• Breizh : comment l'étincelle écotaxe a mis le feu à la lande


    Personne n'aura échappé, à la "une" de tous les JT et journaux gratuits dans le bus le matin, à la gigantesque et violente mobilisation interclassiste (des patrons et agriculteurs relativement aisés jusqu'aux ouvriers et ouvrières de PME) qui secoue actuellement la périphérie Bretagne, contre une mesure aussi pavée des meilleures intentions qu'enfer bureaucratique et "d'en haut" (de Paris), appelée écotaxe.n-BONNETS-ROUGES-large570.jpg

    Cette mobilisation a depuis peu, plus ou moins à l'initiative du "patron" finistérien de la FNSEA (syndicat agricole historiquement lié à la droite bourgeoise) Thierry Merret [MàJ : en réalité, le collectif "Vivre, travailler et décider en Bretagne" est dirigé par une "troïka" composée de Merret, du maire de Carhaix Christian Troadec (Mouvement Bretagne et Progrès, autonomiste social-libéral) et du syndicaliste FO Olivier Le Bras, de l'entreprise en difficulté Gad : deux de centre-gauche et un de droite, donc], revêtu le bonnet rouge de la révolte bretonne de 1675 contre l'arbitraire centraliste royal de Paris (provoquée à l'époque par un nouvel impôt de Louis XIV et Colbert, frappant l'étain donc les bistrots et les restaurants, et le papier timbré indispensable aux démarches juridiques). Voilà qui confirme, s'il le fallait encore, ce que nous disons depuis des années : la "France" n'existe pas, sinon objectivement comme prison des Peuples et subjectivement comme aliénation idéologique au service du Grand Capital ; lorsque les masses se mobilisent c'est dans le cadre national des véritables nations et non pas de la "France" (qui n'en est pas une), avec des références nationales ; et pendant que les habituels jacobins "rouges" crachent leurs vomissures sur la "dimension identitaire" et/ou "corporatiste" des mobilisé-e-s (voulant soumettre les masses rurales à la "classe ouvrière" dans la plus pure veine de Trotsky), les tenants de la mobilisation réactionnaire de masse, eux, ne s'y trompent pas, comme l'ont déjà montré depuis longtemps les Identitaires (Rebeyne à Lyon ou encore... Maquisards en Dauphiné, la résistance antinazie serait-elle alors une "référence identitaire" interdite ?), et comme le montre maintenant l'officine UMP qu'est la FNSEA.

    Car les souffrances populaires de cette "France d’en face", comme l’appelle un récent et plutôt bon documentaire (ou "d'à côté" pour les "chercheurs" bourgeois Serge Guérin et Christophe Guilluy, d'ailleurs à l'origine des thèses du documentaire en question), ne sont que l’expression et le résultat de la périphérisation/‘provincialisation’ des Peuples sur laquelle l’État nommé "France" s'est construit pendant des siècles par et pour le capitalisme, frappant de fait la quasi-totalité de l’Hexagone (60% de la population) à l’exception (mais non sans ghettos !) du Bassin parisien et des grandes "métropoles d’équilibre" (Lyon, Côte d’Azur, Nantes, Toulouse, Bordeaux, Lille) ainsi que de quelques territoires comme l’Alsace ou la Savoie, qui jouissent de la proximité de la ‘banane bleue’ européenne : là sont les ‘campagnes’ de la Guerre populaire en Hexagone et les petits donneurs de leçons gauchistes peuvent toujours cracher dessus que cela n’y changera rien… ou plutôt si, hélas : laisser ces masses travailleuses au populisme réactionnaire et au fascisme, ce qui est une honte pour de prétendus "révolutionnaires".

    Cette affaire de l'écotaxe a en réalité deux aspects :

    - un aspect de bouc émissaire bien utile ; problème parmi tant d'autres dans la crise qui frappe la Bretagne, mais mis en exergue par les médias bourgeois, la droite et l'extrême-droite car servant la thèse "thatchérienne" selon laquelle le "problème de l'emploi" se résumerait aux "charges sur les entreprises" ; détournant ainsi les luttes populaires (ouvrières et petites-paysannes) vers un combat qui est avant tout celui des patrons, de la petite et moyenne bourgeoisie et des gros agriculteurs productivistes, et les liquidant dans le piège mortel de l'interclassisme ;

    MAIS AUSSI

    - une étincelle qui a mis le feu à la plaine (ou plutôt à la lande, en l'occurrence).

    769974.jpgCar cette taxe, pour avoir été adoptée par l'ancien gouvernement sarkozyste et imposée à la majorité actuelle par un décret d'application pris la veille de la passation de pouvoirs (sachant bien que la gestion PS du dossier serait une cata), ne part pas en tant que telle de si mauvaises intentions : réduire le transport routier de marchandise, qui 1°/ pollue et 2°/ est un danger permanent pour les autres usagers de la route, surtout lorsque les chauffeurs épuisés par des centaines de kilomètres avec 30 tonnes entre les mains commencent à faire n'importe quoi. Elle vise donc, à travers la taxation du kilométrage établi par GPS (d'où les fameux portiques, pour vérifier que les camions en soient équipés), à décourager celui-ci. L'objectif étant de pousser la marchandise vers le transport ferroviaire (ferroutage) et fluvial, pour ne laisser aux camions de petit tonnage que la desserte locale : telle est l'idée. Le problème est que la bourgeoisie décide mais ne planifie rien, car telle est sa nature de classe. Dans de nombreuses régions, le réseau ferré et navigable est clairement insuffisant. Ni une ni deux, la solution est alors de réduire la taxe sur ces territoires : dégrèvement de 30% en Aquitaine et Midi-Pyrénées, et... 50% en Bretagne. La Bretagne, aujourd'hui en ébullition, est donc en fait la "région" la moins durement touchée par la taxe. De même, en sont exemptés de nombreux types de transports et notamment le transport agricole, les camions de collecte de lait etc. : les agriculteurs massivement mobilisés le sont donc contre quelque chose qui ne les touche pas directement (mais indirectement peut-être, dans la mesure où cela va encore aiguiser la "guerre des marges" entre producteurs et centrales d'achat).

    Simplement voilà : tout cela s'est encore une fois fait à la manière bourgeoise. À la fois bureaucratiquement, "d'en haut", de Paris ; et de manière dérisoire car au nom de la sacro-sainte "liberté d'entreprise", on va chercher l'"incitation" par la taxation plutôt que de planifier démocratiquement la production et sa distribution de manière conforme aux intérêts des masses (dont fait entre autres partie l'environnement). Ah oui mais zut, c'est vrai : une telle chose s'appelle le SOCIALISME (le vrai, pas la gouvernance PS) et "on a bien vu", "en URSS, en Chine, en Corée du Nord et je ne vous parle même pas du Cambodge", où mènent de telles "utopies". Pures foutaises : la réalité, c'est que se tourner vers le ferroutage et le transport fluvial s'appelle une mutation technique et que, plutôt que d'investir là-dedans, les "gros" (producteurs, transporteurs, distributeurs) préfèreront payer et répercuter de fil en aiguille la taxe sur le consommateur final, qui paiera ses produits plus cher, tandis que les "petits", qui eux ne peuvent même pas songer à investir de la sorte... crèveront, tout simplement, et leurs 3 ou 4 éventuels salarié-e-s avec eux. Darwinisme économique : ainsi va le capitalisme depuis son origine. Vae victis !

    Or en Bretagne, il s'est tout simplement passé que cette étincelle a rencontré une plaine ultra-sèche, ou plutôt un baril de poudre social ; comme il y a 338 ans l'impôt de Colbert sur l'étain et le papier timbré, a priori indifférent aux 3/4 de la population.

    Car avant les "unes" sur les "nouveaux Bonnets rouges", il y avait, faites un effort pour vous rappeler, les "entrefilets" dans les journaux et les JT : la Bretagne est en situation de crash économique et social.

    Eh oui... Jusqu'à présent, lorsque l'on mettait en parallèle les cartes INSEE du taux de pauvreté ou du taux de chômage avec celles des "provinces réputées étrangères" de l'Ancien Régime, autrement dit des terres et des peuples annexés et périphérisés dans la construction de l’État français (à l'époque c'était clair), une "province" ne "collait" justement pas : la Bretagne. Elle était systématiquement, tous départements confondus, dans les taux les plus bas, comme d'ailleurs les secteurs voisins de Vendée, Anjou, Mayenne ou Cotentin. En réalité, la misère y a historiquement été effroyable, et pas seulement sous Louis XIV, d'où l'émigration pendant tous les 19e et 20e siècles vers Paris et ailleurs. Mais la Bretagne a connu dans les années 1960-70 une sorte de "révolution verte" agricole qui en a fait, de terre où même le pain était rare (au profit de la fameuse galette de sarrasin, qui fait aujourd'hui le délice des touristes), le "poumon" du secteur agro-alimentaire tricolore. On peut en fait (plus largement) parler d'un véritable "miracle économique" dans lequel un rôle important a notamment été joué par le CELIB (Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons), "lobby" de la bourgeoisie locale auprès du système-France créé en 1950 par des députés et autres politiciens du cru tels que René Pleven. Au niveau de l'industrie et des services, elle a bénéficié d'une foule de "politiques d'attractivité" par les élus locaux, pour tenter justement de briser sa situation périphérique en Hexagone et en Europe (Rennes est à 350 km de Paris et presque 600 de Lille et 830 de Strasbourg, les frontières Est et Nord avec la 'banane bleue' européenne ; et ensuite il reste encore 250 km jusqu'à la pointe du Finistère...), politiques qui en ont presque fait une vaste zone franche ; à mesure que la crise se renforçait, ceci a évidemment attiré de plus en plus d'entreprises (mais développé du même coup la problématique du transport). La crise a également signifié en Hexagone l'effondrement de la grande industrie au profit des petites unités de production, qui sont la morphologie économique traditionnelle de la Bretagne. Tout cela faisait finalement du Peuple breton une sorte de vaste classe moyenne : ce que ne disent pas les cartes, c'est que s'il y avait peu de pauvres (sauf chez les jeunes et les âgé-e-s), il y avait également peu de très riches ; la Bretagne avait en fait un interdécile (écart entre les 10% les plus riches et les plus pauvres) parmi les plus faibles de l'Hexagone. Elle était peuplée de ménages, salariés ou agriculteurs, indépendants ou petits employeurs gagnant entre 1300 et 1800 euros par mois et par adulte, très peu au-dessus et très peu au-dessous. Mais tout cela, on l'a vu, était circonstanciel et devait tôt ou tard s'effondrer ; la crise générale du capitalisme, qui profite souvent au début à des territoires économiquement "pas tops" auparavant, devait finir par rattraper la Bretagne : nous y sommes.

    3-630x360-copie-1.jpgCes derniers temps, les luttes de classe, certes encore au niveau revendicatif seul possible sans Parti révolutionnaire, se sont multipliées. Et voilà que là-dessus vient se greffer l'écotaxe, dont l'application au 1er janvier prochain était prévue depuis son vote en 2009, mais que tout le monde avait complètement oubliée ; apportant une inquiétude supplémentaire aux travailleurs : que les entreprises soient "obligées" de la répercuter aussi sur la masse salariale, en... licenciant. Donnant par là-même l'occasion d'un coup de maître au patronat local et hexagonal, et bien sûr à la droite BBR ou autonomiste qui en représente politiquement la majorité : c'est difficile, il y a des plans sociaux ? Ben voyons, c'est (encore et toujours) la faute aux "charges" et d'ailleurs voyez, maintenant en plus on va nous coller l'écotaxe ! Voilà justifiés les plans sociaux de demain... et plus fort encore, voilà le peu qu'il reste (en Bretagne comme partout ailleurs) de travailleurs organisés pour leurs intérêts, dans des syndicats plus ou moins jaunes, embarqués derrière la lutte des patrons, les "petits" qui ont effectivement de bonnes raisons de s'inquiéter et font là connaissance avec leurs futur-e-s frères et sœurs de classe lorsqu'ils pointeront à Pôle Emploi, mais aussi les "gros", qui trouvent là une excellente manière de détourner d'eux les regards prolétaires et populaires et de faire "l'union sacrée" (et la "une" des médias, que les luttes d'entreprise contre eux n'intéressaient guère autant) sous le bonnet rouge de 1675, l'un de ces symboles si faciles à récupérer lorsque les peuples ne connaissent pas leur histoire ! Ajoutez à cela quelques bêlements des Verts, dans leur rôle de bobos parisiens qui n'en ont "rien à foutre des gens d'en bas", et les explications technocratiques de quelques énarques socialos ; le décor est complet. On a tout gagné : la gauche bourgeoise PS avec une popularité autour de 15%, la droite "modérée" à la NKM (à l'origine de la mesure) avec guère mieux, et les masses populaires se ventilant au mieux à 10% dans l'"extrême-gauche" électoraliste, 30% dans l'abstention et autant dans le vote FN ou pour des élus UMP plus ou moins "Droite populaire".

    L'unique manière d'éviter une telle catastrophe, c'est que les forces avancées du prolétariat et des classes populaires de Bretagne forment le Parti révolutionnaire qui, assumant le socialisme et la libération nationale anti-périphérisation, décrypte scientifiquement les choses comme nous venons de le faire (mais mieux, étant sur place), mobilise et agrège la colère du Peuple autour de lui et POSE LA QUESTION DU POUVOIR, dans la Guerre populaire qui est fondamentalement, dans chaque État bourgeois, l'encerclement et à terme l'écrasement des Centres par les Périphéries, la Bretagne n'étant pas des moindres.


    Voici à lire un article de Breizhistance sur la crise sociale que traverse actuellement le pays breton :

    Doux, Gad, Tilly-Sabco, Marine Harvest, Alcatel-Lucent… À qui le tour ?

    La rédaction de Bretagne-Info publie l’analyse de Joris Brouard, membre de la Gauche Indépendantiste, sur la crise économique et sociale que traverse actuellement la Bretagne.

    Depuis plusieurs semaines, la Bretagne est plongée dans une crise économique, sociale et environnementale qui frappe de plein fouet son secteur industriel. Doux, Gad, Marine Harvest et autres sont autant d’usines qui ont annoncé des fermetures de sites et de vastes plans sociaux mettant en péril l’avenir de nombreux travailleurs bretons.

    Pour autant ces annonces ne paraissent pas si surprenantes si on prend le temps de faire le bilan économique du secteur industriel breton en crise. En effet, l’exemple du secteur de l’agroalimentaire présenté comme le fer de lance de l’activité économique bretonne et dont les mérites ont été vantés par les différents acteurs économiques, politiques et même médiatiques bretons, a suivi la logique néo-libérale qui prévaut dans l’ensemble des industries occidentales depuis des décennies. Le modèle agroalimentaire breton que l’Etat français a imposé avec la complicité de certains acteurs bretons, repose sur un modèle productiviste à outrance et déréglementé au détriment de l’impact social et environnemental qu’il a créé sur le territoire.

    Les principales causes liées à cette hémorragie du secteur agroalimentaire ne relèvent pas uniquement de la conjoncture actuelle. Des causes structurelles sont également à l’origine de ce cataclysme social. Tout d’abord, une grande partie des entreprises de l’agroalimentaire ont été détenues par de puissantes familles capitalistes ayant bâti leurs fortunes grâce à ces entreprises. Pour soutenir leur développement, les institutions libérales européennes, l’État français mais aussi les acteurs bretons, n’ont pas hésité à subventionner leur activité et favoriser le patronat aux dépens des travailleurs et de la préservation de l’environnement et sans contrepartie ni garantie pour l’avenir. Entraînant avec eux tout le secteur agricole, tuant peu à peu les petites unités de productions, les chantres de l’agro-business ont imposé leur modèle ultra-productiviste avec l’aide bienveillante de leurs alliés de la grande distribution et des transports.  

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    À lire aussi ABSOLUMENT :

    Pourquoi la Gauche Indépendantiste manifestera samedi 2 novembre à Quimper ?

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    breizh gwenhadu komunourmaoc 

     


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