• #GiletsJaunes


    La liste des revendications des "représentants des Gilets Jaunes" (à la représentativité tout de même assez contestée par la base...) sur la QUESTION MIGRATOIRE :

    http://ekladata.com/qOY4iOZ_HTLq5txTD1wiK_rv1Bo/Zero-SDF.pdf

    "• Que les causes des migrations forcées soient traitées.

    • Que les demandeurs d'asile soient bien traités. Nous leur devons le logement, la sécurité, l'alimentation ainsi que l'éducation pour les mineurs. Travaillez avec l'ONU pour que des camps d'accueil soient ouverts dans de nombreux pays du monde, dans l'attente du résultat de la demande d'asile.

    • Que les déboutés du droit d'asile soient reconduits dans leur pays d'origine.

    • Qu'une réelle politique d'intégration soit mise en œuvre. Vivre en France implique de devenir français (cours de langue française, cours d'histoire de France et cours d'éducation civique avec une certification à la fin du parcours)."

    - Un truc dont la solution s'appelle la révolution anticoloniale et anti-impérialiste mondiale.

    - Un truc qui est le minimum d'humanisme qu'on pouvait attendre.

    - Un truc impossible à mettre en œuvre, tout le monde ou presque est débouté ; déjà l’État trouvera ça trop cher et deuxièmement, les gens qui ont quitté leur pays pour de bonnes raisons dans tous les cas, c'est pas pour y retourner, donc ils vont pas te le dire c'est quoi leur vrai pays, pauvre nœud ; c'est pour ça que la plupart des reconduites se font à la frontière immédiate (pour essayer de revenir dès le lendemain).

    - Pas d'intégration possible à un truc qui n'existe pas, la France ça n'existe pas, la France c'est une prison des peuples déployée sur 1000 ans à partir des environs immédiats de Paris, la France c'est de la merde, en finir avec la France.

    Lire : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/recueil-d-articles-ou-est-abordee-la-question-migratoire

    ******************************

    Aujourd'hui mercredi 28/11 à Lyon, une initiative dont on n'a pas encore d'information sur le succès, mais d'un genre à multiplier partout !

    Quoi, en effet, de plus scandaleux que le prix des transports en commun dans certaines villes, les contrôles permanents et les amendes à des personnes qui n'ont parfois simplement... pas eu le temps de valider leur ticket avant que le chauffeur ne bloque les machines !!

     

    MER, 28 NOV

    Transports communs gratuits Blocage des machines à Perrache  

    "Pour un transit écologique, pour la gratuité des transports en commun (1€90 le ticket en ce moment, en attendant l'augmentation imminente !) : blocage des machines oblitératrices à la station de métro Perrache."

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    Articles de presse, réflexions/analyses et témoignages directs de la journée du 24 novembre :


    - Revue de presse sur les évènements qui ont secoué la capitale :


    - L'analyse de Rafik Chekkat sur le site État d'Exception (peut-être l'une des plus complètes et meilleures du moment) :

    http://www.etatdexception.net/de-quelle-couleur-sont-les-gilets-jaunes/

    Une femme noire insultée et prise à partie, un couple d’homosexuels humilié, une femme musulmane forcée de retirer son voile, des migrants raillés et remis aux gendarmes, des tabassages en règle, des Marseillaises entonnées à pleins poumons, des bloqueurs qui applaudissent les forces de l’ordre et ne cachent pas leur sympathie pour Marine Le Pen…

    Les violences et prises de position de ce type, qui se sont multipliées depuis la première journée d’action du 17 novembre et les jours suivants, ont de quoi nous faire sérieusement réfléchir sur la teneur et l’évolution du mouvement des « gilets jaunes ». La cour assidue que lui font des personnalités politiques d’extrême-droite n’arrange rien à l’affaire.

    Alors de quelle couleur sont au juste ces « gilets jaunes » ? Y répondre signifie examiner la composition raciale d’un mouvement spontané et hétérogène qui ne s’est pas construit sur des bases racistes mais qui laisse toutefois un espace pour que s’exprime le racisme. Il s’agit également d’interroger la coloration politique d’une mobilisation qui échappe – pour le moment –aux grandes centrales syndicales, aux partis, ainsi qu’aux catégorisations politiques classiques, et qui apparait comme un exutoire pour des colères éparses mais réelles.


    A16 : les dockers du port de Calais se joignent aux gilets jaunes

    Pour qui ces violences sont-elles minoritaires ?

    Rapportés aux 300 000 bloqueurs répartis le 17 novembre sur quelque 2 000 sites, les actes de violence mentionnés plus haut ont été qualifiés de « minoritaires », y compris par celles et ceux qui les ont condamnés fermement[1]. Mais pour qui ces actes sont-ils minoritaires ? Qu’est-ce que cela peut bien faire à une femme traitée de « sale noire » de savoir qu’ailleurs, sur d’autres sites, cela se serait sans doute mieux passé pour elle ?

    La perspective d’actes isolés et minoritaires est de celles qui nient toute subjectivité aux victimes. Doit-on qualifier d’anecdotique la mort d’une centaine de femmes chaque année, tombées sous les coups de leurs compagnons, au motif que des dizaines de millions de femmes sont toujours en vie ou que quantité d’hommes ne lèvent pas la main sur leur compagnes ? Et que dire alors des crimes policiers, des agressions racistes, homophobes ? A partir de combien d’actes de violence de ce type cela devient-il grave, préoccupant ?

    Répondre « pas tous les gilets jaunes », de la même manière qu’on rétorque « pas tous les Blancs » (lorsqu’on parle de racisme), « pas tous les hommes » (lorsqu’on parle du patriarcat), « pas tous les Arabes » (quand on parle de négrophobie), traduit la volonté d’ignorer l’expérience vécue par les victimes et de ramener la discussion vers des entités plus vastes qu’il s’agit alors de dédouaner (le pays, le groupe communautaire, etc.).

    Indétermination politique

    Nous comprenons que des personnes appartenant à des groupes minorés puissent alors rejeter en bloc le mouvement des « gilets jaunes » et refuser de s’y mêler. Mais nous pensons aussi qu’au moment où nous écrivons ces lignes, la situation n’est pas figée.

    A Quimper, la sympathie pour la police a laissé place à des affrontements violents avec les forces de l’ordre venues déloger sans ménagement les bloqueurs[2]. A Saint-Nazaire, les « gilets jaunes » ont lancé un appel sans équivoque[3]. La hausse du SMIC et le rétablissement de l’ISF figurent parmi les revendications des bloqueurs à La Réunion. On compte parmi les « gilets jaunes » de Marseille des personnes mobilisées contre l’habitat indigne…

    L’idée n’est pas d’opposer à travers ces quelques exemples une face lumineuse des blocages à une autre plus sordide, mais de relever que ce mouvement, qui s’écarte des sentiers balisés de la contestation, part réellement dans tous les sens. Porté par des personnes qui se sentent écrasées et dépossédées, il traduit un élan collectif et un réel espoir de changement (même confus). Il charrie aussi avec lui les rapports de domination existants dans la société. Son caractère horizontal, désordonné, l’expose à ces violences. Mais, répétons-le, la situation n’est pas figée.

    (©Photo d’illustration – Le Républicain Sud-Gironde)

    Le fond de l’air est raciste

    Et puis, à qui ferons-nous croire que nous sommes surpris de voir des manifestations de racisme parmi les « gilets jaunes » ? N’y a-t-il pas au sein de ce mouvement autant de violence et de racisme qu’il y en a au sein de n’importe quel tribunal ou de n’importe quelle école de France ?

    A ceci près que la violence des « gilets jaunes » s’exprime de manière crue et directe, et s’expose à une dénonciation immédiate sur les réseaux sociaux. Juges et professeurs (nous aurions pu prendre d’autres exemples) bénéficient en revanche de tout le poids de l’institution et disposent d’un arsenal juridique et symbolique de violences qu’ils peuvent exercer au quotidien sur les justiciables, les élèves ou leurs parents.

    Bien évidemment qu’il y a eu et qu’il peut encore y avoir des actes racistes au cours des blocages. Dans le contexte actuel, la question serait plutôt comment pourrait-il ne pas y en avoir. Sans vouloir minimiser ou relativiser les violences commises, pourquoi devrions-nous tirer un bilan définitif des unes alors que nous vivons au quotidien sous l’effet des autres ? « En vérité, écrivait Frantz Fanon, y a-t-il donc une différence entre un racisme et un autre ? Ne retrouve-t-on pas la même chute, la même faillite de l’homme[4] ? »

    Frantz Fanon

    La contestation, un privilège ?

    Le mouvement des « gilets jaunes » met en branle des populations dont on peine à trouver le dénominateur commun, sinon qu’elles sont animées d’une défiance plus ou moins grande vis-à-vis des partis, qu’elles revendiquent une baisse des taxes et la démission de Macron (parfois les deux), et qu’elles vivent principalement en milieu rural, en banlieue ou dans un entre-deux périurbain. Et puis qu’elles sont majoritairement blanches. Et cette donnée a son importance.

    Dans une société structurellement raciste, tout mouvement collectif d’envergure se doit d’apparaitre neutre du point de vue racial (c’est-à-dire d’être très majoritairement blanc) sous peine de se voir qualifié de « communautariste ». Et même quand le mouvement est majoritairement porté par des Blanc.he.s, il est des questions (liées aux réfugié.es, à l’islam, à la police, etc.) qui sont jugées clivantes et qu’il est conseillé de ne pas mettre en avant si le mouvement veut bénéficier de relais médiatiques et politiques.

    Au cours des derniers jours, de nombreuses comparaisons ont été faites entre le traitement médiatique et policier réservé aux révoltes de l’automne 2005 et celui jugé plutôt complaisant à l’égard des « gilets jaunes » (même si en certains points la répression a pu être musclée et qu’en cas de prolongement du mouvement la tonalité du discours des médias dominants risque de changer). Pour compréhensibles qu’elles soient, ces comparaisons opèrent un nivellement par le bas et finissent par qualifier de privilège (ne pas subir de féroce répression et être disqualifié dans les médias) ce qui devrait être de mise pour tout mouvement social.

    Le traitement médiatique et policier des contestations se fait – en partie – sur la base de critères racistes[5]. L’île de La Réunion est depuis quelques jours totalement paralysée sans que la presse ne s’en fasse particulièrement l’écho. La situation atteint pourtant un point critique : le couvre-feu a été décrété, la répression des forces de l’ordre est particulièrement brutale et les autorités encouragent même les commerçants à former de véritables milices pour lutter contre des violences qualifiées d’ « illégitimes ». Or le contexte économique, basé sur les relations de type colonial que la France entretient avec cette île de l’Océan Indien, est tout à fait différent de celui de la métropole. Les prix y sont en moyenne 7% plus chers qu’en France métropolitaine, le taux de chômage des 15-64 ans dépasse les 35% tandis que le taux de pauvreté avoisine les 40%[6]. Cela explique pourquoi ce sont les franges les plus pauvres de la population qui se trouvent actuellement en première ligne de la contestation.

    David Chane/Quotidien de la Réunion/MaxPPP

    Cassandre et augures de gauche

    Ce qui se passe en ce moment à La Réunion nous montre comment des demandes tout à fait légitimes sont disqualifiées et réprimées. Dans un tout autre contexte, combien de personnes ont refusé de soutenir les aspirations des populations syriennes au motif que parmi les opposant.es à Bachar al-Assad figurent des éléments jugés infréquentables ? Après tout, nous pouvons rejeter en bloc le mouvement des « gilets jaunes » avec la même morgue et la même bonne conscience que celles et ceux qui ont rejeté tout aussi en bloc les mots d’ordre et réalisations des révolutionnaires syrien.nes, tirant prétexte des ingérences étrangères, de l’intervention de groupes « djihadistes », de la « complexité » de la situation, etc.

    En Algérie, la séquence politique ouverte à la faveur des révoltes d’octobre 1988 (dont nous venons de célébrer le trentième anniversaire), a vu un certain nombre de forces politiques concurrentes appeler à une réforme constitutionnelle pour mettre fin au régime de parti unique  et instaurer des élections, la liberté de la presse, de réunion, etc. Fallait-il, au nom d’un certain purisme, condamner en masse les révoltes au motif que l’agitation créée pourrait bénéficier à des acteurs politiques jugés peu fréquentables ? Combien de démocrates ont préféré soutenir le statu quo dictatorial en Tunisie et en Egypte au nom de la lutte contre le « péril islamiste »?

    Et puis lors des révoltes de l’automne 2005, souvenons-nous des tribunes et prises de position médiatiques qui s’étaient multipliées pour dénoncer l’apolitisme et le « communautarisme » des révoltés, le caractère aveugle des violences et dégradations commises. « Pourquoi brûlent-ils la voiture de leur voisin ? », « mais qu’est-ce qui leur prend de s’attaquer à une bibliothèque, à une crèche ? », pouvait-on lire ou entendre alors.

    En voyant dans tout mouvement populaire qui lui échappe le retour de la « bête immonde », dans toute mobilisation pour la Palestine la manifestation d’un antisémitisme virulent, ou derrière toute velléité d’organisation politique en « banlieue » la marque d’un dangereux « communautarisme », une grande partie de la gauche s’est détournée du sort de franges entières de la population et se montre de plus. Pour que les subalternes obtiennent ses faveurs, leur lutte se doit d’être diaphane. Avec des effectifs de plus en plus réduits, cette gauche qui se veut progressiste est réduite à l’heure actuelle aux rôles de Cassandre et d’augures :

    Longtemps, « la gauche », sous toutes ses espèces, s’est présentée aux yeux du peuple comme vecteur, incarnation de tous les possibles politiques, de tous les programmes de renversement de l’oppression, de toutes les utopies et autres « alternatives ». Aujourd’hui, l’habit de lumière de toutes ces espérances est en lambeaux, mais « la gauche » conserve cette ultime réserve de légitimité : à défaut d’incarner un autre avenir possible, elle persiste en tant que conservatoire du « moindre mal », et c’est là son dernier et misérable sortilège[7].

    Pour conclure (provisoirement)

    A la veille du second tour de la présidentielle, d’aucuns nous promettaient d’en finir avec Le Pen dans les urnes et de s’occuper ensuite de Macron dans la rue. Aujourd’hui que l’occasion leur est donnée d’ébranler sérieusement la majorité présidentielle, ces mêmes personnes ne trouvent pas de mots assez durs pour condamner de manière définitive l’ensemble des « gilets jaunes ».

    Personne ne soutient que les violences qui ont eu lieu lors des blocages sont anecdotiques et qu’il nous faut à tout prix nous y exposer et nous en satisfaire. Nous avons quantité de raisons de nous détourner de ce mouvement. Personne ne nous en voudra si nous restons chez nous à compter les points en jouant à la police des mœurs progressistes. Nous pouvons à l’inverse prendre le pari, comme beaucoup l’ont déjà fait, d’accompagner le mouvement (en son sein ou à côté) afin d’amplifier la contestation[8].

    Une chose est certaine : si nous attendons qu’un mouvement soit parfaitement homogène et réponde à toutes nos attentes pour y prendre part, nous risquons d’attendre longtemps. Car la politique prend précisément naissance « dans l’espace-qui-est-entre-les-hommes » et « se constitue comme relation[9]. » Entre un soutien béat et une disqualification définitive se dessine la ligne de crête sur laquelle nous devons avancer.

    Un gilet jaune à Caen / © CHARLY TRIBALLEAU / AFP

    Notes

    [1] Gilets jaunes : on y va?, Expansive.info, 20 novembre 2018.
    [2] Les gilets jaunes à l’épreuve des agressions racistes et homophobes, Rouen dans la rue, 19 novembre 2018.
    [3] https://www.facebook.com/jeanmarc.watellet/videos/10205352948579477/.
    [4] Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, éditions du Seuil, 1972, p. 70.
    [5] Les contestations impulsées par des « racisé.es » ne sont évidemment pas les seules à faire l’objet d’un traitement d’exception. Les grands médias se montrent particulièrement partiaux et virulents dans leur couverture de certains mouvements sociaux, à travers notamment leur focalisation sur les « casseurs », l’ « essoufflement », le « ras-le-bol » d’une population « prise en otage », etc. Ces procédés de disqualification se font presque toujours dans un contexte de forte répression policière.
    [6] D’après les statistiques établies par l’Insee : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=DEP-974.
    [7] Alain Brossat, Le sacre de la démocratie, Anabet éditions, Paris, 2007, p. 130.
    [8] Tenter de ramener les « gilets jaunes » dans le giron des mobilisations balisées (du type manifestations), ou pousser pour qu’il se structure en vue de lui donner un débouché électoral, n’est certainement pas lui rendre service.
    [9] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Éditions du Seuil, 1995, p. 42-43.


    - Quelques réflexions nôtres sur tout cela et (le grand débat évidemment à l'"extrême-gauche") le "classement" politique du mouvement :

    "Histoire qu'on se comprenne bien sur ce que nous pensons de tout ça :

    Pour nous ce mouvement est tout de même largement encadré par l'extrême droite.

    C'est tout simplement le FN et autre ultra-droite qui essayent d'activer leur réseau de cadres tout beau tout neuf mis en place ces dernières années. Peut-être pas le tout premier appel (de Priscilla Ludosky) mais ils ont scruté le Net, sont tombés dessus et s'en sont emparés, sans quoi ce serait resté un bide comme il y en a 250 par jour sur les réseaux sociaux.

    Mais ça n'empêche pas (c'est ce que n'ont pas compris les gauchistes de salon et les empoweré-E-s sorosiens - donc macronistes fondamentaux - Humanity in Action comme on en croise ici et là dans les discussions) d'essayer de l'infiltrer pour leur foutre au cul le plus possible, voire les laisser gros-jean comme devant là où des jonctions sur une base disons du moins ouvrière (sur une base décoloniale on va dire qu'il ne faut pas rêver) se feraient. Ça oui."

    "Mais sinon, autant sur cette question de Fly Rider que celle de la composition de la journée de Paris, je vais te dire ce que je pense.

    Je pense que personne n'a fumé la datura stranium. Et que tout le monde a 'raison'.

    Il y a des cadres d'extrême droite, bien identifiés, pas de problème. Et puis il y a leurs ouailles... 'Patriotes' (bleu-blanc-rouge et Marseillaise), anti-système, confusionnistes, effectivement fascisants, donc tu as raison. Mais en même temps... et c'est ça qui est terrible dans le fascisme qui est une tendance et non une affaire de morale, ce ne sont pas des monstres. Ce ne sont pas (on découvre soudainement que ce ne sont pas quand on les approche) les caricatures qu'on s'en fait dans nos milieux. Et donc ceux qui disent les avoir côtoyé, avoir discuté avec sur les Champs et n'avoir rien perçu de franchement droitier/faf, voire avoir ressenti un discours ambiant plutôt de gauche, ont raison aussi, ne mentent pas et n'ont pas rêvé."

    "Si tu veux que je te dise : TOUS les dirigeants plus ou moins autoproclamés de ce mouvement sont apolitiques comme mon cul c'est du poulet.

    Tous roulent pour une boutique ou une autre, juste que parfois on ne s'en rend pas compte parce que c'est tellement groupusculaire que personne n'en a jamais entendu parler.

    Par contre ce qui est en train de se passer, c'est que la situation leur échappe. Très largement.

    Je pense pas que le plus optimiste d'entre eux attendait autant de monde en fait. Bien au delà de ses capacités à contrôler tout ce monde.

    C'est un peu comme le coup du gars qui met sa fête d'anniversaire sur Facebook et se retrouve avec 2.000 personnes devant chez lui lol"

    Ainsi sur Toulouse (Occitanie), le très droitier (ancien syndicaliste étudiant UNI, membre de Debout la France) porte-parole autoproclamé Benjamin Cauchy, manifestement rejeté dans ce rôle par la majorité des Gilets Jaunes locaux, a dénoncé sur BFM TV une "radicalisation" et une "infiltration" du mouvement (par la gauche radicale évidemment, dans son esprit) et annoncé s'en retirer pour fonder les "Citrons", un think tank anti-fiscal :

    https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/face-a-la-radicalisation-des-gilets-jaunes-benjamin-cauchy-lance-le-mouvement-citron-1120256.html

    "Au sujet de la liste de revendications parue lundi 26 (effectivement assez "poujadistes", mais bon, surtout portées par 8 individus sans réellement quoi que ce soit qualifiable de mandat démocratique pour les porter) :

    C'est un inventaire à la Prévert de revendications contre tout ce contre quoi les gens râlent, parfois des problèmes tout à fait sérieux, mais qui est impossible et surtout ne peut avoir de cohérence, est forcément antagonique entre une revendication et l'autre si on reste dans le cadre du capitalisme. C'est surtout ça le schmilblik.

    "Baisse des charges patronales" : ben carrément fin, dans le socialisme y a plus de patrons, comment pourraient ils payer des charges ?

    "Les charges", bon, TOUS les patrons (personnes salariant des gens) gueulent contre, même ceux du CAC40. Mais on va dire que le cri sur lequel on prendra la peine de se pencher est celui des PETITS patrons.

    Et eux ben (sans même parler des milliers d'auto-entrepreneurs aujourd'hui qui sont des salariés déguisés, mais bon eux n'ont pas de salariés donc pas de "charges" à ce niveau), quoi qu'on en dise, ce sont aussi les victimes de tout un système.

    Un système qui multiplie les petites entreprises qui travaillent pour les plus grandes, qui travaillent elles-mêmes pour les plus grandes encore, ce qu'on appelle la sous-traitance ou externalisation ; et ces petites entreprises consistent eh ben en des salariés au SMIC et pratiquement sans aucun droit (on peut aujourd'hui considérer le droit du travail inexistant au dessous de 20 salariés)... et un pauvre con qui se dévoue pour être le patron et qui bien souvent, TRÈS très souvent, gagne MOINS à la fin du mois que ses salariés au SMIC.

    Alors il dit qu'il en "marre des charges", normal. Sauf que ce n'est pas la solution bien entendu : les charges sont le salaire de ses salariés, leur salaire différé.

    La solution elle est d'en finir avec ce système, c'est à dire le capitalisme.

    "Lutter contre l'assistanat" : dans le socialisme il n'y a plus d'assistanat car plus d'armée de réserve dont on essaye de faire tout de même une force de consommation. Tout le monde a un travail digne et utile dont il vit dignement.

    "Fin des régimes spéciaux" : les régimes spéciaux sont des régimes de secteurs dont les syndicats ont mieux travaillé. Il n'y aura plus cette différence entre secteurs où les syndicats ont été forts et ceux où ils l'ont moins été. Tout le monde aura le même régime de retraite, nivelé par le haut."

    Disons que, en réalité, en ce 21e siècle et surtout dans ce qu'on appellera "l'opposition de droite" au macronisme (que l'on peut peut-être désormais prendre comme "borne" de référence), on a plus affaire à des mouvances qu'à des militants d'organisations bien précises et périmétrées.

    Il y a ainsi par exemple une mouvance "facho" au sens strict, "ultra-droite" comme dirait Castaner, sur laquelle personne "de gauche", de "progressiste" n'est susceptible de se méprendre ; comme Alexandre Gabriac par exemple, issu des Jeunesses Nationalistes de l'Œuvre Française, passé à Civitas (groupe catholique traditionnaliste très actif dans la Manif pour Tous, avec lequel il participe aux Gilets Jaunes en Savoie) et lié sans aucun doute au Bastion Social, à l'Action Française subitement ressuscitée ces dernières années (au moins un membre, au syle... metal/biker avec un foulard à fleurs de lys sur la tête, était présent à Lyon place Bellecour le 24) ; les choses se "recyclant" en permanence sous ces différents sigles.

    Et puis il y en a d'autres plus "confusionnistes" et "passe partout" ; voire, quand on dit "passe partout" on pense à une manœuvre consciente d'infiltration/manipulation, mais il peut en réalité s'agir d'individus totalement sincères sur ces idées, cette conception du monde qu'ils défendent.

    Ainsi par exemple le breton Maxime Nicolle "Fly Rider", dont nous avions partagé (avec quelques réserves esquissant déjà ce qui va suivre) la vidéo "contre le racisme et d'appel aux quartiers", pourrait nous sembler se situer (au doigt mouillé) quelque part entre le Cercle des Volontaires, Étienne Chouard, le site Les-Crises et Jean-Claude Michéa (à lire par exemple ici sur Les-Crises... et de fait, il ne dit pas non plus que des aberrations !), les idéologies de "démocratie directe" etc. ; faisant parfois référence (apparemment) à un "Conseil National de Transition" qui renvoie à celui d'Éric Fiorile et sa tentative (quelques dizaines de personnes) de "coup d’État pour la souveraineté populaire" le 14 juillet 2015, autrement dit une idéologie un peu "Wikileaks" de mise en place insidieuse (sur des arguments juridiques parfois hasardeux...) d'une "dictature totale de ceux d'en haut" et d'urgence pour "ceux d'en bas" de réagir et sauver la souveraineté populaire ; "intégratio-différentialiste" mettant en avant son expérience personnelle dans la dernière colonie directe de la Réunion (secouée d'ailleurs très fort par le mouvement, et de fait seul territoire à ce jour à avoir obtenu une - petite - victoire) comme modèle de "cohabitation de toutes les communautés sans s'prendre la tête et en mettant de côté les trous du cul" (entendre : "racailles" et "islamistes") sous les auspices de l'oriflamme tricolore ; réellement (et de manière selon nous néophyte), quoi que l'on puisse penser du fond, très très fin politique et jouissant par voie de conséquence d'un énorme succès sur Facebook.

    Ceci est en fait un révélateur de deux grandes questions qui traversent notre époque : la fracture raciale dans les classes populaires (avec le privilège blanc vis-à-vis des indigènes), et la question également prégnante du gauchisme postmoderne de contre-révolution préventive qui hégémonise la gauche radicale.

    Car ces gens (même ceux qui, comme Nicolle, agissent en "cadres" dans le mouvement actuel ne sont pas à notre sens des leaders politiques chevronnés, mais des "ouailles" des quelques intellectuels centraux de cette mouvance "confu") pourraient en fait être dans, ou du moins à la lisière du camp de la révolution s'ils n'étaient pas :

    - fondamentalement hostiles aux "p'tites racailles", à "trop" de migrants, et bien sûr apeurés du "terrorisme islamiste" (personne n'a vraiment envie de se faire truffer de plomb en buvant une mousse à une terrasse, me direz-vous) ; phénomènes indigènes dont ils n'ont pas d'analyse scientifique matérialiste, enfermés qu'ils sont dans leur privilège blanc occidental (dont ils ont d'autant moins conscience qu'ils peuvent arguer que leur vie n'est pas facile) ;

    - foncièrement rebutés par le postmodernisme campussier ambiant de l'extrême-gôche, et le spectacle que celle-ci donne de manière générale (entre-soi militant, division et chapellisme d'étiquette, mépris intellectuel des masses, imbécillité totale de certaines pratiques "ultra-révolutionnaires", routine et inefficacité des pratiques "classiques") ; l'impression, presque, parfois, d'avoir effectivement affaire à une "aile gauche" du "Système" gauche-caviar recyclé dans le macronisme.

    Reste dans tous les cas, comme faits certains que :

    - Un mouvement "apolitique" relève du mythe. Affronter un gouvernement qui mène une politique, est politique. On peut certes considérer judicieux, lorsqu'une masse populaire subit un même problème ou ensemble de problèmes donnés, de ne pas cliver et diviser cette masse, rejeter des gens hors du mouvement selon qui a voté quoi (ou pas voté : abstention, blanc, nul) aux dernières élections (beaucoup pour ne pas dire l'immense majorité de ces choix dans l'urne ayant de toute façon été une erreur...), en essayant de "coller" au maximum à la problématique donnée et en ne mettant pas en avant d'agenda de "recrutement" partisan trop évident. Mais dès qu'il y a un mouvement pour ou contre quelque chose il y a évidemment politique, et de plus, plus tôt que tard va se poser la question de la bonne approche, des bonnes méthodes à adopter, des bonnes solutions au problème à revendiquer, ce qui va encore donner lieu au sein même du mouvement à des débats politiques. Les figures de proue, militants chevronnés de longue date ou improvisés sur le tas, ont des idées et une conception du monde et sont qu'ils le veuillent ou non des leaders politiques. L'on voit simplement une forme de "sélection naturelle" s'opérer (au nombre de likes, de followers, bref au succès sur les réseaux sociaux) au profit de ceux qui ont le plus, ou se découvrent des talents de rassembleurs et savent montrer de la détermination sans être clivants (les cultures et les "centres de gravité" politiques, et donc ce qui apparaît "trop clivant" n'étant au demeurant pas tous les mêmes

    - Cet "apolitisme" est implicitement, mais de manière évidente dirigé contre ce qui milite d'habitude lorsque "ça conteste"... c'est à dire les syndicats et la gauche radicale ; sur des griefs, sur un spectacle que ceux et celle-ci donnent, que nous pourrions dans une très large mesure partager. Mais à mesure que le mouvement avance... on s'aperçoit (et les gens, les Gilets Jaunes "de base", découvrent également) que tout ce qui est reproché ne relève pas d'une "nature" de la gauche radicale ou syndicale mais de la... "nature humaine", ou mieux dit, que nous comme eux faisons partie de la société et ne pouvons pas ne pas être imprégnés de ses tares. Comme dans toute bonne gauche radicale qui se "respecte", on commence à observer chez les Gilets Jaunes des luttes de pouvoir pour la prééminence et le "porte-parolat" du mouvement, des intrigants qui avancent leurs petites ambitions et agendas personnels de façon plus ou moins habilement dissimulée (certains se faisant griller et rejeter par la base), des clivages entre légalistes et partisans de "rompre" les cadres légaux fixés à la contestation, "radicalisés" raisonnés ou (comme dans toute mobilisation de gauche) irresponsables ; une émergence de "représentants" dont se pose la question de la légitimité, de la conformité des intérêts qu'ils portent dans leurs revendications avec ceux de la base, et qui pourraient se retrouver demain reçus à Matignon pour "négocier" et sans l'ombre d'un doute, donner à toute une partie de la base le sentiment de "trahir" ; etc. etc. Bienvenue au club ! Les Gilets Jaunes "dégoûtés" et étrangers à la politique militante, surtout de gauche, découvrent tout doucement sur le tas ce qui fait notre quotidien depuis que nous militons pour (autant que nous le pouvons) changer les choses ; et petit à petit "un se divise en deux".

    Voilà ce que nous pouvons dire à ce stade.

    #GiletsJaunes

    - Témoignages directs :

    "Retour à chaud sur cette journée :

    Nous avions fait le choix de ne pas écouter la préfecture et d'aller à la Concorde, lieu initial du rassemblement. Très vite, on se rend compte que beaucoup, beaucoup de monde ont pris la même décision, malgré l'interdiction.

    Il est totalement impossible de compter le nombre de gilets jaunes présents à Paris ce 24 novembre. Des groupes de plusieurs centaines de personnes se constituent et déambulent tout autour des champs, allant jusqu'à Madeleine, Haussmann voir même St Lazare. Mais les chiffres de la préfecture (et des médias) sont largement sous estimé. Par moment, de véritable marée jaune se constituaient (et pas que sur les champs).

    Si les CRS bloquent les principaux axes d'entrée sur les Champs, ils ne peuvent empêcher les gilets jaunes d'accéder à "la plus belle avenue du monde" par d'autres petites rues. Résultat : malgré les très nombreuses charges, canon à eau et centaine de gaz lacrymo, les Champs deviennent le terrain d'occupation de millier de manifestants. Parfois coupés entre eux par des CRS. Au point que par moment, ce sont les CRS qui se retrouvent "nasser". Des énormes barricades se montent. Des feus prennent de partout. Tout cela dans une ambiance assez "festive" et "déterminée".

    Contrairement à ce que certains médias ont affirmé ce samedi, ce rassemblement n'a pas du tout été orchestré ou pris en main par l’extrême droite. Pas plus qu'elle n'a été prise en otage par des autonomes / anarchistes.

    Durant toute la journée, nous avons été très attentif à cette menace fasciste. Si nous ne pouvons pas prétendre avoir été partout à tout moment de la journée, nous pouvons tout de même témoigner que nous n'avons assisté à aucun dérapage raciste/sexiste/homophobe. Nous avons vu quelques drapeaux français. Plusieurs Marseillaises ont été chanté, par des milliers de personnes, y compris ceux qui été en train de monter les barricades, allumer les feux ou affronter les CRS. Clairement, ces Marseillaises étaient plus proches de celle entendues cet été pendant la Coupe du Monde que de celles chantées aux meetings du Front National. [On peut aussi émettre l'hypothèse que pour 90% ou plus des classes populaires blanches d'Hexagone, la Marseillaise et le drapeau bleu-blanc-rouge c'est "la Révolution", celle de 1789, le seul référent révolutionnaire qu'ils connaissent... Macron est le roi à qui on va aller "couper la tête" ; voilà sans doute l'imaginaire collectif dans lequel placer ces symboles qui pour nous et beaucoup de monde, sont évidemment aussi associés à des choses beaucoup plus négatives.]

    L'une des choses les plus frappantes aura été la solidarité totale des gilets jaunes entre eux. Solidarité face aux attaques policières. Mais solidarité aussi dans les pratiques de luttes. Si tous n'ont pas monté des barricades ou allumer des feux, personne ne s'y est opposé, bien au contraire.

    Les médias et le gouvernement tenteront sûrement d'expliquer que les "débordement des champs" ont été le fait des 200 ou 300 casseurs. Tous ceux présents ce samedi 24 novembre aux Champs peuvent affirmer le contraire. Il n'y avait pas 300 casseurs d'un côté et 10 000 gilets jaunes de l'autre. Il y avait 20 000 ou 30 000 gilets jaunes déterminés et laissant chacun exprimer sa colère selon ses préférences.

    Cette journée sur le terrain avec les gilets jaunes nous conforte dans l'idée que la construction de l'image du mouvement faite par les médias est caricaturale et mensongère.

    Ce mouvement est composé de personnes aux profils, convictions et méthodes très diverses. L'unique point commun pourrait être celui du "ras le bol". Mais on distingue aussi ce rejet d'un pouvoir des riches pour les riches, par les riches. Cela ne fait pas des gilets jaunes un mouvement de gauche, ni un mouvement anti-capitaliste. Mais de nombreux gilets jaunes ont en eux ce dégout pour l'injustice sociale."

    "Alors non, définitivement ce n'était pas l'ultra-droite sur les Champs, c'est de la grossière propagande (je suis resté toute la journée et j'ai parlé à beaucoup de monde).

    Déjà c'était vraiment de toutes tendances identifiables (gauche comme droite), mais surtout c'était en fait totalement a-partisan, AUCUN drapeau ou signe de parti politique, la plupart des slogans (qui n'étaient que très rarement sur des pancartes, mais étaient écrits sur les gilets) tournaient autour du clivage peuple/salariés/pauvres vs élites/Macron/patrons.

    L'ultra-droite qui met des keffiehs, qui porte des dreads, qui signe "ACAB", qui écrit "mort aux riches", "rends l'ISF", j'ai même lu "non aux racistes" ou encore le "fâché pas facho", et par ailleurs une partie de Noirs/Arabes (pas beaucoup mais pas rien non plus), j'en veux tous les jours - après il y avait aussi des gens d'extrême-droite c'est vrai, un drapeau avec le Sacré cœur vendéen par exemple, des "on est chez nous", quelques soraliens, mais ce n'était pas la dominante, ni en terme de participants ni dans la coloration politique qui se dégageait de l'ensemble.

    À mon avis s'il y a une tendance majoritaire c'est celle de l'abstentionnisme, des gens avec peu de capitaux politiques, qui expriment un sentiment d'inégalité avant tout et enragé, de ras-le-bol, des soulés du système en fait (bien qu'ils ne soient pas les plus pauvres, plus des petites classes moyennes et le haut des classes populaires). Le seul mot d'ordre commun c'était "Macron démission". Je n'ai pas lu une seule fois un truc en rapport avec le FN ou Le Pen.

    Et au passage ce n'était pas vraiment une manif, c'était au mieux une manif insurrectionnelle, sinon une émeute franchement, toute la journée a consisté à défier les keufs pour essayer d'aller à l’Élysée, non avec une poignée de jeunes excités comme en fin de manif de gauche, mais avec des gens de tout âge dont beaucoup n'en avaient pas l'habitude.

    Et une bonne ambiance ma foi, un sentiment de solidarité, de "faire peuple" malgré les profils différents, ce n'est pas ordinaire, pas de cortèges ou de chapelles (syndicales, partisanes ou autres) qui scindent voire clivent, tout le monde au même niveau, des soulés qui se rassemblement en fait - sur un mode populiste transpartisan (donc un peu confusionniste c'est vrai), en miroir du macronisme qui génère cela car il en est l'exact opposé, un rassemblement "élitiste" gauche-droite.

    Et puis des barricades (avec tout ce qu'on trouvait sur place), des feux à tout-va, les Champs complètement défoncés, les pavés enlevés comme en 68, c'était un mood insurrectionnel. S'il y avait eu plus de gens de gauche et les quartiers populaires en masse, c'était la révolution ;)"

    "Petit compte rendu à chaud en mode gonzo de la manif gilet jaune aux Champs de samedi. J'y étais, je vous dis ce que j'y ai vu parce que j'en peux plus de lire tout et n'importe quoi sur ce qui s'est passé, surtout dans nos milieux...

    Je suis arrivé à 14h sur les champs. Le lieu était déjà investi par les Gilets jaunes, alors que la préfecture n'avait pas autorisé l'investissement de ce lieu. On m'a raconté que les manifestants pour rentrer sur l'avenue avaient fait fuir un maigre barrage de police qui prétendait bloquer leur avancée. Et dès qu'ils sont rentrés, automatiquement ils ont commencé à édifier des barrages et à faire des feux pour prendre possession des lieux en quelque sorte. Les flics se sont postés au bas des champs pour, j'imagine, que les GJ n'aille pas vers l'Elysée. Et, à partir de là on a assisté à une sorte de ZAD inconsciente sur l'avenue, plutôt sympathique, avec une pointe avancée, composé de jeune prolo blanc, style white trash, qui se sont mis à harceler systématiquement les forces de police postés au bas. Aucune opposition n'était visible parmi la masse des GJ devant les techniques employées (barrage, feux de joie, harcèlement des keufs, etc., etc.). Moi j'ai même entendu, venant de petit blanc provinciaux, une sorte de sympathie pour ces techniques émeutière ("on est comme à la prise de la Bastille"). C'est ça qui m'a le plus frappé. C'est que tous ces gens, qui pour la plupart n'avaient sûrement pas l'habitude de manifester (pour preuve, il n'y avait quasiment aucune banderole, aucun drapeau, toutes ces personnes sont venus sans autre apparat que leur gilet), tous ces gens donc, instinctivement se sont mis à employer des gestes qu'on voyait plutôt dernièrement dans le cortège de tête. Pour preuve que cet imaginaire insurrectionnel ou émeutier traverse de larges couches de la société, bien au-delà des jeunes étudiants radicaux parisien adeptes des mouvements totos.

    Après en ce qui concerne la composition sociologique du mouvement, c'est très dur à évaluer. Mais je pense malgré tout qu'il y avait énormément de prolos, très blancs et venant majoritairement de province. Sur leur gilet il y avait marqué l'endroit d'où ils venaient. Des Savoyard, des Lorrains, des accents du Sud, beaucoup beaucoup de Bretons (les plus visibles car eux ils ramènent obligatoirement leur drapeau). Après il y avait sûrement des groupes d'extrême droite. Un pote nous a dit qu'il avait vu Hervé Ryssen par exemple (leader d'extrême droite ultra antisémite). Ils se baladaient par petits groupes, assez reconnaissables, car généralement attifés avec leurs fringues distinctifs, perlés de petits drapeaux français un peu partout. Mais leur seul mode d'intervention c'était en gros de lancer des Marseillaise pour galvaniser la foule. Mais c'est clairement pas eux qui étaient à la manœuvre dans les affrontements avec les keufs. Non là c'était plus des jeunes prolos white trash, avec leur canette de 8.6, qui faisaient preuve d'un beau courage. Tu voyais que c'était un peu leur première fois dans ce bail émeutier, dans le fait qu'ils n'étaient pas du tout cachés comme peuvent l'être les black blocs dans le cortège de tête. Ils y allaient le visage découvert, tout à fait reconnaissable.

    Et c'est vrai que plus les heures avançaient plus la composition raciale des jeunes qui agressaient avait tendance à changer. Alors qu'au début c'était vraiment que des white trash qui faisaient le boulot, on a vu peu à peu s'agréger des lascars de cité avec eux. Ça faisait plaisir à voir (donc raté pour le fantasme, "c'est l'Action Française ou le GUD qui étaient en première ligne", devant la situation qui prenait forme j'imagine mal le gudard lancer des cailloux avec Mohamed, c'est pas tellement "race des seigneurs" comme truc). Moi je suis parti vers 18h mais je suppose que ce phénomène "d'indigénisation" s'est accentué dans la soirée. On connait la propension de la jeunesse des quartiers un peu chaude à "zbeulifier" les champs le soir venu.

    Après il faut pas rêver non plus. C'est pas vrai, comme je l'ai lu sur le mur de quelqu'un, que les banlieues étaient de la partie. Il y avait quelques éléments mais ils ne sont pas venus en nombre. Je pense même que s'ils étaient venus plus nombreux ça aurait pu mal tourner dans la manifestation. Dans le sens où il y aurait peut-être eu des formes de réaction raciste de la part de certains GJ. En vrai cette question de la "convergence" entre les "barbares et les beaufs" comme le dit Houria Bouteldja, sera très difficile à opérer.

    Après sur le caractère raciste ou plus modestement droitier du mouvement, ça ne m'a pas paru vraiment flagrant. Un exemple : il n'y avait pratiquement aucun drapeau français. Ou du moins on en voyait beaucoup moins que dans une manif Mélenchon ou une manif officiellement d'extrême droite. J'ai vu aussi beaucoup de gilet jaune où il était marqué. "Gilet jaune mais pas raciste" "Gilets jaune antifasciste", etc., etc. encore un exemple pour montrer que cette prégnance des idées d'extrême droite était beaucoup moins forte qu'on l'a dit, j'ai vu la journaliste du Quotidien interroger plusieurs gilet jaune. J'ai écouté ce qu'ils disaient. Et franchement c'était plutôt censé et progressiste. Ils disaient tous que la question écologique était importante mais qu'il fallait se soucier du pouvoir d'achat. Ils parlaient de l’ISF, du fait que la taxe écologique ne va pas vraiment à l'écologie, etc., etc... bref, très loin pour ce que j'ai entendu du discours vulgairement poujadiste. Il y a même un moment où un vieux a commencé à parler de "l'assistanat" qui était trop fort en France. Les gens qui étaient là se sont énervés et il a pas pu finir sa réponse. Pareil, y a un autre mec qui a commencé à délirer sur les juifs, les autres manifestant l'ont viré manu militari...

    Par contre le seul chant qu’ils connaissent et ça ça craint je trouve, c'est la Marseillaise. C'est vraiment le seul symbole qui a été utilisé massivement qui peut à la rigueur rattacher cette manif à la droite. Mais je pense qu'ils la chantent comme ils la chanteraient le soir d'un match de l'équipe de France de foot. Ça n’a pas plus de portée politique que ça en fait. Le "on est chez nous" que plein de gauchistes utilisent pour dire que cette manif c'étaient des affreux fachos, moi je l'ai pas entendu. Par contre j'ai entendu "Et la rue elle est à qui ? ELLE EST A NOUS" ça oui... J'ai même entendu pendant des charge de manifestant des "AHOU AHOU AHOU". Pas de "tout le monde déteste la police" ça c'est sûr !! Mais vraiment une grande hostilité au keuf, ça ça m'a vraiment étonné je dois dire. C’était pas le traditionnel "la police avec nous", les gens était majoritairement ulcéré par les CRS !!

    Après en ce qui concerne la forme émeutière qu'a pris la manif, c'était un peu la concrétisation de ce que rêvent les appellistes style "Comité Invisible". Une manif qui part dans tous les sens, pas du tout encadré par les appareils traditionnels, et qui s'étend dans plein de rue adjacente, en sorte qu'elle soit relativement incontrôlable par les forces de répression. Ça devait être l'horreur pour les services d'ordre. Après je pense qu'il y avait une forme d'impréparation de la préfecture. Car aucune rue adjacente aux Champs n'étaient bloqué, les gilets jaune pouvaient aller et venir sans aucun problème et foutre le zbeul dans des des rues parallèle à l'artère principale. C'était même marrant parce que par endroit les GJ sortaient des champs super facilement ; t'en voyais siroter une bière en terrasse à une rue de l'avenue et ensuite tranquillou, revenir histoire de re-balancer quelque cailloux sur les CRS. Comme s'ils allaient reprendre des forces avant de repartir au combat. "Les émeutiers au camping" quoi !! (LOL)

    On a vu quand même que la répression était moins forte que pendant la Loi Travail. Beaucoup moins de gaz lacrymo, j'ai pas vu de charge vraiment hardcore sur les manifestants. Pas trop d'incursion pour interpeller dans la manif... on voit quand même que les CRS ont la main moins lourde quand il s'agit des gilets jaunes.

    Avec mon pote on s'est fait la réflexion, la grande différence entre nos manifs et celle de samedi aux Champs, c'est la force physique des gilets jaune. Et ça ça fait vraiment une grande différence. Rien que pour faire des barrages qui ont un minimum de gueule, eux ils arrivent à déplacer des trucs trop lourd, du coup leurs barrages servent vraiment à quelque chose. Alors que nous nos barrage sont vraiment miskine. Un travailleur reste plus balaise qu'un pauvre étudiant y a pas à tortiller....

    Voilà, je pense avoir fait le tour....si j'ai vu quand même pas mal de gauchiste, des gamins de l'ex Mili par exemple, tout fou d'être là et de balancer des pierres avec des gens qui leur ressemblent pas trop pour une fois. Et tous les gauchiste que j'ai rencontré était super enthousiaste devant la tournure que prenaient les événement."

    Et puis hélas, dans une autre grande ville, bien moins réjouissant :

    "Sur Lyon centre c'est fini, la mauvaise nouvelle c'est que les fafs ont complètement pris la tête du truc, la bonne (si on veut, disons que c'est déjà ça) c'est que ça n'a plus rien de populaire, RIEN À VOIR avec samedi dernier (malgré un temps pourri alors et magnifique aujourd'hui), ni en quantité de monde ni en caractère populaire et multiracial.

    Ceci après que samedi dernier déjà, le Bastion Social ait pris et monopolisé la tête de la manifestation.

    Je reproduis ici un commentaire posté ailleurs :

    Ben écoute XXXXXX samedi dernier peut-être.

    Parce que là la vérité dont je viens d'être témoin c'est que la semaine dernière c'était effectivement populaire, y avait de tout, des braves pères et mères de familles qui se lèvent tôt, des Arabes, des femmes voilées, des Noirs rastas... 10 fois plus de monde qu'aujourd'hui alors qu'il faisait un temps pourri.

    Aujourd'hui, je parle à Lyon centre hein pas Feyzin ni sur les péages ou quoi : des militants FN et ultra droite. Y avait RIEN d'autre. Ni de ce qu'on pouvait entendre ni de voir les dégaines que bon, on connaît (quand même). Malgré un temps magnifique. 200 personnes à tout péter si je fais une estimation de cégétiste hein, pas de flic.

    Le Bastion Social a tranquillement pris la tête du cortège.

    Le plus funky restait encore le gars style biker avec un drapeau royaliste en cape et un bandana à fleurs de lys, je dis ça par rapport à la cohérence avec le drapeau des coupeurs de la tête à Louis XVI, c'était sincèrement le décalage punk qui rendait le tableau sympathique, je sais pas si le week-end prochain je vais pas faire pareil tiens.

    Voilà où ça en est sur Lyon centre.

    Voilà ce que ça donne "pas de politique" à sens unique."

    Un casseur témoigne : « on a été débordés par les gilets jaunes »

    https://rouendanslarue.net/un-casseur-temoigne-on-a-ete-debordes-par-les-gilets-jaunes-paris-24-novembre/

    Ce récit retrace une part des événements qui ont eu lieu ce samedi 24 novembre à Paris. Il fait part de ce que nous avons vécu et ne prétend pas être exhaustif.

    Nous arrivons sur les Champs-Élysées vers 14h30, en plein affrontement, au beau milieu des barricades. Face à la répression policière, la foule semble au premier abord désemparée. Chaque tir de gaz lacrymogène s’accompagne d’une salve de grenades désencerclantes ou explosives (GLI-F4) et parfois de jets du canon à eau. Chaque fois les manifestants battent en retraite dans une course folle pour finalement revenir à la charge face aux lignes de CRS. Malgré la zizanie générale, les gilets jaunes – bien plus nombreux que les 8 000 annoncés par le gouvernement ! – ne faiblissent pas : des barricades sont sans cesse construites, enflammées puis reconstruites. Comme d’habitude, les manifestants ne manquent pas d’humour : très vite des engins de chantier sont « réquisitionnés » et commencent à sillonner la place, conduits par des gilets jaunes rigolards. Une voiture de la Brigade Anti Criminalité est pillée puis brûlée sur l’avenue.

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    La police commence sérieusement à dégager l’avenue des Champs Élysée à partir de 17h environ. Autour des Champs, des groupes se dispersent, d’autres se forment, beaucoup persistent à rester, bien décidés à aller « chercher Macron » à l’Élysée. On a jamais vu ça, notre groupe composé de centaines de personnes est un patchwork de tous les milieux et tous les âges allant du père de famille ouvrier au jeune de banlieue énervé. On tente tant bien que mal de se rendre à l’Élysée mais les forces de l’ordre parviennent à nous en éloigner à coup de lacrymo et de grenades.

    À la Madeleine, on aperçoit un gilet jaune qui s’est fait interpellé par un escadron de CRS. Aussitôt des hués retentissent et tout le monde se rapproche pour réclamer sa libération. Les policiers prennent peur et tentent de disperser les assaillants avec une grenade désencerclante mais les manifestants ripostent illico : une magnifique reprise de volley leur renvoie la grenade entre les pattes. Sous la pression, les CRS reculent et libèrent le type. Une arrestation a été évitée ! Une nuée jaune s’engouffre ensuite dans les ruelles, un véhicule de police déboule, la tension monte, c’est le chaos, un plot de chantier traverse les airs et atterit sur le pare-brise. La voiture fuit tant bien que mal par une rue adjacente sous les hourras de la foule.

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    Retour aux Champs-Élysées. Un homme aurait perdu des doigts à cause d’une grenade. La colère gronde, la foule est prévenue et se dirige vers l’avenue. « Tout le monde déteste la police ! ». Les Champs sont littéralement occupés, l’avenue est à nous, nous sommes quelques milliers. Moment d’accalmie surréaliste pendant la tempête : des lampions s’élèvent dans le ciel, un football s’improvise, les gens soufflent et prennent le temps de discuter. Bouteille de maalox à la main, on vient nous voir : « -C’est quoi ça ? -Du maalox, ça protège contre les lacrymos. -Ah ouais trop bien ! Vas-y j’peux m’en mettre ? ».

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    La mi-temps est de courte durée : les CRS chargent, cette fois ils veulent nous évacuer pour de bon. Les canons à eau remontent rapidement l’avenue et contournent les barricades enflammées jusqu’à la place de l’Étoile qui baigne dans le gaz lacrymogène. À l’Arc de Triomphe, les manifestants se dispersent à nouveau en groupes de plusieurs centaines de personnes. L’agitation est totale, tout le monde met du cœur à l’ouvrage, les habitués de la casse se retrouvent spectateurs de leurs propres pratiques. Les barrières et le matériel de chantier sont déployés sur la route avant même qu’on ait pu les atteindre. Quoi qu’en est dit le gouvernement, c’est bel et bien une foule hétéroclite poussée par la rage qui prend part à l’émeute. Les forces de l’ordre nous talonnent, tout le monde s’échine à les tenir à distance et à les ralentir. De nouvelles barricades sont élevées, des brasiers constellent la chaussée. On n’en croit pas nos yeux. Un Franprix échappe de peu au pillage mais tous ne sont pas si chanceux, le mobilier urbain est attaqué et une banque qui a le malheur de se trouver là n’est pas épargnée.

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    Notre groupe se disperse finalement aux abords de la place de l’Étoile. La fête se termine : la place a été reprise par la police et la circulation est rétablie. Quelques manifestants irréductibles brandissent des fumigènes. L’un d’eux se fait littéralement casser la main par un tir de LBD (balles de caoutchouc). Chaque heure passant, le sentiment de sympathie à l’égard de la police qui animait la foule s’est transmué en défiance pour tout ou partie des gilets jaunes qui ont tenu les Champs. Lentement la conclusion s’impose : ils ne nous rejoindront pas. Il y a longtemps que le quartier le plus bourgeois de la capitale n’avait vu un peuple en colère sous son balcon.


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    *************************************

    23/11 Blocages de raffineries et jonction du mouvement avec les syndicats qui se fait sentir :

    Le dépôt pétrolier de La Mède bloqué par des gilets jaunes et des manifestants CGT

    https://www.francebleu.fr/infos/transports/le-depot-de-carburant-de-la-mede-dans-les-bouches-du-rhone-bloque-par-des-manifestants-cgt-et-des-1542886606

    Le dépôt pétrolier de La Mède était paralysé ce jeudi par une grève à l'appel de la CGT, plusieurs salariés grévistes occupant le rond-point d'accès à la plateforme Total, déjà bloqué par des "gilets jaunes", a-t-on appris de source syndicale.  La direction de la plateforme, jointe par l'AFP, n'était pas en mesure en début de matinée d'évaluer l'impact de la grève sur le fonctionnement de l'entreprise qui compte quelque 330 salariés. 

    Selon Fabien Cros, élu CGT, la grève de 24 heures reconductible, est suivie par 87% des salariés postés jeudi matin. "Des négociations salariales annuelles de branche se sont ouvertes aujourd'hui. C'est un jour de mobilisation sur tous les sites face aux menaces de suppressions d'emplois", a-t-il déclaré à l'AFP.  "Aucun produit pétrolier n'entre ou ne sort du dépôt", a-t-il encore affirmé, précisant que quelque 150 grévistes CGT distribuaient des tracts sur le rond-point d'accès au site, où une cinquantaine de "gilets jaunes" ont installé depuis plusieurs jours un barrage filtrant. 

    Toutefois la CGT s'est défendue d'avoir rejoint les "gilets jaunes" même si les revendications sur le pouvoir d'achat sont les mêmes. "On n'oppose pas les luttes, tout est bon contre Macron. Il y a un ras-le-bol total", a indiqué un gréviste CGT sur place.

     Opération gilets jaunes à la raffinerie Total La Mède dans les Bouches-du-Rhône Opération gilets jaunes à la raffinerie Total La Mède dans les Bouches-du-Rhône © Maxppp -

    La CGT et les «gilets jaunes» bloquent plusieurs raffineries Total

    http://www.lefigaro.fr/societes/2018/11/22/20005-20181122ARTFIG00279-plusieurs-sites-de-total-bloques-par-des-grevistes-et-des-gilets-jaunes.php

    Plusieurs sites de Total étaient affectés jeudi par un mouvement de grève à l'appel de la CGT, et lié à des négociations salariales, et qui dans certains cas s'ajoutent à des blocages de «gilets jaunes». La CGT se défend d'avoir rejoint le mouvement.

    En plus de le payer cher, les Français vont-ils subir une pénurie de carburant? «Les expéditions de produits des raffineries de Normandie, Grandpuits et Donges sont bloquées en raison d'un mouvement social lié aux négociations annuelles obligatoires qui ont lieu aujourd'hui au niveau de la branche», a indiqué une porte-parole de Total. «Le dépôt de la bioraffinerie de La Mède est également concerné», a-t-elle ajouté.

    » LIRE AUSSI - «Toute la France à Paris» samedi: la mobilisation désorganisée des «gilets jaunes»

    Solidarité avec les «gilets jaunes», ou volonté de profiter du climat social en engageant un bras de fer avec la direction? Selon des sources syndicales, le dépôt des Bouches-du-Rhône était paralysé jeudi par une grève à l'appel de la CGT, plusieurs salariés grévistes occupant le rond-point d'accès à la plateforme Total, déjà bloqué par des «gilets jaunes». Selon Fabien Cros, élu CGT, la grève de 24 heures reconductible était suivie par 87% des salariés postés (en équipes successives alternantes, ndlr) jeudi matin. «C'est un jour de mobilisation sur tous les sites face aux menaces de suppressions d'emplois», a-t-il déclaré à l'AFP. «Aucun produit pétrolier n'entre ou ne sort du dépôt», a-t-il ajouté, précisant que quelque 150 grévistes CGT distribuaient des tracts sur le rond-point d'accès au site, où une cinquantaine de «gilets jaunes» ont installé depuis plusieurs jours un barrage filtrant.

    «Tout est bon contre Macron»

    Honnête, la CGT s'est défendue d'avoir rejoint les «gilets jaunes», même si les revendications sur le pouvoir d'achat sont identiques. «On n'oppose pas les luttes, tout est bon contre Macron. Il y a un ras-le-bol total», a indiqué un gréviste CGT, joint par téléphone. À la raffinerie de Feyzin (Rhône), Michel Lavastrou, délégué CGT, a fait état d'une «grève depuis mardi et jusqu'à 22 heures ce soir», également liée aux négociations salariales de branche en cours. «Environ 65% du personnel posté suit actuellement le mouvement. L'impact sur la production est limité puisque le mouvement n'a été lancé qu'il y a 48 heures», a-t-il précisé. Une trentaine de gilets jaunes occupaient encore jeudi matin un rond-point à proximité de la zone de livraison, et filtraient le passage des camions, selon des employés de la raffinerie.

    » LIRE AUSSI - «Gilets jaunes»: les organisations syndicales en ordre dispersé

    À la raffinerie de Donges, la CGT comptabilisait «65 à 80% de grévistes» en moyenne sur les trois équipes devant se relayer sur 24 heures à partir de mercredi 21 heures, selon le délégué syndical Christophe Hiou. Durant ce mouvement non-reconductible, «l'ensemble des débits» ont été diminués et «aucun camion ou bateau» n'a quitté la raffinerie, mais ni l'usine ni l'oléoduc qui dessert le dépôt de Vern-sur-Seiche, au sud de Rennes, n'ont été arrêtés totalement, a-t-il précisé. Jeudi après-midi, la direction avait elle recensé 61,1% de grévistes au sein de l'équipe travaillant de 13 à 21 heures. Mais sur les 650 employés de l'usine, la moitié seulement travaille en roulement de huit heures. Parmi l'autre moitié qui travaille uniquement de jour, «aucun» gréviste n'était recensé, a-t-elle précisé. La direction a également noté des «barrages filtrants» mais «aucun blocage» de la raffinerie par les «gilets jaunes».

    » LIRE AUSSI - Alexandre Devecchio: «Quand les intellectuels voyaient venir les “gilets jaunes”»

    Des négociations annuelles de salaires en cours

    Les négociations annuelles obligatoires (NAO) entre les organisations syndicales et l'UFIP (Union française des industries pétrolières) ont débuté dans la matinée à Paris. Les syndicats réclament entre 2% et 2,5% de hausse de la grille des salaires. «Le patronat propose pour l'instant +1%, c'est notoirement insuffisant», estime Laurent Grizon, président de la CFE-CGC Pétrole, premier syndicat de la branche du pétrole devant la CFDT (2e) et la CGT (3e). «C'est en négociation», a simplement indiqué un porte-parole de l'UFIP, sans donner de détail chiffré.

    Et puis, opérations en cours (aujourd'hui même) contre le "Black Friday", journée symbole d'hyper-consommation apparue ces dernières années :

    Les Gilets jaunes veulent transformer le "Black friday" en "Yellow friday" et s’attaquer à l'économie

    https://www.lci.fr/social/les-gilets-jaunes-veulent-transformer-le-black-friday-en-yellow-friday-et-s-attaquer-a-l-economie-2105402.html

    MOBILISATION – Tandis que le mouvement entre dans son septième jour, les Gilets jaunes comptent désormais mener des actions pour perturber les soldes de ce vendredi.

    Après les ronds-points et en attendant le rassemblement prévu samedi à Paris, les Gilets jaunes ont un nouvel objectif : le "Black friday", ce jour de soldes importantes importé des États-Unis marquant traditionnellement, outre-Atlantique, le coup d’envoi de la période des achats de fin d’année, qu’ils veulent transformer, pour l’occasion, en "Yellow friday". Leur idée : ne plus perturber le Français lambda, mais s’attaquer à l’économie, et donc indirectement à l’État.

    Outre les raffineries, les dépôts de carburant et quelques centres d’impôts, ce sont les commerces et les transports de marchandise qui seront pris pour cible ce vendredi. Pour ce faire, plusieurs appels ont été lancés, ces dernières heures, sur les réseaux sociaux, notamment à travers un groupe Facebook spécifiquement dédié au "Black friday" qui comptait, jeudi soir, soit quelques heures après sa création, déjà plus de 2000 membres.

    "Que les gens puissent ressortir des grandes surfaces sans payer"

    En parallèle, le syndicat Force ouvrière (FO) de Transpole, qui gère les transports en commun de l’agglomération lilloise, apporte son soutien aux Gilets jaunes et annonce son intention de mener des actions pour perturber les soldes de ce vendredi. "Nous ne pouvons pas encore dire sous quelle forme nous allons faire cela mais effectivement, il risque d’y avoir des perturbations sur le réseau dans la journée", indique en effet à 20 Minutes Angelo Savoca, secrétaire général de FO Transpole.

    Difficile d’y voir clair sur la réalité des actions à venir, le mouvement étant confus et imprévisible par essence mais, à échelle locale, de nombreux commerces et entrepôts s’inquiètent. Les Hauts-de-France restent l’une des régions les plus mobilisées, avec pas moins de huit points de blocage toujours tenus par des manifestants dans le Pas-de-Calais et l’Aisne, selon la préfecture.

    Dans le Vaucluse, Le Dauphiné Libéré relate la tenue de plusieurs réunions jeudi soir concernant le "black friday". À Bollène, près de 500 personnes se sont données rendez-vous ce vendredi à 8h30 pour bloquer un Leclerc et un Intermarché. Des participants ont même suggéré de faire en sorte "que les gens puissent ressortir des grandes surfaces sans payer", avant que la proposition ne soit finalement rejetée... Non loin de là, à Loriol-du-Comtat, 350 Gilets jaunes, en marge de leur plan d’attaque de la grande distribution, ont même créé l’assemblée citoyenne de Carpentras, et désigné deux porte-parole : Cécile Poulette, infirmière à l’hôpital, et Christophe Dutalloir, marchand forain. Signe qu’ils ne comptent pas en rester à ce vendredi noir. 

    Ces "gilets jaunes" qui veulent bloquer le Black Friday 

    Black Friday : les Gilets jaunes visent les centres commerciaux en Seine-Maritime

    https://actu.fr/economie/black-friday-gilets-jaunes-visent-centres-commerciaux-seine-maritime_19725297.html

    Les Gilets jaunes profitent vendredi 23 novembre 2018, du Black Friday pour perturber les abords de centres commerciaux en Seine-Maritime. Certains ont fermé. Détails.

    Ils avaient annoncé vouloir transformer le Black Friday en Yellow Friday. En Seine-Maritime comme ailleurs en France, les Gilets jaunes sont donc passés à l’action vendredi 23 novembre 2018, au matin. 

    « Les centres commerciaux ciblés plus durement »

    Selon la préfecture de Seine-Maritime, les zones commerciales ont particulièrement été visées par les Gilets jaunes, vendredi. Une situation qui était « annoncée », selon le directeur de cabinet de la préfète, Benoît Lemaire : « Les centres commerciaux sont ciblés plus durement sur le département à l’occasion du Black Friday. »

    En Seine-Maritime, les principales zones touchées ce matin ont été : Tourville-la-Rivière, Montivilliers, Gonfreville-l’Orcher et  le magasin E.Leclerc à Saint-Étienne-du-Rouvray. La zone commerciale de Barentin, près de Rouen, et le magasin SuperU de Gournay-en-Bray, dans le pays de Bray, ont également été visés par des actions Yellow Friday.

    Aux alentours de midi, la zone commerciale de Barentin ne faisait plus l’objet d’un barrage, ni celle de Saint-Etienne-du-Rouvray. Et vers 12h30, la police est intervenue à Tourville-la-Rivière.

    Des fermetures à cause des manifestations

    Le centre E.Leclerc de Gonfreville-l’Orcher a fermé ses portes à cause de l’action des Gilets jaunes, vendredi. La direction ne se prononce pas sur l’heure d’une éventuelle réouverture du magasin. 

    Dans la matinée c’est le Leclerc Drive des Docks Vauban au Havre qui a rappelé tous ses clients pour annuler leurs commandes et pour le moment, là encore, la plateforme ne précise pas quand elle pourra rouvrir.


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