• Luttons-nous pour "ressusciter le comté d'Auvergne" ? Une réponse (qui se veut) claire et définitive à ce genre d'"argument" inepte et à deux balles


    L'article qui suit a été rédigé pour être traduit en castillan et publié sur la Red de Blogs Comunistas. Nous partageons donc ici le lien vers la version castillane des camarades, qui contribuera grandement à ce que notre lutte et nos conceptions soient connues à travers le monde :

    ¿ Luchamos para resucitar al condado de Auvernia ? Contribución de Servir le Peuple a la comprensión de la lucha de los Pueblos dentro del Estado francés


    Il a également été traduit en anglais pas les camarades gallois d'Yr Aflonyddwch Mawr (Great Unrest Group) : Servir le Peuple (Occitania) contribution to understanding the struggle of the peoples within the French State


    L’État français centralisateur, à travers l'histoire et jusqu'aujourd'hui, a particulièrement été associé aux notions de "Progrès" historique, de "modernité" contre le "Moyen Âge", et même à des notions beaucoup plus politisées comme celles de "progressisme", d'"universalisme", de "Lumières" etc. etc. ; autrement dit à des notions "de gauche", principalement à partir d'un discours mettant en avant la "République" ou les "valeurs républicaines" - des concepts qui, dans l’État espagnol ou les nations du Royaume-Uni, contiennent encore toute leur charge subversive et révolutionnaire mais qui sont en Hexagone vidés de leur substance et totalement bourgeois.

    Il faut dire que l’État français est sans doute, de ceux que nous connaissons à ce jour, celui où la bourgeoisie s'est débarrassée avec le moins de ménagement des institutions monarchiques, aristocratiques et cléricales au sein desquelles elle avait fait son nid depuis la fin du Moyen Âge jusqu'à l'"âge adulte" du 18e siècle ; et que celle-ci peut dès lors se parer de cette aura devant ses propres masses populaires et le monde entier - encore qu'il faudrait sans doute un jour confronter cette légende dorée à la réalité, en termes par exemple de radicalité réelle de la révolution agraire (beaucoup d'aristocrates et de grands propriétaires ne sont-ils pas restés en place, beaucoup d'autres n'ont-ils pas simplement été remplacés par des "racheteurs" ?), tant qu'il restait encore une vaste paysannerie bien entendu (il ne reste que très peu d'agriculteurs aujourd'hui), ou encore en termes d'importance du catholicisme gallican dans la pensée dominante (proclamée "laïque") actuelle.

    Au Royaume-Uni ou dans l’État espagnol, dont nous avons parlé, il ne reste sans doute guère que quelques néo-franquistes ou orangistes pour présenter l'unification étatique comme un "triomphe de la civilisation moderne sur les âges obscurs médiévaux". En Italie a longtemps pu planer un certain "mythe garibaldien" de l'Unité, au point que la Brigade internationaliste envoyée combattre en "Espagne" ou encore plusieurs unités de Partisans antifascistes (1943-45) porteront le nom de Garibaldi ; mais le mouvement communiste a aussi dès le début (Gramsci, qui proposait un État ouvrier-paysan de type fédératif) analysé l'Unité comme une conquête coloniale du Sud et l'on observe aujourd'hui un important regain de conscience sur cette question, sur une ligne généralement progressiste (voir par exemple ce site : http://briganti.info/).Luttons-nous pour "ressusciter le comté d'Auvergne" ? Une réponse (qui se veut) claire et définitive à ce genre d'"argument" inepte et à deux balles

    Mais dans l’État français, lorsque l'on se hasarde non pas même à émettre une revendication d'indépendance (sentiment très minoritaire chez tous les Peuples, représentant au maximum 20% de la population en Corse) mais simplement à affirmer l'existence de nos Peuples inclus et niés dans l’État, voilà que l'on se retrouve sur-le-champ taxé de "vouloir faire tourner la roue de l'histoire à l'envers", de vouloir "ressusciter le comté d'Auvergne ou le duché d'Aquitaine" etc. etc.

    C'est là un argument d'une imbécilité telle que - comme souvent devant l'imbécilité - les bras et la langue nous en tombent, et nous ne savons quoi répondre. Pourtant, c'est bien une question sur laquelle il faut se pencher puisque comme nous venons de le dire, ce type de raisonnement est absolument hégémonique.

    Alors, que pouvons-nous répondre à un tel "argument" ? Eh bien nous, nous y répondrons simplement que la question ne réside pas dans les défunts comté d'Auvergne ou duché d'Aquitaine ni même dans la Corse républicaine de Paoli, mais dans cette carte :

    Là réside la question pour nous. Cette carte est issue d'une étude "géo-sociologique" récente, qui a donné lieu à un documentaire visionnable en français ici :

    Elle montre, en blanc, des territoires géographiques qui selon toute une série de critères (économiques, sociaux, "connectiques" - accès à l'information, à la culture - ou d'accès aux services publics) sont des territoires d'inclusion ; et en bleu des territoires qui selon les mêmes critères sont des territoires d'exclusion, relégués, des périphéries. Elle montre en substance là où dans l’État français se concentrent la richesse, le pouvoir et/ou les retombées de ceux-ci ; et là où se concentrent l'exploitation et toutes les formes d'oppression.

    Et ce que l'on voit nettement s'y dessiner, c'est un quadrilatère de blancheur (schématiquement) Rouen-Tours-Auxerre-Reims avec Paris en son centre, autrement dit un Bassin parisien dont on disait encore au milieu du 19e siècle (Jules Michelet) qu'il était la "vraie France", le reste n'étant "pas tout à fait la même chose" ; ou encore vers 1940 (le fasciste Louis-Ferdinand Céline, anti-occitan revendiqué) que ses "10 départements payent plus d'impôts que tout le reste" de l’État (ce qui était sans doute vrai et traduit justement la concentration de richesse) ; et qui se trouve justement être (comme par hasard ?) là d'où l’État s'est historiquement déployé à partir du 13e siècle. En dehors de cela, on observe également en blanc des métropoles-relais (Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lille etc.), relais du pouvoir central ; des régions côtières où la villégiature bourgeoise engendre quelques retombées économiques ; ou encore des terres comme l'Alsace ou le Nord des Alpes bénéficiant de la proximité de l'Allemagne et de la Suisse (dorsale économique de l'Europe).

    Et ailleurs... du bleu plus ou moins profond : taches bleues dans les métropoles blanches qui sont les zones de relégation urbaines (banlieues "ghettos", "zones urbaines sensibles"), dont la population est aujourd'hui en grande partie d'origine extra-européenne (mais venait autrefois des autres pays d'Europe... ou tout simplement des campagnes et autres périphéries de l’État !) ; et surtout, beaucoup moins visibles médiatiquement, zones de relégations rurales ou anciens bassins industriels aujourd'hui en déshérence, où se concentre un niveau de prolétarisation effrayant... et qui correspondent dans une très large mesure à nos nationalités dont le simple fait d'évoquer l'existence signifie "vouloir revenir aux duchés du Moyen Âge" aux yeux de certains.

    En dernière analyse, ce que nous voyons sur cette carte est d'un côté là où la force de travail prolétaire (ou paysanne pauvre) produit la richesse, et de l'autre là où la bourgeoisie et les petits bourgeois mangeant au râtelier du système la reçoivent : l'ordre social que reflète cette carte est précisément celui que nous voulons abattre.

    La question n'est donc pas, comme on l'a dit et comme on peut le voir, de "ressusciter" les entités politiques féodales antérieures à l’État moderne français, ni même tant que cela la question de préserver la langue et la culture (c'est un aspect important, mais seulement un aspect - qui n'empêche pas par exemple les Irlandais ou les Écossais, très minoritaires à employer leur langue celtique historique, d'avoir un très haut niveau de conscience politique de Peuple) : elle est de lutter en tant que "question méridionale", en tant que Mezzogiorno de l’État français (nous disons "question méridionale" mais ceci vaut aussi pour les Bretons, les Peuples du Nord et du Nord-Est etc.) !

    L’État français centralisateur, expression du "Progrès" historique ? Oui, en effet... Dans le sens où il est l'expression, le produit et l'instrument du CAPITALISME en tant que stade historique postérieur et "supérieur" à la féodalité. Mais ce capitalisme, il n'a jamais existé non plus sans multiplier les crimes contre le Peuple producteur et aujourd'hui, l'ordre du jour est précisément de l'abattre ! Comment, dès lors, prétendre être "anticapitaliste" et se satisfaire d'un ordre des choses qui est son œuvre ?? [1]

    La Guerre aux pauvres commence à l’école : sur la morale laïque (entretien avec Ruwen Ogien sur le site Questions de Classe(s))En tant que stade historique spécifique, le capitalisme va certes se confronter avec les forces de la féodalité (aristocrates, religieux et autres "anti-modernes") mais aussi... mener une guerre sans merci contre les masses populaires pour les mettre dans les chaînes du Capital ; aspect que (bien sûr) l'histoire écrite par la bourgeoisie va s'efforcer de taire ou minimiser, mais que Marx a parfaitement décrit dans le cas particulier de la Grande-Bretagne. Et une fois cette guerre remportée, comme nous le savons tous et toutes, sa base est et demeure l'exploitation du travail et l'extorsion du produit de celui-ci, pression qui se renforce sur les masses populaires du monde entier (car le capitalisme régit désormais toute la planète ou presque) à mesure que le système s'enfonce dans la crise - ce qu'il fait depuis la fin du 19e siècle (crise de 1873 et suivantes).

    En tant que produit, instrument (État au sens d'institutions) et base d'accumulation fondamentale (État au sens de territoire) du capitalisme en développement et de sa classe motrice la bourgeoisie, l’État français (absolutiste puis alternativement républicain et monarchique constitutionnel puis définitivement républicain bourgeois) a certes "balayé" les vieux fiefs féodaux et "l’État dans l’État" représenté par l’Église... mais pas seulement : il a aussi écrasé la myriade de petites républiques populaires paysannes que constituaient chaque village ou vallée de montagne, ou encore les républiques bourgeoises des villes, qui coexistaient avec l'autorité seigneuriale ou auxquelles celle-ci se superposait ; et surtout il a nié les Peuples qu'il annexait au fil de son extension (Occitans, Bretons, Arpitans, Basques et Catalans, Corses, Picards et Ch'tis, Alsaciens et Lorrains etc.) pour les transformer en "sujets" du roi puis en "citoyens" de la République - comprendre en force de travail vouée à générer la plus-value du Capital.

    Il a, au service du Capital, exploité les masses travailleuses et réprimé dans le sang leurs révoltes, depuis les soulèvements paysans du 17e siècle (Croquants occitans, Bonnets rouges bretons etc.) jusqu'aux Communes de 1870-71 (Paris mais aussi Marseille, LyonNarbonneSaint-Étienne etc. etc.) [si l'on peut se permettre ici une petite parenthèse et un parallèle historique : les Communes de "province" puis de Paris ont été écrasées par l’État de la bourgeoisie en 1871 exactement comme les Communes de "province" ont été écrasées en 1793 (l'aboutissement de cela étant peut-être la loi ultra-centralisatrice du 14 frimaire an II - 4 décembre 1793)... avant que leurs bouchers (les Fouché, Barras, Tallien, Fréron, CarrierDumont etc. ; avec leur "référent" au Comité de Salut Public le notable occitan traître, grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première Barère de Vieuzac - par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales), rappelés à Paris par un Robespierre ulcéré de leurs crimes, ne se retournent contre lui (Thermidor) et n'écrasent à son tour celle de la capitale... y a-t-il vraiment une si grande différence ?].

    Il a, bien avant et bien mieux que bien des "marxistes" autoproclamés (encore aujourd'hui), compris l'importance politique fondamentale de la culture ; et il a par conséquent imposé aux masses populaires la langue et la culture de la classe dominante (langue qu'il a fabriquée dans son Académie française à partir de l'oïl noble et grand-bourgeois du Val de Loire), dès le 16e siècle dans l'administration (ordonnance de Villers-Cotterêts, 1539)[2] puis à partir de la Révolution bourgeoise (enquête et rapport de l'abbé Grégoire 1790-94, discours de Barère au Comité de Salut Public le 27 janvier 1794 etc.) dans la vie sociale quotidienne : lorsque, pensait la bourgeoisie, "ils (les ouvriers et les paysans) parleront et penseront comme nous, ils ne bougeront que dans les limites que nous leur auront fixées" [lire ici : Comment les langues du Peuple ont été rendues illégitimes]...

    Ceci fut notamment le rôle de l'école, cette autre grande vache sacrée de toute la "gauche" bourgeoise y compris autoproclamée "marxiste", qui se développe dès le 17e siècle sous la houlette de l’Église puis devient en 1880 avec Jules Ferry (par ailleurs chantre de la conquête coloniale) "publique, gratuite, laïque et obligatoire". Ce dernier exposait d'ailleurs les choses aussi clairement qu'en ces termes : "Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes" => l'attaque vise ici clairement l’Église catholique... ou plutôt - pour être exacts - le contre-pouvoir que celle-ci représentait encore à l'époque pour les masses paysannes, qu'il s'agissait de soumettre définitivement Luttons-nous pour "ressusciter le comté d'Auvergne" ? Une réponse (qui se veut) claire et définitive à ce genre d'"argument" inepte et à deux ballesà la République bourgeoise. Mais il ajoute aussitôt : "Si cet état des choses se perpétue, il est à craindre que d'autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871" => ici c'est l'allusion à la Commune de Paris, première ébauche de dictature du prolétariat dans l'histoire de l'humanité, qui est transparente !

    Et tout cela, tout ce que nous venons de voir, l’État français l'a fait au service et au bénéfice d'un Capital consistant en une pyramide bourgeoise dont le sommet est la bourgeoisie parisienne, historiquement directement liée au pouvoir d’État qui s'est mis à son service ; Capital dont les Peuples conquis et niés (une "province", pro vincia en latin, signifie un pays "précédemment vaincu" autrement dit conquis !) sont devenus la force de travail et les territoires mis sous son autorité la base première d'accumulation produisant la richesse (avant de se lancer à la conquête des colonies outre-mer)[3] ; richesse remontant et se concentrant mécaniquement autour de Paris où siège la "bourgeoisie-maître", la bourgeoisie principale ; tout ceci donnant cette organisation sociale du territoire en Centres et Périphéries que montre bien la carte.

    Une organisation socio-territoriale en Centres et Périphéries, produit d'un ordre social capitaliste avec lequel nous voulons précisément en finir...

    Tout ceci, il faut cependant le dire, n’est jamais allé sans résistances comme le montre par exemple cette autre carte :

    Cette carte montre les rébellions collectives (autrement dit les émeutes populaires) contre les forces de l’ordre bourgeois par canton entre 1800 et 1859, époque de la "révolution industrielle" où la subsomption des masses populaires par le capitalisme se parachève de manière particulièrement brutale. Et si l’on observe bien évidemment une concentration de ces soulèvements au niveau des faubourgs ouvriers de Paris, où ils font éventuellement basculer les régimes – 1830, 1848 etc. (Paris ouvrier où s’entasse au demeurant un prolétariat… immigré de toutes les "provinces" de l’État ! - le département de la Seine quintuple sa population au cours du 19e siècle), l’on voit très nettement que c’est dans les PÉRIPHÉRIES – en particulier l’Occitanie, la Bretagne et ses régions limitrophes terres de Chouannerie, ou encore le Nord minier – que se concentrent les résistances insurrectionnelles à l’ordre capitaliste triomphant… Des territoires qui correspondent très largement au bleu de la première carte ; un bleu qui désigne aujourd’hui ni plus ni moins que les "CAMPAGNES" DE LA GUERRE POPULAIRE que nous voulons mener.

    L’État français n'est pas une "expression du Progrès" comprise de manière abstraite et idéaliste (manière hélas partagée par des gens se voulant "marxistes") ; pas plus qu'une entité "flottant" au-dessus des classes et de leur lutte : il est - organiquement identifié à elle - l'appareil politico-militaire et idéologico-culturel de la classe que nous combattons, la bourgeoisie !

    Et notre lutte n'est pas une lutte pour "ressusciter" le comté d'Auvergne ou le duché d'Aquitaine ; pas plus qu'elle n'a quoi que ce soit à voir avec un quelconque remplacement des classes sociales par les nationalités/"identités"/"ethnies" façon Yann Fouéré (L'Europe aux cent drapeaux) ou François Fontan ("ethnisme"), ces représentants de la petite bourgeoisie de leurs nationalités respectives (occitane et bretonne) qui ont constaté un certain nombre de choses (celles que nous constatons nous aussi et que Luttons-nous pour "ressusciter le comté d'Auvergne" ? Une réponse (qui se veut) claire et définitive à ce genre d'"argument" inepte et à deux ballesnous venons d'exposer !) mais les ont analysées au prisme de leurs conceptions de classe, débouchant sur cette idée d'un affrontement entre "nationalités" ou "ethnies prolétaires" et "nationalités" ou "ethnies dominantes" en remplacement d'une lutte des classes qui n'était pas de leur intérêt.

    Il ne s'agit nullement pour nous d'"inventer de nouveaux sujets révolutionnaires" (que seraient nos Peuples niés/emprisonnés/périphérisés des grands États capitalistes contemporains) dans le soi-disant but de "liquider le prolétariat et sa lutte de classe" - en réalité, et pour le dire une bonne fois pour toutes, il n'y a pas de problème de "nouveaux sujets révolutionnaires" ni de supposés "inventeurs" de ceux-ci : il y a un problème de gens qui brandissent systématiquement cet argument pathétique et minable chaque fois que quelqu'un veut appréhender la lutte des classes sous toutes ses formes ; car eux (ces gens-là) voudraient la voir (la lutte des classes) enfermée entre les quatre murs d'une entreprise dont ils savent pertinemment (connaissant sur le bout des doigts "leur" Lénine qui l'a clairement expliqué il y a plus d'un siècle) qu'elle ne sortira jamais, protégeant ainsi un système qui est leur râtelier (ceci valant pour les questions de nos Peuples mais aussi pour les racisé-e-s, les patriarcalisé-e-s etc. etc.).

    Ce n’est pas même non plus – comme telle est malheureusement l’approche erronée de beaucoup de personnes – une question de langue qui "ferait" ou non l’existence d’une nationalité ; amenant à des débats sans fin pour savoir ce qui est un idiome "à part" ou ce qui ne l’est pas et pour délimiter sur cette base linguistique un territoire "national" "au village près", conduisant régulièrement à des "prises de bec" avec les affirmateurs des Peuples voisins etc. etc. : une déviation que nous qualifierions du terme rabelaisien de "picrocholinisme". Si nous voulons bien nous transporter un instant (pour la démonstration) dans un État voisin, l’État espagnol, l’Andalousie – question méridionale par excellence de cet État – ne parle pas vraiment une autre langue que le castillan, à quelques particularismes "argotiques" ou de prononciation près. Elle parle castillan pour les mêmes raisons que le Mexique, le Pérou ou le Venezuela : parce qu’elle a été conquise et s’est vue imposer la langue du conquérant... Mais elle n’en abrite pas moins un Peuple travailleur ouvrier et paysan à la conscience de soi particulièrement affirmée et constante à travers l’histoire ; et qui a particulièrement intérêt (et particulièrement de combattivité !) à s’arracher à la botte étatique bourgeoise "espagnole" ! L'on pourrait encore citer le cas de l'Irlande, indiscutablement opprimée et dont la lutte contre cette oppression est bien connue de tou-te-s (et célébrée par les authentiques révolutionnaires et progressistes du monde entier), mais où la langue gaélique (pourtant "officielle" dans la pseudo-"République" des 26 comtés du Sud) n'est plus utilisée dans la vie quotidienne que par quelques dizaines de milliers de personnes dans quelques secteurs de l'Ouest de l'île (et moins de 200.000 sur 1,8 million en ont une "certaine connaissance" dans les 6 comtés occupés du Nord où se déroule surtout la lutte), la langue de la grande masse de la population étant l'"anglais populaire irlandais"...

    Non, notre lutte est une lutte pour abattre cet État création et instrument du Capital, les murs de cette prison, et en libérer les Peuples travailleurs qu'elle renferme.

    Nous ne sommes pas, à vrai dire, "indépendantistes" ni même "autonomistes" : nous ne sommes tout simplement pas dans ce paradigme bourgeois là.

    Luttons-nous pour "ressusciter le comté d'Auvergne" ? Une réponse (qui se veut) claire et définitive à ce genre d'"argument" inepte et à deux ballesNous sommes des révolutionnaires qui voulons le socialisme. Nous voulons arracher les territoires les plus vastes possibles, et les hommes et les femmes qui y  vivent, à l'ordre capitaliste pour y instaurer le socialisme qui est le processus devant mener au communisme. Et sur ces espaces géographiques libérés, où nous aurons aboli l'ordre social capitaliste en commençant par ses institutions gardiennes - l’État bourgeois, nous voulons établir de nouvelles relations sociales et notamment de nouvelles relations entre les territoires et leurs populations, entre les Peuples nationaux (les nationalités sans leurs bourgeoisies, dont nous nous foutons un peu sur les bords ; précisons bien ici aussi - pour couper court à un autre "procès" classique - que ces masses populaires nationales consistent en tou-te-s ceux/celles qui vivent, travaillent et ne sont pas des ennemi-e-s du peuple sur le territoire considéré, conformément au point de vue léniniste sur la question) ; des relations qui ne soient plus de domination des uns et de subordination des autres (dès lors que la première des dominations, celle du Capital, aura été renversée) mais de fédération démocratique, fraternelle et coopérative entre les Peuples ; jusqu'à ce que le monde entier arraché au capitalisme signifie le communisme. Une Fédération des Peuples qui, comme le disait Lénine [4] et le répétera Argala, suppose des Peuples libres ; libérés de leurs États-prisons et de tout rapport de domination, d'oppression et/ou de négation nationale : "L’internationalisme prolétarien signifie la solidarité de classe exprimée dans le soutien mutuel entre les travailleurs des différentes nations, unies dans un respect mutuel de leurs formes particulières d’identité nationale" (Argala).

    Ce que nous voulons, en définitive... c'est tout simplement ce qu'imaginait Lénine pour la jeune URSS qui voyait le jour sous ses yeux - même si ceci fut hélas grevé par l'"esprit argousin grand-russe", comme le notait déjà le grand dirigeant bolchévik dans ses derniers écrits, ainsi que par les nationalismes bourgeois chauvins et réactionnaires (comme typiquement en Ukraine) attisé par les ennemis de la "Patrie des Travailleurs" (Allemagne nazie puis Alliance atlantiste). C'est la raison pour laquelle notre affirmation du Peuple occitan, loin d'être une quelconque nostalgie "romantique" de l'époque médiévale, est indissociable du fait d'être communistes.

    Comme nous avons déjà pu l'écrire à plusieurs reprises, IL N'Y A PAS (surtout pas dans l’État métropole impérialiste qui est le nôtre) des "luttes de libération nationale" et une lutte sociale de classe entres lesquelles il s'agirait de "trouver la bonne articulation" : notre affirmation et volonté de libération, en tant que Peuples niés par la construction historique de nos exploiteurs qu'est l’État, est l'expression spécifique de la lutte des classes dans notre situation spécifique

    En fin de compte : un peu de patriotisme (au sens bien sûr d'attachement envers nos Peuples réels, pas de loyauté envers l'entité fRance !) nous éloigne peut-être de la lutte des classes... mais beaucoup nous y ramène !

    Luttons-nous pour "ressusciter le comté d'Auvergne" ? Une réponse (qui se veut) claire et définitive à ce genre d'"argument" inepte et à deux balles

    Pour comprendre comment l’État français, cadre géographique dans et ennemi politique contre lequel nous luttons, s'est historiquement constitué ; nous vous renvoyons encore une fois à notre grande étude en quatre parties sur le sujet :

    En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs !

    En finir avec la 'France', appareil politico-militaire et idéologique de nos oppresseurs ! (suite)

    En finir avec la 'France' (3) : l'État bourgeois contemporain, notre prison politico-militaire et idéologique actuelle

    En finir avec la 'France' (4) : nos tâches de communistes révolutionnaires


    [1] Telle est la position de Servir le Peuple (et la position, tout simplement, matérialiste) : oui, du point de vue du développement des forces productives, du progrès scientifique et technique et – par là – de l’amélioration des conditions de vie générales, cette séquence historique ‘État moderne – révolutions bourgeoises’ et (sur le plan économique) accumulation primitive – révolutions industrielles’ (13e-19e siècles) a évidemment été progressiste au sens littéral du terme : porteuse de progrès pour la reproduction des conditions d'existence humaines ; et plus largement (et surtout), dans la perspective de marche de l'histoire vers l'horizon communiste inéluctable, rapprochant l'humanité du communisme, y compris en faisant beaucoup de mal aux masses populaires (ce qu'elle ne pouvait que faire, à vrai dire, le processus n'étant pas dirigé par le prolétariat...). En d'autres termes, si l'on veut jeter sur les choses un regard parfaitement froid et 'clinique' : avoir arraché les masses populaires d'Europe (puis du monde entier avec l'impérialisme) à tout moyen de production et de subsistance autre que la vente de leur force de travail (processus souvent accompagné par la formation de grands États modernes en annexant des territoires et leurs populations), pour en faire des prolétaires... a OBJECTIVEMENT rapproché celles-ci du communisme, quelle que soit l'horreur qui a pu accompagner le processus. Et si l'on voulait pousser encore plus loin dans l'horreur 'clinique' : avoir arraché des millions d'Africain-e-s à leur paisible vie communautaire-primitive pour les mettre en esclavage dans les Amériques ou l'Océan Indien... les a OBJECTIVEMENT rapprochés (ainsi que leur descendance) du communisme ; et la colonisation qui a suivi dans leurs pays d'origine, et dans d'autres encore, a également rapproché ces derniers du communisme. L'extermination des trois quarts de la population indigène des Amériques (sociétés communautaires-primitives ou 'asiatiques') a elle aussi objectivement rapproché les rares survivants (et leurs descendants) du communisme. À vrai dire, même le passage de la société communautaire-primitive ou "tribale" aux sociétés esclavagistes de l'Antiquité rapprochait en son temps les populations concernées du communisme ! Ce sont là des constats objectifs de faits... mais qui ne signifient nullement une défense morale de ces processus et de la violence qui les a accompagnés ; processus dont le résultat est précisément l'ordre capitaliste mondial que nous combattons aujourd'hui !!! C'est là une illustration absolument parfaite de la négation de la négation ; de la marche en spirale de l'histoire humaine vers le communisme. Or pour beaucoup de 'marxistes' vulgaires, l'un a souvent fini par se transformer en l'autre. Et c'est précisément avec ce marxisme vulgaire (choses que Marx et Engels, au stade de l'enfance du marxisme, ont pu mal dire en des termes parfois choquants pour nos consciences révolutionnaires du 21e siècle ; mais qui ont surtout été encore plus mal comprises par un certain nombre d'imbéciles ultérieurs se croyant doctes) que nous voulons en finir.

    [2] Et encore... Cette fameuse ordonnance, qui visait avant tout à abolir l'usage administratif (judiciaire pour être exact) du latin (langue qui n'était alors plus comprise par personne en dehors des hommes d'église et des fins lettrés), stipulait en réalité que les décisions de justice devaient être rendues en langue "vulgaire" (du vulgus  = le peuple), "dans la langue maternelle des sujets du roi"... ce qui pouvait tout à fait vouloir dire les langues "régionales" (nationales réelles) et non forcément l'oïl d'entre Paris et les châteaux de la Loire ! L'imposition administrative du français remonte en réalité plus vraisemblablement au 17e siècle, sous Louis XIII et Richelieu puis Louis XIV, en s'appuyant éventuellement sur une interprétation détournée de Villers-Cotterêts ; tandis que s'élaborait parallèlement à l'Académie une langue officielle vouée à la fois à s'imposer à tou-te-s... et à être inaccessible au plus grand nombre (à l'écrit du moins... écrit qui donne accès aux diplômes et aux hautes fonctions de la société...).


    [3] ANNEXE d'une très grande importance : dans une prise de parole au Pays Basque (festival EHZ à Mendionde près d'Hasparren) Saïd Bouamama du FUIQP explique clairement que "la colonisation a d'abord été interne", avec la soumission et la négation de nos Peuples hexagonaux (basque, occitan, breton, lorrain ou encore picard/ch'ti etc. etc.), avant de se lancer au-delà des mers ; colonisation d'outre-mer dont sont aujourd'hui issues... les colonies intérieures (l"Empire colonial intérieur"...) c'est-à-dire les "indigènes de la métropole", les racisé-e-s des banlieues-ghettos comme le camarade Bouamama lui-même - ceci à la différence près (mais de taille...) que ces catégories populaires de l'"Empire colonial intérieur" sont soumises au problème spécifique de la race (que nous avons pu aborder plus spécifiquement dans d'autres articles), c'est-à-dire que l'injonction permanente  à l'"intégration" qui leur est adressée en paroles s'accompagne en pratique d'une exclusion permanente pour "défaut"/"insuffisance" de celle-ci et au "mieux" d'un rôle de "curiosités anthropologiques" pour les plus performant-e-s ; problème que nos Peuples blancs (et les travailleurs issus de l'immigration européenne) n'ont plus depuis au moins le milieu du siècle dernier ; du fait que la racisation accompagnant le colonialisme proprement dit (la domination et la surexploitation impérialiste outre-mer) a consisté pour les populations en une véritable exclusion de l'espèce humaine...  [lire aussi ici La logique coloniale française : des Basques aux Algériens, de la colonisation « intérieure » à la colonisation « extérieure », publié peu de temps après sur son blog ; ou encore - quelques mois plus tard - l'article Pour un internationalisme domestique d'Houria Bouteldja du PIR].

    C'est là la juste compréhension de la concentricité du système de domination "France" comme base d'accumulation capitaliste vouée à l'expansion permanente ; et la jonction intellectuelle entre les deux grandes Périphéries d'Hexagone autrement dit les deux grandes "campagnes" de la Guerre populaire qui vient ! 

    La prochaine fois qu'un petit connard jacobino-"universaliste" tentera d'opposer nos luttes "provinciales" à celles des racisé-e-s sur l'air de "c'est une honte de vouloir comparer" (alors même que l'antiracisme et l'anticolonialisme, bien souvent, s'arrêtent pour eux aux portes de la Palestine), c'est avec un plaisir non-dissimulé que nous lui opposerons cette bande audio (ah oui mais non, c'est vrai, il nous rétorquera que "ouais Bouamama l'ami de Michel Collon qui ceci qui cela"...).

    Pour illustrer ce parallèle entre "colonisation" interne ("provincialisation" hexagonale) et ultra-marine (colonialisme proprement dit), et ceci sans "remonter à Hérode" s'il vous plaît (ni s'éloigner beaucoup du Pays Basque...), il peut être intéressant de lire cet article rédigé l'été dernier : Les Landes de Gascogne, histoire d’une colonisation dans la logique même du capitalisme et de son État français


    [4] "L'un de ces arguments était que défendre l'autodétermination et la libération nationale allait à l'encontre de l'internationalisme prolétarien. Il était argué que le socialisme devait viser à la fusion de toutes les nations. Lénine était d'accord avec le fait que le but du socialisme était d'abolir la division de l'humanité en petits États, de rapprocher les nations jusqu'à les fusionner. Cependant, il pensait que ceci était impossible à accomplir par une fusion forcée des nationalités. La fusion des nations ne pouvait s'effectuer qu'en passant par une période transitionnelle de complète libération de toutes les nations opprimées, signifiant leur droit de se séparer. Présentant le programme du Parti en 1917, Lénine dit que : “Nous voulons la libre union des nationalités, c'est pourquoi nous devons leur reconnaitre le droit de se séparer : sans la liberté de se séparer, aucune union ne peut être qualifiée de libre”. Telle est l'approche démocratique du prolétariat vis-à-vis des questions nationales, par opposition à la politique bourgeoise d'oppression et d'annexion."Manuel théorique marxiste-léniniste-maoïste du PC d'Inde (maoïste)

    [Précisons ici que dans le même texte de référence, Lénine dit aussi que "Mais, d'autre part, nous ne souhaitons nullement la séparation. Nous voulons un État aussi grand que possible, une union aussi étroite que possible, un aussi grand nombre que possible de nations qui vivent au voisinage des Grands-Russes ; nous le voulons dans l'intérêt de la démocratie et du socialisme, en vue d'amener à la lutte du prolétariat le plus grand nombre possible de travailleurs de différentes nations. Nous voulons l'unité du prolétariat révolutionnaire, l'union et non la division"... ce que saisiront évidemment au vol tous les jacobinards, espagnolistes et autres "britannistes" "rouges" pour alimenter et "confirmer" leurs "arguments" pourris ; alors que Lénine ne fait qu'exprimer là son internationalisme, son souhait (et c'est bien le moins que l'on puisse attendre de lui...) de voir le "maximum" de Peuples travailleurs unis autour de la révolution prolétarienne pour la libération de l'humanité et le communisme (et l'Empire tsariste, avec ses presque 22 millions de km² et ses 180 millions d'habitant-e-s à cheval sur deux continents, était bien entendu le cadre géographique "rêvé" pour cela), et nullement un quelconque centralisme jacobin conforme à leurs fantasmes (ou, mieux dit, à leur râtelier historique) de petits bourgeois et/ou d'aristocrates ouvriers. Il s'agit bien là d'une union "la plus large et étroite possible" mais qui, comme on l'a dit, ne peut être qu'une union LIBRE, "librement" c'est-à-dire démocratiquement consentie et non forcée comme celle des 130 départements de la "France" "révolutionnaire" bourgeoise des années 1790-1800 ; une union d'ailleurs uniquement possible dans le cadre d'un système supérieur socialiste ("la révolution sociale met à l'ordre du jour l'union des seuls États qui sont passés au socialisme ou qui marchent vers le socialisme") ; et pour laquelle Lénine est d'ailleurs même prêt à "perdre" des Peuples au profit de la Réaction (Pologne, Finlande) au nom de ce principe supérieur de liberté d'union ou de séparation (une vision plus "jacobine" autoritaire était peut-être celle de Staline et de quelques autres ; ainsi que très certainement de Trotsky, Rosa Luxemburg et autres "hochets" perpétuellement agités par les "anti-staliniens" en réalité anti-léninistes ; mais elle fut impitoyablement combattue par Lénine jusqu'à son dernier souffle et le temps est révolu de faire dire à Vladimir Illitch tout et n'importe quoi - et surtout ce qui nourrit ses propres fantasmes de pathétique "soldat de l'an II" avec 220 ans de retard, d'"universaliste" impérial etc. etc.). Une telle union "libre" (démocratique) de Peuples marchant vers le communisme, il est bien évident que nous aussi la souhaitons la plus large possible, la plus "solide" au sens de détermination des Peuples associés à ne pas "lâcher" le projet révolutionnaire commun, et d'ailleurs pas (nous ne voyons pas pourquoi) limitée aux frontières hexagonales de l’État "français" légué par la bourgeoisie (les gens ne puent pas, à notre connaissance, au-delà de celles-ci).]

    "L'exercice du droit à l'autodétermination dépend des circonstances historiques concrètes à un certain point déterminé de l'histoire. Il appartient aux révolutionnaires de travailler et d'influer politiquement sur la décision de la nation par rapport au droit à l'autodétermination. La décision du Parti révolutionnaire pourra être aussi bien l'autonomie que la fédération, la sécession ou toute autre option qui soit dans le meilleur intérêt des masses laborieuses, en particulier du prolétariat." - ibid. ; principalement extrait de l'ouvrage de Staline sur Le Marxisme et la Question Nationale.


    Tentative de résumé synthétique (pour celles et ceux qui n'auraient TOUJOURS pas compris) :

    - Il y a très longtemps, au Moyen Âge, apparaissait dans les villes ce que l'on appelle la bourgeoisie et le capitalisme (nous vous renvoyons à la définition marxiste de ces notions) ;

    - Cette émergence ("premières lueurs de l'aube") du capitalisme est, si l'on en croit Ibrahim Kaypakkaya, ce qui a donné naissance à la réalité moderne appelée "nations" ou "nationalités" - l'idée de "Nation française" est donc une farce, car il n'existait à cette époque aucune sorte de "France" sinon une expression géographique aux contours mal définis dans le Bassin parisien (et il n'y avait pas de "roi de France" mais un "roi des Francs occidentaux") ;

    - À partir de là, cette classe sociale bourgeoise va mettre la main, comme instrument politico-militaire au service de ses buts de classe, sur la monarchie capétienne régnant à Paris. Mais une telle alliance avec le trône de Paris va évidemment bénéficier en premier lieu... à la bourgeoisie de cette même ville capitale (la bourgeoisie "française" se configure alors en une sorte de pyramide avec la bourgeoisie parisienne à son sommet) ;

    - Munie de cet instrument politico-militaire, la jeune (mais de plus en plus puissante) bourgeoisie va alors "déployer" le capitalisme c'est-à-dire soumettre les territoires et mettre leurs populations dans les chaînes du Capital (les privant de tout moyen de production autre que leur force de travail et de tout moyen de subsistance autre que le salaire de la vente de celle-ci), ainsi qu'annexer des terres comme l'Occitanie où les rapports de production capitalistes s'étaient déjà fortement développés (mais dont l'appareil étatique était trop faible pour résister à la conquête) ; l'ensemble de ces "pays conquis" (pro vincia => "province") formant ce que nous appelons aujourd'hui la France, base première d'accumulation capitaliste, et leurs bourgeoisies vaincues intégrant la grande "pyramide" bourgeoise "française" en position subordonnée (bien sûr) au "sommet" parisien ;

    - À un moment donné même, face aux difficultés de l'expansion territoriale en Europe (à la poursuite des mythiques "frontières naturelles"), cette recherche de bases d'accumulation et de débouchés commerciaux franchira les mers et s'étendra à d'autres continents (premier Empire colonial) ;

    - Le processus révolutionnaire bourgeois, connu comme "1789" mais s'étendant en réalité du règne de Louis XV jusqu'à la fin du 19e siècle, a consisté pour la "pyramide" bourgeoise hexagonale à se débarrasser de l'instrument monarchique capétien et des vieilles classes féodales qu'il traînait à sa suite. Il verra également (c'est important à souligner) une nouvelle explosion des contradictions entre la bourgeoisie du Bassin parisien et celles de "province" (après celles que recouvraient les "Guerres de Religion" aux 16e-17e siècles) ; la première mettant même en œuvre pour se gagner le Peuple travailleur parisien (avant de se débarrasser de lui...) une sorte de première forme démagogique de social-démocratie (jacobinisme, Terreur)[1] tandis que les secondes, qui avaient voulu voir dans la fin de la monarchie absolue celle du centralisme parisien, resteront connues sous le nom de "fédéralistes" ou de "Girondins" (et garderont une réputation de "plus à droite" que les Jacobins).

    - Cette réorganisation radicale de l'appareil d’État et de l'organisation sociale permettra (c'était son but) le véritable déclenchement de la "révolution" industrielle, formidable développement de l'appareil productif qui s'accompagnera d'une nouvelle campagne d'arrachement des masses (encore très majoritairement rurales) à tout moyen de production autre que leur force de travail et de tout moyen de subsistance autre que le salaire de la vente de celle-ci (ce qui n'ira toutefois pas sans résistances... résistances dont la géographie est pour le moins édifiante) et conduira des millions de personnes de toute la "province" à "monter" à la grande ville "régionale" ou carrément à la capitale parisienne (le département de la Seine quintuple sa population entre 1800 et 1890), rencontrant dans ces migrations des problématiques finalement peu différentes... de celles des immigrés extra-européens aujourd'hui ;

    - Le capital accumulé lors de cette "révolution" industrielle, se cherchant des débouchés, conduira à la constitution d'un second Empire colonial (le premier avait été presque totalement perdu par Louis XV puis Napoléon), qui sera le deuxième plus important de la planète ;

    - Plus tard, à partir de 1945, cet Empire colonial se verra en majorité accorder des "indépendances" bidons (néocolonialisme) tandis que concomitamment, pour faire face aux nécessités d'un capitalisme "français" durement frappé par deux guerres mondiales consécutives, seront "importés" depuis celui-ci des travailleurs qui "amèneront" avec eux (et transmettront à leur descendance...) le traitement colonial dont ils faisaient l'objet dans leurs pays d'origine ; ceci rendant illusoire, malgré les injonctions permanentes qui leur sont faites, leur "intégration" tant à la pseudo-"Nation française" qu'aux nationalités réelles (celles nées "à l'aube du capitalisme", comme l'explique Kaypakkaya) d'accueil - d'où les arguments aussi débiles que fréquents (et au demeurant loin d'être exacts) de prétendue "surdité" de ces catégories prolétaires à nos "histoires fantasmagoriques" d'Occitanie ou de Bretagne ;

    - Dans ce contexte colonialiste puis néocolonialiste (et déjà au terme du premier colonialisme, avec la Déclaration des Droits de l'Homme... BLANC de 1789), la construction du "Blanc" (en lieu et place du dangereux prolétaire...) face au "Noir"/non-blanc colonisé a toujours été un instrument essentiel de contrôle social. Au sujet d'un État voisin et de création récente (la Belgique), mais cela ne change pas grand-chose à l'affaire, l'(assez marxisant) historien Jacques R. Pauwels expliquait ainsi dans un récent entretien que "Les gens trop pauvres, on pouvait s’en débarrasser en les envoyant dans les colonies. L’impérialisme était donc aussi une manière de résoudre les problèmes sociaux. Les pauvres pouvaient faire carrière dans ces colonies. De la sorte ils se muaient en patriotes, au lieu de rester des emmerdeurs. En les laissant intervenir de façon agressive dans les colonies, ils ne posaient plus le moindre problème dans la métropole. Il y avait par exemple pas mal de fils de fermiers sans travail, et ce du fait que l’agriculture devenait trop productive. Ces gars, on pouvait les envoyer au Congo comme missionnaires. On a expédié là-bas une vingtaine de missionnaires de chaque bled agricole flamand. On leur a collé un uniforme sur le dos et, dès lors, ils ont pu aller jouer au patron chez les Noirs". Il en a été exactement de même en Occitanie comme dans le Bassin parisien, en Bretagne comme en Lorraine ou en Franche-Comté et en Corse comme au Pays Basque. Et bien sûr, la domination perdurant sous une forme néocoloniale et coloniale intérieure, ces mécanismes se perpétuent encore aujourd'hui... Il n'est donc nullement question pour nous (contrairement à un autre argument aussi débile que récurrent) de "faire pleurer dans les chaumières" en tentant d'expliquer que les Occitans et autres Bretons, Basques ou Corses ou "Nordistes" ou Lorrains ne seraient finalement "pas moins à plaindre" que les colonisé-e-s et racisé-e-s. Il est bien clair (et nous l'avons toujours clairement dit) que ce sont là des "cercles" de périphérisation/domination différents dont l'oppression n'est pas comparable.

    - En somme, les appels à l'"unité de classe" ne doivent pas se transformer (mais se transforment hélas souvent...) en abstraction niant la réalité et empêchant ainsi de la transformer.

    - Une fois compris comment il s'est construit, ce système capitaliste connu sous le nom de "France" doit donc être détruit selon le processus inverse. La question des modalités de cette destruction et de ce qu'il en résultera doit être débattue entre les révolutionnaires communistes authentiques ; un DÉBAT SAIN dont doivent bien sûr être exclus les éléments nocifs et destructeurs (ceux qui nous lisent se reconnaîtront), d'esprit jacobinard voire semi-fasciste, qui en défendant la "Nation française produit inéluctable et irréversible du Progrès historique" à grands coups de citations marxistes ne défendent en réalité que le "petit confort" dont ils jouissent (malgré leurs dénégations indignées et les "brevets de prolétariat" qu'ils brandissent alors) dans ce système.

    La position léniniste que tentent de mystifier ces charlatans au service de l’État bourgeois centralisateur et du "concept France" instrument du Grand Capital, à coup de belles citations ronflantes (comme si en 30, 40 voire 50 ans de "carrière" Marx, Engels ou Lénine n'avaient jamais évolué ni dit des choses parfois contradictoires, et qu'une ou deux citations pouvaient résumer non seulement toute leur pensée mais aussi la portée historique de celle-ci), est que :

    1°/ Les aspirations des Peuples à la reconnaissance et au respect, à la non-oppression et à la non-négation en tant que réalités nationales sont des aspirations démocratiques donc justes, progressistes et foncièrement révolutionnaires.

    MAIS

    2°/ Cette problématique ne doit et ne peut (de toute façon) pas être résolue par l'affrontement des Peuples travailleurs les uns contre les autres ("les Irlandais contre les Anglais", "les Ukrainiens contre les Russes", "les Croates contre les Serbes" etc. etc.) ; a fortiori lorsque ces antagonismes sont instrumentalisés et mis au service des puissances impérialistes dans leur lutte pour le repartage du monde. Elle ne peut être résolue que dans l'unité et la fraternité internationaliste entre les Peuples - à commencer par l'unité des prolétariats, classe pour laquelle l'internationalisme est le plus évident - contre la bourgeoisie qui est mondialement l'ennemi commun, unie par ses intérêts sonnants et trébuchants au-delà de ses rivalités et de ses chauvinismes nationaux apparents (cela, depuis Lénine, tous les mouvements nationalistes conduits par la bourgeoisie et toutes les manipulations impérialistes de ces mêmes mouvements l'ont amplement démontré). Ou pour reprendre les mots du grand Connolly : "Le travailleur socialiste d'un autre pays est un révolutionnaire ami, de même que le capitaliste de mon propre pays est un ennemi naturel".

    Pour notre part, nous avons prolongé cette analyse léniniste en dépassant un certain côté "utilitariste", "décombres chiants sur la voie toute tracée de la révolution prolétarienne 'pure', dont plus vite on se débarrasse mieux c'est" : nous avons montré que ces oppressions et négations d'ensembles humains étaient en réalité ce sur quoi se fondaient tous les États bourgeois d'une certaine taille (impérialistes comme semi-coloniaux, "100% souverains" ou ayant remis une partie de leur souveraineté à des institutions supra-nationales), en tant qu'appareils politico-militaires et idéologiques (État au sens institutionnel) et bases d'accumulation et reproduction (État au sens territorial) du Capital.

    Nous avons en quelque sorte, en pleine conscience des cris que cela allait (et ne cesse pas de) soulever chez les esprits étroits mais sans nullement être les seuls (les controverses qui agitent la "marxosphère" mondiale - dans laquelle la "France" pariso-centrée fait preuve pour le coup d'un... "provincialisme" certain - au sujet du "post-modernisme", de l'"intersectionnalité", du "décolonialisme" ou encore du "scientisme" sont les multiples symptômes de cela), rompu les amarres avec la sacralisation du "Progrès" bourgeois qui a imprégné le marxisme à ses débuts et tout au long des 19e et 20e siècles (jusqu'à, sans le moindre doute, Mao lui-même). Si le "Progrès" bourgeois a été (comme toute chose) une chose contradictoire dans laquelle il y a à prendre et à laisser (mais c'est aussi le cas des idéologies religieuses "révélées" qui ont fait passer de la barbarie tribale ou de l'esclavagisme à la féodalité, et même des "philosophies" esclavagistes antiques elles-mêmes !), nous voulons dire et marteler qu'il n'a JAMAIS été mû par autre choses que des intérêts bourgeois (l'"appât du gain") et nullement "généraux" - et certainement pas par l'intérêt des masses populaires de producteurs.

    La bourgeoisie n'a jamais eu pour fonction historique de "libérer" ("en se libérant elle-même du féodalisme" par exemple...) "l'humanité toute entière" ; ce rôle étant celui du seul prolétariat. Son unique fonction historique a été de créer les conditions de cette émancipation humaine générale... en donnant justement naissance au prolétariat en question.

    Le prolétariat mondial (dont les ouvriers et les paysans du Bangladesh, les colonisés intérieurs maghrébins d'Hexagone ou afro-américains des États-Unis, les travailleurs occitans ou bretons blancs et les travailleurs franciliens blancs font tous partie mais forment des "strates" différentes hiérarchisées par le Pouvoir bourgeois occidental) doit en fait s'emparer du "Progrès" capitaliste bourgeois pour lutter contre le "Progrès" capitaliste bourgeois, un peu comme les Peuples colonisés s'emparaient (et s'emparent encore) contre les impérialistes occidentaux d'armes à feu qui leurs étaient inconnues avant l'arrivée des colonisateurs. La révolution marxiste se fait contre le capitalisme et donc contre le "Progrès" bourgeois comme "absolu" et véritable "religion" du Capital ; elle n'est pas une "défense en bloc" de ce "Progrès" et une simple volonté de le "poursuivre" comme l'on rajoutait, autrefois, des étages aux maisons de génération en génération - c'est une autre maison qu'il faut construire !

    Mais une fois dit cela, nous somme bel et bien (pour le coup) en prolongement, en "rajout d'étage" en quelque sorte, et nullement en "rupture" ni "rejet" ni "contradiction" vis-à-vis de la position léniniste.



    [1] À l’Assemblée législative (1791-92) comme à la Convention (1792-95), l’actuelle Île-de-France ne totalisait que 49 députés sur près de 750. Il y a véritablement eu un 1789 de "province" (s'il n'est pas carrément possible de dire que 1789 est un mouvement de "province" avant tout) très largement jailli des affrontements entre le pouvoir central (monarchie) et les pouvoir locaux (Parlements, États provinciaux, municipalités) en défense de ces derniers, après des épisodes comme la Journée des Tuiles à Grenoble. En 1790 sont institués les départements, dotés chacun d'un Conseil départemental ; mais il est vraisemblable que personne à la Constituante ne voyait strictement de la même manière les pouvoirs de ces assemblées face à l’État central : pour beaucoup, la France devait être en dernière analyse une fédération de départements - on appellera ce courant les fédéralistes, qui se confondront dans une certaine mesure avec le parti de la Gironde. Il fallait donc, à la grande bourgeoisie parisienne/centraliste, passer par un autre biais pour conserver sa prééminence : ce sera une démagogie populiste ‘sans-culotte’ mobilisant le petit peuple de Paris pour ‘faire pression’ sur les Conventionnels et écraser les bourgeoisies de 'province' tout en conjurant la menace de l'invasion étrangère ("On ne gouverne pas en temps d’exception selon les méthodes normales : il faut donc accepter les moyens révolutionnaires – La bourgeoisie ne peut s’isoler du peuple : il faut donc satisfaire ses demandes – Mais la bourgeoisie doit demeurer l’élément dirigeant dans cette alliance : la Convention doit donc prendre l’initiative des mesures révolutionnaires" dit en substance un discours de Barère du 18 mars 1793) ; démagogie qui en Hexagone sera (trop) longtemps confondue avec la ‘version française du socialisme’. La Montagne, les Jacobins et autres Cordeliers, idéalistes égalitaristes sociaux, se feront les serviteurs naïfs de ce plan avant d'être éliminés une fois leur tâche accomplie. Tandis que l’État plonge dans une crise économique sans précédent (il se trouvera finalement en faillite en 1797...), le peuple parisien est transformé en plèbe romaine ‘au pain’ (Loi du Maximum sur les grains et farines) et ‘aux jeux (les exécutions quasi-quotidiennes sur la place de la Révolution...) alimentée par le pillage (‘réquisitions’) du reste de l'Hexagone puis des conquêtes extra-hexagonales (Belgique, Italie, Allemagne...). Les insurrections fédéralistes girondines (en Occitanie, Arpitanie - Lyon - et Normandie surtout) et les guérillas paysannes "catholiques-royales" de Bretagne et du "Grand Ouest" (ainsi que les résistances... anti-annexionnistes de Savoie, Nice, Belgique etc.) sont sauvagement réprimées par les "représentants en mission" de la Convention ; un aboutissement de tout cela pouvant être vu dans la loi ultra-centralisatrice du 14 frimaire an II - 4 décembre 1793 (car outre les "fédéralistes" et autres "contre-révolutionnaires" et "ennemis de la liberté", les "représentants en mission" s'étaient souvent trouvés en conflit... avec les Jacobins, les Communes, les sections sans-culottes et les tribunaux révolutionnaires locaux !). Lorsque les choses commenceront à "partir en live" (début 1794) seront d'abord éliminés (fin mars) les "gauchistes" "Exagérés" d'Hébert (s'il n'avait pas été assassiné 9 mois plus tôt, Marat aurait peut-être été de la charrette...), à ne pas confondre avec les "Enragés" de Jacques Roux et Varlet (démocrates égalitaristes proto-socialistes 'brisés' dès septembre 1793, et auxquels Marat et Hébert étaient plutôt hostiles) ; puis début avril Danton (avec ses partisans), lequel passait plutôt jusque-là pour le 'référent' de la grande bourgeoisie [avec d'autres comme Philippe "Égalité" d'Orléans (qui siégeait "avec les Cordeliers au milieu de la Montagne" et dont Marat fut longtemps proche, il finira néanmoins guillotiné, devenu suspect après la défection de son fils - le futur Louis-Philippe - aux côtés de Dumouriez), le spéculateur Pereyra, l'aventurier Guzmán, les Laborde de Méréville père et fils (parvenus occitans "montés à Paris"), l'(autre) Occitan grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première Barère de Vieuzac (par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales) au sein du Comité de Salut Public, etc. etc. - toute une "bande noire" de hauts financiers, spéculateurs sur le rachat des "biens nationaux" (terres et édifices seigneuriaux et - surtout - d'Église expropriés et mis en vente, dont bon nombre seront transformés... en usines, contribuant ainsi au lancement de la révolution industrielle), etc. ; en réalité la pointe émergée du Grand Capital financier naissant (phénomène bien sûr incompréhensible à l'époque, et donc réduit à une "conspiration" de "coquins") voulant en définitive une forme de gouvernement oligarchique appuyée sur "le peuple" lorsque de besoin, un régime finalement très proche de ce que sera (sans la démagogie sociale guillotineuse devenue inutile et même dangereuse)... le Directoire après Thermidor (et pour cause puisque ce sont essentiellement les "ultras" de la répression en "province" liés à ce "plan" de la bourgeoisie parisienne/centrale qui renverseront et liquideront Robespierre), ou encore la Monarchie de Juillet instaurée en 1830 (avec le fils d'"Égalité" sur le trône !)]. Robespierre "l'incorruptible" et ses partisans resteront seuls en lice, tandis que se met rapidement en place la coalition qui les liquidera en juillet (9 thermidor) - de fait, l'histoire a toujours montré que lorsque "la révolution dévore ses enfants", le "coup de barre" à droite n'est jamais très loin. Le Grand Capital tricolore pourra alors instaurer son 'Directoire', régime censitaire où seule une minorité bourgeoise pouvait réellement voter, puis, devant les difficultés de celui-ci, le 'césarisme' du petit caporal corse Bonaparte, qui mettra 'tout le monde d'accord' par une politique alliant fermeté et compromis et fondera réellement l’État français contemporain.

    Ce n'est donc pas un hasard si, références absolues de la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise depuis l'époque, la Montagne et "93" ont également pu être sans problème celles des fascistes venus de ladite "gauche" (Déat et ses 'néo-socialistes', Valois, Doriot etc., loin d'être "anti-Lumières" comme peut le prétendre Zeev Sternhell). Sur les financements des "tribuns du peuple" jacobins/cordeliers comme Hébert ou encore Marat, lire ici c'est édifiant... Intéressants à lire aussi, ces quelques extraits (ici aussi) de Bourgeois et Bras Nus du "marxiste libertaire" Daniel Guérin, qui reviennent bien sur cette époque et son double aspect contradictoire [nous aurons juste un petit désaccord sur l'explication de la contradiction Montagnards/Girondins, clairement et totalement liée selon nous à la vision centraliste parisienne de la jeune république des premiers opposée à la vision "fédération de départements 'cités-États' de leurs chefs-lieux respectifs" (façon Suisse ou États-Unis) des seconds ; et non à une supposée "préférence" de ces derniers pour les armées étrangères et les royalistes plutôt que d'accepter l'irruption des masses populaires sur la scène politique - les Girondins savaient eux aussi très bien s'appuyer sur les 'bras-nus' et les sections sans-culottes... de leurs villes de 'province' face aux envoyés de Paris et aux Montagnards locaux (comme Chalier à Lyon), qui peinaient à s'imposer malgré leurs mesures sociales radicales ; ils étaient (paradoxalement par rapport à leur anti-centralisme) beaucoup plus décidés et conquérants dans la guerre que leurs adversaires et avaient même proposé la peine de mort pour quiconque parlerait de rétablir la monarchie ; etc. etc. ; tout ceci ne visant pas à faire leur apologie ni à les 'réhabiliter' mais étant un simple constat de faits : les Montagnards s'opposaient aux Girondins (et a fortiori aux Chouans et autres autonomistes royalistes d'ici ou de là) sur la question de la prééminence de Paris dans le nouvel État de la bourgeoisie par et pour elle seule ; prééminence qu'ils voulaient maintenir et même renforcer là où les seconds voulaient en quelque sorte ressusciter les 'républiques' locales (portuaires, notamment) de l'époque des Guerres de Religion, fédérées de manière (certes) 'indissoluble'/'une et indivisible', mais fédérées ; et c'est dans cette optique (et non sur une prétendue différence de 'fibre sociale', la leur étant purement conjoncturelle et utilitariste comme le reconnaît Guérin lui-même) qu'ils se sont appuyés sur le petit peuple de la capitale (et ont tenté de le faire, avec nettement moins de succès cependant, sur celui des villes de 'province'...)]. 

     


  • Commentaires

    1
    Pascal
    Vendredi 10 Juillet 2015 à 09:31
    A propos de jacobinisme, plutôt une bonne nouvelle:
    http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=776
    2
    Vendredi 10 Juillet 2015 à 11:02

    Lol oui, sans doute la meilleure depuis la mort de Pasqua (ça commence à en faire, des bonnes nouvelles en peu de temps !).

    http://www.contreculture.org/AT_Natrisme.html

    http://www.contreculture.org/Z_Mercuriale_200802.html

    http://www.contreculture.org/AT_Libre_Pensee.html

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