• Petit retour historique sur le Yémen, actuellement dévasté par l'agression des porcs Saoud avec la complicité de l'Occident


    POUR COMPRENDRE LES GUERRES DU YÉMEN (intro + première partie : Guerre Froide, 1962-90) - ou : que paye le pays dans son martyre actuel, après les décennies de tyrannie et de guerre civile permanente de l'ère Saleh (1978 au Nord, 1990 au Sud - 2012) ?

    via Khalmurad Sakhatmuradov

    Petite histoire contemporaine des guerres du Yémen

    Depuis la fin de la monarchie en 1962, mais surtout depuis la crise politique de juin 1978, l'Arabie heureuse n'a jamais aussi mal porté son surnom. Meurtri par les conflits armés tous-azimuts quasi-ininterrompus depuis 40 ans, le Yémen, terre du mythique royaume de Saba, fut, jusqu'à l'ère du pétrole, l'un des poumons économiques de la Péninsule arabe. Nation tribale, elle est partagée géographiquement entre un « Nord » occidental montagneux, et un « Sud » oriental désertique (l'Hadramaout). Les capitales respectives étant Sanaa (Nord) et le port stratégique d'Aden (Sud). Elle est divisée cultuellement entre populations chiites zaïdites du Nord (45%) et sunnites chaféites partout ailleurs (55%). Le pays, aujourd'hui extrêmement pauvre, détient beaucoup moins de pétrole que ses voisins, mais occupe une position stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb.

    Historiquement, le Yémen fait partie, dans le prolongement sud du Hedjaz en Arabie (où se trouve Médine et La Mecque), du berceau de l'Islam (islamisation dès Mahomet). Après la domination des Ayyoubides d’Égypte et du Sham et le Sultanat rasoulide (sunnite) au Moyen-Age, le Nord est vassalisé par l'Empire ottoman pendant près de quatre siècles, tandis que sa partie Sud est colonisée par les Anglais à la fin du XIXe. En 1918, le Nord devînt une monarchie chiite (un « imamat zaïdite »), le Royaume mutawakkilite. Soucieux de son indépendance, il cherchait alors à contrebalancer l'hégémonisme britannique. Il s'agissait toutefois d'un régime autocratique et féodal, de plus en plus contesté dans le contexte du début de la Guerre Froide et du panarabisme nassérien.

    ======> 1- Première Guerre civile du Nord-Yémen (1962-67/70) : émergence de la République arabe

    La première grande guerre qui déchire le Yémen contemporain :
    _ oppose les républicains panarabes (soutenus par l’Égypte et l'URSS) et les monarchistes (soutenus par l'Arabie Saoudite et le Royaume-Uni) ;
    _ débouche sur une victoire républicaine, avec la prise de Sanaa en 1967 et l'avènement de la République arabe du Yémen (RAY) en 1970 ;
    _ provoque 26 000 pertes égyptiennes (engagement direct), 1 000 pertes saoudiennes (engagement indirect), 40 000 pertes royalistes et 200 000 morts avec les civils au total.
    Abdul Rahman al-Iryani est le premier président : il s'oppose aux deux ingérences égypto-saoudienne et se veut un républicain modéré : il œuvre pour la réconciliation post-guerre (avec les ex-royalistes) et la réunification des deux Yémen (le Sud-Yémen venait d'obtenir l'indépendance en 1967).

    Lui succède le dernier âge d'or du Yémen, sous la présidence (à Sanaa) d'Ibrahim al-Hamdi, surnommé le « Sankara arabe ». On raconte qu'enfant, il essaya de sauver de la noyade son propre reflet, avant de tomber dans l'eau (il sera sauvé par ses parents). Dirigeant de juin 1974 au 11 octobre 1977, al-Hamdi est le plus aimé des dirigeants yémenites du XXème siècle. Il renforça les relations Nord-Sud et améliora considérablement la situation économique de son pays (programmes économiques ambitieux, infrastructures - a pavé les routes, hôpitaux, écoles...-, lutte contre le tribalisme et le vieux système de classes sociales, dans le cadre d'un idéalisme panarabe particulièrement socialisant). Très proche du peuple, se souciant très peu de sa propre sécurité (il circulait avec sa voiture et rencontrait même ses opposants), il est assassiné le 11 octobre 1977 par des agents saoudiens (Riyad souhaitait entraver le processus de réunification), avec son frère, et deux jeunes femmes pour ternir sa réputation d'homme vertueux...

    Son successeur direct, et continuateur, Ahmad bin Hussein al-Ghashmi, lequel poursuivra le rapprochement avec le Sud, est assassiné à son tour, quelques mois plus tard, en juin 1978.

    Il est vite remplacé par le fameux Ali Abdallah Saleh, qui restaurera le vieux système tribal et clanique à privilèges.

    ======> 2- Soulèvement de Radfan / Crise d'Aden (1963-67) : émergence du Sud-Yémen populaire

    À la même époque, au Yémen du Sud, le protectorat britannique est vaincu par la résistance nationale arabe, principalement menée par le Front de Libération Nationale (ruraux marxistes-léninistes) et son rival, le Front de Libération du Sud-Yémen occupé (Flosy, social-démocrate nassérien, plus intellectuel), au bout d'une guerre de 4 ans.

    Le Yémen-Sud obtient son indépendance comme république le 30 novembre 1967, avant de devenir une République démocratique populaire (RDPY) avec la victoire du courant marxiste du Front de Libération Nationale le 1er Décembre 1970. Le mouvement nassérien subissait alors les contrecoups de la défaite de l’Égypte face à Israël en 1967 : le socialisme panarabe « petit-bourgeois » était éclipsé par l'essor du marxisme, seul à même de vaincre Israël, les monarchies féodales arabes et la misère.

    Salim Rubayyi Ali, dit « Salmine », chef de file du « courant maoïste » et ami du « Sankara arabe » nord-yéménite al-Hamdi, dirige -collégialement- le Sud-Yémen de 1969 à 1978. Victime des guerres, de la fuite des élites d'Aden et de la fermeture du canal de Suez (1967), la RDPY cumule les soucis économiques, tout en dépensant une fortune pour sa défense militaire face aux tentatives de subversion saoudienne et britannique. Pourtant, on assiste alors, comme au Nord, à un âge d'or sur le plan social (paix et progrès). Cette situation n'empêche pas en effet Salmine de mener les réformes les plus radicales du monde arabe : éducation universelle, gratuité des soins, égalité homme-femme, disparités sociales réduites (hausse du niveau de vie en zone rurale), lutte contre le tribalisme.

    [Article francophone rare sur la seule grande expérience marxiste-léniniste de l'Histoire du monde musulman : https://orientxxi.info/…/quand-le-drapeau-rouge-flottait-su… ]

    Avec l'URSS, la RDA et la Chine de Mao, elle soutient une rébellion marxiste voisine en Oman pendant la Guerre du Dhofar, le Front Populaire de Libération de l'Oman et du Golfe Arabe, réprimé par le Sultan de l'Oman ibadite avec l'Iran du Shah et les forces spéciales britanniques (SAS).

    Malgré quelques dissensions, les deux États frères (Aden est marxiste pro-soviétique, Sanaa est panarabe non-alignée) entretiennent des relations cordiales au point d'envisager la réunification.

    En juin 1978, deux événements simultanés mettent fin à l’idylle :
    _ au Sud, le « maoïste » Salmine est liquidé par les « bureaucrates pro-soviétiques » menés par Abdel Fattah Ismail, avec la complicité de Moscou ;
    _ au Nord, al-Ghashmi (le fidèle du très progressiste al-Hamdi) est à son tour assassiné : Saleh arrive au pouvoir et opère un virage à 180°, en rétablissant le vieux système féodal.

    Petit retour historique sur le Yémen, actuellement dévasté par l'agression des porcs Saoud avec la complicité de l'Occident

    (Ibrahim al-Hamdi et "Salmine" lors d'une rencontre)


    ======> 3- Rébellion marxiste du Yémen-Nord (1978-82)

    Une fois au pouvoir, Ali Adballah Saleh, rompt avec la politique de ses prédécesseurs progressistes, et renoue avec les traditions tribales et claniques. Contre ce retour en arrière, une rébellion populaire éclate, lancée par le « NDF » (National Democratic Front, coalition notamment composée du Parti démocratique révolutionnaire du Yémen, marxiste-léniniste, et d'autres partis socialistes et panarabes). Elle est soutenue par la RDPY voisine, l'URSS et la Libye. Cette guérilla durera jusqu'en mai 1982.

    Un conflit interétatique faillit alors éclater entre Aden et Sanaa, mais la Ligue arabe l'évita. Le sommet du Koweït en mars 1979 confirma l'objectif vers la réunification.

    ======> 4- Guerre civile du Sud-Yémen (janvier 1986)

    En 1980, le dirigeant sud-yéménite, Abdul Fattah Ismail, perd à nouveau la confiance de ses soutiens en URSS : il démissionne et part en exil à Moscou. Son successeur, Ali Nasir Muhammad Husani, se montre plus pragmatique et conciliant vis à vis de la République arabe du Yémen.

    En janvier 1986, alors que l'URSS s'engage dans la désastreuse Perestroïka c'est au tour du Yémen-Sud de tomber dans le chaos : le 13 janvier, Ali Nasir Muhammad liquide tous les pères de la Révolution yéménite. Les partisans d'Abdul Fattah Ismail (revenu l'année passée, et assassiné ce jour-là) se soulèvent. Après un mois de combats acharnés à Aden (10 000 morts au total), c'est une victoire posthume pour ce dernier. Ali Salim al-Beidh prend la tête d'un État affaibli et décrédibilisé par ces événements.

    Unification du Yémen en 1990.

    La RAY et la RDPY fusionnent pour devenir la République du Yémen, dirigée de Sanaa par Ali Abdallah Saleh, avec al-Beidh pour vice-président. Elle se fait remarquer en soutenant l'Irak de Saddam Hussein pendant la Guerre du Golfe. Cette fusion sera un échec sanglant... (suite prochainement)

    Notez ceci : on vous demande quand, pour la dernière fois, ce pays pouvait espérer un développement socialiste dans la concorde et le progrès ? Vous pouvez désormais répondre : du temps des expériences socialistes les plus avancées, à savoir celles d'al-Hamdi « le Sankara arabe », et du proto-maoïste Salmine (années 1970).

    https://orientxxi.info/magazine/quand-le-drapeau-rouge-flottait-sur-aden,2152

    Petit retour historique sur le Yémen, actuellement dévasté par l'agression des porcs Saoud avec la complicité de l'Occident

    (Soldats britanniques devant une manifestation organisée par le FLN à Aden, 1967)

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :