• Résultats du second tour des régionales : du nouveau sous le soleil, vraiment ?


    Alors ça y est, vous avez vu comme nous les résultats ?  

    Eh bien voilà, FIN DE LA DISCUSSION et RIDEAU.

    - Au terme de ce second tour ces régionales donc, comme et même au-delà de ce que nous avions pressenti, le FN n'a remporté AUCUNE région. Il aura échoué bien sûr (logiquement et assez nettement) en duel face à la droite, après le retrait des listes PS, dans les deux régions Nord-Picardie et PACA où il avait réalisé ses meilleurs scores : ce n'est pas "très bon" dans le sens où cela renforce son discours sur le "système UMPS", mais le pari n'en est pas moins perdu tant pour la présidente du parti que pour sa nièce - qui en incarne la "ligne dure". Mais il échoue également... dans la triangulaire ultra-favorable du "Grand Est"/"ALCA" (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes), où la vieille tête de lard PS Masseret avait maintenu sa liste et où nous avions pu nous-mêmes envisager la victoire de Philippot [qui gagne entre les deux tours 150.000 suffrages... mais reste sur ses 36%, la participation ayant quant à elle augmenté de 430.000 votants ; Masseret que l'on disait "tricard" (le PS lui ayant retiré son investiture) progressant de 53.000 voix et - surtout - le vieux routier du centrisme alsacien Richert faisant plus que doubler les siennes] ; ainsi que dans les autres triangulaires plus "serrées" mais où il avait largement dominé le premier tour (Bourgogne-Franche-Comté, Centre, Normandie, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon etc.) ; ce qui rend le triomphalisme de ses dirigeant-e-s et leurs refrains victimaires de "battus parce que tous coalisés contre nous" au moins aussi ridicules que les cris au "grand méchant loup" des révisios-réformistes de tout poil... et des pseudo-"maoïstes" qui appelaient toute honte bue à "faire barrage" y compris en votant pour la droite la plus "dure", que plus rien ou presque (la question européenne ?) ne sépare du discours lepéniste.

    - Nous avons donc finalement un paysage politique tout ce qu'il y a de plus "classique" : 5 "super"-régions (soit 9 anciennes)  à la "gauche", 7 (= 12) à la droite [pour ne parler que de l'Hexagone métropolitain, avec les dernières colonies directes d'outre-mer cela fait 8 contre 8, comme le font remarquer à juste titre les représentants dudit "outre-mer" complètement et honteusement oublié par tous les commentateurs dimanche soir]. D'un côté comme de l'autre on est fort loin des "Bérézina" de 1986 et 1992 (pour la "gauche") et 2004/2010 (pour la droite), alors même que les reculs en nombres de voix sont impressionnants. Une situation finalement comparable à ce que l'on observe aux législatives lorsque le FN s'invite en triangulaire... et permet ici à la "gauche", là à la droite de sauver la mise malgré l'effritement constant de leurs bases populaires (la "gauche" parce que de moins en moins de choses la distinguent... de la droite ; et la droite parce que le grand écart entre des "centristes" que plus grand chose ne différencie du PS et des "durs" toujours plus proches du discours... frontiste s'avère chaque jour moins tenable - rendant de fait une candidature centriste inévitable en 2017, à moins que Juppé ne soit le candidat).

    La "gauche" garde ses bastion historiques ("Sud-Ouest") ou plus récents (Bretagne, Centre, Bourgogne-Franche-Comté), là où c'est plutôt le "peuple de droite" que le FN divise et pénalise ; et la droite en fait de même, ne remportant de région jamais conquise auparavant (même en 1992) que le Nord où pour le coup c'est la gauche qui fait face à une terrible hémorragie de son électorat populaire ; le FN lui permettant également de reconquérir facilement la "swing region" provençale (perdue en 1998... après que la droite locale à égalité des sièges avec le Front National, dont un certain Estrosi, ait envisagé un moment de s'allier avec celui-ci !). Les autres "swing regions" (Île-de-France, Rhône-Alpes-Auvergne etc.) seront restées indécises jusqu'au bout avant de finalement échoir aux uns ou aux autres, parfois d'un cheveu (Île-de-France où l'on aura au demeurant observé un net mouvement de "vote utile" des électeurs FN - dont la liste était pourtant qualifiée à ce second tour - en faveur de Valérie Pécresse, ce qui est instructif sur une sociologie électorale frontiste pas forcément si populaire, "ni-droite-ni-gauche" et "anti-système" qu'on ne le dit) ; bref. Si ce n'est pas un "complot" ni une complaisance délibérée vis-à-vis d'une extrême-droite de plus en plus menaçante, en tout cas le résultat y ressemble, dans une sorte de jeu de "qui va en tirer le meilleur profit" (et l'on peut d'ores et déjà envisager que tout soit fait, à "gauche" comme à droite, pour se retrouver face à Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017 et être ainsi certain d'être élu !).

    - Zéro région pour le Front National... enfin, quoique : avec Estrosi en PACA et Wauquiez en Rhône-Alpes-Auvergne, l'on pourrait presque dire qu'il en gagne deux (dont la première par la grâce du "front républicain", avec le soutien du PS et de toute la "gauche"...).

    - L'on notera tout de même que le Front National a enfin progressé en nombre de voix par rapport à la présidentielle de 2012 : 6,8 contre 6,4 millions (+ 6%). Mais enfin, dans un contexte d'état d'urgence où ses idées sont pratiquement au pouvoir (enfin, ce pourrait bien être cela son problème en fait...), de psychose post-attentats contre l'"ennemi intérieur" musulman et d'exécutifs régionaux (pas rien...) concrètement gagnables (c'est évidemment dans les régions "gagnables" qu'il enregistre ses plus fortes progressions... tandis qu'en Île-de-France près de 60.000 de ses électeurs ont manifestement "voté utile" pour Pécresse) ; l'on va dire que c'est la "moindre des choses"... Il y a encore une sacrée marge (cf. plus loin, nous allons y revenir) avant de pouvoir s'asseoir dans le fauteuil de l’Élysée - pour être clairs, il faudrait quasiment que son "potentiel électoral" double.

    En synthèse : nous avons vécu dans les années fin 1980 et 1990 avec un FN à 4,5 millions d'électeurs potentiels (aux présidentielles, et entre 3 et 4 millions aux législatives et aux régionales), poussant jusqu'à 5,5 millions en 2002 où il était au deuxième tour de la présidentielle ; puis nous avons connu les années "Sarkomania" 2002-2010 avec un FN en baisse à 3,5 millions aux régionales 2004, 3,8 millions à la présidentielle 2007, à peine plus d'un million même aux législatives 2007 et aux européennes 2009, 2,2 millions aux régionales 2010 (mais déjà des scores à nouveau inquiétants dans le Nord, en Picardie, en PACA etc.)... et nous vivons aujourd'hui, après que Marine Le Pen ait "repris en main" le parti sur les thématiques que nous avons toujours (bien avant ce "renouveau") pointées comme "gagnantes" pour la mobilisation réactionnaire de masse, avec un Front National pouvant recueillir entre 6 et 7 millions de voix... et c'est tout ce qu'il y a de nouveau sous le soleil. Rien de plus en réalité qu'un symptôme (loin d'être le seul !) d'une droito-fascisation généralisée de la pensée dominante dans la société hexagonale, qui le nourrit et qu'il nourrit (dans un mouvement dialectique) mais qui émane (et est au service) d'abord et avant tout des nécessités (nécessités objectives et non "complot" volontaire) d'un Grand Capital pris à la gorge par une crise systémique généralisée (dont tout, pas seulement le chômage et la croissance nulle mais aussi le "terrorisme", est le produit) ; dans un mouvement que toutes les forces politiques suivent : droite de plus en plus "décomplexée", "gauche" de plus en plus social-libérale et policière et même "gauche de la gauche" dont la seule force significative (le Front de Gauche de Mélenchon) ne nous sert guère autre chose qu'une vieille resucée de souverainisme républicard-laïcard-patriotard "c'était mieux avant" de type chevènementiste.

    D'ailleurs et pour être parfaitement exacts, sur tous les scrutins entre disons 1995 et 2010, il faudrait également tenir compte de tous les suffrages qui se sont portés sur des candidatures de type De Villiers, Pasqua, CPNT, Boutin ou même Chevènement, sans oublier la personnalité de Sarkozy dans la deuxième moitié des années 2000 : des millions de personnes déjà très sympathisantes des idées lepénistes mais "bloquées" par "la personnalité de Jean-Marie Le Pen" (discours extrêmement récurrent chez les nouveaux électeurs, qui approuvent à l'immense majorité son éviction), la rupture insuffisante avec la "matrice" Vichy-OAS, la "posture purement protestataire" sans perspectives de pouvoir ou encore le caractère trop "plébéien" du mouvement ; se rabattant alors sur ce que l'on appelait (terme très courant en politique à l'époque) le "Le Pen light"... et qui votent désormais "Marine" sans hésitation, mais qui étaient déjà des "électeurs potentiels" depuis fort longtemps.

    Le Front National monte et monte et monte encore inexorablement... mais il se heurte encore et toujours au fameux "plafond de verre" qui est en réalité celui de la bourgeoisie, qui décide en dernier ressort de qui peut oui ou non diriger tel ou tel exécutif et de quel "rôle" bien défini elle assigne à chaque force politique dans son système (et celui du FN, jusqu'à nouvel ordre, n'est pas de gouverner au-delà du niveau municipal d'une dizaine de petites ou moyennes villes). Sur les 90% de personnes qui ne sont pas véritablement révolutionnaires (et qui font donc ce que la bourgeoisie leur dit de faire...), le fait est qu'un tiers au maximum souhaite éventuellement "essayer" le Front National au pouvoir (non sans, souvent, de sérieuses réserves) et que les deux tiers ne le souhaitent pas même s'il "ne dit pas que des conneries" et "pose souvent les bonnes questions" ; reflétant là assez fidèlement le rapport de forces au sein de la bourgeoisie... Point à la ligne et RIEN, au-delà d'un échelon très local, ne peut pour le moment permettre d'"enjamber" cette réalité et de voir le FN prendre un département, une région ou carrément le pouvoir central.

    Alors il commence à y en avoir marre de ce jeu à se faire peur qui a littéralement dominé les deux dernières années électorales et qui devrait perdurer jusqu'en 2017 (voir par exemple la couverture de Marianne cette semaine qui ne manque pas non plus, comme l'on pouvait s'en douter, de faire son autre gros titre - pour la 150e fois environ - sur "le djihadiiiiisme") ; une peur qui pour le moment ne sert à rien d'autre qu'à maintenir et renforcer la "Républiiiiique" bourgeoise sous la forme d'une droite de plus en plus dure et d'une "gauche"... de plus en plus à droite.

    - Le véritable "séisme politiiiiique" s'est en réalité produit... tout en bas à droite de la carte des résultats, pas du tout là où on l'attendait et (pour le coup) entouré d'un silence assourdissant : pour la première fois depuis qu'elle a été érigée en "région" en 1974, la Corse voit la très nette victoire d'une alliance autonomistes-indépendantistes (avec un FN au score ridicule et une droite et une "gauche" clanistes locales rassemblées comme jamais...) : http://ekladata.com/Cl3ke1BUp7Corrb5JC3bFgJoIHU/Victoire-Patriotti-Corse.pdf.

    Il faut croire que dans ce cas précis, le battage sur le (bien réel pour le coup) "séisme politiiiiique" ne fait pas les affaires de la bourgeoisie républicaine bleu-blanc-rouge qui nous gouverne ni de ses agents-caciques des clans politiciens locaux. Là pour le coup, c'est un "plafond de verre" qui semble bel et bien avoir crevé et le silence médiatique qui entoure la chose sent la gêne aux entournures à plein nez ; même si des gens politiquement proches de François Bayrou ou de Noël Mamère et ayant ouvertement rejeté la lutte armée devraient en définitive pouvoir être "gérables" (comme l'ont été avant eux les indépendantistes martiniquais qui ont dirigé l'île caraïbe entre 1998 et 2010, et qui viennent eux aussi de remporter à nouveau le scrutin) : ce qui "compte"... et dérange aux yeux des "observateurs politiques" n'est pas ce que ces élus feront ou (surtout) ne feront pas, mais le message populaire exprimé et adressé à l'ordre en place par ce résultat !

    Autres articles sur l'évènement :

    http://www.lemonde.fr/elections-regionales-2015/article/2015/12/16/la-langue-corse-en-vedette-a-l-assemblee-de-l-ile_4832968_4640869.html

    http://www.corsicainfurmazione.org/90275/corse-territoriales2015-f_alfonsi-une-victoire-historique/2015/

    http://m.france3-regions.francetvinfo.fr/corse/video-discours-d-edmond-simeoni-885045.html

    https://blogs.mediapart.fr/pierre-guerrini/blog/151215/corse-cette-petite-ile-qui-etonne-leurope

    https://blogs.mediapart.fr/massimu/blog/031213/sans-la-france-la-corse-ne-vivrait-que-de-chataignes

    [MàJ et pour ceux qui seraient tentés de nous sortir que "c'est la même chose que le FN sur le continent", voici la position de ce dernier par la voix de Florian Philippot : http://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/corse-francois-hollande-doit-siffler-la-fin-de-la-recreation-selon-florian-philippot-fn-889563.html]

    Résultats du second tour des régionales : du nouveau sous le soleil, vraiment ?


    Et à la présidentielle qui se tiendra dans 16 mois en 2017, y a-t-il une vraie menace FN ?

    C'est une chose dont la possibilité doit d'abord être étudiée avec sérieux ; car si l'antifascisme est une nécessité il ne peut pas non plus être guidé par la psychose et l'irrationnel, sous peine de passer au service du maintien et du renforcement du capitalisme sous sa forme "républicaine"/"démocratique".

    En 2012, Marine Le Pen avait recueilli 6,4 millions de voix et son parti vient enfin, à ce second tour, de dépasser de peu ce score avec autour de 6,8 millions, dans le contexte le plus favorable que l'on puisse imaginer (psychose anti-islam suite aux attentats du 13 novembre, "esprit #JeSuisÉtatd'Urgence" etc.). Mais imaginons qu'à la présidentielle de 2017, où la participation sera en principe beaucoup plus forte, elle progresse encore pour atteindre 8 millions de suffrages soit une progression de 1,6 millions (+ 25%), ce qui serait ÉNORME (en 2012 elle n'avait obtenu que 900.000 voix de plus que son père en 2002, soit 16% de plus). Et imaginons que, qualifiée bien évidemment pour le second tour, elle enclenche une dynamique et progresse encore jusqu'à 9 voire 10 millions (rappelons ici que si l'électorat frontiste tend à être plus mobilisé qu'auparavant et que les hausses de participation lui profitent désormais, son "profil sociologique" présente tout de même une forte porosité avec celui de l'abstentionnisme...). Eh bien, personne n'a encore jamais remporté l’Élysée avec aussi peu de voix - en vérité il lui faudrait un "potentiel" électoral de l'ordre du double de celui d'aujourd'hui, entre 13 et 14 millions de personnes. Face à elle, Hollande verrait se mobiliser en sa faveur toute la gauche radicale et les écologistes en dépit de son bilan... et les électeurs de sensibilité Modem ou UDI précisément grâce à celui-ci ; et gagnerait peut-être par 55-60% contre 40-45, mais gagnerait. Alain Juppé, quant à lui, bénéficierait du même capital mobilisateur que Chirac en 2002 et la laminerait par 70-30 si ce n'est plus. Le candidat le plus "risqué" face à elle serait finalement Sarkozy... l'homme qui entre 2002 et 2007 a non seulement capté mais aussi fabriqué de l'électeur à "psychologie" frontiste pour le perdre entre 2007 et 2012 et n'avoir plus aujourd'hui aucune crédibilité pour le récupérer ; et qui sur un sentiment de "blanc bonnet, bonnet blanc" souffrirait de très mauvais reports de la gauche et même du centre (et certainement aucun de la "gauche de la gauche" et des écologistes).

    Il ne s'agit pas de dire que le FN ne représente "aucune menace", qu'il "pourrait passer, rien à foutre", qu'il serait "de toute façon déjà au pouvoir" ou même que "comme ça il y aurait la révolution". Ce n'est tout simplement pas le propos. Il est bien évident qu'il n'est pas souhaitable que le Front National accède au pouvoir ; non pas d'un point de vue stratégique (il y aurait une sacro-sainte "République", de prétendues "Lumières" etc. etc. à "défendre" contre la "barbarie fasciste") mais d'un point de vue TACTIQUE : mener le combat sur un champ de bataille connu (celui où nous sommes en fait depuis le début des années 2000, différent de celui des 20 années antérieures mais auquel nous avons fini par nous habituer et en comprendre les ressorts) et non totalement nouveau et inconnu, ce qui est toujours un désavantage tactique certain. Certes, quel que soit le résultat en 2017, le Front National pourra être considéré comme "50% au pouvoir" (il l'est à vrai dire déjà, avec l'"état d'urgence à vocation permanente" que nous ont offert ces "chers" takfiristes pour Noël avec un mois d'avance...). Mais avec (de nouveau) Hollande ou Juppé à l'Elysée, les choses en resteraient ainsi alors qu'avec Marine Le Pen l'on pourrait s'acheminer très vite vers un 100% au pouvoir (il n'a fallu qu'une année, 1933, en Allemagne avec des nazis pourtant minoritaires - 30-40% - au départ) et avec Sarkozy l'on aurait une situation intermédiaire de - disons - "70% au pouvoir". Un terrain (avec Hollande ou Juppé) connu donc, pour encore 5 années au moins, qui nous permettrait malgré l'état d'urgence vraisemblablement maintenu (et ses perquisitions, assignations à résidence voire centres de rétentions pour "fichés S") de continuer à développer le camp révolutionnaire authentique dont la dynamique depuis quelques années (pour qui observe les choses de manière attentive... et non-crispée sur des dogmes de chapelles) est extrêmement encourageante ; alors qu'avec Le Pen ou un Sarkozy vainqueur de celle-ci d'une courte tête, nous pourrions être confrontés à un arsenal répressif auquel nous ne sommes pas habitués (et peut-être même une personne ayant vécu dans les années 1960, à moins d'être Maghrébine ou Antillaise, ne serait pas habituée).

    Pour autant, encore une fois, toute la subtilité est de parer à cette éventualité sans servir le maintien du Capital au pouvoir sous le masque de la "démocratie parlementaire" (et la réalité... de la contre-révolution préventive permanente) - rappelons que l'antifascisme originel n'a jamais (ni pour Dimitrov, ni pour Mao, ni pour Staline) été conçu pour cela, mais bien comme un moyen (face à un capitalisme ayant "tombé tous les masques") de lancer l'offensive pour la prise de pouvoir révolutionnaire des communistes. Et la première façon d'éviter cela est d'éviter la psychose et la réaction émotionnelle et de se baser sur les faits, rien que sur les faits étudiés à fond du fond au-delà des apparences.

    La vrai danger, en fin de compte, à surveiller est celui qui verrait la porosité droite-FN déjà présente à la base (électeurs FN - même soi-disant "venus de la gauche" - qui lorsqu'ils n'ont plus de candidat votent majoritairement à droite et électeurs de droite qui de plus en plus, dans un choix entre PS et FN, préfèreraient le second)... gagner le sommet, le personnel politique des Républicains qui pour le moment s'accroche encore (à contresens de pratiquement toutes les droites européennes) au "cordon sanitaire" imposé par Chirac à la fin des années 1980 (contre Pasqua et beaucoup d'autres tels Gaudin etc. ; les alliances étaient alors monnaie courante et 6 régions furent même dirigées ainsi entre 1986 et 1992).

    [Cette hostilité réciproque des états-majors puise ses racines dans toute une série de "fractures" historiques au sein de la droite hexagonale : entre "ralliés" et adversaires irréductibles de la République au 19e siècle et jusque tard dans le 20e, catholiques et partisans plus ou moins affichés de la laïcité, vichystes et "français libres" ou encore "Algérie française" et gaullistes et aujourd'hui "européistes" et "souverainistes" ; fractures en réalité bien moins importantes dans les faits qu'elles ne le sont devenues dans les mythes, mais les mythes rétroagissent sur la réalité pour donner cette situation d'impossibilité d'alliance absolument unique en Europe et même dans le monde... en contradiction (tout aussi forte que celle entre les mythes et la réalité !) avec les aspirations d'une grande partie des militants et même des élus locaux qui ne se considèrent pas du tout mutuellement comme des ennemis. À vrai dire il y a aussi un clivage au sein même de la "droite nationale", qui n'est pas une affaire de conception du monde mais plutôt de vision stratégique : la vision que l'on appellera "mégrétiste", affirmant les "valeurs communes" et favorable à l'alliance avec toute droite suffisamment "décomplexée" pour le souhaiter aussi, permet un accès beaucoup plus facile et rapide au pouvoir mais comme force d'appoint, avec le risque de le rester éternellement ; tandis que la vision lepéniste (partagée pour le coup par le père comme par la fille) n'envisage le pouvoir qu'en position dominante absolue... ce qui implique de mobiliser plus large que la droite "classique" et donc d'insister sur les distinctions (anti-européisme, anti-libéralisme, anti-"mondialisme") avec cette dernière plutôt que de les gommer, rendant toute alliance impossible jusqu'à ce que le pari majoritaire soit réussi. Le fait est que - favorisée peut-être par les logiques politiques intrinsèques à la 5e République - c'est la seconde vision qui l'a très largement emporté en termes de mobilisation de masse et notamment de redressement électoral après la scission de 1999 (suivie d'un score catastrophique des uns comme des autres aux européennes, et sans doute du report de beaucoup d'électeurs sur la liste Pasqua-Villiers qui dépassera celle de Sarkozy !) ; rendant la première impossible à mettre en œuvre faute d'atteindre le "poids" politique suffisant pour le faire.]

    Dès lors que des alliances entre la droite "classique" (qui aurait éventuellement évolué vers des positions plus eurosceptiques, protectionnistes, russophiles etc.) et le Front National seraient ouvertement possibles, là oui nous verrions un "saut qualitatif" colossal dans la fascisation de la gouvernance bourgeoise...

    L'on constate certes que le Front National progresse ; et quiconque écoute autour de lui/elle dans la vie de tous les jours remarque la libération du discours (forcément corrélée avec un vote FN, ou expression de la fascisation ambiante générale ? ceci en revanche reste à voir...), surtout dès lors (contrairement à ce que certains pseudo-"maoïstes" ont "toujours affirmé") qu'il est tellement plus facile de s'en prendre à "l'islam" que d'assumer un discours raciste "primaire" ou d'agiter les vieilles thématiques de l'extrême-droite des années 1930-40 (à commencer par l'antisémitisme), et qu'au contraire les "vrais fascistes" (antisémites, contre-les-droits-des-femmes, barbares assassins etc.) ce seraient "eux" - "les musulmans".

    Mais les données chiffrées, qui ne mentent pas, montrent que ce parti progresse dans une bien moindre mesure... que les autres baissent et en particulier la "gauche" ; ce qui n'a rien à voir par exemple avec la situation de l'Allemagne entre 1928 et 1932, où le NSDAP était passé de 810.000 à plus de 13 millions de voix en 4 ans face à une assez nette baisse (certes) des partis de droite (DVP, DNVP), mais un recul très relatif des sociaux-démocrates (d'un peu plus de 9 à un peu moins de 8 millions de voix) et une progression très nette des communistes (KPD, de 3,2 à 5,3 millions) ainsi que du centre-droit (Zentrum). Et si l'on peut entendre assez fréquemment (y compris de la part des défenseurs de l'abstention, qui sont pour la plupart nos camarades) que "les abstentionnistes voteraient de toute façon comme les autres", l'on peut difficilement ne pas être frappé par la corrélation entre les 6 à 7 millions d'abstentionnistes supplémentaires par rapport aux années 1990... et les 2 à 3 millions de voix perdues autant par la droite que par la "gauche" parlementaire [à ce sujet lire ici : http://campvolant.com/2015/12/10/il-ny-a-pas-de-vague-bleu-marine-par-frederic-gilli/].

    Et puisque l'on parle du "recul des autres", celui qui devrait frapper en premier lieu ne serait-il pas celui... de la "gauche radicale", du camp progressiste authentique à la gauche du PS : entre PCF (aujourd'hui dans le Front de Gauche, encore que pas toujours), trotskystes et Verts, presque 5,3 millions de voix à la présidentielle de 2002 contre 3,75 à celle de 2007 soit un recul de presque 30% (et à nouveau 5,4 en 2012, mais grâce au "phénomène Mélenchon" largement retombé depuis...) ; une "extrême-gauche" (NPA, LO etc.) qui divise son score pratiquement par deux à chaque régionales par rapport aux précédentes (1,2 millions en 2004, 662.000 en 2010 et 334.000 cette année) ; et une social-démocratie "radicale" non-PS (PCF seul, Front de Gauche, EELV seule ou avec Front de Gauche) à 2,3 millions de voix contre (Front de Gauche et alliés + EELV) 3,5 millions en 2010 soit moins 34%... Et si le problème était finalement là ?

    Et si, dit autrement, là où les grands partis bourgeois agitent l'épouvantail FN pour continuer leur petite guéguerre d'"alternance" comme si de rien n'était, le camp populaire progressiste sous direction (généralement) petite-bourgeoise cherchait avant tout à éviter de se remettre en question ? Et si par exemple la chasse au "confusionnisme" (en clair aux idées "rouges-brunes", "Dieudonné-Soral") dans ses rangs, pour être bien sûr nécessaire, n'avait conduit en définitive qu'à détourner le regard de la prégnance de conceptions - certes "diluées"/"atténuées"... qui sont à l'"état pur" celles qui mobilisent 90% des électeurs frontistes et non 10% comme les idées dieudo-soraliennes (le 'p''c''mlm' nous servant quotidiennement un "concentré" de ces conceptions "diffuses" ailleurs, la réponse semble s'imposer d'évidence) ? En clair, et si la "puissance" actuelle de l'"alternative" FN au "système" n'était que le résultat de la faiblesse des "anticapitalistes révolutionnaires" ; alors que les quartiers populaires et leurs colonies intérieures comme les périphéries profondes peuplées d'une classe ouvrière sinistrée représentent potentiellement des millions de partisans ?

    En annexe (réponse dans un débat FB) :

    Le FN qui, au 2e tour de 2002, avait certainement fait archi-le-plein est passé d'un potentiel électoral de 5,5 millions (donc) à cette époque à 6,5 millions grand maximum (jusqu'à preuve du contraire, preuve non-obtenue depuis 2012) aujourd'hui. Il a progressé d'un million de voix soit +18% tandis que le nombre d'inscrits sur les listes électorales progressait de 41 à 45 millions soit +10%. Donc il a progressé plus vite que le nombre d'électeurs, c'est vrai... et surtout les autres PERDENT des électeurs d'année en année. Mais ce n'est pas qu'il a "doublé" le nombre de ses partisans comme le laisseraient entendre les chiffres en pourcentage.

    Admettons qu'en 2017 Marine Le Pen récolte 8 millions de voix au premier tour (+1,6 millions soit +25% par rapport à 2012, ce serait ÉNORME). "Séisme politiiiiiiique", ça lui ferait sans doute du 30% ou plus, elle caracolerait vraisemblablement en tête à moins que Juppé (seul candidat à pouvoir le faire) la dépasse de peu. Mais ensuite ? Elle aurait fait le plein des voix et au deuxième tour, PERSONNE n'est JAMAIS devenu président avec 8 millions de suffrages. Y a 46 millions d'inscrits, même avec 50% d'abstention (ce qui serait du jamais vu à une présidentielle) y aurait 23 millions de votants, la barre serait donc à 11,5 millions. Impossible... ça voudrait dire pratiquement multiplier par 2 (par 1,77 exactement) ses électeurs de 2012, alors que cette année-là elle faisait 1,46 fois plus que son père en... 1988 (et 1,16 fois plus qu'en 2002). Face à Juppé, elle serait pulvérisée de l'ordre de 70-30. Sur Hollande ou Sarkozy il pourrait y avoir de moins bons reports de droite ou de gauche (respectivement) qui pourraient nous faire "chaud aux fesses", genre battue par 53-47, c'est l'image de "la Frrraaaaaance" à l'étranger en prendrait un coup mais bon...

    Sérieusement. On a un problème avec un épouvantail qui s'est animé et qui semble sur le point de rompre ses amarres et de devenir incontrôlable... mais ça reste un épouvantail. Il y a BEAUCOUP PLUS que 6 millions de gens qui sont d'accord avec les thèses du FN sur la sécurité, la répression, l'immigration, "les musulmaaaaans" etc. etc. ; mais il y en a... beaucoup moins (de fait même tous ses électeurs ne le sont pas, donc ne souhaitent pas vraiment sa victoire) qui le sont sur son programme économique. Le grand patronat rejette complètement celui-ci (pour la bonne et simple raison qu'il n'est pas de son intérêt)... et on n'a jamais vu un parti fasciste au pouvoir s'il n'est pas le parti du grand patronat (pas du petit, qui peut toujours gueuler).

    Il y a beaucoup moins de grands patrons favorables au FN qu'il n'y en avait pour les thèses des ligues d'extrême-droite (qui contrairement au FN étaient par contre très divisées) dans les années 1930 ; thèses qui sur le plan économique sont d'ailleurs devenues en grande partie... la vision GAULLISTE de l'économie, celle au pouvoir dans les Trente Glorieuses et qui était ce qu'il "fallait" au Capital tricolore à cette époque. Et malgré cela... il est vraisemblable que sans l'évènement EXTRAORDINAIRE (dont même des attentats à 1.000 morts ne seraient jamais l'équivalent) de la défaite et de l'invasion de 1940, il n'y aurait jamais eu Vichy.

    La République rad'-soc' (centrée sur le Parti radical qui s'alliait un coup un gauche, un coup à droite) aurait continué à "gérer" le capitalisme avec la préférence de la majorité du patronat (préférence pour le système républicain qui est le vrai enseignement du 6 février 1934) ; face à une extrême-droite à 30% peut-être (les Croix-de-Feu qui se présentaient aux élections à cette époque n'en étaient pas loin)... et en reprenant petit à petit ses "bonnes" propositions. De crise en crise, éventuellement à travers une grosse crise de régime comme celle de 1958, elle aurait évolué vers ce que l'on a appelé plus tard le gaullisme. Le "pôle" idéologique "républicain" était encore tout à fait en position de force et capable de gérer la situation en 1938-39, au point que (encore eux) les Croix-de-Feu/PSF qui étaient la principale force d'extrême-droite avaient rejeté ouvertement toute volonté de renverser la République par la force et commençaient même... à s'allier avec les radicaux et à soutenir Daladier à l'Assemblée, un peu comme si le FN s'alliait aujourd'hui avec le PS et soutenait Valls et Hollande (ses députés ont ouvertement soutenu et voté l'état d'urgence à l'Assemblée, cela dit) !

    Ce qu'il s'est passé c'est que cette bourgeoisie "républicaine" (qui était au pouvoir et dirigeait les opérations) a été militairement écrasée... par l'Allemagne, ce qui a alors pu naturellement déboucher sur la capitulation politique du 10 juillet 1940, avec le vote des pleins pouvoirs à Pétain, face aux forces considérées jusque-là comme "hors-République" (et il faut encore souligner que beaucoup de ces forces, par nationalisme viscéral... refuseront dès le départ l'occupation et la collaboration et entreront dans la Résistance - des gens des Croix-de-Feu, de l'Action française, de la Cagoule même ; alors que l'immense majorité des "républicains" radicaux, libéraux ou conservateurs soutiendra le régime jusqu'au débarquement d'Afrique du Nord au moins !). Aujourd'hui, peut-on envisager sérieusement une telle défaite de l'Armée française et une invasion du territoire ? C'est bien improbable...

    Aujourd'hui on a une crise équivalente à celle de 1929 (voire même pire que ce que celle-ci avait été en Hexagone) et un champ politique traditionnel qui donne effectivement un peu le tableau de celui des années 1930, ou alors des années 1950 (IVe République). Il est donc logique que l'extrême-droite soit très forte : elle est le symptôme d'une aspiration à "remettre les choses en ordre" qui est non seulement celle d'une partie de la bourgeoisie, mais aussi voire surtout d'une partie des masses populaires particulièrement aliénée à la conception bourgeoise du monde. Mais de là à ce que s'installe le fascisme... Différence avec l'Allemagne de 1933 ? Ben déjà on n'a pas un Parti communiste marxiste-léniniste qui fait 5 à 6 millions de voix (+ une social-démocratie à 7-8 millions qui n'est pas l'équivalente de notre PS mais disons d'un Front de Gauche + "frondeurs" du PS + NPA) ; et un État de 180 millions d'habitants dirigé par des marxistes-léninistes à quelques centaines de kilomètres de nos frontières. Hitler n'a pas "gagné les élections", il était à 33% et avait même entamé un sérieux déclin électoral (2 millions de voix perdues entre juillet et novembre 1932) ; il a été APPELÉ au pouvoir par la bourgeoisie allemande pour les raisons qui précèdent.

    Là où tu as raison c'est sur la reprise/contamination des idées... mais ça ça fait 30 ans que ça dure, c'était déjà le cas quand il faisait 12% et c'est précisément CE À QUOI IL SERT, le FN ! Un ÉPOUVANTAIL dont on reprend et applique "à pas feutrés" les idées parce que "sinon il va finir par arriver au pouvoir"... Les idées sur le plan de "comment faire fermer leurs gueules aux classes dangereuses" surtout ; parce que le programme économique "anti-mondialiste" ça non. En fait même les électeurs FN ne se retrouvent pas vraiment dans ce qui est un grand "flou artistique" volontairement entretenu. L'électeur FN "de base" est un "libéral-protectionniste" : "durcir" les frontières contre les produits étrangers et "moins d'charges sur les entreprises pour qu'elles puissent embaucher" ici en Hexagone... Mais il y en a aussi qui sont en quête de sécurité, qui s'accrochent à leur seul "petite supériorité" à savoir leur PRIVILÈGE BLANC, ou qui sont simplement islamophobes (même pas racistes au sens général) mais qui voudraient une politique économique "à la Mélenchon". Mais le programme du FN n'est pas "à la Mélenchon", il peut donner cette image à certains de ses comparses étrangers comme Farage ou Wilders qui sont de VRAIS libéraux-protectionnistes, mais il ne peut pas assumer un tel programme face à toute une partie de son électorat qui est constituée de petits employeurs ou d'indépendants...

    Il a une marge de progression du côté des gens (généralement diplômés, cadres etc.) qui partagent ses idées SAUF sur l'économie, la fermeture à l'Europe et au monde etc. ; mais s'il évolue là-dessus pour gagner ces personnes il perd d'autres électeurs par l'autre bout. Bref. Il a un gros problème de ce côté-là ; alors que le programme nazi était EXACTEMENT ce qu'il fallait au Capital allemand pour surmonter la crise tout en conjurant le communisme et en détournant les travailleurs allemands de la révolution (c'était au contraire son projet totalitaire sur le plan politique, et militariste aventuriste en politique extérieure qui générait plutôt des réticences bourgeoises dans ce cas-là).

    Donc le FN au pouvoir, ce n'est pas encore tout à fait acté. Il est là et il va rester comme un cancer toujours plus menaçant, mais au stade où l'on en est "la Républiiiiique" reste pour le Capital "le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres" et arriver à gérer le capitalisme comme il faut, y compris sur le plan sécuritaire comme on peut encore le voir en ce moment. L'on voit mal ce qui pourrait changer cela à part une situation de guerre civile (pas quelques attentats, même très rapprochés dans le temps) ; et même encore là ce ne serait pas "le FN prend le pouvoir" mais plutôt "la classe politique fait bloc en incluant le FN et en reprenant 90% de ses propositions"... comme en 40 quoi ! (d'ailleurs n'y est-on pas déjà un peu ?)

    => Eh oui car après tout, lorsque l'on y pense, à quoi riment toutes ces histoire de "scores" et de "faire barrage" lorsque l'on sait que le fascisme, dans l'histoire, n'a JAMAIS accédé au pouvoir "simplement" par le biais d'une élection : il l'a toujours fait par le coup de force (voire par la guerre civile), même en Allemagne (contrairement à la légende) où Hitler a été "appelé" au pouvoir alors qu'il ne représentait que le tiers des électeurs et s'est ensuite totalement emparé de celui-ci par la violence, la manipulation et la terreur pour mettre en place sa dictature ouverte totalitaire... Il existe certes aujourd'hui (ou a existé dans un passé récent) des régimes de contre-révolution préventive très "durs" et ouvertement réactionnaires reposant sur des élections "pluralistes", un régime "démocratique"/"républicain" parlementaire et un "fait" électoral majoritaire répété plusieurs fois de manière totalement "libre" : Bush-Cheney aux États-Unis, Berlusconi en Italie, le Likoud et ses alliés d'extrême-droite en Israël, Poutine en Russie, Viktor Orbán en Hongrie, peut-être Donald Trump refermant la parenthèse sociale-libérale Obama aux États-Unis demain, etc. Mais il faudrait alors leur envisager un autre nom, comme peut-être ce fascisme moderne tant décrié par d'aucuns (inventé par la Gauche prolétarienne face à un gaullisme qui correspondait déjà un peu à cette définition) ; car le fascisme au sens strict (les régimes du 20e siècle que l'on qualifie communément ainsi) ne s'est jamais mis en place "démocratiquement" par les urnes (et il est donc, répétons-le, illusoire et ridicule de prétendre lui "faire barrage" par ce biais : il ne se combat, en vérité... que par les armes). Et au demeurant, ces régimes de "contre-révolution préventive dure" ne changent généralement rien à la Constitution de leur État... ni même véritablement aux lois (sauf aux États-Unis avec le Patriot Act après le 11 Septembre) : ils ne font le plus souvent qu'utiliser l'arsenal législatif... déjà présent et disponible quels que soient le gouvernement et la majorité politique en place (en Italie les lois "anti-subversives" remontent... au fascisme mussolinien et ont été maintenues après sa chute !), et qu'il suffit d'appliquer dans toute sa rigueur ; ce qui ne peut que faire relativiser l'idée... et la nécessité même d'un changement "révolutionnaire" de régime en faveur du fascisme comme cela s'est vu dans un certain nombre de pays (dont l’État français en 1940-44) au siècle dernier.

    D'ores et déjà "premier parti de France" et disposant encore (sans doute) d'une certaine marge de progression, le Front National pourrait donc tout à fait être "convoqué" au pouvoir sans que la question de gagner beaucoup plus de voix (et de lui "faire barrage" pour ses adversaires...) n'entre quoi que ce soit en ligne de compte. Mais outre que le système de la 5e République (cette fameuse 5e République... dont bien des fascistes des années 1930 se seraient largement contentés !) ne le permet en principe pas (il faut être élu pour être Président, et disposer d'une majorité parlementaire pour être Premier ministre)... n'est-il pas en fin de compte beaucoup plus simple d'y "convoquer" ses IDÉES, sans les hommes (et les femmes) dont l'exercice du pouvoir pourrait s'avérer dangereux voire désastreux ? Et cela, à vrai dire, n'y sommes-nous pas déjà un peu ?

    Le Front populaire de 1936 (référence absolue, bien sûr, de tous les partisans y compris pseudo-"maoïstes" du "vote barrage") n'est absolument pas entré dans l'histoire pour avoir fait barrage au fascisme ; puisque déjà en 1938-39 le "Parti social français" (ex-ligue des Croix-de-Feu) cartonnait aux élections et se rapprochait même... du Parti radical au pouvoir (pour qui le "Front antifasciste" tel que "compris" par Thorez avait souvent conduit à voter, et qui avait 110 députés) ; et qu'en 1940 la catastrophe majeure de la débâcle militaire verra s'instaurer le régime de Vichy et la "Révolution nationale" sans que rien ne puisse s'y opposer (et surtout pas... les élus du Front populaire en question, de l'Assemblée élue en mai 1936, dont 80 seulement voteront contre !).

    Le Front populaire est entré dans l'histoire pour les immenses conquêtes sociales qu'il a permises ; des choses aussi inimaginables à l'époque... que leur inexistence le serait aujourd'hui (congés payés, temps de travail maximum hebdomadaire, la sécurité sociale attendra 1945 et le salaire minimum les années 1950 mais l'idée était déjà dans les tuyaux). Il est entré dans l'histoire comme un grand moment de mobilisation populaire progressiste radicale et révolutionnaire, préparant la Résistance antifasciste qui en sera un autre (et dont l'issue victorieuse verra la mise en place définitive de ces réformes sociales) ; l'un de ces grands... et rares moments de mobilisation populaire révolutionnaire des 200 dernières années. Et la vraie problématique d'aujourd'hui est finalement moins les scores du FN que la non-possibilité d'une telle mobilisation.

    Que ceux qui lancent des incantations au "Front populaire" commencent donc par le commencement, à savoir rendre possible de tels nouveaux 1936 ! Le Front populaire comme évènement tutélaire de l'histoire prolétarienne hexagonale n'a JAMAIS consisté en un simple "vote barrage" à l'extrême-droite !


    À lire : la position de Voie Prolétarienne ainsi que celle du Bloc Rouge (qui portait sur le premier tour).

    Et puis (encore une fois de plus) l'article de Quartiers Libres avec de très bonnes analyses.

    Résultats du second tour des régionales : du nouveau sous le soleil, vraiment ?


  • Commentaires

    1
    Adrien
    Mardi 15 Décembre 2015 à 17:40

    Salut et merci pour ce long article, toujours très juste dans le propos. J'ai une question qui porte sur la victoire Indépendantiste Corse. J'ai trouvé très peu d'infos à leur sujet. Est-ce que c'est un melting-pot idéologique? Il y a des forces communistes à l'intérieur? Progressistes?

    2
    Mercredi 16 Décembre 2015 à 10:45

    Salut Adrien,

    Des "forces communistes ou progressistes" dans la coalition autonomiste-indépendantiste victorieuse ? En vérité NON, je ne crois pas.

    "A Manca" ("La Gauche"), qui correspondrait à cette définition, prônant un "socialisme démocratique et autogestionnaire" et longtemps parti-frère local du NPA (avant de prendre quelques distances), avait appelé au boycott de ces élections en pourfendant les "nationalistes libéraux petits-bourgeois" : http://www.a-manca.net/appel-au-boycott-position-de-la-manca-pour-les-territoriales-2015/

    La principale force de la coalition, Femu a Corsica, autonomiste, est très composite et classée par Wikipédia au centre-gauche, ce qui correspond en effet à ses alliances hexagonales et internationales (EELV, Alliance libre européenne). Mais difficilement classable en vérité. Historiquement ce sont les héritiers du courant des frères Simeoni (Edmond et Max), ceux qui avaient fait l'opération d'Aléria et de la taule pour ça, mais qui ensuite se sont toujours opposés à la "propagande armée" - et dont les prises de position ont toujours été réputées de centre-gauche en effet. Gilles Simeoni, qui va devenir donc certainement le président de l'exécutif corse, est le fils d'Edmond qui s'est fendu de ce "discours historique" dimanche soir : http://m.france3-regions.francetvinfo.fr/corse/video-discours-d-edmond-simeoni-885045.html

    L'autre force, Corsica Libera, est sur des positions plus radicales : indépendantistes, souvent plus sociales mais parfois aussi... plus "populistes" et droitières. Mais enfin autour d'eux, dans la Ghjuventù Indipendentista notamment, il y a des gens comme le prisonnier politique Niculaiu Battini https://www.facebook.com/cardone.tragulinu qui sont sur des positions clairement progressistes et antiracistes.

    Par exemple, une des questions où leurs positions font le plus hérisser le poil de ce côté du Mare Ligure, c'est l'immigration. Le mouvement a dégagé une position officielle qui est de "Corse terre d'accueil" et de "nationalité inclusive", de refus du racisme et de la recherche de boucs émissaires, etc. etc. Mais il faut comprendre aussi que la question de l'immigration, dans leurs têtes, est liée à celle de la disparition du Peuple corse sur sa terre, au risque de se retrouver minoritaires. Ils sont même convaincus qu'il y a un "plan" pour ça, que c'était ce que prônait le rapport commandé par la DATAR au Hudson Institute en 1972 : Corses "de souche" minoritaires dans l'île, donc minoritaires dans les urnes, plus de "problème corse"... Donc ils parlent souvent de "préférence corse" à l'emploi ou à l'accès à la propriété, des Corses "seule communauté de droit sur la terre de Corse", etc. etc., des trucs qui font forcément dresser les cheveux chez les progressistes continentaux. Mais il faut comprendre les craintes auxquelles c'est lié.

    Plus prosaïquement, tu connais ma position sur l'immigration : c'est en quelque sorte venir se "rembourser" de ce que l'impérialisme a pillé dans les pays du Sud. Sauf que la Corse est elle aussi dans une certaine mesure victime de l'impérialisme français, et l'on peut donc légitimement estimer qu'elle n'est pas l'endroit le plus approprié pour se "rembourser" ainsi, que les grandes métropoles du continent le sont plus... À vrai dire, on a un peu le même problème en Guadeloupe, en Guyane ou à Mayotte qui sont les territoires "français" faisant face... à la plus forte immigration. Sauf que là, c'est plutôt le SILENCE RADIO du côté de la gogôche bobo francouille, tellement ça sort complètement de leurs schémas de pensée : des Noirs xénophobes avec d'autres Noirs, c'est tout simplement inconcevable à leurs cerveaux alors ils n'en parlent pas ; et pourtant c'est une réalité. Par contre, les Corses, ils ne vont pas louper une occasion de les faire passer pour de gros consanguins racistes.

    Une autre chose qui avait été expliquée dans un article il y a qqs mois http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/a-manca-sur-les-recents-evenements-racistes-survenus-en-corse-a117952992 ; c'est ce que résume d'une formule formidable l'historien belge Pauwels : mettre aux gens "un uniforme sur le dos" pour "dès lors, ils puissent aller jouer au patron chez les Noirs" ; plutôt que de rester "des emmerdeurs" au pays... Ça ça a été un fait absolu aux 19e et 20e siècles en Corse, comme en Occitanie d'ailleurs, et ça a forcément laissé des traces (bien plus que ceux qui t'expliqueront le sentiment anti-arabe par les raids barbaresques sur les côtes jusqu'au 19e siècle). On parle souvent de l'influence négative des Pieds-Noirs, mais c'est qui les Pieds-Noirs ? Souvent des gens d'origine corse, qui sont rentrés au pays (nous en Occitània on a pris les Occitans, les Espagnols et les Italiens, plus les Corses qui ne "rentraient" pas dans l'île) et qui ne forment donc pas une communauté "à part" mais se sont re-fondus dans la population... avec leurs idées bien arrêtées sur les Arabes, apparus vers la même époque.

    Face à ces évènements dont je parlais dans l'article, une partie du mouvement de libération avait réagi en biaisant et esquivant ; une autre avait été plus franche et directe et dit clairement que s'en prendre aux Arabes c'est protéger le vrai colon, le "Français". Il semble aussi qu'à côté de cette hostilité qu'on sent palpable, avec les "Arabi fora" sur tous les murs, il y ait aussi le plus grand nombre de "France" d'unions mixtes locaux-maghrébins et donc d'enfants binationaux... un truc que l'on observe aussi dans des zones comme la Provence (Marseille, Toulon, Nice etc.), le Nord ou la Lorraine où pourtant le FN cartonne. C'est paradoxal la vie des fois...

    La réputation de racisme peut aussi venir du fait que culturellement le Corse n'appelle pas les flics planqué derrière ses rideaux, mais descend régler le problème... ce que tu peux déjà constater sans être arabe mais simplement en mode traveller : ici tu vois arriver les flics, appelés par quelqu'un qui n'a rien à foutre de ses journées que d'épier par sa fenêtre ; là-bas le gars vient te dire en direct que ça le dérange et t'inviter à aller ailleurs. Plus racistes ou simplement moins lâches/pétainistes ?

    Pour revenir sur la nature de classe du mouvement, il faut voir... que c'est tout simplement celle de la société corse elle même : jusqu'au années 60 on a une société de paysans conservateurs et (même si le souvenir des horreurs de la conquête peut rester vivace localement) LÉGITIMISTES donc pro-français, avec une petite classe ouvrière en développement mais solidement encadrée par un PC farouchement loyaliste pro-français. Dans les années 60-70 l'emploi se diversifie, les étudiants se multiplient (sur le continent à l'époque, pas d'université en Corse jusqu'en 82 !) et en même temps l'"aménagement du territoire" qui se fait complètement par en haut, depuis Paris, de manière complètement coloniale, si bien que le sentiment national se développe, et les étudiants en question viennent le nourrir avec les idées de la gauche radicale universitaire de l'époque, bien que beaucoup aient aussi fait leurs armes... dans les groupes de droite "anti-gauchistes" (donc dès le départ grosses contradictions internes à ce niveau). Et puis à partir de la même époque se développe le tourisme et toute une petite bourgeoisie liée à ce secteur, dont une grande partie se retrouve dans les rangs nationalistes mais avec les idées libérales/poujadistes et anti-socialistes que dénonce A Manca, sans parler de la contradiction de dénoncer des "Français" et un "tout-tourisme"... dont ils vivent et tirent 95% de leurs revenus sur 3 mois de l'année.

    Pour ce qui est de l'extrême-droite à proprement parler, il y a la branche locale des Identitaires (Identità Corsa) qui est sur la ligne néo-maurrassienne de ceux-ci ("région"-France-Europe), et puis le Cercle Petru Rocca/"Corsica Patria Nostra" qui lui est sur une ligne clairement anti-française (comme Adsav en Bretagne) et dénonce vertement les premiers pour leur triptyque incluant la France... mais est composé de gens n'ayant AUCUNE histoire dans le mouvement de libération nationale, revenus du continent il y a quelques années après y avoir fait toute leur vie politique au FN ou au MNR, et en réalité les choses sont très simples : le Cercle est une succursale des néofascistes italiens (Casapound) comme le Petru Rocca en question était un agent de Mussolini... c'est tout simplement du néo-irrédentisme !

    On parle aussi d'une certaine porosité entre vote natio aux élections locales et FN aux présidentielles, mais ça reste à vérifier (dans tous les cas les militants nationalistes sont anti-FN à mort, parti jacobin s'il en est).

    Quoi qu'il en soit, et avec tout le respect dû aux camarades locaux (A Manca, U Cumunu etc.) qui ne sont pas forcément "aux anges" de ce résultat, le constat de fait est que ce qui règne là-bas en ce moment est une atmosphère de liesse et de victoire. Parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que 90% des gens qui ont lutté et sont pour certains allés en taule ne l'ont jamais fait pour autre chose que ça : voir le camp patriote au pouvoir dans l'île. C'est pas comme au Pays Basque où il y avait le mot d'ordre "indépendance et socialisme", et donc le PNV ou même Bildu au pouvoir c'est pas franchement ça, ça ne peut pas être vécu comme une victoire (puisqu'il n'y a ni indépendance, ni encore moins socialisme) - les natios bourgeois gèrent de toute façon la Catalogne et le Pays Basque depuis 35 ans, y a donc pas de "séisme". On est pas dans l’État espagnol, on est dans l’État français et ça veut dire qu'on ne peut pas encore se permettre d'être trop difficiles ni sectaires face aux évènements de ce type.

    Là-bas le sentiment est de vivre un moment historique. Alors nonobstant toutes les critiques, je pense qu'on ne peut pas bouder ce plaisir ; pas pour ce que vont faire ces élus (sans doute rien de particulier, ni de très progressiste... ni de réactionnaire) mais pour ce que ça représente pour des dizaines de milliers de gens, la joie que ça soulève chez des gars qui sont actuellement en taule pour leur combat (qui de nos grrrrands marxistes-léninistes ou maoïstes, sans doute prêts à me dire que je "défends le nationalisme bourgeois", est actuellement en taule pour la cause du prolétariat ??), et le coup de pied dans la fourmilière que ça met, la volonté populaire d'en finir avec l'existant que ça exprime - c'est d'ailleurs ça, et pas ce que vont faire les élus, qui fait bien chier nos dominants et je vais te dire que HEUREUSEMENT qu'il y avait la non-victoire du FN pour monopoliser l'actualité et ne pas avoir à en dire un mot, ni à engager le moindre débat là-dessus !

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