• Égypte : l'affrontement entre capitalisme "d'en haut" (bureaucratique) et capitalisme "d'en bas" (islamiste) tourne à la guerre civile


    1egyptesoldats_0.jpegC'est donc la "grande" actualité politique internationale de l'été, sur laquelle nous faisons notre 'grand retour' de notre parenthèse-détente : en Égypte, les Pinochets du Nil menés par le général Abdel Fattah al-Sissi sont passés à l'action militaire contre les Frères musulmans qui, depuis un mois et demi, réclament le rétablissement de leur leader Mohamed Morsi, premier président élu dans des conditions "démocratiques" bourgeoises depuis 60 ans que le pays est une république... On compte plus de 600 mort-e-s de l'aveu même des militaires (plus de 2.000 selon la Confrérie...) et plusieurs milliers de blessé-e-s (les semaines ayant conduit à la chute de Moubarak avaient déjà fait dans les 800 à 1.000 victimes). L’état d’urgence, en vigueur de 1981 (assassinat de Sadate) jusqu’en mai 2012, a été de nouveau proclamé le 14 août. La "communauté internationale" s'indigne, mais ne retire pas son soutien aux putschistes, notamment la colossale aide financière US (1,3 milliards de $ en 2013, joli plat de lentilles !) versée à l’Armée égyptienne depuis les accords/capitulation face au sionisme de Camp David ; et elle persiste à appeler à une "solution politique" mettant en avant son "champion", le "libéral" comprador El Baradei. Dans la foulée, la "justice" du pays vient d'annoncer la libération de l'ancien despote Moubarak...

    egypt-protest-sisi_2606953b.jpgNous assistons donc, là, à la malheureusement prévisible "reprise en main" d'Oum al-Dunya ("la Mère du Monde", surnom de l’Égypte en raison de son antique civilisation) par la caste militaire, pilier de l’État depuis deux siècles, au service des secteurs les plus agressifs et réactionnaires de l'impérialisme occidental et du sionisme - ceux qui, précisément, ne s'expriment pas par la bouche d'Obama, Clinton, Hollande et Fabius, ceux qui n'appellent pas à une "solution" intégrant les Frères musulmans, à des "élections démocratiques", à "respecter les représentants élus du peuple" etc. etc. Et le pire, c'est que ce coup d’État du 3 juillet dernier et, à présent, le massacre sans discernement de milliers de personnes trouvent le soutien d'une grande partie de la gauche ‘socialiste’ et 'communiste', dans le pays lui-même comme dans les autres pays arabes ainsi qu’en Occident, tandis que d'autres adoptent un silence gêné : Morsi n'était-il pas en train d'imposer une "théocratie" sous le règne de la charia, ne soutenait-il pas les "pseudo-révolutionnaires syriens" qui combattent le régime "progressiste et anti-impérialiste" de Bachar el-Assad, n'était-il pas un "adepte du néolibéralisme" mettant en pièce "ce qu'il restait d'héritage de Nasser" ; les Frères musulmans n'ont-ils pas, d'ailleurs, "toujours été des marionnettes de l'impérialisme" ? Un coup d’État militaire qui serait "populaire", "progressiste" et "révolutionnaire", deux ans à peine après la chute d'un satrape absolu de l'impérialisme... qu'il est aujourd'hui question de libérer, voilà une incongruité qui ne semble pas gêner toute une "gauche anticapitaliste", "progressiste" et "révolutionnaire", des personnalités comme Samir Amin en tête...

    2013-08-02T122231Z_1661078117_GM1E9821K9001_RTRMADP_3_EGYPT.JPGIl est vrai, et il faut le dire, que Morsi et les Frères musulmans ont largement cherché le bâton pour se faire battre. Même sans en attendre beaucoup de leur nature de classe, ils auraient pu mettre en place une politique quelque peu offensive face à l'impérialisme occidental et Israël, notamment sur la question de la Palestine et (surtout) de Gaza assiégée (dont les habitant-e-s attendaient beaucoup, c'est notoire, du "changement" dans le grand pays voisin). Ils auraient pu mettre en place une politique de justice sociale qui, brisant les grands monopoles bureaucratiques (notamment... le pouvoir économique de l'armée !) et assurant un tant soit peu de redistribution du produit national (pourquoi pas sur la base du zakât, cet impôt islamique au bénéfice des pauvres), adoucisse légèrement la misère des masses. Au lieu de cela, la priorité a été d''islamiser' la société avec des législations morales rétrogrades (mais ne satisfaisant jamais, pour autant, les milieux islamistes ultras, salafistes, par ailleurs liés à l’Arabie et non au Qatar, qui ont soutenu le coup d’État) ; de se faire les serviteurs zélés de leur grand soutien et argentier l'émir du Qatar (dont l'abdication "surprise", fin juin, a annoncé leur chute), tout comme leurs "partis frères" d'Ankara, Tunis ou Gaza, notamment sur le dossier syrien où la juste révolte populaire a dérivé en sanglante guerre par procuration inter-impérialiste et inter-expansionniste, offrant à l'impérialisme et au sionisme une grande victoire tactique ; et de se "placer" dans les rouages de la machine politico-économique, tout en laissant intact le "cœur" du problème semi-colonial égyptien, l'Armée, qui les a finalement renversés et aujourd'hui les massacre. Dans le même temps, il faut bien le dire aussi, pendant que toute une "gauche" internationale dénonçait les "religieux marionnettes de l'impérialisme et du sionisme", les secteurs ultras de l'impérialisme et du sionisme en question ne faisaient rien pour faciliter la tâche du nouveau gouvernement, fondamentalement illégitime à leurs yeux. Le résultat, comme c'est souvent le cas (et tout le problème) avec ce genre de courants politiques, a été de profondément diviser les masses, au lieu de les unir et de les mobiliser largement pour tenter de dégager, un tant soit peu, le pays des griffes de l'impérialisme. Il est clair que Morsi, en à peine plus d'un an de pouvoir, a perdu une grande partie des plus de 13 millions de soutiens qui s'étaient portés sur sa candidature face au représentant de l'ancien régime (Ahmed Shafik) en 2012, et sans doute, même, beaucoup des près de 6 millions qui l'avaient choisi dès le premier tour. Et ce n'est un secret pour personne que le coup d’État est intervenu après (et s'est appuyé sur) des mois de très larges mobilisations populaires contre la politique présidentielle,3461963_6_9a03_l-instauration-de-l-etat-d-urgence-et-du_712.jpg rassemblant des millions de personnes ; auxquelles ont désormais succédé les immenses mobilisations en faveur du "président légitime" déchu : une impression de pays coupé en deux au grand soulagement de tous ceux qui, de Paris à Londres et de Washington à Tel-Aviv, redoutent avec des sueurs froides le jour où cette masse de plus de 80 millions d'hommes et de femmes se dressera d'un seul bloc face à eux.

    L'affrontement qui a inondé de sang les rues du Caire, de Port-Saïd et de dizaines d'autres villes et bourgades est l'expression de ce que nous avons défini, depuis un certain temps déjà, comme la contradiction entre un capitalisme "d'en haut", BUREAUCRATIQUE, produit et "rouage" de l'impérialisme dans les pays dominés, représenté dans les pays arabes par des régimes républicains ‘laïcs’ ou des monarchies 'modernistes' et dont la colonne vertébrale en Égypte (comme dans de nombreux autres pays) est l'Armée, à la fois force de répression et... (de fait) première entreprise du pays ; et un capitalisme "d'en bas", le capitalisme qui émerge spontanément de la vie sociale quotidienne et qui, dans les pays de tradition musulmane, trouve son expression dans ce qu'il est devenu commun d'appeler l'islamisme. Contrairement au capitalisme bureaucratique-comprador "d'en haut", ce capitalisme "spontané" "d'en bas" ne permet pas au surproduit (plus-value "sur-accaparée") de "remonter" correctement jusqu'aux monopoles impérialistes - qui le combattent donc en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du "Sud". L'"islamisme" peut aussi exprimer, dans un sens, le 'cri' de résistance d'une certaine vie sociale traditionnelle, 'holiste', pas franchement folichonne à nos yeux d'occidentaux mais cohérente et que la 'modernité' impulsée par l'impérialisme (ou le social-impérialisme en son temps), au service de ses intérêts, vient pulvériser "d'en haut" avec une brutalité inouïe.

    Egypte-repression-e1324370532541.jpgRien n'est donc plus simpliste et ERRONÉ que de résumer l"'islamisme" à une simple "expression de l'aspect semi-féodal" de ces pays semi-coloniaux semi-féodaux - un aspect que l'on retrouve bien plus sûrement, par exemple, dans la caste militaire qui "tient" tous les rouages du pouvoir !

    Cette contradiction, sous des formes différentes, se retrouve dans à peu près tous les pays dominés du "tiers-monde", où un tel capitalisme bureaucratique impulsé par l'impérialisme monopolise la vie économique et (par conséquent) l’État. En Amérique latine et caraïbe, par exemple, elle s'exprime à travers les "cartels" du crime organisé avec leurs capos partis de rien, souvent nés dans des cahutes misérables, qui utilisent la drogue et autres trafics comme base d'accumulation mais règnent ensuite sur toute sorte d'activités "propres", et qui prennent le contrôle de villes et de régions entières en formant de véritables États dans l’État qui court-circuitent et ridiculisent l’État "officiel", tout en se drapant dans le costume de "Robin des Bois" (le modèle absolu restant le colombien Pablo Escobar, l'un des rares d'ailleurs à se revendiquer 'de gauche', 'contre l'oligarchie corrompue', pour la 'justice sociale' etc. etc.) : les États bureaucratiques-compradores et l'impérialisme US, qui ne peuvent tolérer cela, lancent alors leurs forces spéciales et la DEA à leurs trousses...

    Bien entendu, lorsqu'il y a péril rouge en la demeure, lorsqu'une menace révolutionnaire conséquente se lève, capitalismes "d'en haut" et "d'en bas" serrent les rangs pour y faire face. Il est notoire que les cartels sud-américains ont collaboré avec les États bureaucratiques-compradores contre les forces révolutionnaires ; comme en Colombie dans la guerre d'extermination lancée contre l'Union patriotique, "vitrine politique" des FARC (plus de 5.000 assassinats entre 1985 et 1991), puis dans la création et le financement des groupes paramilitaires AUC. Certains cartels sont même directement issus de 'rebuts' des forces militaires contre-révolutionnaires d'État, comme les Zetas mexicains.

    CommunistesDans les pays musulmans, comme l'explique bien l'article du (n)PCI ci-dessous, lorsqu'il y avait un mouvement communiste puissant, impulsant (malgré la répression féroce dont il faisait souvent l'objet) des secteurs nationalistes bourgeois et militaires qui défiaient l'impérialisme occidental et le sionisme (se transformant, généralement, en castes bureaucratiques pro-soviétiques, mais bon...), ces derniers et les castes bureaucratiques pro-occidentales appuyaient et finançaient (avec le concours des monarchies moyenâgeuses du Golfe) les forces politiques islamistes contre le "communisme apostat". Dans les années 1980 s'ajouta une autre menace, l'expansionnisme "révolutionnaire" iranien, appuyé sur les communautés chiites (de l'Irak au Liban) mais aussi quelques forces sunnites comme le Jihad palestinien : l'islamisme sunnite fut aussi mobilisé contre cela, et cette ligne de fracture affecte encore profondément la politique de cette partie du monde.

    imageMais lorsque la "menace" fut conjurée, avec la contre-révolution en Chine, la faillite du révisionnisme soviétique et des ‘nationalismes’ liés à lui (entraînant dans leur chute toutes les forces progressistes/marxistes qui s’y étaient attelées par opportunisme), et le relatif "retour dans le rang" de l'Iran après la mort de Khomeyni (jusqu'à Ahmadinejad), l'impérialisme occidental - principalement US - prétendit imposer un "nouvel ordre mondial" synonyme d’impérialisation totale, débridée et sans limites de la région comme de tout le "tiers-monde" ; ce qui fut perçu (non sans raisons) comme une trahison par leurs anciens alliés, une nouvelle croisade ; d'autant que ce furent souvent... les nationalistes bourgeois et les "communistes impies" précédemment combattus (militaires égyptiens dès la fin des années 1970, Kadhafi et Assad à partir des années 1990, Fatah palestinien, ex-apparatchiks en Asie centrale, clan Bhutto au Pakistan etc.) qui furent "recyclés" comme gardes-chiourme locaux de ce "nouvel ordre mondial". Ceci conduisit à la rupture, et de la rupture à l'affrontement ; stimulé par dessus le marché par les milliards de pétro-dollars sur-accumulés des oligarchies du Golfe, "libérées" de la menace révolutionnaire rouge et en quête de débouchés et d'affirmation sur la scène internationale : émirat du Qatar (particulièrement offensif depuis la prise de pouvoir d’Hamad bin Khalifa al-Thani en 1995), soutenant les Frères musulmans ; et oligarques divers, ‘à titre privé’, d’Arabie et des autres intifada egyptémirats (Dubaï, Koweït etc.) finançant la ‘nébuleuse djihadiste’ (les monarchies elles-mêmes restent plus soumises à l’impérialisme US et soutiennent les salafistes non-djihadistes, ‘quiétistes’).

    Dans ce contexte, les forces islamistes, hier parties prenantes de la lutte contre-révolutionnaire mondiale, furent amenées à se placer à la tête des résistances populaires contre l'impérialisation totale : un exemple très représentatif de cela fut notamment le Hamas palestinien. Dans la "rue arabe" (ou encore pakistanaise, par exemple), les bannières islamistes peintes de versets du Coran remplacèrent le drapeau rouge et les drapeaux nationalistes ; et l'islamisme devint, dans cette partie du monde abritant un milliard et demi d'êtres humains et les principales ressources énergétiques de la planète, la nouvelle "menace globale" après la "chute du communisme".

    Évidemment, si de nouveau une réelle menace révolutionnaire venait à se lever, capitalismes "d'en haut" (bureaucratique) et "d'en bas" (islamiste) se retrouveraient à nouveau main dans la main : c'est d'ailleurs déjà (un peu) à l’ordre du jour, et c'est pourquoi l'on observe tout un courant (disons) "pragmatique" de l'impérialisme mondial, d'Obama à Hollande en passant par Merkel et Sarkozy, prônant face aux "printemps arabes" une solution "inclusive" où "islamistes", castes militaires, "démocrates", "libéraux" et "gauches" opportunistes s'uniraient dans une grande mascarade "démocratique" pour maintenir intacte la surexploitation impérialiste ; tandis que de leur côté, les tenants d'une ligne impérialiste dure penchent plutôt pour faire parler la poudre, pour maintenir dans le sang la "verticalité" bureaucratique-militaire, fut-elle "anti-impérialiste" à la Kadhafi ou Assad, du moment que les masses sont maintenues sous une botte de fer (pour s'en convaincre, voir ici et ici) : c'est ce qui vient de se produire en Égypte.

    PHO88bbf152-05c4-11e3-bf3e-4c1259c003d3-805x453Entre "capitalisme d'en haut" bureaucratique-militaire et "capitalisme d'en bas" islamiste, nous pouvons évidemment clamer : "les masses n'ont pas à choisir !" - telle est notre position de principe.

    Mais lorsque le capitalisme BUREAUCRATIQUE, dont le marxisme-léninisme-maoïsme nous enseigne qu'il est le représentant DIRECT de l'impérialisme dans un pays dominé, profite des contradictions et des faillites des "capitalistes d'en bas" islamistes pour reprendre en main, dans un bain de sang, un pays qui avait amorcé un début de mouvement réel d'émancipation de masse, l'ennemi principal ne peut être que le capitalisme bureaucratique en question et sa colonne vertébrale militaire. C'est la position de toutes les organisations véritablement maoïstes à travers le monde, qui sont nos camarades. Et lorsque le peuple opprimé et affamé se dresse et résiste, au prix de centaines de mort-e-s, à cette oppression, quel que soit le drapeau sous lequel il se mobilise, LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP : telle est la position maoïste authentique.

    Egypte_pics_390.jpgCar si l'on analyse le problème en termes de classes, quelles sont les classes sur lesquelles s'appuie la révolution anti-impérialiste dans un pays dominé ? Le maoïsme nous enseigne que ce sont la classe ouvrière, des grands ensembles industriels mais aussi des petits ateliers (il n'y a pas de "sous"-classe ouvrière !) ; la paysannerie pauvre, généralement très importante et qui, chassée des campagnes vers les villes par les ravages de l'impérialisme, y forme une "plèbe informelle" de petits boulots façon Mohamed Bouazizi ; et les éléments petits-bourgeois (petits entrepreneurs), paysans moyens ou étudiants/intellectuels avec lesquels il est possible de passer des alliances (jamais la totalité de ces classes, et souvent pas la majorité). Et quelle est la situation en Égypte ? Elle est celle que l'on rencontre dans la plupart des pays arabes et musulmans : paysannerie pauvre et moyenne-pauvre, "plèbe informelle" des taudis, classe ouvrière "en petit" (ateliers) et petit entrepreneuriat penchent plutôt vers les Frères musulmans et l''islamisme' en général (dont les dirigeants, eux, sont des bourgeois : entrepreneurs, paysans riches, ingénieurs, professions libérales etc.) ; tandis que les milieux intellectuels, éduqués, moyens-bourgeois urbains sont, sinon partisans de l'ancien régime, du moins anti-islamistes ('démocrates', 'libéraux', 'sociaux-démocrates' ou 'sociaux-libéraux') et de là, prêts à tous les opportunismes à courte vue ; de même que la classe ouvrière et les employés "en grand" (grandes entreprises publiques ou privées, administrations etc.), "aristocratie ouvrière" dans un sens, encadrée par ce qu'il reste de 'gauche' syndicale et 'socialiste' ou 'communiste'. En somme : plus l’Égyptien(ne) est modeste et/ou (en tout cas) peu éduqué(e), peu connected to the world, bidonvillois(e) ou provincial(e), en un mot périphérique, plus il/elle penche vers l''islamisme' ; en tout cas, il/elle a d'autres priorités que de pouvoir poser nu(e) sur un blog. C'est la fameuse "rue arabe" dont parlent les médias de l'impérialisme. Plus il/elle est centrurbain(e), aisé(e) et/ou éduqué(e), occidentalisé(e), en un mot central, plus il/elle est favorable au coup d’État sanguinaire qui se déroule en ce moment ; une ‘libération’ à ses yeux... Voilà qui devrait faire réfléchir le 'camarade' Amin, grand théoricien des centres et des périphéries !

    PRC-internationaleL'unique porte de sortie du Peuple égyptien, comme de tous les peuples du "tiers-monde", face à la domination impérialiste qui l'écrase, n'est ni dans le "capitalisme d'en haut" ni dans le "capitalisme d'en bas" : elle est dans le chemin de la GUERRE POPULAIRE pour la révolution démocratique anti-impérialiste, le socialisme et le communisme. Mais pour cela, il faut d'abord FORGER UNE CONSCIENCE révolutionnaire, et celle-ci se forge précisément dans des évènements comme ceux en cours en Égypte depuis février 2011 : chute d'un tyran en place depuis près de 30 ans ; lutte contre un "gouvernement d'urgence" militaire tentant de sauver à tout prix l'ordre ancien ; déception face à des islamistes, opposants historiques à la "république" militaire, "enfin" parvenus au pouvoir ; et enfin, résistance actuelle au coup d’État et à la restauration de l'ancien régime. Elle se forge... à condition que les forces révolutionnaires, le mouvement communiste, dans le pays comme dans le monde entier, sache reconnaître où sont les forces de classe dont il s'agit de prendre la tête en priorité ; sous quel drapeau sont les masses qu'il s'agit d'amener sous le drapeau rouge ! Tel n'est pas le cas, pour le moment, de toute une "gauche" internationale absolument incapable de comprendre ce que nous venons d'exposer, se limitant à rabâcher ses vieux schémas brejnévoïdes de la Guerre froide, ses masturbations kémalo-baathistes ou son anticléricalisme "libre-penseur" faisant office de science révolutionnaire.

    Nous ne sommes pas d'accord, et nous l'avons dit maintes fois, avec la tactique suivie actuellement en Italie par les camarades du (n)PCI, de soutien au mouvement de Beppe Grillo : nous voyons mal comment un mouvement que Gramsci aurait qualifié de subversiviste, petit-bourgeois 'radical' et ambigu de type Arditi, voué à éclater entre mobilisation fasciste et antifasciste/révolutionnaire, pourrait être le 'centre' d'une mobilisation révolutionnaire de masse... Pour autant, sur les récents évènements en Égypte, leur communiqué est d'une grande justesse (avec quelques raccourcis, impliquant de lire ce qui précède...) et nous vous en présentons donc la traduction.   

    Les Frères musulmans sont un mouvement bourgeois, incapable de représenter la moindre perspective libératrice pour le Peuple d’Égypte ; mais les Pinochets du Nil, la caste militaire bras armé du capitalisme BUREAUCRATIQUE, de l’impérialisme et du sionisme, les restaurateurs de l’ordre Moubarak, sont l’ENNEMI PRINCIPAL face auquel le Peuple égyptien doit se mobiliser et ÊTRE SOUTENU SANS RÉSERVES !

     

    Égypte : la résistance héroïque des masses populaires au coup d’État renforce les masses populaires du monde entier !     

    Dans aucun pays la Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, américains et sionistes ne réussit à donner une forme stable à sa domination !

    La lutte et la victoire des masses populaires égyptiennes renforceront la seconde vague de la révolution prolétarienne qui avance dans le monde entier !

    Le premier pays impérialiste qui rompra la chaîne de la Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, américains et sionistes montrera la voie et ouvrira le chemin aux masses populaires du reste du monde. 

    resist iraqLes masses populaires égyptiennes livrent ces jours-ci une lutte acharnée et héroïque contre les forces armées au service de la Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, US et sionistes. Aux masses populaires égyptiennes va et doit aller la solidarité de toutes les forces progressistes et du mouvement communiste de la planète. Leur lutte renforce la nôtre. La victoire des masses populaires égyptiennes renforcera les masses populaires dans le monde entier. Elle contribuera à la renaissance du mouvement communiste déjà en cours, car c'est seulement sous la direction du mouvement communiste et de sa conception du monde, le marxisme-léninisme-maoïsme, que les masses égyptiennes réussiront à consolider leur victoire, à surmonter leurs divisions actuelles sur lesquelles s'appuient les groupes impérialistes, et à emprunter une voie de progrès.

    Les bannières et les mots d'ordre religieux ne sont pas l'aspect principal de la lutte héroïque que mènent ces jours-ci les masses populaires égyptiennes contre les forces armées. Imbécile est celui qui évalue un mouvement principalement, voire uniquement par ses bannières et ses mots d'ordres, par la conscience  que celui-ci a de lui-même. L'aspect principal est que les masses égyptiennes ont empêché la Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, US et sionistes de rétablir en Égypte l'ordre secoué par la révolte de janvier et février 2011, qui renversé Moubarak, et de faire de l’Égypte un terrain encore plus ouvert qu'avant à leurs opérations.

    La Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, américains et sionistes veut faire de l’Égypte, comme des autres pays opprimés par le système impérialiste mondial, un terrain ouvert pour ses spéculations, pour ses affaires, pour ses investissements, pour ses délocalisations, pour son commerce. Dans les pays impérialistes eux-mêmes, pour faire face à la crise du capitalisme, elle cherche à dissoudre le tissu social créé lors de la première vague de la révolution prolétarienne, à faire des peuples une foule d'individus à exploiter comme travailleurs et comme clients. Dans les pays dominés, elle détruit également les bases primitives sur lesquelles vivent encore une grande part de la population et jette des millions d'hommes et de femmes dans l'émigration et la marginalité. En l'absence d'un mouvement communiste fort, ce sont les groupes et les fraternités fondées sur les relations et les conceptions du passé qui, à leur manière, se mettent à la tête de la résistance des masses populaires. Par leur nature, ces forces ne sont pas à même d'aller jusqu'au bout, car pour aller jusqu'au bout la révolution des masses populaires d’Égypte doit confluer dans la révolution dont toute l'humanité a besoin. Mais pour le moment, elles réussissent à fonctionner comme centres d'agrégation et de résistance. C'est aux communistes de prendre la place qui leur revient à la tête des luttes et de la révolution socialiste et de nouvelle démocratie : la conception communiste du monde fournit les instruments adéquats.

    00881_PPPA.jpgLorsque le mouvement communiste était fort dans le monde, dans les pays coloniaux et semi-coloniaux se développait la révolution de nouvelle démocratie : la révolution anti-féodale et anticoloniale était inspirée et dirigée par le mouvement communiste. Contre cette révolution, les groupes impérialistes mobilisèrent et soutinrent toute sorte de groupes et mouvements féodaux et cléricaux. Aujourd'hui, le mouvement communiste est encore faible, mais la crise du capitalisme se déploie avec une telle férocité contre les masses populaires que même ces groupes et mouvements féodaux et cléricaux doivent se mettre, à leur manière, à la tête de la résistance. La lutte en cours en Égypte fait partie de ce cadre général.

    Seule la renaissance du mouvement communiste créera à nouveau une grande unité populaire anti-impérialiste et progressiste. Contribuer à la renaissance du mouvement communiste est la forme la plus haute et décisive de solidarité que nous, communistes italiens, et toutes les masses populaires italiennes pouvons et devons apporter à la lutte héroïque des masses populaires égyptiennes contre les forces armées de la Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, américains et sionistes.

     Par les massacres de ces derniers jours, les généraux égyptiens révèlent la nature criminelle, la véritable et intime nature des Obama, des Bergoglio, des Merkel, des Hollande, des Letta-Napolitano-Berlusconi et autres chefs de file du système impérialiste mondial, de leur pouvoir. La guerre d'extermination non déclarée que ceux-ci mènent contre les masses populaires, jusque dans les pays impérialistes, montre ces jours-ci en Égypte son visage sanguinaire et brutal. Le MUOS montre là sa véritable utilité. 

    La Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, américains et sionistes est prise dans la tourmente de la crise générale du capitalisme. Elle ne réussit dans aucun pays à bâtir un ordre stable en sa faveur. Elle avance péniblement et recourt toujours plus à des méthodes ouvertement criminelles, à la Silvio Berlusconi ou Abdel Fattah Sissi, pour se maintenir au pouvoir : sa force réside principalement dans la faiblesse du mouvement communiste. La renaissance de celui-ci sera sa fin. La révolte contre la Communauté Internationale des groupes impérialistes européens, américains et sionistes grandit partout dans le monde, jusque dans les pays impérialistes et aux États-Unis eux-mêmes. Le premier pays impérialiste qui brisera ses chaînes ouvrira la route et montrera la voie aux masses populaires du monde entier.


    L'impérialisme est un tigre en papier !


    Lire aussi : Égypte : un coup d’État reste un coup d’État 

     


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