• V. I. Lénine : "Il y a deux guerres"


    Article absolument fondamental pour comprendre notre position sur la plupart des conflits du monde actuel, dépassant la position "gauchiste" classique comme quoi "c'est une guerre entre impérialistes" (genre Occident-Russie comme en Ukraine 2014) ou "c'est une guerre entre réactionnaires" (genre Israël-Hamas en Palestine) :

    Certaines personnes aimeraient que les choses soient simples, et que chaque fois que la violence engendre l'Histoire, il y ait deux camps bien définis, seuls en lice, les "bons" et les "méchants". Les choses sont en réalité, dans le vaste monde où nous vivons, beaucoup plus complexes.

    En réalité, les contradictions (les conflits) sont souvent étroitement entremêlés.

    Cette question s'est déjà posée avec acuité plusieurs fois dans l'Histoire. Notamment lors de la Première Guerre impérialiste mondiale.

    Voici ce que disait Lénine en 1916 : 

    “Il y a une guerre inter-impérialiste. Avec cette guerre nous n'avons rien à faire. Mais il y a également des guerres de libération nationale menées par des nationalités opprimées. Le soulèvement irlandais est à cent pour cent justifié. Même si l'impérialisme allemand a essayé d'en profiter, même si les chefs du mouvement national ont maille à partie avec les Allemands, ceci ne change en rien la nature juste de la guerre irlandaise d'indépendance contre l'impérialisme britannique. C'est la même chose avec la lutte de libération nationale dans les colonies et les semi-colonies, les mouvements nationaux indien, turc, persan”.

    “C'est également valable pour les nationalités opprimées en Russie et en Austro-Hongrie. Le mouvement national polonais est un mouvement juste, le mouvement national tchèque est un mouvement juste. Un mouvement de libération mené par n'importe quelle nationalité opprimée contre l'oppresseur impérialiste est un mouvement de nature juste. Et le fait que les directions de ces mouvements pourraient les trahir en les associant politiquement et administrativement à l'impérialisme est une raison de dénoncer ses chefs, mais pas de condamner ces mouvements en tant que tels”. 

    Ainsi, Lénine luttait contre les sociaux-démocrates traîtres, ralliés à leur impérialisme et défendant l'intégrité de leur État (et Empire) bourgeois contre les "menées étrangères" (comme la "gauche" anglaise vis à vis des Irlandais), mais aussi contre les gauchistes, qui au nom de la lutte prioritaire contre leur propre impérialisme, rejetaient des mouvements de libération, des mouvements anti-impérialistes supposément "liés" à leur impérialisme... Ainsi Rosa Luxemburg (bien que d'origine polonaise) rejetait le mouvement national polonais dont il est question ici, car l'impérialisme allemand justifiait en partie sa guerre contre la Russie par la nécessité de "libérer la Pologne".

    De même, la logique aurait voulu que Lénine rejette le mouvement national tchèque. Car son ennemi principal, l'Empire tsariste, appuyait ce mouvement. Une "Légion tchèque" sera même constituée avec les prisonniers tchèques de l'armée austro-hongroise, et après la Révolution d'Octobre ceux-ci... combattront les bolchéviks aux côtés des Blancs !

    Mais Lénine savait distinguer les contradictions, et considérer que si l'on a pas à prendre parti dans des contradictions entre États impérialistes, on doit soutenir les peuples en lutte contre l'oppression, même si notre propre impérialisme en profite.

    Cette analyse d'il y a presque un siècle, que n'est-elle pas encore d'actualité ! 

    Au Honduras : DEUX GUERRES. L'une oppose les intérêts russo-chinois (à travers l'ALBA) et européens (à travers le Brésil et l'Argentine), soutenant le camp Zelaya, aux intérêts impérialistes US appuyant les putschistes et le nouveau président "démocratiquement élu" Pepe Lobo. Mais une autre guerre, une guerre de classe oppose les masses populaires exploitées des villes et des campagnes à l'oligarchie et à ses forces militaires et paramilitaires. 

    En Thaïlande : DEUX GUERRES. L'une entre la Chine, qui soutient le milliardaire populiste Shinawatra, et les Occidentaux qui appuient l'armée et le Palais royal. Mais l'autre entre les "rouges" des quartiers populaires et des campagnes déshéritées, et les "jaunes" représentant l'élite compradore et bureaucratique de Bangkok. 

    En Iran, DEUX GUERRES : celle qui oppose la fraction pro-occidentale à la fraction pro-russo-chinoise de la bourgeoisie, et celle qui oppose les masses populaires à la bourgeoisie et à la théocratie.

    En Palestine et au Sud-Liban aussi, il y a deux guerres : d'un côté une guerre, par Hezbollah et Hamas interposés, entre l'Iran des mollahs et Israël (et les alliés de chacun) ; mais de l'autre, la juste résistance des masses populaires palestiniennes et libanaises contre l'occupant sioniste qui terrorise la région ! 

    BIEN SÛR, les affrontements inter-impérialistes existent, ils font partie de la réalité, et les comprendre est essentiel pour comprendre le monde où nous vivons.

    Mais nous ne devons pas oublier QUI NOUS SOMMES. Nous ne sommes pas des experts en politique internationale.

    Nous sommes l'avant-garde du prolétariat mondial, lui-même avant garde des Peuples opprimés et exploités.

    En toute circonstance, LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP.

    Trop de "révolutionnaires" ont aujourd'hui tendance à l'oublier. Le Honduras ? "Mais enfin, Zelaya est un pur agent de l'Union Européenne !". Et alors ? Ceux et celles qui ont cru aux conquêtes démocratiques et sociales qu'il a fait entrevoir, à l'amélioration de leur existence tout simplement, méritent-ils/elles de mourir pour autant ?

    Le pire, c'est que les mêmes sont souvent très prompts à se jeter sur la contestation iranienne, dont le caractère de classe est bien moins évident (même si le régime théocratique est ignoble et doit être abattu... mais est-ce vraiment le but des "verts" ?).

    Comme, il y a quelques années, certains défendaient très justement la résistance du Peuple afghan contre une Armée qui n'avait de rouge que le nom, mais dénonçaient les "mercenaires du social-impérialisme soviétique" dans ceux qui luttaient en Amérique centrale ou en Afrique australe. Et aujourd'hui, sont d'ailleurs beaucoup plus tièdes envers la résistance afghane, contre une occupation cette fois occidentale... Étrange, étrange...

    Car Lénine ne s'est pas arrêté là. Il a ajouté : "Il y a au moins deux guerres, et nous voulons représenter une troisième". Cette troisième guerre, c'est bien sûr la guerre révolutionnaire pour le renversement des classes exploiteuses, pour le Pouvoir du Peuple et du prolétariat ! Celle qui a éclaté en Russie en 1917.

    De la misère, de l'oppression, de l'exploitation et de la guerre des exploiteurs (et de ses souffrances pour le Peuple), cette guerre jaillira inévitablement.

    À condition que les révolutionnaires jouent leur rôle. À condition, pour commencer, qu'ils sachent reconnaître leur camp.

     


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