• Réflexions communistes sur le mouvement des "Bonnets rouges" (nov. 2013)


    1. La première chose (mais assez éloignée dans le temps) à laquelle on peut comparer les actuels évènements qui secouent la Bretagne, c'est bien sûr notre Grande Révolte occitane de 1907. D'autres parallèles pourraient encore être tracés, comme avec le grand mouvement lorrain de 1979-80 ("Lorraine Cœur d'Acier") contre le démantèlement de la sidérurgie, pilier de l'économie locale comme l'est l'agroalimentaire en Bretagne. Mais ces évènements peuvent aussi être rapprochés d'autres beaucoup plus récents.

    Manifestation-pour-l-emploi-en-Bretagne-le-2-novembre-2013-.jpgLe mouvement des "Bonnets rouges" en Bretagne s'inscrit en réalité dans la totale continuité du LKP (Lyannaj kont Pwofitasyon) en Caraïbe, début 2009 : c'est en fait un "LKP métropolitain" ; c'est le vent de la remise en cause du système-France, dont le LKP était une première expression ultramarine, qui vient de toucher les côtes "métropolitaines" porté par le Gulf Stream !

    Bien sûr, les gens à courte vue s'écrieront : "meuuuh nooooon, n'importe quoi, rien à voir, pas du tout les mêmes acteurs sociaux, pas du tout la même idéologie, le LKP était de gauche (comme d'ailleurs la révolte languedocienne de 1907 ou le mouvement lorrain de 1979) alors que les Bonnets rouges sont ultra-ambigus, il y a le patronat et les fachoooos..." etc. etc. (rappelons quand même que le LKP fut lui aussi violemment attaqué, en son temps, pour son soi-disant "racisme anti-blancs"). Pas vraiment les mêmes acteurs sociaux ? Certes. Mais si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que les acteurs des deux mouvements ont en fait un grand dénominateur commun : les uns comme les autres sont les PILIERS de la vie économique et sociale locale. En Bretagne, plus que d'une classe, c'est d'un secteur productif qu'il s'agit : l'agroalimentaire, patrons et salariés réunis. Et c'est précisément ce secteur... qui faisait que la péninsule armoricaine n'était plus, ces dernières années, la terre de misère qu'elle était il y a encore 60 ans. Aux Caraïbes, en 2009, c'était le petit emploi public... c'est-à-dire précisément ce qui fait que Gwadloup et Matinik ne sont pas Haïti ou la Jamaïque. Autrement dit, les secteurs sociaux qui FONT que la relégation périphérique, coloniale dans un cas (de type particulier, "départementale") et provinciale dans l'autre, est "masquée" ; qui font que l'on peut "quand même s'estimer heureux d'être en France", qu'il y a "plus à plaindre"... et qui sont les premiers à s'effondrer lorsque la crise, mondiale, finit par rattraper la contrée, se retrouvant alors propulsés en première ligne de la révolte. Imparable... C'est là le formidable moteur de mobilisation du DÉCLASSEMENT, bien plus puissant en fait que la pauvreté elle-même, même si, comme disait Lénine, il apporte avec lui son lot de "fantaisies réactionnaires", nostalgie du "bon vieux temps" oblige.

    Octana54 2Les "Bonnets rouges" sont donc, on le répète, un LKP ayant accosté en "métropole" hexagonale ; comme le mouvement antillais, les problèmes qu'il soulève ne sont pas l'affaire de telle ou telle mesure gouvernementale : ils touchent à l'organisation même de l'État français comme cadre économico-politique de production, de valorisation du Capital. Ce qu'il soulève, même si certains points "cristallisent" la colère (ici l'écotaxe, comme hier le prix du carburant en Gwadloup), ce sont les problématiques  fondamentales d'un territoire  dans le cadre du système-France, cette construction par et pour Octana54 4Gle Capital vieille de 8 siècle ; d'où son caractère DE MASSE, cet "interclassisme" qui fait renâcler les "révolutionnaires" de campus (qui s'imaginent sans doute qu'une révolution, du moment que c'est sous un drapeau rouge ou/et noir, peut se faire uniquement avec des ouvriers d'usine... ou des fonctionnaires et employés publics, ou des étudiants). Bien sûr, entendons nous bien : pour nous, l'intérêt de ce mouvement (comme du LKP avant lui) sera  d'avoir existé. Pas ce à 827509 voteslistesgauchequoi il aura mené, car pour qu'il mène à quelque chose (d'intéressant) il est encore trop tôt. Ce n'est pas, on l'a dit, un mouvement autour d'une revendication précise (pas même l'écotaxe) mais une convergence d'intérêts très divers voire au premier abord contradictoires : pour l'unifier dans une même direction cohérente et aller de l'avant, il faudrait un Parti révolutionnaire conséquent, or il n'y en a pas encore actuellement en Bretagne. Il est donc probable que les divers intérêts et revendications soient "mis à la découpe" et traités au cas par cas, "corporation" par "corporation", satisfaisant voire réjouissant les uns, laissant aux autres le goût amer de l'échec et de la trahison, l'objectif étant de "dégonfler" à tout prix la mobilisation, de "désamorcer la bombe" pour ne plus laisser sur le champ de bataille que quelques desperados. C'est ce qu'il s'est toujours passé dans l'Histoire, en Occitània en 1907 comme en Karayib en 2009.

    Mais ce mouvement des nouveaux Bonnets rouges aura existé et au delà de toutes ses contradictions et ambigüités, il aura lancé, confirmant toutes nos thèses, un petit défi au système-France ; le défi (plus que de ses bonnets rappelant davantage le commandant Cousteau qu'une révolte du 17e siècle...) de sa marée de drapeaux bretons flottant sur Kemper le 2 novembre... Un Peuple reprenant conscience de lui-même, ce qui est fondamentalement insupportable pour un système fondé depuis 800 ans sur la construction d'un grand "lager économique" hexagonal (puis également colonial ultramarin) où les travailleurs du peuple soient de simples pions et variables d'ajustement... Car pour que cela fonctionne, il faut absolument que les masses populaires ne manifestation-bonnets-rouges-contre-ecotaxe-defense-emploi-sachent plus qui elles sont, d'où elles viennent, n'aient plus aucune conscience d'elle-même, car ce serait automatiquement mettre à nu toute la construction historique et le fonctionnement actuel de la machine capitaliste, et le début de la remise en cause fatale. C'est cela qui aura fait trembler et s'étrangler de rage, outre les hauts dignitaires dudit système (même ceux qui font semblant de "comprendre le ras-le-bol", boulot d'opposition oblige*...), toute une foule de personnages a priori inattendus... a priori, sauf pour qui a une analyse et une compréhension profonde des forces sociales en présence dans ce "cher" Hexagone. Quant au fait que ce mouvement ait eu pour chefs de file des "petits patrons productivistes-pollueurs", que les fameux bonnets aient été fournis par Armor-Lux-de-la-marinière-à-Montebourg, qu'il y ait eu des fascistes ou autres "socialistes français poujadistes" dans la foule de Quimper ou d'ailleurs, pour dire les choses clairement, on s'en tape comme de l'An 40 exactement comme du fait que 1905 en Russie ait commencé derrière un pope orthodoxe agent du tsar (Gapone). À ce sujet, lisez ici... oui ? Eh bien non ! Ce ne sont pas "lesmaterialistes.com", c'est Françoise Morvan, une "petite célébrité" des colonnes de l'Huma, de Marianne, le Monde, Libé etc., une mélenchonarde connue pour sa haine viscérale et sa reductio ad hitlerum systématique de toute affirmation populaire bretonne. Enfin bon, pour une fois que "lesmaterialistes.com" font penser à autre chose que Dreuz.info...

    Disons-le en toute franchise : la jouissance de voir combien ce mouvement des Bonnets rouges bretons, et nos prises de position dessus, FONT CHIER est bien réelle... Mais elle ne serait rien sans la compréhension scientifique marxiste de POURQUOI cela fait tant chier ; en particulier une certaine "bonne France" pseudo-"rouge" qui fait totalement partie du paysage, qui est, dira-t-on, la "partie rouge du drapeau tricolore" ! Tout ce qui bouge n'est pas rouge ? Certes, en effet... Tout ce qui bouge n'est pas AUTOMATIQUEMENT rouge : cela dépend de quelle(s) force(s), quelle(s) classe(s) en prennent la tête. Mais tout ce qui bouge est POTENTIELLEMENT rouge si un Parti révolutionnaire conséquent réussit à se mettre à la tête du mouvement, au moins d'une partie ; en tout cas s'il y joue son rôle de Parti révolutionnaire. À la décantation des forces révolutionnaires de Bretagne de s'opérer, pour donner naissance à un tel Parti !

    Poent eo stagan Bretoned, gant stourm meur ar vro !

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    Lire ici (ou faudrait-il se l'interdire ??) une mise au point par des libertaires ayant participé au mouvement : Une autre vision des Bonnets rouges

    Ou encore ce "coup de gueule" d'une militante "zadiste" présente elle aussi le 2 novembre  à Kemper/Quimper : Front de Gauche et écolos, vous avez insulté les Bretons, faudra pas venir pleurer

    OU ENCORE cette Lettre ouverte du syndicat CGT de Damen BREST au secrétaire CGT régional de Bretagne et à la secrétaire CGT générale départementale du Finistère ; qui a passablement fait du reuz (bruit, "boxon" en langue-de-l'obscurantisme) dans la Confédération...


    * Regardez par exemple ici le gribouillis du site d'extrême-droite (républicard, ultra-jacobin, "anti-communautariste" et islamophobe) Riposte Laïque : c'est assez ressemblant en effet, sauf... euh... comment dire... quelque chose... ben les drapeaux, en fait. Les vraies manifs des Bonnets rouges sont 100% gwenn ha du et bon courage pour y entrevoir un BBR... Il y a quelques temps une égérie de la mouvance, Christine Tasin, ultra-jacobine au point que l'on peut se demander si elle plaisante (ou pas), avait participé à un meeting contre "l'islamisation" en Bretagne avec notamment Adsav, extrême-droite... indépendantiste ! Autant dire que cela valait son pesant de grotesque, tant du côté république-une-et-indivisible que du côté "celtomaniaques descendus d'Avalon sur le cheval du roi Arthur"... Vous pouvez voir un compte-rendu de l'épisode ici, page 12.


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    1. Notre position sur le mouvement en cours en Bretagne aura, nous l'avons déjà dit, surpris plus d'une personne. Nous aurons défendu un mouvement dans lequel (sans qu'il s'y résume !) la présence d'éléments réactionnaires est avérée, et le moins que l'on puisse dire, c'est que la "gauche" hexagonale en aura pris plein la gueule. Comment expliquer cela ?

    Eh bien, pour comprendre cela, il faut avoir compris ce qu'est le système républicain bourgeois "français" né dans l'égorgement des Communes de 1871. Un système pratiquement unique au monde, où l'Armée idéologique du Capital possède DEUX AILES, "gauche" et "droite" alors que dans la plupart des pays cette distinction est relativement cosmétique (certains, comme l'Italie jusqu'en 1992, ne s'embarrassaient même pas de l'illusion d'un bipartisme, sans parler de l'"Espagne" qui était une dictature ouverte jusque fin 1975, de l'Allemagne où "sociaux-démocrates" et "chrétiens-démocrates" n'hésitent pas une seconde à former une Große Koalition si nécessaire, de l'Autriche où c'est même la norme, etc. etc.). charliehebdobonnetsrougesEt donc, le Capital avance l'une ou l'autre aile de son armée idéologique en fonction des circonstances. Lorsque "ça pète" dans les villes "rouges", comme en 1871, ou dans les "banlieues à racaille islamisée" comme en 2005, le Capital mobilise la "France profonde" conservatrice, la "France" de "la terre et (des) morts" ; c'est ainsi que des Bretons ou des Mayennais encore plus affamés que les ouvriers parisiens ou marseillais s'en allèrent gaiment massacrer ces derniers, et qu'aujourd'hui des CRS et des BACeux venus de toutes les périphéries possibles matraquent, flash-ballent et taserisent sans états d'âme tandis que le "soldat opinion" vit dans la terreur de ces "zones de non-droit", qu'il imagine comme un mélange de Ciudad Juarez et de Bagdad. Mais lorsque "ça pète" justement chez les "ploucs" de ces périphéries profondes, normalement pourvoyeuses de flics, de gendarmes et de "gens bien-intentionnés", alors le Capital mobilise toute la gôôôôche des jacobinards, républicards-laïcards et autres "libres-penseurs" (du genre lecteurs de Marianne), le "jacobinisme populaire" ("sans-culotte") syndical et partidaire, et bien sûr tout le mépris bobo-hipster-bords-de-Seine pour les "culs-terreux" de la "France-Jean-Pierre-Pernaut", l'arrogance intellectualoïde des lecteurs du Monde, de Charlie Hebdo, de Libé et (en bien moins grand nombre bien sûr) des "Materialistes.com". Et cela fonctionne : sur l'actuel mouvement breton, le gouvernement était bien emmerdé car c'était précisément surtout dans les "classes moyennes" (premier point d'appui, en principe, de toute classe dominante) que se développait une certaine solidarité avec les "Bonnets rouges" contre le "matraquage fiscal". Mais après qu'Ayrault ait annoncé la suspension de l'écotaxe (à laquelle se résume évidemment, vu la manipulation médiatique, le "problème breton" pour 90% de la population), dès le 9 novembre une majorité considérait que le mouvement devait cesser. Une majorité assise sur le bon-vieux-sacro-saint (et assez unanime) légalisme "républicain" (rejet des "violences" et des "destructions" qui accompagnent le mouvement), mais largement centrée à "gauche" contre un mouvement perçu comme "poujadiste" voire "séparatiste".

    En fonction des circonstances et de quelle aile (de son armée) le Grand Capital met en mouvement, nous sommes donc obligés de porter le fer dans l'une ou l'autre direction. Il en ira de même pour les guerres et autres manœuvres impérialistes : mobiliser contre un Assad ou un Kadhafi (ou un Milosevic hier) fonctionnera mieux dans l'aile "gauche" de l'armée idéologique (l'aile "droite", de manière générale, n'aime pas trop ces grandes interventions avec Rafales, tambours et trompettes, elle aime les guerres qu'on ne voit pas, celles par "sauvages" interposés, celles des mercenaires à la Bob Denard, des forces spéciales et autres barbouzes etc.). Il est toutefois souvent possible de faire consensus (contre les z'islamiiiistes au Mali par exemple, et sur la question de l'islam et des musulmans en général).

    Charlie.03NOV2013.005Ainsi va le système "républicain" bleu-blanc-rouge : c'est en fait un système qui peut connaître une fascisation potentiellement puissante, autour d'un "centre d'agrégation" de la mobilisation réactionnaire ultra (comme le FN aujourd'hui, le mouvement gaulliste dans les années 1960 ou les Ligues dans les années 1930) ; un système policier par nature depuis sa naissance dans le sang des Communes et même depuis Napoléon avec son Fouché ; mais où le fascisme ouvert, de type hitlérien, ne survient que dans des circonstances vraiment exceptionnelles (catastrophe de 1940 et occupation nazie), et d'ailleurs lorsque cela arrive, le fascisme en question se "fabrique" une droite et une "gauche" (RNP de Déat... qui assumait d'ailleurs totalement la référence à "(17)93", PPF de Doriot etc.) et affirme (Pierre Pucheu, Ministre de l'Intérieur 1941-42) lutter contre les "extrêmes" de droite (gaullistes) comme de gauche (communistes) : on l'ignore souvent, mais le régime de Vichy était absolument multipartiste ! Comme situations plutôt graves surmontées (et mobilisations réactionnaires de masse assurées !) sans abandonner les apparences "démocratiques" libérales-parlementaires et sans mettre en place un régime "totalitaire", la Grande Guerre de 1914-18, la guerre d'Algérie ou Mai 68 et les années suivantes sont d'assez bons exemples. D'autres pays peuvent également, aujourd'hui, connaître ce type de "démofascisme", comme typiquement les États-Unis sous Bush et Cheney après le 11-Septembre, mais même depuis l'America is back de Reagan en 1980, l’État espagnol depuis la Transition de 1975-78 ou Israël depuis l'origine (mais particulièrement depuis 2000) ; mais la "France" a réellement été précurseuse en la matière. C'est en effet l'un des pays où la pensée dominante bourgeoise est l'une des plus anciennes et puissantes ; alors que l'Allemagne "jetée" dans la "démocratie" libérale parlementaire (telle que nous la concevons) en 1918, l'Espagne de même en 1931, et l'Italie (système bourgeois censitaire jusqu'en 1912) ou encore le Japon (monarchie de droit divin) ne l'ayant alors jamais connue, ont dû face à la crise générale du capitalisme et à la menace révolutionnaire avoir recours au fascisme ouvert, "totalitaire".

    En réalité, il est impossible de comprendre la question des langues, cultures, "décentralismes" et autres affirmations "minoritaires" (nationales) si l'on se place dans une vision strictement "mécaniste classiste" des choses. Pour comprendre, il faut être (et nous le sommes !) GRAMSCIENS. Il faut en effet avoir lu (et compris) Gramsci pour comprendre qu'il y a là une tranchée idéologique du système de défense du Capital : le capitalisme français s'est construit en construisant l'amnésie collective des Peuples d'Hexagone, l'oubli de ce qu'ils sont, de leur histoire ; car la mémoire de cela mettrait forcément à nu la manière dont ledit capitalisme français s'est construit (sous les "grands rois", la "révolution", Napoléon et les régimes successifs jusqu'à la définitive république des monopoles de 1870), et ferait très certainement le "lien" avec les situations "régionales" actuelles. D'autres États ont fait différemment ; mais l’État français a fait comme cela, et pas autrement. Et aujourd'hui ? Et bien, en soi, le Capital BBR n'aurait sans doute aucun problème avec un modèle étatique fédéralisé : l'Allemagne fonctionne "très bien" avec ses länder, l’État espagnol avec ses "autonomies", le Royaume-Uni avec ses "dévolutions" etc. etc. Mais il est tout simplement trop tard pour faire machine arrière... C'est un peu comme le type qui aurait menti à sa famille pendant des années entières et qui, lorsque la vérité émergerait enfin, n'aurait d'autre solution que de tuer tout le monde puis de tenter de se suicider : extrémités qui dans le champ social s’appellent la guerre civile et auxquelles, on s'en doute, le Capital BBR veut à tout prix éviter  d'arriver. L’État français est en fait prisonnier de sa propre idéologie fondatrice qui veut depuis plus de 200 voire 300 ans qu'il n'y ait "que des Français", que les réalités nationales ne soient que des "moyenâgeries" obscurantistes de bouseux clouant des chouettes sur leurs portes, de châtelains cravachant leurs gueux, de curés affirmant que la Terre est plate et aujourd'hui de "petits patrons et de paysans identitaires poujadistes". Là est la fonction fondamentale, au service du Grand Capital, des Mélenchon, Chevènement, Françoise Morvan, PRCF, POI-poï, ROCML, "Arrière-Garde ouvriériste", "pcmlm" et consorts ; bref de tous les JACOBINARDS DE MERDE de droite comme de "gauche" !

    francoise-morvanQui n'a pas compris cela n'a pas compris la herse de "société civile" qui défend le donjon des monopoles "français", et ne peut donc pas la briser et faire tomber ce foutu donjon. C'est la raison pour laquelle par exemple, au risque de choquer, SLP se veut radicalement anti-maçonnique. Nous savons qu'au début du mouvement ouvrier, entre 1848 et 1940, beaucoup de ses cadres (comme Ernest Ferroul de notre Grande Révolte occitane de 1907) ont appartenu à la franc-maçonnerie (au Grand Orient, la loge athée/agnostique et "progressiste") et nous reconnaissons la valeur historique de leur action. Les francs-maçons ont été persécutés (les loges "de gauche" en tout cas...  encore que) par le fascisme dans les années 1930-40, ici sous le régime de Vichy et l'occupation nazie, et cela en faisait alors des alliés objectifs dans la Résistance antifasciste (beaucoup de kollabos venaient cependant du Parti radical ou de l'aile droite de la SFIO, ce qui à l'époque voulait presque automatiquement dire francs-maçons). Mais aujourd'hui, nous considérons que l'on ne peut pas être franc-maçon et faire partie d'une organisation révolutionnaire conséquente. Les loges maçonniques sont un état-major de l'Armée idéologique du Capital, de son aile "gauche" (Grand Orient, Libre-Pensée) mais aussi d'une grande partie de son aile droite (GLF et GLNF qui abritent notamment - entre autres - les satrapes africains). La "France" est connue pour être un État policier, or la plupart des cadres de la police sont francs-maçons (les cadres militaires et gendarmes étant plutôt, eux, dans des fraternités catholiques : Opus Dei, Civitas/ICHTUS ex-Cité catholique etc.). Nous, communistes, ne sommes pas pour la "libre pensée" mais pour la JUSTE pensée : la CONCEPTION COMMUNISTE (matérialiste, marxiste, scientifique) DU MONDE. Aux chiottes, les "libres" idéologues de ce système de merde ! C'est pourquoi être réellement communiste implique forcément de rejeter la franc-maçonnerie ; c'était d'ailleurs un principe de l'Internationale communiste dans les années 1920* (mais en "France" il ne fut jamais vraiment respecté). Parmi les "frères" maçons très "visibles" en ce moment, il y a notamment un certain Jean-Luc Mélenchon... Mais cela n'enlève rien, en revanche, à notre position sur les troupes de la gauche bourgeoise, sur le "peuple de gauche", le "petit peuple progressiste" qu'il faut œuvrer à amener à la révolution.

    carte des traites2. On ne peut résoudre un problème que si on le COMPREND : évidence que connaît même un écolier confronté à un exercice de maths. Le capitalisme engendre pour les masses populaires toute une série de problèmes, qu'il n'est pas possible de résoudre si l'on ne comprend pas qu'ils viennent du capitalisme, ou même si l'on dit simplement que "c'est le capitalisme" sans compréhension plus poussée. Et il n'est pas possible de comprendre un problème si l'on ne comprend pas le CADRE dans lequel il se pose ; or dans chaque "grand bassin économique de vie populaire" le capitalisme se manifeste de manière différente, et génère des problèmes différents. Chaque "cadre" des problématiques capitalistes est une création de l'activité capitaliste elle-même. Il faut analyser et comprendre la création de ce cadre pour comprendre les problèmes qu'il contient, et pouvoir envisager de les résoudre. C'est tout le sens de notre démarche depuis maintenant bientôt 3 ans ; démarche qui se découvre maintenant (sans s'en être jamais inspirée...) des parallèles avec les travaux de "socio-géographes" universitaires (Christophe Guilluy etc.), même si nous n'en partageons évidemment pas les conclusions réformistes (Guilluy et consorts se rêvent sans doute en successeurs de Rosanvallon et de son "Nouvel âge des inégalités", qui fut le "petit livre rose" du jospinisme en 1997-2002), ni certaines déductions socio-politiques**.

    Déterminer et comprendre, déterminer pour comprendre les différents "cadres" (qui sont des constructions historiques) dans lesquels se pose le problème capitaliste au sein de l’État français (qui est lui-même un "cadre", étudié et compris comme tel), voilà tout notre propos. En l'absence d'une telle étude et compréhension, on ne peut que pérorer sur des situations comme celle que connaît actuellement la Bretagne. Les soi-disant "socialistes", "marxistes" ou "anarchistes" qui crachent sur les "Bonnets rouges esclaves" qui "manifestent avec leurs patrons" n'ont, tout simplement, strictement rien compris au cadre nommé "Bretagne" de la question sociale, et au cadre nommé "France" dans lequel, pourtant, ils vivent et prétendent lutter au quotidien pour "en finir avec le capitalisme"...

    3. Nous avons parfois pu entendre que "les petites nations ne sont pas vouées à avoir un rôle déterminant dans la lutte révolutionnaire à venir"... Ceci est, d'abord, une mal-compréhension de notre propos, car ce que nous disons c'est que ce sont les PÉRIPHÉRIES, les territoires de relégation qui sont voués à être les "campagnes" de la Guerre populaire en Europe ; simplement, nous constatons qu'en "France" cette "périphérisation" recoupe très souvent le territoire d'une nationalité annexée au cours de la formation de l’État, depuis le 13e jusqu'au 19e siècle.

    Langues de la France1Ensuite, cela nous semble soulever une sérieuse question : c'est quoi, une "petite nation" ? La "France" approche au total les 66 millions d'habitants. Retirons les presque 3 millions d'ultramarins (DOM et COM) : restent 63 millions. Retirons les populations du "Midi" : Occitanie, Arpitanie, Pays Basque, Roussillon (Catalogne-Nord), Corse (soit les régions Rhône-Alpes, PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin, Aquitaine et Corse) : on approche les 23 millions. Restent 40 millions. Retirons la population de la Bretagne à 5 départements (3,2 millions + 1,3 pour la Loire-Atlantique) : 4,5 millions. Restent 35,5 millions. Retirons la population du "Grand Ch'Nord" ou "Grande Picardie", de l'aire linguistico-culturelle PICARDE, soumise seulement entre les règnes Louis XI et (pour l'essentiel du Nord-Pas-de-Calais actuel, les "Pays-Bas français") de Louis XIV : Picardie sauf le sud de l'Oise et de l'Aisne (grosso modo) : 1,5 millions environ ; et Nord-Pas-de-Calais (4 millions) : 5,5 millions. Régions auxquelles on pourrait ajouter, en raison de sa grande proximité socio-économique, culturelle et historique, le département des Ardennes (dont la partie nord - 1-2-3 - n'a été conquise, elle aussi, qu'au 17e siècle) : 280.000 habitants. Bref, grosso modo 5,8 millions pour le "Peuple des Brumes" : restent moins de 30 millions. Il faut encore retirer la Lorraine (annexée, pour la majeure part, en 1766 seulement !) : 2,3 millions ; l'Alsace (annexée seulement sous Louis XIV, voire seulement en 1798 pour la région de Mulhouse) : 1,9 millions ; et la Franche-Comté, stable dans ses frontières ("comté de Bourgogne") depuis l'époque carolingienne et annexée en 1678 après avoir subi une guerre d'extermination de 10 ans (1634-44) qui vit disparaître... les 2/3 de la population : 1,1 millions. Il reste, pour la "vraie France" dont parlait au 19e siècle Jules Michelet, quelque chose comme 24,5 millions de personnes : 37% seulement des 66 millions de départ !!! Sans oublier que dans ce restant, les peuples poitevin-vendéen-saintongeais (entre Loire et Gironde, sorte d'"Arpitanie de l'Ouest" intermédiaire avec le "Midi" d'Òc), "grand-berrichon" (entre Loire et Massif central), bourguignon ou encore normand ont plus que leurs particularismes ; et qu'il faut en outre soustraire, sur tout l'Hexagone + la Corse, 7 à 10 millions de "colonisé-e-s intérieur-e-s" qui pour la plupart ne se sentent nullement "français" et même (et nous reprendrons en chœur avec eux), "niquent la France"... OÙ EST LA PETITE NATION ? [au demeurant le terme même de "petites nations" semble être né sous la plume d'Engels à la fin des années 1840 dans un de ces délires antipopulaires assez indéfendables dont il était alors coutumier, auxquels les faits ont cinglamment donné tort et avec lesquels le marxisme actuel a heureusement pris des distances kilométriques...]

    la-pyramide-du-systeme-capitalisteEn définitive, il n'y a peut-être de véritables "français" que la BOURGEOISIE et ses affidés : ceux et celles dont le système-France sert les intérêts et/ou fonde l'existence. En dessous, les ENGRAISSANT à la sueur de leurs fronts, il y a DES PEUPLES. Même le Bassin parisien (au sens géographique) peut être subdivisé en (grosso modo) 6 peuples : la "Grande Île-de-France" dans un polygone Beauvais-Soissons-Provins-Sens-Orléans-Chartres-Vernon, la "Grande Picardie" dont nous avons déjà parlé (Nord de la région Picardie, Nord-Pas-de-Calais, éventuellement Ardennes), le "Grand Berry" (Berry, Bourbonnais/Allier, Nivernais/Nièvre), le "Grand Val-de-Loire" (Blois, Touraine, Maine, Anjou), la Normandie et la Champagne...

    Alors après, on peut toujours s'"amuser" à nier cela en faisant semblant de ne rien comprendre à ce que nous disons, comme lorsque "certains" font remarquer que la Mayenne connaît une situation économique et sociale tout à fait similaire à celle de la Bretagne. Mais évidemment ! Nous n'avons jamais dit le contraire ! Ce que nous disons, c'est qu'il y a une opposition fondamentale entre des CENTRES (un Grand Centre formant un trapèze Tours-Rouen-Reims-Auxerre et une bonne vingtaine de "centres-relais") et des PÉRIPHÉRIES, et que SOUVENT ces périphéries "recoupent" des QUESTIONS NATIONALES, car ce sont des Peuples qui ont été conquis au cours de la formation de l’État par et pour le capitalisme. Évidemment que la contradiction Centre/Périphérie ne suit pas strictement la frontière de la Bretagne, puisque cette "province" abrite deux "centres-relais" (Rennes et Nantes) et un "phénomène Côte d'Azur" sur sa côte sud (ou encore vers Perros-Guirec, Saint-Malo ou entre Saint-Brieuc et Plouha)*** tandis que des secteurs avoisinants sont profondément relégués, en Mayenne mais aussi dans le Maine-et-Loire (Anjou) ou (surtout) dans la Manche (Cotentin), ou encore en Vendée. Ce qui est relégué/périphérisé à l'ouest de l'Hexagone c'est en fait une "Grande Armorique" qui comprend quasiment toute la Basse-Normandie avec le Cotentin, le Maine, l'Anjou, le Bas-Poitou (Vendée et Deux-Sèvres) et la Bretagne ; tout le Massif armoricain en réalité. Mais cela ne veut NULLEMENT DIRE qu'au sein de cette "Grande Armorique" la question nationale bretonne n'existe pas ! Et une Bretagne LIBRE ET SOCIALISTE (dieub ha sokialour !) serait évidemment, pour toute cette "Grande Armorique" périphérisée, une BASE ROUGE que l’État français, en vérité, ne pourrait tout simplement pas gérer : ce ne serait ni plus ni moins que sa fin...

     


    * De Trotsky ("hérésiiiiiiie !!!" gueulera qui voudra...), mais néanmoins TRÈS JUSTE : lire ici.

    la-france-en-face.jpg** Ainsi, le fort vote FN et plus largement le vote "droitier populaire blanc" ne se trouve pas tellement dans les périphéries profondes (en bleu foncé), mais plutôt à la marge des zones "métropolitaines" en blanc : en mettant côte à côte les deux cartes, on voit clairement le vote pour Marine Le Pen (premier tour 2012) entourer les grandes taches blanches métropolitaines (Paris, Lyon, Aix-Marseille, Nice-Côte-d'Azur, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Rennes, Lille) ou carrément... en faire partie, et border (Nord, Nord-Est, "Rhône-Alpes") la Suisse, l'Allemagne et le Bénélux (la "métropole européenne"). En Corse, ce sont clairement les alentours d'Ajaccio, Bastia, Calvi, Propriano et le Sud-Est (Porto-Vecchio, Bonifacio) ainsi que le secteur de la base de Solenzara (vote des militaires ?) : les secteurs les plus peuplés, touristiques et socialement inégalitaires (ce qui n'est pas la même chose que "pauvre", à ne pas confondre !). La Corse "profonde" (en particulier le secteur de Corte, bastion nationaliste) ne vote pratiquement pas FN. "Pixelisé" par bureau de vote, le résultat serait encore plus éloquent... "Socio-géographiquement", ce n'est pas tant un vote de relégation réelle (prolétariat et paysannerie pauvre, périphéries profondes) que de sentiment et de peur de celle-ci ("très-petite-bourgeoisie"). Ce ne sont en fait pas tant des "exclus" qui votent FN que des gens ayant un fort "ressenti" d'exclusion aux abords d'un grand "centre d'inclusion" ("métropole mondialisée") ; sentiment associé à celui de faire "tampon" avec plus exclus qu'eux (la "ZUS du coin", un camp de Roms etc. etc.). Comme l'ont toujours analysé les marxistes conséquents, le populisme d'extrême-droite, le fascisme, vise précisément vote le pen 2012à livrer bataille à l'idéologie prolétarienne dans les "couches en déclassement" de la société, pour éviter que celles-ci ne deviennent révolutionnaires (ce qui serait fatal au système). Là où ce sentiment disparaît, tout simplement par l'absence de grand "centre-relais" capitaliste (ni bobo centrurbain ni ZUS à l'horizon, donc), le vote FN tend également à disparaître. Les zones de "grand bleu" sur la carte des "fragilités sociales" (Bretagne et "Grande Armorique", Massif "central", Alpes, Pyrénées, Gascogne) se caractérisent plutôt, tout comme les "cœurs" des grandes métropoles, par leur blancheur ou leur jaune très clair sur celle du vote FN ; et même si celui-ci monte inexorablement, il monte "partout pareil" c'est-à-dire que les zones de gros scores "historiques" le restent (mais désormais à 30 voire 35% et non plus 20-25%) et celles de scores historiquement faibles le restent également, même si ce ne sont plus 5-10% mais 10-15% ou 15-18%. [NDLR : le 'p''c''mlm' part exactement des mêmes postulats erronés sur "la classe ouvrière principalement périurbaine et votant massivement FN", alors que cela n'est vrai que dans le Nord du Bassin parisien, en Lorraine et Alsace, dans le couloir Saône-Rhône, en Provence et Languedoc côtier.]

     

    *** Les principales poches de relégation/périphérisation/précarité en Bretagne (à 5 département of course) sont :

    - le Poher et la Haute-Cornouailles : centre-est du Finistère (entre Arrée et Montagnes Noires), sud-ouest des Côtes d'Armor et nord-ouest du Morbihan (Gourin, Guéméné-sur-Scorff, Le Faouët etc.).

    - le nord de la Loire-Atlantique (pays de la Mée).

    - la baie du Mont-Saint-Michel (Pleine-Fougères, Antrain etc.) et le secteur extrême-nord de l'Ille-et-Vilaine (Louvigné-du-Désert).

    - le sud-est des Côtes d'Armor et l'extrême-nord-est du Morbihan : Porhoët, Mené.

    communisme

    ******************************************************************************************************************************************************************

    À Carhaix comme à Quimper aux côtés de la classe ouvrière !

    ainsi que l'Appel du comité pour le maintien de l’emploi en Bretagne, cosigné par le SLB (Syndicat des Travailleurs de Bretagne) et la CGT Marins du Grand Ouest.


    Crise-bretonne-Bonnets-Rouges-et-dangers-de-l-opportunism.jpg


    Au sujet du mouvement des Bonnets rouges, on peut aussi (encore une fois) vous inviter à lire cette mise au point par des militant-e-s libertaires breton-ne-s ayant participé aux mobilisations :


     Une autre vision des Bonnets rouges


    Toujours sur le même sujet, l’OC-FR et le PCmF ont récemment publié la très juste (bien qu’un peu obséquieuse à notre avis) réponse suivante à un communiqué du ROCML (dont l’OC-FR est issue par scission et dont SLP a été quelques mois ‘‘compagnon de route’’ avant de prendre des distances salutaires), qui les attaquait à mots couverts :


    Communiqué en réponse au communiqué du ROCML "Carhaix et Quimper, deux manipulations" 


    À la fin de l’article OC-FR/PCmF, on apprend que ces derniers, pour leur relatif soutien à la manif de Quimper, se seraient vus traités de ‘‘fascistes rouges’’ par des éléments du ROCML… À ce tarif-là, par déduction, nous à SLP devrions carrément être des néo-nazis ! Ceci nous oblige (et autorise) donc à publier les commentaires suivants (à l’origine ce sont des commentaires Facebook, donc ne vous formalisez pas si c’est un peu ‘décousu’), afin de mettre quelques points sur les i… Nous précisons bien qu’il s’agit là de la position de SLP et SLP seul, validée par le Comité de Construction du PCR des Terres d’Òc, et non de celle de l’OC-FR et du PCmF qui est en lien ci-dessus.

    Voici ces (modestes) commentaires : 

    Nous pensons qu'il y avait moyen de faire encore plus bref (que l’article de l’OCFR). La position du ROCML (que voici dans le texte, histoire qu'il n'y ait pas d'embrouille) : "Si des travailleurs sont conduits à servir de force d’appoint à l’une ou l’autre fraction de la bourgeoisie, la raison fondamentale en est la domination sans partage chez les exploités des illusions et pratiques réformistes de collaboration de classe propagées par tous les courants politiques de gauche et de la gauche radicale. Illusions qui font obstacle à l’émergence d’un véritable Parti communiste seul capable de conduire les travailleurs à lutter pour ses seuls intérêts de classe face à la bourgeoise. Si ce Parti existait, il serait possible de défendre des mots d’ordre de classe contre les licenciements plutôt que de s’unir aux exploiteurs locaux qui n’ont pour but que leurs profits, même s’il faut pour cela sacrifier l’emploi d’ouvriers trompés qui manifestent avec eux aujourd’hui" ; et bien cela s'appelle tout simplement BOTTER EN TOUCHE, et joliment avec ça.

    "Ah oui il faudrait qu'il y ait un Parti révolutionnaire du prolétariat"... oui, ce serait bien en effet. Beaucoup mieux que maintenant. Il faudrait. "Yakafaukon"... Mais bon : il n’y en a pas, pas de massif et audible en tout cas. Rien qui ressemble de près ou de loin à la SFIC des années 1920-30 avec sa CGTU, ni même à la galaxie ML/mao des années 1968-75 (PCMLF, GP, UCFML, GOP et compagnie)... Cela, le prolétariat et les autres classes populaires l'auront remarqué, merci. Par contre, au détour d'une buvette CGT en manif ou d'une navigation sur le net, ils/elles peuvent être amené-e-s à rencontrer des gens qui PRÉTENDENT être cela dans un futur le plus proche possible : ROCML, OCFR, PCmF, CC-PCRÒC... (pour ne parler que des forces ML et MLM). Et ce qu'ils/elles sont en droit d'attendre de ces gens prétendant être leur avant-garde de demain, c'est une POSITION sur des évènements comme ceux de Bretagne, qu'ils vivent directement s'ils/elles sont sur place, ou sinon par la une des JT tous les soirs à 20h (et des journaux gratuits tous les matins dans le bus). Une POSITION. "Tout sera réglé quand y aura le Partiiiiiii", ce n'est pas une position, désolés.

    En ce qui le concerne, le Comité de Construction du Parti communiste révolutionnaire des Terres d'Òc assume les positions suivantes, publiées sur SLP :
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-breizh...
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-esclave...
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article... (point 1 mais le 3 et le 4 sont en relation aussi)
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article... (tout les points sont plus ou moins en relation)

    Bien sûr d'aucuns diront que c'est "intellectualoïde"... toujours la même rengaine pour ensuite pondre des communiqués CGT ou LO "améliorés".

    (Et puis nous allons un petit peu sur le fond du texte ROCML et là) énormissimou : "Aujourd’hui, l’organisation du mouvement ouvrier révolutionnaire est inexistante. Le prolétariat n’a aucun moyen de s’exprimer de manière indépendante des partis bourgeois."... Ah bon ? Il nous semblait pourtant qu'il y avait quelque chose appelé le ROCML, certes petit mais premier et invincible noyau fondateur du Grand-Parti-qu'il-faut-à-la-classe-ouvrière, sous les 4 lumineuses bobines de Marx-Engels-Lénine-Staline... Waouh la confiance en soi ! Tout un texte pour dire en définitive : "le problème... ben c'est que nous les auteurs de ces lignes on sert à rien, en fait". 

    Et puis le gros titre mensonger, la presse bourgeoise nous y avait habitués et peut-être l'Huma de l'époque Marchais (il faudrait trouver des exemplaires...), mais pour des ML c'est quand même violent : "CARHAIX ET QUIMPER, DEUX MANIPULATIONS"... ok, donc ni-ni a priori... sauf que non. Le ROCML a bel et bien une position : "Cependant le ROCML estime que c’est à Carhaix que les communistes devaient être". Cela pour "diffuser l’esprit de classe parmi les travailleurs et pour en démasquer les buts politiques", mais aussi parce que fondamentalement "l’appel à manifester à Carhaix contenait avec raison la nécessité de faire entendre des revendications des travailleurs. Il était juste de se démarquer des buts réactionnaires de la manifestation de Quimper". Autrement dit la CGT, le FdG et compagnie avaient "raison" dans leur tissu de langue de bois mensongère, bien plus digne de Brejnev que de "Saint" Staline sur lequel le ROCML se pignole. Leur seul tort, en "agitant le spectre de la chouannerie", aurait été d'avoir des "buts politiques" : "se poser en alternative à la gauche du gouvernement PS". Ah ok, on comprend mieux. Il fallait donc "diffuser l’esprit de classe parmi les travailleurs" (par "travailleurs" entendre les 4 tondus syndicalistes professionnels et un tambour qu'il y avait à Carhaix, environ 1.000 personnes apparemment, principalement des "militants professionnels", des permanents, des DS, quelques fonctionnaires sans doute et la "militance" FdG et EELV), histoire sans doute qu'ils apprennent à s'exprimer de manière indépendante... sous l’œil vigilant des buros cégétistes et mélenchonistes. Le tort des appelants n'étant pas de n'avoir STRICTEMENT RIEN COMPRIS à ce qui est en train de se passer, car strictement rien compris à la lutte populaire révolutionnaire comme mouvement SE DÉPLOYANT DES PÉRIPHÉRIES VERS LES CENTRES ; et même PIRE que cela : de DÉFENDRE ouvertement l'autorité du Centre parisien, ignoblement défiée par ces "identitaires" de Bonnets rouges, ces "petits bourgeois chouans" (au passage, la Basse-Bretagne n'était pas tellement le bastion de la Chouannerie, qui était plutôt la Haute-Bretagne, la Mayenne et l'Anjou)… Mais simplement de "servir des buts réformistes". Quand on ne sait plus comment maquiller son jacobinisme culturel ! (sans doute bien ancré dans les esprits pour des profs et autres serviteurs du système qu'ils prétendent combattre)... no comment. 

    À un moment donné, il faut savoir : soit un mouvement est "corporatiste" soit il est DE MASSE... donc forcément interclassiste. Dans le sens où, les corporations n'existant plus depuis 1791, ce que l'on entend par "corporatiste" aujourd'hui veut en réalité dire  "sectoriel" : mouvement STRICTEMENT de fonctionnaires, mouvement STRICTEMENT de postiers ou de cheminots ou de dockers, mouvement STRICTEMENT étudiant, mouvement STRICTEMENT de salariés d'une boîte qui ferme ou d'un secteur qui s'effondre localement, et dont les autres boîtes ou secteurs n'ont strictement rien à battre. Autrement dit, tous les mouvements qui peuvent être aussi massifs qu'ils veulent mais qui ne feront JAMAIS une révolution ni un début de commencement, puisque les secteurs sociaux non concernés s'en tapent. A contrario, un mouvement DE MASSE va PAR DÉFINITION être INTERCLASSISTE et PAR DÉFINITION (dixit Lénine) amener sont lot de "fantaisies (et d'éléments, et d'activistes !) réactionnaires". Mais c'est pourtant le seul truc qui commence à avoir un intérêt dans une lutte prolongée pour la prise de pouvoir révolutionnaire. La première chose que nous DÉFENDONS ouvertement chez les "Bonnets rouges", c'est que c'est sans doute l’un des premiers mouvements DE MASSE que nous amène la phase terminale de la crise générale du capitalisme EN HEXAGONE MÊME (avant il y avait eu le LKP, mais c'était de l'autre côté de l'Atlantique). Bien plus sans doute que le mouvement des retraites en 2010, et celui-ci concernait de toute façon UNE mesure gouvernementale : la "réforme des retraites". Là, les Bonnets rouges - comme le LKP hier - sont un soulèvement GÉNÉRAL contre la situation d'un territoire (d'une PÉRIPHÉRIE) donné, la Bretagne, même si les médias mettent en avant la question de l'écotaxe parce que c'est la question qui permet de dire que "le problème de l'emploi ce sont les charges sur les entreprises". Mais la question qui secoue actuellement la Bretagne, en réalité, ce n’est pas l'écotaxe : c'est "la Bretagne coule, SOS" ! Ce qui, quelle que soit l'issue du mouvement, peut commencer à amener chez certaines personnes un début de compréhension des enjeux véritables : le système capitaliste BBR, la place et le rôle de la Bretagne dedans... et comment en sortir, ce qui amène forcément à la conclusion "dieub ha sokialour" (libération et socialisme), autrement dit RÉVOLUTION. Alors qu'un mouvement contre une "réforme" des retraites, eh bien c'est contre une "réforme" des retraites, point à la ligne. À partir de là, si le gouvernement recule c'est cool, on rentre dans les chaumières ; s'il recule à moitié c'est moitié cool et la moitié rentre dans les chaumières (l'autre moitié continue quelques semaines puis s'essouffle) ; et s'il ne recule pas on le sanctionne aux prochaines élections, en espérant que les nouveaux gouvernants reviennent (au moins partiellement) dessus, ce qu'ils ne feront pas, mais ce que la gauche ne fait pas, remettre la droite ne le fera pas non plus, bref le serpent se mord la queue. 

    Notre position de communistes révolutionnaires occitans est claire, d'autant plus claire que nous avons connu il y a longtemps (1907) un mouvement de même nature (agricole au départ, puis interclassiste). Ce qu'il se passe aujourd'hui en Bretagne est le strict équivalent de ce mouvement, et du LKP en 2009 aux Antilles : le VENT DE LA PÉRIPHÉRIE QUI SE LÈVE ET DÉFIE LE CENTRE. La crise du capitalisme plonge une terre et son Peuple dans la misère, et ce peuple réagit. Avec son lot de positions et d'idées non-communistes, forcément puisque le mouvement est interclassiste (et la conception communiste du monde, de toute façon, est encore très faible dans les masses populaires). Aujourd'hui, on nous dira que le LKP était une coalition syndicale et n'avait rien à voir avec un mouvement soi-disant "à la solde des patrons". Sauf que d'une, il y avait certainement autant de petits capitalistes (formels ou informels) dans le LKP que dans les Bonnets rouges actuels, puisque ce n'était pas un mouvement contre une mesure en particulier mais contre l'effondrement du pouvoir d'achat (pour cause de monopole de la distribution, aggravant la situation "ultra-périphérique" des îles). Et de deux, les mêmes qui diront cela pointaient en 2009, avec un œil de vigiles du temple BBR, les "tentations séparatistes" et autre "racisme anti-blancs" du mouvement antillais.

    Quand les fonctionnaires ou les employés publics ou les profs bougent, ce sont toutes les catégories qui bougent, des C aux A, sauf le grand dirlo et ses 3 acolytes qui sont justement là (payés) pour que les gens bossent et non fassent grève. Les niveaux de revenu vont facilement de 1 (prolétariat) à 3 SMIC (bonne petite bourgeoisie, quasi moyenne). Quand une boîte licencie et que l'on ne sait pas qui va être de la charrette, pareil, tout le monde va bouger sauf les représentants physiques du Capital employeur qui sont justement là pour mettre en place la "restructuration". De 1 à 3 SMIC idem. Des syndicalistes pro-ANI et des antis. Des gens pour qui avec une grosse indemnité ça ira à l'aise jusqu'à retrouver du boulot (sous un an maxi) et d'autres qui sont sûrs de tomber dans l'exclusion. Si quelqu'un à d'autres exemples de "mouvements sociaux" actuellement, nous voulons bien, mais nous, nous n'en voyons pas.

    C'est donc strictement du pareil au même que les Bonnets rouges, sauf que dans ce mouvement il y a aussi des non-salariés (agriculteurs, artisans, transporteurs indépendants, petits patrons, pêcheurs etc.). Dans tous les cas, ces mouvements font face à un symptôme localisé (dans un secteur, une entreprise ou une "région") de la crise du capitalisme, et la solution est portée NON PAS PAR LA CLASSE OUVRIÈRE (fétichisme ouvriériste) mais par la CONCEPTION COMMUNISTE DU MONDE, qui reflète le CARACTÈRE SOCIAL DE LA PRODUCTION (incarné physiquement par les ouvriers et autres petits salariés) face à la PROPRIÉTÉ PRIVÉE (par une minorité) DES MOYENS DE PRODUCTION et l'appropriation privée (inégalitaire) du produit. Dans tous les cas, imposer suffisamment cette conception communiste dans un mouvement quel qu'il soit, c'est beaucoup de boulot. Autant dans telle boîte que dans telle autre. Autant dans le privé que dans le public ou les administrations. Autant à Quimper qu'à Carhaix. Il n'y a PAS DE VOIE FACILE ; en revanche il y a de la gravité pour des "ML" à (en définitive) rechercher une telle voie. "Easy roads are always sure to lose" (Song for Marcella, chanson en l'honneur de Bobby Sands). Évidemment que l'on ne va pas faire de l'agit-prop dans un mouvement ouvertement réactionnaire, n'existant que dans ce but comme la "Manif pour tous", où les révolutionnaires seraient en danger physique grave voire mortel pour un résultat dérisoire (convaincre un ou deux homophobes de ne plus l'être ?). Mais la manif de Quimper et le mouvement breton actuel n'ont rien à voir avec cela, que le ROCML ne fasse pas semblant de ne pas le comprendre.

    Qu'il ose plutôt (enfin) dire le fond de sa pensée : ce qui le dérange dans les Bonnets rouges plus que dans un autre mouvement social, c'est la remise en cause "régionaliste-identitaire-tout-caca-pas-beau" du SYSTÈME-FRANCE, le défi d'une Périphérie au Centre parisien du capitalisme BBR.

    En conclusion, on en revient à ce que SLP a toujours dit et répété depuis son "choix" (quelque peu forcé, mais en tout cas nullement regretté) de septembre 2010 : le ROCML, en définitive, c'est le PCOF d'il y a 30 ans... Les mêmes ingrédients font les mêmes recettes. La seule différence c'est qu’il ne faudra sans doute pas 30 ans pour que cela devienne le PCOF d'aujourd'hui, autrement dit un petit écuyer de l'aile gauche de l'Armée idéologique du Capital…


     


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