• Il y a 100 ans jour pour jour...


    jean-jaures.jpg... Nòstre Joan Jaurès de Castres, socialiste réformiste dont il est tout à fait permis de discuter les positions, antimarxiste mais combattant sincère et infatigable de l’Égalité sociale, OCCITAN fier de l'être [1] et figure du "Midi rouge", opposant implacable à la guerre [2] (cette boucherie d'ouvriers et de paysans pour les dividendes du Capital) ; était abattu à Paris par le nationaliste bleu-blanc-rouge d'extrême-droite Raoul Villain.

    Dans les jours et les semaines qui suivront, peut-être par imprégnation du vieux mythe "sans-culotte" de "la Patrie en danger" (le territoire "français" étant très vite envahi par les troupes allemandes) et sans doute aussi... par lâcheté et par peur de connaître le même sort que lui (enrober les choses de verbiage "révolutionnaire" n'étant alors pas le plus compliqué), la quasi-totalité des dirigeants "socialistes" (y compris les "marxistes" autour de Guesde et y compris la quasi-totalité des futurs fondateurs du PC en 1920) se rallieront à "l'Union sacrée" derrière la bourgeoisie impérialiste et à la "mobilisation générale" qui engloutira en 4 ans et 3 mois de ténèbres près d'un million et demi de vies et en brisera définitivement des millions d'autres ; avant que les "critiques" ne ressurgissent timidement à partir de 1916, devant l'éternisation du conflit. Ce devait être là le début d'une longue histoire du "socialisme" hexagonal au service de l'impérialisme et des monopoles, contre le prolétariat et les Peuples jusqu'à nos jours : il suffit d'évoquer les noms de Jules Moch le briseur de grèves de 1947 (contemporainement à la guerre colonialiste en Indochine, la répression-massacre à Madagascar etc. etc., la moitié ou presque des ministres étant "socialistes") ; François Mitterrand le guillotineur d'Algériens puis (devenu président) le maître d’œuvre des guerres impérialistes au Tchad, au Liban ou au Koweït et le formateur et protecteur des génocidaires hutus au Rwanda ; Guy Mollet et ses "pouvoirs spéciaux" aux sbires de Massu contre la Révolution algérienne ; BHL l'atlantiste/sioniste champion du "devoir d'ingérence" et Roland Dumas l'"eurasiste-tiers-mondiste" ami de Dieudonné ; et aujourd'hui Hollande, Valls, Le Drian etc. etc.

    Le juste châtiment s'abattra sur Villain 22 ans plus tard, lorsque la CNT le fusillera à Ibiza où il s'était retiré. Mais le monstre qui a armé le bras de l'assassin, l'immonde entité capitaliste, impérialiste et militariste nommée "France", reste toujours impuni !

    Nous sommes MAOÏSTES et nous l'assumons de A à Z. Nous sommes maoïstes et nous savons qu'il y aura des débiles mentaux se parant de ce nom - ou en tout cas de celui de "communistes" - pour nous reprocher ce qu'ils auront "compris" (ils ne comprennent rien, c'est le principe avec eux) comme un "hommage" à ce "sale réformiste". Nous sommes maoïstes et donc matérialistes, ce qui signifie que nous n'avons aucun problème à critiquer Jaurès (le réformiste qui ne croyait pas au marxisme et à la révolution mais plutôt à l'évolution naturelle de "la République" vers le socialisme à travers l'"accumulation de progrès" démocratique et social, souvent "patriote" et parfois même "bienfaits de la colonisation" comme toute la gauche "républicaine" de son époque - avant d'évoluer nettement toutefois [3])... tout comme des centaines, tout comme à vrai dire TOUTES les figures dirigeantes passées d'un mouvement ouvrier anticapitaliste (contre le capitalisme, pour le socialisme) qui dépasse et DOIT dépasser en permanence ses limites (comme ce mythe d'une République "sociale par essence" et "simplement" à libérer de quelques "200 familles" dans lequel baignait Jaurès, mythe qui n'avait rien d'invraisemblable à l'époque et qui bercera encore... le PCF par la suite) ; un mouvement ouvrier qui vit et évolue dans l'Histoire, qui n'est pas parfait aujourd'hui et donc - par définition - ne l'était certainement pas hier.

    Mais surtout, nous sommes maoïstes et donc (contrairement à beaucoup d'autres petits-bourgeois crachant leurs névroses existentielles à travers leur clavier) NOUS SOMMES LE PEUPLE, et ce qui vit dans le cœur du Peuple vit dans le nôtre - et c'est le cas de Jaurès. Nous connaissons (car nous ne sommes pas des imbéciles) et combattons politiquement l'empreinte négative laissée par l'"évolutionnisme républicain" [4] de Jaurès sur le mouvement ouvrier hexagonal (y compris dans sa composante se voulant marxiste...) ; mais nous ne le reconnaissons et l'assumons pas moins comme une grande figure historique - à une époque donnée dans l’État bourgeois où nous vivons et luttons - du CAMP DU PEUPLE qui est le nôtre ; un homme qui a combattu sans relâche, par les moyens qu'il jugeait appropriés (grèves, journalisme avec L'Humanité, activisme parlementaire), ce que la bourgeoisie capitaliste "républicaine" ("le régime qui nous divise le moins" comme disait son pire représentant des années 1860-70, l'ignoble Thiers...) voulait pour les masses populaires laborieuses d'Hexagone : exploitation assortie de quelques réformettes, "rouleau" uniformisateur culturel et enrôlement dans l'armée productive du Capital, endoctrinement patriotard et mort les tripes à l'air dans les tranchées.

    Le mouvement ouvrier socialiste-communiste de l’État français est ce qu'il est parce que nous sommes dans l’État français et pas ailleurs : ceux qui déplorent qu'il n'y ait "jamais eu (en Hexagone) de vraie social-démocratie à l'allemande où à l'autrichienne" (le "vrai socialisme" de "dolichocéphales blonds" ? il faudrait demander à Zemmour...)  n'ont qu'à aller voir dans ces pays si leurs thèses fumeuses y seront mieux accueillies par les masses, ce dont nous nous permettons de douter (encore que, du côté des "anti-deutsch"... à voir). Le mouvement ouvrier de l’État français s'inscrit dans un cadre géographique (l'Hexagone) qui a son histoire, ses caractéristiques et sa morphologie politique et sociale propre, ses contradictions et ses "secrets de l'impuissance" que l'on ne retrouve pas ailleurs. Joan Jaurès était lui-même, de son vivant, un produit de tout cela et plus particulièrement de la partie "méridionale" OCCITANE de l’État, avec ses siècles de lutte pour la justice, la démocratie et l'égalité en héritage. Être matérialistes, cela veut dire que nous critiquons cette expérience accumulée pour en dépasser les limites, mais que nous l'ASSUMONS également en portant dessus (bien sûr) un regard de classe, car l'Histoire n'est pas un absolu, elle est le regard que nous portons sur elle et ce regard a un caractère de classe - le cas Jaurès montrant particulièrement bien, dès le lendemain de la Grande Boucherie qu'il avait vainement tenté  d'empêcher, combien la récupération est chose facile pour la bourgeoisie ; particulièrement vis-à-vis d'une figure ayant toujours assumé la voie du "progrès social", du "dialogue" avec la bourgeoisie et les institutions dominantes et ouvertement rejeté la révolution socialiste, mais il y a beaucoup d'autres cas y compris révolutionnaires : le Che, Lénine lui-même, la Commune etc. etc.

    Le mouvement révolutionnaire du prolétariat de l’État français (et a fortiori de sa partie occitane), on est dedans ou on est dehors ; et nous nous sommes dedans : dès lors nous sommes tous les "arrière-petits-enfants" de Jaurès ; ce qui ne veut pas dire le sacraliser, ne pas le critiquer ni vouloir faire mieux, ne pas "tuer le bisaïeul" dans un certain sens œdipien (et le grand-père et le père par la même occasion), et encore moins s'en prévaloir comme d'un totem pour faire oublier qu'on ne lui arrive pas à la cheville, voire que l'on n'est même pas digne de s'en réclamer, comme 99,99% des poseurs de gerbes d'hier après-midi - à vrai dire, si l'héritage politique de Jaurès peut et doit servir à quelque chose aujourd'hui, c'est sans doute bien à planer comme un spectre accusateur sur ces gens-là : il n'était ni marxiste ni révolutionnaire, mais il était DE GAUCHE (progressiste, "émancipationniste") au sens le plus noble de ce terme tant galvaudé depuis...

    Ainsi fut Jaurès : un non-marxiste mais un Occitan socialiste de cœur (n'est-ce pas finalement un pléonasme ?) qui a parfois volé aussi bas que les poules, et même jusque dans les cloaques du "socialisme des imbéciles" antisémite si commun à son époque (cet aspect disparaissant toutefois presque entièrement de sa pensée après l'affaire Dreyfus) ; mais parfois aussi à la hauteur des aigles, nul descendant des 350.000 Occitans et des 1.400.000 Hexagonaux massacrés aux tranchées (sous la bannière bleu-blanc-rouge du Grand Capital) ne pouvant oublier son ultime "envol" au bout duquel il se brûla les ailes comme un glorieux Icare, n'ayant sans doute pas mesuré la puissance de ce qu'il défiait.

    Aujourd'hui, alors que le bal des faux-culs s'étend pour ainsi dire du FN à Mélenchon en passant par l'UMP et bien sûr le PS, sabreurs de conquêtes sociales et politiciens de la canonnière de l'Afghanistan au Mali en passant (indirectement) par l'Ukraine et la Palestine ; il s'agit moins pour nous de rendre hommage au réformiste social-républicain antimarxiste qu'au SYMBOLE ; moins à ce qu'il a été qu'à ce qu'il a incarné pour des millions d'hommes et de femmes qui tout au long du siècle dernier se sont levé-e-s sous son drapeau pour dire NON à l'injustice, à l'oppression et à l'exploitation, en Hexagone comme au-delà des mers.

    Un symbole qu'il n'est particulièrement pas difficile de comprendre aujourd'hui alors que, à quelques jours du centenaire de la Grande Boucherie de 14-18, les bombes pleuvent sur Gaza et Donetsk avec la bénédiction de l'impérialisme BBR et de son gouvernement... "socialiste" ; ce Parti "socialiste" qui y va bien sûr de son "vibrant hommage" (enfin, Cambadélis s'est tout de même fait copieusement huer, c'est déjà ça) au martyr de la paix entre les Peuples et de la guerre aux vautours mais qui n'a eu de cesse depuis 1945 de répandre la mort impérialiste sur la planète, d'Indochine en Algérie, du Tchad au Rwanda, de l'Afghanistan au Mali sans oublier bien sûr son soutien indéfectible à l'armée sioniste "la plus morale du monde" : "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" et le capitalisme la-rose-au-poing ne fait pas exception ; alors si la guerre vous fait comme à nous horreur, vous savez ce qu'il vous/nous reste à faire !

    C'est CE SYMBOLE - et non le politicien réformiste réel - qui a été assassiné, et aux assassins duquel (quand bien même ils s'approprieraient sa mémoire) nous crions aujourd'hui comme hier : NI OUBLI NI PARDON !


    1913-168-Jean-Jaures-au-Pre-Saint-Gervais

     

    [1] "J'ai le goût le plus vif pour la langue et pour les œuvres de notre Midi, du Limousin et du Rouergue au Languedoc et à la Provence. J'aime entendre notre langue et j'aime la parler."
    [Au sujet de la révolte de 1907] "L'événement qui se développe là-bas, et qui n'a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d'abord n'y pas prendre garde ; c'était le Midi et il y a une légende du Midi. On s'imagine que c'est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique."

    [2] "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage." : il s'agit en réalité d'une reformulation résumée de "Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de la philanthropie internationale, la guerre peut naître toujours d’un hasard toujours possible… Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche). Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est d'abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie — qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille — un régime de concorde sociale et d’unité. Et voila pourquoi si vous regardez non aux intentions qui sont toujours vaines, mais à l’efficacité des principes et à la réalité des conséquences, logiquement, profondément, le Parti socialiste est aujourd'hui dans le monde le seul parti de la paix." (7 mars 1895 à la Chambre des Députés, dans Jean Jaurès : Textes choisis, éd. sociales, paru en 1959, p. 88).

    [3] Dans les années 1880 il pouvait ainsi écrire : "Quand nous prenons possession d’un pays, nous devons amener avec nous la gloire de la France, et soyez sûrs qu’on lui fera bon accueil, car elle est pure autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté [...] Nous pouvons dire à ces peuples, sans les tromper, que jamais nous n’avons fait de mal à leurs frères volontairement ; que les premiers nous avons étendu aux hommes de couleur la liberté des Blancs, et aboli l’esclavage…". Mais dès 1895 son discours évolue :  
    - "La politique coloniale [...] est la conséquence la plus déplorable du régime capitaliste, [...] qui est obligé de se créer au loin, par la conquête et la violence, des débouchés nouveaux. [...] Nous la réprouvons [aussi] parce que, dans toutes les expéditions coloniales, l’injustice capitaliste se complique et s’aggrave d’une exceptionnelle corruption : tous les instincts de déprédation et de rapines, déchaînés au loin par la certitude de l’impunité et amplifiés par les puissances nouvelles de la spéculation, s’y développent à l’aise ; et la férocité sournoise de l’humanité primitive y est merveilleusement mise en œuvre par les plus ingénieux mécanismes de l’engin capitaliste." (1896) ;
    - "Il paraît que les petits Japonais et les Chinois studieux et subtils sont une sorte de bétail innombrable et inférieur que les races blanches peuvent exploiter, utiliser, décimer, asservir. C’est un préjugé barbare, c’est un préjugé d’ignorance, de sauvagerie et de rapine. Ces races jaunes sont composées d’hommes et cela devrait suffire ; mais elles sont composées d’hommes qui pensent, qui travaillent, qui échangent et qui ne paraissent pas résignés à subir indéfiniment les violences d’une Europe qui abusait de leur apparente faiblesse." (vers 1904) ;
    - "La résolution qui sera, j’en suis sûr, adoptée au prochain Congrès International Socialiste : «Le Congrès déclare que les mandataires socialistes ont le devoir de s’opposer dans tous les parlements à ce régime d’exploitation à outrance et de servage qui sévit dans toutes les colonies, en exigeant des réformes pour améliorer le sort des populations, en veillant au maintien de leurs droits, en empêchant toute exploitation et tout asservissement, et en travaillant à l’éducation de ces peuples pour l’indépendance.»" (1907) ;
    - "Au dehors, les radicaux se sont imaginé qu’ils étaient réalistes, parce qu’ils se saisissaient du Maroc avec une sorte de gloutonnerie sournoise. Mais par le mépris du droit, par la violation des engagements internationaux, par l’emploi combiné de la violence et de la ruse, ils ont contribué à exciter, à déchaîner dans le monde les appétits de domination grossiers. [...] Ils ont amusé la diplomatie allemande par des combinaisons financières qu’ils n’osaient pas avouer en plein jour et dont les vicissitudes obscures mettaient en péril la paix de l’Europe. [...] Pendant que diplomates et financiers accommodent le Maroc à tous les appétits nationaux, ultra-nationaux et internationaux, les Marocains défendent à coups de fusil ce qui leur reste d’indépendance. Une de nos colonnes vient d’avoir six tués, une trentaine de blessés ; nous avons, il est vrai, la consolation d’apprendre que le nombre des Marocains couchés par nos balles sur la terre de la « patrie » est sensiblement supérieur. C’est la civilisation qui progresse. C’est la « douce France » qui s’établit. [...] Enfin, messieurs, si vous voulez regarder au fond des choses, il y avait une civilisation marocaine capable des transformations nécessaires, capable d’évolution et de progrès, civilisation à la fois antique et moderne [...] Et laissez-moi vous dire que je ne pardonne pas à ceux qui ont écrasé cette espérance d’un progrès pacifique et humain, la civilisation africaine, sous toutes les ruses et sous toutes les brutalités de la conquête" (1912) ; et plus fort encore :
    - "La politique de rapine et de conquête produit ses effets. De l’invasion à la révolte, de l’émeute à la répression, du mensonge à la traîtrise, c’est un cercle de civilisation qui s’élargit. Nous n’avons décidément rien à envier à l’Italie, et elle saura ce que valent nos pudeurs. Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d’exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l’Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ?"... Là, le moins que l'on puisse dire c'est que c'est presque du Fanon !

    [4] Ce républicanisme de Jaurès provenait sans doute de l'identification, dans l'Occitanie du milieu du 19e siècle où il avait vu le jour, entre "République" et résolution de la question sociale. Son idée était sans doute qu'une fois la République rétablie (1870) et le Parti de l'Ordre évincé (avec Mac-Mahon en 1879), il "suffirait" d'en finir avec les républicains modérés dit "opportunistes" (au pouvoir jusqu'en 1902) et autres disciples de Thiers, bref le "parti des 200 familles", pour voir enfin triompher ce que les Occitans appelaient la Bona ("la Bonne") : la République de la "Justice", du "Travail" et de l'"Égalité". En d'autres termes, Jaurès n'avait pas compris ni dépassé les limites qui avaient conduit le républicanisme "démocrate-socialiste" occitan de 1848-51 et 1870-71 à l'échec.

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :