• La "négation de la négation" et le maoïsme


    Autant prévenir : l'article qui suit va être COMPLEXE. Lecteurs, lectrices, il va falloir faire l'effort de suivre. Nous allons en effet toucher là au CŒUR, aux tréfonds de la théorie marxiste ; le matérialisme dialectique.

    Pour certain-e-s, cela pourrait même sembler être de la "théologie sur la Lune"... MAIS, pourtant, cette réflexion théorique est d'une extrême importance : vous allez découvrir pourquoi dans ce qui suit. 
    Si l'on veut résumer à l'extrême : le matérialisme dialectique est la théorie scientifique qui sous-tend toute la pensée marxiste. Classiquement, de l’œuvre théorique de Marx et Engels, ressortent 3 lois essentielles du matérialisme dialectique. Ce sont :

    1- Première et principale (les autres ne font qu'en découler), la loi de la contradiction ; dite aussi "de l'unité relative des contraires". C'est le principe qui veut que toute chose, tout phénomène, soit déterminé par une contradiction principale. Avant que cette contradiction existe, le phénomène n'existait pas. Si la contradiction disparaît, le phénomène disparaît sous sa forme actuelle ; c'est à dire qu'il se transforme en quelque chose d'autre, qui sera déterminé par une nouvelle contradiction principale. La chose / phénomène a aussi des contradictions secondaires, qui ne sont pas "sans importance" (chacune est susceptible de devenir un jour principale !), mais sont subordonnées à la contradiction principale, déterminées par elle. Les deux principaux aspects en contradiction forment un tout, une unité (par exemple, une société), mais sont en LUTTE et cette lutte est ABSOLUE, déterminante, jusqu'à devenir antagonique et transformer la chose/phénomène en "autre chose". L'unité est seulement relative (on parle donc d'"unité relative des contraires").

    2- La loi de la transformation de la quantité en qualité et inversement. Pour faire simple : l'évolution des choses et des phénomènes procède par accumulation quantitative, qui entraîne à un moment donné un saut qualitatif vers "autre chose". Attention cependant : cela ne doit pas mener (et a trop souvent mené) à des raisonnements mécanistes. Ainsi, durant la construction socialiste en URSS, on avait tendance à considérer que "développer la production", "accroître les forces productives" etc., sous la dictature du prolétariat, suffirait à conduire (en quelques générations) au communisme. De la même façon, il était considéré par les social-démocrates de la IIe Internationale (Bernstein etc.) que la simple accumulation de conquêtes démocratiques et sociales suffirait, un jour, à produire le "saut" de l'humanité dans le socialisme, sans le processus révolutionnaire (luttes violentes, guerre civile, dictature du prolétariat) décrit par Marx...

    3- Enfin, la loi de la négation de la négation ; que nous allons étudier plus loin.

    Le fond du débat est que, pour bon nombre de maoïstes, Mao aurait rejeté la loi de la "négation de la négation" (et, également, la loi de la quantité/qualité : en fait, toute autre loi que la contradiction). Mais d'autres (comme nous allons le voir) contestent la réalité de cette prise de position. D'autres, encore, affirment que Mao a simplement subordonné la transformation quantité/qualité et la "négation de la négation" à l'"unité relative des contraires"... ce qui est certes vrai, et que cautionne totalement Servir le Peuple ; mais était déjà le cas chez Marx, Engels, Lénine et tous leurs contemporains marxistes ! [En réalité, les 3 lois décrivent des caractères différents du mouvement dialectique des choses : l'unité relative des contraires en est le moteur, la transformation de la quantité en qualité en est la "mécanique", et la "négation de la négation" en est l'aspect extérieur (pour un observateur externe) ; nous y reviendrons plus loin.]

    mao-zedong-1.jpgLa question de la "négation de la négation" n'a jamais fait l'objet d'un ouvrage spécifique de Mao. Mao a rédigé un ouvrage de référence sur le matérialisme dialectique : De la contradiction (1937), ainsi qu'un essai en 1938, Le Matérialisme dialectique.

    Il y fait, très clairement, de la contradiction la loi déterminante de la dialectique ; de fait, cette loi sous-tendra toute son œuvre théorique. Mais on n'y voit nul rejet, explicite, des autres lois posées par Marx et (surtout) Engels. Pas plus que dans un autre ouvrage... Les Notes de "De la contradiction" comportent même plusieurs références à l'Anti-Dühring d'Engels (cf. ci-dessous), chapitre 12 "Quantité et qualité", sans que nulle part dans cet ouvrage Mao ne conteste cette loi-là. Le Matérialisme dialectique contiendrait même [mais il est impossible de trouver la source sur internet, il n'est que très incomplet ici] une énumération des "lois fondamentales" du matérialisme, telles qu'exposées ci-dessus : loi de l'unité des contraires, loi de la transformation de la qualité en quantité et inversement, loi de la négation de la négation [Mao Zedong ji, Vol. 6, p. 300 ; Mao Zedong ji bujuan, Vol. 5, p. 237]. En 1938, donc...

    Le rejet explicite de la "négation de la négation" (et, en fait, de toute autre chose que la loi de la contradiction) aurait, d'après les sources qui l'évoquent, été formulé en 1964 "entre la poire et le fromage", au cours d'une discussion très informelle avec quelques responsables du Parti (Kang Sheng, Chen Boda, Lu Ping...). Cette conversation est notamment rapportée par un certain Stuart Schram, dans son ouvrage Mao Zedong Unrehearsed (qu'on pourrait traduire par "Mao Zedong apocryphe" ou "Mao Zedong 'off'")... Vous pouvez trouver cette citation en français ici, page 19 ; et en anglais dans le document en lien plus bas, page 3.

    La réalité et (plus encore) l'exactitude des propos tenus sont donc sujettes à caution, puisque ces propos n'apparaissent nulle part dans ses Œuvres choisies. Mais partons du principe de leur réalité et de leur exactitude, et voyons ce qui a/aurait précisément été dit.

    Ce qu'aurait en réalité dit Mao, c'est : "L'unité des contraires est la loi la plus fondamentale. La transformation de la quantité en qualité et inversement, n'est que l'unité des contraires "qualité" et "quantité". Il n'existe rien de tel que la "négation de la négation". Affirmation, négation, affirmation, négation... dans le développement de toute chose, chaque maillon de la chaîne des évènements est à la fois une affirmation et une négation. La société esclavagiste niait la société primitive mais, en revanche, vis-à-vis de la société féodale elle constituait une affirmation. La société féodale constituait une négation de la société esclavagiste mais était en revanche une affirmation vis-à-vis de la société capitaliste. Le capitalisme était la négation de la société féodale mais, en revanche, l'affirmation vis-à-vis de la société socialiste...".

    Ce que Mao semble vouloir dire par là, c'est que toute chose qui en nie une autre est en même temps une affirmation, affirmation (en fin de compte) d'elle-même face à ce qui vient (à son tour) la nier... Bref, rien de plus ni de moins que la pure et simple logique. Mais, si la féodalité est la négation de l'esclavagisme, lorsque le capitalisme vient à son tour nier la féodalité, il nie la négation de l'esclavagisme : c'est bien une négation de la négation. Ce que semble viser ici Mao, c'est plus le terme employé ("négation de la négation") qui semble selon lui porter à confusion - évoquant un "retour à la case départ" et non le passage à un stade supérieur de la matière - que la substance, le signifié du terme [en tant que Chinois, insister sur cette notion de (non) "retour à la case départ" était sans doute particulièrement important car c'est ce qui distingue la dialectique marxiste du taoïsme].

    Dans ce document en anglais sont énumérées un nombre considérable d'occasions, depuis les années 1930 jusqu'aux années 1960, dans lesquelles Mao met en avant soit explicitement (nommément) soit implicitement (comme, finalement, dans ce qui précède) la négation de la négation.

    En réalité, que nous dit la théorie de la négation de la négation ? Il faut bien comprendre, ici, que par "négation" on entend le fait de "faire disparaître", "supprimer", "abolir" ; ou "affronter jusqu'à détruire" (dans une contradiction antagonique) ; ou encore "rejeter dans les poubelles de l'histoire" (lorsqu'il est question d'un processus historique).

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b5/Friedrich_Engels_HD.jpg/170px-Friedrich_Engels_HD.jpgL'image la plus connue est celle donnée par Engels dans l'Anti-Dühring : celle du grain de blé  qui donne une plante, disparaissant lui-même (nié), puis la plante, disparaissant (niée) à son tour, donne un épi, soit plusieurs dizaines de grains de blé. Ainsi, par un processus de négation de la négation (la plante nie le grain puis est niée elle-même), le grain de départ s'est multiplié par plusieurs dizaines. Ainsi, on est revenu au stade de la graine, mais "à un niveau supérieur" (des dizaines de graines).

    Bien sûr, toutes les plantes ne fonctionnent pas comme cela, et certaines vivent plusieurs années (voire des siècles) en donnant des graines ou des fruits tous les ans... Mais l'idée était de donner une image simple et claire. C'est la même chose (pour prendre un autre exemple) lorsque l'on marche : chaque jambe effectue un mouvement de flexion, puis d'extension, chaque extension nie la flexion qui précède et inversement, et chaque pas de la jambe droite nie le pas précédent de la jambe gauche. Pourtant, comme vous pouvez le constater tous les jours, on ne fait pas du surplace : on avance.

    Ce que veut exprimer Engels (qui en vient, ensuite, à l'exemple de l'esclavagisme, de la féodalité et du capitalisme), c'est que les sociétés humaines (comme toutes les choses et le phénomènes de la nature) avancent EN SPIRALE, par CYCLES, par des PROCESSUS qui débutent et s'achèvent (comme la plante de blé germe, grandit, fane et meurt) ; mais qui ne ramènent pas la communauté humaine au "point de départ" : ils l'amènent À UN NIVEAU SUPÉRIEUR (de forces productives, de conditions de vie, de culture, de civilisation)...

    Et, ce qu'explique le marxisme, c'est que le MOTEUR de ces processus, dans toute chose, c'est la CONTRADICTION, c'est "l'unité relative des contraires", c'est l'unité et la LUTTE des contraires ; l'unité étant relative et la lutte étant ABSOLUE. Dans les sociétés humaines, le moteur de tout processus d'évolution est la LUTTE DES CLASSES. La société est une unité formée de contraires : une CLASSE DOMINANTE, et des classes dominées, mais parmi lesquelles il y a UNE classe principale dans son affrontement avec la classe dominante. Cet affrontement, cette LUTTE entre les classes fait l'histoire de la société en question.

    http://s4.e-monsite.com/2011/05/30/01/resize_550_550//sans-culotte-copie-1.jpgDans la féodalité, la classe dominante est l'aristocratie (flanquée du clergé) et la classe principale qui l'affronte (et dirige les masses à l'affronter) est la bourgeoisie. A partir du moment où la bourgeoisie s'affirme en tant que classe (avec la Réforme et l'humanisme, puis les Lumières), on rentre dans le processus de négation de la féodalité et d'affirmation (d'abord contre la féodalité, ce qu'oublie de dire Mao !) du capitalisme. La Révolution bourgeoise (comme 1789 en France) marque le moment où l'unité des contraires s'inverse : le moment où la bourgeoisie DEVIENT la classe dominante et où l'aristocratie perd cette position (elle disparaît alors, en moins d’un siècle, pratiquement en tant que classe ; sa contradiction avec la bourgeoisie devient secondaire ; la contradiction bourgeoisie/prolétariat devient motrice de l’histoire). Au terme de ce processus (qui débouche sur la Révolution industrielle, toutes les avancées scientifiques et technologiques du 19e siècle et nous amène pratiquement au début du 20e), il va sans dire que l'humanité (dans son ensemble, jusqu'aux classes les plus opprimées !) a grandement progressé depuis l'époque de l'Inquisition et des Guerres de Religion ! En terme de productivité du travail, de connaissances scientifiques et technologiques, tout ceci se répercutant sur la vie quotidienne des masses, leur bien-être, leur accès aux activités spécifiquement humaines (culture etc.).

    Mais, à un moment donné, le capitalisme a fait son temps : ce qu'il apporte, ou a apporté à l'humanité, ne vaut plus le prix qu'il lui coûte... A partir du moment où le prolétariat s'affirme en tant que classe, avec le SOCIALISME SCIENTIFIQUE (marxisme), commence le processus de NÉGATION DU CAPITALISME.

    Le SOCIALISME n'est pas exactement, comme le dit Mao, la "négation du capitalisme". Penser cela est sans doute une grande limite de la conception marxiste-léniniste au 20e siècle. Il serait plus exact de dire que le socialisme est le processus de négation du capitalisme et d'affirmation du communisme, à partir du moment où le prolétariat a renversé la bourgeoisie et l'a remplacée comme classe dominante (la phase précédente du processus de négation/affirmation, lorsque le prolétariat n'a pas encore pris le pouvoir, est la GUERRE POPULAIRE).

    Prenons, puisqu'on en a beaucoup parlé ces derniers temps, l'exemple du Népal. Ce petit pays a, finalement, l'"avantage" d'avoir connu une évolution rapide (en moins de 3 siècles) qui donne un aperçu en "modèle réduit" d'une série d'affirmations-négations, qui dans d'autres pays ont pu s'étaler sur 1000 ans, 1500 ans ou plus.

    Au début du 18e siècle, le Népal n'était encore, pratiquement dans chaque vallée, qu'un ensemble de royaumes féodaux archaïques (avec, globalement, une caste dominante, une famille principale en son sein, et une masse paysanne servile) ; guerroyant entre eux. Au terme de ces guerres incessantes, le royaume de Gorkha finit par unifier le pays dans ses frontières actuelles, en 1768. À cette époque, toutefois, ce genre d'unification était généralement éphémère et, effectivement, le royaume commençait déjà à se désintégrer au début du 19e siècle ; lorsque sa destinée rencontra celle de l'EMPIRE BRITANNIQUE DES INDES. Celui-ci permit à l’État monarchique népalais de se consolider, et de se maintenir jusqu'à nos jours (après 1947, la tutelle britannique fut remplacée par celle de l'Inde "indépendante"). Ce processus, nous sommes tous d'accord, a donc consisté en une négation de la féodalité archaïque ; et en l'affirmation d'un État moderne, le Népal que nous connaissons actuellement. En termes de forces productives, de développement économique, de connaissance scientifique et technique, de diffusion de la connaissance, il a conduit le Népal à un niveau bien supérieur à celui du 18e siècle, époque des petits royaumes archaïques.

    Mais justement, dans ce processus, s'était formée une bourgeoisie, flanquée d'une classe intellectuelle (celle à qui s'était diffusée la connaissance, à son niveau mondial d'alors). Et celle-ci débuta, au milieu du 20e siècle, un processus de négation de l’État monarchique et de ses tuteurs impérialistes. Elle constitua des partis "libéraux", comme le Congrès népalais ; des éléments plus avancés, toutefois, s'emparant des idées marxistes qui étaient très fortes, dans le monde, entre les années 1950 et 1970 (ce gens constituent aujourd'hui, globalement, des partis comme l'UML).

    Le maoïsme nous enseigne que, dans les pays actuellement dominés par l'impérialisme, il n'y a plus d'étape bourgeoise, d'étape capitaliste "nationale indépendante" possible entre la situation actuelle (domination du Capital étranger à travers ses intermédiaires locaux, restes de féodalité, bourgeoisie bureaucratique de "gardes-chiourme", absence totale de démocratie bourgeoise telle que conçue en Occident) et la révolution prolétarienne : si une révolution se veut "bourgeoise", elle ne sera qu'une réforme du vieil État légué par l'impérialisme ; c'est la prise de pouvoir par le prolétariat qui permet l'accomplissement des tâches démocratiques bourgeoises, et qui "embraye" ensuite immédiatement sur les tâches socialistes, les tâches de transition vers le communisme.

    C'est un principe absolu, mais, justement, on imagine l'ampleur et la complexité d'un tel processus de luttes ! Il va donc de soi que celui-ci ne peut avancer que par cycles, "en spirale". Chaque "cycle" se refermant à un point plus avancé, pour les masses, sur le chemin de l'émancipation démocratique, du socialisme et du communisme. Et, à chaque cycle qui se referme, une grande partie de ce qui a fait (hier) partie du nouveau, de la lutte pour l'émancipation, se retrouve désormais dans le camp de l'ancien, de la réaction, de ce qui "empêche d'aller de l'avant". Ces éléments sont alors niés par les forces qui, elles, continuent d'aller de l'avant vers l'émancipation humaine.

    Entre 1950 et 1990, la lutte au Népal fut principalement dirigée contre le caractère absolutiste de la monarchie. Cette lutte s'acheva en 1990 par l'instauration d'un régime parlementaire. Fin d'un premier cycle. Les forces qui s'étaient limitées à cet objectif, comme le Congrès (rallié rapidement par l'UML et d'autres forces "marxistes"), cessèrent alors de faire partie du nouveau, pour se retrouver dans le camp de l'ordre établi, que d'autres continuaient à combattre. Après avoir nié l'absolutisme au profit de la monarchie parlementaire, elles furent alors niées à leur tour, comme composante de celle-ci, par les forces souhaitant l'abolition pure et simple de la monarchie et l'instauration d'une république démocratique.

    La force dirigeante de ce combat, souhaitant même (en principe) une République démocratique populaire, vous l'aurez reconnue : c'était le PC maoïste de Prachanda. Mais celui-ci abandonna peu à peu ses objectifs initiaux, pour se replier sur les mots d'ordre d'"abolition de la monarchie et élection d'une Constituante". Ce qui fut fait (respectivement) en 2006 et 2008. Dès lors (après quelques valse-hésitations), on peut considérer que l'année dernière, en 2011, un deuxième cycle de la longue marche des masses népalaises vers l'émancipation (démocratique, socialiste puis communiste de manière ininterrompue) s'est refermé. Désormais, aux côtés de ceux qui s'étaient contentés d'une monarchie parlementaire (et ralliés à la République in extremis, contraints et forcés, pour sauver leur peau), il y a une grosse aile droite du Parti maoïste qui se contente (comme soi-disant "étape") de la République parlementaire bourgeoise actuelle, et une petite aile gauche qui doit (sans plus attendre) choisir son camp. Ceux qui composent aujourd'hui ce régime républicain bourgeois, et ceux qui feront le choix de le rallier demain, sont et seront dès à présent niés par les forces qui dirigeront le dernier cycle du processus : la nouvelle Guerre populaire qui ne peut plus, désormais, viser autre chose que la prise du pouvoir par le prolétariat et ses alliés paysans, indépendants pauvres, intellectuels progressistes, bref les masses populaires...

    Cette négation (de la négation qu'avait été, en 1994, la fondation du PCN(m) et le lancement deux ans plus tard de la Guerre populaire !) pourra prendre la forme d'une scission des éléments révolutionnaires de l'actuel PCNU, ou de la formation totalement externe d'un nouveau Parti... nous verrons bien.
    Quoi qu'il en soit, irait-on affirmer que le cycle qui se referme (par la capitulation d'une majorité du Parti de 1994, dont son leadership), se referme "à la case départ" ? Soyons sérieux ! La nepalconscience révolutionnaire, la combattivité, la culture d'organisation (pour se libérer des chaînes de l'exploitation) sont aujourd'hui à un niveau bien supérieur et bien plus vaste (dans tout le pays, et non les seules grandes villes) qu'au début des années 1990, il y a 20 ans !

    Ces "petits" cycles (à l'échelle historique... 40 ans et 20 ans tout de même !) sont en quelque sorte des "sous-cycles" d'un grand processus, commencé vers le milieu du siècle dernier, lorsque le Népal fut totalement entré dans le "monde moderne" : le processus de négation de l'état de fait de l'époque (qui perdure encore de nos jours...), l'état de fait semi-colonial semi-féodal. Le moteur de ce processus, dans son entier comme dans chacun de ses cycles, est toujours le même : c'est la contradiction, la LUTTE entre les masses exploitées, opprimées, affamées ; et leurs affameurs, qui sont la grande bourgeoisie oligarchique locale, le Capital impérialiste (directement ou par l'intermédiaire de l'Inde) et la féodalité rurale. Ce processus s'achèvera au COMMUNISME (car tel est, à notre époque, le seul destin commun à toute l'humanité) : la phase précédant la prise de pouvoir des masses populaires sous la direction du prolétariat est la GUERRE POPULAIRE ; la phase suivant cette prise de pouvoir (dans le cas du Népal) est la NOUVELLE DÉMOCRATIE et le SOCIALISME (sous lesquels il y aura encore de grandes luttes, de grandes conflagrations sociales contre les partisans d'un rétablissement du capitalisme à leur profit).

    Si l'on prend maintenant (puisqu'il est, au départ, question de Mao) l'exemple de la Chine... Nous n'allons pas, bien sûr, revenir ici sur des millénaires de civilisation chinoise. Nous dirons simplement que, au travers de ces millénaires, la civilisation chinoise a connu des cycles entrecoupés de périodes de décadence, de décomposition, qui ne l'ont toutefois jamais ramenée "à la case départ", à un niveau de développement inférieur à celui du début du cycle. Tout le monde a entendu parler du très haut niveau technologique et scientifique de la Chine comparativement à l'Europe de l'an 1000, par exemple.

    Néanmoins, la dernière période de décadence, à partir du 17e siècle, se traduisit d'abord par la prise de pouvoir d'une dynastie "périphérique" (les Qing mandchous), puis par l'installation d'une DOMINATION OCCIDENTALE. Celle-ci se consolida, globalement, au milieu du 19e siècle, dans les années 1840-60. Après quelques guerres, la dynastie Qing se fit l'alliée des impérialistes. Le capitalisme occidental, ses marchandises, puis ses capitaux pénétrèrent ainsi dans le vieil Empire du Milieu : ce fut la négation de la Chine millénaire.

    Ensuite, qu'a-t-on eu ? Dans un premier temps, des révoltes populaires spontanées, sans forcément de projet politique bien établi, parfois d'inspiration mystique (comme les Tai'ping), et souvent appuyées par des éléments féodaux hostiles à l'intrusion occidentale. La dernière en date fut celle des Poings de Justice, vers 1900. C'est à cette même époque que commença à se constituer un nationalisme bourgeois, partisan d'une République bourgeoise qui abolirait la dynastie des Qing et, en même temps, libérerait le pays de la mainmise occidentale. Celui-ci se concrétisa dans le parti du KUOMINTANG.

    Ce fut la révolution Xinhai, la révolution bourgeoise de Sun Yat-sen, et l'instauration de la République de Chine en 1911-12. Mais la contre-révolution, appuyée par les impérialistes et les partisans de la monarchie défunte, veillait au grain : le général Yuan Shikai renversa et exila Sun Yat-sen, puis se proclama... empereur, mais mourut l'année suivante ; et la Chine se désagrégea en territoires de "seigneurs de la guerre" (chacun appuyé par une ou plusieurs puissances impérialistes).

    Le Kuomintang, avec son Armée Nationale Révolutionnaire, se lança alors à la reconquête du pays sur les "seigneurs de la guerre", dans les années 1920. Reconquête à laquelle participa le Parti communiste (fondé en 1921), aux côtés du Kuomintang... eh oui ! On connaît des "maoïstes" qui seraient bien incapables de comprendre pourquoi, dans la Chine de Mao (et encore aujourd'hui, mais c'est une autre histoire^^), on élevait des statues à Sun Yat-sen et on lui vouait une grande vénération, alors qu'il avait fondé le parti... renversé par Mao en 1949 !!!

    http://www.chine-informations.com/images/upload2/Communists_enter_Beijing_28194929.jpgC'est, tout simplement, que le GRAND processus de négation (de l'ordre des choses "semi-féodal semi-colonial" qui régnait en Chine au début du 20e siècle : un Empire millénaire pourrissant, passé sous domination impérialiste étrangère), avec, pour contradiction motrice, la contradiction masses populaires / impérialisme + serviteurs locaux ; s'est lui-même composé de plusieurs cycles (*) : le cycle des "révoltes spontanées et mystiques" (des Tai'ping aux "Boxers") ;  le cycle 1911-27, durant lequel la bourgeoisie Kuomintang était objectivement du côté des masses ; et le cycle 1927-49 où, malgré l'intermède du "Front uni" contre les Japonais, le KMT était globalement (mis à part une petite fraction ralliée au PC) du côté de l'impérialisme et de ses agents locaux (tels de nouveaux Qing)... En rompant avec le KMT (par la force des choses, après les massacres de 1927...) et en engageant bientôt la Guerre populaire, le PC de Chine a nié la République de Chine du KMT, pour affirmer la République populaire. Et même après 1949, la lutte des classes se poursuivant sous la dictature du prolétariat, il y eut d'autres cycles : le "cycle de la démocratie nouvelle" s'achevant par la mise en retrait de Mao au milieu des années 60 (et un "premier triomphe révisionniste"), puis le "cycle de la Révolution culturelle" 1966-76, de loin la plus exaltante expérience révolutionnaire du 20e siècle...

    En fait, si l'on essaye de décrypter la pensée de Mao, ce qu'il semble avoir voulu dire, c'est que la "négation de la négation" ne signifie pas un "retour à la case départ" : c'est pourquoi il tient à souligner que toute négation est en même temps une affirmation. En somme : nier ne veut pas dire annuler. La négation de la négation ne signifie pas N + (-N) = 0.

    Si l'on reprend l'exemple des modes de production, la négation de la féodalité, "négation de la négation" de l'esclavagisme, signifie le capitalisme, pas le retour à l'esclavagisme ! Et, dans le processus de la Révolution chinoise, la négation du "cycle KMT" ne signifie pas le retour aux Qing, mais la Guerre populaire avec la Démocratie Nouvelle au bout !

    Voilà ce que feraient bien (et l'on revient ici à l'exemple du Népal) de méditer certains "maoïstes"... Mais non : ils préfèrent affirmer que "la négation de la négation n'existe pas", car c'est pour eux le moyen de renier toute notion de tactique, toute notion d'étape, de "cycle" dans un processus révolutionnaire prolongé.

    Mais, allez-vous nous dire, la révolution chinoise a finalement été vaincue ! Deng Xiaoping n'a-t-il pas rétabli le capitalisme ? La Chine n'est-elle pas aujourd'hui le pays le plus capitaliste au monde ? C'est vrai... Mais, sur tous les plans, entre la condition des masses chinoises aujourd'hui et en 1900 ou 1920, y a-t-il photo ? Soyons sérieux... Malgré les inégalités intolérables qui se sont réinstallées, la main du progrès est clairement passée par là. La Chine n'est plus un pays arriéré, féodal et dominé par l'impérialisme : c'est un pays hautement développé, sans doute impérialiste, ce qui signifie que la révolution doit désormais être SOCIALISTE (il n'y a plus de féodalité ni de domination étrangère à éliminer). Au niveau universel, la lutte du prolétariat a gagné un apport considérable à sa théorie scientifique : le maoïsme. Armé du maoïsme, le mouvement révolutionnaire est maintenant plus fort qu'il ne l'a jamais été.

    Bref... La défaite de la révolution chinoise s'inscrit dans un contexte mondial, celui du reflux de la première vague de révolutions prolétariennes. Le processus de la révolution prolétarienne, commencé au 19e siècle, a culminé (globalement) entre 1917 et 1976, mais, dans le dernier quart du 20e siècle, on peut dire qu'un cycle s'est refermé. POUR AUTANT, NI pour la Chine NI pour le monde dans son ensemble, les choses ne sont (et ne seront jamais) comme avant la révolution chinoise, et comme avant ce cycle de révolutions qui va des années 1910 aux années 1970. Sur la route du communisme, la Chine a reculé par rapport à 1970, mais n'est pas revenue en 1910, 1920, ni même 1945 ! Le Népal a reculé, sans aucun doute, par rapport à la veille de la chute de la monarchie, en 2005-2006, quand seule Katmandou échappait au Pouvoir rouge ; mais il n'est pas revenu au début des années 90 (encore moins à avant 1990)... La fin d'un cycle ramène au-dessous de son point culminant, mais jamais au point de départ.

    En définitive, toute la question de l'activité des communistes, de la justesse de la ligne suivie, est la question d'à quel point (de la "marche vers le communisme") va nous "déposer" le cycle de luttes de classe dont nous sommes partie prenante. On en revient à ce qui était expliqué ici, dans l'article "Sur le processus révolutionnaire" : soit l'on change de classe dominante, donc de mode de production, et c'est une révolution ; soit l'on reste dans le même mode de production, mais on a une mise à niveau de l'organisation sociale avec le niveau des forces productives (et de la "conscience collective engendrée"), et c'est une réforme. En France, il n'y a pas eu, à ce jour, de révolution socialiste. Il y a eu, après la Libération, des réformes, une mise à niveau de l'organisation sociale (ainsi que, dans une moindre mesure, dans les années 70-80, suite à l'"effervescence" post-68). Il n'y a pas eu de révolution, de prise du pouvoir par la classe ouvrière, parce qu'aucune organisation révolutionnaire n'a suivi une ligne correcte, suffisante. Pour autant, celui qui irait dire que ces cycles de luttes du 20e siècle, que le PC révolutionnaire des années 20-30-40 ou encore le mouvement de Mai 68 n'ont "servi à rien" ; que nous sommes "plus éloignés du communisme qu'auparavant" ; serait volontiers invité à remonter le temps et à aller passer quelques jours dans un coron du Nord en 1910...

    Au Népal, le "cycle maoïste" des années 1990-2000 a amené à l'abolition de la monarchie et à une république parlementaire "démocratique" bourgeoise, sans remettre en cause la domination impérialiste et l’oligarchie locale, et très partiellement seulement la féodalité. Bien sûr, si le PCN(m) avait eu une meilleure compréhension du marxisme-léninisme-maoïsme, ce "cycle" aurait pu "déposer" directement le peuple népalais dans une République populaire, une république "démocratique bourgeoise de nouveau type", avec au pouvoir le prolétariat et ses alliés paysans, petits-bourgeois aux conditions de vie prolétariennes etc. Il y aurait eu une révolution et non une réforme. Mais les communistes ne sont pas là pour "refaire l'histoire" avec des "si"... Leur rôle serait plutôt de rechercher, en tirant les leçons de l'expérience, les moyens de lancer un nouveau cycle qui, cette fois-ci, amènera le prolétariat népalais au pouvoir.

    Aujourd'hui, nous sommes entrés dans la NOUVELLE VAGUE DE LA RÉVOLUTION MONDIALE. Dans les dernières décennies du siècle dernier, les limites de la compréhension du monde (entre autres, de la compréhension de tout ce qui précède...), par les communistes, ont conduit la totalité des États révolutionnaires, socialistes ou de démocratie populaire, qui s'étaient construits, à disparaître. Mais, à présent, la dynamique est à nouveau ascendante. Peut se poser, bien sûr, la question des souffrances que l'humanité aura à traverser (et c'est une question que les communistes doivent prendre en compte : une de leurs tâches est, justement, d'essayer de limiter autant que possible ces souffrances). Tel est le sens du mot d'ordre "socialisme ou barbarie". Mais, c'est une certitude, la fin de ce siècle verra une humanité bien plus proche du communisme qu'elle ne l'est aujourd'hui !

    EN RÉSUMÉ :

    - Le rejet, par Mao, de la "négation de la négation", semble être plus un rejet du TERME, que de la substance de celui-ci (ce que Marx et Engels entendaient par ce terme). Dans son histoire, le PC de Chine a très fréquemment fonctionné par "négation de la négation" : négation du "premier Front uni" (contre les seigneurs de guerre) en 1927, négation du Front antijaponais en 1946, négation de la "démocratie bourgeoise de nouveau type" par le Grand Bond en 1958 et la Révolution culturelle en 1966 (pour avancer dans le socialisme, vers le communisme). Mais il est vrai que le terme peut prêter à confusion : laisser entendre que, par la "négation de la négation", on revient "à la case départ". C'est bien entendu faux. Il vaut mieux parler de "cycles", de "processus" qui amènent la société humaine, l'organisation sociale, la reproduction des conditions d'existence, la civilisation, à un niveau supérieur.

    - Mao affirme que la "négation de la négation" est, dans tous les cas, subordonnée à la loi de la contradiction. C'est exact : on peut dire, plus clairement, que la "négation de la négation" est l'apparence vue de l'extérieur, le rythme que prend l'évolution de la société humaine (et le mouvement dialectique de toute chose en général) ; tandis que la loi de la contradiction, l'"unité relative des contraires" (unité et lutte, principalement lutte) en est la FORCE MOTRICE (dans la société humaine, c'est la lutte des classes).

    - Sous ce point de vue, il y a de GRANDS cycles, qui font passer l'humanité d'une classe dominante, d'un mode de production et d'un type de société à un autre (par exemple : de la féodalité au capitalisme, ou bien sûr du capitalisme au communisme) ; et des petits cycles qui sont les subdivisions du grand. Chacun amenant l'humanité plus près de son but (négation de la féodalité par le capitalisme, négation du capitalisme par le communisme), l'évènement déterminant étant bien sûr le changement de classe dominante aux commandes de l’État. Les petits cycles qui échouent à accomplir ce changement, débouchent sur une réforme de l'organisation sociale (dans le cadre du même mode de production). Le rôle des communistes, dans les luttes présentes qu'ils vivent, est bien sûr de faire en sorte qu'il n'en soit pas ainsi, mais qu'il y ait bien prise de pouvoir par le prolétariat. Si cela échoue, ils doivent faire en sorte que cet objectif soit beaucoup plus proche qu'il ne l'était au début du cycle (c'est le cas au Népal : l'objectif est beaucoup plus proche qu'il ne l'était en 1990 ; toutefois, il aurait pu y avoir prise du pouvoir par le prolétariat, et c'est ce qui est douloureux à supporter pour beaucoup de communistes à travers le monde).

    - Cette distinction entre "grands" et "petits" cycles recoupe, finalement, la distinction stratégie/tactique. La stratégie des communistes, c'est la négation du capitalisme par le communisme, essentiellement en deux phases : la GUERRE POPULAIRE jusqu'à la prise du pouvoir par le prolétariat (dans un pays donné) ; le SOCIALISME (ou la démocratie nouvelle puis le socialisme) ensuite. Au sein de ce grand processus prolongé (très long), chaque période historique immédiate a ses grands affrontements de classe, ses grandes luttes contre la classe dominante (puis, sous le socialisme, contre la restauration capitaliste, les anciens et néo-bourgeois), avec leurs flux et reflux. Dans chacune de ces périodes historiques, les communistes déterminent leurs TACTIQUES, avec pour objectif, à l'issue de chaque cycle, de rapprocher au maximum le prolétariat, et les masses populaires derrière lui, de son objectif (conquête du pouvoir, puis communisme)**.

    Il est donc parfaitement logique que les prétendus "maoïstes" (ultragauchistes petits-bourgeois) qui veulent nier toute idée d'étape, de flux et de reflux, de tactique, afin de satisfaire leurs fantasmes "puristes" d'intellectuels, affirment que Mao a rejeté la théorie de la "négation de la négation". Pour eux, le Parti est une "Lumière" qui descend du ciel sur les masses, produit de leur "Génie éclairé" ; et non l'avant-garde (la plus consciente et organisée) des exploité-e-s, qui se forge dans le mouvement réel de la lutte de classe, avec ses avancées et ses reculs, avec ses cycles... Si "tout n'est pas parfait" dès le départ, alors "tout est foutu" : il va sans dire que l'histoire du PC de Chine suffit, à elle seule, à démentir une telle conception.

    - Une "question-piège" pourrait alors être posée : comment se fait-il, comment s'est-il fait (au siècle dernier), qu'il ait pu y avoir restauration capitaliste (en URSS et Europe de l'Est, en Chine, au Vietnam, à Cuba : partout) ; autrement dit, négation du socialisme par le capitalisme ? Comment le socialisme peut-il être nié par le capitalisme ? Ne doit-il pas l'être (logiquement) par le communisme ?

    Et bien, c'est tout simplement (et c'est peut-être là une grande limite de la compréhension communiste au 20e siècle) que la négation du capitalisme n'est pas le socialisme, mais le COMMUNISME : le socialisme est le processus de cette négation, après la conquête du pouvoir par le prolétariat (avant, c'est la Guerre populaire). Un processus qui, lui aussi, avance par cycles ; chaque cycle amenant la société plus près du communisme qu'à son commencement. Mais, à ses débuts, le Pouvoir prolétarien est fragile, surtout si nous sommes dans la première vague de révolutions prolétariennes de l'histoire humaine (pas ou peu d'expérience antérieure, donc) et surtout si (justement) il y a une mauvaise compréhension de ce qu'est le socialisme. Il peut donc être défait, non seulement par la Réaction extérieure et les vieilles classes déchues, mais (grand acquis du maoïsme) par la néo-bourgeoisie se formant au sein même du Parti et de l’État révolutionnaire. En URSS, le "cycle révolutionnaire bolchévik" a amené le prolétariat au pouvoir et culminé avec le lancement de la collectivisation (vers 1930), mais le Pouvoir prolétarien a commencé à se déliter, processus achevé à la fin des années 50. En Chine, la Révolution maoïste a mis les ouvriers et les paysans pauvres au pouvoir, a culminé dans la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, mais s'est aussi délitée et la contre-révolution a triomphé à la fin des années 70.

    Ces processus ont amené (comme toujours) les masses populaires plus près du communisme qu'au départ, mais les ont ramenées dans le capitalisme, après que le prolétariat ait été au pouvoir pendant une certaine période. Au final (de ce qui reste aujourd'hui, ce qui n'a pas été détruit), seules auront été accomplies les tâches révolutionnaires bourgeoises, dans des pays encore arriérés et féodaux : cela aura été la révolution industrielle de la Russie et de la Chine, en définitive. Pour autant, les masses populaires chinoises, les masses populaires russes (et ukrainiennes, etc.) sont objectivement plus près du communisme qu'elles ne l'étaient sous Tchang Kaï-chek et Nicolas II. Si l'on prend l'exemple de la révolution bourgeoise en France : la Restauration de 1815 a-t-elle ramené la société au Moyen-Âge, ou même sous Louis XIV ou Louis XV ? Bien sûr que non... Elle n'aura été qu'un recul (temporaire) dans le processus bourgeois de négation de la féodalité et d'affirmation du capitalisme (et du système politique parlementaire-libéral). Quelques "ultras" monarchistes auront simplement tenté de ramener le capitalisme au 18e siècle : un capitalisme "encadré" par une bureaucratie féodale (noblesse d'office), vivant sur son dos en parasite... Mais sans succès (la révolution bourgeoise reprendra le dessus en 1830 et 1848).

    De la même manière, le rétablissement du capitalisme, dans tous les pays engagés sur la voie socialiste au 20e siècle, n'est qu'un recul temporaire (dû aux limites de la compréhension du monde, des mécanismes de la transition vers le communisme etc.). En prenant appui sur l'expérience passée, la nouvelle vague de la révolution mondiale saura éviter le rétablissement du capitalisme, la prise de pouvoir par une néo-bourgeoisie, dans les pays où le prolétariat aura conquis le pouvoir : elle saura dans ces pays (et, à terme, dans le monde entier !) poursuivre la négation socialiste du capitalisme, jusqu'au communisme !

     


    [(*) Ainsi que l'expose Mao, justement, dans De la contradiction, chapitre 3 "Le caractère spécifique de la contradiction" : "Bien que la nature de la contradiction fondamentale du processus pris dans son ensemble, c'est-à-dire le caractère de révolution démocratique anti-impérialiste et antiféodale du processus (l'autre aspect de la contradiction étant le caractère semi-colonial et semi-féodal du pays), n'eût subi aucun changement, on vit se produire au cours de cette longue période des événements aussi importants que la défaite de la Révolution de 1911 et l'établissement du pouvoir des seigneurs de guerre du Peiyang, la création du premier front uni national et la révolution de 1924-1927, la rupture du front uni et le passage de la bourgeoisie dans le camp de la contre-révolution, les conflits entre les nouveaux seigneurs de guerre, la Guerre révolutionnaire agraire (19), la création du second front uni national et la Guerre de Résistance contre le Japon - autant d'étapes de développement en l'espace de vingt et quelques années."]

    [(**) Le "destin" communiste de l'humanité est inéluctable. La valeur d'un Parti communiste se mesure à combien, dans le mouvement réel auquel il participe (n'est pas un Parti communiste un Parti qui n'y participe pas...), il réussit à avancer les masses de son pays vers cet objectif. Combien chaque cycle se referme loin, ou au contraire ridiculement près, de son point de départ : élever (beaucoup ou peu) la conscience et l'organisation révolutionnaire dans les masses (dans l'objectif de la conquête du pouvoir), conquérir ou non le pouvoir, réussir (lorsqu'il est conquis) à le conserver ou au contraire laisser le capitalisme se rétablir dans les rapports sociaux, puis à la tête de l’État, etc. Une grande question, qui traverse le mouvement communiste depuis longtemps, étant : l'humanité peut-elle avoir un autre avenir que le communisme ? On pense notamment à une régression vers la barbarie... Servir le Peuple ne le croit pas, il ne croit pas à ces scénarios post-apocalyptique de cinéma, à la "Mad Max". Le slogan "socialisme ou barbarie", parfois mis en avant par SLP, fait simplement référence au niveau de souffrances que l'humanité devra traverser d'ici à la chute du capitalisme, niveau que les communistes doivent se donner pour objectif, même si cela semble "impossible", de rendre minimal. "Socialisme ou barbarie" signifie que le plus vite, et le plus largement nous ferons triompher le socialisme sur la Terre, le plus nous pourrons éviter à l'humanité, ou limiter dans l'espace et dans la durée, les souffrances des crises (comme en Grèce), des guerres exterminatrices (comme en Afrique centrale ou en Irak), du fascisme et autres dictatures terroristes réactionnaires (comme celles qui écrasent les peuples arabes, de nombreux peuples d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine etc.). Mais l'humanité s'ouvrira, quoi qu'il arrive, la voie vers le communisme. La seule "variable" consiste en les souffrances qu'il faudra endurer pour y parvenir. L'humanité actuelle ne peut régresser à un niveau pré-capitaliste, encore moins archaïque ou primitif. Ainsi, les "invasions barbares" et les "âges obscurs" (du 5e-6e siècles de notre ère) sont très largement un mythe de la bourgeoisie (qui célébrait l'Antiquité gréco-romaine, et voyait dans les féodaux les descendants des "barbares") : c'est l'Empire romain qui était décadent, et cette décadence s'est simplement poursuivie avant que ne se "stabilise" la féodalité (vers le règne de Charlemagne) ; en aucun cas la civilisation n'a régressé au niveau (par exemple) de la Gaule pré-romaine ; et la Méditerranée (avec les Byzantins, l'Espagne wisigothique, puis les Arabes) a même gardé un très haut niveau de civilisation (au 8e siècle, de l'Espagne à l'Irak, la civilisation arabe dépassait déjà largement la civilisation romaine antique). Ce processus de "négation" de l'Antiquité par la féodalité court globalement du 3e au 8e siècle de notre ère. Tout au plus, la brutalité et les dévastations des "invasions" (mais aussi, déjà, des guerres civiles du Bas-Empire romain décadent) sont les équivalentes des grandes dévastations guerrières que le capitalisme inflige à l'humanité depuis plus d'un siècle ; mais l'humanité euro-méditerranéenne s'est néanmoins frayée un chemin vers un niveau de civilisation supérieur, celui du califat de Bagdad et d'Al-Andalus, de l'Occitanie, de l'Italie et de la Flandre des 12e-15e siècle, etc. Il en sera de même pour la négation du capitalisme par le communisme !] 


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