• Un article intéressant au sujet des Indigènes de la République


    Peut-être fallait-il aux bouffons d'AQNI, de "Poisson Rouge", de Non Fides, des "Morbacks Vénères" et autres petits bourgeois gauche-blanche des campus (les fourestiens et Philippe Val à la rigueur on s'en fout, ils ne se réclament pas du camp révolutionnaire) une illustration de ce qu'est une critique CONSTRUCTIVE des positions du PIR (qui sont indiscutablement discutables). La voici.

    Pour une approche matérialiste de la question raciale

    Une réponse aux Indigènes de la République


    Les Indigènes de la République ont contribué à rendre visible un racisme de gauche, appuyé sur le racisme intégral consubstantiel à la société française, mais seraient-ils prisonniers de ces enjeux ? Une analyse systématique des champs de force qui s’exercent sur les plus précarisés permet de sortir de l’ornière : une critique conséquente de l’invisibilisation des questions raciales et de genre, échappant au grand jeu identitaire de l’extrême droite, ancrée dans la critique de l’économie politique.

    Des morts en Méditerranée en passant par les émeutes de Baltimore jusqu’aux menus faits quotidiens de la vie métropolitaine, tout nous ramène à la question raciale. Il nous semble nécessaire de proposer une analyse de fond du racisme qui ne soit pas qu’une réponse à chaud aux événements.

    On assiste aujourd’hui à une montée de l’islamophobie et de l’antisémitisme. C’est une double vague et il faut réussir à penser les choses ensemble, alors que les séparations sociales sont de plus en plus fortes et les logiques de guerre de tous contre tous incontrôlables. Cela signifie refuser les logiques de concurrence entre les racismes ; mais aussi penser islamophobie et antisémitisme dans toute leur spécificité. Et cela dans le contexte général d’une augmentation de la violence sociale, d’un durcissement des segmentations de classes et des effets du racisme structurel (logement, travail, etc.). C’est de plus en plus dur pour les plus pauvres, pour ceux qui sont déjà les plus précarisés (les racisés, les femmes).

    Avec les attentats de janvier, la gauche s’est pris en plein dans la figure son déni de la question du racisme. Elle qui s’est fait une spécialité de dénoncer la victimisation et de refouler le racisme comme phénomène structurel massif. L’obsession du voile des féministes institutionnelles a fonctionné comme un révélateur du racisme d’une gauche accrochée à un universalisme abstrait et agressif.

    Voilà pourquoi nous étions enthousiastes devant l’énorme travail qui a rendu visible ce racisme de gauche, républicain, auquel le Parti des Indigènes de la République (PIR) a participé depuis 2004. Nombreux sont ceux qui ont travaillé à saper ce racisme respectable [1] pour lequel les indigènes ne sont pas réellement des égaux et qui, s’il ne se justifie pas « contre » le racisé, tire son argumentation des grandes valeurs censées l’émanciper. Toute une histoire de la condescendance et du paternalisme de la gauche française reste à écrire, notamment sur la façon dont le discours de classe a été utilisé pour maintenir bien en place les hiérarchies au sein du mouvement ouvrier lui-même.

    Néanmoins, il nous semble que le PIR a glissé. Surfant sur les durcissements identitaires, il propose une lecture systématiquement culturelle voire ethnicisante des phénomènes sociaux. Cela l’amène à adopter des positions dangereuses sur l’antisémitisme, le genre et l’homosexualité. Il essentialise les fameux « Indigènes sociaux », les subalternes qu’il prétend représenter. Tout se passe comme si les prolétaires racisés qui subissent le plus violemment le racisme étaient instrumentalisés dans une stratégie politique qui se joue essentiellement dans l’arène de la gauche blanche et des intellectuels radicaux à la mode.

    Pour nous, descendantes de musulmans et de juifs d’Algérie, mener la critique du PIR, comme mener celle de la Gauche, est une question d’autodéfense.

    Pour nous, descendantes de musulmans et de juifs d’Algérie, mener la critique du PIR, comme mener celle de la Gauche, est une question d’auto-défense. Nous pensons que nous n’avons rien à gagner dans l’opération politique qui subsume toutes les questions sous celle de la race. Pour nous, non seulement les questions de racisme mais aussi les questions d’économie politique, de rapports sociaux de sexe sont à l’ordre du jour

    Économie politique de l’islamophobie

    Qui prend le RER à Gare du Nord le matin sait que ceux qui ont l’air arabe, noir ou rom subissent une pression constante. Contrôles au faciès, « bavures policières », relogement dans des banlieues toujours plus lointaines, les racisés subissent une ségrégation géographique, sociale et symbolique. Ce racisme intégral, pour reprendre l’expression de Franz Fanon, consubstantiel à la société française, commence dès l’orientation en 4e, avec la recherche d’un stage, du premier job… et s’étend à toutes les dimensions de l’existence. Dans ces multiples apparitions, il s’étend des rues de nos villes riches où les hommes racisés se font refouler des boîtes de nuit jusqu’aux confins des mers où on laisse se noyer avec une indifférence complice ceux qui osent franchir les frontières.

    En France, l’islamophobie, le racisme anti-musulman, est à comprendre, non pas simplement comme une opposition laïque à la religion, mais comme un racisme dirigé vers tout ce qui est noir ou arabe. Notamment quand sa présence est visible dans l’espace public, qu’il s’agisse de femmes voilées ou de jeunes tenant le mur. Les événements de janvier n’ont fait qu’accentuer ce processus de stigmatisation. Des attaques de mosquées aux agressions de femmes voilées, en passant par les convocations au commissariat d’enfants de huit ans qui ne disaient pas assez « Je suis Charlie », il est devenu quasiment impossible de parler politique quand on a une gueule d’Arabe sans avoir à se justifier de ne pas être islamiste.

    Il ne s’agit pas de simples discriminations ou de préjugés. L’islamophobie renvoie à une question plus centrale, la question raciale. Celle-ci fonctionne comme assignation à une place dans la division du travail de certaines catégories de population sur la base de leur origine et de leur couleur de peau. Il suffit d’observer un chantier de BTP pour constater qu’en général les gros travaux sont fait par les Noirs, les travaux plus techniques par les Arabes, et que les contremaîtres sont blancs. [2] Le racisme est le régime d’exploitation matériel qui a organisé le développement capitaliste européen.

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    Un article intéressant au sujet des Indigènes de la République

    Sur le même sujet (racisme, antisémitisme, islamophobie), lire aussi Les frères jumeaux (Alain Gresh au sujet d'un texte posthume d'Ilan Halevi).

    En ce qui nous concerne (écrit lors d'un de nos nombreux débats en ligne sur la question) :

    - Concernant le discours d'Houria Bouteldja que voilà http://indigenes-republique.fr/racisme-s-et.../, dont nous ne préciserons même pas (tellement c'est une évidence) que 99,9% de ceux qui le critiquent comme "du Drumont" ou un "examen d'entrée réussi dans l'extrême-droite gauloise" ne l'ont même pas lu (un autre "indigène", Norman Ajari, a par la suite précisé le propos ici en réponse aux critiques) : en gros ce qui "déconne" c'est sa recherche du "lieu de production" de l'antisémitisme, qu'elle trouve dans le "philosémitisme d’État" actuel ("après la Seconde Guerre mondiale et la succession de défaites françaises face à la révolution anticoloniale et progressivement et de manière accélérée dans les années 1980") au lieu de le trouver là où il est, c'est-à-dire dans la construction même de l’État moderne et du capitalisme en Europe avec ses balanciers permanents entre utilisation et persécution des Juifs (construisant par conséquent, pour justifier ces persécutions-après-utilisation, leur réputation d'"usuriers" etc. etc.). Là est la racine de la Shoah (avec sa déclinaison particulière hexagonale, les lois antisémites de Vichy). Le "philosémitisme d’État" progressivement construit entre 1945 et les années 1980-90 est une conséquence de cela : une repentance hypocrite "parce qu'il le faut bien" (cela s'est passé "au coin de la rue", au cœur de nos villes et villages contrairement aux crimes coloniaux, et puis le nazisme a mis le continent à feu et à sang tout de même...) ; et comme la logique capitaliste est de trouver un bénéfice dans tout, le bénéfice comme le dit très justement Bouteldja est de "fermer le guichet des réclamations" : puisque "la Fraaaaance" se repent de la Shoah et de tout l'antisémitisme antérieur (affaire Dreyfus etc.) et que désormais "s'en prendre aux Juifs c'est s'en prendre au valeurs mêmes de notre République", c'est "solde de tout compte" et il n'y a plus besoin d'examen de conscience sur tous les autres crimes du capitalisme et de l'impérialisme BBR. Quant à l’État d'Israël (auquel le soutien va généralement de pair avec ce "philosémitisme" républicain), c'est en fin de compte la "solution au problème juif" qu'a fini par trouver la bourgeoisie occidentale ; et comme là encore il faut en tirer un bénéfice, le bénéfice c'est d'en faire les tirailleurs de l'ordre impérialiste au Proche-Orient. Mais tout cela est un PRODUIT de l'antisémitisme et non son "lieu de production". Au demeurant le vieil antisémitisme ressort assez fréquemment, sous forme de "lapsus", dans le champ politique bourgeois "républicain" (de Raymond Barre à Georges Frêche).

    Les antisémites ouverts (et non hypocrites = "philosémites") sont eux aussi un produit de ce même lieu de production qui équivaut à 7 siècles d'histoire : ce sont ceux qui n'ont pas accepté la repentance hypocrite post-Shoah et préfèrent assumer (c'est tout de même rare) ou alors relativiser ou nier (négationnisme). Et les antisémites antisionistes (car tout antisémite n'est pas antisioniste, cf. Xavier Vallat et bien d'autres zélés serviteurs du régime de Vichy) sont ceux qui n'acceptent pas Israël (un État juif au service de l'Occident) comme "solution" au "'problème juif".

    Enfin, l'antisémitisme "des banlieues" est effectivement le plus "réactionnel" (face aux crimes israéliens, face au sentiment de "deux poids deux mesures" en faveur des Juifs) mais il a lui aussi son "lieu de production" et c'est là encore le même, car il est soit sous l'influence d'antisémites blancs bien français comme Alain Soral soit sous celle de l'antisémitisme... d'importation européenne des pays arabes, où les nationalistes bourgeois puis les islamistes ont massivement recyclé les thèses antisémites de Drumont et compagnie, des Protocoles des Sages de Sion (massivement imprimés et diffusés) etc. etc. dans leur lutte bourgeoise (donc idéologiquement pourrie) contre Israël - arrêtons de nous ridiculiser avec des citations de versets du Coran que les musulmans ont toujours su replacer dans leur contexte du 7e siècle : l'antisémitisme des pays arabes est clairement d'importation européenne dans ses références, il suffit de lire la fameuse Charte du Hamas (l'article 22 notamment) si l'on veut s'en convaincre.

    Donc voilà : il faut en effet identifier les lieux de production des oppressions, mais Houria Bouteldja identifie mal celui de l'antisémitisme. La racine de l'antisémitisme c'est 7 siècles de construction du capitalisme et des États européens sur la base de l'utilisation puis du "jetage" des Juifs et elle, elle dit que c'est le "philosémitisme d’État" actuel qui n'est que le résultat (un résultat) de cela : la contrition honteuse après que (pour citer l'antisémite Bernanos) Hitler et ses épigones aient "déshonoré l'antisémitisme" aux yeux de la bourgeoisie occidentale...

    L'autre critique que nous ferions à cette prise de position, c'est de présenter les Juifs dans tout cela comme des sujets passifs passés de gibiers de progroms à moutons du sionisme et du républicanisme ; alors que s'il existe aujourd'hui un "philosémitisme" officiel c'est aussi parce que des Juifs ont LUTTÉ, d'abord contre le fascisme lui-même (qui signifiait la mort pour tous) puis contre la non-reconnaissance de la Shoah comme crime spécifique (rappelons que dans les statuts du Tribunal de Nuremberg c'est loin d'être clair !). Nous nous souvenons ici de Pierre Goldman qui racontait comment il s'était énervé après avoir écouté un Black Panther dire "nous ne nous laisserons pas conduire à l'abattoir comme les Juifs"... Il est vrai qu'il y a cette image fausse et indigne des Juifs menés "passivement" aux camps de la mort ou subissant "hébétés" les pogroms et autres violences contre eux, qui est profondément ancrée dans les esprits y compris racisés alors que c'est faux : les Juifs ont lutté contre leur propre oppression et tentative d'extermination. Puis ils ont lutté par la suite au nom du "plus jamais ça". Bien sûr, le problème est que cette lutte n'a pas été menée uniquement sur une ligne antifasciste révolutionnaire (les Juifs étaient certes très nombreux dans l'extrême-gauche maoïste et trotskyste, une boutade au sujet de la LCR disait que "si l'on ne parle pas yiddish au Bureau politique de la Ligue, c'est parce que Daniel Bensaïd est séfarade"), mais aussi par des forces bourgeoises : LICRA ex-LICA, organisations diverses ayant constitué le CRIF en 1944, sans oublier le mouvement sioniste trouvant sa "solution" dans un État juif aux dépens des Palestiniens ; et lorsque le mouvement révolutionnaire a reflué mondialement dans les années 1980, seules ces forces sont restées en "tête de gondole" pour récolter les fruits de la lutte tout en ne cessant en même temps de dériver toujours plus à droite (État d'Israël de plus en plus oppresseur et criminel envers les Palestiniens, CRIF soutien du sionisme le plus droitier et de toutes les politiques impérialistes servant celui-ci de près ou de loin, LICRA incarnant de plus en plus le discours "républicain" bourgeois universaliste-impérial et le "deux poids deux mesures" en matière de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, etc. etc.). Ceci peut effectivement rendre malaisée la mise en avant de cette lutte juive (c'est-à-dire des victimes elles-mêmes) contre l'antisémitisme ; ce dont certains se sortent parfois en mettant en avant le Bund (Juifs ne se niant pas, comme ce fut hélas souvent le cas dans le marxisme-léninisme kominternien, et en même temps clairement anticapitalistes et antisionistes), mais cette référence n'est pas très actuelle - l'organisation n'a plus existé après la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, cela ne devrait pas poser de problèmes dans un esprit dialectique, comprenant que les choses peuvent se transformer en leur contraire.

    - Le problème des Indigènes, en fin de compte, c'est qu'ils sont dans une stricte dualité blancs/non-blancs et ne comprennent pas la CONCENTRICITÉ de la domination. La concentricité de la domination, cela ne veut pas seulement dire des Juifs racistes envers les Arabes/Noirs (et considérés "plus blancs" par la pensée dominante, et voyant l'antisémitisme contre eux plus sévèrement réprimé que l'islamo/arabophobie ou la négrophobie...) mais aussi par exemple des Maghrébins (principalement) qui à Marseille incendient un camp de Rroms (difficile de faire "au-dessous" ou "plus périphérique" que les Rroms en Hexagone métropolitain)... La non-compréhension de cette concentricité apparaît également lorsque l'on aborde avec eux la question des Peuples niés d'Hexagone et d'Europe, même les plus "reconnus" comme les Basques ou les Irlandais : ces fronts de lutte font selon eux partie du "champ politique blanc" et ne les "concernent pas", alors même qu'ils affaiblissent pourtant les Centres de leur domination/oppression en tant qu'extra-européens racisés [à ce sujet écouter ici cette intervention de Saïd Bouamama (signataire de l'Appel des Indigènes en 2005) il y a quelques jours au festival EHZ au Pays Basque : une position excellente qui participe de la prise de conscience de cette concentricité des oppressions - lire aussi ici... et finalement ici, quelques mois plus tard (mars 2016), sous la plume d'Houria Bouteldja ; comme quoi le débat fait avancer les choses !].

    - Le problème avec les Indigènes c'est qu'à moins d'aller au bout de leurs conclusions, c'est à dire de s'assumer comme un Black Panther Party hexagonal (sans les gros flingues peut-être, mais dans l'esprit quoi)... c'est quoi la porte de sortie à tous ces problèmes qu'ils ont si brillamment analysés ? Faute d'une telle porte de sortie ils tournent en rond, et tendent à s'enfoncer (comme toute chose qui tourne sur elle-même). Comme le faisait très justement remarquer un commentateur critique, pour le coup "indigène" et racisé lui-même, ils sont axés sur la critique d'un "champ politique blanc" et en particulier de l'aile "gauche" de celui-ci mais on a finalement l'impression que leur activité politique reste entièrement déterminée par ce champ politique "blanc" ; c'est-à-dire en quelque sorte qu'ils se réveillent tous les matins en se demandant ce qu'ils vont bien pouvoir dire ou faire pour "choquer" la "gauche blanche"... Ce faisant, leur activité n'est donc pas réellement autonome de ce champ politique vis-à-vis duquel ils revendiquent (justement) l'autonomie.

    MàJ 12/07  Nous partageons ici le "droit de réponse" des Indigènes au texte de Vacarme, signé encore une fois Norman Ajari - des arguments intéressants dans ce débat capital qui nous intéresse ; mais un ton que nous trouvons excessivement dur voire injuste envers les auteures qui n'étaient pas, de notre point de vue, dans la démarche destructive et haineuse que dénonce Ajari dans son dernier paragraphe (et qui est effectivement celle de 99% des critiques des Indigènes que nous avons pu lire jusqu'à présent ; critiques effectivement après lecture en diagonale "comme il se doit" dans l'"art" français de la critique...) :


    Vacarme critique les Indigènes : la faillite du matérialisme abstrait


    Nous sommes de plus en plus d'avis qu'accepter la critique n'a jamais fait de mal à personne, et surtout pas à une cause aussi importante que celle des "indigènes" que nous appelons les colonisé-e-s intérieur-e-s (ceci est valable dans les deux sens, Vacarme ayant refusé de publier la réponse du PIR).

    Pour notre part, comme critique du texte de Vacarme sur des points qui ne nous avaient pas fait "tiquer" de prime abord ("lecture en diagonale" sans doute wink2) : "l’histoire coloniale est derrière nous, même si elle laisse des traces" => ben non justement, si elle "laisse des traces" c'est parce qu'elle est FONDATRICE du monde capitaliste-impérialiste occidentalo-centré dans lequel nous vivons, et elle ne peut dès lors être "derrière nous" tant que nous n'en aurons pas fini avec le capitalisme et son monde impérialiste. Nous suggérons aux auteures d'aller demander aux Peuples des dernières colonies directes de Karayib ou de Kanaky, ou encore des néocolonies de (Franç)Afrique, s'ils considèrent réellement que "l'histoire coloniale est derrière nous"...

    On peut aussi regretter l'approche de l'antisémitisme à travers la seule grille de lecture de la Wertkritik et de l'école postonienne (1-2-3), qui peuvent développer des réflexions intéressantes mais dont l'objectif est avant tout d'argumenter l'"unicité", le caractère "à part"/"sans équivalent" et l'"insaisissabilité" de l'antisémitisme et de la Shoah par rapport aux autres racismes et crimes contre l'humanité dans le but de justifier le projet sioniste (puisqu'à haine "sans équivalent" il faut une solution "sans équivalent"...) ; ce que reconnaissent les auteures elles-mêmes en note de bas de page ("Tout en reprenant sa lecture d’un antisémitisme structurel, nous sommes très critiques des positions de soutien à Israël de certains de ses représentants et de la manière dont elle évacue la lutte de classe").

    Un article intéressant au sujet des Indigènes de la République

    MàJ 14/07 - L'honnêteté intellectuelle (qui nous a toujours caractérisés contrairement à nos ennemis) nous impose de reproduire ici les précisions apportées sur un certain nombre de points par un "intellectuel organique" du PIR, Youssef Boussoumah, au cours d'un débat que nous avons eu sur les réseaux sociaux :

    - Sur la question de l'antisémitisme et du "philosémitisme d’État" : "D'une part puisque tu nous connais tu sais pertinemment depuis l'appel des Indigènes que nous considérons les Juifs du Maghreb, les berbérophones et les arabophones comme égaux en tant qu'Algériens (c'est écrit en toutes lettres) mais également les Pieds-Noirs ayant rompu avec le colonat comme Iveton, Maillot ou Audin. De plus tu n'as pas manqué de lire la lettre à Zemmour d'HB qui insistait encore là-dessus, à savoir que les Juifs d'Algérie sont historiquement pour nous des Algériens. Le philosémitisme français maintient les Juifs dans un entre deux, ni blanc ni indigène, c'est la raison pour laquelle nous parlons d'antisémitisme d’État. Une catégorie de "Juifs" est maintenue alors que le combat de la Résistance antinazie était censé réintégrer les Juifs dans le corps national. (...)
    Concernant la question "les Juifs sépharades sont-ils ou non des indigènes?" : tant qu'ils étaient au Maghreb oui. Mais depuis, non. Depuis ils ont subi un phénomène de blanchiment avec l'arrivée en France après les indépendances, phénomène bien analysé par certains auteurs, ils ont été progressivement associés au monde blanc et cela s'est fait au nom d'un abandon de leur identité ou plutôt d'une folklorisation de leur identité. Mais d'autre part à ce blanchiment s'est ajouté une politique de philosémitisme qui les concerne eux comme les ashkénazes. Nous considérons que leur blanchiment et ce philosémitisme traduisent à la fois respectivement une xénophobie et un antisémitisme d’État à leur encontre (comme l'explique justement HB dans son texte sur le philosémitisme que personne n'a lu mais que beaucoup attaquent).
    Du coup les Juifs ne sont pas indigènes et ne sont pas considérés comme blancs non plus bien qu'ils aient été blanchis. Ils sont d'une catégorie intermédiaire du fait de ce philosémitisme et de ce blanchiment qui leur ont été imposés, et qui les instrumentalisent en en faisant des auxiliaires du pouvoir porteurs des valeurs occidentales. Nous évidemment nous voudrions qu'ils luttent contre le pouvoir blanc et c'est aussi ce que nous attendons des blancs/blancs. Évidemment c'est le pouvoir blanc qui a imposé cela aux Juifs et cela s'oppose de façon totale, catégorique, absolue à toute lecture d'un pouvoir juif surpuissant, c'est exactement le contraire !

    Alors dis-moi comment tu expliques que d'une part personne ne réagisse et ne voie le danger des proclamations philosémites de Chirac, Hollande, Valls comme "quand on touche à un Juif on touche à la République" (comprendre l’État impérialiste français) ; et que d'autre part quand nous disons que cette instrumentalisation "est de l'antisémitisme" car elle tend à isoler les Juifs du reste du pays, même si c'est une discrimination prétendument positive, des esprits mal intentionnés nous répondent "c'est vous les antisémites" ? Alors que tout le monde voit bien que notre démarche dénonce les positions racialisant les Juifs et qu'au contraire elle privilégie pour les Juifs le droit à l'indifférenciation et à l'anonymat (comme pour les musulmans d'ailleurs, nous sommes opposés à toute politique favorisant les musulmans pour en faire des tirailleurs eux aussi comme cela fut fait pour nos pères, le mien en tout cas de 1930 à 1945). (...)
    D'autre part ce qui d'un point de vue indigène a aggravé les choses, c'est la question de la Palestine. Dans la mesure où le prix à payer pour être soi-disant blanchi a été de faire d'Israël la centralité du judaïsme. Malheureusement, on le voit bien, la question d’Israël divise indigènes et juifs. Mais pour nous c'est bel et bien une question politique, rien de religieux, rien d’ethnique, c'est paradoxalement le pouvoir blanc qui a historiquement imposé le sionisme aux Juifs et pas le contraire, c’est le propos d'un petit bouquin que j'écris,
    "Le sionisme expliqué à nos frères et sœurs" qui est la version écrite de ma vidéo éponyme. Et je remonte pour ça loin avant Herzl. (...)  
    Comme nous l'avons écrit depuis au moins 10 ans (mais les gens nous lisent-ils ?), une hiérarchie raciale a été mise place (pour faire vite) plaçant en dessous du Blanc les Juifs, les musulmans, les Noirs, les Roms. Avec des catégories intermédiaires Turcs, Chinois, Tamouls etc.
    Ce que les antisémites comme Soral proposent aux musulmans ce n’est pas de détruire cette hiérarchie comme nous nous le souhaitons, avec la destruction du pouvoir blanc, mais c'est de faire miroiter aux musulmans la possibilité de passer de la 3e à la 2e place à la place des Juifs."

    - Sur la "centralité de la race", l'analyse de classe, le matérialisme et l'économie politique etc. etc. : "Nous n'avons pas hérité d'un corpus théorique clés en main comme le marxisme, même si je considère que l'apport de celui-ci est très important. Ce qui veut dire que notre pensée, la pensée décoloniale, est jeune et émerge progressivement. Il existe des débats en son sein et c'est ce qui fait sa richesse. Comme pour le marxisme. Elle a ses premiers théoriciens dont Anibal Quijano, mais aussi des auteurs anciens comme Fanon, Sayyad qui sans le savoir nous ont permis de commencer à sortir du vieux monde théorique qui nous enfermait jusque-là.
    À ce propos je veux dire que nulle part ailleurs que dans les bouquins de Sadri Khiari puis dans notre ouvrage collectif de 70 textes notre conception n'a été exprimée avec le plus de clarté. Aussi je suis étonné que jour après jour 7 ans après ces bouquins nous soyons encore obligés d'expliquer et de réexpliquer des choses que nous pensions connues.
    Parmi nous prévaut majoritairement l'idée selon laquelle le racisme occidental se développe contemporainement à l'expansion coloniale européenne qui correspond aussi à une phase majeure de construction du capitalisme, une sorte d'acte de naissance à tel point qu'on ne peut pas penser l'un sans les deux autres (il n'est donc pas une conséquence ou une superstructure contingente au mode de production capitaliste mais une condition), à partir de 1492 grosso modo. D'autres dont moi considérons qu'avant même que soit achevé le processus d'accumulation primitive du capital, émerge un racisme occidental assez élaboré. Il suffit de considérer la Chanson de Roland, et le mythe de Roncevaux déformé pour en faire non pas un épisode de l'affrontement de Charlemagne contre les montagnards basques mais un épisode de l'affrontement déjà considéré comme structurel contre les musulmans. Ou 3 siècles plus tard les descriptions du prophète Mohamed représenté comme un démon noir sur des draps destinés à la propagande sur les marchés d'Occident. Il ne s'agit pas seulement d'un racisme de guerre.* Certes la religion chrétienne est le curseur raciste alors, mais pas seulement. Comment expliquer que les Croisés par exemple massacrent aussi bien les Byzantins lors du sac de Constantinople de 1204 que les chrétiens orientaux de Chypre/Syrie/Palestine, que pourtant ils étaient censés aller libérer ? L'"appât du gain" ? Insuffisant. Si ce n'est parce qu'ils les considèrent tous comme des ennemis à cause de leur proximité culturelle avec les musulmans. Il y a dès cette époque les premiers signes d'établissement d'une hiérarchie raciale européenne, alors que se développe une sorte de nationalisme occidental. Plus tard celui-ci permet à des souverains européens de se retrouver côte à côte pour les Croisades en dépit de leurs rivalités bien réelles, mais tout cela bien avant la pleine expansion de la banque et donc du capitalisme.
    Dès les premières croisades on stigmatise non seulement la religion mais aussi la couleur et le terme
    occidense est déjà présent depuis au moins Charlemagne, empereur d'Occident avec tout ce que cela signifie comme rejet de l'autre à un niveau inférieur. Mais bon il y a là un débat qui n'est pas tranché. En tout cas nous récusons le fait que le racisme serait uniquement une contingence, pour certains il a même acquis avec le temps une sorte d'autonomie lui aussi, ce sont des propositions de réflexions connues. Bref une hiérarchie raciale se met en place et est opératoire dès le tout début du haut Moyen-Âge.
    En fait il y a du racisme structuré avant même le capitalisme avec l'expansion coloniale des Croisades. Et on peut avoir du précapitalisme comme certains le pensent dès la Mésopotamie avec petite propriété agricole ou artisanale individuelle, prêt à intérêt, système bancaire, donc capitalisme privé et un capitalisme d’État avec mise en place de systèmes d'irrigation etc, d'ateliers d’État etc. sans racisme ; de sorte que le racisme n'est pas une conséquence du capitalisme, il l'accompagne ou pas, ce dernier va lui donner un formidable coup de pouce mais l'inverse est vrai aussi.
    L'autre chose que je voudrais dire c'est que c'est la race qui s'est imposée à nous et pas nous qui avions un désir irrépressible d'aller vers la race. Là où vous ne voyez que de la classe, nous nous voyons une interpénétration des deux. La race étant en France un gros mot, il est normal que vous pensiez que nous ne faisons qu'une lecture raciale mais ce que vous devez savoir c'est que nous sommes passés par l'étape du "tout classe", ce n'est donc pas un a priori idéologique mais une évolution de notre pensée bien matérialiste, tirée de notre expérience collective depuis 10 ans pour le PIR, depuis des décennies et pourquoi pas des siècles pour notre mémoire collective."

    - Sur la question de l'opposition entre "champ politique indigène" et "champ politique blanc" : "Nous n'avons jamais dit qu'il ne pouvait pas y avoir de convergence entre le champ politique indigène et le champ politique blanc et je ne sais pas pourquoi cette idée fixe circule alors que nous passons notre temps à établir des ponts. Il a été nécessaire de construire ce champ politique indigène autonome, pas hostile, autonome.
    Mais cela n'empêche pas que nous souhaitons de nombreuses convergences sur la lutte contre le racisme, sur la Palestine, sur les crimes policiers. Comme le PIR le fait depuis 10 ans, c'est pourquoi je suis étonné que vous m'en fassiez la remarque (récemment un grand meeting contre l'islamophobie s'est tenu à Paris, très convergent). Et d'ailleurs le but de notre action est de faire émerger en Europe au moins une majorité décoloniale qui sera évidemment, forcément, anti-impérialiste donc antilibérale et qui se fera forcément avec les pans les plus progressistes du champ politique blanc. Relisez la déclaration d'HB au meeting des 10 ans du PIR avec A.D. (pas Action Directe mais Angela Davis ha ha ha), "Qu'adviendra-t-il de toute cette beauté ?"
    Mais il y a une condition, et c'est logique, dans toutes ces zones de convergence de lutte : nous refusons d'être minorés. Nous tenons à l'horizontalité des relations, comme pour la Palestine par exemple. D'ailleurs l'été dernier pour Gaza cela s'est très bien passé avec les camarades du NPA ou de l'UJFP. Nous avons eu là un exemple parfait de luttes convergentes entre les deux champs politiques. Il en va de même pour les sans-papiers par exemple, pour le soutien à Georges Ibrahim Abdallah ou la dénonciation de la Françafrique."

    - Sur la question de nos Peuples emprisonnés et niés d'Hexagone et d'Europe : "Pour parler de cette vidéo de Bouamama elle est très intéressante. Je dois dire que personnellement j'ai beaucoup d'estime pour les cultures dominées en France. Surtout basque, bretonne, occitane que je connais un peu d'un point de vue historique mais aussi alsacienne que je commence à connaître. Elles constituent souvent des îlots de résistance au rouleau compresseur de l'impérialisme qui écrase nos cultures, nos modes de vie, notre aspiration à une réconciliation avec la terre, la nature. Un élément très important de notre révolution décoloniale balbutiante, des sujets sur lesquels il nous faut écrire. C'est vrai qu'il y a eu une colonisation intérieure dont j'ai souvent parlé personnellement, notamment à partir du cas des Cathares. Et j'ai moi-même utilisé l'expression de "colonialisme intérieur". Je suis également très attaché à la lutte irlandaise (ces "nègres de l'Europe" comme ils étaient appelés au XIXe) que je connais bien et que je considère comme l'une des plus anciennes luttes anticoloniale d'Europe.
    Je suis bien d'accord que des peuples entiers ont d'abord été soumis de façon à être intégrés à la nation française en formation, je suis personnellement partisan de définir un champ politique intermédiaire entre champ politique blanc et champ politique indigène, une sorte de champ politique des vieilles nations d'Europe, je ne sais pas encore comment l'appeler. Cependant je ne pense pas que les méthodes de colonisation ont d'abord été expérimentées ici pour
    être ensuite exportées dans les colonies. On a là encore cette espèce de primauté d'ici sur là-bas. Mais aussi parce que même s'il est vrai que la Croisade des Albigeois a été en tous point comparable en violence avec les Croisades d'Orient, il y a eu ensuite la recherche d'une intégration de ces populations au corps national facilitée par l'écrasement des résistances et l'absence d'un marqueur identitaire discriminant. Ces vieilles nations sont maintenant incorporées au champ politique blanc et bénéficient en grande partie du privilège blanc. Elles ont elles aussi été blanchies. Une convergence peut intervenir avec elles dès lors qu'elles prennent conscience de ce champ politique blanc ce qui n'est pas évident. Et luttent contre le champ politique blanc qui coïncide peu ou prou avec l’impérialisme."

    - Sur les questions de genre, patriarcat etc. et le qualificatif de "populisme" que nous avons employé : "Bien sûr à ce champ politique blanc collaborent de nombreux indigènes sociaux. La démonstration en est entre autres l'attitude raciste de certains indigènes à l'égard des Roms voire des Noirs, que nous avons dénoncée. Comme nous avons dénoncé la participation de certaines associations musulmanes aux marches contre le mariage pour tous aux côtés de la droite. Cela veut dire qu'à de très nombreuses reprises le PIR a su s'opposer a des comportements plébiscités par certains indigènes sociaux. Quand personne n'osait encore le faire parce qu'il était très populaire, nous avons été parmi les premiers à dénoncer Soral avec force. Puis nous avons tenté d'extraire certains des nôtres, qui le voyaient comme un héros, des bras de Dieudonné avec une fameuse déclaration de HB à une marche des indigènes.
    Cela pour dire que rien n'est plus faux, et même assez outrageant que l'explication qui consiste à dire que les prises de position du PIR résulteraient de la volonté de se faire bien voir des indigènes des quartiers. Cette critique est exactement le pendant de celle de certains indigènes sociaux qui pensent que certaines de nos positions sont prises pour faire plaisir à la gauche blanche.
    C'est ignorer que le PIR a toujours eu son franc parler et cela personne ne peut le lui contester. Dois-je rappeler tous nos communiqués ? Notamment sur l'affaire Merah qui nous a coûté beaucoup puisque la plupart considéraient que tout était un coup monté ?
    À vrai dire une prise de position ne vaut que parce qu'elle vous coûte. Il est facile pour un bobo de prendre telle ou telle décision, il ne s'adresse qu'aux poissons du canal St Martin. Nos positions nous ont souvent coûté, reprenez notre histoire, mais nous les avons toujours assumées, elles sont faites après réflexion de ce qu'est une pensée décoloniale. Il nous est même arrivé de prendre des positions qui sont passées pour un soutien à quelqu'un qui nous déteste et que nous abhorrons, Kemi Seba, quand par exemple nous avons dénoncé sa condamnation à 3 mois de prison ferme pour avoir dit à un commissaire de police "vous êtes au service des sionistes".
    Parole que nous récusons évidemment et qui montre bien l’obsession antisémite de ce type (parce que ce flic est d'abord au service du pouvoir blanc et de l’État impérialiste) ; mais une condamnation disproportionnée, jamais vue pour une parole, illustrant le deux poids deux mesures racistes. Nous l'avons fait alors que nous détestons les prises de positions de ce type, que cela ne nous vaut aucun gain avec notre base qui n'a rien à voir avec lui, et encore moins avec les alliés blancs.
    Au contraire cela nous a valu des critiques violentes. D’ailleurs comment se fait-il que personne d'autre n'ait eu le courage de dénoncer ce verdict raciste, au moment où des hommes politiques jamais inquiétés tenaient des propos bien plus graves que lui ? Nous avons des principes, là où peu en ont encore. Et je le dis bien nous avons toujours considéré ce type comme un allié du pouvoir. Diriez-vous encore que c'était pour ne pas désespérer notre Billancourt ?
    Bien sûr, pour comprendre nos positions, il faut en comprendre la logique et ne pas lire en diagonale Bouteldja. Par exemple quand elle dit que dans les quartiers que nous avons connus et que nous connaissons nous observons que les homos ne souhaitent pas observer un mode de vie gay avec coming-out etc. tel que les grandes orgas voudraient l'y pousser, et que celui-ci ne correspond à rien parce que la plupart des homos indigènes préférant garder de bonnes relations avec leurs familles adoptent des stratégies de contournement. Cela constitue un constat comme cela remet en cause le sacro-saint universalisme blanc qui est convaincu que toute attitude d'Occident constitue la voie à suivre. Alors on déforme ses propos et ça devient "à la chinoise", "elle a dit qu'il n'y avait pas d'homos dans les quartiers". Idem quand emboîtant le pas à Joseph Massad, un ami à nous, détenteur de la chaire d'Edward Saïd à la Columbia University, elle critique l'homo-nationalisme. Pourtant, s'agissant de Massad avec qui les gens ont le droit d'être d'accord ou pas, qui fait une critique poussée de l'homo-nationalisme en étant lui-même d'abord palestinien et ensuite homo comme il le dit, refusant de placer son identité sexuelle avant son appartenance nationale, personne n'ose lui jeter à la figure les tombereaux d'injures proférées contre HB. Va t-on dire que Massad aussi prend ces positions par démagogie, par populisme comme vous le dites ?
    La notion d'impérialisme ne suffit pas car par exemple comment rendre compte concrètement des privilèges accordés au monde blanc et qui justement empêchent la lutte commune contre l'impérialisme. Mais aussi la domination culturelle ? En parler uniquement comme d'une superstructure, est-ce bien raisonnable ? Idem pour la religion. Pourquoi considérer comme normal que la modernité occidentale soit la référence universelle pour l'habillement, la mesure des choses, du temps, la manière de manger et même ce que l'on mange, la chanson, les loisirs etc. Et parler uniquement de superstructures qui disparaîtront avec la chute du capitalisme c'est accepter que l'avenir de l'humanité dépend d'un débat sur le capitalisme entre Occidentaux. Car le monde indigène, les 3/4 de la planète, quand il prend conscience de ses méfaits dénonce d'abord la modernité qui est par nature occidentale. Nous sommes ici une des colonnes avancées de ce monde indigène. Et l'Occident toutes tendances réunies n'a pas fini de nous considérer comme des amphibies sur l'échelle de son évolution."


    [* Notre point de vue est que les Croisades s'inscrivent selon nous dans la PREMIÈRE CRISE GÉNÉRALE de la féodalité qui comme tout mode de production a ses crises générales avec tendance à la concentration et à l'expansion par la guerre. Cette première crise qui va grosso modo de la fin du 11e siècle au milieu du 15e voit aussi les deux Guerres de Cent Ans (1154-1259 et 1337-1453) avec la fin de l'Empire anglo-continental (l'Angleterre se tournant alors vers les Peuples celtiques de l'archipel britannique) et l'annexion de la plupart des Peuples de l’État français dont nous avons parlé...

    Nous voyons donc effectivement là de la propagande de guerre, avec un aspect de démonisation particulier lié au fait que l'adversaire est physiquement assez différent, pratique une religion vue comme une monstruosité par les auteurs chrétiens, et que reste vive la peur de ses raids qui jadis montaient jusqu'à Autun et Poitiers (la fameuse bataille de 732...). C'est dans ce contexte qu'est en effet réécrite la Chanson de Roland. On peut même voir dans  cette réécriture, au risque de choquer... du "racisme anti-basques" wink2, dans le sens où il était beaucoup plus "chevaleresque" à l'époque d'être taillé en pièces par des "Sarrasins" que par des montagnards euskaldun avec leur idiome sorti du Néolithique...

    Les Croisades voient effectivement, on l'oublie trop souvent, les premières colonies européennes hors d'Europe. Mais enfin, celles-ci sont de courte durée... Car il faut dire que l'aire musulmane ce n'était pas n'importe quoi comme civilisation et comme "morceau" à avaler, et de fait sa soumission à l'impérialisme européen ne sera totale qu'au 19e siècle voire au début du 20e (avec la chute de l'Empire ottoman). De là s'est construit un imaginaire dominant fait de mépris mais aussi et surtout de PEUR, qui se retrouve dans l'islamophobie aujourd'hui.

    La motivation de cette entreprise "coloniale médiévale" était bien évidemment économique : le contrôle des routes de l'Orient. C'est d'ailleurs ce qui explique le massacre des Byzantins chrétiens : il s'agissait en fait du "prix" exigé par Venise aux Croisés à qui elle avait offert des bateaux. Il s'agissait pour la "Sérénissime" d'en finir définitivement avec une redoutable rivale en Méditerranée orientale, Constantinople (dont elle était d'ailleurs une possession - exarchat de Ravenne - à l'origine, et dépendait encore nominalement en ce début de 13e siècle).

    Plus largement, sur cette question du capitalisme qui "procèderait" du racisme/colonialisme, nous ne sommes pas d'accord (on peut même y voir le cœur du problème) et nous avons pu écrire que :

    "L'esclavage transatlantique comme toutes les "joyeusetés" de la première ère coloniale (de 1492 à la Révolution grosso modo, ensuite viendra la deuxième) ; ainsi que de la construction des États européens que nous connaissons eux-mêmes ; tout cela constitue une ÉTAPE du développement du capitalisme en Europe et dans le monde. L'étape où il sort des cités où il est né durant la seconde moitié du Moyen Âge (10e-15e siècles), où il sort en fait de son stade de prime enfance et nécessite pour cela d'élargir considérablement sa base d'accumulation (forces productives et marchés) ; exactement comme il faut changer toute la garde-robe d'un enfant arrivé à l'adolescence. L'étape suivante étant les révolutions bourgeoises qui créent les conditions politiques au triomphe de la révolution industrielle (économique), laquelle est déjà en germe auparavant bien sûr, mais "bloquée" comme une dent de sagesse.
    Si l'on prend l'exemple de l’État/Empire français : au 16e siècle nous l'avons pas tout à fait dans ses frontières actuelles mais enfin déjà bien constitué, avec un territoire issu de la crise de la féodalité et donc de la tendance à la concentration (en l'occurrence de terres, de domaines entre les mains du roi parisien), et un appareil économique constitué d'une pyramide de bourgeoisies (manufacture, commerce, banque) dont le sommet est Paris (où se trouve le Palais donc le pouvoir d’État, donc la bourgeoisie qui lui est directement liée et qui domine) et d'une aristocratie terrienne maîtresse de la production primaire (agriculture, extraction) que la monarchie parisienne se subordonne elle aussi de manière croissante.
    À partir de là, le niveau des forces productives va "exiger" d'élargir la base d'accumulation. Il va donc y avoir quelques annexions territoriales supplémentaires (façade Nord et Est, Roussillon, Corse et Lorraine peu avant la révolution), ainsi qu'un affermissement de l'autorité centrale dans ce qui est déjà "français", mais enfin ces extensions sont finalement mineures par rapport à ce qu'elles coûtent en guerres. Une meilleure affaire va donc être l'expansion coloniale au-delà des mers, car même si les voyages en bateau sont longs et pénibles, derrière d'immenses territoires sont conquis sans grandes difficultés (vu que les gens n'y ont pas de fusils, de chevaux, de canons etc.). D'ailleurs souvent les autochtones meurent tellement en masse qu'on les remplace par des Africains arrachés de force à leur continent.
    C'est dans ces conditions-là que va naître le Blanc et le non-Blanc, dans un long processus que viendra couronner 1789, qui abolit toutes les inégalités juridiques entre Blancs (bien sûr les inégalités économiques et de fait demeurent, mais c'est tout de même un immense "progrès" au service du Capital). Le capitalisme français va ainsi avoir sa dose d'exploitation (les Blancs, "manouvriers" ou paysans, plus ou moins exploités selon les régions etc.) ET de SURexploitation(1) (les non-Blancs esclaves et indigènes colonisés), qui va permettre son accumulation pré-industrielle puis la révolution industrielle elle-même.
    Donc oui, le racisme ou plutôt l'expansion coloniale ultramarine dont il est le reflet a été FONDAMENTAL pour le développement du capitalisme en particulier en Hexagone "français" (ainsi qu'en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, mais enfin de là dans toute l'Europe occidentale aussi). Mais cela ne veut pas dire que le capitalisme existe dans le monde, centré comme il l'est sur l'Europe et l'Amérique du Nord, PARCE QUE le racisme colonialiste européen. Là c'est faire précéder l'idée (le reflet dans la pensée) à la matière (que l'idée reflète)."

    Bien sûr des formes de pensée racistes (suprématistes d'un groupe humain sur les autres) peuvent être trouvées bien avant le Moyen Âge et même jusqu'à la plus haute Antiquité, pouvant ainsi servir d'"argument" à ce que "le racisme précède le capitalisme". C'est tout simplement que tous les modes de production tendent à l'extension de leur base d'accumulation, donc à l'impérialisme (et donc à l'infériorisation des dominés dans la pensée dominante). Il suffit de penser aux Grecs et aux Romains avec leurs "barbares". La question n'est pas que le racisme n'aurait "pas existé" avant l'émergence du capitalisme au Moyen Âge et la "découverte" des Amériques par Christophe Colomb en 1492. La question est que les formes de racisme/suprématisme disparues depuis des millénaires ne nous intéressent pas ; ce qui nous intéresse est le racisme actuel et celui-ci procède du capitalisme et de sa tendance à l'impérialisme (élargissement de la base d'accumulation, besoin de surexploitation)... et non l'inverse.

    Sur la question des Juifs et de l'antisémitisme, nous sommes bien d'accord que cette instrumentalisation "philosémite" en "incarnation de la République (bourgeoise) elle-même" et en "tirailleurs de l'Occident" via le sionisme (qui fait d'Israël la "centralité du judaïsme") est un gros - pour ne pas dire le - problème. Nous sommes toutefois un peu surpris par le discours très... assimilationniste tenu par Youssef Boussoumah à ce sujet ("notre démarche privilégie pour les Juifs le droit à l'indifférenciation et à l'anonymat"), alors qu'il nous semblait que les Indigènes s'étaient justement construits contre les injonctions assimilationnistes. Nous, nous ne voulons la dissolution dans la "citoyenneté républicaine" (autre nom de la juxtaposition de solitudes vendeuses de force de travail, génératrices de plus-value et consommatrices de marchandises de la Cité des Spectres) pour personne, et surtout pas pour des cultures aussi riches que celles du Yiddishland englouti par l'horreur nazie ou des Juifs séfarades du Maghreb. Nous sommes donc quelque part plus "communautaristes" que les Indigènes eux-même... ça c'est la nouvelle du jour !

    Concernant enfin la question de nos Peuples en lutte en Europe, nous reconnaissons totalement notre "privilège blanc" (consacré juridiquement par la Déclaration de 1789) et c'est pourquoi nous avons d'ailleurs critiqué la posture "tiers-mondiste" adoptée par une grande partie de nos mouvements dans les années 1970. Nous ne nous considérons pas comme des colonies mais comme des provinces, terme suffisamment "chargé" lorsque l'on en connaît l'étymologie latine (pro vincia = "précédemment vaincu" = pays conquis). Pour autant, nous considérons comme absolument essentielle la jonction de nos luttes avec celles des "indigènes sociaux", "colonne avancée" du "Tiers-Monde" impérialisé comme le dit très justement Youssef Boussoumah : ensemble nous formons les "campagnes" (comme aurait dit Mao) ou le "bloc historique" (comme aurait dit Gramsci) de la lutte révolutionnaire que nous voulons et devons livrer contre l’État capitaliste-impérialiste BBR.]

     

    (1) L'on peut parler de SUREXPLOITATION lorsque l'on est à la limite permanente de ne même plus permettre la reproduction des conditions d'existence de la force de travail (c'est-à-dire du travailleur...). Une manière de fonctionner qui ne PEUT PAS être la manière générale du capitalisme, car si celui-ci produit c'est pour VENDRE (comment, sinon, dégager des profits et reproduire le Capital ?) et il a donc besoin d'acheteurs, qui ne peuvent pas être simplement 5 ou même 10% de bourgeois et autres personnes aisées. Il lui faut donc des personnes "simplement exploitées", c'est-à-dire à qui leurs revenus laissent une "margeounette" pour consommer. Mais pour que ces personnes puissent exister et exister en quantité conséquente, il est NÉCESSAIRE que d'autres, sur le territoire qu'une bourgeoisie donnée contrôle, soient dans ces conditions de surexploitation (ce qui signifie, en substance, définir et assigner à cette position des "ultra-pauvres" pour que puissent exister des "moins pauvres", que l'on pourra en sus aliéner en leur disant qu'ils ne sont "pas les plus à plaindre").

    [Attention cependant : la surexploitation, vouée à dégager un profit maximal sur investissement (surprofit), intègre aussi des considérations de productivité du travail, de développement technologique (augmentant la productivité) ainsi que d'établissement de situations de monopole (réduction radicale voire élimination pure et simple de la concurrence : quoi de mieux pour les affaires ?). Ceci peut entraîner des situations paradoxales : ainsi par exemple, on imagine difficilement plus surexploités que les esclaves africains des colonies européennes en Amérique ; puisqu'il suffisait souvent de les maintenir en vie quelques années pour tripler ou quadrupler l'investissement représenté par leur achat ("gagner leur tête" disait-on à l'époque). Sauf que voilà : 1°/ comme déjà dans l'Antiquité, la productivité de personnes privées de toute liberté et non-rémunérées pour leur travail s'avérait finalement médiocre comparée à celle d'un travailleur libre, 2°/ pour ces mêmes raisons de productivité, ainsi que pour de simples raisons de sécurité, il était difficile voire impossible de concentrer des centaines et des centaines voire des milliers d'esclaves sur une même plantation (ce qui gênait donc la concentration du travail, et allait contre la constitution de monopoles), 3°/ cette méthode productive était difficile pour ne pas dire impossible à mettre en œuvre en dehors du secteur agricole (certes indispensable à l'économie mais dont la valeur ajoutée, même en agriculture extensive, reste somme toute modeste), dans l'industrie en plein essor notamment, 4°/ elle était incompatible avec le progrès technologique (mécanisation de l'agriculture), voué de toute façon à la faire disparaître, 5°/ les esclaves, qui représentaient le tiers de la population dans le Sud des États-Unis et 80% ou plus dans les Caraïbes, ne pouvaient pas (cf. ce que nous avons dit plus haut) représenter un marché (débouché commercial pour la production) de manière significative. Ce sont toutes ces raisons (et l'on pourrait encore sans doute en citer d'autres), et non des considérations d'"humanité", qui ont amené au 19e siècle les bourgeoisies européennes et américaines à pencher majoritairement en faveur de l'abolition de l'esclavage, bien que celui-ci représentât (à première vue) la forme d'exploitation la plus totale (et donc le profit maximal tiré de la force de travail) que l'on puisse imaginer. Si l'on adopte une vision "arithmétique" de la définition marxiste "classique" de la surexploitation, les paradoxes ne manquent de toute façon pas : les travailleurs les plus exploités pourraient ainsi bien être, par exemple... les footballeurs, si l'on mettait en perspective leurs (multimillionnaires) revenus annuels avec ce qu'ils rapportent à leurs clubs. C'est pourquoi une vision plus "humaine", basée sur la notion de reproduction des conditions d'existence, nous a semblé plus appropriée.]

     


  • Commentaires

    1
    Pascal
    Mardi 30 Juin 2015 à 12:06

    Ni les Black Panthers ni le Mouvement des Travailleurs Arabes n'ont jamais eu le discours du PIR. Ni Angela Davis ni Assata Shakur n'ont jamais considéré le féminisme comme un luxe. La Chine maoïste défendait le Black Panther Party (qui était proche du Progressive Labor Party, le PIR n'est proche d'aucun mouvement progressiste), elle n'aurait pas défendu le PIR. 

    Je continue à trouver bizarre de parler de "racisme anti-musulman" (anti_mormon ? anti-scientologue ? anti-témoins de Jéhovah ?). En Irlande du Nord, le racisme anti-catho est en fait anti-irlandais. Trouver des aspects très réactionnaires dans l'hindouisme (castes entre autres) n'implique en aucune façon la haine ou le mépris des Indiens.

    D'un point de vue marxiste sévèrement "orthodoxe", Jacques Roumain disait que la couleur n'était rien, la classe était tout. Le moins qu'on puisse dire est que le PIR n'est pas dans cette optique !

    2
    Antiextrêmes
    Vendredi 6 Mai 2016 à 19:06
    Comment prendre au sérieux des gens qui parlent du "racisme consubstantiel à la société française " ? La France est l'un des pays les moins racistes au monde...Pour votre gouverne,l'universalisme et l'antiesclavagisme sont nés en France aun siècle des Lumières. Ce texte rempli de contre-vérités et d'assertions sans fondement ressemble à un délire d'extrême-gauche néo-marxiste. A jeter à la poubelle.
    3
    Lundi 9 Mai 2016 à 14:44

    Hi ha hou, qu'est ce que j'me marre !

    Les "inventeurs" de l'anti-esclavagisme sont les esclaves africains ou amérindiens eux-mêmes (marrons etc.) dont les révoltes n'ont jamais cessé.

    Et l'universalisme n'est que la prétention à la suprématie mondiale des valeurs "modernes" c'est à dire capitalistes occidentales sur la planète. Autrement dit un racisme. Quant aux penseurs des Lumières, une minorité envisageait à la rigueur l'abolition de l'esclavage au bout d'un processus de "civilisation" des Noirs. La majorité pensait que les Noirs étaient inférieurs et donc la condition servile consubstantielle à leur nature... À la rigueurs ils dénonçaient les traitements les plus inhumains et pouvaient envisager une évolution vers un statut de serf/métayer ou de journalier agricole. Aucun ne croyait à l'égalité des Blancs et des Noirs.

    4
    Vendredi 10 Juin 2016 à 16:06

    "Jacques Roumain disait que la couleur n'était rien, la classe était tout"

    Je sais. Et dire ça dans un pays (Haïti) où la pigmentation de la peau est INTRINSÈQUEMENT liée à la position sociale, en venant d'une famille métisse très claire et TRÈS AISÉE (ce qui va généralement de pair), et en ayant "payé" son engagement communiste de quelques années d'exil avant de revenir et d'être nommé... ambassadeur (là où un Noir aurait fini découpé à la machette dans un fossé), c'est quand même un peu déplacé.

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