• Considérations diverses – fin octobre 2013 : État et révolution bourgeoise, affaire Leonarda-Khatchik et modèle économique fasciste


    1. La question de la révolution bourgeoise et de son rapport à l'État. C'est une question toujours problématique au regard de la théorie marxiste-léniniste (et donc maoïste) de l'État et de la révolution. Il faut prendre les choses dans l'ordre. La définition de la révolution selon Lénine, ce n'est pas la prise de l'État de classe existant par la classe révolutionnaire, mais sa DESTRUCTION pour ne pas en laisser pierre sur pierre. Problème : la révolution bourgeoise (1630-1690 en Grande-Bretagne, 1789-1870 dans le reste de l'Europe), ce n'est pas vraiment cela... Alors les marxistes-léninistes vont nous expliquer que "oui, mais c'est pas pareil, il s'agissait de remplacer une classe dominante par une autre, pas de supprimer à terme la division en classe, donc la bourgeoisie pouvait prendre l'État monarchique et le faire fonctionner à son compte, par contre le prolétariat lui doit détruire l'État bourgeois". C'est la pirouette par laquelle on s'en sort en général, y compris chez des gens de très haut niveau comme le regretté général Giáp (ici point 5) ou le (n)PCI. Passons. NOUS NE SOMMES PAS D'ACCORD.

    provincesPour nous, l'accumulation VRAIMENT primitive du Capital ne s'effectue pas, comme le dit Marx, à partir du 16e siècle, mais bien au début du millénaire dernier, entre le 11e et le 15e siècle, dans les républiques urbaines d'abord, puis dans les domaines seigneuriaux et autres tenures libres de riches laboureurs à la campagne qui, impactées par le capitalisme urbain, tendent vers l'agro-capitalisme (la terre n'est plus un prestige et une subsistance, mais devient un fonds à rentabiliser). À partir de là, le capitalisme va d'abord devoir se doter du cadre politico-militaire adéquat, et celui-ci va être l’œuvre d'une fraction ‘traître’ de l'aristocratie, celle qui autour de quelques grandes familles régnantes va mettre en place, entre grosso modo le début du 13e et la fin 17e siècle, l'État moderne, la monarchie ‘forte’ ou absolue. C'est cet État monarchique ‘fort’ qui va laminer et balayer le système politique antérieur (médiéval), c'est-à-dire cette confédération de fiefs aristocratiques ou ecclésiastiques avec leur suzerain qui a lui même son suzerain etc., le tout ‘saupoudré’ d'une ‘constellation’ de villes-républiques oligarchiques ; déblayant la voie au capitalisme ‘en grand’ contre les usages et obscurantismes féodaux et religieux rétrogrades. Par exemple, en ‘France’, contrairement aux idées reçues (voire aux falsifications historiques bourgeoises), c'est la monarchie qui va LUTTER contre la ‘guerre de tranchée’ que livrent les aristocrates rétrogrades aux aristocrates modernes sur le thème de la dérogeance : se livrer à une activité commerciale capitaliste (avec profit) était ‘déroger’ à sa noblesse (s'en exclure). De nombreux édits royaux viendront autoriser les nobles à ‘faire négoce’ sans ‘déroger’. C'est également sous la protection et l'impulsion royale que va pouvoir se développer la grande entreprise capitaliste, fusionnant fabrication et commerce de la marchandise, ce qui était rigoureusement empêché jusqu'en 1789 par le régime des corporations (c'est aussi ce qui explique l'importance de l'industrie rurale, des villes nouvelles industrielles surgies au milieu des champs, des faubourgs et autres banlieues échappant aux lois des villes, alors clairement délimitées par leurs murs). Aucune autre autorité ne pouvait en effet ‘envoyer chier’ les corporations.

    C'est ce cadre qui va permettre, à partir de 1500 environ, l'accumulation que Marx appelle ‘primitive’ et nous PRÉ-INDUSTRIELLE. Et dire, comme il le dit dans le Capital (Livre I, section 8), que "les chevaliers d'industrie n'ont supplanté les chevaliers d'épée qu'en exploitant des événements qui n'étaient pas de leur propre fait", c'est évacuer un peu vite l'importance et l'influence des très nombreux bourgeois (ou nobliaux ‘embourgeoisés') entourant et ayant l'oreille des monarques.

    C'est seulement lorsque ce cadre de l'État monarchique va se trouver historiquement obsolète, lorsque les forces productives ‘poussant’ comme une dent de sagesse vers la ‘révolution’ industrielle vont se trouver ‘bloquées’ par cette ‘gencive’ qu'il va falloir ‘percer’, que va intervenir la ‘révolution’ bourgeoise, en réalité restructuration radicale des États légués par les siècles précédents. Certaines dynasties vont se trouver être des obstacles à cela, et être éliminées (Capétiens Bourbons, Stuarts, et bien sûr les États allemands et italiens devenus trop petits), mais d'autres vont s'adapter et accompagner le processus jusqu'au bout, étant encore en place au début du 20e siècle (Hohenzollern de Prusse, Habsbourg, Piémont-Savoie) voire aujourd'hui (Bourbons d'Espagne, Orange-Nassau des Pays-Bas, monarchies scandinaves etc.).

    france departments 1791Les grosses ‘machines’ monarchiques étaient devenues des freins à l'‘appel’ des forces productives, ‘appel’ à la révolution industrielle, et même dans les ‘républiques’ qu'étaient alors les grandes villes ou des territoires ruraux comme les Escartons alpins, ou encore bien sûr les cantons suisses, les Provinces-Unies néerlandaises et les cités-États italiennes le pouvoir était devenu oligarchique, monopole de quelques grandes familles dominant les corporations, et empêchait les nouvelles couches bourgeoises, tournées vers la modernité, de se développer pleinement. Il fallait donc un ‘changement radical’ et ce furent les ‘révolutions’ bourgeoises de 1789 à 1871 environ ; mais ce ne furent pas de véritables révolutions au sens où un mode de production (le capitalisme) en aurait renversé un autre (la féodalité) régnant alors sans partage, et n'aurait réellement pu exister qu’ainsi. Cette véritable révolution-là, c'est la construction monarcho-grande-bourgeoise des États modernes qui l'a menée (et les révolutions républicaines oligarchiques de Suisse, des Pays-Bas, des cités italiennes aux 13e-14e siècles etc.). C'est ce qui explique les grandes ambiguïtés de cette période 1789-1871, le jeune prolétariat et la paysannerie pauvre, eux, voulant mener ce ‘changement radical’ jusqu'au bout, c'est-à-dire au socialisme (hélas pas encore théorisé scientifiquement comme tel), et ne récoltant généralement que des volées de plomb… Et c'est ce qui explique les grandes dérives opportunistes du mouvement socialiste ensuite, puisque cela menait souvent à déduire que quelque part, le socialisme existait ‘déjà’ dans le capitalisme comme le capitalisme existait dans la ‘féodalité’ (l’État monarchique moderne des 13e-18e siècles), qu'il n'y avait qu'à se débarrasser d'une ‘cupule’ parasitaire, de ‘200 familles’ grand-capitalistes, etc. 

    La révolution bourgeoise, dans le champ de l'État c'est à dire le seul qui intéresse les marxistes, c'est donc la révolution RAMPANTE qui construit l'État moderne depuis le 13e siècle jusqu'au 17e, puis le restructure aux 18e et 19e (17e en Grande-Bretagne). Le précédent ‘séisme’ politique de cet ordre, en Europe et Méditerranée, c'est l'effondrement de l'État romain au 5e siècle, et son remplacement par des royaumes ‘barbares’ qui petit à petit se décomposeront à leur tour pour donner le système confédéral et subsidiaire médiéval du 8e au 12e siècle, cadre du mode de production FÉODAL proprement dit : c'est la ‘révolution’ qui a remplacé l'esclavagisme antique par la féodalité (avec son servage plus ou moins libre et ses petites républiques urbaines). Le précédent encore, c'est l'instauration de l'État romain sur les formes politiques antérieures (généralement des cités-États ou des petits royaumes plus ou moins ‘asiatiques’ ou hilotistes). Etc. etc.

    Ici apparaît de manière plus claire le caractère prolongé de l'instauration du socialisme (et a fortiori, de parvenir au communisme). Elle devrait, cependant, être plus rapide que celles du capitalisme et de la féodalité, car 1/ c'est un processus conscient, guidé par une théorie scientifique, 2/ c'est un processus organisé et collectif (alors que chaque bourgeois ou féodal suivait avant tout ses propres intérêts, concurrents de ceux des autres), 3/ comme disait Marx, il ne s'agit pas "de l'expropriation de la masse par quelques usurpateurs" (la séparation du travailleur et des moyens de production, menée du Bas Moyen Âge jusqu'au 19e voire 20e siècle), mais de l'expropriation de quelques usurpateurs par la masse.

    558349-000 par76872862. Encore une fois sur les personnes migrantes. L'affaire de l'expulsion (OQTF, ‘reconduite à la frontière) de deux jeunes gens, Leonarda Dibrani (rom kosovare, avec sa famille) et Khatchik Katcharian (arménien), a fait la une des médias bourgeois ces derniers temps ; et comme il fallait s'y attendre, le ‘p’‘c’‘mlm’ s'est fendu d'un article sur la question. Nous aurions volontiers oublié ce groupuscule, comme beaucoup nous l'ont conseillé, mais cet article, outre certains passages gerbants, attaque l'une de nos positions et nous oblige donc à réagir. Soyons justes, cet article ne dit pas QUE des conneries : il est évident, pour toute personne un minimum révolutionnaire, que ces mobilisations autour de Leonarda et Khatchik sont (principalement en raison de leurs promoteurs) imbibées d'idéologie républicaine-de-gauche comme un pochtron de vinasse ; qu'il est extrêmement dérangeant (et nous a dérangé) de voir soudain une telle mobilisation autour de deux personnes alors qu'il y a des dizaines d'arrestations, de rétentions et d'expulsions par jour (36.000 en 2012, soit 100 par jour...), sur le discours qu'il et elle seraient ‘intégré-e-s’, une ‘chance pour la France’ etc. etc. ; qu'il y a évidemment des luttes internes à la bourgeoisie derrière tout cela, en l'occurrence de la ‘vraie’ gauche bourgeoise social-démocrate (Front de Gauche, gauche du PS, Verts, NPA) contre le ‘nouveau réac’ Valls, qui ‘sait parler’ à un ‘peuple de droite’ désormais hégémonique et représente donc une ‘résistible ascension’ inquiétante ; que dans ces manœuvres les cadres de cette gauche bourgeoise, souvent profs, ont depuis de nombreuses années l'habitude de jeter dans la rue (comme contre Allègre il y a 15 ans, et contre l'UMP de 2002 à 2012) des lycéen-ne-s qui ne comprennent souvent pas grand chose aux enjeux, l'objectif étant de se préparer une piétaille électorale et non de former de véritables militant-e-s, même réformistes ; que pour beaucoup de ces lycéen-ne-s n'importe quel prétexte est bon du moment qu'il s'agit de ne pas aller en cours (mais dire cela implique, au minimum, d'interroger cette perception de l'école par ceux et celles qu'elle est censée ‘servir'), etc. etc. Pour autant, nous avons toujours eu l'habitude, à SLP, de dire que les communistes doivent ‘faire’ avec les masses et les mobilisations telles qu'elles sont et non telles qu'ils voudraient qu'elles soient ; nous l'avons dit à l'automne 2010 sur les retraites, au printemps-été 2011 sur les Indigné-e-s et nous le redisons aujourd'hui : le rôle des communistes est précisément d'être dans les mobilisations, du moment qu'elles ont un minimum d'aspects progressistes, pour ÉLEVER la conscience collective et la rendre révolutionnaire, et non d'attendre que les masses soient aussi rouges que nous le voudrions. 

    Et puis, comme on ne se refait pas, certains passages sont ignobles, comme "Vaste hypocrisie alors que le père de Leonarda Dibrani a joué avec sa propre famille initialement déjà en Italie, venant en France pour toucher les prestations familiales au moyen de l'obtention de la nationalité française" (!!! discours n'ayant rien à envier à Le Pen, Zemmour ou Morano). Mais surtout, cet article nous attaque à mots couverts, car le lien avec notre récent article sur Lampedusa est évident : "Il y a lieu ainsi de réfuter le pseudo anti-impérialisme qui voit en l'immigration un phénomène révolutionnaire, alors que c'est le produit de l'exploitation semi-coloniale semi-féodale des pays non capitalistes". Nous allons donc répondre et réitérer une nouvelle fois notre position : OUI, pour nous, l'immigration ‘sauvage’ (c'est-à-dire pas voulue et organisée par les États impérialistes eux-mêmes, comme dans les années 1960 avec les sergents-recruteurs de Bouygues au Portugal et de Renault en Algérie, le BUMIDOM de Debré etc.) est OBJECTIVEMENT SUBVERSIVE (nous n'avons jamais dit ‘révolutionnaire'), car elle consiste en une tentative individuelle du travailleur, au bénéfice de lui-même, de sa famille et/ou de sa communauté villageoise, d'aller RÉCUPÉRER dans les pays impérialistes un peu de ce que ces derniers ont VOLÉ dans son pays d'origine. Lorsque le ‘p’‘c’‘mlm’ dit que "les masses ont le droit de vivre dans leur propre pays sans avoir à tout abandonner pour tenter de devenir des travailleurs tout en bas de l'échelle dans les pays impérialistes", il est évident que nous ne pensons PAS AUTRE CHOSE ; comme est évident l’‘humanisme’ paternaliste qui dégouline de la démarche de ‘gauche’ en faveur des migrants (paragraphes suivants de l'article). Mais pour le moment, il n'en est pas ainsi ; il n'est PAS POSSIBLE de vivre dignement dans ces pays et c'est pourquoi, tout en espérant vivement qu'une Guerre populaire les libèrera de leurs satrapes et de l'impérialisme, nous soutenons le DROIT de ces personnes à venir récupérer dans les pays impérialiste un peu de ce qui a été volé à leurs Peuples. C'est pourquoi 137210606 smalll'argument selon lequel le père Dibrani venait en ‘France’ pour ‘toucher les allocs’, en plus d'être ignoble, est selon nous inopérant, et nous disons même au contraire : C'EST une forme de récupération, les ‘allocs’ des ‘cités grecques’ ouest-européennes sont PERMISES par la surexploitation des ‘hilotes’ du ‘Tiers-Monde’ ou des Balkans (au terme d'un processus que pouvait déjà entrevoir Lénine en 1916...), il a donc RAISON de vouloir en profiter [1]. Si le Kosovo est pauvre, c'est parce qu'il a été pendant des années périphérisé et opprimé par un chauvinisme ‘yougoslave’ grand-serbe dont on connaît, jusqu'en 1995, la complaisance de l'impérialisme BBR envers lui ; avant de tomber aux mains d'anciens hoxhistes renégats et de mafieux albanais avec l'appui de l'impérialisme US et de l'Allemagne, auxquels la France s'est jointe in extremis. Il est donc 1/ objectif, logique et 2/ JUSTE que des Kosovar-e-s viennent se ‘rembourser’ en ‘France’, en Allemagne et dans leurs appendices impérialistes (Italie, Suisse, Bénélux). Sinon, que dit-on de foncièrement différent des nationalistes ‘sociaux’ et ‘ethno-différentialistes’ à la Dieudonné-Soral, Ayoub & co ("il faut de nouveaux rapports Nord-Sud pour tarir l'immigration à la source", comme ça "chacun chez soi et Dieu pour tous", et c'est ‘réglé) ?

    Pour le reste, nous avons du mal à comprendre le rapport entre la nécessaire expropriation du Capital, avec notamment l'expulsion (mais aussi et surtout l'expropriation, ce que le ‘p’‘c’‘mlm’ oublie de dire) des oligarques étrangers (mais pas plus ni moins que les ‘français’, qui fuiront en masse), et la libre circulation des travailleurs qui est l'expression de la fraternité des Peuples et un principe absolu des communistes, dans les limites, certes, que nous imposera l'ennemi (pas question de le laisser ‘pomper’ tranquillement nos forces de travail et nos ‘cerveaux’, par exemple). La question ne se pose pas vraiment selon nous, car nous pensons que quoi que l'on fasse, les pays du ‘Tiers-Monde’ seront en révolution avant nous (donc les travailleurs ne chercheront plus à migrer, seuls les contre-révolutionnaires le feront). Mais sur le principe, il est évident qu'une quelconque base rouge socialiste en Europe accueillerait à bras ouverts non seulement tous ceux et celles qui sont "bannis de leur patrie pour la cause de la liberté", comme le proclamait la Constitution démocratique-radicale bourgeoise de 1793, mais également "tous ceux et celles qui sont affamé-e-s par la main des monopoles impérialistes" !! Ce dans quoi semble, depuis longtemps déjà, baigner le ‘p’‘c’‘mlm’, c'est une vision fantasmée et malsaine du socialisme comme une caricature de l'URSS de Staline et des pays de l'Est des années 1950, un socialisme ultra-autoritaire et ultra-verticaliste ‘par en haut’, avec un Parti infaillible qui a toujours raison même contre les masses (sur leur lancée, ils se sont encore lâchés le lendemain, lisez, c'est édifiant et après ça dites-nous si vous avez envie de risquer votre vie pour un tel ‘socialisme’...). Pour nous, cette vision est la cause n°1 de l'émergence d'une nouvelle bourgeoisie dans l'appareil ‘socialiste’ et (donc) des échecs du siècle dernier. Et le problème de son ‘éclairé’ leader nous semble être la difficulté à assumer qu'il a été DE DROITE et que, quelque part, il le reste toujours un peu dans le fond (la siono-complaisance n'étant finalement qu'une petite partie de cela). Il ne fait là, en réalité, qu'enrober de verbiage pseudo-ultra-communiste sa pensée profonde, qui est qu'il y a trop d'immigré-e-s en France, et qu'il y en a marre de ces gens totalement étrangers à la grande culture françaiiiiise de Le Nôtre, Racine et Diderot... Mais sans doute sommes-nous de ces ‘libéraux’ contre lesquels le ‘p’‘c’‘mlm’ mène sa petite croisade !

    munegu.jpgPour ce qui est, enfin, de "Monaco qui sera envahi, aussi simplement et sans procédure", nous ne pensons certes pas autre chose de ce nid à nantis et à capitaux plus ou moins crades dirigé par un roitelet absolu ; mais... désolés les gars, Monaco c'est à nous, pas à vous : Monaco c'est l'Occitanie nissarde, pas la ‘France’ ! La principauté fait en réalité partie comme les 26 cantons de la Confédération suisse, le Luxembourg, le Liechtenstein, Andorre ou encore Saint-Marin de ce que l'on peut qualifier de vestiges étatiques pré-modernes : de petits États qui ont été préservés de l'anéantissement (qui n'en a pas moins traversé l'esprit de plus d'un dirigeant de leurs grands voisins !) pour être en quelque sorte "neutralisés" et transformés en conservatoires de capitaux, fonction indispensable à la machine capitaliste. Les rares Monégasques ‘de souche’ (citoyens et non résidents de la principauté, 20% des 35.000 habitant-e-s, généralement les plus modestes) sont d'ailleurs parmi les derniers gardiens de l'occitan ‘alpin maritime’, conjointement et mêlé au monégasque lui-même, dialecte plutôt ligure proche de celui de Vintimille (État italien) ; on estime le nombre de locuteurs à environ 5.000 (15% de la population). L’actuelle principauté sera vraisemblablement intégrée dans le païs (ou parçan) de Haute-Côte-d’Azur avec Menton, Roquebrune et l’arrière-pays ; elle formera une Commune populaire avec les communes voisines de Beausoleil, Cap d’Ail et la Turbie (58.000 personnes, c’est beaucoup mais il y aura ventilation vers l’intérieur des terres et sans doute fuite de beaucoup de bourgeois), elle-même divisée en secteurs (bastidas) etc. Les grands possédants qui n’auront pas pris la poudre d'escampette seront affectés à des brigades de travail, dans les plantations d’orangers ou ailleurs. Tout ceci sera décidé démocratiquement par les masses populaires dotées des droits civiques, c'est-à-dire les personnes vivant uniquement de leur travail et non de celui des autres. Vous pouvez donc, chers ‘détenteurs de la science MLM’, vous carrer vos fantasmes annexionnistes au même endroit que monsieur Mélenchon les siens (sur la Wallonie)... 

    3. Le fascisme : forcément ‘national ET SOCIAL’ ? 

    C'est quelque chose que l'on entend souvent : pour beaucoup, beaucoup de forces ne peuvent pas être qualifiées de fascistes car non seulement elles n'ont pas un caractère paramilitaire et illégaliste violent, mais elles n'ont pas un discours ‘social’ et ‘révolutionnaire’, elles sont ‘trop conservatrices’ etc. C'est évidemment la position générale de la bourgeoisie, pour laquelle le fascisme "c'est pas elle", ce n'est pas un produit du capitalisme. C'est la position des gaullistes, dont l'idéologie provient des Croix-de-Feu des années 1930, dont il faut donc démontrer le ‘non-fascisme’ (thèses de René Rémond). C'est la position des trotskystes, pour lesquels le fascisme n'est pas avant tout l'expression la plus réactionnaire (terroriste ouverte) du Grand Capital, mais avant tout un mouvement de la petite-bourgeoisie auquel le capitalisme en crise ‘cède’ le pouvoir avant que celui-ci ne ‘tombe’ entre les mains du prolétariat (comme si les monopoles pouvaient ‘céder’ ainsi le pouvoir à une classe subalterne). Et c'est évidemment la position des fascistes (ceux qui veulent vraiment le pouvoir en tout cas !), qui se défendront toujours d'enfreindre la loi, d'être violents, et donc... d'être fascistes. Mais c'est aussi la position de ‘marxistes’ pour qui le fascisme est un mouvement ‘révolutionnaire’, ‘anticapitaliste’ mais ayant le défaut d'être ‘romantique’, anti-scientifique (eux par contre le sont absolument !), et donc réactionnaire. Ce fascisme ‘révolutionnaire’, venant ‘du milieu de la société’ [voir cet article-fleuve des ‘matérialistes.com’ consacré à un groupe de musique fascistoïde], a l’‘avantage’ d'être totalement déconnecté du Grand Capital monopoliste, sauf à considérer que celui-ci n'est pas au pouvoir et veut justement le prendre, ce qui dans les deux cas contredit totalement le marxisme-highres 00007939 copyléninisme et a fortiori le maoïsme. Dans tous les cas, le fascisme est clairement réduit aux groupes activistes, qui se heurtent en effet parfois aux foudres de la loi, et totalement délié du pouvoir d'État en place : il est fait totalement l'impasse sur la fascisation rampante des pratiques de gouvernement et des grands partis bourgeois même ‘de gauche’ (Valls, Gerin), qui va pourtant (historiquement) toujours de pair. Mais c'est sûr, cela évite de s'attaquer à la grosse bête étatique ! Pour autant, l'on voit mal comment cela pourrait mener, en dernière instance, à autre chose que défendre le pouvoir ‘démocratique’ bourgeois en place, ‘menacé’ par le fascisme... alors même que cet épouvantail du ‘voisin de droite’ (UMP et FN pour le PS, FN pour l'UMP, groupes ultras pour le FN) est le leitmotiv de toutes les politiques ‘fascistes modernes’ depuis plus de 20 ans ("si on ne fait pas" ceci ou cela "ce sera la droite", ou "le FN va monter", "les extrêêêêmes" etc. etc.). 

    Mais une autre théorie possible, c'est que le fascisme comme forme de gouvernement (dictature terroriste ouverte de la bourgeoisie contre toute contestation sociale, appuyée sur une certaine mobilisation de masse) n'est pas lié en soi à un modèle économique, dirigiste/keynésien ou ‘libéral'/'état-minimaliste’. Autrement dit, le fascisme n'est pas forcément dirigiste et ‘social’ comme il l'était dans les années 30 et suivantes du siècle dernier (comme typiquement l'Allemagne nazie). Il l'était lorsque, disons de 1930 à 1970 environ, le capitalisme y voyait le meilleur moyen (soutien à la consommation) pour enrayer sa crise systémique et sa chute constante du taux de profit. Il faut bien dire qu'à l'époque, le libéralisme économique était quasi inexistant politiquement : la gauche bourgeoise, associée à la social-démocratie et éventuellement aux ‘communistes’ opportunistes, était ‘État-providence’ ; la droite plus ou moins modérée ou réactionnaire était ‘État-providence’ en mode démocrate/social-chrétien ; et l'extrême-droite était ‘État-providence’ en mode national-socialiste ou national-catholique corporatiste ‘Rerum novarum.

    Ceci semblait avoir définitivement porté ses fruits dans les années 1960. Dans les pays très avancés, ayant réussi à encadrer les masses dans la société de consommation, régnait une alternance de social-démocratie et de démocratie-chrétienne ou autre conservatisme social modéré ; tandis que dans les pays à tensions sociales plus fortes régnaient des formes plus autoritaires et répressives (État espagnol, Portugal, dans une moindre mesure Italie, Japon, État français).

    Mais le monde entra au début des années 1970 dans une nouvelle crise générale, et s'imposa alors l'idée que la ‘relance’ (enrayer la chute du taux de profit) se ferait par la ‘flexibilité’, la ‘compétitivité’, la diminution de rôle de l'État ‘régulateur’ dans l'économie. La droite devint ‘néolibérale’ friedmanienne, reagano-thatchérienne, la ‘gauche’ social-libérale rocardo-blairiste, tandis que dans de nombreux pays, comme en Amérique latine, en Turquie, en Corée, en Indonésie ou aux Philippines etc., ce sont chicagoboysdes régimes fascistes qui mettront en œuvre le tournant ‘libéral’. En Europe même, l'extrême-droite, le FN n'étant pas en reste, avait dans les années 1980 et début 1990 un discours très thatchérien. C'est à partir du milieu des années 1990 que le FN (notamment) commencera à adopter un discours anti-mondialisation’, un discours plus ‘mixte’ continuant à défendre les entreprises contre la ‘bureaucratie’, le ‘racket fiscal’, le ‘terrorisme syndical’, les ‘charges’ et ‘carcans juridiques’ en tout genre auxquels s'ajoutent désormais la ‘technocratie de Bruxelles’, mais mettant également en avant un ‘État protecteur’ contre un ‘libéralisme sauvage’ : comme le résumaient bien les mots de Le Pen lui-même en 2002, "économiquement de droite, socialement de gauche et nationalement de France". En cela, lorsque l'on voit le discours politique général aujourd'hui, en particulier depuis la grande crise de 2008, il n'a peut-être rien fait d'autre que d'être un précurseur... Aujourd'hui, plus grand monde, surtout pas en Europe continentale mais plus guère non plus dans les pays anglo-saxons, ne se présente ouvertement comme un disciple de Milton Friedman et de Margaret Thatcher, cela depuis même avant le grand crash financier de 2008 (probablement depuis la crise asiatique et russe de 1997-98, l'effondrement argentin de décembre 2001 etc.). Sarkozy lui-même, en campagne en 2007, se posait en défenseur de "l'économie réelle, productive" contre la "finance" et la "loi des actionnaires", en des termes n'ayant rien à envier à Arnaud Montebourg... À la différence que pour lui il fallait avant tout de la ‘flexibilité’, réduire les ‘charges’ et les ‘rigidités’ sur les entreprises et le travail pour créer de l'emploi (donc de la consommation), alors que pour Montebourg il faut de l'intervention et de la dépense publique, des aides sociales, des emplois aidés et des nationalisations (vision keynésienne) dans ce même but. Mais dans les deux cas, ce qui est visé c'est la LUTTE CONTRE LA BAISSE DU TAUX DE PROFIT, ce qui d'une manière ou d'une autre se fera en augmentant l'extorsion de plus-value : d'un côté les ‘charges’ sont en réalité un salaire différé du travailleur, sur lequel on peut facilement ‘jouer’ puisqu'il ne le perçoit pas directement donc ne s'en ‘aperçoit pas’ ; de l'autre on lui donne (d'une main) de l'argent, mais pour qu'il consomme (c'est ainsi que les ‘socialistes’ au pouvoir cherchent à décourager l'épargne par la taxation), donc pour le récupérer de l'autre : extorsion comme soldat-de-la-consommation et non plus de la production [2]. Car quelle que soit la forme de gouvernement et de ‘gestion’ de la production-exploitation qu'il revêt, le capitalisme ne cherche JAMAIS autre chose.

    C'est pourquoi nous sommes de plus en plus sur cette position qu'il faut bien différencier le fascisme comme FORME DE GOUVERNEMENT (dictature du Capital au terrorisme et au chauvinisme guerrier plus ou moins ouvert) du MODÈLE ÉCONOMIQUE, qui est globalement soit ‘libéral’ (dans le sens de ‘libérer’ les entreprises des ‘charges’ et autres ‘tracasseries bureaucratiques'), soit keynésien (intervention de l'État en appui à la demande). Le programme économique du Front National est pour le moment un melting-pot de défense reagano-poujadiste de l'entreprise (héritée des années 80) et d'État-providence’ pompidolien (ajouté depuis), la solution sur l'un comme l'autre front étant de "sortir de la technocratie européenne", virer les ‘immigrés’ et liquider l’‘assistanat’ ; et il est probable que, dans la démagogie électorale comme dans l'éventuel exercice du pouvoir, il dansera sur l'un ou l'autre pied au gré du vent.

    Le fascisme comme forme de gouvernement, c'est en définitive le Grand Capital qui ne s'embarrasse plus des grands ‘principes’ des Lumières et du républicanisme bourgeois du 19e siècle (encore qu'il s'en revendique de plus en plus contre les ‘barbares’ qui peupleraient les quartiers populaires, à la manière des colonialistes de la 3e République) ; et la lutte contre le fascisme ce n'est pas défendre la bourgeoisie qui s'y accroche encore (libérale ou social-libérale, démocrate ou social-démocrate, ‘républicaine'), mais mettre à profit ce ‘bas les masques’ pour montrer aux masses qui ont sincèrement cru en ces principes (que le capitalisme a produit à une certaine époque, mais qu'il est voué à piétiner en permanence) que les seules véritables Lumières sont celles, rouges, de la destinée communiste du genre humain ! 

     


     [1] D’ailleurs, le fait même de dire que le ‘droit’ d’immigrer en Europe est lié au fait de travailler et (donc) de rejoindre la tant fantasmée ‘classe ouvrière’, c’est OUBLIER (et de fait, exclure de cette classe ouvrière) qu’à l’heure où nous écrivons près du tiers de la population active (en âge de travailler et non-étudiante, non-invalide etc.), soit plus de 9 milions de personnes, est soit sans emploi soit dans des conditions d’emploi très précaires (CDD sur CDD, missions d’intérim, ou carrément ‘au black’), soit encore ‘stagiaire jusqu’à nouvel ordre’ (énormément de 25-30 ans) ou en ‘chômage partiel’ (près de 100.000 salarié-e-s à chaque instant t) ; et que ces personnes forment indiscutablement le VRAI prolétariat, ce mot dont se gargarisent les avant-gardes autoproclamées. Aujourd’hui en ‘France’, avoir un emploi stable et à peu près garanti, en CDI par exemple, même pour un(e) ouvrier(e) au travail très pénible, c’est être ‘privilégié’, c’est faire partie d’une ‘aristocratie’ du salariat. Et considérer que la seule ‘classe ouvrière’ qui vaille sont les gens dans cette situation, qui travaillent de manière déclarée et stable, c’est assurément être un ‘révolutionnaire’ bien petit-bourgeois ! 

    [2] Le capitalisme a en réalité toujours fonctionné ainsi, puisqu'il consiste par nature à arracher au travailleur tout moyen de production propre et à lui donner de l'argent (salaire) pour qu'il achète... ce qu'il a lui même produit, ou ce que d'autres travailleurs ont produit pour la classe capitaliste en général. Mais mettre particulièrement l'accent sur cela (lui permettre de consommer au-delà de ses besoin primaires : manger, se loger, se vêtir etc.) est la grande "révolution" capitaliste du 20e siècle, avec notamment des théoriciens comme Henry Ford (un grand admirateur du nazisme comme chacun-e le sait) ; en même temps que s'achevait la guerre de classe (bourgeoise) contre l'autosuffisance alimentaire (fin des jardins ouvriers), immobilière (ne plus pouvoir construire son propre logement : permis de construire, plans d'urbanisme) etc. etc. - sans quoi cela n'aurait pas été drôle...

     


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