• PC maoïste d’Italie sur l’Ukraine : Contre les nazis de Kiev, contre les impérialistes US, UE et russes


    http://maoistroad.blogspot.fr/2014/04/ucraina-from-pcm-italy-newspaper-contro.html

    [Voici la position des camarades italiens du PC maoïste. Nous exprimerons simplement un désaccord, non quant au fond (que nous partageons à 100%) mais quant à la tonalité extrêmement antagonique du texte, notamment dans les derniers paragraphes. Nous n'estimons pas que toutes les personnes qui, horrifiées par l'arrivée de nazis au pouvoir pour la première fois en Europe depuis 1945, considèrent que l'intervention russe n'est pas le problème voire est une solution, sont des "ennemis" inconciliables. Nous pensons qu'elles se trompent, nous ne partageons pas leur position mais nous pouvons la comprendre, et nous pensons possible et même nécessaire d'en discuter sereinement avec elles ; même si nous reconnaissons que la discussion avec certaines peut vite s'avérer pénible. Le caractère ultra-réactionnaire et fasciste des nouveaux maîtres de Kiev fait qu'ici, la lutte de lignes quant à l'appréciation (depuis l'étranger) de la position russe (et pro-russe dans l'Est et le Sud de l'Ukraine) ne peut être abordée de manière immédiatement antagonique. Notre position, que nous réaffirmons encore une fois dans ce débat, est que l'activité concrète de la Russie et des "Cosaques" pro-russes ukrainiens est assimilable à celle des néo-tchetniks serbes de Milosevic et Mladic dans la Yougoslavie de 1992 ; et celle des ultra-libéraux et des fascistes de Kiev à celle des néo-oustachis croates de Franjo Tudjman. La juste ligne est selon nous celle qu'adopta alors le Partija Rada (Parti du Travail) de Yougoslavie : rejet des mobilisations nationalistes réactionnaires et des impérialismes qui en tirent les ficelles, unité prolétarienne et populaire pour la paix entre les peuples, la démocratie et le socialisme.]


    3484740777En Ukraine la contradiction inter-impérialiste prédomine sur les conceptions et les luttes du prolétariat et des masses populaires ; elle alimente l'affrontement entre deux fractions différentes de la bourgeoisie dominante, les conceptions nationalistes, et permet la montée de la vermine nazie au sein du gouvernement pro-UE de Kiev.

    Les prolétaires et les masses populaires qui sont descendus dans les rues de Kiev contre le gouvernement oligarchique pro-russe de Viktor Ianoukovitch l'ont fait poussés par l'aggravation de leurs conditions de vie et par la crise économique qui les tenaille. Mais dès le départ, la direction de ce mouvement a été prise par des forces réactionnaires, d'abord "pro-européennes" sans plus de précisions, puis ouvertement nazies. Ianoukovitch a été renversé et contraint à la fuite après avoir tenté d'écraser la contestation par la répression policière, mais la prise du pouvoir par les forces réactionnaires pro-UE qui dirigeaient la révolte a été soutenue et alimentée par tous les moyens possibles par les impérialistes US et européens.

    1391005999 984629 7Le rôle, d'abord, de Ianoukovitch et de son odieux gouvernement et le soutien ouvert, ensuite, de l'impérialisme US-UE ont influencé et déterminé le fait que la révolte de Kiev se transforme en montée ouverte du nazisme. La combinaison de l'action impérialiste US-UE avec le gouvernement ouvertement anti-russe de Kiev a poussé l'impérialisme russe à intervenir, non tant pour soutenir l'indéfendable Ianoukovitch que pour défendre ses intérêts économiques, politiques et maintenant militaires, pour maintenir fermement son contrôle sur l'Ukraine et la position militaire stratégique de la Crimée. De là l'intervention directe de l'impérialisme russe, l'invasion à peine masquée de la Crimée et la marche vers un référendum plébiscitaire d'annexion.

    Les masses de Crimée et d'autres régions d'Ukraine se sont mises en mouvement à leur tour, cette fois-ci préventivement contre la montée du nazisme à Kiev ; ceci a donné une nouvelle vigueur aux sentiments antifascistes et à la reprise - bien que déformée - des idées socialistes et communistes. Sur cela s'est appuyé Poutine, qui est tout le contraire de l'antifascisme, du socialisme et du communisme mais utilise cyniquement l'opposition au gouvernement de Kiev, gangréné par le nazisme, pour légitimer l'invasion, la reprise en main de l'Ukraine et les plans de reconstitution de l'ex-bloc soviétique sous le talon de fer de sa dictature oligarchique réactionnaire.

    4376201 3 43d1 soldat-russe-sur-un-vehicule-blinde-a d8dbacToutes les valeurs de liberté, de démocratie, de nouvelle libération, d'autodétermination sociale et nationale sont donc désormais foulées aux pieds et les masses populaires transformées en chair à canon de guerres nationalistes, ethniques, fratricides, susceptibles de prendre une tournure yougoslave.

    Mais pas seulement. Tout ceci survient dans une période de crise mondiale, de tension sur les marchés, de concurrence aigüe pour le contrôle des ressources énergétiques et donc, même si aucun des deux impérialismes en présence ne dit vouloir l'affrontement militaire, même si l'un et l'autre parlent de droits des peuples et de droit international, chacun de leurs mouvements aiguise un peu plus les contradictions et sème les graines d'un incendie mondial qui peut s'étendre bien au-delà de la zone de conflit actuelle et toucher tout l'Est de l'Europe et l'Eurasie.

    L'impérialisme US en première ligne, suivi des Européens avec un léger mal d'estomac vu le risque de coupure des fournitures énergétiques et des bonnes affaires en cours avec la Russie, veulent par leur action arracher l'Ukraine à l'influence russe, et reconfigurer ainsi les rapports de force et l'instable équilibre géostratégique de la région. Et ceci ne peut pas ne pas vouloir dire la guerre avec la Russie, étant donnée l'importance pour l'impérialisme russe d'avoir des frontières sures et de ne pas être assiégé politiquement, économiquement et militairement par les USA et 0603-Crimeel'UE. La Russie est elle aussi, ces derniers temps, dans une dynamique d'expansion et de recomposition de l'ancien bloc soviétique, profitant de l'avantage d'être moins frappée par la crise.

    Inutile de dire que la confrontation en Ukraine voit également planer sur elle l'ombre de la Chine impérialiste, qui va certainement chercher à profiter de la contradiction USA/Russie pour poursuivre sa pénétration économique déjà bien entamée dans les pays de l'ex-URSS et d'Europe de l'Est.

    Ce qu'il se passe en Ukraine est véritablement complexe et par bien des aspects dramatique, et ceci exige une analyse lucide et non instrumentale de la situation, dans toutes ses causes et ses conséquences.

    Les prolétaires et les masses populaires n'ont dans la région aucun référent politique autonome. Les partis soi-disant "communistes" sont des cliques révisionnistes complètement discréditées, sans aucun poids dans les masses du peuple et toujours à la remorque des oligarques. Dans les rues et les lieux de travail existent des groupes ouvriers, de jeunes, des organisations souvent idéologiquement confuses et sans véritable programme alternatif, mais aspirant certainement à une alternative prolétarienne, sociale et révolutionnaire.

    1888658 672452589477767 1299474021 nÀ ceux-là et seulement ceux-là doit aller notre soutien, surtout maintenant qu'ils se trouvent sous le feu croisé de deux attaques : la montée nazie à Kiev et les troupes d'occupation russes dans l'autre partie de l'Ukraine, appuyée par des militaires et d'autres forces militarisées ukrainiennes qui ne sont certainement pas dans le camp de l'opposition prolétarienne et révolutionnaire.

    Nous, prolétaires communistes, sommes et devons être une référence politique de classe aux côtés de toutes les forces marxistes-léninistes-maoïstes dans le monde, une expression de l'autonomie prolétarienne et révolutionnaire qui, tout en jouant un rôle de dénonciation et de première ligne contra la Réaction soutenue par l'impérialisme US-UE (et contre notre propre impérialisme à combattre de l'intérieur), ne peut se transformer en porte-voix équivoque et éhonté de l'impérialisme russe, indignement repeint de "rouge" alors qu'il s'agit tout simplement de la dictature oligarchique de la bourgeoisie impérialiste représentée par Poutine.

    Remplir les pages de blogs de dénonciations de la nature réactionnaire (avec composante nazie) du régime de Kiev et des plans d'intervention et de pénétration de l'impérialisme US-UE en Ukraine ne peut en aucun cas justifier de passer objectivement voire subjectivement dans le camp de l'impérialisme russe.

    Ceci n'est qu'une forme de plus de ce "rouge"-brunisme hélas répandu dans la gauche, semant la confusion dans le prolétariat et les masses populaires. "Rouge"-brunisme également lorsqu'il est fait improprement usage de faucilles et de marteaux, de portraits de Staline et même de phrases de Lénine.

    Nous communistes et prolétaires avancés devons être plus que jamais source de clarté et non d'ignoble confusion. Justement parce que l'antifascisme et l'anti-impérialisme, la lutte pour le socialisme et le communisme sont la seule véritable alternative à l'impérialisme comme éternel fauteur de guerre, nous ne pouvons salir notre drapeau en l'associant aux blindés russes. Notre devoir internationaliste est de soutenir les prolétaires et les peuples et non des impérialismes et des gouvernements réactionnaires déguisés en anti-impérialistes.

    Aujourd'hui les prolétaires et les peuples n'ont pas de gouvernement ami, dans aucun coin du monde. Qui prétend le contraire est un escroc politique, un problème de plus et non une solution au problème, un ennemi de plus et non un allié.

          6396B787-BE39-4501-9986-F8A50B1B8C36 mw1024 n s1926933 689723254383988 865436437 n 

    [NDLR : Il est clair que nous nous attachons surtout, ici, à pointer les manœuvres (inter-)impérialistes qui sous-tendent l'actuel conflit en Ukraine car tel est notre devoir internationaliste, notre propre impérialisme BBR étant lui-même à la manœuvre (avec une bourgeoisie impérialiste carrément partagée entre les deux camps !) ; mais que tout cela ne peut évidemment exister qu'en s'appuyant (à la base) sur des problématiques internes et notamment cette question fondamentale : "qu'est-ce que l'Ukraine ? qu'est-ce que la Nation ukrainienne ?". Disons que, lorsqu'une nation est clairement définie sur un territoire donné, comme en Pologne par exemple, les choses se "règlent" beaucoup plus rapidement : lorsque la bourgeoisie polonaise, qui hait historiquement la Russie depuis l'occupation du 19e siècle, s'affranchit de celle-ci (en 1918 ou 1989), elle se tourne naturellement vers l'Ouest sans entraîner la partition du pays.
    Reste encore à répondre correctement à cette question... certains nous resservant ici la bonne vieille thèse stalino-thorézienne de la "nation en construction" (au nom de laquelle le PCF, par exemple, rejetait la lutte de libération algérienne). Notre position "de loin", pas forcément partagée par les marxistes-léninistes de là-bas comme Borotba (il n'y a pas à notre connaissance de maoïstes en Ukraine), est plutôt que 1°/ l'Ukraine (Ukraïna) est avant tout une expression géographique, signifiant "confins" en russe (équivalent de frontier en anglais américain) ; 2°/ elle est globalement partagée entre une Ukraine "cosaque"
      ou "novorusse" (Novorossiya) à l'Est, historiquement liée à la Russie (ce sont les régions pro-russes actuelles, qui ont largement voté Ianoukovitch en 2004 et 2010) ; une Ukraine "ruthène" (terme longtemps employé à la place d'"ukrainien", notamment au 19e siècle à l'époque du poète Chevtchenko) nationaliste et pro-occidentale autour de Kiev et à l'Ouest, qui a historiquement fait partie de l'Empire polono-lituanien (République des Deux Nations) jusqu'à la fin du 18e siècle ; et des régions (le long de la Mer Noire) tardivement conquises par la Russie et russifiées, mais aujourd’hui très majoritairement russophones/russophiles et occupant une grande place dans l'histoire révolutionnaire russe (Odessa avec le cuirassé Potemkine, Crimée pendant la guerre antinazie) ; abritant cependant de très importantes minorités autochtones (Tatars, Roumains de Bessarabie, Grecs, Turcs, Juifs descendants des Khazars etc.)* ; 3°/ tout cela doit se régler DÉMOCRATIQUEMENT dans la fraternité et la coopération entre les Peuples travailleurs, la Commune populaire et le socialisme, car seuls les intérêts des bourgeois, des oligarques et des impérialistes qui les soutiennent sont antagoniques.]

    [* Cette question de "Novorussie"/"Novorusses" a été très largement débattue, et non sans raisons. En effet, les cartes "ethnographiques" tendent à montrer que les véritables Russes (selon, sans doute, l'ancienne classification soviétique des nationalités) ne sont majoritaires qu'en Crimée (~ 60%) et dans quelques raïons (districts) du Donbass, de la région de Kharkov ou encore proches de la Moldavie (Boudjak). Mais alors, sur quoi (diable) repose donc cette (fichue) identité "novorusse" du Sud et de l'Est de l'Ukraine ? Eh bien, elle repose peut-être précisément sur cela : ni les Russes, ni les Ukrainiens ni qui que ce soit d'autre (Bulgares, Tatars, Roumains/Moldaves, Gagaouzes etc.) ne représentent une écrasante majorité de 90% ou plus dans ces régions. La caractéristique locale est justement le multiethnisme.

    Le bandérisme, cet ultra-nationalisme ukrainien fondé sur une "pureté" ethnique ukrainienne "plus-vraie-que-vraie", n'y fonctionne donc pas (sans même parler du fait que sa collaboration passée avec le nazisme, dans des régions martyres de la guerre d'extermination lancée par Hitler contre l'URSS, ne plaide pas en sa faveur...). Des idéologies au service de l'impérialisme russe telles que l'"eurasisme", le "panslavisme" (unité plus ou moins fédérale de tous les Peuples slaves) ou encore un certain "néo-soviétisme" peuvent y fonctionner - et de fait y fonctionnent ; mais le bandérisme, la population du Sud et de l'Est de l'Ukraine le vomit. Si l'Ouest (à 90 ou 95% ukrainien "ruthène") en veut, "tant mieux" pour lui ; mais au Sud et à l'Est on n'en veut pas, c'est ainsi.

    On notera que cette culture de coexistence nationale s'accompagne généralement d'un usage de la langue russe comme lingua franca ou plus localement (surtout le long du Dniepr - en orange sur cette carte) d'un dialecte populaire mêlant russe et ukrainien, le sourjyk ; d'où la confusion qui tend à s'installer entre russophones (notion linguistique), "pro-russes" (notion politique) et "Russes" au sens de la classification soviétique des nationalités (notion "ethnique"). La carte de l'usage principal du russe dans la vie quotidienne, ou encore celle des partisans de sa co-officialité (aux côtés de l'ukrainien) montrent ainsi des réalités notablement différentes de celle des pourcentages de Russes "ethniques".]

     


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