• Quelle est la source de l'oppression des femmes ?


    (et par dérivation, de toutes les oppressions de genre puisque l'homophobie et la transphobie ne sont rien d'autre qu'un rejet de la non-conformité aux "rôles" et "rangs" associés à cette division...)

    La réponse spontanée de tout marxiste serait en principe "la division sexuelle du travail". Une division très ancienne, remontant aux temps préhistoriques, et fondée sur des critères BIOLOGIQUES (force physique, impossibilité pour les hommes de certaines tâches comme donner naissance et allaiter les enfants en bas âge, etc.).

    MAIS VOILÀ, cette réponse est en réalité inexacte. Car si cette division se fonde sur des critères biologiques, de force physique etc., alors la logique voudrait que chaque progrès technologique réduisant sa pertinence (en supprimant la nécessité d'aptitudes physiques particulières) la fasse reculer, et qu'au jour d'aujourd'hui elle ait pratiquement disparu. Or ce n'est pas le cas, bien au contraire.

    La réponse nous est en fait fournie par les camarades féministes maoïstes du Canada :

    "La surexploitation des femmes n’est pas causée par la division sexuelle du travail (les femmes historiquement, se sont concentrées sur les tâches liées à la reproduction et à l’entretien des enfants et de la famille). Cette division sexuelle du travail, même si elle y joue un rôle important, n’est pas dans l’absolu, une source d’oppression pour les femmes. Si on accordait la même valeur à ce travail (comme c’était le cas dans les sociétés primitives, avant l’apparition de la propriété privée, de la famille patriarcale et des classes sociales) qu’au travail dans la production, tous les salaires seraient plus ou moins égaux ; toute tâche « utile » à la société et à sa reproduction serait valorisée de la même façon."

    Eh oui... La division sexuelle originelle joue un rôle important certes, un rôle premier en ayant décidé de la répartition des tâches ; mais elle n'est pas l'explication principale du problème aujourd'hui : celle-ci, avant même de discuter (car on le peut) de la pertinence actuelle de la répartition, réside avant tout dans la VALEUR (ou plutôt l'absence de valeur) attribuée aux tâches qui sont en l'occurrence celles principalement dévolues aux femmes, à savoir, les tâches de l'économie domestique dites de reproduction gratuite de la force de travail ("nourrir-blanchir", s'occuper des enfants etc.).

    Dans une société d'économie totalement naturelle, comme celle de la préhistoire où la division s'est établie (mais l'économie naturelle n'a totalement disparu d'Occident qu'au 19e siècle, et existe encore dans beaucoup d'endroits du monde), les tâches sont distinctes mais COMPLÉMENTAIRES, absolument nécessaires les unes aux autres ; si bien que sur cette seule base, il n'y a pas en réalité de véritable statut d'infériorité des tâches de la femme, et donc de la femme elle-même.

    Ce qui engendre cette infériorisation, c'est le développement de l'économie marchande et l'"expulsion" de ces tâches de la valeur (marchande) reconnue dans cette économie, "réservée" aux seules tâches productives des hommes.

    Une économie marchande qui commence à émerger à la fin de la préhistoire, avec l'entrée dans l'âge des métaux (la forge, grande activité qu'au nom de la force physique vont alors par exemple se réserver les hommes : la production d'outils de valeur, alors que la production d'outillage en bois, pierre, os etc., complémentaire de l'activité de chasse, était à l'origine une tâche féminine...) ; mais qui devient TOTALE et subsume ("englobe", "pénètre") toute la vie sociale avec le triomphe du CAPITALISME, entre le 16e et le 18e siècle en Europe et aux 19e-20e siècles dans le monde entier.

    Pour les féministes marxistes comme Silvia Federici (principale référence en la matière), cette expulsion totale des activités féminines de la sphère de la valeur est notamment ce qui accompagne et explique la gigantesque campagne de persécution des femmes en Europe (ainsi que dans certaines colonies au dehors) entre la fin du 15e et le 18e siècle, connue sous le nom de chasse aux sorcières (parallèlement bien sûr à d'autres facteurs comme l'écrasement de la transmission - principalement féminine - des cultures populaires nationales, au Pays Basque comme ailleurs, dans le cadre de la construction des États modernes négateurs ; le besoin de bras pour la production, car le grand paradoxe est qu'aucun autre système n'a non plus autant jeté les femmes - en position surexploitée - dans la production de marchandises que celui-ci, en les arrachant donc à leurs activités spécialisées complémentaires ; bref, de manière générale la destruction de ce communisme primitif qui survivait encore très largement, sous la "ponction" ponctuelle de l'autorité féodale, dans les masses populaires à 95% paysannes du Moyen Âge) :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/il-y-a-530-ans-le-malleus-maleficarum-breviaire-capitalo-patriarcal-de-a114065394

    Depuis lors, le progrès technologique ininterrompu fruit du capitalisme lui-même a donc certes retiré peu à peu toute pertinence au partage (complémentaire) préhistorique des tâches ; mais le fait que les tâches de "soin" de la force (ou future force : les enfants) de travail, et non de production directe de marchandise par cette force, ne se voient reconnaître aucune valeur par la société fait que les hommes, qui n'y sont pas historiquement "habitués", ne les acceptent qu'à contrecœur ; tandis que les femmes, elles, qui plus que jamais travaillent tout autant que les hommes dans la production marchande (et généralement dans des fonctions plus subalternes et moins bien payées, ainsi sont-elles rarement chef dans la restauration alors que la cuisine est la première tâche domestique qu'on leur attribue "naturellement"...), les voient tout simplement se SURAJOUTER à leur activité professionnelle...

    L'oppression et l'infériorisation sociale des femmes, loin d'être quelque chose de "moyenâgeux" (époque où certes, l'association de la force physique à la production qui "rapporte" privilégiait déjà les hommes, mais l'idée de complémentarité et de nécessité sociale absolue des tâches féminines restait dominante), a en réalité connu son "pic" dans la société de capitalisme triomphant du 19e et début 20e siècle ; avant de reculer un petit peu sous la pression du mouvement d'émancipation associé au mouvement révolutionnaire anticapitaliste ; mais aujourd'hui, les choses consistent finalement en une "bataille" pour la répartition des tâches non-valorisées économiquement dont personne (en plus de son dur labeur salarié) ne veut, les "externaliser" étant dans certains cas possible mais réservé aux moyens économiques des familles bourgeoises ("LA condition féminine" n'existant donc pas, tant elle varie selon les classes) ; en sus de problématiques nouvelles ("patriarcat 2.0") liées à la mutation du capitalisme monopoliste en société de consommation (marchandisation du corps des femmes comme "produit" à acquérir par les hommes via tout un tas de dépenses faisant tourner l'économie, nouveau rôle des femmes comme "accompagnatrices" des enfants "consommateurs-rois" dans la consommation, femmes élevant seules leurs enfants car l'homme a "acheté" une vie sexuelle mais pas les responsabilités de soutien de famille, etc. etc.).

    De ce fait (un camarade nous parlait de cela récemment), il n'est pas surprenant de rencontrer non seulement un salafiste radical prônant (cela n'a en fait rien de surprenant) un rôle purement domestique de la femme, refusant qu'elle travaille et pratiquement qu'elle sorte du foyer etc., mais surtout, des femmes acceptant et rejoignant ce mode de vie : celui-ci leur apparaît, tout simplement, préférable à la condition féminine occidentale de ce début de 21e siècle, à la fois esclave salariée comme les hommes, objet sexuel sur un "marché de la séduction" ET chargée des tâches ni valorisées ni rémunérées de la reproduction de la force de travail...

    La solution à cette problématique réside donc avant tout, comme nous le disent les camarades maoïstes du Québec, dans une nouvelle société où toute tâche « utile » à la société et à sa reproduction serait valorisée de la même façon.

    Quelle est la source de l'oppression des femmes ?

    Quelle est la source de l'oppression des femmes ?


    En annexe, DEUX TEXTES FONDAMENTAUX des mêmes camarades canadiennes :

    ANNEXE 1: Sur le FFPR et l’oppression des femmes

    L’analyse de l’oppression spécifique des femmes est traversée historiquement par deux courants conceptuels irréconciliables dans la théorie comme dans la pratique: le courant matérialiste et le courant post-moderne (queer). Ces deux courants n’identifient pas la même contradiction sociale à l’origine de l’oppression des femmes: les matérialistes mettent en lumière la contradiction entre les hommes et les femmes, alors que les féministes queer envisagent une contradiction entre les individus qui performent le genre de façon normative et les individus qui performent le genre de façon transgressive.

    Le féminisme prolétarien est un cadre théorique et pratique matérialiste. Toutefois, en tant que marxistes, les féministes prolétariennes n’abordent pas l’oppression des femmes d’après la même grille d’analyse que celle utilisée par les féministes matérialistes radicales, lesquelles conçoivent la contradiction homme/femme comme un rapport entre une classe exploitée et une classe exploiteuse. Au contraire, les féministes prolétariennes estiment que l’oppression des femmes ne profite pas aux hommes dans leur ensemble, mais plutôt à la classe dominante, et que la contradiction homme/femme est subordonnée à la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie.

    Le Front féministe prolétarien (FFPR) adopte une conception féministe prolétarienne de l’oppression vécue par les femmes. L’existence de ce petit mouvement, généré par le Parti communiste révolutionnaire (PCR), repose sur la ferme conviction que la prise du pouvoir par la classe ouvrière ne peut se produire sans la participation et le leadership des femmes, qui en composent la majorité, et que la libération des femmes est indissociable de la révolution socialiste.

    Ces thèses seront élaborées dans l’argumentaire ci-dessous. D’abord, les conceptions féministes matérialistes radicales seront opposées aux conceptions post-modernes (queer). Ensuite, le féminisme matérialiste prolétarien – qui, étant matérialiste, rejette lui aussi les conceptions queer – se distinguera du féminisme matérialiste radical. Enfin, une fois les fondements théoriques du féminisme prolétarien exposés, la raison d’être et les tâches du FFPR seront rappelées.

    A) Féminisme matérialiste radical VS féminisme queer

    1. Les féministes matérialistes radicales comme les féministes queer rejettent la «différence des sexes» reposant sur l’essentialisme biologique. En effet, la science a démontré que les comportements humains échappent au déterminisme biologique, tant au niveau neurologique qu’au niveau hormonal.[1]

    2. Les féministes matérialistes radicales analysent le sexe comme étant une construction sociale à l’instar des féministes queer. Par contre, ces dernières introduisent la notion de genre, une construction sociale hétéronormée qui se superpose au sexe et, par le fait même, le supplante dans leur analyse. D’après leur compréhension, le genre est choisi individuellement et librement, soit en acceptant la norme binaire, soit en la transgressant volontairement. C’est donc dire qu’être homme, femme, ou encore appartenir à un groupe de genre n’entrant pas dans cette division binaire, relève du libre arbitre.

    3. Au contraire, les féministes matérialistes radicales estiment qu’être une femme ou être un homme est le résultat d’une inculcation faite tout au long de la vie qu’on appelle socialisation.

    4. Pour les féministes matérialistes radicales, cette socialisation est le produit d’un rapport social de sexe, à l’intérieur duquel la classe des hommes exploite la classe des femmes. Cette exploitation est induite par l’existence du patriarcat, entendu comme un mode de production.

    5. Pour les féministes queer, ce qui détermine l’identité du genre, c’est sa performativité, c’est-à-dire, la pratique répétée des normes du genre. Le genre n’est pas le produit d’un rapport social, mais plutôt d’un rapport de pouvoir. En effet, dans le paradigme post-moderne, le pouvoir n’est pas concentré dans une classe sociale ou encore dans l’appareil d’État de cette classe. Il est plutôt réparti de façon diffuse à travers toutes les institutions et les individus qui composent la société. Le pouvoir est ce qui à la fois produit et réprime les sujets. Par exemple, la famille hétéronormative est une unité de pouvoir qui produit généralement des hommes et des femmes appeléEs à entretenir des relations hétérosexuelles, et qui emprisonne ces individus dans des rôles de genre masculins et féminins rigides. Par contre, ces individus sont à leur tour des unités de pouvoir qui décident de se conformer à la norme ou de la subvertir, d’en transgresser les règles, et ce, afin de transcender la répression de leur propre subjectivité. C’est ce qu’on appelle l’agentivité, ou la pratique de soi. Pour les féministes queer, c’est l’étude de la norme qui permet aux individus d’avoir une performance normative ou transgressive du genre, quelle que soit la socialisation à laquelle ils et elles ont été exposéEs.

    6. C’est ainsi que les féministes queer placent la contradiction entre la performance normative du genre (femmes et homme cisgenres, femmes et hommes hétérosexuelLEs) et la performance transgressive du genre (femmes et hommes transgenres, queers, femmes et hommes homosexuelLEs, bisexuelLEs, pansexuelLEs, personnes non-binaires, «gender neutrals», «gender fluid», berdaches, drags, etc.)

    7. Pour les féministes matérialistes radicales, la contradiction se situe plutôt entre deux groupes sociaux séparés et hiérarchisés qu’on appelle homme et femme. La perpétuation de la domination masculine est causée par un ordre socialement construit. Elles considèrent que la division homme/femme s’est établie sur la base de la différence anatomique des organes sexuels perçus à la naissance et des fonctions reproductives (biologiques et sociales) distinctes qui leur sont systématiquement associées. Le corps est construit par le monde social comme une réalité sexuée qui trouverait sa justification idéologique «dans l’ordre naturel des choses».

    8. Les féministes matérialistes radiales considèrent que le travail est l’objet principal de la différentiation des sexes et leur hiérarchisation. En effet, c’est le travail domestique qui constitue la base économique et sociale de l’oppression patriarcale des femmes. La division sexuelle du travail organise la répartition des richesses et des statuts sociaux en faveur des hommes. Par exemple, le travail domestique assigné aux femmes est disqualifié comparativement au travail salarié.

    9. Pour les féministes queer, le travail n’est pas l’objet principal de la question de l’oppression des femmes, ou plutôt, des personnes opprimées par le genre. C’est la sexualité qui est déterminante, la sexualité englobant ici la construction d’identités de genre, indissociables de l’orientation et des pratiques sexuelles. La domination masculine, comme rapport social de sexe, est alors remplacée par la prescription hétéronormative comme rapport sexuel de pouvoir. En ce sens, pour les féministes queer, l’hétéronormativité entraîne la suppression des similitudes naturelles entre les individus désignéEs comme hommes ou femmes et force la répression chez les hommes de leurs traits «féminins» et chez les femmes, de leurs traits «masculins», ces traits (physiques ou comportementaux) correspondant à l’idée qu’on se fait de ce qu’est la masculinité et la féminité.

    10. À l’opposé, les féministes matérialistes radicales, lorsqu’elles se penchent sur la question de la sexualité, l’analysent encore dans le prisme de la division sexuelle du travail. Les relations sexuelles sont conçues comme un travail fourni par les femmes et approprié par les hommes. La féminité inculquée, comme expression de la vulnérabilité et de la soumission des femmes, sert à combler les désirs sexuels des hommes. En ce qui a trait à l’hétéronormativité, elle découle de la division sexuelle du travail qui assigne des tâches différentes aux hommes et aux femmes et qui les veut «naturellement complémentaires».

    11. Alors que les féministes matérialistes radicales veulent abolir les rôles sexués, établis d’après une binarité socialement construite, les féministes queer privilégient la multiplication de catégories de personnes n’entrant pas dans les normes de genre, et donc la perpétuation de la différenciation qui sous-tend inévitablement une hiérarchisation.

    12. Les féministes matérialistes radicales ne s’attardent pas au discours philosophique portant sur la subjectivation, mais plutôt à l’observation des pratiques sociales et des conditions matérielles dans lesquelles évoluent les femmes.

    13. Pour les féministes queer, il suffit de s’autodéfinir et d’avoir une activité incessamment performée en correspondance avec cette auto-identification pour renverser la norme du genre. C’est une approche individualiste.

    14. Au contraire, pour les féministes matérialistes radicales, la classe des femmes doit mener collectivement une lutte politique acharnée contre la classe des hommes.

    B) Féminisme matérialiste prolétarien VS féminisme matérialiste radical

    1- Les points de convergence

    15. Le féminisme prolétarien, comme le féminisme radical, rejette la théorie queer parce que celle-ci découle du postmodernisme. Son articulation avec le matérialisme ne peut s’opérer sans une tension parce qu’elle est intrinsèquement idéaliste. Les approches matérialistes et postmodernes sont donc, à plusieurs égards, antagoniques. La perspective théorique queer est étrangère au marxisme et est appelée à le demeurer car elle est bourgeoise.

    16. Le féminisme prolétarien, comme le féminisme radical, identifie une contradiction entre les hommes et les femmes, et rejette l’idée d’une contradiction entre les individus ayant une performance normative et les individus ayant une performance transgressive du genre. Comme le féminisme radical, le féminisme prolétarien conçoit le sexe comme une construction sociale. Cette dernière est générée par une socialisation différentiée et hiérarchisée entre les hommes et les femmes. La socialisation est établie en fonction de l’apparence des organes génitaux observés à la naissance.

    17. Le féminisme prolétarien, tout comme le féminisme radical, s’intéresse au travail comme étant à la racine de l’oppression des femmes.

    18. Finalement, le féminisme prolétarien, comme le féminisme radical, poursuit l’objectif de l’abolition des rôles sexués, contrairement au féminisme queer qui, par libéralisme, appelle à la multiplication des identités de genre et à la liberté individuelle de choisir la sienne ici et maintenant.

    2- Les points de divergence

    19. L’analyse féministe radicale, dans son ensemble, n’est pas compatible avec le marxisme, parce qu’elle conçoit la société actuelle comme étant patriarcale, c’est-à-dire comme étant contrôlée par les hommes dans leur ensemble, ou du moins, comme étant gérée dans l’intérêt de l’ensemble des hommes. Au contraire, le féminisme prolétarien soutient que l’oppression des femmes, aussi importante soit-elle, ne profite pas aux hommes dans leur ensemble, mais à la bourgeoisie. Si la domination masculine dans la société est indéniable, il est erroné de prétendre que tous les hommes détiennent le pouvoir.

    20. Le marxisme analyse le mode de production capitaliste du point de vue des intérêts matériels des différentes classes. Les féministes matérialistes radicales ont voulu donner une base matérialiste, calquée sur le marxisme, à la théorie du patriarcat en prétendant qu’il existe un mode de production domestique. Toutes les femmes, quelle que soit leur appartenance de classe, constitueraient une classe sociale unique dont le travail domestique serait spolié par la classe des hommes.

    21. Les féministes prolétariennes estiment que les rapports entre les hommes et les femmes ne peuvent pas être considérés comme étant analogues aux rapports entre les capitalistes et les travailleurEs. L’exploitation et l’oppression sont deux phénomènes de nature différente. Le travail domestique fait par les femmes prolétariennes ne permet pas à leurs compagnons prolétariens d’accumuler du capital. Dans le travail salarié, chaque minute gagnée par les travailleurEs est une minute perdue pour les profits des capitalistes. Dans le travail domestique, les hommes n’exigent pas des femmes plus de préparation de repas et plus de lessives dès qu’elles ont la possibilité physique d’en faire davantage. Dans le travail salarié, les machines qui pourraient améliorer le sort des prolétaires, mais qui ne servent pas à augmenter les profits, ne sont pas introduites. Dans le travail domestique, l’introduction des machines et des produits nouveaux, qui améliorent les conditions de vie des femmes, n’est pas combattue par les hommes. Le temps passé à l’éducation et aux soins des enfants n’est pas un travail dont profitent les hommes prolétariens; l’absence d’un homme ne réduit pas la charge de travail des innombrables femmes monoparentales qui élèvent seules leurs enfants. C’est le capitalisme qui impose, par la privatisation de ce travail, de longues heures éreintantes aux femmes. Ceux qui profitent du travail domestique des femmes sont les mêmes qui profitent du travail en général : les capitalistes. Ce travail de reproduction leur permet d’avoir des travailleurEs nourriEs, blanchiEs et en santé, prêtEs à se mettre au travail chaque jour. Les capitalistes ne socialisent pas tout le travail de reproduction car cela nuirait à leurs profits en entraînant des coûts considérables. Pour faciliter la reproduction de la force de travail, la bourgeoisie a conservé une institution préexistante, la famille – au sein de laquelle les femmes étaient considérées comme inférieures – tout en la transformant et en la subordonnant à ses rapports de production. C’est ainsi que le sexisme se reproduit au sein de la société actuelle et génère les inégalités entre les hommes et les femmes, notamment en ce qui a trait au partage des tâches domestiques.

    22. Certaines féministes radicales n’analysent pas séparément les rapports de classe et les rapports sociaux de sexe. Elles analysent tout de même conjointement l’intérêt individuel de chaque homme à se faire servir à la maison par une femme et l’intérêt collectif qu’a la classe dominante à perpétuer la division sexuelle du travail – qui assigne aux femmes la majeure partie des tâches domestiques et leur prolongement dans le monde salarial.

    23. Pour les féministes prolétariennes, le travail domestique ne représente pas un antagonisme d’intérêts entre les hommes et les femmes de la classe ouvrière. Être moins exploité que les femmes ne signifie pas les exploiter. Les hommes prolétariens n’ont pas un intérêt matériel dans le maintien de la privatisation du travail reproductif. Ils ne perdraient rien avec la socialisation de ce travail.

    24. Les féministes radicales affirment que le mode de production patriarcal serait aussi structurant socialement, sinon plus, que le mode de production capitaliste. Les féministes prolétariennes, en tant que marxistes, considèrent que cette analyse est erronée.

    25. En effet, peut-on dire que la famille, siège du travail domestique, a le même poids historique, politique et économique que le marché capitaliste? Le marché et l’accumulation du capital ont fait et refait tous les aspects du monde dans lequel nous vivons; ont causé les guerres et les famines, transformé littéralement le paysage, créé les villes, détruit et recréé des monarchies, des dictatures, des démocraties; créé les conditions pour l’entrée en masse des femmes dans le travail industriel; créé l’éducation et les universités. La famille n’a pas eu ce rôle dynamique et progressiste-en-même-temps-que-destructeur dans l’histoire du monde. Il s’agit plutôt d’une institution qui contribue fortement à la survie du capitalisme, sans pour autant constituer une de ses raisons d’être. L’organisation et la réalisation des tâches domestiques dépendent de l’existence préalable de la production industrielle, de ses produits et de son impact sur la division du travail. Quand les besoins de l’accumulation capitaliste changent, de grandes transformations peuvent avoir lieu dans la famille, tandis que l’inverse n’est pas vrai. L’économie capitaliste en expansion a besoin de la main-d‘œuvre féminine – et voilà que des millions de femmes rejoignent à nouveau la force du travail. Le capitalisme a besoin d’une main-d’œuvre plus formée? – Les enfants iront touTEs à l’école au lieu d’aller à l’usine. Dans des périodes de crise, c’est encore plus frappant. En temps de paix, l’idéologie bourgeoise déclare que le foyer familial est le seul endroit où l’on peut développer des êtres humains équilibrés. Arrive une guerre mondiale et les capitalistes envoient les hommes par millions dans les champs de la mort et les femmes par millions à l’usine pour remplacer le travail des ouvriers hommes. Le cadre familial comme mode de vie est détruit jusqu’à la fin de la guerre. Bref, le capitalisme a besoin de la famille, mais la famille lui est, en dernière instance, subordonnée.[2]

    26. Le féminisme prolétarien, contrairement au féminisme radical, analyse la contradiction homme/femme comme une contradiction secondaire non-antagonique, une contradiction au sein du peuple. Le féminisme prolétarien considère que la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie est la contradiction sociale principale. L’oppression des femmes est subordonnée à la lutte des classes.

    27. Contrairement aux féministes radicales, les féministes prolétariennes considèrent donc qu’il n’y a pas d’unité possible entre les femmes prolétariennes et les femmes bourgeoises, mais qu’il y en a une entre les femmes prolétariennes et les hommes prolétariens, malgré la persistance de comportements sexistes au sein du peuple. C’est dans l’intérêt des hommes prolétariens de participer au combat contre le sexisme et l’oppression des femmes. Dans tous les pays, les femmes constituent une partie importante des travailleurEs. L’idée même que les prolétaires puissent prendre le pouvoir et laisser en place l’oppression des femmes est un non-sens. Cette idée suggère que des millions de travailleuses, s’étant engagées dans une lutte sans merci pour renverser la bourgeoisie – lutte entraînant toutes les transformations de la conscience qui surgissent de ce genre d’expérience – décideraient par la suite de maintenir l’oppression des femmes. Une prise du pouvoir par les travailleurEs, si la majorité du prolétariat est ignorée, n’en est pas une. Cela ne signifie pas qu’après la prise du pouvoir, les préjugés sexistes millénaires et le mépris envers les femmes disparaîtront d’un coup. Cela signifie seulement que l’élimination de la base matérielle de l’oppression, jumelée avec la conscience révolutionnaire de millions de femmes et d’hommes, affaiblira cette oppression qui entamera son dépérissement rapide jusqu’à son élimination.[3]

    C) Pour un petit-mouvement féministe prolétarien

    28. Le FFPR a été constitué sur la base de la reconnaissance de l’existence objective d’une contradiction entre les hommes et les femmes, ainsi que sur la nécessité 1) d’organiser les femmes prolétariennes pour faire la révolution, et 2) de combattre le sexisme dès maintenant pour qu’il se forme une alliance véritable entre les hommes et les femmes du prolétariat.

    29. Le fait que le FFPR s’adresse aux femmes – le groupe opprimé qui justifie son existence – ne reproduit pas l’oppression de minorités elles aussi opprimées, qu’il s’agisse de catégories qui ont une existence matérielle dans la société (homosexuelLEs, personnes trans, personnes racisées, etc.), ou qu’il s’agisse de catégories strictement idéologiques, comme celles avancées par les queer. Le fait de n’utiliser que le mot «femmes» dans le chapitre 8 du programme du PCR et dans le Manifeste pour un féminisme prolétarien n’est en rien problématique. Il n’y a pas lieu d’ajouter des expressions provenant du féminisme queer telles que «personnes opprimées par le genre», «personnes non-binaires» ou encore «non-hommes». Cela trahirait la mission du FFPR. En effet, le féminisme queer occulte l’oppression des femmes. Il prétend qu’en changeant les mots et les idées, on change le monde matériel, niant que les rôles sexués continuent d’exister objectivement. Le féminisme queer, en faisant la promotion de l’agentivité, en vient à effacer la nécessité de la lutte collective pour l’émancipation des femmes prolétariennes.

    30. Les féministes prolétariennes reconnaissent l’existence objective des personnes trans, mais comprennent leur situation comme étant déterminée par la contradiction homme/femme, et non par une contradiction imaginaire entre normativité et transgression du genre. La socialisation sexuée génère des rôles sexués à travers tous les appareils idéologiques de la société bourgeoise. Cependant, cette socialisation ne s’effectue pas de façon homogène et uniforme pour tous les individus, étant donné que la pression des différents environnements sociaux n’est pas la même partout. Les personnes trans ne transgressent pas ou ne subvertissent pas le genre ou les rôles sexués; ils et elles changent de camp tout simplement. Notons que les hommes sont aussi soumis aux impératifs des rôles associés au sexe dominant qu’on leur a assigné à la naissance. Cela peut entraîner un malaise important qui pourrait expliquer la transsexualité des hommes, les amenant à s’exposer aux violences sexistes que subissent les femmes.

    31. L’oppression des personnes trans par les femmes soi-disant cisgenres[4] est une invention divisive de la bourgeoisie. Même une femme qui serait en parfaite correspondance avec les rôles sexués féminins serait une femme dominée qui n’aurait pas choisi son sexe, mais à qui la société lui en aurait assigné un qui la maintiendrait en position d’infériorité. Ceci dit, il n’y a pas de femmes ni d’hommes en parfaite correspondance avec les rôles sexués qui incombent à leur sexe puisque le sexe est construit socialement.

    32. C’est donc dire que le FFPR prend en compte l’oppression que vivent les personnes trans et les personnes homosexuelles, tout en concevant ces oppressions comme découlant de la contradiction entre les hommes et les femmes. L’homophobie et la transphobie sont des prolongements du sexisme.

    33. Le FFPR affirme que les organisations révolutionnaires et les hommes révolutionnaires doivent aussi agir contre les effets de l’oppression des femmes dans la vie quotidienne ou organisationnelle.

    34. Pour conclure, le FFPR milite en faveur de l’affranchissement de la sexualisation des corps et des rôles sexués qui en découlent. La société communiste sans classes sera marquée par l’égalité réelle entre les individus qui ne seront plus placés dans des catégories de sexe et qui pourront exprimer leurs préférences librement.

    35. Le PCR, en tant qu’avant-garde communiste, accorde aux mouvements de lutte des femmes prolétaires (contre l’exploitation sexuelle, le sexisme, etc.) un soutien sans failles, mais inscrit dans un travail politique visant à rendre ces mouvements conscients de leur cadre naturel – la lutte des classes – et, donc, à les qualifier vers la lutte révolutionnaire.[5] Quelle doit être l’attitude de l’avant-garde communiste vis-à-vis du féminisme bourgeois et petit-bourgeois, du féminisme queer et du féminisme radical? Une critique sans concession de leur caractère anti-prolétarien.

    Des camarades militantes du FFPR-Montréal

    NOTES:

    [1] Nous nous basons sur les écrits de théoricien(ne)s tel(le)s que Catherine Vidal, Joëlle Wiels, Gaïd Le Maner-Idrissi, Pascal Picq, I.E. Sommer et al, K.M. Bishop et D. Walhsten, S.J. Gould, D. Benoît-Browaeys, etc.

    [2] Extrait tiré presque intégralement du texte «Vivons-nous dans une société patriarcale? À qui profite l’oppression?» par John Mullen.

    [3] Idem.

    [4] D’après le féminisme queer, les personnes cisgenres sont celles dont l’identité de genre correspond au genre qui leur a été assigné à la naissance en fonction de l’apparence de leurs organes génitaux. Autrement dit, il s’agit de la grande majorité des individus.

    [5] Extrait tiré presque intégralement du texte «La Flèche et la cible» par le Collectif des prisonnièrEs des Cellules communistes combattantes (CCC).

    * * *

    ANNEXE 2 : Sur la prostitution

    1. Nous tenons à un féminisme prolétarien, c’est-à-dire, un féminisme qui s’intéresse à la libération des femmes qui ne possèdent pas de moyens de production et qui n’ont d’autre choix que de vendre leur force de travail pour survivre. Ce féminisme s’inscrit en opposition avec un féminisme bourgeois qui sert les intérêts de la classe dominante.

    2. Le féminisme prolétarien repose sur un cadre d’analyse matérialiste. Le matérialisme philosophique a été employé chez les féministes de 2ième vague pour analyser ce qu’elles ont nommé les «rapports sociaux de sexe». Toutefois, le féminisme prolétarien rejette les conceptions féministes radicales selon lesquelles il existerait un mode de production patriarcal. Il défend plutôt que le mode de production capitaliste, aujourd’hui dominant, est fait de rapports sociaux de production qui font en sorte que la bourgeoisie profite de l’oppression des femmes.

    3. Sur la question de la prostitution, le prohibitionnisme apparaît chez les féministes de 1ière vague, les égalitaristes. L’égalitarisme est un féminisme qui répond aux besoins des femmes bourgeoises. Il condamne la prostitution et les prostituées pour des considérations morales et hygiéniques.

    4. L’abolitionnisme, de son côté, apparaît chez les féministes matérialistes. Celles-ci examinent la prostitution dans le prisme de l’exploitation économique et sexuelle des femmes.

    5. La position pro travail du sexe (pro TDS), ou encore réglementariste, apparaît plus tard dans la littérature féministe. Il s’agit d’une position qui est souvent défendue par les féministes de 3ième vague, ou queer, au nom du droit à l’autodétermination des individus (agentivité).

    6. En tant que féministes prolétariennes, nous considérons que la position pro TDS ne répond pas aux femmes prolétaires touchées quotidiennement par l’exploitation économique et sexuelle. Pour sa part, la position abolitionniste la plus répandue, bien qu’elle soit matérialiste, comporte aussi des failles que le féminisme prolétarien se doit de corriger.

    7. Dans un premier temps, la position pro TDS, ou réglementariste, est problématique parce qu’elle refuse de voir la prostitution comme étant structurée par le sexisme. C’est une position libérale, empreinte d’idéologie bourgeoise, faisant la promotion de la liberté individuelle de marchander ce qu’on veut.

    8. En effet, les pro TDS considèrent à tort que les femmes qui vivent de la prostitution vendent un service sexuel et donc, disposent librement de leur corps. Or, les femmes qui vivent de la prostitution louent plutôt le droit de disposer de leur corps à des clients.

    9. La prostitution n’est pas la vente ordinaire de la force de travail; il ne s’agit pas de l’exploitation du travail d’une personne, mais de l’exploitation absolue d’une personne. La prostitution n’est pas la vente et la consommation de services sexuels: ce qui est vendu et consommé, c’est le rapport de domination direct sur une personne. C’est cette domination qui est la valeur d’usage de la marchandise-prostituée, tandis que pour le travail salarié en général, la domination est plutôt une condition qui permet l’exploitation de la force de travail. Ce que met en scène et en marché l’industrie du sexe, c’est non seulement les corps sexués, mais aussi, et surtout, la violence sexiste. La prostitution est l’expression la plus complète de cette violence.

    10. Considérer que la prostitution est un travail comme un autre, c’est renforcer l’idée voulant que la sexualité soit une tâche, celle de répondre à la sexualité-besoin de l’homme. Le matérialisme nous enseigne que les hommes et les femmes sont soumisES à une socialisation différenciée et hiérarchisée. Cette socialisation fait en sorte que les hommes conçoivent leur sexualité comme une nécessité, une chose qui leur est due. Les personnes qui entrent dans un rapport sexuel avec eux sont donc vouées à répondre à un besoin soi-disant «naturel» – qui est plutôt un besoin construit socialement. En contrepartie, la socialisation des femmes les amène à concevoir leur sexualité comme étant une réponse au désir irrépressible des hommes, et donc comme le devoir de les satisfaire. Dans la satisfaction qu’elles peuvent procurer, les femmes sont poussées à mesurer leur valeur en tant que personnes. La position pro TDS participe à la reproduction de ces inégalités, et donc bafoue l’épanouissement sexuel des femmes.

    11. Ajoutons que le libre consentement, condition essentielle de la sexualité, n’est pas le propre d’une relation marchande prostitutionnelle. En effet, quand la subsistance de la femme dépend de son achat par l’homme, ce qui est le cas des femmes prostituées prolétariennes qui constituent la majorité des personnes prostituées, il n’y a pas de mutualité dans le choix des partenaires et dans le choix des actes posés dans la relation. On ne peut donc pas parler de sexualité, mais plutôt d’un viol institutionnalisé.

    12. De plus, en tant que marxistes, on ne peut faire autrement que de dénoncer le libéralisme de la position pro TDS qui invisibilise l’exploitation – voire la surexploitation – des femmes issues des couches les plus vulnérables du prolétariat (racisées, mères, immigrantes, autochtones, sous-éduquées, mineures, toxicomanes, non-qualifiées, etc.) par des bourgeois qui tirent des profits faramineux de l’industrie du sexe, et qui en bénéficient aussi en tant que clients-prostitueurs. Il est donc intéressant de se demander à qui profite la régularisation de la prostitution.

    13. En tant qu’internationalistes, nous nous devons d’analyser le phénomène de la prostitution en prenant aussi en considération la façon dont elle est vécue dans les pays dominés. Comme nos camarades maoïstes indiens, népalais et philippins, nous dénonçons avec véhémence l’industrie du sexe internationale caractérisée par le tourisme sexuel ainsi que la traite des femmes et des enfants. Cette industrie profite largement de l’appauvrissement des populations de ces pays; elle est une composante essentielle de l’impérialisme.

    14. Dans un deuxième temps, si nous nous dressons contre le réglementarisme des pro TDS, nous n’adhérons pas non plus complètement à la position abolitionniste la plus répandue. Bien que nous endossions l’analyse globalement juste selon laquelle la prostitution n’est pas un travail comme un autre, nous nous opposons aux solutions avancées par les abolitionnistes. En effet, ces solutions sont bourgeoises parce qu’elles visent à mettre un terme à l’exploitation sexuelle du corps des femmes par l’instauration de réformes législatives appliquées par les forces de l’ordre et appuyées par des politiciens bourgeois: la criminalisation des clients et des proxénètes. Pourtant, nous savons que le système judiciaire n’est qu’au service des capitalistes, que la police n’est nulle autre que le bras armé de la classe dominante et que nous vivons sous la dictature de la bourgeoisie. Nous savons que la collaboration de classes ne répond pas au besoin des femmes prolétariennes. Une fraction de la bourgeoisie a un intérêt direct dans le maintien du système prostitutionnel. Surtout, la bourgeoisie dans son ensemble a intérêt à ce que perdurent les conditions matérielles qui jettent une partie des femmes du prolétariat dans la prostitution.

    15. En tant que marxistes-léninistes-maoïstes, nous avons pour objectif de répondre aux besoins matériels du prolétariat. Il ne suffit pas de criminaliser les pimps et les clients pour libérer les femmes prolétaires de la prostitution. Il faut aussi, et surtout, transformer complètement les conditions matérielles d’existence des femmes de sorte qu’elles n’aient plus besoin de se vendre pour satisfaire leurs besoins vitaux.

    16. Nous rejetons donc les positions abolitionnistes qui refusent de reconnaître la nécessité de faire la révolution communiste pour libérer pleinement les femmes prolétariennes. Pour être conséquent, l’abolitionnisme devrait mener à des positions révolutionnaires, puisque le capitalisme entretient la pauvreté et l’oppression spécifique des femmes (ainsi que d’autres formes d’oppression spécifiques) dont se nourrit la prostitution. Sous le capitalisme, les conditions matérielles qui engendrent la prostitution vont perdurer.

    17. Dans notre perspective d’anéantissement de la bourgeoisie et de pouvoir populaire, la prostitution sera inévitablement abolie. Effectivement, la transition socialiste, ce sera l’abolition progressive de tous les rapports marchands. Les gens pourront répondre à leurs besoins sans avoir à vendre leur force de travail, et encore moins leur corps sexué et leur soumission. Dans la société communiste, sans classes sociales et sans exploitation, tout le monde pourra activement et dignement contribuer à la production et sera assuré de voir l’ensemble de ses besoins comblés. C’est donc dire qu’il ne restera qu’une sexualité dans le cadre de la libre association entre des personnes qui s’apprécient et qui se respectent mutuellement.

    18. Bien entendu, avant d’en arriver là, il faudra livrer plusieurs batailles pour se débarrasser des contradictions au sein du peuple qui risquent de subsister après la prise du pouvoir, entre autres, la contradiction entre les femmes et les hommes, déterminante dans la prostitution. Il faudra mener une lutte acharnée contre le sexisme hérité de millénaires d’oppression.

    19. Certaines militantes pro TDS invectivent toutes camarades ayant une position abolitionniste en prétendant qu’elles dénigrent et rejettent les travailleuses du sexe. Il n’en n’est rien chez les féministes prolétariennes. Nous nous solidarisons avec les femmes prostituées prolétariennes au même titre que les communistes se battent avec et pour les travailleurEs tout en dénonçant leur exploitation et leurs exploiteurs.

    20. Ces militantes pro TDS accusent souvent les abolitionnistes de faire de la stigmatisation par les mots. Nous choisissons sciemment d’employer les expressions «prostitution» et «femmes prostituées» parce qu’elles décrivent une réalité objective. Au contraire, celles et ceux qui emploient les expressions «travail du sexe» et «travailleuses du sexe» ont la prétention de changer la réalité en changeant le vocabulaire, alors qu’il n’en est rien. De plus, ces expressions véhiculent l’idée que la prostitution est un travail comme un autre.

    21. Les syndicats de travailleuses du sexe ne peuvent pas faire de réel travail syndical, car la prostitution ne repose pas uniquement sur un contrat de travail entre la prostituée et le proxénète, mais aussi sur un non-contrat entre la prostituée et le prostitueur: la vente de soi et, par extension, de la pleine disposition de quelqu’un d’autre sur soi.

    22. Le syndicalisme, en matière de prostitution, impliquerait: a) la reconnaissance de la prostitution comme étant un travail comme un autre, b) la négociation du prix de vente de la force de travail des prostituées avec des membres du crime organisé, ce qui nécessiterait un pouvoir de coercition qui ne sera atteint que pendant la GPP, c) la capacité de contracter avec l’ensemble des clients une entente sur les «services sexuels» rendus, ce qui est impraticable, et ce qui entrerait en contradiction avec la nature même de la prostitution, soit l’achat de la domination.

    23. Les «syndicats» existants, comme Stella à Montréal, sont en fait des organes qui essaient d’imposer une direction politique libérale sur les femmes prolétariennes, de même que certaines organisations abolitionnistes tentent d’instaurer une hégémonie politique réformiste en la matière.

    24. Nous souhaitons plutôt travailler à ce que le Front féministe prolétarien révolutionnaire (FFPR), continue, dans son discours et dans sa pratique, à rassembler les prolétaires et à exercer une direction politique révolutionnaire sur le mouvement de libération des femmes, et ce, tout en supportant les revendications justes des femmes prostituées et en les aidant à s’organiser pour renverser la bourgeoisie et mettre fin au sexisme.

    Adopté par la cellule de Montréal.

  • Commentaires

    1
    Cernunnos
    Mercredi 28 Février à 22:34
    "Cette division sexuelle du travail, même si elle y joue un rôle important, n’est pas dans l’absolu, une source d’oppression pour les femmes. "

    Ça dézingue bien le féminisme postmodere aboutissant aux mères porteuses (un néo-patriarcat où le client remplace le père autoritaire), et peut-être à la dystopie type Meilleur des mondes de Huxley.
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