• 50 ans après, se souvenir du 17 Octobre 1961


    Il y a 50 ans, le massacre ordonné par le préfet de l'entité francouille MAURICE PAPON faisait entre 150 et 300 mort-e-s à Paris. S'inscrivant bien sûr dans le contexte des "évènements" de la Guerre de Libération algérienne, le 17 Octobre sanglant (pire massacre de prolétaires, dans la capitale de l'Hexagone bleu-blanc-rouge, depuis la Commune !) marque aussi, pour Servir le Peuple, l'acte de naissance de l'Empire colonial intérieur : les populations "importées" pour leur force de travail depuis les jeunes ex- (et néo-)colonies, parfois au moyen de véritables "sergents recruteurs" de Bouygues, Renault etc. ; parquées alors dans les bidonvilles et bientôt dans les cités-ghettos HLM, et se voyant appliquer en métropole même des méthodes d'administration et de contrôle directement inspirées (en les modernisant) du colonialisme. Une situation d'oppression particulière appelant une auto-organisation particulière, en lien indissociable, dialectique, avec la révolution prolétarienne hexagonale et mondiale. Situation qui peut aussi expliquer (même si ce n'est pas le seul facteur) le sentiment de fraternité éprouvé vis-à-vis de la Palestine, même si l'oppression y est, disons, "un cran au dessus" (mais bien sûr, il y aura toujours des gens pour mettre cela sur le dos de "l'antisémitisme culturel des banlieues islamo-fascistes").

    C'est cette continuité que l'article des Indigènes de la République, ci-dessous, ne manque pas de souligner en prenant pour exemple la "chasse aux racailles" lancée en 2007 par Sarkozy à Villiers-le-Bel.

    Continuité frappante, aussi, bien sûr, à travers la figure de Papon, emblème de l'administration francouille "vichysto-résistante" de l'époque : le déporteur de Juifs (et tss-tsss pas de "c'était l'Occupatioooon" : Papon sévissait certes à Bordeaux, occupée dès 1940, mais ses comparses raflèrent 11.000 Juifs en août 1942 en zone "libre" - Lyon etc. - sans le moindre uniforme allemand à l'horizon !) devenu massacreur de Maghrébins après s'être rallié au "Général Micro" de 1940. Passerelle entre fascisme d'hier et d'aujourd'hui, de Barrès (d'ailleurs célébré par... Sarkozy en 2007 !) aux "apéros" anti-musulmans et autres "marches des cochons"... Un esprit vichyste toujours bien vivant aujourd'hui, comme peuvent en témoigner Rroms et autres sans-papiers. Quand elle vous le dit, Marine, que la fRance est éternelle !!! 

    Article du PIR :  

    17 octobre 1961 : notre mémoire ne se brade pas !


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    L’année 2011 marque le 50e anniversaire d’une date funeste : le massacre du 17 octobre 1961. Ce jour là, des manifestants (femmes, hommes et enfants) marchaient pacifiquement, à l’appel du FLN, pour dénoncer le couvre-feu discriminatoire dont ils étaient victimes et la dure répression qu’ils subissaient alors.

    Même s’il a fallu pour ce faire attendre quarante années, la plaque commémorative inaugurée en 2001 sur le pont Saint-Michel par le maire de Paris a constitué un premier pas dans la reconnaissance officielle de ce crime. Cette avancée est le fruit du travail de nombreuses générations d’immigrés et de leurs enfants, et perpétué notamment par le collectif « 17 octobre 61 » qui, cette année encore, se mobilise pour que soient pleinement reconnues les responsabilités de l’État français dans ce massacre.

    Un arc de forces de plus en plus large se prononce en faveur de cette revendication. Il faut s’en réjouir. Mais, il est nécessaire également de s’interroger sur les conditions et les ambiguïtés de ce grand ralliement.

    « Ni vengeance, ni repentance », voilà en effet le credo final de l’appel signé par nombre de personnalités et relayé par Mediapart pour la « reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961 à Paris ». Pour ses rédacteurs, c’est la « justice de la vérité » et la « réconciliation des peuples » qui motivent leur initiative.

    Si l’on s’accorde sur la nécessité d’une reconnaissance du crime par l’État français, qu’est-ce qui est au juste mis en cause sous les termes de « vengeance » et de « repentance » ? Les initiateurs de cet appel craignent-ils que les anciens colonisés et leurs descendants aillent « trop loin », qu’ils et elles fassent preuve de « ressentiment » ou de « haine » ? Même si ces craintes ne sont pas forcément partagées par tous les signataires, cette mise en garde (« Ni vengeance, ni repentance ») est au moins un gage que cette revendication sera portée par des mains supposées responsables. Des mains dont les intentions seraient claires, et qui sauraient, elles, les expliciter face aux sommations récentes pour « en finir avec la repentance coloniale ». Des sommations comme celles énoncées par Nicolas Sarkozy lors de son discours de Toulon (début 2007), qui nous demandait, à propos des colons d’hier, « de quel droit jugez-vous », « de quel droit demandez-vous aux fils de se repentir des fautes de leurs pères, que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination ? » Le Président de la République nous a ainsi prévenus : « si la France a une dette morale, c’est d’abord envers eux ». Pour contrer cette injonction et ce renversement des torts, un débat responsable impliquerait notamment de reconnaître la légitimité du ressentiment des anciens colonisés et de leurs descendants. Nous n’exigeons pas de chaque Français qu’ils se « repente » mais de l’État qu’il reconnaisse ses crimes comme nous exigeons de lui des excuses officielles ainsi que l’inscription dans les programmes scolaires des crimes coloniaux. Les mises en garde de l’appel parrainé par Mediapart sont donc au mieux inappropriées, au pire insultantes.

    La « soirée de fraternité » qui a médiatisé l’appel de Mediapart a aussi été l’occasion de donner une tribune à David Assouline, sénateur, secrétaire national à la communication et la mobilisation du Parti socialiste, et acteur de l’équipe de campagne de Martine Aubry. À ce titre, et à l’aune des prochaines élections présidentielles, il est clair que sa présence et sa prise de parole n’ont rien d’hasardeux. Il est pour le moins particulièrement optimiste d’attendre du Parti socialiste qu’il se saisisse de l’occasion pour entreprendre la reconnaissance de sa propre implication dans les exactions coloniales et sa collaboration dans la consolidation de l’État raciste. L’histoire de ce parti en est indissociable. Souvenons-nous de François Mitterrand, qui en 1954, alors ministre de l’Intérieur, parlait d’ « abjecte rébellion algérienne », de sa « volonté de maintenir l’Algérie dans la République Française » ainsi que celle d’« employer tous les moyens pour préserver la France » : c’est bien lui qui n’admettait pas « de négociations avec les ennemis de la patrie » car « avec eux, la seule négociation, c’est la guerre, la guerre totale jusqu’à leur élimination. » C’est aussi le gouvernement du socialiste Guy Mollet qui, ayant obtenu des « pouvoirs spéciaux », donna pleins pouvoirs à l’armée qui en disposa de la manière que l’on sait en Algérie (tortures à échelle de masse, quadrillage de la population, etc.). Cette politique se poursuit aujourd’hui dans l’implication de ce parti dans toutes les politiques impériales de l’État français, sans négliger son soutien à la colonisation de la Palestine.

    Le rôle des collectifs engagés autour de la mémoire du 17 octobre 1961 n’est pas de livrer cet engagement sur un plateau au Parti socialiste qui feint de se montrer tout disposé à entendre nos revendications alors que des échéances électorales de premier ordre l’attendent.

    La mémoire de cette histoire n’est pas à brader, elle doit être une force vive pour façonner nos luttes d’aujourd’hui et pour comprendre les défis auxquels nous faisons face. Se contenter de mettre l’accent sur la responsabilité exclusive du préfet Maurice Papon constitue, par exemple, un obstacle à la prise en considération de l’implication des plus hauts niveaux de l’appareil d’État dans le crime du 17 octobre.

    Notre travail consiste à faire le lien entre cet événement et le racisme qui organise notre société contemporaine, et notamment avec la perpétuation de violences policières systématisées. Pour exemple, on relève souvent que c’est la petite phrase de Papon (« Pour un coup donné, nous en porterons dix ») qui a donné l’élan suffisant aux agents de la police française et à ses supplétifs pour déchaîner une violence hors du commun qu’ils savaient « autorisée ». Mais aujourd’hui, combien de petites phrases pour déchaîner l’appareil policier ou judiciaire à l’encontre des descendants de colonisés ?

    Deux jours après les révoltes de Villiers-le-Bel, le 29 novembre 2007, Nicolas Sarkozy déclarait devant des policiers et les gendarmes réunis au ministère de la Défense : « Mettez les moyens que vous voulez (...), ça ne peut pas rester impuni, c’est une priorité absolue. » Ces moyens ont notamment consisté en une distribution massive de tracts proposant la rémunération de témoignages anonymes. Il ne faut pas non plus oublier l’extraordinaire descente de CRS, de membres du Raid comme de la police judiciaire, tous en tenues anti-émeutes, qui ont pénétré les immeubles des habitants du quartier, armés de béliers pour défoncer les portes. Aujourd’hui, on parle de probables subornations de témoins. Ces déploiements d’exception ont conduit à l’arrestation de cinq présumés coupables dont le procès en appel est aujourd’hui en cours.

    Garder en mémoire le massacre organisé du 17 octobre 1961, c’est ne pas cesser de remettre en cause le caractère colonial, racial et impérialiste de l’État français.

    Parti des Indigènes de la République, Le 16 octobre 2011.

     

    Article aussi de Rebellyon, avec lien vers des documents d'époque :

    La rafle du 17 octobre (documents d’archives)

    Le 17 octo­bre 1961, en plus du mas­sa­cre per­pé­tré dans les rues de Paris, la Préfecture de police a pla­ni­fié l’incar­cé­ra­tion d’au moins 11 538 per­son­nes d’ori­gine algé­rienne – et 12 520 au plus, en recou­pant dif­fé­ren­tes sour­ces docu­men­tai­res de l’admi­nis­tra­tion. Des per­son­nes entas­sées durant plu­sieurs jours au Stade Coubertin, au Palais des sports de la porte de Versailles, dans le hall du Palais des expo­si­tions, et dans deux cen­tres poli­ciers du 3e arron­dis­se­ment et du quar­tier de l’Opéra.

    Dans ces lieux, selon des témoi­gna­ges concor­dants, plu­sieurs d’entre elles ont été vic­ti­mes d’exé­cu­tions som­mai­res – on estime qu’au moins 200 per­son­nes d’ori­gine algé­rienne ont péri dans la nuit du 17 octo­bre. Des notes confi­den­tiel­les de la Préfecture de police de Paris, alors diri­gée par Maurice Papon, et datées du 18 octo­bre 1961 à 6h30 du matin, comp­ta­bi­lise cette hor­reur. Les per­son­nes arrê­tées sont réper­to­riées par la police sous l’acro­nyme “FMA”, pour Français musul­mans d’Algérie.

    La suite à lire sur : http://owni.fr/2011/10/14/la-rafle-du-17-octobre-1961


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    Médine 17 octobre 1961 par Zindef93

     

    Déclarations communistes pour le cinquantenaire du massacre

    PCmF :

    17 octobre 1961-2011 : Honneur à celles et ceux qui sont tombés
    pour la Justice et la Liberté !


    Le 17 octobre 1961, après la décision du préfet de Paris Maurice Papon d’établir un couvre-feu discriminatoire contre les ressortissants algériens (enfants, femmes, hommes), le Front de Libération Nationale décide d’appeler à une manifestation pacifique de protestation. Bien entendu cette manifestation est interdite.

    De nombreux travailleurs algériens et leurs familles vivent à cette époque dans des bidonvilles, dans une misère indescriptible, avec seulement quelques points d’eau. Les hivers sont très froids à cette époque, le sol est gelé, et seuls des chauffages rudimentaires permettent de faire cuire la nourriture, se laver. L’éclairage est fait de bric et de broc.

    Le bidonville le plus peuplé est celui de Nanterre. C’est de là que vont partir des milliers d’Algériens en cortège vers le centre de Paris où doit se dérouler la manifestation. Le chemin est long.

    Le courage et la détermination des manifestations malgré la fatigue de la journée de travail exercé dans des métiers pénibles et dangereux comme la chaîne à l’usine, le bâtiment, le nettoyage, etc.
     
    Arrivé à hauteur du Pont de Neuilly, un immense barrage de police est déployé. Il bloque la manifestation et attaque le cortège pacifique avec une violence incroyable. Les manifestants sont frappés à coups de crosse de fusil, tirés à vue, frappés à coups de matraque, et pour finir, nombre d’entre eux, ensanglantés, morts, évanouis, sont jetés par-dessus le pont de la Seine où ils se noient dans l’eau glacée.

    Les autres manifestants ou ceux partis d’autres endroits sont raflés par milliers le jour même et les jours suivants, matraqués, jetés comme des chiens dans les paniers à salade. Sur le pont St Michel, les manifestants sont encerclés et tabassés, jetés dans la Seine. Au cinéma Rex où est prévu le regroupement pour démarrer la manifestation, la police tire sur la foule. C’est la grande rafle, comme celle menée par la police parisienne de nuit contre les Juifs qui furent concentrés au Vél’ d’Hiv puis remisés à Beaune la Rolande en attendant leur départ parqués pire que des bêtes dans des wagons à bestiaux scellés, jusque dans les camps de la mort, où ils seront exterminés. À cette époque, Maurice Papon, fonctionnaire scrupuleux au service de l’État fasciste et collaborationniste de Vichy, signait sans état d’âme à Bordeaux l’arrestation de centaines de Juifs qui finiront gazés à Auschwitz.

    De nombreux personnages criminels, tortionnaires du type Papon et autres ont été déclarés irresponsables, n’ayant fait qu’obéir, d’autres furent blanchis comme Bousquet dont Mitterrand est resté l’ami malgré ses turpitudes. La plupart n’ont encourus que de courtes peines, certains furent ignorés, voir aidés à se cacher ou à s’enfuir pour servir contre le communisme, les travailleurs, les mouvements de libération nationale comme le FLN, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, etc.

    Le 17 octobre 1961, le fascisme, le racisme a montré son visage au grand jour. Ce n’était pas un « incident » passager. La bête immonde tenue en laisse par la classe dominante et son appareil d’État  est en réserve. Aujourd’hui même il faut être vigilant. Une forme de « fascisme moderne » se fait jour au moyen de l’appareil d’État, car ces idées ne sont pas véhiculées que par l’extrême-droite, les groupes fascistes ou néonazis. La montée de cette forme nouvelle peut se développer en utilisant les vieilles méthodes du passé comme le racisme pour diviser les travailleurs. Les conciliateurs et réformistes, en faisant croire que l’on peut dompter le système, le mettre au service de l’homme, paralysent la volonté de la majorité de notre peuple en semant les illusions.

    Nous devons rester vigilants, nous organiser pour que les crimes et horreurs du passé ne soient de nouveau utilisés par la classe dominante pour conserver ce système pourrissant qui porte en lui la guerre comme l’orage porte la tempête.

    Pour en finir avec l’horreur capitaliste ce système, il ne suffit pas de renverser un dictateur ou changer de gouvernement. Les fantastiques révoltes populaires arabes qui sont un pas en avant montrent leurs limites actuelles. Sans direction, sans parti révolutionnaire, la bourgeoisie peut reprendre en main l’appareil d’État en repeignant simplement la façade.

    Ceux qui sont morts il y a 50 ans pour la justice et la liberté, pour un monde meilleur, sous les coups des « chiens de garde » de la classe dominante, nous regardent. Nous avons le devoir de poursuivre leur combat pour la justice et la liberté.
       

    Parti Communiste maoïste de France                Paris le 17 octobre 2011

     


     Coup pour Coup :

    ... construisons la Résistance !

    Nous reproduisons ci-dessous le tract du collectif Coup Pour Coup 87 autour du 17 octobre 1961. 

    Il y a tout juste 50 ans, le 17 octobre 1961 la police française réprimait sauvagement une manifestation d’algérien(ne)s dans les rues de Paris. Ce sont des centaines de personnes, battues à mort, mitraillées ou jetées dans la Seine qui ont péri ce jour-là… Avec la complicité silencieuse d’une bonne partie de la classe politique.

    Et aujourd’hui ?

    La répression frappe les travailleur(e)s sans-papiers ou les populations Roms, comme nous avons pu le voir le 31 août dernier où un camp de Roms situé à Saint Denis a été dévasté, les autorités ont parqué et séparé les hommes des femmes et enfants pour ensuite les expulser du département.

    Les ministres de la République désignent toujours l’étranger ou le « musulman » comme un ennemi ou une menace… Les contrôles au faciès ont toujours lieu et parfois un jeune «des cités » y laisse la vie.

    Au présent ou au passé, le pouvoir a toujours entretenu le racisme pour nous diviser et pour masquer son véritable rôle : organiser notre exploitation ici et le pillage d’une bonne partie de la planète.

    Ceux qui ont colonisé l’Algérie sont aussi ceux qui ont ensuite remis la main sur ses richesses, ceux qui pillent l’Afrique et qui imposent la loi de leurs armes en Afghanistan ou en Irak. L’impérialisme a deux visages : celui d’une misère toujours plus grande pour les travailleur(e)s et pour les peuples, celui de profits toujours plus colossaux pour la classe capitaliste.

    Si l’on fait mine de s’opposer : c’est la répression qui frappe impitoyablement

    Qui sait que le militant pro-palestinien Georges Ibrahim Abdallah entre cette semaine dans sa 28e année de détention en France? Libérable depuis 1999, après sept demandes présentées par ses avocats, les juges refusent toujours de le laisser sortir de prison.

    Son crime : représenter une soi-disant menace pour les intérêts français au Liban, comme l’ont écrit les services secrets français. Georges Ibrahim Abdallah représente le courant communiste et révolutionnaire au sein de la lutte pour la libération de la Palestine, il défend l’idée d’un seul État laïc où juifs, arabes vivraient en paix : c’est certainement cela la menace que craint la France, la menace qui effraie les impérialistes !

    Cette menace c’est la solidarité de classe qui unit tous les exploité(e)s quelle que soit leur origine contre leurs exploiteur(e)s.


    Rendre hommage à celles et ceux qui sont mort(e)s le 17 octobre 1961 c’est combattre l’impérialisme aujourd’hui.

    Organisons la solidarité internationale !

    Liberté pour tous et toutes les prisonnier(e)s politiques révolutionnaires !

     


    Voie Prolétarienne :

    Le 17 octobre 1961, à Paris, le FLN organise une manifestation pacifique contre le couvre-feu imposé aux Algériens depuis le 5 octobre. Elle est durement réprimée par la police qui procède à 15.000 arrestations et se déchaîne contre les Algériens faisant plus de 200 morts.

    1961, un tournant dans la guerre

    Le 8 janvier 1961, par référendum, 75 % des électeurs, las de la guerre, se prononcent pour l’autodétermination en Algérie. En février, les partisans d’une Algérie française créent l’Organisation de l’armée secrète (OAS) qui engage des campagnes de meurtres et d’attentats avec l’espoir d’empêcher l’indépendance. En Algérie, fin avril, des généraux se soulèvent. Ce putsch est un échec. Mais l’action de l’OAS va s’amplifier, en France et en Algérie, contre tous les partisans de l’indépendance de l’Algérie.

    La bourgeoisie accepte l’indépendance, par nécessité et intérêt, mais elle tente de l’imposer à des conditions inacceptables pour le FLN. Elle veut séparer de l’Algérie le Sahara où l’on a trouvé du pétrole. Les négociations engagées en mai avec le FLN échouent en juillet sur cette question. La bourgeoisie va alors combattre le FLN, plus que l’OAS, pour l’affaiblir et imposer à la table des négociations le MNA. En France, les militants FLN sont assassinés par la police et les harkis. Ils ripostent en tuant des policiers. Le 5 octobre, le couvre-feu est imposé aux Algériens à partir de 20 heures.

    Le mouvement ouvrier et le PCF face à l’indépendance du peuple algérien

    Sur l’indépendance de l’Algérie, le PCF a toujours été prudent. Jusqu’en 1956, il la conçoit dans une Union française. Puis, il s’y résout comme étant la seule issue conforme aux intérêts de la France. Le droit à l’indépendance est absent de ses mots-d’ordre. Il veut la Paix en Algérie par la négociation. Au nom de l’action de masse comme seule juste, il refuse son soutien au FLN.

    Ses militants arrêtés pour avoir aidé le FLN sont exclus. Début 1956, il n’hésite pas, voulant une alliance avec le PS, à voter les pouvoirs spéciaux demandés par un gouvernement de gauche qui permettent à celui-ci de renforcer l’effort de guerre et la répression en Algérie. Légaliste, il rejette l’insoumission et la désertion des soldats. Dans les usines, certains communistes soutiennent pourtant leurs camarades algériens. Quelques jeunes militants refusent de servir dans l’armée, comme Alban Liechti ou le fils de Raymond Guyot dirigeant du Parti. Mais ces cas sont isolés.

    La modération du PCF ne paie pas. Avant 1961, ses mobilisations pour la Paix en Algérie ont peu d’écho dans les usines. Les arguments chauvins sur l’intérêt de la France n’amènent pas les ouvriers à soutenir l’indépendance, même s’ils sont contre la guerre. Beaucoup d’ouvriers ont des fils à l’armée. Les Algériens sont pour eux « ceux contre qui on se bat ». En interne, le PCF constate la force des idées colonialistes parmi les travailleurs. Mais plutôt que de les combattre, il s’y adapte pour conserver son influence de masse.

    Le PCF et le 17 octobre.

    Dans les semaines qui précédent le 17 octobre, dans de nombreuses entreprises, la CGT dénonce les rafles d’ouvriers qui disparaissent des ateliers. De son côté, sachant que la manifestation sera réprimée, le FLN demande à des progressistes d’y participer pour témoigner ensuite des actes de la police. Le PCF invité à s’y associer ne répond pas.

    Le 17 au soir, les radios de la Police affirment faussement que des policiers ont été tués. Cela va les déchaîner contre les Algériens dont des centaines seront tabassés à mort et jetés à la Seine. Le bilan de police : 2 morts et des milliers d’arrestations. Le 18, l’Humanité dénonce les violences et sous-entend qu’il y a plus de victimes. Mais, le journal dit ne pas pouvoir tout écrire de crainte d’être censuré. Le bureau politique du PCF « dénonce les sanglants événements » et la CGT appelle à organiser des « protestations et des actions de masse ». Mais les actions à la base sont rares et très minoritaires. Les travailleurs français ne bougent pas pour défendre « leurs frères de classe algériens », comme les y appelle pourtant un tract du PCF à Renault.

    De novembre à février 1962, les travailleurs français se mobilisent contre les assassins de l’OAS qui multiplient les attentats. Ceux-ci attaquent des locaux de la CGT et des progressistes. Il y a des tués. Le 8 février la répression policière d’une manifestation contre l’OAS fait 8 morts, au métro Charonne. Tous militants communistes. Le lendemain, la grève générale de protestation est suivie par 2 millions de travailleurs. Le 13 février, les usines débrayent et plus de 500.000 personnes participent à l’enterrement des victimes.

    L’actualité du 17 octobre

    Pendant ces années de guerre, une fracture a partagé la classe ouvrière. Pour la majorité des ouvriers français seuls sont frères de classe d’autres Français, et pour eux compte plus la défense de la démocratie contre le fascisme que celle de la libération des peuples du joug impérialiste. Cette fracture, le PCF et la CGT ont essayé, vainement, de l’effacer en mettant en avant l’argument économiste les intérêts communs des ouvriers face à leur patron.

    Par chauvinisme (l’indépendance est conforme à l’intérêt de la France), par légalisme (pas de soutien au FLN), pour rester un parti de masse (préserver les positions acquises dans l’État), le PCF a trahi un internationalisme et une solidarité de classe qu’il affirmait en parole. Au contraire, un parti d’avant-garde doit savoir aller à contre-courant des idées dominantes dans la classe ouvrière, en faisant valoir les intérêts du prolétariat international et des peuples dominés, quitte à se couper, momentanément, de beaucoup de travailleurs ou à s’exposer à la répression.

    Gilles Fabre

    À lire aussi
      50 ans après, toujours les mêmes combats !
    Et sur le blog ouvalacgt :
      17 octobre 1961 : mémoire et politique
      17 octobre 1961 : les réactions de la CGT à l’époque

     


     Feu de Prairie :

    Le 17 octobre 1961, entre 20 000 et 30 000 algériens et algériennes défilent dans Paris pour protester contre le couvre-feu et plus généralement pour réclamer l’indépendance de l’Algérie.

    La manifestation a lieu dans un contexte extrêmement tendu. La situation est arrivée au point de non-retour, trois quarts des français sont favorables à l’indépendance de l’Algérie, le putsch des généraux a lamentablement échoué. Mais d’un autre côté l’Organisation Armée Secrète, ne pouvant accepter cette défaite, s’enfonce toujours plus loin dans la barbarie avec la complicité de la police française.

    Paris est donc un lieu d’affrontement entre le FLN et l’OAS, et donc un enjeu politique majeur.

    La manifestation pacifique du 17 octobre met la police sur les dents : commandée par le collabo Maurice Papon, elle se prépare à réprimer durement le rassemblement.

    Face à une population de tous âges, hommes et femmes, vieux et enfants, venant largement des bidonvilles, souvent ouvrière, les flics déploieront une violence incroyable : il y aura 15 000 arrestations et plusieurs centaines de morts, dont plusieurs jetés à la Seine à partir des ponts.

    Ce 17 octobre ne doit donc jamais être oublié. C’est une journée de deuil qui doit rappeler éternellement le courage de la résistance algérienne et la barbarie de l’état français. Pour que les morts ne soient pas tombés en vain il n’y a qu’une seule chose à faire : poursuivre la lutte contre l’impérialisme et le racisme.

    Source: feu de prairie


    http://www.setif.info/IMG/arton4851.jpg

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    Un excellent documentaire sur ces évènements (durée 1h30) :

     

     


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