• La présidentielle en quelques chiffres


    Au premier tour, sur 47,5 millions d'électeurs inscrits, il y a eu 37 millions de votants, 36 millions de suffrages exprimés.

    - Près de 10 millions de voix se sont portées sur ce qu'on appellera "la gauche" (Mélenchon principalement, + Hamon, Poutou, Arthaud).

    - Plus de 9 millions se sont portées sur ce qu'on appellera la "droite modérée" (les 8,6 millions de Macron, aujourd'hui Président de la République, arrivé en tête, et les 400.000 et quelques voix de Jean Lassalle, proche de François Bayrou).

    - Enfin le reste, près de 17 millions de suffrages, se sont portés sur la droite réactionnaire, souverainiste et fascisante (Fillon, Le Pen, Dupont-Aignan, Asselineau). Les 65.000 voix de Jacques Cheminade sont difficilement classables, mais de toute façon insignifiantes.

    L'abstention et les bulletins blancs et nuls dès le 1er tour (11,5 millions) sont difficiles à évaluer politiquement : il y avait les campagnes de boycott lancées par les diverses organisations révolutionnaires, mais il n'est pas sûr qu'elles aient touché plus de quelques milliers de personnes ; un certain nombre de ces abstentionnistes ont sans doute un potentiel révolutionnaire mais il est difficile de dire combien, et considérer que "tous" serait absurde ; il y a sans doute aussi du désintérêt voire du rejet de la politique mais en mode individualiste, voire des gens attirés par Le Pen mais n'osant pas encore sauter le pas (encore qu'il ne doive plus y en avoir énormément aujourd'hui).

    Parallèlement, et malgré les critiques sur le personnage que nous avons nous-mêmes suffisamment exprimées ici et sur lesquelles il n'est pas besoin de revenir, un certain nombre de personnes de conscience progressiste et de classe populaire ont choisi de jouer tactiquement la présence au 2e tour de Jean-Luc Mélenchon, tandis que d'autres encore ont sans doute choisi de voter directement pour Macron afin de lui donner le meilleur score et la meilleure dynamique possible (et il est clair que les sondages auparavant ne le donnaient pas beaucoup en tête, ou alors de manière très serrée), d'éviter l'horreur absolue d'un duel Le Pen - Fillon, etc.

    Au total, les deux candidats qualifiés pour le 2e tour ont totalisé 16,3 millions de voix (8,65 pour Macron et pas loin de 7,7 pour Le Pen, score déjà absolument historique sans même parler de celui du 7 mai...), et donc quelques 19,7 millions n'ont voté ni pour l'un ni pour l'autre (droite réactionnaire autre que Le Pen : 9,3 millions).

    AU 2e TOUR, plus de 12 de ces 19,7 millions se sont reportés sur Macron et un peu moins de 3 millions sur Le Pen.

    Le delta d'abstention (personnes ayant voté au 1er tour donc, mais refusant l'affiche du 2e) s'élève à +1,5 millions, et surtout, celui de bulletins blancs ou nuls à plus de 3 millions (de 950.000 à plus de 4 millions, "score" là aussi absolument historique pour cette démarche plus "militante" que la simple "pêche à la ligne"). Mais là aussi, ces nouveaux abstentionnistes et votants blanc ou nul peuvent provenir tout autant de la gauche que de la droite située entre Le Pen et Macron... C'est d'autant plus difficile à dire que si l'on se base sur les enquêtes demandant aux différents électorats du 1er tour ce qu'ils ont fait au 2e, on ne retrouve tout simplement pas la quantité de reports, en particulier sur Macron ! Autrement dit, il est probable que des gens disent s'être abstenus ou avoir voté blanc, mais aient en réalité voté Macron (ou chargé quelqu'un par procuration de le faire)...

    À l'arrivée donc, ce sont plus de 66% pour Emmanuel Macron et pas tout à fait 34% pour Marine Le Pen ; presque 2/3 - 1/3. C'est à dire, nous allons le voir, une affaire de "verre à moitié plein ou à moitié vide".

    Le Pen sort en effet des urnes, comme déjà au 1er tour, nettement au-dessous de ce que lui promettaient les sondages. Il est possible, et on peut presque l'espérer tactiquement, que ce "verre à moitié vide" suscite des tensions dans son propre mouvement, contre la "ligne Philippot" et son "programme à la Mélenchon", avec Marion Maréchal et d'autres en embuscade... Au regard par exemple de la bonne résistance de Fillon ("droite décomplexée") malgré ses affaires et de la mauvaiseté des reports de son électorat au 2e tour, ou encore de la grande faiblesse des reports de l'électorat Mélenchon (que visait, a priori, la "ligne Philippot"). Autrement dit qu'un certain nombre de cadres appellent au retour aux fondamentaux de "droite nationale" contre le "ni droite ni gauche" de Philippot, et que cela (vu la protection de la "patronne" dont celui-ci bénéficie) puisse conduire à un éclatement et donc (comme à l'époque de Bruno Mégret) un affaiblissement du Front, que (rappelons-le) son fondateur historique lui-même a déjà quitté.

    Mais il faut voir aussi le "verre à moitié vide"... pour nous : malgré le score respectable de ce-qu'on-peut-appeler-la-gauche (un retrait de la candidature Hamon, par exemple, aurait même pu donner un 2e tour Mélenchon-Macron...), qui n'est de toute façon pas extérieure au dit consensus, c'est une nouvelle victoire du consensus républicain du "juste milieu" qui est la forme en quelque sorte "normale" de la dictature bourgeoise et de la contre-révolution préventive dans l’État français, où l'on ne rappellera jamais assez que les figures les plus réactionnaires et ennemies du peuple vues d'aujourd'hui (Napoléon, Adolphe Thiers, Jules Ferry, et même De Gaulle qui après tout a surtout usé de ses pouvoirs d'exception... contre l'extrême-droite, l'OAS !) étaient des hommes du centre (du "juste milieu") en leur temps, et que l'extrême-droite proprement dite n'est arrivée au pouvoir que dans des circonstances très exceptionnelles d'invasion du territoire par une puissance étrangère (et encore : le Ministre de l'Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu, disait par exemple combattre "le terrorisme d'extrême-gauche" - la résistance communiste - "ET D'EXTRÊME-DROITE" - les gaullistes ! ; le régime essayait concrètement de reconstituer un multipartisme à partir des courants germanophiles, pacifistes ou anti-antifascistes des partis d'avant-guerre - "socialistes" de Déat, ex-communistes du PPF de Doriot ou du Parti ouvrier et paysan, etc. ; les anciens centristes radicaux ou libéraux étaient - du moins dans un premier temps - ses plus solides soutiens alors que la droite dure s'était tout de suite divisée entre patriotes gaullistes et collabos ; bref dans un sens Vichy se voulait aussi du "juste milieu" !).

    Notre position depuis toujours est que l'extrême-droite, même "relookée" et "dédiabolisée", n'a pas réellement "vocation" à arriver au pouvoir en Hexagone [voir annexe 1] ; mais plutôt à jouer un rôle d'outsider de confort, "gardienne" des classes populaires paupérisées par la crise, et beaucoup plus confortable que ne l'était le PCF dans les années 1960-70 (insusceptible, par exemple, de mettre des millions de travailleurs en grève). Un outsider que le système, l'idéologie dominante républicaine capitaliste-impérialiste-raciste, nourrit et utilise en même temps comme épouvantail pour se renforcer et assurer sa continuité (en gros : c'est nous ou pire que nous, choisissez mes braves gens !). De temps à autre, comme déjà avec Sarkozy (déjà à l'Intérieur puis durant sa campagne présidentielle), la droite opère une sorte de "big bang" en reprenant à son compte les thèses anti-démocratiques du FN, repoussant celui-ci vers son "noyau dur" de 10% de l'électorat (c'est ce qui pourrait encore arriver, surtout en cas de tensions et d'explosion du mouvement lepéniste face au "verre à moitié vide", avec par exemple un Wauquiez comme nouveau Sarkozy) ; la "gauche" suit le mouvement en mode "répondre aux bonnes questions" pour maintenir son existence ; bref le champ politique bourgeois se lepénise, et voilà.

    La manœuvre semble cette fois encore avoir fonctionné, au-delà des prévisions qui étaient légèrement plus "tendax". Mais pour continuer dans le verre à moitié vide pour nous, et à moitié plein pour le FN, c'est tout de même un score absolument historique qui a été réalisé là. Déjà au 1er tour, avec près de 900.000 voix de plus qu'au 2e tour des régionales qui était, rappelons-le, son premier dépassement du score de Marine Le Pen à la présidentielle 2012 ; et ne parlons même pas du 2e où la barre symbolique des 10 millions a été franchie, doublant quasiment le score de son père en 2002 (où il n'avait bénéficié de reports que de Bruno Mégret, concrètement). Près de 3 millions de voix supplémentaires alors que son allié de dernière minute Nicolas Dupont-Aignan ne pouvait lui en fournir au maximum que 1,6 (mais cette décision a en réalité poussé son parti au bord de l'explosion et plus d'un quart de ses électeurs ont indiqué qu'ils s'abstiendraient...) ; autrement dit des digues fondamentales ont cédé, des électeurs de Fillon (pourtant économiquement libéral et européiste) ont préféré Le Pen à Macron, tout comme sans doute aussi un bon demi-million ou plus d'électeurs... de gauche (contre l'"ultra-libéral" "candidat des banques" Macron, en réalité social-libéral "théorie du ruissellement" tout ce qu'il y a de plus classique, montrant le niveau d'irrationnel politique atteint dans ce pays).

    Et avec ce score, comme nous l'avons également toujours dit, le FN peut déjà être considéré comme "en partie", si ce n'est pas désormais "à moitié" au pouvoir... Marine Le Pen peut pratiquement être considérée comme la "directrice générale" de fait de la police et de la gendarmerie, qui ont voté majoritairement pour elle et dont le déchaînement contre les manifs au soir du 1er tour montre bien quel score historique les "décomplexait" de la sorte (en l'occurrence, sans doute pas celui du candidat ayant fondé son mouvement il y a un an...).

    Ceci rend fondamentalement ridicules ceux qui s'essayent à célébrer la victoire de Macron comme un véritable "triomphe de l'antifascisme", pratiquement de la "démocratie populaire" ; qui tentent de nous faire croire que l'islamophobie et le fond d'ambiance "ennemi intérieur" anti-terroriste post-Charlie, qui ont nourri le FN (ont été déterminants pour 90% de ses électeurs en tout cas, selon toutes les enquêtes), auraient en réalité "amorcé son reflux" ; etc. etc.

    L'entre-deux-tours a suscité de très vifs débats quant à l'attitude à adopter face à ce scrutin. Il faut dire, pour parler clairement, que la configuration était passablement merdique. Si avait été promise à Macron une victoire "à la Chirac", 80-20, pouvant à la rigueur se resserrer à 70-30, il aurait été clair qu'il fallait absolument refuser le "front républicain" bourgeois, le renforcement du consensus "juste milieu" néolibéral par la peur de l'épouvantail "extrême". Si par contre les sondages s'étaient montrés très serrés, autour de 50%, en-dessous de 55-45 en tout cas... il aurait alors fallu réfléchir sérieusement. Sans qu'il s'agisse ici, bien sûr, de présenter de manière ridicule les choses comme une "défaite de Le Pen face à l'antifascisme", mais bien comme un pur choix tactique (encore que... une telle situation présumerait d'une faiblesse du candidat "républicain" qui pourrait conduire à un soutien "comme la corde soutient le pendu", à condition que les choses soient bien pensées et organisées comme cela et non un mouvement éperdu de panique ; une extrême-droite à un tel niveau pourrait par ailleurs signifier une autre configuration de second tour, en rappelant que cette année une candidature UNIQUE de la "gauche de gauche" aurait très probablement été devant Le Pen et peut-être même devant Macron ; mais bon...).

    Car si nous avons toujours dit que l'extrême-droite avait vocation à rester cantonnée dans un rôle  d'opposition de confort et d'épouvantail, nous avons également toujours dit que selon les circonstances (et ces circonstances, sans s'apparenter à une invasion étrangère comme en 1940, ont été assez lourdes ces deux dernière années) cet épouvantail pouvait devenir créature de Frankenstein, échapper à ses créateurs... et alors, bien entendu, ce ne serait plus du tout la même chose ! Il n'y a rien d'anti-maoïste, mais au contraire les principes "militaires" de base du maoïsme, à choisir le terrain sur lequel on se bat ; le moins défavorable et/ou le mieux connu. Macron représente la continuité du hollandisme, terrain difficile avec le virage ultra-répressif pris sous l'égide de Valls (qui jouera certainement un grand rôle dans la future majorité présidentielle), mais que nous commençons à connaître ; et si l'on ne peut présumer d'aucun évènement, d'aucune évolution, du moins sait-on d'où l'on part (de ce que nous avons actuellement) ; alors qu'avec Le Pen, nous ne savons PAS d'où nous partons et encore moins où les choses peuvent aller, sinon qu'il y a d'excellentes raisons d'envisager le pire, même si la référence au gaullisme période Papon (préfet de Paris) a remplacé celle à Vichy et aux ultras de l'Algérie française... Nous savons pertinemment que son programme "social" made in Philippot est du vent, que le FN est économiquement tout aussi social-libéral que Macron, "ruissellement" mais "ruissellement"... pour les seuls "bons Français" et non pour tout le monde ; voire plus thatchérien encore que cela selon la réalité économique (c'était la ligne économique claire et nette dans les années 1980, et difficile de ne pas l'envisager en voyant la gueule d'un Nicolas Bay par exemple) ; sauf que dans les manifs, les balles réelles pourraient bien remplacer les flashballs creveurs d'yeux, et dans les quartiers où ces balles sont déjà tirées régulièrement, le nombre de victimes décupler ou vingtupler... Et qui, à l'heure actuelle, 1°/ déjà, pourrait souhaiter et 2°/ peut sérieusement s'estimer PRÊT à cela ?

    Nous n'avons à peu près rien lu de plus ridicule entre les deux tours que les déclarations du style "nous descendrons dans la rue", "ça se règlera par des manifestations de masse", comme si l'on partait du postulat absolu que "la rue" resterait strictement la même sous Le Pen qu'aujourd'hui, alors que le virage répressif pris depuis quelques années avec Valls, l'état d'urgence et compagnie a déjà mis les mouvements sociaux dans une grande difficulté (moins de monde dans la rue, par exemple, contre la Loi Travail que contre la réforme des retraites sous Sarkozy !). Historiquement, un "bond en avant" considérable dans la répression anti-populaire ne s'est jamais "réglé dans la rue" !!

    Mais bon, là, donc, la situation était dans une sorte d'"entre deux" merdique, avec des sondages autour de 60-40. D'où la multiplication et la grande diversité des positions : ceux et celles restant sur la ligne de boycott (arguant parfois, non sans raisons, que de toute façon ce que feraient ou pas quelques milliers de révolutionnaires ne changerait pas la donne, donc autant rester droit dans ses bottes) ; les nouveaux abstentionnistes (de l'électorat Mélenchon essentiellement) ; les partisans du vote barrage, aimablement surnommés "castors" par les autres ; l'idée que Le Pen allait de toute façon perdre mais que par 30% ou 45% ce ne serait pas la même chose, etc. etc.

    Ce débat aura eu le mérite incontestable d'être intéressant et créatif, même si comme il est coutume dans ce pays, les attitudes anti-constructives ont hélas pullulé. On dédiera une mention spéciale au noyau dur militant de la France Insoumise (Mélenchon) qui, alors qu'au 1er tour il fallait littéralement fusiller les abstentionnistes (celles et ceux qui "empêchaient" leur champion d'être possiblement au 2e tour), voulaient au 2e fusiller les NON-abstentionnistes, celles et ceux qui par réflexe de survie, non-Blancs ou se sachant fichés (par exemple), ou refusant simplement le saut dans un sombre inconnu, souhaitaient voter Macron pour faire barrage... Sans parler des quelques-uns carrément prêts à voter Le Pen pour "tout faire péter" (et près de 500.000, selon toute vraisemblance, l'auraient finalement fait).

    Dans les secteurs les plus opprimés des masses (opprimé-e-s de race ou de genre notamment), on a pu observer les deux positions, l'une consistant à dire que "l'oppression n'a pas attendu Le Pen" (certes... mais elle pourrait décupler ou pourquoi pas centupler !), l'autre qu'il fallait faire barrage pour la survie ; avec parfois des argumentaires idpol un peu stériles et désolants en la si grave circonstance, comme quoi l'une ou l'autre position serait une position de "privilégiés" (soit "s'en foutant" que Le Pen passe car "pas concerné-e-s par la violence de son programme", absurde si l'on pense à des militant-e-s fiché-e-s par exemple, soit "allant faire les castors pour sauver l'image de leur France des Droits de l'Homme qui n'existe pas"), alors qu'il était évident que ces catégories opprimées elles-mêmes étaient très divisées sur la question et que personne, aussi "concerné" soit-il, ne pouvait prétendre par sa parole les représenter intégralement. Il est cependant vrai qu'en l'hypothèse d'une forte probabilité de victoire de Le Pen, de sondages à 50-50 ou presque, une attitude "rien à battre" pourrait clairement présenter des caractéristiques de "privilège blanc" se sachant (plus ou moins consciemment) en 2e ou 3e ligne et non en première. Ou du moins d'irresponsabilité politique certaine. Mais les sondages, sans annoncer une victoire à la Chirac, n'étaient pas aussi serrés et laissaient un champ des possibles beaucoup plus large et ouvert au débat sans excommunication, à notre humble avis, même si un doute désagréable n'a jamais vraiment cessé de planer.

    L'argument (anti-"castors") comme quoi Macron à moins ou à plus de 60% n'aurait pas la même légitimité et ne mènerait pas la même politique était relativement absurde : la plupart des Présidents de la Ve République ont été élus par un peu plus de 50% (sans parler de leurs scores au 1er tour, parfois inférieurs à 25%) et n'en ont pas moins mené la politique qu'ils voulaient, sans aucune considération pour cela.

    L'argument (anti-abstentionnistes) comme quoi Le Pen devait faire le score le plus bas possible n'était pas idiot dans l'absolu, et l'on peut évidemment se réjouir qu'elle soit finalement sortie si bas par rapport aux prévisions, mais il se heurtait à la réalité d'un FN qui quoi que l'on fasse, surtout si l'on regarde les millions de voix et non les %, est déjà ce qu'il est et devrait le rester voire augmenter, avec des digues autour de lui qui ont sauté, bref les considérations sur le "verre à moitié plein" pour lui et "à moitié vide" pour nous que nous avons précédemment évoquées. Espérer un score autour de 80%, ou même 75% pour Macron était absolument illusoire de toute façon. Une situation dont la priorité aujourd'hui comme demain, comme nous le faisons depuis maintenant plus de 7 ans, est de dénoncer et combattre implacablement les ressorts et non de les nier, quand ce n'est pas carrément prétendre qu'ils sont l'"esprit" ("Charlie" ou autre) qui ferait "barrage au fascisme"...

    NOTRE POSITION, en tout cas, s'est rapidement organisée comme suit :

    1°/ Pas de campagne pour on-ne-sait-quel "vote antifasciste" Macron (ça va pas la tête ?), ne pas cautionner la mascarade du "front républicain" ;

    2°/ Non-agression, pas d'attaques, pas de crachats contre les personnes ayant fermement décidé de faire barrage à Le Pen en votant Macron, a fortiori si cela était perçu comme une question de survie, et à plus forte raison si les prévisions devenaient serrées ;

    3°/ Lutte sans merci contre l'imbécilité absolue du report de gauche sur Le Pen, partant du mot d'ordre que "si Le Pen gagne ou fait de bons scores, c'est d'abord parce que des gens votent Le Pen" (sur les reports de droite, nous n'avons évidemment aucune prise et comme nous l'avons dit ils s'inscrivent malheureusement dans l'air du temps ; finalement Macron s'en est plutôt bien sorti, surtout après le débat où il a fait éclater l'irréalisme du programme économique du FN, irréalisme dénoncé même par des intellectuels d'extrême-droite comme Guillaume Faye)... mais bon, ces éléments-là se sont rapidement faits assez silencieux ;

    4°/ Critique des postures comme quoi "on se battra dans la rue contre Le Pen comme contre n'importe qui" : que le FN au pouvoir ne soit pas à l'ordre du jour, qu'on le comprenne et refuse par conséquent de céder au "front républicain", c'est une chose ; que Le Pen = Macron en termes de capacité à "se battre dans la rue" comme si de rien n'était, c'en est une autre et c'est un raisonnement irresponsable à dissiper préventivement, pour le jour où sa victoire serait beaucoup plus probable ;

    5°/ Suivi attentif des enquêtes d'opinion et de leurs dynamiques, surtout après le débat, pour prendre la mesure la plus exacte possible de la situation et de son éventuelle dangerosité.

    6°/ À l'issue la plus probable du scrutin (victoire de Macron), pas de "ouf" de soulagement idiot, certainement pas de "victoire de l'antifascisme", mais poursuivre la dénonciation implacable (que nous menons depuis des années) de ce qui nous a conduit dans cette situation, et DEMANDER DES COMPTES [voire annexe 2].

     

    À l'arrivée, les résultats donc, ont été ce qu'ils ont été : une continuité, comme nous l'avons dit, du "consensus républicain" social-libéral et de contre-révolution préventive avec le FN en opposition de confort épouvantail ; mais néanmoins, peut-être, la moins mauvaise configuration qui pouvait sortir de cette époque merdique que nous vivons. Un succès suffisamment relatif du Front National, une victoire de Macron plus large que prévue mais sans être non plus triomphale, et des signaux, des messages très clairs, tant dans les abstentions-blancs-nuls que dans le vote barrage sans l'ombre d'une adhésion, qu'il n'y a (comme il a lui-même dû le reconnaître) aucun blanc-seing pour une politique néolibérale et que celle-ci sera combattue sans relâche par une grande partie de la population.

    Oui, c'est clair, depuis près de 30 ans le régime bourgeois de contre-révolution préventive se droitise et fascise, la "gauche" évoluant elle-même toujours plus vers une "droite modérée", mais il y a dans les masses de la résistance contre cela, de la "révolte" comme on dit au rugby, ainsi qu'on a pu le voir par exemple contre Sarkozy en 2007, avec l'assez bon score de Royal malgré sa nullité caractérisée (parfois près de 90% dans les bureaux de vote des quartiers "sensibles") et même dans une certaine mesure, tactiquement, le vote pour Bayrou au 1er tour ; et aussi contre la "droitisation de la gauche" avec les bons scores des candidats à gauche de Jospin en 2002 (19% au total), de Mélenchon en 2012 (11%) et plus que tout cette année (19,5%), avec un total à gauche de Macron avoisinant les 28%...

    Cela ne veut cependant nullement dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais qu'il faut CONTINUER LE COMBAT et qu'il y a des perspectives et des potentialités pour cela. Il y a une résistance, transformons-la en lutte pour la révolution !


    En complément et conclusion de ces quelques réflexions post-période électorale, quelques annexes :


    - Cette bonne pièce de l'écrivain révolutionnaire marseillais Alessio Mascalzone, au sujet de la non-vocation de l'extrême-droite à arriver au pouvoir en Hexagone :

    "Le sommet fut atteint avec le psychodrame électoral de 2002. Il était interdit, entre les deux tours de l'élection présidentielle, d'ouvrir la bouche pour autre chose qu'appeller à voter Chirac pour faire barrage à Le Pen. Toute velléité de débattre (et notamment de mettre le nez dans leur caca aux pontifes de la gauche) se heurtait invariablement à cette unique consigne, répétée jusqu'à la nausée. Et quiconque essayait d'ouvrir un véritable débat se trouvait accusé de complicité objective avec le fascisme. Autrement dit, il n'était nul besoin que Le Pen soit élu pour que la liberté d'expression disparaisse : c'était déjà fait, sous les auspices de la bonne conscience républicaine et au nom d'une sorte d'"état d'urgence électoral".

    En réalité l'extrême-droite n'a jamais eu en France vocation à prendre le pouvoir. Chaque fois qu'elle a eu l'occasion de le faire elle s'est déballonnée. Ce fut le cas du général Boulanger en 1889, renonçant au dernier moment à marcher sur l'Assemblée nationale alors que ses partisans tenaient la rue. Ce fut de nouveau le cas en 1934, où le leader des Croix-de-Feu, le colonel De La Rocque refusa d'investir l'Assemblée, les leaders de l'Action Française brillant quant à eux par leur absence dans la rue pourtant tenue par leurs militants. Et même le putsch d'Alger, en 1961, échoua parce que le gros de l'armée, resté fidèle à la figure tutélaire du général De Gaule, refusa de s'y engager. 

    La raison pour laquelle l'extrême-droite n'a jamais eu ses chances en France est simple : partout en Europe, les régimes autoritaires sont arrivés au pouvoir là où l'État-nation tardait à s'affirmer. Il s'agissait de réactiver violemment le processus, interrompu ou ralenti, de constitution de l'État-nation : pour l'Allemagne, par la défaite de 1918 et la crise des années 1920 ; pour l'Italie, par le sentiment d'avoir été frustré des fruits de la victoire de 1918 et par la menace insurrectionnelle de 1919-1920 ; pour l'Espagne, par l'agitation sociale et l'autonomie basque et catalane. Or, en France, la tradition ininterrompue de centralisation politique et la force de l'idéologie nationale, notamment activée par le colonialisme, a permis la constitution d'un appareil d'État puissant, relayé au sein de la société par un dispositif disciplinaire omniprésent. La seule fois que ce dispositif a vacillé, et que l'extrême-droite put accéder au pouvoir, ce fut sous la forme du fantomatique régime de Vichy : par la grâce de l'invasion allemande, qui avait provoqué la chute de la IIIe République, et non par la résultat d'une stratégie mûrement réfléchie de prise du pouvoir. Le maréchal Pétain s'étant contenté d'accepter un pouvoir dont une Assemblée nationale aux abois cherchait à se débarrasser à n'importe quel prix. 

    Tout cela pour dire que le FN a joué un rôle très simple : quand le doigt montre la lune, l'idiot regarde le doigt. Et l'idiotie politique est la chose du monde la mieux partagée en France. En d'autres termes, la France a évité le fascisme non parce qu'elle serait le pays de la liberté mais parce qu'elle est le pays de l'autorité..." 

    "C'est de la racaille eh bien j'en suis", édition L'Échappée 2006, réédition augmentée Agone en 2009 sous le titre "La rage et la révolte", pp.100/102.


    - Sur le mot d'ordre "demander des comptes" :

    "Si c'est pour "du social", "contre la dictature de la finance" et l'Union européenne qui en serait "l'instrument" (quelles que soient, inutile de le préciser, les critiques que d'authentiques communistes révolutionnaires peuvent avoir envers ces concepts), si c'est pour chercher une porte de sortie à la crise généralisée du capitalisme, on peut voter Mélenchon... 

    Si c'est Le Pen qui est au 2e tour et pas lui, s'il est même légèrement derrière Fillon, c'est parce que pour un nombre trop important de gens ces "contre"-là existent mais sont SECONDAIRES, et c'est "contre les Arabes", "contre l'invasion islamiste" qui est le déterminant PRINCIPAL. 

    Et pourquoi cela ? Ces idées-là tombent-elles du ciel ? On sait bien que non.  

    On sait bien de quel héritage impérialiste et colonial non-soldé et de quel FOND D'AMBIANCE idéologique, depuis 50 ans qu'il y a des "colonies importées" en métropole hexagonale et en même temps la télé dans tous les foyers, et encore plus depuis une quinzaine d'années (depuis le 11 Septembre et compagnie), leur hégémonie est le résultat. 

    DEMANDONS DES COMPTES. 

    Cessons de parler de Le Pen "le plus bas possible", "à 25%" : on sait très bien que nous n'en sommes plus là, qu'il n'y a ni le réservoir d'abstentionnistes (faible par rapport à 2002, ridicule par rapport aux dernières régionales), ni surtout les digues avec l'électorat Fillon (voire une partie de l'électorat Mélenchon !) pour la maintenir dans un score aussi faible.  

    Contentons-nous d'un ouf de soulagement qu'elle ne soit pas élue (synonyme d'article 16 et autres joyeusetés entre ses mains) ; estimons-nous presque heureux que ça ait été Macron et pas Fillon en face, parce qu'en plus des "digues" disparues entre LR et FN, on pourrait aussi parler des potentiels de report d'électeurs progressistes sur la droite d'aujourd'hui (post-SarkoBuisson) par rapport à ce brave Jacquot en 2002, et la chose se comprend aisément... 

    Et dès lundi prochain, DEMANDONS DES COMPTES pour la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés. Pas de "youpiiii la démocratie est sauvéééée !!!" : oui, youpi, ok ; la lutte c'est aussi préférer tel terrain à tel autre, Macron c'est le terrain du hollandisme en place depuis 5 ans et qu'on commence à connaître, Le Pen c'est un terrain inconnu sur lequel il y a des éléments pour présager le pire, donc "ouf", ok ; mais DEMANDONS DES COMPTES car ce chaud aux fesses ne vient pas de nulle part. 

    Demandons des comptes :

    - Pour le TERREAU de la situation actuelle qui a germé, à savoir le marasme économique et social dans lequel sont plongées les classes populaires et moyennes-inférieures ;

    - Pour les GRAINES idéologiques réactionnaires semées sur ce terreau. 

    La combinaison de ces deux facteurs n'ayant jamais, dans l'Histoire, donné d'autre résultat que la situation que nous connaissons actuellement. 

    DEMANDONS DES COMPTES et comprenons, faisons comprendre autour de nous inexorablement qu'en "remontant la filière" comme dans un polar, ce procès ne peut être au bout du compte que celui du CAPITALISME EN CRISE GÉNÉRALISÉE. 

    Voilà la ligne politique pour les années qui viennent." 


    - Cette critique d'une position RIDICULE D'HYPOCRISIE, bien à l'image de l'organisation pseudo-"communiste" opportuniste identitaire et postmofasciste qui la porte :

    "Est ridicule, pitoyable et indigne pour une organisation communiste, prétendument avant-garde de la révolution qui vient, la position qui consiste à dire que Macron et Le Pen c'est la même chose, du pareil au même, donc ni-ni, gros révolutionnaires de la streer zher t'as vu, MAIS... attention attention, on va OFFRIR SON DROIT DE VOTE à des étrangers qui en sont privés et n'ont donc pas ce ''privilège du choix de l'abstention''. Donc voter Macron (pour qui voulez-vous que vote un étranger inquiet de la situation actuelle ?). Vraiment ridicule et pitoyable.

    SI L'ON CONSIDÈRE que les étrangers, et les colonisé-e-s intérieur-e-s en général, ont de BONNES RAISONS de craindre l'élection de Marine Le Pen (donc que ce n'est pas ''du pareil au même'' que Macron), et qu'on veut être solidaires, et c'est une position qui fait plus que se défendre... eh ben on ASSUME de lui faire barrage en votant pour Macron, pour empêcher ce saut dans l'horreur pour eux, et aussi un certain saut dans l'inconnu pour nous gauchistes (l'art de la guerre c'est aussi le choix du champ de bataille, et notamment d'un terrain connu, pourrait-on dire). Non ? Vous croyez pas ? 

    Si par contre on considère que c'est vraiment kif kif bourricot, qu'en substance l'État antipopulaire, policier, colonial-raciste, impérialiste assassin à l'extérieur, est déjà là peu importe le ou la locataire de l'Élysée pour 5 ans (simple tête de gondole) ; position également défendable et en tout cas défendue elle aussi y compris par des premier.e.s concerné.e.s, eh ben c'est ni-ni, boycott militant et point. Non ? 

    On peut aussi penser que ce n'est pas tout à fait la même chose mais qu'il ne faut pas oublier la responsabilité de l'un dans l'autre, qu'on ne peut pas, quoi qu'on fasse et quoi qu'il arrive le 7 mai, ne pas demander des comptes à ceux qui nous ont plongés dans cette merde (en fabriquant du sentiment d'abandon et en banalisant certaines idées), et surtout que Macron est le casse du siècle, la reconduction masquée de Hollande et Valls ayant tout fait (investiture de Hamon, affaires de Fillon) pour lui dégager un boulevard au centre et qu'il se retrouve face à Le Pen et soit élu à coup sûr ; et être énervé par cela et ne pas vouloir le cautionner ; mais que non ce n'est pas la même chose, que Le Pen est un saut dans un inconnu qu'on préfère ne pas connaître, et que si on sent qu'il y a le feu, que le petit jeu est en train de se retourner contre ses initiateurs, on fera ce qu'il y a à faire en conséquence... C'est encore une autre position possible. 

    Mais franchement... Aller dire que POUR SOI c'est du pareil au même et les renvoyer dos à dos, avec des arguments risibles comme quoi Le Pen serait ''idéologiquement fasciste'' mais ''ne mettrait pas en place un régime fasciste'' (ouais c'est sûr, un régime fasciste dans les habits des années 30 j'ai toujours dit que si on l'attendait on pouvait l'attendre longtemps, mais un considérable saut en avant dans la violence répressive antipopulaire... on l'a déjà vu avec Sarko en 2007 et même dès 2002, alors Le Pen...), MAIS EN FAIT voter Macron (et sauver son cul au cas où, quand même, ce serait pas tout à fait la même chose...) en se PLANQUANT derrière des étrangers opprimés par privation de droits civiques et qui n'auraient pas notre ''privilège'' de pouvoir s'abstenir (en fait tu prends une position pour dire deux lignes plus loin que c'est un ''privilège'' de la prendre, quoi).... Pathétique. Pour ne pas dire minable." 

    La présidentielle en quelques chiffres

    - Enfin, cette carte qui remet encore une fois en cause (comme nous le faisons depuis des années) la sociologie électorale à la petite semaine qui voudrait que le Front National soit le vote des "petits", des "périphéries", de la "France d'en bas" contre celle "d'en haut", les centres, les aisés-éduqués, les "gagnants de la mondialisation" ; ou alors qu'on nous explique en quoi, comment, d'où, depuis quand, au fin fond de l'Ariège ou des Landes, du Trégor ou du Poher, dans le 93 ou le sud-est du Grand Lyon, au Havre ou à Tourcoing les gens sont des CSP+ bac+5 et des ''gagnants de la mondialisation''... Encore une fois, le vote FN semble bien représenter plutôt les masses populaires (ultra-majoritairement blanches) "coincées" entre centres et périphéries tandis que les "vraies" périphéries, "cambrousses" profondes, Peuples travailleurs nationaux niés et conscients d'eux-mêmes et bien sûr banlieues-ghettos où sont concentrées les colonies intérieures non-blanches, manifestent électoralement leur rejet de cette "extrême-France" (car c'est de cela qu'il s'agit) et donnent même des scores tout à fait honorables à la "gauche de gauche" (souvent comme "moindre mal", cela dit) – et c'est non sans un plaisir certain que l'on y voit se dessiner clairement notre Occitanie hors (hélas) "grands axes", ainsi que notre sœur Bretagne :

    La présidentielle en quelques chiffres


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