• ... une interview, enfin disponible en langue de Villers-Cotterêts, du commandant Altun du PKK, et notre critique sur celle-ci :



    Riza Altun : La mise en place de zones libres ont lieu pour la 1ère fois au Moyen Orient - RojInfo
    Altun a affirmé que la résistance et la lutte kurde ont changé le cours de la crise au Moyen Orient puis décrit les développements du Rojava comme une première…
    rojinfo.com


    CRITIQUE (réponse au sujet de l'article faite à un camarade qui nous l'avait transmis) :

    "Oui, en effet, on peut dire que ce Altun a un certain côté ML.

    Un certain côté ML tant (ce qui m'a fait halluciner) je vois dans son retracé historique des faits une sorte de mix fabuleux entre théories complotistes des campistes pro-Assad (Daesh est une création de l'Occident, de la CIA et du Mossad) et des gaucho-néocons-atlantistes (Daesh est une création d'Assad). À l'unique différence près que Daesh n'aurait pas été créé (par l'Occident) "pour avoir un prétexte d'intervenir" ou (par Assad) "pour se donner le beau rôle dans le conflit", mais TOTALEMENT ET UNIQUEMENT et dès le départ, pour écraser la cause nationale kurde.

    Tout, ou à peu près tout, dans le conflit irako-syrien depuis 2011 aurait été tourné vers le but exclusif d'écraser la liberté du Kurdistan... et puis d'un seul coup, "Kobané" aurait agi comme une révélation, une descente du Saint Esprit, et poussé tant l'Occident que Assad et les Russes à changer de cap à 180°, "par le même réalisme qui a conduit à s'allier avec l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale"...

    Hého... Calmos bonhomme. En 2011-2012, le PKK est surtout une organisation DÉCAPITÉE et engagée dans des discussions de paix avec Ankara (d'où l'apparition des Faucons de la Liberté, leur IRA Véritable à eux). Il n'y a plus que le "bunker" turc kémaliste dur et Loup Gris pour en rêver la nuit. La communauté internationale n'en a surtout PLUS RIEN À FOUTRE du PKK et encore moins de sa branche syrienne, réputée plus modérée. Ils sont encore sur la liste mondiale des organisations terroristes... comme le PCN-M l'était encore alors que Prachanda était Premier ministre depuis 2 ans, et Mandela (je crois) jusqu'en 2008 ! Il faut croire que les fonctionnaires chargés de ça ne sont pas très diligents...

    Le conflit syrien éclate en 2011, et chaque bloc impérialiste soutient ses "champions" : le bloc "oriental" Russie-Chine-Iran (et quelques éléments francouilles et européens), Assad ; le bloc occidental, l'"ASL". Les Kurdes sont neutres dans ce conflit entre Arabes. Tout ce qu'ils font, c'est s'auto-organiser politiquement face à la disparition pure et simple de l’État syrien dans leurs régions reculées, et s'autodéfendre quand les uns ou les autres essayent de les attaquer, de s'emparer de telle ou telle zone dans un but stratégique. Et la "communauté internationale" s'en fout complètement. Même la gauchosphère ne commence timidement à en parler que mi-2012, au moins ! (Tout ça pour ne SURTOUT PAS dire que c'était "mal", et que ce n'était pas - au contraire - EXCELLEMMENT JOUÉ de profiter ainsi de l'effondrement de l’État syrien !) 

    En 2014, l'Occident constate avec horreur l'échec de sa stratégie.

    En Irak, l'abandon du pays à un pouvoir chiite tourné vers l'Iran a conduit le triangle sunnite à faire bloc de résistance comme jamais sous l'occupation impérialiste. Bloc autour de l'EI... Les parentés tribales avec la partie syrienne de la vallée de l'Euphrate font le reste, pour leur permettre de s'y implanter aussi. En juin 2014, Mossoul tombe.

    Ils ont du fric. Des pétrodollars de leurs financiers privés du Golfe, mais aussi les trésors de guerre planqués par les tribus sunnites et le régime de Saddam lui-même dès 2002, en prévision de la guerre et de la résistance à l'occupation qui suivrait. À partir de juin 2014, la trafic de pétrole de la région de Mossoul, et l'argent pillé de la banque centrale de cette ville.

    En Syrie, l'ASL s'est désintégrée en une nébuleuse de groupes "islamiiiistes" aux pratiques de brigands, soutenus par X États de la région différents qui comptent eux-mêmes X États dans l’État. Donc coordination impossible et inefficacité militaire, mais ce n'est pas encore le pire. Le pire, c'est que ces groupes "ASL" se vident au profit de Daesh. Littéralement. Daesh qui a du fric, une apparence (du moins) de projet clair et exaltant, et (en apparence du moins) des décisions prises par sa propre direction et non des services secrets étrangers. Des financiers du Golfe certes, mais aussi et surtout un ancrage profond dans la réalité locale, celle de la résistance de l'Irak central sunnite dans les années 2000, avec l'Est syrien comme base arrière, une frontière qui était déjà (parfois même avec la bénédiction d'Assad, surtout quand l'Occident l'a viré du Liban) une passoire pour tous les trafics au profit de cette résistance. Bref. Un peu, mais dans une proportion encore plus gigantesque et terrifiante, comme quand l'impérialisme francouille a sponsorisé le MNLA touareg pour faire pression sur un président malien indocile, et s'est retrouvé avec le Qatar "rachetant l'équipe" (LOL) pour en faire Ansar Dine qui s'est allié avec AQMI et d'autres groupes djihadistes.

    Donc, le belligérant occidental-atlantiste du conflit syrien s'aperçoit que son "ASL" n'existe plus et que ses forces ont été aspirées par un ennemi absolument incontrôlable. Les courants antilibéraux-"anti-mondialistes" plus ou moins fascisants des bourgeoisies occidentales plaident pour un repli sur un soutien à Assad, appuyés en cela par leur mentor Poutine, mais ce n'est pas possible, après 3 ans à le diaboliser ça la foutrait trop mal.

    Restent donc les Kurdes, les YPG/YPJ... À qui Daesh ne cherche pas juste à prendre telle ou telle montagne pour en faire un surplomb stratégique, mais qu'il veut bel et bien annexer, soumettre et massacrer, car son projet "califal" fou s'étend jusqu'aux Balkans et au Caucase. Si on veut des gens motivés, par une question de vie ou de mort en l'occurrence, en voilà ! Reste à leur donner les moyens, qui leur manquent cruellement. En plus, ils ont la particularité de n'être liés à PERSONNE régionalement. Assad, c'est l'Iran et la Russie. Les groupes "ASL", c'est toujours la Turquie, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats, bref, avec en plus leurs États dans l’État complètement illisibles, et dont la tendance à suivre leurs propres agendas est désormais bien connue. Les Kurdes ne se rattachent à rien de tout ça, et en sont même cordialement détestés. Si l'OTAN les aide, ils ne seront redevables QU'À L'OTAN !!

    Est-il risqué de soutenir de telles forces ? Risque-t-on de reproduire "l'erreur" (nécessaire) de la Seconde Guerre mondiale, de s'allier avec Staline et de soutenir même indirectement des gens comme Mao, Hô Chi Minh ou Hoxha, qui ensuite dresseront mondialement les damnés de la terre contre l'impérialisme ? Ce risque semble contrôlé. Le projet kurde de Rojava n'est pas vraiment favorable aux intérêts capitalistes des monopoles, mais il n'a pas, même au niveau simplement régional, d'apparente vocation expansionniste, "missionnaire" de sa révolution comme le bolchévisme de Lénine et plus tard le maoïsme, le Vietnam pour toute l'Asie du Sud-Est, Cuba pour toute l'Amérique latine et même l'Afrique etc.

    Et puis surtout, et là je pense que plus d'un dans les officines s'est écrié "mais qu'est-ce qu'on a été cons !!" : LA GAUCHE.

    DEPUIS QUAND n'a-t-on pas soutenu de force dont on pouvait être CERTAINS que nos gauchistes des campus allaient la soutenir aussi ? Depuis 1945 (et avant cela, les gauchistes n'étaient pas "de campus"...), jamais, en fait. Pour les stals et les mao-stals, globalement, tout ce que l'Occident a pu soutenir était à ne pas soutenir, quand bien même quelques revendications auraient pu avoir une part de justesse. Les trotskystes et les libertaires appliquaient généralement le "ni-ni". JAMAIS on n'a pu s'appuyer sur une force qui serait en même temps la coqueluche de la gauche radicale (il faut dire aussi, peut-être, que JAMAIS la gauche radicale occidentale n'avait atteint un tel niveau de désorientation postmodernoïde et d'absence de recul critique ; sans vouloir nier les milliers de bonnes raisons de soutenir effectivement Rojava, ni vouloir dire que ce soutien impérialiste devrait signifier automatiquement retrait catégorique du soutien gauchiste). 

    C'est LÀ qu'il y a eu Kobané. Kobané a été la première manifestation de soutien militaire occidental massif, c'est vrai. Mais pas, justement, ce qui aurait "précédé" la "révélation" et le ralliement "contraint et forcé" ! La victoire de Kobané a été remportée en grande partie, DÉJÀ, grâce au soutien aérien de l'OTAN. Peut-être auraient-ils gagné quand même, on ne sait pas, mais alors ça aurait forcément été baucoup plus long et avec infiniment plus de pertes.

    Encore une fois, puisque le bon sens l'interdit, je m'interdis de contester ce choix politique PYD-PKK-YPG-YPJ de victoire rapide et préservant le maximum de vies humaines d'une mort atroce ; le contraire n'a JAMAIS été mon propos.

    Mais voilà : CECI, que je viens d'écrire, est le retracé historique réel de ce qu'il s'est passé dans ce conflit ; et la raison pour laquelle le retracé de ce Altun me fait un peu halluciner, avec son complotisme kurdo-centré.

    Après, je ne nie pas en effet qu'il tient des propos virulents à l'encontre de l'impérialisme occidental (mais ce n'est pas le premier communiqué, ni la première interview de responsable YPG ou PKK à le faire). Il incarne, sans nul doute, cette ligne de gauche qui FORCÉMENT existe dans la lutte de lignes qui a sans doute déjà commencé là-bas. Reste entière la question, du poids que cette ligne peut faire face à la ligne de droite opportuniste à la Saleh Muslim ; surtout avec ce niveau franchement faible d'analyse des enjeux régionaux (puisque la particularité, et ce qui m'avait plu dans le PKK nouvelle mouture, c'était ce que je croyais être un positionnement de la lutte kurde dans le cadre d'une révolution régionale et non plus "étroitement" kurde). Désolé, mais analyser Daesh et les autres groupes djihadistes similaires comme une pure "création conjointe des ennemis des Kurdes" pour nuire à ceux-ci, sans UN MOT sur les racines de ce phénomène non seulement dans la guerre en Irak, mais dans TOUTE la politique impérialiste dans la région depuis Sykes-Picot, ce n'est pas un niveau d'analyse à la hauteur de se vouloir les "déclencheurs" d'une révolution démocratique dans tout le Machrek.

    En attendant, la dérive opportuniste se poursuit sous nos yeux quand on voit qu'un référendum pour une indépendance qui existe déjà de facto (et en principe le PKK n'est plus favorable à des logiques séparatistes...), et qui n'est en réalité qu'un sacre plébiscitaire pour un despote mafieux en fin de règne (contre lequel devrait être la seule révolution à l'ordre du jour dans cette partie du Kurdistan) et un "enregistrement" d'annexions territoriales, "ça n'a pas de sens de s'y opposer"... Ah, OK. La politique, c'est donc dire que "ça n'a pas de sens" de contester la volonté de 90% (et même probablement 70%, voire 60%) des gens et d'essayer d'en amener sinon 90%, du moins la majorité vers l'opinion contraire si celle-ci est juste. On se demande, en fait, quel "sens ça a" de faire de la politique tout court... Pourquoi prône-t-on une révolution anticapitaliste, au juste, si 90% des gens (au moins !) n'en veulent pas et sont favorables à la république bourgeoise ?

    Mais ça, ça rejoint en fait les critiques que je t'ai données à lire (et oui, j'ai vérifié, je te les ai fait lire !) de l'esprit assembléiste du confdem."

    **********

    "Cette interview d'Altun tourne pas mal sur Facebook... C'est un peu, j'ai l'impression, le repli et le flambeau d'espoir des gens sincères qui y ont cru. Malheureusement, pour moi cet espoir est un "espoir" qui s'appelle Kiran (et quiconque suit depuis un certain temps SLP sait que j'établis ces parallèles népalais en particulière connaissance de cause)... Toujours pas de Biplab en vue, et entre temps, on a vu au Népal que même Biplab n'avait rien redressé du tout de la barre.

    Öcalan fait partie de ces rares auteurs politiques chez qui, à chaque nouvelle lecture, on a l'impression de découvrir de nouvelles "perles" et on se dit encore plus "putain ce que c'est de la MEEEERDE" que la fois d'avant.

    Et Öcalan est le CHEF et un DIEU VIVANT pour tous les vaillants YPG et les vaillantes YPJ ; et pour celles et ceux qui vont au patac au Bakur idem. Sa tête est sur les drapeaux, tous les ouvrages dignes (encore que...) du nom de théoriques sont de lui : si il n'est pas le leader incontesté du Parti, alors Gonzalo était stagiaire du PCP.

    Öcalan a trahi, ou alors allons-y, Öcalan c'est Gonzalo et on énumère les diverses théories : tout est faux, il ne faut croire à rien tant qu'il est tenu au secret ; ou carrément il est mort et le gars qu'on voit de temps en temps est un sosie ; ou c'est lui mais contraint sous la torture, ou il est drogué, ou il a subi un lavage de cerveau... Bref. Peu importe, le résultat CONCRET, comme FORCE MATÉRIELLE agissant sur l'Histoire, est le même.

    Et Murray Bookchin est son Alfredo Crespo. Celui qui a fait de la doctrine öcalanienne, en tout cas celle dont LES MASSES ont connaissance et qui les guide, une gigantesque récupération impérialiste "par la gauche".

    PERSONNE ne peut sérieusement croire une seconde que la barre va être redressée en deux coups de cuiller à pot alors qu'elle ne l'est pas depuis 11 ans au Népal et 25 ans au Pérou (où la trahison est peut-être, vraisemblablement même, un enfumage de l'ennemi mais en tout cas cet enfumage existe et c'est lui qui est force matérielle, j'y reviendrai). Et encore, au Pérou personne du MOVADEF n'a fait du pays une base yankee (il l'est, mais pas à cause d'eux), ni ne le prône, et même au Népal, entre rester protectorat indien, devenir protectorat chinois ou base US, l'indécision règne suffisamment à la tête pourrie du poisson pour que rien ne se fasse réellement..."


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  • ... quand un individu (ici on l'appelle "Monsieur les Barbus de Saint-Fons"...) qui ne fait soi-disant "plus partie" d'une organisation, rédige pour cette même organisation un article qui rebondit de manière évidente sur quelque chose que vous avez écrit, multipliant les "clins d’œil" ("clins d’œil" qu'il faut vite apprendre, venant d'un tel "serpent" comme quelqu'un avait pu le définir à une époque, à ne pas croire "amicaux"...).

    Cet individu n'est pas un matéraliste-point-com du 'p''c''mlm' : il ne va pas vous contredire pour le principe de vous contredire, comme quand le 'p''c''mlm' brûle par exemple toutes les pages de son "Manuel d'Économie Politique MLM" consacrées aux luttes nationales dans l’État-prison "France" dès lors que vous avez pris fait et cause pour ces luttes. Lorsqu'il n'est pas possible de nier la justesse de ce que vous avez écrit (forcément quand ça se base purement et simplement sur Lénine...), il va, comme l'a fait pendant des années son organisation-dont-il-ne-fait-plus-partie, POMPER volontiers et allègrement ce que vous avez écrit de juste ; mais attention, cela ne sera jamais qu'un ENROBAGE pour les conclusions d'un OPPORTUNISME TOTAL, conformément à toute la ligne politique de son groupuscule, auxquelles il est fermement décidé à arriver ensuite.

    Concréto-concrètement : "Nous ne pouvons pas être sourds à l’aspiration de liberté portée par les 92% de « Oui » au référendum kurde", et "le (PKK) a fait comprendre que la victoire du oui étant acquise, cela n’avait pas de sens de s’opposer à la volonté du peuple"... Eh ben, le moins qu'on puisse dire, c'est que vivement pas que les 2/3 des gens en Hexagone votent pour un gars qui veut autodafer le Code du Travail, et le tiers restant pour un parti fasciste... Hein quoi ? C'est déjà le cas ? Ah bon ok...

    En gros, le gars nous explique par A + B que Barzani est un dictateur clanico-mafieux et un vendu à l'impérialisme. Qu’il n’y a pas les conditions minimales d’une démocratie même bourgeoise au Kurdistan d’Irak, où des opposants sont assassinés, d’autres disparaissent etc. Que le Kurdistan d'Irak est indépendant de facto depuis 1992... et donc que ce référendum n'a en réalité vocation qu'à être un plébiscite pour ce despote en fin de règne, et (SURTOUT) d'entériner les "acquis territoriaux de la guerre contre Daesh", territoires pourtant loin d'être "purement" kurdes et donc, qu'annexer au Kurdistan barzaniste reviendrait à placer dans un système d'oppression nationale des populations non-kurdes. Que, chose sans doute impensable il y a encore 10 ans, la scène politique locale a vu suffisamment clair dans l'embrouille pour que quelques partis osent S'OPPOSER à la mascarade (!).

    MAIS... comme 92% des gens ont voté oui, alors vox populi vox dei, "ça n'a pas de sens" de se positionner à l'encontre. On est vraiment, vraiment contents d'apprendre quelque chose d'aussi fabuleux : faire de la politique, c'est donc dire que "ça n'a pas de sens" de contester la volonté de 90% (et même probablement 70%, voire 60%) des gens et d'essayer d'en amener sinon 90%, du moins la majorité vers une opinion contraire si l'on considère que celle-ci est juste. On se demande, en fait, quel "sens ça a" de faire de la politique tout court... Pourquoi prône-t-on (ici en Hexagone) une révolution anticapitaliste, au juste, si 90% des gens (au moins !) au jour d'aujourd'hui n'en veulent pas et sont favorables à la république bourgeoise telle qu'elle est ?

    Et donc ouf, "sauvés", le PKK auquel on voue un culte absolu n'a donc pas fait preuve du plus total opportunisme en adoptant (peut-être de manière plus complexe ? en tout cas, c'est en ces termes simples que c'est décrit...) strictement cette même position. Alors même que, comme on l'a dit, le Kurdistan d'Irak est déjà indépendant de fait depuis 25 ans et que le PKK ne prône de toute façon plus (en principe) des indépendances "sèches" en mode nationaliste dans la région, mais plutôt (si l'on voulait résumer) de larges autonomies en "interaction dialectique" avec la démocratisation des États existants, elle-même "chemin" (en quelque sorte) de leur "dépérissement" ; qu'il s'oppose par ailleurs (toujours en principe) tout aussi fermement à l'imposition d'un État nationalitaire "strict" sur des zones multiethniques (mais étrangement sur ce point, sous la plume de notre "ami", l'impression qu'on a est que ce qui est reproché à Barzani c'est d'avoir perdu ces zones... qui auraient donc "dû" rester "kurdes" ?) ; et qu'en toute logique la SEULE question qui devrait être à l'ordre du jour au Kurdistan d'Irak, du point de vue de son idéologie "confédéraliste démocratique", c'est la gestion (justement) antidémocratique et réactionnaire de celui-ci et donc une révolution contre Barzani (que le référendum avait au contraire vocation à renforcer et plébisciter)... Comment appeler donc, dès lors, autrement qu'opportuniste la position comme quoi cela n'aurait "pas de sens" de nager à contre-courant de ce référendum (ce qu'en l'occurrence, un parti social-libéral de centre-centre-centre-gauche a fait) ?

    Et au demeurant, discuter de la conformité du PKK à son propre "confédéralisme démocratique" est une chose ; mais se conformer, quand on se veut léniniste, aux principes léninistes, en est une autre et encore mieux. Principes léninistes qui sont que tout absolu et nécessaire que soit le principe du droit à l'autodétermination des peuples, seul moyen de résoudre les contradictions dites nationales au bénéfice de l'UNITÉ entre lesdits peuples contre le Grand Capital, on ne peut pas apporter de soutien POSITIF, "actif" à un processus politique qui sert ouvertement la pénétration de l'impérialisme dans une région semi-colonisée ("impérialisée", dominée par l'impérialisme), puisque de toute façon, passer d'une oppression nationale "de proximité" à une "indépendance" fantoche de pion de l'impérialisme sous un régime satrapique n'est en rien une libération pour ce qui nous intéresse, à savoir le PEUPLE (et à plus forte raison si l'"indépendance" visée est en fait acquise dans les faits depuis un quart de siècle, l'objectif réel de la manœuvre étant donc autre, offrir un sacre plébiscitaire au satrape par exemple...).

    Mais attention attention... Vous ne croyiez pas, n'est-ce pas, que ça allait se passer comme ça ? Pour notre "ami" (et là, une contamination 'p''c''mlm' est peut-être à envisager...), soulever toutes ces questions, rappeler tous ces principes ne peut relever que d'un "complot complotiste" (LOL) non pas "hitléro" mais (il fallait bien se renouveler...) "qataro-erdogano-trotskyste" (barbu ou pas, de Saint-Fons ou pas)... Reste à savoir (peut-être faudrait-il lui poser directement la question) si c'est ce "complot" qui a malicieusement placé les dizaines de drapeaux israéliens dans les rassemblements pour le plébiscite barzaniste à Erbil et alentour, qu'il ne nous semble pas (ma foi) avoir inventés ; ou encore plus pervers pour notre pauvre "ami" fan du PKK, les propos étrangement siono-complaisants qui apparaissent parfois sous la plume d'Öcalan dans son ouvrage sur le "confédéralisme démocratique" [tant qu'à faire, vous pouvez lire tout l'article de critique des camarades de VP : http://ocml-vp.org/article1637.html et le tenir grosso modo pour notre position sur la question – sauf peut-être le point sur le "point de vue ambigu (du PKK des années 1990) sur les mouvements islamistes", sur lequel, si c'est une critique, alors nous sommes d'accord avec le point de vue critiqué du PKK de l'époque].

    Comme si tous les trotskystes avaient une position unifiée sur la question ; mais surtout : 1°/ le cocktail idéologique d'Erdogan, par lequel il a littéralement "siphonné" électoralement ce qu'on appellera "la droite" de la république kémaliste tardive des années 1980-90, ne fait sens que dans un contexte turc, 2°/ la communauté turque n'est pas (de loin) la plus importante communauté musulmane d'Hexagone, et donc par conséquent, 3°/ si des Maghrébins d'Hexagone (barbus de Saint-Fons ou pas) peuvent faire preuve disons d'"erdogano-complaisance", cela ne peut pas être pour ces raisons turco-turques. Mais bien plutôt, justement, parce qu'Erdogan n'a pas tout à fait "jamais rien fait pour les Palestinien-ne-s", quels qu'aient été le pragmatisme machiavélique et les arrière-pensées expansionnistes "néo-ottomanes" derrière ce qu'il a fait ; pas tout à fait "jamais rien fait"... contrairement à la république "laïque" antérieure, dont on a d'ailleurs de plus en plus furieusement l'impression, lorsqu'on lit nombre d'analyses de la situation anatolienne et du "phénomène" Erdogan, qu'elle n'a tout simplement jamais existé, et que l’État turc est littéralement apparu à la surface de la Terre avec son actuel (et exécrable) "sultan".

    Un "phénomène" Erdogan que SLP a longuement analysé, dans toute sa durée et ses implications depuis l'émergence électorale de ce qui n'était pas encore l'AKP dans les années 1990, jusqu'aux très importants revirements et mutations de ces (disons) 5 dernières années ; analyses qui ne le placent clairement pas dans le camp du peuple, sinon à la manière dont on pourrait y placer tout populiste ; mais qui permettent néanmoins de comprendre son aura politique bien au-delà de la Turquie et des diasporas turques d'Europe, notamment dans les communautés musulmanes non-turques, et si l'on voulait renchérir encore dans la méchanceté, on pourrait ajouter au Kurdistan (où il a longtemps été la première et reste encore aujourd'hui la deuxième force électorale derrière le HDP, la seule unanimité étant de ne plus vouloir entendre parler du kémalisme...) et dans les diasporas kurdes (dont les militants PKK ne sont qu'une minorité).

    De comprendre cela, en tout cas, de manière bien plus matérialiste qu'à travers un "complot" de ses officines ou de celles du Qatar (ou de Tariq Ramadan, tenez... c'est le moment ou jamais de le placer celui-là, non ? plus qu'en 2009 en tout cas...).

    Quant à ce qui est d'être vigilants, méfiants vis-à-vis de ce qu'il se passe au Kurdistan, des pentes savonneuses qui peuvent à tout moment y être prises, cela n'a, comme on l'a dit, pas forcément à voir avec une quelconque identité musulmane opprimée qui pousserait à admirer le seul "vrai leader" musulman sunnite présent sur la planète aujourd'hui, mais peut simplement résulter d'une application rigoureuse des principes léninistes.

    Lénine et les bolchéviks qui ont TOUJOURS défendu avec la dernière fermeté les droits nationaux des peuples, qui ont sur cette base tactiquement accepté, même, des indépendances vis-à-vis de l'ex-Empire russe ayant servi à constituer un "cordon sanitaire" contre la révolution qu'ils dirigeaient (Pologne, Finlande, Pays baltes) ; mais qui n'ont pas hésité non plus, POLITIQUEMENT, à critiquer par exemple le nationalisme arménien et la "Grande Arménie" fantoche de l'impérialisme que les Alliés vainqueurs de 1918 projetaient dans tout le quart nord-est de l'actuelle Turquie et qui servait par ailleurs d'ores et déjà de base arrière aux armées blanches contre-révolutionnaires russes (voir ici la description de la situation par Zinoviev) ; cela alors même que le Peuple arménien sortait d'un véritable génocide !

    On a "célébré" l'année dernière le centenaire des Accords Sykes-Picot ; cela l'"organisation" dont il est question ici en a parlé dans un article, même si l'absence de ses "clins d’œil" laisse à penser que notre "ami" n'en était pas l'auteur. Des conférences sont organisées un peu partout en ce moment même pour le centenaire de la Déclaration Balfour ; et l'on s'achemine tout doucement vers le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, et donc des TRAITÉS (Sèvres, Lausanne) qui l'ont suivie. C'est CELA, qui fonde la situation actuelle et qui doit être la base de TOUTE NOTRE LECTURE POLITIQUE de cette région du monde !

    Et sur la carte du Traité de Sèvres (1920), on observe ainsi aisément... qu'un projet d’État kurde existait ; avant que la bourgeoisie turque ne se rebiffe avec Kemal et sa "guerre nationale" (que soutiendront tactiquement... les bolchéviks et l'Internationale communiste naissante) et n'oblige les Occidentaux à reculer sur ce point et d'autres, pour donner naissance à la Turquie dans ses frontières actuelles. Autrement dit : les Kurdes ne sont pas plus "par essence" des "agents de l'impérialisme et du sionisme"... que l'impérialisme n'est PAR PRINCIPE opposé à leurs droits nationaux (pourquoi le serait-il, au juste ?). La vérité, c'est plutôt que l'impérialisme "joue" (en quelque sorte) avec ceux-ci, appuyant leurs revendications ou au contraire leur répression selon comment ça l'arrange.

    C'est la réalité matérielle qui engendre la conscience, les conceptions et les pratiques. Le PDK et l'UPK du Kurdistan d'Irak n'ont jamais vraiment été aussi révolutionnaires que le PKK (qui n'a lui-même jamais été maoïste ni même vraiment marxiste-léniniste), mais cela ne signifie en rien que leur lutte aurait été "éternellement illégitime" (ce qui entrerait au demeurant en contradiction lourde avec la conclusion de l'article, qui n'est de toute façon qu'une contradiction après l'autre...) et celle du PKK "éternellement légitime" : non seulement ces forces étaient totalement légitimes à défendre le Peuple kurde contre la brutale oppression de Saddam Hussein, mais ce n'est pas là la principale raison du sinistre (mais hélas réaliste) tableau qu'en dresse notre "ami" actuellement. La principale raison de cet état de fait, c'est que lorsque Saddam s'est soudainement retourné contre ses soutiens impérialistes de la veille (contre l'Iran) et a envahi le Koweït en 1990, ces forces (et la cause kurde en Irak, exclusivement en Irak) sont tout aussi soudainement devenues LÉGITIMES pour l'impérialisme... et des pions de celui-ci. C'est CETTE SITUATION (à partir de 1990) qui a principalement fait du PDK et de l'UPK ce qu'ils sont devenus aujourd'hui : des ramassis mafieux de satrapes pro-impérialistes.

    La légitimité de Rojava depuis 2011 est simple : elle est de défendre le Peuple kurde de cette région contre les violences, les massacres que ce soit du régime d'Assad, des "rebelles" pro-turcs et surtout, du projet "califal" génocidaire de Daesh ; et de plus, dans ces conditions extrêmes d'état de guerre total, de parvenir à garantir à cette région et à sa population un fonctionnement politique relativement démocratique. Mais si demain les YPG/YPJ de Rojava deviennent objectivement des soldat-e-s de l'impérialisme occidental pour, en "front" (FDS-QSD) avec ce qu'il reste de "pas trop islamiste" dans la rébellion armée arabe anti-Assad, contrôler à sa solde un (disons) petit tiers nord-est de la Syrie ; opprimant les populations arabes sunnites et perpétuant ainsi le cocktail de conditions qui en Irak a donné naissance à Daesh ; alors ils ne seront plus "légitimes". Les mêmes conditions qu’au Kurdistan PDK-UPK d’Irak auront tout simplement, au bout de quelques années ou au "mieux" d'une décennie, les mêmes résultats.

    Accepter le soutien de l'impérialisme, parfois avec l'"excellent" motif de lutter tout simplement pour sa survie, signifie-t-il forcément en devenir un valet ? Non, absolument pas. L'exemple typique en est la Seconde Guerre mondiale : l'URSS s'est alliée avec les impérialismes occidentaux contre l'Axe fasciste et a autant bénéficié de leur effort de guerre qu'ils ont bénéficié du sien ; et TOUTES les guérillas communistes antifascistes d'Europe et d'Asie ont bénéficié plus ou moins directement des actions militaires des États-Unis, de l'Empire britannique, de la "France libre" etc. La question essentielle qui est posée ici est celle de la politique au poste de commandement, de la LIGNE POLITIQUE des forces révolutionnaires qui leur permettra ou non de ne pas succomber aux "balles enrobées de sucre" de la trahison (et c'est là que l'honnêteté impose d'ajouter... qu'en dehors de Mao, Hô Chi Minh, Hoxha, des héroïques grecs hélas écrasés dans le sang et de quelques autres, cette "alliance objective" avec le capitalisme "antifasciste" a été pour beaucoup de forces communistes le début du naufrage révisionniste et réformiste).

    C'est donc là-dessus que doit s'exercer tout particulièrement la vigilance : en l'espèce, sur la ligne politique du PKK et des YPG, non seulement dans les discours mais aussi en pratique. Tout PKK qu'il soit, et tout fanboy qu'en soit notre "ami".

    Rien n'est encore "plié", et rien ne l'est de toute façon jamais en réalité, car les trahisons à ce niveau-là des choses entraînent généralement des scissions et la naissance de nouvelles forces révolutionnaires. Mais ce n'est pas être un agent trotskyste d'Erdogan et du Qatar que de scruter les évènements avec vigilance, surtout dans une région du monde où (il pourrait n'y avoir qu'une seule raison, celle-là...) le sang a déjà ÉNORMÉMENT COULÉ et où la plus grande sévérité politique envers tout ce qui pourrait encore alimenter cette spirale infernale en place depuis un siècle, plutôt que d'en sortir, est parfaitement justifiée.

    La légitimité des Kurdes de Rojava à défendre leurs vies tout en essayant de bâtir une société démocratique, leur héroïsme d'aller sauver les Yézidis du Sinjar lâchement abandonnés par les séides de Barzani, tout ceci n'est pas en question, pas plus que la sincérité et le courage des internationalistes qui ont pris les armes à leurs côtés (encore que l'on puisse prendre la liberté de dire qu'on aurait aimé voir un tel engagement en faveur de la Palestine par exemple, mais ceci s'adresse de toute façon aux gauches radicales occidentales et non aux Kurdes...).

    SUR LA LIGNE POLITIQUE DU PKK, qui est la question cruciale pour le déroulé ultérieur des évènements : SLP partage dans les grandes lignes les critiques de l'article de VP en lien plus haut (et elles ne sont pas minces). Ou encore, autre analyse à lire absolument : anti-imperialiste.org/la-cause-kurde-et-la-liberation-des-peuples-du-moyen-orient/

    En cas de dérive liquidatrice, il est bien évident que "ça ne se passera pas comme ça" et qu'il y aura résistance des tenants d'une ligne révolutionnaire ; mais restera alors entière la question du poids que fera cette résistance face aux liquidateurs.

    Les pratiques des FDS-QSD dans les zones arabes arrachées à Daesh autour de Raqqa doivent être scrutées avec vigilance, les questionnements sur ce point sont légitimes.

    Le référendum barzaniste au Kurdistan d'Irak n'est PAS légitime ; la seule "indépendance" supérieure (à celle qu'il y a déjà) que puisse encore acquérir cette partie du Kurdistan étant l'indépendance vis-à-vis de l'impérialisme occidental, autrement dit une révolution démocratique contre Barzani et non un pseudo-"référendum d'indépendance" en réalité plébiscite en sa faveur ; PAR CONSÉQUENT, dire que "ça n'a pas de sens de s'y opposer" vu que "92% ont voté oui" est de l'opportunisme et le qualifier ainsi est non seulement un droit mais un devoir pour un maoïste alors que des maoïstes sont engagés et risquent leurs vies aux côtés du PKK (la "défense" pourra certes légitimement faire valoir que le PKK n'a cherché qu'à protéger les populations une nouvelle fois abandonnées par les barzanistes et promises aux représailles de Bagdad, mais alors pourquoi, dans un article prétendument sérieux et "de connaisseur", présenter les choses de cette manière et en plus le défendre !?).

    Cette position opportuniste n'est pas totalement abracadabrantesque et surgie de nulle part ; elle prend racine dans la logique assembléiste et consensualiste du "confédéralisme démocratique", et son refus de la politique comme lutte des idées justes contre les idées fausses : "Les conseils sont ouverts « à toute la population », les prises de décisions doivent se faire au consensus, avec l’idée qu’il n’y a pas dans la société des intérêts inconciliables, mais que tous les désaccords peuvent être réglés par la discussion et l’accord. Il faut, dit-il, respecter les opinions divergentes, sans faire de différences entre elles... même celles de nos ennemis de classe ?" (...) "Mais le consensus est-il toujours possible ? À certains moments, pour avancer, il faut trancher, et choisir un point de vue plutôt qu’un autre lorsque l’accord n’a pas été possible sur le moment. Pour nous, la démocratie véritable, ce n’est pas l’autonomie à l’extrême, que chacun puisse faire ce qu’il veut chez soi ; c’est que tous, nous ayons notre mot à dire sur tout, quitte à ce que l’avis majoritaire s’impose à l’avis minoritaire, tout en respectant ce dernier." (article de VP). L'assemblée confdem est finalement, en un sens, l'organe politique postmoderne par excellence, où tous les points de vue se valent, où seul peut se dégager un "consensus" entre ces points de vue (bonjour !) et où il ne faut surtout en "opprimer" aucun (le localisme garantissant que tous les points de vue soient de "premiers concernés")... De même que pour l'"organisation" de notre "ami", au fond, il ne devrait pas y avoir de contradictions idéologiques dans le camp anticapitaliste (du moins), à traiter en défendant son point de vue ; cela n'aurait "aucun sens", tout se vaut et "deux fusionnent en un" ; et lorsque ces contradictions éclatent malgré tout (le dur principe de réalité, vous savez...), elles doivent être dissimulées sous la seule contradiction qui finalement "vaille" : celle avec de prétendus comportements "problématiques" individuels.

    Ce référendum ayant pour but réel, outre un plébiscite pour Barzani, d'entériner les "acquis territoriaux de la guerre contre Daesh" et de les intégrer dans un État kurde ; un soutien du PKK à celui-ci rejaillit directement sur l'autre question de la gestion des zones arabes prise à Daesh en Syrie (bien que la "défense" arguera ici que les FDS ne sont plus "kurdes" mais désormais à 60% arabes, cela dit la direction est bien toujours kurde, non ?).

    De manière générale, à notre "ami" qui il y a quelque temps déjà, contestant le soutien que SLP apportait à la légitimité de base des soulèvements arabes de 2011, nous disait qu'on "ne peut pas jouer le féodalisme (comprendre, car il faut parler clairement dans la vie, L'ISLAM) contre l'impérialisme" ; nous serions tentés de répondre que ses amis du PKK, et lui par la même occasion, semblent avoir de plus en plus tendance à "oublier" la contradiction fondamentale avec l'impérialisme et le sionisme dans leur confrontation avec le "féodalisme" (l'idéologie "islamiste" réactionnaire de Daesh et des groupes "syriens libres" non encore ralliés aux FDS) et les oppresseurs nationaux "de proximité"... Or l'enseignement fondamental du marxisme-léninisme-maoïsme est que les pays dits du "Sud global" sont SEMI-COLONIAUX (dominés par l'impérialisme) ET SEMI-FÉODAUX (aux mains, en clair, d'oligarchies et de forces réactionnaires locales) et que, s’il peut arriver que ces deux aspects ne marchent pas "main dans la main" et qu'il faille temporairement déterminer entre eux un ennemi principal et un ennemi secondaire, il ne faut JAMAIS perdre aucun des deux de vue.

    Voilà où nous en sommes, et tout ce que nous pouvons dire à ce stade. Rien de plus sur la situation concrète là-bas ; après, démonter un énième monument d'opportunisme d'une "organisation" spécialiste en la matière (toute cette histoire autour du PKK et de Rojava n'ayant en fait, pour eux, d'autre vocation que de "démontrer" l'"inutilité" du maoïsme et de la Guerre populaire), de ce type d'opportunisme qui prépare le désarmement idéologique des internationalistes d'ici et d'ailleurs au cas où ça tournerait au vinaigre là-bas (au Kurdistan), c'est autre chose.

    [Si nous étions vraiment méchants, nous rappellerions qu'il y a une huitaine d'années, un de leurs potes du pseudo d'"Oppong" nous expliquait par mail qu'il fallait souhaiter la victoire des impérialistes en Afghanistan et, au détour de cela, que TOUT le mouvement de soutien à la Palestine en Hexagone n'avait "d'autre motivation que l'antisémitisme"... Mais comme nous ne sommes pas (en fait) méchants, nous ne dirons pas que TOUT le mouvement de soutien à Rojava et au Kurdistan en Occident n'a "d'autre" motivation que l'ISLAMOPHOBIE ; mais simplement qu'une PARTIE est néanmoins dans ce cas, et que notre "ami" et son groupuscule dont il "ne fait plus partie" le sont (pour être capables, par exemple, de voir dans les "barbus" d'une banlieue lyonnaise une "menace" pour des féministes afghanes dont ces "barbus" n'ont probablement jamais entendu parler, et très vraisemblablement rien à foutre).]

    [Pour ce qui est de cette arabo-islamophobie qui motiverait, à des degrés divers et difficilement quantifiables, les fanas de la cause kurde et de Rojava ; sans même aller jusqu'à parler de siono-complaisance, pour forte qu'en serait pourtant la tentation quand on voit le genre d'individus avec lesquels certainEs de l'"organisation" de notre "ami" devisent tranquillement ; il faut dire que sous la plume d'"Apo" Öcalan lui-même... voilà quoi : islamophobie-oecalan.png - islamophobie-oecalan-2.png]

    [PS : il semblerait que suite à cette critique, de "petites modifications" soient intervenues dans l'article original. Ce ne serait pas la première fois, c'est même une pratique constante de ces opportunistes. Il n'en reste pas moins que le centre du propos reste inchangé : il ne serait pas possible (et le PKK aurait eu raison de ne pas le faire) de contester le résultat à la Bongo d'un "référendum" en réalité plébiscite pour un satrape et appel au nettoyage ethnique des "acquis territoriaux de la guerre contre Daesh", quand bien même il est explicitement dit que les opposants audit satrape sont pourchassés, battus, assassinés, "disparus", les sièges de leurs partis attaqués et brûlés par des nervis du pouvoir, etc. VIVEMENT PAS, pour prendre encore un autre exemple, qu'au soir du 21 décembre les élections en Catalogne prennent des airs de référendum anti-indépendance avec une nette avance du bloc espagnoliste PS-PP-Ciutadans, dans des conditions un chouïa moins violentes mais tout aussi antidémocratiques sur le principe... On voit mal ce qui pourrait, mieux que cette position, entretenir la "confusion entre la gauche kurde et le régime de Barzani" sur laquelle sont censés surfer les agents trotskystes d'Erdogan et du Qatar. Rigolo aussi que dans un article plus récent encore, soient critiquées les positions révisionnistes de Domenico Losurdo (qu'il nous arrive de citer ici pour les quelques choses qu'il peut dire de justes) selon lesquelles il "faudrait" soutenir les peuples opprimés en lutte jusque dans leurs erreurs totales, leurs reculs, leurs capitulations si tel est leur "agenda"... Losurdo n'allant pourtant jamais jusqu'à soutenir (son soutien à Compaoré restant déjà à démontrer...) un "référendum"-plébiscite, applaudi par Israël, en faveur du dirigeant politique le plus servile envers l'Occident et pro-israélien entre le Golfe de Syrte et le Delta du Gange !!]

    ["Peuple sans État depuis 2500 ans" : sans État peut-être, mais grotesque quand même... L'oppression nationale des Kurdes est en fait un phénomène très récent, résultant de la reconfiguration impérialiste du Proche et Moyen Orient entre 1919 et 1923. Il fallait déjà, pour cela, que la notion même d'"État-nation" fasse son apparition dans la région, ce qui n'est pas le cas avant la fin du XIXe siècle. À l'époque féodale, lorsque la civilisation islamique (entendue comme concept englobant y compris les non-musulmans) tenait lieu de "nation", les plus grands dirigeants comme Saladin pouvaient être kurdes, régnant sur des sujets majoritairement arabes. Et par la suite, sous l'Empire ottoman, les Kurdes ont plus qu'autre chose "secondé" le pouvoir turc. Lorsque celui-ci, à partir du XIXe siècle, a commencé à se "durcir" en mode oppression nationale turque sunnite sur les autres populations, les Arabes musulmans, les Arabes chrétiens "assyriens" ou encore les Arméniens, ils ont participé aux massacres et aux spoliations. Alors certes, tel n'est sans doute pas le discours idéo-mythologique qui a été servi à notre "ami" par ses amis sympathisants du PKK. Mais ce n'en est pas moins la réalité historique. Voilà qui illustre encore une fois, s'il le fallait, l'anti-matérialisme de notre "ami" et de son "organisation".]


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  • http://www.revolutionpermanente.fr/Coup-bureaucratique-de-P…


    La « gauche radicale » du Roi et le régime


    Coup bureaucratique de Pablo Iglesias dans Podemos Catalogne pour imposer sa ligne espagnoliste


    Rajoy a appliqué l’article 155 suspendant l’autonomie de la Catalogne pour éviter que celle-ci ne déclare son indépendance. Pablo Iglesias, leader de Podemos, a décidé d’intervenir dans la section catalane de son parti pour imposer sa ligne espagnoliste en dépit de la direction locale. Les nouveaux visages du vieux monolithisme.

    Philippe Alcoy

    La répression du gouvernement central lors du référendum du 1er octobre, le discours virulent du roi ; la réponse dans les rues et à travers la grève du 3 octobre ; l’application de l’article 155 de la constitution espagnole annulant l’autonomie de la Catalogne, une première depuis 1978 ; la déclaration de l’indépendance vendredi dernier et l’intervention de Madrid cessant le mandat des élus du gouvernement catalan et imposant des élections le 21 décembre prochain. Voilà les faits qui marquent la crise la plus importante qu’un pays central de l’UE ait connu depuis plusieurs décennies.

    Dans ce contexte tendu, la scène politique est en train de bouger très rapidement en Catalogne et dans l’État Espagnol. Un bloc espagnoliste-monarchiste s’est très rapidement constitué entre le Parti Populaire du président Mariano Rajoy, Ciudadanos (parti de droite dure, un « Podemos de droite ») et le PSOE (la social-démocratie) pour contrer le « bloc souverainiste » en Catalogne.

    Entre ces deux « blocs », Podemos et son partenaire Izquierda Unida ont voulu maintenir une position soi-disant intermédiaire. En même temps qu’ils dénonçaient l’utilisation de la force en Catalogne, ils se montraient tout à fait opposés à une déclaration d’indépendance unilatérale (DUI) en Catalogne, préférant l’organisation illusoire d’un référendum pactisé avec le régime de Madrid.

    Cependant, avec la déclaration d’indépendance de la Catalogne de vendredi dernier, le jeu de Podemos ne pouvait plus être dissimulé et son caractère espagnoliste s’est révélé au grand jour. Non seulement la formation de Pablo Iglesias a refusé de reconnaître l’indépendance, mais elle s’est rapidement prononcé pour la participation aux élections du 21 décembre prochain imposées par Madrid dans le cadre de l’application de l’article 155. Podemos non seulement légitime mais valide l’application du 155, malgré tous ses discours pseudo-démocratiques.

    Dans ce contexte d’un tournant ouvertement pro-régime, la direction centrale du parti à Madrid, à la tête de laquelle se trouve Pablo Iglesias, a commencé à s’irriter de sa section catalane et de ses positions « ambiguës » vis-à-vis de l’indépendance catalane. La direction étatique de Podemos critique à sa section catalane le fait que l’une de ses députés « n’a pas voté contre la déclaration d’indépendance et a salué publiquement la nouvelle république catalane ».

    Deux faits cependant ont particulièrement irrité Iglesias. Le premier c’est que le secrétaire général de Podem Catalunya, Albano Dante-Fachin, a déclaré samedi dernier qu’il était contradictoire de participer aux élections du 21 décembre prochain et qu’il souhaitait former un bloc avec des forces souverainistes catalanes.

    Le second fait qui a inquiété la direction de Podemos c’est la déclaration du courant « Anticapitalistas » dans laquelle ils reconnaissent implicitement la république catalane indépendante ouvrant un processus constituant et « rompant avec le régime de 1978 ». Le courant Anticapitalistas est d’ailleurs majoritaire dans le Comité Central de Podemos Catalunya. Selon Iglesias, avec ces déclarations « Anticapitalitas » se trouve « politiquement en dehors de Podemos ».

    Ces deux facteurs ont été suffisants pour que Pablo Iglesias décide de lancer son « 155 interne » et destitue le leader de la section catalane, Albano Fachin. En affirmant que « les alliances électorales sont décidées par les inscrits et les inscrites », Pablo Iglesias a imposé une consultation, depuis Madrid, pour pousser la section catalane à former une alliance avec le courant de la maire de Barcelone Ada Colau, qui s’est à plusieurs reprises prononcé contre l’indépendance, allant même jusqu’à saluer la manifestation espagnoliste de dimanche dernier comprenant des groupes d’extrême droite franquiste.

    Il faut mentionner que cette pression de la part de la direction de Podemos sur les voix dissonantes à l’intérieur du parti commence à ouvrir des brèches au sein d’Anticapitalistas. Ainsi, dimanche dernier, deux des principales figures publiques de ce courant interne de Podemos, Teresa Rodriguez (coordinatrice de Podemos Andalousie) et José María González « Kichi », maire de Cadix, ont publié un communiqué se désolidarisant de leurs camarades et affirmant, comme Pablo Iglesias, qu’ils « continuent à parier sur la voie du dialogue et de la négociation pour arriver à un référendum pactisé comme issue de la crise ».

    Ainsi, malgré les discours, la formation de Pablo Iglesias est en train de révéler son caractère complètement bureaucratique et pro-régime. Podemos apparaît comme la « gauche radicale » de la monarchie des Bourbon et du régime de 1978, héritiers directs tous les deux du franquisme. Et il semblerait qu’il est même en train d’entraîner avec lui des morceaux importants du courant Anticapitalistas.

    Crédits photo : Francisco Seco / AP


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  •  

    http://www.equinoxmagazine.fr/2017/11/02/rues-de-barcelone-se-remplissent-de-manifestants/

     

    Les rues de Barcelone se remplissent de manifestants

     

    Suite à la décision de la juge de l’audience d’envoyer à la prison l’intégralité de l’ancien gouvernement catalan, les rues de Barcelone se remplissent de manifestants. Par ailleurs une gréve générale s’organise pour la semaine prochaine, le jour n’est pas encore choisi.

    Selon notre journaliste Aurélie Chamerois, des milliers de personnes quittant la manifestation du Parlement passent devant le tribunal espagnol sur le Passeig Lluis Companys. La police espagnole protège ce bâtiment, et les manifestants insultent copieusement les forces de l’ordre, à tel point que des Mossos en civil ont du discuter avec eux pour en finir.

    Centaines de personnes concentrées sur la plaça Jaume

    Lire la suite >>>

     


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  • (comme quoi la lecture laïcité vs islamiiiisme des problématiques politiques dans ce pays est juste d'une connerie sans nom... hélas omniprésente à l'extrême-gauche, qui semble avoir oublié la répression et les prisonniers politiques trois fois plus nombreux sous le régime d'alliance kémaliste "de gauche" (DSP) - droite libérale (ANAP) - fasciste Loup Gris (MHP) de 1997-2002)


    http://orientxxi.info/magazine/turquie-au-nom-de-marx-et-du-coran,0483


    Turquie, au nom de Marx et du Coran - Le mouvement des Musulmans anticapitalistes contre le pouvoir
    Peut-on être marxiste et musulman ? Oui, disent les membres du mouvement Anti-Kapitalist Müslümanlar (Musulmans anticapitalistes) qui voient dans l’islam…
    orientxxi.info


    À (re)lire, un article de 2010 : Turquie, Kurdistan, Israël : qu'en est-il ?


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  • Le franquisme c'était quoi ? Et du coup, l'abolition d'une autonomie régionale qui a signifié la fin du franquisme, c'est quoi ?

    C'est peut-être que vous imaginez exclusivement le fascisme sous l'aspect de ses exactions en temps de guerre (films sur la 2de Guerre mondiale).

    C'est peut-être que vous envisagez mal la grande diversité idéologique du phénomène fasciste et le point auquel la plupart des systèmes politiques occidentaux en sont en fait issus, de cette sorte de 'révolution' modernisatrice bourgeoise contre la crise générale capitaliste des années 20-30, qui leur a permis de la surmonter.

    En France, Vichy a duré 4 ans. Les conceptions, le programme ÉCONOMIQUE des fascistes des années 30, ce sont la 4e et la 5e République qui les ont mis en œuvre. Le fascisme italien a été une restructuration de l'État bourgeois dans ce pays, qui sert toujours la République en place depuis 1947. Dans une large mesure c'est la même chose en Allemagne. L'Espagne actuelle est l'œuvre des 'technocrates' Opus Dei de Franco à partir de la fin des années 50. La construction européenne est une idée qui a germé dans les think tanks fascistes des années 30 (mais chhhhut, c'est tabou) ; etc. etc.

    En fait le capitalisme occidental a en quelque sorte traversé une grande crise entre les années 1910 et 1940, qu'il a surmontée par le fascisme ou au 'mieux' par des politiques de type New Deal, puis il a supprimé le fascisme (au plus tard dans les années 70) et l'a remplacé par la 'démocratie' de 'Fin de l'Histoire' et de 'métropole comme usine totale', mais toujours avec la possibilité de 'suspendre' cette 'démocratie'...

    "Entre la négation du droit à l'autodétermination de la Catalogne par l'Espagne et le fascisme, il y a quand même des nuances importantes"


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  • NI UN PAS ENRERE ! COMPANYS !!


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  • (si l'on admet que malgré l'état d'urgence permanent et désormais institutionnalisé, il n'est pas encore tout à fait fasciste lui-même...)

    http://mobile.lemonde.fr/europe/article/2017/10/16/independance-de-la-catalogne-carles-puigdemont-choisit-de-jouer-la-montre-face-a-madrid_5201428_3214.html

    C'en est donc fait.

    Ce n'est pas dans un lointain pays, de préférence tropical ou basané-barbu ; ni même presque aux confins de l'Asie, dans les plaines d'Ukraine...

    Cette fois-ci c'est juste de l'autre côté des Pyrénées, en Catalogne, que la dictature de la bourgeoisie vient de tomber le masque de la "démocratie libérale" formelle (en place depuis 40 ans) pour assumer une forme terroriste ouverte.

    Et là aussi, là encore, ce ne sera pas l'œuvre de "révolutionnaires bruns", d'"anti-systèmes" qui auraient pris d'assaut et renversé ledit "système", mais bien du CŒUR DU SYSTÈME lui-même : c'est ni plus ni moins que l'État espagnol qui applique un article de sa propre Constitution (en Ukraine c'était une "révolution" certes, une "révolution colorée", mais les "révolutions colorées" soutenues et financées par tout l'impérialisme occidental au grand complet peuvent être considérées comme venant du cœur du système aussi...).

    L'État français aura désormais une frontière avec le fascisme

    L'article 155 de la Constitution de 1978 qui prévoit, en matière d'autonomies régionales concédées (pour calmer le jeu) lors de la "Transition démocratique" après la mort de Franco, l'abolition d'une desdites autonomies et le retour dans la région concernée de la gestion autoritaire, militaro-policière, du franquisme soi-disant "aboli" par ladite Constitution.

    Dès ce lundi, les dirigeants des deux principales associations indépendantistes ANC et Òmnium Cultural, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, ont été placés en détention par l'Audience Nationale : peines-de-prison-presidents-associations-independantistes-omnium-anc/

    L'État français aura désormais une frontière avec le fascisme

    Que faut-il de plus à notre gauchistaille francouille (dont la Catalogne de 1936, affrontant le franquisme dont Rajoy et le PP sont les héritiers, appartient pourtant au "panthéon") pour réagir ?

    Beaucoup, apparemment... À moins que ce ne soit, peut-être, une seule et simple chose : que l'ennemi fasciste avance barbu et vociférant des "Allah w'akbar" ; et la garantie, pour l'engagement internationaliste "antifasciste", d'avoir la couverture intellectualo-médiatique de l'OTAN.

    Il est pour ainsi dire hallucinant de voir qu'en dehors de nous, des révolutionnaires et progressistes des nationalités périphériques (Occitanie, Bretagne, Pays Basque, Corse et bien sûr le Nord "français" de la Catalogne elle-même), de quelques secteurs du NPA, et un peu du Parti communiste maoïste, les seuls à avoir une position apparemment conséquente et un peu offensive, non-tergiversatrice sur ce dossier soient le groupuscule "marxistes-léniniste" postmoderne "Futur Rouge" – si l'on a le malheur, comme c'est hélas souvent le cas, d'ignorer la fausseté opportuniste totale de ce genre de "soutien" de la part de gens qui fraient sans vergogne avec les pires avocats "gauchistes" du colonialisme israélien.

    En Ukraine, il y avait "Poutine" et les "fascistes nazbols eurasistes pro-russes" ; et cette fois-ci encore, en Catalogne, le fait que la figure de proue du mouvement, Carles Puigdemont, soit le représentant d'un parti libéral bourgeois de centre-droit est pris comme motif suffisant pour rester les bras croisés et ne rien faire https://carbureblog.com/2017/10/11/la-catalogne-dans-le-moment-populiste/.

    Sauf que cela n'a absolument rien d'anormal. Le fascisme peut être, mais n'est pas systématiquement, pour ne pas dire est très rarement sur un strict antagonisme droite/gauche ou bourgeoisie capitaliste/mouvement ouvrier. Il peut également (et de fait, très souvent) avoir vocation à la guerre de rapine, à la conquête territoriale, ou au maintien d'oppressions nationales déjà existantes. Au-delà de la définition classique de Georgi Dimitrov, une excellente définition du fascisme est sans doute celle donnée par Aimé Césaire : le fascisme, c'est l'importation dans les contradictions du monde blanc (la "zone de l'être") – luttes sociales, oppressions nationales ou guerres de conquête territoriale – des méthodes habituelles du colonialisme envers les peuples non-blancs ("zone du non-être").

    Dans cette configuration, le fascisme peut tout à fait trouver sur le chemin de ses crimes des personnes et des forces politiques qui ne correspondent absolument pas à notre définition de "révolutionnaire" ou même "progressiste"/"de gauche". Rien de plus normal. En Catalogne, Jordi Pujol (président de la Généralité de 1980 à 2003) était de très loin plus droitard et pourri que Puigdemont ; mais il n'en avait pas moins été prisonnier politique sous Franco, car le fascisme est une dictature terroriste ouverte qui peut frapper jusqu'à certains éléments de la bourgeoisie.

    Il n'en reste pas moins que le fascisme est le fascisme, et que lorsqu'on se veut antifasciste, le mot d'ordre est "No pasaran", "on l'élimine ou on en crève". À plus forte raison lorsqu'il est aux portes de là où l'on vit...

    Mais il semble hélas qu'en fRance, au pays des Lumiéreux, il n'en soit pas ainsi : le fascisme n'est fascisme qu'exercé par des caudillos ou raïs exotiques hauts en couleur, ou des fanatiques millénaristes hirsutes ; ou ici par des bandes illégalistes de rue (certes toujours un peu "couvertes" par la flicaille locale mais bon) ; et "certainement pas" par le cœur même d'un État "civilisé" voisin du nôtre, un acteur peut-être odieux (c'est facile, donc possible de le dire et de le condamner), mais néanmoins "légitime" de la scène politique internationale. 


    L'État français a désormais une frontière avec le fascisme

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    L'État français a désormais une frontière avec le fascisme


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  • Les autorités de la Generalitat ont jusqu'à LUNDI PROCHAIN pour "clarifier" si oui ou non elles ont bien proclamé l'indépendance mardi 10 octobre, et si oui, jusqu'à JEUDI prochain (dans moins d'une semaine) pour revenir sur cette déclaration. Sans quoi s'appliquera le fameux article 155 de la Constitution de 1978 : suspension du statut d'autonomie de la Catalogne, passage de celle-ci sous l'autorité directe du gouvernement central (préfet de région, autorités militaires, Guardia Civil) et de fait une forme d'état d'exception (arrestation des dirigeants catalans et de tous les "séditieux", quadrillage militaro-policier, répression sanglante des mobilisations etc. http://www.lefigaro.fr/...catalogne-qu-est-ce-que-l-article-155-que-madrid-menace-d-utiliser).


    http://mobile.lemonde.fr/…/crise-en-catalogne-madrid-demand…

    Catalogne : Madrid demande au président catalan de « dire s’il a déclaré l’indépendance »

    Mariano Rajoy s’est brièvement exprimé au lendemain du discours de Carles Puigdemont, qui a déclaré l’indépendance de la Catalogne, tout en en…

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  • Au Parlement catalan, Carles Puigdemont a finalement déclaré l'indépendance de la Catalogne "conformément aux résultats du scrutin du 1er octobre"... mais en a immédiatement "suspendu" les effets en vue de "rechercher un dialogue avec Madrid et l'Union européenne" :

    http://www.huffingtonpost.fr/2017/10/10/catalogne-reunion-de-crise-a-madrid-apres-la-declaration-dindependance-suspendue_a_23239397/


    Pour la CUP, "il fallait aujourd'hui proclamer la République catalane et nous avons peut-être perdu une opportunité historique".

    http://www.naiz.eus/eu/actualidad/noticia/20171010/cup-hoy-tocaba-proclamar-la-republica-catalana-y-quiza-hemos-peridod-una-oportunidad

    La CUP a déploré ce mardi que Carles Puigdemont n'ait pas proclamé la République catalane et a ajouté que pour cette raison elle n'acceptait pas la suspension des effets de la déclaration d'indépendance, car "on ne peut pas suspendre la volonté de plus de 2 millions de Catalans qui ont voté oui" le 1er octobre. Elle a averti que sa confiance envers le gouvernement catalan était "entamée" et a proposé que la suspension n'excède pas "un mois environ".


    Anna-gabriel

    Anna Gabriel (CUP), durant son intervention. (Lluís GENE/AFP)


    "Il fallait aujourd'hui proclamer solennellement la République catalane et nous avons peut-être perdu une opportunité. Cette proclamation n'a pas eu lieu et nous ne l'avons su qu'une heure avant la session, et pour cette raison nous ne pouvons pas accepter cette suspension", a déclaré la députée de la CUP Anna Gabriel lors de son intervention au Parlement.

    Elle a expliqué que son groupe prévoyait un autre type d'intervention, dans laquelle ses 10 députés allaient déclarer au monde en 10 langues différentes que le Parlement avait proclamé l'indépendance de la Catalogne, mais que ce projet s'est trouvé modifié après que Puigdemont ait dit assumer que la Catalogne devait être un État mais qu'il suspendait la déclaration pour quelques semaines afin de dialoguer.

    "Ni nous, ni beaucoup de gens n'allons renoncer. Il n'y a pas de défaite qui vaille. Nous sommes déterminés à défendre la République catalane. Au nom de toutes les personnes qui portent un nouveau monde dans leurs cœurs, nous poursuivrons la lutte pour la République", a-t-elle poursuivi.

    Pour la CUP, il n'est pas possible de suspendre les effets de l'indépendance, et encore moins en vertu d'une négociation ou d'une médiation avec le gouvernement espagnol : "Une négociation avec qui ? Avec l’État qui continue de nous persécuter et nous menacer, qui déploie sans vergogne ses corps policiers et militaires, qui agite contre nous l'ultra-droite et nous dénie nos droits ?".

    Gabriel a également argumenté que la proclamation de la République catalane pourrait être un "outil de négociation" pour obtenir un dialogue d'égal à égal avec l’État, mais a averti qu'il n'est possible de dialoguer qu'avec un interlocuteur qui reconnaît les droits de l'autre, y compris celui à l'autodétermination.

    Elle a ajouté aujourd'hui que "nous entrons dans une nouvelle étape de lutte, car on ne peut pas suspendre la volonté de plus de 2 millions de personnes. Pour cette raison, nous poursuivons la lutte aux côtés de ces personnes qui portent un monde nouveau dans leurs cœurs".

    Arrufat : confiance "entamée"

    Plus tard, dans une conférence de presse après avoir signé la déclaration d'indépendance, le porte-parole du secrétariat national de la CUP, Quim Arrufat, a exigé de Puigdemont qu'il fixe une limite de temps à la suspension : "nous trouverions normal que [cette suspension] n'excède pas un mois environ".

    Arrufat a indiqué que, l'indépendance n'ayant pas été déclarée formellement et la République proclamée "comme il était convenu", la confiance envers le gouvernement était "entamée", et il a ajouté qu'il transmettrait aux instances de décision de la CUP la question de poursuivre ou non ses activités au Parlement.

    Arran : "Trahison inadmissible"

    De son côté, l'organisation juvénile de gauche indépendantiste Arran a accusé Puigdemont d'avoir commis une "trahison inadmissible" en suspendant les effets de la déclaration d'indépendance pour chercher un dialogue :

     


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  • Le Grand Timonier Mao Zedong faisait la révolution pour l'ensemble des Peuples de Chine (expression géographique). Mais cette révolution, il l'a commencée par une sécession de fait, celle de la province rouge de Yenan.

    Aurait-il dû accepter l'autorité centrale du Kuomintang au nom de "l'unité" ? Préférer l'unité à la séparation avec un pouvoir réactionnaire ?

    Pourtant il n'y avait même pas là une nationalité distincte au sens marxiste : le Yenan est han comme la plus grande partie de la Chine, de langue mandarine (seuls les Chinois du Sud, bien que considérés hans, ont des dialectes nettement différenciés).

    Je ne cherche ÉVIDEMMENT pas là à faire un "parallèle" avec ce que Puigdemont, ou plutôt (être exact ne coûte rien...) la coalition indépendantiste Puigdemont-ERC-CUP, va faire ou ne pas faire ; mais à questionner le PRINCIPE qui pointe en réalité dans ce débat, et dont le fait que le processus catalan soit dirigé par un social-libéral bourgeois n'est finalement que l'EXCUSE ; principe comme quoi "l'unité est préférable à la balkanisation", à "l'atomisation" etc. etc.

    Principe qui résonne un peu, il faut le dire, comme préférer le statu quo au désordre sous le ciel ; comme l'arbre qui préfère le calme au vent qui continue de souffler.

    [Inutile de dire que ce principe est un FONDEMENT de l'idéologie française, dans son aile droite comme dans son aile gauche, qui emprisonne depuis des générations les masses populaires d'Hexagone sans sa prison mentale.]


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  • Alors, quand le jaco de base se réveille, il a l'art et la manière d'oublier ses propres cris au ''communautariiiiisme'' des manifs pour Gaza de l'été 2014, ou des camps d'été décoloniaux non mixtes, et de se saisir de la gravité de la situation en Palestine ou dans le Sud global en général pour l'opposer à nos revendications de Peuples en Europe.

    Mais en fait, la seule différence vraiment fondamentale est peut-être que ce qu'ils décrivent de la tragédie palestinienne, ou de n'importe quelle colonie ou néocolonie dans le monde, chez nous c'est enterré dans les siècles, il y a très longtemps en arrière (alors que les atrocités coloniales sont soit actuelles soit très récentes).

    En fait, nous sommes des sortes de boules de cristal. Nous sommes ce que sera le monde d'ici quelques siècles, si toute cette merde d'expansion infinie du règne du Capital n'est pas arrêtée d'ici là (mais elle le sera bien sûr, la révolution mondiale triomphera avant).

    Il n'y aurait plus (soi-disant) de colonisés ni de races : ces mots ne sont-ils pas déjà devenus quasi-tabous ? Tout le monde serait citoyen d'une "grande" et "belle" démocratie capitaliste, ainsi que "citoyen du monde". We are the World, we are the children.

    MAIS... dans l'anéantissement total des langues et cultures populaires millénaires, et une acculturation totale au paradigme néolibéral (occidental) consumériste du Marché mondialiséla Cité des Spectres... Il y a déjà trois fois plus de centres commerciaux par million d'habitants à Guayaquil (Équateur) qu'à Lyon, centres commerciaux dans lesquels des foules immenses déambulent tout le week-end et s'abrutissent ; par contre l'intérieur des boutiques est quasiment désert (personne n'a les ronds pour y acheter quoi que ce soit). Le dollar est roi et 90% des nouveaux-nés reçoivent un prénom anglo-saxon. C'est juste un exemple...

    Et bien sûr, une "citoyenneté du monde" à plusieurs vitesses ; dans l'exploitation et pour l'immense majorité la misère ; avec de grands Centres capitalistiques aspirant la richesse, gorgés en permanence de la sueur et du sang des masses travailleuses.

    Donc voilà, encore une fois : MERDE. Les Catalans ne sont pas (pas plus que les Bretons) les plus à plaindre en ce bas-monde, non ; les Catalans "ont du fric", oui ; parce que 1°/ pour des raisons historiques, leur fonction attitrée dans le Système Espagne a été industrielle et non agricole (= plus de valeur ajoutée = plus de fric), et 2°/ ils (ce "ils" incluant la bourgeoisie) ont su tirer leur épingle du jeu ; parce que la Transition (1975-82) n'a pas été la période enchantée des films d'Almodovar mais une période de luttes politiques et sociales extrêmement aiguës, avec des morts toutes les semaines ou presque (12 - 3 - 456) ; et parce que dès la mort de Franco, l’État espagnol avait pour objectif de rejoindre la construction européenne et ne pouvait pas se permettre une nouvelle guerre civile, or c'était une hypothèse très sérieusement envisagée : il a donc dû lâcher du lest, tout particulièrement dans les nationalités les plus "centrifuges" (Catalogne et Pays Basque). La Catalogne a donc connu en effet, jusqu'à la crise capitaliste terminale actuellement en cours depuis la fin des années 2000, un certain "miracle économique" parce qu'elle s'est UN PEU DÉGAGÉE du carcan étatique espagnol ; sans quoi elle serait peut-être dans la même situation que l'Occitanie centrale, sa voisine du Nord (nullement dégagée quant à elle du Système France), malgré le "dynamisme" chanté sur tous les tons des métropoles de Toulouse et Montpellier.

    Mais la Catalogne a RAISON, quand elle veut prendre des mesures un tant soit peu social-démocrates (le centriste Puigdemont ne serait pas au pouvoir actuellement sans l'appui de la social-démocratie indépendantiste ERC, et même de la gauche radicale CUP) et que Tribunal constitutionnel de Madrid les annule systématiquement, de vouloir quitter cet État "post"-franquiste au service du néolibéralisme pourri (lire ici) ; et surtout, elle a raison de vouloir s'arracher aux griffes de cet appareil politico-militaire et idéologique qui est, dans la péninsule, l'agent suprême du triomphe du paradigme précédemment décrit (triomphe déjà bien avancé puisque nous sommes en Europe et les Catalans sont déjà, tout comme nous, plus des "boules de cristal" qu'autre chose ; mais on ne va pas rejeter sous ce prétexte un processus politique qui pourrait être le premier pas d'un autre chemin !).

    À LA RIGUEUR dans certains cas comme la Flandre belge, très concrètement opprimée il y a encore 100 ans voire 80 ans, mais "surinvestie" capitalistiquement et poussée en avant dans sa revendication nationale, depuis l'après-guerre, par les Anglo-Saxons pour faire contrepoids à la bourgeoisie wallonne et bruxelloise francophone et francophile ; ou encore le Kurdistan d'Irak (Başûr) barzaniste dont il n'est besoin de rappeler à personne la terrible oppression sous Saddam, mais converti depuis la disgrâce de celui-ci en une place-forte de l'impérialisme (pratiquement un deuxième Israël) au Moyen-Orient ; on peut discuter de la pertinence (du point de vue de la révolution anticapitaliste et anti-impérialiste mondiale) de la revendication séparatiste SOUS LA DIRECTION POLITIQUE ACTUELLE telle qu'elle est...

    Mais ni la revendication catalane ni aucune volonté de rupture avec l’État "post"-franquiste néolibéral espagnol ne peut être considérée dans ce cas de figure.


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    Mon concept est très simple ! Je suis pour la fédération avec ce qui est révolutionnaire, et la séparation avec ce qui est réactionnaire.

    Je suis pour une Occitanie fédérée avec le Bassin parisien, la Bretagne, le Pays Basque et toute autre partie de l'actuel État français qui serait entrée en révolution (le combat politique serait alors pour des relations inter-territoriales égalitaires, pour que l'Hexagone rouge ne soit pas un nouveau centralisme économique francilien, et j'ajouterai, qu'il ne maintienne pas le privilège blanc ; de toute façon la révolution se ferait niquer dans ce cas, la révolution a pour centralité les SMICards et si elle est islamophobe elle a au moins le quart des SMICards contre elle, si elle ne laisse pas les travailleurs "vivre, travailler et décider au pays" elle en aura les 3/4, etc.).

    Mais je suis pour une Occitanie indépendante de l’État français tel qu'il est, et a fortiori d'un État français encore pire (aux mains de Wauquiez ou carrément Le Pen).

    Je suis, dans la perspective d'un Hexagone aux 3/4 en révolution, pour une Occitanie qui participe aux côtés des autres à prendre les dernières citadelles de la Réaction (et à en libérer les classes populaires des cachots).

    Je suis, dans la perspective d'une révolution outre-Pyrénées et d'une Fédération ibérique révolutionnaire, pour une Occitanie qui la rejoigne.

    Etc.

    Encore des punchlines autour du "séparatisme" national


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  • Réflexions qui méritent d'être partagées ici : dans le dossier du "séparatisme" catalan, l'argument de la péréquation/redistribution et du refus de celle-ci (les Catalans "refuseraient"*, en clair, de payer pour les autres "régions" plus pauvres de l’État espagnol, c'est à dire à-peu-près toutes, et seraient pour cela des "salauds" auxquels il faut opposer le "devoir" d'une telle redistribution), est vraiment un argument d'une pauvreté économiste désolante...

    Il y a effectivement une bourgeoisie catalane, catalaniste, qui est dans cet esprit disons un peu Ligue du Nord italienne.

    Et puis il y a aussi, avec la crise, une tendance populaire à considérer que le système Espagne "pompe" la Catalogne qui s'en sortirait mieux seule, avec moins d'austérité.

    Pour certains, ça restera social-chauvin voire xénophobe anti-Sud bas-du-front.

    Mais pour d'autres, ça peut amener à poser la question cruciale : et pourquoi donc le Sud est-il pauvre (pour que la Catalogne "riche" doive l'"aider") ? Question qui amènera forcément de fil en aiguille sa réponse : il est pauvre à cause du système espagnol tel qu'il est, il est pauvre parce que la Castille l'a conquis à la fin du Moyen Âge et a implanté ses nobliaux sur son sol, dans un système de latifundia coloniale, avec la maison d'Albe possédant par exemple en Andalousie l'équivalent (en superficie) du Luxembourg ou quelque chose comme ça !!

    La Catalogne, de son côté, a développé quant à elle une société capitaliste à peu près classique, et l'on peut donc entendre qu'elle n'ait effectivement pas envie de payer des amortisseurs sociaux pendant que l'oligarchie castillane d'Andalus occupée maintient son système féodalo-colonial !

    La question posée là est tout à fait légitime ; reste à lui apporter la bonne réponse, à savoir, que la solution est dans la fin du système colonial (et là je crois que le mot se passe pratiquement de guillemets) espagnoliste dans le Sud pauvre, afin que la Catalogne "riche" (tous les Catalans roulent en 4x4 ? non : ça signifie simplement que le PIB est élevé, car le pays est historiquement le plus industrialisé de la péninsule) n'ait plus à être ponctionnée alors qu'elle est elle-même en crise, pour que les Andalous aient à manger et se tiennent tranquilles.

    En d'autres mots, la solution s'appelle Union des Républiques Socialistes Ibériques.

    Mais sinon, on peut rester économiste et juste voir les "salauds qui veulent pas payer"...

    Ce que j'essaye de faire comprendre c'est que ce que JE soutiens, ce que moi et mes camarades soutenons, ce que soutiennent Gaël Roblin et ses camarades depuis la Bretagne, c'est ça :

    https://columnajoven22m.wordpress.com/

    Un "internationalisme domestique" et un soulèvement général DES PEUPLES d'Ibérie, "comme les doigts d'un poing uni", contre le système bourbono-opusdéiste postfranquiste dont Rajoy est aujourd'hui la figure de proue mais qui ne se résume pas à lui (faut-il parler du bilan du PSOE en la matière ? GAL et autres barbouzeries, persécution de la jeunesse basque par Garzon qui est un sympathisant PSOE reconnu, etc., + toutes les politiques néolibérales depuis les années 80).

    Un internationalisme domestique qui inclut les Catalans (CUP, Arran etc.) mais n'a rien à voir avec le "marre de payer pour les Andalous" de (par exemple) l'ERC ("gauche" républicaine catalane), qui a été écartée de la Liste des Peuples ("Los Pueblos deciden") aux européennes de 2014 pour ces propos scandaleux (raison aussi pour laquelle la CUP a cherché à faire une liste avec Nos-UP de Galice puis a abandonné, mais en tout cas pas de liste avec ERC) http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/resultats-…

    Dans DEUX CAS, Catalogne et Pays Basque, cet esprit va coexister avec un nationalisme bourgeois libéral-droitard, mais ce sont les deux seuls.

    Pour mieux comprendre tout cela, il est intéressant de lire la longue étude consacrée par SLP à la construction historique et aux contradictions de l’État espagnol :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/questions-nationales-et-luttes-de-classe-l-etat-espagnol-a114084574

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/questions-nationales-et-luttes-de-classe-l-etat-espagnol-suite-a114084564

    Et plus spécifiquement sur le "dossier" catalan, l'article publié à l'époque de la précédente consulta (novembre 2014), auquel il n'y a pas grand-chose à ajouter sur le fond :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/sur-le-referendum-independantiste-en-catalogne-et-ses-suites-a114065316

    À lire aussi (EXCELLENT article sur le blog de Nicolas Maury) : http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Quelques-eclaircissements-utiles-pour-comprendre-l-independantisme-catalan_a12368.html

    Un truc à comprendre absolument aussi, c'est que contrairement aux chansons que se chantent (et nous forcent à écouter) Asselineau et consorts, "l'Empire", le "Nouvel Ordre Mondial", autrement dit les puissances capitalistes impérialistes qui ont leur unité d'intérêts ainsi que leurs concurrences entre elles, n'ont pas de "plan" mondial(iste...) pour "balkaniser les États-nations".

    Si un grand État, avec son régime, est un gros caillou sur le chemin de leur rouleau compresseur ; et se trouve par ailleurs être un connard avec ses minorités nationales ou confessionnelles, ou marginaliser des régions (à peu près tous les États le font) ; elles vont utiliser les luttes de celles-ci contre lui, pour le fragmenter et le faire disparaître du chemin. C'est ce qu'elles ont fait ni plus ni moins qu'avec l'URSS (dont ça a été la raison principale de la chute), puis avec la Yougoslavie, l'Irak (avec les Kurdes et les chiites), le Soudan, ou encore dans un sens la Libye (mécontentement de la Cyrénaïque contre Kadhafi qui favorisait la Tripolitaine). Et qu'elles sont en train de faire en Syrie, avec les Kurdes et les régions arabes marginalisées par le régime depuis des décennies.

    Mais SUR LE PRINCIPE, le capitalisme-impérialisme préfère toujours la plus grande unité à la plus petite. À la rigueur, il conserve quelques mini-États qui par leur stabilité (forcément) pourront servir de pays-banques (cantons suisses, Luxembourg, Liechtenstein etc.).

    Lorsque l'Irak de Saddam était un allié, pour écraser les communistes et combattre l'Iran, il pouvait faire ce qu'il voulait avec les Kurdes et les chiites. Ne parlons même pas de l’État kémaliste turc.

    Et en "Espagne", eh ben c'est pareil... L'ordre capitaliste-impérialiste mondial, l'UE, l'impérialisme US, le G7, le FMI etc., pour tenir en respect les travailleurs catalans, basques, andalous, castillans, aragonais, galiciens etc., préfèrent une masse de manœuvre politico-militaire telle que l’État espagnol plutôt qu'un État catalan, un État basque, un État andalou etc. etc. !

    En fait, comme cela a pu être assez longuement expliqué dans les articles de SLP sur l’État espagnol comme dans ceux portant spécifiquement sur la Catalogne, le propos juste et exact serait que cette dernière est exploitée par la Métropole européenne ("Banane bleue") PAR LE BIAIS de l’État espagnol, qui en est en quelque sorte le "gendarme" comme pour tous les Peuples travailleurs de la Péninsule (sauf le Portugal).

    Enrichir le Nord-Ouest de l'Europe étant, en fait, la vocation historique de cet État depuis au moins le XVIIe siècle ; Colbert l'écrivait déjà à l'époque ("plus un pays fait commerce avec l'Espagne, plus il est prospère") – cela faisait alors surtout allusion aux richesses de son Empire colonial, mais aujourd'hui la force de travail des travailleurs péninsulaires n'est pas non plus une valeur négligeable pour les monopoles européens.

    C'est là que se situe la démarche de libération. La "riche" Catalogne a le 4e PIB/habitant de l’État, mais on parle de l’État espagnol, de l'Europe du Sud ! Ce PIB/habitant est environ à hauteur de 27 000 €. C'est quelque part entre la Provence ou l'ex-Midi-Pyrénées d'un côté (au-dessus), la Corse ou l'ex-Languedoc-Roussillon de l'autre (au-dessous). Des "Suisses" ne vouant que mépris aux pauvres méridionaux, les Catalans ? La Suisse a un PIB/habitant de l'ordre de 80 000 €... Un tel raisonnement devrait faire rougir de honte ceux qui le tiennent. Pour rester dans l'UE proprement dite, les Pays-Bas sont autour de 50 000, ce qui est également le PIB/habitant approximatif de l'Île-de-France (cf. l'entre-crochet plus bas) ; l'Allemagne est dans les 35-40 000 ; et puisque l'on aime bien agiter l'épouvantail des très droitiers et xénophobes séparatismes flamand ou nord-italien (ce dernier n’existant plus vraiment en réalité…), la Région flamande est également dans ces eaux-là d'environ 40 000, et la Lombardie à 33 500 (donc au-dessus de la moyenne hexagonale, qui est d'environ 31 000 €). Voilà ce que sont des pays et régions riches !

    La dynamique sociale de l'actuelle mobilisation pour l'indépendance en Catalogne est fondamentalement anti-austéritaire (comme elle l'était d'ailleurs également en Écosse) ; contre l'austérité c'est-à-dire en d'autres termes, dans la Périphérie européenne, contre le renforcement féroce et sans pitié de l'exploitation capitaliste par la Métropole centrale du continent (à laquelle se rattache la région parisienne depuis laquelle – en général – nos intellectuels de gauche "antilibéraux" pourfendent les Catalans "riches et égoïstes" qui "refusent de payer pour les pauvres" et "balkanisent les États-nations au service du Grand Capital"... sans commentaires) ; politique dont le régime de Madrid est ici le chargé de mission.

    Certes, pour la majorité de la direction bourgeoisie et (surtout) petite-bourgeoise du mouvement, et comme encore une fois en Écosse (sauf que là, la politique austéritaire de Westminster se couple souvent avec l'europhobie qui a débouché sur le Brexit – auquel les Écossais se sont fermement opposés...), l'indépendantisme s’accompagne encore souvent d’illusions sur l’Union européenne ou, en tout cas, d’une volonté de rassurer les troupes en cherchant à atténuer ainsi la peur de l’aventure ("nous ne serons plus dans l’Espagne, mais nous resterons dans l’Europe").

    Une Union européenne… qui a déjà (à maintes reprises) opposé fermement son veto, étant d’abord et avant tout un cartel d’États-nations garant de l’unité "indivisible" de ceux-ci, et d’autre part la garante à l’échelle continentale des politiques néolibérales et d’austérité nécessaires au capitalisme pour faire face à sa crise (ce contre quoi les Catalans indépendantistes s’insurgent précisément à travers Madrid, comme les Écossais à travers Londres).

    Et donc une rectification idéologique que la gauche radicale indépendantiste devra plus tôt que tard mettre à l’ordre du jour dans le mouvement ; mais cela ne change rien au fond objectif du problème.


    [* Un camarade fait remarquer dans une autre discussion que "C'est pas qu'ils ne veulent pas payer les amortisseurs sociaux justement c'est qu'ils veulent le faire DIRECTEMENT et ne considèrent plus Madrid comme un intermédiaire fiable. D ailleurs beaucoup d'andalous l'ont compris je pense j ai vu pas mal de vidéos d'andalous encourager la catalogne et effectivement je pense aussi que la meilleur sortie de cette histoire c'est une reconfiguration de l’Espagne"

    Voilà, c'est exactement ça. "Aider directement"... et maintenant travaillons à développer la conscience que ça passe par une Péninsule fédérative socialiste. Déjà, moins l'Andalousie sera pauvre, ce qui est synonyme de "plus elle sera libérée du Système Espagne", moins il faudra l'aider... ça me semble tomber sous le sens. Donc il faut faire tomber le système bourbonnique postfranquiste, vaillant serviteur de l'ordre néolibéral mondial, avec sa mafia opusdéiste qui vaut bien notre mafia franc-mac en pire (c'est une franc-maquerie catho en fait, pour faire court). Tous les Peuples péninsulaires ensemble comme les doigts d'un poing uni.

    Sortir le Sud de son marasme colonial demi-millénaire plutôt que de se demander qui paye quoi pour lui filer des allocs, c'est pas du marxisme de haute volée, juste la parabole de donner un poisson à un gars ou de lui apprendre à pêcher...]


    [Pour rebondir encore une fois sur la Catalogne "riche" et "égoïste" :

    - La Catalogne c'est 16% de la population de l’État espagnol (7,5/46,5)... et environ 19-20% de son PIB. Son "ratio" richesse/population est donc, disons, de 1,25 (20/16), ou de 1,19 si l'on prend plutôt 19% du PIB (19/16), ce qui semble plus proche de la réalité que 20%.

    - La Communauté de Madrid représente 18 ou 19% du PIB espagnol, mais moins de 14% de la population. De ce fait, le ratio est déjà un peu plus élevé : 18,5 (environ) /14 = 1,32.

    - L'Île-de-France, quartier général d'une grande partie de la "gauche radicale" qui donne aux Catalans des leçons de non-égoïsme et de solidarité entre les peuples, c'est moins de 18% de la population de l’État français (12/67,5) et... 31% du PIB. Soit un ratio de 1,74. En prenant uniquement la ville de Paris intra-muros, on monte même à plus de 2,5 !

    - La Métropole de Lyon, autre QG de ce genre de "gauche radicale", c'est 3,1% du PIB hexagonal pour 2% de la population, soit un ratio de 1,55.

    - Cet aspect est absolument caractéristique en Hexagone, où pour prendre (à l'inverse) quelques exemples de "régions" réputées périphériques, la région "Occitanie" (ex-"LRMP", qui abrite tout de même Toulouse et Montpellier...) sort à peu près à 7% du PIB (143,8 milliards d'€ / 2 032,3) et 8,6% de la population, soit un ratio de 0,814 ; la Corse est à 0,4% pour 0,48% de la population, soit un ratio de 0,833 ; la Bretagne amputée (sans Loire-Atlantique) comme complète sort à peu près à 0,82 ; mais même une "région" réputée "riche" comme l'Alsace n'est qu'à 0,93 (1,9 millions d'habitants soit 2,8% de 67,5 millions, et 2,6% du PIB total), et Rhône-Alpes prise en entier (incluant Lyon, donc...) est à peu près autour voire légèrement au-dessous de 1, soit une part de PIB correspondant grosso modo à son poids démographique (en comptant en son sein la deuxième métropole économique de l’État, c'est donc dire la situation du reste !). Sans parler des dernières colonies directes d'"outre-mer", avec par exemple une Martinique à 0,72 (0,41% du PIB pour 0,57% de la population) et une Guyane à... 0,5 (0,19% du PIB et 0,38% de la population).

    Bref, en résumé : le cul au chaud soit à Paris, soit dans une métropole-décalque de leur État français, où une mégalopole-capitale aspire toute la richesse et écrase politico-économico-socio-culturellement tout, des gens font la leçon à un peuple légèrement au-dessus de la moyenne de son État (et assez nettement derrière la région-capitale) en PIB/habitant, qui veut se faire la malle et prendre son destin en main.

    Donc voilà quoi... Tout cela me fait terriblement rire.

    - Dernier élément de comparaison, et là c'est sûr que "voilà"... : l'Andalousie représente 18% de la population de l’État espagnol et 13,6% de son PIB, ce qui nous fait un ratio de 0,75 – inférieur à celui de la Corse (0,83), de la Bretagne (0,82) ou de la région Occitanie (0,81) et, en fait, à peine supérieur à celui de la Martinique (0,72) dans l’État français. Et pourtant, les militants de libération andalouse soutiennent fermement le processus souverainiste des "riches" et "égoïstes" catalans...

    (Ajoutons que dans une "région" réputée "dynamique" comme la Catalogne, ou no problem comme la Bretagne, une crise telle que celle en cours depuis la fin des années 2000 aura forcément des conséquences dévastatrices pour la vie sociale populaire, et ce bouleversement conduira forcément à une effervescence politique, potentiellement réactionnaire mais potentiellement aussi progressiste voire révolutionnaire ; alors qu'une région historiquement pauvre et sous-développée comme l'Estrémadure, la Mancha ou l'Andalousie profonde connaîtra un certain phénomène d'immuabilité dans le dénuement : la grande pauvreté n'est pas "automatiquement" le terreau d'une mobilisation révolutionnaire dans les masses.)]


    [Et encore un autre "listing" de trucs de fou que (je l'avoue) j'étais loin d'avoir tous suivi, et qui en disent encore un peu plus long sur le caractère "égoïste et réactionnaire" de l'actuelle volonté catalane d'indépendance :

    "La Catalogne est un pays où le Parlement crée une taxe sur les banques et où le Tribunal Constitutionnel [espagnol] l'invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement fait une loi pour protéger les citoyens qui ont été abusés par des hypothèques frauduleuses, et où le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement légifère pour garantir que les familles pauvres aient la lumière, l'eau et le gaz pendant les mois d'hiver, ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement crée une taxe pour chaque appartement vide et veut consacrer ses recettes au loyer social, et où le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays dont le Parlement adopte des politiques d'égalité entre les hommes et les femmes, que le Tribunal Constitutionnel invalide. [...]

    La Catalogne est un pays dont le Parlement crée une taxe sur les centrales nucléaires dont le recettes iraient à la protection de l'environnement, et le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays dont le Parlement veut interdire le "fracking" (du gaz et pétrole de schiste), ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement légifère pour imposer un tarif aux opérateurs Internet pour soutenir la culture, ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement veut interdire les corridas, ce que le Tribunal Constitutionnel [espagnol] invalide."]


    Réflexions d'actualité : la Catalogne... et le Basûr (Kurdistan d'Irak) à l'heure des référendums d'indépendance

    Réflexions d'actualité : la Catalogne... et le Basûr (Kurdistan d'Irak) à l'heure des référendums d'indépendance


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    [Réponse à un commentaire qui abordait la question du référendum d'indépendance au Kurdistan d'Irak (Başûr) http://www.lemonde.fr/…/referendum-d-independance-du-kurdis…, lequel se trouve n'avoir pour seul soutien ouvert... que l’État d'Israël http://www.lemonde.fr/…/israel-soutient-le-referendum-d-ind…, dont on voit fréquemment les drapeaux dans les rassemblements populaires https://francais.rt.com/…/43827-drapeau-israelien-ne-vous-s…]

    Le principe léniniste* est que l'instrumentalisation par l'impérialisme ne peut pas conduire au rejet DE PRINCIPE du droit à l'autodétermination, ni pour un peuple en particulier, ni encore moins de manière générale.

    Par contre, on peut évidemment critiquer IN SITU la façon dont un processus est mené à l'instant t où l'on parle ; et là, c'est clair qu'au Başûr il y a matière... Les liens ouverts entre Barzani, oligarque-leader maître d’œuvre du référendum unilatéral, et l'entité sioniste, sont clairement dans cette partie du monde un SUICIDE POLITIQUE dans lequel il entraîne en outre TOUTES les forces kurdes et leurs soutiens, y compris des forces qui ont toujours dénoncé le sionisme et la destruction nationale du Peuple palestinien.

    Chez SLP, on ne s'appelle pas Maurice Thorez : on ne soutient pas les luttes de libération parce que et UNIQUEMENT SI elles "affaiblissent le pouvoir des monopoles ici", entendu, au service du "Peuple travailleur (blanc) de Frrrance"... Mais on les soutient bel et bien, par contre, parce que et UNIQUEMENT SI elles affaiblissent l'impérialisme dans la RÉGION DU MONDE concernée.

    Et l'on voit effectivement très mal en quoi un quart de Kurdistan complètement fantoche et totalement lié à Israël (et aux courants néocons-sionards des bourgeoisies impérialistes occidentales, BHL étant sans doute déjà dans l'avion pour Erbil afin de fêter ça...) remplirait ce critère.

    Mais la question kurde reste légitime et doit être posée, parce que là encore il faut en revenir à la position de Lénine : le droit à l'autodétermination nationale n'est pas un goût prononcé pour la séparation ethnique, mais un instrument pour l'UNITÉ des peuples, l'unité par l'égalité, la domination antidémocratique étant en fait contraire à l'unité.

    C'est valable partout, et tout particulièrement dans le Sud global. Contre l'impérialisme, l'ensemble du Proche et Moyen Orient (par exemple) a besoin d'unité, ethnique comme confessionnelle. Or ce n'est pas possible quand un groupe (national ou confessionnel) en domine un autre. Car à ce moment-là, soit le groupe dominant va devoir s'inféoder à l'impérialisme qui l'aidera à perpétuer sa domination (cas le plus fréquent, que les Kurdes ont bien connu au Bakur "turc" en particulier), soit il commence à bouger contre l'impérialisme et il va alors voir le groupe dominé instrumentalisé par ce dernier contre lui (cas typique du Kurdistan d'Irak - Başûr après l'invasion du Koweït par Saddam). Dans les deux cas, tout le monde est perdant.

    C'est en ce sens, tout simplement, que se pose la question kurde au Proche et Moyen Orient.

    Mais c'est en fait valable partout. L'URSS s'est éloignée au fil du temps des conceptions de Lénine, et elle est principalement morte de ça, de l'oppression nationale ressentie par les peuples non-russes (et les pays "frères" d'Europe de l'Est, Mongolie, Afghanistan etc.). C'est explicite dans les plans stratégiques de Brzezinski élaborés à partir de la fin des années 70 : il fallait jouer les nationalités pour abattre l'"Empire du Mal" (et c'est ce qui s'est passé...).

    Si demain (science-fiction complète) les jacobins complètement délirants du POI prenaient le pouvoir en Hexagone, ce serait simple : il y aurait des chouanneries, de la lutte armée en Corse, des soulèvements dans les banlieues à majorité musulmane ! La Réaction émigrée comme étrangère ne se priverait pas d'exploiter une telle faille d'ennemis aussi cons...

    C'est même valable de manière encore plus générale (comme le fait remarquer quelqu'un) au-delà des nationalités, pour tout groupe A opprimant un groupe B (groupes de genre par exemple). Soit le groupe A doit se faire carpette devant les "maîtres du monde", le Grand Capital monopoliste impérialiste, pour qu'ils appuient sa domination "édentée" qu'il ne peut maintenir seul, soit il essaye de se révolter contre eux, mais alors ceux-ci pourront jouer les revendications du groupe B opprimé contre lui.

    C'est le sens en lequel Marx disait que "un peuple (mais il aurait pu dire un groupe social humain en général) qui en opprime un autre ne saurait être libre".

     

    Les Kurdes irakiens étaient appelés à voter pour leur indépendance, lors d’un référendum organisé lundi par le gouvernement régional du Kurdistan irakien. Une…
    lemonde.fr


    * Principes léninistes dont il est beaucoup question dans toutes ces affaires, et que voilà exposés de la manière la plus complète ici :

    https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm

     


    1 commentaire

  • Déjà, le fait de commémorer le Vél d'Hiv est en soi problématique car même depuis que Chirac a reconnu la responsabilité de l’État français, c'était à Paris, en zone occupée, et ça laisse donc toujours planer le spectre de l'occupant sur la rafle...

    Commémorer LES RAFLES DE 1942 en général serait beaucoup plus difficile pour ce que la fRance essaye de préserver d'elle-même... Car la réalité c'est que l'immense majorité des Juifs s'étaient (forcément) réfugiés en zone non-occupée et donc que les principales rafles ont eu lieu en réalité un peu plus tard, en août-septembre, EN ZONE NON-OCCUPÉE (non-occupée avant novembre) et sans le moindre uniforme allemand à l'horizon. Cas UNIQUE en Europe pendant toute la guerre ; même la Slovaquie de Mgr Tiso a agi un peu plus sous la pression, c'était nettement plus un protectorat allemand que la France de Vichy !

    Et ce sous la conduite de René Bousquet*, chef de la police, qui ne venait absolument pas des ligues d'extrême-droite mais était proche (et le restera après la guerre jusqu'à sa mort !) du PARTI RADICAL... le parti de la République par excellence, qui l'a gouvernée non-stop de 1900 à 1940 !! Papon aussi, d'ailleurs, en était réputé plutôt proche avant-guerre. Et 90% des députés radicaux avaient voté les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940, comme à peu près autant de "démocrates" et libéraux un peu plus à droite, et une majorité de socialistes (et même quelques communistes, mais pas la majorité heureusement, qui formeront le "Parti ouvrier et paysan français" – communistes qui n'avaient pas été exclus de l'Assemblée en 1939 car ils avaient dénoncé le "pacte" germano-soviétique).

    Finalement, au début de l'Occupation, en dehors des communistes tiraillés entre les obligations du "pacte" et leur envie brûlante d'en découdre avec le fascisme (que beaucoup avaient déjà affronté militairement outre-Pyrénées, ou dans leurs pays d'origine pour ce qui était de la "Main d'Œuvre Immigrée"), la plupart des premiers résistants seront au contraire d'origine politique très à droite (par "nationalisme intégral") ! Ce qui faisait parler Pierre Pucheu (Ministre de l'Intérieur de Vichy) de "terrorisme d'extrême-gauche ET D'EXTRÊME-DROITE" (contre une "Révolution nationale" qui aurait donc été "centriste", finalement...).

    Tant que l'on aura pas regardé en face et dit tout cela, je pense que oui, en effet, on pourra parler de "philosémitisme d’État" pour désigner ce culte bidon, hypocrite du "rejet catégorique de l'antisémitisme" et des Juifs "âme même de la République", invoquant les mânes des "heures les plus sombres" et reconnaissant du bout des lèvres la responsabilité de l’État français dans celles-ci – mais toujours avec, en arrière-plan, une grosse voix qui nous répète que "la vraie France était à Londres"... on s'en convaincra, sans doute, en lisant ce que De Gaulle pouvait lui aussi dire sur les Juifs !!

    [* Bousquet au sujet des rafles : "Ces personnes ne nous ont pas été reconnaissantes et c’est la raison pour laquelle nous devons en libérer notre pays, pour sortir de la crise que nous traversons" http://jewishtraces.org/les-rafles-du-26-aout-1942-rafles-oubliees/. Bousquet = un mec de centre-gauche, équivalent à l'époque de Valls ou Collomb aujourd'hui ! (et de fait, les propos qui précèdent sont littéralement un archétype de racisme "bien-pensant" de "gauche", genre "je suis pas antisémite mais ce sont eux qui abusent tout de même", et qui pourrait tout à fait s'appliquer aux musulmans - par exemple - aujourd'hui...)]

    Punchline estivale en forme de big up à Macron, Netanyahu et à la grand-messe rrrrépublicaine des commémorations du Vél d'Hiv

    Punchline estivale en forme de big up à Macron, Netanyahu et à la grand-messe rrrrépublicaine des commémorations du Vél d'Hiv


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  • À lire. Pourquoi ? Parce que c'est intéressant... LOL. Et bon, un peu aussi parce qu'il y a des gens qui aiment pointer une prétendue "contradiction" entre notre engagement "régionaliste" occitan, et notre soutien au Parti communiste du Pérou (PCP) qui serait soi-disant "centraliste".

    Or le PCP est, rappelons-le, un Parti officiellement fondé entre 1928 et 1930 par José Carlos Mariátegui, dont Gonzalo se présente comme le continuateur (et non comme le "fondateur" d'un "nouveau" Parti), et dont les scissions successives avec les révisionnistes sont définies comme des expulsions de ceux-ci (et non des scissions des marxistes-léninistes puis des maoïstes). L'idée est en gros qu'il n'y a qu'un seul Parti communiste du Pérou, celui fondé par Mariátegui et reposant sur sa pensée théorique non édulcorée (les édulcorateurs ayant été envoyés aux poubelles de l'histoire). 

    À partir de là, c'est basiquement assez simple : tout ce que Gonzalo et les successifs congrès du Parti ne contredisent pas explicitement dans l'œuvre de Mariátegui, ils le confirment. 

    L'on peut donc y voir (dans ce texte) un Mariátegui fort peu amène envers le centralisme administratif d'une grande capitale, et n'évoquant pas l'idéologie (bourgeoise radicale) jacobine sans une très nette hauteur critique (cette idéologie serait "historiquement dépassée").

    Simplement et bien évidemment (et nous ne disons pas le contraire !), il rejette le régionalisme entendu comme expression des intérêts des notables exploiteurs locaux ; rappelant également que la décentralisation peut aussi être un instrument d'efficacité du pouvoir centraliste de la classe dominante (sur ces deux premiers points, la valeur du texte est presque universelle !) ; et il caractérise par ailleurs le clivage principal au Pérou comme celui... entre colonisateurs (descendants de colons espagnols et métis "plutôt blancs") et colonisés, une "dualité de races" (sociales, aujourd'hui qu'il est utile de le préciser) qui se retrouve territorialement dans l'opposition entre une côte principalement blanco-métisse et un arrière-pays andin (et amazonien encore derrière) principalement indigène, élément indigène particulièrement concentré dans le Sud où la côte est étroite et peu peuplée – car il ne s’agit pas, pour parler concrètement, de calquer abstraitement les problématiques et les "solutions" d’un pays sur un autre, mais bien de rechercher dans chaque pays sur quelle négation de peuple(s) (transformation des producteurs libres en force de travail du Capital) repose l’ordre social ; et au Pérou cette négation est bien entendu celle de "l’Indien", et non d’une quelconque "identité régionale" de ceux qu’on appelle les gamonales (en d’autre termes les colons, ou les métis assimilés à eux).

    Bonne lecture. 

     

    Régionalisme et centralisme

    Mariátegui : Régionalisme et Centralisme (première partie)

    I.  POSTULATS DE BASE 

    Comment se présente donc, à notre époque, la question du régionalisme ? Dans certains départements, surtout ceux du Sud, est absolument évidente l'existence d'un sentiment régionaliste. Mais les aspirations régionalistes sont imprécises, mal définies ; elles ne se concrétisent pas en revendications claires et puissantes. Le régionalisme au Pérou n'est pas un mouvement, un courant politique, un programme. Il n'est rien d'autre que la vague expression d'un mécontentement et d'un mal-être.

    Ceci trouve son explication dans notre réalité sociale et économique et dans notre processus historique. La question du régionalisme se pose, pour nous, en des termes nouveaux. Il n'est pas possible de l'aborder et de l'étudier à travers l'idéologie jacobine ou radicaloïde du XIXe siècle.

    Il me semble que nous pouvons nous orienter, pour traiter ce sujet du régionalisme, par le biais des propositions suivantes :

    1°- La polémique entre fédéralistes et centralistes est une polémique dépassée et anachronique au même titre que la controverse entre conservateurs et libéraux. En théorie comme en pratique, la lutte se déplace actuellement du terrain exclusivement politique vers le terrain économique et social. La nouvelle génération ne se préoccupe pas, dans notre régime politique, de l'aspect formel –les mécanismes administratifs– mais du substantiel –la structure économique.

    2°- Le fédéralisme n'apparaît pas dans notre histoire comme une revendication populaire, mais bien plutôt comme une revendication du gamonalisme et de sa clientèle. Les masses populaires indigènes ne la formulent pas. Son audience ne dépasse guère les limites de la petite bourgeoisie des vieilles villes coloniales.

    3°- Le centralisme s'appuie sur le caciquisme et le gamonalisme[1] local, disposé par intermittence à se dire où se sentir fédéraliste. La tendance fédéraliste recrute beaucoup de ses adeptes parmi les caciques et les gamonales en disgrâce auprès du pouvoir central.

    4°- L'un des grands vices de notre organisation politique est certainement son centralisme. Mais la solution ne réside certainement pas dans un fédéralisme de racines et d'inspiration féodales. Notre organisation politique a besoin d'être intégralement révisée et transformée.

    5°- Il est difficile de définir et de délimiter des régions d'existence historique au Pérou. Les départements proviennent du découpage artificiel des intendances de la vice-royauté. Ils n'ont par conséquent pas de réelle tradition, ni de réalité émanant véritablement de la population et de l'histoire péruvienne.

    L'idée fédéraliste n'a jamais montré dans notre histoire des racines véritablement profondes. Le seul conflit idéologique significatif du premier demi-siècle de la République a été celui entre libéraux et conservateurs, dans lequel n'était pas vraiment perceptible de réelle opposition entre la capitale et les régions, mais plutôt une opposition entre les encomenderos, les latifundistes [la grande propriété agraire], descendants de la féodalité aristocratique coloniale, et le demos métis des villes, héritier de la rhétorique libérale de l'Indépendance. Cette lutte transcendait, naturellement, la question du système administratif. La Constitution conservatrice de Huancayo, en supprimant les municipalités, exprimait la position du conservatisme quant à l'idée d'auto-gouvernement local. Mais tant pour les conservateurs que pour les libéraux d'alors, la centralisation ou la décentralisation administrative n'occupaient pas vraiment le premier plan de la polémique.

    Par la suite, lorsque les anciens encomenderos et aristocrates, unis à certains commerçants enrichis par les contrats avec l'État, se transformèrent en classe capitaliste et reconnurent que l'idéologie libérale se conformait bien mieux aux intérêts et aux nécessités du capitalisme que les idées aristocratiques, la décentralisation commença à se trouver de plus ou moins timides partisans tant dans l'un que dans l'autre des deux grands bords politiques. Conservateurs et libéraux, indistinctement, se déclaraient plus ou moins favorables ou opposés à elle. Il faut bien dire qu'à cette nouvelle époque, le conservatisme et le libéralisme qui ne se désignaient déjà même plus sous ces noms ne correspondaient plus non plus aux mêmes impulsions de classe : les riches, en cette curieuse période, devenaient un peu libéraux, et les masses à l'opposé se faisaient parfois conservatrices.

    Quoi qu'il en soit, le fait est que le caudillo civiliste Manuel Pardo esquisse en 1873 une politique décentralisatrice avec la création des conseils départementaux et que quelques années plus tard, le caudillo démocrate Nicolás de Piérola –politicien et homme d'État de mentalité plutôt conservatrice, bien que sa condition d'agitateur et de démagogue invitât à croire le contraire– accepte et fait inscrire dans la "déclaration de principes" de son parti les thèses suivantes : "Notre diversité de races, de langues, de climats et de territoires, non moins que l'éloignement entre nos principaux centres de population, exigent depuis longtemps, comme moyen de satisfaire nos besoins d'aujourd'hui et de demain, l'instauration d'une forme fédérative ; mais dans les conditions conseillées par l'expérience des pays similaires au nôtre et celles qui sont particulières au Pérou".

    À partir de 1895, les déclarations anti-centralistes se multiplient. Le Parti libéral d'Augusto Durand se prononce en faveur de la forme fédérale. Le Parti radical n'épargne ni attaque ni critique à l'encontre du centralisme. Il apparaît même, comme par enchantement, un Parti fédéraliste. La position centraliste n'est alors plus soutenue que par les civilistes qui pourtant, en 1873, semblaient plutôt enclins à une politique décentralisatrice.

    Mais tout cela n'en était pas moins que pures spéculations théorique. En réalité, les partis ne ressentaient pas d'urgence à liquider le centralisme. Les fédéralistes sincères, en plus d'être peu nombreux et dispersés entre les différents partis, n'exerçaient pas d'influence effective sur l'opinion. Ils ne représentaient pas une véritable aspiration populaire. Piérola et le Parti démocrate avaient gouverné durant plusieurs années. Durand et ses amis libéraux avaient partagé avec les démocrates, durant un certain temps, les honneurs et les responsabilités du pouvoir. Ni les uns ni les autres ne s'étaient préoccupés, à cette occasion, du problème du régime ni de réformer la Constitution.

    Le Parti libéral, après la disparition de l'éphémère Parti fédéraliste et la dissolution spontanée du radicalisme  gonzález-pradiste, resta seul à agiter la bannière du fédéralisme. Durand se rendit compte que l'idée fédérale –qui dans le Parti démocrate en était restée au stade de platonique et mesurée déclaration écrite– pouvait servir au Parti libéral pour se renforcer dans les provinces, en attirant à lui les éléments hostiles au pouvoir central. Sous, ou plutôt contre le gouvernement de José Pardo, il publie un manifeste fédéraliste. Mais sa politique ultérieure démontrera, de la manière la plus claire, que le Parti libéral en dépit de sa profession de foi ne voyait dans l'idée de fédération qu'un instrument de propagande. Les libéraux feront partie du gouvernement et de la majorité parlementaire durant le second mandat de Pardo, et ils ne montreront là, ni comme ministres ni comme députés, aucune intention de relancer le combat fédéraliste.

    Billinghurst aussi –avec peut-être plus de passion et de conviction que n'importe quel autre politicien avançant cette plateforme– voulait la décentralisation. On ne pourra lui reprocher, comme aux démocrates et aux libéraux, l'oubli de ce principe une fois aux affaires : son expérience gouvernementale fut trop brève. Mais objectivement, force est de constater qu'avec lui accéda à la présidence un farouche ennemi du centralisme sans apporter aucun bénéfice pour la campagne anti-centraliste.

    À première vue, ce rapide passage en revue de l'attitude des partis péruviens face au centralisme pourrait laisser penser à certains qu'entre la déclaration de principes du Parti démocrate et le manifeste du docteur Durand, a existé au Pérou un effectif et bien défini courant fédéraliste. Mais ce serait là s'arrêter à l'apparence des choses. Ce que montre, en réalité, ce passage en revue, c'est que l'idée fédéraliste n'a jamais suscité ni d'ardentes et explicites résistances, ni d'adhésion énergique et passionnée. Elle a été un mot d'ordre ou un principe sans valeur ni efficacité suffisante pour, en lui-même, devenir le programme d'un mouvement ou d'un parti.

    Ce constat ne signifie nullement valider ou prôner le centralisme bureaucratique. Mais il met en évidence le fait que le régionalisme diffus du Sud du Pérou ne s'est jamais concrétisé, jusqu'à aujourd'hui, en une active et intense affirmation fédéraliste.

    II.  RÉGIONALISME ET GAMONALISME

    Il devrait apparaître de manière toute aussi évidente à tout observateur affuté de notre processus historique, quel que soit son point de vue particulier, que les préoccupations actuelles de la pensée péruvienne ne sont plus exclusivement politiques –le terme "politique" devant être ici entendu au sens de "vieille politique" ou "politique bourgeoise"– mais sont aussi, et surtout, sociales et économiques. Le "problème de l'Indien"[2], la "question agraire" intéressent beaucoup plus les Péruviens de notre époque que le "principe d'autorité", la "souveraineté populaire", le "suffrage universel", la "souveraineté de l'intelligence" et autres thèmes du dialogue entre libéraux et conservateurs du siècle dernier. Ceci ne dépend nullement du fait que les générations antérieures eussent été plus "abstraites" et philosophiques, plus universalistes ; et qu'à l'opposé, celle d'aujourd'hui serait de mentalité plus réaliste, et plus péruvienne. Ceci dépend du fait que les joutes politiques entre libéraux et conservateurs exprimaient, d'un côté comme de l'autre, les intérêts et les aspirations d'une seule et unique classe sociale. La classe prolétaire n'avait pas de revendications et d'idéologie qui lui soient propres.

    Libéraux et conservateurs ne considéraient l'Indien que depuis leur point de vue de classe supérieur et distincte. Lorsqu'ils ne s'efforçaient pas tout simplement d'éluder ou d'ignorer le problème, ils s'employaient à le réduire à une question philanthropique ou humanitaire. Aujourd'hui, avec l'apparition d'une idéologie nouvelle qui traduit les intérêts et les aspirations de la masse –laquelle acquiert dans le même temps, graduellement, conscience et esprit de classe–, commence à surgir un courant ou une tendance nationale qui se sent solidaire du destin de l'Indien. Pour ce courant, la solution du problème indien doit être la base du programme de rénovation ou de reconstruction péruvienne. Le problème de l'Indien a cessé d'être, comme au temps des libéraux et des conservateurs, un sujet accessoire et secondaire : il est devenu un sujet capital.

    C'est justement là un des faits qui, contrairement à ce qu'insinuent les soi-disants et superficiels nationalistes, démontre que le programme qui s'élabore dans la conscience de cette génération est mille fois plus national que celui qui, par le passé, s'alimentait exclusivement de sentiments et de superstitions aristocratiques ou de conceptions et de formules jacobines. Une conception qui soutient la primauté du problème indien est simultanément très humaine et très nationale, très idéaliste et très réaliste. Et son ancrage dans l’esprit de notre temps est démontré par la coïncidence entre l'attitude de ses partisans à l'intérieur et le jugement de ses critiques de l'extérieur.

    Eugenio d'Ors, par exemple. Ce professeur espagnol dont la pensée est si estimée, voire surestimée par ceux qui au Pérou veulent lier nationalisme et conservatisme, a pu écrire à l'occasion du centenaire de la Bolivie les choses suivantes : "Dans certains pays américains en particulier, je crois discerner quelle doit être, quelle est, la justification de l'indépendance selon la loi du Bon Service ; quels sont, quels doivent être les tâches, l’œuvre, la mission. Je crois, par exemple, le voir de cette manière dans votre pays. La Bolivie a, comme le Pérou, comme le Mexique, un grand problème local qui signifie à la fois un grand problème universel. Elle a le problème de l'Indien, le problème de la situation de l'Indien face à la culture civilisée. Que faire de cette race ? Nous savons qu'il a existé, traditionnellement, deux méthodes opposées. La méthode anglo-saxonne a consisté à la faire reculer, la décimer, lentement l'exterminer. La méthode espagnole, au contraire, a consisté à tenter le rapprochement, la rédemption, le mélange. Je ne saurais dire en ce moment précis quelle méthode il faut préférer. La seule chose qu'il faut dire avec la plus extrême clarté, c'est l'obligation qu'il y a de travailler selon l'une ou l'autre de ces méthodes. C'est l'impossibilité morale de se contenter d'une ligne de conduite qui esquive simplement le problème, et tolère l'existence et le pullulement de ces Indiens à côté de la population blanche, sans se préoccuper de leur situation autrement que dans le sens d'en profiter –égoïstement, avarement, cruellement– pour les misérables et obscures travaux pénibles ou domestiques".

    Je ne m'arrêterai pas ici pour contredire l'affirmation d'Eugenio d'Ors quant à la supposée opposition, vis-à-vis de l'Indien, entre le soi-disant humanisme de la méthode espagnole et l'implacable volonté exterminatrice de la méthode anglo-saxonne (probablement que, pour Eugenio d'Ors, la méthode espagnole est représentée par le généreux esprit du père Las Casas et non par la politique de la conquête et de la vice-royauté, totalement guidée par des préjugés hostiles non seulement à l'Indien mais également au métis). Je veux simplement, à travers l'opinion d'Eugenio d'Ors, montrer un exemple de la manière équivalente dont interprètent le message de notre époque les agonistes éclairés de la "civilisation" et les observateurs intelligents de notre drame historique.

    Une fois admise la priorité du "problème indien" et de la "question agraire" sur quelque autre débat relatif aux mécanismes du régime et à la structure de l’État, il apparaît absolument impossible de considérer la question du régionalisme ou, plus précisément, de la décentralisation administrative depuis un point de vue qui ne soit pas subordonné à la nécessité de résoudre radicalement et organiquement ces deux problèmes. Une décentralisation qui ne serait pas tournée vers ce but, ne mérite même pas d'être discutée.

    La décentralisation en tant que telle, la décentralisation comme pure réforme politique et administrative, ne signifierait aucun progrès sur la voie de la solution du "problème indien" et du "problème de la terre", qui dans le fond se réduisent à un seul et même problème. Au contraire, une décentralisation mise en œuvre sans autre but que d'octroyer aux régions ou aux départements une plus ou moins large autonomie, ne ferait qu'accroître le pouvoir du gamonalisme contre une solution inspirée par les intérêts des masses indigènes. Pour se forger cette conviction, il suffit de se demander quelle caste, quelle catégorie sociale, quelle classe s'oppose à l'émancipation de l'Indien. Il ne peut y avoir qu'une seule et catégorique réponse à cette question : le gamonalisme, le féodalisme, le caciquisme. Par conséquent, comment douter une seule seconde qu'une administration régionale de gamonales et de caciques, d'autant plus qu'elle serait autonome, saboterait et rejetterait toute revendication indigène conséquente.

    Il n'y a de place pour aucune illusion à ce sujet. Les groupes, les couches saines des villes ne réussiront jamais à prévaloir sur le gamonalisme dans l'administration régionale. L'expérience de plus d'un siècle suffit pour savoir à quoi s'attendre quant à la possibilité que, dans un avenir proche, parvienne à fonctionner au Pérou un système démocratique qui assure, formellement du moins, la satisfaction du principe jacobin de "souveraineté populaire". Et les masses rurales, les communautés indigènes, se maintiendraient dans tous les cas en dehors du suffrage et de ses résultats. Par conséquent, "les absents ayant toujours tort", les organismes et autres pouvoirs qui seraient créés "électivement", mais sans leur vote, ne pourraient ni sauraient jamais leur rendre justice. Qui peut avoir l'ingénuité d'imaginer les régions, dans leur réalité économique et politique présente, réellement régie par le "suffrage universel" ?

    Tant le système de "conseils départementaux" de Manuel Pardo que la république fédérale préconisée par le manifeste d'Augusto Durant et autres partisans de la fédération, n'ont jamais représenté ni ne pouvaient représenter autre chose que les aspirations du gamonalisme. Les "conseils départementaux", en pratique, transféraient aux caciques des départements un ensemble de prérogatives que détenait le pouvoir central. La république fédérale, approximativement, aurait eu la même fonction et la même "efficacité".

    Ont totalement raison les régions, les provinces qui condamnent le centralisme, ses méthodes et ses institutions. Elles ont totalement raison lorsqu'elles dénoncent un système qui concentre dans la capitale toute l'administration de la République. Mais elles se trompent gravement lorsqu'elles pensent, trompées par un mirage, que la décentralisation suffirait à elle seule à résoudre leurs problèmes essentiels. Le gamonalisme, au sein de la République centraliste et unitaire, est l'agent de la capitale dans les régions et les provinces. De tous les défauts, de tous les vices du régime centraliste, le gamonalisme est solidaire et responsable. De ce fait, si la décentralisation ne sert à rien d'autre qu'à placer l'administration régionale et locale directement sous le contrôle des gamonales, la substitution d'un système par un autre n'apportera ni ne permettra aucun remède à aucun mal profond.

    Luis E. Valcárcel s'est donné pour tâche de démontrer "la survivance de l'Inkario sans l'Inka". C'est là une œuvre autrement plus intéressante que les controverses dépassées de la vieille politique. C'est là un sujet, aussi, qui confirme l'idée que les préoccupations de notre époque ne sont plus superficiellement et exclusivement politiques, mais principalement économiques et sociales. Car le travail de Valcárcel touche dans le vif du sujet la question de l'Indien et de la terre. Il ne recherche pas sa solution dans le gamonalisme, mais dans l'ayllu.

    III.  LA RÉGION DANS LA RÉPUBLIQUE

    Nous en arrivons donc à l'un des problèmes substantiels du régionalisme : la définition des régions. Il me semble que nos régionalistes d'ancien type ne se le sont jamais posé de manière sérieuse ni réaliste ; omission conduisant inévitablement au caractère abstrait et à la superficialité de leurs thèses. Aucun régionaliste intelligent ne peut prétendre que les régions sont définies par notre organisation politique, c'est-à-dire que les "régions" seraient les "départements". Les départements sont des institutions politiques qui ne recouvrent aucune réalité ni encore moins une unité économique et historique. Le département, en fait, est une institution qui ne correspond à rien d'autre qu'une nécessité ou un critère fonctionnel du centralisme. Et l'on ne saurait concevoir un régionalisme qui condamne abstraitement le régime centraliste sans s'attaquer concrètement à ses divisions territoriales particulières. Le régionalisme se traduit logiquement en fédéralisme, ou du moins, en tout cas, en une forme concrète de décentralisation. Un régionalisme qui se contente de l'autonomie municipale n'est pas un régionalisme à proprement parler. Comme l'écrit Herriot, dans un chapitre de son livre Créer dédié à la réforme administrative : "le régionalisme doit superposer au département et à la commune un organe nouveau, la région".

    Mais cet organe n'a en réalité rien de nouveau, sinon comme organe politico-administratif. Une région ne naît pas d'une proclamation politique de l'État central. Une région a généralement des racines historiques plus anciennes que la nation elle-même. Pour revendiquer un peu d'autonomie vis-à-vis de cette dernière, elle doit précisément exister en tant que région. En France, nul ne peut contester la légitimité de la Provence, de l'Alsace, de la Lorraine ou encore de la Bretagne à se dire et se sentir régions. Ne parlons même pas de l'Espagne, où l'unité nationale est encore moins solide, ni de l'Italie, où elle est beaucoup plus récente. Dans ces deux derniers pays les régions se différencient nettement par la tradition, le caractère, la population et même la langue.

    Le Pérou, selon la géographie physique, se divise en trois régions : la côte, la sierra (les Andes) et le piémont ando-amazonien encore au-delà de cette dernière (au Pérou, la seule chose qui soit bien définie est pour ainsi dire la nature). Et cette division n'est pas seulement physique : elle transcende toute notre réalité sociale et économique. La piémont andin et la forêt amazonienne, sociologiquement et économiquement, ne signifient pas grand-chose. L'on peut en dire en substance qu'ils sont une colonie de l'État péruvien. Mais la côte et la sierra, en revanche, sont bel et bien les deux régions entre lesquelles se partage et sépare, de même que le territoire, l'essentiel de la population. La sierra est indigène ; la côte est espagnole ou métisse (comme on préfèrera la qualifier, étant donné que les notions d'"indigène" et "espagnol" on déjà ici une acception fort large). Je répèterai ici ce que j'ai écrit dans un article au sujet d'un livre de Valcárcel : "La dualité de l'histoire et de l'âme péruvienne, à notre époque, se précise comme un conflit entre la forme historique qui s'est élaborée sur la côte et le sentiment indigène qui survit dans la sierra, profondément ancré dans l'élément naturel. Le Pérou actuel est une formation côtière. La péruvianité actuelle s'est sédimentée dans les terres basses. Ni l'Espagnol ni le criollo[3] n'ont jamais su ni pu conquérir les Andes. Dans les Andes, l'Espagnol n'a jamais été qu'un pionnier ou un missionnaire. Et le criollo l'est lui aussi, jusqu'à ce que l'environnement andin n'éteigne en lui le conquistador et fasse de lui, peu à peu, un indigène".

    La race et la langue indigènes, délogées de la côte par la population et la langue espagnoles, apparaissent maussadement réfugiées dans la Cordillère. Par conséquent se concentrent dans la sierra tous les éléments d'une "régionalité", si ce n'est carrément d'une nationalité. Le Pérou côtier, héritier de l'Espagne et de la conquête, domine depuis Lima le Pérou andin ; mais il n'est pas assez fort démographiquement et spirituellement pour totalement l'absorber. L'unité péruvienne reste à faire ; et elle ne se présente pas comme la réunion, dans le cadre d'un grand État unique, de plusieurs anciens petits États ou villes libres. Au Pérou, le problème de l'unité est beaucoup plus profond car ce qu'il faut y résoudre n'est pas une pluralité de traditions locales ou régionales mais une dualité de races, de langues et de sentiments, née de l'invasion et de la conquête du Pérou autochtone par une race étrangère qui n'a réussi ni à fusionner avec la race indigène, ni à l'absorber ou l'éliminer.

    Le sentiment régionaliste, dans les villes et les circonscriptions où il est le plus profond et ne traduit pas un simple mécontentement d'une partie du gamonalisme, s'alimente évidemment bien qu'inconsciemment de ce contraste en la côte et la sierra. Le régionalisme, lorsque qu'il répond à ces impulsions-là, n'est plus un simple conflit entre la capitale et les provinces mais pointe du doigt le conflit entre le Pérou côtier et espagnol et le Pérou andin et indigène.

    Mais une fois définies ainsi les régionalités, ou mieux dit, les régions, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés dans notre examen concret de la décentralisation. Au contraire, l'on perd de vue cette question pour se tourner vers une autre beaucoup plus importante. Car la côte et la sierra, géographiquement et sociologiquement, sont deux régions ; mais elles ne peuvent pas l'être politiquement et administrativement. Les distances inter-andines sont plus importantes que celles entre les Andes et la côte. Les voies de pénétration sont plus importantes que les voies de communication longitudinales. Le développement des centres de production de la sierra dépend de leurs débouchés maritimes. Et tout programme positif de décentralisation doit s'inspirer, principalement, des nécessités de l'économie nationale. La finalité historique de la décentralisation n'est pas sécessionniste, mais au contraire de servir l'unité de pays. S'il faut décentraliser, ce n'est pas pour séparer et diviser mais pour assurer et perfectionner l'unité au sein d'une coexistence plus organique et moins coercitive. Régionalisme ne veut pas dire séparatisme.

    Ces constatations conduisent, par voie de conséquence, à la conclusion que le caractère imprécis et nébuleux du régionalisme péruvien et de ses revendications n'est autre qu'une conséquence de l'absence de régions bien définies.

    L'un des faits qui plaide le plus vigoureusement à l'appui de cette thèse, me semble être le fait que le régionalisme ne soit nulle part un sentiment plus sincère et profond que dans le Sud du Pérou, pour être précis, dans les départements de Cuzco, Arequipa, Puno et Apurímac. Ces départements constituent la plus définie et organique de nos régions. Les liens et les échanges entre eux maintiennent en fait en vie une très vieille unité : celle héritée des temps de la civilisation inca. Dans le Sud, la "régionalité" repose solidement sur le roc de l'histoire. La Cordillère des Andes en est le bastion.

    Le Sud est fondamentalement andin. Dans le Sud, la côte se rétrécit. Ce n'est plus qu'une mince et exiguë bande de terre, sur laquelle le Pérou côtier et métis n'a pas pu s'asseoir fortement. Les Andes s'avancent sur la mer, faisant de la côte une étroite corniche. Par conséquent, les villes ne se sont pas formées sur la côte mais dans la montagne. Sur la côte méridionale, il n'y a rien d'autre que de petits ports dans des criques. Le Sud a donc pu se maintenir andin, indigène en dépit de la conquête, de la vice-royauté et de la république coloniales.

    Vers le Nord, la côte s'élargit. Elle devient économiquement et démographiquement dominante. Trujillo, Chiclayo, Piura sont des villes d'esprit et de tonalité espagnols. Le trafic entre ces villes et Lima est facile et fréquent. Mais ce qui les rapproche le plus de la capitale, cela reste l'identité de tradition et de sentiment.

    Sur une carte du Pérou, mieux que par quelque confuse et abstraite théorie, se trouve ainsi expliqué le régionalisme péruvien.

    Le régime centraliste divise le territoire national en départements, mais il accepte et emploie, parfois, une division plus générale, celle qui réunit les départements en trois groupes : Nord, Centre et Sud. La Confédération péruvio-bolivienne de Santa Cruz avait quant à elle sectionné le Pérou en deux moitiés ; ce qui n'était pas, dans le fond, plus arbitraire que l'actuelle démarcation de la République centraliste. Sous les étiquettes de Nord, Centre et Sud sont regroupés des départements ou des provinces qui n'ont aucun rapport ni contact entre eux. Le terme de "région" apparaît ici appliqué de manière beaucoup trop conventionnelle.

    Ni l’État ni les partis politiques n'ont jamais réussi, cependant, à définir d'une autre manière les régions péruviennes. Le Parti démocrate, au fédéralisme théorique duquel j'ai déjà fait référence précédemment, a appliqué ce principe à son organisation interne, plaçant au-dessous du comité central trois comités régionaux au Nord, au Centre et au Sud (du fédéralisme de ce parti, l'on pourrait donc dire qu'il fut un fédéralisme à usage interne). La réforme constitutionnelle de 1919, en instituant les congrès régionaux, a sanctionné la même subdivision du pays.

    Mais cette subdivision, comme celle des départements, correspond caractéristiquement et exclusivement à une conception centraliste. C'est une opinion, une thèse centraliste. Les régionalistes ne peuvent l'adopter sans paraître imprégnés des présupposés et des concepts particuliers de la mentalité métropolitaine. Toutes les tentatives de décentralisation ont souffert, précisément, de ce vice originel.


    [Donc, par rapport à ce qu'il peut y avoir d'universel dans les thèses exposées ici, nous disons que notre "occitanisme" et plus largement notre "libérationisme" des nationalités renfermées dans l’État français ne veut pas être et ne sera pas au service des intérêts des notables et du petit ou moyen capitalisme local, comme tel est généralement l'esprit des discours "décentralisateurs" depuis un siècle ou plus (CELIB en Bretagne, rocardisme de manière générale – et c'est une vérité que la confusion entre cela et les aspirations populaires est présente dans beaucoup de mouvements d'affirmation nationalitaires en Europe) ; et que son objectif principal doit être la résolution des problèmes sociaux de nos territoires... y compris, quelque part, de la question raciale : en effet, la construction du "Blanc" (comme "glacis stratégique" de la bourgeoisie capitaliste-impérialiste) se confond largement dans l'État français avec celle du "Français" ; si bien qu'en rejetant cette identité "française" (en combattant la périphérisation socio-économique historique qui en est la base matérielle), en nous concevant et réaffirmant comme ce que nous sommes réellement, nous nous "déconstruisons en tant que Blancs" ou plutôt (en langage plus matérialiste) nous faisons voler en éclat le "glacis stratégique" et portons un coup sérieux au Pouvoir bourgeois impérialiste, servant par là la libération de tous les peuples colonisés ou semi-colonisés et racisés de la planète, y compris leurs immigrations de travail à l'intérieur de la métropole, réalité évidemment très présente en Occitanie.

    Bien entendu, s'il est utile de le préciser (mais apparemment c'est toujours utile...), au-delà de ces aspects de valeur universelle, nous ne "comparons" pas notre situation à celle du Pérou que Mariátegui caractérise comme un pays COLONIAL, frappé d'abord et avant tout par une dualité SOCIO-RACIALE.]


    IV.  DÉCENTRALISATION CENTRALISTE 

    Les formes de décentralisation mises à l'essai dans l'histoire de la République ont donc toujours souffert de ce vice originel, d'être de conception et de dessein absolument centralistes. Les partis et les caudillos ont adopté de multiples fois, par opportunisme, le thème de la décentralisation. Mais lorsqu'ils ont tenté de mettre celle-ci en application, ils n'ont pas su ni pu se mouvoir en dehors de la praxis centraliste. 

    Cette force gravitationnelle centraliste s'explique parfaitement. Les aspirations régionalistes n'ont jamais constitué un programme concret ni proposé une méthode définitive de décentralisation ou d'autonomie, du fait qu'elles traduisaient, en lieu et place d'une revendication populaire, un sentiment féodal. Les gamonales se préoccupaient uniquement d'accroître leur pouvoir féodal. Ils ne réussissaient, dans le meilleur des cas, qu'à balbutier le mot "fédération". Par conséquent, les formules de décentralisation demeuraient un pur produit de la capitale. 

    La capitale n'a jamais défendu non plus avec beaucoup d'ardeur, ni avec beaucoup d'éloquence sur le terrain théorique, le régime centraliste ; mais sur le plan de la pratique, elle a su et pu conserver intacts ses privilèges. En théorie, elle n'a jamais eu trop de difficultés à faire quelques concessions à l'idée de décentralisation administrative. Mais les solutions recherchées à ce problème étaient systématiquement coulées dans le moule des conceptions et des intérêts centralisateurs, à l'image du premier essai effectif que fut l'expérience des conseils départementaux à travers la loi des municipalités de 1873 (l'expérience fédéraliste de Santa Cruz, trop brève, restera en dehors de cette étude, non seulement pour sa brièveté mais pour son caractère de concept supranational imposé par un homme d’État dont l'idéal était, fondamentalement, l'union du Pérou et de la Bolivie). 

    Ces conseils départementaux de 1873 montraient non seulement dans leur facture, mais aussi dans leur inspiration leur esprit centraliste. Leur modèle avait tout simplement été recherché et trouvé... en France, pays s'il en est de la centralisation à outrance. Nos législateurs prétendaient adapter au Pérou, comme réforme décentralisatrice, un système de la Troisième République française qui venait de naître totalement enferrée dans les principes centralisateurs du Consulat et de l'Empire. 

    La réforme de 1873 apparaît par conséquent comme l'exemple type de décentralisation centraliste. Elle ne signifiait pas la satisfaction de revendications précises du sentiment régional. Bien au contraire, les conseils départementaux contrariaient ou balayaient tout régionalisme organique étant donné qu'ils renforçaient la division artificielle de la République en départements, c'est-à-dire en circonscriptions administratives au service du régime centraliste. 

    Dans un essai sur le régime administratif local, Carlos Concha prétend que "l'organisation donnée à ces institutions, calquée sur la loi française de 1871, ne correspondait pas à la culture politique de l'époque". Ceci est un jugement typiquement civiliste, porté sur une réforme elle aussi civiliste. Les conseils départementaux échouèrent, en réalité, pour la bonne et simple raison qu'ils ne correspondaient absolument pas à la réalité historique du Pérou. Ils étaient destinés à transférer au gamonalisme régional une partie des prérogatives du pouvoir central, l'enseignement primaire et secondaire, la justice, les services de gendarmerie et la garde civile. Et le gamonalisme régional n'avait pas, en vérité, grand intérêt à assumer toutes ces prérogatives, en plus de n'avoir aucune aptitude à le faire. Le fonctionnement du système était, en outre, beaucoup trop compliqué. Les conseils étaient des espèces de petits parlements élus par les collèges électoraux de chaque département et les membres des municipalités provinciales. Les grands caciques voyaient naturellement dans ces parlements une machine inextricable. Leurs intérêts réclamaient quelque chose de plus simple dans sa composition et son maniement. Que pouvait leur importer, par ailleurs, l'instruction publique ? Ces préoccupations fastidieuses étaient bonnes pour le pouvoir central. Les conseils départementaux ne satisfaisaient, par conséquent, ni le peuple laissé en dehors du jeu politique, surtout les masses paysannes, ni les seigneurs féodaux et leurs clientèles. L'institution était au final complètement artificielle. 

    La guerre de 1879 mit finalement un point final à la tentative, mais les conseils avaient déjà échoué depuis longtemps. Il avait été démontré en pratique, au long de leurs quelques années d'existence, qu'ils étaient incapables de remplir leurs missions. Lorsqu'au sortir de la guerre [guerre contre le Chili durant laquelle une grande partie du pays avait été occupée, et des territoires annexés encore jusqu'à ce jour NdT] se fit sentir le besoin de réorganiser l'administration, plus personne ne jeta un seul regard à la loi de 1873. 

    La loi de 1886, qui créa les juntes départementales, correspondait à la même orientation. La différence était que cette fois, le centralisme devait beaucoup moins se préoccuper formellement d'une décentralisation de façade. Ces juntes fonctionnèrent jusqu'en 1893 sous la présidence des préfets. Sur le principe, elles étaient totalement subordonnées à l'autorité du pouvoir central. 

    Ce que proposait réellement cette apparence de décentralisation, ce n'était pas l'établissement d'un régime graduel d'autonomie administrative des départements. L’État n'avait pas créé les juntes pour satisfaire les aspirations régionales. Ce dont il s'agissait, c'était de réduire ou de supprimer la responsabilité du pouvoir central dans la répartition des fonds disponibles pour l'enseignement et la voirie. Tout l'appareil administratif demeurait rigidement centralisé. Aux départements n'était reconnue d'autre indépendance administrative que ce que l'on pourrait appeler l'autonomie de leur misère. Chaque département devait à ses frais, le pouvoir central s'épargnant ce souci, construire les écoles que l'on consentait à lui laisser construire et ouvrir ou réparer les routes qu'on l'autorisait à ouvrir ou réparer. Les juntes n'avaient d'autre objet que le partage entre les départements du budget de l'éducation et des travaux publics. 

    La preuve que ceci était la véritable signification des juntes départementales nous est apportée par leur dépérissement et leur suppression. À mesure que le service public se rétablissait des conséquences de la guerre de 1879, le pouvoir central recommença à assumer les fonctions précédemment déléguées aux départements. Le gouvernement prit intégralement en main l'instruction publique. L'autorité du pouvoir central s'accrut en proportion du budget général de la République. Les recettes fiscales départementales commencèrent à représenter peu de chose à côté des recettes de l’État. Et comme conséquence de ce déséquilibre, se renforça à nouveau le centralisme. Les juntes départementales, remplacées par le pouvoir central dans les fonctions éphémères que celui-ci leur avait confiées, s'atrophièrent peu à peu. Lorsqu'il ne leur resta plus d'attributions secondaires que la révision des actes des municipalités et quelques autres fonctions bureaucratiques dans l'administration départementale, elles furent enfin supprimées. 

    La réforme constitutionnelle de 1919 n'a pas pu s'abstenir de donner une satisfaction, formelle du moins, au sentiment régionaliste. Mais la plus audacieuse de ses mesures décentralisatrices, l'autonomie municipale, n'a pas encore été à ce jour appliquée. Le principe d'autonomie municipale a été intégré à la Constitution de l’État, mais rien n'a été en réalité touché aux mécanismes et à la structure du régime local. Au contraire, celle-ci a même régressé : c'est désormais le gouvernement qui nomme les municipalités. 

    En revanche, l'on a cherché à expérimenter sans attendre le système des congrès régionaux. Ces parlements du Nord, du Centre et du Sud sont des espèces de filiales du Parlement national. Ils sont mis en place pour la même durée, lors de la même période électorale. Ils naissent de la même matrice et à la même date. Ils ont pour mission de voter une législation subsidiaire et additionnelle. Leurs propres auteurs sont certainement déjà convaincus qu'ils ne servent à rien. Six années de cette expérience suffisent à en juger et à n'y voir, en dernière instance, qu'une parodie absurde de décentralisation. 

    Il n'y avait pas besoin, en réalité, de cette preuve pour savoir à quoi s'attendre au regard de leur efficacité. La décentralisation à laquelle aspire le régionalisme n'est pas législative mais administrative. On ne peut concevoir l'existence d'une assemblée délibérante ou d'un parlement régional sans un organe exécutif correspondant. Multiplier les législatures n'est pas décentraliser. 

    Les congrès régionaux n'ont même pas réussi à décongestionner le Congrès national, dans les deux chambres duquel restent débattus des sujets locaux. 

    Le problème, en somme, est demeuré intégralement sur pied. 

    V.  LE NOUVEAU RÉGIONALISME 

    J'ai jusqu'ici examiné la théorie et la pratique du régionalisme d'ancien type. Il me faut maintenant formuler mon point de vue sur la décentralisation et exposer concrètement en quels termes, selon moi, se pose désormais le problème pour la nouvelle génération. 

    La première chose qu'il convient d'éclaircir est la solidarité ou le compromis auxquels sont progressivement parvenus le gamonalisme régional et le régime centraliste. Le gamonalisme a pu par le passé se manifester de manière plus ou moins fédéraliste ou anti-centraliste, tandis que dans le même temps s'élaborait et mûrissait cette solidarité. Mais depuis qu'il s'est converti en le meilleur instrument, le plus efficace agent du régime centraliste, il a également renoncé à toute revendication désagréable pour ses alliés de la capitale. 

    Il semble bien falloir déclarer caduque la vieille opposition entre centralistes et fédéralistes de la classe dominante ; opposition qui, comme je l'ai fait remarquer tout au long de cette étude, n'a de toute façon jamais pris une tournure réellement dramatique. L'antagonisme théorique a fini par se résoudre dans un accord pratique. Seuls les gamonales en position de défaveur auprès du pouvoir central peuvent encore se montrer disposés à une attitude régionaliste que, bien évidemment, ils sont résolus à abandonner à peine viendrait à s'améliorer leur fortune politique. 

    Il n'existe plus désormais, au premier plan, de problème de la forme de gouvernement. Nous vivons à une époque où l'économie domine et absorbe la politique de manière beaucoup trop évidente. Dans tous les pays du monde, on ne discute plus simplement des mécanismes d'administration mais, principalement, des bases économiques de l'État. 

    Dans la sierra subsistent, beaucoup plus enracinés et forts qu'ailleurs, les résidus de la féodalité espagnole. La nécessité la plus impérieuse pour notre progrès national est la liquidation de cette féodalité, qui constitue une survivance de l'ère coloniale. L'émancipation, le salut de l'Indien, est aujourd'hui le programme et l'objectif de la rénovation péruvienne. Les hommes nouveaux veulent que le Pérou repose sur des ciments biologiques naturels. Ils sentent la nécessité d'instaurer un ordre social plus péruvien, plus autochtone. Et les ennemis historiques et logiques de ce programme sont les héritiers de la Conquête, les descendants des colons. Autrement dit les gamonales. Il n'y a sur ce point aucune équivoque possible. 

    Par conséquent s'impose la répudiation absolue, le rejet radical d'un régionalisme qui trouve son origine dans des sentiments et intérêts féodaux, et qui, par là, vise comme objectif essentiel au renforcement du pouvoir gamonaliste. 

    Le Pérou doit choisir entre le gamonal et l'Indien. Tel est son dilemme. Il n'existe pas de troisième voie. Une fois posés les termes de ce dilemme, toutes les questions d'architecture du régime passent au second plan. Ce qui importe réellement aux hommes nouveaux, c'est que le Pérou se prononce contre le gamonal et pour l'Indien. 

    Comme conséquence de ces idées et de ces faits qui nous placent chaque jour avec plus de force devant cet inévitable dilemme, le régionalisme commence à se différencier et se séparer en deux tendances nettement distinctes. Ou plutôt, il commence à apparaître un nouveau régionalisme. Ce nouveau régionalisme n'est pas une simple protestation contre le régime centraliste : c'est une expression de la conscience et du sentiment andins. Les nouveaux régionalistes sont, avant tout, indigénistes. On ne peut les confondre avec les anti-centralistes de la vieille école. Valcárcel aperçoit intactes, sous la meuble couche sédimentaire du colonialisme, les racines de la société inca. Son œuvre, plus que régionale, est cuzquègne, andine, quechua. Elle s'alimente du sentiment indigène et de la tradition autochtone. 

    Le problème central, pour ces régionalistes, est celui de l'Indien et de la terre. Et en cela, leur pensée coïncide totalement avec celle des hommes nouveaux de la capitale. On ne peut plus parler, à notre époque, de contraste entre la capitale et la région, mais plutôt de conflit entre deux mentalités, deux idéaux, l'un qui décline, l'autre en pleine ascension, l'un et l'autre représentés et répandus sur la côte comme dans la sierra, dans la province comme dans l'urbs. 

    Ceux qui, parmi les jeunes gens, persistent à parler le même langage vaguement fédéraliste que les vieux, se trompent de voie. Il appartient à la nouvelle génération de construire, sur un solide ciment de justice sociale, l'unité péruvienne. 

    Une fois ces principes posés, une fois ces finalités admises, tout désaccord éventuel émanant d'égoïsmes régionaux comme centralistes est écarté et exclu. La condamnation du centralisme va de pair avec celle du gamonalisme, et ces deux condamnations reposent sur une même espérance et un même idéal. 

    L'autonomie municipale, l'auto-gouvernement, la décentralisation administrative ne peuvent plus être discutés ni négociés en tant que tels, mais doivent au contraire, du point de vue d'une intégrale et radicale rénovation, être considérés et appréciés en relations avec la question sociale. 

    Aucune réforme qui renforcerait le gamonal contre l'Indien, pour autant qu'elle puisse paraître satisfaire un sentiment régionaliste, ne peut être considérée comme une réforme bonne et juste. Au-dessus de quelque triomphe formel de la décentralisation et de l'autonomie que ce soit, trônent les revendications substantielles de la cause indienne, inscrites en première page du programme révolutionnaire de l'avant-garde.

    [Sur ces deux dernières parties, les choses ne peuvent pas être plus claires : Mariátegui n'est PAS centraliste, pas "jacobin". Il ne considère pas qu'une construction historique donnée, une construction historique de classe, comme le Pérou ancienne colonie espagnole mais comme aussi (en vérité) tout État bourgeois de la mappemonde actuelle, serait "indépassable" sinon vers un "universel" suffisamment utopique et abstrait pour que nul (pas même celui qui en parle) n'ait trop à le craindre.

    Il est pour un "régionalisme" révolutionnaire, ce "nouveau régionalisme" dont il salue explicitement l'émergence. Il rejette formellement le régionalisme réactionnaire, expression des intérêts d'une caste exploiteuse locale (les gamonales, les colons dans le cas péruvien). Il rappelle aussi que non seulement cette "décentralisation"-là doit être rejetée, mais que l'idée même de "décentralisation" peut être reprise et utilisée par le pouvoir central (représentant les intérêts de la bourgeoisie "principale", du Centre capitalistique de l’État) pour rendre plus efficace son appareil de domination.

    Mais il n'est absolument pas hostile au "régionalisme" qui exprime les aspirations populaires à la LIBÉRATION. En définissant au préalable, bien entendu, quelle oppression et donc quelle libération est la clé pour renverser l'ordre social existant ; et au Pérou c'est bien entendu celle de "l'Indien", la libération des masses indigènes des griffes du gamonalisme colonial – ensuite seulement, l'on verra quel régime d'autonomie locale appliquer ici et là sous le Nouveau Pouvoir du Pérou libéré.

    Ici, la problématique "pilier" a deux aspects. La bourgeoisie "principale", celle de Paris et du Bassin parisien, s'est d'abord (appuyée sur la monarchie capétienne) taillée un "Empire" européen : ce que l'on appelle aujourd'hui la "France métropolitaine", "absorbant" et subordonnant les bourgeoisies (et aristocraties, à l'époque) locales et transformant les masses de producteurs en force de travail de son accumulation capitaliste. Puis elle s'est taillée un (immense) Empire colonial esclavagiste puis semi-esclavagiste outre-mer, hors d'Europe, qui persiste aujourd'hui sous des formes rénovées ("nos compatriotes d'outre-mer", ou alors des pays pseudo-"indépendants" totalement "tenus" par le Capital impérialiste BBR). Enfin, dernière étape en date, une partie de ces populations colonisées d'outre-mer a été amenée en "métropole" pour (concrètement) y prendre la place des couches laborieuses "métropolitaines" (blanches) qui s'étaient "petit-embourgeoisées" au cours des dites "Trente Glorieuses".

    L'Empire colonial et ses "représentants" en métropole, soumis au racisme structurel des institutions et de la société blanche, sont très clairement le problème fondamental, le support de toute la structure et (pour reprendre les mots de Marx au sujet de l'Irlande par rapport à la classe ouvrière anglaise) le secret de l'impuissance de la classe ouvrière blanche "métropolitaine". Tant parce que nous sommes capables (aussi !) d'être sensibles à l'intérêt des autres (celui de ces Peuples surexploités en l'occurrence) que parce que nous savons y voir à long terme le nôtre, ces luttes de libération-là sont à soutenir de manière inconditionnelle.

    Mais ces luttes, le passé l'a montré, ne sauraient aboutir pleinement à une libération TOTALE si la "métropole" reste intacte, sans renversement révolutionnaire de celle-ci. Et c'est là que NOS luttes de libération, celles des Peuples travailleurs (blancs) de "métropole" qui de francisation en francisation ont été transformés en "glacis stratégique" (la "société civile" selon Gramsci) de la bourgeoisie capitaliste-impérialiste tricolore, entrent en scène : en affrontant nos PROPRES problématiques (l'intérêt économique qui régit nos territoires relégués est toujours en dernière analyse celui du Grand Capital parisien, et de la petite bourgeoisie franchouillarde qui forme sa "garde rapprochée" - sous forme de cadres "cherche-soleil" ou de touristes ; ceci s'accompagnant d'une annihilation linguistique, culturelle, mémorielle historique afin que nous soyons bien serviles comme il faut), nous permettons de faire voler en éclat le "glacis" de "société civile" et de détruire en quelque sorte (de façon imagée) la tête de la tique, sans quoi celle-ci se reformera toujours en suçant le sang de la planète entière.

    Tel est, sur la base et face à cette double problématique, le sens de notre "régionalisme" ; exactement comme le "régionalisme" soutenu par Mariátegui était celui exprimant la soif de libération des grandes concentrations géographiques indigènes.]

    Mariátegui : Régionalisme et Centralisme (première partie)


    [1] Système semi-féodal hérité du colonialisme. Contre l’autorisation de cultiver une parcelle de terre, le propriétaire exigeait du paysan qu’il travaille à l’hacienda et qu’il accomplisse toutes sortes de tâches pour le patron : semer sur ses terres, servir de domestique (pongo) chez le maître, vendre sa production au propriétaire au prix fixé par ce dernier, etc., pour ne citer que quelques abus parmi beaucoup d’autres.

    Le terme peut aussi désigner plus largement toute l'inégalité sociale (et raciale, coloniale !) consacrée par ce système dans les campagnes ; ceux qui en bénéficient – autorités, clergé, propriétaires fonciers blancs et métis – étant appelés les gamonales.

    Pour Mariátegui, le gamonalisme ne désigne donc pas seulement une catégorie sociale et économique mais l'ensemble d'un phénomène qui est représenté non seulement par les gamonales proprement dits, mais qui comprend également une ample hiérarchie de fonctionnaires, d'intermédiaires, d'agents, de parasites etc., soulignant que le facteur central du phénomène est l'hégémonie de la grande propriété semi-féodale dans la politique et dans le mécanisme de l’État, et que l'on doit s'attaquer à cette racine.

    [2] Nous reprenons ici tel quel le terme employé par Mariátegui, bien que le terme correct soit évidemment "indigène" et devrait peut-être même être tout simplement "Américain" (les indigènes d'Amérique n'ont évidemment rien à voir avec l'Inde, que Christophe Colomb croyait par erreur avoir atteinte en 1492) ; et qu'il soit désormais considéré comme tout aussi péjoratif que "nègre" (qui était lui aussi largement employé dans la littérature communiste, et par les mouvements noirs des État-Unis et des colonies eux-mêmes, à cette même époque).

    [3] Blanc descendant des colons espagnols, en Amérique latine.

    Mariátegui : Régionalisme et Centralisme (première partie)


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  • ... l'"anticapitalisme romantique" fasciste c'est la poursuite d'un capitalisme "non-financier", autrement dit antérieur à la fusion (entre le milieu et la fin du 19e siècle) des capitaux industriels et bancaires en Capital financier monopoliste ; ce qui signifie quelque part antérieur à la révolution industrielle elle-même, et à la révolution politique bourgeoise qui en a été le préalable nécessaire ; DONC un retour au petit capitalisme artisanal et corporatiste d'Ancien Régime.

    Comme cela n'est (évidemment) pas possible, ce corporatisme est en réalité mis au service... des monopoles, du capitalisme financier (pourtant dénoncé) lui-même, sous la forme d'une "association Capital-Travail".

    Et d'ailleurs, dans l’État français, après la brève expérience de Vichy, ce sont les régimes... des Trente Glorieuses, la IVe et la Ve République, qui ont essentiellement mis en place un tel système.

    Mais alors du coup, un régime fasciste, entendu comme rupture radicale par rapport à l'antérieurement existant... POURQUOI FAIRE ?

    Il semble bien, en 2017 après Jésus-Christ, qu'il faille voir la fascisation rampante de l'ordre bourgeois comme un durcissement et un perfectionnement de la contre-révolution préventive. Comme "rupture" violente et radicale pour faire entrer un État bourgeois archaïque (comme l'Allemagne et encore plus l'Italie, l’État espagnol, l'Autriche, le Japon etc.) dans l'ère pleine et entière des monopoles triomphants et de la contre-révolution préventive, un tel régime n'est plus nécessaire.


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  • Il y a 146 ans jour pour jour expirait, dans les fleuves de sang de la répression ordonnée par l'homme de centre-gauche Adolphe Thiers, la Commune de Paris : la plus mondialement connue des Communes de cette "année terrible" (les autres se situant pour la plupart dans la moitié méridionale de l'Hexagone, en Occitanie et Arpitanie : Marseille, Narbonne, Toulouse, Limoges, Lyon, Saint-Étienne, sans compter une nombre incalculable de petits patelins), qui furent les PREMIÈRES EXPÉRIENCES DE POUVOIR RÉVOLUTIONNAIRE DU PROLÉTARIAT de l'Histoire.

    Si vous n'avez pas cliqué "retour" dès votre arrivée sur ce site communiste, c'est qu'il est à peu près inutile de s'étendre sur cet épisode historique que vous connaissez certainement par cœur.

    Mais une chose sur laquelle on attire usuellement peu, pour ne pas dire pas du tout l'attention, est la suivante.

    À l'avènement de Napoléon Bonaparte et du 19e siècle, vers 1800, Paris comptait quelque part entre 550.000 et 600.000 habitant.e.s, intégralement compris à l'intérieur de l'enceinte dite "des Fermiers généraux". L'agglomération s'étendra progressivement au-delà jusqu'à de nouvelles fortifications édifiées (déjà par Thiers...) sous la Monarchie de Juillet (1841-44) et qui deviendront en 1860 (Haussmann) les nouvelles limites de la Ville de Paris telle que nous la connaissons ; puis encore au-delà...

    Le graphique ci-dessous montre bien la population de l'unité urbaine (agglomération) qui "décroche" de celle de la ville autour de 1835, puis est rattrapée par elle avec l'agrandissement de 1860, mais en décroche à nouveau presque instantanément, etc.

    Commune de Paris, Commune d'immigrés !

    Bref, lorsqu'est proclamée la Commune en mars 1871, ce sont quelque chose comme 2,2 ou 2,3 millions d'habitant.e.s qui peuplent le Grand Paris avec sa naissante banlieue ; soit pratiquement le QUADRUPLE (+300%) de la population du début du siècle.

    Il est bien évident que ceci n'est pas le résultat du seul accroissement naturel : durant la même période, la population générale de l’Hexagone n'a augmenté que de 28%.

    Du fait du développement et de la CONCENTRATION de l'activité capitaliste, de son "aspiration" (en quelque sorte) de la richesse et des ressources naturelles et HUMAINES, la capitale de l’État moderne français s'était tout simplement, durant ces 70 années et encore par la suite jusqu'à nos jours (pour dépasser actuellement les 10 millions d'habitant.e.s...), peuplée de ce que l'on appelle communément des IMMIGRÉ.E.S.

    Un grand nombre de ces personnes venaient, déjà, de l'extérieur de l’État français ; et beaucoup plus encore, surtout, des provinces de celui-ci qui en 1789 étaient encore "réputées étrangères" et où de fait moins de la moitié de la population parlait, encore sous le Second Empire, un français à-peu-près correct [voir par exemple cet ouvrage : https://books.google.fr/books?id=66e9DAAAQBAJ&pg].

    Des gens, exactement comme aujourd'hui, quittant leur chez-eux attirés par l'espoir d'une vie économiquement meilleure là où la richesse pompée de toute part se concentre. S'entassant, arrivés sur place, dans les taudis misérables et lugubres que les lecteurs du colonialiste bien-pensant Hugo et de l'anti-communard Zola connaissent bien ; fournissant dans les usines la dose de SUREXPLOITATION dont le capitalisme a besoin pour permettre l'exploitation "simple" des "déjà-là" (leur permettre d'être "plus égaux que les autres" en quelque sorte), exactement comme par la suite avec l'immigration essentiellement européenne (des marges périphériques de l'Europe) de la première moitié du 20e siècle puis avec l'immigration coloniale de la seconde moitié ; et confrontés à toutes sortes de vexations xénophobes : ainsi le terme "baragouin", désignant un "sabir" étranger incompréhensible, vient-il des mots bretons bara et gwin (pain et vin) que prononçaient les nouveaux arrivants en quête d'une auberge dans la capitale ; le terme de "bougnats" pour désigner les Occitans auvergnats viendrait de "du boùn y a", littéral équivalent de "y'a bon", etc. etc.

    Et ce sont donc ces gens qui, écrasés de misère, feront en 1871 la Commune ; première grande expérience révolutionnaire du prolétariat dans l'histoire de l'humanité.

    Voilà qui serait toujours bon à rappeler face à un certain nombre de choses : une certaine tendance au PARISIANISME DE GAUCHE qui exalte et appelle à son renfort l'expérience communarde en effaçant littéralement les dizaines d'autres situées en province et en l'opposant (justement) à une province soi-disant "réactionnaire", tout d'abord ; les tentatives de récupération par une certaine extrême-droite, mais aussi par la France Insoumise de Mélenchon, au service du patriotisme étatique français ensuite (il est certes vrai qu'aux côtés du drapeau rouge les drapeaux tricolores pouvaient être présents, la Commune étant tout de même née de la défense militaire de la ville contre le siège prussien, mais bon...) ; sans parler des discours de certains "communistes" "maoïstes" sur une immigration qui "abîme(rait) le tissu prolétarien national" et "divise(rait) les masses en faisant s'installer des centaines de milliers de personnes issues des campagnes et pétries d'idéologie semi-féodale"...

    Il y a bel et bien un roman national de gauche qui fait de Paris, et éventuellement de quelques grandes villes comme Lyon, les "phares" de la lutte révolutionnaire ; et des campagnes un ramassis de "bouseux" arriérés, cléricaux et conservateurs. Et puis il y a les FAITS qui sont que les "classes dangereuses" du 19e siècle, couches les plus pauvres et opprimées du prolétariat qui faisaient trembler l'ordre bourgeois et sur lesquelles la maréchaussée ne relâchait pas la pression, étaient massivement constituées de cette immigration de la "province" vers Paris ou de ces campagnes "patoisantes", soi-disant arriérées et réactionnaires, vers les grandes villes à la bourgeoisie francisée et "moderne" de longue date (mais ce n'était pas elle qui était sur les barricades !)... Et que, c'est une certitude mathématique, peut-être la moitié ou pas loin de la moitié des Communards (Parisiens de classe populaire en âge de tenir une arme) n'étaient pas nés à Paris ; et sans doute une majorité était soit dans ce cas, soit du moins de parents dans ce cas.

    Faits soigneusement occultés par le "roman national de gauche", ce qui conduit inéluctablement à des raisonnements comme celui des "matérialistes.com" ('p''c'F'mlm') que nous venons de citer ; raisonnements selon lesquels les récents arrivants dans un territoire industrialisé seraient un "danger" de "décomposition du tissu prolétarien" et de "contamination" (en quelque sorte) par des "idéologies semi-féodales réactionnaires" (ceci s'adresse aujourd'hui, évidemment, aux migrants venant du "Tiers Monde" impérialisé).

    Nous RÉAPPROPRIER cette formidable page de gloire révolutionnaire comme étant AUSSI LA NÔTRE, au-delà de seulement rappeler que nous avons nous aussi eu nos Communes en Occitanie, est donc une nécessité de notre combat de réaffirmation en tant que Peuple dans le cadre de notre lutte de classe ; et plus largement, du combat contre toutes les négations des Peuples au profit d'une pseudo-identité "révolutionnaire française" constitutive du "roman national de gauche" au service de la bourgeoisie.


    Òsca la Comuna !

    Commune de Paris, Commune d'immigrés !


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