• Résistance islamique : la contradiction principale, et la "guerre contre le terrorisme”


    Par le camarade Ajith, l'un des plus brillants théoriciens maoïstes d'Inde, dirigeant à l'époque (2008) du CPI(ML) Naxalbari qui a fusionné depuis, le 1er mai 2014, dans le CPI (Maoist). Il est prisonnier de l’État fasciste depuis mai 2015

    Quel est le bilan de presque 7 années de "guerre contre le terrorisme" conduite par George W. Bush ? La mort, la destruction, la torture et toute l'inhumanité de l'impérialisme se sont multipliées par mille. Et en dépit de tout cela, les États-Unis et leurs alliés se trouvent encore très loin des objectifs qu'ils s'étaient fixés en Irak, en Afghanistan ou en quelque autre endroit du monde.

    Les deux guerres en Irak avaient été célébrées par la classe dirigeante US comme la fin du "syndrome du Vietnam", c'est à dire, de la crainte de s'engager dans des interventions militaires prolongées et de s'y enliser avec toutes les conséquences que cela implique. Mais à présent, les débats et les dissensions internes semblent indiquer tout le contraire.

    Malgré l'envoi constant de renforts en Irak, le régime de Bush n'a pas réussi à réduire la résistance. Les pertes américaines augmentent chaque année. Aux États-Unis mêmes et parmi leurs alliés, la pression en faveur d'un retrait s'accroît. Mais les choses ne sont pas aussi faciles : retirer les troupes équivaudrait à une acceptation officielle de la défaite dans la "guerre contre le terrorisme". Les répercussions de cela ne se limiteraient pas à la région uniquement. Au-delà de ça, cela supposerait une explosion de la violence sectaire. L'Afrique est malheureusement la preuve que l'impérialisme peut vivre avec cela et même en tirer profit. Mais la violence sectaire en Irak ne resterait pas contenue dans ses frontières. Son extension aurait des implications stratégiques bien plus importantes qu'en Afrique [presque 10 ans après la rédaction de ce texte, on a pu voir oui...]. Un Irak en guerre interne aurait un impact sur les pays voisins, affectant la principale région productrice mondiale de pétrole et causant une déstabilisation dévastatrice de toute l'économie mondiale.

    L'impérialisme US se trouve pris dans une impasse. Il ne peut pas poursuivre dans cette direction encore longtemps, et il ne peut pas non plus se retirer facilement. L'option d'impliquer l'Iran pour utiliser son influence en Irak est encore plus contradictoire. Tout d'abord, pratiquement toutes les études menées par les think tanks impérialistes admettent que le rôle de l'Iran dans la résistance chiite irakienne est mineur. D'autre part, concéder à l'actuel régime iranien un rôle pour garantir la stabilité de l'Irak, serait une considérable estafilade dans les plans américains pour l'Asie occidentale.

    Cela affaiblirait aussi leur contrôle sur les autres régimes compradors de la région. La "guerre contre le terrorisme" supposait pour les États-Unis de tirer tous les bénéfices d'être l'unique superpuissance. Elle avait pour but d'assurer que ni les peuples du monde, ni leurs rivaux impérialistes ne soient en mesure de défier leur suprématie. Mais le bain de sang en Irak et en d'autres lieux a permis d'exposer la faiblesse militaire de l'impérialisme US devant les peuples, et ainsi, leur a donné plus de confiance pour lutter contre lui, sa stratégie apparaissant toujours plus comme un fardeau. À cela s'ajoute la possibilité pour ses rivaux impérialistes, en particulier la Russie, d'avancer leurs pions pendant qu'il est "fixé" en Irak.

    L'Irak et l'Afghanistan ne sont pas strictement comparables au Vietnam. Dans ce pays, il y avait une force révolutionnaire dirigeant une lutte de libération nationale. Ici, la guerre nationale est organisée et dirigée principalement par les forces islamiques. Mais quant à la situation dans laquelle les États-Unis se trouvent aujourd'hui, les similitudes sont frappantes. Ceci prend racine dans la principale source du problème, le développement de la contradiction entre l'impérialisme et les nations et peuples opprimés, qui décrit le contexte et en détermine la dynamique. À la différence du Vietnam, cette contradiction ne se manifeste pas en Asie occidentale et en Afghanistan au travers d'une différenciation aiguë produite par une idéologie révolutionnaire, mais se présente encore embourbée dans un affrontement sectaire de masses contre masses. Mais c'est justement cette complexité, la forme particulière sous laquelle la contradiction de développe, qui exige d'être analysé.

    Il faut pour commencer se pencher sur deux points de vue, qui se complètent entre eux en dépit d'avoir l'air totalement contradictoires. Le premier reconnaît formellement le caractère réactionnaire de l'idéologie des forces islamiques, mais pratique ensuite un suivisme acritique vis-à-vis d'elles. Le second admet formellement qu'elles font partie de l'humanité opprimée et colonisée, mais présente ensuite leur lutte contre l'occupation impérialiste comme un choc entre deux forces réactionnaires. Le point commun entre les deux est un logique d'un genre particulier, qui veut que leurs prémisses ne se retrouvent absolument nulle part dans leurs conclusions... Ce qui est frappant, surtout, est la façon dont ces deux positions cherchent à éviter de faire face à la complexité précédemment évoquée. De telle sorte que l'une et l'autre font obstacle à toute possible intervention maoïste ; dans le premier cas en se mettant à la remorque de "ce qui existe sur le terrain", dans le second en se tenant éloigné d'une réalité "confuse".

    Le problème essentiel avec la principale résistance en Irak ou en Afghanistan n'est pas qu'elle soit islamique, ou pour le dire en termes plus généraux, qu'elle soit dirigée par une idéologie de caractère religieux. Les idéologies religieuses ont maintes fois pu jouer un rôle progressiste dans l'histoire. Elles peuvent encore aujourd'hui se convertir en expressions d'un contenu national et démocratique, car dans les pays opprimés, dans des conditions semi-coloniales et semi-féodales, la religion n'est pas seulement une question spirituelle : elle est aussi un mode de vie étroitement imbriqué dans la culture nationale.

    Par rapport au sujet spécifiquement abordé ici, le principal problème prend source dans l'élaboration de cette idéologie en particulier, les programmes sociaux réactionnaires proposés par les forces les plus décidées de la résistance islamique, leur "fondamentalisme". Pour autant, au-delà de rechercher la raison pour laquelle les idéologies religieuses, au lieu des séculières, obtiennent autant de soutien, nous devons aussi nous demander pourquoi ce courant religieux en particulier avance, au lieu par exemple d'une théologie de la libération. Une réponse tentante pourrait être une combinaison de facteurs tels que l'affaiblissement de la foi en la pensée progressiste et la pratique en général, occasionné par les évènements mondiaux (notamment la chute du socialisme), l'échec des maoïstes à défendre le drapeau de la libération nationale dans les pays opprimés, joint à une identification superficielle de la modernisation compradore avec la sécularisation de la société ; la férocité et le rejet inflexible de la situation existante que l'on observe dans la religiosité fondamentaliste et qui offre aux masses une radicalité militante : tous ces facteurs ont certainement joué. Les ravages de la globalisation et de la misère, combinés à l'impulsion consciente donné aux mouvements religieux par l'impérialisme et les réactionnaires, sont sans aucun doute des conditions propices.

    Mais il faut nous garder de donner trop d'importance à cela. Établir une causalité absolue entre l'affaiblissement de la religion et la prolétarisation, et inversement entre la déprolétarisation et son resurgissement, est le pire genre de pensée mécanique et de généralisation hâtive qui puisse exister. En ce qui concerne le rôle de l'impérialisme et de la réaction, même en le retenant comme un facteur important, il n'en pose pas moins la question de pourquoi il rencontre tant de succès, et implique par conséquent, et même à plus forte raison, la nécessité de se pencher sur les facteurs matériels et culturels intrinsèques à chaque société particulière. De même que la vision de la poussée de ces mouvements fondamentalistes comme un pur "stratagème de l'impérialisme et de la réaction" pour "détourner les masses des vrais problèmes" de la globalisation, est incapable d'expliquer son authenticité perçue, justement, comme une réponse à la globalisation par la masse de ses partisans ; en plus de rejeter les questions de la foi et de l'idéologie hors de la liste des "vrais problèmes".

    Quelle est donc la centralité de classe des mouvements fondamentalistes islamiques, ou des mouvements fondamentalistes en général dans les pays opprimés ? Elle peut tout à fait être petite-bourgeoise, rurale ou urbaine, y compris d'éducation "moderne". Le marxisme, et les expériences de la vie quotidienne nous montrent que la petite bourgeoisie des pays opprimés est une force sociale importante au niveau national, n'appartenant en aucune manière à des secteurs historiquement retardataires, bien qu'elle soit tout à fait capable d'être réactionnaire.  L'expérience historique nous enseigne aussi qu'elle peut parfois déclencher des mouvements de libération nationale. La composition petite-bourgeoise de leur noyau est une raison importante pour laquelle certains mouvements fondamentalistes sont capables de se lier aux larges masses et de se mettre à la tête des légitimes résistances. Mais si, bien sûr, l'analyse se laisse guider uniquement par la répugnance morale, elle ne peut conclure qu'à y voir un ramassis de couches sociales réactionnaires surgies d'âges obscurs - pas même la supposition du contraire n'étant permise.

    [NB : cet article date de 2008 ; à cette époque, le phénomène Daesh n'avait pas encore vu le jour (son prédécesseur, "Al Qaïda en Mésopotamie", était plus en difficulté qu'autre chose). Depuis lors, Daesh a régné entre 2014 et 2017 sur un "Califat" mésopotamien pour le compte (pour leur donner une base d'accumulation où investir) de financeurs milliardaires du Golfe : ce n'est donc pas exactement une force "petite-bourgeoise" ou "bourgeoise nationale". De manière générale, si on lit aussi la très intéressante biographie du turc Necmettin Erbakan, le fait que l'"islamisme" représente une bourgeoisie nationale mais très liée à la féodalité (qui dans le Golfe est devenue pétro-oligarchie) constitue sa principale limite pour devenir une force de libération révolutionnaire nationale-démocratique, anti-impérialiste.]

    Ceci peut à la rigueur convenir si l'on cherche à gagner une audience parmi les personnes découragées par les opinions et les pratiques des fondamentalistes les plus réactionnaires, mais cela ne va en rien aider les maoïstes à accéder à une compréhension et un traitement correct de ce phénomène, ni à mobiliser une masse révolutionnaire sur cette base, que ce soit dans les pays opprimés ou les pays impérialistes. La position affirmant que la résistance dans un pays comme l'Irak est un choc entre deux groupes réactionnaires est à rejeter comme économisme impérialiste, précisément parce que l'aspect de résistance nationale contenu en elle est nié. La distinction apparemment tracée entre colonisés et impérialistes ne peut avoir aucun sens, dès lors qu'est niée son implication dans la contradiction nationale (d'ailleurs, ceux que critiquait Lénine pour leur économisme impérialiste ne niaient pas non plus la distinction entre impérialisme et colonies : le problème était que leur négation du droit à l'autodétermination, incluant la sécession, éliminait cette distinction de leur pratique politique concrète).

    Dans la situation actuelle, un résultat de cela est par exemple le renversement des objectifs prioritaires dans les pays occupés, comme on peut le voir dans l'argument que "pour être réellement avec le peuple d'Afghanistan aujourd'hui, il faut s'opposer à la totalité des ses principaux ennemis : les Talibans, la République islamique d'Afghanistan et, bien sûr, les occupants étrangers".[1] Ce simple ajout des occupants impérialistes en fin de liste des ennemis principaux, au lieu de focaliser sur eux et l’État fantoche, est une expression inévitable de l'économisme impérialiste sous-jacent à toute l'analyse.

    En supposant que le noyau du mouvement fondamentaliste est petit-bourgeois, d'où vient donc son caractère réactionnaire virulent, si contradictoire en apparence avec sa position objective de classe ? Pour aborder cette question, il nous faut distinguer le fondamentalisme du revivalisme. Il n'y a pas de Muraille de Chine qui les sépare. La transformation mise en œuvre lorsqu'ils obtiennent le pouvoir politique est évidente. Mais s'ils présentent une différence importante, c'est dans leur religiosité. La religiosité revivaliste, comme par exemple l'Hindutva de Sangh Parivar en Inde, est assez superficielle. En dépit de la profusion de rituels et de symboles, y compris ceux abandonnés depuis longtemps par les "vrais croyants", il n'y a pas de problème à les accompagner de vulgaires auto-indulgences compradores. Toute religion contient inévitablement une dose d'hypocrisie inconsciente, mais ici cette hypocrisie est consciente, pas que non-reconnue. La poursuite des choses matérielles vulgaires et l'imitation de la culture impérialiste (qui vise pourtant à "affaiblir l'esprit national" pour les forces nationalistes) sont bien accommodées et intériorisées, et sont une part importante du "mode de vie" revivaliste.

    Pour les fondamentalistes (les Khalistanis en étaient un bon exemple, tout comme les Talibans), le retour à une pratique "non-contaminée" de la religion est absolument inflexible. Cette spiritualité doit nécessairement se heurter de plein fouet avec le présent et les pouvoirs qui l'imposent. De fait, la marche arrière est vue comme la seule manière de résister et de vaincre la dégénération du présent. Retourner vers le passé n'implique pas forcément servir la réaction. Un exemple en est la Réforme luthérienne en Europe. Sa spiritualité était étroitement liée au dégoût de la monétarisation de la rédemption et autres actes "anti-chrétiens" de l’Église catholique, et appelait à revenir vers le passé idyllique des premiers temps de la chrétienté. Mais objectivement, la Réforme de Luther a favorisé le développement du capitalisme, une société où l'argent est le gouvernement suprême ; complètement à l'opposé de ce qu'elle se proposait de réaliser. Indépendamment des désirs du rédempteur, les forces sociales de la transition capitaliste l'ont mise à leur service. Si nous regardons à nouveau vers le fondamentalisme des pays opprimés, le caractère désespéré de son projet apparaît clairement. Nous avons là des sociétés où chaque développement du capitalisme bureaucratique ressuscite collatéralement quelques féodalismes ; où la dynamique de transformations sociale est réprimée, désarticulée par l'oppression impérialiste de la nation. Ainsi, le contexte objectif propulse et donne forme aux efforts des fondamentalistes pour surmonter le présent en revenant au passé, dans une juxtaposition réactionnaire des relations sociales existantes, y compris lorsqu'ils se heurtent eux-mêmes à celles-ci.

    C'est l'impossibilité du projet de société fondamentaliste qui lui donne son caractère fanatique rigide, sa féroce spiritualité, sa capacité à susciter un militantisme jusqu'à l'auto-sacrifice, et en définitive la racine de son caractère réactionnaire. En son cœur se rencontre une intense réaction à l'aliénation nationale, culturelle, continuellement aggravée par la domination impérialiste et ses transformations imposées. Tel est son creuset. Réduire le fondamentalisme à l’insatisfaction de quelques éléments féodaux ou claniques, ou un simple resurgissement de leurs idéologies serait perdre de vue un détail très important : son caractère extrêmement moderne, qu'il est un produit de notre temps. Exposer les contenus réactionnaires du fondamentalisme est sans aucun doute nécessaire. La prise de conscience des femmes, des dalits et d'autres secteurs des masses opprimées, enchaînées par les traditions religieuses, offre de puissantes sources d'énergie pour ce faire. Mais sauf à ce que l'espace spirituel occupé par le fondamentalisme soit reconquis par une vision éclairante de libération totale, nationale et vibrante, une culture laïque et une nouvelle société libre d'exploitation, et à moins que l'espace physique aujourd'hui occupé par la résistance fondamentaliste soit récupéré sous les drapeaux révolutionnaires d'une Guerre populaire, les maoïstes ne réussiront pas.

    Pour toutes ces raisons, dans le contexte spécifique d'une résistance contre une occupation impérialiste, la relation entre les forces fondamentalistes et les maoïstes ne peut être aussi simple que l'antagonisme ou au contraire la collaboration. Elle peut contenir les deux. Le programme social réactionnaire d'une force fondamentaliste dans un pays opprimé, ne l'exclut pas automatiquement de la résistance nationale. Ses actions contre l'oppresseur de la nation sont justes. À la question de savoir si elle reflète la contradiction du peuple opprimé avec l'impérialisme, ou celle entre une partie des classes dominantes et une puissance impérialiste, il doit être répondu par l'analyse concrète de la composition de classe au centre de la force en question. Les généralités, de toutes les manières, ne servent à rien. 

    Il y a un autre aspect à prendre en compte : dans un contexte d'occupation, la contradiction entre la nation et les occupants devient principale. Toutes les autres contradictions, y compris celles entre les classes dominantes ou certains secteurs de celles-ci et les puissances impérialistes, sont déterminées, conditionnées par cette contradiction principale. Si bien que, même lorsque le noyau d'une force est constitué par des classes dominantes (compradores ou féodales), sa résistance contre l'occupation fait objectivement partie de la résistance nationale. Ceci n'efface certes pas les intérêts réactionnaires qui guident son action, mais même ces intérêts ne l'excluent pas en tant que tels de la résistance.

    En termes politiques, le simple fait qu'une force résiste à l'occupation impérialiste ne signifie pas les maoïstes doivent la ratifier comme une force de libération nationale et s'unir à elle, même lorsqu'ils reconnaissent sa résistance et le rôle objectif qu'elle joue. Mais de l'autre côté, il n'est pas possible de lui dénier ce rôle objectif de résistance contre l'occupation en invoquant le programme social réactionnaire qu'elle pourrait éventuellement défendre.

    Aborder le sujet sous cet angle exige une compréhension correcte des apports de Mao Zedong quand à la voie de la révolution dans les pays opprimés, et particulièrement son analyse de la complexe toile d'araignée de contradictions qui s'observent à travers le monde. Aujourd'hui, il est communément admis dans le mouvement maoïste que la principale contradiction dans le monde est celle qui oppose l'impérialisme et les nations et peuples opprimés. Pour autant, bien souvent, cela ne nous informe guère de façons analytique sur des phénomènes tels que le resurgissement de diverses formes de mouvements religieux dans les pays opprimés. Pire encore, est la situation dans laquelle les impérialistes s'approprient le mot d'ordre de "guerre contre le terrorisme" qui apparaît, du moins dans sa phase actuelle, comme guidé par l'intérêt de la classe dominante US de faire reculer le fondamentalisme islamique. Tel est l'objectif déclaré. Mais un regard plus attentif laisse percevoir autre chose. Jusqu'à la fin du siècle dernier, non seulement l'impérialisme US mais tout le bloc de l'OTAN s'est entièrement dédié à la question d'élaborer des plans pour surmonter des décennies d'agitation révolutionnaire. Une récente étude du Ministère de la Défense du Royaume-Uni le dit de manière assez explicite. [2]

    Il n'est pas difficile de comprendre cette préoccupation si on la situe dans le cadre de la globalisation impérialiste et de la résistance qui grandit contre elle. La promotion de la politique portée en particulier par les néoconservateurs US, formulée après coup comme "guerre contre le terrorisme", fait partie de cette vaste stratégie impérialiste qui est en grande partie directement liée au développement de la contradiction principale mondiale ci-dessus énoncée. Aujourd'hui, la lutte armée est qualifiée de "terrorisme" indépendamment de son contenu politique. La "guerre contre le terrorisme", dans laquelle le fondamentalisme islamique est en apparence l'ennemi désigné, a ses antécédents dans la campagne de contre-insurrection menée en Amérique du Sud sous le nom de "guerre contre la drogue". Elle s'accompagne d'un vaste projet de restructuration du secteur agricole en crise dans le Tiers Monde, identifié comme une source potentielle d'"instabilité", autrement dit de révolution...

    La "guerre contre le terrorisme" est en réalité une guerre contre les peuples du monde, qui cherche à faire reculer la nouvelle vague émergente de la révolution mondiale. Telle est la dynamique qui exige d'être comprise, si l'on veut s'extraire intellectuellement des terminologies imposées par l'establishment impérialiste.

    Les politiques sont naturellement différentes d'un pays à l'autre, et entre les pays opprimés et les pays impérialistes. Il existe néanmoins des similitudes. Le "terrorisme" islamique, comme celui d'autres groupes de résistance, peut être convenablement utilisé par les classes dominantes de ces deux catégories de pays pour légitimer une suppression ou une restriction des droits démocratiques. Lorsque les victimes sont les masses populaires, les actes terroristes les divisent et pousse une grande partie d'entre elles sous les drapeaux des gouvernants. Il faut certes tracer une ligne de démarcation claire entre le terrorisme et la violence révolutionnaire. Mais il nous faux aussi tracer une nette ligne de démarcation entre la position maoïste et la propagande "anti-terroriste" de l'impérialisme et de la réaction. Ceci ne peut se faire qu'avec des arguments montrant qui représente la principale menace pour l'humanité et qui est le principal coupable. Ce qui est nécessaire, c'est surtout une défense ferme et inconditionnelle du droit des peuples à résister par les armes. L'opposition à l'idéologie ou au programme social qu'ils suivent ne doit pas nous détourner de cela. Et la seule manière de s'en assurer est une compréhension pleine et entière de la dynamique de la révolution, de l'opposition au système et en particulier de la principale contradiction dans la situation mondiale actuelle. Lorsque l'agitation actuelle dans le monde n'est vue, dans son ensemble, que sous le prisme des conflits inter-bourgeois ou réactionnaires, lorsque les grands tournants s'analysent et s'expliquent principalement en ces termes et que la révolution est simplement quelque chose que l'on ajoute en bout de chaîne au lieu de l'admettre comme facteur principal, ce qu'elle est en réalité, la défense du droit des opprimés à résister ne peut en ressortir que conditionnelle et faible.

    [1] WPRM-Winnipeg, "Notes sur l’Afghanistan"

    [2] "Les disparités de richesse et, par là, de chances se feront plus évidentes, avec les ressentiments associés, y compris parmi le nombre croissant de personnes qui aspirent à vivre matériellement mieux que leurs parents et grands-parents. La pauvreté absolue et le désavantage comparatif alimentent le sentiment d'injustice parmi ceux dont les aspirations ne sont pas satisfaites, accroissant les tensions et l'instabilité tant à l'intérieur qu'entre les sociétés et aboutissant en expressions de violences telles que les désordres, la délinquance, le terrorisme et l'insurrection. Ils peuvent également donner lieu au resurgissement d'idéologies non seulement anticapitalistes, possiblement liées à des mouvements religieux, anarchistes ou nihilistes, mais aussi au populisme et à une renaissance du marxisme". Programme de Tendances Stratégiques Globales, DCDC, 2007-2006. La DCDC est la Direction générale du Ministère de la Défense britannique. Le document est une source pour le développement de la politique de défense du Royaume-Uni.


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