• Quand un référendum chez la "perfide Albion" provoque des frétillements chez les "souverainistes" tricolores


    Promesse "phare" de la campagne électorale de David Cameron qui l'a conduit à une assez confortable reconduction au mois de mai, le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne devrait se tenir soit en juin soit après l'été de l'année prochaine. Notre pronostic, qui n'a pour seul mérite que d'être le nôtre (mais enfin nous ne nous sommes jamais trop trompés jusqu'ici, ni sur l’Écosse ni sur la Catalogne), est qu'une petite majorité rejettera un tel "saut dans l'inconnu" et préfèrera en rester au plutôt confortable "un pied dedans un pied dehors" (sans euro, sans Schengen, avec une participation réduite au budget communautaire etc.) qui a finalement toujours prévalu - le pays pourrait alors, peut-être, servir de laboratoire aux propositions d'"Europe à la carte" qui font de plus en plus leur chemin dans tout le spectre politique des États membres. [MàJ finalement, à l'issue du scrutin le 23 juin 2016, "coup de tonneeeerre" : le "Brexit" (sortie de l'Union européenne) l'emporte par une courte mais nette majorité de 51,9% des voix (en restant toutefois très minoritaire en Écosse, en Irlande du Nord ou encore dans la très multiculturelle métropole londonienne)... mais attention : les anti-UE eux-mêmes semblant abasourdis par leur propre victoire (l'ex-maire de Londres Boris Johnson refusant de prendre la succession "naturelle" de David Cameron à la tête du Parti conservateur, le leader de l'UKIP Nigel Farage annonçant son retrait surprise de la vie politique, des millions de votants affirmant "regretter" leur choix et signant des pétitions pour avoir le droit de revoter, etc. etc.), les démarches diplomatiques de retrait effectif (article 50 du Traité de Lisbonne) pourraient bien ne jamais avoir lieu...]

    Cameron, qui s'est engagé à organiser la consultation, fera lui-même campagne pour le maintien dans l'Union tout en "bataillant" auprès de Bruxelles pour le maximum de concessions.

    Mais en attendant, la perspective a bien sûr provoqué les frétillements tout excités de toutes les forces "eurosceptiques" et "souverainistes" à commencer par la plus "en vue" et "pesante" électoralement, le Front National de Marine Le Pen qui compte bien faire de la tenue d'un tel référendum ici une proposition politique cardinale ; déjà dans la campagne pour les toutes prochaines régionales :

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/12/le-referendum-britannique-est-une-chance-pour-l-europe_4808215_3232.html

    En ce qui concerne ce gigantesque piège à cons, les choses sont pourtant extrêmement simple et nous avons déjà eu l'occasion de les expliquer à plusieurs reprises :

    - Il y a un Grand Capital (monopoliste) bleu-blanc-rouge, selon la définition scientifique marxiste des monopoles ;

    - Ce Grand Capital bleu-blanc-rouge ne "raisonne" et n'agit toutefois pas de manière uniforme, "en bloc", monolithique ; il y a en son sein (de même qu'il y a concurrence permanente entre les entreprises capitalistes !) des conflits, des divergences d'intérêts ; ces divergences étant d'ailleurs l'une des principales sources de l'existence de plusieurs partis bourgeois ;

    - Une ligne de fracture particulièrement importante, à notre époque, est celle entre le Grand Capital bleu-blanc-rouge (pour le moment - mais de moins en moins - majoritaire) qui trouve son compte dans la dite "construction européenne" et celui (pour le moment - mais de moins en moins - minoritaire) qui ne l'y trouve pas (cette contradiction recoupe dans une certaine mesure celle entre une vision géopolitique "atlantiste" et une vision plus "multilatéraliste", tournée vers la Russie* et les "émergents" etc. etc., mais pas toujours). Une "construction européenne" dont on rappellera brièvement ici le fond de l'affaire : le vieux conflit franco-allemand, remontant non pas à 1870 mais... carrément au 17e siècle (Guerre de Trente Ans) sur la question de la "frontière naturelle du Rhin" (= du contrôle des riches régions de l'Europe rhénane, depuis la Suisse jusqu'à la Mer du Nord), s'est finalement soldé dans les années 1950 par un "pacte" entre deux puissances suffisamment affaiblies pour ne plus avoir à craindre l'une de l'autre ; et celles-ci tentent depuis lors de construire une sorte de "super-État post-moderne" autour du Centre économique qu'elles représentent (flanquées du Bénélux, de l'Italie du Nord et depuis 1973 dans une certaine mesure de l'Angleterre ; bref de la "Banane bleue" ou "dorsale européenne"), avec pour "provinces" les pays périphériques du continent (Europe du Sud, de l'Est, Irlande etc.) et les portions du "Tiers Monde" qu'elles parviennent encore à dominer (un autre avantage étant que, ne s'agissant pas d'un État souverain à proprement parler, l'Union européenne permet des prises de décisions politiques beaucoup plus "opaques", beaucoup moins "démocratiques")... Mais comme nous l'avons dit, ce "pacte" ne va pas sans contradictions et il y a (donc) toute une fraction de la bourgeoisie hexagonale pour trouver ce partenaire allemand "oppressant" et exerçant un "diktat" (de même qu'en Allemagne, tout un discours populiste de droite comme "de gauche" - pas forcément anti-Europe par contre - tend à présenter la France comme une sorte de gros "boulet parasite" dans l'Union, presque "digne" de la Grèce mais contre lequel on ne peut hélas pas les mêmes choses...).

    - Chacune de ces deux "ailes" du Grand Capital sécrète sa "gauche" et sa "droite", "européiste" ou "souverainiste".

    C'est simple à comprendre, non ?

    Les uns comme les autres (y compris les "souverainistes de gauche") sont 1°/ des exploiteurs et des ennemis résolus du prolétariat et de ses résistances, 2°/ des impérialistes, 3°/ des ennemis jurés de toute affirmation des Peuples travailleurs (nationalités réelles) emprisonnés et niés dans les grands États et des colonies intérieures issues des pays impérialisés et "importées" pour leur force de travail dans la seconde moitié du 20e siècle ; même si sur ces trois fronts les "porte-paroles" petits-bourgeois et opportunistes des dominé-e-s se lient souvent à l'une ou l'autre "aile" pour "faire avancer les revendications".

    Au demeurant, l'hégémonie intellectuelle n'étant pas vraiment à la social-démocratie par les temps qui courent, ce l'on observe est une "gauche européiste" qui dérive chaque jour un peu plus vers des positions de droite "néolibérale"/"néocon" "modérée" (encore que, sur le plan sécuritaire/policier, on se demande de plus en plus en quoi) et une "gauche souverainiste" qui végète tandis que seule a le vent en poupe la DROITE souverainiste chauvinarde-raciste la plus réactionnaire (ici le Front National, face auquel l'UMP n'a plus guère de choix que la course à l'échalote nationaliste, poujadiste et sécuritaire). Même dans des pays dominés d'Europe périphérique (Portugal, Grèce) ou des "petits impérialismes" ultra-vassaux ("Espagne", "Italie"), où la mobilisation de masse anti-austérité profite plutôt à la GAUCHE anti-UE (anti-austérité et anti-UE étant vus comme allant de pair), cette dernière faute d'assumer la révolution (logique pour des réformistes...) n'a guère de choix qu'entre assumer la capitulation "sociale-libérale" devant les instances communautaires (Syriza en Grèce, "Podemos" en "Espagne" étant sur le même chemin)... ou alors les appels du pied à l"alliance anti-système" avec des forces nationalistes de droite fascisantes (M5S de Beppe Grillo en "Italie", qui multiplie les "mains tendues" au mouvement néofasciste et s'est allié avec l'UKIP de Nigel Farage au Parlement européen), et avec l'impérialisme russe à l'extérieur.

    Nous, nous sommes des révolutionnaires et nous ne sommes pas "européistes" ni même "universalistes" mais INTERNATIONALISTES (et anti-impérialistes) ; nous voulons la Fédération la plus large possible (planétaire étant l'objectif) de Républiques populaires et socialistes elles-mêmes fédérations de Communes populaires. Nous ne somme pas "anti-système" mais pour le renversement révolutionnaire du Capital (anticapitalistes et communistes). Nous ne sommes pas pour la "souveraineté nationale"/"du peuple" mais pour le Pouvoir démocratique révolutionnaire des travailleurs/euses - ce qui signifie aussi pour la dictature à l'encontre de leurs ennemis, les exploiteurs. Nous sommes pour la destruction de l'Union européenne et de la "France" comme (comme de toutes les) constructions et appareils de domination de la bourgeoisie.

    Voilà ce que nous voulons et qui ne peut trouver son "compte" ni auprès de la "gauche" européiste la plus "progressiste" qui soit (EELV) ni auprès de la "gauche" souverainiste la plus "sociale" et "partageuse" (Mélenchon).

    Quand un référendum chez la "perfide Albion" provoque des frétillements chez les "souverainistes" tricolores


    * Il faut avoir ici à l'esprit que les responsables russes âgés d'environ une soixantaine d'années... ont été formés à des rudiments de marxisme-léninisme au lycée et à l'université. Ils savent donc que dans des États impérialistes occidentaux comme l’État français, la révolution ne peut être que directement et radicalement socialiste, sans concession aucune envers le Capital : il n'y a pas comme dans les pays dominés d'"étape nationale démocratique", de possible tentative de "desserrer" un peu l'étau impérialiste sur laquelle ils pourraient tenter de s'appuyer et de faire main basse pour se gagner un nouveau "pays frère", comme le faisait l'URSS dans les années 1960-70. Aussi, si dans ces derniers pays ils peuvent appuyer des forces à la réputation internationale "de gauche" ("bolivarismes" en Amérique latine, Syriza en Grèce) qui vont leur donner une "bonne image" dans le "Tiers Monde", en Occident ils ne vont guère pouvoir soutenir que des forces nationalistes d'extrême-droite (dont la "gauche" populo-réformiste et "souverainiste" pétrie de confusionnisme n'est généralement qu'un appendice), seules à même d'assurer une "rupture" avec l'ordre européo-atlantiste sans la moindre remise en cause du capitalisme (ce qui est finalement beaucoup plus conforme à leur vision du monde). La même chose peut éventuellement aussi se produire dans des pays comme la Hongrie où la "gauche radicale" non-sociale-libérale et non-européiste est relativement insignifiante.


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