masses ni même parce qu'existent des secteurs avancés dans la classe ouvrière.

    La révolution est un acte scientifique révolutionnaire qui requiert une ingénierie sociale et une construction pratique n'admettant pas l'improvisation. Ceci ne veut pas dire qu'il y a des recettes préétablies, mais nous savons qu'il y a besoin d'un collectif avec des outils théoriques, avec la conviction la plus résolue, avec un haut degré de discipline, avec un plan stratégique et une force matérielle qui permette la construction d'un nouvel imaginaire social (autrement dit conquérir l'hégémonie idéologique : 100% Gramsci, 0% Heinz Dieterich !) et sa mise en mouvement pour mener ce plan à bien.

    C'est pour cela que nous avons proposé l'unité des révolutionnaires à partir d'une série de définitions initiales qui nous rapprochent de l'objectif. Nous avons proposé l'élaboration d'un programme qui, basé sur la réalité sociale que vit notre Peuple (une conception du monde, une théorie directrice, une 'pensée'), permette d'accomplir de grands pas dans le développement d'une conscience de classe des travailleurs/euses.

    Nous avons également appelé à développer, dans toutes ses potentialités, la lutte d'idées et de masse pour le socialisme comme courant qui commence à exprimer les aspirations à un changement réel qui existent dans le pays.

    Nous avons invité les autres forces révolutionnaires à examiner minutieusement la situation du Venezuela et à rompre, sur la base de cet examen, avec le réformisme capitaliste qui étouffe et asphyxie tout progrès des masses ; et nous avons dirigé nos forces à commencer à construire le Pouvoir populaire comme expression du Nouveau Pouvoir des travailleurs et travailleuses, pauvres et exploité-e-s des villes et des campagnes, en opposition au Pouvoir bourgeois exprimé par l’État et ses institutions.

    combattants-erpTelles sont à notre sens les grandes tâches des révolutionnaires qui par ailleurs, doivent les aborder au milieu d'une lutte des classes grandissante, qui s'exprimera prochainement de manière aiguë surtout dans les milieux ouvriers. Nous devons participer à ces luttes et donner force à notre proposition au sein des masses. Notre grand défi sera de construire dans le feu de la lutte et la nécessité de passer rapidement à un autre moment historique quant à la portée de notre projet.

    Nos objectifs sont clairs et nous avons toujours été très précis quant à eux. Nous devons suivre le parcours tracé en emmenant avec nous tout le Peuple, avec l'optimisme qu'une époque nouvelle s'ouvre et que cette époque, c'est celle de la révolution socialiste véritable.

    Nous allons avec joie et pleins de fierté par ce beau chemin révolutionnaire. Personne ne nous fera de cadeau, tout devra être conquis. Nous sommes face à l'histoire et notre appel est un appel à commencer la réalisation de nos rêves et à être les artisans d'une nouvelle architecture sociale.

    Dans cette nouvelle architecture sociale, jouera sans doute un rôle très important la jeunesse, et c'est vers elle que nous devons tourner nos efforts. Nous allons vers la jeunesse pour libérer toutes ses énergies contenues durant tout ce temps. Là est la mine d'or d'où sortiront les femmes et les hommes qui changeront à jamais cette histoire de misère et d'exploitation. Nous allons vers la jeunesse avec la vérité pour arme politique, avec clarté, sans arguties ni demi-teintes qui ne mènent à rien. Nous allons organiser la rébellion et la transformer en idées et en actions révolutionnaires dans tout le pays.

    Nous devons semer le Che dans tout le Venezuela et l'arracher à la vitrine de magasin où il a été enfermé pendant des années. Nous allons parsemer le Venezuela de révolutionnaires.

    Nous allons tous et toutes, travailleurs et travailleuses, exploité-e-s, femmes, jeunes, peuples indigènes, paysan-ne-s, étudiant-e-s, habitant-e-s, communautés, professionnels et soldats. La révolution que nous voulons vient, et avec elle la joie de construire pour nous-mêmes et non pour la bourgeoisie.


    Construisons l'idée et l'instrument de la révolution !!!


    En avant avec toutes les forces de l'Histoire !!!


    Révolution socialiste ou caricature de révolution !!!

     

    Mouvement Guévariste Révolutionnaire

     


    (*) Le Parti, nous l'avons dit et répété, est tout simplement la 'pointe' la plus avancée, consciente, 'dégagée' de l'idéologie dominante bourgeoise des masses populaires exploitées, 'pointe' consciente d'elle-même et organisée dans un but clair de renversement du pouvoir de la bourgeoisie, d'établissement du Pouvoir prolétarien-populaire et de conduite, par celui-ci, de la société au communisme. La meilleure preuve de l'existence objective de cela, c'est qu'au Venezuela le MGR est cela, ou en tout cas une partie de cela. Il n'y a pas de société de classe sans lutte des classes, et il n'y a pas de lutte des classes sans Parti ; il y a simplement des Partis qui n'ont pas conscience ou refusent de l'être, ou qui en raison de limites idéologiques (conception du monde) non-corrigées ne jouent pas ce rôle : soit qu'ils se placent à la queue et non à la tête des mouvements sociaux de masse, soit qu'ils refusent d'aller à ces mouvements, d'aller aux masses car elles ne sont pas assez 'rouges' à leurs yeux, soit qu'ils ne parviennent pas, pour X ou Y raisons, à se lier aux masses en lutte et à instaurer une dialectique avec elles. 

    Ce Parti dont nous parlons n'a pas vocation à être une structure monolithique, seule (et une fois pour toutes) détentrice de la Vérité avec un grand V et ayant toujours raison y compris contre les masses. Le Parti dont nous parlons est simplement une fraction des masses investie d'une compréhension particulièrement avancée des problèmes et des solutions (la révolution, le socialisme en marche vers le communisme), des buts et des moyens, et investie d'une mission particulière : synthétiser l'expérience de la lutte de classe, de l'histoire de classe du pays où il lutte, et élaborer et DIFFUSER dans les masses cette théorie/conception-guide, la transformer en pratique et de l'expérience pratique enrichir à nouveau la théorie, etc. etc. Le Parti est donc simplement cela. Il n'est pas un monolithe figé, mais au contraire un être VIVANT en mouvement perpétuel dans la lutte de lignes (entre 'ancien' et 'nouveau', conceptions bourgeoises ou prolétariennes, idées justes et erronées), alimentée par la dialectique théorie/pratique et Parti/masses. Autour de lui (comme élément de cette dialectique), les masses 'un peu moins avancées' mais néanmoins conscientes et organisées forment un Front uni, ou plusieurs Fronts concentriques (un Front 'offensif' pour la révolution et un Front 'défensif' contre la réaction, par exemple). Et évidemment, aucune classe dominante ne cédant le pouvoir de bonne grâce, il génère une Force de Combat vouée à la conquête du pouvoir, contre les forces qui défendront le Capital. Tout cela forme, en effet, un MOUVEMENT révolutionnaire. Mais un 'mouvement' en soi, où chaque composante n'a pas conscience d'elle-même et de son rôle, est malheureusement voué à l'échec...

     

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  • Dictadura+Militar+ArgentinaEn 1973, au cœur du Cône Sud de l'Amérique latine, le jour se levait sur un 11 septembre qui, effacé depuis  - comme s'il y avait une 'justice' - par un autre, devait rester de sinistre mémoire pour tous les peuples semi-colonisés de la planète et plonger tout un peuple dans une longue nuit noire de 15 ans.

    Arrivé au pouvoir trois ans plus tôt sur la base d'une alliance (l'Unité populaire) entre son Parti socialiste, le PC révisionniste pro-soviétique (si révisionniste que certains courants du PS, d'ailleurs fondé après lui - en 1933 - contrairement à la totalité des pays du monde, étaient plus radicaux !) et d'autres petites forces de gauche, avec l'appui pour son élection des démocrates-chrétiens (qui se retourneront ensuite contre lui), le président socialiste Salvador Allende était renversé et 'suicidé' par le sinistre et mondialement connu général Pinochet.

    Pendant trois ans, avec l'appui de l'URSS (pour qui tout ce qui pouvait affaiblir l'impérialisme US dans son 'pré carré' des Amériques était bon à prendre) et de Cuba, qui avait alors renoncé à la voie armée après les échecs dans de nombreux pays et (notamment) la mort du Che en Bolivie, l'Unité populaire tenta donc de mener au Chili une révolution anti-impérialiste, démocratique et anticapitaliste, socialiste... par la voie 'démocratique', 'parlementaire' et 'pacifique'.

    allendeIl est faux de dire que les masses populaires chiliennes n'étaient 'pas mobilisées', 'avalant' les réformes passivement assises dans un fauteuil : elles l'étaient très largement, dans les usines, les quartiers comme les campagnes, en assemblées, conseils et autres comités de lutte, parvenant parfois à mettre en échec des manœuvres réactionnaires comme la pseudo 'grève' des camionneurs, téléguidée par l'impérialisme yankee pour paralyser le pays. Ce qui est vrai, c'est qu'elles n'étaient pas ARMÉES, ceci étant catégoriquement refusé par Allende qui, sur ce point, avait plus l'appui du P'c' que du secrétaire général de son propre Parti socialiste, Carlos Altamirano, qui y était favorable (d'ailleurs quelques années plus tôt, à la conférence de l'OLAS - Organisation latino-américaine de solidarité - en 1967, c'était Allende lui-même qui livrait ainsi la ligne de son Parti : "la lutte armée est la voie fondamentale de la révolution sur le continent américain"... CQFD !). La vieille armée, chienne de garde de l'oligarchie bureaucratique-compradore-terrateniente, la police, les carabiniers gardaient donc le monopole de la force militaire, sans laquelle tout est illusion. Pendant ce temps, pour éviter à tout prix de 'perdre' un autre pays latino-américain après Cuba, l'impérialisme US de Nixon et Kissinger employait tous les moyens : coupure de toute aide économique sauf... à l'Armée, boycott du cuivre (principale exportation du pays), 'grèves' 300px-Allende supportersréactionnaires comme celles des camionneurs et 'mouvements civiques' comme celui des 'casseroles vides', terrorisme, paramilitarisme... Pour 'calmer' les forces de droite, qui organisaient depuis des mois la déstabilisation et même la terreur paramilitaire avec des groupes comme Patria y Libertad, Allende lui-même avait nommé chef des armées Augusto Pinochet, anticommuniste déclaré mais chez qui, pensait-il ou lui avait-on fait penser, le 'loyalisme' primerait.

    Incompréhension fondamentale de ce qu'est l’État (en l'occurrence bureaucratique-comprador, semi-féodal semi-colonial), l'impérialisme et une révolution (en l'occurrence de démocratie nouvelle, populaire-démocratique et anti-impérialiste ininterrompue vers le socialisme), telle est la première grande signification du coup d’État chilien de 1973 (le continent ayant connu bien d'autres golpes et d'autres dictatures militaires fascistes, mais celle de Pinochet est restée emblématique). Le PC (principale force populaire du pays) se lancera certes ensuite dans la résistance armée, avec le "Front patriotique Manuel Rodriguez", mais c'était bien trop tard et il était bien seul, les autres forces révolutionnaires conséquentes (telles le MIR ou le PCR) ayant été écrasées dans les premiers mois de la junte... par sa faute.

    pueblo-bandera-mirLa deuxième signification, c'est évidemment la nécessité d'un Parti comme état-major révolutionnaire des masses, d'une conception du monde et d'une stratégie révolutionnaire. Car au-delà de l'Unité populaire réformiste, les forces révolutionnaires étaient divisées et prisonnières de grandes limites de conception du monde : le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire, proche du PRT-ERP argentin, des Tupamaros d'Uruguay, etc.), 'soutien critique' à l'UP et totalement liquidé dans les premières années de la dictature, était globalement sur une ligne guévariste de 'foyer' guérillero rural et (surtout) urbain (dans le conception Tupamaros ou Carlos Marighella) ; tandis que le PCR (Parti communiste révolutionnaire), pro-chinois (ce qui ne veut pas n'a jamais voulu dire maoïste), était évidemment très hostile à l'UP pro-soviétique mais, surtout, était pris dans les limites idéologiques d'une très grande partie de l''anti-révisionnisme' de l'époque, qui consistait bien souvent à 'revenir' aux PC 'sains' d'avant 1956, sur une ligne peut-être plus 'dure', mais sans comprendre quelles limites de ceux-ci, justement, les avaient entraînés dans mir-21.jpgle marécage khrouchtchévien, parlementariste, légaliste etc. etc. Si ce qu'il restait de ce PCR participera en 1984 à la fondation du MRI maoïste (avant de rapidement disparaître, il y a aujourd'hui plusieurs groupes maoïstes dans le pays), la majeure partie s'en ira à la fin des années 1970 pour fonder le PC "Action prolétaire", hoxhiste ('albanais'), c'est à dire 'vieux stal', 'dogmato-révisionniste'. Il faut dire que l'attitude de la Chine (dont Deng Xiaoping dirigeait alors les affaires étrangères...), lors du coup d’État et par la suite, de quasi-soutien à la junte ne pouvait que plonger dans un grand désarroi les forces se réclamant de ce modèle (contrairement à celles se réclamant de Cuba, par exemple, qui n'avaient ni ce problème ni celui de la 'timidité' du soutien soviétique sur la fin). Clairement donc, si l'Unité populaire n'ouvrait pas forcément moins de perspectives que la Révolution de Février 1917 en Russie, il manquait un Parti révolutionnaire conséquent pour prendre la direction des masses en lutte et construire un véritable Pouvoir populaire à la base, une Guerre du Peuple etc. Le mouvement communiste international était déjà entré dans une profonde crise d'idéologie, de stratégie et de leadership.

    Relatives-of-victims-of-General-Augusto-Pinochets-military-La troisième signification, avec d'autres dictatures fascistes du même type qui se coordonneront en 1975 dans le sinistre Plan Condor, c'est que le 11 Septembre chilien marque l'entrée dans l'OFFENSIVE FINALE de la guerre que livre, peut-être depuis 1945, l'impérialisme US à la fois contre les forces révolutionnaires, les nationalismes bourgeois et les tendances éventuellement pro-soviétiques ou 'non-alignées' de certains secteurs, pour un CONTRÔLE IMPÉRIALISTE TOTAL et une exploitation sans limites de son hémisphère 'pré carré' américain. Après le retour de la 'démocratie' oligarchique, cette impérialisation totale sera appelée 'néolibéralisme', qui est en fait le nom de la théorie économique bourgeoise (Milton Friedman) qui sera notamment mise en œuvre au Chili... sous Pinochet, pour assurer un contrôle total de l'économie aux monopoles impérialistes (principalement US) et empêcher les courants kissinger-nixon1.jpgnationalistes bourgeois, par la création d'un grand secteur public, de 'rééquilibrer' un peu la répartition du produit national entre les pays du continent et l'impérialisme.

    Le bilan de tout cela, on le sait, fut des dizaines de milliers de morts et de disparus (des centaines de milliers à l'échelle du continent).

    C'est la raison pour laquelle, par exemple, au début de l'année, nous avons été intransigeants sur la qualification de 'fasciste' appliquée à des régimes ressemblant, précisément... à celui d'Allende, ce que les pires détracteurs de celui-ci (comme le PCR), à l'époque, n'avaient pas osé. Pour nous, communistes, le visage du fascisme en Amérique latine est clairement celui de Pinochet, de ses congénères argentins, d'Hugo Banzer en Bolivie, d'Efraín Rios Montt au Guatemala, ou celui, 'moderne', de Fujimori au Pérou ou d'Uribe en Colombie : la dictature terroriste ouverte des AGENTS de la fraction la plus réactionnaire du Capital impérialiste (principalement et historiquement US dans ce cas précis). Le péronisme, dans une certaine mesure, a eu dans le champ politique bourgeois le positionnement complexe et ambigu du gaullisme, un gaullisme de pays émergent (ce qu'était l'Argentine à l'époque) ; la France était d'ailleurs l'un de ses 'partenaires' impérialistes privilégiés et l’État espagnol franquiste, protégé de l'impérialisme BBR, le refuge de son exil. Mais en aucun cas, le fascisme ne peut avoir le visage de dirigeants qui apportent aux masses URIHITLER.jpgdes salaires minimums et des dispensaires médicaux, des programmes contre la malnutrition, des cours d'alphabétisation et non des rafales de mitraillette systématiques comme unique méthode de gouvernement : cela s'appelle du réformisme. Nous ne sommes pas tombés de la dernière pluie ; nous savons que les caudillos populistes et 'réformateurs' sont une spécialité du continent américain ; et nous n'avons pas accueilli en 1999 l'élection d'Hugo Chavez avec un enthousiasme et des illusions particulières. En revanche, si de 'socialisme du 21e siècle' il n'y avait pas plus l'ombre (voire moins !) que de 'socialisme par les voies démocratiques et légales' au Chili en 1973, il y a bel et bien eu en avril 2002 un coup d’État du 21e siècle, un de ces coups d’État 'modernes' de l'ère de l'information (bien que le Chili de 1973 ait déjà donné un avant-goût de cela), appuyé sur un pseudo-mouvement de la 'société civile' et plaçant, pour faire moins 'tâche', un civil sur le trône ; comme ce qui a finalement réussi plus tard au Honduras et dernièrement en Égypte. Et ce coup d’État a été DÉJOUÉ par la mobilisation des masses - mobilisation très largement armée - qui a forcé l'armée et la police à reculer et à 'lâcher' les putschistes : c'est cela, et uniquement cela qui faisait pour nous la spécificité d'Hugo Chavez (l'on pourrait presque parler, finalement, de "réformisme armé au pouvoir"...) et le fait que l'on ne pouvait dès lors plus le considérer, et considérer ses bourgeons sur le continent (en Bolivie, en Équateur etc.) comme des "régimes bureaucratiques compradores" comme les autres : si mince soient les perspectives qu'ils ouvraient, leur renversement réactionnaire les anéantissait, peut-être pour de très longues années (leur renversement révolutionnaire, nous n'avons jamais été contre, mais il ne semblait pas trop à l'ordre du jour !). Avec peut-être, à la clé, la boucherie pour les masses subie par le Chili après 1973, l'Argentine après 1976, le Guatemala au début des années 1980 etc. Il pedro-carmona-golpe-de-estado-venezuelaétait du devoir de révolutionnaires internationalistes comme nous de refuser de telles contre-offensives de la droite oligarchique, et tout ce qui dans la propagande médiatique occidentale visait à les appuyer ; nonobstant ce qui chez ces dirigeants ne nous plaisait pas et l'absence de toute illusion à leur égard. C'est tout ! Finalement, le renversement réactionnaire ne s'est pas produit et lorsque l'occasion se présente, les gouvernements vénézuélien, bolivien, équatorien ou nicaraguayen sont dénoncés par nous comme des gouvernements social-traîtres... comme les autres.

    Ceci dit, il semble que les grands tenants de la thèse "Chavez fasciste" soient quelque peu revenus sur leur position : dans un document de ce jour sur le coup d’État au Chili, document aux positions tout à fait correctes si l'on fait abstraction d'une certaine vision simpliste des choses et des rapports de force (UP décrite comme monolithique et sans contradictions, Cuba pure courroie de transmission de Moscou) et de certaines omissions (le rôle de l'impérialisme US ?), le coup d’État est bien qualifié de FASCISTE, Allende et l'UP de RÉFORMISTES et Chavez... de nouvel Allende. Donc réformiste, si l'on suit le raisonnement. CQFD... Nous n'avons jamais rien dit d'autre !

    allende-no-via-pacifica.jpgPar ailleurs, il est reproché à Allende de ne pas avoir armé les masses... or c'est ce que Chavez a (un peu) fait et qui l'a très certainement sauvé (la perspective d'une guerre civile ayant sans doute détourné la majorité des officiers du putsch en 2002). Si Allende en avait fait autant, nul doute qu'il se serait trouvé 5 ou 10 ans plus tard des énergumènes pour le qualifier de 'fasciste' qui n'aurait fait que "restructurer le capitalisme bureaucratique" (ce qui aurait d'ailleurs été vrai), etc. etc.... On ne le saura jamais ! La politique commande au fusil et le réformisme ou le révisionnisme armé cela peut tout à fait exister, dans le maquis et pourquoi pas au pouvoir. Dans ce cas, le poisson réformiste pourrit tranquillement par la tête, jusqu'à devenir lui-même... la droite, dans un référentiel politique qui s'est déplacé 'vers la gauche' (comme typiquement le PRI mexicain, ou le MNR bolivien) ; ou perdre le pouvoir, comme vient de faillir le faire le successeur de Chavez. Mais en tout cas a-t-on évité, sur le moment, la terreur blanche, le génocide pour les masses populaires... en un mot, le FASCISME ; ce que n'étaient ni Allende, ni Chavez.

    Aujourd’hui, quatre ans après les évènements du Honduras (où sous une présidence de droite dure les assassinats de militants sociaux se poursuivent dans le silence) et alors que de nouveaux Pinochet viennent de sévir en Égypte, non contre un quelconque projet ‘socialiste’ mais simplement contre le ‘capitalisme d’en bas’ (‘populaire’, spontané) représenté par les Frères musulmans, pour maintenir un néocolonialisme total, nous ne pouvons que saluer haut et fort les martyrs révolutionnaires et progressistes du Chili, d’Argentine et d’ailleurs, et œuvrer, au cœur d’un des plus agressifs États impérialistes de la planète, à la Révolution prolétarienne mondiale qui bientôt balaiera l’impérialisme et son arme ultime, le FASCISME, dans les poubelles de l’Histoire !

    envencible guerra populara 3 montanas


    Sur l'Unité populaire chilienne et le coup d’État, les forces de classe protagonistes du 'processus' et les contradictions ayant conduit à la défaite, on peut lire un très intéressant article sur le site de l'OCML-VP.

     

     


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    chaveznodHugo Chávez Frías, président ‘bolivarien’ et ‘socialiste’ du Venezuela, s’est donc éteint ce mardi 5 mars à Caracas, des suites d’une longue maladie diagnostiquée en 2011.

    Servir le Peuple ne s’étendra pas 'kilométriquement' sur l'évènement, sinon pour dire que comme nous l’annoncions il y a quelques semaines en conclusion d’un article, sa disparition comme ‘clé de voûte’ d’un édifice politique aussi interclassiste et contradictoire que le ‘bolivarisme’ devrait rapidement amener celui-ci à exploser, et de grands bouleversements des rapports de force sont à prévoir.

    Notre position sur le personnage et – surtout, car ce ne sont pas les ‘grands hommes’ qui font l’histoire – la réalité politique latino-américaine qu’il représentait a déjà été largement exposée ici : il vous suffira de taper ‘Chavez’, ‘bolivarien’ ou ‘bolivarisme’ dans le moteur de recherche du blog, d’aller consulter la catégorie ‘Amérique latine’, etc.

    Schématiquement, la position de SLP pourrait se résumer ainsi : le ‘bolivarisme’ de Chávez et consorts était un nationalisme bourgeois social-réformiste, teinté de populisme et de dénonciation de l’hégémonie historique nord-américaine sur le continent, chose assez typique (historiquement, au cours des 60 ou 70 dernières années) en Amérique latine ; et découlant de la conjonction, du ‘frottement’ contradictoire de deux phénomènes :

    1/ depuis les années 1970, la crise générale frappant le monde impérialiste a amené une grande partie de la production à se délocaliser vers les pays d’Amérique latine, ou encore d’Asie-Pacifique, les pays arabes voire certaines régions d’Afrique subsaharienne, entraînant une notable modernisation de la vie sociale et l’émergence de nouvelles couches petites et moyennes-bourgeoises, de classes ‘moyennes’ éduquées ; ce à quoi l’on peut ajouter, dès les années 1970 mais aussi 1990 et 2000, une nette augmentation des cours des hydrocarbures, dont les principaux pays concernés (Venezuela, Bolivie, Équateur) sont de gros producteurs, amenant des fractions de la grande bourgeoisie à désirer une ‘plus grosse part du gâteau’ (en renégociant les contrats, en se tournant vers d’autres clients ‘émergents’ - Chine, Russie, Brésil, Iran - etc.) ;

    2/ face au ‘néolibéralisme’, ainsi qu’est appelée là-bas la domination semi-coloniale (principalement nord-américaine) féroce mise en place après (ou directement pendant) les dictatures fascistes des années 1960-80 (qui ont anéanti les forces révolutionnaires et progressistes), des mouvements de contestation sociale de grande ampleur ont rendu les principaux pays concernés ingouvernables par les ‘méthodes’ et la ‘classe politique’ traditionnelle. Une ingouvernabilité, démontrant une fois de plus que ce sont les masses qui font l’histoire, qui a amené les partis ‘traditionnels’ de l’oligarchie dominante à rétrocéder tactiquement, ouvrant la porte à des ‘créatures politiques’ atypiques : un ancien militaire putschiste à l’idéologie hétéroclite se voulant ‘progressiste’ (‘entre communisme impossible et capitalisme inhumain’) au Venezuela, un syndicaliste paysan ‘musclé’ défendant les cultivateurs de coca en Bolivie ; ou encore, d’anciens partis guérilleros ‘socialistes’ (sandinistes au Nicaragua, FMLN au Salvador) que l’on croyait enterrés aux oubliettes de la ‘Fin de l’Histoire’ (ayant même droit à leur chapitre dans le Livre noir du communisme) en Amérique centrale ; l’économiste ‘catho de gauche’ équatorien Correa étant quant à lui plus proche d'un ‘homme du sérail’, tout comme l'éphémère libéral-réformiste hondurien Zelaya. Une aile de l’oligarchie pensait, sans doute, parvenir avec le temps à les ‘responsabiliser’ (embourgeoiser), scénario qui se s’est finalement réalisé ; une autre qu’ils seraient nuls et perdraient les élections suivantes face aux partis traditionnels ; une autre, enfin, pensait les liquider militairement ou par un mouvement de la ‘société civile’ au moment propice – ce qui a été tenté partout, et a réussi au Honduras.

    Une rupture du front de la ‘Fin de l’Histoire’, voilà finalement la (seule) véritable signification historique qu’il faut retenir de ces phénomènes politiques qui ont dominé la dernière décennie : une démonstration, presque 10 ans avant les évènements des pays arabes (comme cela semble loin !), que les masses se levant selon le principe ‘là où il y a oppression, il y a résistance’ peuvent faire tomber un ordre politique que l’on croyait immuable ; que toute idée de ‘changement pour de bon’ n’est pas irrémédiablement vouée au 'musée des horreurs' du ‘siècle des totalitarismes’… Mais nullement, en aucun cas, le début d’un commencement de révolution au sens marxiste (accession de la classe révolutionnaire, le prolétariat, au pouvoir à la tête des masses populaires).

    Telle est la position qui nous a semblé, à tout le moins, la plus léniniste possible ; léniniste... car il n’y a PAS, au niveau international, de position ‘maoïste’ unifiée sur la question.

    Parmi les Partis, organisations ou simples groupes de personnes qui se réclament du maoïsme, le (nouveau) PC italien vient ainsi de rendre un vibrant hommage au comandante disparu ; le PC des Philippines, qui mène la Guerre populaire dans ce pays, avait un point de vue également assez bienveillant sur le ‘processus’, tout comme les PCR d’Argentine ou d’Uruguay (mais le PCR d’Argentine avait un point de vue positif sur le péronisme, alors…) qui font partie de la même Conférence internationale (ICMLPO ‘International newsletter’) ; mais l’OCML-VP (membre de la même) était beaucoup moins enthousiaste ; le blog cantabre (État espagnol) Odio de Clase relaie quant à lui l’hypothèse d’un empoisonnement du comandante ‘comme Yasser Arafat’ (impossible, peut-être pas, mais dans tous les cas cela ne change pas grand-chose...), etc. etc. En revanche, les maoïstes qui se placent dans la lignée du Parti communiste du Pérou et de Gonzalo étaient et restent FAROUCHEMENT HOSTILES à Chávez et à son ‘processus’ (comme aux ‘processus’ apparentés sur le continent), carrément définis comme… FASCISTES ; ce qui, pour SLP, relève de ce que Dimitrov qualifiait en 1935 (au sujet du New Deal et de certaines positions communistes à son sujet) de pire schématisme :  « N'est-ce pas une manifestation de cette attitude schématique que l'affirmation de certains communistes assurant que l'’ère nouvelle’ de Roosevelt représente une forme encore plus nette, plus aiguë de l'évolution de la bourgeoisie vers le fascisme que, par exemple, le ‘gouvernement national’ d'Angleterre ? Il faut être aveuglé par une dose considérable de schématisme pour ne pas voir que ce sont justement les cercles les plus réactionnaires du Capital financier américain en train d'attaquer Roosevelt, qui représentent, avant tout, la force qui stimule et organise le mouvement fasciste aux Etats-Unis. Ne pas voir le fascisme réel prendre naissance aux Etats-Unis sous les phrases hypocrites de ces cercles en faveur de la ‘défense des droits démocratiques des citoyens américains’, c'est désorienter la classe ouvrière dans la lutte contre son pire ennemi » (exemple d’un pays impérialiste, mais exemple intéressant car il ne faut pas oublier que c’est l’impérialisme US, avec sa ‘tradition’ réactionnaire spécifique, qui pilote principalement la droite radicale anti-bolivariste en Amérique du Sud). Le site ‘Voie Lactée’ du ‘p’’c’’mlm’ a réagi tellement promptement (l’information n’étant parvenue que ce matin en Hexagone) que de toute évidence, l’article ‘enfonçant le mort’ était rédigé de longue date, probablement dès l’annonce de la grave maladie du comandante*.

    Des positions diverses et variées, donc, mais généralement accompagnées des mêmes épithètes les unes à l’encontre des autres, et notamment, bien sûr… ‘trotskyste’ (évidemment !) ; car le mouvement se réclamant de Léon Trotsky et de son Programme de Transition était tout aussi divers dans ses analyses, allant de l’hostilité farouche (ici Lutte ouvrière, ou la tendance ‘CLAIRE’ du NPA) au soutien critique-mais-bon-pas-vraiment (majorité du NPA, la Riposte etc.) : il était donc, quelle que soit la position adoptée, facile de trouver des trotskystes défendant la position inverse…(1) Ou encore l’épithète de ‘révisionniste’, tout aussi ridicule, puisque pour les marxistes-léninistes-maoïstes, sont révisionnistes aussi bien les ‘cubanistes’ et autres ‘brejnéviens’ (comme les FARC-EP, le PC vénézuélien, le KKE, le PTB, en ‘France’ l’URCF, le PRCF ou le RCC), qui étaient farouchement pro-Chávez, que les ‘pensée maozedong’ comme le PCR d’Argentine, qui étaient sur les mêmes positions, mais aussi… les hoxhistes (les marxistes-léninistes ‘albanais’), qui eux, étaient nettement plus hostiles, le PCML d’Équateur étant clairement dans l’opposition au gouvernement Correa, tandis que le petit groupe vénézuélien ‘Bandera Roja’ était allé tellement loin… qu’il s’était fait exclure de l’autre ICMLPO, l’ICMLPO ‘Unité et Lutte’ hoxhiste : il avait soutenu explicitement la tentative de coup d’État (ratée) de la droite ultra vénézuélienne en avril 2002 ! Tout cela semble bien, en fait, relever du plaquage abstrait de vieux schémas (schématisme !) de la première vague de la révolution mondiale, dans toutes leurs limites qui ont conduit à l'épuisement de celle-ci, sur un phénomène de notre époque qui n'a, dans toutes ses spécificités, pas d'antécédent historique...

    La réalité, devant ces positions extrêmement atomisées, que ce soit du mouvement marxiste-léniniste, du mouvement maoïste ou du mouvement trotskyste, c’est que tous ont en fait partiellement raison, tous détiennent une partie de la vérité – mais ne voient, justement, qu’une partie, qu’un aspect du phénomène ‘bolivarien’, et non sa totalité contradictoire, en ‘unité et lutte’. Les forces plutôt ‘avant-gardistes’ (sacralisant le rôle de l’avant-garde, du Parti, ‘centre’ de la ‘vérité’ révolutionnaire et cadres du socialisme de demain) étaient globalement hostiles à Chávez et consorts, ne tolérant pas une autre direction sur les masses que la leur. Les organisations plutôt ‘massistes’, mettant en avant le rôle des masses en mouvement, en lutte pour le progrès démocratique et social, que le Parti doit simplement ‘accompagner’, en avaient au contraire une vision plus positive, sauf peut-être (en Hexagone) VP (maoïste) et certains courants du NPA (trotskyste). Le ‘bolivarisme’ était clairement un ‘rempart’ des classes dominantes face aux mouvements de lutte populaires, empêchant ceux-ci (qui l’ont porté au pouvoir…) d’effectuer un ‘saut’ qualitatif et de devenir révolutionnaires, avec l’émergence d’un Parti. Mais, pour ce faire, il a dû offrir de très réelles et concrètes avancées démocratiques et sociales aux masses du peuple. Dans les pays impérialistes, de telles avancées reposent sur quelque chose que de véritables communistes ne peuvent ignorer : le pillage des pays dominés par l’impérialisme. L’Occidental de 2013 après Jésus-Christ est un Athénien antique, dont la ‘démocratie’ (de façade) et le 'niveau de vie' reposent sur le dos d’une masse dix fois plus nombreuse d’esclaves affamés (phénomène que pouvait déjà entrevoir Lénine dans L'Impérialisme en 1916)… Mais dans des pays dominés, comme le Venezuela ou la Bolivie, des avancées de ce type reposent au contraire sur une réappropriation partielle du produit national, soit, en définitive, sur une réaffirmation du caractère national de la production face à l’appropriation impérialiste de la richesse produite. Cela, le léninisme nous enseigne que c’est toujours (objectivement) positif. Le ‘bolivarisme’ était un phénomène politique à dominante bourgeoise, ne pouvant pas ne pas avoir de contradictions, y compris violentes, avec les masses laborieuses et leur volonté d’émancipation ; et ne représentait en rien une ‘première étape’ d’un processus ininterrompu vers le socialisme et le communisme. Mais un phénomène bourgeois qui nécessitait de chevaucher, qui nécessitait comme appui et comme ‘carburant’ les luttes sociales ; et pouvait, par conséquent, créer par là des conditions favorables au développement d’une conscience révolutionnaire dans les classes opprimées, et d’un mouvement communiste, à condition bien sûr qu’un PARTI révolutionnaire conséquent se saisisse de ces tâches (le régime ‘socialiste’ bourgeois crée simplement les conditions, il ne s’en charge pas). Dans les différentes positions marxistes ayant émergé depuis 15 ans sur le phénomène, jamais la totalité de ces aspects n’a – hélas – été entièrement saisie. Soit Chávez pavait la voie au socialisme et au communisme, soit il représentait la contre-révolution la plus noire… il n'y avait pas d'autre 'subtilité' possible. Et entre le ‘maoïsme’ (ou le trotskysme) virant Libé, grand pourfendeur du ‘populisme fascisant’, et le ‘marxisme-léninisme’ (ou d'autres trotskystes) virant Monde Diplo ou Michel Collon (admirateur béat des régimes et des forces de réaffirmation nationale type bolivarisme, Hezbollah, Frères musulmans ou mollahs iraniens), le prolétariat révolutionnaire avait-il une chance de retrouver ses 'petits', c'est-à-dire sa conception du monde ?

    Quoi qu’il en soit, la position de Servir le Peuple a toujours été claire : quelles que soient ses spécificités, le ‘chavisme’/’bolivarisme’ est un phénomène politique à apparenter au réformisme bourgeois (position partagée, d’ailleurs, par les MLM de Bolivie quant au MAS d’Evo Morales dans ce pays), version social-populiste ; tentant en tant que tel de nier la contradiction fondamentale Capital/Travail (derrière une contradiction ‘Amérique latine surexploitée/impérialisme yankee’), tout réformisme bourgeois cherchant de toute manière à placer un supposé ‘intérêt général’ au-dessus de la lutte des classes ; mais en rien apparentable au fascisme, qui est une forme de gouvernement réactionnaire terroriste, visant l’annihilation de toute force révolutionnaire (même aux théories erronées), mais aussi simplement… réformiste, ‘progressiste’ : régime de Pinochet, junte argentine de 1976-83, régime militaire du Guatemala au début des années 1980, régime de Fujimori au Pérou (1990-2000) ou d’Uribe en Colombie (2002-2010) en sont les exemples type en Amérique latine. Le 'bolivarisme' était un phénomène politique bourgeois, à ne défendre en aucun cas dans ses éventuelles contradictions avec les masses populaires en lutte ou les forces subjectives de la révolution mondiale (ce que SLP n'a jamais fait), mais à défendre tactiquement, oui, comme une certaine République espagnole en 1936 ou une certaine Unité populaire chilienne en 1973, face à une éventuelle contre-offensive de la réaction la plus noire (à la Pinochet), de l'aile réactionnaire la plus terroriste de la classe dominante et des monopoles impérialistes (principalement US).

    Il était un assemblage hétéroclite d’intérêts de classe très variés, ne pouvant pas coïncider au-delà du très court terme – de fait, les contradictions éclataient déjà au grand jour depuis plusieurs années (2) ; et il volera inévitablement en éclat avec la disparition de sa ‘clé de voûte’ (vitale non seulement au Venezuela, mais dans toute l’Amérique latine, les autres dirigeants ne lui arrivant pas à la cheville). Il appartient désormais, de fait, à l’histoire.

    Une nouvelle page de l’histoire populaire révolutionnaire d’Amérique latine s’ouvre. Espérons vivement qu’une analyse marxiste de notre époque, maoïste, correcte du phénomène ‘bolivarien’ saura rapidement voir le jour, afin que les classes exploitées puissent écrire victorieusement leur histoire dans les prochaines décennies.


    (1)
    De fait, si les positions "gauchistes réactionnaires" que nous dénonçons dans cet article sont classiquement qualifiées de "trotskystes" par les marxistes-léninistes et les maoïstes, Trotsky lui-même a pu tenir parfois des propos extrêmement proches... de notre position, et notamment au sujet d'un régime beaucoup plus clairement fasciste (l'Italie de Mussolini était sa référence explicite) que ceux de l'ALBA aujourd'hui : « Il règne aujourd’hui au Brésil un régime semi-fasciste qu’aucun révolutionnaire ne peut considérer sans haine. Supposons cependant que, demain, l’Angleterre entre dans un conflit militaire avec le Brésil. Je vous le demande : de quel côté serait la classe ouvrière ? Je répondrai pour ma part que, dans ce cas, je serais du côté du Brésil "fasciste" contre l’Angleterre "démocratique". Pourquoi ? Parce que, dans le conflit qui les opposerait, ce n’est pas de démocratie ou de fascisme qu’il s’agirait. Si l’Angleterre gagnait, elle installerait à Rio de Janeiro un autre fasciste, et enchaînerait doublement le Brésil. Si au contraire le Brésil l’emportait, cela pourrait donner un élan considérable à la conscience démocratique et nationale de ce pays et conduire au renversement de la dictature de Vargas. La défaite de l’Angleterre porterait en même temps un coup à l’impérialisme britannique et donnerait un élan au mouvement révolutionnaire du prolétariat anglais. Réellement, il faut n’avoir rien dans la tête pour réduire les antagonismes mondiaux et les conflits militaires à la lutte entre fascisme et démocratie. Il faut apprendre à distinguer sous tous leurs masques les exploiteurs, les esclavagistes et les voleurs ! » (La lutte anti-impérialiste, entretien avec le syndicaliste argentin Fossa, 1938) [ceci sans toutefois perdre de vue, comme on peut le voir, son idée de primauté des grands centres capitalistes-impérialistes dans le "déploiement" de la vague révolutionnaire mondiale (il est bien clair que ce sont les possibilités révolutionnaires en Angleterre qui l'intéressent en premier lieu dans son exemple) ; conception qui fait partie de ce que nous récusons fermement dans le trotskysme].

    (2) Notamment avec les extraditions, depuis début 2009, de militant-e-s basques et colombien-ne-s vers leurs États réactionnaires répressifs d’origine. Un ‘tournant’, au cours de ces 14 années de présidence, semble bien avoir été l’opération Phénix de l’armée colombienne (en territoire équatorien), le 1er mars 2008, se soldant par la mort du dirigeant FARC Raúl Reyes et la saisie de l’ordinateur de ce dernier, révélant des liens entre la guérilla colombienne et le Venezuela de Chávez (ainsi que l’Équateur de Correa). Évidemment, les ‘fana-chavistes’ de tout poil déployèrent alors toute leur ‘armada’ de dénégations, pour affirmer que ces documents étaient des faux, une provocation du régime fascisant d’Uribe etc., mais leur authenticité semble en réalité bel et bien avérée. Face à ce que, dans une ‘guerre par procuration’, il faut bien appeler une défaite militaire, Chávez semble alors avoir fait brutalement machine arrière et adopté ‘profil bas’, se repliant sur un anti-impérialisme ‘qui ne mange pas de pain’ (dénonciations tonitruantes de la superpuissance US, ou des crimes sionistes au Machrek arabe), et commençant à extrader les militant-e-s réfugié-e-s sur son territoire pour éviter l’étiquette infâmante d’’État terroriste’, jusqu’à l’arrestation et l’extradition d’un journaliste ‘radical’ colombien qui, pour être pro-FARC, n’en était pas moins retiré de toute activité ‘terroriste’ depuis les années 1980 : le ‘bolivarisme’ révélait ici on-ne-peut-plus clairement ses limites de classe, de nationalisme réformiste bourgeois.


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    * Le ‘p’’c’mlm’-‘Voie lactée’ en remet une et même deux couches (attaquant une nouvelle fois le PCm d’Italie) : décidément, ils savent se faire ‘cosmopolites’ (aborder des thèmes non-hexagonaux) lorsque cela les arrange, ou plutôt, lorsqu’ils ont leurs ‘petites obsessions’ – Chávez en l’occurrence, ou le PCmI qui a sûrement dû, à une époque indéterminée, les renvoyer aux petits intellectuels prétentieux qu’ils sont, ou encore les z’horribles z’islamiiiiistes en mettant en avant les textes de leur groupuscule-frère du Bangladesh (pays où l’islam est idéologie d’État, et non la cible première de la mobilisation réactionnaire de masse comme ici ; difficile pour le coup de faire plus ‘cosmopolite’). Ils nous présentent donc, Mao et Gonzalo à l’appui, la ‘position maoïste classique’ concernant le capitalisme bureaucratique dans les pays dominés par l’impérialisme (semi-coloniaux semi-féodaux) : impeccable, jusque-là rien à redire… Sauf que TOUT repose sur un seul et unique postulat : il est AFFIRMÉ et jamais, en aucun cas, DÉMONTRÉ que Chávez représente ledit capitalisme bureaucratique, ni à fortiori qu’il en représente la TOTALITÉ – et non, précisément, une fraction… réformiste. Car que nous dit le ‘p’’c’’mlm’ sur le capitalisme bureaucratique dans les pays dominés ? Si l’on suit leur ‘brillant’ exposé (un vieux document du groupuscule), « Ce capitalisme bureaucratique est le capitalisme que l'impérialisme développe dans les pays arriérés et qui comprend les capitaux des grands propriétaires terriens, des grands banquiers et des magnats de la grande bourgeoisie ; Il passe par un processus qui fait que le capitalisme bureaucratique se combine avec le pouvoir de l’État et devient capitalisme monopoliste étatique, compradore et féodal ; il en découle qu'en un premier moment il se développe comme grand capital monopoliste non étatique, et en un deuxième moment - quand il se combine avec le pouvoir de l’État - il se développe comme capitalisme étatique »… Or cela, au Venezuela… cela s’appelle typiquement (notamment) PDVSA, le gigantesque monopole ‘national’ (soi-disant ‘public’) du secteur hydrocarbure hypertrophié caractéristique de ce pays. À la fin des années 1990, lors de l’élection de Chávez, celui-ci était effectivement aux mains d’une oligarchie bureaucratique, qui vivait dans une opulence indescriptible tout en bradant la principale richesse du pays aux monopoles pétroliers US et européens. Et c’est précisément cette oligarchie qui, dans la première moitié des années 2000 et même au-delà (jusqu’en 2007 voire 2008), a été à la POINTE de la mobilisation réactionnaire anti-Chávez, avec notamment le coup d’État raté d’avril 2002, puis la ‘grève générale’ de décembre 2002-janvier 2003, appuyée sur les syndicats jaunes de cadres et d’aristocrates-salariés. Depuis, Chávez a prétendu ‘renationaliser’ la compagnie, renégocier les contrats avec les monopoles euro-US acheteurs et ‘diversifier’ sa clientèle (avec les fameux ‘BRICS’ et autres ‘émergents’) ; et il a éliminé cette oligarchie en la remplaçant par des partisans à lui… qui ont formé ce que l’on appelle là-bas la ‘boli-bourgeoisie’, la nouvelle bourgeoisie ‘en chemise rouge’, qui est tout le problème, qui démontre sans ambigüité le caractère non-révolutionnaire du chavisme et est dénoncée par tous les révolutionnaires – y compris certains ‘fascinés’ par le ‘processus’ au début. Mais l’oligarchie bureaucratique PDVSA de 1999 a combattu Chávez, et Chávez l’a combattue. Toute la démonstration et les attaques sournoises du ‘p’’c’’mlm’ et des ses amis internationaux reposent, donc, sur une première contre-vérité absolue.

    Les positions d’organisations se réclamant du maoïsme (PC des Philippines, (n)PCI), que ‘Voie lactée’ met en avant, ont été critiquées par SLP comme positions ‘borgnes’ – ne voyant que les aspects positifs du phénomène politique Chávez, et non les très nombreux aspects négatifs. La position du PCm d’Italie, elle, conclut justement (bien que de manière sectaire envers le (n)PCI, le ‘chauvinisme d’organisation’ – plaie du mouvement communiste – ayant encore de beaux restes), mais est beaucoup trop élogieuse au début, donnant au final l’impression de dire ‘tout et son contraire’.

    Mais que penser de la position du PC d’Équateur ‘Comité de Reconstruction’ (un ‘ami’ international de ‘Voie lactée’, bien que des tensions aient éclaté ces derniers temps) ? Pour SLP, cela tient en deux phrases :

    - pire schématisme (cf. Dimitrov) en qualifiant Chávez et le PSUV de ‘fascistes’ ; refusant de voir que c’était précisément les secteurs attaquant son ‘populisme’ et son ‘castro-socialisme’ au nom des ‘libertés’ qui représentaient la réaction la plus noire, terroriste, ‘pinochétiste’ au Venezuela ; et désarmant ainsi les classes populaires vénézuéliennes contre leur pire ennemi et se coupant d’elle (en qualifiant de ‘fasciste’ un homme perçu par elles comme un ‘révolutionnaire’ et un ‘patriote’, ‘phénomène social de masse’ que des communistes authentiques ne peuvent ignorer) ;

    - y-a-qu’à-faut-qu’on dès lors que l’on aborde la question de ‘Que faire ?’ : les tâches exposées sont des tâches pour après la prise de pouvoir par le prolétariat et son alliance révolutionnaire de classes ; mais en dehors de ‘la Guerre populaire’, on ne voit pas l’embryon d’une stratégie pour PRENDRE le pouvoir… Cela alors que cette organisation maoïste évolue dans un pays proche et très semblable au Venezuela : ‘morphologie sociale’ et histoire comparables, secteur hydrocarbure hypertrophié, gouvernement ‘populiste de gauche’ allié à Chávez (Rafael Correa) etc.

    Les anarchistes et les marxistes ‘conseillistes’ (gauchistes), ou encore certains trotskystes, se caractérisent historiquement par leur refus de reconnaître différents types de gouvernement bourgeois, et donc différentes stratégies adaptées à chacun. Mais là, c’est encore pire : il y a carrément, et délibérément, caractérisation erronée d’un gouvernement réformiste ‘populiste’ (c’est-à-dire mobilisant les masses dans son projet réformiste, pour les empêcher de devenir révolutionnaires et sauver ainsi une partie des possédants en en sacrifiant une autre, la plus ‘pourrie’) en gouvernement ‘fasciste’, dont le mouvement communiste international a fixé la définition une fois pour toutes en 1935 : « dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du Capital financier » - et, cela va de soi, de leurs représentants dans les pays semi-coloniaux non-impérialistes. En l’occurrence, les représentants des éléments les plus réactionnaires et impérialistes du Capital financier nord-américain et européen étaient les putschistes ratés d’avril 2002, les agitateurs cambas racistes de la Media Luna bolivienne (2007-2010), ou encore les putschistes couronnés de succès du Honduras en juin 2009. Le régime fasciste typique actuellement en Amérique latine, c’est celui mis en place en Colombie par Uribe et son ‘Parti de la U’, et poursuivi en version plus ‘libérale’ par son successeur Santos.

    Décidément, le ‘p’’c’’mlm’ et ses amis internationaux partagent beaucoup, beaucoup de ‘têtes de turcs’ (‘bolivariens’, ‘islamistes’ etc.) avec la pensée mainstream des monopoles impérialistes, et cela en devient préoccupant…

    Voir aussi la position du PC d’Équateur ‘Sol Rojo’, particulièrement alambiquée : réformisme bourgeois (comme le posaient en 2008 les maoïstes boliviens au sujet d’Evo Morales) ou fascisme ? On n’y comprend plus grand-chose… Ce n’est pourtant pas du tout la même chose, et pas du tout la même stratégie d’action pour les communistes : il faudrait choisir camarades ! Il y a également la position de l’’Organisation des Ouvriers d’Afghanistan MLM’, totalement calquée sur celle du ‘p’’c’’mlm’ : cette organisation paraît totalement ‘générée’ (comme les mystérieux ‘Arab maoists’) par le courant ultra-gauchiste dogmato-sectaire du maoïsme international, certainement à partir d’Afghans de l’exil, peut-être d’anciens éléments du courant ‘communiste-ouvrier’ historiquement fort dans ce pays, dont les positions sont proches… L’amitié de Chávez avec des régimes particulièrement réactionnaires du Proche et Moyen-Orient (Iran, mais aussi Syrie, Libye etc.) est en revanche dénoncée à juste titre – amitié parfaitement conforme aux intérêts de classe de la ‘boli-bourgeoisie’ qui s’est constituée depuis 1999, en ‘occupant les niches’ de la bourgeoisie bureaucratique puntofijiste balayée par Chávez.

    Bien que SLP ne partage pas les louanges du (n)PCI envers la ‘révolution bolivarienne’, il est intéressant de lire l’article suivant, reprenant… la position maoïste classique justement, sur l’attitude qui doit être celle des communistes vis-à-vis de formes de gouvernement réformistes de ce type, et des ‘forces sociales intermédiaires’ qui sont leur base sociale : Les communistes et la ‘gauche’ bourgeoise.

    Un fait historique incontournable est qu’un régime fasciste, même lorsqu’il dénie cette appellation (à peu près tous la dénient depuis 1945), est identifié comme tel par un bon 25% ou 30% des masses populaires, ce que l’on peut appeler le ‘peuple de gauche incompressible’ : tel était le cas en Italie mussolinienne (où socialistes, démocrates sociaux et communistes avaient récolté 34% des suffrages en 1921, et encore presque 15% aux élections frauduleuses de 1924), en Allemagne (SPD+KPD = 30,6% aux élections de mars 1933, donc déjà sous la botte hitlérienne), dans l’État espagnol (les gauches avaient réuni près de 50% en février 1936), au Portugal salazariste, au Chili sous Pinochet, etc. etc. De même, aux États-Unis sous la présidence Bush-Cheney, en Hexagone sous la présidence de Sarkozy et déjà lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, et même en Israël-Palestine sous les gouvernements du Likoud et de ses alliés d’extrême-droite, une part significative de la population s’accordait et s'accorde encore à reconnaître au gouvernement des ‘traits fascisants’, une ‘(mauvaise) pente de sinistre mémoire’, etc. Au Venezuela, il n’y avait pas 1% de la population (dont peut-être quelques centaines de ‘maoïstes’ sur la ligne internationale du ‘p’’c’’mlm’) pour qualifier Chávez de ‘fasciste’ : pour ses plus fervents supporters comme pour ses adversaires les plus acharnés, il était un ‘socialiste’ (un réformiste bourgeois ‘radical’), et ceci était précisément l’objet de la ferveur comme de la haine. Et ici ? Et bien, lorsque l’on entre ‘Chavez fasciste’ sur Google, l’on trouve, pour associer cet épithète au dirigeant ‘bolivarien’, les documents de ‘Voie Lactée’ (ou de leurs amis internationaux traduits par eux), et… des sites très-à-droite de type ‘néoconservateurs’ (‘droite radicale’ particulièrement pro-US, pro-Israël etc.), tels que ‘La Pensée néoconservatrice’ ou Dreuz.info (et encore, ces sites parlent-ils de ‘fascisme’… ‘rouge’ !). À méditer...

    Une autre caractéristique du fascisme au sens strict (Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet etc., à distinguer du ‘pourrissement réactionnaire généralisé’ de la politique bourgeoise - 'fascisme moderne' - que nous connaissons actuellement en Occident), du choix du fascisme (et non du réformisme) par la classe dominante face à l’ingouvernabilité galopante, c’est le développement d’une intense activité squadriste  (paramilitaire anticommuniste, anti-progressiste) avant même la prise de pouvoir (laquelle est rarement le fruit d’un net résultat des urnes, mais plutôt d’un coup de force, fut-il ‘institutionnel’) : Chemises noires en Italie, SA en Allemagne, Phalange en ‘Espagne’, ‘ligues’ et ‘Cagoule’ en ‘France’, Rex en Belgique, 'Garde de Fer' en Roumanie, Patria y Libertad au Chili, Triple A en Argentine, AUC en Colombie, etc. Rien de tout cela au Venezuela de la fin des années 1990, pas plus qu’en Équateur ou en Bolivie dans la première moitié des années 2000…

    Ah ! Et puis un dernier fait intéressant, un de ces petits ‘buzz’ politiques révélateurs, ce sont les propos de l’ex-président régional de Gwadloup et oncle Tom des dernières colonies ministre de l’Outre-mer, Victorin Lurel, représentant la France aux obsèques du défunt, qui a comparé Chávez à De Gaulle (certes) et Léon Blum (le genre de point de vue très répandu dans la ‘gauche’ bourgeoise et le ‘peuple de gauche’ des Antilles) : ces propos ont été non seulement critiqués par les courants les plus ‘euro-atlantistes’ du PS (Cambadélis etc.), mais aussi vivement dénoncés comme ‘hallucinants’, ‘choquants’, ‘fadaises’ par Jean-François Copé lui-même et la droite copéiste, dont le sinistre Lionnel Luca, chef de file de la Garde de Fer de Sarkozy ‘Droite populaire’ (voir aussi la réaction de Luca ici), bref, la droite dans laquelle le ‘p’’c’’mlm’ voit jour après jour ‘renaître le RPR’ et fleurir le ‘néogaullisme’. Chez les fascistes, Marine Le Pen juge la polémique ‘stérile’ et estime que Chávez "a fait des choses positives, notamment faire profiter son peuple de la manne du pétrole, d'autres dirigeants en Afrique qui avaient des ressources très importantes n'ont pas fait cela" (elle ménage là le fort courant ‘NR’ de son parti, en faisant preuve au passage d’une hypocrisie totale sur les peuples africains pillés par la Françafrique), mais qu'il "avait un exercice un peu personnel du pouvoir et une manière d'envisager la liberté des médias qui n'était pas évidemment la nôtre" (la ‘liberté d’expression’ contre la ‘pensée unique’ - 'de gauche' évidemment - est devenue une rengaine récurrente de l’extrême-droite fasciste depuis une trentaine d’années, à rapprocher de l'UMPiste ex-FN Guillaume Peltier exigeant un 'quota de journalistes de droite', etc.) : bref, elle reste assez ‘neutre’ et ‘garde ses distances’. Son grand rival dans le parti d'extrême-droite, Bruno Gollnisch, en dresse un portrait plus élogieux – et largement fantasmé ; mais s’en sert surtout pour ‘aligner’ Mélenchon, avant de digresser sur les ‘chrétiens de Syrie’, sa grande marotte du moment. Le 'bras droit' de MLP, Florian Philippot (énarque venu du chevènementisme), a certes affirmé (sur Twitter) que Chávez "c'était d'abord une volonté, un courage"... mais il n'est lui-même plus vraiment en odeur de sainteté au sein du FN, qu'il est accusé de 'gauchiser', et encore moins à la droite de celui-ci (le spectre des 'années Soral' flotte encore sur la vieille garde frontiste). Novopress (Bloc identitaire) est en revanche extrêmement critique (critiques rejoignant, d’ailleurs, en partie celles des anti-chavistes d’extrême-gauche…) ; tandis que le site ‘occidentaliste’ et islamophobe Euro-reconquista n’a pas réagi au décès (ni aux propos du Lurel), mais a déjà eu l’occasion de critiquer très violemment le comandante ‘bolivarien’ (la ligne de ce site reflète, très largement, la pensée de l’immense majorité du ‘peuple d’extrême-droite’ hexagonal). Bernard Antony (Chrétienté-Solidarité, extrême-droite nationale-catholique) ironise sur la 'pratique marxiste des momifications' (Chávez devrait être embaumé...), ce qui ne laisse pas supposer (si Chávez est un 'révolutionnaire marxiste' selon lui) une grande sympathie. Ni l'Union de la Droite Nationale, ni ses composantes (NDP, MNR et Parti de la France, dissidences du FN nettement plus maurassiennes et 'occidentalistes') n'ont réagi à la nouvelle. Synthèse Nationale (proche de l'UDN) présente deux analyses, l'une 'NR' (évidemment) fana-chaviste, l'autre d'un membre de la NDP, beaucoup plus critique. Comme chacun-e peut le constater, Chávez était donc loin de faire l’unanimité dans la mouvance fasciste, la ‘droite radicale’ et autres ‘néogaullistes’ de tout poil (la quasi-totalité de la 'droite radicale' et de l’extrême-droite se réfère aujourd'hui plus ou moins à De Gaulle, même si certains lui reprochent encore la ‘trahison algérienne’)... contrairement à ce que prétendent le ‘p’c’mlm’ et ses satellites gauchistes internationaux. Voilà une autre contre-vérité factuelle absolue...

    Et voilà... ça ne devait pas être 'kilométrique'... et ça a fini encore une fois par l'être !

     


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    165192 144270088959492 100001295066667 207790 6371168 nNous sommes en 2013. Il y a 40 ans, de l'autre côté de l'Atlantique et de l'Équateur terrestre, le continent sud-américain était le théâtre d’événements aussi glorieux - héroïques luttes populaires révolutionnaires - que tragiques - leur extermination par les fascistes à la solde de l'impérialisme. Le 11 mars 1973, sous la pressions des mouvements populaires, la junte fasciste national-catholique de la (sans rire) "Révolution argentine" (1966-73) avait fini par opérer un 'repli stratégique' ou ouvrir la 'soupape de sécurité' en organisant des élections bourgeoises libres. Celles-ci virent la victoire d'un représentant de l'aile gauche du mouvement péroniste (Front justicialiste de Libération, FREJULI), Hector Cámpora. À peine élu, celui-ci libère les prisonniers politiques (près de 500), rétablit les relations diplomatiques et commerciales avec Cuba et autorise immédiatement le retour de l'ultra-populaire général Perón (point clé de sa campagne) et de son entourage, exilés en Espagne, dans une atmosphère de grand espoir et de liesse populaire : ce fut le printemps camporiste. Un "printemps en automne" (puisque l'Argentine est dans l'hémisphère sud) qui devait s'achever tragiquement sur un long hiver, dès le retour de Perón le 20 juin sur l'aéroport d'Ezeiza, lorsque les escadrons péronistes de droite de López Rega firent feu sur les jeunes 'péronistes de gauche' : l'hiver du 'second péronisme', ouvertement réactionnaire et antipopulaire, qui ouvrira un boulevard au nouveau coup d'État militaire national-catholique de 1976 et à l'une des plus terribles dictatures fascistes du continent [1976-83 ; 30 000 « disparus » (desaparecidos), 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants].

    Quelques mois plus tard encore, le 11 septembre, au Chili voisin, c'est le printemps austral qui devenait à son tour hiver, avec le coup d'État fasciste d'Augusto Pinochet et ses milliers d'assassiné-e-s et de disparu-e-s, tandis que dès le 27 juin, en Uruguay, les militaires plaçaient le gouvernement civil (de droite) sous la tutelle d'un 'Conseil d'État', pour un 'processus de reconstruction nationale' luttant contre la 'subversion' : il y aura des centaines de 'disparu-e-s' et un prisonnier politique pour 450 habitant-e-s... Depuis de nombreuses années déjà, le Brésil (1964), la Bolivie (1964 aussi, avec une parenthèse 'progressiste' en 1970-71) et le Paraguay (1954) vivaient sous de similaires régimes militaro-fascistes au service de l'impérialisme US ; au Venezuela et en Colombie, les ailes gauche et droite de la politicaille civile s'étaient partagées le pouvoir pour écraser pareillement les guérillas révolutionnaires et les mouvements sociaux ; tandis qu'au Pérou et en Équateur, des juntes militaires 'de gauche' trahissaient les luttes du peuple. Le héros sublime, le 'Christ rouge' continental Ernesto 'Che' Guevara, était lui même tombé au combat révolutionnaire, en Bolivie, le 9 octobre 1967. 

    2013 est donc l'occasion, pour Servir le Peuple, de publier ce document d'une inestimable valeur historique ; jamais traduit en français à ce jour : la déclaration "Aux peuples d'Amérique latine" (1er novembre 1974) de la Junte de Coordination Révolutionnaire, 'petite internationale' formée par les forces révolutionnaires avancées d'Argentine (PRT-ERP), du Chili (MIR), d'Uruguay (Tupamaros) et de Bolivie (ELN fondé par le Che lui-même) pour coordonner la lutte révolutionnaire anti-oligarchique et anti-impérialiste dans le 'cône Sud' du continent, au moment où les dictatures fascistes pro-impérialistes coordonnaient elles-mêmes leurs efforts dans le sinistre 'Plan Condor'.

    Une déclaration, bien sûr, et c'est AUSSI sa valeur historique, pétrie de toutes les limites de conception révolutionnaire du monde de la première vague mondiale des révolutions prolétariennes (1917-92) ; notamment - bien sûr - celles du guévarisme. Le PRT-ERP prônait même de dépasser ces limites par un 'plein retour au léninisme', à travers la fusion des apports théoriques de Mao Zedong et de... Trotsky, ainsi que du Che, d'Hô Chi Minh, de Mariátegui ou encore Gramsci, à la lumière de l'expérience 'des révolutions chinoise, vietnamienne et cubaine'. Il n'était, bien sûr, et n'est pas plus aujourd'hui question d'un 'plein retour au léninisme', puisque c'est bel et bien dans les limites de la science marxiste à 'l'étape Lénine' (1900-1950) que résident les causes des échecs subis par le mouvement communiste international au siècle dernier ; mais bien de porter le marxisme-léninisme, lui-même développement supérieur du marxisme, à un niveau ENCORE SUPÉRIEUR ; et ce développement supérieur du marxisme-léninisme, nous en disposons aujourd'hui : c'est le marxisme-léninisme-maoïsme (le PRT avait donc partiellement vu juste). Dans ces limites résident aussi, hélas, bel et bien les causes de la défaite et de l'extermination de ces révolutionnaires par les juntes fascistes.

    Mais tout cela, il va de soi, n'enlève rien à l'héroïsme de ces camarades tombé-e-s (pour la plupart) en combattant vaillamment les ennemis du peuple ; et, d'autre part, c'est aussi et seulement en nous APPROPRIANT LE PASSÉ, sans honte ni tiédeur révisio-réformiste, mais aussi sans sectarisme dogmato-gauchiste, que nous pouvons CONSTRUIRE L'AVENIR : défendre, renforcer, arborer, appliquer mais aussi développer (car il n'est pas, selon nous, 'parfait', 'fini') ce maoïsme qui est notre arme de destruction massive contre la dictature du Capital.

    Il faut bien comprendre que le grand reflux stratégique mondial du mouvement révolutionnaire (1975-92) a été aussi rapide que BRUTAL, que la chute a été de très haut. Car à l'inverse, entre 1950 et 1975, la première vague de la révolution mondiale, malgré que l'URSS et ses 'pays frères' d'Europe de l'Est aient déjà entamé leur dégénérescence révisionniste, était à son APOGÉE : 'le fond de l'air était rouge' ; c'est là le fameux 'totalitarisme intellectuel de gauche' contre lequel ferraille la bourgeoisie réactionnaire depuis plus de 30 ans. En revanche, après 1975, tant la gigantesque Guerre populaire du Pérou, guidée par le marxisme-léninisme-maoïsme, que les guérillas marxistes-léninistes ou 'socialistes révolutionnaires' d'Amérique centrale, tant les organisations communistes combattantes italiennes que les petit-e-s GRAPO de l'État espagnol ou les CCC de Belgique, tant les mouvements révolutionnaires de libération du Pays Basque ou d'Irlande que la résistance armée et l'Intifada palestinienne ou encore les luttes du peuple d'Azanie contre le régime fasciste d'apartheid, n'ont malheureusement fait que lutter désespérément contre le courant inexorable qui poussait l'humanité vers l'autoproclamée 'Fin de l'Histoire', vers le triomphe à la romaine du Grand Capital sur les forces qui, durant trois quarts de siècle, avaient ébranlé son ordre établi. Ce n'est que dans les dernières années du siècle, au Népal, aux Philippines, en Colombie (mais là, dans les profondes limites idéologiques du 'révisionnisme armé'), puis dans la décennie suivante en Inde, qu'a pu commencer à se lever l'étendard de la DEUXIÈME VAGUE révolutionnaire mondiale, qui, cette fois-ci, conduira les peuples de la Terre à leur émancipation définitive. Il est donc très important pour nous, communistes révolutionnaires du 21e siècle, maoïstes, sans nous emmurer dans le sectarisme et les a priori du 'chauvinisme d'idéologie', d'étudier, de nous approprier et d'APPRENDRE de ce 'pic' de la révolution mondiale passée, pour faire se lever la nouvelle vague à un niveau - de très loin - supérieur à la première, en espérant que, dans les années 2050 ou 2060, nous redeviendrons poussière avec le sentiment d'une formidable œuvre accomplie.

    Depuis les années 1980, la guerre contre-révolutionnaire déchaînée 30 ans plus tôt par l'impérialisme, avec ses Pinochet, ses Videla, ses Stroessner, ses Banzer, ses Rios Montt et ses D'Aubuisson, a réussi à ramener l'Amérique latine, sacrée au cœur des révolutionnaires du monde entier, à un état de semi-colonialisme effroyable et sans pitié, appelé là-bas 'néolibéralisme', que seuls contestent, dans toutes les limites du réformisme bourgeois, quelques gouvernements depuis la fin des années 1990-début des années 2000 (Brésil, Venezuela, Argentine, Équateur, Bolivie, Uruguay etc.). Si l'impérialisme US a été militairement le maître d’œuvre de cette guerre d'extermination, et le principal bénéficiaire du 'néolibéralisme' qui l'a suivie, TOUS les impérialismes de la planète profitent du pillage et s'engraissent tels des charognards sur le cadavre du continent, Y COMPRIS (très largement) les impérialismes de l'UE, qui profitent, même, des gouvernements 'contestataires' de l'hégémonie US, et Y COMPRIS notre impérialisme BBR. Il est donc de notre DEVOIR INTERNATIONALISTE ('cosmopolite' pour certain-e-s...) d'accorder une grande attention au mouvement révolutionnaire sur le continent latino-américain. Un rôle de l'impérialisme BBR encore aggravé, de sinistre manière, par le fait que la guerre d'extermination contre-révolutionnaire déchaînée contre les peuples et les révolutionnaires des Amériques, entre les années 1960 et 1980, s'est largement appuyée sur l'école française des méthodes 'antisubversives' développées, pendant la guerre de libération algérienne, par les bouchers de l'impérialisme Trinquier, Massu, Bigeard et autres Aussaresses...

    Voici donc la Déclaration de la Junte de Coordination Révolutionnaire du 'cône Sud', du 1er novembre 1974 :  

     

    AUX PEUPLES D'AMÉRIQUE LATINE

    Source

    "C'est la voie du Vietnam qui est la voie que doivent suivre les peuples ; c'est la voie que suivra l'Amérique, avec la caractéristique particulière que les groupes en armes pourront former quelque chose comme des Juntes de Coordination pour rendre plus difficile la tâche répressive de l'impérialisme yankee et faciliter leur propre cause."

    Che Guevara, "Message à la Tricontinentale"

    Le Mouvement de Libération Nationale (Tupamaros) d'Uruguay, le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) du Chili, l'Armée de Libération Nationale (ELN) de Bolivie et l'Armée Révolutionnaire du Peuple (ERP) d'Argentine cosignent la présente déclaration pour faire connaître aux ouvriers, aux paysans pauvres, aux pauvres de villes, aux étudiants et aux intellectuels, aux peuples indigènes, aux millions de travailleurs exploités de notre souffrante patrie latino-américaine, leur décision de s'unir en un Junte de Coordination Révolutionnaire. Cet important pas en avant est le produit d'une nécessité ressentie ; la nécessité de donner une cohésion à nos peuples dans le domaine de l'organisation, d'unifier les forces révolutionnaires face à l'ennemi impérialiste, de livrer avec plus d'efficacité la lutte politique et idéologique contre le nationalisme bourgeois et le réformisme. Ce pas en avant important est la concrétisation de l'une des principales idées stratégiques du commandant Che Guevara, héros, symbole et précurseur de la Révolution socialiste continentale. C'est aussi un pas significatif qui tend à reprendre la tradition fraternelle de nos peuples, qui surent fraterniser et lutter comme un seul homme contre les oppresseurs du siècle passé, les colonisateurs espagnols.

    NOTRE LUTTE EST ANTI-IMPÉRIALISTE

    combattants-erpLes peuples du monde vivent sous la menace permanente de l'impérialisme le plus agressif, le plus rapace à avoir jamais existé dans l'histoire. Ils ont été témoins, et non avec indifférence, du génocide organisé et dirigé par l'impérialisme yankee contre l'héroïque peuple vietnamien. Dans cette guerre inégale, dont la clameur ne s'est pas encore éteinte, s'est montré sans masque le caractère militariste et sournois de l'impérialisme du Nord. Mais, dans cette guerre, encore une fois et en contrepartie, s'est démontrée la faiblesse de son système et de toute sa puissance militaire, face à un peuple disposé à lutter et décidé à être libre quel qu'en soit le prix. Les peuples latino-américains, depuis le siècle dernier jusqu'à nos jours, ont supporté lourdement le joug colonial ou néocolonial des impérialistes, ils ont subi l'une après l'autre interventions militaires et guerre injustes exécutées ou fomentées, tant par l'armée nord-américaine que par les monopoles supranationaux. Nous avons là la spoliation du Mexique, l'occupation de Puerto Rico, l'intervention de Saint-Domingue, et cette Baie des Cochons et beaucoup d'autres actes belliqueux que notre Amérique n'oubliera ni ne pardonnera jamais. Et nous avons là Shell, Esso ou la Standard Oil, la United Fruit, la ITT, les dollars de M. Rockefeller et de M. Ford. Nous avons là la CIA, qui avec Papy Shelton, Mitrione, Siracusa, a laissé des traces indélébiles de la politique dominatrice et arrogante des États-Unis contre le Mouvement populaire et Amérique latine.

    L'AMÉRIQUE LATINE EST EN MARCHE VERS LE SOCIALISME

    418390 1Le 1er janvier 1959, avec la victoire de la Révolution cubaine, commençait la marche finale des peuples latino-américains vers le socialisme, vers la véritable indépendance nationale, vers le bonheur collectif des peuples. La juste et ouverte rébellion des exploitées d'Amérique latine contre un système barbare, néocolonial, capitaliste, imposé depuis la fin du siècle dernier par les impérialismes yankee et européens, qui par la force, la tromperie et la corruption se sont appropriés notre continent. Les lâches bourgeoisies criollas (élites descendant des colons espagnols, NDLR) et leurs armées ne surent pas faire honneur au legs révolutionnaire libérationiste de la glorieuse lutte anticoloniale de nos peuples, qui, conduits par des héros comme Bolívar, San Martín, Artigas et tant d'autres, conquirent leur indépendance, l'égalité et la liberté. Les classes dominantes, défendant de mesquins intérêts de groupe,s 'unirent aux impérialistes, collaborant avec eux, facilitant leur pénétration économique, livrant progressivement le contrôle de notre économie à la voracité insatiable du capitalisme étranger. La domination économique a engendré le contrôle et la subordination politique et culturelle. Ainsi vit le jour le système capitaliste néocolonial qui exploite, opprime et acculture depuis un siècle les classes laborieuses de notre continent. Depuis le début du siècle, la classe ouvrière a commencé à se lever contre ce système, déployant la peu connue alors bannière du socialisme, unie indissociablement à la bannière de l'indépendance nationale, favorisant le réveil des paysans, des étudiants, de tout ce qu'il y a de sain et de révolutionnaire dans nos peuples.

    mir3L'anarchisme, le socialisme et le communisme, comme mouvements organisés de la classe ouvrière, prirent la tête avec énergie et héroïsme de larges mobilisations de masse, jalons ineffaçables de la lutte révolutionnaire. Le légendaire leader nicaraguayen Augusto César Sandino, ouvrier métallurgiste, dirigea dans son petit pays l'une des plus héroïques de ces batailles, quand son armée de guérilla mit en échec et défit les troupes interventionnistes nord-américaines en 1932. Ce fut dans cette décennie 1930 que nos peuples déclenchèrent dans tout le continent une formidable poussée de masse qui bouscula la domination néocoloniale homogénéisée par l'impérialisme yankee, ennemi n°1 de tous les peuples du monde. Mais cette formidable mobilisation révolutionnaire de masse ne fut pas couronnée de victoire. L'intervention active, politique et militaire, directe et indirecte de l'impérialisme yankee, ajoutée aux déficiences de l'anarchisme, des courants socialistes et des Partis communistes, furent les causes d'une défaite temporaire.

    José Carlos MariáteguiLa majorité des Partis communistes, les plus conscients, conséquents et organisés de cette époque, tombèrent dans le réformisme. Certains d'entre eux, comme l'héroïque et aguerri Parti communiste salvadorien, subirent de cruelles défaites avec des dizaines de milliers de martyrs. Pour cette raison, la poussée impétueuse des masses dévia de son chemin révolutionnaire et tomba sous l'influence et la direction du nationalisme bourgeois, voie de garage de la révolution, ressort intelligent et démagogique que trouvent les classes dominantes pour prolonger par la tromperie l'existence du système capitaliste néocolonial. À partir de la formidable victoire du peuple cubain, qui, sous la conduite habile et clairvoyante de Fidel Castro et d'un groupe de dirigeants marxistes-léninistes, parvint à défaire l'armée de Batista et à établir dans l'île de Cuba, sous le nez même de l'impérialisme, le premier État socialiste latino-américain, les peuples du continent se virent renforcés dans leur foi révolutionnaire, et débutèrent une nouvelle et profonde mobilisation collective. Avec réussites et erreurs, nos peuples et leurs avant-gardes se lancèrent avec décision dans la lutte anti-impérialiste pour le socialisme. Le décennie 1960 vit se succéder de manière ininterrompue de grandes luttes populaires, de violents combats guérilleros, de puissantes insurrections de masse. La Guerre d'Avril (1965), insurrection générale du peuple dominicain, obligea à l'intervention directe de l'impérialisme yankee qui dut envoyer 30.000 soldats pour écraser dans le sang ce magnifique soulèvement.

    aniv-che03La figure légendaire du commandant Ernesto Guevara personnifia, symbolisa toute cette époque de luttes et sa mort héroïque, comme sa vie exemplaire et sa claire conception stratégique marxiste-léniniste, ouvre et éclaire la voie de la nouvelle vague révolutionnaire de nos peuples, qui grandit jour après jour en puissance et en consistance, jaillissant des usines, des villages, des campagnes et des villes, et se déploie irrésistiblement sur tout le continent. C'est le réveil définitif de nos peuples qui fait se lever des millions de travailleurs et prend inexorablement le chemin de la seconde indépendance, de la libération nationale et sociale définitive, de la définitive élimination de l'injuste système capitaliste et de l'établissement du socialisme révolutionnaire.

    LA LUTTE POUR LA DIRECTION DU MOUVEMENT DE MASSE

    pueblo-bandera-mirMais la voie révolutionnaire n'est ni facile ni simple. Nous ne devons pas seulement affronter la force économique et militaire barbare de l'impérialisme. Des ennemis et des dangers plus subtils guettent à chaque instant les forces révolutionnaires, dans leurs efforts de livrer effectivement, victorieusement, la lutte anti-impérialiste. Aujourd'hui, étant donnée la situation particulière du processus révolutionnaire continental, nous devons nous référer spécifiquement à deux courants de pensée et d'action, qui conspirent puissamment contre les efforts révolutionnaires des peuples latino-américains. Ce sont : un ennemi, le nationalisme bourgeois ; et une conception erronée dans le camp du peuple, le réformisme. Chacun d'entre eux, parfois étroitement liés, tentent de chevaucher la poussée révolutionnaire de nos peuples, d'en prendre la direction et d'imposer leurs conceptions erronées et intéressées, qui indéfectiblement finiront par contenir et mutiler l'élan révolutionnaire. Pour cette raison, revêt une dimension stratégique la lutte idéologique et politique intransigeante que les révolutionnaires doivent livrer contre ces courants, pour s'imposer à eux, pour gagner ainsi la direction des plus larges masses, pour doter nos peuples d'une direction révolutionnaire conséquente qui nous conduise avec constance, intelligence et effectivité jusqu'à la victoire finale.

    peron12Le nationalisme bourgeois est un courant parrainé par l'impérialisme qui s'appuie sur lui comme diversion démagogique pour détourner et dévier la lutte des peuples, lorsque la violence révolutionnaire perd en efficacité. Son noyau social est constitué par la bourgeoisie pro-impérialiste ou un secteur de celle-ci, qui prétend s'enrichir sans aucune mesure, disputant à l'oligarchie et à la bourgeoisie traditionnelle les faveurs de l'impérialisme, grâce au 'truc' de se présenter comme les pompiers de l'incendie révolutionnaire, par leur influence populaire et leur capacité de négociation face à la mobilisation de masse. Dans sa politique de tromperie, elle endosse un anti-impérialisme verbal et tente de confondre les masses avec sa thèse nationaliste préférée : la troisième voie. Mais en réalité, ils ne sont nullement anti-impérialistes ; ils se soumettent au contraire à de nouvelles et plus subtiles formes de pénétration économique étrangère.

    allendeLe réformisme est, au contraire, un courant qui germe au sein même du peuple travailleur, reflétant la crainte de l'affrontement de la part de secteurs petits-bourgeois ou de l'aristocratie ouvrière. Il se caractérise par refuser fermement en pratique la juste et nécessaire violence révolutionnaire comme méthode fondamentale de lutte pour le pouvoir, abandonnant ainsi la conception marxiste de la lutte des classes. Le réformisme diffuse dans les masses de nocives idées pacifistes et libérales, enjolive la bourgeoisie nationale et les forces armées contre-révolutionnaires avec lesquelles il cherche constamment à s'allier, exagère l'importance de la légalité et du parlementarisme. L'un de ses argumentas favoris, celui de la nécessité d'éviter la violence et de s'allier avec la bourgeoisie et les militaires 'patriotes', en quête d'une voie pacifique qui épargne aux masses des effusions de sang sur le chemin vers le socialisme, est catégoriquement et douloureusement réfuté par les faits. Là où le réformisme a imposé sa politique conciliatrice et pacifiste, les classes ennemies du peuple et leurs forces armées ont exécuté les plus grands massacres contre le peuple. La récente expérience chilienne, avec plus de 20.000 hommes et femmes assassiné-e-s, nous dispense de plus de commentaires.

    santuchoFace au nationalisme bourgeois, au réformisme et à d'autres courants de moindre importance, en lutte idéologique et politique constante avec eux, se dresse le pôle armé, le pôle révolutionnaire qui jour après jour se consolide au sein des masses, accroissant son influence, améliorant sa capacité politique et militaire, devenant toujours plus une option concrète vers l'indépendance nationale et le socialisme. C'est précisément pour contribuer au renforcement de ce pôle révolution à l'échelle continentale, que les quatre organisations signataires de cette déclaration ont décidé de constituer la présente Junte de Coordination Révolutionnaire, autour de laquelle et de chacune de ses organisations nationales, nous appelons à s'organiser et à combattre unie tout l'avant-garde révolutionnaire, ouvrière et populaire, d'Amérique latine. Ceci signifie naturellement que les portes de cette Junte de Coordination Révolutionnaire sont ouvertes aux organisations révolutionnaires des différents pays latino-américains.

    L'EXPÉRIENCE DE NOS ORGANISATIONS

    ADELANTE-TUPAMAROS20120216Le MLN Tupamaros, le Mouvement de la Gauche révolutionnaire (MIR), l'Armée de libération nationale (ELN) et l'Armée révolutionnaire du Peuple (ERP), au cours de leur lutte patriotique et révolutionnaire, ont peu à peu compris la nécessité de s'unir, ont peu à peu affirmé par leur propre expérience leur conception internationaliste, comprenant que contre l'ennemi impérialiste uni et organisé nous devons opposer la plus solide et étroite unité de nos peuples. Liées par la similitude de nos luttes et de nos lignes, nos quatre organisations ont d'abord établi des liens fraternels, et à travers tout un processus nous sommes passés à un échange d'expériences, à une collaboration mutuelle chaque jour plus active, jusqu'à accomplir aujourd'hui ce pas décisif qui accélère la coordination et la collaboration qui sans le moindre doute fera bénéficier d'une meilleure effectivité pratique la lutte acharnée que livrent nos peuples contre le féroce ennemi commun.

    MIR-victor-toro-80-004Le développement de nos organisations, le renforcement de leur conception et pratique internationaliste, permettra de mieux mettre à profit les potentialités de nos peuples, jusqu'à ériger une puissante force révolutionnaire capable de vaincre définitivement la réaction impérialiste et capitaliste, d'annihiler les forces armées contre-révolutionnaires, d'expulser l'impérialisme yankee et européen du sol latino-américain, pays après pays, et d'initier la construction du socialisme dans chacun de nos pays, pour arriver un jour prochain à la plus complète unité latino-américaine. Atteindre cet objectif sacré ne sera pas facile, la cruauté et la force de l'impérialisme rendra nécessaire, comme l'entrevoyait le commandant Che Guevara, de mener une cruelle et prolongée guerre révolutionnaire qui fera du continent latino-américain le deuxième ou troisième Vietnam du monde. Mais, suivant le glorieux exemple de l'héroïque peuple vietnamien, les travailleurs latino-américains sauront combattre sans relâche, avec toujours plus d'efficacité, déployant dans toute leur intensité les invincibles énergies des masses, et écraser l'impérialisme yankee et ses agents, conquérant ainsi notre félicité et contribuant puissamment à la destruction définitive de l'ennemi principal de la classe ouvrière internationale, du socialisme, et de tous les peuples du monde.

    NOTRE PROGRAMME

    tupamarosNous sommes unis par la compréhension du fait qu'il n'y a pas d'autre stratégie viable en Amérique latine que la stratégie de la guerre révolutionnaire. Que cette guerre révolutionnaire est un processus complexe de lutte de masses, armé et non armé, pacifique et violent, où toutes les formes de lutte se développent harmonieusement en convergeant autour de l'axe directeur de la lutte armée. Que pour le développement victorieux de tout le processus de guerre révolutionnaire, il est nécessaire de mobiliser toutes les masses du peuple sous la direction du prolétariat révolutionnaire. Que la direction prolétarienne de la guerre s'exerce à travers un Parti de combat marxiste-léniniste, de caractère prolétarien, capable de centraliser et diriger, unissant en un seul et puissant faisceau tous les aspects de la lutte populaire, garantissant une direction stratégique juste. Que sous la direction du Parti prolétarien, il est nécessaire de structurer une puissante Armée populaire, cœur d'acier des forces révolutionnaires qui, en se développant du petit vers le grand, intimement unie aux masses et alimentée par elles, s'érige en un mur infranchissable où se briseront tous les assauts militaires réactionnaires, et soit en condition matérielle d'assurer l'annihilation totale des forces armées contre-révolutionnaires. Qu'il est nécessaire de construire pareillement un large Front ouvrier et populaire de masse, qui mobilise tout le peuple progressiste et révolutionnaire, les différents partis populaires, les MIR-Chilesyndicats et d'autres organisations similaires, en un mot, qui mobilise les plus larges masses dont la lutte se déroule actuellement en parallèle, convergeant à tout moment, stratégiquement, avec l'activité militaire de l'Armée populaire et l'activité populaire clandestine du Parti prolétarien.

    La réponse doit être claire, et nulle autre que la lutte armée comme principal facteur de polarisation, d'agitation et, en définitive, de défaite de l'ennemi, l'unique possibilité de victoire. Cela ne veut pas dire que ne sont pas utilisées toutes les formes d'organisation et de lutte possible : la légale et la clandestine, la pacifique et la violente, l'économique et la politique, convergeant toutes avec la meilleure efficacité dans la lutte armée, en accord avec les particularités de chaque région et pays. Le caractère continental de la lutte est déterminé, fondamentalement, par la présence d'un ennemi commun. L'impérialisme nord-américain mène une stratégie internationale pour contenir la Révolution socialiste en Amérique latine.

    graff de l'erpCe n'est pas fortuitement que sont imposés des régimes fascistes dans les pays où le mouvement de masse en expansion menace la stabilité du pouvoir oligarchique. À la stratégie internationale de l'impérialisme doit répondre la stratégie internationale des révolutionnaires. Le chemin à parcourir dans cette lutte n'est pas court. La bourgeoisie internationale est prête à empêcher, par tous les moyens, la Révolution, dès qu'elle sera à l'ordre du jour dans un seul pays. Elle détient tous les moyens officiels et officieux, militaires et de communication, pour les utiliser contre le peuple. Pour cela notre guerre révolutionnaire une guerre d'usure de l'ennemi dans ses premières phases, jusqu'à former une Armée populaire qui surpasse en force celle de l'ennemi. Ce processus est lent, mais il est, paradoxalement, le chemin le plus court et le moins coûteux pour atteindre les objectifs des classes opprimées.

    PEUPLES D'AMÉRIQUE LATINE : AUX ARMES !

    bolivia-elnNous vivons des moments décisifs de notre histoire. Conscients de cela, le MLN Tupamaros, le MIR, l'ELN et l'ERP appellent tous les travailleurs exploités latino-américains, la classe ouvrière, les paysans pauvres, les pauvres des villes, les étudiants et intellectuels, les chrétiens révolutionnaires et tous les éléments provenant des classes exploiteuses disposés à collaborer avec la juste cause populaire, à prendre les armes avec décision, à rejoindre activement la lutte révolutionnaire anti-impérialiste et pour le socialisme qui se livre actuellement sur notre continent, derrière la bannière et l'exemple du commandant Guevara.

     

    JCR - JUNTE DE COORDINATION RÉVOLUTIONNAIRE

    LA VICTOIRE OU LA MORT ! - ELN

    LA PATRIE OU LA MORT, NOUS VAINCRONS ! - MIR

    VAINCRE OU MOURIR POUR L'ARGENTINE ! - ERP

    LA LIBERTÉ OU LA MORT ! - TUPAMAROS


    Note SLP : à la lumière de ce document, et en particulier de son paragraphe 'La lutte pour la direction du mouvement de masse', que pouvons-nous et devons-nous penser des gouvernements dits 'bolivariens', au Venezuela ou (impulsés par celui-ci) en Bolivie, en Équateur, au Nicaragua etc. (si l'on laisse de côté les autres, en premier lieu le Brésil et l'Argentine, qui, si leurs capitaux 'émergents' sont un paramètre important sur le continent, sont plus classiquement réformistes 'modérés', sociaux-libéraux) ? Question que SLP a largement traité et sur laquelle il a (il faut le reconnaître) pas mal évolué... Alors, nationalisme bourgeois, réformisme ou processus révolutionnaire ? [Pour mémoire, lire : Les Etats "bolivariens" : notre position ; Retour sur la situation en Amérique latine ; Retour sur la situation en Amérique du Sud ; Discussion sur la "gauche" en Amérique latine et la bourgeoisie bureaucratique ; ou encore, sur des actualités ponctuelles : HAUTE TRAHISON : la bourgeoisie nationale réformiste de Chavez est passée à la Réaction ; Équateur : le lent mais sûr glissement réactionnaire de la "révolution citoyenne" ; À propos de la dite « Loi de révolution productive, communautaire et agricole » d'Evo Morales ; Bolivie : Marche indigène réprimée]

    chaveznodEt bien, la réalité, c'est que dans le contexte du 'néolibéralisme', oppression semi-coloniale d'une férocité sans précédent, d'où a surgi le mouvement bolivarien, devenu PSUV en 2008 (avec ses petits satellites PCV, courants trotskystes, 'marxistes' divers), il y a sans doute... LES TROIS (Chavez lui-même représentant une synthèse des trois, ce pourquoi il a été choisi comme "clé de voûte" de l'édifice) : des secteurs oligarchiques et grands-bourgeois qui veulent s''affirmer' face à l'impérialisme US et/ou se poser en 'pompiers' du mouvement social devenu incontrôlable (ce que les maoïstes du continent appellent la 'bourgeoisie bureaucratique', mais c'est schématique), des (sans doute la grande majorité) secteurs réformistes des classes populaires et de la petite et moyenne bourgeoisie (la bourgeoisie 'nationale'), et des forces (ou des personnes non-organisées) révolutionnaires, ou en tout cas pour un 'changement radical' (il faut bien prendre en compte que l''idée' révolutionnaire communiste, conscientisée comme telle, a beaucoup reculé par rapport aux années 1970), qui ont soutenu et parfois soutiennent encore 'avec des critiques', comme 'un premier pas', 'faute de mieux'... Et, depuis que l'offensive impérialiste US a été contrecarrée au milieu des années 2000, l'on voit effectivement les contradictions s'aiguiser chaque jour un peu plus entre ces trois composantes. Si Chavez venait à passer de vie à trépas, ces contradictions viendraient très certainement et très rapidement à exploser. Il en va de même pour les autres pays où Chavez a exporté son 'modèle' à partir du milieu des années 2000...


    Document historique : Déclaration "Aux Peuples d'Amérique latine" de la Junte de Coordination Révolutionnaire (Tupamaros-MIR-ELN-ERP) - 1er novembre 1974


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  • L'Amérique latine, depuis le Rio Grande jusqu'à la Terre de Feu en passant par la mer des Caraïbes, les Andes majestueuses et l'Amazonie verte émeraude, est d'une grande signification pour l'"imaginaire collectif" révolutionnaire mondial. Ses guérilleros barbus au teint cuivré, arpentant la selva avec leur cigare, leurs munitions en sautoir et leurs sombreros qui leur donnent une dimension solaire, dégagent un puissant romantisme au sens progressiste du terme : un romantisme qui mobilise les masses de la planète vers leur émancipation. Figure solaire, messianique entre toutes, est bien sûr la célèbre image - devrait-on dire l'icône - du "Che" Guevara, devenue un symbole mondial de ralliement révolutionnaire et progressiste ; que l'on retrouve en Azanie comme en Palestine, au Sénégal comme en Indonésie, comme bien sûr en Occident - même si souvent détourné, par le capitalisme, en phénomène de mode bobo.

    Il faut dire que ce continent se trouve particulièrement AU CŒUR de toutes les contradictions du monde impérialiste : contradictions entre travailleurs exploités et capitalistes exploiteurs ; entre peuples gémissant dans la misère, condamnés à la fuite migratoire, et "maîtres du monde" des grandes puissances et des "multinationales" du "Nord" ; entre bourgeoisies nationales tentant de s'affirmer et ces mêmes "maîtres du monde" ; et aussi, de manière particulièrement forte, entre capitalisme pourrissant et écosystème planétaire.  

    Il faut se souvenir, aussi, que c'est essentiellement sur le dos des Amériques, les "Indes occidentales", que s'est accomplie entre la fin du 15e et le début du 19e siècle la GRANDE ACCUMULATION CAPITALISTE européenne, qui devait déboucher sur l'ère industrielle ; une accumulation dans les crimes effroyables de l'asservissement et du génocide des indigènes, de la déportation et de l'esclavage des Africain-e-s.
    Mais cette grande tragédie a aussi engendré, dans le mariage des cultures ibériques, indigènes et africaines, un ensemble de nations-sœurs qui, depuis maintenant plus de deux siècles, lèvent le drapeau de leur libération.

    Cette grande signification révolutionnaire n'a cependant pas été de tout temps : elle remonte, en réalité, à une cinquantaine d'années - en fait, à la Révolution cubaine. Longtemps, du temps du Komintern et de Staline, le continent latino-américain ne fut pas particulièrement au centre des préoccupations du mouvement communiste international, qui n'avait pas de véritable stratégie révolutionnaire le concernant. À la conférence de Bakou, en 1920, lorsque l'Internationale communiste de Zinoviev appelait au soulèvement des peuples d'Orient, d'Asie et d'Afrique, il n'était même pas évoqué. Au Congrès anti-impérialiste de Bruxelles (1927), seul Victor Raúl Haya de la Torre (fondateur et leader de l'APRA) le représentait, alors qu'il y avait déjà des Partis communistes dans beaucoup de pays, Mariátegui au Pérou etc. Marx et Engels, avant cela, avaient tendance à vouer le plus grand mépris à ce continent "paresseux" et à ses baroques caudillos (comme Bolívar), alors même que se jouaient pourtant des évènements essentiels pour l'avenir de l'humanité : le passage de l'hémisphère occidental, à peine débarrassé de la Couronne espagnole (et portugaise), sous la coupe de l'Empire britannique et d'une autre puissance montante, appelée à une "destinée manifeste" terrible pour les peuples de l'humanité : les États-Unis.

    Pourtant, comme le rappellent très justement les écrits de Mariátegui, la résistance des masses populaires n'a jamais cessé ; tant en elle-même (révoltes populaires, paysannes, indigènes) qu'en se liant à des mouvements bourgeois qui, pour une raison ou une autre, s'appuyaient sur les masses pour atteindre leurs buts (à commencer, bien sûr, par les mouvements d'indépendance de 1810-30, ou de 1868-98 à Cuba et Puerto Rico) ou encore en résistant à des invasions étrangères (Argentine et Uruguay par la Grande-Bretagne en 1806-1807, Mexique en 1846-47 ou encore Nicaragua (1909-1933), Saint-Domingue (1916-1924) et Haïti (1915-34) par les États-Unis, Paraguay par la "Triple Alliance" en 1865-70, Pérou par le Chili en 1879-83 etc. etc.) - ces agressions étant, sinon directes, du moins pilotées par une puissance impériale.

    Ce panorama historique, succinct, vise à permettre aux révolutionnaires francophones de s'approprier les données essentielles sur la question.

    165192 144270088959492 100001295066667 207790 6371168 n

    Nous ferons volontairement commencer ce panorama historique au début de ce que nous appellerons l’époque "contemporaine", en lien direct avec la situation de nos jours : la première moitié du 19e siècle, qui voit l’essentiel des pays s’affranchir des Couronnes espagnole et portugaise – ainsi que de la France, pour Haïti ; dans ce qui représente typiquement une révolution bourgeoise avortée, comme en Europe méditerranéenne.

    Lorsqu’à la fin du 15e siècle, les Européens abordèrent les côtes de l’Amérique, celle-ci était peuplée pour l’essentiel de personnes vivant en communauté primitive : société peu différenciée en classes stables, au mode de production essentiellement chasseur-cueilleur agrémenté d’un peu d’agriculture vivrière et, éventuellement, de la domestication de quelques espèces (comme le dindon). Seules deux régions, la Mésoamérique (sud du Mexique, Guatemala, Belize) et la cordillère des Andes, avaient accédé à un stade de développement supérieur : un mode de production dit ‘‘asiatique’’, comme en Égypte ou en Mésopotamie dans la Haute-Antiquité ; c'est-à-dire qu’une population dominante, avec une caste aristocratique (à la fois chefs politiques, militaires et religieux) s’était greffée sur les communautés primitives d’une large région géographique (qui continuaient à produire de manière relativement collectiviste) et prélevait un tribut annuel sur ces communautés. Ces sociétés avaient atteint un degré technique, scientifique, artistique et architectural etc. très avancé, surprenant les premiers arrivants européens ; toutefois, leur organisation sociale et leur technique militaire ne leur permirent pas de résister plus de quelques années à quelques centaines de conquérants espagnols. Des civilisations du même type – légèrement moins avancées – semblent avoir également existé en Amérique du Nord, dans la région des fleuves Mississipi et Ohio ainsi qu’en Arizona/Nouveau-Mexique (Anasazis), mais elles se sont éteintes au début du 14e siècle, donc avant l’arrivée des Européens dans ces régions.

    Malgré une résistance qui n’a jamais cessé (cf. Mariátegui), ces populations, entre le régime d’esclavage auquel elles furent soumises, la violence des conquérants et les maladies importées d’Europe – contre lesquelles elles n’étaient pas immunisées, furent décimées : elles disparurent totalement de l’arc caraïbe ; furent pratiquement exterminées (les survivants parqués dans des réserves sous contrôle militaire) en Amérique du Nord ; quelques communautés primitives survécurent dans des zones très reculées de l’Amazonie (où certaines ne furent ‘’découvertes’’ qu’au 20e siècle…) ; tandis qu’en Mésoamérique et dans les Andes, bien que la population fut divisée par 10 voire 20 en moins d’un siècle, elles résistèrent un peu mieux, et forment aujourd’hui le fond ‘’ethnique’’ des masses populaires – bien que l’essentiel soit évidemment métissé : il y a peu d’indigènes ‘’purs’’. Dans la plupart des pays, elles furent peu à peu remplacées par des esclaves importés d’Afrique subsaharienne, ‘’mieux adaptés’’ au dur labeur des exploitations coloniales. La part de la descendance (et de l'influence culturelle) de ces derniers dans la population est inversement proportionnelle à l’ampleur dans laquelle la population originelle fut éradiquée (en Amérique du Nord, les Anglais et les Français, quant à eux, ne cherchèrent jamais vraiment à faire travailler les indigènes, se contentant de les chasser de leurs terres, et ne mirent en œuvre que l’esclavage des Africains).

    L’Amérique dite ‘’latine’’, qui nous intéressera ici, au sud du Rio Grande et du détroit de Floride, a été dans l’ensemble colonisée par les royaumes d’Espagne et du Portugal (Brésil et dans une certaine mesure Uruguay), seul l’arc caraïbe (sauf Cuba, Saint-Domingue et Puerto Rico) et les Guyanes étant partagés entre l'Angleterre, la France et la Hollande (avec quelques îles suédoises – Saint-Barthélemy – et danoises – îles Vierges – jusqu’au 19e siècle). L’Amérique du Nord fut partagée entre les Anglo-saxons et les Français (Québec, Louisiane), mais les territoires français furent annexés par les Anglo-saxons (Grande-Bretagne et USA) entre 1763 et 1803.

    Cette différence s’avèrera essentielle, nous le verrons, pour la suite des évènements historiques jusqu’à nos jours : elle en forme la base matérielle. En effet, la colonisation espagnole et portugaise mit en place un régime seigneurial-esclavagiste extrêmement dur et fondé sur le pillage, l’exploitation forcenée des matières précieuses pour le luxe des aristocraties portugaise et espagnole, sans chercher à mettre en place une économie locale développée ; seule une mince bourgeoisie venant se positionner en intermédiaire entre les grands propriétaires criollos (coloniaux), producteurs de sucre, café, bois précieux, or et autres métaux etc., et la métropole. Les colons étaient, pour l’essentiel, des cadets de famille aristocratique (n’héritant pas d’une terre en Espagne ou au Portugal, ils allaient donc s’en "tailler" une outre-Atlantique). Au contraire, l’Amérique du Nord britannique fut colonisée par des bourgeois, de religion et idéologie protestante, capitaliste conquérante ; persécutés à l’origine en métropole – l’Angleterre eut des monarques 'catholicisants' de 1625 à 1649 et de 1660 à 1689 – ils réduisirent au maximum les liens avec celle-ci et mirent en valeur les territoires colonisés dans un esprit capitaliste, progressiste pour l’époque ; ce qui, au terme du processus historique, donnera naissance à deux grands États impérialistes : les États-Unis d’Amérique (USA) et le Canada. Les territoires colonisés par la France connurent une situation intermédiaire.

    Au début du 19e siècle, la monarchie espagnole étant affaiblie par les guerres napoléoniennes et le Portugal étant devenu, de fait, un appendice de la Grande-Bretagne, la mince couche bourgeoise dont nous avons parlé et l’aristocratie criolla ‘’éclairée’’ (imprégnée par l’idéologie des Lumières et l’exemple des Révolutions bourgeoises française et américaine)  vont se lancer dans la lutte pour l’émancipation de leurs pays, et la constitution d’États indépendants.


    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b4/BatallaCarabobo01.JPG/290px-BatallaCarabobo01.JPGDe 1810 à 1870 environ : c'est la période des indépendances (tous les États indépendants actuels sont constitués en 1840, sauf Cuba) et de leur CONFISCATION par l'impérialisme naissant. Il y a bien eu le "rêve continental" de Bolivar, des "rêves" sous-continentaux comme celui de l'Empire mexicain d'Iturbide (1821-24) ou de l'Empire du Brésil (1822-1889), et des gouvernements nationalistes comme celui de Rosas en Argentine (1829-1852), Rodriguez de Francia et ses successeurs (1811-1870) au Paraguay [1] [2], ou Santa Anna au Mexique (dominant la vie politique de 1823 à 1855) ; mais, systématiquement, la volonté politique sera en contradiction trop grande avec le niveau réel des forces productives léguées par l'Empire espagnol (qui surexploitait les territoires sans chercher leur réelle mise en valeur) ; et ainsi triompheront les féodalités locales (éclatement en une multitude d’États indépendants, eux-mêmes sans réel pouvoir central fort, avec des provinces quasi-indépendantes) et la bourgeoisie compradore (qui fonde son développement sur le rôle d'intermédiaire avec les puissances capitalistes étrangères). Ces féodalités locales auront raison, par exemple, du "despotisme éclairé" de l'empereur Pierre II du Brésil, qui tentait de construire un État moderne et "affirmé" dans le "concert des nations". Entre son renversement (1889) et 1930, le pays n'aura ainsi aucun pouvoir central réel, les potentats locaux régnant sans partage au service de l'impérialisme (principalement britannique). Paradoxalement, les forces qualifiées de "conservatrices" étaient souvent plus nationalistes, favorables à un développement autocentré et endogène de leur pays, que les "libéraux" qui étaient libre-échangistes, ce qui revient en pratique à ouvrir grand les portes aux marchandises et aux capitaux étrangers.

    Contrairement à une idée reçue, fondée sur une "doctrine de Monroe" (1823) qui relève largement de la légende, l'emprise impérialiste sur le continent est alors principalement BRITANNIQUE (première puissance mondiale à l'époque), et plus secondairement française. Les États-Unis sont alors surtout tournés vers leur propre "conquête de l'Ouest". Leurs ambitions ne s'affirmeront qu'à partir du milieu du siècle : annexion de la moitié du Mexique en 1848, puis assise de leur influence sur celui-ci avec le libéral Juarez (1858-72) ; tentative de mainmise sur le Nicaragua avec l'aventurier Walker (1855), qui échoue face à une coalition d’États centre-américains pilotée par la Grande-Bretagne ; puis, à la toute fin du siècle, annexion de Cuba et Puerto Rico (1898), suivie de la formation de l’État fantoche de Panama (1903), de l'occupation du Nicaragua (1909-1933), d'Haïti (1915-1934) et de la République dominicaine (1916-1924), etc. Ce n'est qu'entre 1918 et 1945 que l'impérialisme US s'affirmera totalement sur le continent, faisant de celui-ci son "arrière-cour". À travers les ports de San Francisco et la Nouvelle-Orléans, ses capitaux et marchandises "attaquent" plutôt le continent par les côtes pacifique et caraïbe, tandis que la façade atlantique reste tardivement sous influence européenne, principalement britannique.

    Durant toute cette période, donc, guerres civiles et entre États, dictatures de caudillos et "révolutions" ne sont pratiquement que l'expression de l'affrontement entre pénétration des capitaux étrangers (principalement britanniques) et rejet de ceux-ci par des éléments nationalistes de la classe dominante. Comme on l'a dit, les forces "libérales", qui luttent à l'intérieur contre l'influence de l’Église catholique, pour les libertés bourgeoises voire même un certain progrès social, ne sont pas systématiquement les plus opposées à la pénétration impérialiste...

    On a là, et ce sera valable pour toute la suite de ce panorama historique, l'expression d'une contradiction fondamentale et spécifique des pays qui, par la faiblesse de leur forces productives à un moment donné, passent sous la coupe de pays aux FP plus avancées (loi du développement inégal) : la contradiction entre le CARACTÈRE NATIONAL de la production et la (sur-)APPROPRIATION IMPÉRIALISTE ÉTRANGÈRE d'une partie importante de la plus-value ; le fait que ce soit du Capital étranger (impérialiste) qui se valorise à travers les forces productives nationales.

    On peut considérer comme un épilogue sanglant la guerre d'extermination (40% de la population, dont la quasi-totalité des hommes adultes...) menée contre le Paraguay, dernier pays à tenter un développement capitaliste endogène, par la triple alliance de l'Argentine, du Brésil et de l'Uruguay, pilotée par l'Empire britannique (1865-70).

    220px-TupacAmaruIIS'il est un constat dans le sentiment populaire comme dans les forces révolutionnaires conscientes d'Amérique latine, c'est que les "héros nationaux" de cette époque jouent un rôle important dans la mobilisation de masse, dans un sens progressiste. Les forces progressistes et anti-impérialistes du Venezuela et de Colombie invoquent Bolivar (et Ezequiel Zamora au Venezuela) ; en Amérique centrale, Morazàn (bien qu'également des figures postérieures, comme Sandino ou Farabundo Marti - qui, lui, était communiste). Au Pérou et en Bolivie, on se réfèrera à des figures un peu antérieures : José Gabriel Condorcanqui dit "Tupac Amaru II" et son lieutenant Tupac Katari, qui menèrent une grande révolte contre la Couronne espagnole en 1780-81, avant de mourir écartelés... L'importance, dans ces pays, de l'organisation sociale indigène, communautaire et collectiviste (ayllu), mise en lumière par le communiste péruvien José Carlos Mariátegui, explique l'ampleur historique de la résistance paysanne indigène et le succès de masse du maoïsme (particulièrement au Pérou), face au cubano-guévarisme très fort partout ailleurs. La notion (déviationniste selon nous) de jefatura, développée par le Parti communiste du Pérou avec Gonzalo (Abimaël Guzman), puise aussi, sans aucun doute, ses racines dans le lien "messianique" unissant les "restaurateurs" de l'Empire inca, comme Tupac Amaru II, aux masses indigènes dépossédées par les colons espagnols (dont les classes dominantes actuelles sont les descendantes).      

    729px-DeboisementArgentineAncienPort.jpgDe 1880 à 1930 : grand développement des forces productives. La plupart des pays, en tout cas au début, sont dirigés par des régimes oligarchiques conservateurs, ou des "libéraux" particulièrement droitiers, orléanistes. Mais (en lien avec ce développement des forces productives), la période voit aussi l'émergence de puissantes forces bourgeoises radicales, modernisatrices et généralement anticléricales (liées à la franc-maçonnerie), qui réussissent parfois à prendre le pouvoir : "révolution" libérale-radicale "authentique" en Équateur (Eloy Alfaro, 1895-1912), radicalisme argentin (1916-1930), "ère Batlle" en Uruguay (de 1903 à la crise de 1929), "révolution" de 1925 au Chili ou encore présidence de José Santos Zelaya au Nicaragua (1893-1909, qui s'achève avec l'invasion US), et bien sûr la "révolution" mexicaine (1910-1929). Dans les dernières colonies espagnoles (Cuba avec José Marti, Puerto Rico), ces forces mènent la lutte indépendantiste, qui s'achève malheureusement par la conquête yankee en 1898.

    Reflet des contradictions inter-impérialistes qui commencent à se faire jour à travers le monde, en 1879-83, le Chili poussé par l'Empire britannique agresse le Pérou (à qui il raflera la province de Tarapacá) et la Bolivie (qu'il privera jusqu'à ce jour d'accès maritime). Ces pays tendaient à devenir des "axes" de pénétration impérialiste US. Les contradictions inter-impérialistes pousseront également les USA à imposer un protectorat (1906) puis à occuper la République dominicaine (1916-24), en même temps que son voisin Haïti ; à accélérer la construction, sous leur contrôle, du canal de Panama - en appuyant la sécession de cette province colombienne ; et à s'impliquer fortement dans la "révolution mexicaine" (débarquement à Veracruz en avril 1914), les visées allemandes sur ce pays étant même - en grande partie - à l'origine de l'entrée des États-Unis dans la guerre mondiale. La période voit globalement monter en puissance l'impérialisme yankee sur le continent, même si l'impérialisme britannique résiste (ainsi, encore en 1932-35, le Paraguay au service des monopoles pétroliers britanniques l'emporte sur la Bolivie pro-US, qui perd encore une grande partie de son territoire dans la guerre du Chaco). 

    Là encore, la période a fourni un certain nombre de figures et d'évènements emblématiques à la gauche radicale et révolutionnaire d'un certain nombre de pays : José Martí à Cuba bien sûr ; Pancho Villa et Zapata (réformistes agraires radicaux) au Mexique ; Augusto César Sandino au Nicaragua ; colonne révolutionnaire de Luís Carlos Prestes (qui rejoindra plus tard le Parti communiste) au Brésil ou révolte des bananeraies en Colombie (1928)... En Équateur, les réformistes appuyant le "processus" actuel se réclament souvent d'Alfaro.

    peron12.jpgLa crise de 1929 impacte durement l'économie continentale. Elle impacte, d'autre part, durement l'impérialisme britannique (qui, du coup, perd pied) ainsi que son "successeur désigné", l'impérialisme US, engendrant une période de "vacance", de "flottement". À partir de 1930 émergent des forces populistes qui cherchent la mobilisation de masse pour arracher leurs économies nationales à la domination impérialiste (européenne comme nord-américaine) : gétulisme (Getúlio Vargas) au Brésil (de la "révolution" de 1930 à 1945, puis à nouveau de 1951 à 1954), péronisme en Argentine (1943-1955), Lazaro Cardenas et ses successeurs au Mexique (de 1934 jusqu'à la fin des années 1940), Ibáñez au Chili (1927-31 puis 1952-58) ; et d'autres forces qui ne parviennent pas (dans un premier temps) au pouvoir : MNR en Bolivie (fondé en 1941, en gestation dès 1935, prendra le pouvoir en 1952), APRA au Pérou (fondée en 1924), PRD en République dominicaine (fondé en 1939), Parti révolutionnaire fébrériste au Paraguay (1936), des partis d'inspiration sociale-démocrate (Venezuela, Chili), etc. Bourgeoises, ces forces s'opposent autant à l'impérialisme US et européen qu'à l'URSS et au mouvement communiste ("Ni Washington, ni Moscou !" était le mot d'ordre de Victor Haya de la Torre, fondateur de l'APRA). Certaines auront des sympathies, jusqu'au milieu de la Seconde Guerre mondiale (1942-43, voire 1944), pour les régimes fascistes européens (après-guerre, toutefois, la plupart "s'orienteront vers la gauche" et mèneront généralement des politiques de réformes sociales "classiques") : c'est notamment le cas du péronisme, du gétulisme, d'Ibáñez ou du MNR bolivien. D'autres, cependant, seront au contraire d'un antifascisme impeccable, comme Cardenas au Mexique, qui sera (avec l'URSS et la Tchécoslovaquie) le seul véritable soutien de la République espagnole.

    Sur la base des forces productives accumulées depuis la fin du 19e siècle, ces dirigeants et mouvements social-réformistes ou populistes vont tenter, une seconde fois après les tentatives du 19e siècle, d'affirmer un capitalisme national indépendant et autocentré. Mais ces tentatives seront durement écrasées lors de la période suivante...

    Après la Seconde Guerre mondiale, l'impérialisme US a enfin acquis l'hégémonie totale sur le continent américain. Dès la fin des années 1940 commence alors une grande guerre d'extermination non-déclarée, poursuivant trois objectifs :
    - écraser les forces révolutionnaires anti-impérialistes authentiques, à une époque où la vague révolutionnaire mondiale, partie de Russie en 1917, est à son apogée ;
    - contrer les visées social-impérialistes soviétiques ;
    - écraser les tentatives d'émancipation capitaliste nationale, pour asseoir un ordre semi-colonial féroce, quasiment néo-colonial (bien qu'aucun de ces pays n'ait été une colonie directe des USA, sauf Cuba), qui débouchera dans le "néolibéralisme" des années 1980-2000 ("consensus de Washington").

    Cette guerre non-déclarée, mais bien réelle, entre guerres civiles et dictatures réactionnaires terroristes, fera sans doute plus d'un million et demi de victimes.

    Dès le début, cela commence "très fort". Les pays caraïbes et d'Amérique centrale, déjà sous contrôle US avant-guerre, ont leurs dictatures réactionnaires sanglantes et corrompues dès les années 1930 : Nicaragua (dynastie Somoza dès 1937, après plus de 20 ans d'occupation militaire américaine), Salvador (Hernandez Martinez dès 1931, règne inauguré par la répression du soulèvement paysan de janvier 1932 - dirigé entre autres par Farabundo Martí - et ses 30.000 victimes, puis succession de juntes du même tonneau), Cuba (Machado 1925-1933, puis Batista sera "l'homme fort" jusqu'à sa chute fin décembre 1958), République dominicaine avec l'abominable Trujillo (1930-61) responsable d'au bas mot 50.000 victimes ; tandis qu'en Argentine se succèdaient les généraux de la "décennie infâme" (1930-43) au service de l'Empire britannique.

    img4.jpgEn Colombie, le libéral de gauche Jorge Eliécer Gaitán est assassiné en 1948. S'ensuivent des émeutes qui, sous les gouvernements conservateurs puis la dictature militaire de Rojas Pinilla (1953-57), dégénéreront en une guerre civile, "la Violencia", opposant libéraux de gauche, socialistes et communistes aux conservateurs et aux libéraux de droite. Entre 200.000 et 300.000 personnes perdront la vie dans les atrocités puis s'installera, jusqu'au début des années 1980, une "alternance concertée" (un mandat de 4 ans chacun) entre conservateurs et libéraux de droite. C'est dans ce contexte que se formeront, contre les exactions anti-populaires, des milices d'autodéfense ; par la suite, se tournant vers le PC prosoviétique (FARC), la révolution cubaine et le modèle guévariste (ELN) ou la révolution chinoise (EPL), elles deviendront les fameuses "guérillas marxistes". Cependant, aux mains du camp conservateur, d'autres milices ouvriront la sinistre tradition paramilitaire du pays - aux atrocités innombrables. Depuis les années 1960 jusqu'à ce jour, le "conflit armé colombien" aura fait encore (au moins) 300.000 autres victimes (250.000 entre 1985 et 2005).
    Le Venezuela, lui, est écrasé sous la botte implacable de Pérez Jiménez de 1948 à 1958. Lui succédera un autre "pacte", celui de Punto Fijo, entre les "deux jambes" de l'oligarchie : l'Action démocratique social-démocrate et le Copei démocrate-chrétien, écartant (évidemment...) le Parti communiste. Le "puntofijisme" sera affronté par une guérilla révolutionnaire (Forces armées de Libération nationale, FALN) conduite d'abord par le PCV puis par la scission plus radicale de Douglas Bravo, le Parti de la Révolution vénézuélienne, jusqu'au milieu des années 1970 - malheureusement sans succès.

    guatemala-1954-operation-pbsuccess-x-diego-rivera1.jpgLe Guatemala, de 1944 à 1954, traverse un "Printemps de Dix Ans", ère de réformes démocratiques et sociales. Lorsque le président réformiste Jacobo Arbenz prétend s'attaquer aux intérêts de la United Fruit, monopole US implanté depuis le début du siècle et plus grand propriétaire terrien du pays, la CIA déclenche l'opération PBSUCCESS. Arbenz est renversé ; s'ensuit une guerre civile et une succession de régimes militaires qui feront jusqu'aux années 1990 entre 200.000 et 250.000 mort-e-s. L'intellectuel radical états-unien Noam Chomsky dira à ce sujet : "Nous nous sommes arrangés pour interrompre, en 1954, une expérience démocratique. Il s'agissait pourtant d'un régime réformiste, capitaliste et démocratique, de type new deal, que notre intervention a permis d'éliminer, laissant à sa place un véritable enfer sur terre, probablement le régime de la période contemporaine le plus proche de l'Allemagne nazie".

    Au Mexique, le "retour dans le giron" est obtenu par une "droitisation" progressive (si tant est qu'il ait un jour été de gauche, sauf sous Cardenas...) du grand parti bourgeois hégémonique, le PRI. En 1968, peu avant les Jeux olympiques qui doivent se tenir à Mexico, un mouvement étudiant est réprimé dans le sang (300 mort-e-s). À la même époque, des guérillas d'inspiration marxiste et guévariste émergent dans toutes les régions du pays : Grupo Popular Guerillero d’Arturo Gámiz García au Chihuahua (nord), Association civique nationale révolutionnaire - ANCR, Mouvement d'Action Révolutionnaire - MAR ou Ligue communiste du 23 Septembre (d'implantation nationale), Procup-PDLP au Guerrero (sud), etc. Elles feront parler d'elles jusqu'à la fin des années 1970 et seront impitoyablement réprimées avec les mêmes méthodes qu'ailleurs, tandis qu'à l'extérieur le régime PRI dénonçait avec virulence les autres dictatures du continent ou encore le blocus impérialiste US contre Cuba...

    En République dominicaine, le sanglant Trujillo est assassiné en 1961 avec le feu vert de la CIA, qui avait tenté jusqu'au bout de lui faire accepter un départ "honorable". L'un des ses fidèles collaborateurs, Joaquín Balaguer, prend sa succession (flanqué de Trujillo junior à la tête des forces armées) mais fin 1962 un réformiste, Juan Bosch, est élu président. Comme Arbenz au Guatemala, sa politique se heurte aux intérêts oligarchiques et américains et il ne fait pas long feu : il est renversé 9 mois plus tard par le général Elias Wessin y Wessin, qui installe un triumvirat civil sous contrôle militaire. S'ensuit une période de guerre civile (une fraction constitutionnaliste des forces armées restant fidèle à Bosch, sous la conduite du colonel Caamaño) qui culmine dans l'intervention et l'occupation militaire US (avril 1965 - septembre 1966), la deuxième de l'histoire du pays (après 1916-24), pour éviter un "nouveau Cuba". La guerre civile et l'occupation feront au moins 5.000 victimes.

    Mais entre temps, à moins de 200 kilomètres des côtes de Floride, était survenue au premier jour de 1959 la RÉVOLUTION CUBAINE sur laquelle nous reviendrons plus avant. C'est là la seule "ombre" (pour l'impérialisme) et lumière (pour les peuples) au tableau.

    260px-Revolucion.jpg

    À ce stade, le sort de la zone "nord-andine" et de l'Amérique centrale et caraïbe semble scellé. Les opérations se déportent alors vers le "Cône Sud". Dernier pays à avoir résisté aux capitaux impérialistes jusqu'à la guerre d'extermination de 1865-70, le Paraguay est alors en proie à une grande agitation sociale depuis la "révolution" de février 1936. De 1954 à 1989, il connaîtra avec le général Stroessner la plus longue dictature réactionnaire du continent (une autre particularité méconnue de ce pays est que son Parti communiste a vu une partie plus que conséquente de ses effectifs s'opposer au khrouchtchévisme, derrière le dirigeant historique Oscar Creydt qui animera une "fraction maoïste" jusqu'au début des années 1980).

    En Bolivie, le MNR qui a pris le pouvoir à la faveur d'un soulèvement en 1952, puis largement trahi les espérances populaires placées en lui est renversé en 1964 par le coup d’État du général René Barrientos. Ce régime est tristement célèbre pour avoir "eu la peau" de Che Guevara, capturé et abattu dans le centre du pays le 9 octobre 1967, après avoir tenté d'y implanté un "foyer" (foco) de guérilla supposé entraîner derrière lui les larges masses. Après la mort de Barrientos (1969), une brève parenthèse militaire "progressiste" (Juan José Torres, 1970-71) est renversée à son tour par le général fasciste Banzer, qui règnera jusqu'en 1978. La "démocratie" néolibérale ne reviendra qu'en 1980 (ce qui n'empêchera pas Banzer, candidat de la droite dure, de redevenir président "démocratiquement" entre 1997 et 2001 !). L'ELN (Armée de Libération Nationale), formée par Guevara, sera rapidement réduite à néant. La même année 1964 survient le coup d’État militaire au Brésil, où deux "progressistes" (Kubitschek et Goulart) ont succédé à Vargas. Les militaires resteront en place jusqu'en 1985. Ce pays est celui d'une autre figure bien connu des marxistes un peu conséquents : Carlos Marighella, fondateur de l'Action Libératrice Nationale après son expulsion du PC et auteur du Manuel de Guérilla urbaine.

    Junta Militar Argentine 1976L’Argentine est le théâtre de l'affrontement le plus aigu et le plus sanglant entre tentative d'affirmation capitaliste nationale et volonté nord-américaine d'imposer un ordre semi-colonial de fer. Ce pays, il faut le rappeler, était alors un "émergent" de premier plan, de l'ordre de la 10e économie mondiale, devant l'Italie ou l'Espagne (qui lui fournissaient une abondante force de travail immigrée...) ; bien que ce produit intérieur brut fut largement aux mains de capitaux britanniques, US ou européens. Il avait donc une bourgeoisie développée (moins oligarchique qu'ailleurs) avec en son sein un fort courant "affirmationiste" ; ainsi qu'une aristocratie ouvrière, chose peu courante à l'époque sur le continent : cette frange formera la base de la bureaucratie syndicale (appuyée sur un prolétariat ouvrier - descamisados - récent et de faible niveau politique), pilier du péronisme, mais qui par anticommunisme collaborera fréquemment... avec les juntes militaires national-catholiques.

    Le naufrage économique et social des années 1980 et 1990, s'achevant dans le "crash" de 2001, est donc une illustration particulièrement radicale des résultats de la politique impérialiste US en Amérique latine pendant la "Guerre froide", de ses objectifs non seulement contre-révolutionnaires mais de re-semi-colonisation sans merci.

    Nous avons vu comment les deux camps bourgeois portant ces deux aspirations historiques (le clivage existait déjà au 19e siècle) avaient réussi à structurer totalement la vie politique du pays à partir des années 1940, depuis l'extrême-droite jusqu'à l'extrême-gauche. Par trois fois, tous les 10 ans, les tentatives péronistes (1946-55 et 1973-76) et la "parenthèse radicale" appuyée par les péronistes (1958-66) sont renversées par des coups d’États du "parti militaire" national-catholique fascisant à la solde de Washington qui impose une dictature chaque fois plus terroriste et meurtrière, particulièrement la dernière (1976-83) qui met en place un véritable régime génocidaire de type nazi[3], exterminant les forces révolutionnaires et progressistes du pays selon les méthodes de la bataille d'Alger (enseignées par des "experts" militaires français à l’École militaire des Amériques, et déjà mises en œuvre avant la dictature, sous Isabel Perón, entre 1974 et 1976). Il faut dire que, dès le milieu des années 1960, le pays est également en proie à une forte agitation sociale et à l'émergence de luttes révolutionnaires armées : des péronistes "de gauche" (prenant pour argent comptant le discours social et anti-impérialiste de Perón) comme les Montoneros, les Forces armées révolutionnaires etc., mais aussi les marxistes du PRT-ERP (se réclamant de Lénine et du Che ainsi que de Trotsky, partisan des révolutions chinoise, cubaine et vietnamienne, prônant la "fusion des apports du trotskysme et du maoïsme dans une unité supérieure qui signifiera un plein retour au léninisme"), tandis que les marxistes-léninistes du PCR et du futur PCML ainsi que de nombreux groupes trotskystes ou anarcho-syndicalistes agitent les masses ouvrières dans les usines. Pour le coup, l'aspect contre-révolutionnaire de la contre-offensive oligarchique deviendra principal, expliquant l'ampleur de la répression qui commence déjà sous la parenthèse péroniste (1973-76), et l'on verra les péronistes de droite (notamment la sinistre Triple A, Alliance Anticommuniste d'Argentine) rallier en 1976 les militaires dans la chasse aux "gauchistes".

    L'Uruguay voisin a longtemps été qualifié de "Suisse de l'Amérique latine", pour sa prospérité et sa stabilité politique (bien qu'il ait déjà connu, de 1933 à 1938, la dictature pronazie de Gabriel Terra). Cependant, dès les années 1950, se fait jour une crise économique qui voit la remise en cause de la politique grand-bourgeoise traditionnelle, avec ses deux partis blanco et colorado (respectivement, à l'origine, conservateur et libéral, mais ensuite le "spectre" s'est considérablement élargi, les blancos restant cependant globalement plus à droite - du centre-droit à l'extrême-droite, des éléments pouvant cependant rallier la gauche - tandis que les colorados vont du libéral-conservatisme "dur" au centre-gauche réformiste bourgeois). Un Frente amplio réformiste émerge, regroupant démocrates-chrétiens, socialistes et communistes ; en même temps qu'une organisation de gauche révolutionnaire armée, les Tupamaros. L'armée prend donc le contrôle du pays, de 1973 à 1985, avec toutefois des présidents civils (colorados de droite ou blancos), mais sous étroit contrôle d'un Conseil militaire de sécurité nationale. Il y aura un prisonnier politique pour 450 habitants...

    chile-venceremos-02Enfin, au Chili a lieu le coup d’État bien connu de Pinochet, le 11 septembre 1973. Une expérience d'autant plus traumatisante que le pays avait certes connu des gouvernements civils particulièrement réactionnaires, mais pratiquement jamais de dictature militaire. Cette dernière durera 17 ans... Entre 1938 et 1958 s'étaient succédés des gouvernements réformistes et populistes, mais ceux-ci étaient globalement restés "dans les clous".

    Les années 1958 à 1970 auront des majorités bourgeoises conservatrices, jusqu'à l'élection "surprise" du socialiste Allende, soutenu par le PC révisionniste, l'URSS et Cuba ainsi que le Mouvement de la gauche révolutionnaire (à la ligne assez proche du PRT-ERP argentin voisin), tandis que le leader du PS, Carlos Altamirano, était sur une ligne beaucoup plus radicale que le PC lui-même (partisan d'armer les masses, etc.). L'administration US organisera l'ingouvernabilité politique et économique du pays, entre chute organisée des cours du cuivre (principale ressource nationale), grèves des transporteurs routiers et activités squadristes de Patria y Libertad (extrême-droite). Allende et le PC, de leur côté, refuseront d'armer les masses ouvrières et paysannes (comme le réclamaient le MIR et Altamirano), et iront jusqu'à confier à Pinochet (franc-maçon comme Allende et originaire de la même région) le commandement général des armées... Moins d'un mois après cette nomination, le même Pinochet allait prendre le pouvoir pour le compte de la droite oligarchique et de Washington, transformant la capitale Santiago en champ de bataille et faisant bombarder le palais présidentiel d'Allende (qui se suicidera après avoir refusé de se rendre). On connaît la suite...

    En 1975, toutes les "opérations" de la région sont coordonnées dans le Plan Condor, qui réunit les juntes du Chili, d'Uruguay, du Paraguay, du Brésil, de Bolivie et les militaires argentins (pas encore au pouvoir, mais déjà dotés de pouvoirs extraordinaires par Isabel Perón). Face à cela tente de se mettre en place une "Junte de coordination révolutionnaire" entre le PRT-ERP, le MIR chilien, l'ELN bolivien et les Tupamaros uruguayens - entreprise hélas sans lendemain.

    À la fin de la décennie 1970, on peut considérer que le Cône Sud est "sous contrôle" des oligarchies et de l'impérialisme US. Le "front" principal se déplace à nouveau vers l'Amérique centrale. À partir du milieu des années 1970, les guérillas marxistes procubaines montent en puissance. "Pire" : au Nicaragua, après 18 ans de lutte et un an de combats acharnés (40.000 victimes), le Front sandiniste de libération nationale (FSLN, plus social-démocrate radical que réellement marxiste) s'empare du pouvoir en 1979 avec le soutien de Cuba, renversant le clan Somoza en place depuis plus de 40 ans. L'impérialisme US organisera alors les Contras (forces contre-révolutionnaires) et le conflit fera encore 50.000 autres mort-e-s ; puis les sandinistes, sans véritable ligne marxiste révolutionnaire, capituleront en 1990 et convoqueront des "élections libres" qui rendront le pouvoir à la droite. Au Salvador, après un (énième) coup d’État militaire, le fmlnsalvador.jpgFrente Farabundo Martí de Liberación Nacional (FMLN), unifiant 5 groupes de guérilla marxistes, passe à l'offensive en 1980 et affronte l'ARENA (Alliance républicaine nationale), organisation paramilitaire de type nazi ; conflit "arbitré" par le démocrate-chrétien José Napoleon Duarte, soutenu par Washington et - bien entendu - avant tout anticommuniste : 100.000 morts durant toute la décennie. Au Guatemala, les guérillas en présence [Forces armées rebelles du Parti guatémaltèque du Travail prosoviétique, Armée de Guérilla des Pauvres (EGP) plutôt guévariste, Organisation révolutionnaire du Peuple en armes (autodéfense paysanne indigène) et PGT-Noyau Directeur National (scission ML du PGT)] accentuent également leur offensive et convergent au début des années 1980 dans l'URNG (Union révolutionnaire nationale guatémaltèque). L'essentiel des 250.000 victimes de la guerre civile (qui s'étend d'environ 1960 jusqu'en 1996) trouvent la mort dans cette première moitié des années 1980, en particulier sous le sinistre général Efraín Ríos Montt (1982-83) , dans une véritable guerre d'extermination raciste visant particulièrement les indigènes mayas : bombardements, déplacements de populations, massacres de villages entiers par les forces spéciales "Kaibiles" (440 villages complètement rasés, massacre de Dos Erres), milliers d'indigènes jetés par hélicoptère dans l'océan Pacifique, etc. etc. La militante paysanne indigène Rigoberta Menchú donnera à ce conflit génocidaire une certaine notoriété internationale...
    Plus "calme", le Honduras fera office de base pour l'appui "technique" impérialiste US et de "profondeur stratégique" pour les forces réactionnaires... Toutes ces guerres civiles s'achèvent au début des années 1990 par des "accords de paix", qui consacrent les forces criminelles de droite à la tête des pays et absorbent les anciennes guérillas dans la mascarade parlementariste comme partis sociaux-démocrates.

    La liste, on le voit, à de quoi faire pâlir Stéphane Courtois et son "Livre noir du communisme" (et cela, sans grossir les chiffres, ni y inclure des nazi-fascistes justement châtiés, ni compter comme "morts" des déficits démographiques...).

    À la fin des années 1980, l'impérialisme occidental, principalement US, sort GLOBALEMENT VICTORIEUX de ces quatre décennies de guerre totale, contre les bourgeoisies (trop) réformistes, national-populistes ou "philo-soviétiques", mais surtout contre les peuples. Seule la guérilla maoïste du Parti communiste du Pérou (au contraire) menace encore gravement l’État oligarchique laquais péruvien et, du coup, fait face à une guerre sans merci (70.000 victimes), mais surtout à une campagne de diabolisation médiatique (peut-être) sans équivalent dans l'histoire récente pour un Parti non encore au pouvoir...

    Cette défaite est due à la puissance de l'offensive réactionnaire, dans laquelle la méthode française antisubversive de Roger Trinquier jouera un rôle fondamental ; mais aussi (cf. ci-dessous) et même surtout aux faiblesses idéologiques et stratégiques des forces révolutionnaires en présence (sans même parler des forces nationalistes bourgeoises, par nature incapables d'affronter efficacement l'impérialisme).

    menem_bush.jpgLa victoire impérialiste US apparaît alors totale : sont à la fois écrasées les forces révolutionnaires (sauf ça et là, mais rien de nature à menacer l'ordre établi, sauf au Pérou au début de la décennie 90) et démantelées les structures réformistes et national-populistes d'affirmation du caractère national de la production (entreprises étatisées, circuits redistributifs servant aux bourgeoisies pour s'appuyer sur les masses, etc.).

    Les juntes militaires rendent le pouvoir aux civils entre 1980 (Bolivie, Pérou) et 1990 (Paraguay, Chili), le temps de laisser les "Chicago Boys" exercer leurs prouesses ; puis c'est le triomphe du "néolibéralisme", synthétisé dans le "consensus de Washington" (1989) : un ordre semi-colonial sans merci, imposé par l'impérialisme principalement US à travers des régimes "démocratiques" (parlementaires oligarchiques) fantoches qui n'hésitent pas à massacrer la population lorsqu'ils sont contestés, comme au Venezuela en 1989, au Chiapas (Mexique) en 1995 ou en Bolivie en 2000 et 2003.

    Mais parallèlement, ce "néolibéralisme" (et les régimes militaires qui l'ont précédé) a amené un (nouveau) grand développement des forces productives et encore une fois l'émergence de nouvelles couches bourgeoises. Les sociétés latino-américaines sont aujourd'hui très éloignées de ce qu'elles étaient dans les années 1950 ou 1960. L'organisation sociale telle que léguée par les dictatures militaires réactionnaires ne pouvait donc perdurer.

    chaveznod.jpgDepuis la toute fin du 20e siècle, avec Chavez au Venezuela en passant par le Brésil (2002), l'Argentine (après la situation insurrectionnelle de fin 2001-2002), la Bolivie, l’Équateur, l'Uruguay ou le Paraguay, on voit donc surgir ces fameuses "gauches" latino-américaines (plus ou moins modérées ou radicales), nouvelles coqueluches des bobos tendance Monde Diplomatique : les nouveaux nationalismes bourgeois ; d'orientation parfois sociale-démocrate, parfois nationale-radicale-populiste. Ces nouveaux nationalismes sont indissociables de l'"émergence" (forte croissance du PIB, tendance à exporter "régionalement" des capitaux tout en restant principalement importateurs, tendance à l'affirmation diplomatique sur une scène internationale verrouillée par le "G8", etc.) de pays comme le Brésil, l'Argentine, le Mexique ou le puissant Venezuela pétrolier ; de l'affirmation sur la scène internationale des nouveaux impérialismes russe et chinois et de la concurrence discrète mais sans concessions entre les blocs impérialistes déclinants US-Commonwealth et France-Allemagne (tendance à ne plus "respecter" le "pré carré" de l'autre, français/européen en Afrique et US dans les Amériques). L'on a ainsi pu voir surgir, dans les allées du pouvoir, ici d'anciens guérilleros urbains (Uruguay, Brésil), là un militaire ex-putschiste "progressiste" (Venezuela), ici un syndicaliste paysan opposant de longue date flanqué d'un ancien intellectuel partisan de la lutte armée (Bolivie) ou d'anciens persécutés politiques sous les dictatures (Argentine, Chili) et là un "prêtre rouge" (Paraguay), etc. etc., sans oublier le retour des sandinistes au Nicaragua.

    Les vieux nationalismes/"affirmationismes" (MNR et MIR boliviens, péronisme argentin - sauf le courant Kirchner, social-démocrates et travaillistes brésiliens - héritiers du gétulisme et du "progressisme" de Kubitschek, PRI mexicain, socialistes chiliens etc.) étant devenus quant à eux, depuis les années 1980, les champions du "néolibéralisme"...

    Cependant, depuis la fin des années 2000, les nouveaux nationalismes montrent eux aussi leurs limites de classe, après avoir été un temps (même les plus modérés) la marotte des "altermondialistes" de tout poil. En 2006, les maoïstes du Parti communiste révolutionnaire du Canada avaient réalisé une analyse complète et intéressante (vu d'un pays impérialiste occidental) de ce phénomène des nouvelles "gauches" nationalistes (et une critique efficace de leurs soutiens inconditionnels occidentaux).

    Dans d'autres pays, en revanche, ce sont des droites réactionnaires terroristes, oligarchiques et pro-impérialistes qui sont au pouvoir, dans une perspective d'affrontement avec les forces populaires et les nouvelles "gauches" affirmationistes : au Mexique où c'est une droite de ce type (le PAN) et non une "gauche" qui a détrôné le vieux PRI en 2000, au Pérou jusqu'à l'élection d'Humala (national-populiste qui n'a d'ailleurs pas changé grand chose...) en 2011, au Chili depuis 2010 et bien sûr en Colombie, "pivot" du dispositif impérialiste US sur le continent où le conservateur-populiste Uribe (2002-2010) a brisé le duopole libéral/conservateur avec son "Parti de la U" (Parti social d'unité nationale), amenant littéralement l'extrême-droite paramilitaire au pouvoir dans ce qui s'apparente le plus, ces 15 dernières années, à un régime fasciste (répression terroriste + mobilisation de masse) sur le continent. À présent que les guérillas et tout mouvement social organisé sont écrasés, et les voisins vénézuélien et équatorien tenus en respect, son successeur (et ancien ministre de la Défense) Santos se montre plus "libéral"...

    Jose_Carlos_Mariategui.jpgEt le mouvement communiste, dans tout cela ? Il émerge, comme dans le monde entier, entre 1920 et le début des années 1930. Pour autant, son niveau idéologique est alors très faible. Jusqu'à la Révolution cubaine (1959), on peut dire que son seul dirigeant et théoricien d'envergure est le péruvien  José Carlos Mariátegui. Celui-ci, comme doit le faire tout véritable communiste, mène une profonde analyse historique, culturelle et de classe de son pays, et adapte le marxisme à ce cadre géographique d'action. Il faut noter qu'il a, entre 1920 et 1922, vécu en Italie, et il n'est pas exclu qu'il ait gardé, par la suite, des contacts avec les militants de ce pays, notamment Gramsci, dont la démarche intellectuelle est assez proche. Hélas, il est de santé fragile (suite à une blessure de jeunesse à la jambe, dont il sera finalement amputé) et il meurt en 1930, deux ans seulement après avoir fondé le Parti socialiste, qui deviendra le premier PC du Pérou cette même année.

    Les autres Partis communistes sont, généralement, des cercles de bourgeois intellectuels, de pratique réformiste et à la traîne des mouvements populaires revendicatifs, parfois prêts aux pires compromissions (comme celle, infâme, du PC argentin avec l'ambassade US contre Perón en 1945, ou celle du premier P"c" cubain avec Batista). Ils sont notamment très influencés par l'ultra-révisionnisme d'Earl Browder, alors dirigeant du PC des USA. Celui-ci voyait dans l'impérialisme US, son propre impérialisme (!), un impérialisme "progressiste" pouvant être, main dans la main avec l'URSS, le garant d'une "nouvelle ère de paix et de démocratie" après la Seconde Guerre mondiale... CQFD.

    418390_1.jpgEn 1956-59, un groupe de jeunes bourgeois nationaux démocrates-radicaux, le Mouvement du 26 Juillet de Fidel et Raùl Castro, intègre des éléments marxistes (en premier lieu le "Che" Guevara) et renverse après 25 mois de guérilla le régime pro-américain sanguinaire de Fulgencio Batista. Il rassemble sous sa direction et fusionne avec le vieux Parti communiste (devenu "socialiste populaire"), le mouvement ouvrier et paysan organisé, les étudiants "radicaux" et anti-impérialistes (Directoire révolutionnaire du 13 Mars) etc. pour déboucher finalement, en 1965, sur un nouveau Parti communiste. Ces évènements, quoi que l'on pense de leur "pureté" marxiste-léniniste, apportent un "afflux de sang neuf" au mouvement révolutionnaire sur tout le continent. Répondant au mot d'ordre du Che ("créer deux, trois, plusieurs Vietnam"), des groupes se séparent des vieux PC (qui rejettent cette voie ou l'abandonnent rapidement, sauf en Colombie) et s'engagent dans la lutte armée. D'autres, par ailleurs (comme le PRT-ERP en Argentine), surgissent sans lien aucun avec le mouvement communiste antérieur, d'autres encore proviennent du populisme des années 1940 (organisations combattantes péronistes "de gauche") ou de l'aile gauche de la social-démocratie (MIR au Venezuela)... Cependant, comme le Che lui-même, ces organisations de lutte armée pêcheront par idéalisme, aventurisme et/ou militarisme. Généralement, sauf en Colombie et en Amérique centrale, la répression les écrasera militairement avant la fin des années 1970. Ernesto "Che" Guevara lui-même, on l'a vu, mourra en Bolivie en 1967, après une tentative infructueuse de "foyer" révolutionnaire guérillero.

    D'autres forces révolutionnaires, dès le milieu des années 1960, rompront avec le révisionnisme khrouchtchévien pour se tourner vers l'antirévisionnisme chinois et albanais : PCR et PCML d'Argentine, PCR du Chili, PCML d’Équateur, etc. Mais, sauf en Colombie (où le PCC-ml s'engagera dans la lutte armée avec l'EPL), elles resteront globalement engluées dans l'ouvriérisme et l'économisme "radical" (et, là encore, souffriront durement des dictatures militaires). Depuis, certaines sont restées fidèles à la "pensée Mao", d'autres se sont tournées vers le hoxhisme (marxisme-léninisme "albanais"), d'autres encore vers un éclectisme "marxiste" comme le PCML argentin, devenu Parti de la Libération, proche internationalement du Parti du Travail de Belgique. Globalement, leur pratique n'est pas d'un grand antagonisme avec les États de l'oligarchie, et elles trouvent généralement toujours une fraction "progressiste" ou "patriotique" de celle-ci à soutenir...

    En Amérique centrale, également d'orientation cubaniste, mais plus "ancrées" dans le mouvement populaire-révolutionnaire de masse et plus durables, des guérillas émergent dès les années 1960, au Nicaragua (FSLN, dès 1961), au Salvador (fusionnant en 1979 dans le FMLN) et au Guatemala (formant en 1982 l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque, URNG). Elles mèneront une lutte armée révolutionnaire héroïque, contre des régimes et des forces paramilitaires fascistes ultras, appuyés de toutes ses forces par l'impérialisme US (surtout à partir de 1981, avec Reagan) ; les sandinistes du FSLN prenant même le pouvoir en 1979, jusqu'en 1990. Toutefois, après la chute de l'URSS, au début des années 1990, elles capituleront dans la voie des "accords de paix" et de la "réconciliation nationale", et deviendront des partis sociaux-démocrates (le FSLN, par des élections "libres" bourgeoises, rendra le pouvoir à la droite en 1990).
    elncolombia.jpegEn Colombie, il y aura également des "accords de paix" en 1984, refusés par la seule ELN ; mais ces accords seront trahis par la droite réactionnaire, qui fera massacrer les militants des FARC et du PC reconvertis dans "l'Union patriotique" : 4.000 assassinats. Depuis lors, les FARC et une fraction dissidente de l'EPL ont repris le sentier de la guerre (que l'ELN n'avait jamais quitté), mais il est évident que cela n'a plus qu'un très lointain rapport avec la guérilla révolutionnaire des années 1960-70 (l'EPL/PCC-ml, en ce qui le concerne, est devenu "albanais" en 1980, et la très grande majorité a capitulé en 1991, seule une fraction minoritaire poursuivant la lutte). En 1999, les FARC avaient connu un certain regain de puissance, et obtenu de l’État la "zone démilitarisée" (autrement dit, sous leur contrôle exclusif) du Cagùan (42.000 km² quand même, plus que la Belgique !). Mais elles n'en profitèrent pas pour mettre en place un véritable Pouvoir populaire révolutionnaire dans cette zone, pour en faire une véritable base rouge, et celle-ci fut démantelée par Uribe à peine arrivé au pouvoir, en 2002. Aujourd'hui, l'on peut considérer l'essentiel de ces forces comme étant en situation de défaite militaire.

    revolucion_cubana2.jpgLa Révolution cubaine, de son côté, après un intense bouillonnement révolutionnaire et un engouement mondial immense, s'est définitivement rangée, à la fin des années 1960, sous le parapluie soviétique. L'élan révolutionnaire est brisé, l'économie orientée vers la monoculture sucrière (échangée contre des hydrocarbures et des matières premières soviétiques) et la politique internationale s'oriente vers le pragmatisme et l'opportunisme, le soutien à des "révolutions" par en haut, des "processus" réformistes finalement écrasés comme au Chili, ou des juntes militaires "progressistes" comme au Pérou (Velasco, 1968-75) et des gouvernements "nationalistes" comme en Argentine (second péronisme 1973-76), nonobstant que ceux-ci répriment les révolutionnaires... Après la chute de l'URSS, Cuba connut l'isolement et la terrible crise économique et sociale que l'on sait, dont elle ne commence à sortir que depuis une dizaine d'années, avec l'appui des nouveaux nationalismes (principalement du Venezuela), de la Russie, de la Chine et des "émergents". Il pouvait certes "tomber sous le sens", dans les années 1960, de se dire : "Compter sur ses propres forces ? Impossible, idéaliste, suicidaire... Les Chinois ? Ils sont loin, pris dans leur Révolution culturelle, ils ne nous conduiront qu'au naufrage gauchiste..." etc. etc. Mais voilà, à présent, la rançon du pragmatisme. Plus généralement, on a là la contradiction, non résolue par les marxistes-léninistes du 20e siècle, entre intérêts de l’État (révolutionnaire) et intérêts du Parti et de la Révolution mondiale. Ce qui est certain, c'est qu'à partir de 1970, Cuba ne joue clairement plus un rôle de base rouge pour la révolution dans les Amériques. Bien loin est la déclaration de l'OLAS (Organisation latino-américaine de solidarité) en 1967, selon laquelle "la lutte armée constitue la voie fondamentale de la révolution en Amérique latine". Là où la lutte armée reste soutenue (Amérique centrale, Colombie, Chili avec le "Front patriotique Manuel Rodriguez" dans les années 1980), c'est de manière très pragmatique, uniquement dans l'objectif d'arriver à des "accords" et à une "solution démocratique" (les organisations combattantes devant alors se lancer dans le "jeu" parlementaire)... Ce qui s'appelle du révisionnisme/réformisme armé. Clairement, une prise de pouvoir armée par les masses populaires était absolument exclue pour La Havane et, plus encore, pour le "grand frère" soviétique.

    EPR-members-II.jpgAujourd'hui, il ne reste que peu de mouvements assumant l'antagonisme armé avec les États oligarchiques au service de l'impérialisme. Il y a, on l'a dit, les guérillas colombiennes. La principale, les FARC, se réclame du "marxisme-léninisme" tendance brejnévienne-cubaniste et de l'héritage de Bolivar (ainsi que de Gaitán, le "libéral de gauche" assassiné en 1948). Elles ont entamé depuis peu un processus de négociation avec le gouvernement (le quatrième après celui des années 1980, celui de 1990-92 et celui de 1999-2002). Au Mexique, il y eut dans les années 1990 le célèbre EZLN, au réformisme assumé (refusant la prise du pouvoir), mais un autre groupe, le Parti démocratique populaire révolutionnaire - Armée populaire révolutionnaire (PDPR-EPR - héritier du Procup-PDLP), opérant dans l’État de Guerrero et la région de Oaxaca depuis 1996, assume quant à lui la lutte armée pour la prise de pouvoir révolutionnaire. Au Paraguay a émergé depuis quelques années une Armée du Peuple paraguayen (EPP). Les uns comme les autres se réclament du marxisme-léninisme et des expériences "radicales" du passé (Rodriguez de Francia au Paraguay, les années 1910 au Mexique).

    envencible guerra populara 3 montanas

    C'est finalement au Pérou, où le PC historique a totalement éclaté dans les années 1960, que le nouveau Parti communiste du Pérou d'Abimael Guzman "Gonzalo", connu dans les médias bourgeois sous le nom de "Sentier Lumineux" ("Par le sentier lumineux de José Carlos Mariátegui" était l'en-tête de sa publication étudiante, à la fin des années 1960), a mis en avant le marxisme-léninisme-maoïsme comme troisième et supérieure étape du marxisme, et déclenché en 1980 une héroïque Guerre populaire. Celle-ci, si elle ne fut pas exempte de dérives, a surtout été dépeinte sous les traits les plus démoniaques par toute la réaction mondiale, le réformisme et le révisionnisme ; jusqu'à l'arrestation de Gonzalo en 1992 et l'écrasement militaire à peu près total du Parti au milieu de la décennie, après avoir étendu son action armée sur une partie impressionnante du territoire. Au-delà de cet aspect purement militaire, le PCP a joué un rôle fondamental dans l'affirmation internationale du maoïsme comme développement supérieur du marxisme, et a "tenu le flambeau" du maoïsme pendant une période "noire" pour le mouvement communiste international ; sans quoi, des expériences formidables comme la Guerre populaire au Népal (1996-2006), ou celles qui ont repris aux Philippines depuis la fin des années 1990 ou en Inde depuis le début des années 2000, n'auraient peut-être pas pu ou ne pourraient pas exister.

    1Par la suite, des organisations se réclamant du MLM et de Gonzalo se sont formées dans de nombreux pays du continent (Équateur, Colombie, Bolivie, Chili, Argentine), sans toutefois atteindre l'ampleur du PCP des années 1980-90, et présentant par ailleurs, comme ce dernier, des problèmes de sectarisme pour devenir de réels centres d'agrégation de toutes les luttes révolutionnaires.

    Au Pérou même, subsistent des groupes épars se réclamant du PCP, qui mènent pour certains des actions militaires contre les forces armées de l’État (d'autres se contentant de communiquer). Ils ne sont toutefois pas coordonnés entre eux par une direction centrale, et se qualifient régulièrement, mutuellement, de "révisionnistes" et "opportunistes" assorti de moult épithètes animaliers. L'un d'eux, le "groupe Artemio" du Huallaga, a récemment annoncé sa reddition.

    Nous voyons donc bien que, même si l'offensive réactionnaire/impérialiste fut déchaînée, sans pitié, la cause principale dans la défaite subie réside à l'intérieur des forces révolutionnaires elles-mêmes (primat des causes internes). Les forces trotskystes ou marxistes-léninistes prochinoises qui n'ont pas assumé la lutte armée révolutionnaire, n'ont pas assumé l'antagonisme minimal qui s'imposait dans les conditions concrètes (avant de sombrer pour la plupart dans les troubles eaux de la théorie des trois mondes ou du hoxhisme). Les forces guévaristes/foquistes, souvent petites-bourgeoises ultra-radicales, qui se sont lancées dans la lutte armée au milieu ou à la fin des années 1960, ont péri des tares du foquisme : militarisme, aventurisme, idéalisme, coupure d'avec les masses (encore que celle-ci soit à relativiser, notamment concernant le PRT-ERP : son assise de masse commençait, en 1974-75, à devenir non-négligeable ; mais la ligne était militariste dans tous les cas). Les guérillas de Colombie et d'Amérique centrale ont mené ce qui aurait pu être une Guerre populaire révolutionnaire, avec à la fois une lutte armée assumée et un enracinement certain dans les masses exploitées. Mais là, c'est l'idéologie prolétarienne qui faisait défaut : elles étaient inféodées aux intérêts du social-impérialisme soviétique (à travers Cuba), et ont sombré avec lui.

    L'importance, aussi, de la force d'attraction des réformistes radicaux ou des national-populistes, dans tous les pays, pour les aspirations révolutionnaires des masses, a joué un rôle d'obstacle puissant pour le mouvement communiste ; et celui-ci n'a pas su trouver les "clés" pour arracher les masses à cette influence. Ce fut le cas avec le péronisme en Argentine, en tout cas jusqu'en 1974-75, exemple le plus frappant ; et ça l'est encore aujourd'hui avec les "bolivarismes" de tout poil...

    000312891Le Parti communiste du Pérou, on l'a vu, a eu un rôle positif essentiel tant pour le continent que pour le mouvement communiste international : en survivant et en inquiétant l'impérialisme au-delà de toutes les autres guérillas révolutionnaires, en affirmant internationalement le maoïsme comme troisième et supérieure étape du marxisme et l'universalité de la Guerre populaire, et en "passant le flambeau" de la lutte révolutionnaire à la succession (qui se trouve, aujourd'hui, plutôt en Asie). Pour autant, il ne doit pas être sacralisé. La rapidité de son effondrement en 1992-97, après son triomphe apparent en 1988-92, est bien la preuve de grandes faiblesses internes, de grands "défauts sous la cuirasse". La jefatura et la "pensée" de Gonzalo érigées en talisman ont permis que son arrestation soit un revers pratiquement insurmontable pour le Parti, et que les "Lettres de paix" (prétendu appel à la capitulation de sa part) soient acceptées et suivies par la grande majorité des forces militantes, ce qui traduit au demeurant une grande faiblesse idéologique à la base comme chez les cadres : que Gonzalo soit l'auteur (volontaire ou forcé) de ces lettres ou pas, elles n'auraient jamais dû être suivies, aucun communiste conséquent ne pouvant accepter une telle reddition au moment où la "démocrature" fasciste de Fujimori battait son plein ! C'est là une déviation, que l'on peut classer dans la catégorie dogmato-gauchiste. Dans la même veine de déviation gauchiste, un certain sectarisme, une confusion entre contradictions au sein du peuple et contradictions avec l'ennemi, la difficulté à construire des alliances de classe (au delà de la paysannerie pauvre et du prolétariat rural de l'Altiplano, et des masses paysannes sans terre des bidonvilles de Lima), a pu conduire à des dérives qui ont permis à l’État de dresser une partie des masses populaires, ouvrières et paysannes (ou indigènes), contre le Parti et son Armée populaire - même si, par la suite, ces faits ont été largement grossis et exagérés par la propagande bourgeoise, sans compter les très probablement nombreuses exactions "false flag" (par des militaires ou des paramilitaires "déguisés" en guérilleros), comme cela a pu être fait en Algérie dans les années 1990, et comme la Colombie ou l'Amérique centrale n'en ont sans doute pas été exemptes (le massacre de Dos Erres avait sans doute été commis dans cette optique-là).

    Pour le moment, le Mouvement communiste sur le continent renaît peu à peu, beaucoup plus lentement que les aspirations spontanées des masses au "changement", aspirations qui se tournent, du coup, massivement vers les nouveaux nationalismes, réformistes bourgeois ou national-populistes.

    Ce qui s'impose, donc, comme cela a pu être fait en Italie à la fin des années 1980, ou peut commencer à l'être en Euskal Herria, c'est un bilan critique et une synthèse de l'expérience révolutionnaire accumulée au cours de cette "Guerre de Cinquante Ans" (appelons-la ainsi) 1945-1995 ; sans, serait-on tenté de dire, sacralisation de sa "chapelle" ni préjugés ou a priori sur les autres ; pour que de là jaillisse le nouveau : la renaissance d'un authentique Mouvement communiste révolutionnaire de masse entre le Rio Grande et la Terre de Feu.

    La situation sociale est OBJECTIVEMENT plus révolutionnaire que jamais (les mouvements populaires des 15-20 dernières années en sont la preuve ; simplement, ils se sont pour le moment tournés vers les nouveaux nationalismes des bourgeoisies "émergentes"). Les structures fondamentales d'exploitation et de domination demeurent INCHANGÉES :
    - le bourgeoisie bureaucratique livre toujours à vil prix les matières premières et énergétiques essentielles aux monopoles impérialistes ; et encadre toujours les masses populaires misérables avec la même brutalité ;
    - la bourgeoisie compradore inonde toujours le marché national de productions des monopoles impérialistes, mais de manière plus massive, "démocratique" qu'auparavant ;
    - l'une et l'autre livrent toujours à vil prix la force de travail continentale aux monopoles impérialistes, pour que ceux-ci valorisent leur capital avec un retour sur investissement maximum ; le caractère social de la production est simplement plus développé qu'auparavant, car les monopoles, depuis 30-40 ans, ont délocalisé vers leurs semi-colonies de plus en plus d'étapes du processus productif ;
    - la question de la terre reste entière. La propriété terrienne (latifundiste) a évolué vers un agro-capitalisme de type junker prussien ou landlord anglais. Nous avions (encore vers 1960) des paysans pauvres, louant leur terre contre un part plus ou moins importante des bénéfices (métayage) ou carrément du produit en nature (colonat partiaire) ; ou encore, exploitant péniblement leur petit lopin pour survivre, et vendant (déjà) leur force de travail par périodes à la grande propriété voisine, pour faire un peu plus que survivre... Déjà en 1954, lors de l'opération PBSUCCESS au Guatemala, le principal propriétaire terrien du pays était le monopole agroalimentaire US United Fruit Company.  

    bananero.jpgNous avons désormais d'un côté des PAYSANS SANS TERRE (un problème fondamental et continental), ne pouvant accéder à la propriété faute de terres "disponibles" (alors que des milliers d'hectares sont accaparés par les grands propriétaires ou les "multinationales", ou carrément... laissés à l'abandon) ; et de l'autre des ESCLAVES (à peine) salariés, phénomène mis en lumière lors des campagnes internationales contre la "multinationale" Chiquita (ex - United Fruit), mais l'on trouve exactement la même chose sur les exploitations de propriétaires "nationaux". Et enfin, des micro-propriétaires résiduels qui tentent de survivre - mais les grandes exploitations ne peuvent plus, comme auparavant, absorber périodiquement leur force de travail pour leur permettre de gagner "un petit plus". Les masses qui s'entassent dans les barriadas ou les favelas, autour des grandes métropoles, survivant de l'économie informelle ou illégale, sont des paysans sans terre, chassés de la campagne par la misère, mais pas encore une classe ouvrière (ne pouvant, là encore, être tous et toutes absorbé-e-s par la production industrielle). Ainsi en est-il, par exemple, des récupérateurs/recycleurs de déchets en Colombie, auprès desquels travaille l'UOC-mlm.

    Le "junkérisme" agro-capitaliste, qu'il soit propriété privée autochtone, propriété monopoliste de "multinationales" étrangères (comme Chiquita) ou propriété d’État, reste du semi-féodalisme : il n'y a pas de "saut" vers un capitalisme agricole véritable, qui impliquerait a minima une répartition démocratique-bourgeoise de la terre, une combinaison de grandes exploitations extensives (d'agriculture ou d'élevage) comme dans le Bassin parisien, de petites et moyennes propriétés et de terres tout au plus en fermage (location à prix fixe). Et, surtout, l'économie non-agricole est incapable d’absorber la population rurale sans terre, et de suivre la croissance démographique. Car le problème (des sans-terre, des masses s'entassant dans les bidonvilles, de l'émigration massive vers l'Amérique du Nord ou l'Europe) est là : d'un côté, pas de "saut" vers une agriculture capitaliste rationnelle tout simplement... parce qu'impossible à l'époque de l'impérialisme !) ; de l'autre, la contradiction entre production nationale et appropriation monopoliste étrangère qui, ajoutée à la crise mondiale généralisée du capitalisme, empêche plus encore que dans les pays impérialistes (eux-mêmes confrontés au chômage de masse) de mettre en place une économie productive nationale susceptible d'absorber toute la main d’œuvre devenue surnuméraire à la campagne.

    Venezuela-Caracas-Bidonville-1-5Nous avons finalement là, à la différence près qu'on ne pend plus les "gueux" pour vagabondage, un phénomène assez similaire à celui des enclosures en Grande-Bretagne, à l'époque de la mutation (16e-18e siècle) de la féodalité britannique vers le grand capitalisme agraire landlord ; et d'une manière générale à la situation de l'Europe occidentale à cette époque : un développement capitaliste considérable, colossal, mais "pris" dans les entraves féodales (et bureaucratiques) de la superstructure politique et de l'organisation sociale, engendrant des souffrances indescriptibles pour les masses. À ceci près qu'à l'époque, parallèlement, un capitalisme industriel jeune, pratiquement seul au monde et en pleine expansion avait permis, à terme, d'absorber ces paysans chassés de leurs terres, sous la forme d'une classe ouvrière (le "surplus" étant évacué vers l'Amérique du Nord, l'Australie etc.). Puis, la Révolution anglaise de 1688-89 et les réformes de 1830-50, ainsi que les Révolutions bourgeoises françaises et ouest-européennes de 1789-1815, 1830 et 1848, avaient permis de briser définitivement ces entraves ; d'autre part, la question de la domination impérialiste (capitaliste étrangère plus avancée) était absente. Aujourd'hui, même avec des taux de croissance de l'ordre de 5% du PIB voire plus, rien de tel n'est évidemment possible en Amérique latine. Quant aux tâches autrefois dévolues à la révolution bourgeoise, elles appartiennent désormais à la révolution prolétarienne.

    Nous avons donc là un RENFORCEMENT brutal des structures de domination impérialistes, bureaucratiques, compradores et latifundistes, sous la forme d'un véritable génocide social, afin de "lutter" contre la chute exponentielle du taux de profit dans le monde impérialiste en crise ; et nullement un "dépassement" de l'ordre semi-féodal semi-colonial vers "autre chose".

    Tout cela implique une révolution agraire (expropriation des grands propriétaires et des monopoles agro-industriels impérialistes), une révolution anti-impérialiste (expropriation et réappropriation populaire des monopoles impérialistes en général) et une révolution anti-oligarchique (liquidation de la couche parasitaire, qui ne vit - dans un luxe insolent - que comme interface des monopoles), c'est à dire des tâches DÉMOCRATIQUES qui sont celles d'une Révolution de Démocratie Nouvelle[4] dirigée par le prolétariat et son Parti (même si l'étape démocratique peut être de - beaucoup - plus courte durée que dans des pays plus arriérés, comme le sous-continent indien, ou la Chine de 1949).

    La lutte armée reste la voie fondamentale de la révolution ; puisque cela est de toute manière valable UNIVERSELLEMENT, sans considération qu'un pays soit dominé ou impérialiste, arriéré ou avancé, très majoritairement rural ou très urbanisé, etc. N'est pas révolutionnaire celui ou celle qui n'envisage pas l'affrontement armé avec la classe dominante et son État ; même si ensuite, il existe un réformisme armé (lorsque le "blocage" au niveau de la classe dominante est tel que des avancées démocratiques et sociales, malheureusement, ne peuvent être obtenues que par les armes) ; mais il n'y a pas de révolutionnaires refusant la lutte révolutionnaire armée. Le pouvoir est au bout du fusil. Aucune "grève politique de masse" ne peut accomplir les tâches démocratiques énoncées ci-dessus (qui ne sont elles-mêmes qu'une première étape), et l'histoire récente du continent le prouve mieux que tout : les mouvements de masse, comme en Argentine ou en Bolivie, n'ont abouti qu'à la fuite précipitée des "néolibéraux" les plus emblématiques, et à l'élection la plus bourgeoise qui soit de réformistes à leur place... [L'on pourrait également avancer, en contre-exemple, les évènements arabes de 2011-2012 : les autocrates et leurs clans ont fui, mais il n'y a pas eu de révolution démocratique.]

    À partir de là, et seulement à partir de là, le prolétariat au pouvoir, en alliance avec la paysannerie (et tous les petits-bourgeois, intellectuels etc. patriotes et progressistes), pourra mettre en place, avant même la socialisation, une économie rationnelle au service du peuple, partageant le travail et protégeant les travailleurs, développant les forces productives, résolvant la contradiction entre les villes et les campagnes (dans les communes populaires), etc. etc. Toutes choses dont le capitalisme est absolument incapable en soi (puisque l'intérêt social ne compte pas, seul prime l'intérêt personnel du capitaliste), et encore plus sous sa forme impérialiste, de SUREXPLOITATION des ressources et de la force de travail d'un pays par les monopoles d'une lointaine puissance postindustrielle.

    unidad de los trabajadoresMais pour cela, comme on l'a dit plus haut, il faut un Mouvement communiste et révolutionnaire suffisamment important, large quantitativement et implanté qualitativement, agrégé autour de Partis communistes conséquents qui "envoient dans toutes les classes de la société, dans toutes les directions les détachements de leur armée" ; qui adaptent réellement leur praxis à la société dans laquelle ils opèrent (après l'avoir analysée en profondeur) et ne se contentent pas de plaquer dessus des schémas préétablis, etc. (toutes choses qui s'appliquent également - sinon plus - à nous communistes "occidentaux", que l'on se réclame de Russes du début du siècle dernier, d'un Chinois ou d'un Albanais des années 1940 etc.).

    Aujourd'hui, ces Partis n'existent pas encore en tant que tels : ils sont en gestation, dans des organisations arborant le marxisme révolutionnaire de notre époque - le marxisme-léninisme-maoïsme - mais qui doivent encore s'épurer des déviations gauchistes ou opportunistes ; mais aussi, dans les masses populaires encore emprisonnées au sein de forces cubano-guévaristes, réformistes, national-populistes ou "bolivaristes radicales", d'organisations "pensée Mao" ou même trotskystes, hoxhistes voire anarchistes. Comme dans la plupart des pays du monde, un processus de décantation, de fragmentation et recomposition est en cours. Le "catalyseur" de ce processus, on l'a dit, sera le bilan sincère et critique, la synthèse et l'élévation à un niveau supérieur de l'expérience des 50 ou 60 dernières années ; ceci s'inscrivant dans une démarche mondiale de bilan et de synthèse de l'expérience du Mouvement communiste international depuis la Révolution bolchévique de 1917.

     Les camarades communistes conséquent-e-s d'Amérique latine, engagé-e-s dans cette démarche, ont tout le soutien internationaliste des communistes conséquent-e-s engagés dans la même démarche en Europe, et partout dans le monde. Car il ne peut y avoir de Révolution prolétarienne mondiale, s'il manque un continent à la Zone de Tempêtes !

    che revolucion-continental

    À regarder absolument : L'Heure des Brasiers, très intéressant documentaire argentin de 1968 (sur une ligne "péroniste de gauche") retraçant tout cela (cliquer en bas des vidéos pour les sous-titres en français) :


    [1] Le Dr. José Gaspar Rodriguez de Francia dirigea la République du Paraguay de son indépendance en 1810 jusqu'à sa mort en 1840. D'esprit plutôt jacobin et anticlérical (contrairement, par exemple, à son "très catholique" voisin argentin Rosas), il mit en place un régime personnel et autoritaire mais POPULAIRE, profondément appuyé sur les masses (avec, par exemple, la mise en place des Estancias de la Patria, "exploitations agropastorales du Peuple" louées pour un montant symbolique aux communautés paysannes) et farouchement indépendantiste face à ses deux grands voisins, le Brésil et l'Argentine, pilotés par l'Empire britannique qui, peu à peu, s'efforçait de remplacer l'Espagne et le Portugal dans la mainmise sur le continent... Son modèle économique fut essentiellement agricole, mais sa prospérité et son indépendance permirent à ses successeurs de commencer à développer un capitalisme industriel souverain (radicalement fermé aux investissements extérieurs) jusqu'en 1865-70, lorsque le pays subit l'une des premières guerres d'extermination de l'époque impérialiste (300.000 mort-e-s pour à peine plus de 500.000 habitant-e-s !) face à la "Triple Alliance" du Brésil, de l'Argentine et de l'Uruguay, pilotée par Londres.
    Il y a au Paraguay une Armée du Peuple Paraguayen (EPP) qui a choisi de prendre comme référence cette personnalité historique nationale. SLP, on le sait, a toujours (notamment) durement critiqué le PCF "historique" de Maurice Thorez pour avoir placé son projet politique dans le "prolongement" et le "parachèvement" de "93", de la République conventionnelle jacobine de 1793-94, ignorant la différence qualitative fondamentale entre une révolution bourgeoise "radicale" et une révolution prolétarienne. De la même manière, le PC d’Équateur - Comité de Reconstruction a pu critiquer, à juste titre, la mise en avant par les réformistes bourgeois, les révisionnistes mais aussi certaines Forces subjectives de la Révolution prolétarienne, de la figure libérale-radicale bourgeoise d'Eloy Alfaro. Pour autant, il en est ainsi et l'EPP, à qui Servir le Peuple adresse ses plus sincères salutations révolutionnaires, est à ce jour la force révolutionnaire la plus avancée dans l’État oligarchique-bourgeois dénommé Paraguay.

    [2] Avant le régime de Francia (unique sur le continent à l'époque pour sa stabilité, son indépendance et sa politique de développement au service de la population), le Sud du Paraguay, avec le Nord-Est de l'Argentine et quelques parties de l'Uruguay et du Sud du Brésil, avait déjà été le théâtre d'une expérience unique en son genre : entre le début du 17e et le milieu du 18e siècle, la Compagnie de Jésus (jésuites) avait mis en place un tissu de missions catholiques auprès des indigènes guaranis, qui formaient un ensemble de petites républiques extrêmement démocratiques, égalitaires et progressistes pour l'époque. Celles-ci gênaient (déjà) les grands propriétaires coloniaux et les milices de chasseurs d'esclaves (au service de ces derniers), si bien que vers 1750 l'Espagne et le Portugal, sous l'influence des "lumières" grandes-bourgeoises et aristocratiques "éclairées" (comme le marquis de Pombal), proscrivirent les Jésuites de leurs colonies et liquidèrent militairement les missions. Cet épisode historique est notamment retracé dans le célèbre film hollywoodien Mission de Roland Joffé. Jusqu'à la Constitution bolivienne de 2009, proclamant l’État "plurinational" de Bolivie, le Paraguay était le seul pays latino-américain, même sous les pires dictatures, à reconnaître une langue indigène (le guarani) comme langue officielle.

    [3] 30 000 « disparus » (desaparecidos), 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, et 1,5 million d’exilés pour 30 millions d’habitants.

    [4] C'est là une question très importante pour la stratégie révolutionnaire et les alliances de classe à adopter. D'une manière générale, ce qui décide du caractère socialiste ou de nouvelle démocratie d'une révolution, c'est moins le caractère dominé de la nation (englobée dans un grand État bourgeois, colonisée, ancienne colonie devenue "indépendante" mais toujours sous tutelle étroite, "indépendante" mais dominée par le capital impérialiste, etc.), que l'importance de la semi-féodalité et l'arriération des forces productives et de l'organisation sociale. Ainsi, le Pays Basque est une nation sans État, englobée dans les États espagnol et français, qui doit être libérée et réunifiée, mais les tâches de la révolution y sont immédiatement socialistes : c'est une nation industrielle, avancée, très majoritairement ouvrière, avec une organisation sociale capitaliste avancée similaire à toute nation d'Europe occidentale, etc. Au contraire, un pays comme le Népal doit connaître une étape de nouvelle démocratie d'assez longue durée ; la Russie et les nations de l'URSS - même si l'on ne parlait pas de nouvelle démocratie - l'ont nécessité pour une dizaine d'années - dans les années 1920 - etc. Aujourd'hui, dans les pays particulièrement avancés comme le Brésil, l'Argentine, le Mexique ou le Chili, les forces bourgeoises "radicales" s'affirmant "révolutionnaires" ont pratiquement disparu : la gauche bourgeoise assume le réformisme et la social-démocratie. C'est un indice que l'étape démocratique de la révolution prolétarienne "tend vers zéro", que l'on tend vers une quasi-immédiateté des tâches socialistes. En revanche, la nature socialiste ou de nouvelle démocratie de la révolution à mener ne décide pas de la stratégie générale de Guerre populaire (qui est universelle) ou insurrectionnelle (accumulation de forces-grève générale-insurrection, qui est universellement erronée) à suivre.

     


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  • Si l'Amérique latine a connu de nombreuses dictatures, militaires voire parfois civiles (elle n'a, à vrai dire, jamais connu la démocratie bourgeoise au sens propre, sinon dans de courtes expériences comme Allende au Chili, et depuis autour de l'an 2000 dans quelques pays comme le Brésil, l'Argentine etc.) ; notamment dans la période 1945-85 (voire 1990 en Amérique centrale), dans la triple préoccupation d'écraser le mouvement révolutionnaire, de lutter contre l'influence social-impérialiste soviétique et d'asseoir la tutelle semi-coloniale US face à des bourgeoisies (beaucoup plus fortes qu'en Afrique, par exemple) tentées par l'émancipation et l'"émergence" ; les dictatures argentines de 1966-73 et (surtout) 1976-83 furent de loin les plus féroces, mettant en place une répression et une élimination systématique des forces populaires progressistes et révolutionnaires (en même temps que d'imposer le "néolibéralisme" des Chicago Boys avec le sinistre Martínez de Hoz), comparables à l'Espagne de Franco en plus méthodique et organisé, inspirées en particulier des méthodes élaborées lors de la guerre d'indépendance algérienne et diffusées sur le continent américain par Roger Trinquier ou Paul Aussaresses. Une histoire tragique dont Servir le Peuple est parmi les rares médias maoïstes à se faire l'écho, et qui fait profondément partie de son identité politique.

    Il faut bien dire qu'à l'époque, le pays était en proie à une effervescence révolutionnaire incontrôlable, expliquant, pour "calmer le jeu", l'intermède du retour du - très populaire - général Perón en 1973, auquel sa veuve Isabel succèdera de 1974 à 1976. Mais, justement, cette effervescence avait le malheur d'être prisonnière d'une particularité argentine : la question de Perón et du péronisme.

    Les débats sur le péronisme ont secoué le mouvement communiste argentin et international pendant toute la seconde moitié du 20e siècle et jusqu'à nos jours, alors que la réalité est pourtant très simple : pays très particulier d'Amérique latine, l'Argentine a la particularité d'avoir sa classe dominante (bourgeoisie et propriété terrienne) traversée par un clivage depuis les origines (l'indépendance en 1810-16), clivage donnant deux droites réactionnaires, dont le péronisme et l'anti-péronisme du siècle dernier ne furent que la réactivation. D'un côté, la région de Buenos Aires (et le Grand Sud colonisé par elle à la fin du 19e siècle), grand port ouvert sur le monde, mais paradoxalement siège d'une bourgeoisie aspirant à faire de l'Argentine une nation capitaliste moderne et indépendante, parlant d'égal à égal avec les puissances européennes et nord-américaines ; de l'autre, la bourgeoisie et (surtout) la grande propriété agraire des provinces intérieures du Nord (l'Amérique latine classique), assumant la soumission à l'impérialisme (principalement britannique jusqu'aux années 1930-40, puis principalement US) pour exporter sa production. Au 19e siècle (1829-53), cette contradiction s'incarna dans l'affrontement entre l'homme fort de Buenos Aires et premier conquérant du Sud, Juan Manuel de Rosas, et celui des provinces de l'intérieur, le gouverneur d'Entre Rios, Justo José de Urquiza.

    Et au 20e siècle, elle s'exprima dans l'affrontement entre le péronisme et son adversaire, tout autant sinon plus réactionnaire, partisan ouvert de la tutelle semi-coloniale US, incarné dans ce que l'on peut appeler le "parti militaire" qui mènera trois coups d’État suivis de dictatures réactionnaires sanglantes (1955-58, 1966-73 et 1976-83). La réactivation de cette "guerre des deux droites" fut, en réalité, causée par la crise mondiale de 1929, qui ruina l'économie agro-exportatrice de l'intérieur et vit se mettre en place, durant une première période de dictature militaire (la "décennie infâme" 1930-43), une politique volontariste et industrialiste de modernisation du pays (générant un vaste prolétariat ouvrier non conscientisé, qui sera le terreau électoral du péronisme).

    Cette "guerre des deux droites", des années 1940 aux années 1980 (et encore, dans une certaine mesure, jusqu'aujourd'hui), va totalement polariser la vie politique du pays, de l'extrême-droite jusqu'à... la gauche populaire progressiste et révolutionnaire, au moment même où les conditions objectives mondiales étaient les plus favorables à la révolution prolétarienne. Ainsi, le PCA et le PSA seront toujours farouchement anti-péronistes (avec toutefois des dissidences : Borlenghi du PS ou Puiggrós du PC, qui rallient Perón), quitte à soutenir (plus ou moins "avec critiques") les régimes militaires jusqu'à leur "aggiornamento" après la dernière dictature (il était temps...). Le mouvement trotskyste se divisera, lui aussi, entre adversaires résolus de Perón (rejoignant le PCA et le PSA dans le "Front démocratique") et partisans de sa politique développant, selon eux, la classe ouvrière et donc les "conditions objectives" de la révolution. La figure emblématique du trotskysme argentin, Nahuel Moreno, tentera de concilier ces deux tendances, avant de pencher nettement vers l'anti-péronisme puis d'osciller entre les deux camps. La principale scission anti-révisionniste et pro-chinoise du PCA, le PCR (1968), sera quant à elle très clairement pro-péroniste, y voyant un mouvement "bourgeois national", "tiers-mondiste" et "indépendant des deux superpuissances", dans une vision totalement "théorie des trois mondes" rappelant, par certains aspects, l'attitude du PCMLF envers le gaullisme ; alors même que ses militants étaient décimés par la Triple A (Alliance Anticommuniste d'Argentine, escadron de la mort péroniste de droite) au même titre que toutes les forces révolutionnaires. Il y aura de surcroît, dès les années 1950 et surtout 1960, toute une gauche radicale péroniste (Jeunesses péronistes et "organisations combattantes" comme les FAR ou les Montoneros) drainant des éléments qui, ailleurs, auraient été marxistes, montrant (douloureusement) l'influence néfaste du "mythe" Perón sur les masses populaires et la jeunesse. [Dans un souci de précision, on évoquera brièvement, dans le camp bourgeois, un troisième larron : l'Union civique radicale (UCR), née dans les années 1890 et dirigeant le pays de 1916 à 1930. Très proche du radicalisme BBR (encore aujourd'hui avec le PRG), peu intéressée par le débat entre nationalisme et compradorisme assumé, l'UCR était surtout tournée vers la société argentine elle-même, qu'elle voulait "moderniser" dans une vision positiviste et paternaliste franc-maçonne. Néanmoins, à la fin des années 1950, elle finira par éclater entre un courant pro-Perón (Frondizi élu en 1958 avec les voix péronistes et qui les laissera participer aux élections en 1962... se voyant immédiatement renversé par les militaires) et un courant anti-péroniste (Illia qui prend sa suite en 1963, mais finit lui aussi par légaliser le péronisme et se fait renverser en 1966). Depuis la grande crise économique et la situation insurrectionnelle de 2001-2002, elle se divise pareillement entre un courant qui soutient les époux Kirchner et un courant qui s'y oppose.]

    En définitive, DEUX organisations conséquentes (seulement) sauront se placer au-delà de ce débat pourri : le Parti communiste marxiste-léniniste (PCML), autre scission anti-révisionniste du PC (mais aujourd'hui son héritier, le Parti de la Libération (PL), soutient à fond le gouvernement Kirchner, que le PCR a au moins le mérite d'affronter sans concessions) ; et le PRT-ERP.

    Celui-ci est fréquemment, et de manière simpliste, présenté comme une organisation "trotskyste". La réalité est beaucoup plus complexe, comme le montre cette très intéressante étude que SLP vous invite à lire en digérant après le dîner (il serait difficile de résumer 98 pages en un article ici...) : http://jeremyrubenstein.files.wordpress.com/2011/10/une-histoire-du-prt.pdf

    erp.jpgEn réalité, le PRT est né en 1965 de la fusion de deux forces révolutionnaires dans le Nord-Ouest argentin (région de Tucumán, Salta, Santiago del Estero) : le Front révolutionnaire indoaméricaniste populaire (FRIP) des frères Santucho, d'où seront issus les principaux cadres, mouvement nationaliste progressiste à forte tendance indigéniste, recherchant un "socialisme adapté à la réalité latino-américaine" ("indo-américaine") et ayant évolué vers le marxisme dans la première moitié des années 1960, sous l'influence des écrits de Mariátegui et des révolutions chinoise, vietnamienne et surtout cubaine ; et Palabra Obrera, l'élément trotskyste, de Nahuel Moreno... mais celui-ci démissionnera dès 1968, refusant l'orientation vers la lutte armée (avec la formation de l'ERP, Armée révolutionnaire du Peuple), pour former le PRT "La Verdad" (emmenant donc, avec lui, l'élément trotskyste "pur et dur"). Un refus de la lutte armée bien typique du trotskysme, à une époque où même un social-démocrate comme Allende (sous la pression de la base, bien entendu) pouvait dire que "la lutte révolutionnaire armée constitue la voie fondamentale de la révolution en Amérique latine". [Une opinion à laquelle, bien entendu, souscrit totalement SLP, même encore aujourd'hui, car même si la population urbaine s'est considérablement accrue par rapport à la population rurale (phénomène déjà à l'oeuvre dans les années 1960-70) et même si l'économie latifundiaire a évolué vers la plantation/ferme agro-industrielle, la classe dominante et les structures fondamentales de domination n'ont pas changé (moderniser n'est pas changer) et de toute manière, la Guerre populaire est la stratégie révolutionnaire universelle et contient forcément un aspect de lutte armée.]

    À partir de là, et alors que de puissants mouvements populaires (Cordobazo, Rosariazo) secouent la dictature fasciste de la (sans rire...) "Révolution argentine" (1966-73), le PRT-ERP, dans la pratique comme dans l'idéologie, s'éloigne de plus en plus du trotskysme, jusqu'à rompre officiellement avec la IVe Internationale (Secrétariat Unifié), alors dominée par la figure de Pierre Frank, en août 1973 (document en castillan). Dès lors, les références assumées seront, outre les bolchéviks et la Révolution russe de 1917-22, Mao Zedong, Hô Chi Minh et la guerre populaire vietnamienne, Che Guevara et la révolution cubaine, Mariátegui etc. etc.

    C'est que, outre ses composantes originelles, le PRT-ERP comptera aussi un important et influent noyau MAOÏSTE, qui infléchira fortement sa ligne ; ainsi, dans le document du IVe Congrès "La seule voie vers le pouvoir ouvrier et le socialisme" (1968), on peut lire : "Aujourd'hui, la tâche principale des marxistes révolutionnaires est de fusionner les apports du trotskysme et du maoïsme dans une unité supérieure, qui signifiera un plein retour au léninisme", belle marque de cette influence, alors que nous sommes juste après le départ de Moreno et encore fort loin de la rupture officielle avec la "IV". Vers la même époque, tout en utilisant la "IV" comme "caisse de résonnance" internationale, le PRT défendait l'idée d'une nouvelle Internationale communiste, qui serait basée sur les PC cubain, vietnamien, chinois et albanais... CQFD. Ce seront peut-être, quelque part, les communistes révolutionnaires les plus conséquents d'Argentine à cette époque - le PCR, on l'a dit, évoluant sur une ligne ouvriéro-économiste et pro-péroniste trois-mondiste déplorable, pour laquelle il n'a effectué à ce jour aucune autocritique...

    Sa rupture avec le trotskysme consommée, le PRT se lancera à fond dans la lutte armée révolutionnaire contre le régime "constitutionnel" réactionnaire de Perón lui-même puis de sa veuve Isabel, avec en arrière-plan "l'éminence grise" fasciste José López Rega, "patron" de la Triple A ; tout en se préparant à l'éventualité du "pire", c'est à dire d'une nouvelle dictature militaire exterminatrice (qui surviendra effectivement en mars 1976 : 30.000 "disparus" (desaparecidos), 15.000 fusillés, 9.000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants). Après avoir publié l'une des critiques les plus conséquentes (à ce jour) du "justicialisme" et de son général-leader populiste (voir ici en castillan), il appellera les péronistes de gauche sincères à rompre avec leurs illusions d'un Perón "prisonnier" de l'ultra-droite et à se joindre au mouvement révolutionnaire authentique - non sans un certain succès puisqu'en mars 1974, un certain nombre de personnes sincèrement progressistes trompées par Perón (notamment dans les Jeunesses et les organisations combattantes péronistes) scissionneront pour former le "Parti péroniste authentique". En 1973-74 existera brièvement un Front anti-impérialiste pour le socialisme, regroupant autour du PRT diverses forces de la gauche révolutionnaire (PCML, MIR-Praxis de l'intellectuel marxiste Silvio Frondizi et d'autres organisations ML, trotskystes ou "socialistes révolutionnaires"), ainsi que des secteurs péronistes de gauche "déçus" par le retour aux affaires de leur "héros" (Front révolutionnaire péroniste du 17 Octobre, Peronismo de Base). Sera également constituée une "Coordination révolutionnaire" avec d'autres organisations armées des pays voisins  : MIR chilien, ELN bolivienne et Tupamaros uruguayens.

    De solides bases d'appui seront établies dans le Nord-Ouest, d'où le Parti était issu et où il était profondément ancré dans la réalité populaire. Mais, faute d'une stratégie militaire suffisamment élaborée, elles seront écrasées par l'offensive contre-révolutionnaire déchaînée en 1975 par Isabel Perón et conduite par le sinistre général Bussi (opération Independencia), calquée sur les méthodes de quadrillage de la guerre d'Algérie... Le document PDF en lien ci-dessus donne un assez bon éclairage des erreurs ayant conduit à cette défaite (foquisme en pratique tout en le rejetant en paroles, militarisme, obsession de la guérilla rurale - Tucumán - au détriment de la lutte urbaine, etc.). C'est finalement l'Armée (ERP) qui a pris le dessus sur le Parti (PRT) et le Front ("anti-impérialiste pour le socialisme"), ce qui constitue une déviation militariste. Exactement la même chose qui s'est produite avec ETA (militaire) - vis à vis du parti HASI (jusqu'en 1992) et du Front (Alternative KAS, Herri Batasuna) - ou avec les GRAPO vis à vis du PCE(r) ; tandis que d'autres organisations communistes combattantes européennes (Brigades rouges, CCC) fusionnaient carrément le tout dans un seul et unique appareil... Seule une application correcte du marxisme-léninisme-maoïsme, avec le principe clair des "trois épées" Parti-Armée-Front sous la direction du Parti, permet d'éviter une telle déviation.

    L'année suivante, les militaires ayant destitué Isabel Perón n'auront qu'à "finir le travail", abattant notamment Mario Roberto Santucho (le secrétaire général) et 5 autres cadres dans une fusillade le 19 juillet 1976.

    che-y-santuchoPour en revenir à notre in memoriam, donc, la lutte armée déclenchée dès la fin des années 60 par le PRT-ERP et les péronistes de gauche avait conduit un grand nombre d'entre eux en prison. En août 1972, 25 d'entre eux s'évadèrent avec l'objectif de gagner le Chili de l'Unité populaire, et de là Cuba. Mais une poignée seulement (6), dont Santucho, y parvint ; les autres, repris, seront sauvagement assassinés à la mitrailleuse, montrant là le visage infâme de la réaction argentine et de la réaction mondiale en général. Dans la conscience populaire révolutionnaire d'Argentine, le 22 août 1972 reste donc gravé comme un jour de martyre et d'heroicidad, comparable au 19 juin 1986 dans l'histoire révolutionnaire du Pérou.

    Source

    Le 15 août 1972, durant le gouvernement dictatorial du géneral Alejandro Agustín Lanusse, 25 prisonniers politiques appartenant au PRT-ERP (Parti Révolutionnaire des Travailleurs - Armée Révolutionnaire du Peuple), aux FAR (Forces Armées Révolutionnaires) et aux Montoneros, s'échappèrent du pénitencier de Rawson dans la province de Chubut. Six d'entre eux parvinrent à gagner le Chili de Salvador Allende. Dix-neuf ne réussirent pas à parvenir à l'avion. Ils se livrèrent après qu'on leur eut accordé des garanties pour leur intégrité physique. Le 22 août, les 19 prisonniers furent lâchement fusillés par des rafales de mitrailleuse dans la base navale Almirante Zar. Trois d'entre eux survécurent pour raconter l'histoire que nous récupérons aujourd'hui, pour maintenir vive la mémoire, pour ne pas oublier, ni pardonner.

    asesinados trelewLes fusillés :

    Carlos Alberto Astudillo (FAR), Rubén Pedro Bonet (PRT-ERP), Eduardo Adolfo Capello (PRT-ERP), Mario Emilio Delfino (PRT-ERP), Alberto Carlos del Rey (PRT-ERP), Alfredo Elías Kohon (FAR), Clarisa Rosa Lea Place (PRT-ERP), Susana Graciela Lesgart de Yofre (MONTONEROS), José Ricardo Mena (PRT-ERP), Miguel Ángel Polti (PRT-ERP), Mariano Pujadas (MONTONEROS), María Angélica Sabelli (FAR), Ana María Villareal de Santucho (PRT-ERP), Humberto Segundo Suarez (PRT-ERP), Humberto Adrián Toschi (PRT-ERP), Jorge Alejandro Ulla (PRT-ERP),

    Les survivants :

    Maria Antonia Berger (MONTONEROS), Alberto Miguel Camps (FAR), Ricardo René Haidar (MONTONEROS)

    Six camarades réussirent à fuir le 15 août, gagnant le Chili puis Cuba :

    Roberto Quieto. (FAR), Marcos Osatinsky. (FAR), Domingo Mena, (PRT-ERP), Mario Roberto Santucho, (PRT-ERP), Enrique Gorriarán Merlo. (PRT-ERP), Fernando Vaca Narvaja. (MONTONEROS),

    Les prisonniers de Rawson n'étaient pas seuls. Nombre de voisins de la cité s'offrirent comme mandataires des prisonniers et formèrent l'Assemblée du Peuple. Ils furent eux aussi victimes de la répression d’État quelques mois après l'évasion : le gouvernement national ordonna de nombreuses violations de domiciles et de commerces et finit par arrêter 15 personnes qui furent transférées à la prison de Devoto.

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    Une affiche d'une modération exemplaire : c'est évidemment 12 balles dans la peau que méritent les assassins fascistes (encore vivants) des années noires de la "guerre sale". Quatre murs, c'est déjà trois de trop !

    Il y a 40 ans en Argentine : les martyrs de Trelew


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