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#Sivas1993


Les Alévis (électeurs ultra-majoritairement kémalistes avant l'émergence du HDP), paratonnerres du kémalisme contre le plein-le-cul populaire karatürk à son endroit.

On pourrait presque, quelque part, définir le fascisme kémaliste turc comme un "philalévisme d’État" (oui certes, les massacres de 1937, mais enfin "c'était y a longtemps" et "ces gens n'avaient pas été reconnaissants" - comme aurait pu dire un certain René Bousquet).

L’État turc s'est tellement inspiré de la République franchiasse que pratiquement tous les concepts d'analyse utilisés ici peuvent y être transposés, en fait...

 
susam-sokak.fr
« L'islamisme fait ce qu'il veut où il veut. Les Alévis ne pourront jamais avoir…
 

[Ne pas s'arrêter à la tonalité bêtement islamophobe de l'article ; l'analyse correcte à retenir (la nôtre) est celle-là : à cette époque, le plein-le-cul populaire de la Turquie ("noire") profonde contre le kémalisme en place depuis 70 ans, de surcroît complètement converti au néolibéralisme depuis le coup d’État militaire de 1980, était devenu à peu près total ; annonçant déjà les victoires électorales islamistes de fin 1995 et fin 2002.

La présence d'un écrivain athée revendiqué et traducteur des Versets sataniques de Salman Rushdie l'a cristallisé dans cette petite ville du centre de l'Anatolie (bastion "turc noir" conservateur et religieux), et une "nuisance sonore" (musique populaire traditionnelle alévie) au moment de l'appel à la prière sunnite l'a fait exploser ; ensuite de quoi, les autorités locales (en liaison avec le pouvoir central) ont très clairement canalisé et détourné cette colère D'ABORD dirigée contre elles et le régime (les cibles et slogans du début d'après-midi étaient très clairs : le centre culturel où se trouvait l'écrivain mais aussi et surtout le préfet et la préfecture, la République et la laïcité, en un mot le kémalisme, une statue de Kemal Atatürk, un drapeau impérialiste US brûlé etc. etc.), contre les intellectuels et artistes alévis présents pour un festival culturel et retranchés dans un hôtel qui sera incendié : 35 morts, les forces de l'ordre n'intervenant que... 8 heures plus tard pour disperser la foule et éteindre le feu.

190 émeutiers seront interpellés dans les jours suivants, dont 124 pour "tentative d’établir un État religieux en bravant l’ordre constitutionnel" (quand même... vu les slogans et les actions du début) ; mais le tribunal chargé de l'affaire recevra de nombreuses et fortes pressions politiques au cours de la procédure pour "calmer le jeu" voire acquitter les inculpés ; à l'arrivée seront prononcées 80 peines de prison de 2 à 15 ans et 33 peines de mort, non-exécutées et commuées après l'abolition en 2001 ; 31 personnes sont toujours en prison pour ces faits criminels à l'heure actuelle.

Outre la répression du Dersim en 1937-38, d'autres massacres d'Alévis ont été perpétrés dans d'autres circonstances dans l'histoire de la République kémaliste, parfois de manière visant beaucoup plus nettement la communauté - et ses sympathies réputées "gauchistes" - en tant que telle qu'un individu ou groupe d'individus précis : massacres de Maraş en décembre 1978 ("d'après les archives du Premier ministre de l'époque, Bülent Ecevit, ce massacre a été organisé par les services de renseignements généraux turcs (MIT) et Alparslan Türkes, le leader du parti d'extrême-droite (Parti d'action nationaliste, MHP), en lien avec l'organisation anticommuniste internationale de la CIA (stay-behind, Özel Harp Dairesi pour la Turquie), et avait pour but d'écraser le mouvement révolutionnaire, entreprendre un « nettoyage ethnique », empêcher l’union des mouvements progressistes et révolutionnaires puissants (tels Dev-Yol et le TKP/ML) avec les populations alévies", l’État "ne reconnait qu'une centaine de victimes mais ce sont entre 500 et 1 000 personnes qui sont massacrées dans toute la région") ; massacres de Çorum entre mai et juillet 1980, où des militants ultra-nationalistes (encore une fois) "attaquent un quartier dans lequel les Alévis sont majoritaires, provoquant de source officielle la mort de 57 militants de gauche et blessant des centaines de personnes, majoritairement alévies".]

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S
Pour ce qui est des lieux de culte alévis, il semble tout d'abord que ces "cemevis" ou "maisons de rassemblement" soient "naturellement" plus informels qu'une mosquée ; et ensuite, en effet, que la "laïcité" kémaliste avait un côté disons "concordataire" (ou du moins, après la victoire de Menderes en 1948 a abandonné l'"intégrisme" laïc) : reconnaissance officielle par l’État des lieux de culte... d'UNE SEULE confession, à savoir le sunnisme.<br /> http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/12/10/97001-20151210FILWWW00159-turquie-les-lieux-de-culte-alevis-reconnus.php
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S
Lol oui, on se doutait bien que pour que ce fameux festival de 1993 se soit tenu à Sivas, la ville avait tout de même une certaine histoire alévie.<br /> Karakaya Köyu où est né Kaypakkaya (turc alévi) n'est pas "à côté", disons c'est Lyon-Marseille, mais c'est quand même le même "coin", le même nord du Plateau anatolien.<br /> Bon. Et sinon pour le reste : la République kémaliste... ce n'était pas non plus la 5e République française post-Mitterrand <br /> Elle avait quand même son côté 3e République, très anti-communautaire, et frappant durement les Alévis chaque fois qu'ils ont essayé de s'affirmer tels, ou même pas vraiment, mais de se "communautariser" comme révolutionnaires de gauche.<br /> Il n'y a jamais eu, c'est certain, de philalévisme au sens d'un philosémitisme ici qui voudrait dire le droit d'être Pierre Goldman ! (ce que n'est pas du tout le philosémitisme d’État tel qu'analysé par le PIR et d'autres, cela va sans dire !)<br /> C'est même parfois, c'est vrai, tangent avec pas le droit d'être la MOI...<br /> Il n'en reste pas moins que, après et EN DÉPIT des massacres de 37-38, c'est tout de même au CHP, pour sa "laïcité" perçue avec sa part de raison et sa part de fantasme comme opposée à un conservatisme sunnite perçu comme hostile, que la grande majorité de la communauté alévie a apporté ses suffrages. Comme d'ailleurs les résidus de certaines autres minorités (Arméniens, Grecs, les Lazes ou les Arabes sont plutôt tendance AKP par contre à mon avis).<br /> Encore aux dernières élections, Dersim a tout de même placé Ince en tête au premier (et finalement unique) tour ! (mais le HDP en tête aux législatives par contre)<br /> Alors pourtant qu'ils leur ont foutu au cul pendant 80 ans, on est totalement d'accord !! Comme à toutes les nationalités, de fait. Y compris les Turcs qui ne sont pas de l'oligarchie occidentalisée beyaz.<br /> Donc ça fait tout de même penser à ce philosémitisme qui s'est développé dès après l'affaire Dreyfus (comme combat un peu "identitaire", avec l'Aurore de Clemenceau, et "fondateur" de la République radicale) et bien sûr ensuite comme pilier des (4e et 5e) "Républiques de la Résistance".<br /> Avec les mêmes ressorts et serpents qui se mordent la queue : les Alévis ont peur des sunnites et votent kémalo (d'autant plus si c'est l'aile "gauche" comme Ince) ; les sunnites détestent les Alévis qui votent kémalo (leurs oppresseurs) et soutiennent des partis comme le PJ ou le MHP et finalement maintenant l'AKP, qui sont faits pour les capter et les enfermer dans une voie de garage, tout en endossant aux yeux du monde le rôle des affreux... etc. etc.<br /> Mais effectivement avec un côté pré-mitterrandien, c'est à dire pas jusqu'à la désignation-encensement en tant que communauté. D'une façon disons plus "républicaine à l'ancienne".
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A
Salut, je ne suis pas "choqué" par le concept du philosémitisme d'était en France, mais la comparaison avec l'Alévisme me paraît un peu bancal non? Dans le sens où je ne vois pas dans le discours des principaux partis kémalistes hier ou aujourd'hui une défense de l'alévisme... Les alévis continuent de maintenir leur religion sous secret (y compris quand ils sont militants CHP), il n'y a pas de lieu de culte officiel et il n'y en a jamais eu puisque la Turquie a toujours été dominée par le Turco-Sunnisme y compris sous les gouvernements Kémalistes (par exemple les attaques dans le quartier de Gazi à Istanbul, la prison de Bayrampasa, Umraniye etc)... bref à aucun moment on utilise les Alévis comme l'état Français instrumentalise les Juifs de France. Par ailleurs, en ce qui concerne Sivas, ce n'est pas seulement un bastion karatürk, avant qu'une majorité des habitants de cette ville partent pour Istanbul (c'est la ville qui a fourni le plus de travailleurs à la ville d'Istanbul à tel point qu'il y a plus de Sivasli a Istanbul qu'à Sivas même), une grande partie d'entre eux sont d'origines Kurdes et/ou Alévis, ce qui en a fait une des bases les plus importantes du DHKP/C et un lieu historique des révoltes populaires en Anatolie et de confrontation avec les Karatürk que tu décris (on est donc loin du modèle Konya qui là correspond à une énorme majorité Turco-Sunnite), à Sivas beaucoup de gens parlent encore Kurdes et revendiquent leur Alévisme ce qui a crée une grande fracture. 
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