• http://nosinfo.org/index.php/rubricas/politica/item/821-les-anges-les-gilets-jaunes-et-le-chemin-de-la-revolution-en-occitania

    [Lire aussi nos deux précédents articles d'arguments et d'analyses : au-lendemain-du-weekend-fatidique-retour-sur-le-mouvement-des-gilets-jaunes - mouvement-du-17-novembre-quelques-reflexions-et-debats]

    Les anges, les gilets jaunes et le chemin de la révolution en Occitània.

    Début octobre une pétition est lancée par une jeune femme sur internet contre l’augmentation du prix de l’essence. En effet le gouvernement a augmenté les taxes de 7 centimes de plus sur le diesel et 4 centimes sur l’essence en 2018. En un an, le gazole a grimpé de 23 % et l’essence de 14 %. La pétition est devenue virale et de nombreuses personnes ont appelé à bloquer l’État français le 17 novembre en arborant le gilet jaune. Plus de 80% des citoyens français trouvent légitime ce mouvement, et pour cause. 

    Malheureusement les gens de gauche et la gauche sont totalement coupés des masses et ne savent donc pas sur quel pied danser. Les syndicats ne soutiennent pas ce mouvement (sous prétexte de la présence de l’extrême droite), mais logiquement la nature ayant horreur du vide cela permet à l’extrême droite d'essayer de s'en emparer. Pire l’argument écologique est utilisé pour discréditer ce mouvement, comme si cette révolte était une volonté délibérée de polluer. La position sur les gilets jaunes est encore un bel exemple de la faillite totale de la social-démocratie et du gauchisme. 

    Pourtant il serait simple de constater que la majorité des travailleurs dépendent de leur voiture pour travailler, donc vivre. On dépense en Hexagone en moyenne 3 300 € pour son véhicule dont 1 500 € d’essence par an, soit 125 € par mois. Mais il faut noter que beaucoup de travailleurs vivent souvent dans les périphéries, l’accès à la propriété étant impossible dans les centres villes, et roulent donc plus que les citadins qui ont d’ailleurs accès à un réseau de transport en commun. Pour le peuple des campagnes la situation est encore plus complexe, la voiture étant juste obligatoire pour faire n’importe quelle chose de la vie courante. L’Occitània est un territoire où la ruralité est encore très forte, nous sommes donc très sensibles à cette problématique. Le salaire médian français est de 1700 €, on voit donc que la voiture est un poste de dépense important. Le prix élevé de l’essence est dû aux taxes et non aux spéculations du marché mondial du pétrole, l’État ponctionne 60% sur chaque litre, c’est un des impôts les plus élevés et injuste car touchant plus les pauvres que les riches. Tout le monde se rend compte, de plus, que même si le baril baisse cela ne se reflète pas à la pompe. De plus, l’augmentation de l’essence va se répercuter sur l’alimentation et toute notre vie car 88% des marchandises sont transportées par camion. Le gouvernement veut de plus rogner sur l’avantage fiscal sur l’essence que les routiers ont. Les artisans vont devoir aussi augmenter leurs prix car ce sont des professions où la mobilité est nécessaire. Les paysans seront eux aussi affectés. Bref, l’ensemble des travailleurs vont être touchés, possesseurs d'un véhicule ou non.  

    Le propriétaire d’une voiture est devenu l’esclave de l’outil, car la voiture dans cette société est incontournable. Les gilets jaunes posent justement cette problématique au fond. 

    Au vu de tout cela, il est très problématique que la gauche ne soutienne pas ce mouvement sous prétexte qu’il serait poujadiste. Comment la révolte contre l’augmentation de l’essence peut-elle être du poujadisme, quand cela touche toute la société comme nous l’avons vu ? Que le RN et toute l'extrême droite essayent de s’emparer de cela est bien normal, ils ont compris le sens profondément populaire de la révolte, à nous de les en empêcher.   

    Un système impérialiste mondial en crise. 

    Les classes populaires et l’ensemble du peuple voient leur niveau de vie violemment attaqués par l’augmentation de tout. C’est l’expression de la crise mondiale du système impérialiste. L’impérialisme français est en crise et l’État pour pallier à la baisse des profits doit ponctionner toujours plus les masses populaires qui forcément vont réagir. La gauche, qui historiquement luttait contre l’impôt injuste, a complètement laissé ce sujet central à l’extrême droite. Est-il juste de ponctionner les gens de manière toujours plus inégalitaire sans qu’ils n’aient aucun contrôle sur les dépenses ? Bien sûr, on nous répondra qu’ils peuvent voter, mais qui croit encore que le Parlement croupion décide de quoi que ce soit (52% d’abstention aux législatives de 2017 soit 20 millions de personnes). 

    L’impérialisme français a été affaibli par la crise et la lutte pour le repartage, une nouvelle néo-colonisation, absorbe d’importantes finances. De plus, le caractère ultra-concentré de l’État autour de Paris fait que le reste de l’Hexagone sert pour financer les méga-projets capitalistes ou de prestige parisien (Grand Paris, Jeux olympiques, etc.). Les élus locaux et régionaux le dénoncent de plus en plus virulemment. Le caractère parasitaire de la capitale crée un profond déséquilibre des territoires, accentué par la métropolisation recréant le même phénomène localement.  

    Aller au principal. 

    Dans tout mouvement, et encore plus quand il est spontané et populaire, il y a toujours deux lignes qui s’affrontent. Une qui va vers la réaction et l’autre vers la révolution. Si aucune organisation révolutionnaire n’oriente le mouvement dans le bon sens il va spontanément vers la réaction, cela ne peut être différent dans une société capitaliste imprégnée d'idéologie réactionnaire. C’est central de comprendre cela car sinon on se coupe des masses. Aucun mouvement spontané ne peut aboutir à quelque chose de parfait. 

    Il faut toujours voir quel est l’élément principal de tout phénomène. Est-ce que dans notre cas c’est le fait que ce soient des petits entrepreneurs, ce qu’on appelle la petite bourgeoisie, qui ait lancé l’appel ? Ou encore, le fait qu’une des vidéos les plus vue ait été celle d’un militant d’extrême droite ? Ou au contraire le fait que cette mobilisation a, dès le début, dépassé le cadre corporatiste pour embrasser quelque chose de plus profond, de plus grand, de bien plus important ?  

    Engels disait très justement qu’on ne fera pas la révolution avec des anges mais avec les hommes du vieux monde, du vieux système, qui sont de fait des démons car produits du système. C’est-à-dire que les masses populaires sont le reflet (comme les autres classes) du système économique - politique - culturel. C’est-à-dire qu’on ne va pas faire la révolution avec des gens parfaits. Les gens ne sont pas spontanément à la base révolutionnaire, sinon à quoi servirions-nous, nous révolutionnaires ? Par contre, ils ont ce que Gramsci appelait le bon sens : une capacité spontanée à comprendre les problèmes, mais sans outils théoriques pour aller au fond des choses. C’est à nous révolutionnaires de faire ce travail d’analyse et d’explication, mais en premier, il faut aller rencontrer les masses pour enquêter, en plus de la participation au mouvement. 

    Spontanément le mouvement a refusé les étiquettes politiques et syndicales, et pour cause, les masses ont compris que les mobilisations sont biaisées par le jeu des directions syndicales*. Que les syndicats ne défendent pas les droits des travailleurs comme il faudrait tandis que les partis politiques font partie du système de domination. Cela a d’ailleurs été souligné que, dans ce mouvement, il y avait plein de gens qui ne venaient pas aux manifestations syndicales. Les masses apprennent, la preuve, il y a quelques années, elles n’auraient jamais pensé à avoir comme principal moyen de lutte le blocage des flux. Aujourd’hui, c’est devenu la forme principale et pour cause, le capitalisme fonctionne à flux tendus. Le gouvernement le sait, Castaner l’avait affirmé, le 13 novembre, très clairement sur BFMTV : « Je demande qu’il n’y ait aucun blocage total. (…) Partout où il y aura un blocage, et donc un risque pour les interventions de sécurité et aussi la libre-circulation, nous interviendrons ».

    Le mouvement a, dès le début, dépassé la question des impôts pour laisser apparaître de nombreuses revendications sociales, touchant aux retraites, aux salaires, etc., en un mot à la vie quotidienne. Un fond vraiment politique est aussi apparu, demandant la démission de Macron, du gouvernement et de nouvelles élections législatives. Bien sûr, tout cela reste dans le cadre de l’État, c’est décousu, mais cela donne un vrai aperçu de la situation. Le gouvernement ne s’y est pas d’ailleurs trompé : "Ceux qui prétendent organiser et qui en réalité veulent désorganiser le pays, ne veulent pas respecter la démocratie, doivent assumer leur responsabilité". On voit donc ce qu'est la démocratie pour le gouvernement : la défense du capital ! 

    Ce qu’il se passe est l’expression concrète que ce sont les masses qui font l’histoire. Les organisations révolutionnaires ont comme devoir d’ouvrir le chemin, de les orienter dans ce labyrinthe tortueux qu’est le chemin vers la révolution. 

    Le chemin de la révolution. 

    La révolution se développe toujours des périphéries vers les centres, au niveau mondial, comme local. L’Occitània ne va pas déroger à cette règle. En 2005 les banlieues s’insurgeaient, la gauche là aussi avait été dépassée. Ces violentes émeutes démontrèrent profondément le potentiel révolutionnaire immense qui sommeille dans les périphéries colorées de nos villes. En 2018 c’est l’autre périphérie, la blanche, qui se révolte à sa façon car les conditions de vie sont différentes. Ces deux révoltes nous donnent les lieux où nous devons mener notre travail politique et le chemin que va suivre la révolution. Le monopole médiatique n’a cessé de le révéler, c’est la province, la France d’en bas, la périphérie qui se révolte face au centre dirigeant, aux élites, au spectacle des centres métropolitains où « tout va bien ». C’est la première fois qu’une telle mobilisation touche tout le territoire. 

    L'Occitània s'est beaucoup mobilisée, ce n’est pas étonnant, elle concentre une énorme pauvreté (entre 17 et 20% de la population le long de la Garonne, le long de la Méditerranée), avec d’énormes écarts dans la société dûs au rééquilibrage démographique nord-sud et bien sur la tradition de lutte anti-impôt, anti-centraliste séculaire. Là aussi nous voyons l’axe par où va passer la révolution en Occitània.  

    C’est évidemment l’expression séculaire de la division villes-campagnes/périphéries de la société capitaliste.  

    L’occitanisme politique a tout intérêt à prendre en main toutes ces problématiques et à aller vers nos masses, sinon nous pouvons dire au revoir à tout réveil révolutionnaire de notre nation. Elle servira encore et toujours aux appétits politicards des cliques parisiennes et à la réaction.  

    Le dispositif écologique outil de domination. 

    L’argument le plus cynique est sûrement celui de l’écologie. La salariée qui doit faire 50 kilomètres par jour pour travailler est-elle responsable de l’organisation sociale qui résulte du capitalisme monopoliste ? Est-elle responsable de la concentration dans les métropoles du capital, du prix de l’immobilier qui la pousse loin de son lieu de travail ? Est-elle responsable de la destruction du transport ferroviaire ? Non, bien sûr que non, le prolétariat, les classes populaires en général n’ont aucun pouvoir dans le système capitalo-parlementaire. Ils ne peuvent avoir d’incidence sur l’organisation territoriale et sur tout le reste. Il est évident qu’on ne doit plus polluer et continuer à détruire la planète, mais pour cela il faut changer de système radicalement. Le plus gros pollueur est de loin le transport maritime, celui qui nous amène nos fringues, nos chaussures, nos IPhones, et tout le reste. Le transport aérien pollue énormément et pourtant les Occidentaux n’ont jamais autant voyagé à travers le monde. 

    Le problème est là, les pays impérialistes sont les plus grands pollueurs du fait de leur domination sur le monde, du fait qu’ils produisent de moins en moins les marchandises de consommation courante.  

    Il nous faut donc lutter pour réindustrialiser chez nous, en dépensant beaucoup moins d’énergie et de matières premières. Il faut réorganiser entièrement le territoire pour supprimer la différence entre villes et campagne en déconcentrant les métropoles. Il nous faut radicalement changer notre mode de vie, entre autres en baissant notre niveau de consommation, c'est-à-dire de gaspillage. Pour cela, il faut construire une société socialiste avec une planification économique et donc arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie. Les révolutionnaires ne doivent pas attendre que les masses changent spontanément mais doivent les changer par la lutte en étant toujours à leurs côtés, en les comprenant. 

    Lutter et découvrir notre peuple. 

    Voilà notre tâche actuelle à nous occitanistes révolutionnaires, lutter aux côtés de notre peuple, apprendre à le connaître, l’accepter comme il est. Ça va nous obliger, bien sûr, à remettre en cause beaucoup de nos a priori mais surtout à nous transformer. Notre peuple se transformera dans la lutte et grandira, tout comme nous. S’il choisit des chemins erronés, c’est que c’est nous qui sommes erronés. Tout est en ébullition, l’étalage de marchandises des grand centres métropolitains n’arrive plus à cacher l’inéluctable, les masses se mettent en mouvement, l’Histoire revient sur le devant de la scène. Les classes populaires, et en premier lieu le prolétariat, ont les ressources nécessaires pour en finir avec ce système d’exploitation, elles ont tout intérêt à en finir avec l’impérialisme. L’hyper concentration du pouvoir, de l’économie, de l’idéologie fait que le chemin pour la révolution et la véritable libération ne peut passer que par le réveil de la conscience nationale occitane. Une véritable libération ne peut se faire que dans le cadre occitan et internationaliste, en laissant par derrière le cadre de l’État français qui recréera vis-à-vis de nous toujours les mêmes schémas de domination. Voilà la véritable essence d’un occitanisme révolutionnaire et socialiste. Certes d’immenses questions sont encore à régler, d’autres apparaîtrons, mais nous les résoudrons en avançant, en tombant, en nous relevant. 

    Ce mouvement comme tout mouvement est amené à se finir, il va peut-être gagner, mais il n’aura pas réglé la question de fond, celle du pouvoir. Tant que le plus grand nombre n’exercera pas le pouvoir pour défendre nos intérêts, nous ne pourrons vraiment en finir. Pour cela, il faut nous organiser politiquement, lutter de manière réfléchie et ordonnée, penser et comprendre notre monde.

    L’ODPO a été créée pour justement créer ce cadre et ces conditions à la libération nationale et sociale d’Occitània.  

    À bas la république des voleurs et des parasites ! 

    Òsca la Republica socialista occitana !"

    * La source de cet article provient du site www.odpo.org.
     


    * Sur la question du rejet des syndicats, sans qu'il ne s'agisse nullement de nier les milliers de petits syndicalistes d'entreprise qui "mouillent le maillot" au quotidien (parfois tout seuls, souvent au prix d'être sur les "listes noires" du patronat etc.), mais simplement de prendre conscience d'un sentiment bien réel qui doit nous servir d'électrochoc :

    Télécharger « Les gilets jaunes ne veulent pas des drapeaux rouges des syndicats.pdf »


    ET AUX DERNIÈRES NOUVELLES, non loin de là :

    "Il y a quelques minutes à Montauban, un bloc de 200-300 personnes bloque et tient têtes aux chtar ! Le sud du Quercy montre l'exemple! Gazage, charge, flashball, et réponses."

    https://www.facebook.com/groups/173048836970054/permalink/189192522022352/


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  • Un témoignage direct on the road :

    "J'ai traversé aujourd'hui la France d'Est en Ouest, pour aller de Chambéry à la réunion publique du NPA 36 à Saint-Gaultier (oui, ça existe...). C'était impressionnant ! Y avait du gilet jaune facho, avec leurs drapeaux BBR tout moisis, et du bon gilet jaune, avec des tracts parfois pas mal du tout. Avec comme point commun, la haine de Macron qui est en train d'exploser les records d'impopularité de Hollande et il faut reconnaître que la barre était haute. Mais le plus frappant, c'est la force du mouvement dans les zones rurales : j'ai traversé l'Allier, le Cher et l'Indre et c'est couvert de gilets jaunes, avec des slogans sur le dépérissement des campagnes. Bref, un petit côté jacquerie faite par ce que Marx appelait des 'paysans parcellaires'..."

    Voilà qui devrait suffire en soi à renvoyer dans les tréfonds du ridicule les chiffres surréalistes avancés par le Ministère de l'Intérieur de Castaner-je-danse-le-mia (chemise ouverte chaîne en or qui brille), parlant de... 125.000 mobilisé-e-s dans tout l'Hexagone, chiffres sans doute 4 ou 5 fois inférieurs à la réalité gilets-jaunes-2000-rassemblements-124000-personnes et finalement nettement revus à la hausse à plus de 280.000 au terme du terme de la journée leprogres.fr/le-jour-j-des-gilets-jaunes ; de très nombreuses personnes évoquant le chiffre d'un million, ou plus d'un demi-million en tout cas.

    Nous y étions pour notre part, ni "pour" ni "contre" mais en "journalistes rouges" que nous sommes ; mais au cœur d'une grande ville, donc par définition pas vraiment "là où ça se passe". La mobilisation était pour autant loin d'être ridicule comparée à bon nombre de journées syndicales, surtout lorsqu'un mouvement n'en est qu'au lancement, un jour de surcroît assez peu béni par la météo.

    Est-il besoin de s'étendre kilométriquement ? Nous ne le croyons pas : ce mouvement des Gilets Jaunes n'est rien d'autre, à l'échelle cette fois de tout l'Hexagone, que le mouvement des Bonnets Rouges de l'automne 2013 qui n'avait alors concerné que la Bretagne ; et tout ce que nous avions écrit alors peut donc être repris tel quel http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/bonnets-rouges-mouvement-des-ouvriers-et-des-paysans-bretons-de-l-automne-2013.

    [Une petite différence que l'on notera cependant : alors que la "gauche de la gauche", hors Bretagne, était restée à peu près de bout en bout majoritairement hostile aux Bonnets Rouges, elle apparaît cette fois-ci, de Mélenchon jusqu'à Lutte Ouvrière en passant par des gens "bluffés" par la première journée de mobilisation une fois celle-ci achevée, nettement plus "open"... Peut-être qu'une leçon aura, depuis 2013, été apprise ; à moins que ce ne soit qu'il y a un spectre que les Gilets Jaunes ne portent (a priori) pas en eux, ou alors très minoritairement : celui du "régionalisme" et du "séparatisme".]

    Une grogne fiscale contre un impôt généralisé et "flat" (non progressif, frappant de la même somme le smicard et le cadre supérieur à 5.000 euros par mois), perçu comme injuste et touchant tout le monde (c'était le cas aussi de l'écotaxe, bien qu'indirectement : répercussion sur les prix pour le consommateur, sur le budget des entreprises donc sur l'emploi etc.), pas seulement les salariés d'une entreprise en plan social, d'un secteur en "restructuration" ou dépendants d'un régime de retraite ; et qui converge avec tous les problèmes du quotidien des classes populaires, et tous leurs ressentiments.

    Une mobilisation de la "France d'en bas" voire "du sous-sol", blanche... mais pas que : dans les grandes villes (comme celle où nous étions) ou les bassins industriels multiraciaux, ce n'était certes pas une marée de la "Nation indigène" comme une manif pour la Palestine ou contre les violences policières, mais loin d'être d'une blanchité éclatante et écrasante non plus...

    Voir :

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes
    En bleu, et d'autant plus que foncé, la fRance des périphéries de relégation, où sans la bagnole pour faire 40 km de trajet aller-retour quotidien, on ne travaille pas...

    Une gigantesque "jacquerie" (le terme a souvent été employé) de ces "beaufs" dont Houria Bouteldja du PIR a récemment, au Bandung du Nord début mai, évoqué la nécessaire et inéluctable convergence avec les "barbares" (non-blancs) http://indigenes-republique.fr/les-beaufs-et-les-barbares-sortir-du-dilemme ; et encore, il est question de cette dichotomie mais... les "barbares", qui étaient comme on l'a dit bel et bien présents là où ils sont géographiquement implantés, ne peuvent-ils pas eux aussi avoir des préoccupations... de "beaufs" ? Comme on a pu le voir, il semble bien que oui.

    Par ailleurs, il est toujours bon de rappeler que la population active dans l’État français métropolitain c'est ça :

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes

    Les "petits patrons" c'est à dire les artisans, commerçants et chefs d'entreprise c'est 5 ou 6% de la population active ; les agriculteurs (au demeurant souvent plus pauvres que les salariés au SMIC, tout comme d'ailleurs une bonne part des indépendants et même petits employeurs), autour de 2%.

    92 ou 93% de la population active est salariée ; il est donc impossible qu'une mobilisation de plus d'un demi-million de personnes n'ait pu consister qu'en des "petits patrons" (sachant qu'existe aussi de plus en plus, dans le cadre des "reconversions" économiques, un auto-entrepreneuriat qui n'est qu'un salariat déguisé, pour permettre à l'ancien employeur devenu "client" unique de payer moins cher...). Quant aux 15-16% de "cadres et professions intellectuelles supérieures", c'est étonnant combien ils se rapprochent étrangement des 20% de personnes interrogées plutôt défavorables au mouvement, LOL !

    Alors bon, après, n'allons pas non plus nous bercer d'illusions. La question est en fait moins de savoir si ce mouvement est "de droite" ou "de gauche", que le fait qu'il soit d'abord et avant tout... un mouvement social comme un autre.

    C'est à dire revendicatif, axé sur une ou quelques revendications bien précises et nullement sur la prise du pouvoir. Ni la Révolution d'Octobre, ni la Marche sur Rome ne sont l'objectif de quiconque hormis peut-être quelques éléments très minoritaires ; les fantasmes dans un sens comme dans l'autre sont absolument ridicules.

    Que les gens soient "entendus", des "solutions" proposées et tout le monde rentrera dans ses chaumières. Dans le cas contraire, la mobilisation continuera un mois, deux mois puis s'essoufflera, même sans journées de grève avec perte de salaire. Voilà (aussi) la réalité.

    Et puis bien évidemment, un million de "beaufs" lâchés dans la nature, cela donne un aperçu assez fidèle d'une France qui a voté à 34% pour Marine Le Pen et où comme qui dirait "de ceux qui n'ont rien, la blanchité est le seul bien" ; et ce n'est malheureusement pas toujours reluisant : des actes réactionnaires ont été commis comme l'agression raciste d'une conductrice noire à Cognac en Charente, d'une musulmane voilée en Picardie ou d'un conseiller municipal homosexuel dans l'Ain ; et des propos anti-migrants, anti-"Arabes" ou anti-"racailles" ont hélas pu être entendus en de (trop) nombreux endroits.

    [À ce sujet :

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes

    Et puis et puis et puis... : www.facebook.com/groups/113011902965556/permalink/119491898984223 !!

    "Appel aux banlieues d'un des principaux animateurs de la lutte des gilets jaunes... Écoutez ça c'est juste incroyable, c'est un appel aux banlieues, et très clairement "aux Arabes" (en soulignant qu'il faut nommer cette réalité), aux Noirs, aux musulmans (des tas d'éléments en ce sens, sur le halal sur les blocages par ex...) et à "toutes les personnes d'origine étrangère", "à toutes les cités"... Très clair sur l'interdiction de tout propos raciste sur les réseaux et les blocages, ce sont les racistes, ceux qui sont là pour le racisme, qui doivent être écartés du mouvement. Une page "Paris blocage national" avec les départements de banlieue et des sens interdits dessus comme visuel va être ouverte."

    Lire aussi : rouendanslarue-gilets-jaunes-a-l-epreuve-agressions-racistes-homophobes.pdf]

    Pour autant, ce mouvement est bel et bien là et fait partie de l'époque, de la "dignité du réel" comme dirait un vieil ami.

    Il pose, sur le devant de la scène, une force sociale et politique qui tôt ou tard devra bien trouver sa place dans la révolution ; qui comme le rappelait un camarade ne se fait pas avec des anges purs descendus du ciel mais avec les gens du peuple tels qu'ils sont, pour les transformer en transformant la société ; et qui en vérité ne consiste pas non plus, contrairement à une idée reçue, à "trouver ce qu'on va bien pouvoir dire" à "Jacky" pour au terme de la discussion l'avoir transformé en révolutionnaire bolchévik impeccable, mais à construire avec NOS FORCES révolutionnaires (minoritaires), en étant là où il faut et comme il faut, un RAPPORT DE FORCE qui fasse "basculer le légitimisme", basculer l'allégeance des masses de l'État bourgeois sous ses variantes de droite ou "de gôche" vers le camp de la révolution.

    Nous avons pu observer directement des camarades syndicalistes encore très rétifs, pour ne pas dire hostiles à "manifester avec les fachos" au matin de samedi, revenir complètement sur leur position le soir et estimer désormais qu'il faut absolument en être, que le contraire serait suicidaire pour le mouvement ouvrier etc.

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes

     Encore un point de vue intéressant :

    https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/171118/les-gilets-jaunes-annoncent-les-gilets-rouges-venir-par-jacques-chastaing

    "Comment imaginer que les militants ouvriers pourront reprendre demain le train train des journées saute mouton ou corporatistes sans avoir à l'esprit face aux jérémiades des directions syndicales sur le soi-disant manque de combativité des ouvriers non syndiqués, que ceux qui ont justement montré dans cette mobilisation détermination et efficacité, étaient ces derniers."

    "La mobilisation réussie du 17 novembre a été initiée par des secteurs de la petite bourgeoisie, petits patrons notamment du BTP, artisans, professions libérales, travailleurs indépendants... sur la question de la baisse des taxes sur les carburants. Elle s'est ensuite élargie rapidement sur le même terrain revendicatif à de simples salariés de zones périurbaines ou des campagnes obligés de prendre leur véhicule pour aller travailler ou se déplacer. Enfin elle s'est accrue plus largement de vastes secteurs de salariés de toutes conditions ou de retraités et a alors déplacé l'axe des revendications des carburants vers un ras-le-bol généralisé dénonçant tout à la fois l'ensemble des taxes indirectes mais aussi la vie chère, les attaques contre les retraités, le blocage des salaires et des pensions, la dégradation des services publics, le favoritisme à l'égard des riches et des gros patrons, le mépris gouvernemental envers les pauvres, etc.

    Du coup, cette mobilisation qui avait la particularité d'être contre les taxes n'était pas pour moins d'État. La plupart des manifestants dénonçaient ainsi non pas tant les taxes pour elles-mêmes que leur utilisation au profit exclusif des riches au détriment des services publics, de l'environnement, de la population. Ainsi cette mobilisation n'est pas à part mais se situe totalement dans le climat général de mobilisation sociale qui existe dans le pays depuis trois ans.

    Ce n'est pas un « OSNI » un Objet Social Non Identifié, comme le disent certains. Sa particularité vient d'une part de l'absence en cet automne de mobilisation un tant soit peu sérieuse organisée par les directions syndicales qui apparaissent de plus en plus comme co-organisatrices du recul tellement elles sont obnubilées par des négociations avec le gouvernement et d'autre part de l'abandon du terrain social par les directions politiques de gauche qui n'offrent que la lointaine et creuse perspective des élections européennes.

    Dans ces circonstances, il a suffi que le vide politique ainsi laissé face aux attaques de Macron qui continuent pourtant de plus belle et l'incapacité pour le moment du milieu ouvrier combatif à bousculer ses propres organisations, soit rempli par une mobilisation des classes moyennes pour que les classes populaires s'en emparent et lui donnent une toute autre coloration que celle qu'aurait espéré une extrême droite aux aguets. Car si le danger de l'extrême droite est bien réel, si elle peut à tout moment et très rapidement tenter d'instrumentaliser des milieux populaires en l'absence du mouvement ouvrier, si on pouvait le craindre au début de cette mobilisation, la coloration générale du 17 n'était, dans son ensemble pas du tout celle-là.

    Et plus que cela, ironie de l'histoire, même si c'est la petite bourgeoisie qui dans un premier temps a occupé le vide laissé par les organisations ouvrières, la participation populaire ensuite des couches de travailleurs les plus humbles et les moins organisés à cette initiative, petits employés, ouvriers de petites entreprises, auto-entrepreneurs, chômeurs, précaires, salariés retraités – et pour la majorité c'était leur première mobilisation de leur vie a permis à ce mouvement populaire du 17 novembre dans son ensemble de franchir une étape.

    Il s'est hissé par sa détermination et l'efficacité de cette détermination au niveau global politique que le mouvement ouvrier devrait avoir pour faire face aux attaques du gouvernement et du Medef, celui d'une contestation sociale d'ensemble et déterminée.Et par là, c'est l'ensemble du mouvement ouvrier qui va être porté à cette ambition. Il est difficile en effet de penser qu'il n'y ait pas un avant et un après 17 novembre. Ce mouvement va exercer une pression sur l'ensemble des travailleurs organisés.

    Ce n'est pas nouveau puisque j'avais déjà signalé dans des articles précédents comment les secteurs les moins syndiqués de la classe ouvrière, femmes, migrants, salariés sans qualification avaient joué un rôle déterminant dans les mobilisations de cette dernière année mais de manière relativement invisible pour l'ensemble. Cette fois, il n'est pas possible d'imaginer que les militants ouvriers pourront reprendre demain le train train des journées d'action syndicales saute mouton ou corporatistes sans avoir à l'esprit face aux jérémiades des directions syndicales sur le soi-disant manque de combativité des ouvriers non syndiqués, que ceux qui ont justement montré dans cette mobilisation, détermination et efficacité, étaient justement ces derniers.

    C'est le manque de détermination des directions syndicales qui pèche et non celui de la base ouvrière. Il ne s'agit pas chacun dans son coin de se lancer dans le dur labeur du recrutement syndical et de l'explication mais de proposer une politique d'ensemble déterminée. Cela signifie que la perspective de la construction de la grève générale illimitée – seule suite réaliste aux actions type 17 novembre sera plus que jamais posée aux salariés les plus conscients et aux équipes militantes combatives. Une grève générale pas seulement pour telle ou telle revendication fut-elle salariale mais qui pose le problème de reprendre tout ce que le Medef, Macron et ses prédécesseurs nous ont volé, c'est-à-dire le problème du pouvoir et avec cette question la nécessité d'un véritable programme de transition pour aller vers une société meilleure.

    Jacques Chastaing 17 novembre 2018"

    Le syndicat SUD PTT 35 (Rennes) sur les (bonnes) raisons de la colère :

    http://www.rennes-info.org/Gilets-jaunes-Syndicalement-incorrect

    "SUD PTT 35

    Plusieurs centaines de milliers de personnes se sont retrouvées sur les 2500 points de blocage le 17 novembre. C’est manifestement un succès. Parmi eux de nombreux salariés des petites entreprises, en CDD, intérimaires, dans des territoires à la périphérie des grandes villes, des retraités aussi, etc… Bref, la population dans sa diversité subissant la fragmentation et l’éclatement de la société sous les coups de boutoirs de la financiarisation capitaliste.

    Parmi eux aussi, de nombreux adhérents et militants syndicaux qui malgré le silence embarrassé des confédérations syndicales ont participé à ce mouvement. Pour dissuader ces militants syndicaux d’y participer, on a tout entendu et notamment le fait que ce mouvement était un mouvement de « fachos ».

    S’il y a plus de 300 000 fachos actifs dans l’hexagone il est grand temps de prendre son passeport et de quitter le pays. Mais tel n’est pas le cas !

    UNITÉ DE CEUX QUI COMPTENT EN CENTIMES

    CONTRE CEUX QUI COMPTENT EN MILLIARDS

    Ce qui ne passe plus c’est l’injustice, l’incohérence et l’hypocrisie.

    Car la réalité de l’année 2018 est celle-ci : Frais bancaires : +13%, Carburant : +12%, PV stationnement : +130%, Assurances : +3 à 5%, Mutuelle : +5%, Timbres poste : +10%, Carte grise : +15%, Tabac : +10%, Abonnement bus : +3%, Péage routier : +1,3%, Gaz : +7%, Forfait hospitalier : +15%, Abonnement vélib : +30%, Contrôle technique automobile : +23%, Cantine scolaire : +1 à 3%, Fioul domestique : +36%, Électricité : +17%, CSG : +21,7%....

    Quant aux retraites, c’est -1,7% et le smic : +1,2%, tandis que les salaires stagnent globalement.

    Pendant ce temps, le gouvernement Macron a supprimé l’impôt sur la fortune qui rapportait plus de 4 milliards d’euros !! Ce n’est donc pas un « ressenti » contrairement à la langue de bois gouvernemental.

    De plus, le discours sur la transition énergétique et écologique est incohérent et contradictoire.

    Par exemple, la prime pour mettre un véhicule roulant à la casse n’a rien d’écologique mais a tout de l’anticipation d’une crise de surproduction de l’automobile. Il faut vendre ce qui va être produit et donc inciter à casser un véhicule roulant !

    Par exemple, la concentration des centres de tri de La Poste (passer de 110 à 28 en 6 ans) oblige les courriers postés à Brest à faire 300 kilomètres pour être triés par les machines à Rennes (Pic de Rennes Armorique) et 300 kilomètres pour repartir à Brest pour être distribués ! 600 kilomètres en camion pour…rien !

    L’incohérence du discours est résumée dans ces deux exemples que nous pourrions multiplier à l’infini…

    A cela s’ajoute bien entendu, le creusement des inégalités qui s’accentue au niveau national comme au niveau mondial. Il devient insupportable que la financiarisation capitaliste arrose quelques milliers de milliardaires sur la planète pendant que les peuples galèrent !

    Si bon nombre d’entre nous avons participé individuellement, isolément aux mouvements des 17 et 18 novembre, nous avons bien l’intention d’y participer de manière très organisée.

    Considérant que la lutte contre les injustices sociales et fiscales est juste,

    Considérant aussi que la lutte pour une augmentation substantielle du pouvoir d’achat est juste.

    Considérant que notre combat est une lutte de transformation sociale,

    Le syndicat SUD-PTT appelle à manifester avec les gilets jaunes

    Le bureau départemental

    Rennes le 19 novembre 2018"

    Ou encore, cette fois d'un militant panafricaniste révolutionnaire :

    http://joseseseko.overblog.com/2018/11/le-fourre-tout-des-gilets-jaunes.html

    "Les multiples points de rassemblement des gilets jaunes, le 17 novembre, ont mobilisé plusieurs dizaines de milliers de personnes en France. Ce mouvement né de la contestation d'une hausse de la taxation du prix du carburant, a l'ambition de s'inscrire dans la durée, en demeurant un fourre-tout qui attire les différents râteliers, ayant même quelques similitudes avec le mouvement Nuit Debout du printemps 2016.

    "Macron démission !" C'est le cri général scandé par les gilets jaunes depuis le samedi 17 novembre, date de lancement de la mobilisation contre la hausse de la taxation du prix du carburant. Selon le ministère de l'Intérieur, plus de 280.000 personnes auraient pris part à ce mouvement, réparti sur 2.000 points de rassemblement, dont 1.200, paraît-il, sur la place de la Concorde, à Paris. Ces gilets jaunes faisaient plus ou moins du blocage routier, dans l'ensemble de l'Hexagone. Ce qui conduisit parfois à des situations dramatiques comme la mort de Chantal Mazet, dans la Savoie, percutée par une automobiliste accompagnant sa fille chez le médecin. J'en profite pour adresser mes plus sincères condoléances auprès de la famille de la défunte.

    Messages opposés

    Sur les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux dans la journée du 17 novembre, on y voit des choses diamétralement opposées. D'un côté, des photos et des témoignages indiquant une attitude pour le moins nationaliste, avec des slogans hostiles aux exilé(e)s, ou des articles de presse locale relevant une agression à caractère raciste à Besançon (Doubs) ou islamophobe à Saint-Quentin (Aisne)

    D'un autre côté, des gilets jaunes affichaient ou scandaient des messages anticapitalistes. Plusieurs gilets jaunes avaient écrit un message appelant à une remise en place de l'ISF, dénonçant ainsi la politique fiscale favorable aux riches de la part d'Emmanuel Macron. Ou encore un gilet jaune que j'ai rencontré sur la rue du faubourg Saint-Honoré, à Paris, qui est venu non seulement pour critiquer la décision du gouvernement, mais aussi défendre une vision décroissante, estimant qu'on devient dépendant de beaucoup de choses, notamment de la voiture, défendant l'idée d'une politique favorable aux transports en commun, surtout dans les campagnes, qui ont une disparition progressive des divers services publics au fil du temps.

    Fourre-tout citoyenniste

    Si on devait donner une image quelque peu caricaturale du mouvement des gilets jaunes, c'est un peu un fourre-tout citoyenniste. Pourquoi ce qualificatif ? Parce que ces citoyen(ne)s pensent qu'en montrant leur colère, ils arriveraient à leur fin, et là où ça devient carrément pathétique, c'est qu'ils croient (naïvement) que la police et la gendarmerie pourraient se ranger de leur côté. Du côté de la place de la Concorde et de la rue du faubourg Saint-Honoré, ça clamait à plusieurs reprises "la police avec nous !". Mais les forces de l'ordre social, notamment les CRS leur ont fait savoir qu'ils n'enlèveraient pas le casque et qu'ils emploieront leur matériel. Ce qui n'a pas manqué vu qu'ils ont gazé sur la rue du faubourg Saint-Honoré, au niveau de l'ambassade des États-Unis, à quelques dizaines de mètres du palais de l'Élysée. De même qu'en cas d'absence d'écoute à leurs sommations, ils utiliseraient les armes.

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes

    Ce citoyennisme n'est pas nouveau. Il était déjà présent du temps de Nuit Debout, mouvement né au printemps 2016 contre la Loi Travail, où certains membres de Nuit Debout croyaient que les forces de l'ordre social se rangeraient de leur côté à un moment donné. D'autres éléments de comparaison peuvent se faire avec Nuit Debout. Les gilets jaunes semblent être peu structurés, avec une volonté de ne pas avoir de figure de proue, d'être à distance des syndicats - ou du moins leurs directions confédérales -, et encore moins de connaître une récupération politique. Une attitude similaire chez Nuit Debout, à la différence près que l'axe politique tenu par ce mouvement était connoté à gauche, voire à l'extrême-gauche, et qu'il était affirmé dès le départ. Ce qui n'est pas le cas des gilets jaunes. Du moins, a priori.

    Un autre point de similitude entre les gilets jaunes et Nuit Debout, c'est l'attitude des mass media. Dans les deux cas, il y a une exposition médiatique très importante, avec plus ou moins de mépris exprimé à l'antenne, mais toujours mieux vu qu'une manifestation classique, menée par des syndicats, qui sont unanimement dénigrés dans les mass media, dans la plus pure tradition anti-syndicale made in France. Cela étant, Nuit Debout avait droit à une certaine clémence jusqu'à ce que le pseudo-philosophe Alain Finkielkraut se fasse renvoyer, à juste titre, de Nuit Debout, et là, le dénigrement devint total. Pour l'instant, ce n'est pas entièrement le cas des gilets jaunes. Mais cela dépendra de l'évolution du mouvement dans les prochains jours."

    Le mouvement, qui quelque part quand on y pense a déjà consisté en un blocage des flux, de ce mouvement perpétuel qui caractérise nos sociétés occidentales du 21e siècle ; ainsi que, très présent dans les grandes zones commerciales périurbaines, en un investissement politique de l'ESPACE ANTIPOLITIQUE par excellence (les citadelles de la "société de consommation") ; s'oriente à présent comme lors de la mobilisation contre la Loi Travail en 2016 vers un blocage des dépôts de carburant :

    https://www.bfmtv.com/societe/pourquoi-les-gilets-jaunes-bloquent-les-depots-de-carburant-1569558.html

    "La mobilisation se fait économique. Ce lundi matin, les gilets jaunes ont mis le cap sur les dépôts de carburant. Cinq, au moins, sont d'ores et déjà à l'arrêt tandis qu'un porte-parole des manifestants revendiquent "une dizaine" de sites bloqués. 

    La mobilisation des gilets jaunes change de visage. Ce lundi matin, ils se sont tournés vers les dépôts de carburant, bloquant plusieurs d'entre eux. Selon nos informations, cinq sites sont d'ores et déjà bloqués : les dépôts de Vern-sur-Seiche, près de Rennes, de Portes-lès-Valence, dans la Drôme, de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, de Port de la Palice-La Rochelle, et de Lespinasse, près de Toulouse. Aucun poids-lourd ne sort ni n'entre dans ces structures. 

    "Nous aussi on maintient le cap" 

    Et, selon Benjamin Cauchy, un des porte-paroles des "gilets jaunes", le chiffre est à revoir à la hausse. Sur RMC, il a assuré qu'une "dizaine de dépôts de carburant" étaient bloqués en France. "On veut désormais bloquer les raffineries et les dépôts industriels pour avoir un impact économique", a-t-il ajouté. L'effort se porte aussi sur les routes.  Ainsi, le mouvement a entravé le péage de l'autoroute A6 à hauteur de Villefranche-sur-Saône, au nord de Lyon. 

    Interrogée ce lundi matin sur notre antenne, Laëtitia Dewalle, représentante des "gilets jaunes" dans le Val-d'Oise, a réfuté tout revirement, faisant référence au passage aux mots du Premier ministre la veille : "Un changement de stratégie ? Non, nous maintenons nous aussi le cap, et avec fermeté. On avait dit que des routiers nous rejoindraient, ainsi que des agriculteurs, tout ça est en train de se mettre en place."

    Vers la paralysie ?

    Et, si la forme a varié, c'est justement en raison de l'entrée en scène de ces nouveaux acteur. Laëtitia Dewalle a ainsi expliqué les blocages par le fait que le mouvement relève désormais de "professionnels qui ont pris la relève et non plus des citoyens à pied".

    Pour notre éditorialiste économique, Nicolas Doze, ces blocages peuvent être décisifs mais il estime qu'ils font sortir les manifestants du cadre de la légalité :

    "Il est certain que c’est en bloquant ce type de sites que vous paralysez le pays, que vous provoquez des pénuries et des files d’attente devant les stations, c’est très très efficace. Il faut rappeler que le droit de manifester est un droit constitutionnel mais il prévoit que l’on manifeste contre ses dirigeants, il ne prévoit que l’on manifeste contre son pays, ça c’est illégal et bloquer des sites et des dépôts de carburant, c’est tout simplement illégal."

    Robin Verner"

    Sur les conséquences du blocage des "temples de la consommation" :

    https://www.bfmtv.com/economie/les-gilets-jaunes-ont-ils-reussi-a-plomber-l-economie-francaise-samedi-1569922.html

    "Le volume des achats par carte bancaire a chuté de 26% le samedi 17 novembre par rapport au samedi précédent. Et la fréquentation des centres commerciaux a baissé de 39%, samedi. Les blocages de route et d'accès aux grandes surfaces par les "gilets jaunes" pourraient avoir dissuadé les Français de faire leurs emplettes.


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  • (on comprend mieux pourquoi Roudier s'est arraché de ce groupe, effectivement né... facho - "Jeune Languedoc" - dans la foulée de 68 mais ayant ensuite radicalement tourné casaque et dont le principal meneur, Jean-Louis Lin, devait mourir assassiné en lien plus que probable avec son engagement anti-impérialiste, pour la Palestine en particulier - c'était l'époque de l'assassinat de Curiel, Goldman etc.)

    Article sur le racisme en Occitanie dans Pòble d'Oc n°28 (octobre 1977) :

    "Une fois de plus, le racisme a tué, tué lâchement, tué bêtement. L'affaire Navajo, ce docker marseillais qui a assassiné un travailleur maghrébin et qui était bien connu pour ses propos et pratiques raciste sur son lieu de travail, est là pour nous montrer que le mal est bien là, parmi nous les Occitans. Il n'est guère de peuple qui soit exempt de ce fléau et l'Occitan, malheureusement, ne fait pas exception, mais, par ailleurs, il n'est point de peuple qui puisse se dire révolutionnaire s'il n'extirpe pas, au préalable, de semblables réactions.

    Réactions viscérales dira-t-on... voire ! L'homme, l'Occitan, ne naît pas raciste comme il ne naît pas avec telle ou telle étiquette politique. Il le devient et un jour il s'y complaît. Il serait hypocrite de réagir par la seule condamnation individuelle, ce serait trop facile. On ne tue jamais le crime avec le criminel, c'est l'histoire de l'homme qui nous l'apprend. On n'extirpe vraiment le crime qu'en extirpant ses causes objectives : les causes sociales qui déterminent le geste criminel.

    Et là c'est un autre problème, car la réponse au racisme anti-arabe, pour ne prendre que celui qui est le plus répandu sur l'Occitanie méditerranéenne, c'est surtout la remise en cause intégrale de tous les clivages sociaux qui s'interposent entre les immigrés et les autochtones. C'est l'urbanisme des ghettos (que Marseille a le triste privilège d'avoir), c'est la division du travail selon l'origine, c'est l'éducation raciste sur la civilisation et la culture arabe. C'est aussi la mise en foyer et le refus actuel de l'immigration familiale, ce sont les renvois et les expulsions, c'est la bourgeoisie et ses groupes racistes qui ont tout intérêt à la division des travailleurs, c'est l'impérialisme français qui a besoin d'une bonne dose de chauvinisme national. Il n'y a pas d'effet sans cause et de racisme sans société responsable.

    Aussi les militants révolutionnaires occitans seront toujours au premier rang pour défendre l'intégrité des droits des immigrés en Occitanie. Pour nous, il n'y aura pas d'Occitanie autre qu'une Occitanie pour tout le monde."

     Ce qui est dit là est littéralement antiraciste politique !

     

    Grandiose !! En 1977 quoi...


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  • [Lorsqu'une question n'est pas simple, vive le débat sain et constructif, franc et ouvert pour avancer ensemble vers la juste approche ! (en "normal" le "pour", en italique le "contre")]

    "C'est peut-être parce qu'on peut bien être de droite et même d'extrême-droite, et pour autant que quand tu vis dans une cambrousse paumée et mal desservie, le choix c'est "prendre la voiture ou manger"... https://www.mediapart.fr/.../dans-l-orne-pour-certains...

    J'ai envie de dire qu'à un moment donné, si on ne raisonne pas par cause : est-ce que la cause, ce qui est revendiqué, est juste ou pas (pas question pour moi, par exemple, d'aller manifester pour "les immigrés dehors", "la peine de mort pour la racaille" ou même pour l'union sacrée Charlie anti-terroriste-islamiiiiiste et ce, même avec des gens "de gauche" !!) ; mais uniquement en termes que ce soit soutenu et organisé par des gens d'accord avec nous (de ces 5 ou maximum 10% d'accord avec nous qu'il y a dans la population), la question qui se pose est : c'est quand qu'on s'étend ? C'est quand qu'on conquiert des positions, même petites dans un premier temps, d'hégémonie ?"

    "Oui mais dans ces cas là, faut dire aussi que Ruffin se joint a la mobilisation, que la CGT sur certaines régions-villes également, qu'il y a énormément de gens qui votent a gauche qui se joignent à ce truc, qu'il y a des personnes lambda pas fachos qui se mobilisent tout simplement....

    Penser que ce mouvement est majoritairement constitué de fachos et de réacs est une erreur je pense.

    Les révoltes dites des "jacqueries" en Occitània étaient sur des mots d'ordre fiscaux au passage.

    Pourquoi la "gauche" devrait délaisser cette grogne à l'extrême-droite ou à la droite dure ? Sachant que la grogne est légitime.

    Depuis 2-3 semaines beaucoup d'orga et d'individus posent la complexité de cette mobilisation, en se questionnant sur la prise de position à avoir et je crois que ça révèle pas mal de choses."

     "Très majoritairement les syndicats se désolidarisent et c'est bien normal ! On est pas dans la stratégie politique là.

    Et oui y aura pas que des fachos et on le dit depuis le départ. Mais par contre, le cœur de la mobilisation est sur la base même de l'extrême droite, du populisme interclassiste qui n'abolira jamais la disparité économique, et qui au contraire pourra l'accentuer. C'est le terreau fertile pour laisser ceux qui ont les pratiques de subordination. Il faut être patient, attendre la suite, car les contradictions émergeront toutes seules. Les intérêts de classe se confrontent naturellement, et c'est là où un vrai boulot sera à faire. Car si ce truc en est là, c'est bien par l'appui médiatique, qui n'a de cesse de descendre les mouvements sociaux. L'ennemi de classe est à la manœuvre, même si y a un risque de débordement. 

    Pour répondre à XXX, je pense pas qu'on pourra avancer des positions socialistes dans ce fourre tout. Il sera bien temps d'être là après, et en force ! Et très vite aussi. C'est aux confédérations syndicales de se bouger aussi."

    "Parce que ce n'est pas tout le temps le cas et partout ? On ne vit pas 24 heures sur 24 dans une société où il n'est pas évident d'avancer des positions anticapitalistes, une société dirigée par la droite via les médias ?

    C'est sûr que dans une manif où ne viennent que des gens de gauche, où on se retrouve l'espace d'une demi journée à 10.000 camarades ou semi-camarades concentrés, là il n'y a pas de problème, on peut parler de tout avec tout le monde dans cette petite société temporaire de 10.000 personnes.

    Mais pas avec des gens qui ne sont pas déjà convaincus, par un minimum de dénominateur commun qu'on appellera de gauche. La journée d'action bientôt s'achève et on revient à la vraie vie qui n'est pas ça.

    Je comprends d'autant moins la position de certains syndicalistes d'entreprise, que eux pourtant ils connaissent ça, prêcher au quotidien à des gens pas forcément convaincus...

    Donc pourquoi ne pas voir cette journée comme l'équivalent de débarquer, comme nouveau salarié et militant syndical, dans une entreprise où il y a des gens de toute opinion politique, des gens qui votent FN, des libéraux même, du moment qu'ils pensent avoir leur augmentation, des je-m'en-foutistes, des résignés convaincus que ça sert à rien de lutter et que ça changera rien, bref un échantillon de la société exactement comme il y aura le 17 novembre ?"

    "Il n'y aura jamais aucun mouvement populaire spontané pur, ça n'existe pas. Engels disait qu'on ne fait pas la révolution avec des anges mais avec les hommes de la vieille société (qui sont des démons). Le rôle d'un révolutionnaire c'est d'orienter le mouvement vers une ligne rouge et pas fasciste. Sans la bagnole les masses peuvent pas bouffer, les classes populaires sont dans les périphéries des villes, doivent prendre la voiture, je ne parle même pas des populations rurales. Le prix de l'essence c'est 60% d'impôt et l'impôt c'est du vol en système capitaliste. Et le vrais CŒUR de l'affaire c'est la crise du système impérialiste qui ruine l'état et donc augmente le poids sur les masses. 80% des gens soutiennent donc soit les gens sont cons, soit la gauche est sacrément à la ramasse. Pour moi les masses font l'histoire donc c'est tout vu."

    "La gauche est à la ramasse, c'est sûr et certain, et depuis un sacré moment.

    Mais qu'est-ce qui fait que la sauce prend ? Et est-ce qu'on doit s'associer à une démarche, même populaire, si elle favorise un contre sens aux luttes qu'on mène ?

    Je reste persuadé que les intérêts de classe scinderont le mouvement à un moment ou à un autre. Mais je suis tout autant persuadé que se mêler à ça sera contre productif si on espère avoir une chance de gagner en puissance par la suite."

    "Il faut s'y joindre et surtout l'orienter vers le bon côté sinon spontanément ça va vers la droite, c'est évident dans une société dominée par le capitalisme. Il y a des contradictions de fou dans le peuple, principalement dans les classes les plus dominés (patriarcat, religion, tendance au soutien réac etc.) donc notre taf c'est d'accepter ça et de le transformer. Si les gens étaient spontanément révolutionnaire pourquoi il y aurait des révolutionnaires ? Sinon ce mouvement n'est qu'un mouvement donc il va se finir, mais aura t'on gagné des gens à la révolution ou laisser l'extrême droite capitaliser cette JUSTE (je tiens à la redire) colère des masses."

    "La colère peut être juste et l'expression de la colère moins. Oui il faut en être, s'y mêler, totalement d'accord. Mais pas en manifestant avec, pas en s'associant à cette mascarade. Si spontanément ça gueule, il fait aussi spontanément se mettre à réfléchir sur l'orientation à y donner et jouer la carte de la stratégie, organiser des débats etc. On coupera pas l'herbe sous le pied à l'extrême droite et au patronat en leur donnant du poids.

    Un mouvement aussi relayé par la bourgeoisie pose des pions de propagande dans la mobilisation ! Le prolo est impacté par les taxes et le coût de la vie, mais c'est le patronat, les sociétés de transport, tout simplement ceux et celles qui utilisent du carburant, qui ont tout intérêt à s'appuyer sur la grogne pour obtenir des avantages ! Et un samedi, c'est aussi un curseur de l'orientation politique !

    Si ça continue, là je me bougerais pour aller bosser sur des revendications de fond, j'irais appuyer vu que clairement, la stratégie sera d'impacter sur la production. Mais un samedi, le message est clair !

    Par contre sur ton regard sur l'impérialisme, je ne peux que te rejoindre."

    "Il faut y aller organiser dans ces trucs et aider à organiser et l'orienter dans le bon sens. C'est comme ça que se bâtit la révolution pas autrement. Vue la réaction du gouvernement je pense que c'est pas tant l'ami du patronat ce type de truc. Bloquer les flux c'est l'angoisse majeure du capitalisme actuel, c'est d'ailleurs pour ça que les syndicats n'utilisent pas ça comme principale arme d'action. C'est toujours les masses qui poussent vers ça car elles voient bien que les manifs ou grèves sont inopérantes.

    Tout le monde utilise le carburant : 88% des marchandises sont convoyées par camion ! Donc le prix de la bouffe et de TOUT est impacté. Qu'une partie du patronat s'appuie sur ça c'est normal, par contre il faut que nous aussi on s'y appuie parce que les mecs qui manifestent c'est pas des patrons."

    "Ce qui est fondamental c'est vraiment la rupture avec la "scène" telle qu'elle existe : les orgas qui sont des sections syndicales (pour qui j'ai le plus grand respect par ailleurs) proclamées orgas, ou des black blocs totos éventuellement peints en rouge, sans parler des cercles de discussion postmos. Il faut revenir au peuple, auX peupleS au pluriel, aux beaufs et aux barbares, sortir de l'enfer de l'entre soi militant."

    "Oui, l'extrême-gauche blanche reste foncièrement réfractaire aux beaufs. À qui elle est normalement sensée s'adresser."

    => "Complètement. On l'a déjà vu avec les Bonnets rouges en 2013. Ces gens vivent dans leur monde, dans l'entre soi et ne se rendent même pas compte qu'ils abandonnent "le peuple" dont il se réclament et que celui-ci ira trouver les réponses là où il les trouve c'est à dire au FN pour les Blancs, ou chez Soral ou dans le "communautariiiiiisme" tant décrié pour les non-Blancs. [sans parler de toutes les municipalités de banlieue parisienne passées "étonnamment" à la droite de type UDI en 2014...]

    Ils ne savent même plus qu'il existe un monde à plus de 10 km de leurs campus où ils viennent en trottinette ou en vélo urbain. Un monde où si t'as pas de bagnole tu fais rien, tu crèves de faim même tout simplement, puisque les foyers ne sont plus autosuffisants potager-poulailler comme avant et le Super U est à 15 km. Donc je veux bien qu'il faille à brève échéance sortir du pétrole, mais on propose quoi aux gens, comme alternative ?"

    Petite "biblio" :

    https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/17-novembre-les-renseignements-ont-identifie-les-initiateurs-des-gilets-jaunes-7795592198

    https://rmc.bfmtv.com/emission/17-novembre-certains-syndicalistes-rejoignent-discretement-le-rang-des-gilets-jaunes-1566269.html

    https://journal.lutte-ouvriere.org/2018/11/14/17-novembre-ne-pas-laisser-le-terrain-lextreme-droite_114932.html

    https://www.ensemble-fdg.org/content/prix-de-lessence-taxes-et-impots-faire-reculer-emmanuel-macron

    https://lecourrier.ch/2018/11/13/gilets-et-rires-jaunes/ : "Ce qui est présenté comme une taxe écologique n’est en fait qu’un transfert de la fiscalité des riches sur les pauvres. Elle pèsera cinq fois plus sur les revenus des 10% des ménages les plus modestes que sur les 10% les plus nantis. En d’autres mots, il s’agit de reprendre dans la poche des automobilistes ce qui a été donné aux plus riches via la suppression de l’ISF."

    https://rouendanslarue.net/gilets-jaunes-en-voiture-notes-sur-le-17-novembre/

    Un superbe texte :

    https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10155665507661960&id=702736959

    "Pour Gaby, mon gilet jaune

    J'avais un oncle il s'appelait Gaby. Je l'aimais bien. Il était gazier. J'étais gauchiste. Il avait un grand poster de JM Le Pen dans son garage. On buvait des bières en réparant des bagnoles. Passons. Des années plus tard, j'avais fait un grand papier dans Libé pour expliquer comment le FN et Le Pen arrivaient à monter la tête de types bien comme Gaby. Deux pages. July (Serge) le patron m'avait félicité genre : « Enfin un journaliste qui ne les prend pas avec des pincettes ». Pourquoi je parle de Gaby et pourquoi je pense à lui en ce moment ? À cause des gilets jaunes. Gaby bossait à Gaz de France (son cousin, mon pater, bossait à EDF). Ils bossaient 7 jours sur 7 sans trop compter. Il y avait les lignes à réparer, les tuyaux à aligner. La chaleur des pauvres à assurer. Ils étaient fonctionnaires. On partait en vacances dans les tentes bleues de la CCAS. Passons. 

    Pourquoi j'en viens à évoquer ce passé vermoulu ? Le gilet jaune… L'injustice fiscale. La plupart des éditorialistes et des politiques n'y comprennent que dalle à cette colère. Emmanuel Macron et son armée de républicains en marche ont compris eux. Et ils commencent à flipper. À passer des consignes. À jouer de la carotte et du bâton. Vu d'ici, c'est pitoyable. Je ne sais pas ce qu'il adviendra de ce mouvement basique et populaire, si la stratégie du pouvoir va fonctionner, mais cette colère n'a rien à voir avec le réchauffement climatique et très peu avec le diesel. Les gens à l'origine du gilet jaune le disent depuis le début. Ils en ont assez d'être pris pour des pigeons, des vaches à traire, des décérébrés du bulbe, des sans honneur. Ils veulent se révolter. Il se révoltent. Gaby bossait à Gaz de France donc. Il y a usé sa santé. Il est parti en retraite sans se douter qu'on allait vendre Gaz de France à Suez en 2007. Quand je dis vendre, je déconne. Offrir serait plus adéquat. Une histoire de prédateurs et d'hommes politiques très compromis. Sarkozy, Hollande Villepin, Royal, Coppé, Longuet… Tous vont œuvrer avec des responsabilités diverses à cette prédation consentie. Je ne vais pas développer ici (lisez notre livre, « les prédateurs » en vente partout). 

    Tonton Gaby casse sa pipe. GDF devient Engie. Méthode Suez, extrême capitalisme. On pressure et on défiscalise à mort. Non seulement, se chauffer devient un luxe mais Engie, avec la bénédiction des politiques, Macron de chez Rothschild en tête, envoie ses bénéfices au Luxembourg (27 milliards en 2015, passez l'info à Google). L’État français se prive de 2 milliards d'impôts. Alors que nous, cochons de payeurs, on raque. On raque. Et on regarde passer les trains et les prédateurs qui se goinfrent. Et on ne doit rien dire. Et on doit – sous prétexte de réchauffement climatique, sous prétexte de récupération politique – fermer sa gueule. Ben non.

    Ce qui se prépare ici, c'est une Jacquerie. Le message est clair et éminemment politique. Les pauvres en ont marre d'avoir froid, de jouer du crédit le 15 du mois, de faire des demi pleins. Alors qu'à la télé, ils entendent chaque jour se raconter une histoire qui n'est plus la leur. Alors que leur président déroule le tapis rouge à ceux qui ne paient pas d'impôts, Frère, Desmarais, Bolloré, Arnault… Ceux qui font croire qu'ils nous sont indispensables, qu'ils sont des premiers de cordées. Foutaise. Demain, avec le fantôme de Gaby je serai gilet jaune à donf.

    Les beaufs et les cols blancs de Saint Germain n'ont rien compris, ce n'est pas un mouvement marqué à droite. Ni vraiment à gauche. C'est punk. No future dans ce monde-là.

    (Bon j'me grouille j'ai un train pour le salon des lanceurs d'alerte, maison des Métallos à Paris ce soir et demain)."

    Des blocages ont déjà commencé en... Belgique :

    https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_gilets-jaunes-blocage-de-sites-petroliers-en-wallonie

    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_gilets-jaunes-deja-des-blocages-d-axes-routiers-pres-de-charleroi-et-namur

    RECUEIL COMPLET :

    http://ekladata.com/Gilets-jaunes.pdf

     


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  • https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=2038556709763778&id=1831983277087790

    [Marselha] Marcha de la colèra

    Plus de 8.000 personnes se sont rassemblées hier à Marseille pour manifester leurs colères après l'effondrement d'immeubles délabrés qui a fait 8 morts à Noailles.

    C'est tout une politique de la ville qui est remis en question, nombreux sont les habitats insalubres et en mauvais états.

    Cela s'inscrit 3 semaines après le début du bétonnage de la Plaine, un projet global avoisinant les 13 millions d'euros et où entre autres, un mur au coût de 400.000€ a été érigé pour contenir toute résistance.

    La manifestation d'hier s'est terminée par quelques affrontements, il y aurait plusieurs arrestations.

    https://www.facebook.com/streetpoliticsfrance/videos/705091489871135/

    Noailles, la Plaine, nécro-métropolisation de Marseille - "Mais qu'ils ne crient pas victoire trop vite, Marseille se défend !"



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  • (Pour mémoire : alsace-les-lignes-en-train-de-bouger-a-la-jc)

    Rassemblement et défilé organisé en commémoration de la Révolution alsacienne de Novembre 1918, qui débutait il y a donc tout juste 100 ans.

    https://www.facebook.com/jc.basrhin/posts/1074118276082457

    On notera la profusion de Rot un Wiss, le drapeau rouge et blanc LÉGITIME de l'Elsass militairement annexée, mettant fin à un début de révolution prolétarienne, par les troupes françaises dans la foulée de ces évènements :

    [Retour sur "les lignes en train de bouger" du côté des JC en Alsace]

    "Hier nous avons fièrement commémorer le centenaire du Conseil ouvrier de Strasbourg durant lequel le drapeau rouge flottait au sommet de la cathédrale.

    De cette expérience nous retiendrons que la sociale-démocratie joue toujours un rôle contre-révolutionnaire. En Alsace elle hâtait l’arrivée des troupes françaises afin de mettre fin au pouvoir des soviets d’ouvriers et de soldats. À Berlin elle faisait feu sur la révolution spartakiste.

    La sociale-démocratie ne peut se conforter ailleurs que dans le parlementarisme bourgeois, nous prolétaires préparons la révolution armée et le pouvoir ouvrier, nous n’avons rien à attendre de ceux qui trahissent à chaque mandat.

    « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » Marx

    C’est notre classe, notre combat le drapeau rouge flottera ! Pour la paix et le socialisme, organise ta colère !"


    Le texte complet publié par le MJCF 67 :


    CENTENAIRE DU NOVEMBRE ROUGE DE 1918 EN ALSACE-MOSELLE

    http://uecstrasbourg.over-blog.com/2018/11/il-y-a-100-ans-le-drapeau-rouge.html

    L’histoire locale et nationale est rapportée et expliquée avec le point de vue de la classe dominante dans une société donnée : de fait, l’histoire de toutes les périodes de lutte des deux derniers siècles en particulier est façonnée par la bourgeoisie à son stade impérialiste, c’est à dire l’aristocratie financière pourrissante qui a laissé derrière elle tout le caractère progressiste et révolutionnaire qu’elle prétend incarner encore aujourd’hui. Novembre 1918 marque donc la fin de la Première Guerre mondiale et soulage pour un temps malheureusement bref la souffrance des peuples d’Europe (mais pas, rappelons-le, des colonies disputées par les belligérants) et en particulier des classes laborieuses ─ le prolétariat et la petite paysannerie sur qui pèse le plus lourd de la guerre. Mais si l’historiographie française retiendra, en ce qui concerne l’Alsace-Moselle, son retour à la République française, les événements révolutionnaires et le rôle actif du prolétariat pendant cette période semblent avoir été mis sous le tapis.

    Nous, Jeunes Communistes du Bas-Rhin, profitons donc de l’occasion du centenaire du mois de novembre 1918 pour rappeler que ce mois fut teinté du rouge de la révolution prolétarienne : ce fut bien la Räterepublik, la République socialiste des Conseils d’Alsace-Lorraine, qui s'imposa comme mot d’ordre du prolétariat alsacien et mosellan pendant ces quelques jours durant lesquels le drapeau rouge flotta sur la cathédrale et sur les mairies de nombreuses villes de la région.

    Rappel historique

    Novembre 1918 signe la fin de la guerre impérialiste pour la répartition des richesses et de la main d’œuvre entre les monopoles internationaux. À l’aube de ce mois de novembre, l’Allemagne impériale se voit obligée de battre en retraite face aux armées françaises et britanniques et de toute évidence ne va pas tarder à devoir accepter l’armistice au vu de la mauvaise tournure que prend pour elle le conflit mondial. Les années de guerre extrême qui ont envoyé des millions d’ouvriers et de paysans pauvres mourir au champ de bataille et qui entraînèrent disette et misère au sein de la classe laborieuse, cristallisèrent partout les antagonismes existant entre la classe capitaliste et le prolétariat, notamment en Allemagne. Le pays était un parfait terreau révolutionnaire duquel naquirent plusieurs insurrections à travers le territoire germanique. Les soldats exténués par la guerre ─ qui sont, dans les armées de conscription de toute l’Europe du 20ème siècle, des ouvriers et des paysans et non pas des militaires de métier ─ étaient à la tête du mouvement de colère qui animait les masses populaires et étaient décidés à ne plus mourir pour une guerre dont il ne se faisait plus d’illusion. C’est dans ce contexte que les soldats de la Marine allemande de Kiel refusèrent de partir dans un assaut suicidaire contre l’armée britannique au cours de la fin du mois d’octobre. Ainsi les groupes de soldats ─ dont 16 000 Alsaciens et Mosellans ─ se lancèrent dans une mutinerie qui aura pour effet la destitution des généraux de Kiel et l’établissement de conseils ouvriers en charge de la ville.

    Très vite les soldats alsaciens trop longtemps séparés de leur terre se mettent dans l’idée de porter la révolution sur le territoire alors allemand du Reichsland Elsaß-Lothringen (Reichsland d’Alsace-Lorraine) qui correspond plus ou moins à l’Alsace et la Moselle. Le 10 novembre, sitôt arrivés à Strasbourg, les marins révolutionnaires mettent en place des conseils de soldats et d’ouvriers basés sur le modèle de la révolution bolchevique (Rat, conseil, soviet) qui inspire toujours le mouvement révolutionnaire des années plus tard. De Mulhouse jusqu’à Metz se constituèrent ces soviets mettant en place des mesures sociales importantes en augmentant les salaires, établissant une préquelle de sécurité sociale.

    Bien sûr ces mesures n’étaient pas du tout au goût de la bourgeoisie locale qui commença dès l’arrivée des révolutionnaires à organiser la contre-attaque des forces bourgeoises. Ainsi le social-démocrate Jacques Peirotes qui travaille activement au retour des troupes françaises en Alsace, s’empare de la mairie de Strasbourg et s’autoproclame maire de la ville à l’aide de ses amis. Le conseil municipal se présenta comme un contre-pouvoir aux conseils ouvriers dans lesquels les socialistes révolutionnaires militent pour la création d’une République socialiste d’Alsace-Lorraine sous le slogan « ni Allemands, ni Français ni neutres : le drapeau rouge a triomphé ! ».

    Le 13 novembre ils hissèrent fièrement le drapeau rouge au sommet de la cathédrale de Strasbourg, en signe de victoire de la Révolution !

    Cet acte a convaincu Peirotes de hâter l’arrivée des troupes françaises pour un « retour à l’ordre » au plus vite, comprenez pour « mater la révolution prolétarienne ». Le mot d’ordre de la bourgeoisie alsacienne (alors allemande) est clair et affiché sur les murs de quartiers huppés de la ville : « plutôt français que rouge ».

    Le 22 novembre à l’arrivée de l’armée française dans Strasbourg, la bourgeoisie locale accueille avec grand enthousiasme le président Poincaré contre qui elle avait pourtant déclaré la guerre 4 ans auparavant. Voilà comment la bourgeoisie aidée par la sociale-démocratie a désarmé et réprimé le prolétariat, à l’image de l’assassinat des spartakistes par le SPD à la même époque.

    L’échec des révolutionnaires

    Le conseils de soldats et d’ouvriers à Strasbourg et dans toute l’Alsace-Moselle et leur portée révolutionnaire n’auront finalement duré que quelques jours, entre l’arrivée des premiers mutins révolutionnaires le 9 et l’arrivée de l’armée française le 22, et leur influence n’aura pas réussi à se concrétiser en mouvement de masse. Il y a divers facteurs qui ont conduit à cet échec.

    Premièrement, si la situation fin octobre et début novembre est propice à l’action révolutionnaire des masses en Alsace, l’idéologie dominante reste très petite-bourgeoise et une partie influente de la population idéalise l’Alsace française d’avant 1870, notamment les anciens combattants. Ainsi quand les révolutionnaires défendent la position matérialiste du socialisme non pas allemand ou français mais prolétarien, seul capable de combattre l’impérialisme, ces paroles ont du mal à faire leur chemin dans les classes intermédiaires, objectivement dans le camp du prolétariat mais subjectivement soumises aux positions bourgeoises. Les révolutionnaires eux-mêmes sont hésitants quant à la tactique à adopter, en témoigne leur refus de s’attaquer à la propriété privée et leur relative bienveillance à l’égard des opportunistes dont le rôle dans la tournure prise par les événements est également très déterminant.

    En effet, les socialistes chauvins, Jacques Peirotes à leur tête, sabotent les efforts révolutionnaires et font tout pour que triomphe non pas le socialisme, qui en parole leur est très cher, mais bien la bourgeoisie française. Non seulement la mairie “socialiste” auto-proclamée, à l’image de la Douma municipale de Petrograd pendant la révolution russe, joue le rôle de contre-pouvoir direct aux conseils ouvriers, opposant ordre bourgeois à ordre prolétarien, Garde Civile à Garde Rouge, mais ces pions de la bourgeoisie investissent nombres de conseils pour y freiner le progrès des positions révolutionnaires. Dans certaines villes, ce sont des entrepreneurs et des propriétaires qui se hissent à la tête des conseils. On comprend ainsi la difficulté pour les révolutionnaires comme le président du conseil de Strasbourg le sergent Rebholz à pousser les masses à l’action non pas seulement contre l’Allemagne mais contre la bourgeoisie, quel que soit l’État capitaliste qui la représente, à se saisir des outils de pouvoir et à poser les bases pour cette République des Conseils déclarée mais non concrétisée. À son habitude, la social-démocratie opportuniste et de fait chauvine reprend la propagande contre-révolutionnaire bourgeoise, qui pour sa part présente les révolutionnaire comme des agents de l’Allemagne, pour justifier ses positions tout en prétendant représenter le socialisme. En effet Peirotes commentera ainsi ses choix et ses démarches pour hâter les troupes françaises en pointant la menace de l’Allemagne profitant du désordre de la révolution pour récupérer l’Alsace et la Moselle ; menace complètement fictive considérant l’état d’instabilité du pouvoir allemand secoué par la même vague révolutionnaire.

    Ainsi, avec l’approche des troupes françaises, les révolutionnaires sont contraints de renoncer à la construction d’un pouvoir ouvrier, constatant le résultat insuffisant de son activité pendant les quelques jours de ce Novembre rouge, qui s’est limitée à des hausses de salaires et des garanties sociales assez rudimentaires, certes importantes à l’époque mais ne donnant pas les outils du pouvoir à la classe ouvrière. En fait, cette activité aura surtout consisté à assurer le maintien de l’ordre pour empêcher les pillages qui menaçaient de causer des pénuries et des épisodes de trouble civils. Conscients et frustrés de ces conclusions amères comme le témoigne la dernière séance du soviet de Strasbourg le 20 novembre, les révolutionnaires descendent le drapeau rouge de la cathédrale, immédiatement remplacé par le tricolore pour accueillir l’armée de la République française.

    L’Alsace-Moselle sous la France

    Le mouvement autonomiste en Alsace a été largement récupéré par les réactionnaires qui ne présentent l’identité alsacienne que comme une entité fixe mise en péril par des pratiques religieuses ou culturelles d’une partie de la population issue de l’immigration récente. Ces fantasmes identitaires du grand remplacement à l’alsacienne aveuglent complètement les « autonomistes » actuels qui ne parlent que très peu voire pas du tout de la seule domination culturelle existante en Alsace-Moselle : celle de l’État français. En effet le Peuple alsacien est victime d’une répression culturelle de la part de la bourgeoisie française qui vise à détruire la culture alsacienne au profit d’une culture « bleu blanc rouge » jacobine.

    Effectivement, dès le retour des troupes françaises en Alsace-Moselle et après de nombreuses fêtes visant à rétablir l’ordre et la tradition républicaine mis à mal par l’expérience des conseils ouvriers, un tri va être fait entre les Alsaciens pour déterminer leur degré d’appartenance à la France. Ainsi plusieurs cartes d’identité seront mises en place selon que vous soyez enfant d’Alsaciens, d’Allemands ou d’une union entre un.e Allemand.e et un.e Alsacien.ne. Dès lors, tous ne bénéficiaient pas des mêmes droits civiques et certains étaient considérés comme des étrangers à qui on ne peut faire confiance ─ trop germaniques pour se sentir sincèrement français. Voilà donc comment s’entama une purge culturelle visant à faire disparaître la culture alsacienne par l’interdiction de l’usage de la langue régionale, l’établissement sans transition du français dans toutes les institutions publiques et l’interdiction d’accès aux Alsaciens et Mosellans aux hauts postes administratifs locaux entièrement tenus par des Français de l’intérieur à l’image des pratiques coloniales.

    Aujourd’hui encore la langue alsacienne et son accent sont des traits culturels moqués et assimilés à une appartenance à l’Allemagne. La récente disparition de la région Alsace au sein du “Grand Est” est l’aboutissement de la négation d’une identité alsacienne propre par l’État français. Si aujourd’hui l’alsacien n’est plus pratiqué par la majorité de la population alsacienne, c’est seulement à cause de l’acharnement répressif du pouvoir français à vouloir faire taire les Alsaciens.

    Quel différence l’allégeance à la bourgeoisie française a-t-elle alors apporté aux travailleurs alsaciens en 1918 ? Aucune si ce n’est celle d’être à nouveau traités en ennemis de la nation, incapables de se défendre au sein de l’entreprise car ne maîtrisant pas la langue du maître.

    De plus, le rattachement de l’Alsace-Moselle à la France fut surtout l’occasion pour la bourgeoisie française d’en piller les ressources. Dans son cours d’économie alsacienne à la faculté de droit et des sciences politiques de Strasbourg, le professeur Laufenburger cite entre autres l’exemple des usines de sidérurgie de la Moselle, qui « [...] en tant que propriétés allemandes, furent liquidées et cédées aux producteurs métallurgiques français à des prix notablement inférieurs à leur valeur réelle » (quelques centaines de millions de francs à peine pour une valeur de 8 milliards). Très vite, des dizaines de milliers d’ouvriers des mines et métallurgies seront forcés au chômage, plus encore au chômage partiel, et l’État français ne fera charité qu’à une fraction extrêmement faible de cette masse de travailleurs privés d’emplois, tandis que les salaires chutent bien en dessous du niveau moyen pour la France de l’intérieur et que l’impôt professionnel et celui sur les salaires montent bien au-dessus. Parallèlement, la répression contre les militants ouvriers se fait d’autant plus dure, avec interdiction de réunion, censure des journaux ouvriers, etc (voir [4]). En bref, le capital impérialiste qui écrase les peuples, les cultures, le travail.

    Conclusion

    En tant que communistes, l’objectif n’est pas pour nous de faire du folklore nostalgique des expériences révolutionnaires des derniers siècles, tournés vers le passé, mais bien de rester ancrés dans la situation présente, tournés vers les futures tournures que prendront la lutte des classes dans notre société et dans le monde. Si nous prenons le temps de commémorer le centenaire des conseils de soldats et d’ouvriers en Alsace-Moselle, c’est bien parce que nous en tirons des leçons historiques sur les rôles des différentes parts de la société en période révolutionnaire.

    D’une part nous y voyons les problématiques posées à des révolutionnaires qui, à peine de retour chez eux et avec un laps de temps très faible, ne parviennent pas à trouver dans les masses un appuis franc et déterminé pour mener la construction des outils du pouvoir ouvrier face à la bourgeoisie. Toute situation révolutionnaire ne mène pas nécessairement à un mouvement révolutionnaire d’ampleur, capable de renverser le pouvoir. En l’occurrence, le pouvoir bourgeois se maintient pendant ce mois de novembre 1918 en Alsace-Moselle : par la mairie de Peirotes, par la Garde Civile, et même par les soviets eux-mêmes, non résolus à toucher à la propriété privée, à la terre, aux moyens de production, et dont l’action consistera finalement en majeure partie à assurer l’ordre et à mettre en place des mesures sociales purement économiques sans portée politique révolutionnaire, qui seront balayées plus tard par le pouvoir français.

    D’autre part, cette expérience confirme en effet la qualité d’alliés objectifs de la bourgeoisie réactionnaire de la social-démocratie opportuniste, qui sous les conditions de l’impérialisme prend la forme du social-chauvinisme : la défense de la patrie (bourgeoise), de la république (bourgeoise), de la démocratie (bourgeoise) etc. Vouloir cacher ou amoindrir les antagonismes des classes, les subordonner à une cause idéaliste, tel est l’attitude opportuniste qui pouvait se comprendre il y a 200 ans alors que le socialisme et la compréhension matérialiste de la société étaient encore confus, mais qu’on ne peut et ne doit pas pardonner à l’ère de l’impérialisme.

    Ici, le schéma opportuniste présente la France comme la patrie républicaine salvatrice face à l’Allemagne impériale belliqueuse. Or l’une comme l’autre représentent les intérêts d’une bourgeoisie encline à sacrifier en masse sa population pour sauvegarder sa puissance économique. Les Alsaciens à qui on promit la paix et le pain sous l’égide de la France déchanteront d’ailleurs bien assez vite en voyant leur culture et leur langue détruite et leur terre préparée à devenir un tombeau à ciel ouvert, un champ de bataille pour une nouvelle manifestation des monstruosités de l’impérialisme.

    Ces points permettent de mieux appréhender la question toujours actuelle des revendications autonomistes en Alsace notamment. Depuis le soviet de Strasbourg sous le mot d’ordre « Ni Allemands, ni Français, ni neutres », l’idée d’une Alsace indépendante a fait son chemin, mais nous devons soulever des positions erronées dans le mouvement autonomiste qui est aujourd’hui largement conduit par une petite-bourgeoisie locale frustrée du poids de l’État français qui pèse sur elle.

    « Ni neutres » c’est la partie importante de ce slogan, profondément prolétarien, qui refuse de substituer la domination d’une bourgeoisie locale à celle d’une bourgeoisie française ou allemande. L’autonomie du Peuple alsacien, c’est l’autodétermination du Peuple alsacien, autrement dit une Alsace aux mains des travailleurs et travailleuses d’Alsace, quelles que soient leurs origines d’ailleurs. Le prolétariat n’est pas « neutre » car il est international, et c’est sous son action révolutionnaire que tous les peuples pourront vivre libres, débarrassés du parasite bourgeois qui revendique haut et fort la liberté et l’autonomie et dans le dos prépare la guerre et la soumission au capital.

    MJCF 67 - Mouvement des Jeunes Communistes du Bas-Rhin

    Sources

    [1] “Un soviet à Strasbourg”, extrait du journal Politis, le Citoyen, 10/17.11.1988

    [2] “Novembre 1918, La République Soviétique d’Alsace”, par Adrien Courtinel

    [3] “Quand le drapeau rouge flottait sur la Cathédrale”, documentaire de 2009 écrit et réalisé par Jean-Noël Delamarre

    [4] “L’Alsace-Lorraine sous le joug”, discours prononcé par Maurice Thorez à la chambre des députés le 4 Avril 1933

    [5] “Ordre et désordre dans la fête : Les fêtes de réception des troupes françaises en Alsace en Novembre 1918”, Jean-Claude Richez


    Et puis au beau matin du 11 novembre, jour – pour nous – de commémoration des millions de sacrifié.e.s de tous les Peuples de l’État français, d'Europe et des colonies (declaration-du-11-novembre), un évènement... inattendu, c'est le moins que l'on puisse dire :


    Le Rot und Wiss flotte sur la cathédrale de Strasbourg !

    [Retour sur "les lignes en train de bouger" du côté des JC en Alsace]

    En ce matin du 11 novembre Strasbourg voit flotter sur la flèche de la cathédrale le Rot und Wiss, vraisemblablement hissé dans la nuit, action dont les auteurs ne sont pas encore identifiés (voir l'article de France Bleu Alsace [1]). Le drapeau rouge et blanc symbolise l'autonomie de l'Alsace, et c'est un symbole que se partagent à la fois les autonomistes alsaciens comme le parti Unser Land et les divers communistes ou militants de la gauche au sens large qui prennent position sur cette question. Un rapide exposé de notre position sur la question alsacienne est donné en 6ème point de nos textes d'orientation [2].

    L'action est donc fortement symbolique puisqu'elle se produit aujourd'hui où l'on célèbre le centenaire de l'armistice signé le 11 novembre 1918 qui consacre la fin de la Première Guerre mondiale. Cette date se place aussi dans le contexte des événements révolutionnaires de tout le mois de novembre en Alsace-Lorraine, qui verra la formation partout dans la région de conseils ouvriers et de soldats dont nous commémorions la naissance mercredi dernier [3]. En effet il y a 100 ans, c'était le drapeau rouge qui flottait sur la cathédrale ! Nous avons rédigé un article sur ces événements [4] dans lequel nous traitons de la question alsacienne plus en détail, et où nous exposons aussi notre position vis à vis des mouvements autonomistes alsaciens. Notre position est donc claire, l'Alsace ne souffre que d'une oppression économique et culturelle : celle de la classe capitaliste dont les intérêts s'expriment via l'État français. Ainsi nous revendiquons une autonomie de classe pour l'Alsace, dont la seule expression possible et pérenne est la construction du socialisme.

    Si donc nous sommes clairs sur nos désaccords avec la grande part des autonomistes alsaciens qui n'ont pas une position révolutionnaire prolétarienne et idéalisent une culture fixée de l'Alsace, nous soutenons la portée symbolique de cette action qui rappelle que le Peuple alsacien a autant souffert sous le drapeau français que sous le drapeau allemand. L'armistice signé le 11 novembre 1918 n'est pas une fin de la guerre offerte par la France et ses alliés aux peuples, ce sont les peuples eux-mêmes, et en particulier les travailleurs, qui se sont soulevés contre la guerre et ont permis d'y mettre fin, comme l'illustre la mutinerie de la flotte allemande qui lança un mouvement révolutionnaire dans toute l'Allemagne. La France n'a donc pas sauvé le Peuple alsacien de la guerre, et au contraire elle l'y plongera plus cruellement encore pour défendre ses profits en 1939.

    Nous exprimons donc le dégoût le plus sincère envers les représentants de la bourgeoisie française, libéraux et social-chauvins, dont la condamnation politique de cet acte sous prétexte d'un devoir de respect pour la date du 11 novembre est une offense au Peuple alsacien et à l'Histoire. Des propos tels que ceux tenus par Alain Fontanel, 1er Adjoint au Maire de Strasbourg chargé de la culture dans son tweet en réaction à cet événement [5] dénotent du caractère chauvin et volontairement ou non ignorant de l'Histoire. Célébrer le centenaire de l'armistice par le Rot und Wiss plutôt que par le tricolore est bien plus respectueux pour les milliers d'Alsaciens qui ont vécu la guerre, la disette, la négation de leur identité et la construction des champs de mort de la Seconde Guerre mondiale, dictées de concert par les États capitalistes qui aujourd'hui encore nourrissent le chauvinisme pour détourner la colère des opprimés.

    La paix ne vient pas d'en haut, elle vient d'en bas, et elle vient armée. Organise ta colère !

    MJCF 67 - Mouvement Jeunes Communistes du Bas-Rhin

    Sources :

    [1] Article de France Bleu Alsace daté du dimanche 11 novembre 2018 : "Le drapeau alsacien Rot un Wiss hissé illégalement sur la cathédrale de Strasbourg"
    https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/le-drapeau-alsacien-hisse-illegalement-sur-la-cathedrale-de-strasbourg-1541928836

    [2] Textes d'orientation adoptés à la Conférence fédérale du MJCF 67 (30 septembre 2017)
    http://uecstrasbourg.over-blog.com/2017/10/textes-d-orientation-adoptes-a-la-conference-federale-du-mjcf-67.html

    [3] Commémoration du centenaire du Conseil ouvrier de Strasbourg
    https://www.facebook.com/jc.basrhin/posts/1074118276082457

    [4] Notre article sur le centenaire du Novembre rouge alsacien : "Il y a 100 ans : le drapeau rouge"
    http://uecstrasbourg.over-blog.com/2018/11/il-y-a-100-ans-le-drapeau-rouge.html

    [5] Tweet du 1er Adjoint au Maire de Strasbourg chargé de la Culture, Alain Fontanel : https://twitter.com/AlainFontanel/status/1061536116443103232


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  • Ce samedi 27 octobre 2018, deux rassemblements ont eu lieu en Occitània pour l'autodétermination du Peuple kanak.

    http://nosinfo.org/index.php/internacionalisme/item/817-kanaky-rassemblements-en-occitania

    Plusieurs organisations étaient représentées, il y a eu des prises de parole du PIR, de Kanaks et de l'ODPO (voir ci-dessous).

    À notre connaissance, il y a eu pour le moment des rassemblements de soutien pour la Kanaky uniquement à Paris (en septembre), en Occitània et en Corse...

    Rassemblements de solidarité avec #Kanaky en Occitània

    Discours n°1 :

    "Le 4 novembre prochain, les habitants de Kanaky iront voter pour un référendum qui determinera si celle-ci doit devenir un nouvel État indépendant.

    [http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/kanaky-rassemblement-tolosatoulouse-a148453838]

    Soyons clairs : les dés sont pipés, la Kanaky est une colonie de peuplement où le Peuple kanak est devenu minoritaire sur sa propre terre. L’impérialisme français a d'autre part beaucoup à perdre, l’île détient en effet entre 20 % et 30 % des réserves mondiales connues de nickel et elle augmente sa zone économique exclusive (ZEE) maritime de 1,5 millions de km². C’est donc un pivot de l’impérialisme française dans le Pacifique. Tout porte donc à croire que ce référendum n'existe que pour être perdu. Nous ne croyons plus à l’"humanisme" de la République depuis longtemps.

    Quoi qu’il en soit nous ne prendrons pas parti dans la stratégie des différentes organisations indépendantistes kanaks, nous n’en avons pas la prétention, nous tenons plutôt à apprendre de leurs luttes.

    Nous sommes ici pour affirmer que la Kanaky doit être indépendante, c’est un droit inaliénable. L’État français doit quitter le Pacifique et toutes les régions du monde. Nous sommes ici pour affirmer notre soutien sincère et plein aux masses kanaks en lutte. Nous tenons à saluer ce peuple millénaire qui n’a jamais cessé de lutter avec dignité contre le colonialisme, la barbarie et l’impérialisme.

    Les évènements de la grotte d’Ouvéa (1988) ont montré le vrais visage de la République, celle d’un système qui n’hésite pas à torturer, massacrer pour maintenir son pouvoir.

    Il devrait avoir des dizaines de rassemblement dans tout l’État français pour soutenir l’indépendance, mais la gauche est absente. Elle ne veut pas s’attaquer au pré carré français, pas toucher à l’impérialisme, pire, elle le défend ! La vérité c’est qu’elle profite des royalties que procure l’impérialisme et peu importe que tout cela provienne du pillage de masse des pays dominés.

    Nous voulons dire à tous nos camarades kanaks que nous soutiendrons leur combat peu importe le chemin qu’il prendra. Nous voulons aussi leur dire que nos portes leur seront toujours ouvertes s'il en est besoin."

    Rassemblements de solidarité avec #Kanaky en Occitània

    Discours n°2 :

    "J’aimerais poser 3 questions aux Toulousains ici présents :

    - Savez-vous que signifie Basso Cambo, le Miralh, Esquirol, les Trois Cocus, Empalot, Balma, les Argoulets etc ?

    - Qui connait Raimon Trencavel, Bernard Délicieux, Pierre de Brugère, Joan Cavalier, Pierre Grellety, Ailhaud de Volx ?

    - Qui sap un drin la lenga nosta aquiu ? Arres ?

    Voilà trois questions pour démontrer l’entreprise de dénationalisation et d’aliénation que connait notre peuple. Il y a 100 ans j’aurais fait ce discours totalement en occitan et tout le monde aurait compris, originaire d’ici ou d’ailleurs. Il y a 100 ans tout le monde parlait occitan.

    Ce n’est pas un accident de l’histoire, une erreur, ou bug mais le résultat de deux choses :

    - La première, la conquête politico- militaire de l’Occitània par les Français commencée lors de la Croisade il y a 800 ans ; conquête qui a permis de donner le jour à l’État français moderne et ouvert la porte de l’Afrique et de la colonisation.

    - La seconde : l’application d’une politique pensée, planifiée, organisée par l’État français, depuis le XIXe siècle, visant à faire disparaître la communauté linguistique occitane et donc notre nation. Cet acte politique porte un nom : cela s’appelle un ethnocide.

    En République française, l’ethnocide est "progressiste". On détruit l’occitan pour que nous soyons tous égaux ! C’est au nom de l’égalité, de la laïcité et contre le communautarisme qu’on détruit une culture, une langue vieille de mille ans. Qu’on aliène un peuple qui ne sait même plus ce que signifient ses noms de familles, ou les noms de ses villes, de ses rues, de ses montagnes. Bref son univers proche. On bâtit une histoire totalement étrangère et bien souvent mensongère aux gens d’ici.

    François Hollande nous disait dans un discours qu’il n’y a pas d’accès à la culture, au jugement, si on ne maîtrise pas le français. Voilà un homme de gauche assurément français. Voilà le colonialisme, l’impérialisme le plus violent et immonde, celui qui se pare du progrès.

    La répression linguistique, culturelle, nationale de fait, le mensonge historique sont constitutifs de la République française, car elle est née sur la négation du fait multinational de l’Hexagone. Une République dominée par la bourgeoisie française qui s’est fortifiée dans la colonisation outre-mer. Nous sommes toujours au temps de la 3e République de Jules Ferry, où il fallait imposer le français en métropole et soumettre par la force, le pillage, les massacres, les nations d’Afriques et d’Asie. Notre ethnocide en cours n’est qu’une des multiples facettes de la construction de l’État français, bâti sur le génocide colonial, sur les guerres de rapines impérialistes et la répression de la classe ouvrière.

    Il n’est qu’une facette de l’oppression et de l’impérialisme. Mais tout cela ne serait pas si grave si la "gauche", et j’y mets des guillemets, n’avait pas adhéré volontairement ou tacitement à ce projet. Que de mépris n'avons-nous pas reçu, nous défenseurs des "patois arriérés" ! Que de regards de pitié pour ce combat, dans la glorieuse capitale universelle des droits de l’homme ! On ne voudrait tout de même pas revenir en arrière ! Non, assurément pas.

    Mais voilà, les temps changent... La crise mondiale du système impérialiste provoque une crise de civilisation, une crise identitaire. La France est dans la tourmente, elle se disloque. Et quand il y a le feu on appelle le pompier social-démocratie, la gauche ressort les drapeaux tricolores, la Marseillaise ! Vite, les musulmans veulent bouleverser notre mode de vie ; « nous sommes tous Charlie » ; à bas la province qui veut balkaniser la France ! À bas le drapeau rouge, vive le Peuple français intercontinental de Paris à Nouméa.

    On fabrique des ennemis intérieurs : la France puissance nucléaire est menacée par le hallal à la cantine. Les défenseurs des langues nationales piétinées sont des agents de l’Allemagne. Rien d’étonnant, en réalité, dans un pays ou Eric Zemmour est considéré comme un intellectuel.

    La propagande est puissante, violente, elle est déversée quotidiennement dans les médias. Et pourtant des dizaines milliers de gens ont voté pour Occitanie comme nom de région, certes seulement un tiers de notre nation mais quand même ! Nous avons eu 5 grandes manifestations de masse, 35 000 personnes ont défilé à Tolosa en 2012 pour la langue occitane ! Nous sortons lentement mais sûrement de notre torpeur.

    Quiconque accepte cet ethnocide est du côté de l’oppression nationale, du côté de la préservation de l’État bourgeois et de la domination impérialiste. Nous ne pouvons construire une nouvelle maison sur des fondations aussi pourries, il faut tout raser, réétudier les plans et rebâtir. Rien ne pourra se faire sans l’acceptation que la France est multinationale et qu’il y a une nation occitane qui a le droit de vivre, de s’emanciper, de s’autodéterminer.

    Nous premiers indigènes des Français, nommés ainsi dans les Statuts de Pamiers en 1212, statuts de type colonial visant à régir la société occitane fraîchement conquise, nous tendons la main, ou plutôt notre poing aux derniers, nous l’espérons, des indigènes.

    Nous tendons notre poing à tous ceux et celles qui veulent en finir avec l’impérialisme français aux quatre coins du monde, de Nouméa au 93, de la Castelana à Pointe-à-Pitre ! Nous devons nous unir, nations sans État, peuples sous domination coloniale directe, indigènes d’Hexagone et bien sûr le prolétariat blanc 100 fois trahi par les bateleurs de foire.

    Il y a une autre chose que nous partageons avec l’immigration coloniale : la légitimité très forte de nos luttes. Nous comme pòple començèt, peuple premier de cette terre ; et vous les indigènes comme peuple sur le dos duquel s'est bâtie la richesse de ce pays.

    Je voudrais citer et paraphraser Houria Bouteldja, militante du Parti des Indigènes de la République, des camarades, des sœurs et des frères, et l'un de nos vrais soutiens honnêtes, car désintéressé : "Assumons la rupture, la discorde, la discordance. Gâchons le paysage et annonçons des temps nouveaux. Décidons de ne pas imiter, d’inventer et de nous sourcer ailleurs".

    Ils nous disent 1789, répondons 25 juin 1218, jour de la mort de Simon de Montfort !!

    Oui les temps nouveaux sont arrivés, ayez confiance, ayez foi dans la justesse de nos combats ! Ne tremblons pas devant l’ennemi car rien n’est éternel ; hier, Tamanrasset c’était "la France" ; l’Occitanie sort de sa torpeur, alors rejoignez-nous pour bâtir un nouveau pays pour un nouvelle vie !

    Vive la Nation occitane indépendante.
    Vive la République populaire d'Occitanie.
    Vive le socialisme !
    Vive la Kanaky !
    Vive la lutte indigène !
    À mort l’impérialisme !"

    Source : odpo.org

    Rassemblements de solidarité avec #Kanaky en Occitània

    Toulouse, rassemblement pour la #Kanaky du 27/10/2018,
    Parti des indigènes de la république
    Intervention de Kossi Paul

    A émergé pendant la campagne du référendum en Kanaky une polémique quant à la constitution des listes électorales. Les critères d'inscription sur les listes électorales mis à jour pour l'occasion ont permis de réduire considérablement le poids politique du Peuple kanak. Si certains se scandalisent (à raison) de cet effort évident de minorisation politique de nos frères kanaks, n'est il pas qu'une énième manifestation de la politique coloniale de l'état français ?

    En 1950 déjà, au lendemain de la départementalisation d'une partie des colonies d'outre-mer, la loi du 30 juin instaure une indexation de la rémunération des fonctionnaires civiles et militaires dans les colonies, consacrant ainsi le privilège économique des membres de l'administration coloniale. En 1957, ces taux sont revalorisés pour atteindre en Guyane 40% de plus que le salaire de métropole, 175% en Polynésie et entre 73 et 93% selon les communes en Kanaky, ceci donc à l'aube du coup d'état qui mènera à l'avènement de la Vème République. Cette volonté d'encourager les métropolitains à venir participer à l'entreprise coloniale s'adresse aussi au reste de la population. Celle-ci est ainsi encouragée à prendre sa retraite dans les DOM-TOM pour profiter de jusqu'à 75% de majoration de sa pension. En Polynésie, pas d'impôt sur le revenu. Des cadeaux fiscaux énormes sont aussi offerts aux investisseurs français, notamment par la loi Girardin. Cette loi encourage particuliers et entreprises à contribuer à la main mise sur l'immobilier contre une réduction d'impôt qui varie entre 25 et 64% de la valeur du bien neuf pour les particuliers et jusqu'à 50% (voire 60% dans les TOM). Ainsi, fonctionnaires, civils, retraités, investisseurs et entreprises : c'est l'ensemble de la population française qui est invitée à se repaître des fruits de l'exploitation coloniale.

    Du côté des populations colonisées, cette minorisation ne se vit pas que sur le plan électoral. Quand bien même les natifs et autres descendants d'Africains déportés restent les groupes majoritaires, l'essentiel du pouvoir économique est concentré dans la main des descendants de colons et des métropolitains. Avocats, fonctionnaires de police, exploitants agricoles, médecins, juges… La majorité de ces fonctions restent dans les mains des agents du colonialisme. Et "toupannan"(pendant) que l’étendue du privilège colonial s'accroît, face au chômage, au manque d'établissements de formation et au carcan économique colonial, l'émigration des indigènes aussi. Au point de causer, en Martinique par exemple, dépeuplement et vieillissement de la population locale (vieillissement d'autant accru par l'arrivée en masse des retraités français).

    C'est dans ces contextes de marginalisation économique et politique nauséabondes qu'ont eu lieu les référendums concernant l'indépendance ou l'autonomie des colonies françaises. Mais l'heure de nous-mêmes a depuis longtemps sonné ! Malgré ces facteurs, le Peuple kanak constitue encore la communauté la plus importante en Kanaky.

    Quel que soit le choix stratégique entre participation massive au scrutin ou boycott, le Parti des Indigènes de la République soutient de façon inconditionnelle la résistance au joug colonial et la lutte pour l'indépendance du peuple de Kanaky.

    Rassemblements de solidarité avec #Kanaky en Occitània

    Toulouse, rassemblement pour la #Kanaky 27/10/2018
    Parti des indigènes de la république
    Intervention de Hammel Julien

    Il faut toujours se méfier des référendums sur l’indépendance des colonies occupées par la fRance.

    Un peu d’histoire, revenons aux référendums sur l’indépendance des Comores en 1974. Le résultat pour l'indépendance est de 99 % à Mohéli, Anjouan et en Grande Comore. Mayotte vote, à plus de 63 %, pour le maintien dans la République (française). Globalement, au niveau de l'archipel, 95 % des votants se déclarent pour l'indépendance. Les partisans de l'indépendance pensaient que la France se conformerait au droit international concernant l'indivisibilité des entités coloniales. Le secrétaire d'État français aux DOM-TOM justifiait, le 26 juillet 1974, l'organisation d'une consultation globale dans l'archipel en disant qu'« on ne peut concevoir une pluralité de statuts pour les différentes îles de l’archipel ». Toutefois, la France, après la tenue de la consultation, ne va pas interpréter les résultats globalement mais île par île, pour des raisons tant politiques que juridiques. On peut citer par exemple que : l'entité du territoire n'a été formée qu'à partir de 1946, voire 1961 pour certains ; l'article 1er de la loi précise « les » population et non pas « la » population, ce qui justifierait l'interprétation du résultat île par île ; en mars 1975, une délégation de parlementaires se rend sur place, et son rapport met en avant l'article 53 de la Constitution de 1958 qui précise que « Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n'est valable sans le consentement des populations intéressées ». C'est l'argument principal qui va être utilisé par le gouvernement français pour traiter à part le cas de Mayotte. Cette interprétation a été fortement discutée par les juristes. Ils ont débattu d'une part de la possibilité d'appliquer cet article à une sécession, d'autre part de la qualification de Mayotte comme « territoire » au sens de cet article alors que ce n'était qu'une partie du Territoire des Comores. Le Parlement entérine la décision du gouvernement de Jacques Chirac de suivre cet avis le 3 juillet. Le 6, Ahmed Abdallah déclare unilatéralement l'indépendance de l'État des Comores indépendantes. Pas pour longtemps, car le 3 août 1975, il est renversé par un coup d'État organisé par Ali Soilih et le mercenaire français Bob Denard sur l'île de la Grande Comore.

    L’impérialisme français ne respecte pas les résultats des urnes quand il s’agit de préserver ses intérêts impérialistes. La Kanaky détient presque 40% des ressources mondiales de nickel, donc l’impérialisme français et ses alliés ne se laisseront pas faire, et risque après l’indépendance de la Kanaky, de fomenter un néo-colonialisme et un néo-impérialisme de type génocidaire comme ce qui se passe au #Kongo depuis la fin du XXe siècle.

    Rassemblements de solidarité avec #Kanaky en Occitània

    Rassemblements de solidarité avec #Kanaky en Occitània


    2 commentaires

  • [Texte écrit avant, mais déjà dans la perspective certaine de l'élection de Bolsonaro, qui vient donc de remporter la présidence fédérale du Brésil par 55% des suffrages exprimés (plus de 30% - 40 millions ! - d'abstentions ou de votes blancs ou nuls).]


    http://nosinfo.org/index.php/internacionalisme

    Ce n'est que le point de départ (Apenas o ponto de partida)


    Igor Mendes

    https://anovademocracia.com.br/noticias/9763-apenas-o-ponto-de-partida 

    Sur la situation au Brésil - un article maoïste

    Ne pas participer à la farce électorale, ne pas légitimer ce grotesque jeu aux dés pipés, est la seule réponse qui prépare le terrain aux luttes de demain.

    Le premier tour des élections a consacré la nette victoire de Jair Bolsonaro (PSL), obtenant quelques 49 millions de suffrages, sur Fernando Haddad du PT. Dans les États fédérés, les alliés de la première ou dernière heure de l'ancien capitaine ont souvent réussi une rapide ascension face à leurs concurrents et détrôné quelques figures de proue de la politique traditionnelle du pays. Chefs d'entreprises, juges, militaires pullulent à présent comme représentants de la "nouvelle politique" avec la bénédiction de Dieu, de la Bourse et de l'évêque Edir Macedo (mais pas forcément dans cet ordre).

    Quelle hypocrisie ! Ce sont ces bureaucrates, ces entrepreneurs nouveaux riches qui piétinent au quotidien le peuple le plus pauvre dans les terribles engrenages juridiques, policiers et administratifs du vieil État réactionnaire. Si les parlementaires corrompus rédigent les lois, ce sont ces messieurs soi-disant "éthiques" qui les font appliquer à fer et à feu contre les masses populaires, pendant qu'ils jouissent de salaires exorbitants et de toutes sortes d'avantages financés par ce même argent public dont ils se prétendent gardien. Derrière cette façade "respectable" s'abritent d'anciens producteurs de films pornos, des tueurs professionnels ou encore des politicaillons du petit clergé, dans le spectacle abject qu'est devenue la politique officielle du pays.

    La vérité est qu'une partie importante des masses, faute de trouver une alternative qui représente clairement ses intérêts et assommée par des années de récession et de sous-emploi, a pu se laisser attirer par les sirènes de ceux qui parlent le plus fort contre "tout ça". Ceci nous est démontré par le fait que tous les principaux partis de la "Nouvelle République" [depuis la fin de la dictature militaire, 1985, NdT], et non moins voire plus que les autres le PT, ont subi la défenestration de leurs vieux caciques et une perte considérable de sièges dans le législatif comme l'exécutif [il faut aussi rappeler à ce stade que le PT a été poussé dans la tombe, au bord de laquelle l'avaient mené 13 ans de gestion "de gauche" du capitalisme semi-colonial, par le coup d'État parlementaire de 2016 et la persécution judiciaire de ses principaux dirigeants]. Il est également nécessaire de souligner que quelques 30% de l'électorat, 40 millions de personnes, ne se sont pas présentées devant les urnes ou ont voté blanc ou nul, taux le plus important depuis des décennies [dans un pays où le vote est obligatoire NdT]. Ceci montre sans équivoque l'illégitimité de ces élections, comme institution capable de représenter réellement la volonté populaire.

    De fait, lorsque nous voyons la Bourse monter et le taux de change du dollar baisser face à la monnaie nationale à mesure que Bolsonaro progresse dans les prévisions, il apparaît clairement que le "marché", ce gouvernement invisible, a déjà choisi son camp. Ce qui vient corroborer la thèse, depuis toujours défendue dans nos colonnes, que les élections ne sont rien de plus qu'un grotesque jeu aux dés pipés.

    En définitive, quelle est la signification de la victoire promise du duo Bolsonaro-Mourão ?

    Il faut d'abord le dire fermement : ce sera une victoire à la Pyrrhus, pour la simple et bonne raison que leur gouvernement représentera des intérêts diamétralement opposés à ceux de l'immense majorité du peuple brésilien. Bien qu'il puisse, à court terme et de prime abord, présenter une apparence de solidité, s'appuyant sur un Congrès National caractérisé par son inertie vis à vis de quiconque occupe le Palais présidentiel, il ne tardera guère à être démasqué. Deux types de contradictions minent d'ores et déjà la chape de plomb ultra-réactionnaire : celles entre la cupule dirigeante et ses bases, puisque, contrairement à ce que celle-ci prétend, elle gouvernera en faveur de "tout ça", de l'ordre établi, frustrant les espoirs de "rupture" de ses électeurs ; et celles au sein même de la cupule elle-même, déjà partagée entre une aile dite ultralibérale, liée au secteur bancaire international, qui voudrait privatiser tout ce qui peut l'être, et une autre affirmant vouloir "préserver les secteurs stratégiques", s'identifiant avec les secteurs bureaucratiques du capital monopoliste (militaires au discours patriotiques).

    Un exemple éloquent des contradictions insolubles sous-jacentes est la question des impôts. Prenons la grande propriété agraire, l'agro-business : ceux-ci ne survivent, de fait, qu'au prix de massives subventions d'État, que ce soit sous la forme de crédits, ou de déductions fiscales, et leur soutien ne sera garanti que tant que l'ensemble de la population restera écrasé d'impôts pour les soutenir ainsi. L'État "minimal" promis ne sera ainsi minimal que pour ce qui concerne les droits sociaux de la majorité, et conservera sa "grosseur" actuelle pour ce qui est de distribuer les privilèges à une minorité. La vaste "classe moyenne" de petits et moyens propriétaires (dans le commerce, les transports, les services, l'industrie etc.), pour férocement "bolsonariste" qu'elle soit, finira par recevoir la facture de tout cela. Son enthousiasme actuel pourrait bien  alors se retourner en son contraire.

    La crise, quoi qu'il arrive, se poursuivra et avec elle l'insatisfaction populaire et la contestation. Le 28 octobre ne signifiera ni sa résolution, ni un quelconque grand "retour en arrière", pour furieuse que tende à se faire la lame de fond anticommuniste, mais seulement le point de départ d'une nouvelle grande vague de secousses politiques qui déferlera inévitablement.

    Le grand projet de conciliation nationale représenté au long des dernières décennies par le PT, a échoué et s'évanouit à vue d'œil. Depuis les Journées de Juin [2013], la lutte des classes au Brésil se radicalise rapidement. Marx nous a expliqué que la révolution sera l'œuvre de ceux qui n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ce que nous pouvons voir est que la gauche officialiste du pays, enchaînée par mille petits liens à l'ordre ancien, représente ceux qui ont quelque chose à perdre, qui sont nostalgiques du temps où les secousses sociales ne venait pas sous leurs fenêtres les priver de leur stabilité et les arracher à leur routine chérie. Et ce, pour ne pas parler de ceux qui ont carrément fait fortune depuis les hautes sphères de l'appareil réactionnaire d'État.

    Le PT, appuyé par le révisionnisme du PCdoB et autres faux communistes, qui a vendu au long des dernières décennies l'indépendance du mouvement ouvrier et populaire, l'a démobilisé, dépolitisé et converti en un inoffensif appendice de la démocratie bourgeoise, nous a conduits là où nous sommes. La montée de l'extrême-droite n'a pas surgi de nulle part, par volonté divine ou loterie. Elle s'explique par le processus historique. La prétention à remplacer la lutte des classes par le populisme assitancialiste, tout en appliquant toutes les recettes économiques de l'impérialisme, s'inscrit dans l'offensive générale de la contre-révolution mondiale déchaînée depuis les années 1980 et n'a fait que tromper une grande partie des masses. Tous ceux qui n'ont fait qu'alimenter des illusions quant à une prétendue transformation pacifique et indolore de le société brésilienne, exclusivement menée par en haut, respectueuse "des autorités et des lois" (nous savons bien dans quelles classes ces autorités se recrutent et qui leurs lois servent...), recueillent aujourd'hui ce qu'ils ont semé et parmi eux, ceux qui s'identifient sincèrement aux véritables intérêts des classes populaires doivent réfléchir avec les plus grands sérieux et honnêteté à tout cela.

    [Lire : http://ekladata.com/Bresil-paye-erreurs-PT.pdf]

    Les réformistes traitent le phénomène réactionnaire comme extérieur à la lutte des classes, dans une supposée lutte entre "civilisation et barbarie", fort peu convaincante pour les miséreux qui connaissent déjà de près la barbarie aux portes des hôpitaux ou dans les files de sans-emploi. Ils ne veulent pas vaincre le Talon de Fer de la Réaction dans une lutte à mort, mais le tenir en laisse avec les lois de la propre bourgeoisie. En fin de compte, il ne leur reste qu'à se lamenter du désordre. Ces personnes, qui ont lu les philosophes bourgeois, ont cru pieusement que la démocratie bourgeoise était réellement démocratique, éternelle et immuable. Lima Barreto, il y a un siècle, devançait de loin ces intellectuels contemporains lorsqu'il s'exclamait : "La loi... Quelle farce, quelle escroquerie pour dépouiller les faibles et les naïfs !"1.

    Le processus de réactionnarisation de l'État bourgeois et grand propriétaire terrien, au service de l'impérialisme, est inévitable. Quelle autre forme de gouvernement est compatible avec une aussi brutale concentration de rente, de terres, des millions de personnes sans ou en sous-emploi et une économie toujours plus agro-minéro-exportatrice ?

    Ceci est un chemin sans marche arrière. Dans les faits, la Réaction n'a pas et n'a jamais eu la moindre hésitation à piétiner ses propres lois si ses intérêts l'exigent. Critiquant les illusions constitutionnelles si caractéristiques de toute une pseudo-gauche opportuniste et électoraliste, expression typique de l'idéologie petite-bourgeoise, Lénine disait : “Si le pouvoir politique d'État se trouve entre les mains d'une classe dont les intérêts coïncident avec ceux de la majorité de la population, alors il est certes possible de gouverner l'État en réel accord avec la volonté majoritaire. Mais si le pouvoir politique se trouve aux mains d'une classe dont les intérêts ne sont pas ceux de la majorité, alors quelque gouvernement 'selon la majorité' que ce soit devient un leurre et outil de répression de cette majorité. N'importe quelle république bourgeoise nous montre des centaines et des milliers d'exemples de cela. Pour cette raison, toute la question, si celle-ci est posée en termes matérialistes et marxistes et non juridico-formels, consiste à exposer cette divergence d'intérêts et combattre la tromperie des masses par la bourgeoisie”2.

    Non seulement les régimes fascistes, mais même les constitutions les plus démocratiques ont toujours prévu des mesures extrêmes, des états d'exception contre les rébellions de masse. Les libertés démocratiques sont pour nous un moyen de préparer les grandes batailles à venir, et doivent en ce sens être défendues, mais pas comme un prétexte pour renoncer à ces batailles, qui tôt où tard feront rage.

    L'opposé du fascisme, en dernière analyse, n'est pas la démocratie bourgeoise mais la révolution prolétarienne.


    Notes :
    1 - Lima Barreto, “O cemitério dos vivos, p. 85. 
    2 - Lénine, “Sur les illusions constitutionnelles”, éditions Avante!, Œuvres choisies en 6 tomes, tome 3 p. 303.

    Sur la situation au Brésil - un article maoïsteSur la situation au Brésil - un article maoïste

    Sur la situation au Brésil - un article maoïste

    Relire : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/bresil-le-fasciste-bolsonaro-en-tete-l-heure-de-verite-a-sonne-a148856184

    [Complément - sur la sociologie du vote Bolsonaro (discussion FB)]

    Au Brésil le vote Bolsonaro est de classe, de race sociale et ne déborde chez les pauvres et les non-Blancs que sur une classique thématique sécuritaire (faut dire que là-bas on ne risque pas juste un arrachage de portable, la misère fait que la violence au sein du peuple est grande), et un discours de "vous aussi en étant travailleurs vous pouvez devenir riches", qui ici serait macronien. Il n'y a AUCUNE rhétorique 'sociale', populiste, anti-'élites' etc.

    "Oui, ce sont surtout les classes moyennes et supérieurs blanches qui votent Bolsonaro. Reste qu'aucun mouvement de gauche n'arrive à rassembler en masse. Le vote PT etair davantage un vote d'opposition que d'adhésion contrairement à celui de Bolsonaro."

    Voilà... Et ça c'est ce qui manque souvent aux extrêmes droites européennes (même si les gens adhérent toujours un peu plus qu'on ne le dit, comme pour les excuser).

    Par contre le vote Sarkozy en 2007 se caractérisait par être un vote d'adhésion et le vote Royal un vote non à Sarkozy. La sociologie de ces votes d'ailleurs était sûrement la plus proche de celle au Brésil aujourd'hui. Sauf que Bolsonaro serait un Sarkozy qui appliquerait vraiment le programme Buisson...

    Erdogan par exemple, c'est la Turquie "noire" (karatürk), comprendre "profonde", "bouseuse".

    Et de la même façon, la Lega c'est l'Italie du Nord "noire" et le M5S l'Italie du Sud "noire". Le vote des Italiens de l'étranger (gens plutôt éduqués, relativement aisés) pour le centre gauche est édifiant.

    Modi en Inde, c'est l'Inde "noire", profonde, religieuse et nationaliste contre le Congrès de l'Inde éduquée et ouverte sur la modernité mondialisée. Les subalternes de Spivak votent largement plus pour le BJP que pour la gauche dont elle essaye d'être un think tank.

    Et au Venezuela, le chavisme lui aussi est quelque part l'expression et l'affirmation d'un Venezuela "noir", ayant petit à petit engendré une bourgeoisie ou des cadres administratifs et militaires, face aux élites "traditionnelles".

    Bolsonaro par contre, ce n'est pas du tout ce phénomène. Le vote des Brésiliens de l'étranger, en sa faveur, est là encore éloquent (les Brésiliens de l'étranger ont plutôt un profil aisé-éduqué... parce que sinon on pourrait dire que les Turcs de l'étranger sont aussi massivement erdoganistes, mais ce n'est pas la même sociologie du tout).

    Vraiment, c'est un vote très ressemblant à celui pour Sarkozy en 2007. Oui, il y a quelques CSP+ qui ont voté 'progressiste' Haddad, ou centriste au premier tour, mais c'est une goutte d'eau. Bolsonaro reste un vote de possédants contre les pauvres et de Blancs contre les non-Blancs, avec quelques non-Blancs pas bien riches qui ont voté pour lui sur des réflexes micro propriétaires sécuritaires.

    Ici on disait que "les jeunes, plus ils étaient diplômés plus ils votaient Royal ou Bayrou"... Sauf que la réalité dans ce pays c'est qu'un faiblement diplômé qui a appris un bon métier à 16-18 ans, à 25 ans il gagne autour de 2 000 € par mois, a une baraque avec jardin et une bagnole, c'est un petit proprio. Alors que celui qui sort à peine de 5 ou 6 ans de fac gagne de quoi survivre à McDo ou en centre d'appel, ou fait des stages à peine rémunérés. Dans les faits le vote Sarko restait un vote de compte en banque et les bureaux de vote des quartiers "difficiles" avaient sortis jusqu'à 80% de bulletins Royal (sans doute pas par adhésion à son programme). Les adhérents du MEDEF et de la CGPME : 95% Sarkozy, etc. [voir ici et ici].

    (Blabla postmo de merde gna gna gna prout prout) "Genre en europe les gens adhèrent pas a l extrême droite, ms c est pas possible ce déni et genre les brésiliens sont des cons qui adhèrent a ces idées, bolsonaro n est pas un nazi, dc déjà on parle pas des mêmes choses en termes d extrême droite....et à quel moment c est pertinent de comparer france et brésil et ns parler du vote en faveur de Sarkozy ? La race et la classe suffisent pas, c est bcp plus compliqué, vous avez oublié le genre. Tiens on remarquera que les hommes, même racisés, votent bien plus réac que les femmes, oh tiens donc serait-ce parce qu au Brésil il y a eu un énorme combat des femmes et qu elles sont actives politiquement et que ca en gêne bcp ? Femmes dont vous ne parlez jamais et qui sont les premières en lignes de mire, vue que le droit à l IVG a été remis en cause dès dimanche soir. Le Brésil n est pas la France. Voici ici un aperçu de qui a voté quoi...ds ce graphique vous pouvez voir que l analyse vote surtout blanc en faveur de bolsanoro ne tient pas réellement...sinon il aurait pas fait autant."

    Et le vote des femmes blanches ? Je tiens à ma main, mais je pense pouvoir la mettre à couper qu'on a une majorité de l'ordre de 55% pour Bolsonaro comme pour Trump.

    "Ms je minore pas le vote des blancs, je dis que bcp de racisés ont voté pr lui ! et que ce sont justement les précaires qui ont le moins voté pr lui et les femmes bon sang même blanches vous croyez qu elles veulent voter pr un mec violeur et qui les insulte et remet en cause l IVG ? oh ca va aller ?"

    Elles l'ont bien fait pour Trump (les blanches), à hauteur de 53%. Seule race aux US où les femmes ont majoritairement voté pour lui (seule race qui a majoritairement voté pour lui tout court en fait... et un peu plus les hommes que les femmes).

    Par contre c'est vrai que pas que des Blancs ont voté pour lui. Déjà il y a beaucoup de Blancs déclaratifs qui pour les Brésiliens vraiment blancs (blancs à nos yeux) ne le sont pas, comme le footballeur Ronaldo. Il y a aussi (différence avec les US ou ici) des régions où le vote n'est pas libre, voire moins libre qu'en Turquie, mais 'conseillé' par des pistoleros (Rondônia, État métis afro-indigène, luttes énormes, 72% pour Bolsonaro... mais genre 40% d'abstention par contre). Il y a les églises évangéliques. Et enfin il y a le sentiment micro propriétaire axé sur l'insécurité, le risque de vol (qui là-bas peut souvent s'accompagner de grandes violences ou de meurtre) et les 'solutions' radicales contre ça.

    Les femmes d'ailleurs craignent l'insécurité autant que les hommes, voire plus. Un mec qui parle de régler ça à la mitrailleuse peut facilement gagner leurs suffrages même si il est anti IVG et myso revendiqué.

    "Ms la gauche n est pas molle au Brésil....il y a un rapport de force tres dur et complexe..."

    Oui ça c'est vrai.

    Il y a même de la gauche tellement pas molle qu'elle avait pour consigne le boycott et le sabotage par tous moyens de la 'farce électorale'. Et de fait c'est ce que 40 MILLIONS de personnes, 30% de l'électorat, ont fait.

    Si on prend le Rondônia : il compte 1,8 millions d'habitants, ce qui fait dans les 1,25 millions d'électeurs.

    Pourtant, les résultats que l'ont voit sur cette image totalisent 825.000 personnes ayant voté (72% pour Bolsonaro...).

    Ça s'explique d'une part parce que pour beaucoup de gens il n'y a pas la liberté démocratique de voter pour qui ils veulent : il y a des pistoleros, des milices de grands propriétaires et soit tu votes Bolsonaro soit tu votes rien, mais pas Haddad.

    Et d'autre part parce que les maoïstes qui y sont bien implantés avaient pour consigne le boycott (et de poursuivre les occupations de terres, qui sont nombreuses, et se préparer à la guerre).

    Il résulte de ces deux facteurs un gros tiers d'abstentionnistes.

    Là par exemple ça n'a certainement pas voté :

    https://anovademocracia.com.br/noticias/9751-a-nova-democracia-visita-areas-revolucionarias-em-rondonia-em-breve-serie-especial-sobre-a-luta-no-estado

    "Par contre j'ai du mal avec cette logique du boycott du vote quand on fait face à un tel danger. Il faut être pragmatique, la radicalité ne doit pas l'empêcher."

    Ce n'est pas irresponsable si on se prépare sérieusement à la lutte et que ce n'est pas du blabla et du jeu de rôle grandeur nature. Comme ici quoi.

    Ici oui, l'an dernier, si Le Pen avait été annoncée gagnante ou même ric rac, ça aurait été irresponsable.

    Disons que les maoïstes locaux ont d'abord une analyse du PT, qui est, bon, la somme toute assez classique analyse communiste révolutionnaire de la social démocratie :

    "Le PT, appuyé par le révisionnisme du PCdoB et autres faux communistes, qui a vendu au long des dernières décennies l'indépendance du mouvement ouvrier et populaire, l'a démobilisé, dépolitisé et converti en un inoffensif appendice de la démocratie bourgeoise, nous a conduits là où nous sommes. La montée de l'extrême-droite n'a pas surgi de nulle part, par volonté divine ou loterie. Elle s'explique par le processus historique. La prétention à remplacer la lutte des classes par le populisme assitancialiste, tout en appliquant toutes les recettes économiques de l'impérialisme, s'inscrit dans l'offensive générale de la contre-révolution mondiale déchaînée depuis les années 1980 et n'a fait que tromper une grande partie des masses. Tous ceux qui n'ont fait qu'alimenter des illusions quant à une prétendue transformation pacifique et indolore de le société brésilienne, exclusivement menée par en haut, respectueuse "des autorités et des lois" (nous savons bien dans quelles classes ces autorités se recrutent et qui leurs lois servent...), recueillent aujourd'hui ce qu'ils ont semé et parmi eux, ceux qui s'identifient sincèrement aux véritables intérêts des classes populaires doivent réfléchir avec les plus grands sérieux et honnêteté à tout cela.

    Les réformistes traitent le phénomène réactionnaire comme extérieur à la lutte des classes, dans une supposée lutte entre "civilisation et barbarie", fort peu convaincante pour les miséreux qui connaissent déjà de près la barbarie aux portes des hôpitaux ou dans les files de sans-emploi. Ils ne veulent pas vaincre le Talon de Fer de la Réaction dans une lutte à mort, mais le tenir en laisse avec les lois de la propre bourgeoisie. En fin de compte, il ne reste qu'à se lamenter du désordre. Ces personnes, qui ont lu les philosophes bourgeois, ont cru pieusement que la démocratie bourgeoise était réellement démocratique, éternelle et immuable. Lima Barreto, il y a un siècle, devançait de loin ces intellectuels contemporains lorsqu'il s'exclamait : La loi... Quelle farce, quelle escroquerie pour dépouiller les faibles et les naïfs !"

    Ensuite, ils pensent que qui va gagner les élections est de toute façon décidé par avance en haut lieu :

    "De fait, lorsque nous voyons la Bourse monter et le taux de change du dollar baisser face à la monnaie nationale à mesure que Bolsonaro progresse dans les prévisions, il apparaît clairement que le "marché", ce gouvernement invisible, a déjà choisi son camp." (+ que bon il y avait un candidat du PT, un seul, qui pouvait gagner haut la main, c'était Lula et on l'a mis en taule).

    Ça aussi d'ailleurs, ça peut jouer pour se positionner ici par rapport à Le Pen : quelle est la position du Medef ? Des hauts fonctionnaires ? Des hauts cadres de la police, de l'armée ? Pour qui votent-ils ? Quel est leur souhait ?

    Donc leur idée serait que le PT a été au pouvoir 13 ans pour remplir un certain rôle, et maintenant Bolsonaro pour en remplir un autre.

    En gros, le phénomène Bolsonaro (politicien de 3e zone il y a encore qqs années) serait la nomination de Challe pour y mener le genre de plan du même nom, parce que l'état major militaire et l'oligarchie sentent que "ça monte" (pas uniquement les maoïstes, qui n'ont effectivement pas encore le niveau des Philippines ou de l'Inde et encore moins du Népal, mais les luttes en général).

    Donc dans leur esprit la décision en haut lieu est prise, il faut voir comment on va affronter la nouvelle situation et ça ne sert à rien d'aller voter pour des gens dont le rôle pour l'oligarchie est révolu et qui sont programmés pour perdre.

    Sur la situation au Brésil - l'analyse maoïste d'A Nova Democracia

    Et puis voici enfin la traduction d'un second et plus long texte, publié celui-là après le second tour, qui pousse encore un peu plus en avant l'analyse de la situation actuelle et des tâches des révolutionnaires.

    Il est ainsi expliqué que les élections, la "farce électorale" comme ils disent, n'ont été de toute façon que la comédie de ratification "démocratique" d'un COUP D’ÉTAT MILITAIRE RAMPANT déjà en cours depuis les soulèvements populaires de 2013-2014 et qui a conduit à la destitution de Dilma Rousseff en 2016, à l'emprisonnement de Lula etc. [brésil-coup-d-état-article-libé.pdf - brésil-régression-bastamag.pdf].

    Ce qui peut quelque part nous amener à nous demander si le fascisme "proprement dit", tel qu'on entend le mot au sens strict (Italie de Mussolini, Allemagne nazie etc.), n'a pas au fond toujours ou presque été cela : comment donner une façade civile et de "volonté générale", quand ce n'est pas carrément "révolutionnaire", à ce qui est en dernière analyse une prise de pouvoir de l'état-major pour éradiquer la "subversion" et/ou courir à la guerre expansionniste ; que ce soit en Italie, en Espagne ou au Portugal où il n'y a de toute façon eu (pronunciamiento et guerre civile de 1936-39, coup d’État militaire de 1926) ni élections ni même réel mouvement populaire fasciste de masse, en Allemagne même si ensuite dans le cours de la guerre mondiale l'armée "privée" du NSDAP, la Waffen SS, supplantera la caste militaire "traditionnelle", etc. etc.

    Et puis plus près de nous, en 2009, au Honduras dont nous avions beaucoup parlé aux débuts de Servir le Peuple : ayant déjà (de base) combiné sortie de l'armée dans les rues et vote parlementaire, le coup d'État contre le président Manuel Zelaya (qui s'était rapproché du Venezuela chaviste et du Brésil de Lula...) avait lui aussi été "avalisé" 5 mois plus tard par l'élection à la présidence de l'ultra-conservateur Pepe Lobo (avec là aussi une énorme "abstention", de refus de cette farce électorale mais aussi certainement de gens empêchés de voter), histoire de faire plus "propre", mettant ainsi fin aux sanctions internationales qui avaient dans un premier temps frappé le petit pays d'Amérique centrale.

    Autrement dit, donc, on n'y pouvait rien ; les choses étaient déjà décidées en "haut lieu" et une victoire (forcément d'une courte tête) du candidat social-réformiste n'aurait pas empêché à brève échéance, peut-être après une contestation des résultats et un début de Maïdan (des guarimbas - barricades - fascistes comme au Venezuela), et/ou une guerre de sabotage économique ou autre, un coup de force cette fois ouvertement militaire ; il ne servait donc à rien d'apporter une quelconque légitimité à cette mascarade en votant dans de telles conditions (si beaucoup parmi les 42 millions d'abstentionnistes l'ont été volontairement, souvent par déception vis-à-vis du PT, ou suivant les consignes des maoïstes là où ceux-ci ont une influence, il est également probable que, surtout dans le "Far West" de l'intérieur profond, beaucoup de gens ont été empêchés de voter, si ce n'est pas carrément forcés de voter Bolsonaro, dans des contextes locaux où il pouvait être plus difficile de voter Haddad que de voter HDP à Diyarbakir en juin dernier !).

    Ceci au-delà du fait que, disons-le une fois pour toute, la position marxiste-léniniste-maoïste face à ce type de situation se situe en effet en rupture avec la logique de Fronts populaires de l'Internationale communiste des années 1930, qui soit n'ont pas réussi à arrêter bien longtemps la montée du fascisme, soit n'ont dans tous les cas conduit qu'à la soumission des communistes au réformisme bourgeois et à ses pires tares (social-chauvinisme, colonialisme etc.). Lénine parlait de "soutenir (les réformistes) comme la corde soutient le pendu", mais la question mérite d'être posée de l'intérêt qu'il y a à soutenir un pendu, c'est à dire un corps mort ; et la corde qui le soutient, à notre connaissance, est passive, ne bouge pas et ne se consacre à rien d'autre... Sans compter que la social-démocratie de l'époque pouvait encore représenter, pour les masses de travailleurs, des conquêtes de bien-être immédiates d'un certain intérêt (bien que revenant aussi à les "acheter" et les "domestiquer") ; hypothèse sociale-démocrate peu ou prou disparue aujourd'hui (sous Lula dans les années 2000 on a pu observer une certaine amélioration de la situation des couches les plus pauvres, mais dès la décennie suivante l'économie "émergente" est entrée en crise et tout s'est rapidement dégradé ; c'est globalement sur un "modèle social" PT complètement moribond que Bolsonaro vient de remporter ce que les camarades appellent sa "victoire à la Pyrrhus").

    Et puis les Fronts populaires des années 1930 partaient déjà, pour commencer, de l'analyse qu'il y avait une bourgeoisie divisée : une fraction voulait restructurer le système en crise par le fascisme, l'autre par la social-démocratie. Si cette dernière ne pouvait l'emporter, faire pencher la balance en sa faveur qu'au prix de concessions énormes au mouvement communiste et aux travailleurs, il pouvait peut-être à la rigueur y avoir un coup à jouer... Mais que dire si, de toute évidence, on a une bourgeoisie qui a en écrasante majorité choisi son camp et qui dans tous les cas passera en force si d'aventure la petite fraction démocrate-humaniste-sociale-libérale pouvait se prévaloir d'une légère majorité des masses populaires (comme dit dans notre précédent article, le vote Bolsonaro n'est pas un vote populiste protestataire dans lequel le système enferme confortablement "les petits, les sans-grades" qui autrement risqueraient d'être révolutionnaire : il est, comme le vote Sarkozy en 2007, un clair vote de classe, un vote intrinsèquement lié à la propriété, d'autant plus massif que les gens possèdent un patrimoine ekladata.com/bolsonaro.jpg et bien entendu, dans un pays qui n'est rien d'autre qu'une colonie devenue "indépendante", un patrimoine qui va généralement de pair avec la clarté de la peau ou du moins un certain degré d'"européanité culturelle" carte-raciale.jpg carte-résultats.jpg...) ?

    Nous savons (nous en avons déjà rencontré) qu'il y a des gens pour qui ces camarades maoïstes, "dont on aimerait savoir - d'ailleurs - ce qu'ils représentent réellement sur le terrain", seraient des "irresponsables" qui "préfèreraient" pour ainsi dire que "le peuple souffre" pour qu'ait enfin lieu "leur sacro-sainte guerre civile révolutionnaire" (souvent sur le ton typiquement postmoderne d'essayer d'arracher des larmes sur le dos des "opprimés" et de faire passer les révolutionnaires pour des monstres sans cœur). Mais alors, ces gens ne sont en réalité même pas des kautskystes... Car pour le socialiste allemand Karl Kautsky, l'idée était qu'à force de victoires électorales et de réformes votées par la social-démocratie, la Réaction bourgeoise abolirait sa propre pseudo-légalité "démocratique" et descendrait sur le terrain de la guerre civile, mettant la révolution à l'ordre du jour. Autrement dit, même pour celui qui est considéré aujourd'hui comme le père spirituel du "socialisme démocratique" réformiste, JAMAIS il n'a été question que le "changement pour de bon" survienne sans passer par une phase de grande violence de la part de privilégiés ne voulant rien lâcher, violence à laquelle le peuple exploité devra répondre. 

    JAMAIS à cette époque (ni encore bien après) il n'était considéré par PERSONNE que l'on pourrait, en votant encore et encore pour ce qu'on appellera "la gauche", éviter ad vitam æternam jusqu'à la liquidation complète de toute exploitation et oppression que les exploiteurs, les dominants, les possédants menacés ne lancent lorsqu'ils le jugent nécessaire (éventuellement enrobée de mobilisation réactionnaire de masse) une violente contre-offensive pour préserver leurs intérêts, qu'il n'y aura alors d'autre choix que d'affronter par une supérieure violence. C'est dire, un peu, le niveau auquel est tombé (pour ne pas dire s'est effondré) le gauchisme "radical" occidental d'aujourd'hui, tout à ses geignements postmodernes sur "les z'opprimé-E-s" gna gna gna, quand on voit le type d'arguments que rencontre, lorsque nous la faisons connaître, la position de boycott de la "farce électorale" brésilienne exprimée et explicitée ci-après...

    Enfin, le champ lexical du texte (notamment les références récurrentes au peuple "et à la nation") laissent à penser que la "victoire électorale" - ratification "démocratique" d'un coup d’État militaire de Bolsonaro est en partie analysée comme une invasion impérialiste, en tout cas la mise en place d'un gauleiter US au Brésil ; s'inscrivant dans ce que nous avons pu analyser comme la grande accélération en cours de la Quatrième Guerre mondiale non-déclarée qui dure depuis la fin de la Troisième (la "Guerre froide") en 1990.

    Sur la situation au Brésil : nouvel article d'A Nova Democracia

    https://anovademocracia.com.br/no-217/9831-o-fim-de-um-sistema-politico-podre-e-a-vitoria-de-pirro-de-um-fascista

    La fin d'un système politique pourri et la victoire à la Pyrrhus d'un fasciste


    Jamais, dans toute l’histoire du Brésil contemporain, la farce que représentent les élections n’était apparue aussi clairement au grand jour. Tel est le stade avancé de putréfaction de tout le système politique de gouvernement du vieil État de la grande bourgeoisie et des propriétaires terriens, serviteurs de l’impérialisme, principalement US. Tout est en décomposition accélérée. Ceci a été démontré par le fait même que les deux candidats au second tour de l'élection présidentielle ont été massivement rejetés : au-delà du fait que 42 millions de personnes ont boycotté le scrutin, la majorité de ceux qui ont voté l'ont fait non pas par adhésion au candidat de leur choix ou à ce qu'il disait défendre, mais uniquement par rejet de la figure du candidat adverse. Ceci est dû au très faible niveau de la campagne, en plus de tout le cirque des horreurs, de la corruption, de la négligence, du cynisme, du crétinisme, des mensonges, de la supercherie et de toutes les sortes de bassesses qui ont toujours caractérisé toutes les farces électorales.

    Se tenant dans un contexte de crise politique prolongée, ces élections n’ont été considérées par personne de sensé comme un enjeu en tant que telles. Le temps de "l’union, de la paix et de la tranquillité" vanté par le nouveau président élu, ses partisans et tout le monopole de l’information est loin d’être arrivé, bien au contraire. La gravité de la crise politique, qui s'exprime dans la lutte acharnée des forces politiques ne peut s’expliquer uniquement par les passions idéologiques de celles-ci en tant que telles. Il s’agit plutôt d’un conflit de plus en plus violent entre groupes au pouvoir, représentant les fractions des classes dirigeantes locales pour le contrôle et l’hégémonie au sein de la machine étatique. Cette lutte entre fractions sert à décider, d’un côté, qui perdra le moins dans la grave crise économique que connaît le pays. Elle permet aussi de décider des moyens qui seront employés pour restructurer le vieil État afin de conjurer cette crise et ré-impulser le capitalisme bureaucratique dépassé et menacé d'effondrement.

    Cet affrontement, hier entre le PT et le PSDB, et lors de cette élection entre le PT et Bolsonaro, a été revêtu d'une pseudo polarisation artificielle entre respectivement gauche et droite hier, et gauche et extrême droite aujourd'hui. Tous les partis et leurs candidats s’accusent mutuellement de tous les maux mais de fait, ne se contredisent que sur les questions de société ; car en dehors de cela tous sans aucune exception ont défendu et pratiqué, au niveau tant exécutif que législatif, avec seulement des différences de nuances dans la forme, la même politique économique dictée et imposée par l’impérialisme yankee, ainsi que par le maintien de ce système d'exploitation et d'oppression du peuple et d'assujettissement de la nation.

    Un bon exemple en a été donné lors de ces élections par Bolsonaro, qui accuse le PT de vivre de mensonge mais qui a menti stupidement en le qualifiant de "gauche" et même, dans son délire, de "communiste"... Le PT n’a absolument rien de "gauche", et bien évidemment encore moins de "communiste" ; pas plus d'ailleurs que les révisionnistes du PCdoB qui le soutiennent. Cette pseudo "gauche" a gouverné pendant 14 années en appliquant la même politique que le PSDB ; politique que Bolsonaro va à présent appliquer de façon plus radicale.

    Sur la situation au Brésil - l'analyse maoïste d'A Nova Democracia

    Le PT a gouverné en cooptant les mouvements populaires afin de les domestiquer et de les soumettre au "pacte" social pour ainsi amortir la lutte des classes. Il a, dans ce but, usé tant de l’assistanat "social" trompeur que de la répression brutale contre les organisations combattives de classe qui refusaient la complaisance avec lui. Tout ceci n'a été que tromperie et illusion que la crise du capitalisme bureaucratique a jetée à terre. Les classes dominantes exploiteuses n'ont, en réalité, fait qu'utiliser le PT pour freiner la lutte des classes ; puis l'ont jeté après usage comme un kleenex. Tout n'a été qu'une gigantesque enfumade : faire croire aux masses populaires que l’on pouvait améliorer la vie sans toucher aux moindres privilèges de la canaille qui parasite notre peuple et notre nation ; une enfumade se faisant passer pour "de gauche", conte de fée alimenté par le monopole médiatique d'opposition et la Réaction anticommuniste fanatique désormais au pouvoir.

    L'échec du PT et de ses gouvernements a donc fini par arriver, au bout du compte, comme avant lui celui du PSDB de Cardoso [président de 1995 à 2003] ; en simplement plus grave car venant postérieurement, mais cela aurait été la même chose avec n’importe quel autre parti politique bourgeois. L’échec et la crise seront encore plus violents avec les prochains gouvernements qui se succèderont. Il n'a pas été difficile pour la Réaction, la Rede Globo [chaîne de télévision créée sous la dictature militaire, et bien évidemment farouchement d'opposition tout au long du règne du PT] en tête, prenant appui sur le furieux mécontentement et les protestations des classes populaires mais surtout sur les cris des dites "classes moyennes" et leurs "manifestations civiques" contre la corruption, de rendre le PT responsable de tous les maux accumulées depuis des décennies voire des siècles, entamant ainsi sa base de "gouvernabilité" – qui, tétanisée par l’opération Lava Jato et cherchant à l’étouffer, a serré les rangs pour la destitution de Dilma Rousseff.

    Ainsi a été fabriqué le bouillon de culture pour la vague réactionnaire que nous connaissons actuellement, transformée ensuite en la bolsonarade manipulée idéologiquement avec la déroute de la gauche et se concluant finalement dans la farce électorale pour apporter, trompant une nouvelle fois le peuple, la légitimité du suffrage populaire au coup d'État militaire contre-révolutionnaire.

    De la même façon que les gouvernements antérieurs, celui de Bolsonaro échouera, tout comme ceux qui suivront. L’élection du capitaine en retraite depuis 28 ans est une victoire à la Pyrrhus remportée au cri de bataille d’Itararé [bataille qui n'a jamais eu lieu, au cours de la "révolution" de 1930, NdT]. Elle n'a été que l'aboutissement d'un processus déclenché par l’intervention militaire, afin de donner à celle-ci une légitimité face à la nation ; tandis que la base de toute la situation actuelle n'est autre que la décomposition accélérée du capitalisme bureaucratique sur ses bases viciées et pourries, au sein de la crise générale de l'impérialisme mondial.

    Cette crise ne peut faire que s'aggraver étant donné qu'à son épicentre réside la crise de décomposition de l’impérialisme US, dont les soubresauts de la Bourse de New York font trembler toutes les bourses du monde, annonçant de nouveaux et plus grands encore effondrements. Les affrontements inter-impérialistes grandissants, principalement de la superpuissance hégémonique unique US et de ses alliés contre la superpuissance nucléaire russe et ses alliés, laissent présager une exploitation accrue des travailleurs et un pillage toujours plus grand des pays opprimés.

    Afin de faire face à la grave crise générale traversée par notre pays, les impérialistes US se sont mis d'accord avec la Réaction intérieure pour instaurer un régime fort, militaire, déguisé le plus possible en démocratie, qui leur est nécessaire pour imposer au peuple et à la nation cette plus grande exploitation, la dépossession de leurs droits restants et le pillage encore plus effréné des richesses naturelles.

    Dans cette situation cependant, à la différence de 1964, les yankees ne seront pas en mesure d’apporter le moindre dollar pour sortir le pays d’une telle crise économique : ils ne contribueront que militairement à la contre-révolution, comme ils ont déjà commencé à le faire en envoyant des centaines de véhicules blindés à l’Armée réactionnaire brésilienne.

    La révolte des masses, qui a déjà commencé, se retournera inéluctablement contre le vieux système pourri d'exploitation et d'oppression tout entier.

    RÉVOLTE POPULAIRE ET COUP D'ÉTAT MILITAIRE CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE PRÉVENTIF

    Le cours récent de l'histoire du pays, fait de crise économique, sociale, politique et morale d'un système obsolète, a été également marqué par de croissantes révoltes populaires contre l'exploitation et la violence du vieil État latifundiaire-bureaucratique. Bien qu'encore dispersées, mais tendant à s'unifier, comme on a pu le voir lors des évènements de de 2013-2014, les luttes des paysans pour la terre, les grèves de travailleurs et autres employés, comme celle des camionneurs, ont depuis un bon moment déjà allumé le voyant rouge d'alerte des gardiennes du système, à savoir les Forces Armées réactionnaires. Par le biais de leur Haut Commandement, elles ont ainsi mis en œuvre un plan de coup d’État militaire contre-révolutionnaire préventif censé anticiper le soulèvement général des masses, entre collusions et affrontements internes – divergences et luttes entre l'extrême-droite et la droite – pour définir comment l'opérer, pour terminer par se mettre d'accord autour de sa ratification à travers la farce électorale, avec le général Mourão au poste de vice-président.

    De par la nature et les antécédents historiques de ces secteurs réactionnaires, il n'y aurait même rien de saugrenu à voir dans l'attaque au couteau contre Bolsonaro un coup monté pour susciter l'émotion et justifier la suspension des élections et une intervention militaire. En tout cas, quelle qu'ait été l'intention, le résultat s'est avéré encore meilleur tant cet attentat manqué l'a positionné en victime et a propulsé sa candidature.

    Pour autant, la crise non seulement va se poursuivre mais va s'aggraver de manière explosive. Aucun gouvernement issu de la farce électorale qui vient de se tenir n'est susceptible d'y mettre un coup d'arrêt, et de sortir le pays de l'ornière dans l'immédiat ni même à moyen terme. La crise, en débouchant sur l'établissement d'un régime "militaire en civil" et soi-disant issu des urnes, ne fait que sceller l'échec total d'un système de gouvernement corrompu sans pour autant pouvoir mettre fin à la corruption endémique du vieil État, inhérente à l'ordre semi-colonial et semi-féodal.

    Une telle issue, en tant que mouvement contre-révolutionnaire préventif, place de fait les Forces Armées au centre du jeu et ainsi la crise ira peu à peu frapper au cœur même du système, engendrant une situation qui pourra se transformer en plus grande crise militaire encore, répression généralisée et massacres à grande échelle et en conséquence opposition à la violence réactionnaire par une plus grande violence révolutionnaire, une guerre civile révolutionnaire.

    ÉLEVER LA RÉSISTANCE POPULAIRE À UN NIVEAU SUPÉRIEUR

    Face à la situation de grand danger d'une violente révolte populaire, le plan impérialiste US de renforcer la militarisation du continent, au-delà de ses bases militaires de Colombie et du Pérou – comme nous pouvons déjà le voir dans notre propre pays avec les activités de hauts fonctionnaires yankees prétendument face au problème migratoire vénézuélien, et sur le plan militaire, sous couvert de "coopération scientifique" autour de la base d'Alcântara – se combine avec le coup d'État militaire en cours. La stratégie de long terme de ce plan est d'attiser et provoquer des conflits frontaliers (déjà au programme avec le Venezuela, et à l'avenir avec la Bolivie) pour les faire évoluer en guerres réactionnaires de plus grande ampleur servant de prétexte à des interventions militaires indirectes par l'intermédiaire de "forces multilatérales de pays" de l'OEA, de l'ONU etc., généralisant ce type de conflits pour camoufler la nature de classe des crises internes aux pays comme le nôtre, détournant l'attention afin de conjurer le péril de la révolution démocratique, nécessaire et inéluctable. Les étincelles des révoltes populaires, transformées en incendie révolutionnaire pourraient en effet bien se répandre à travers tout le continent sud-américain.

    Les véritables révolutionnaires de notre pays doivent rapidement élever leur niveau d'activité dans la mobilisation, la politisation et l'organisation des bases populaires, pas à pas, et tous et toutes les activistes dévoués aux intérêts du Peuple et de la Patrie doivent abandonner dès à présent leurs illusions réformistes et se préparer sérieusement à une lutte révolutionnaire dure et prolongée, pour combattre la Réaction mesure après mesure en élevant constamment les niveaux d'organisation de l'avant-garde et des masses.

    À bas la Réaction et le fascisme !

    Yankees go home !

    Vive la Révolution de Nouvelle Démocratie !

     

    Sur la situation au Brésil : nouvel article d'A Nova Democracia


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  • https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/langues-regionales-vif-debat-entre-paul-molac-france-insoumise-assemblee-nationale-1450337.html

    "Vous vous trompez si vous ne montrez que de la bienveillance envers ces écoles. En effet, elles véhiculent parfois des idéologies identitaires anti-républicaines" a ainsi déclaré Alexis Corbière, précisant quelques instants plus tard : "Monsieur Le Fur, lorsque vous dites que des familles souhaitent que leurs enfants parlent la langue de leurs parents, on peut entendre votre argument. Mais faisons attention : je suis élu en Seine-Saint-Denis où beaucoup de Français ont des parents dont la langue n’est pas une langue régionale. Comment accueillons-nous cette situation ? Quand des gens voudront apprendre le portugais ou l’arabe, langues de leurs parents ou de leurs grands-parents, que leur dirons-nous ? Notre réponse ne peut pas être à géométrie variable."

    Sans aller (encore une fois) jusqu'à comparer les oppressions, qui n'ont rien à voir, le bonapartiste de gauche Corbière met là en lumière une continuité historique fondamentale : celle de l'État-"nation" qui se prolonge dans l'Empire ; duquel les indigènes viennent ensuite à leur tour (le "prolongeant" en quelque sorte) dans la métropole État-"nation" pour s'y ajouter à sa multinationalité réelle, que le républicard de base qu'il est, s'essuyant le front, se demande de plus en plus comment gérer ; comment faire pour que les larbins parlent comme leurs maîtres afin de "penser comme eux et ne bouger que dans les limites qu'ils leur auront fixées".

    Ce qu'il met en lumière (en y exprimant son opposition...), c'est : frappe l'État-"nation", tu affaibliras l'Empire ; frappe l'Empire, tu affaibliras l'État-"nation".

    Et dans l'autre sens c'est aussi une manœuvre classique de Mélenchon, qui lui est radicalement hostile aux langues régionales (et même aux accents prononcés, on l'a vu), d'instrumentaliser l'arabe contre, en mode (dans sa période sénateur de l'Essonne) "les langues minoritaires ? par chez moi dans l'Essonne, la première c'est l'arabe !" (comprendre dans ce propos une prétendue opposition d'un prétendu multiculturalisme francilien open sur the world - mais chacun bien à sa place hein, attention ! - aux "bouseux identitaires" avec leurs "patois")*.

    [* C'est là un classique gauchiotte, aussi bien FI-enteux qu'ultra-gauche, que de piocher les problématiques coloniales et état-nationales et les dresser les unes contre les autres au gré des humeurs, ou plutôt des intérêts du moment. Encore que bon, en général ce sont plutôt "les galériens blancs" et "la lutte de classe" qu'ils vont prendre et brandir contre les questions coloniales-raciales ; parce que nos questions nationales, on ne sait pas pourquoi on dirait vraiment qu'elles leur empestent les doigts.

    Là on a le cas sur les questions du droit aux langues (parce que oui oui, ce sont des questions POLITIQUES). Un coup c'est Mélenchon qui tokenise l'arabe en mode regardez les "vraies" langues minoritaires où elles sont, contre nos "patois". Le coup d'après c'est Corbière qui présente l'arabe comme une... menace (le portugais on se demande un peu ce qu'il vient faire là...), laissant entendre que les langues "régionales" bon "ça va", mais faudrait pas avec les écoles hors-contrat/contrôle ouvrir une boîte de Pandore (lourdement sous-entendu : arabo-islamiste).

    Ou sinon, les gens qui se découvrent soudainement antiracistes et arabophiles quand il s'agit de stigmatiser les Corses comme de gros Néandertaliens (sur-les-recents-evenements-racistes-survenus-en-corse sur-les-derniers-evenements-en-corse).

    Les gens qui, quand on parle Bretagne - Occitanie - Pays Basque - Corse etc., vont nous brandir les dernières colonies ("DOM-TOM"), la Françafrique voire même la Palestine : "nan mais z'avez pas un peu honte, de vous prétendre colonisés ??" (ni nous ni un certain nombre autour de nous ne nous prétendons tels, et personne à notre humble avis, dans les mouvements "régionalistes", ne le prétend DANS LES PROPORTIONS de l'Afrique ou de la Palestine, mais c'est pas grave).

    Mais attendez un peu que la Palestine vienne violemment sur le devant de la scène, un peu comme en 2014, et là... ce seront les dernières colonies et la Françafrique (suivies de près par les luttes internes aux pays arabes) CONTRE la Palestine : "gna gna gna quand c'est l'chlordécone en Martinique et la Françafrique et les Printemps arabes écrasés on les voit jamaiiiiis (ah bon ?) les pro-pals"...

    Ce qui est juste ballot, et que tous ces gens ont un peu perdu de vue, c'est qu'il existe entre autres choses une Plateforme syndicale des Nations sans État, ou encore diverses rencontres internationales (comme les plus célèbres, celles de Corte en Corse) dans lesquelles les peuples en lutte des dernières colonies côtoient et reconnaissent et respectent tout à fait les luttes de ceux d'Europe... Dommage !

    Ce sont là leurs méthodes dilatoires bien rodées, au fond très dans la ligne postmoderne : prendre les problématiques et les utiliser les unes contre les autres dans la certitude d'avoir toujours le dernier mot ("Jack of all trades, master of none, installer son petit universalisme par accumulation de points de vue où son avis seul sera pleinement légitime").

    Au fond, ça rejoint un peu la méthode hyper-critique d'un certain Bob récemment décédé... LOL, ça leur ferait sûrement pas plaisir qu'on leur dise ; raison de plus (peut-être) pour le faire :D :D :D

    Il est absolument VITAL (et ils l'ont compris) de casser le continuum État-"nation" - Empire.]

    Alors ensuite, le truc c'est que les propos en apparence assez ambigus de Corbière donnent lieu à des interprétations divergentes : pour les tenants des langues "régionales", "il nous compare à Daesh" (en gros, et donc ouin ouiiiin, vite vite il faut clamer urbi et orbi son allégeance aux "valeurs civilisées") ; pour d'autres au contraire, les langues régionales ne le dérangent pas vraiment et c'est surtout "le racisme et l'islamophobie" de son propos (qui opposerait "bonnes" langues "régionales" et "mauvaises" langues minoritaires "non-régionales" comme l'arabe) qui est pointé du doigt.

    D'autres voudront y voir au contraire (pour citer une intervention sur les réseaux sociaux) quelque chose de plutôt positif : "Il parle d'"idéologies identitaires antirépublicaines" à propos de ceux qui défendent les langues régionales, ce qui est inacceptable. En revanche, et là il faut ouvrir les oreilles, sa comparaison avec les langues des non-blancs, qui sont stricto sensu des langues minoritaires ou même titre que les langues régionales et sont donc a priori protégées par la charte européenne sur les langues minoritaires, est destinée à montrer que leurs revendications éventuelles de faire des écoles immersives ne seraient pas moins légitimes. Et ça, Molac et bon nombre d'autres régionalistes ne parviennent pas à le concevoir (et ne sont donc pas moins racistes que Corbière). Et ça, c'est bien que ce soit dit en séance publique à l'Assemblée Nationale."

    En réalité, au delà de cette apparence prêtant à confusion, sa position obéit à une logique tout à fait cohérente ; il faut simplement pour cela s'y pencher avec un peu de précision, et peut-être (déjà) lui laisser la parole pour la préciser.

    Sa position concrète il la donne là : https://twitter.com/alexiscorbiere/status/979746957827690497

    "Je suis pour l'enseignement des langues régionales ds le service public. Je comprends qu'il y ait des écoles privées pour ces langues, ms je dis attention aux établissements hors-contrat ! Je souhaite un CONTRÔLE [mis en majuscule par nous NDLR] par l'éducation nationale."

    Il dit qu'il n'est pas hostile aux langues régionales et souhaite même leur enseignement public ; qu'il n'a rien non plus contre l'enseignement privé (sous contrat)... toutes choses qui au fond et après tout ne mangent pas de pain ; dont il a, concrètement, compris la faible menace représentée pour la "Républiiiique une et indivisible" et ses hiérarchies territoriales (Servir le Peuple milite VRAIMENT pour que nos mouvements se dé-focalisent de cette question des langues, certes préoccupante surtout en fRance - où l'on va lentement mais sûrement vers leur disparition - mais le centralisme parisien, les rapports sociaux inter-territoriaux ne se résument pas à ça ; pour prendre une contre-exemple absolu : il n'y a pas vraiment eu d'éradication du créole, parlé à tous les coins de rue, en Karayib et Larényon, pourtant ce n'en sont pas moins des colonies, opprimées largement un cran au-dessus du Pays Basque ou de la Bretagne !!).

    MAIS PAR CONTRE, "attention" aux établissements hors-contrat.

    Car par "hors-contrat", il faut traduire : hors-CONTRÔLE. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas con, et il sait que ces établissements comme les calandretas ou les ikastolak ou les Diwan sont portés par des associations, quoi que celles-ci en disent, POLITISÉES. Politisées à gauche ou à droite mais dans tous les cas, pas vraiment dans le sens du patriotardisme républicard tricolore qu'il appelle de ses vœux.

    C'est d'ailleurs bien ainsi que certains intervenants comprennent (enfin... malcomprennent aussi en même temps) l'enjeu :

    "La FI n'est pas contre l'enseignement des langues régionales à l'école ! Elle préfère que cet enseignement soit encadré par l'éducation nationale comme ça se passe dans beaucoup d'écoles publiques actuellement. Les écoles Diwan sont des écoles associatives et non publiques. C'est un débat à avoir je pense..."

    "Les langues régionales et minoritaires doivent avoir un vrai statut. Et, en tout état de cause, le personnel enseignant le breton, le catalan, le portugais, l'arabe ou le wolof, peut et doit être fonctionnaire de l'éducation nationale ou personnel sous contrat soumis à un programme et à l'inspection du ministère. Cela éviterait que Corbière raconte n'importe quoi."

    [Réponse de la part d'un camarade]

    "En l'occurrence c'est ce pour quoi il affirme (sur Twitter) être : l'enseignement public ou sous contrat.

    Parce qu'en l'occurrence, hors-contrat est à ses yeux synonyme de HORS CONTRÔLE.

    C'est pour ça que, contre des écoles en langues nationales minoritaires hors contrat qu'il SAIT (il est pas con) toujours relativement politisées (pas forcément à gauche, mais contre la République une et indivisible, la communion Marseillaise-BBR obligatoire, bref), il brandit l'épouvantail, la "boîte de Pandore" potentielle des écoles en arabe où s'inculquerait l'"extrémisme".

    Parce qu'il sait que c'est la grande psychose du moment. Mais de manière générale, ce qu'il veut surtout c'est qu'il puisse y avoir contrôle sur les programmes et le contenu des cours."

    C'est là que, comme il vient d'y avoir le débat sur l'apprentissage de l'arabe comme "remède" à l'"extrémisme", et la forte contestation de cette idée gouvernementale par toutes les forces d'opposition à LREM, il en remet une petite couche avec ça et, effectivement, il vient greffer cette problématique sur l'autre, dans le rôle d'épouvantail absolu par les temps qui courent. Comme archétype de politisation potentielle "ultra-dangereuse" des écoles hors-contrat ; archétype "comme par hasard" pas choisi (justement) au hasard : l'arabe, l'islam etc. etc. (donc oui, comme on ne pouvait guère s'attendre à autre chose d'un mélenchoniste, c'est islamophobe).

    Plus globalement (donc), et en résumé, par rapport aux multiples interprétations qui ont pu être faites de ses propos : Alexis Corbière n'est "hostile par principe" à l'enseignement d'AUCUNE langue, ni "régionale" ni... (tout simplement) étrangère, ce que sont l'arabe, le portugais ou encore le wolof (qui pourrait sérieusement se dire contre l'enseignement de langues étrangères vivantes du vaste monde qui nous entoure ??) ; MAIS, ce sont ses propres mots on-ne-peut plus clairs sur Twitter, SOUS LE CONTRÔLE vigilant de la Républiiiique ; CAR SINON, et là il parle absolument de TOUS les cas de figure, des "idéologies identitaires anti-républicaines" risqueraient d'être propagées...

    [Et nous bien sûr... coooomme des connaaaards LOL, nous disons VIVE les idéologies identitaires anti-républicaines !!]


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  • Le 4 novembre, les habitants de la Kanaky seront appelés aux urnes pour décider si leur pays deviendra ou non un nouvel État indépendant.

    Malgré ce référendum d’autodétermination, les dés sont pipés du fait de la mainmise coloniale de la France sur l'archipel et de sa politique d'ethnocide, via une colonisation de peuplement, visant à rendre la population originelle minoritaire sur la terre de ses ancêtres.

    Nous devons soutenir soutenir le Peuple kanak parce que :

    - Kanaky ce n'est pas la France, mais un territoire occupé et colonisé.

    - Les Kanak ont le droit imprescriptible de retrouver leur souveraineté nationale pour se construire comme peuple libre, indépendant et émancipé.

    - Nous avons le devoir politique d'être toujours du côté des opprimés.

    - La politique française d'outre-mer est un puissant ressort de la domination impériale notamment au travers d'une immense ZEE (zone économique exclusive) maritime, grande comme le Canada et dont la Kanaky est un pivot (de fait, elle en représente... 14% !).

    - Soutenir le Peuple kanak c'est aussi prendre conscience que la France mène en Hexagone même une politique d'ethnocide envers les nationalités et les cultures autochtones (occitane, bretonne, basque, catalane, corse, alsacienne, arpitane etc.) [de même que, comme nous avons pu l'évoquer dans un récent article, les minorités nationales issues de l'immigration postcoloniale] qu'elle voudrait voir disparaître à tout jamais, afin que "parlant comme [nos maîtres], nous pensions comme [eux] et ne bougions que dans les limites [qu'ils] nous auront fixées".

    Cessons d'accepter l'inacceptable !

    Nous appelons tous les révolutionnaires, progressistes, démocrates et occitanistes à venir soutenir le Peuple kanak, car sa lutte à de nombreux égards est la nôtre.

    ODPO - Organisation Démocratique du Peuple Occitan


    Rassemblement

    SAMEDI 27 OCTOBRE à 13h30

    Métro Jean Jaurès - Toulouse

    https://www.facebook.com/events/579928422459962/

     

    [Version Òc (gascon)]

    Tot-a-s amassas per la Kanaky libra !

    Lo 4 de noveme los poblans de Kanaky que seràn aperats a las urnas entà decidir se la Kanaky vaderà un naveth estat independent. A maugrat d’aqueth referendum d’autodeterminacion los dats que son pipats deu hèit de la dominacion coloniau de la França sus l'isla, de sa politica d'etnocide e de poblament.

    Be devem sostiéner lo Pòple kanak pr’amor que :

    - La Kanaky n’ei pas la França mes un territòri occupat e colonizat.

    - Los Kanaks qu’an lo dret imprescriptible de tornar trobar la soberanitat nationau entà’s definir com un pòple libre, independent e emancipat.

    - Que devem per dever estar tostemps deu costat deus opprimits.

    - La politica de delà-mar francesa qu’ei un ressòrt poderós de la dominacion imperialista notadament via l’imense ZEE (Zone Économique Exclusive) on la Kanaky ei un pivòt.

    - Sostiéner los Kanaks qu’ei tanben préner consciença que la França mia en Hexagòne ua politica d'etnocide contra las nacions e las culturas autoctònes (occitana, bretona, basca, catalana, còrse, alsaciana, arpitana, etc.) que vòu véder desaparéisher.

    Estanquèm-se d’acceptar l’inacceptable !

    Qu’aperam tots los revolucionaris, progressistas, democratas e occitanistas a viéner sostiéner lo Pòple kanak, pr’amor la loa luta qu’ei un mirader de la nosta.

    ODPO - Organisacion Democratica del Pòple Occitan
     

    #Kanaky #Rassemblement #TolosaToulouse

    ******************************************************************

    Kanaky est l'une des plus anciennes colonies françaises du Pacifique ; celles-là mêmes qui confèrent à l'impérialisme français la deuxième zone économique exclusive maritime au monde, juste derrière les États-Unis et devant l'Australie, avec plus de 10 millions de km² dont les eaux de l'archipel représentent déjà quelques... 1,4 millions (14%).

    Après le célèbre capitaine écossais Cook qui lui donne le nom de "Nouvelle-Calédonie" (Calédonie est l'ancien nom de l’Écosse), en 1774, elle est abordée par La Pérouse en 1788 suivi par D'Entrecasteaux quelques années plus tard ; des missionnaires religieux s'y établissent dès les années 1840, catholiques français mais aussi... protestants britanniques, si bien que dans une course de vitesse entre puissances, elle est déclarée officiellement colonie française en 1853 ; et comme en Australie par les Anglais, sa colonisation est notamment envisagée à cette époque par le biais de... forçats, condamnés par les tribunaux à la déportation sur ces terres lointaines.

    Le Peuple indigène kanak (qui a réussi déjà à imposer ce nom, qui ne prend pas de pluriel) n’a cessé depuis lors de se battre pour redevenir un peuple libre et maître de son destin : grands soulèvements de 1878 et de 1917, refus de la conscription lors des guerres mondiales (car il fallait alors, comme tant d'autres peuples s'en souviennent, et il n'y avait "aucun problème" à être "français" !) ; et puis bien sûr les violents et tragiques "évènements" de 1984-88, marqués entre autres douloureux souvenirs par l'exécution du révolutionnaire anticolonialiste Éloi Machoro par le GIGN en janvier 1985, et culminant entre les deux tours de la présidentielle 1988 dans le crime de guerre de la grotte d'Ouvéa, où 19 militants indépendantistes seront massacrés de sang froid par les forces colonialistes.

    Kanaky : encore un appel à rassemblement - Occitània - Tolosa (Toulouse)Pour les Kanak, la colonisation c’est la spoliation de leurs terres et tout un ensemble de discriminations et de relégations – salaires, emploi, niveau de vie, logement, santé, éducation… – sur le fondement d'un racisme ("primitifs" etc.) précisément FAIT pour justifier leur dépossession de leur propre pays, considéré en son temps (comme l'Australie proche) terra nullius, terre "d'aucun peuple" digne d'être considéré humain, par les premiers explorateurs. De fait, estimée à une centaine de milliers au début de la colonisation, la population indigène n'était plus que de... 27 000, soit une division par quatre, au début du 20e siècle.

    Mais Kanaky est aussi, c'est important de le noter car il n'y en a plus beaucoup, la dernière colonie de PEUPLEMENT outre-mer*, avec une forte population de colons européens, les fameux Caldoches : un total de quelques 73 000 Français et Européens (+ environ 20 000 métis) parmi lesquels d'ailleurs 37 000 "métros" carrément nés en métropole et venus comme fonctionnaires, militaires, entrepreneurs ou cadres d'entreprises etc., sur 270 000 habitants ; face à une grosse centaine de milliers de Kanak ; auxquels s'ajoutent avec l'exploitation du nickel et autres activités économiques d'autres communautés issues de l'immigration vietnamienne, chinoise ou indonésienne, tahitienne et polynésienne, ou encore de Wallis et Futuna, petite possession "française" plus au Nord ne servant de fait que de réservoir de main d’œuvre et comptant... deux fois plus d'émigrés en Kanaky que d'habitants sur place !

    Encore aujourd'hui, il est clair que la France colonialiste fera tout pour préserver là-bas ses intérêts économiques qui consistent notamment en quelques... 40% des réserves mondiales de nickel, en plus comme on l'a dit d'une position stratégique dans le Pacifique Sud.

    De fait, face à la revendication indépendantiste qui s'exprime depuis plus de 40 ans, selon une stratégie éprouvée et également utilisée ailleurs, elle organise et entretient la mise en minorité des Kanak dans leur propre pays ; ce qui n'est pas nécessairement difficile avec la force d'attractivité d'un territoire "européen" à l'autre bout du monde ; et voyez encore que lorsqu’ils tentent de dénoncer cela, il se trouve non seulement des colons (bien sûr) et des personnes des autres communautés dont l’État français entretient soigneusement l'anti-indépendantisme, mais aussi des éléments de la GAUCHE hexagonale ou "métro" sur place... pour les traiter de "xénophobes" !

    Après plus d’un siècle et demi de lutte, donc, et à l'issue des "évènements" des années 1980 et du massacre d'Ouvéa, les Kanak ont réussi à imposer le principe de leur droit à l’autodétermination, qui doit s'exprimer au travers d'un référendum.

    Mais, plus de 30 ans après les "accords" signés à Matignon entre la délégation indépendantiste menée par Jean-Marie Tjibaou et le nouveau Premier ministre d'alors, Michel Rocard, la tenue de la consultation n'a cessé d'être reportée sine die ; la date initialement prévue de 1998 ne débouchant en fait, avec Lionel Jospin, que sur un... "Matignon 2" renvoyant lui-même à "entre 2014 et 2018" c'est-à-dire cette année, deadline absolue en principe.

    Le principal point d'achoppement portant, de fait, sur la délimitation du CORPS ÉLECTORAL autorisé à y participer, avec une question de durée de résidence sur place que l’État colonial souhaite évidemment... la plus courte possible, en faveur de ses "métros" venus tout droit d'Hexagone ainsi que de l'immigration récente (asiatique ou polynésienne) réputée fidèle ; tandis que les Kanak (ces "xénophobes" !) la voudraient au contraire la plus longue possible, en faveur du peuple autochtone et dépossédé qu'ils sont.

    Finalement, un référendum se tiendra donc le 4 novembre prochain pour décider de l'avenir politique de la colonie des antipodes. Mais l'impérialisme français, on l'a dit, n'a certainement pas l'intention de laisser tomber facilement près de la moitié du nickel mondial et 14% de sa ZEE maritime ; et ceci laisse craindre toutes les manipulations   des "bruits" à ce sujet (non-inscription de milliers de Kanak sur les listes, inscriptions frauduleuses, modification de la loi ouvrant le corps électoral à des personnes non-citoyennes etc.) courent déjà...

    Dès lors, face non seulement à l'enjeu historique pour le Peuple kanak mais aussi à cette possibilité de coup d’État électoral de Paris, il est du DEVOIR de toute personne anticolonialiste et anti-impérialiste conséquente, ou simplement attachée à la justice et à la démocratie entendue comme droit inaliénable des peuples à décider de leur destin, de se MOBILISER pour affirmer et réaffirmer avec force le droit de Kanaky à l'autodétermination.

    Puisqu'on en a parlé, LA GAUCHE HEXAGONALE, et ce aussi bien modérée-bourgeoise que tout à fait "radicale", a toujours eu avec le colonialisme, le droit des peuples en général, et Kanaky en particulier une histoire "complexe"...

    Envisagé au départ, on l'a dit, comme colonie pénitentiaire, l'archipel voit ainsi débarquer dans les années 1870 les prisonniers déportés de la Commune de Paris. Pour autant, seule une toute petite minorité d'entre eux dont la célèbre Louise Michel sauront montrer un soutien, ou même simplement une "compréhension" envers le grand soulèvement kanak qui éclatera quelques années plus tard, en 1878.

    Un siècle plus tard, lorsque éclatent les évènements en 1984, c'est encore une fois la gauche, certes bourgeoise, mitterrandienne, mais la gauche, alliée au PCF et remplie d'anciens trotskystes (comme Mélenchon ou Cambadélis), qui est au pouvoir et "gère" en décrétant l'état d'urgence ; dépêche Edgard Pisani comme "super"-gouverneur-proconsul et couvre les exactions des colons d'extrême-droite et de la gendarmerie.

    Aujourd'hui, face au référendum actuel, encore une fois tant du côté "modéré"-bourgeois que "radical", elle semble plutôt faire preuve d'une certaine léthargie, à moins que ce ne soit un silence gêné... ou parfois, comme on a déjà pu l'observer l'année dernière sur la Catalogne, d'un timide voire semi- voire pourquoi pas très enthousiaste "soutien" du moment que "très loin, c'est très bien", mais en n'en restant pas moins "réservée", "frileuse" voire franchement hostile dès lors qu'il est question des luttes de peuples comme les Bretons, les Corses ou les Occitans, ou d'antiracisme politique (anti-impérialisme "intérieur" des communautés "prolongement" des peuples colonisés ou néocolonisés en Hexagone) juste devant sa porte.

    Il ne manque plus que surgissent ceux qui soutiennent "absolument", "totalement", "inconditionnellement" les luttes des peuples (et de "tou-te-s les oppriméEs") mais en pensant décider eux quand et comment depuis un local parisien ou quelque campus de grande métropole, pour que le tableau opportuniste soit complet...

    Un panorama opportuniste contre lequel notre époque, les temps qui courent, imposent de plus en plus de livrer un COMBAT POLITIQUE.

    Oui, car c'est là quelque chose avec lequel nous avons "grandi" politiquement en étant quotidiennement confronté : nous pensons profondément, et ce même s'il est évidemment des degrés d'oppression qui ne sont pas comparables entre eux (par exemple, on sait que vers 1900 la colonisation avait divisé la population kanak originelle par quatre...), que le soutien à la lutte du Peuple kanak doit nécessairement s’accompagner d'une réflexion urgente et d'une reconnaissance de la domination et même de l'ethnocide exercé par le même État français contre TOUS les peuples qu'il emprisonne dans les mailles de son filet.

    L’État français domine depuis des siècles, et tente depuis des décennies de faire carrément disparaître de son territoire des nations historiques dominées (occitane, catalane, basque, corse, bretonne, alsacienne, flamande, arpitane). Pour assurer le contrôle économique et social absolu de Paris sur ces territoires, il en fait ni plus ni moins que disparaître les peuples (sans violence ni liquidation physique des personnes, ce que signifie ethnocide par opposition à génocide), en tout cas en tant qu'ensembles sociaux d'individus ayant conscience de l'être, par l'usage d'une langue par exemple : nous avons ainsi en Occitanie, pour 16 millions d'habitants, seulement 8 000 enfants scolarisés en occitan alors qu'il faut normalement que 30% d'une tranche d'âge apprenne une langue pour assurer sa survie.

    Et la gauche (encore elle...), par choix et (surtout) par filiation idéologique (avec les courants les plus centralisateurs de la Révolution bourgeoise de 1789, ou de la IIIe République, grands... colonialistes par ailleurs), se complait dans cette situation et n'aborde la question que du bout des lèvres, jamais comme quelque chose de véritablement important...

    Le nationalisme français est aujourd'hui extrêmement présent à gauche : la "grandeur de la France", la "Patrie des Droits de l'Homme", les "valeurs de la République" etc. etc. ; faisant le lit de l'extrême-droite et de la Réaction. Il ne remet jamais en cause les fondements de l’idéologie bourgeoisie basée sur le mensonge de l’État-"nation" appelé "France".

    Tout mouvement qui se veut en rupture avec un système ne peut faire l'impasse de l'analyse profonde de ce système, même si cela remet en cause beaucoup de ses certitudes et "zones de confort".

    Soutenons les Kanaks plus que jamais, tout en tuant l'hypocrisie bourgeoise et petite-bourgeoise française : NON il n'y a pas qu'une seule nation en France, ni un seul peuple, une seule culture ou une seule langue !!

    À Paris, un ensemble de collectifs et d'organisations anti-impérialistes, anticolonialistes et antiracistes politiques a déjà organisé un meeting de solidarité le 19 septembre : collectifantiguerre.org_article109 facebook.com/FUIQP.ParisBanlieue/photos/ FUIQP.ParisBanlieue/posts/ ; initiative que nous saluons.

    Tolosa, capitale du Lengadòc historique, de l'Occitània centrale première conquête fondatrice de la France, ne sera pas en reste.

    Per Kanaky e tots los Pòbles opprimits de la Preson França, ENDAVANT !

    Kanaky : encore un appel à rassemblement - Occitània - Tolosa (Toulouse)

    * Sur tous ces points, lire par exemple l'exposé qu'en fait le FUIQP :

    #Kanaky #Rassemblement #TolosaToulouse


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  • Le négationnisme de la Shoah est la RANÇON de sa DÉS-HISTORICISATION TOTALE et du caractère "surnaturel" que cela lui confère ; générant (surtout lorsque couplé à la justification du sionisme, ou à la relativisation d'autres d'autres crimes contre l'humanité) un "appel d'air" au "un truc pareil, ce n'est pas possible, ce n'est pas crédible", et aux tentations de négation.

    Certes oui, il y a une "communauté" des négationnismes comme volonté de minimiser ou nier les crimes de la suprématie blanche-occidentale QluN8.png ; et il ne fait pas de doute que c'est ce qui animait un militant idéologique comme Faurisson ; mais nous parlons ici en termes de MASSES, de réception (même partiellement) de masse de ces théories.

    Le négationnisme de la Shoah a dans ce cadre une spécificité, strictement corrélée à la spécificité (l'"unicité") absolue que veut lui conférer l'historiographie.

    Le négationnisme des autres crimes contre l'humanité consiste rarement en une négation absolue des atrocités perpétrées, mais plutôt en une tentative de relativisation et (justement) de SUR-historicisation : "c'était il y a longtemps", "c'étaient les mœurs de l'époque" (concernant typiquement le Maafa, holocauste de la déportation esclavagiste des Africain-e-s) et "c'est heureusement révolu" ; c'étaient les mentalités de l'époque, heureusement révolue, et "il y a quand même eu des aspects positifs" (colonisation) ; le bilan d'un personnage historique comme Napoléon "ne peut pas se résumer" à son action en Haïti ou en Guadeloupe ; "tout le monde en ce temps-là (surtout les Arabes !), et même encore bien après nous, a fait pareil" ; etc. etc.

    Même le négationnisme turc du génocide arménien n'est pas une négation qu'il y ait eu d'importants massacres, mais une tentative d'en diminuer l'ampleur et surtout de les contextualiser : les Arméniens étaient armés par la Russie contre la Turquie, eux aussi avaient commis des massacres, etc.

    Les ressorts sont un peu similaires vis-à-vis du génocide rwandais : personne ne nie l'ampleur des massacres (ce serait difficile à l'ère de l'information...), mais "c'était la guerre civile", et "dans ces pays-là, ça finit vite comme ça", et cette guerre "c'est le FPR qui l'a commencée", et bien sûr "c'est comme ça chez les Noirs" et l'Occident, la France en particulier, ne portent aucune responsabilité.

    Tous ces discours, tant chez les idéologues (Gallo, Pétré-Grenouilleau, Péan, les leaders politiques turcs) qu'en termes de masses expriment bel et bien une volonté plus ou moins consciente, mais toujours sous-jacente de défendre et préserver la suprématie du groupe national dominant (européen/occidental, turc) ; de façon, il faut le dire hélas, assez hégémonique ; et bien évidemment, à quelques rares exceptions près n'ont de "prise" que sur lui, le peuple mis en accusation, et pas (bien évidemment) sur les peuples victimes (sauf quelques "supplétifs" heureux de l'être) ni (surtout) sur des groupes nationaux complètement étrangers à l'affaire.

    Sur la Shoah, une conscience claire que la chose telle que décrite est abominable et indéfendable, débouche par voie de conséquence sur une tentative de démontrer que cela n'a JAMAIS eu lieu : les Juifs auraient simplement été internés dans des camps où, à raison de plusieurs millions de déporté-e-s, une grosse centaine de milliers seraient mort-e-s de maladies ou de malnutrition dans le contexte de crise d'approvisionnement de la fin de la guerre. Ni les chambres à gaz, ni les massacres par balles des Einsatzgruppen n'auraient "jamais" existé.

    Évidemment, à la SOURCE DE LA SOURCE de telles théories se trouvent des individus (comme Faurisson, ou maintenant Reynouard) qui pensent que le nazisme était un excellent régime politique, qu'il faudrait d'ailleurs rétablir, et qui tentent ainsi de le réhabiliter. Mais la question ici est plutôt la "prise" que ces théories peuvent trouver sur une partie des masses populaires.

    Car cette "prise" existe bel et bien. Il y a encore une quarantaine d'années, dans une Europe où vivaient encore des millions d'anciens complices, plus ou ou moins actifs ou passifs, du nazisme et de ses régimes collaborateurs, elle avait bien évidemment une base sociale "naturelle".

    Il est par ailleurs frappant de constater que c'est vers les années 1970 (on fait parfois de la série télé US Holocauste - 1978 - un jalon temporel de référence, bientôt suivi du très-long-métrage Shoah de Claude Lanzmann, sorti en 1985) qu'émerge une historiographie propre de la Shoah, "extraite" des crimes nazis "en général"... et strictement à la même époque que commencent à devenir réellement audibles les thèses négationnistes (Faurisson, Bochaca, Butz, Verbeke, Institute for Historical Review etc.) - du moins, émises auparavant par d'anciens nazis ou collabos, elles ne rencontraient pas un très grand écho.

    Aujourd'hui, une grande partie des masses blanches européennes a fini par "intégrer" la "religion de la Shoah" entendue en ce sens de "sacrifier", "mettre au piquet" historiographique de la civilisation occidentale l'Allemagne de cette douzaine d'années où régna le nazisme, et les divers régimes collaborateurs de la Seconde Guerre mondiale, afin par ce "sacrifice" "refondateur" de re-confirmer la supériorité civilisationnelle de l'Occident. POUR AUTANT, la diffusion des thèses négationnistes ou "simplement" de l'incrédulité envers une telle ampleur du génocide reste loin d'être négligeable en leur sein ; couplée parfois à un vieux fond antisémite "anticapitaliste des imbéciles" qui peine peut-être plus à mourir que l'association bourgeoise réactionnaire "Juifs = démocratie avancée, égalitarisme, socialisme, communisme, menace pour l'ordre", désormais largement hors-sujet.

    Et puis il y a leur diffusion, à ne pas exagérer, mais tout sauf négligeable, dans les masses du Sud global ou originaires de lui ; concrètement, et systématiquement, autour de la question de la Palestine : "la Shoah sert de justification au droit à l'existence d'Israël, à son occupation de la Palestine et à ses crimes" = la Shoah est "forcément" un mensonge de propagande qui doit être démystifié.

    On parle souvent des "réactions négationnistes" relevées dans les établissements scolaires "sensibles" des "territoires perdus de la République" ici ; mais il existe d'autres cas de figure de bien plus grande ampleur encore : ainsi les dits "Arabes israéliens", autrement dit les Palestiniens musulmans ou chrétiens emprisonnés dans le territoire officiel de l’État d'Israël, et ayant fini par accéder à une citoyenneté de seconde zone, sont scolarisés dans des établissements israéliens qui mettent bien évidemment la Shoah au centre de leur propagande sioniste (le sionisme qui aurait "sauvé" ceux venus avant, puis "enfin offert une patrie" aux rescapé-e-s). Pour autant, parmi ces Arabes (donc) "les plus éduqués et sensibilisés" au sujet de la planète (la visite à Yad Vashem est pour ainsi dire obligatoire)... la non-croyance à l'existence du génocide, ou du moins à son ampleur "officielle" est absolument hégémonique.

    Est-il utile, devant cela, de se poser encore 30.000 questions quant à la corrélation entre mise de la Shoah au service de la propagande sioniste et tendance (relevant parfois de la bravade...) à vouloir la nier ; et quant à l'idée que la solution se résume à envoyer les gens se "sensibiliser" à Yad Vashem ou à Auschwitz ? Ce n'est sans doute pas (ou très peu) dans ce but qu'un Faurisson a jadis élaboré ses thèses, MAIS c'est bien dans celui-là que celles-ci sont récupérées et, de la sorte, maintenues en vie...

    QUOI QU'IL EN SOIT, les discours négationnistes de la Shoah ne pourront être combattus efficacement qu'en commençant, déjà, par restituer cette tragédie dans son CONTINUUM HISTORIQUE, celui de l'impérialisme, de la "Modernité occidentale" et de ses méthodes déchaînées déjà auparavant... et encore depuis contre des centaines de peuples à travers la planète : non pas un évènement "exceptionnel" et "aberrant", mais la simple mobilisation de moyens nouveaux à l'époque (années 1940) au service de politiques de déportation, travail forcé et extermination de populations entières n'ayant (hélas) rien d'extraordinaire au regard de l'histoire des 5 derniers siècles ; et certes, cette fois, non pas au fin fond de l'Afrique ou de l'Asie du Sud-Est, mais contre des victimes arrêtées au coin des rues qui sont les nôtres au quotidien...

    Et en cessant, ensuite, de vouloir conférer à ce crime contre l'humanité une exceptionnalité presque "surnaturelle" (qu'il n'a pas...) afin de, plus encore que "justifier" l'entreprise sioniste (c'est presque secondaire...), l'ériger en "arbre cachant la forêt", focalisant sur lui tous les regards et minimisant à côté de son horreur supposément "exceptionnelle" tous les crimes impérialistes ou étatiques-modernes antérieurs comme postérieurs ; et "sauver" ainsi, au "prix" (commode) de l'expulsion de 12 ans de l'histoire d'un pays (et quelques années d'"une partie" de quelques autres...) de son sein, la "civilisation" occidentale.

    Nous pouvons à ce sujet vous inviter à lire, par exemple, l'excellent Johann Chapoutot :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/ultra-interessant-au-regard-de-ce-que-slp-a-pu-maintes-fois-ecrire-sur-a134301666

    Ou encore ces quelques modestes réflexions émises à l'époque de la "grande affaire Dieudonné", début 2014 :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/reflexion-theorique-loi-gayssot-lois-antiracistes-et-memorielles-antif-a114072232


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  • Il règne en ce moment même au Xinjiang, parfois appelé également "Turkestan oriental chinois", territoire du Peuple ouïghour, une situation visiblement tragique sur laquelle (par contraste "étonnant" avec le Tibet du "gentil" Dalaï-Lama ex-esclavagiste féodal et réactionnaire comme pas deux, mais coqueluche de tous les bobos occidentaux de merde bouffeurs de quinoa) plane un assez lourd silence radio des médias mainstream, mis à part quelques articles dans la presse conservatrice-atlantiste (Figaro, Atlantico) ou libérale-libertaire (Libé, Nouvel Obs) la plus anti-chinoise (dont la sinophobie, disons, parvient à compenser et même par moment surpasser l'islamophobie)...

    Il faut dire que les cibles, ici, sont des MUSULMAN-E-S ; raison pour laquelle c'est d'abord par les médias dits (en bon langage républicain) "communautaires", ou les publications de la mouvance décoloniale sur les réseaux sociaux, que nous parvient l'information.

    Tâchons en quelques points d'y voir clair.

    - L’État chinois vient donc d'admettre (précisément, d'avaliser par une loi du 9 octobre), après plusieurs années de dénégations ou du moins de justifications alambiquées, avoir procédé à "l'internement" pour "rééducation" de plusieurs centaines de milliers, peut-être 1 million de Ouïghours (qui seraient un peu plus de 10 millions) ; "rééducation" visant à lutter contre ce que l'on appellerait ici la "radicalisation islamiste", mais qui dans les fait, consiste à imposer par matraquage une allégeance "patriotique" à Pékin et à anéantir des pratiques culturelles faisant partie intégrante de leur identité et de leur conscience nationale - manger halal, pas de porc ni d'alcool, prière, jeûne du ramadan etc. etc. (certaines de ces vexations, comme les forcer à manger du porc ou boire de l'alcool, sont au demeurant totalement ridicules puisqu'en islam la contrainte, la nécessité ou l'insu "annulent" le péché de violation des interdits alimentaires) :

    http://ekladata.com/chine-repression-ouighours.pdf

    Cette région autonome (effectivement, sur le papier constitutionnel, autonome contrairement à nos peuples prisonniers et dernières colonies directes de l’État français) de la République "populaire" est en réalité sous état d'exception depuis pratiquement une dizaine d'années (ou un gros quart de siècle mais surtout une dizaine d'années), après que la résistance nationale ouïghoure face à la botte de l’État central et à la colonisation de peuplement (contrairement aux mythes répandus au sujet du Tibet, toujours peuplé à 92% de Tibétains, il y a bien une minorité - 45% - de Ouïghours au Xinjiang, face à quelques 41% de Chinois han et 14% d'autres nationalités - pour la plupart apparentées, Kazakhs, Kirghizes, Huis etc.*) ait évolué vers une lutte armée (attentats, émeutes etc.) se revendiquant généralement de la foi islamique et parfois du djihad (quelques dizaines, à la rigueur centaines de Ouïghours seraient par ailleurs effectivement engagés dans des organisations dites djihadistes sur d'autres fronts de la planète).

    [* Il convient de préciser à ce titre (sinisation-du-xinjiang, voir aussi le cas de la capitale Ürümqi) que contrairement au Tibet, toujours vassal de l'Empire chinois mais relativement isolé sur ses hauts plateaux, le Xinjiang qui consistait ni plus ni moins qu'en la Route de la Soie a de très longue date connu une importante présence chinoise (nullement liée donc à l'horrible "communiiiisme"), qui pouvait s'élever au tiers de la population totale sous la dynastie Qing (1644-1912) avant de tomber à 6% en 1949 (après 3 décennies et demi de total effondrement intérieur de la Chine et donc de "rapatriement" des marchands, militaires, fonctionnaires etc.), lors de la prise de contrôle du territoire par l'Armée populaire, puis de remonter à la proportion d'un tiers vers l'époque de la Révolution culturelle - par ailleurs, comme pour toute province de tout grand État industrialisé en tant qu'"enclos à force de travail", on trouve également et de plus en plus (surtout depuis environ 40 ans de développement économique à tout crin dans l'"économie socialiste de marché") des Ouïghours hors du Xinjiang, concrètement, comme migrants de travail.]

    Sur la situation actuelle des Ouïghours en République "populaire" de Chine

    - Il apparaît cependant que les choses n'ont pas toujours été ainsi, et clairement pas sous Mao ni même jusqu'en 1989, date de la terrible répression du "Printemps de Pékin" (que l'on peut considérer comme le moment du triomphe total du capitalisme en Chine, dans la perspective de devenir un pays impérialiste). C'est particulièrement important à rappeler, car si un intérêt pouvait exister pour les médias de l'impérialisme (prenant le risque de paraître "pro-islamistes" aux yeux d'une partie de leur lectorat...) de mettre en avant cette terrible persécution, ce serait celui-là : semer la confusion régime chinois actuel = "communisme" et jeter encore de l'huile sur le feu, creuser encore le fossé entre les forces essentielles pour la lutte anti-impérialiste mondiale que sont les révolutionnaires marxistes d'un côté et la résistance nationale des peuples majoritairement musulmans de l'autre (à titre d'exemple : http://www.desdomesetdesminarets.fr/2018/10/13/persecution-des-ouighours-le-silence-des-institutions-musulmanes-officielles - "Leur seul tort est leur religion farouchement combattue par les héritiers de Karl Marx"...).

    Pour toute analyse marxiste sérieuse et digne de ce nom, la Chine ultra-capitaliste actuelle (et depuis près de 40 ans) n'a absolument rien de "socialiste" ni de "marxiste" sinon dans le décorum (servant d'équivalent pour sa "révolution industrielle" d'un - disons - régime bonapartiste autoritaire) ; de notre point de vue maoïste, la contre-révolution des tenants de la "voie capitaliste" y a été opérée sous la conduite de Deng Xiaoping dans les années suivant la mort de Mao (1976, jusqu'à disons la dernière Constitution promulguée en 1982).

    [Lire par exemple : Chine-chasse-aux-étudiants-marxistes.pdf]

    - Selon le quotidien Libération, certes né maoïste dans les années 1970 mais n'ayant plus grand-chose aujourd'hui (ni depuis longtemps) de fanatiquement pro-Pékin, loin de là, "le Xinjiang a longtemps été un monde à part exempté de la politique de l’enfant unique, où se pratiquait un islam ancien et modéré (sic... toujours le besoin d'insister sur ce genre de truc, enfin bref) à 3 000 kilomètres de Pékin. Le ouïghour, langue apparentée au turc et qui s’écrit en caractères arabes, était pratiqué partout, le mandarin ne s’apprenait qu’au collège deux heures par semaine. Les fonctionnaires chinois d’ethnie han étaient rares et discrets. «Mais après la révolte de 1989 et la chute de l’URSS, le Parti communiste chinois a craint que le Turkestan oriental ne fasse sécession. Il a entamé une politique dite d’assimilation, qui est en fait une destruction de notre culture, de notre langue, de notre identité religieuse»,explique le juriste Mehmet Tohti, cofondateur de l’association Congrès mondial ouïghour."

    https://www.liberation.fr/planete/2018/08/29/ouighours-les-camps-secrets-du-regime-chinois_1675335

    Ensuite de quoi, "les émeutes de 2009 et une série d’attentats qui ont fait plus d’une centaine de victimes, et l’enrôlement de dizaines de Ouïghours dans les rangs de l’État islamique en Syrie ont renforcé la répression"...

    Il n'y a donc aucune difficulté à imaginer que le régime chinois, toujours fin stratège, ait su profiter du climat mondial actuel pour associer lutte contre le "terrorisme" (avec cette résistance ouïghoure de tendance parfois djihadiste) et renforcement de sa mainmise sur cet immense territoire (3 fois l'Hexagone !) que l'on sait regorger de ressources indispensables à sa position mondiale de nouvel impérialisme concurrent de l'Occident ; en s'attaquant à travers "l'extrémisme religieux" (soigneusement "confondu" avec) à ce qui forme en réalité l'avant-garde de sa conscience, et donc de sa RÉSISTANCE nationale.

    - MAIS PAR CONTRE, à partir de là, on ne peut qu'inviter le lecteur ou la lectrice à une certaine prudence, un certain recul critique par rapport à TOUT ce qui se dit ; non pas forcément quant à la réalité des faits, mais peut-être par rapport à certaines possibles exagérations ; surtout émanant de "sources" telles que Free Asia (née contre la Chine révolutionnaire de Mao, mais toujours active contre le - désormais - concurrent impérialiste chinois de l'Occident), ou encore les médias des pays pétro-wahhabites du Golfe... Dès lors qu'il s'agit de viser et de jeter l'opprobre sur l'"intrus" dans la "communauté internationale" des puissances géopolitiques : celui qui était encore une sorte de protectorat, presque une colonie il y a à peine 70 ans !

    [Exemple parmi d'autres de désinformation grossière : selon le "Centre de Recherche pour le Turkestan et l'Azerbaïdjan", organisation basée aux Pays-Bas, les retombées radioactives des essais nucléaires chinois dans le secteur du Lop Nor auraient causé la mort de "200.000" à "un demi-million" de personnes, avec encore dans les années 1990 "85.000 personnes habitant dans la zone contaminée", etc. etc. Pourtant, l'Encyclopædia Britannica (en ligne, 2009) indique dans son article consacré que ce territoire, consistant en une vaste étendue de marécages salés (débouché du fleuve Tarim qui se perd dans les sables du désert à cet endroit), n'a plus connu de peuplement permanent depuis qu'une épidémie en a chassé les rares tribus ouïghoures qui l'occupaient dans les années 1920... !! (Pour rappel, sur les conséquences sanitaires des essais français au Sahara et en Polynésie, dont les donneurs de leçons feraient mieux de s'occuper : Conséquences_sanitaires_des_essais_nucléaires_français - la France a procédé à 210 essais entre 1960 et 1996, 50 aériens et 160 souterrains, contre 45 seulement pour la Chine, dont 23 aériens... comment imaginer alors autre chose que des retombées sur les populations au pire similaires, et certainement pas "un demi-million de morts" ??)]

    Il faut avoir à l'esprit par exemple, sans nier le fond de réalité de l'oppression du Tibet, y compris parfois sous Mao (où les tendances droitistes tendant déjà à voir les "provinces reculées" comme des colonies pour le futur capitalisme chinois, comme les tendances gauchistes aux exactions "civilisatrices" contre les "peuples arriérés", existaient dans le Parti et l'appareil d’État un peu comme ici sous la Révolution bourgeoise), ce que l'on peut ou a pu entendre au sujet du "génocide tibétain" ; en termes d'allégations ne tenant pas debout comme par exemple "1,2 million de morts depuis 1950" (population à l'époque...  1,2 million justement ; aujourd'hui 3,3 millions pour la région autonome, à 93% de nationalité tibétaine contrairement aux allégations de "majorité chinoise désormais" ce qui n'est même pas vrai à Lhassa - 82% de Tibétains ; 6,5 millions en ajoutant ceux des provinces limitrophes où ils sont effectivement minoritaires, mais reconnus comme nationalité dans les districts où ils vivent en majorité ; vous imaginez alors, un peu, les proportions délirantes et contraires à tout bon sens démographique attribuées à ce prétendu "génocide" ; etc. etc.).

    À cet épineux sujet, assez central dans l'anticommunisme de gôôôche bobo-socedem, libéral-libertaire, mais aussi fréquemment brandi par les gauchistes (anars, trotskystes etc.) toujours friands de génocides chez les autres (et moins volubiles s'agissant des crimes contre l'humanité sur lesquels se sont construits leurs propres États bourgeois), l'on peut lire notamment les papiers de l'excellent Domenico Losurdo : la-chine-le-tibet-et-le-dalai-lama - le-tibet-l-imperialisme-et-la-lutte-entre-progres-et-reaction

    [Lire aussi, comme les 3 "jalons" essentiels de la situation au Tibet sous la République vraiment populaire de Mao, pour essayer de sortir un peu (ça reste Wikipédia hein... mais c'est assez riche en informations) des idées toutes faites : Accord en 17 points sur la libération pacifique du TibetSoulèvement tibétain de 1959 - Révolution culturelle au Tibet (la situation au Xinjiang, à l'époque, a de toute évidence connu le même type de complexité).]

    - La position de la Turquie d'Erdogan (le Peuple ouïghour étant musulman mais aussi turcophone...) sur la question tend ces dernières années à évoluer vers un certain silence, ou au "mieux" à se payer purement de mots. Il faut dire que depuis 2016, face au soutien occidental à Rojava, aux suspicions envers l'Occident d'être derrière la tentative de coup d’État "güleniste" de cette année-là et (quoi qu'il en soit) aux condamnations par celui-ci des purges qui ont suivi, le régime AKP d'Ankara a eu tendance à se rapprocher grandement du bloc impérialiste "oriental" russo-chinois ; la Chine étant notamment son principal appui dans la perspective de rejoindre les fameux BRICS turquie-brics.pdf (qui deviendraient alors BRICST, ou peut-être simplement "RICST" vu qu'avec le coup de barre fasciste pro-occidental au Brésil, voilà...), ce qui dans un contexte de véritable guerre monétaire que lui livre Washington (pas au niveau du Venezuela certes, mais un peu quand même) lui donnerait accès à la Nouvelle Banque de Développement réservée aux membres du "club" (et dont heureusement le siège a été fixé à Shanghai en Chine, parce que si c'était au Brésil comme envisagé à un moment, voilà quoi...).

    Ainsi, en dépit du fait qu'historiquement (y compris du temps du kémalisme et de Mao...) le nationalisme ouïghour ait été très lié à l’État turc et à ses discours pantouraniens, on ne voit pas en ce moment le "Sultan" particulièrement "en pointe" sur ce dossier...

    Sur la situation actuelle des Ouïghours en République "populaire" de Chine

    EN RÉSUMÉ :

    - La Chine utilise sans l'ombre d'un doute le prétexte, bien dans l'air du temps, d'une "campagne anti-terroriste" (anti-terrorisme "islamiiiiste") pour, EN CONTOURNANT sa propre Constitution qui accorde (sur le papier) aux nationalités périphériques de la République "populaire" une reconnaissance nationale et une autonomie politique dont les peuples niés et les dernières colonies des États européens n'oseraient rêver (car sinon... pourquoi y aurait-il besoin d'un tel prétexte ?), asseoir sa mainmise sur le Xinjiang comme "colonie intérieure" au service de sa "volonté de puissance" impérialiste ; en brisant préventivement toute velléité de résistance nationale ouïghoure et en se "garantissant" (relativement) en cela un silence "gêné" des Occidentaux qui risqueraient, en montant au créneau, de se mettre en porte-à-faux vis-à-vis des discours anti-"islamiiiiistes" dont ils abreuvent quotidiennement leurs "opinions".

    - SOLIDARITÉ avec le Peuple ouïghour persécuté par l’État contre-révolutionnaire, "social"-FASCISTE chinois. D'un bout à l'autre de la planète, sans JAMAIS de "bon" ni de "mauvais" oppresseur, LE CAMP DES PEUPLES EST NOTRE CAMP

    - Mais dans le contexte actuel, à ne jamais perdre de vue, d'accélération de la Quatrième Guerre mondiale non-déclarée en cours depuis la fin de la Troisième (la Guerre froide) ; avec une Chine rivale capitaliste-impérialiste de l'Occident ; attention à une trop soudaine mobilisation médiatique, de trop soudaines et abondantes larmes de crocodiles des médias mainstream occidentaux à ce sujet. ÉVITER de se faire hâtivement mobiliser par un camp impérialiste (l'Occident) contre un autre (la Chine).

    Qui irait par exemple, en Syrie du Nord, dénier le droit aux Kurdes de faire face à des gens qui, quelles que soient les (même excellentes) raisons de la haine qui les anime, les considèrent comme des "impies" et des "satanistes" et leurs réservent le sort adéquat ; tout en en profitant pour desserrer un peu l'étouffant étau "jacobin" arabiste pesant sur eux depuis 7 décennies, et se constituer une base arrière contre l’État turc qui les piétine depuis près d'un siècle ? Pour autant, on a hélas vu comment cette belle cause a malheureusement tourné - ou plutôt été détournée...

    Et il peut en être absolument de même avec toutes les plus JUSTES causes de la planète, tant l'impérialisme, les impérialismeS dont il ne faut pas oublier la pluralité et la lutte entre eux, sont capables en la matière de tous les opportunismes.

    On a cité les Kurdes de Rojava ; on pourrait encore rappeler comment avec des individus comme Soral ou Chatillon, la Palestine elle-même, la résistance antisioniste du Machrek arabe peut être mobilisée au service d'une certaine vision, ou du moins "proposition" géopolitique adressée à l'impérialisme français... Dès l'époque de la Première Guerre mondiale, les Irlandais récupérés par l'impérialisme allemand contre l'Empire britannique ; les Arméniens, les Grecs, les chrétiens d'Orient et les Arabes récupérés par le bloc France-Angleterre-Russie pour dépecer l'Empire ottoman allié de l'Allemagne, etc. etc.

    Pour simple rappel : au nombre d'une dizaine de millions, les Ouïghours persécutés représentent quelque chose comme 0,6% des musulmans de la planète. Tout comme les 15 ou 20 millions habitant la Fédération de Russie, et donc potentiellement victimes de ses répressions, en représentent autour d'1%. La quasi totalité des autres (plus de) 98% sont, quant à eux, bel et bien principalement la proie de l'Occident, en Palestine, en Afghanistan et ailleurs ; et c'est sans compter les milliards de damnés de la terre non-musulmans...

    Il n'y a pas 3 siècles, mais une soixantaine d'années, la France colonialiste (au rapport pour le moins lointain avec "les héritiers de Karl Marx", sauf à inclure la SFIO de Guy Mollet dans cette définition...) appliquait exactement le même système d'internement de populations pour les matraquer des "bienfaits" de sa "civilisation" en Algérie : 2 millions de personnes soit un tiers de la population algérienne rurale...

    Mais c'est sûr, il n'est de "bonne" indignation que sélective et les persécutions, les massacres, les crimes contre l'humanité c'est toujours "mieux", plus commode à dénoncer lorsque c'est chez les autres ; surtout lorsque c'est (pour parler clairement) entre "barbares", entre non-Blancs !

    Il ne faut pas verser dans le campisme, dans une lecture purement géopolitique du monde et nier  l'oppression de ceux dont l'oppresseur est supposément dans le "bon" camp ; comme l'aurait sans doute fait ici le (malgré tout) regretté Losurdo, ou comme ceux qui soutenaient les soulèvements arabes jusqu'à ce que leur onde de choc atteigne les rivages de la Syrie "anti-impérialiste", attribuant dès lors toute juste résistance populaire contre l'oppression à la "Main de l'Empire" ; MAIS il faut bien évidemment toujours garder ce genre de facteurs à l'esprit pour que, comme disait Lénine, "le fait que les directions (des) mouvements (de résistance/libération nationale) pourraient les trahir en les associant politiquement et administrativement à l'impérialisme (puisse être) une raison de dénoncer leurs chefs" (et de ne pas se laisser embrigader dans des campagnes de propagande impérialiste au service de la guerre mondiale non-déclarée, etc.), "mais pas de condamner ces mouvements (la "raison de se révolter" qui les porte) en tant que tels".

    [Il faut aussi bien expliquer, comprendre et faire comprendre ici que le problème n'est pas que des peuples soient "ensemble", "amis", fédérés ; et non "séparés pour le plaisir de l'être" : c'est même, au contraire, le principe et le but de toute conception communiste du monde !

    Le problème est lorsque le rapport social entre deux peuples, nations, est un rapport de DOMINATION, d'oppression, de surexploitation du peuple dominé.

    C'est le concept que nous avons pu maintes fois répéter ici 3bVv_BxTLf7zai9k.png : séparation avec ce qui est réactionnaire, domine, opprime ; mais FÉDÉRATION sur des bases DÉMOCRATIQUES, égalitaires, dans une commune perspective émancipatrice pour les peuples ainsi unis, oui, 100 fois oui !

    Le problème n'est donc pas que les Ouïghours, ni quelque peuple que ce soit, Tibétains, Mongols ou autres, soient "liés" à la Chine ; fut-ce comme entité politique autonome d'une même République populaire. Il n'est pas, sous une forme juridique comme sous une autre, ce que l'on pourrait appeler une sorte de "panasiatisme" qui ne serait pas, en tant que tel, plus absurde que de parler de panafricanisme ou de panaméricanisme latino-caraïbe à la Guevara (être, en tant que peuples d'un continent proie de l'impérialisme, "ensemble"/unis pour être plus forts que divisés, instrumentalisés par l'impérialisme les uns contre les autres etc.). La Chine ne s'est pas "abattue du ciel" sur le Xinjiang, le Tibet ni aucune de ses "régions autonomes" que ce soit (ni n'exerce ou n'a exercé, ou du moins tenté de le faire, "de nulle part" son influence en Corée, en Birmanie, au Vietnam-Laos-Cambodge etc.) : il existait des liens historiques, séculaires voire millénaires d'"allégeance", de "tributarité" vis-à-vis de Pékin ; une "communauté de civilisation" ; et la République populaire est ainsi arrivée sur cette base en proposant de "ressusciter" ces liens, cette "grande famille" (c'étaient les mots officiels), sous la forme de régions à large autonomie (où la révolution pourrait éventuellement avancer à "petits pas", comme au Tibet au début), ou d'amitié et de coopération entre États voisins...

    Le problème ce sont les bases saines, égalitaires, respectueuses, démocratiques sur lesquelles doit être établie une telle union ; et leur éventuelle absence au profit d'un rapport de domination ; ce qui est le cas d'espèce que nous offre ici - désormais - la Chine au Xinjiang (il est sans doute, il faut le dire, pour le moins ardu d'établir et de maintenir entre une nation d'un milliard d'individus, industrialisée, à l'économie en développement galopant, et une autre "reculée", rurale et 100 fois moins peuplée - mais au territoire immense et assez inhospitalier, mais bourré de ressources précieuses - des rapports qui ne soient pas de domination...).

    De même que l'union d'un certain nombre de peuples (la quasi totalité de ceux précédemment prisonniers de l'Empire tsariste) au sein de l'URSS, puis de son "bloc" de pays "frères", si elle pouvait se justifier 100 fois (sur le principe) par la belle idée de former un grand "bloc" eurasiatique de peuples "plus forts ensemble" face à un Occident capitaliste-impérialiste rêvant de les écraser, a malheureusement échoué à se consolider sur la base d'un réel consentement démocratique entre tous, à "rayer de la page du temps" la domination grande-russe sur les autres peuples qui était la substance de l'"unité" tsariste antérieure, et a ainsi fini par se disloquer.

    Un rapport de domination qui peut tout à fait se déguiser ou du moins "incuber" ("faire son nid") sous des discours "civilisateurs" pseudo-altruistes, d'"apporter le progrès" (face parfois, en effet, à des archaïsmes sociaux effrayants comme au Tibet) ; et même, donc, sous des discours "ultra-révolutionnaires" de "chasseurs de réactionnaires" dans le style de la clique Iejov-Khrouchtchev de la "Grande Terreur" soviétique des années 1937-38 ou des "représentants en mission" de la Convention à la Fouché-Tallien-Barras-Fréron en 1793-94 quelques-verites-sur-la-revolution-bourgeoise, et, donc, de certains gardes rouges chinois ou du moins formés en (et revenus de) Chine han sous Mao. Ce type de contradictions (et de gouffre dans lequel verser...) est pour ainsi dire intrinsèque à toute expérience révolutionnaire de grande ampleur.]

    *******************************************************

    [Complément-synthèse] 

    - Il y a eu deux Républiques indépendantes du Turkestan oriental, l'une et l'autre d'inspiration plutôt panislamique et panturquiste. La première en 1933-34 [dans le contexte ultra-troublé des Guerres du Xinjiang et de la Rébellion Kumul, rébellion ouïghoure qui se ligua avec la clique du général hui Ma Zhongying pour renverser Jin Shuren, le seigneur de la guerre de la clique du Xinjiang, espérant rétablir ainsi le khanat de Kumul ; le Kuomintang, qui voulait lui aussi se débarrasser de Jin à cause de ses liens d'alliance avec l'URSS, soutenait la rébellion tout en feignant de le reconnaître comme gouverneur légitime ; histoire de dire "un peu" la complexité, digne pratiquement du conflit syrien aujourd'hui, et non la simplicité qui en satisferait certes beaucoup, de l'histoire de la région à cette époque, dans laquelle le conflit actuel plonge ses racines !] a été écrasée par le "gouverneur" (très autonome) nommé par le Kuomintang, avec l'aide de l'URSS (il était craint qu'elle ne s'allie avec l'agitation basmashi qui sévissait alors en Asie centrale soviétique). C'est son drapeau qui est (généralement) encore utilisé par les indépendantistes ouïghours aujourd'hui. La seconde, entre 1944 et 1949, a été plutôt soutenue par l'URSS dans la mesure où s'annonçait déjà la Guerre froide et dans quel camp allait être Tchang Kaï-shek ; elle a été supprimée ensuite sur accord Staline-Mao, juste avant la prise de contrôle du territoire par l'Armée populaire (on accuse Staline d'avoir fait assassiner ses dirigeants qui devaient se rendre à Pékin pour signer le traité avec Mao, mais bon, sans que ce ne soit totalement à exclure, les "révélations" d'"anciens du KGB" sorties en 1991, méfiance...).

    - L'existence, par la suite, d'un courant séparatiste plutôt pro-soviétique n'est pas forcément à exclure en effet ; les raisons qu'en propose [un intervenant révisionniste-campiste anti-maoïste rabique] peuvent en tout cas être cohérentes et crédibles. Il faudrait creuser le sujet.

    - Les sources citées peuvent bien être ce qu'elles sont : la Chine a reconnu, avalisé légalement recourir à l'internement "rééducatif" de plusieurs centaines de milliers voire un million de Ouïghours. [Notre révisio-campiste brejnévoïde] essaye-t-il de nous faire croire que la "branche de Daesh" locale compte un million de membres ? Daesh est une organisation fasciste financée par des oligarques réactionnaires arabes (ou d'autres pays musulmans), dans l'ombre ou plus ou moins en lien avec des secteurs d’État "profond" rappel-encore-une-fois-necessaire ; et qui comptera toujours au moins quelques dizaines de partisans PARTOUT où existe un TERREAU... Un terreau du type de ce traitement que subissent les Ouïghours, tout particulièrement depuis 1989. Ou du type de ce qu'il s'est passé en Irak, mais là ça ne posera évidemment pas de problème à [notre intervenant] de le dénoncer (puisque c'est l'Occident, le "Camp du Mal"). Et dans d'autres pays encore ; parfois de la main des "mauvais" impérialismes, parfois de celle des "bons" (ironie). Ce raisonnement est au demeurant valable pour toute force non-défendable par nous qui pourrait exister ; une force pilotée par l'Occident par exemple, ou la Turquie, les Saoud etc.

    - L'objet premier de cet article n'est pas d'exonérer à tout prix la période maoïste, mais plutôt de parler de la situation actuelle en indiquant que 1°/ il se passe bien quelque chose de critiquable, 2°/ attention cependant à la récupération occidentale (de propagande) de cette affaire, contre l'"intrus" parmi les puissances impérialistes actuelles, le pays qui il y a encore 70 ans était une véritable colonie... 3°/ la Chine actuelle n'est marxiste que sur le papier, ces agissements n'ont rien à voir avec être "les héritiers de Karl Marx" (et le faire croire fait bien l'affaire de l'Occident, en instituant une fracture entre deux forces de résistance mondiale majeures, l'islam résistant et le marxisme), 4°/ ces agissements ne sont "rien" à côté de ce que l'Occident a pu infliger depuis 2 siècles au moins aux peuples de culture musulmane (sans même parler des autres), c'est d'ailleurs pour ça que, même s'il essaye d'en tirer profit, il est gêné aux entournures pour monter au créneau et Pékin en profite. La France par exemple, il n'y a pas 3 siècles mais 60 ans, a enfermé 2 millions d'Algériens (sur 9 ou 10, 6 ou 7 ruraux) dans des camps de regroupement pour les y matraquer des "bienfaits" de la colonisation française.

    - Losurdo peut être intéressant lorsqu'il rapproche la situation des régions "reculée" (Tibet, Xinjiang) sous Mao de toute la complexité, le caractère contradictoire aussi bien de l'insurrection que de la répression (et des excès de celle-ci parfois), d'une Vendée-Chouannerie sous la Convention française ("traité le Tibet à l’instar d’une gigantesque Vendée à réprimer ou à catéchiser avec une pédagogie hâtive, mise en acte par des « partisans des Lumières » intolérants et agressifs provenant de Pékin et des autres centres urbains"). Voilà. Par contre, bien évidemment, on ne peut pas être d'accord avec sa caractérisation de la Chine actuelle comme "socialiste", "en NEP à durée indéterminée", dans le "Camp du Bien" (bien que nous secondarisions toujours son "mal" par rapport à "notre" impérialisme occidental) et "mieux" qu'à l'époque...


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  • Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    20 ans après ici, c'est aussi là-bas, sur le continent des "grands espoirs de la gauche", la faillite historique de l'"hypothèse sociale-démocrate"...

    Évidemment, avec Trump qui doit se frotter les mains (les "progressistes" européens peut-être un peu moins, mais enfin, les liens avec et la défense farouche par Bolsonaro des intérêts des géants agro-alimentaires auront vite raison de leurs pudeurs...), ceci doit aussi être mis en perspective avec la gigantesque accélération actuelle de la Quatrième Guerre mondiale non-déclarée en cours depuis 1990 on-serait-presque-de-plus-en-plus-tentes-de-penser (à ce niveau, un bon "test" en ce moment est celui du rapport à l'entité sioniste et à la Palestine : bolsonaro-israel.pdf).

    Mais c'est là un pays très étendu : c'est la nuit noire à Rio et Brasilia ; mais pour qui sait regarder tout au loin, les première lueurs d'une aube nouvelle pointent déjà du Rondônia !

    Guerra popular até ao Comunismo !!

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    [Et une réflexion intéressante vue sur FB :

    "Historiquement, le Brésil a drainé la plus grande proportion, quelques 40%, du Maafa (la déportation esclavagiste des Africain-e-s) ; mais aussi la plus grosse immigration européenne à destination du continent sud-américain, 6 millions de personnes aux 19e et 20e siècle. Les peuples autochtones ne sont quant à eux plus que 0,4%, tout en étant "dans les gènes" de probablement les deux tiers de la population, bref.

    TOUT ce qu'il se passe là-bas n'est en dernière analyse que guerre entre ces deux pôles d'identité nationale ; d'un côté la plus grosse nation afro-descendante colonisée du continent + une immensité de territoire volé à ses habitants originels (dont survivent quelques petits groupes épars) ; de l'autre un des plus gros morceaux d'Europe outre-Atlantique.

    Voilà de quoi Bolsonaro est le nom (question que pose en substance le titre de l'article).

    Il y a un vote blanc ou métis à dominante blanche (disons une grosse moitié de la population, je ne pensais pas autant mais si, car ça a été le plus gros pays d'immigration européenne du continent : 6 millions de personnes), y compris des pas bien riches (ça existe aussi) mais qui ont comme disait Johnson "quelqu'un à qui se sentir supérieurs pendant qu'on leur fait les poches".

    Et puis bon, évidemment il y a aussi un vote noir ou métis à dominante noire qui est essentiellement le fait d'un embrigadement par les églises évangéliques (avec leurs "pasteurs" marchands du temple en Rolls, de ceux-là à qui les Camisards auraient mis un coup d'escopette au même titre qu'aux dragons du roi). C'est surtout par là que passe le recrutement de ceux qui votent là complètement (pas "un peu" comme avec Lula) contre leurs intérêts. Avec aussi un facteur pognon pour une minorité : Ronaldinho soutient ouvertement Bolsonaro, et c'est probablement aussi le cas de Pelé (connu pour ses prises de positions droitardes)."]

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonnéBrésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonnéBrésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné
    Proportions par État de Blancs (sachant que beaucoup de personnes se déclarent telles tout en pouvant être "assez nettement" métissées à nos yeux européens...), de Pardos (métis) et de Noirs (un Noir au Brésil étant un Noir "pur", pratiquement sans le moindre métissage, d'où la faible proportion) - source.

    Et puis et puis... la carte des candidats arrivés en tête dans chaque État (Haddad et Ciro sont les candidats classés à gauche, le premier étant l'"homme de paille" de Lula empêché par la "justice" de se présenter) :

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    (On notera quand même que le pays "profond de chez profond", notamment le Rondônia de nos camarades maoïstes, reste terre de vote largement acheté ou "conseillé" par les pistoleros des grands propriétaires, si bien que Bolsonaro y arrive également en tête)


    [Quelques données sur le Brésil contemporain, pour situer les choses :

    - Dictature militaire de 1964 à 1985, dont Bolsonaro revendique la nostalgie. Celle-ci s’est caractérisée par être, peut-être, l’un des premiers coups d’État "postmodernes" ; s'affirmant en défense de la légalité et de la Constitution contre "l'abus de pouvoir" du président Goulart, ce qui n'est pas sans évoquer le récent coup de force "parlementaire" de la destitution de Dilma Rousseff en 2016 (cette fois-ci absolument sans intervention des militaires, mais également sous des prétextes fallacieux de "légalité"), accompagnée de la mise en cause judiciaire de l'ex-président Lula. Elle avait même instauré une apparence de... multipartisme avec un parti "du coup", l'ARENA, et un parti "de l'opposition", le Mouvement démocratique brésilien (MDB), dont le chef de file du coup de 2016, Michel Temer, est un élu ; tandis que la contestation de droite du pouvoir PT de Lula et Dilma a été en grande partie portée par la chaîne de télévision lancée en 1964 par les putschistes, TV Globo. Elle n'en a pas moins été un régime répressif et sanglant ; Dilma Rousseff est ainsi connue pour avoir été affreusement torturée à l'époque, où elle était membre d'un groupe de guérilla urbaine (dont le théoricien local était le célèbre Carlos Marighella) ; on peut encore citer la répression du maquis de l'Araguaia, où le PCdoB (devenu par la suite hoxhiste puis réformiste pro-Lula) avait tenté d'initier une Guerre populaire au début des années 1970. Et d'ailleurs... si les violences antipopulaires, contre les mouvements sociaux n'ont jamais cessé depuis 1985, on en observe depuis 2016 un sinistre regain (bresil-regression.pdf) ; une affaire ayant fait un certain "bruit" internationalement étant celle de l'assassinat de Marielle Franco, élue PSOL (Parti Socialisme et Liberté, scission de gauche du PT) de Rio, afro-brésilienne née dans une favela et féministe, qui pourrait bien être la Matteotti du fascisme qui s'installe tout doucement là-bas.

    - Un pays "émergent", ayant atteint au début des années 2010 le rang de 6e économie mondiale ; développant ses propres monopoles comme Odebrecht ou Petrobras (entreprise pétrolière publique, capitalisme bureaucratique) et se plaçant ainsi en arrière-plan de la vague de gouvernement "de gauche" contestant l'hégémonie US sur le continent, tout en se rapprochant des autres grands "émergents" au sein des "BRICS" (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud, la Turquie souhaitant s'y joindre et faisant déjà figure de "membre observateur") pour mettre en place par exemple la Nouvelle Banque de Développement, système financier mondial parallèle et alternatif au FMI.

    - Une "émergence" dont le PT de Lula et Dilma était en quelque sorte la figure de proue politique et forcément, pour modéré qu'ait pu être ce parti (qui n'a jamais gouverné qu'en alliance avec le centre-droit), pas du tout du goût de l'Occident (derrière les apparences de sympathie qu'ont pu lui témoigner en particulier les Européens, ou du moins l'inquiétude affichée devant le "Trump" local - exemple) et en premier lieu de l'impérialisme yankee dont le continent est le "pré carré" ; qui voudraient voir dans le pays exclusivement une mine de ressources et surtout une ferme géante vouée à l'alimentation de leurs masses gavées de hamburgers (ou de soja "sain" bobo...) ; sans aucune autonomie économique-commerciale ni géopolitique (en gros : le rêve fou de faire d'un tel géant une république bananière du niveau du minuscule Nicaragua des Somoza)... C'est à cela que vient le coup de force de Temer en 2016 et désormais la très probable élection de Bolsonaro ; l'un et l'autre champions du "BBB" c'est à dire "Bœuf" (l'élevage et, par métaphore, l'agriculture extensive vouée à nourrir l'Occident), "Bible" (l'influence croissante des églises évangéliques, fers de lance idéologiques de l'hégémonisme yankee...) et "Balle" autrement dit répression tous azimuts et (là encore dans un esprit très yankee) "droit des bons citoyens à porter une arme pour se défendre des malandrins".

    - Un pays structuré depuis son origine (coloniale...) par la problématique de la terre, avec depuis la fin de la dictature (1985) plus de 1.700 militants paysans assassinés (lire notamment massacres-corumbiara-carajas.pdf et aussi ici sur SLP massacre-de-paysans-se-prepare-au-bresil-solidarite appel-a-denoncer-le-gouvernement-bresilien) dans des violences qui auraient redoublé depuis l'éviction de Dilma Rousseff en 2016 ; une problématique, également, tout particulièrement en lien avec la question environnementale étant donné que l'agriculture extensive se développe au détriment de la forêt amazonienne, "poumon vert de la planète".]


    Fazer do Brasil um grande QUILOMBO !!


    ****************************************************************************************************************

    Complément (article Bastamag) :

    « Nous assistons en direct à la fascisation du Brésil »

    https://www.bastamag.net/Nous-assistons-en-direct-a-la-fascisation-du-Bresil

     

    Où va le Brésil ? 50 millions d’électeurs y ont soutenu, au premier tour, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, arrivé largement en tête avec 46 % des voix, dans le cadre d’une campagne marquée par sa violence verbale et la diffusion massive de fausses informations. « Ce n’est pas seulement un vote lié à la désinformation, ni uniquement un vote de colère et de rejet, c’est aussi un vote d’adhésion à un discours ultra-conservateur qui vise à rétablir les hiérarchies sociales », analyse l’historienne Maud Chirio, spécialiste du Brésil, qui entrevoit un avenir sombre pour le pays et les 97 millions de Brésiliens qui n’ont pas voté pour l’extrême-droite. Entretien.

    Basta ! : Des électeurs de Jair Bolsonaro, arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle brésilienne ce 7 octobre, contestent l’étiquette « extrême-droite » apposée ici, en Europe, à leur candidat. Qu’en pensez-vous ?

    Maud Chirio [1] : Il n’y a aucun doute, Bolsonaro est très clairement d’extrême-droite, avec même une certaine tonalité fascisante. Cette difficulté à le reconnaître s’explique par le fait que les termes « droite » et « extrême-droite » n’ont quasiment jamais été revendiqués sur la scène politique brésilienne. Ces étiquettes étaient discréditées depuis la transition démocratique et le rétablissement du pouvoir civil à la fin de la dictature militaire, il y a trente ans. Même le régime militaire était peu enclin à utiliser le qualificatif de droite, car la junte prétendait ne pas être politique. Cela ne fait que quelques années que des citoyens se sont ré-appropriés ce mot. Avant, ils préféraient les termes de « patriote », « nationaliste » ou « chrétien », en référence à la défense de certaines valeurs morales.

    De quelle manière les rumeurs, mensonges, intox et autres fausses nouvelles ont-elles influencé la campagne ?

    C’est le mode de fonctionnement des nouvelles droites. Le militantisme par les réseaux sociaux est devenu un élément déterminant des campagnes politiques au Brésil depuis 2014. Le récit propagé par ces fausses nouvelles s’attaque à la gauche : celle-ci serait « communiste » et « révolutionnaire » ; elle mènerait la société vers la dépravation morale et anti-chrétienne ; et ce récit prend prétexte des scandales politico-financiers qui frappent l’ensemble de la classe politique pour dire que la gauche serait intégralement corrompue. L’usage de ces fausses nouvelles a été croissant, leur diffusion a été multipliée par 100 durant les quatre derniers mois de campagne. La dernière semaine, nous avons recensé entre 4000 et 10 000 intox. La veille du scrutin, de fausses déclarations de pasteurs qui prétendaient soutenir Bolsonaro ont circulé. Le lendemain des massives manifestations de femmes contre Bolsonaro, le 29 septembre, des intox ont été diffusées prétendant que ces rassemblements s’étaient mués en orgie sexuelle. Des montage photos montrent Fernando Haddad, le candidat du PT [Parti des travailleurs, gauche], et ancien ministre de l’Éducation, distribuant des livres érotiques à des enfants dans des écoles. D’autres montages montrent sa colistière, Manuela d’Ávila, avec des tatouages de Marx, Lénine et Che Guevara, ou l’agresseur de Bolsonaro [poignardé à l’abdomen le 6 septembre lors d’une apparition publique, ndlr] aux côtés de Lula et des dirigeants du PT.

     On sait que l’ancien directeur de campagne de Trump, Steve Bannon, a apporté son appui logistique et technique à la campagne de Bolsonaro. Il faudra étudier plus précisément l’influence de la « droite alternative » états-unienne sur l’élection brésilienne. Pour les médias traditionnels, il est très difficile de contrer plusieurs milliers de fausses nouvelles par semaine. D’autant quand plusieurs grands médias, comme Globo, sont eux-mêmes traversés de tensions très visibles, avec des reportages contradictoires. Les grands médias n’ont pas adopté une position uniforme de rejet de l’extrême-droite. Le puissant groupe média évangélique, TV Record, lui a même apporté son soutien.

    En Europe, plus on est diplômé, moins on a tendance à voter pour les droites extrêmes, en tout cas pour le moment. Au Brésil, c’est le contraire. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

    Il existe plusieurs votes Bolsonaro. Ce n’est pas seulement un vote lié à la désinformation, ni uniquement un vote de colère et de rejet, lié à la crise et à la désespérance sociale comme on peut le voir avec les votes populistes en Europe. C’est aussi un vote d’adhésion à un discours ultra-conservateur qui vise à rétablir les hiérarchies sociales de domination entre riches et pauvres, entre hommes et femmes, entre chrétiens et non chrétiens. C’est un vote qui veut en finir avec les politiques dynamiques d’inclusion sociale mises en place sous Lula, un vote marqué par un très fort conservatisme social.

    Pour les catégories aisées qui ont voté Bolsonaro, il n’est plus possible de voir tous ces gens venus de classes « inférieures » accéder à l’université. Pour elles, les seuls qui peuvent suivre des études supérieures au Brésil, ce qui coûte cher, ce sont les riches. Autre exemple : la mesure qui a fait entrer les employés de maison – qui sont 8 millions dans le pays – dans le code du travail a suscité une rancœur terrible parmi ces catégories aisées. Quant au vote pauvre pour Bolsonaro, il est souvent influencé par les évangéliques qui prônent un certain ordre moral. C’est donc un vote marqué par une profonde hostilité à l’encontre de toute transformation sociale qui remettrait en cause les hiérarchies traditionnelles.

    Que se produira-t-il si Bolsonaro est élu, au soir du 28 octobre ?

    Si Bolsonaro est élu, ce qui est très probable, cela aura d’abord pour conséquence de libérer la violence sociale et politique de ceux qui lui ont accordé son soutien. Il risque d’y avoir des lynchages de personnes homosexuelles, des assassinats politiques. On peut craindre que cette violence ne soit pas réprimée par l’État puisqu’elle sera perpétrée par des partisans du nouveau président. C’est la première fois, au Brésil, qu’il existe une force militante, bénévole et convaincue derrière Bolsonaro.

    Ensuite, pendant la première année de mandat, après son investiture à Brasilia en janvier 2019, on peut s’attendre à une dérive autoritaire du pouvoir, avec des mesures qui restreindront l’État de droit, qui permettront de réprimer le syndicalisme ou le militantisme de gauche. Le colistier de Bolsonaro, le général de réserve Hamilton Mourão, qui en cas de victoire deviendra vice-président, propose d’ailleurs un changement de constitution, sans passer par une assemblée constituante. Cette fin de l’État de droit pourra difficilement être empêchée par la communauté internationale, car Bolsonaro souhaite que le Brésil sorte de l’Organisation des Nations Unies, considérée comme « droit de l’hommiste », voire « communiste », car défendant les communautés minoritaires.

    Enfin, une forte répression d’État ciblera la gauche, en particulier le PT, considéré comme un ennemi intérieur. Les violences policières dans les quartiers pauvres risquent d’augmenter, Bolsonaro ayant déclaré qu’il fallait y exiger la reddition des « bandits » et, dans le cas contraire, ne pas hésiter à mitrailler par les airs ces quartiers [ce qui s’est déjà produit en juin 2018, lire notre article, ndlr]. Au-delà des politiques économiques néolibérales qui vont être dures, ce sera un régime très décomplexé sur le recours à la violence et à la répression. Celles-ci seront revendiquées. Nous assistons en direct à la fascisation du Brésil.

    Recueilli par Ivan du Roy

    Photo : CC Mídia Ninja

    Notes

    [1Maud Chirio est historienne, spécialiste du Brésil contemporain, maître de conférences à l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée.

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    Massacre policier dans une favela. Attention cependant : ces opérations "coup de poing" et leurs dizaines de victimes (abattues à peu de choses près au hasard...) ne doivent pas être confondues avec un "trop" d’État, car elles n'ont rien à voir avec ce qui s'appelle administrer un territoire. Elles s'inscrivent dans la minarchie (faiblesse, quasi-absence de gouvernance) qui frappe au Brésil (comme dans la plupart des pays du "Tiers Monde"... et même dans une certaine mesure d'Occident), en dehors de ces "descentes" régulières, les territoires où s'entassent les classes populaires les plus dépossédées dont l'oligarchie n'a rien à foutre ; classes populaires qui se trouvent par conséquent, de fait, prises en tenaille entre cette violence d’État et celle de la "loi de la jungle" par laquelle tout un chacun, dans ces conditions de relégation et d'abandon à son sort, essaye de survivre. Il en résulte que... la soif d'ordre, de sécurité, en un mot d'une vie sans craindre à chaque instant d'être assassiné pour quatre sous (on est, là-bas, souvent payé pour son travail à la journée et en liquide) ou un pendentif de famille, a également pu alimenter un vote populaire pauvre pour Bolsonaro, qui promet une "main de fer" en ce sens.


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  • [Rebondissant sur cet article : https://www.mediapart.fr/journal/france/260918/immigration-contre-salaires-une-vision-partielle-et-biaisee]

    C'est bizarre que là encore ils ne disent pas, tout simplement, que la division internationale du travail s'est développée, que les pays du Sud sont les usines du monde à 3€ par jour et que c'est donc là-bas que le néolibéralisme a besoin de la main d'œuvre, point, donc hors de question qu'elle vienne ici, et si des secteurs pourraient requérir cette main d'œuvre et effectivement l'employer quand elle arrive à passer entre les mailles, c'est un aspect marginal.

    Déjà, la pression à la baisse sur les salaires part d'un postulat assez foireux : celui de l'interchangeabilité absolue entre un travailleur et un autre.

    Or ce n'est pas du tout le cas.

    Ça POUVAIT vite fait l'être du temps de Marx, quand des individus de savoir-faire ouvrier venaient dans des bassins ouvriers, dans des sociétés presque entièrement ouvrières ou alors paysannes (pour nourrir le reste ET, effectivement, servir d'"armée de réserve" de la production industrielle lorsque surnuméraires dans leurs cambrousses).

    En fait ce sujet est le marronnier des gens qui mélangent tout et glossent, et l'ère des réseaux sociaux n'arrange encore une fois rien du tout.

    La théorie de la pression sur les salaires implique le postulat de travailleurs soldats de plombs qu'on déplace sur un échiquier, et ce postulat est grotesque.

    Si les migrants sont à l'origine des prolos ou des paysans, s'ils ne parlent pas ou mal la langue du pays d'arrivée, ils ne peuvent pas dans celui-ci "tout faire". Concrètement, ils pourront trouver des emplois pour lesquels il y a un manque de main d'œuvre... parce que les gens du pays n'en veulent pas.

    Si ce sont des gens éduqués et diplômés, ils le sont aussi en général dans un domaine, pour lequel il y a déjà largement suffisamment (généralement trop) de candidats à un poste dans le pays d'arrivée, des métiers qu'on ne peut pas exercer "comme ça", et ils ne peuvent donc pas non plus "tout faire" et prendre l'emploi de n'importe qui. Au "mieux", ils trouveront les mêmes petits boulots qu'exercent les diplômés nationaux qui ne trouvent pas de poste à la sortie de leurs études, pour lesquels il y a toujours besoin de monde dans un contexte de fort turn over (caissiers, plonge, télémarketing etc.).

    Il n'y a pas par exemple d'"immigration clandestine" des médecins, puisque c'est un métier qu'on ne PEUT PAS exercer "comme ça", à l'arrache ; un métier ultra encadré et contrôlé.

    Il y a qu'on VA CHERCHER des médecins à l'étranger parce que les propres numerus clausus des têtes de glands de l'Ordre engendrent une pénurie dans une société de plus en plus âgée et médicalisée.

    Ces numerus clausus visent à protéger de la concurrence les cabinets libéraux et les postes élevés dans les cliniques et les hôpitaux, autrement dit, à préserver les hauts revenus des médecins nationaux. Et on va chercher des étrangers pour les postes subalternes payés au lance-pierre. Ou à la rigueur parce que le système de numerus clausus se baise lui-même et qu'on se retrouve avec des patelins sans personne pour reprendre le cabinet et donc sans médecin à moins de 25 bornes. Bien sûr, reprendre ce cabinet impliquera peu de patients donc de revenus - il faut, donc, que vienne un médecin étranger qui aurait gagné moins dans son pays, parce que les médecins français ne veulent pas d'un tel poste non rémunérateur. Tout le contraire d'une pression sur les revenus...

    On retrouvera le même système dans d'autres professions diplômées, et dans tous ces cas déjà ce ne sera pas des "migrants" venus entre les mailles du filet, mais bien (effectivement) une venue légale, voulue et organisée ; sauf que pas du tout pour "tirer vers le bas" les rémunérations des nationaux, mais pour leur laisser au contraire le monopole des bons postes qui rapportent et pourvoir les postes subalternes avec des étrangers.

    Celui-là : https://www.revue-ballast.fr/marx-et-limmigration-mise-au-point/ rejoint un peu plus ce que nous disons, il vaut le coup d'être reproduit.


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  • Les Alévis (électeurs ultra-majoritairement kémalistes avant l'émergence du HDP), paratonnerres du kémalisme contre le plein-le-cul populaire karatürk à son endroit.

    On pourrait presque, quelque part, définir le fascisme kémaliste turc comme un "philalévisme d’État" (oui certes, les massacres de 1937, mais enfin "c'était y a longtemps" et "ces gens n'avaient pas été reconnaissants" - comme aurait pu dire un certain René Bousquet).

    L’État turc s'est tellement inspiré de la République franchiasse que pratiquement tous les concepts d'analyse utilisés ici peuvent y être transposés, en fait...

     
    susam-sokak.fr
    « L'islamisme fait ce qu'il veut où il veut. Les Alévis ne pourront jamais avoir…
     

    [Ne pas s'arrêter à la tonalité bêtement islamophobe de l'article ; l'analyse correcte à retenir (la nôtre) est celle-là : à cette époque, le plein-le-cul populaire de la Turquie ("noire") profonde contre le kémalisme en place depuis 70 ans, de surcroît complètement converti au néolibéralisme depuis le coup d’État militaire de 1980, était devenu à peu près total ; annonçant déjà les victoires électorales islamistes de fin 1995 et fin 2002.

    La présence d'un écrivain athée revendiqué et traducteur des Versets sataniques de Salman Rushdie l'a cristallisé dans cette petite ville du centre de l'Anatolie (bastion "turc noir" conservateur et religieux), et une "nuisance sonore" (musique populaire traditionnelle alévie) au moment de l'appel à la prière sunnite l'a fait exploser ; ensuite de quoi, les autorités locales (en liaison avec le pouvoir central) ont très clairement canalisé et détourné cette colère D'ABORD dirigée contre elles et le régime (les cibles et slogans du début d'après-midi étaient très clairs : le centre culturel où se trouvait l'écrivain mais aussi et surtout le préfet et la préfecture, la République et la laïcité, en un mot le kémalisme, une statue de Kemal Atatürk, un drapeau impérialiste US brûlé etc. etc.), contre les intellectuels et artistes alévis présents pour un festival culturel et retranchés dans un hôtel qui sera incendié : 35 morts, les forces de l'ordre n'intervenant que... 8 heures plus tard pour disperser la foule et éteindre le feu.

    190 émeutiers seront interpellés dans les jours suivants, dont 124 pour "tentative d’établir un État religieux en bravant l’ordre constitutionnel" (quand même... vu les slogans et les actions du début) ; mais le tribunal chargé de l'affaire recevra de nombreuses et fortes pressions politiques au cours de la procédure pour "calmer le jeu" voire acquitter les inculpés ; à l'arrivée seront prononcées 80 peines de prison de 2 à 15 ans et 33 peines de mort, non-exécutées et commuées après l'abolition en 2001 ; 31 personnes sont toujours en prison pour ces faits criminels à l'heure actuelle.

    Outre la répression du Dersim en 1937-38, d'autres massacres d'Alévis ont été perpétrés dans d'autres circonstances dans l'histoire de la République kémaliste, parfois de manière visant beaucoup plus nettement la communauté - et ses sympathies réputées "gauchistes" - en tant que telle qu'un individu ou groupe d'individus précis : massacres de Maraş en décembre 1978 ("d'après les archives du Premier ministre de l'époque, Bülent Ecevit, ce massacre a été organisé par les services de renseignements généraux turcs (MIT) et Alparslan Türkes, le leader du parti d'extrême-droite (Parti d'action nationaliste, MHP), en lien avec l'organisation anticommuniste internationale de la CIA (stay-behind, Özel Harp Dairesi pour la Turquie), et avait pour but d'écraser le mouvement révolutionnaire, entreprendre un « nettoyage ethnique », empêcher l’union des mouvements progressistes et révolutionnaires puissants (tels Dev-Yol et le TKP/ML) avec les populations alévies", l’État "ne reconnait qu'une centaine de victimes mais ce sont entre 500 et 1 000 personnes qui sont massacrées dans toute la région") ; massacres de Çorum entre mai et juillet 1980, où des militants ultra-nationalistes (encore une fois) "attaquent un quartier dans lequel les Alévis sont majoritaires, provoquant de source officielle la mort de 57 militants de gauche et blessant des centaines de personnes, majoritairement alévies".]


    3 commentaires

  • Tsss... Libertaires niveau BFM en termes de désinformation.

    Il eût été utile, peut-être, de préciser que ces tribunaux ne coupent pas de mains et n'ordonnent pas de lapidations, comme ça au hasard.

    Ce sont des tribunaux de DROIT CIVIL dans un système de common law où il n'y a pas de Code mais un corpus de jurisprudence. Où les Écossais etc. ont leur propre droit (et l'ont toujours eu, ce qu'ils n'avaient pas jusqu'en 1997 c'était un Parlement et un gouvernement propres).

    C'est un système qui fonctionne comme ça. Chez les Juifs on se marie à la synagogue et le droit de la famille est juif, géré par les tribunaux rabbiniques.

    Et les Britanniques dans leur colonialisme ont toujours été anti-civilisateurs et très "home rule", c'est à dire que les indigènes se gèrent eux-mêmes (quand ils n'ont pas été voués à l'extermination bien sûr) du moment qu'ils "payent leur tribut" ; une généralisation à toutes les colonies, si l'on veut, du droit coutumier dont bénéficient... dans l'Empire français, les Kanak ou Wallis-et-Futuna.

    Et plus encore, dans une rupture spatio-temporelle complètement incompréhensible pour l'esprit francouille, ils ont laissé ce système s'importer en métropole avec l'immigration.

    C'est à dire que les communautés s'autogèrent, règlent elles-mêmes leurs problèmes internes du moment qu'elles "payent leur tribut" en force de travail, force de consommation et impôts.

    À l'arrivée, une société qui ne fonctionne ni mieux ni moins bien que la nôtre. Inutile donc de faire de la retape pour un idéal républicain qui n'a pas forcément brillé non plus...

    C'est tout simplement une différence entre traditions coloniales, sans que l'une ait plus ou moins opprimé et massacré que l'autre : l'impérialisme français s'est toujours voulu plus "civilisateur" ; inculquer ses "valeurs" comme garantie de populations soumises (puisque "pensant comme" les maîtres).

    Il a toutefois pu faire, et fait parfois encore la même chose dans le strict cadre d'outre-mer (pour y préserver la paix sociale... les populations ne vivent en effet pas "mal" ces "inégalités" juridiques avec la métropole, bien au contraire !).

    Les Kanak en tribus vivent ainsi sous droit civil coutumier. À Wallis-et-Futuna, pareil : l'article 75 de la Constitution de 1958 dispose de fait que les droits coutumiers, qui étaient maintenus dans le cadre de l'indigénat colonial, resteront en application pour toute personne qui n'y renonce pas explicitement en faveur du "droit commun" (Code civil) ; et les populations en général y montrent leur attachement et n'y renoncent pas...

    Les principes de ce qu'on appelle la laïcité y connaissent des dérogations, de même qu'à Mayotte (à 98% musulmane), ou à la Réunion où il y a des consignes de "calmos" face à une importante communauté aussi (chaque fois qu'une loi sur les signes religieux visibles est passée à Paris, d'ailleurs là-bas cela peut aussi concerner des signes hindouistes, etc.).

    Et puis, en métropole hexagonale cette fois, il y a bien sûr rien moins que... l'Alsace-Moselle, pour toutes les religions cette fois (c'est le droit allemand, ou local dans le cadre allemand qui s'appliquait entre 1871 et 1918, date à laquelle la France a repris possession de la région, mais face à la menace d'une insurrection généralisée depuis l'extrême-gauche jusqu'à l'extrême-droite de la population, elle a rapidement renoncé à y imposer son droit civil et les lois de laïcité de 1905, et c'est resté comme ça depuis).

    Sur la (vieille) question du "communautarisme" de la société britannique

    Le texte du fameux article :

    "Au Royaume-Uni, plusieurs dizaines de tribunaux islamiques arbitrent des litiges civils pour qu’ils soient jugés dans le respect de la charia.

    Si la Première ministre Theresa May a rappelé qu’ils n’avaient pas de portée légale, elle a également souligné qu’elle n’avait pas l’intention de mettre fin à ce système judiciaire parallèle.

    Certains avocats britanniques se voient même dispenser d’une formation à la loi islamique pour pouvoir défendre leurs clients musulmans dans ces tribunaux.

    Depuis peu, le Royaume-Uni enquête néanmoins sur les pratiques des tribunaux islamiques.

    Pour cela, le gouvernement a chargé le professeur de théologie islamique et d’études interreligieuses Mona Siddiqui de diriger l’enquête pour voir si les décisions rendues ne contreviennent pas au droit britannique."


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  • [Un EXCELLENT post sur Facebook, pas un mot à ajouter]

    "Le communisme, selon moi, pourra être considéré atteint dans les Pyrénées lorsque la contradiction de l'ours sera résolue.

    Pour moi l'animal a le droit d'exister dans ces montagnes où il a toujours vécu, c'est non-négociable (je serais favorable aussi à son retour dans les Alpes ; d'ailleurs un truc : tout le monde gueule pour un truc à chaque endroit, l'ours ici, le loup là, le lynx ailleurs, mais oublie un truc con, c'est que les différents prédateurs en se concurrençant pour le gibier s'entre-régulent leurs populations respectives... peu de prédateurs face à d'immenses troupeaux crée pour eux un phénomène d'abondance anormale et de frénésie, où ils tuent même des bêtes pour les abandonner sur place sans les manger).

    Mais il faut voir aussi (ça a commencé à être soulevé du côté des peuples indigènes d'Amérique du Nord https://timeline.com/national-parks-native-americans-56b0dad62c9d [on trouve encore d'autres exemples en Afrique et ailleurs], loin de moi de comparer, mais...) que le conservationnisme environnemental peut aussi jouer un rôle d'arme contre des populations "gênantes" qu'on voudrait voir disparaître d'un territoire donné, soit pour faire main basse sur ses ressources, soit simplement pour en faire un Disneyland à touristes beaucoup plus juteux pour le capitalisme que leur petite vie économique de bouseux... ou soit, encore plus simplement, parce que leur agriculture n'existe de toute façon plus que portée à bout de bras par l'argent public, autrement dit ils coûtent "un pognon de dingue"... Et quoi de mieux, de plus présentable qu'une cause aussi progressiste que le retour d'une espèce menacée, pour en finir avec ces "parasites" ?

    C'est aussi contre ça que les gens gueulent et en viennent à des attitudes lamentables. Dans leurs têtes, ils se battent depuis deux générations au moins pour maintenir une vie villageoise et agropastorale dans leurs vallées ; dans les conditions d'une agriculture toujours plus productiviste et marche-ou-crève pour tenir face au marché, aux tarifs imposés par la grande distribution etc. ; et ils ont l'impression qu'avec l'ours, le loup ou autre, on leur met un énième truc dans les pattes pour les pousser à la faillite et à plier bagages, pour faire de leurs vallées de pures villégiatures touristiques pour des touristes à qui il faut des trucs intéressants comme de grands animaux sauvages par exemple...

    C'est faux, en tout cas c'est peut-être vrai maintenant mais pas voué à être vrai éternellement (ça dépend des conditions de l'économie agricole : ce n'est pas "parce que" elle a exterminé les grands prédateurs qu'elle a été - en son temps - prospère, mais parce qu'elle était toujours plus prospère dans les conditions de l'alimentation des villes de la révolution industrielle, d'une population toujours plus nombreuse, qu'elle les a exterminés).

    Mais va, dans le paradigme dans lequel ils se débattent, leur faire comprendre...

    Pour moi c'est simple : ils ne pourront le comprendre et ranger leurs pétoires à la con que dans un changement de paradigme ; ou du moins en en entrevoyant la possibilité. D'ici là, les traiter de gros cons ne les fera pas changer de position."

     


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  • Voilà ce que devrait être la gauche révolutionnaire pour seulement envisager d'être prise au sérieux, hélas :


    Les Nôtres : Gisèle Felhendler

    C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris lundi matin le décès de Gisèle Felhendler. Militante du NPA dès sa fondation, elle avait ensuite rejoint Alternative libertaire.

    Gisèle se consacrait inlassablement aux luttes antiracistes et anticolonialistes. Organisatrice infatigable de la Semaine anticoloniale, sans elle cet événement phare de la lutte anti-impérialiste n’aurait sans doute jamais pu avoir lieu. Elle laissera le souvenir d’une militante déterminée, convaincante, unitaire, toujours souriante. Elle exprimait plus que quiconque cet « optimisme de la volonté » de celles et ceux qui résistent, qui ne lâchent rien. 

    Souvenons-nous de son enthousiasme quand, au côté des camarades sans-papiers, nous avons ouvert rue Beaudelique le ministère de la Régularisation de tous les sans-papiers ! 

    Souvenons-nous de sa détermination quand nous n’avons pas plié devant l’interdiction de manifester notre colère en 2016 contre les bombardements de Gaza par l’armée d’occupation israélienne ! 

    Souvenons-nous encore de son implication dans le soutien à Georges Ibrahim Abdallah pour lequel elle avait œuvré afin qu’il lui soit attribué le prix Frantz Fanon, en 2014, à l’occasion de la Semaine anticoloniale.

    Souvenons-nous finalement de sa bonne humeur, de sa tendresse et de ses enthousiasmes en tout genre lorsqu’on la croisait dans les concerts, dans les bars ou les manifs.

    Gisèle, tu resteras dans nos cœurs pour toujours, et pour toujours un exemple pour celles et ceux qui continuent le combat !


    Lire aussi : Gisèle Felhendler : "Les imaginaires n’ont pas été décolonisés" (entretien avec elle)


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