• Deux clarifications importantes


    netanyahu-fabius.jpg- Chaque fois que la Palestine est à l'ordre du jour, Servir le Peuple s'efforce toujours de bien insister sur l'ordre des choses : c'est l'impérialisme occidental (européen et nord-américain) qui pilote Israël et non l'inverse. L'État sioniste est une tête de pont, une place forte, un fer de lance de l'impérialisme au Machrek arabe et ce depuis que la Déclaration Balfour (1916) a lancé le processus de sa création. Le sionisme est tout particulièrement le fils idéologique du républicanisme colonial bleu-blanc-rouge à la Jules Ferry ; ce qui explique sa "force" dans l'entité "France" (même s'il y compte aussi beaucoup d'opposants) et le fait que le réduire à un "fascisme juif" est beaucoup trop simpliste.

    Les "lobbies" pro-israéliens qui existent dans à peu près tous les grands pays impérialistes ne visent qu'à s'assurer de la solidité de ce lien (vital pour Israël), car les impérialistes occidentaux doivent aussi (parfois) ménager les pays arabes producteurs de pétrole et (donc) "serrer la vis" à leur protégé sioniste. Ils sont comparables aux "lobbies coloniaux" qui existaient dans toutes les métropoles colonialistes pour y défendre les intérêts des colons, surtout lorsqu'il commençait à être question d'accorder une pseudo-"indépendance" aux colonies (ou simplement des droits aux indigènes...).

    Le retournement sémantique qui consiste à faire d'Israël et des "lobbies" pro-israéliens les "maîtres" des pays occidentaux ouvre évidemment la porte à toutes les dérives antisémites, qui serviront objectivement la cause du sionisme et de l'impérialisme (c'est peut-être même la principale porte ouverte à cela). Et en fin de compte, à ce jeu-là, entre les "antisioniste" obsessionnels amis de Dieudonné, Soral, Meyssan & co et le "système" qu'ils dénoncent (celui de la "religion de la Shoah" comme ils disent), c'est juste "l'arbre qui cache la forêt" (des crimes impérialistes présents et passés tout autour de la planète) qui change : pour les uns (majoritaires) c'est le nazisme, Hitler et ses "résurgences" régulières (de Nasser à Pol Pot, de Saddam Hussein à Milošević voire Poutine) ; pour les autres c'est "IsraHeil" et le "nazisme sioniste" en Palestine... Mais derrière c'est toujours le même impérialisme (bleu-blanc-rouge en ce qui nous concerne) qui est "pur", "tout beau tout propre", "vierge" de tout crime et que l'on ne dénonce JAMAIS, quand on n'en chante pas carrément les louanges (Soral et tous les invocateurs du "temps du général De Gaullllle", cet impérialiste raciste et fasciste) ! Pour les uns "rien n'égalera jamais l'horreur nazie"... sauf le mec que BHL s'est chargé de désigner comme le "nouvel Hitler" pour être bombardé, renversé et remplacé par des dirigeants plus dociles ; et toute comparaison d'un crime présent ou passé (au cours des 8 derniers siècles) de l'entité "France" ou de l'impérialisme européen/occidental en général avec le IIIe Reich est "honteuse" voire "négationniste" ; mais pour les autres c'est Israël qui joue ce rôle : il n'y a "que" Israël qui colonise, racise et massacre ; l'impérialisme BBR ne fait "rien de tout cela" ou alors, s'il le fait, c'est "à la remorque des Américains" et "sous l'influence du lobby sioniste" (cette "pauvre" "petite" France est absolument incapable de raisonner selon ses propres intérêts, c'est bien connu !)...

    - Les "islamistes" (terme réducteur au possible pour désigner des réalités politiques très diverses, un peu comme si l'on parlait de "christianistes"  pour regrouper des familles politiques allant de l'extrême-droite national-catholique ou fondamentaliste chrétienne US à la gauche social-humaniste) ne sont EN AUCUN CAS les "représentants de l'aspect semi-féodal" des pays musulmans, qui sont les chefs de "tribus", les oulémas ("vieux sages" de la religion musulmane généralement très hostiles aux "islamistes") ou encore les castes militaires qui noyautent l'appareil d'État et contrôlent des pans entiers de l'économie, comme typiquement l'armée égyptienne héritière des Mamelouks (maîtres du pays à l'époque de Napoléon). Les "islamistes", en tant que "calvinistes musulmans", sont l'expression politique du capitalisme d'en bas ; ce capitalisme qui émerge spontanément de la vie sociale populaire par opposition au capitalisme bureaucratique "d'en haut" impulsé par l'impérialisme (et justement appuyé sur la semi-féodalité) ; et qui contrairement à celui-ci ne permet pas au surproduit (plus-value "sur-accaparée") de "remonter" correctement jusqu'aux monopoles impérialistes - qui le combattent donc en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du "Sud". Ils sont donc, en somme, des représentants typiques de ce que les marxistes-léninistes ont coutume d'appeler la BOURGEOISIE NATIONALE.

    izz_ad-din_al-qassam.jpgUne bourgeoisie nationale plutôt "provinciale", entrepreneuriale et "de droite", par opposition à la bourgeoisie nationale plutôt urbaine, intellectuelle et "de gauche"... Il faut en effet comprendre que dans les pays arabes et musulmans, le capitalisme et la bourgeoisie sont historiquement anciens et développés et possèdent une vision du monde propre, contrairement à d'autres parties du monde où la bourgeoisie nationale a tendance à s'aligner soit sur les intérêts et les conceptions de l'impérialisme, soit sur les aspirations populaires. L'islam, comme l'expliquait fort bien le sociologue communiste Maxime Rodinson, n'a jamais été incompatible avec le développement du capitalisme qui fut même à bien des égards, jusqu'au 16e ou 17e siècle en tout cas, supérieur à celui de l'Europe : ce qui n'a pas eu lieu "à temps" ce sont les "révolutions" bourgeoises et leur corollaire la "révolution" industrielle, qui ont du coup été "confisquées" par la domination impérialiste occidentale (pays qui avaient, eux, réalisé ces "révolutions") et en quelque sorte "menées" par elle, sous la forme d'un capitalisme bureaucratique-comprador impulsé "d'en haut" (par les monopoles occidentaux) et s'opposant au capitalisme "d'en bas", endogène.

    L'absence d'un mouvement communiste (ou "d'inspiration marxiste") fort amène assez souvent ces forces "islamistes", depuis une trentaine d'années, à prendre la tête des résistances des masses populaires contre l'impérialisme, les régimes bureaucratiques-compradores locaux et le sionisme. Cela n'en fait nullement (pas plus que n'importe quelle bourgeoisie nationale, même "de gauche") des "alliés" systématiques, inconditionnels et éternels ; mais il est important de définir correctement les choses car toute analyse ultérieure en découle. À vrai dire, de par leur idéologie et leur projet de société ultra-capitalistes et ultra-oppressifs pour de nombreux secteurs des masses (on pense en particulier aux femmes), cela en fait même des ennemis ; mais des ennemis SECONDAIRES (notion si incompréhensible pour tant de "gardiens du temple" "marxistes" ou "libertaires" durs de la feuille), des ennemis "pour plus tard". Cela signifie qu'on peut les critiquer et même les combattre s'ils attaquent le Peuple (autodéfense populaire), que la Libération du Peuple passera forcément un jour sur leurs cadavres, mais que tant qu'ils n'ont pas totalement pris le pouvoir dans un pays donné on ne passe pas son temps, on ne jette pas toutes ses forces dans cela sauf à devenir un serviteur objectif de l'impérialisme, de ses intermédiaires bureaucratiques-compradores et du sionisme ; comme l'a par exemple fait la bourgeoisie nationale "de gauche" égyptienne l'an dernier (en permettant le retour au pouvoir de la caste militaire moubarakiste)... ou comme le fait toute une "extrême-gauche" occidentale en ce moment, qui se répand à 80% contre le Hamas (et la présence d'"islamiiiiiiistes" dans les manifestations) et "déplore" à 20% la "brutalité israélienne", alors même que ce sont les bombes de Tsahal et non les balles du Hamas qui massacrent à Gaza !

    Ce que nous appelons "l'islamisme", c'est-à-dire la volonté de mettre les principes islamiques au centre de la gouvernance politique, est que cela nous plaise ou non l'opinion politique hégémonique dans les pays arabes et musulmans. Tout comme ce que nous appelons "rouge-brun", mélange de nationalisme anti-occidental très virulent et de nostalgie pour l'époque "socialiste" (capitaliste d'État) soviétique, est l'opinion politique hégémonique dans les pays de l'ex-URSS, comme par exemple dans le Donbass ou en Crimée. En Amérique latine c'est clairement un mélange de très fort patriotisme local et continental (principalement anti-yanqui), d'exaltation des libertadores et autres "caudillos des pauvres" du passé, de christianisme social et de fascination pour Cuba, éventuellement d'indigénisme etc. etc. En l'absence de mouvement communiste (authentique) puissant, absence dont la responsabilité incombe en premier lieu aux limites des communistes eux-mêmes et pour laquelle ils doivent en premier lieu se remettre en question, c'est sous ces bannières que les masses populaires vont se mobiliser lorsqu'elles se sentent agressées. À partir de là, de deux choses l'une : soit l'on admet que les masses populaires sont LÉGITIMES à résister aux agressions de l'impérialisme et de ses agents locaux, quand bien même elles n'auraient pas la "bonne" idéologie, et que leur ralliement à la "bonne" idéologie dépend de l'activité des communistes locaux et internationaux... soit le Peuple ne "va pas" et il faut "changer de peuple" !

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :