• Document historique inestimable : la Charte de Brest (1974)


    Dans leur introduction à la traduction de notre texte sur les 800 ans de la Bataille de Muret et le Comité de Construction du Parti communiste révolutionnaire des Terres d’Òc, les camarades de Democracy & Class Struggle/Great Unrest Group 2012/Liberation évoquaient une Charte de Brest, signée et publiée en ‘‘1972’’ (en fait 1974) par un certain nombres d’organisations socialistes-révolutionnaires de libération nationale, dont (et à l’initiative de) l’Union démocratique bretonne (UDB). Nous le reconnaissons avec la modestie qui nous caractérise (contrairement à d’autres, qui ne l’avaient pas non plus…) : nous n’en avions jamais entendu parler. Et bien voilà : en activant son loooooong petit bras de pieuvre rouge, Servir le Peuple a réussi à se procurer le document en question, dans sa version de 1976 (lors du ralliement de nouvelles organisations)... Tous nos remerciements au camarade qui se reconnaîtra !


    Voici donc cette fameuse Charte :


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    Et maintenant, place à la critique...

    La critique, à l'origine, a commencé à émerger lorsque nous nous sommes demandé qui étaient les Républicains irlandais signataires : le document le confirme, il s'agit bien des Officials ('Sticks' pour leurs détracteurs) c'est-à-dire des membres de l'IRA et du Sinn Féin qui ont scissionné en 1969-70 car ils voulaient 'mettre la lutte sociale au premier plan' (très bien !), rejeter le supposé 'militarisme' de la ligne emmenée par Seán MacStíofáin et Ruairí Ó Brádaigh et surtout... rejeter L'ABSTENTIONNISME qui était un principe fondamental de la Constitution de l'organisation : pas de participation aux élections et aux institutions illégitimes de l'Ulster occupé, du Royaume-Uni et de l''État libre' du Sud ('République d'Éire'). C'est étonnant car leur signature côtoie celle d'un Parti socialiste de Libération nationale catalan (PSAN) qui s'affirme 'provisoire' et celle de l'Euskal Herriko Alderdi Sozialista (EHAS, Parti socialiste du Peuple basque, futur fondateur du HASI et de la coalition KAS dont la dissolution en 1992 au profit d'Herri Batasuna sera justement le début du problème en Euskal Herria) ; parti politiquement le plus proche d'ETA militaire opposé à ETA 'politico-militaire' c'est-à-dire... à l'équivalent basque des Officials. Mais c’est ainsi…

    Il est vrai qu'à la lecture du texte, c'est très clair : la critique du 'militarisme élitiste' coupé des masses, de l''aventurisme' etc. sont des piques directement adressées au Provo Sinn Féin/IRA, ceux qui sont justement restés 'fidèles' à l'abstentionnisme et à la primauté de la lutte armée en 1969. Des piques au demeurant injustes puisque dans le cas Provo il était faux d'affirmer l'absence de base populaire : lorsqu'ils... renonceront, justement, à l'abstentionnisme (dans les années 1980), l'on verra qu'ils représentaient entre un quart et un tiers de la population dite 'nationaliste' ou 'catholique' (plus de base populaire que la gauche abertzale basque ou le communisme combattant italien, donc), des résultats bien au dessus des Officials, devenus entre temps 'Parti des Travailleurs d'Irlande' - une sorte de LCR locale. Le problème Provo était tout sauf là...

    Car en fait, justement, ce qui est déclaré de principe dans cette Charte de Brest, l'Official IRA/Sinn Féin ne l'a pas respecté : sa ligne 'marxiste' a finalement correspondu à ce que le texte lui même dénonce comme opportunisme de gauche, c'est-à-dire mettre l'accent sur la lutte des classes, le socialisme devant 'automatiquement' mettre un terme à l'oppression nationale. Une ligne qui est finalement, aujourd'hui, celle des 'maoïstes' du 'p''c''mlm' lorsqu'ils proclament que "les nations (et non les ÉTATS capitalistes !) ont fait leur temps" ou pire, se permettent du haut de leur chaire ce 'conseil' au MLN basque : "il faudra un jour abandonner l'ikurrina et lever le drapeau rouge, ce sera douloureux mais nécessaire" (...), pour prôner une sorte de 'Fédération mondiale' (et un jour 'galactique' !) à la Star Trek etc. Une ligne qui était un peu celle de la "VIe Assemblée" du mouvement basque combattue par Argala, devenue elle aussi une LCR locale. Cette ligne a conduit le mouvement Official irlandais à l'économisme (se placer uniquement sur le terrain de la lutte ouvriers/patrons) et finalement au légalisme électoraliste le plus total, pour cesser à peu près complètement la lutte armée dès 1972 et devenir (donc) en 1982 le 'Parti des Travailleurs'.

    Mais d'un autre côté, il est très clair aujourd'hui que les Provos n'ont guère fait mieux... C'est qu'eux étaient, à l'opposé, sur ce que la Charte appelle l''opportunisme de droite' : il faut 'libérer la Nation', et ensuite 'on verra' (partisans et adversaires du socialisme s'affronteront 'démocratiquement' etc. etc.). Et là aussi, cela a fini par 'coincer' et permettre l'émergence d'une ligne 'liquidatrice' autour de Gerry Adams et Martin McGuiness, qui s'est lancée dans l'électoralisme et finalement dans une 'solution politique' de... "changement dans les superstructures de la domination" britannique, n'affectant en rien "la réalité de base de l'oppression nationale et sociale", exactement ce que prophétisait la Charte ! (mais voilà : ses signataires Officials n'ont pas fait mieux...). Cette ligne a aussi toujours été, historiquement, celle de l'essentiel du MLN corse par exemple (priorité à l'indépendance nationale), sauf quelques groupes (comme A Manca) qui en contrepartie de mettre la question sociale en avant ont officiellement renoncé... à la lutte de libération.

    Au final, la TOTALITÉ des organisations signataires de cette Charte de Brest (ou leurs héritiers, ou les organisations dans lesquelles elles ont pu se fondre) sont aujourd'hui devenues légalistes, électoralistes et de facto autonomistes ('décentralistes' dans le cadre de leurs États respectifs) ; soit par opportunisme de droite (le 'national' avant le 'social') soit par opportunisme de gauche (l'inverse) ; sauf là où la bourgeoisie nationaliste est assez forte (Catalogne, Écosse) pour se permettre d'appeler à l'indépendance (dans ce cas, elles suivent le mouvement...).

    Aucune de ces organisations, en réalité, ne s'est tenue à ce qu'elles déclaraient pourtant elles-mêmes dans la Charte : la lutte populaire de libération nationale (la bourgeoisie étant de toute manière vendue, pouvant 'au mieux' jouer un rôle compradore néocolonial), autrement dit la Libération révolutionnaire du Peuple (LRP) n'est pas seulement 'liée' à la lutte de libération sociale des travailleurs/euses exploité-e-s (autrement dit à la lutte de classe) ; ELLE EN EST L'EXPRESSION SPÉCIFIQUE dans la situation spécifique de nos Peuples "avalés" et niés par les grands États modernes lors de leur construction [ceci s'appliquant également aux situations véritablement coloniales d'outre-mer : ce n'est pas (il ne s'agit pas de dire à ce stade de la réflexion) qu'il y aurait une Europe où il "faut" la LRP et un "au-delà-des-mers" où il "faudrait" la libération nationale ; c'est que la libération nationale a été la réalité pour énormément de pays colonisés hors d'Europe au cours du siècle dernier (et même pour de très nombreux pays européens...) et qu'elle s'est révélée insuffisante, débouchant sur une nouvelle domination de ces pays et de ces Peuples sous d'autres formes plus indirectes]. L'expression spécifique ou du moins une expression, mais une expression de toute première importance car directement antagonique avec l’État, appareil politico-militaire et idéologique de nos exploiteurs, dans ses fondements historiques mêmes.

    Et pourquoi donc ne s'y sont-elles pas tenues (puisqu'elles le déclarent) ?? Tout simplement en raison d'une compréhension inexacte du problème.

    Le texte assène en effet les déclarations marxistes-léninistes 'orthodoxes' sur "l'impérialisme" et "les monopoles", autrement dit l'impérialisme MONOPOLISTE de l'ouvrage de référence de Lénine... Ce qui signifierait que l'oppression de nos Peuples ait réellement commencé, au plus tôt, au milieu du 19e siècle : or nous savons tous et toutes que ce n'est pas le cas. La Conquista de notre Occitanie, par exemple, a eu lieu aux derniers siècles du Moyen-Âge (13e-14e-15e) ; et par la suite nous avons connu notre pire oppression, vraisemblablement, sous les Guerres de Religion puis sous les Béarnais reniés (fils et petit-fils d'Henri IV) Louis XIII et Louis XIV. Certes il y a eu aussi les affreux massacres des émissaires de la Convention en 1793 (à Lyon, Marseille, Toulon, Grenoble, Toulouse, Bordeaux et dans toute l'Occitanie et le 'Midi', et bien sûr en Bretagne et dans l'Ouest de la Normandie à la Vendée), dont la brutalité mettait en fureur le ch'ti Robespierre lui-même (cet idéaliste idiot utile de la bourgeoisie toute-puissante, qui le liquidera une fois son 'œuvre' accomplie[1]) ; puis la violente offensive du capitalisme au 19e siècle, avec notamment la Guerre des Demoiselles en Ariège (voir aussi cette carte des 'rébellions collectives contre les forces de l'ordre' entre 1800 et 1859, assez évocatrice) ; la tentative de négation culturelle totale par les instituteurs et autres fonctionnaires 'hussards noirs' de la République bourgeoise au 20e (pour faire de nous de la bonne et docile chair à usine et à canon) etc. etc. ; mais l'oppression avait commencé bien avant.

    Nos Peuples ne sont pas les Peuples d'Afrique, d'Asie, des Amériques (tout juste 'libérés' de la Couronne 'espagnole') ou d'Océanie colonisés ou semi-colonisés au 19e siècle, lorsque la logique capitaliste s'étend à la planète entière et se la partage entièrement (ce qui est la définition léniniste de l'impérialisme monopoliste) ; Peuples dont les luttes inspiraient à l'époque (1974) les organisations signataires. Notre problématique ne s'inscrit pas dans ce cadre, mais au contraire dans celui de la FONDATION des États modernes (monarchiques 'forts' ou absolus) comme instruments de l'accumulation PRIMITIVE du capitalisme (une bourgeoisie liée au pouvoir monarchique devient dominante et subordonne les autres, y compris celles des autres grandes villes de sa propre nation, pour se tailler territorialement une base d'accumulation première) ; suivie de l'accumulation 'expansionniste pré-industrielle' (1500-1800, schématiquement) dans laquelle s'inscrit la problématique des Antillais ou des Peuples indigènes des Amériques par exemple. Dit autrement, l'histoire de notre périphérisation et de l'ensemble de ses résultats politiques, économiques, sociaux et culturels aujourd'hui n'est pas écrite dans L'Impérialisme stade suprême du capitalisme de Lénine mais dans L'Accumulation primitive de Karl Marx, section 8 du Livre 1 du Capital. Nous ne sommes pas des colonies mais des provinces, ainsi que nous appelait la monarchie qui nous avait conquis (du latin pro vincere : "précédemment vaincre", "pays précédemment vaincu", pays conquis) ; et nous ne sommes pas colonisés/racisés mais provincialisés/périphérisés !

    C'est ce qui explique notamment le 'paradoxe' du Pays Basque ou de la Catalogne 'espagnols', politiquement subordonnés à Madrid mais économiquement moteurs de l''Espagne', ce que la Charte tente péniblement d'expliquer comme un 'impérialisme d'exploitation', ce qui ne veut strictement rien dire (quel impérialisme n'exploite pas ??). La réalité c'est que les classes dominantes de toutes les nations du Nord de la péninsule (Aragon, Catalogne, Navarre/Euskadi, Asturies, Galice, León) ont participé à la 'reconquista' (la liquidation) d'Al-Andalus, le Sud de la péninsule, ce qui est le véritable acte fondateur ; mais ensuite elles se sont faites 'avoir', car elles n'y ont que peu ou presque rien gagné, tandis qu'elles ont consacré la suprématie militaire (donc politique) de la Castille qui les a ensuite subordonnées, puis liquidées politiquement et même tenté (mais sans le succès 'français') de les anéantir national-culturellement.

    Et c'est ce qui explique que, même si ici et là les grands États peuvent 'dé'- et néo-coloniser (comme en Irlande) ou 'décentraliser' (comme en 'Espagne' ou en 'Italie') avec l'aide de bourgeois locaux compradores, la lutte de libération 'nationale' de nos Peuples indissociable de la lutte révolutionnaire de classe (dont elle est la FORME SPÉCIFIQUE dans notre situation concrète) signifie, si elle triomphe, LA MORT de ces États qui sont le bras armé du Capital, sur leur territoire comme aux 'quatre coins du monde', dans nombre de pays soi-disant 'indépendants'.

    Une colonie, pour une 'métropole' (comme l'histoire l'a maintes fois montré), cela se 'lâche' si les choses se 'tendent' trop ; ensuite de quoi l'on tentera de 're'/néo-coloniser par des moyens détournés et si cela n'est pas possible et que c'est perdu, eh bien c'est perdu - on tentera éventuellement de s'emparer de nouveaux territoires à mettre dans sa sphère d'influence comme De Gaulle et Foccart tentèrent par exemple de s'emparer du Biafra, province du Nigeria néo-colonie britannique - membre du Commonwealth etc. - afin de 'compenser' des ex-colonies comme la Guinée de Sékou Touré ou le Congo-Brazzaville que l'on pouvait penser 'perdues' à l'époque. La Libération révolutionnaire de nos Peuples (LRP), elle, frappe directement au CŒUR DU MONSTRE, au cœur du 'socle métropolitain' de l’État impérialiste : celui-ci, de fait, ne pourrait y survivre et ce serait sa fin (surtout si l'on parle de l'Occitanie, qui représente un tiers de l’État français...). C'est ce qui explique la solidité (politico-militaire ET idéologique) de ce 'socle' par rapport à un 'simple' lien de domination coloniale. En nous analysant nous-mêmes comme des colonies, comme le fait la Charte de Brest, nous ne faisons pas qu''exagérer' l'oppression que nous subissons (et déboucher sur des stratégies erronées qui, par exemple, tiendraient compte d'une certaine 'bourgeoisie nationale' alors que celle-ci est en réalité très marginale) : nous SOUS-ESTIMONS aussi (et surtout !) l'adversaire et l'ampleur de la tâche à accomplir ! D'où le fait que la moindre déviation de 'gauche' (le social avant le 'national') comme de 'droite' (libérer la nation et après on verra) ne pardonne pas et conduise dans l'ornière totale de la liquidation de toutes les luttes.

    Une bonne illustration, en somme,  de L'IMPORTANCE DE NOS THÉORIES sur la construction des États et Empires capitalistes en Centres (où une bourgeoisie bien avancée se lie au pouvoir d’État) et en Périphéries concentriques ; la négation du capitalisme par le communisme (lutte révolutionnaire de classe et de libération populaire-'nationale', Guerre populaire) se déployant en intensité des Périphéries vers les Centres !


    plo ira


    [1] Le 'plan' de 1793-94 c'était sans doute que la bourgeoisie parisienne-francilienne, dominante (liée à la monarchie) sous l'Ancien Régime et pour laquelle le système d'alors (avec ses 'provinces réputées étrangères' etc.) était fait (et contre laquelle, dans une large mesure, s'était levée la Révolution de 1789, très largement portée par la bourgeoisie des 'provinces' qui voulait la fin des 'droits' et 'péages' dans un royaume unifié, mais aussi 'Paris à 1/83e d'influence'), reprenne la main en s'appuyant de manière social-populiste sur le 'petit peuple' de Paris et en décrétant 'contre-révolutionnaire' la bourgeoisie 'provinciale'. Il faut bien avoir à l'esprit qu'à l’Assemblée législative (1791-92) comme à la Convention (1792-95), l’actuelle Île-de-France ne totalisait que 49 députés sur près de 750. Il y a véritablement eu un 1789 de "province" (s'il n'est pas carrément possible de dire que 1789 est un mouvement de "province" avant tout) très largement jailli des affrontements entre le pouvoir central (monarchie) et les pouvoir locaux (Parlements, États provinciaux, municipalités) en défense de ces derniers, après des épisodes comme la Journée des Tuiles à Grenoble. En 1790 sont institués les départements, dotés chacun d'un Conseil départemental ; mais il est vraisemblable que personne à la Constituante ne voyait strictement de la même manière les pouvoirs de ces assemblées face à l’État central : pour beaucoup, la France devait être en dernière analyse une fédération de départements - on appellera ce courant les fédéralistes, qui se confondront dans une certaine mesure avec le parti de la Gironde. Il fallait donc, à la grande bourgeoisie parisienne/centraliste, passer par un autre biais pour conserver sa prééminence : ce sera une démagogie populiste ‘sans-culotte’ mobilisant le petit peuple de Paris pour ‘faire pression’ sur les Conventionnels et écraser les bourgeoisies de 'province' tout en conjurant la menace de l'invasion étrangère ("On ne gouverne pas en temps d’exception selon les méthodes normales : il faut donc accepter les moyens révolutionnaires – La bourgeoisie ne peut s’isoler du peuple : il faut donc satisfaire ses demandes – Mais la bourgeoisie doit demeurer l’élément dirigeant dans cette alliance : la Convention doit donc prendre l’initiative des mesures révolutionnaires" dit en substance un discours de Barère du 18 mars 1793) ; démagogie qui en Hexagone sera (trop) longtemps confondue avec la ‘version française du socialisme’. La Montagne, les Jacobins et autres Cordeliers, idéalistes égalitaristes sociaux, se feront les serviteurs naïfs de ce plan avant d'être éliminés une fois leur tâche accomplie. Tandis que l’État plonge dans une crise économique sans précédent (il se trouvera finalement en faillite en 1797...), le peuple parisien est transformé en plèbe romaine ‘au pain’ (Loi du Maximum sur les grains et farines) et ‘aux jeux (les exécutions quasi-quotidiennes sur la place de la Révolution...) alimentée par le pillage (‘réquisitions’) du reste de l'Hexagone puis des conquêtes extra-hexagonales (Belgique, Italie, Allemagne...). Les insurrections fédéralistes girondines (en Occitanie, Arpitanie - Lyon - et Normandie surtout) et les guérillas paysannes "catholiques-royales" de Bretagne et du "Grand Ouest" (ainsi que les résistances... anti-annexionnistes de Savoie, Nice, Belgique etc.) sont sauvagement réprimées par les "représentants en mission" de la Convention ; un aboutissement de tout cela pouvant être vu dans la loi ultra-centralisatrice du 14 frimaire an II - 4 décembre 1793 (car outre les "fédéralistes" et autres "contre-révolutionnaires" et "ennemis de la liberté", les "représentants en mission" s'étaient souvent trouvés en conflit... avec les Jacobins, les Communes, les sections sans-culottes et les tribunaux révolutionnaires locaux !). Lorsque les choses commenceront à "partir en live" (début 1794) seront d'abord éliminés (fin mars) les "gauchistes" "Exagérés" d'Hébert (s'il n'avait pas été assassiné 9 mois plus tôt, Marat aurait peut-être été de la charrette...), à ne pas confondre avec les "Enragés" de Jacques Roux et Varlet (démocrates égalitaristes proto-socialistes 'brisés' dès septembre 1793, et auxquels Marat et Hébert étaient plutôt hostiles) ; puis début avril Danton (avec ses partisans), lequel passait plutôt jusque-là pour le 'référent' de la grande bourgeoisie [avec d'autres comme Philippe "Égalité" d'Orléans (qui siégeait "avec les Cordeliers au milieu de la Montagne" et dont Marat fut longtemps proche, il finira néanmoins guillotiné, devenu suspect après la défection de son fils - le futur Louis-Philippe - aux côtés de Dumouriez), le spéculateur Pereyra, l'aventurier Guzmán, les Laborde de Méréville père et fils (parvenus occitans "montés à Paris"), l'(autre) Occitan grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première Barère de Vieuzac (par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales) au sein du Comité de Salut Public, etc. etc. - toute une "bande noire" de hauts financiers, spéculateurs sur le rachat des "biens nationaux" (terres et édifices seigneuriaux et - surtout - d'Église expropriés et mis en vente, dont bon nombre seront transformés... en usines, contribuant ainsi au lancement de la révolution industrielle), etc. ; en réalité la pointe émergée du Grand Capital financier naissant (phénomène bien sûr incompréhensible à l'époque, et donc réduit à une "conspiration" de "coquins") voulant en définitive une forme de gouvernement oligarchique appuyée sur "le peuple" lorsque de besoin, un régime finalement très proche de ce que sera (sans la démagogie sociale guillotineuse devenue inutile et même dangereuse)... le Directoire après Thermidor (et pour cause puisque ce sont essentiellement les "ultras" de la répression en "province" liés à ce "plan" de la bourgeoisie parisienne/centrale qui renverseront et liquideront Robespierre), ou encore la Monarchie de Juillet instaurée en 1830 (avec le fils d'"Égalité" sur le trône !)]. Robespierre "l'incorruptible" et ses partisans resteront seuls en lice, tandis que se met rapidement en place la coalition qui les liquidera en juillet (9 thermidor) - de fait, l'histoire a toujours montré que lorsque "la révolution dévore ses enfants", le "coup de barre" à droite n'est jamais très loin. Le Grand Capital tricolore pourra alors instaurer son 'Directoire', régime censitaire où seule une minorité bourgeoise pouvait réellement voter, puis, devant les difficultés de celui-ci, le 'césarisme' du petit caporal corse Bonaparte, qui mettra 'tout le monde d'accord' par une politique alliant fermeté et compromis et fondera réellement l’État français contemporain.

    Ce n'est donc pas un hasard si, références absolues de la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise depuis l'époque, la Montagne et "93" ont également pu être sans problème celles des fascistes venus de ladite "gauche" (Déat et ses 'néo-socialistes', Valois, Doriot etc., loin d'être "anti-Lumières" comme peut le prétendre Zeev Sternhell).  Sur les financements des "tribuns du peuple" jacobins/cordeliers comme Hébert ou encore Marat, lire ici c'est édifiant... Intéressants à lire aussi, ces quelques extraits (ici aussi) de Bourgeois et Bras Nus du "marxiste libertaire" Daniel Guérin, qui reviennent bien sur cette époque et son double aspect contradictoire [nous aurons juste un petit désaccord sur l'explication de la contradiction Montagnards/Girondins, clairement et totalement liée selon nous à la vision centraliste parisienne de la jeune république des premiers opposée à la vision "fédération de départements 'cités-États' de leurs chefs-lieux respectifs" (façon Suisse ou États-Unis) des seconds ; et non à une supposée "préférence" de ces derniers pour les armées étrangères et les royalistes plutôt que d'accepter l'irruption des masses populaires sur la scène politique - les Girondins savaient eux aussi très bien s'appuyer sur les 'bras-nus' et les sections sans-culottes... de leurs villes de 'province' face aux envoyés de Paris et aux Montagnards locaux (comme Chalier à Lyon), qui peinaient à s'imposer malgré leurs mesures sociales radicales ; ils étaient (paradoxalement par rapport à leur anti-centralisme) beaucoup plus décidés et conquérants dans la guerre que leurs adversaires et avaient même proposé la peine de mort pour quiconque parlerait de rétablir la monarchie ; etc. etc. ; tout ceci ne visant pas à faire leur apologie ni à les 'réhabiliter' mais étant un simple constat de faits : les Montagnards s'opposaient aux Girondins (et a fortiori aux Chouans et autres autonomistes royalistes d'ici ou de là) sur la question de la prééminence de Paris dans le nouvel État de la bourgeoisie par et pour elle seule ; prééminence qu'ils voulaient maintenir et même renforcer là où les seconds voulaient en quelque sorte ressusciter les 'républiques' locales (portuaires, notamment) de l'époque des Guerres de Religion, fédérées de manière (certes) 'indissoluble'/'une et indivisible', mais fédérées ; et c'est dans cette optique (et non sur une prétendue différence de 'fibre sociale', la leur étant purement conjoncturelle et utilitariste comme le reconnaît Guérin lui-même) qu'ils se sont appuyés sur le petit peuple de la capitale (et ont tenté de le faire, avec nettement moins de succès cependant, sur celui des villes de 'province'...)]. 


    Le document est désormais disponible sur le site de l'UDB : http://www.udb-bzh.net/index.php/fr/blog-histoire-de-l-udb/3-charte-de-brest-declaration-sur-la-lutte-contre-l-imperialisme-occidentale-1974-1976

     


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