• https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/langues-regionales-vif-debat-entre-paul-molac-france-insoumise-assemblee-nationale-1450337.html

    "Vous vous trompez si vous ne montrez que de la bienveillance envers ces écoles. En effet, elles véhiculent parfois des idéologies identitaires anti-républicaines" a ainsi déclaré Alexis Corbière, précisant quelques instants plus tard : "Monsieur Le Fur, lorsque vous dites que des familles souhaitent que leurs enfants parlent la langue de leurs parents, on peut entendre votre argument. Mais faisons attention : je suis élu en Seine-Saint-Denis où beaucoup de Français ont des parents dont la langue n’est pas une langue régionale. Comment accueillons-nous cette situation ? Quand des gens voudront apprendre le portugais ou l’arabe, langues de leurs parents ou de leurs grands-parents, que leur dirons-nous ? Notre réponse ne peut pas être à géométrie variable."

    Sans aller (encore une fois) jusqu'à comparer les oppressions, qui n'ont rien à voir, le bonapartiste de gauche Corbière met là en lumière une continuité historique fondamentale : celle de l'État-"nation" qui se prolonge dans l'Empire ; duquel les indigènes viennent ensuite à leur tour (le "prolongeant" en quelque sorte) dans la métropole État-"nation" pour s'y ajouter à sa multinationalité réelle, que le républicard de base qu'il est, s'essuyant le front, se demande de plus en plus comment gérer ; comment faire pour que les larbins parlent comme leurs maîtres afin de "penser comme eux et ne bouger que dans les limites qu'ils leur auront fixées".

    Ce qu'il met en lumière (en y exprimant son opposition...), c'est : frappe l'État-"nation", tu affaibliras l'Empire ; frappe l'Empire, tu affaibliras l'État-"nation".

    Et dans l'autre sens c'est aussi une manœuvre classique de Mélenchon, qui lui est radicalement hostile aux langues régionales (et même aux accents prononcés, on l'a vu), d'instrumentaliser l'arabe contre, en mode (dans sa période sénateur de l'Essonne) "les langues minoritaires ? par chez moi dans l'Essonne, la première c'est l'arabe !" (comprendre dans ce propos une prétendue opposition d'un prétendu multiculturalisme francilien open sur the world - mais chacun bien à sa place hein, attention ! - aux "bouseux identitaires" avec leurs "patois")*.

    [* C'est là un classique gauchiotte, aussi bien FI-enteux qu'ultra-gauche, que de piocher les problématiques coloniales et état-nationales et les dresser les unes contre les autres au gré des humeurs, ou plutôt des intérêts du moment. Encore que bon, en général ce sont plutôt "les galériens blancs" et "la lutte de classe" qu'ils vont prendre et brandir contre les questions coloniales-raciales ; parce que nos questions nationales, on ne sait pas pourquoi on dirait vraiment qu'elles leur empestent les doigts.

    Là on a le cas sur les questions du droit aux langues (parce que oui oui, ce sont des questions POLITIQUES). Un coup c'est Mélenchon qui tokenise l'arabe en mode regardez les "vraies" langues minoritaires où elles sont, contre nos "patois". Le coup d'après c'est Corbière qui présente l'arabe comme une... menace (le portugais on se demande un peu ce qu'il vient faire là...), laissant entendre que les langues "régionales" bon "ça va", mais faudrait pas avec les écoles hors-contrat/contrôle ouvrir une boîte de Pandore (lourdement sous-entendu : arabo-islamiste).

    Ou sinon, les gens qui se découvrent soudainement antiracistes et arabophiles quand il s'agit de stigmatiser les Corses comme de gros Néandertaliens (sur-les-recents-evenements-racistes-survenus-en-corse sur-les-derniers-evenements-en-corse).

    Les gens qui, quand on parle Bretagne - Occitanie - Pays Basque - Corse etc., vont nous brandir les dernières colonies ("DOM-TOM"), la Françafrique voire même la Palestine : "nan mais z'avez pas un peu honte, de vous prétendre colonisés ??" (ni nous ni un certain nombre autour de nous ne nous prétendons tels, et personne à notre humble avis, dans les mouvements "régionalistes", ne le prétend DANS LES PROPORTIONS de l'Afrique ou de la Palestine, mais c'est pas grave).

    Mais attendez un peu que la Palestine vienne violemment sur le devant de la scène, un peu comme en 2014, et là... ce seront les dernières colonies et la Françafrique (suivies de près par les luttes internes aux pays arabes) CONTRE la Palestine : "gna gna gna quand c'est l'chlordécone en Martinique et la Françafrique et les Printemps arabes écrasés on les voit jamaiiiiis (ah bon ?) les pro-pals"...

    Ce qui est juste ballot, et que tous ces gens ont un peu perdu de vue, c'est qu'il existe entre autres choses une Plateforme syndicale des Nations sans État, ou encore diverses rencontres internationales (comme les plus célèbres, celles de Corte en Corse) dans lesquelles les peuples en lutte des dernières colonies côtoient et reconnaissent et respectent tout à fait les luttes de ceux d'Europe... Dommage !

    Ce sont là leurs méthodes dilatoires bien rodées, au fond très dans la ligne postmoderne : prendre les problématiques et les utiliser les unes contre les autres dans la certitude d'avoir toujours le dernier mot ("Jack of all trades, master of none, installer son petit universalisme par accumulation de points de vue où son avis seul sera pleinement légitime").

    Au fond, ça rejoint un peu la méthode hyper-critique d'un certain Bob récemment décédé... LOL, ça leur ferait sûrement pas plaisir qu'on leur dise ; raison de plus (peut-être) pour le faire :D :D :D

    Il est absolument VITAL (et ils l'ont compris) de casser le continuum État-"nation" - Empire.]

    Alors ensuite, le truc c'est que les propos en apparence assez ambigus de Corbière donnent lieu à des interprétations divergentes : pour les tenants des langues "régionales", "il nous compare à Daesh" (en gros, et donc ouin ouiiiin, vite vite il faut clamer urbi et orbi son allégeance aux "valeurs civilisées") ; pour d'autres au contraire, les langues régionales ne le dérangent pas vraiment et c'est surtout "le racisme et l'islamophobie" de son propos (qui opposerait "bonnes" langues "régionales" et "mauvaises" langues minoritaires "non-régionales" comme l'arabe) qui est pointé du doigt.

    D'autres voudront y voir au contraire (pour citer une intervention sur les réseaux sociaux) quelque chose de plutôt positif : "Il parle d'"idéologies identitaires antirépublicaines" à propos de ceux qui défendent les langues régionales, ce qui est inacceptable. En revanche, et là il faut ouvrir les oreilles, sa comparaison avec les langues des non-blancs, qui sont stricto sensu des langues minoritaires ou même titre que les langues régionales et sont donc a priori protégées par la charte européenne sur les langues minoritaires, est destinée à montrer que leurs revendications éventuelles de faire des écoles immersives ne seraient pas moins légitimes. Et ça, Molac et bon nombre d'autres régionalistes ne parviennent pas à le concevoir (et ne sont donc pas moins racistes que Corbière). Et ça, c'est bien que ce soit dit en séance publique à l'Assemblée Nationale."

    En réalité, au delà de cette apparence prêtant à confusion, sa position obéit à une logique tout à fait cohérente ; il faut simplement pour cela s'y pencher avec un peu de précision, et peut-être (déjà) lui laisser la parole pour la préciser.

    Sa position concrète il la donne là : https://twitter.com/alexiscorbiere/status/979746957827690497

    "Je suis pour l'enseignement des langues régionales ds le service public. Je comprends qu'il y ait des écoles privées pour ces langues, ms je dis attention aux établissements hors-contrat ! Je souhaite un CONTRÔLE [mis en majuscule par nous NDLR] par l'éducation nationale."

    Il dit qu'il n'est pas hostile aux langues régionales et souhaite même leur enseignement public ; qu'il n'a rien non plus contre l'enseignement privé (sous contrat)... toutes choses qui au fond et après tout ne mangent pas de pain ; dont il a, concrètement, compris la faible menace représentée pour la "Républiiiique une et indivisible" et ses hiérarchies territoriales (Servir le Peuple milite VRAIMENT pour que nos mouvements se dé-focalisent de cette question des langues, certes préoccupante surtout en fRance - où l'on va lentement mais sûrement vers leur disparition - mais le centralisme parisien, les rapports sociaux inter-territoriaux ne se résument pas à ça ; pour prendre une contre-exemple absolu : il n'y a pas vraiment eu d'éradication du créole, parlé à tous les coins de rue, en Karayib et Larényon, pourtant ce n'en sont pas moins des colonies, opprimées largement un cran au-dessus du Pays Basque ou de la Bretagne !!).

    MAIS PAR CONTRE, "attention" aux établissements hors-contrat.

    Car par "hors-contrat", il faut traduire : hors-CONTRÔLE. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas con, et il sait que ces établissements comme les calandretas ou les ikastolak ou les Diwan sont portés par des associations, quoi que celles-ci en disent, POLITISÉES. Politisées à gauche ou à droite mais dans tous les cas, pas vraiment dans le sens du patriotardisme républicard tricolore qu'il appelle de ses vœux.

    C'est d'ailleurs bien ainsi que certains intervenants comprennent (enfin... malcomprennent aussi en même temps) l'enjeu :

    "La FI n'est pas contre l'enseignement des langues régionales à l'école ! Elle préfère que cet enseignement soit encadré par l'éducation nationale comme ça se passe dans beaucoup d'écoles publiques actuellement. Les écoles Diwan sont des écoles associatives et non publiques. C'est un débat à avoir je pense..."

    "Les langues régionales et minoritaires doivent avoir un vrai statut. Et, en tout état de cause, le personnel enseignant le breton, le catalan, le portugais, l'arabe ou le wolof, peut et doit être fonctionnaire de l'éducation nationale ou personnel sous contrat soumis à un programme et à l'inspection du ministère. Cela éviterait que Corbière raconte n'importe quoi."

    [Réponse de la part d'un camarade]

    "En l'occurrence c'est ce pour quoi il affirme (sur Twitter) être : l'enseignement public ou sous contrat.

    Parce qu'en l'occurrence, hors-contrat est à ses yeux synonyme de HORS CONTRÔLE.

    C'est pour ça que, contre des écoles en langues nationales minoritaires hors contrat qu'il SAIT (il est pas con) toujours relativement politisées (pas forcément à gauche, mais contre la République une et indivisible, la communion Marseillaise-BBR obligatoire, bref), il brandit l'épouvantail, la "boîte de Pandore" potentielle des écoles en arabe où s'inculquerait l'"extrémisme".

    Parce qu'il sait que c'est la grande psychose du moment. Mais de manière générale, ce qu'il veut surtout c'est qu'il puisse y avoir contrôle sur les programmes et le contenu des cours."

    C'est là que, comme il vient d'y avoir le débat sur l'apprentissage de l'arabe comme "remède" à l'"extrémisme", et la forte contestation de cette idée gouvernementale par toutes les forces d'opposition à LREM, il en remet une petite couche avec ça et, effectivement, il vient greffer cette problématique sur l'autre, dans le rôle d'épouvantail absolu par les temps qui courent. Comme archétype de politisation potentielle "ultra-dangereuse" des écoles hors-contrat ; archétype "comme par hasard" pas choisi (justement) au hasard : l'arabe, l'islam etc. etc. (donc oui, comme on ne pouvait guère s'attendre à autre chose d'un mélenchoniste, c'est islamophobe).

    Plus globalement (donc), et en résumé, par rapport aux multiples interprétations qui ont pu être faites de ses propos : Alexis Corbière n'est "hostile par principe" à l'enseignement d'AUCUNE langue, ni "régionale" ni... (tout simplement) étrangère, ce que sont l'arabe, le portugais ou encore le wolof (qui pourrait sérieusement se dire contre l'enseignement de langues étrangères vivantes du vaste monde qui nous entoure ??) ; MAIS, ce sont ses propres mots on-ne-peut plus clairs sur Twitter, SOUS LE CONTRÔLE vigilant de la Républiiiique ; CAR SINON, et là il parle absolument de TOUS les cas de figure, des "idéologies identitaires anti-républicaines" risqueraient d'être propagées...

    [Et nous bien sûr... coooomme des connaaaards LOL, nous disons VIVE les idéologies identitaires anti-républicaines !!]


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  • Le 4 novembre, les habitants de la Kanaky seront appelés aux urnes pour décider si leur pays deviendra ou non un nouvel État indépendant.

    Malgré ce référendum d’autodétermination, les dés sont pipés du fait de la mainmise coloniale de la France sur l'archipel et de sa politique d'ethnocide, via une colonisation de peuplement, visant à rendre la population originelle minoritaire sur la terre de ses ancêtres.

    Nous devons soutenir soutenir le Peuple kanak parce que :

    - Kanaky ce n'est pas la France, mais un territoire occupé et colonisé.

    - Les Kanak ont le droit imprescriptible de retrouver leur souveraineté nationale pour se construire comme peuple libre, indépendant et émancipé.

    - Nous avons le devoir politique d'être toujours du côté des opprimés.

    - La politique française d'outre-mer est un puissant ressort de la domination impériale notamment au travers d'une immense ZEE (zone économique exclusive) maritime, grande comme le Canada et dont la Kanaky est un pivot (de fait, elle en représente... 14% !).

    - Soutenir le Peuple kanak c'est aussi prendre conscience que la France mène en Hexagone même une politique d'ethnocide envers les nationalités et les cultures autochtones (occitane, bretonne, basque, catalane, corse, alsacienne, arpitane etc.) [de même que, comme nous avons pu l'évoquer dans un récent article, les minorités nationales issues de l'immigration postcoloniale] qu'elle voudrait voir disparaître à tout jamais, afin que "parlant comme [nos maîtres], nous pensions comme [eux] et ne bougions que dans les limites [qu'ils] nous auront fixées".

    Cessons d'accepter l'inacceptable !

    Nous appelons tous les révolutionnaires, progressistes, démocrates et occitanistes à venir soutenir le Peuple kanak, car sa lutte à de nombreux égards est la nôtre.

    ODPO - Organisation Démocratique du Peuple Occitan


    Rassemblement

    SAMEDI 27 OCTOBRE à 13h30

    Métro Jean Jaurès - Toulouse

    https://www.facebook.com/events/579928422459962/

     

    [Version Òc (gascon)]

    Tot-a-s amassas per la Kanaky libra !

    Lo 4 de noveme los poblans de Kanaky que seràn aperats a las urnas entà decidir se la Kanaky vaderà un naveth estat independent. A maugrat d’aqueth referendum d’autodeterminacion los dats que son pipats deu hèit de la dominacion coloniau de la França sus l'isla, de sa politica d'etnocide e de poblament.

    Be devem sostiéner lo Pòple kanak pr’amor que :

    - La Kanaky n’ei pas la França mes un territòri occupat e colonizat.

    - Los Kanaks qu’an lo dret imprescriptible de tornar trobar la soberanitat nationau entà’s definir com un pòple libre, independent e emancipat.

    - Que devem per dever estar tostemps deu costat deus opprimits.

    - La politica de delà-mar francesa qu’ei un ressòrt poderós de la dominacion imperialista notadament via l’imense ZEE (Zone Économique Exclusive) on la Kanaky ei un pivòt.

    - Sostiéner los Kanaks qu’ei tanben préner consciença que la França mia en Hexagòne ua politica d'etnocide contra las nacions e las culturas autoctònes (occitana, bretona, basca, catalana, còrse, alsaciana, arpitana, etc.) que vòu véder desaparéisher.

    Estanquèm-se d’acceptar l’inacceptable !

    Qu’aperam tots los revolucionaris, progressistas, democratas e occitanistas a viéner sostiéner lo Pòple kanak, pr’amor la loa luta qu’ei un mirader de la nosta.

    ODPO - Organisacion Democratica del Pòple Occitan
     

    #Kanaky #Rassemblement #TolosaToulouse

    ******************************************************************

    Kanaky est l'une des plus anciennes colonies françaises du Pacifique ; celles-là mêmes qui confèrent à l'impérialisme français la deuxième zone économique exclusive maritime au monde, juste derrière les États-Unis et devant l'Australie, avec plus de 10 millions de km² dont les eaux de l'archipel représentent déjà quelques... 1,4 millions (14%).

    Après le célèbre capitaine écossais Cook qui lui donne le nom de "Nouvelle-Calédonie" (Calédonie est l'ancien nom de l’Écosse), en 1774, elle est abordée par La Pérouse en 1788 suivi par D'Entrecasteaux quelques années plus tard ; des missionnaires religieux s'y établissent dès les années 1840, catholiques français mais aussi... protestants britanniques, si bien que dans une course de vitesse entre puissances, elle est déclarée officiellement colonie française en 1853 ; et comme en Australie par les Anglais, sa colonisation est notamment envisagée à cette époque par le biais de... forçats, condamnés par les tribunaux à la déportation sur ces terres lointaines.

    Le Peuple indigène kanak (qui a réussi déjà à imposer ce nom, qui ne prend pas de pluriel) n’a cessé depuis lors de se battre pour redevenir un peuple libre et maître de son destin : grands soulèvements de 1878 et de 1917, refus de la conscription lors des guerres mondiales (car il fallait alors, comme tant d'autres peuples s'en souviennent, et il n'y avait "aucun problème" à être "français" !) ; et puis bien sûr les violents et tragiques "évènements" de 1984-88, marqués entre autres douloureux souvenirs par l'exécution du révolutionnaire anticolonialiste Éloi Machoro par le GIGN en janvier 1985, et culminant entre les deux tours de la présidentielle 1988 dans le crime de guerre de la grotte d'Ouvéa, où 19 militants indépendantistes seront massacrés de sang froid par les forces colonialistes.

    Kanaky : encore un appel à rassemblement - Occitània - Tolosa (Toulouse)Pour les Kanak, la colonisation c’est la spoliation de leurs terres et tout un ensemble de discriminations et de relégations – salaires, emploi, niveau de vie, logement, santé, éducation… – sur le fondement d'un racisme ("primitifs" etc.) précisément FAIT pour justifier leur dépossession de leur propre pays, considéré en son temps (comme l'Australie proche) terra nullius, terre "d'aucun peuple" digne d'être considéré humain, par les premiers explorateurs. De fait, estimée à une centaine de milliers au début de la colonisation, la population indigène n'était plus que de... 27 000, soit une division par quatre, au début du 20e siècle.

    Mais Kanaky est aussi, c'est important de le noter car il n'y en a plus beaucoup, la dernière colonie de PEUPLEMENT outre-mer*, avec une forte population de colons européens, les fameux Caldoches : un total de quelques 73 000 Français et Européens (+ environ 20 000 métis) parmi lesquels d'ailleurs 37 000 "métros" carrément nés en métropole et venus comme fonctionnaires, militaires, entrepreneurs ou cadres d'entreprises etc., sur 270 000 habitants ; face à une grosse centaine de milliers de Kanak ; auxquels s'ajoutent avec l'exploitation du nickel et autres activités économiques d'autres communautés issues de l'immigration vietnamienne, chinoise ou indonésienne, tahitienne et polynésienne, ou encore de Wallis et Futuna, petite possession "française" plus au Nord ne servant de fait que de réservoir de main d’œuvre et comptant... deux fois plus d'émigrés en Kanaky que d'habitants sur place !

    Encore aujourd'hui, il est clair que la France colonialiste fera tout pour préserver là-bas ses intérêts économiques qui consistent notamment en quelques... 40% des réserves mondiales de nickel, en plus comme on l'a dit d'une position stratégique dans le Pacifique Sud.

    De fait, face à la revendication indépendantiste qui s'exprime depuis plus de 40 ans, selon une stratégie éprouvée et également utilisée ailleurs, elle organise et entretient la mise en minorité des Kanak dans leur propre pays ; ce qui n'est pas nécessairement difficile avec la force d'attractivité d'un territoire "européen" à l'autre bout du monde ; et voyez encore que lorsqu’ils tentent de dénoncer cela, il se trouve non seulement des colons (bien sûr) et des personnes des autres communautés dont l’État français entretient soigneusement l'anti-indépendantisme, mais aussi des éléments de la GAUCHE hexagonale ou "métro" sur place... pour les traiter de "xénophobes" !

    Après plus d’un siècle et demi de lutte, donc, et à l'issue des "évènements" des années 1980 et du massacre d'Ouvéa, les Kanak ont réussi à imposer le principe de leur droit à l’autodétermination, qui doit s'exprimer au travers d'un référendum.

    Mais, plus de 30 ans après les "accords" signés à Matignon entre la délégation indépendantiste menée par Jean-Marie Tjibaou et le nouveau Premier ministre d'alors, Michel Rocard, la tenue de la consultation n'a cessé d'être reportée sine die ; la date initialement prévue de 1998 ne débouchant en fait, avec Lionel Jospin, que sur un... "Matignon 2" renvoyant lui-même à "entre 2014 et 2018" c'est-à-dire cette année, deadline absolue en principe.

    Le principal point d'achoppement portant, de fait, sur la délimitation du CORPS ÉLECTORAL autorisé à y participer, avec une question de durée de résidence sur place que l’État colonial souhaite évidemment... la plus courte possible, en faveur de ses "métros" venus tout droit d'Hexagone ainsi que de l'immigration récente (asiatique ou polynésienne) réputée fidèle ; tandis que les Kanak (ces "xénophobes" !) la voudraient au contraire la plus longue possible, en faveur du peuple autochtone et dépossédé qu'ils sont.

    Finalement, un référendum se tiendra donc le 4 novembre prochain pour décider de l'avenir politique de la colonie des antipodes. Mais l'impérialisme français, on l'a dit, n'a certainement pas l'intention de laisser tomber facilement près de la moitié du nickel mondial et 14% de sa ZEE maritime ; et ceci laisse craindre toutes les manipulations   des "bruits" à ce sujet (non-inscription de milliers de Kanak sur les listes, inscriptions frauduleuses, modification de la loi ouvrant le corps électoral à des personnes non-citoyennes etc.) courent déjà...

    Dès lors, face non seulement à l'enjeu historique pour le Peuple kanak mais aussi à cette possibilité de coup d’État électoral de Paris, il est du DEVOIR de toute personne anticolonialiste et anti-impérialiste conséquente, ou simplement attachée à la justice et à la démocratie entendue comme droit inaliénable des peuples à décider de leur destin, de se MOBILISER pour affirmer et réaffirmer avec force le droit de Kanaky à l'autodétermination.

    Puisqu'on en a parlé, LA GAUCHE HEXAGONALE, et ce aussi bien modérée-bourgeoise que tout à fait "radicale", a toujours eu avec le colonialisme, le droit des peuples en général, et Kanaky en particulier une histoire "complexe"...

    Envisagé au départ, on l'a dit, comme colonie pénitentiaire, l'archipel voit ainsi débarquer dans les années 1870 les prisonniers déportés de la Commune de Paris. Pour autant, seule une toute petite minorité d'entre eux dont la célèbre Louise Michel sauront montrer un soutien, ou même simplement une "compréhension" envers le grand soulèvement kanak qui éclatera quelques années plus tard, en 1878.

    Un siècle plus tard, lorsque éclatent les évènements en 1984, c'est encore une fois la gauche, certes bourgeoise, mitterrandienne, mais la gauche, alliée au PCF et remplie d'anciens trotskystes (comme Mélenchon ou Cambadélis), qui est au pouvoir et "gère" en décrétant l'état d'urgence ; dépêche Edgard Pisani comme "super"-gouverneur-proconsul et couvre les exactions des colons d'extrême-droite et de la gendarmerie.

    Aujourd'hui, face au référendum actuel, encore une fois tant du côté "modéré"-bourgeois que "radical", elle semble plutôt faire preuve d'une certaine léthargie, à moins que ce ne soit un silence gêné... ou parfois, comme on a déjà pu l'observer l'année dernière sur la Catalogne, d'un timide voire semi- voire pourquoi pas très enthousiaste "soutien" du moment que "très loin, c'est très bien", mais en n'en restant pas moins "réservée", "frileuse" voire franchement hostile dès lors qu'il est question des luttes de peuples comme les Bretons, les Corses ou les Occitans, ou d'antiracisme politique (anti-impérialisme "intérieur" des communautés "prolongement" des peuples colonisés ou néocolonisés en Hexagone) juste devant sa porte.

    Il ne manque plus que surgissent ceux qui soutiennent "absolument", "totalement", "inconditionnellement" les luttes des peuples (et de "tou-te-s les oppriméEs") mais en pensant décider eux quand et comment depuis un local parisien ou quelque campus de grande métropole, pour que le tableau opportuniste soit complet...

    Un panorama opportuniste contre lequel notre époque, les temps qui courent, imposent de plus en plus de livrer un COMBAT POLITIQUE.

    Oui, car c'est là quelque chose avec lequel nous avons "grandi" politiquement en étant quotidiennement confronté : nous pensons profondément, et ce même s'il est évidemment des degrés d'oppression qui ne sont pas comparables entre eux (par exemple, on sait que vers 1900 la colonisation avait divisé la population kanak originelle par quatre...), que le soutien à la lutte du Peuple kanak doit nécessairement s’accompagner d'une réflexion urgente et d'une reconnaissance de la domination et même de l'ethnocide exercé par le même État français contre TOUS les peuples qu'il emprisonne dans les mailles de son filet.

    L’État français domine depuis des siècles, et tente depuis des décennies de faire carrément disparaître de son territoire des nations historiques dominées (occitane, catalane, basque, corse, bretonne, alsacienne, flamande, arpitane). Pour assurer le contrôle économique et social absolu de Paris sur ces territoires, il en fait ni plus ni moins que disparaître les peuples (sans violence ni liquidation physique des personnes, ce que signifie ethnocide par opposition à génocide), en tout cas en tant qu'ensembles sociaux d'individus ayant conscience de l'être, par l'usage d'une langue par exemple : nous avons ainsi en Occitanie, pour 16 millions d'habitants, seulement 8 000 enfants scolarisés en occitan alors qu'il faut normalement que 30% d'une tranche d'âge apprenne une langue pour assurer sa survie.

    Et la gauche (encore elle...), par choix et (surtout) par filiation idéologique (avec les courants les plus centralisateurs de la Révolution bourgeoise de 1789, ou de la IIIe République, grands... colonialistes par ailleurs), se complait dans cette situation et n'aborde la question que du bout des lèvres, jamais comme quelque chose de véritablement important...

    Le nationalisme français est aujourd'hui extrêmement présent à gauche : la "grandeur de la France", la "Patrie des Droits de l'Homme", les "valeurs de la République" etc. etc. ; faisant le lit de l'extrême-droite et de la Réaction. Il ne remet jamais en cause les fondements de l’idéologie bourgeoisie basée sur le mensonge de l’État-"nation" appelé "France".

    Tout mouvement qui se veut en rupture avec un système ne peut faire l'impasse de l'analyse profonde de ce système, même si cela remet en cause beaucoup de ses certitudes et "zones de confort".

    Soutenons les Kanaks plus que jamais, tout en tuant l'hypocrisie bourgeoise et petite-bourgeoise française : NON il n'y a pas qu'une seule nation en France, ni un seul peuple, une seule culture ou une seule langue !!

    À Paris, un ensemble de collectifs et d'organisations anti-impérialistes, anticolonialistes et antiracistes politiques a déjà organisé un meeting de solidarité le 19 septembre : collectifantiguerre.org_article109 facebook.com/FUIQP.ParisBanlieue/photos/ FUIQP.ParisBanlieue/posts/ ; initiative que nous saluons.

    Tolosa, capitale du Lengadòc historique, de l'Occitània centrale première conquête fondatrice de la France, ne sera pas en reste.

    Per Kanaky e tots lei Pòbles oprimits de la Preson França, ENDAVANT !

    Kanaky : encore un appel à rassemblement - Occitània - Tolosa (Toulouse)

    * Sur tous ces points, lire par exemple l'exposé qu'en fait le FUIQP :

    #Kanaky #Rassemblement #TolosaToulouse


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  • Le négationnisme de la Shoah est la RANÇON de sa DÉS-HISTORICISATION TOTALE et du caractère "surnaturel" que cela lui confère ; générant (surtout lorsque couplé à la justification du sionisme, ou à la relativisation d'autres d'autres crimes contre l'humanité) un "appel d'air" au "un truc pareil, ce n'est pas possible, ce n'est pas crédible", et aux tentations de négation.

    Certes oui, il y a une "communauté" des négationnismes comme volonté de minimiser ou nier les crimes de la suprématie blanche-occidentale QluN8.png ; et il ne fait pas de doute que c'est ce qui animait un militant idéologique comme Faurisson ; mais nous parlons ici en termes de MASSES, de réception (même partiellement) de masse de ces théories.

    Le négationnisme de la Shoah a dans ce cadre une spécificité, strictement corrélée à la spécificité (l'"unicité") absolue que veut lui conférer l'historiographie.

    Le négationnisme des autres crimes contre l'humanité consiste rarement en une négation absolue des atrocités perpétrées, mais plutôt en une tentative de relativisation et (justement) de SUR-historicisation : "c'était il y a longtemps", "c'étaient les mœurs de l'époque" (concernant typiquement le Maafa, holocauste de la déportation esclavagiste des Africain-e-s) et "c'est heureusement révolu" ; c'étaient les mentalités de l'époque, heureusement révolue, et "il y a quand même eu des aspects positifs" (colonisation) ; le bilan d'un personnage historique comme Napoléon "ne peut pas se résumer" à son action en Haïti ou en Guadeloupe ; "tout le monde en ce temps-là (surtout les Arabes !), et même encore bien après nous, a fait pareil" ; etc. etc.

    Même le négationnisme turc du génocide arménien n'est pas une négation qu'il y ait eu d'importants massacres, mais une tentative d'en diminuer l'ampleur et surtout de les contextualiser : les Arméniens étaient armés par la Russie contre la Turquie, eux aussi avaient commis des massacres, etc.

    Les ressorts sont un peu similaires vis-à-vis du génocide rwandais : personne ne nie l'ampleur des massacres (ce serait difficile à l'ère de l'information...), mais "c'était la guerre civile", et "dans ces pays-là, ça finit vite comme ça", et cette guerre "c'est le FPR qui l'a commencée", et bien sûr "c'est comme ça chez les Noirs" et l'Occident, la France en particulier, ne portent aucune responsabilité.

    Tous ces discours, tant chez les idéologues (Gallo, Pétré-Grenouilleau, Péan, les leaders politiques turcs) qu'en termes de masses expriment bel et bien une volonté plus ou moins consciente, mais toujours sous-jacente de défendre et préserver la suprématie du groupe national dominant (européen/occidental, turc) ; de façon, il faut le dire hélas, assez hégémonique ; et bien évidemment, à quelques rares exceptions près n'ont de "prise" que sur lui, le peuple mis en accusation, et pas (bien évidemment) sur les peuples victimes (sauf quelques "supplétifs" heureux de l'être) ni (surtout) sur des groupes nationaux complètement étrangers à l'affaire.

    Sur la Shoah, une conscience claire que la chose telle que décrite est abominable et indéfendable, débouche par voie de conséquence sur une tentative de démontrer que cela n'a JAMAIS eu lieu : les Juifs auraient simplement été internés dans des camps où, à raison de plusieurs millions de déporté-e-s, une grosse centaine de milliers seraient mort-e-s de maladies ou de malnutrition dans le contexte de crise d'approvisionnement de la fin de la guerre. Ni les chambres à gaz, ni les massacres par balles des Einsatzgruppen n'auraient "jamais" existé.

    Évidemment, à la SOURCE DE LA SOURCE de telles théories se trouvent des individus (comme Faurisson, ou maintenant Reynouard) qui pensent que le nazisme était un excellent régime politique, qu'il faudrait d'ailleurs rétablir, et qui tentent ainsi de le réhabiliter. Mais la question ici est plutôt la "prise" que ces théories peuvent trouver sur une partie des masses populaires.

    Car cette "prise" existe bel et bien. Il y a encore une quarantaine d'années, dans une Europe où vivaient encore des millions d'anciens complices, plus ou ou moins actifs ou passifs, du nazisme et de ses régimes collaborateurs, elle avait bien évidemment une base sociale "naturelle".

    Il est par ailleurs frappant de constater que c'est vers les années 1970 (on fait parfois de la série télé US Holocauste - 1978 - un jalon temporel de référence, bientôt suivi du très-long-métrage Shoah de Claude Lanzmann, sorti en 1985) qu'émerge une historiographie propre de la Shoah, "extraite" des crimes nazis "en général"... et strictement à la même époque que commencent à devenir réellement audibles les thèses négationnistes (Faurisson, Bochaca, Butz, Verbeke, Institute for Historical Review etc.) - du moins, émises auparavant par d'anciens nazis ou collabos, elles ne rencontraient pas un très grand écho.

    Aujourd'hui, une grande partie des masses blanches européennes a fini par "intégrer" la "religion de la Shoah" entendue en ce sens de "sacrifier", "mettre au piquet" historiographique de la civilisation occidentale l'Allemagne de cette douzaine d'années où régna le nazisme, et les divers régimes collaborateurs de la Seconde Guerre mondiale, afin par ce "sacrifice" "refondateur" de re-confirmer la supériorité civilisationnelle de l'Occident. POUR AUTANT, la diffusion des thèses négationnistes ou "simplement" de l'incrédulité envers une telle ampleur du génocide reste loin d'être négligeable en leur sein ; couplée parfois à un vieux fond antisémite "anticapitaliste des imbéciles" qui peine peut-être plus à mourir que l'association bourgeoise réactionnaire "Juifs = démocratie avancée, égalitarisme, socialisme, communisme, menace pour l'ordre", désormais largement hors-sujet.

    Et puis il y a leur diffusion, à ne pas exagérer, mais tout sauf négligeable, dans les masses du Sud global ou originaires de lui ; concrètement, et systématiquement, autour de la question de la Palestine : "la Shoah sert de justification au droit à l'existence d'Israël, à son occupation de la Palestine et à ses crimes" = la Shoah est "forcément" un mensonge de propagande qui doit être démystifié.

    On parle souvent des "réactions négationnistes" relevées dans les établissements scolaires "sensibles" des "territoires perdus de la République" ici ; mais il existe d'autres cas de figure de bien plus grande ampleur encore : ainsi les dits "Arabes israéliens", autrement dit les Palestiniens musulmans ou chrétiens emprisonnés dans le territoire officiel de l’État d'Israël, et ayant fini par accéder à une citoyenneté de seconde zone, sont scolarisés dans des établissements israéliens qui mettent bien évidemment la Shoah au centre de leur propagande sioniste (le sionisme qui aurait "sauvé" ceux venus avant, puis "enfin offert une patrie" aux rescapé-e-s). Pour autant, parmi ces Arabes (donc) "les plus éduqués et sensibilisés" au sujet de la planète (la visite à Yad Vashem est pour ainsi dire obligatoire)... la non-croyance à l'existence du génocide, ou du moins à son ampleur "officielle" est absolument hégémonique.

    Est-il utile, devant cela, de se poser encore 30.000 questions quant à la corrélation entre mise de la Shoah au service de la propagande sioniste et tendance (relevant parfois de la bravade...) à vouloir la nier ; et quant à l'idée que la solution se résume à envoyer les gens se "sensibiliser" à Yad Vashem ou à Auschwitz ? Ce n'est sans doute pas (ou très peu) dans ce but qu'un Faurisson a jadis élaboré ses thèses, MAIS c'est bien dans celui-là que celles-ci sont récupérées et, de la sorte, maintenues en vie...

    QUOI QU'IL EN SOIT, les discours négationnistes de la Shoah ne pourront être combattus efficacement qu'en commençant, déjà, par restituer cette tragédie dans son CONTINUUM HISTORIQUE, celui de l'impérialisme, de la "Modernité occidentale" et de ses méthodes déchaînées déjà auparavant... et encore depuis contre des centaines de peuples à travers la planète : non pas un évènement "exceptionnel" et "aberrant", mais la simple mobilisation de moyens nouveaux à l'époque (années 1940) au service de politiques de déportation, travail forcé et extermination de populations entières n'ayant (hélas) rien d'extraordinaire au regard de l'histoire des 5 derniers siècles ; et certes, cette fois, non pas au fin fond de l'Afrique ou de l'Asie du Sud-Est, mais contre des victimes arrêtées au coin des rues qui sont les nôtres au quotidien...

    Et en cessant, ensuite, de vouloir conférer à ce crime contre l'humanité une exceptionnalité presque "surnaturelle" (qu'il n'a pas...) afin de, plus encore que "justifier" l'entreprise sioniste (c'est presque secondaire...), l'ériger en "arbre cachant la forêt", focalisant sur lui tous les regards et minimisant à côté de son horreur supposément "exceptionnelle" tous les crimes impérialistes ou étatiques-modernes antérieurs comme postérieurs ; et "sauver" ainsi, au "prix" (commode) de l'expulsion de 12 ans de l'histoire d'un pays (et quelques années d'"une partie" de quelques autres...) de son sein, la "civilisation" occidentale.

    Nous pouvons à ce sujet vous inviter à lire, par exemple, l'excellent Johann Chapoutot :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/ultra-interessant-au-regard-de-ce-que-slp-a-pu-maintes-fois-ecrire-sur-a134301666

    Ou encore ces quelques modestes réflexions émises à l'époque de la "grande affaire Dieudonné", début 2014 :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/reflexion-theorique-loi-gayssot-lois-antiracistes-et-memorielles-antif-a114072232


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  • Il règne en ce moment même au Xinjiang, parfois appelé également "Turkestan oriental chinois", territoire du Peuple ouïghour, une situation visiblement tragique sur laquelle (par contraste "étonnant" avec le Tibet du "gentil" Dalaï-Lama ex-esclavagiste féodal et réactionnaire comme pas deux, mais coqueluche de tous les bobos occidentaux de merde bouffeurs de quinoa) plane un assez lourd silence radio des médias mainstream, mis à part quelques articles dans la presse conservatrice-atlantiste (Figaro, Atlantico) ou libérale-libertaire (Libé, Nouvel Obs) la plus anti-chinoise (dont la sinophobie, disons, parvient à compenser et même par moment surpasser l'islamophobie)...

    Il faut dire que les cibles, ici, sont des MUSULMAN-E-S ; raison pour laquelle c'est d'abord par les médias dits (en bon langage républicain) "communautaires", ou les publications de la mouvance décoloniale sur les réseaux sociaux, que nous parvient l'information.

    Tâchons en quelques points d'y voir clair.

    - L’État chinois vient donc d'admettre (précisément, d'avaliser par une loi du 9 octobre), après plusieurs années de dénégations ou du moins de justifications alambiquées, avoir procédé à "l'internement" pour "rééducation" de plusieurs centaines de milliers, peut-être 1 million de Ouïghours (qui seraient un peu plus de 10 millions) ; "rééducation" visant à lutter contre ce que l'on appellerait ici la "radicalisation islamiste", mais qui dans les fait, consiste à imposer par matraquage une allégeance "patriotique" à Pékin et à anéantir des pratiques culturelles faisant partie intégrante de leur identité et de leur conscience nationale - manger halal, pas de porc ni d'alcool, prière, jeûne du ramadan etc. etc. (certaines de ces vexations, comme les forcer à manger du porc ou boire de l'alcool, sont au demeurant totalement ridicules puisqu'en islam la contrainte, la nécessité ou l'insu "annulent" le péché de violation des interdits alimentaires) :

    http://ekladata.com/chine-repression-ouighours.pdf

    Cette région autonome de la République "populaire" (effectivement, sur le papier constitutionnel, autonome contrairement à nos peuples prisonniers et dernières colonies directes de l’État français) est en réalité sous état d'exception depuis pratiquement une dizaine d'années (ou un gros quart de siècle mais surtout une dizaine d'années), après que la résistance nationale ouïghoure face à la botte de l’État central et à la colonisation de peuplement (contrairement aux mythes répandus au sujet du Tibet, toujours peuplé à 92% de Tibétains, il y a bien une minorité - 45% - de Ouïghours au Xinjiang, face à quelques 41% de Chinois han et 14% d'autres nationalités - pour la plupart apparentées, Kazakhs, Kirghizes, Huis etc.*) ait évolué vers une lutte armée (attentats, émeutes etc.) se revendiquant généralement de la foi islamique et parfois du djihad (quelques dizaines, à la rigueur centaines de Ouïghours seraient par ailleurs effectivement engagés dans des organisations dites djihadistes sur d'autres fronts de la planète).

    [* Il convient de préciser à ce titre (sinisation-du-xinjiang, voir aussi le cas de la capitale Ürümqi) que contrairement au Tibet, toujours vassal de l'Empire chinois mais relativement isolé sur ses hauts plateaux, le Xinjiang qui consistait ni plus ni moins qu'en la Route de la Soie a de très longue date connu une importante présence chinoise (nullement liée donc à l'horrible "communiiiisme"), qui pouvait s'élever au tiers de la population totale sous la dynastie Qing (1644-1912) avant de tomber à 6% en 1949 (après 3 décennies et demi de total effondrement intérieur de la Chine et donc de "rapatriement" des marchands, militaires, fonctionnaires etc.), lors de la prise de contrôle du territoire par l'Armée populaire, puis de remonter à la proportion d'un tiers vers l'époque de la Révolution culturelle - par ailleurs, comme pour toute province de tout grand État industrialisé en tant qu'"enclos à force de travail", on trouve également et de plus en plus (surtout depuis environ 40 ans de développement économique à tout crin dans l'"économie socialiste de marché") des Ouïghours hors du Xinjiang, concrètement, comme migrants de travail.]

    Sur la situation actuelle des Ouïghours en République "populaire" de Chine

    - Il apparaît cependant que les choses n'ont pas toujours été ainsi, et clairement pas sous Mao ni même jusqu'en 1989, date de la terrible répression du "Printemps de Pékin" (que l'on peut considérer comme le moment du triomphe total du capitalisme en Chine, dans la perspective de devenir un pays impérialiste). C'est particulièrement important à rappeler, car si un intérêt pouvait exister pour les médias de l'impérialisme (prenant le risque de paraître "pro-islamistes" aux yeux d'une partie de leur lectorat...) de mettre en avant cette terrible persécution, ce serait celui-là : semer la confusion régime chinois actuel = "communisme" et jeter encore de l'huile sur le feu, creuser encore le fossé entre les forces essentielles pour la lutte anti-impérialiste mondiale que sont les révolutionnaires marxistes d'un côté et la résistance nationale des peuples majoritairement musulmans de l'autre (à titre d'exemple : http://www. desdomesetdesminarets.fr/2018/10/13/persecution-des-ouighours - "Leur seul tort est leur religion farouchement combattue par les héritiers de Karl Marx"...).

    Pour toute analyse marxiste sérieuse et digne de ce nom, la Chine ultra-capitaliste actuelle (et depuis près de 40 ans) n'a absolument rien de "socialiste" ni de "marxiste" sinon dans le décorum (servant d'équivalent pour sa "révolution industrielle" d'un - disons - régime bonapartiste autoritaire) ; de notre point de vue maoïste, la contre-révolution des tenants de la "voie capitaliste" y a été opérée sous la conduite de Deng Xiaoping dans les années suivant la mort de Mao (1976, jusqu'à disons la dernière Constitution promulguée en 1982).

    [Lire par exemple : Chine-chasse-aux-étudiants-marxistes.pdf]

    - Selon le quotidien Libération, certes né maoïste dans les années 1970 mais n'ayant plus grand-chose aujourd'hui (ni depuis longtemps) de fanatiquement pro-Pékin, loin de là, "le Xinjiang a longtemps été un monde à part exempté de la politique de l’enfant unique, où se pratiquait un islam ancien et modéré (sic... toujours le besoin d'insister sur ce genre de truc, enfin bref) à 3 000 kilomètres de Pékin. Le ouïghour, langue apparentée au turc et qui s’écrit en caractères arabes, était pratiqué partout, le mandarin ne s’apprenait qu’au collège deux heures par semaine. Les fonctionnaires chinois d’ethnie han étaient rares et discrets. « Mais après la révolte de 1989 et la chute de l’URSS, le Parti communiste chinois a craint que le Turkestan oriental ne fasse sécession. Il a entamé une politique dite d’assimilation, qui est en fait une destruction de notre culture, de notre langue, de notre identité religieuse », explique le juriste Mehmet Tohti, cofondateur de l’association Congrès mondial ouïghour."

    https://www.liberation.fr/planete/2018/08/29/ouighours-les-camps-secrets-du-regime-chinois_1675335

    Ensuite de quoi, "les émeutes de 2009 et une série d’attentats qui ont fait plus d’une centaine de victimes, et l’enrôlement de dizaines de Ouïghours dans les rangs de l’État islamique en Syrie ont renforcé la répression"...

    Il n'y a donc aucune difficulté à imaginer que le régime chinois, toujours fin stratège, ait su profiter du climat mondial actuel pour associer lutte contre le "terrorisme" (avec cette résistance ouïghoure de tendance parfois djihadiste) et renforcement de sa mainmise sur cet immense territoire (3 fois l'Hexagone !) que l'on sait regorger de ressources indispensables à sa position mondiale de nouvel impérialisme concurrent de l'Occident ; en s'attaquant à travers "l'extrémisme religieux" (soigneusement "confondu" avec) à ce qui forme en réalité l'avant-garde de sa conscience, et donc de sa RÉSISTANCE nationale.

    - MAIS PAR CONTRE, à partir de là, on ne peut qu'inviter le lecteur ou la lectrice à une certaine prudence, un certain recul critique par rapport à TOUT ce qui se dit ; non pas forcément quant à la réalité des faits, mais peut-être par rapport à certaines possibles exagérations ; surtout émanant de "sources" telles que Free Asia (née contre la Chine révolutionnaire de Mao, mais toujours active contre le - désormais - concurrent impérialiste chinois de l'Occident), ou encore les médias des pays pétro-wahhabites du Golfe... Dès lors qu'il s'agit de viser et de jeter l'opprobre sur l'"intrus" dans la "communauté internationale" des puissances géopolitiques : celui qui était encore une sorte de protectorat, presque une colonie il y a à peine 70 ans !

    [Exemple parmi d'autres de désinformation grossière : selon le "Centre de Recherche pour le Turkestan et l'Azerbaïdjan", organisation basée aux Pays-Bas, les retombées radioactives des essais nucléaires chinois dans le secteur du Lop Nor auraient causé la mort de "200.000" à "un demi-million" de personnes, avec encore dans les années 1990 "85.000 personnes habitant dans la zone contaminée", etc. etc. Pourtant, l'Encyclopædia Britannica (en ligne, 2009) indique dans son article consacré que ce territoire, consistant en une vaste étendue de marécages salés (débouché du fleuve Tarim qui se perd dans les sables du désert à cet endroit), n'a plus connu de peuplement permanent depuis qu'une épidémie en a chassé les rares tribus ouïghoures qui l'occupaient dans les années 1920... !! (Pour rappel, sur les conséquences sanitaires des essais français au Sahara et en Polynésie, dont les donneurs de leçons feraient mieux de s'occuper : Conséquences_sanitaires_des_essais_nucléaires_français - la France a procédé à 210 essais entre 1960 et 1996, 50 aériens et 160 souterrains, contre 45 seulement pour la Chine, dont 23 aériens... comment imaginer alors autre chose que des retombées sur les populations au pire similaires, et certainement pas "un demi-million de morts" ??)]

    Il faut avoir à l'esprit par exemple, sans nier le fond de réalité de l'oppression du Tibet, y compris parfois sous Mao (où les tendances droitistes tendant déjà à voir les "provinces reculées" comme des colonies pour le futur capitalisme chinois, comme les tendances gauchistes aux exactions "civilisatrices" contre les "peuples arriérés", existaient dans le Parti et l'appareil d’État un peu comme ici sous la Révolution bourgeoise), ce que l'on peut ou a pu entendre au sujet du "génocide tibétain" ; en termes d'allégations ne tenant pas debout comme par exemple "1,2 million de morts depuis 1950" (population à l'époque...  1,2 million justement ; aujourd'hui 3,3 millions pour la région autonome, à 93% de nationalité tibétaine contrairement aux allégations de "majorité chinoise désormais" ce qui n'est même pas vrai à Lhassa - 82% de Tibétains ; 6,5 millions en ajoutant ceux des provinces limitrophes où ils sont effectivement minoritaires, mais reconnus comme nationalité dans les districts où ils vivent en majorité ; vous imaginez alors, un peu, les proportions délirantes et contraires à tout bon sens démographique attribuées à ce prétendu "génocide" ; etc. etc.).

    À cet épineux sujet, assez central dans l'anticommunisme de gôôôche bobo-socedem, libéral-libertaire, mais aussi fréquemment brandi par les gauchistes (anars, trotskystes etc.) toujours friands de génocides chez les autres (et moins volubiles s'agissant des crimes contre l'humanité sur lesquels se sont construits leurs propres États bourgeois), l'on peut lire notamment les papiers de l'excellent Domenico Losurdo : la-chine-le-tibet-et-le-dalai-lama - le-tibet-l-imperialisme-et-la-lutte-entre-progres-et-reaction

    [Lire aussi, comme les 3 "jalons" essentiels de la situation au Tibet sous la République vraiment populaire de Mao, pour essayer de sortir un peu (ça reste Wikipédia hein... mais c'est assez riche en informations) des idées toutes faites : Accord en 17 points sur la libération pacifique du TibetSoulèvement tibétain de 1959 - Révolution culturelle au Tibet (la situation au Xinjiang, à l'époque, a de toute évidence connu le même type de complexité).]

    - La position de la Turquie d'Erdogan (le Peuple ouïghour étant musulman mais aussi turcophone...) sur la question tend ces dernières années à évoluer vers un certain silence, ou au "mieux" à se payer purement de mots. Il faut dire que depuis 2016, face au soutien occidental à Rojava, aux suspicions envers l'Occident d'être derrière la tentative de coup d’État "güleniste" de cette année-là et (quoi qu'il en soit) aux condamnations par celui-ci des purges qui ont suivi, le régime AKP d'Ankara a eu tendance à se rapprocher grandement du bloc impérialiste "oriental" russo-chinois ; la Chine étant notamment son principal appui dans la perspective de rejoindre les fameux BRICS turquie-brics.pdf (qui deviendraient alors BRICST, ou peut-être simplement "RICST" vu qu'avec le coup de barre fasciste pro-occidental au Brésil, voilà...), ce qui dans un contexte de véritable guerre monétaire que lui livre Washington (pas au niveau du Venezuela certes, mais un peu quand même) lui donnerait accès à la Nouvelle Banque de Développement réservée aux membres du "club" (et dont heureusement le siège a été fixé à Shanghai en Chine, parce que si c'était au Brésil comme envisagé à un moment, voilà quoi...).

    Ainsi, en dépit du fait qu'historiquement (y compris du temps du kémalisme et de Mao...) le nationalisme ouïghour ait été très lié à l’État turc et à ses discours pantouraniens, on ne voit pas en ce moment le "Sultan" particulièrement "en pointe" sur ce dossier...

    Sur la situation actuelle des Ouïghours en République "populaire" de Chine

    EN RÉSUMÉ :

    - La Chine utilise sans l'ombre d'un doute le prétexte, bien dans l'air du temps, d'une "campagne anti-terroriste" (anti-terrorisme "islamiiiiste") pour, EN CONTOURNANT (car sinon... pourquoi y aurait-il besoin d'un tel prétexte ?) sa propre Constitution qui accorde (sur le papier) aux nationalités périphériques de la République "populaire" une reconnaissance nationale et une autonomie politique dont les peuples niés et les dernières colonies des États européens n'oseraient rêver, asseoir sa mainmise sur le Xinjiang comme "colonie intérieure" au service de sa "volonté de puissance" impérialiste ; en brisant préventivement toute velléité de résistance nationale ouïghoure et en se "garantissant" (relativement) en cela un silence "gêné" des Occidentaux qui risqueraient, en montant au créneau, de se mettre en porte-à-faux vis-à-vis des discours anti-"islamiiiiistes" dont ils abreuvent quotidiennement leurs "opinions".

    [Concrètement : si un pays est capitaliste, inséré dans le Système capitaliste mondial (et aujourd'hui tous le sont pour ainsi dire, même Cuba, la Corée du Nord ou la Transnistrie...), alors il va pratiquer ce que David Harvey appelle le spatial fix ekladata.com/David-Harvey.pdf"le capitalisme ne peut jamais véritablement résoudre ses crises, il peut seulement les déplacer dans l’espace, en relançant l’accumulation du capital dans des régions où les rapports capitalistes sont encore à l’état embryonnaire, jusqu’à l’arrivée de la prochaine crise" ; "intraduisible, ce terme évoque à la fois un nouvel ancrage géographique dans la quête de ressources ou de débouchés, mais aussi le caractère temporaire d'une telle solution, à l'image du bien-être momentané d'un « fix » de drogue".

    La seule question va alors être OÙ, au détriment de quelles populations, planter l'"aiguille" de ce "fix"Et bien évidemment, les populations qui ne risquent pas trop de susciter l'émoi et (encore moins) les envie d'ingérence des chevaliers blancs impérialistes à la BHL-Goupil vont automatiquement se trouver désignées comme cibles faciles. C'est le cas des Ouïghours du Xinjiang, avec leur mouvement national réputé "noyauté" par un islam politique avec lequel l'Occident, depuis les attentats du 11 septembre 2001, a définitivement cessé de "jouer"...]

    - SOLIDARITÉ avec le Peuple ouïghour persécuté par l’État contre-révolutionnaire, "social"-FASCISTE chinois. D'un bout à l'autre de la planète, sans JAMAIS de "bon" ni de "mauvais" oppresseur, LE CAMP DES PEUPLES EST NOTRE CAMP

    - Mais dans le contexte actuel, à ne jamais perdre de vue, d'accélération de la Quatrième Guerre mondiale non-déclarée en cours depuis la fin de la Troisième (la Guerre froide) ; avec une Chine rivale capitaliste-impérialiste de l'Occident ; attention à une trop soudaine mobilisation médiatique, de trop soudaines et abondantes larmes de crocodiles des médias mainstream occidentaux à ce sujet. ÉVITER de se faire hâtivement mobiliser par un camp impérialiste (l'Occident) contre un autre (la Chine).

    Qui irait par exemple, en Syrie du Nord, dénier le droit aux Kurdes de faire face à des gens qui, quelles que soient les (même excellentes) raisons de la haine qui les anime, les considèrent comme des "impies" et des "satanistes" et leurs réservent le sort adéquat ; tout en en profitant pour desserrer un peu l'étouffant étau "jacobin" arabiste pesant sur eux depuis 7 décennies, et se constituer une base arrière contre l’État turc qui les piétine depuis près d'un siècle ? Pour autant, on a hélas vu comment cette belle cause a malheureusement tourné - ou plutôt été détournée...

    Et il peut en être absolument de même avec toutes les plus JUSTES causes de la planète, tant l'impérialisme, les impérialismeS dont il ne faut pas oublier la pluralité et la lutte entre eux, sont capables en la matière de tous les opportunismes.

    On a cité les Kurdes de Rojava ; on pourrait encore rappeler comment avec des individus comme Soral ou Chatillon, la Palestine elle-même, la résistance antisioniste du Machrek arabe peut être mobilisée au service d'une certaine vision, ou du moins "proposition" géopolitique adressée à l'impérialisme français... Dès l'époque de la Première Guerre mondiale, les Irlandais récupérés par l'impérialisme allemand contre l'Empire britannique ; les Arméniens, les Grecs, les chrétiens d'Orient et les Arabes récupérés par le bloc France-Angleterre-Russie pour dépecer l'Empire ottoman allié de l'Allemagne, etc. etc.

    Pour simple rappel : au nombre d'une dizaine de millions, les Ouïghours persécutés représentent quelque chose comme 0,6% des musulmans de la planète. Tout comme les 15 ou 20 millions habitant la Fédération de Russie, et donc potentiellement victimes de ses répressions, en représentent autour d'1%. La quasi totalité des autres (plus de) 98% sont, quant à eux, bel et bien principalement la proie de l'Occident, en Palestine, en Afghanistan et ailleurs ; et c'est sans compter les milliards de damnés de la terre non-musulmans...

    Il n'y a pas 3 siècles, mais une soixantaine d'années, la France colonialiste (au rapport pour le moins lointain avec "les héritiers de Karl Marx", sauf à inclure la SFIO de Guy Mollet dans cette définition...) appliquait exactement le même système d'internement des populations pour les matraquer des "bienfaits" de sa "civilisation" en Algérie : 2 millions de personnes soit un tiers de la population algérienne rurale...

    Mais c'est sûr, il n'est de "bonne" indignation que sélective et les persécutions, les massacres, les crimes contre l'humanité c'est toujours "mieux", plus commode à dénoncer lorsque c'est chez les autres ; surtout lorsque c'est (pour parler clairement) entre "barbares", entre non-Blancs !

    Il ne faut pas verser dans le campisme, dans une lecture purement géopolitique du monde et nier  l'oppression de ceux dont l'oppresseur est supposément dans le "bon" camp ; comme l'aurait sans doute fait ici le (malgré tout) regretté Losurdo, ou comme ceux qui soutenaient les soulèvements arabes jusqu'à ce que leur onde de choc atteigne les rivages de la Syrie "anti-impérialiste", attribuant dès lors toute juste résistance populaire contre l'oppression à la "Main de l'Empire" ; MAIS il faut bien évidemment toujours garder ce genre de facteurs à l'esprit pour que, comme disait Lénine, "le fait que les directions (des) mouvements (de résistance/libération nationale) pourraient les trahir en les associant politiquement et administrativement à l'impérialisme (puisse être) une raison de dénoncer leurs chefs" (et de ne pas se laisser embrigader dans des campagnes de propagande impérialiste au service de la guerre mondiale non-déclarée, etc.), "mais pas de condamner ces mouvements (la "raison de se révolter" qui les porte) en tant que tels".

    [Il faut aussi bien expliquer, comprendre et faire comprendre ici que le problème n'est pas que des peuples soient "ensemble", "amis", fédérés ; et non "séparés pour le plaisir de l'être" : c'est même, au contraire, le principe et le but de toute conception communiste du monde !

    Le problème est lorsque le rapport social entre deux peuples, nations, est un rapport de DOMINATION, d'oppression, de surexploitation du peuple dominé.

    C'est le concept que nous avons pu maintes fois répéter ici 3bVv_BxTLf7zai9k.png : séparation avec ce qui est réactionnaire, domine, opprime ; mais FÉDÉRATION sur des bases DÉMOCRATIQUES, égalitaires, dans une commune perspective émancipatrice pour les peuples ainsi unis, oui, 100 fois oui !

    Le problème n'est donc pas que les Ouïghours, ni quelque peuple que ce soit, Tibétains, Mongols ou autres, soient "liés" à la Chine ; fut-ce comme entité politique autonome d'une même République populaire. Il n'est pas, sous une forme juridique comme sous une autre, ce que l'on pourrait appeler une sorte de "panasiatisme" qui ne serait pas, en tant que tel, plus absurde que de parler de panafricanisme ou de panaméricanisme latino-caraïbe à la Guevara (être, en tant que peuples d'un continent proie de l'impérialisme, "ensemble"/unis pour être plus forts que divisés, instrumentalisés par l'impérialisme les uns contre les autres etc.). La Chine ne s'est pas "abattue du ciel" sur le Xinjiang, le Tibet ni aucune de ses "régions autonomes" que ce soit (ni n'exerce ou n'a exercé, ou du moins tenté de le faire, "de nulle part" son influence en Corée, en Birmanie, au Vietnam-Laos-Cambodge etc.) : il existait des liens historiques séculaires voire millénaires, tributaires dixit Samir Amin, d'"allégeance" vis-à-vis de Pékin ; une "communauté de civilisation" ; et la République populaire est ainsi arrivée sur cette base en proposant de "ressusciter" ces liens, cette "grande famille" (c'étaient les mots officiels), sous la forme de régions à large autonomie (où la révolution pourrait éventuellement avancer à "petits pas", comme au Tibet au début), ou d'amitié et de coopération entre États voisins...

    [Très intéressant aussi, mais malheureusement uniquement disponible en anglais : Maoist National Theory]

    [Et sur le même complexe processus en URSS : http://revueperiode.net/guide-de-lecture-aux-marges-de-la-revolution-russe ; ou encore : Marx-Lenine-bolcheviks-et-l-islam-Drweski.pdf]

    Le problème ce sont les bases saines, égalitaires, respectueuses, démocratiques sur lesquelles doit être établie une telle union ; et leur éventuelle absence au profit d'un rapport de domination ; ce qui est le cas d'espèce que nous offre ici - désormais - la Chine au Xinjiang (il est sans doute, il faut le dire, pour le moins ardu d'établir et de maintenir entre une nation d'un milliard d'individus, industrialisée, à l'économie en développement galopant, et une autre "reculée", rurale et 100 fois moins peuplée, au territoire immense et assez inhospitalier mais bourré de ressources précieuses, des rapports qui ne soient pas de domination...).

    De même que l'union d'un certain nombre de peuples (la quasi totalité de ceux précédemment prisonniers de l'Empire tsariste) au sein de l'URSS, puis de son "bloc" de pays "frères", si elle pouvait se justifier 100 fois (sur le principe) par la belle idée de former un grand "bloc" eurasiatique de peuples "plus forts ensemble" face à un Occident capitaliste-impérialiste rêvant de les écraser, a malheureusement échoué à se consolider sur la base d'un réel consentement démocratique entre tous, à "rayer de la page du temps" la domination grande-russe sur les autres peuples qui était la substance de l'"unité" tsariste antérieure, et a ainsi fini par se disloquer.

    Un rapport de domination qui peut tout à fait se déguiser ou du moins "incuber" ("faire son nid") sous des discours "civilisateurs" pseudo-altruistes, d'"apporter le progrès" (face parfois, en effet, à des archaïsmes sociaux effrayants comme au Tibet) ; et même, donc, sous des discours "ultra-révolutionnaires" de "chasseurs de réactionnaires" dans le style de la clique Iejov-Khrouchtchev de la "Grande Terreur" soviétique des années 1937-38 ou des "représentants en mission" de la Convention à la Fouché-Tallien-Barras-Fréron en 1793-94 quelques-verites-sur-la-revolution-bourgeoise, et, donc, de certains gardes rouges chinois ou du moins formés en (et revenus de) Chine han sous Mao. Ce type de contradictions (et de gouffre dans lequel verser...) est pour ainsi dire intrinsèque à toute expérience révolutionnaire de grande ampleur.]

    *******************************************************

    [Complément-synthèse] 

    - Il y a eu deux Républiques indépendantes du Turkestan oriental, l'une et l'autre d'inspiration plutôt panislamique et panturquiste. La première en 1933-34 [dans le contexte ultra-troublé des Guerres du Xinjiang et de la Rébellion Kumul, rébellion ouïghoure qui se ligua avec la clique du général hui Ma Zhongying pour renverser Jin Shuren, le seigneur de la guerre de la clique du Xinjiang, espérant rétablir ainsi le khanat de Kumul ; le Kuomintang, qui voulait lui aussi se débarrasser de Jin à cause de ses liens d'alliance avec l'URSS, soutenait la rébellion tout en feignant de le reconnaître comme gouverneur légitime ; histoire de dire "un peu" la complexité, digne pratiquement du conflit syrien aujourd'hui, et non la simplicité qui en satisferait certes beaucoup, de l'histoire de la région à cette époque, dans laquelle le conflit actuel plonge ses racines !] a été écrasée par le "gouverneur" (très autonome) nommé par le Kuomintang, avec l'aide de l'URSS (il était craint qu'elle ne s'allie avec l'agitation basmashi qui sévissait alors en Asie centrale soviétique). C'est son drapeau qui est (généralement) encore utilisé par les indépendantistes ouïghours aujourd'hui. La seconde, entre 1944 et 1949, a été plutôt soutenue par l'URSS dans la mesure où s'annonçait déjà la Guerre froide et dans quel camp allait être Tchang Kaï-shek ; elle a été supprimée ensuite sur accord Staline-Mao, juste avant la prise de contrôle du territoire par l'Armée populaire (on accuse Staline d'avoir fait assassiner ses dirigeants qui devaient se rendre à Pékin pour signer le traité avec Mao, mais bon, sans que ce ne soit totalement à exclure, les "révélations" d'"anciens du KGB" sorties en 1991, méfiance...).

    - L'existence, par la suite, d'un courant séparatiste plutôt pro-soviétique n'est pas forcément à exclure en effet ; les raisons qu'en propose [un intervenant révisionniste-campiste anti-maoïste rabique] peuvent en tout cas être cohérentes et crédibles. Il faudrait creuser le sujet.

    - Les sources citées peuvent bien être ce qu'elles sont : la Chine a reconnu, avalisé légalement recourir à l'internement "rééducatif" de plusieurs centaines de milliers voire un million de Ouïghours. [Notre révisio-campiste brejnévoïde] essaye-t-il de nous faire croire que la "branche de Daesh" locale compte un million de membres ? Daesh est une organisation fasciste financée par des oligarques réactionnaires arabes (ou d'autres pays musulmans), dans l'ombre ou plus ou moins en lien avec des secteurs d’État "profond" rappel-encore-une-fois-necessaire ; et qui comptera toujours au moins quelques dizaines de partisans PARTOUT où existe un TERREAU... Un terreau du type de ce traitement que subissent les Ouïghours, tout particulièrement depuis 1989. Ou du type de ce qu'il s'est passé en Irak, mais là ça ne posera évidemment pas de problème à [notre intervenant] de le dénoncer (puisque c'est l'Occident, le "Camp du Mal"). Et dans d'autres pays encore ; parfois de la main des "mauvais" impérialismes, parfois de celle des "bons" (ironie). Ce raisonnement est au demeurant valable pour toute force non-défendable par nous qui pourrait exister ; une force pilotée par l'Occident par exemple, ou la Turquie, les Saoud etc.

    - L'objet premier de cet article n'est pas d'exonérer à tout prix la période maoïste, mais plutôt de parler de la situation actuelle en indiquant que 1°/ il se passe bien quelque chose de critiquable, 2°/ attention cependant à la récupération occidentale (de propagande) de cette affaire, contre l'"intrus" parmi les puissances impérialistes actuelles, le pays qui il y a encore 70 ans était une véritable colonie... 3°/ la Chine actuelle n'est marxiste que sur le papier, ces agissements n'ont rien à voir avec être "les héritiers de Karl Marx" (et le faire croire fait bien l'affaire de l'Occident, en instituant une fracture entre deux forces de résistance mondiale majeures, l'islam résistant et le marxisme), 4°/ ces agissements ne sont "rien" à côté de ce que l'Occident a pu infliger depuis 2 siècles au moins aux peuples de culture musulmane (sans même parler des autres), c'est d'ailleurs pour ça que, même s'il essaye d'en tirer profit, il est gêné aux entournures pour monter au créneau et Pékin en profite. La France par exemple, il n'y a pas 3 siècles mais 60 ans, a enfermé 2 millions d'Algériens (sur 9 ou 10, 6 ou 7 ruraux) dans des camps de regroupement pour les y matraquer des "bienfaits" de la colonisation française.

    - Losurdo peut être intéressant lorsqu'il rapproche la situation des régions "reculées" (Tibet, Xinjiang) sous Mao de toute la complexité, le caractère contradictoire aussi bien de l'insurrection que de la répression (et des excès de celle-ci parfois) d'une Vendée-Chouannerie sous la Convention française ("traité le Tibet à l’instar d’une gigantesque Vendée à réprimer ou à catéchiser avec une pédagogie hâtive, mise en acte par des « partisans des Lumières » intolérants et agressifs provenant de Pékin et des autres centres urbains"). Voilà. Par contre, bien évidemment, on ne peut pas être d'accord avec sa caractérisation de la Chine actuelle comme "socialiste", "en NEP à durée indéterminée", dans le "Camp du Bien" (bien que nous secondarisions toujours son "mal" par rapport à "notre" impérialisme occidental) et "mieux" qu'à l'époque...


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  • Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    20 ans après ici, c'est aussi là-bas, sur le continent des "grands espoirs de la gauche", la faillite historique de l'"hypothèse sociale-démocrate"...

    Évidemment, avec Trump qui doit se frotter les mains (les "progressistes" européens peut-être un peu moins, mais enfin, les liens avec et la défense farouche par Bolsonaro des intérêts des géants agro-alimentaires auront vite raison de leurs pudeurs...), ceci doit aussi être mis en perspective avec la gigantesque accélération actuelle de la Quatrième Guerre mondiale non-déclarée en cours depuis 1990 on-serait-presque-de-plus-en-plus-tentes-de-penser (à ce niveau, un bon "test" en ce moment est celui du rapport à l'entité sioniste et à la Palestine : bolsonaro-israel.pdf).

    Mais c'est là un pays très étendu : c'est la nuit noire à Rio et Brasilia ; mais pour qui sait regarder tout au loin, les première lueurs d'une aube nouvelle pointent déjà du Rondônia !

    Guerra popular até ao Comunismo !!

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    [Et une réflexion intéressante vue sur FB :

    "Historiquement, le Brésil a drainé la plus grande proportion, quelques 40%, du Maafa (la déportation esclavagiste des Africain-e-s) ; mais aussi la plus grosse immigration européenne à destination du continent sud-américain, 6 millions de personnes aux 19e et 20e siècle. Les peuples autochtones ne sont quant à eux plus que 0,4%, tout en étant "dans les gènes" de probablement les deux tiers de la population, bref.

    TOUT ce qu'il se passe là-bas n'est en dernière analyse que guerre entre ces deux pôles d'identité nationale ; d'un côté la plus grosse nation afro-descendante colonisée du continent + une immensité de territoire volé à ses habitants originels (dont survivent quelques petits groupes épars) ; de l'autre un des plus gros morceaux d'Europe outre-Atlantique.

    Voilà de quoi Bolsonaro est le nom (question que pose en substance le titre de l'article).

    Il y a un vote blanc ou métis à dominante blanche (disons une grosse moitié de la population, je ne pensais pas autant mais si, car ça a été le plus gros pays d'immigration européenne du continent : 6 millions de personnes), y compris des pas bien riches (ça existe aussi) mais qui ont comme disait Johnson "quelqu'un à qui se sentir supérieurs pendant qu'on leur fait les poches".

    Et puis bon, évidemment il y a aussi un vote noir ou métis à dominante noire qui est essentiellement le fait d'un embrigadement par les églises évangéliques (avec leurs "pasteurs" marchands du temple en Rolls, de ceux-là à qui les Camisards auraient mis un coup d'escopette au même titre qu'aux dragons du roi). C'est surtout par là que passe le recrutement de ceux qui votent là complètement (pas "un peu" comme avec Lula) contre leurs intérêts. Avec aussi un facteur pognon pour une minorité : Ronaldinho soutient ouvertement Bolsonaro, et c'est probablement aussi le cas de Pelé (connu pour ses prises de positions droitardes)."]

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonnéBrésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonnéBrésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné
    Proportions par État de Blancs (sachant que beaucoup de personnes se déclarent telles tout en pouvant être "assez nettement" métissées à nos yeux européens...), de Pardos (métis) et de Noirs (un Noir au Brésil étant un Noir "pur", pratiquement sans le moindre métissage, d'où la faible proportion) - source.

    Et puis et puis... la carte des candidats arrivés en tête dans chaque État (Haddad et Ciro sont les candidats classés à gauche, le premier étant l'"homme de paille" de Lula empêché par la "justice" de se présenter) :

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    (On notera quand même que le pays "profond de chez profond", notamment le Rondônia de nos camarades maoïstes, reste terre de vote largement acheté ou "conseillé" par les pistoleros des grands propriétaires, si bien que Bolsonaro y arrive également en tête)

    [EN FAIT il est possible de dire que oui, le vote Bolosonaro est d'abord et avant tout un vote DE CLASSE... et derrière, ce sont les classes qui au Brésil (sans être "racialement pures") ont une forte coloration raciale. Il n'y a pas, comme aux États-Unis... et dans une certaine mesure en Europe, deux pays parallèles, les Blancs du SDF au milliardaire et les non-Blancs idem, et les Blancs pauvres qui vont (souvent bien plus que les riches !) voter pour l'extrême-droite par agrippage au "privilège blanc" qui leur reste quand ils n'ont (presque) plus rien.

    41% des Brésiliens les plus modestes ont voté Bolsonaro. Et si parmi eux (admettons) 25% sont blancs (car ça existe, là-bas - de fait, les statistiques dont nous pouvons disposer portent sur les deux "extrêmes déciles" : les 10% les plus riches comptent près de 80% de Blancs, les 10% les plus pauvres 22,6% seulement), ces 25% de pauvres blancs n'ont pas significativement plus voté Bolsonaro que les autres et le cas échéant l'ont fait pour les mêmes raisons (sécuritaires micro-propriétaires, désaveu du PT et propagande sur la "corruption" de celui-ci, propagande des églises évangéliques) et non parce que blancs, par "réflexe blanc". Et la majorité des pauvres blancs ou pas n'ont pas voté pour lui (mais pour Haddad, ou se sont abstenus). Ce que sont d'abord et avant tout les Blancs pauvres au Brésil, c'est rares et lorsqu'ils existent ils sont largement ce que Sadri Khiari qualifierait d'indigénisés (c'est à dire pas foncièrement mieux considérés par les Blancs riches, et même les riches en général que les non-Blancs partageant la même condition sociale).

    Et à l'autre bout de l'échelle sociale, le quart le plus riche de la population a donné une majorité écrasante de plus de 70% au candidat fasciste là encore indépendamment du teint des peaux (il suffit de voir les footballeurs multimillionnaires Ronaldinho ou Neymar par exemple), en tant que riches, mais le fait est aussi qu'une minorité (peut-être le quart, ou moins) de ces Brésiliens riches sont ce que nous qualifierions de non-blancs et sans doute moins encore se définissent eux-mêmes comme tels (les statistiques raciales sont basées sur une auto-définition de chaque personne).

    À la rigueur pourrait-on évoquer l'existence, assez fondée sur les données sociologiques et statistiques, d'un "autre Brésil" qui serait la Région Sud + l’État de São Paulo : peuplement massif par des millions d'immigrants européens arrivés entre (principalement) 1850 et 1950 et de fait, pratiquement 80% de Blancs (64% à São Paulo) contre 47% au plan national ; des revenus moyens de l'ordre de 25% supérieurs à la moyenne nationale de 1 268 R$, voire 35% (1 712 R$) à São Paulo... et, sans surprise, un vote pour Bolsonaro bien de l'ordre de 60 à 70% en moyenne au 2e tour, rarement inférieur à 40% et n'hésitant pas à tutoyer les 100% dans nombre de municipalités, comme on peut le voir sur les graphiques ci-après (qui montrent au contraire, pour le Nordeste qui serait pour ainsi dire l'antithèse sociologique du Sud, un vote Bolsonaro assez nettement indexé sur le revenu moyen (renda média) des communes mais pas vraiment sur la proportion de Blancs...).]

    [Quelques données sur le Brésil contemporain, pour situer les choses :

    - Dictature militaire de 1964 à 1985, dont Bolsonaro revendique la nostalgie. Celle-ci s’est caractérisée par être, peut-être, l’un des premiers coups d’État "postmodernes" ; s'affirmant en défense de la légalité et de la Constitution contre "l'abus de pouvoir" du président Goulart, ce qui n'est pas sans évoquer le récent coup de force "parlementaire" de la destitution de Dilma Rousseff en 2016 (cette fois-ci absolument sans intervention des militaires, mais également sous des prétextes fallacieux de "légalité"), accompagnée de la mise en cause judiciaire de l'ex-président Lula. Elle avait même instauré une apparence de... multipartisme avec un parti "du coup", l'ARENA, et un parti "de l'opposition", le Mouvement démocratique brésilien (MDB), dont le chef de file du coup de 2016, Michel Temer, est un élu ; tandis que la contestation de droite du pouvoir PT de Lula et Dilma a été en grande partie portée par la chaîne de télévision lancée en 1964 par les putschistes, TV Globo. Elle n'en a pas moins été un régime répressif et sanglant ; Dilma Rousseff est ainsi connue pour avoir été affreusement torturée à l'époque, où elle était membre d'un groupe de guérilla urbaine (dont le théoricien local était le célèbre Carlos Marighella) ; on peut encore citer la répression du maquis de l'Araguaia, où le PCdoB (devenu par la suite hoxhiste puis réformiste pro-Lula) avait tenté d'initier une Guerre populaire au début des années 1970. Et d'ailleurs... si les violences antipopulaires, contre les mouvements sociaux n'ont jamais cessé depuis 1985, on en observe depuis 2016 un sinistre regain (bresil-regression.pdf) ; une affaire ayant fait un certain "bruit" internationalement étant celle de l'assassinat de Marielle Franco, élue PSOL (Parti Socialisme et Liberté, scission de gauche du PT) de Rio, afro-brésilienne née dans une favela et féministe, qui pourrait bien être la Matteotti du fascisme qui s'installe tout doucement là-bas.

    - Un pays "émergent", ayant atteint au début des années 2010 le rang de 6e économie mondiale ; développant ses propres monopoles comme Odebrecht ou Petrobras (entreprise pétrolière publique, capitalisme bureaucratique) et se plaçant ainsi en arrière-plan de la vague de gouvernement "de gauche" contestant l'hégémonie US sur le continent, tout en se rapprochant des autres grands "émergents" au sein des "BRICS" (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud, la Turquie souhaitant s'y joindre et faisant déjà figure de "membre observateur") pour mettre en place par exemple la Nouvelle Banque de Développement, système financier mondial parallèle et alternatif au FMI.

    - Une "émergence" dont le PT de Lula et Dilma était en quelque sorte la figure de proue politique et forcément, pour modéré qu'ait pu être ce parti (qui n'a jamais gouverné qu'en alliance avec le centre-droit), pas du tout du goût de l'Occident (derrière les apparences de sympathie qu'ont pu lui témoigner en particulier les Européens, ou du moins l'inquiétude affichée devant le "Trump" local - exemple) et en premier lieu de l'impérialisme yankee dont le continent est le "pré carré" ; qui voudraient voir dans le pays exclusivement une mine de ressources et surtout une ferme géante vouée à l'alimentation de leurs masses gavées de hamburgers (ou de soja "sain" bobo...) ; sans aucune autonomie économique-commerciale ni géopolitique (en gros : le rêve fou de faire d'un tel géant une république bananière du niveau du minuscule Nicaragua des Somoza)... C'est à cela que vient le coup de force de Temer en 2016 et désormais la très probable élection de Bolsonaro ; l'un et l'autre champions du "BBB" c'est à dire "Bœuf" (l'élevage et, par métaphore, l'agriculture extensive vouée à nourrir l'Occident), "Bible" (l'influence croissante des églises évangéliques, fers de lance idéologiques de l'hégémonisme yankee...) et "Balle" autrement dit répression tous azimuts et (là encore dans un esprit très yankee) "droit des bons citoyens à porter une arme pour se défendre des malandrins".

    - Un pays structuré depuis son origine (coloniale...) par la problématique de la terre, avec depuis la fin de la dictature (1985) plus de 1.700 militants paysans assassinés (lire notamment massacres-corumbiara-carajas.pdf et aussi ici sur SLP massacre-de-paysans-se-prepare-au-bresil-solidarite appel-a-denoncer-le-gouvernement-bresilien) dans des violences qui auraient redoublé depuis l'éviction de Dilma Rousseff en 2016 ; une problématique, également, tout particulièrement en lien avec la question environnementale étant donné que l'agriculture extensive se développe au détriment de la forêt amazonienne, "poumon vert de la planète".]


    Fazer do Brasil um grande QUILOMBO !!


    **************************************************************************************************

    Complément (article Bastamag) :

    « Nous assistons en direct à la fascisation du Brésil »

    https://www.bastamag.net/Nous-assistons-en-direct-a-la-fascisation-du-Bresil

     

    Où va le Brésil ? 50 millions d’électeurs y ont soutenu, au premier tour, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, arrivé largement en tête avec 46 % des voix, dans le cadre d’une campagne marquée par sa violence verbale et la diffusion massive de fausses informations. « Ce n’est pas seulement un vote lié à la désinformation, ni uniquement un vote de colère et de rejet, c’est aussi un vote d’adhésion à un discours ultra-conservateur qui vise à rétablir les hiérarchies sociales », analyse l’historienne Maud Chirio, spécialiste du Brésil, qui entrevoit un avenir sombre pour le pays et les 97 millions de Brésiliens qui n’ont pas voté pour l’extrême-droite. Entretien.

    Basta ! : Des électeurs de Jair Bolsonaro, arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle brésilienne ce 7 octobre, contestent l’étiquette « extrême-droite » apposée ici, en Europe, à leur candidat. Qu’en pensez-vous ?

    Maud Chirio [1] : Il n’y a aucun doute, Bolsonaro est très clairement d’extrême-droite, avec même une certaine tonalité fascisante. Cette difficulté à le reconnaître s’explique par le fait que les termes « droite » et « extrême-droite » n’ont quasiment jamais été revendiqués sur la scène politique brésilienne. Ces étiquettes étaient discréditées depuis la transition démocratique et le rétablissement du pouvoir civil à la fin de la dictature militaire, il y a trente ans. Même le régime militaire était peu enclin à utiliser le qualificatif de droite, car la junte prétendait ne pas être politique. Cela ne fait que quelques années que des citoyens se sont ré-appropriés ce mot. Avant, ils préféraient les termes de « patriote », « nationaliste » ou « chrétien », en référence à la défense de certaines valeurs morales.

    De quelle manière les rumeurs, mensonges, intox et autres fausses nouvelles ont-elles influencé la campagne ?

    C’est le mode de fonctionnement des nouvelles droites. Le militantisme par les réseaux sociaux est devenu un élément déterminant des campagnes politiques au Brésil depuis 2014. Le récit propagé par ces fausses nouvelles s’attaque à la gauche : celle-ci serait « communiste » et « révolutionnaire » ; elle mènerait la société vers la dépravation morale et anti-chrétienne ; et ce récit prend prétexte des scandales politico-financiers qui frappent l’ensemble de la classe politique pour dire que la gauche serait intégralement corrompue. L’usage de ces fausses nouvelles a été croissant, leur diffusion a été multipliée par 100 durant les quatre derniers mois de campagne. La dernière semaine, nous avons recensé entre 4000 et 10 000 intox. La veille du scrutin, de fausses déclarations de pasteurs qui prétendaient soutenir Bolsonaro ont circulé. Le lendemain des massives manifestations de femmes contre Bolsonaro, le 29 septembre, des intox ont été diffusées prétendant que ces rassemblements s’étaient mués en orgie sexuelle. Des montage photos montrent Fernando Haddad, le candidat du PT [Parti des travailleurs, gauche], et ancien ministre de l’Éducation, distribuant des livres érotiques à des enfants dans des écoles. D’autres montages montrent sa colistière, Manuela d’Ávila, avec des tatouages de Marx, Lénine et Che Guevara, ou l’agresseur de Bolsonaro [poignardé à l’abdomen le 6 septembre lors d’une apparition publique, ndlr] aux côtés de Lula et des dirigeants du PT.

     On sait que l’ancien directeur de campagne de Trump, Steve Bannon, a apporté son appui logistique et technique à la campagne de Bolsonaro. Il faudra étudier plus précisément l’influence de la « droite alternative » états-unienne sur l’élection brésilienne. Pour les médias traditionnels, il est très difficile de contrer plusieurs milliers de fausses nouvelles par semaine. D’autant quand plusieurs grands médias, comme Globo, sont eux-mêmes traversés de tensions très visibles, avec des reportages contradictoires. Les grands médias n’ont pas adopté une position uniforme de rejet de l’extrême-droite. Le puissant groupe média évangélique, TV Record, lui a même apporté son soutien.

    En Europe, plus on est diplômé, moins on a tendance à voter pour les droites extrêmes, en tout cas pour le moment. Au Brésil, c’est le contraire. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

    Il existe plusieurs votes Bolsonaro. Ce n’est pas seulement un vote lié à la désinformation, ni uniquement un vote de colère et de rejet, lié à la crise et à la désespérance sociale comme on peut le voir avec les votes populistes en Europe. C’est aussi un vote d’adhésion à un discours ultra-conservateur qui vise à rétablir les hiérarchies sociales de domination entre riches et pauvres, entre hommes et femmes, entre chrétiens et non chrétiens. C’est un vote qui veut en finir avec les politiques dynamiques d’inclusion sociale mises en place sous Lula, un vote marqué par un très fort conservatisme social.

    Pour les catégories aisées qui ont voté Bolsonaro, il n’est plus possible de voir tous ces gens venus de classes « inférieures » accéder à l’université. Pour elles, les seuls qui peuvent suivre des études supérieures au Brésil, ce qui coûte cher, ce sont les riches. Autre exemple : la mesure qui a fait entrer les employés de maison – qui sont 8 millions dans le pays – dans le code du travail a suscité une rancœur terrible parmi ces catégories aisées. Quant au vote pauvre pour Bolsonaro, il est souvent influencé par les évangéliques qui prônent un certain ordre moral. C’est donc un vote marqué par une profonde hostilité à l’encontre de toute transformation sociale qui remettrait en cause les hiérarchies traditionnelles.

    Que se produira-t-il si Bolsonaro est élu, au soir du 28 octobre ?

    Si Bolsonaro est élu, ce qui est très probable, cela aura d’abord pour conséquence de libérer la violence sociale et politique de ceux qui lui ont accordé son soutien. Il risque d’y avoir des lynchages de personnes homosexuelles, des assassinats politiques. On peut craindre que cette violence ne soit pas réprimée par l’État puisqu’elle sera perpétrée par des partisans du nouveau président. C’est la première fois, au Brésil, qu’il existe une force militante, bénévole et convaincue derrière Bolsonaro.

    Ensuite, pendant la première année de mandat, après son investiture à Brasilia en janvier 2019, on peut s’attendre à une dérive autoritaire du pouvoir, avec des mesures qui restreindront l’État de droit, qui permettront de réprimer le syndicalisme ou le militantisme de gauche. Le colistier de Bolsonaro, le général de réserve Hamilton Mourão, qui en cas de victoire deviendra vice-président, propose d’ailleurs un changement de constitution, sans passer par une assemblée constituante. Cette fin de l’État de droit pourra difficilement être empêchée par la communauté internationale, car Bolsonaro souhaite que le Brésil sorte de l’Organisation des Nations Unies, considérée comme « droit de l’hommiste », voire « communiste », car défendant les communautés minoritaires.

    Enfin, une forte répression d’État ciblera la gauche, en particulier le PT, considéré comme un ennemi intérieur. Les violences policières dans les quartiers pauvres risquent d’augmenter, Bolsonaro ayant déclaré qu’il fallait y exiger la reddition des « bandits » et, dans le cas contraire, ne pas hésiter à mitrailler par les airs ces quartiers [ce qui s’est déjà produit en juin 2018, lire notre article, ndlr]. Au-delà des politiques économiques néolibérales qui vont être dures, ce sera un régime très décomplexé sur le recours à la violence et à la répression. Celles-ci seront revendiquées. Nous assistons en direct à la fascisation du Brésil.

    Recueilli par Ivan du Roy

    Photo : CC Mídia Ninja

    Notes

    [1Maud Chirio est historienne, spécialiste du Brésil contemporain, maître de conférences à l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée.

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné

    Massacre policier dans une favela. Attention cependant : ces opérations "coup de poing" et leurs dizaines de victimes (abattues à peu de choses près au hasard...) ne doivent pas être confondues avec un "trop" d’État, car elles n'ont rien à voir avec ce qui s'appelle administrer un territoire. Elles s'inscrivent dans la minarchie (faiblesse, quasi-absence de gouvernance) qui frappe au Brésil (comme dans la plupart des pays du "Tiers Monde"... et même dans une certaine mesure d'Occident), en dehors de ces "descentes" régulières, les territoires où s'entassent les classes populaires les plus dépossédées dont l'oligarchie n'a rien à foutre ; classes populaires qui se trouvent par conséquent, de fait, prises en tenaille entre cette violence d’État et celle de la "loi de la jungle" par laquelle tout un chacun, dans ces conditions de relégation et d'abandon à son sort, essaye de survivre. Il en résulte que... la soif d'ordre, de sécurité, en un mot d'une vie sans craindre à chaque instant d'être assassiné pour quatre sous (on est, là-bas, souvent payé pour son travail à la journée et en liquide) ou un pendentif de famille, a également pu alimenter un vote populaire pauvre pour Bolsonaro, qui promet une "main de fer" en ce sens.

    *************************************************************************************

    Encore une autre analyse intéressante (qui résume à peu près tout de la situation en fait, avec un point de vue assez matérialiste) :

    https://www.liberation.fr/debats/2019/07/02/le-retour-du-bresil-colonial_1737589

    Ce 1er juillet, Jair Bolsonaro aura complété les six premiers mois de son gouvernement. Les déboires dont il est l’objet sont, en dernière analyse, liés à la nature hétéroclite de la base sociale qu’il s’est construite, typique d’un populisme d’extrême droite : des axes d’agitation sans rapport les uns avec les autres, pour satisfaire séparément tels ou tels secteurs convergeant vers un Bonaparte sauveur.

    Dès 2012, début du mandat de Dilma Rousseff, j’avais été frappé par la haine de l’élite conservatrice pour le gouvernement du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir depuis 2003. Mais le contexte économique très favorable permettait au président Lula de satisfaire et l’élite et le peuple. Ainsi, une importante «classe moyenne» émergea, celle-là même qui, touchée par la crise, voyant un abîme s’ouvrir sous ses pieds, sera au cœur de la base sociale de Bolsonaro.

    C’est bien de haine qu’il s’agissait, d’autant plus incongrue que, au fur et à mesure que la crise économique atteignait le pays, la politique de Dilma Rousseff devenait de plus en plus néolibérale.

    Pourquoi l’élite conservatrice ne pouvait-elle ne serait-ce que tolérer une politique peu ou prou social-démocrate ? Pourquoi ce profond conservatisme a-t-il réussi à conquérir une base de masse hétéroclite permettant l’élection d’un aventurier d’extrême droite ? Pour comprendre, il faut revenir loin en arrière.

    Le 7 septembre 1822, l’indépendance du Brésil fit exploser l’Empire portugais. Elle eut un caractère unique : c’est l’État portugais lui-même, réfugié à Rio depuis 1807 quand les armées napoléoniennes envahirent le Portugal, qui refusa de rentrer - il l’aurait pu dès 1811. Existe-t-il un autre cas au monde où le souverain choisit de rester en sa colonie alors même qu’il peut rentrer dans sa métropole ?

    L’indépendance tint plus d’une révolte fiscale que d’une libération nationale. Il s’agissait d’une indépendance sans décolonisation. Ce sont les colons qui prirent le pouvoir et créèrent une colonie autocentrée : le fait que le pays soit indépendant ne signifie pas qu’il ne soit plus une colonie. Quand les colons rhodésiens ont refusé, en 1965, l’indépendance noire prévue par Londres et ont déclaré une indépendance blanche, la Rhodésie est évidemment restée une colonie. Les indépendances d’Amérique ont toutes été des indépendances sans décolonisation, elles ont créé des États coloniaux. On confond trop souvent indépendance et décolonisation. Mais le cas brésilien est extrême puisque l’indépendance fut proclamée par l’héritier du trône du pays colonisateur.

    Cet Império brasílico devint lentement brésilien. On peut dater l’achèvement du processus à 1889 après qu’un coup d’État conservateur eut chassé la princesse Isabel qui avait aboli l’esclavage l’année précédente, et eut proclamé une République parfaitement coloniale. Contrairement à ce qui se passa aux États-Unis avec la guerre de Sécession, ce n’était pas un secteur industriel de la bourgeoisie brésilienne qui avait le pouvoir mais bien l’élite des planteurs coloniaux. C’est elle qui va lentement, sans rupture, passer à la plantation moderne par la marginalisation de la main-d’œuvre noire et l’importation de millions d’Européens. Cela s’est produit ailleurs en Amérique mais on a ici deux caractéristiques combinées. D’une part, les «indigènes» (Indiens) n’étaient plus qu’une toute petite minorité de la population, en raison des épidémies, des massacres et du métissage - ils sont aujourd’hui entre 0,4 % et 0,6 % de la population, d’où la faiblesse des luttes anticoloniales. D’autre part, les Noirs formaient la grande majorité de la population (ils sont environ 52 % aujourd’hui), d’où une «peur structurelle» dans cette élite blanche terrorisée par l’exemple de Haïti.

    Depuis, le Brésil a changé. Mais l’élite n’a jamais connu une révolution décoloniale, elle est lentement devenue une bourgeoisie capitaliste surtout latifundiaire et peu industrielle, sans jamais cesser d’être une élite coloniale. Le rapport de cette élite au peuple n’est pas seulement celui du capitaliste au prolétaire, mais encore largement celui du maître à l’esclave, celui de la «Casa Grande» à la «Senzala». Une mesure qui provoqua de la haine envers Dilma Rousseff fut, en 2013, la loi garantissant aux servantes de vrais droits sociaux : dimanche férié, contrat de travail, cotisations sociales, 44 heures hebdomadaires, paiement d’heures supplémentaires. Cette loi fut un outrage au paternalisme autoritaire de la Maîtresse et du Maître : la servante était une prolétaire autonome. Cela rompait le rapport de la Casa Grande à la Senzala pour lui substituer le rapport patron-employé. C’était intolérable.

    Il est insupportable à cette élite extrêmement blanche alors que le peuple est profondément métissé, d’accepter ne serait-ce que de timides réformes sociales. Elle se tait quand elle ne peut faire autrement - popularité de Lula, économie florissante -, mais dès que la situation empire, elle exige de reprendre l’entièreté de ses privilèges, capitalistes et coloniaux.

    J’insiste sur «… et coloniaux». Ce n’est pas un hasard si la conquête coloniale va reprendre. Jair Bolsonaro et les siens ne méprisent pas seulement les indigènes comme un grand propriétaire peut mépriser des paysans pauvres, ils les méprisent comme un colon méprise une race inférieure et conquise. Jair Bolsonaro dit vouloir forcer les indigènes à «s’intégrer», c’est-à-dire à disparaître comme nations et sociétés distinctes. Il a fait passer la délimitation des terres indigènes et des quilombos sous la compétence du ministère de l’Agriculture, le ministère des grands propriétaires ruraux.

    Les Indiens ne sont plus qu’une infime minorité mais ils gênent en occupant des espaces parfois très réduits dans le Sud et, a fortiori, étendus dans le Nord. Ce qui est intolérable pour les planteurs n’est pas tant la superficie mais qu’elle ne soit pas cultivée et exploitée de manière productiviste : les Indigènes sont, selon le classique mépris du colon pour le colonisé, naturellement incapables et fainéants, ce qui ne relève pas seulement d’un mépris de classe patronal. Cette élite non moderne refuse la moindre remise en cause de son habitus. Elle est conforme à la colonialité de l’espace brésilien.

    Je crois qu’il y a beaucoup de cela dans l’élection de Jair Bolsonaro, en sus de la crise économique, de la corruption imputée seulement au PT, des fake news, des néopentecôtistes, des problèmes de sécurité, des secteurs militaires d’extrême droite, du racisme, de l’homophobie… Si ces caractéristiques contemporaines ont pris corps, c’est bien parce que l’élite capitaliste-coloniale est, structurellement, mentalement, incapable de consentir à quelque mesure sociale que ce soit. La contradiction, qui peut se révéler explosive au sein des partisans du régime, est que, historiquement, l’armée brésilienne a été plutôt modernisatrice (ce qui ne veut pas dire démocratique) alors que cette élite profondément conservatrice reste façonnée par sa peur face au peuple noir majoritaire. Elle s’exprime ainsi par le «BBB» - balle, bœuf, Bible…

    Bien qu’ultra-minoritaire, l’élite a réussi à construire temporairement une hégémonie politique embrassant de vastes secteurs du peuple. Nombre d’autres facteurs d’explication existaient déjà précédemment. Mais sa radicalisation à droite a été, je crois, le «plus» qui a permis au reste de prendre corps, face à un PT tétanisé par l’emprisonnement de Lula et ayant perdu toute capacité de mobilisation populaire.

    Michel Cahen historien de la colonisation portugaise, et directeur de recherche CNRS à Sciences-Po Bordeaux

    Brésil : le fasciste Bolsonaro en tête ; l'heure de vérité a sonné


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  • [Rebondissant sur cet article : https://www.mediapart.fr/journal/france/260918/immigration-contre-salaires-une-vision-partielle-et-biaisee]

    C'est bizarre que là encore ils ne disent pas, tout simplement, que la division internationale du travail s'est développée, que les pays du Sud sont les usines du monde à 3€ par jour et que c'est donc là-bas que le néolibéralisme a besoin de la main d'œuvre, point, donc hors de question qu'elle vienne ici. Eh oui : la première grande "pression sur les salaires" occidentaux en cet an de grâce 2018 après Jésus-Christ, c'est déjà d'abord et avant tout la DÉLOCALISATION des entreprises, de la production, vers ces mêmes pays de main d'œuvre à bas coût dont nous proviennent les migrants (car cette industrialisation brutale des pays bouleverse leurs sociétés traditionnelles sans pour autant créer non plus suffisamment d'emplois pour tout le monde) !

    Et si des secteurs pourraient requérir cette main d'œuvre et effectivement l'employer quand elle arrive à passer entre les mailles, c'est un aspect marginal.

    Déjà, la pression à la baisse sur les salaires part d'un postulat assez foireux : celui de l'interchangeabilité absolue entre un travailleur et un autre.

    Or ce n'est pas du tout le cas.

    Ça POUVAIT vite fait l'être du temps de Marx, quand des individus de savoir-faire ouvrier venaient dans des bassins ouvriers, dans des sociétés presque entièrement ouvrières ou alors paysannes (pour nourrir le reste ET, effectivement, servir d'"armée de réserve" de la production industrielle lorsque surnuméraires dans leurs cambrousses).

    En fait ce sujet est le marronnier des gens qui mélangent tout et glossent, et l'ère des réseaux sociaux n'arrange encore une fois rien du tout.

    La théorie de la pression sur les salaires implique le postulat de travailleurs soldats de plombs qu'on déplace sur un échiquier, et ce postulat est grotesque.

    Si les migrants sont à l'origine des prolos ou des paysans, s'ils ne parlent pas ou mal la langue du pays d'arrivée, ils ne peuvent pas dans celui-ci "tout faire". Concrètement, ils pourront trouver des emplois pour lesquels il y a un manque de main d'œuvre... parce que les gens du pays n'en veulent pas.

    Si ce sont des gens éduqués et diplômés, ils le sont aussi en général dans un domaine, pour lequel il y a déjà largement suffisamment (généralement trop) de candidats à un poste dans le pays d'arrivée, des métiers qu'on ne peut pas exercer "comme ça", et ils ne peuvent donc pas non plus "tout faire" et prendre l'emploi de n'importe qui. Au "mieux", ils trouveront les mêmes petits boulots qu'exercent les diplômés nationaux qui ne trouvent pas de poste à la sortie de leurs études, pour lesquels il y a toujours besoin de monde dans un contexte de fort turn over (caissiers, plonge, télémarketing etc.).

    Il n'y a pas par exemple d'"immigration clandestine" des médecins, puisque c'est un métier qu'on ne PEUT PAS exercer "comme ça", à l'arrache ; un métier ultra encadré et contrôlé.

    Il y a qu'on VA CHERCHER des médecins à l'étranger parce que les propres numerus clausus des têtes de glands de l'Ordre engendrent une pénurie dans une société de plus en plus âgée et médicalisée.

    Ces numerus clausus visent à protéger de la concurrence les cabinets libéraux et les postes élevés dans les cliniques et les hôpitaux, autrement dit, à préserver les hauts revenus des médecins nationaux. Et on va chercher des étrangers pour les postes subalternes payés au lance-pierre. Ou à la rigueur parce que le système de numerus clausus se baise lui-même et qu'on se retrouve avec des patelins sans personne pour reprendre le cabinet et donc sans médecin à moins de 25 bornes. Bien sûr, reprendre ce cabinet impliquera peu de patients donc de revenus - il faut, donc, que vienne un médecin étranger qui aurait gagné moins dans son pays, parce que les médecins français ne veulent pas d'un tel poste non rémunérateur. Tout le contraire d'une pression sur les revenus...

    On retrouvera le même système dans d'autres professions diplômées, et dans tous ces cas déjà ce ne seront pas des "migrants" venus entre les mailles du filet, mais bien (effectivement) une venue légale, voulue et organisée ; sauf que pas du tout pour "tirer vers le bas" les rémunérations des nationaux, mais pour leur laisser au contraire le monopole des bons postes qui rapportent et pourvoir les postes subalternes avec des étrangers.

    Celui-là : https://www.revue-ballast.fr/marx-et-limmigration-mise-au-point/ rejoint un peu plus ce que nous disons, il vaut le coup d'être reproduit.

    *************************************************************

    Un petit résumé de notre position scientifique exprimée ici et dans "Les Charters de la Honte", qui peut éventuellement s'avérer utile pour en faciliter la compréhension :

    Il a longtemps existé une immigration de conformité aux besoins du capital : les "Borains" belges du Germinal de Zola ; les Italiens du 19e siècle, début 20e, etc. (ou tout simplement, et en vérité dans des proportions 10 fois plus importantes... des petits gars venus des campagnes alentour, de cette paysannerie qui avait 6 enfants pour une seule terre à donner en héritage). Avec effectivement, là, une logique de pression sur les salaires et les revendications (encore que cette pression fut sans doute fort secondaire par rapport à celle des Chassepot de la troupe envoyée canarder les grévistes comme à Fourmies...) ; et souvent une xénophobie ouvrière en réaction à cela, forme de "socialisme des imbéciles".

    Et puis évidemment les Trente Glorieuses, avec les Algériens, les Portugais que le patronat allait CHERCHER, avec des bureaux de recrutement directement dans les pays. On était loin de la chasse à l'immigré actuelle dans les Alpes !

    Mais là par contre, déjà à cette époque, on ne pouvait plus vraiment parler de pression sur les droits et les salaires... Les ouvriers nationaux, "de souche" ou d'immigration européenne antérieure, avaient accru leur niveau de vie par les luttes et les conquêtes sociales, gagné en salaire sous toutes ses formes, et d'ailleurs CONTINUAIENT à le faire ; et dès lors, pour que cela soit possible il fallait une "niche" de surexploitation, une couche de travailleurs qui travaillent encore dans des conditions épouvantables et pour des salaires de misère, sans faire grève etc., et ceux-ci étaient donc censés être les immigrés, tenus en joue par la carte de séjour... Il n'y avait pas de "concurrence" avec les nationaux, puisque ceux-ci (déjà) ne VOULAIENT généralement PAS de tels boulots, de leurs salaires et de leurs conditions !

    Et puis ensuite, à partir des années 1980, nouvelle mutation : il est devenu d'une part possible (existence d'une main d’œuvre sachant faire), d'autre part MOINS CHER de produire dans le "Tiers Monde" et d'acheminer la marchandise (au "pire" avec besoin de quelques finitions, derniers montages, histoire de garder une industrie en Occident quand même !), que de produire sur place et de faire venir si besoin (pour pourvoir les postes de misère et d'esclavage) de la main d’œuvre immigrée. Accomplissement, en définitive, de la "prophétie" d'Hobson http://ekladata.com/y2kWxo.png que Lénine pensait voir conjurée par la révolution prolétarienne mondiale, mais celle-ci après de grands succès initiaux a fini par reculer et finalement (pour le moment) être vaincue.

    C'est l'ère des fameuses délocalisations. La courbe s'inverse complètement, on ne va plus chercher les gens mais on les EMPÊCHE au contraire rigoureusement de venir, car c'est CHEZ EUX que le Capital en a besoin pour y produire pareil... mais pour 10 fois moins cher.

    Cette nouvelle politique va effectivement générer quelques tensions au niveau de certains secteurs (tâches les plus ingrates de la restauration, nettoyage, bâtiment, ce qu'il reste de grandes exploitations agricoles etc.), dans lesquels on ne peut par définition pas produire le bien ou le service à l'étranger et l'acheminer, et dont les nationaux y compris issus de l'immigration antérieure ne veulent pas trop entendre parler (pas assez pour le nombre de postes en tout cas) ; mais cela reste à la marge, la politique GLOBALE des métropoles impérialistes est désormais le refoulement de l'immigration et le maintien de la main d’œuvre dans le "Tiers Monde".

    ET ÉVIDEMMENT... vouloir QUAND MÊME venir en Europe/Occident, pour s'y réapproprier un peu de ce que l'impérialisme a pillé dans son "Tiers Monde" d'origine (causant la misère - voire la guerre, le chaos réactionnaire, le massacre permanent - elle-même cause du départ), est PLUS QUE JAMAIS un ACTE DE RÉSISTANCE anti-impérialiste objective.

    Oui car une "petite place", même "très modeste", au "soleil trompeur" des métropoles de l'impérialisme est justement une ATTAQUE, un MISSILE contre sa logique économique et sa division internationale du travail ; qui lui fait en réalité bien plus de mal qu'un camion piégé en plein quartier des ministères... 

    Même si les intéressé-e-s n'en ont généralement pas conscience... C'est d'ailleurs pour cela que sont mobilisées contre les migrants des forces qui manquent cruellement de l'autre côté pour déjouer des attentats : tout simplement parce que les migrants font PLUS DE MAL à l'impérialisme que les attentats.

    Les flux migratoires ont ce double aspect de tragédie (celle qui fait partir et les souffrances, le danger, la mort en route) et d'acte OBJECTIF de résistance.

    De GUERRE, même... rappelons que le blocage des migrants a un nom d'opération militaire : Frontex. Une guerre qui fait des morts. Et dans laquelle les internationalistes doivent choisir leur camp sans l'ombre d'une d'hésitation !


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  • Les Alévis (électeurs ultra-majoritairement kémalistes avant l'émergence du HDP), paratonnerres du kémalisme contre le plein-le-cul populaire karatürk à son endroit.

    On pourrait presque, quelque part, définir le fascisme kémaliste turc comme un "philalévisme d’État" (oui certes, les massacres de 1937, mais enfin "c'était y a longtemps" et "ces gens n'avaient pas été reconnaissants" - comme aurait pu dire un certain René Bousquet).

    L’État turc s'est tellement inspiré de la République franchiasse que pratiquement tous les concepts d'analyse utilisés ici peuvent y être transposés, en fait...

     
    susam-sokak.fr
    « L'islamisme fait ce qu'il veut où il veut. Les Alévis ne pourront jamais avoir…
     

    [Ne pas s'arrêter à la tonalité bêtement islamophobe de l'article ; l'analyse correcte à retenir (la nôtre) est celle-là : à cette époque, le plein-le-cul populaire de la Turquie ("noire") profonde contre le kémalisme en place depuis 70 ans, de surcroît complètement converti au néolibéralisme depuis le coup d’État militaire de 1980, était devenu à peu près total ; annonçant déjà les victoires électorales islamistes de fin 1995 et fin 2002.

    La présence d'un écrivain athée revendiqué et traducteur des Versets sataniques de Salman Rushdie l'a cristallisé dans cette petite ville du centre de l'Anatolie (bastion "turc noir" conservateur et religieux), et une "nuisance sonore" (musique populaire traditionnelle alévie) au moment de l'appel à la prière sunnite l'a fait exploser ; ensuite de quoi, les autorités locales (en liaison avec le pouvoir central) ont très clairement canalisé et détourné cette colère D'ABORD dirigée contre elles et le régime (les cibles et slogans du début d'après-midi étaient très clairs : le centre culturel où se trouvait l'écrivain mais aussi et surtout le préfet et la préfecture, la République et la laïcité, en un mot le kémalisme, une statue de Kemal Atatürk, un drapeau impérialiste US brûlé etc. etc.), contre les intellectuels et artistes alévis présents pour un festival culturel et retranchés dans un hôtel qui sera incendié : 35 morts, les forces de l'ordre n'intervenant que... 8 heures plus tard pour disperser la foule et éteindre le feu.

    190 émeutiers seront interpellés dans les jours suivants, dont 124 pour "tentative d’établir un État religieux en bravant l’ordre constitutionnel" (quand même... vu les slogans et les actions du début) ; mais le tribunal chargé de l'affaire recevra de nombreuses et fortes pressions politiques au cours de la procédure pour "calmer le jeu" voire acquitter les inculpés ; à l'arrivée seront prononcées 80 peines de prison de 2 à 15 ans et 33 peines de mort, non-exécutées et commuées après l'abolition en 2001 ; 31 personnes sont toujours en prison pour ces faits criminels à l'heure actuelle.

    Outre la répression du Dersim en 1937-38, d'autres massacres d'Alévis ont été perpétrés dans d'autres circonstances dans l'histoire de la République kémaliste, parfois de manière visant beaucoup plus nettement la communauté - et ses sympathies réputées "gauchistes" - en tant que telle qu'un individu ou groupe d'individus précis : massacres de Maraş en décembre 1978 ("d'après les archives du Premier ministre de l'époque, Bülent Ecevit, ce massacre a été organisé par les services de renseignements généraux turcs (MIT) et Alparslan Türkes, le leader du parti d'extrême-droite (Parti d'action nationaliste, MHP), en lien avec l'organisation anticommuniste internationale de la CIA (stay-behind, Özel Harp Dairesi pour la Turquie), et avait pour but d'écraser le mouvement révolutionnaire, entreprendre un « nettoyage ethnique », empêcher l’union des mouvements progressistes et révolutionnaires puissants (tels Dev-Yol et le TKP/ML) avec les populations alévies", l’État "ne reconnait qu'une centaine de victimes mais ce sont entre 500 et 1 000 personnes qui sont massacrées dans toute la région") ; massacres de Çorum entre mai et juillet 1980, où des militants ultra-nationalistes (encore une fois) "attaquent un quartier dans lequel les Alévis sont majoritaires, provoquant de source officielle la mort de 57 militants de gauche et blessant des centaines de personnes, majoritairement alévies".]


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  • Tsss... Libertaires niveau BFM en termes de désinformation.

    Il eût été utile, peut-être, de préciser que ces tribunaux ne coupent pas de mains et n'ordonnent pas de lapidations, comme ça au hasard.

    Ce sont des tribunaux de DROIT CIVIL dans un système de common law où il n'y a pas de Code mais un corpus de jurisprudence. Où les Écossais etc. ont leur propre droit (et l'ont toujours eu, ce qu'ils n'avaient pas jusqu'en 1997 c'était un Parlement et un gouvernement propres).

    C'est un système qui fonctionne comme ça. Chez les Juifs on se marie à la synagogue et le droit de la famille est juif, géré par les tribunaux rabbiniques.

    Et les Britanniques dans leur colonialisme ont toujours été anti-civilisateurs et très "home rule", c'est à dire que les indigènes se gèrent eux-mêmes (quand ils n'ont pas été voués à l'extermination bien sûr) du moment qu'ils "payent leur tribut" ; une généralisation à toutes les colonies, si l'on veut, du droit coutumier dont bénéficient... dans l'Empire français, les Kanak ou Wallis-et-Futuna.

    Et plus encore, dans une rupture spatio-temporelle complètement incompréhensible pour l'esprit francouille, ils ont laissé ce système s'importer en métropole avec l'immigration.

    C'est à dire que les communautés s'autogèrent, règlent elles-mêmes leurs problèmes internes du moment qu'elles "payent leur tribut" en force de travail, force de consommation et impôts.

    À l'arrivée, une société qui ne fonctionne ni mieux ni moins bien que la nôtre. Inutile donc de faire de la retape pour un idéal républicain qui n'a pas forcément brillé non plus...

    C'est tout simplement une différence entre traditions coloniales, sans que l'une ait plus ou moins opprimé et massacré que l'autre : l'impérialisme français s'est toujours voulu plus "civilisateur" ; inculquer ses "valeurs" comme garantie de populations soumises (puisque "pensant comme" les maîtres).

    Il a toutefois pu faire, et fait parfois encore la même chose dans le strict cadre d'outre-mer (pour y préserver la paix sociale... les populations ne vivent en effet pas "mal" ces "inégalités" juridiques avec la métropole, bien au contraire !).

    Les Kanak en tribus vivent ainsi sous droit civil coutumier. À Wallis-et-Futuna, pareil : l'article 75 de la Constitution de 1958 dispose de fait que les droits coutumiers, qui étaient maintenus dans le cadre de l'indigénat colonial, resteront en application pour toute personne qui n'y renonce pas explicitement en faveur du "droit commun" (Code civil) ; et les populations en général y montrent leur attachement et n'y renoncent pas...

    Les principes de ce qu'on appelle la laïcité y connaissent des dérogations, de même qu'à Mayotte (à 98% musulmane), ou à la Réunion où il y a des consignes de "calmos" face à une importante communauté aussi (chaque fois qu'une loi sur les signes religieux visibles est passée à Paris, d'ailleurs là-bas cela peut aussi concerner des signes hindouistes, etc.).

    Et puis, en métropole hexagonale cette fois, il y a bien sûr rien moins que... l'Alsace-Moselle, pour toutes les religions cette fois (c'est le droit allemand, ou local dans le cadre allemand qui s'appliquait entre 1871 et 1918, date à laquelle la France a repris possession de la région, mais face à la menace d'une insurrection généralisée depuis l'extrême-gauche jusqu'à l'extrême-droite de la population, elle a rapidement renoncé à y imposer son droit civil et les lois de laïcité de 1905, et c'est resté comme ça depuis).

    Sur la (vieille) question du "communautarisme" de la société britannique

    Le texte du fameux article :

    "Au Royaume-Uni, plusieurs dizaines de tribunaux islamiques arbitrent des litiges civils pour qu’ils soient jugés dans le respect de la charia.

    Si la Première ministre Theresa May a rappelé qu’ils n’avaient pas de portée légale, elle a également souligné qu’elle n’avait pas l’intention de mettre fin à ce système judiciaire parallèle.

    Certains avocats britanniques se voient même dispenser d’une formation à la loi islamique pour pouvoir défendre leurs clients musulmans dans ces tribunaux.

    Depuis peu, le Royaume-Uni enquête néanmoins sur les pratiques des tribunaux islamiques.

    Pour cela, le gouvernement a chargé le professeur de théologie islamique et d’études interreligieuses Mona Siddiqui de diriger l’enquête pour voir si les décisions rendues ne contreviennent pas au droit britannique."


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  • [Un EXCELLENT post sur Facebook, pas un mot à ajouter]

    "Le communisme, selon moi, pourra être considéré atteint dans les Pyrénées lorsque la contradiction de l'ours sera résolue.

    Pour moi l'animal a le droit d'exister dans ces montagnes où il a toujours vécu, c'est non-négociable (je serais favorable aussi à son retour dans les Alpes ; d'ailleurs un truc : tout le monde gueule pour un truc à chaque endroit, l'ours ici, le loup là, le lynx ailleurs, mais oublie un truc con, c'est que les différents prédateurs en se concurrençant pour le gibier s'entre-régulent leurs populations respectives... peu de prédateurs face à d'immenses troupeaux crée pour eux un phénomène d'abondance anormale et de frénésie, où ils tuent même des bêtes pour les abandonner sur place sans les manger).

    Mais il faut voir aussi (ça a commencé à être soulevé du côté des peuples indigènes d'Amérique du Nord https://timeline.com/national-parks-native-americans-56b0dad62c9d [on trouve encore d'autres exemples en Afrique et ailleurs], loin de moi de comparer, mais...) que le conservationnisme environnemental peut aussi jouer un rôle d'arme contre des populations "gênantes" qu'on voudrait voir disparaître d'un territoire donné, soit pour faire main basse sur ses ressources, soit simplement pour en faire un Disneyland à touristes beaucoup plus juteux pour le capitalisme que leur petite vie économique de bouseux... ou soit, encore plus simplement, parce que leur agriculture n'existe de toute façon plus que portée à bout de bras par l'argent public, autrement dit ils coûtent "un pognon de dingue"... Et quoi de mieux, de plus présentable qu'une cause aussi progressiste que le retour d'une espèce menacée, pour en finir avec ces "parasites" ?

    C'est aussi contre ça que les gens gueulent et en viennent à des attitudes lamentables. Dans leurs têtes, ils se battent depuis deux générations au moins pour maintenir une vie villageoise et agropastorale dans leurs vallées ; dans les conditions d'une agriculture toujours plus productiviste et marche-ou-crève pour tenir face au marché, aux tarifs imposés par la grande distribution etc. ; et ils ont l'impression qu'avec l'ours, le loup ou autre, on leur met un énième truc dans les pattes pour les pousser à la faillite et à plier bagages, pour faire de leurs vallées de pures villégiatures touristiques pour des touristes à qui il faut des trucs intéressants comme de grands animaux sauvages par exemple...

    C'est faux, en tout cas c'est peut-être vrai maintenant mais pas voué à être vrai éternellement (ça dépend des conditions de l'économie agricole : ce n'est pas "parce que" elle a exterminé les grands prédateurs qu'elle a été - en son temps - prospère, mais parce qu'elle était toujours plus prospère dans les conditions de l'alimentation des villes de la révolution industrielle, d'une population toujours plus nombreuse, qu'elle les a exterminés).

    Mais va, dans le paradigme dans lequel ils se débattent, leur faire comprendre...

    Pour moi c'est simple : ils ne pourront le comprendre et ranger leurs pétoires à la con que dans un changement de paradigme ; ou du moins en en entrevoyant la possibilité. D'ici là, les traiter de gros cons ne les fera pas changer de position."

     


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  • Voilà ce que devrait être la gauche révolutionnaire pour seulement envisager d'être prise au sérieux, hélas :


    Les Nôtres : Gisèle Felhendler

    C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris lundi matin le décès de Gisèle Felhendler. Militante du NPA dès sa fondation, elle avait ensuite rejoint Alternative libertaire.

    Gisèle se consacrait inlassablement aux luttes antiracistes et anticolonialistes. Organisatrice infatigable de la Semaine anticoloniale, sans elle cet événement phare de la lutte anti-impérialiste n’aurait sans doute jamais pu avoir lieu. Elle laissera le souvenir d’une militante déterminée, convaincante, unitaire, toujours souriante. Elle exprimait plus que quiconque cet « optimisme de la volonté » de celles et ceux qui résistent, qui ne lâchent rien. 

    Souvenons-nous de son enthousiasme quand, au côté des camarades sans-papiers, nous avons ouvert rue Beaudelique le ministère de la Régularisation de tous les sans-papiers ! 

    Souvenons-nous de sa détermination quand nous n’avons pas plié devant l’interdiction de manifester notre colère en 2016 contre les bombardements de Gaza par l’armée d’occupation israélienne ! 

    Souvenons-nous encore de son implication dans le soutien à Georges Ibrahim Abdallah pour lequel elle avait œuvré afin qu’il lui soit attribué le prix Frantz Fanon, en 2014, à l’occasion de la Semaine anticoloniale.

    Souvenons-nous finalement de sa bonne humeur, de sa tendresse et de ses enthousiasmes en tout genre lorsqu’on la croisait dans les concerts, dans les bars ou les manifs.

    Gisèle, tu resteras dans nos cœurs pour toujours, et pour toujours un exemple pour celles et ceux qui continuent le combat !


    Lire aussi : Gisèle Felhendler : "Les imaginaires n’ont pas été décolonisés" (entretien avec elle)


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  •  

    Le 28 août 1944, Nice est libérée par la Résistance qui, dans toute la région, est dominée par les FTP. La Wehrmacht se replie en direction de l'Italie, évacuant au passage la principauté de Monaco.

    Le prince d'alors, Louis II, s'est réfugié dans une de ses lointaines résidences. Les notables monégasques, mouillés avec les occupants, ont disparu. Le pouvoir est à prendre. Les FTP à dominante communiste contrôlent militairement le secteur.

    Le secrétaire de la section du PC de Monaco prévient alors la direction régionale fraîchement installée à Nice : il compte proclamer la république, au nom du Parti communiste monégasque (sic). Surpris, les dirigeants communistes niçois dépêchent sur place un secrétaire fédéral du Parti qui dissuade ses camarades monégasques de toute velléité putschiste et fait adopter une position de principe : Monaco c'est la France ! 

    Alertée à son tour, la direction nationale du PCF recommande de ne prendre aucune initiative : ni annexion, ni surtout, de "république populaire" sous la houlette d'un PC local constitué de croupiers de casino et d'ouvriers des sardineries.

    Le préfet de région, Raymond Aubrac*, se chargera de la suite : le rétablissement des Grimaldi, à la condition que Louis II abdique en faveur de son petit-fils, Rainier. Celui-ci trouvera  - entre autres -  sur le Rocher une nouvelle richesse : un émetteur et des studios de radio (future RMC) installés pour les besoins de la propagande allemande.

    G.K.

    Une petite histoire sympatoche qui vaut le coup d'être racontée

    * Aubrac, cette vieille charogne, taupe de Barbie et grand technocrate de la Rrrrrrépublique et de la dissolution du communisme hexagonal dans une vague 'gauche' (rrrrrépublicaine).

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Aubrac

    Enfin bon déjà avant ça, on avait pu voir la pusillanimité du PCF et ses penchants tricolores.

    Monaco n'est pas que le fameux Rocher de 1,5 km² et les demeures luxueuses etc. etc., car à tous ces rupins il faut bien que quelqu'un torche le cul. C'est le cœur d'un pays de langues et culture nissardo-ligures (12 - 3) ; soit resté semi-indépendant donc (la Principauté : son statut en fait en quelque sorte, pour faire court, le dernier protectorat français existant au monde), soit annexé en 1860-61 (Menton et Roquebrune, qui avaient fait sécession de la Principauté en 1848, pays de La Turbie - Beausoleil - Cap d'Ail qui formaient une seule et même commune jusqu'au début du 20e siècle, etc.) ; et qui non, N'EST PAS "LA FRANCE".

    [Faits totalement oubliés aujourd'hui : en février 1871 et dans les mois précédents, soit à peine plus de 10 ans après le rattachement à la France par référendum truqué et dans un contexte d'effondrement de l’État face à la victoire prussienne et de montée des Communes, le jeune département des Alpes-Maritimes connaissait des troubles et donnait une écrasante majorité aux élections législatives à des candidats autonomistes voire carrément séparatistes ou rattachistes à l'Italie - dont ni plus ni moins que Garibaldi himself...]


    3 commentaires

  • Tous les courants communistes révolutionnaires (marxistes) considèrent qu'à un moment donné la révolution soviétique a été trahie, a subi une contre-révolution.

    Mais voilà, c'est néanmoins un fait que l'impérialisme "historique" (occidental) n'a pas cessé de combattre l'URSS en 1925 ou 26 (diront les trotskystes), au milieu des années 1930 (dira VP), ni après la mort de Staline en 1953 ou du moins le XXe Congrès de 1956 (diront les marxistes-léninistes et la plupart des maoïstes)... ni même, redevenue Russie, après Gorbatchev et la dissolution finale de 1991, puisque c'est jusque-là que certains courants la font rester "socialiste".

    Et pourquoi/comment, donc, cela ?

    Sur ce point, nous répondrions que 1°/ la Russie de 1916 avait devant elle un destin tout tracé de SEMI-COLONIE, c'est-à-dire quelque chose comme le Brésil ou l'Inde aujourd'hui : un développement économique, productif, largement sous la domination et au profit prioritaire de capitaux extérieurs.

    2°/ La Révolution d'Octobre a ouvert devant le pays DEUX VOIES POSSIBLES : le socialisme et le communisme ; ou du moins, dans tous les cas, un développement économique ENDOGÈNE, "propre" à lui.

    Et donc, il est clair aujourd'hui que la Russie n'a pas atteint le communisme, ni un stade de socialisme avancé en ce sens ; parce qu'à un moment donné, différemment fixé selon les courants marxistes, le chemin vers cela a été abandonné ; MAIS la période soviétique aura au moins été cela : un développement économique du pays, de la production, une "révolution industrielle", endogène et non financée par et sous le contrôle de capitaux impérialistes étrangers (occidentaux, concrètement).*

    C'est-à-dire que la bourgeoisie russe (hier la nomenklatura soviétique) a la main sur les ressources et les richesses du pays, et les "partage" selon le rapport de force du moment avec les masses populaires ; il n'y a pas de Capital occidental qui en prend déjà une (grosse) part, puis la bourgeoisie russe encore une autre et le "reste" (s'il y en a...) pour les masses travailleuses ;  et tout à l'autre bout de la chaîne productive, sa société avec sa culture nationale historique n'est pas laminée pour être transformée en pur marché, débouché commercial pour des produits peut-être largement élaborés sur place (ou dans d'autres pays pareillement dominés) mais toujours "finis" en Occident pour que revienne à celui-ci la plus-value finale (celle de la vente au consommateur ultime).

    C'est CELA que l'impérialisme occidental a combattu non pas jusqu'à ce que l'URSS abandonne la voie du communisme, mais jusqu'à sa collapse totale en 1991, rouvrant alors (ère Eltsine) la possibilité de la destinée semi-coloniale ; et ce que Poutine est l'homme chargé (un peu) de restaurer depuis l'an 2000...

    Cela qui (ainsi que le combat que lui livre l'Occident) doit être strictement dissocié du fait d'être socialiste, c'est-à-dire en marche vers le communisme : plus ou moins peint en rouge (jusqu'en 1991) ou pas (Poutine a tout de même beaucoup "restauré les symboles"), le pays est dans une logique totalement capitaliste, de développement et de "révolution industrielle" sous une forme politique autoritaire façon Second Empire, voire hier de dirigisme étatique de l'économie façon État français des Trente Glorieuses généralisé ; MAIS l'impérialisme occidental, qui veut établir SON contrôle sur l'économie, ne l'accepte pas et le combat.

    Le même raisonnement est strictement applicable à la Chine (qui a abandonné toute voie vers le communisme depuis 40 ans), et globalement à tous les pays que l'Occident a conservé (ou placé !) dans son collimateur depuis 1990 (Iran islamique post-1979, pays arabes passés par le cycle nationaliste et développementiste-volontariste des années 1950 à 70 ou 80, etc.).

    La Russie et la Chine sont ainsi, concréto-concrètement, puisque n'étant pas socialistes, des pays... impérialistes ; mais ATTENTION à ne pas en faire, comme les marxistes-léninistes prochinois de l'URSS à une certaine époque, des égaux stratégiques si ce n'est pas carrément des ennemis impérialistes supérieurs au bloc des impérialismes "historiques" occidentaux (c'est devenu rare aujourd'hui mais cela existe toujours, comme dans le cas d'une petite organisation "maoïste" grecque par exemple) ; attention à bien les considérer comme des impérialismes "mendiants" ou du moins secondaires, comme les impérialismes italien ou allemand des années 1910 ou 1920 (ce qui n'exclut donc pas, certes, que leurs réactions de défense ou leur quête de "place au soleil" puisse conduire à des extrémités politiques terribles...), et à ne pas se tromper d'ennemi principal à ce sujet, il est toujours bon de lire Le marxisme et la guerre dans le Donbass de Victor Shapinov (organisation communiste ukrainienne Borotba).

    Quant aux autres pays (les rares qui restent : Iran, Corée du Nord, Syrie, Cuba, Venezuela...), ils sont certes dépendants, dominés, semi-coloniaux ; mais néanmoins dans une démarche économique et politique nationaliste, appuyée sur ces impérialismes russe et chinois perçus comme "moins gourmands" ; et bien au-delà, dans tous les cas, du "seuil" "acceptable" d'insoumission à l'Occident que celui-ci peut tolérer à l'heure actuelle. S'y ajoutent, depuis quelques dizaines années, des pays dits "émergents" qui pouvaient être de parfaits laquais de l'impérialisme occidental, mais qui ont accumulé dans ce rôle suffisamment de capitaux propres pour commencer à vouloir jouer leur propre partition : Brésil, Argentine, Inde, Afrique du Sud, Turquie, Qatar etc. ; ce qui là encore va amener l'Occident à tout tenter (envers et contre toute la propre logique du capitalisme lui-même...) pour les ramener totalement "dans le rang", dans la soumission absolue d'une république bananière centre-américaine ou du Gabon de la dynastie Bongo coup d’État "rampant" (judiciaire) au Brésil depuis 2016, volonté manifeste de dégager Erdogan par une "révolution colorée" ("de gauche", s'il vous plaît !) en Turquie, menaces (maintenant) contre l'Afrique du Sud qui voudrait se réapproprier ses terres agricoles pour en faire bénéficier sa population, lancement des "chiens d'attaque" Arabie saoudite et Émirats contre le Qatar, etc. etc. En Syrie, ce n'est pas avoir de la sympathie pour le régime d'Assad que de dire qu'en dépit de tous ses "efforts" en ce sens (soumission aux directives du FMI depuis l'an 2000), il n'était pas la néocolonie que l'Occident aurait voulu qu'il soit ; tout en faisant parallèlement le constat que la rébellion, "islamiste" ou simplement nationaliste arabe mais anti-Assad, ne présentait pas elle non plus les "garanties" de servilité suffisantes (risquait de mettre en place des circuits économiques qui n'"exfiltrent" pas suffisamment la richesse du pays vers les Centres occidentaux) et s'est donc vue à partir de 2013 progressivement lâchée au profit de la pseudo-"révolution" de Rojava.

    C'est un ressort essentiel de la guerre mondiale non-déclarée en accentuation actuellement on-serait-presque-de-plus-en-plus-tentes-de-penser ; qui n'est menée contre aucun pays pouvant être qualifié (même "vaguement", "de très loin") de "socialiste", mais n'en doit pas moins être combattue sans concession par nous, communistes occidentaux.


    [* Il est ainsi frappant de constater combien la guerre révolutionnaire de 1918-21, et la construction de l'URSS ont pu parfois ressembler à une "répétition en accéléré" de la constitution de l'Empire des tsars, que l'on pourrait appeler aussi "l'aire russe-eurasiatique" ; "mais" (en principe) sur (supposément) des "bases nouvelles", d'"amitié fédérative" entre les peuples et non plus sous la force brute d'un autocrate (bien qu'il ait fallu, dans la plupart des cas, en passer par la force contre des résistances locales).

    Ainsi, à un libertaire qui (comme à l'accoutumée) mettait en avant "Makhno" dans une discussion sur l'"autoritarisme léniniste", quelqu'un a pu répondre que :

    "À partir du moment où une force armée exerce la volonté d'un groupe social faite loi, il y a un État. Donc oui, bien entendu, le territoire makhnovien en Ukraine était un État... l’État des moujiks du Dniepr descendants des "Cosaques d'en bas" (ceux qui n'avaient pas été transformés en aristocrates terriens et corps de cavalerie d'élite, mais en serfs de ceux-ci), dont les limites étaient quasi exactement celle de la république (relativement) égalitaire cosaque du 17e siècle (l'"Hetmanat") https://img.over-blog-kiwi.com/.../d23a12 . Ensuite de quoi il a été "écrasé par les bolchéviks" et intégré dans l'URSS, un peu en une sorte de remake de l'annexion (entre contrainte et allégeance "volontaire") de l'Hetmanat au début du 18e siècle.

    Cela n'a nullement été un triomphe de l'(horrible, affreux, abominable) Étaaaaat sur le non-État libertaire, mais la protectoralisation et l'annexion d'un État par un autre. Menée il faut le dire, non sous l'horrible Staliiiiine mais sous la dictature militaire de Trotsky, intellectuel petit-bourgeois urbain et ruralophobe ; c'est à dire que cela aurait pu beaucoup mieux se passer avec le fils de cordonnier de village Staline... Qui une fois écarté le binoclard barbichu du game, a beaucoup mieux que précédemment (ce qui lui est précisément reproché par les accusations trotskystes de "thermidorisme") su intégrer au pouvoir soviétique les anciens SR... c'est à dire les "populistes" ruraux, les "miristes", la frange démocrate-égalitariste radicale de la paysannerie... C'EST À DIRE ce qu'étaient en réalité les makhnovistes, et non des "communistes libertaires" comme l'est devenu Makhno ENSUITE (en exil) et s'est élaborée de là une construction intellectuelle (un "roman") a posteriori, au service de la mythologie anar." 

    Autrement dit (ce qu'il faut retenir), l'histoire d'alliance et de rupture entre la Russie des soviets et l'Ukraine makhnoviste a en quelque sorte "rejoué en accéléré" l'intégration en mode "amour-haine" de la Zaporoguie cosaque "égalitaire" des 16-17e siècles (dont elle épousait pratiquement le territoire) dans l'Empire russe au 18e (avec par ailleurs, de l'autre côté, des nationalistes ukrainiens soutenus par la Pologne et - un temps - l'Allemagne et l'Autriche, "rejouant" un peu le rôle de la domination polonaise sur une grande partie de l'Ukraine à la même époque).

    Et il en est (globalement) partout allé de même, les prises de pouvoir bolchéviques (mêlant en général russes et autochtones) et les "allégeances"-fédération avec le Centre soviétique de Moscou-Petrograd se voulant "rejouer", sous une forme nouvelle et démocratique, l'intégration passée (sous les tsars) au "monde russe-eurasiatique" ; dans un contexte de complète dislocation, désintégration de celui-ci ; l'alternative étant alors que toute une mosaïque d’États nationalistes bourgeois indépendants fassent allégeance, non pas à Petrograd la Rouge mais... aux puissances impérialistes ennemies acharnées de la révolution, ce qui évidemment ne faisait "pas trop rêver" Lénine et ses camarades !

    (Lire à ce sujet : http://revueperiode.net/guide-de-lecture-aux-marges-de-la-revolution-russe ; ou encore : Marx-Lenine-bolcheviks-et-l-islam-Drweski.pdf)

    Et encore de même lors de la constitution de la République populaire de Chine en 1949-51, là encore en reconstituant, sous la forme de régions autonomes démocratiques (ou d'alliances fraternelles entre voisins comme avec la Corée ou le Vietnam), les liens "tributaires" ancestraux entre les territoires/peuples et Pékin, et de là la (supposée) "grande famille" du "monde chinois", au lieu d'une Chine révolutionnaire encerclée de protectorats impérialistes hostiles...

    (Lire aussi, malheureusement uniquement disponible en anglais : Maoist National Theory)

    Bien sûr, les deux voies possibles devant une telle logique étaient strictement corrélées à celles s'ouvrant devant la révolution en général : aller vers le communisme... dans une union fraternelle (démocratique, respectueuse, égalitaire etc.) de peuples "faisant bloc" contre l'impérialisme ; ou servir simplement de "révolution industrielle" à l'ex-Empire tsariste (ou Qing) = restauration progressive de la suprématie russe ou han sur les périphéries transformées en "colonies" au service de cette "révolution industrielle" ; ce qu'il s'est malheureusement finalement passé...

    Et qui n'est pas sans rappeler (également) la façon dont la "Nation française" proclamée en 1789 s'est elle aussi voulue une refondation sur des bases nouvelles (la "liberté", la loi, la Constitution, le suffrage des pères de famille propriétaires) de la "grande famille" de peuples et de cités bourgeoises précédemment unies sous la main de fer de la Couronne ; avant que ne se réimpose pas à pas (la Révolution étant de toute manière bourgeoise), jusqu'à Napoléon Bonaparte, le seul cadre dans lequel la bourgeoisie française peut être bourgeoisie française, celui d'un État autoritairement centralisé à Paris annexe-etude-en-finir-avec-la-france-quelques-verites-sur-la-revolution-bourgeoise.]

    [Et au fond, tous ces régimes "résistants" à l'hégémonie économique et culturelle "atlantique", que d'aucuns nommeront "anti-impérialistes" ou d'autres encore "idéocraties" (régimes où l'idéologie et l'"idéal" sont centraux), en dehors de la Russie et de la Chine qui sont des impérialismes (certes de très second rang, les États-Unis et leur bloc occidental restant la superpuissance mondiale unique), relèvent de ce que l'on appelle classiquement en langage MLM des régimes bourgeois bureaucratiques, dont on peut dire en substance que :

    "La bourgeoisie bureaucratique, ce sont plutôt des gens qui à la base sont des "révolutionnaires" nationalistes bourgeois [ou pourquoi pas, bien sûr, des révisionnistes issus de révolutions socialistes liquidées...] ; mais dans un contexte où la domination impérialiste rend la révolution bourgeoise impossible. Typiquement, le Kuomintang en Chine : ça a été un parti révolutionnaire au départ. Ou encore, le kémalisme en Turquie. Mais cela peut aussi s'appliquer au Destour de Bourguiba en Tunisie, au FLN algérien, au MNR bolivien ou au PRI mexicain, au nassérisme ou au baathisme arabes, ou encore à des démarches modernisatrices comme celle des Pahlavi en Iran... comme à leurs successeurs de la "révolution islamique" ; bref, à une liste interminable de cas de figure.

    Sauf que comme, on l'a dit, une véritable révolution bourgeoise est impossible sous la domination de l'impérialisme, ces forces finissent tôt ou tard par retomber dans la dépendance et devenir eux aussi des intermédiaires de celui-ci ; sous cette forme, donc, "bureaucratique". En ce sens, il est effectivement possible de dire que quelque part le castrisme, à Cuba, est retombé dans la dépendance et devenu une bourgeoisie bureaucratique au service de l'URSS, etc.

    De fait, le caractère révolutionnaire bourgeois échoué (car impossible) de ces processus rejoint la nécessité impérialiste de modernisation de la production à son service (une certaine "arriération" étant, souvent, ce qui a provoqué le mécontentement...).

    Mais dans cette compréhension des choses, il faudrait donc alors établir une distinction entre lorsque ces régimes bureaucratiques sont "consolidés" comme nouveaux intermédiaires de l'impérialisme (fût-ce un impérialisme rival de celui dont ils se sont libérés initialement), et lorsqu'ils ne le sont pas encore ; en tout cas, lorsqu'ils sont encore dans la phase où ils jouent un rôle positif pour la condition des masses du pays, et assez souvent dans ces circonstances, peuvent être la cible de contre-attaques féroces de leur ancien maître et de ses alliés ; offensives impérialistes contre lesquelles ils doivent être fermement défendus."

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/sur-le-capitalisme-bureaucratique-des-pays-domines-et-le-pretendu-fasc-a114096444]

    Sur la question du révisionnisme, de la liquidation du socialisme et de la poursuite de la guerre impérialisme malgré cela

    [Encore un développement sur la question]

    En fait, on a l'impression de se rendre de plus en plus compte des dangers et même de l'impasse mortelle d'une certaine négation gauchiste de la dialectique forme (nationale) - contenu (système économique et politique).

    Prenons l'exemple de la Transnistrie. Il n'y plus une once de socialisme (contenu) là-dedans. Y travailler consiste en gros à être dans la position d'un éternel vacataire  de la fonction publique. Aucun courant se réclamant du marxisme ne peut prétendre le contraire.

    De fait, dire que ce n'est pas un pays socialiste est aussi facile que de boire un verre d'eau.

    Mais voilà : le régime séparatiste (d'avec la Moldavie, lorsque celle-ci a elle-même pris son indépendance au moment de la dissolution de l'URSS) a en revanche préservé un "contenant", une forme nationale slavo-soviétique.

    Un "récipient" qu'il... resterait, en quelque sorte, à "re-remplir" de contenu socialiste !

    Alors que, par contre, si même le "contenant" national a été détruit... on "remplit" quoi ? Pour "remplir" de socialisme, il faudrait déjà reconstruire un tel contenant.

    Et c'est, à notre toujours très humble avis, ce que l'impérialisme victorieux (occidental) des années 1980-90 a parfaitement compris ; et qu'on pourra appeler le "concept McWorld" : non pas seulement écraser toute forme, embryon, de socialisme ou de révolution nationale-démocratique anti-impérialiste ; mais également démolir tout CONTENANT, toute forme nationale susceptible d'en recevoir à nouveau, fut-elle portée par des forces politiques réactionnaires (des gens, par exemple, dans l'esprit d'un Soljenitsyne, qui après la chute de l'URSS se plaindra justement de ce que ses idées ne soient pas celles mises au pouvoir...).

    Concrètement, il ne s'agit pas simplement que des forces conservatrices, pour ne pas dire "obscurantistes", anticommunistes, règnent (elles pourraient être tentées d'éjecter, et éjectent même parfois dans les faits, comme la Malaisie de Mahathir par exemple, le FMI) : il faut que les pays CESSENT d'être arabes, asiatiques, africains, slaves etc. ; ou alors de façon très superficielle voire folklorique (un exemple typique en serait l'"arabité"-"islamité" surjouée des pétromonarchies du Golfe ; dans le même registre on pourrait peut-être ajouter l'hindutva du BJP en Inde) ; pour n'être plus que de grands centres commerciaux géants à ciel ouvert.

    C'est pour cela que même un type formé à l'école des troupes de choc anticommunistes de la Guerre froide, on-ne-peut-plus réactionnaire et économiquement thatchérien (nous n'avons pas connaissance, en tout cas, qu'il ait été autre chose), comme Orban, à un moment donné ne convient plus à cette politique dont une figure emblématique (mais il ne faut certes pas faire une fixette dessus non plus) est Georges Soros. Il fait beaucoup parler de lui (et cherche à se constituer, surtout, un "réseau" européen sur cette thématique) comme "Monsieur Rempart anti-migrants", mais il joue surtout dans cette affaire (et tout le monde le sait à commencer par lui-même) un rôle de cerbère, au même titre que les États d'Afrique du Nord, car personne ne vient de Syrie ou d'Afghanistan ou d'Afrique pour croupir en Hongrie (quand on fait cela on vise Paris, Londres, Berlin, autrement dit, Orban ne ferme pas ses frontières à ces gens parce qu'ils "risqueraient" de s'installer "chez lui" !) : en réalité, c'est d'abord et avant tout un réac ultra-nationaliste (qui cherche en outre à éviter que de bien plus nationalistes encore que lui ne montent en puissance et lui ravissent le pouvoir...) qui veut que "la Hongrie reste hongroise" (ce seraient en substance ses mots) ; et le problème avec une telle Hongrie hongroise, c'est qu'elle est susceptible un jour (de fait, ce jour viendra tôt ou tard !) d'être "remplie" à nouveau de socialisme, et cela "il ne faut pas" ; alors que s'il n'y a rien d'un tel "récipient", le socialisme s'écoulera par terre...

    C'est cela, la "McWorldisation".

    Alors il ne s'agit pas de tomber dans des raisonnements pavloviens et débiles comme quoi il faudrait "soutenir" les réacs nationalistes, fascistes, au nom de la préservation du "récipient" national (car pour continuer sur cette image : ils préservent le "récipient" peut-être, mais ils sont aussi sur celui-ci... un "couvercle", pour empêcher qu'on y "verse" du socialisme !!).

    Mais il faut avoir ce paramètre à l'esprit dans nos raisonnements.

     

        Sur la question du révisionnisme, de la liquidation du socialisme et de la poursuite de la guerre impérialiste malgré celaSur la question du révisionnisme, de la liquidation du socialisme et de la poursuite de la guerre impérialiste malgré cela


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  • ... mais dont nous mettons juste le lien ici car c'est une clarification qui vaut le coup d'y jeter un œil :

    Clarification sur la question de la CONCEPTION DU MONDE et de l'indépendance IDÉOLOGIQUE comme problème central de Rojava

    Sinon pour info, c'est bien la "désescalade" qui s'annonce dans la province d'Idlib russie-et-turquie-s-accordent-pour-creer-une-zone-demilitarisee-a-idlib ; ce qui confirme encore un peu et une fois de plus le scénario (analyse que nous partageons à 400%) d'une tripartition de la Syrie syrie-vers-un-triple-protectorat ; scénario dans lequel l'abandon d'Afrin aura effectivement servi à établir cette zone continue au Nord-Ouest du pays (avec Idlib et le Shahba) pour Erdogan et les rebelles qu'il soutient, et ce qu'il reste de "Rojava" au Nord-Est est bien la zone attribuée... à l'Occident.


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  • Eh bien c'est simple : elles sont passées par ce que nous appelons en Occitània la vergonha ("honte", de sa langue et de sa culture, et assimilation du mépris social alentour contre ceux - en l'occurrence sa propre famille... - qui la parlent), comme beaucoup d'autres avant elles !

    http://www.slate.fr/…/langue-arabe-maternelle-oubliee-honte

    Illustration dans le texte :

    "Parler arabe, en public ou même dans son foyer, était considéré comme un refus d’intégration, une manifestation du communautarisme, et les petits bilingues que nous étions ne suscitaient jamais la même admiration qu’un franco-anglais ou un bilingue chinois-français. Les attentats de ces dernières années et l’amalgame arabe = arabisation = charia a fait le reste.

    Mais déjà à 5-6 ans, alors que ma mère me parlait en arabe au supermarché ou dans la rue, je débusquais des regards réprobateurs et en est né un sentiment de honte. Personne dans ma classe n’a jamais témoigné la même curiosité sincère et enjouée pour la langue que je parlais à la maison que pour les autres enfants issus de foyers immigrés italiens, portugais ou coréens. Pour mes camarades, l’arabe se résumait à «nardinamouk» et «tfou» (le bruit que l’on est censé faire en crachant). Les autres, les Rachid, les Mounia, enfants de Tunisiens, de Marocains, d’Algériens avaient comme moi la mine renfrognée et la honte qui brûle les joues quand nos parents se pointaient aux réunions parents-profs avec leur accent, les «r» qui roulent et les «hamdoullah» qui ponctuaient chaque commentaire élogieux d’enseignant sur nos résultats scolaires.

    Jamais personne ne m’a dit que l’arabe était une belle langue. Jamais personne n’a pris le temps de me dire que ça n’était pas une langue de minorités qui doit se faire tout petite mais qu’elle était parlée par des millions de personnes dans le monde. À l’inverse, tout, qu'il s'agisse des sketchs à la télé dans lesquels des humoristes imitent l’accent arabe avec force raclements de gorge et sons gutturaux, ou des blagues sur les paraboles de nos balcons qui captaient mal les chaînes arabes, m’a incitée à avoir honte de ma langue maternelle et à tout faire pour l’oublier."

     


    slate.fr

    «Je sais pourquoi je ne pige pas un mot d’arabe, qui est pourtant ma langue maternelle»


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  • #Kanaky #FUIQP


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  • ... les "subaltern studies" (lire aussi subaltern-studies.pdf et également et surtout gayatri-spivak.pdf où en deux paragraphes on a à peu près situé politiquement le truc...) c'est vouloir faire des "subalternes" (terme employé par Gramsci pour les classes pauvres et exploitées qui n'écrivent pas leur propre histoire, que l'historiographie des élites n'"enregistre" pas ou de manière très déformée) ; d'une PARTIE d'entre eux du moins (LOL !) ; des petits bourgeois "entrés dans l'histoire"... et surtout une masse de manœuvre pour pouvoir soi, petit bourgeois intellectuel, prendre la place des grands.

    Spécifiquement en Inde (qui en est LE pays), prendre la place de l'oligarchie dirigeante historique (congressiste) avant que L'AUTRE petite bourgeoisie, l'ultra-nationaliste fasciste, ne le fasse (sauf que voilà, maintenant avec Modi elle l'a fait... c'est ballot !).

    En tenant compte aussi, pour bien comprendre les choses dans ce contexte, du "paradoxe brahmane" ; c'est à dire la plus haute caste du système hindou (le clergé en quelque sorte), la plus respectée en principe, mais une caste non-possédante, censée être dénuée de richesses matérielles brahmanité-et-pauvreté (un peu comme certains ordres monastiques ici)... ce qui dans la Modernité capitaliste renvoie forcément tout au bas de l'échelle, en tout cas (au mieux) à une toute petite classe moyenne intellectuelle. Et de fait une énorme partie de la gauche indienne en général (gauche "communiste" middle class qui joue un rôle essentiel dans le néocolonialisme depuis l'indépendance) est issue de cela, de cette caste déchue, dans une démarche qui s'efforce (tout en condamnant sur le principe le système des castes) de retrouver une sorte de magistère intellectuel sur les masses (car c'était aussi la caste des "profs", des enseignants) et de rééquilibrer les rapports de pouvoir avec les puissants économiques, plutôt issus de la caste des aristocrates guerriers (kshatriya).

    Bref, vivement que les maoïstes avancent et triomphent dans leur Guerre populaire parce que c'est pas avec autre chose, et surtout pas avec ça qu'on est sorti d'affaire !!

    De manière générale, tout ce qui termine par "studies" n'est de toute façon en dernière analyse que la mise dans le formol universitaire d'une lutte juste mais sur le recul, dans le contexte général mondial de recul des luttes dans les années 1980 à 2000 (luttes des masses pauvres et exploitées en Inde, luttes des colonies intérieures aux États-Unis, luttes des peuples indigènes ailleurs, luttes d'émancipation démocratique de genre mondialement etc.).

    *******************************************************************

    [Un résumé assez synthétique et clair de la chose...]

    "Disons qu'historiquement, il y a une oligarchie indienne qui a régné quasi non stop depuis l'indépendance (jusqu'en 1998 puis de 2004 à 2014), moderne et occidentalisée, formée dans les universités british et autres : c'est essentiellement le Parti du Congrès. 

    Le BJP représente, lui, un peu comme l'AKP ou le MHP en Turquie la bourgeoisie plus 'terreuse', nationaliste et traditionaliste du pays 'profond'. À la rhétorique parfois anti occidentale, mais bon, anti tout ce qui n'est pas hindou de manière plus générale et simple.* 

    Ça n'a simplement pas, à ce stade, mené au conflit avec l'Occident car la ligne anti musulmane et anti chinoise que ça signifie convient à ce dernier sur le plan géopolitique (et sur le plan économique, les intérêts de ses multinationales sont bien gardés). 

    De l'autre côté il y a aussi tout un compradorisme historique de gauche, 'communiste' révisionniste, qui a pu régner sur des États entiers comme le Kerala (1957-59 puis en alternance, une très grande partie du temps depuis 1967) ou le Bengale (1977-2011 non-stop)

    En perte de vitesse, il essaye depuis 20-30 ans de se faire un lifting avec des thèses postmodernes, comme les subaltern studies de Spivak et autres.

    Je veux dire que cette bourgeoisie compradore 'rouge' essaye de se reconvertir dans ce postmo foireux.

    Évidemment, ça ne fait pas le poids face à l'appel du BJP à l'"âme éternelle" du pays. Dans les faits, cette vaste entreprise de retape est complètement laminée dans les classes moyennes et populaires par le populisme hindutva.

    Personne (à commencer par leurs 'subalternes' sujets d'étude) n'en a rien à branler de leurs conneries je veux dire, LOL. Déjà moi le premier, alors imaginez un peu là-bas... Où quand tu sais lire, c'est déjà super bien et tu vas pas le gâcher à lire ça. 

    Au milieu de tout ça, les camarades maoïstes essayent tant bien que mal de mener à son terme la révolution commencée à Naxalbari il y a plus de 50 ans."

    * À ce sujet, lire ici une bonne présentation http://redvoicesofindia.secoursrouge.org/il-faut-developper-la-guerre-populaire-pour-combattre-le-fascisme-hindou-brahmanique-et-faire-avancer-la-revolution-de-nouvelle-democratie/ ; pour se donner une idée (aussi) de là où a conduit le compradorisme "de gauche" puis toute la merde gauchistoïde petite-bourgeoise plus ou moins postmoderne dans laquelle il essaye maintenant de se reconvertir ; un danger que, sans préjudice des immenses différences avec un pays comme l'Inde, il n'est pas absurde de transposer ici face à la menace des "populismes" d'extrême-droite.

     

    En gros, si on veut...

    En gros, si on veut...


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  • http://collectifantiguerre.org/spip.php?article109&lang=fr

    SOUTENONS LE DROIT A L’INDÉPENDANCE DE LA KANAKY CONTRE LE COLONIALISME ET LE RACISME

    Depuis plus de 160 ans le Peuple kanak est colonisé par la France, qui a perpétré contre lui d’innombrables massacres. Il n’a cessé depuis de se battre pour redevenir un peuple libre et maître de son destin. Les formes de la résistance ont varié mais celle-ci n’a jamais cessé : des insurrections de 1878 à celle de 1917, du refus de la conscription lors de la Première Guerre mondiale à l’occupation de la grotte d’Ouvéa en 1988, des manifestations pacifiques aux occupations de mairies ou d’autres édifices publics. Pour le Peuple kanak la colonisation c’est la spoliation des terres, la mise en minorité organisée sur sa propre terre, et une situation où dans tous les domaines – salaires, emploi, niveau de vie, logement, santé, éducation… – les Kanak subissent oppression et exploitation, racisme et discriminations.

    Après plus d’un siècle et demi de lutte, le Peuple kanak a imposé par sa lutte la reconnaissance de son droit à l’autodétermination. Un référendum se tiendra le 4 novembre prochain qui décidera du sort à court terme du Peuple kanak. L’ampleur des enjeux économiques et géostratégiques pour la France font craindre toutes les manipulations. Le long conflit sur l’élaboration des listes électorales du référendum en témoigne, plus de 19 000 Kanak ne sont pas inscrits, plusieurs milliers d’inscriptions frauduleuses, en plus d’une double modification de la loi permettant l’ouverture du corps électoral à de nouvelles catégories de personnes non citoyennes.

    Car la France coloniale fera tout pour préserver ses intérêts économiques (40% des réserves mondiales de nickel) et son rang de puissance militaire qui renforce sa présence dans le Pacifique Sud.

    Les anticolonialistes, progressistes, antiracistes de France et plus largement tous ceux qui refusent d’abandonner le combat pour le droit des peuples sont concernés. Refuser de s’habituer à l’inacceptable parce qu’il dure est une nécessité. N’oublions pas qu’un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre.

    À la veille du référendum, il est urgent d’entendre les organisations indépendantistes kanak. Pour cela, venez nombreux au :

    Meeting de solidarité pour l’indépendance de la Kanaky

    MERCREDI 19 SEPTEMBRE 2018

    (lieu à préciser)

    En présence des organisations indépendantistes kanak, USTKE (Union syndicale des travailleurs kanak et exploités), Parti travailliste, MJKF (Mouvement des jeunes kanak en France) (liste à suivre)

    Organisé par le Collectif Ni guerres ni état de guerre, le Collectif Solidarité Kanaky, le FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires), la Ligue Panafricaine-UMOJA Section France, le PIR (Parti des Indigènes de la République), Sortir du colonialisme, Survie, l’UJFP (Union des juifs pour la paix), avec le soutien de la CNT, d’Ensemble, du NPA et de Solidaires.
    (Liste à suivre)

    VIVE LA RÉSISTANCE DU PEUPLE KANAK

     

    Meeting de solidarité pour l'indépendance de la Kanaky - [Collectif Ni Guerres Ni État de Guerre]


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  • Disons qu'il y a deux variantes du problème.

    Il y a d'abord l'existence historique d'une gauche "progressiste" mais contre-révolutionnaire. On la connaît. Réformiste et qui lorsque ça chauffe, n'hésite pas à se retourner contre le mouvement radical des exploités : Gustav Noske, Jules Moch...

    Il ne faut pas oublier non plus que lorsqu'il y a des "coups de barre" à droite après des "pics radicaux" de progressisme, comme après Robespierre ou le Front populaire, on a encore souvent affaire à des gens de gauche pour l'époque. Les Thermidoriens (puisque républicains, pas royalistes, ne rétablissant pas la monarchie), ou Daladier, étaient de gauche pour leur époque. Une gauche "raisonnable"...

    Après la Commune (LES CommuneS en réalité : assez de parisianisme de gauche !), il y a certes eu une période de droite radicale, mais très vite au bout de quelques années s'installe le même type de gauche "raisonnable" (le programme du comte de Chambord, qui renoncera finalement à la restauration monarchique, était déjà plus social que le sien...), caractérisée notamment par son colonialisme (pour donner du pain et des jeux à la plèbe, il faut un Empire...), et qui autorise les syndicats (précédemment interdits par la gauche de 1791, celle de Le Chapelier) mais envoie la troupe aux ouvriers à Fourmies (1891, 9 morts) et Carmaux (1892). Ce dont s'indigneront le socialiste Jaurès... mais aussi le nationaliste Drumont : fini le "Parti de l'Ordre", le "social" devient un marqueur politique de la droite extrême (éventuellement avec l'astuce de détourner la cible vers "le Juif", mais pas forcément : "l'oligarchie", "les ploutocrates", "l'aristocratie financière", voire nommément "le capitalisme" et "le bourgeois" sont souvent dénoncés en tant que tels) ; ce qui culminera dans les fascismes du 20e siècle ; et après tout quand on y pense, et quand on voit la gauche à l'œuvre, auraient-ils eu tort de s'en priver ?

    Cette gauche, devenue trop à droite, sera remplacée une vingtaine d'années plus tard par une autre, qui était la gauche "radicale" 20 ans plus tôt, d'où son nom : le Parti radical. À l'arrivée, c'est toute la 3e République de 1879 à 1940 qui n'a pratiquement consisté qu'en un règne de la gauche (modérée, raisonnable) ! Jusqu'au fameux vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain, par une assemblée de gauche (celle du Front populaire), avec seulement 80 voix contre (certes majoritairement socialistes ou apparentées, mais seulement 80 sur plus de 600 !).

    À cette époque, le gauchisme dénoncé par Lénine dans son fameux ouvrage est surtout un petit "virus", un élément perturbateur, un cheveu sur la soupe dans la stratégie révolutionnaire des communistes ; mais il reste un courant extrêmement minoritaire, tout sauf hégémonique dans le mouvement organisé des classes exploitées. Le danger principal, l'ennemi ABSOLU, comme l'ont déjà tragiquement expérimenté les spartakistes allemands (mais aussi quelque part les bolchéviks eux-mêmes, face à Kerenski), c'est cette gauche bourgeoise réformiste, de plus en plus ralliée par des éléments opportunistes et "possibilistes" du mouvement ouvrier socialiste (le phénomène a commencé dans l’État français dès 1899). Et bien sûr ce phénomène nouveau, parfois dirigé par des gens venus du mouvement socialiste (Mussolini), ou qui se pare en tout cas des appellations de (national-) "socialiste", ou "social", ou "solidaire" etc. : le fascisme...

    Aujourd'hui, l'on pourrait dire que la gauche bourgeoise totalement convertie à la gestion "sociale" du capitalisme, et déconnectée du mouvement ouvrier (d'ailleurs totalement laminé et atomisé, ne concernant pas 80% de la classe ouvrière - et autre salariat au lance-pierre - qui en ignorent parfois jusqu'à l'existence), a pour pendant un gauchisme qui est l'extrême-gauche dans son immense majorité.

    Un pendant, oui, derrière une opposition en apparence violente et même parfois plus forte que celle entre révolutionnaires et réformistes il y a un siècle, de sa logique sociale-libérale et de "conquêtes" même plus collectives mais individualistes et sans conscience qu'elles ne peuvent jamais se faire que sur le dos d'autres (à trouver...) ; de dérégulation sous une exaltation de l'Individu-roi ; et bien souvent de ses orientations géopolitiques (celles d'une certaines droite, sans même parler de l'extrême, pouvant de fait être parfois plus proches de la tradition internationaliste du mouvement communiste, du devoir anti-impérialiste de s'opposer à la base militaire "Israël" au Proche-Orient par exemple, etc. etc.).

    Tel est le premier aspect.

    Le deuxième, peut-être (encore) moins "safe" à aborder, est que disons jusqu'aux années 1970 grosso modo, la gauche en général et le mouvement communiste en particulier (malgré son opposition au "progressisme" réformiste bourgeois) ont eu cela en commun de consister à être EN AVANCE sur la société de leur temps, plus "progressistes" et "modernes" en termes d'émancipation démocratique pour les divers groupes sociaux (travailleurs bien sûr mais aussi femmes, jeunes etc., et même bien que tardivement homosexuel-le-s) que l'hégémonie culturelle souvent conservatrice ambiante.

    Mais depuis les années 1980, on est presque en droit de se demander si être "progressiste" d'un véritable point de vue communiste, ce n'est pas devenu être "réac", conservateur... ou du moins prendre (et assumer) le risque d'être considéré comme tel.

    [Sur la possible "fécondité" politique de telles "régressions" conservatrices, on peut lire : beaufs-barbares-houria-bouteldja]

    Sur le plan "purement social", c'est on-ne-peut-plus clair : être "progressiste", comme se proclame maintenant l'être Macron, être "moderne", c'est prôner la destruction de décennies de conquêtes des luttes ; et les défendre, c'est du "conservatisme". Voilà qui donne envie d'être résolument anti-"moderne" et "conservateur", donc !!

    La laïcité, progrès émancipateur face à une Église catholique toute-puissante, est dévoyée dans son concept ; détournée en instrument d'oppression de populations originaires de l'Empire ex-colonial et néocolonial qui représentent peut-être aujourd'hui le tiers du véritable prolétariat d'Hexagone, hors aristocratie ouvrière (très majoritairement euro-descendante) - et à l'extérieur, l'anti-"obscurantisme" en arme géopolitique permettant de justifier des dizaines de guerres de repartage ou de renforcement de la domination impérialiste à travers le monde. Dans les principes du léninisme, la vision peut-être euro-centrée du recul de la foi et des traditions musulmanes chez les peuples concernés, du "dévoilement" des femmes etc. peut être aujourd'hui sérieusement discutée ; mais toujours est-il que JAMAIS il n'était question d'une "victoire" sur l'"obscurantisme" et l"'oppression de lafâme" obtenue purement par décrets "progressistes" bourgeois, sans une transformation radicale de la base économique de la société (et il en allait de même avec les convictions et traditions chrétiennes ou juives, ou bouddhistes ou autres) ; et bien sûr JAMAIS non plus d'en prendre prétexte pour une quelconque "mission civilisatrice" coloniale (comme pourra le faire une URSS dévoyée en Afghanistan dans les années 1980, mais c'est un exemple face à des centaines du côté capitaliste depuis Jules Ferry - ou encore Léopold II "libérant" les Congolais des esclavagistes arabes et swahilis, tenez !).

    Les uns dévoient la laïcité de 1905 tandis que d'autres, se la jouant plus "ouverts" (libéraux, en fait), n'en noient pas moins dans des concepts tels que l'"intersectionnalité" ou l'"articulation" (des "oppressions" et des luttes contre) le même poisson fondamental qui est qu'il n'y a désormais plus seulement des peuples colonisés ou dominés et des luttes anti-impérialistes à l'extérieur de la métropole hexagonale, mais également des prolongements de ces peuples et, par voie de conséquence, de ces luttes à l'intérieur même ; dans ce qu'on a coutume d'appeler "l'immigration" et les "issus de"... Et d'ailleurs, encore une fois, idem sur le plan international et géopolitique : on serait presque tenté de dire, en toute honnêteté, que l'on préfère un sionard défenseur patenté et assumé d'Israël à quelqu'un qui nous sort que "sa solidarité va prioritairement aux communistes, féministes et queers palestinien.ne.s"... (mais ce pourrait être aussi plus basiquement à "la gauche palestinienne", bref).

    Dans le domaine qui a de plus en plus tendance à faire le plus parler de lui, celui du genre, de la "moitié du ciel" (les femmes), des minorités sexuelles etc., depuis les années 80, après les conquêtes fondamentales des années 60-70 (fin de la minorité à vie pour les femmes, dépénalisation totale de l'homosexualité - et de la transidentité, "travestissement" qui était confondu avec), le "progrès" ne consiste concrètement plus qu'à l'ouverture de nouveaux marchés (tout comme d'ailleurs, particulièrement en Amérique du Nord mais ça vient en Europe, le développement d'une petite classe moyenne non-blanche...) et l'"émancipation", de fait, on pourrait presque dire, en la même "émancipation" que celle des ouvriers des "horribles" corporations par Le Chapelier : la "liberté"... oui, formidable, d'être seul-e et "nu-e" face à la machine à broyer du Système !

    Marche ou crève... comme les mecs, pour aller gagner ta croûte ; ou alors quoi, tu voudrais encore vivre aux crochets d'un mari en échange de lui torcher le cul, comme ta grand-mère ? Y a pas à dire, avec de telles "alternatives" binaires "progrès"/"archaïsme", on arrête difficilement un tel "progrès"... Quoi qu'on s'"étonne" de plus en plus, depuis quelques temps, d'un apparent retour (et absolument pas que chez les musulmans, simplement un certain "instinct" républicain a tendance à se focaliser dessus...) aux "valeurs traditionnelles" de la femme au foyer, "complémentaire" de son conjoint qui ramène les sous tandis qu'elle s'occupe de la maison et des enfants - un retour de la volonté des femmes elles-mêmes, hein, donc gardez vos rengaines des "premières concernées", ça ira pour cette fois.

    "Femmes libérées" (comme disait la chanson) ou homosexuel-le-s, voire demain transgenres-queers (avec le grand mouvement actuel là-dessus) : on se retrouve en fin de compte avec une "liberté" sur un MARCHÉ de l'Être-marchandise, consommant pour pouvoir se "vendre" (comme les autres d'ailleurs, ce n'est pas spécifique à ces identités, elles ont simplement rejoint en cela... la norme, sous leur emballage de particularisme et de "différence" exaltée) ; finalement peut-être si dure à vivre qu'elle en ferait regretter le patriarcat d'antan (d'avant les années 1970), pas son oppression bien sûr, mais les grandes luttes contre lui (pour le droit de vote, l'avortement, la fin des persécutions homophobes etc.) et leurs "blocs" collectifs clairs.

    Et dans tout ce qui vient d'être évoqué... le gauchisme "radical" (avec ces dernières années son nouvel avatar "postmoderne", identity politics ou "intersec") joue son rôle ; on aurait presque envie de dire : invente, élabore, revendique... et le "progressisme" bourgeois à la Hollande ou Macron exécute !!

    Bref voilà : on serait tenté de se demander si de plus en plus, être communiste révolutionnaire ce n'est pas (à contrepied de Rimbaud, qui lui vivait sous le poids des conservatismes du 19e siècle) "être résolument anti-moderne" ; être "réactionnaire" au sens de défendre un certain nombre de principes et de valeurs, qui ne sont pas des "nouveautés" mais ont DÉJÀ existé dans notre grand mouvement mondial du 20e siècle, et un certain nombre d'identités et de LUTTES collectives, face à la dissolution de tout dans l'Individu-consommateur-roi...


    3 commentaires

  • [Un article et pas de commentaires particuliers à faire dessus, sinon que plus d'un gauchiste hexagonal ou occidental enclin aux "brillantes" analyses sur la situation en Syrie serait bien avisé de simplement lire la presse arabe avant de l'ouvrir : "sans enquête"... on connaît la suite.]

    https://www.lorientlejour.com/article/1132321/qui-est-hayat-tahrir-al-cham-dans-le-viseur-du-regime-a-idleb-.html

    L'organisation, qui constitue le principal groupe armé dans la province située à la frontière turque, a souvent changé de nom mais le noyau dur a toujours été formé par l'ex-branche syrienne d'Al-Qaëda.

    Le régime syrien et son allié russe brandissent la menace d'une attaque dans la province d'Idleb, ultime grand bastion insurgé du nord-ouest de la Syrie, où les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS) sont particulièrement dans le collimateur.

    Cette organisation, qui constitue le principal groupe armé dans la province, située à la frontière turque, a souvent changé de nom mais le noyau dur a toujours été formé par l'ex-branche syrienne d'Al-Qaëda. Elle a toujours été exclue des trêves et cessez-le-feu parrainés par l'ONU ou la Russie.

    Qui sont les combattants de HTS ?

    HTS s'est d'abord fait connaître sous le nom de Front al-Nosra, apparu en janvier 2012. C'est par ce nom que le pouvoir de Bachar el-Assad et son allié russe continuent de le désigner. Classé groupe "terroriste" par Washington, l'Union européenne et l'ONU, il a été un prolongement de la branche irakienne d'Al-Qaëda.

    Son chef, un Syrien qui a pris le nom de guerre d'Abou Mohammad al-Jolani, a fait ses premières armes en Irak. En 2013, le groupe a prêté allégeance à Al-Qaëda, avant d'annoncer la rupture, en juillet 2016, et de se rebaptiser Front Fateh al-Cham. Début 2017, il s'autodissout pour devenir la principale composante de HTS.

    Le groupe englobe essentiellement des jihadistes syriens. Il compterait quelque 30.000 hommes, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

    Des jihadistes "très bien organisés et rompus au combat", estime l'expert sur la Syrie, Fabrice Balanche. Selon Charles Lister, analyste au Middle East Institute, les combattants étrangers représentent "peut-être 20% de ses effectifs". Ces étrangers sont notamment originaires de Jordanie, d'Arabie saoudite, de Tunisie, d'Égypte ou encore d'Asie centrale.

    Quel pouvoir ?

    L'organisation contrôle aujourd'hui près de 60% de la province d'Idleb. Elle y a mis en place une administration civile qui collecte des droits de douane à la frontière avec la Turquie et récolte des impôts auprès des commerçants.

    L'influence "de HTS est en grande partie due au fait qu'il contrôle les flux commerciaux qui entrent et sortent d'Idleb, ce qui aide à financer le groupe et lui confère un pouvoir plus grand que sa taille", estime Nicholas Heras, chercheur au Centre for a New American Security.

    Par le passé, le groupe était présent notamment dans les environs de Damas ou dans le sud. Mais, au fur et à mesure que le régime reprenait le terrain perdu, ses combattants ont été évacués vers Idleb.

    L'organisation a été la cible de raids aériens de Moscou ou de la coalition antijihadiste emmenée par Washington. Plusieurs hauts commandants ont été tués.

    Quels rapports avec rebelles et EI ?

    Autrefois allié à d'influents groupes rebelles islamistes, à l'instar de Ahrar al-Cham ou Nourredine al-Zinki, HTS s'était engagé en 2017 dans des luttes de pouvoir, menant à des combats sanglants avec ses anciens partenaires.

    Ahrar al-Cham et Noureddine al-Zinki ont annoncé début 2018 leur fusion parrainée par la Turquie, engageant des combats contre HTS. Ils ont rallié en août quatre autres factions rebelles pour former une nouvelle coalition, le Front national de libération (FNL).

    HTS a par ailleurs multiplié ces dernières semaines les raids contre les "cellules dormantes" de son rival, le groupe État islamique (EI), qui a revendiqué assassinats et attentats à la bombe contre dirigeants et combattants de l'organisation. Les deux entités jihadistes se sont affrontées ailleurs en Syrie, notamment à Raqqa.

    En juillet 2014, le chef d'al-Nosra avait affirmé son ambition de constituer un "émirat islamique", à l'instar du "califat" proclamé un mois plus tôt par l'EI.

    Quel avenir pour HTS ?

    Le 22 août dernier, M. Jolani a réitéré la détermination du groupe à résister face à une offensive de Damas.

    La Russie réclame la dissolution de HTS. Mais la Turquie voisine, qui parraine des rebelles du nord syrien, tente de négocier une solution avec les jihadistes, pour éviter une offensive majeure qui déstabiliserait sa frontière et provoquerait l'afflux de nouveaux réfugiés vers son territoire, selon l'OSDH. Vendredi, Ankara a officiellement désigné HTS comme une organisation "terroriste".

    "Une dissolution (de HTS) sur ordre de la Turquie le priverait d'une grande partie de son pouvoir, et remplacerait le contrôle de HTS par celui de la Turquie", estime M. Heras.

    [Cet article révèle donc bien les magouilles Bashar-Poutine-Erdogan pour se partager la Syrie ; et que quoi que l'on pense de Nosra-HTS, et surtout contrairement aux idées reçues, ce groupe n'est apparemment pas si "marionnette d'Erdogan" que cela... puisque ce dernier a monté une coalition contre lui.

    Il rejoint toutes les analyses sérieuses (quasi pléonasme d'étrangères à la gauchisterie française de tout poil...), dont les nôtres, sur la situation : Bashar-Poutine (et l'Iran), Erdogan et Trump-Macron (avec leurs laquais "progressistes" rojavistes) sont en train de se partager le pays ; avec l'entité sioniste en embuscade, qui ne veut pas d'un État failli bourré de djihadistes mais encore moins d'une base iranienne géante (ce qu'il est en train de devenir).

    Une zone au Nord-Ouest est allouée à Erdogan (ce qui seul donne sens à l'abandon d'Afrin, pour donner une continuité à cette zone) ; afin qu'il y exerce son influence et surtout pour servir de "dépotoir" aux groupes rebelles vaincus ailleurs, pour pouvoir organiser des évacuations (les "bus Poutine") et non qu'ils se battent jusqu'au bout pendant des années encore. La zone d'Idleb avait cette vocation. 

    Le problème, apparemment donc, c'est que l'ex-Nosra ex-AQ n'est pas si larbin d'Erdogan que cela et plus jusqu’au-boutiste que prévu ; et ne veut pas marcher dans la combine. Ils veulent qu'Idleb reste une place forte pour continuer la guerre contre le régime, jusqu'à sa (désormais utopique) chute. 

    Erdogan monte donc une coalition autour d'Ahrar al-Sham (Front_national_de_libération_(Syrie)) pour essayer de les contrer, tout en négociant avec le régime et Poutine une offensive "limitée" qui ne serait qu'un "nettoyage" d'HTS et non une reprise pure et simple de la province. Simple !

    Il faut (il est intéressant de) noter que Nosra-HTS non plus n'est plus Al Qaïda...

    Al Qaïda répondait totalement et strictement à la même analyse que nous avons faite de Daesh, que nous avons (en vérité) d'abord faite d'Al Qaïda la-fin-de-ben-laden avant Daesh : un projet totalement supranational de "califat" comme "Empire", base d'accumulation pour que les capitaux suraccumulés du Golfe puissent s'investir et fructifier ; la seule différence étant que Daesh a dit (est né de dire) "maintenant on arrête d'en parler, on le fait !" (lire ici). 

    Nosra de son côté, avec ses effectifs essentiellement locaux, syriens, semble plutôt avoir rompu avec "la Base" sur justement un rejet de ce supranationalisme et un retour vers un nationalisme arabe/syrien religieux sunnite...] 

    Quelques petites nouvelles de Syrie (en "finition" de partage impérialiste-expansionniste...)

    MAIS mais mais attention, CECI ÉTANT... dans le contexte d'éclatante victoire du régime et de ses alliés iraniens et russes, des CONTRADICTIONS de stratégie et d'agenda commencent à apparaître nettement entre ces derniers :

    https://www.lorientlejour.com/article/1132047/la-russie-et-liran-des-allies-de-plus-en-plus-rivaux-en-syrie.html 

    La guerre d’influence bat son plein entre Moscou et Téhéran pour fructifier les dividendes de leur soutien à Assad.

    Il ne sera probablement pas militaire, mais le prochain conflit en Syrie sera une guerre d’influence et une course pour la répartition des parts du gâteau en prévision d’une éventuelle reconstruction du pays entre les deux alliés du régime de Bachar el-Assad, la Russie et l’Iran. 

    Les préparatifs de l’offensive sur Idleb, dernier grand bastion rebelle en Syrie, ont montré les divergences sur le terrain entre Moscou et Téhéran, où chacun poursuit son propre agenda. Alors que la Russie s’active à trouver un compromis avec ses partenaires, notamment turcs, en vue de ménager leurs intérêts, rien n’indique que le régime et son allié iranien, qui amassent leurs troupes en vue d’une offensive, soient enclins à attendre les résultats des négotiations entamées par Moscou. Les seconds veulent en finir avec cette province rebelle contrôlée principalement par les jihadistes de Hay’at Tahrir al-Cham (groupe dominé par l’ex-branche syrienne d’el-Qaëda, le Front al-Nosra), ainsi que par d’autres factions rebelles, alors que Moscou préconise une offensive limitée afin de ménager Ankara et ses protégés. 

    Parallèlement à cette divergence tactique, on trouve des objectifs différents entre la Russie et l’Iran en Syrie. La Russie cherche par tous les moyens à renforcer et pérenniser le régime syrien afin d’affirmer son retour triomphal sur la scène internationale. Elle a par ailleurs renforcé durablement sa présence militaire sur la côte est de la Méditerranée, avec ses bases à Tartous et Hmeimim. Pour sa part, l’Iran vise à sécuriser un couloir stratégique reliant Téhéran à Beyrouth tout en ayant en ligne de mire son ennemi juré, Israël. 

    Israël

    Or les activités de la République islamique en Syrie provoquent l’ire des Israéliens qui ont dû sévir à plusieurs reprises cette année en frappant des cibles iraniennes à travers le pays. Mercredi, le Premier ministre israélien a affirmé que « les forces de sécurité israéliennes continueront à mener avec force et détermination des actions contre les tentatives de l’Iran d’implanter ses forces et des systèmes sophistiqués d’armement en Syrie ». « Nous réagirons en Syrie avec toute notre puissance contre tout objectif iranien qui menacerait Israël, et si la défense antiaérienne de l’armée syrienne intervient contre nous, elle en paiera le prix », a renchéri le ministre israélien des Renseignements, Yisrael Katz. 

    Toute escalade entre les deux pays risque ainsi de déstabiliser le pouvoir de Bachar el-Assad. L’agenda iranien en Syrie pourrait donc contrecarrer les plans russes pour leur protégé. Sans oublier l’hostilité des monarchies arabes du Golfe contre les tentatives hégémoniques iraniennes dans la région, alors que Moscou essaie de s’affirmer comme l’interlocuteur incontournable de tous les pays de la région. 

    Et face aux pressions diplomatiques israéliennes, les Russes ont mis de l’eau dans leur vin, faisant miroiter un retrait des forces iraniennes et des milices chiites à quelque 85 km de la frontière nord de l’État hébreu. La position ambiguë de la Russie a vite poussé Téhéran à sécuriser sa présence sur le territoire syrien en signant avec Damas un accord de coopération militaire. L’accord traite de la poursuite de la « présence et de l’implication » de l’Iran en Syrie, a ainsi affirmé lundi dernier le ministre iranien de la Défense, Amir Hatami, lors d’une visite dans la capitale syrienne. « L’élément le plus important de l’accord, c’est la reconstruction des forces armées et des industries militaires de défense syriennes, pour qu’elles puissent retrouver leur pleine capacité », a-t-il ajouté.

    La signature de cet accord qui concerne à la fois la présence iranienne en Syrie ainsi que l’exécution de projets en prévision de la reconstruction semble être un pied de nez non seulement aux pays considérés comme ennemis (Israël, les Arabes et les Occidentaux), mais aussi à l’allié russe.

    Course aux accords

    Hier, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, s’est rendu à Moscou pour s’entretenir avec son homologue russe et déclarer que « l’alliance entre la Syrie et la Russie contre le terrorisme va se poursuivre par un partenariat dans la période de reconstruction ». M. Moallem a mis l’accent sur une coopération sur les plans économique, culturel et social entre les deux pays.

    Cette course effrénée aux accords et aux partenariats entre Damas, d’une part, et Téhéran et Moscou, d’autre part, montre la convoitise des deux alliés qui s’attendent à tirer le plus grand profit de la victoire d’Assad, à laquelle ils ont contribué, notamment du point de vue économique, où les enjeux sont de taille. Pétrole, télécommunications, infrastructure… chacun de ces deux alliés/rivaux voudra la plus grande part du marché quand ces projets seront initiés.

    Une bataille en coulisses semble ainsi se dessiner pour savoir qui contrôlera le régime Assad dans la nouvelle Syrie postguerre.

    [Ainsi donc l'Iran, rejoignant en cela le régime ou en tout cas ses "durs" (rappelons qu'il s'agit d'un régime protéiforme et multi-courants, bourré d’États dans l’État etc.), est plutôt en faveur d'une reconquête complète du territoire tout en y installant ses bases.

    La Russie, pour sa part, veut laisser une porte de sortie aux rebelles pour éviter que le conflit ne s'éternise (ce que les Occidentaux, soit dit en passant et en toute détestation de Poutine, ne font pas avec Daesh dans le Nord-Est, mais il est vrai que l'éternisation du conflit est peut-être précisément ce qu'ils recherchent...) ; ménager Erdogan au Nord et Israël au Sud.

    On se souviendra que lors de l'offensive d'Afrin, le régime était relativement "chaud" pour intervenir et stopper Erdogan ; commençant même à dépêcher des milices paramilitaires auprès de la capitale kurde assiégée dernieres-nouvelles-efrin-19-02 ; mais manifestement, selon toute vraisemblance en tout cas, Poutine lui a "retenu la main" et a laissé l'armée turque s'emparer du district dans une logique d'"échange" contre d'autres zones rebelles que l'alliance Russie-Iran-régime s'apprêtait à "nettoyer".]


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