• Turquie, Iran, Kurdistan, Israël : qu'en est-il ?


    le-mavi-marmara-300L'univers médiatique bourgeois, et en particulier celui des experts (plus ou moins autoproclamés) en "géopolitique", résonne en ce moment des analyses sur le "virage" de la Turquie : ce pays serait en train de "tourner le dos à l'Occident" et à l'Europe, d'adopter une politique "néo-ottomaniste" pour se rapprocher de ses voisins arabes et iraniens, soutenir la cause palestinienne, etc.

    En effet, la Turquie a fait, depuis sa naissance en tant que telle dans les années 20 (avec Mustafa Kemal Atatürk), le choix de tourner le dos à l'Orient, le choix d'une modernisation "laïque" et sur le modèle européen ; et depuis la Seconde Guerre mondiale, le pays (membre de l'OTAN et du Conseil de l'Europe) a toujours été un avant-poste de "l'Ouest" dans la région, contre l'URSS jusqu'en 1991, contre le "nationalisme arabe" hier, contre l'islamisme et l'Iran depuis les années 1980... Le "bon élève" qui n'a toutefois jamais reçu son "bon point" : l'admission dans l'Union européenne des impérialistes.

    Cependant, en 2002, l'État turc a commis une première "entorse" à sa tradition vieille de près de 80 ans, en se dotant au gouvernement d'un parti (l'AKP) se réclamant de l'islam dans son idéologie (l'"ancêtre" de ce parti avait déjà gagné les élections en 1996, mais les militaires l'avaient chassé du pouvoir l'année suivante). Et depuis lors, "tout fout le camp" : dès 2003 le pays, place-forte de l'alliance militaire atlantique OTAN dans la région, refuse que la coalition américano-britannique envahisse l'Irak depuis son territoire, les forçant à employer les nationalistes kurdes d'Irak comme supplétifs. Puis, craignant que le Nord de l'Irak ne devienne un sanctuaire pour les combattants kurdes de Turquie, elle envisage de l'envahir militairement (signe qu'elle ne fait pas confiance aux Américains pour sa sécurité) avant de renoncer.

    Les choses se sont accélérées depuis un peu plus de deux ans, sur la question des relations Turquie-Israël. Jusque là, la Turquie était le pays majoritairement musulman le plus proche et fermement allié d'Israël. Les deux pays étaient les deux pièces maîtresses du dispositif occidental au Proche-Orient. Même les déclarations anti-israéliennes de pure forme, comme dans les pays arabes qui - en pratique - soutiennent l'entité sioniste, étaient étrangères à la politique internationale turque. Les deux États partageaient la même hostilité à la gauche révolutionnaire (ce qui est toujours le cas), au nationalisme arabe, au nationalisme islamique, à l'Iran etc...

    Mais aujourd'hui, les déclarations condamnant Israël et favorables au Peuple palestinien se multiplient. Les visas israéliens sur les passeports sont devenus l'objet de tracasseries à la douane turque, comme dans les pays arabes, ce qui n'était pas du tout le cas il y a encore quelques années. Le gouvernement turc a entamé des rapprochements avec ses voisins arabes (Syrie etc.) et iranien : il tend en fait à suivre la même "ligne" géopolitique que le Qatar, "protecteur" et "parrain" financier des Frères musulmans dans le monde arabe (Frères musulmans dont l'AKP est lui-même plus ou moins issu, en tout cas d'un courant à l'esprit proche).

    02.09-flottille-gaza-turquie-930620 scalewidth 630Le dernier épisode en date étant bien sûr l'attaque israélienne de la Flottille pour Gaza, avec 9 victimes toutes turques. "Rien ne sera plus jamais comme avant" a alors tonné le Premier ministre (AKP) Erdoğan à l'encontre d'Israël.

    Donc, la presse (papier et internet, mainstream et indépendante) commence à faire ses choux gras sur le thème : "la Turquie change de camp", l'État turc amorcerait une politique "indépendante" voire hostile à l'Europe et aux États-Unis (et à Israël).

    Certains, dans les milieux "anti-impérialistes" révisionnistes ou "nationalistes-révolutionnaires", pour s'en féliciter. D'autres pour s'en inquiéter voire, dans les milieux fascistes occidentalistes, pour envisager une action "musclée" et préventive contre la nouvelle "menace turque" : pour un peu, on en serait revenu à la veille du siège de Vienne !

    Enfin, le dernier "buzz" en date (qui remonte en fait à plusieurs années dans les milieux nationalistes turcs) est que la guérilla kurde du PKK serait un instrument de "l'axe américano-sioniste" pour contrer cette volonté turque d'une politique "indépendante"...

    Qu'en est-il réellement ? La presse bourgeoise, démocrate, réactionnaire ou fasciste, est le royaume du sensationnalisme. Des informations sont inventées de toutes pièces, des rumeurs érigées en vérités, mais aussi des évènements secondaires sont présentés comme primordiaux.

    Face à cela, la presse communiste est le domaine de l'analyse matérialiste et scientifique, de la lecture de classe du réel. La tâche des communistes est de prendre le réel pour le transformer, c'est pourquoi l'analyse du réel, de la situation concrète, doit toujours être la plus parfaite possible : c'est avec une compréhension juste de la situation, que l'on peut ensuite prendre position et agir correctement.

    Ceci est d'autant plus important que nous avons à nos côtés un grand nombre de camarades révolutionnaires turc-que-s ou kurdes, condamné-e-s à l'exil en Europe où ils/elles sont également l'objet de la répression bourgeoise, comme Avni Er actuellement en Italie. Certain-e-s ont maintenu des branches de leurs organisations telles quelles en exil, d'autres ont rejoint les organisations révolutionnaires de leur pays d'accueil. Le soutien internationaliste à ces camarades est absolument primordial, surtout lorsque l'on connaît l'importance de la Turquie et de la région pour l'impérialisme.

    L'État turc est le théâtre de ce qu'on peut appeler une "guerre populaire de basse intensité", au stade de la défensive stratégique, mais où des camarades tombent toutes les semaines ou presque (dans le plus grand black-out médiatique).

    D'autre part les États européens et notamment le nôtre, l'État français (bien que moins que nos voisins allemands, par exemple), comptent de très importantes communautés originaires de l'État turc au sein de leurs prolétariat et des classes populaires. Certaines de ces personnes sont "apolitiques" et "font tranquillement leur chemin", d'autres se rattachent encore politiquement à leur pays d'origine (de l'extrême-gauche à l'extrême-droite en passant par le kémalisme et le partis islamiques, ils/elles furent nombreux-ses dans les manifs contre le massacre de la flottille), d'autres encore sont impliquées dans la vie politique et associative hexagonale ; mais dans tous les cas, ils/elles jouent un rôle important dans la vie sociale des communes et des quartiers où ils/elles sont particulièrement implantées.

    Une analyse correcte de la situation est donc indispensable. Cependant, beaucoup de communistes (s'affirmant communistes) ont de la situation une analyse soit dogmatique et figée (se contentant d'asséner "État fasciste turc" comme une récitation de mantra, ne percevant pas les importantes contradictions au sein de la bourgeoisie), soit une analyse opportuniste voyant d'un bon oeil, par exemple, les déclarations anti-israéliennes du gouvernement turc AKP.

    Voyons donc point par point ce qu'il en est.

    La nature de l'État turc

    Il est courant de parler d'État fasciste turc. C'est une réalité, dont la compréhension est à l'origine du maoïsme turc (Ibrahim Kaypakkaya), alors que les marxistes-léninistes de ce pays avaient longtemps, auparavant, eu tendance à considérer positivement le kémalisme et le "républicanisme" de l'idéologie nationale, considérant simplement qu'ils avaient "dégénéré". Mais cela ne doit pas mener à une lecture simpliste de la situation turque.

    TURKEY SECURITY COUNCILIl y a en réalité, en Turquie, deux pouvoirs :

    • le pouvoir militaire (Conseil de Sécurité Nationale), ultra-dominant de 1960 (après le coup d'État contre le Premier ministre Menderes et son exécution) jusqu'à la fin du siècle,
    • et le pouvoir civil, longtemps totalement soumis, mais qui grandit et s'impose depuis la fin des années 1990. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la Force armée est la colonne vertébrale de l'État, quelle que soit la nature de classe de celui-ci (État féodal, bourgeois, populaire, prolétarien...) : la marge de manoeuvre du pouvoir civil reste donc très relative... On ne peut pas vraiment parler de changement de nature de l'État turc, tout au plus d'une "évolution" qu'il faut prendre en compte, si l'on veut avoir une analyse correcte de la situation actuelle.


    En réalité, les "islamistes" turcs de l'AKP, qui se qualifient eux-même de "démocrates-musulmans" comme il y a des démocrates-chrétiens, sont 100 fois plus "libéraux", "démocrates" bourgeois (ou 100 fois moins fascistes, selon de quel point de vue l'on se place) que les "laïcs", "républicains", soi-disant de "centre-gauche" kémalistes, totalement liés aux militaires, à l'oligarchie et aux nationalistes d'extrême-droite (avec lesquels ils n'ont pas hésité à gouverner entre 1999 et 2002 !).

    L'extrême-droite qui est également un acteur très important de la situation en Turquie : son idéologie est "grand-turque", "pantouraniste", c'est à dire qu'elle veut réunir dans un même "Empire touranien" tous les peuples de langue turque, des Balkans au Xinjiang chinois en passant par l'Azerbaïdjan. Elle est liée à des secteurs de la grande bourgeoisie, ainsi qu'à l'économie illégale ou semi-légale (la maffya). Elle tient parfois un discours anti-occidental, mais son anticommunisme, son anti-progressisme et sa haine des minorités en font une supplétive efficace de l'État et de l'idéologie nationale.

    100528 lula ahmadinejad erdogan ap 218La victoire de l'AKP, en 2002, est comparable à l'élection (quasi simultanée) de Lula da Silva au Brésil : il s'agit d'une offensive économique et politique des impérialistes européens (autour du "couple" franco-allemand) dans la "chasse gardée" de l'impérialisme US.

    L'AKP est totalement financé par la bourgeoisie "émergente" turque des 30 dernières années (d'origine petite-bourgeoise et paysanne) et par la petite et moyenne bourgeoisie d'origine turque qui s'est développée en Europe de l'Ouest, principalement en Europe germanique (Allemagne, Autriche, Suisse) et au Bénélux, ou en Scandinavie, et il a l'appui de secteurs conséquents de la bourgeoisie impérialiste de ces pays. Notamment des secteurs représentés politiquement par la social-démocratie, pour laquelle votent largement (lorsqu'ils le peuvent, "droit du sang" oblige) ces individus originaires de Turquie.

    De son côté, l'élite traditionnelle oligarcho-militaire ne vit que par et pour ses liens historiques avec l'impérialisme US, le bloc anglo-saxon.

    Depuis 2002, l'AKP a procédé à une légère "libéralisation", notamment sur la question nationale kurde... Une libéralisation toute 'cosmétique' : les interdictions qui pesaient sur l'usage public de la langue kurde, l'expression publique culturelle (musique etc.) ont été assouplies, mais il n'est nullement question de la moindre autonomie politique, encore moins de réformes démocratiques et sociales (dans ces régions qui sont les plus pauvres du pays). La Turquie reste le pays où la Nation kurde est la plus opprimée, devant même l'Iran théocratique !
    tikbmay

    Quand aux organisations révolutionnaires (MLKP, MKP, TKP-ML, DHKP-C...), elles sont toujours soumises à une répression terroriste, dans laquelle l'armée et la police ont carte blanche. Le gouvernement AKP n'est clairement pas l'ami du Peuple, et la répression de la gauche populaire révolutionnaire fait l'objet d'un consensus clair avec le pouvoir militaire. Sur ce point, il apparaît clairement que la nature de classe de l'État turc n'a pas du tout changé.

    Mais analyser l'AKP comme "fasciste" puisqu'à la tête (officiellement) d'un État fasciste semble être une analyse à l'emporte-pièce. Le centre névralgique de l'État fasciste turc reste le Conseil militaire de Sécurité Nationale, et l'AKP au gouvernement semble plus une "concession" sur l'idéologie officielle (laïque et occidentaliste depuis plus de 80 ans) qu'autre chose. 

    conseil sécurité nationale turcCependant, pour la vieille élite oligarcho-militaire, c'en est déjà trop. Toute remise en cause de l'idéologie nationale "républicaine"-kémaliste, sans laquelle elle n'est rien, est inacceptable.

    C'est donc une guerre larvée qui règne depuis novembre 2002 au sommet de l'État turc, entre le pouvoir civil "démocrate-musulman" ("émergentiste" et "ottomaniste") et le pouvoir militaire républicain-kémaliste ("occidentaliste"). C'est dans ce sens, et à la lumière des contradictions inter-impérialistes qui se cachent derrière, qu'il faut comprendre l'opposition du gouvernement civil turc à l'invasion US de l'Irak depuis son territoire en 2003, ou encore les menaces de coup d'État militaire contre l'AKP en 2008 (l'armée avait déjà écarté les "islamistes" du pouvoir en 1997).

    Un exemple particulièrement paroxystique de cette contradiction a peut-être été l'affaire "Ergenekon", impliquant ce que les militants progressistes et révolutionnaires de là-bas ont coutume d'appeler "l’État profond" : un réseau clandestin (démantelé entre 2007 et 2009) de militants d'extrême-droite (aux positions, comme on l'a dit, plus "nationalistes" et moins "laquais de l'impérialisme US-OTAN" en apparence) ainsi que de la "gauche" kémaliste, d'officiers de l'armée et de la gendarmerie, de magistrats, de mafieux (généralement liés à l'extrême-droite), d'universitaires et même de journalistes, ayant pour programme des assassinats politiques (de révolutionnaires, de progressistes ou de militants kurdes) et des manœuvres de "stratégie de la tension" diverses et variées, des préparatifs de coup d’État voire carrément l'assassinat d'Erdoğan lui-même.

    Cependant, les liens de l'impérialisme européen avec l'AKP ne sont pas unanimes, loin de là, et cela rejoint une autre question : celle de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

    La question de l'UE

    L'idée d'une adhésion de la Turquie à l'Union européenne débute avec l'accord d'association de 1963, la Turquie étant déjà membre quasi fondateur de l'OTAN et du Conseil de l'Europe (et déjà, le kémalisme consistait a détacher la Turquie du Proche-Orient pour la tourner vers l'Europe). La demande d'adhésion officielle a été déposée en 1987. Mais à cette époque, la "CEE" n'était encore qu'une pure union économique, et cela a son importance.

    Cette adhésion est appuyée par des secteurs impérialistes européens (français, allemands, belges etc.) qui y voient un moyen d'intégrer le pays, sa force de travail et ses richesses dans leur sphère de domination économique – comme cela s'est produit pour l'Europe de l'Est, ou la Grèce, l'Espagne et le Portugal.

    De leur côté, des secteurs de l'impérialisme US appuient également l'adhésion, mais à la manière de l'adhésion britannique en 1973 : comme "cheval de Troie", pour tenter de dynamiter de l'intérieur la construction d'un bloc impérialiste européen.

    2013-02-12T151200Z 1 APAE91B168200 RTROPTP 2 OFRTP-FRANCE-TDepuis 2002, l'AKP s'est fait le champion du "rêve européen" turc, plus encore que ses prédécesseurs du "centre-gauche" kémaliste et de la droite "kémalo-libérale", qui comptent aussi (bien sûr) leurs partisans de l'adhésion.

    Mais cela n'est pas sans poser de problèmes. Car l'Europe, plus qu'un simple espace économique, se veut également un "havre de démocratie", démocratie "libérale" bourgeoise bien sûr, reposant sur l'exploitation et l'oppression brutale de millions de néo-colonisés (situation comparable à celle d'une cité grecque, avec sa "démocratie" prospérant sur le dos de dix fois plus d'esclaves et de hilotes - comme pouvait déjà l'entrevoir Lénine dans L'Impérialisme en 1916...).

    Or les garanties démocratiques et sociales de l'Union européenne, fruit d'un siècle de rapport de force du mouvement ouvrier et des classes populaires vis-à-vis des bourgeoisies, gêneraient l'État turc dans son rôle de "cerbère" de l'Occident, pilier de la contre-révolution et rempart stratégique dans la région. Sans compter qu'elles entraveraient, bien entendu, l'exploitation "tranquille" de la force de travail turque par les monopoles européens.

    D'autre part, la Turquie compte près de 80 millions d'habitants, ce qui lui donnerait au Parlement européen la même représentation que l'Allemagne. Bien que cet organe ait peu de pouvoir, cela pourrait être un "problème", surtout si la majorité de ces élus sont des "islamistes".

    Car un gros problème est là : malgré ses proclamations comme "démocrate-musulman", l'AKP suscite toujours la méfiance, et apparaît comme peu fiable (les évènements récents, avec les déclarations en faveur du Hamas, ne devraient pas arranger les choses). Le mouvement semble toujours idéologiquement lié aux bourgeoisies nationalistes qui se dressent contre l'impérialisme sous le drapeau de l'islam.

    Et bien sûr, la stratégie du "cheval de Troie" américain éveille aussi la méfiance légitime des impérialistes européens.

    Pour toutes ces raisons, les secteurs impérialistes (majoritaires) appuyant la droite "dure" conservatrice en Europe, ainsi que les mouvements fascistes, poussent donc (depuis 2005-2006) nettement en faveur d'un refus de la Turquie dans l'UE, camouflant ces raisons sous une prétendue "identité chrétienne de l'Europe" (la seule véritable identité de l'UE est bien sûr de classe : un "cartel" de puissances impérialistes comme la France et l'Allemagne et de pays semi-dominés comme la Grèce, la Roumanie, le Portugal etc.).

    europe turquie flyLes choses n'étaient pas aussi tranchées à droite il y a une quinzaine d'années, l'adhésion de la Turquie y comptait de nombreux partisans, tandis qu'à gauche (représentante des classes moyennes "démocrates") beaucoup étaient réticents devant les atteintes turques aux libertés bourgeoises.

    Il faut tordre ici le cou à la thèse abracadabrante selon laquelle la Turquie serait en train de "changer de camp", de l'orbite US vers un fantasmagorique "bloc France-Allemagne-Russie".

    D'abord, si un tel changement a eu lieu (vers la France et surtout l'Allemagne, certainement pas vers la Russie, grande rivale dans le Caucase et les Balkans), c'était en 2002.

    Ensuite, c'est une vision monolithique d'un État turc qui l'est de moins en moins depuis 10 ans.

    Enfin, le dernier à avoir remis sur la table, récoltant une volée de bois vert de Sarkozy et Merkel, l'entrée de la Turquie dans l'UE, c'est justement... le président américain, Barack Obama ! L'impérialisme US appuierait l'AKP, parti de la France et de l'Allemagne, alors que celles-ci lui fermeraient la porte au nez ? Ou alors, les "bourgeois industriels" Sarkozy et Merkel seraient opposés à une adhésion soutenue par leur "tuteur" US tandis que les "bourgeois impérialistes" (anti-US) Chirac et Villepin y seraient favorables ??? Cette analyse est absurde.

    Difficile d'expliquer la raison de ce clash provoqué par Obama (stratégie du "cheval de Troie" ? volonté de faire rentrer la Turquie dans le rang en lui offrant une faveur ?). Mais ce qui est sûr, c'est que ce durcissement et ce claquage de porte au nez des Européens envers l'État turc expliquent en grande partie l'attitude de l'AKP depuis 2 ou 3 ans.

    C'est au fond totalement logique : le "rêve européen" des classes soutenant l'AKP étant brisé, elles se tournent alors vers l'autre orientation stratégique historique de la Turquie, jamais vraiment morte depuis 1918 : le rêve de puissance régionale, le rêve "ottomaniste". À travers les réseaux "confessionnels" réactivés de l'AKP, on peut qualifier la politique actuelle de l'État turc de "néo-ottomane" : rapprochement avec l'Iran, opposition de plus en plus forte à Israël (jusque-là proche allié régional), éloges de la résistance islamique palestinienne...

    Bien sûr, la Turquie n'est pas un pays impérialiste, c'est à dire qu'elle dépend beaucoup plus des capitaux étrangers (impérialistes) qu'elle ne peut elle-même en exporter. Mais la région est stratégique, et convoitée, en particulier par la Russie et bien sûr la Chine : s'il faut des appuis, ils sont tout trouvés. Le rapprochement avec l'Iran peut s'analyser ainsi, tout comme le rapprochement avec l'Arménie, le plus pro-russe et pro-iranien des pays du Caucase, avec lequel la Turquie était en lourd contentieux, non seulement à cause du génocide de 1915, mais aussi de l'occupation arménienne d'une partie de l'Azerbaïdjan (pays de langue turque et proche allié).

    L'extrême-droite nationaliste, supplétive traditionnelle de l'idéologie nationale mais relativement autonome, semble avoir suivi le même chemin. Depuis l'invasion de l'Irak, elle a développé une rhétorique violemment anti-américaine et anti-israélienne, pays qui tenteraient d'asservir la Turquie en appuyant le mouvement kurde depuis le Kurdistan irakien... Toute cette idéologie est condensée dans le film ultra-nationaliste La Vallée des Loups (c'est finalement - surtout - ce "cocktail" qui plaît aux "nationalistes révolutionnaires", soraloïdes et autres petits fachos européens de tout poil ; et qui peut même se "connecter" avec certains éléments kémalistes ayant le sentiment - pour leur part - que l'Occident et Israël "protègent" Erdoğan).

    Le PKK et la question kurde

    L'idéologie nationale de l'État turc, validée par le traité de Lausanne (abrogeant le traité de Sèvres, lequel démembrait complètement l'actuelle Turquie), repose sur la négation totale des minorités nationales dans l'État. Les Arméniens, victimes de déportations et de massacres de masse (1 million de morts) en 1915-16, ont pratiquement disparu de la nouvelle entité.

    Free-KurdistanMais les Kurdes, qui représentent un cinquième de la population, sont totalement nié-e-s, leur langue comme leur culture interdites, et sont qualifiés de "Turcs des montagnes" ou d'"Anatoliens du Sud-Est". Une "turquité" particulière, puisqu'ils sont soumis à la loi martiale après 1932 et qu'une loi, adoptée en 1980, autorisait même la déportation des membres de la famille d'un prisonnier politique "jusqu'au quatrième degré". La condition des Kurdes en Turquie est donc la pire des 4 États où ils vivent : même la théocratie iranienne reconnaît plus leurs droits culturels et linguistiques (une province porte même le nom de "Kordestan", seul cas des 4 pays) ; en Irak, où ils se sont alliés à l'impérialisme US, ils sont pratiquement indépendants depuis 1991 ; quant à la Syrie,  ils y sont certes (comme en Irak sous Saddam Hussein, comme les Berbères au Maghreb etc.) écrasés depuis l'indépendance (1946) par l'idéologie 'arabiste' dominante (noms de famille et de villages arabisés, organisations autonomistes interdites), néanmoins, ce pays (et son 'protectorat' libanais) a accueilli jusqu'en 1998 la direction et les bases arrières du PKK, dans un contexte de 'guerre froide' avec l’État turc (alors) farouchement pro-occidental, et 'toléré' son parti 'frère' le PYD ; puis s'est rapproché de la Turquie et les a expulsés (précipitant l'arrestation d'Öcalan) : la situation s'est nettement dégradée depuis (centaines de militant-e-s arrêté-e-s, emprisonné-e-s, torturé-e-s...), mais rien, là encore, de comparable avec la situation en Turquie.

    Ils se révoltent donc à plusieurs reprises, comme dans les années 1930, puis, à partir de 1978, ils mènent une guérilla de libération nationale sous la direction du PKK (Partiya Karkerên Kurdistan, Parti des travailleurs du Kurdistan).

    Le leader Abdullah Öcalan a été arrêté en 1999 mais, après une courte trêve, la lutte a repris dès 2004.

    Sur le Web, principalement "nationaliste-révolutionnaire" type VoxNR ou Alterinfo, ou islamiste (ayant des sympathies pour l'AKP), des affirmations circulent que le PKK serait soutenu par l'impérialisme US et le sionisme depuis le Kurdistan irakien (autonome), pour "déstabiliser" l'État turc dirigé par l'AKP.

    Disons le clairement : c'est très improbable, ce n'est pas impossible, et quoi qu'il en soit ça ne change rien.

    Très improbable, car les puissances impérialistes, occidentales (Europe et Amérique du Nord) en tout cas, ont intérêt à la stabilité de l'État turc face à des "menaces stratégiques" comme la Russie, l'Iran, la Chine...

    Des organisations combattantes kurdes des 4 États, le PKK est la seule inscrite sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis, le Canada et l'Union européenne - toutes les autres sont considérées comme des "combattants de la liberté". Cette mesure ne semble pas prête de changer : l'UE l'a reconduite en 2008, en violation d'un jugement du Tribunal de Première Instance de l'Union (sorte de pré-Cour Suprême) qui considérait les motifs insuffisants. Donc, si "quelque chose" se passait, ce serait très secrètement...

    Les nationalistes bourgeois du Kurdistan irakien, qui ont bouffé à tous les rateliers (URSS, Iran du Shah voire de Khomeyni...), sont depuis la première guerre du Golfe les plus loyaux alliés de l'impérialisme US dans ce pays. Comme très souvent (en Amérique latine par exemple), des retraités et des "mis à disposition" du Mossad et de Tsahal jouent auprès d'eux le rôle de mercenaires de l'impérialisme US, pour la formation militaire, l'encadrement etc.

    2013-02-23T205004Z 1 APAE91M1LVI00 RTROPTP 3 OFRWR-TURQUIE-Le PKK a pu profiter de cette autonomie kurde d'Irak pour installer des "bases arrières" dans le Nord du pays.

    Mais les dirigeants kurdes d'Irak, encore dernièrement, ont toujours assuré l'État turc de leur collaboration contre le PKK ; et l'Irak, dont le président est l'ancien dirigeant kurde Talabani, a formé avec les USA et l'État turc un comité anti-PKK en novembre 2008.

    Cette nouvelle "théorie du complot américano-sioniste", en renfort de l'idéologie nationaliste turque, est donc très, très improbable... Elle est d'ailleurs démentie par la presse bourgeoise de la minorité turque en Europe : link

    Elle rappelle certaines thèses, notamment du POI trotskyste en France ou de l'UCE pseudo-"maoïste" en Espagne, pour qui les luttes de libération nationale ne sont que des "instruments" du "capitalisme mondial" pour "liquider les États-nations"... Ce genre de thèse n'a rien de communiste, nous y reviendrons.

    Mais ce n'est pas impossible. Dans tous les conflits, des conjonctions d'intérêts peuvent apparaître, même là où il n'y en avait pas du tout avant ! Voire, là où il y avait opposition totale...

    Après l'arrestation d'Öcalan en 1999, le PKK a annoncé (en 2001) renoncer à la lutte armée, pour se renommer Congrès Kurde pour la Démocratie et la Liberté (Kongreya Azad” zˇ Demokrasiya Kurdistan ou KADEK). Puis, en 2003, il abandonne le marxisme-léninisme et prend le nom de Congrès du Peuple du Kurdistan (Kongra-GEL ou KGK). Bien que la lutte armée ait repris à partir de 2004, elle se mène désormais sur une ligne principalement nationaliste, l'aspect national de la lutte ayant totalement pris le dessus sur le contenu démocratique, social, populaire... (et l'autodétermination n'est plus demandée, conformément aux principes léninistes, mais seulement un accord sur l'autonomie avec l'État turc).

    Donc, rien d'impossible dans l'absolu : le PKK a perdu de sa dangerosité pour l'impérialisme, se rapprochant d'un mouvement nationaliste bourgeois comme le mouvement kurde d'Irak. Il pourrait donc très bien être instrumentalisé, même de manière indirecte, pour contrer les ambitions turques de politique régionale "néo-ottomane", autonome de l'impérialisme... Rappelons que l'UCK kosovar, au milieu des années 1990, avait lui aussi abandonné le marxisme-léninisme du mouvement national kosovar des années 1980, avant de devenir l'instrument des USA et de l'UE contre la Serbie "rebelle" !

    Il pourraient aussi s'inscrire, malgré eux, dans une stratégie de la tension, visant à discréditer les civils de l'AKP (qui ont, on l'a dit, mené quelques "ouvertures" sur la question kurde) et favoriser un coup de force militaire, ou simplement une déroute électorale...

    191Mais ce qu'il faut dire, en l'absence d'éléments sûrs et certains, c'est que quoi qu'il en soit, cela n'enlève rien à la justesse de la revendication kurde. Comme l'expliquait Lénine, toute lutte de libération d'une nationalité opprimée est un mouvement de nature juste : le fait que les directions de ces mouvements puissent être liées à l'impérialisme, politiquement ou "stratégiquement", ou même simplement "utilisées" d'une manière ou d'une autre, est une raison de dénoncer ces directions, mais pas le mouvement en tant que tel. Pour Lénine, "le soulèvement irlandais (était) à 100% justifié. Même si l'impérialisme allemand a essayé d'en profiter, même si les chefs du mouvement national (avaient) maille à partir avec les Allemands, ceci ne change en rien la nature juste de la guerre d'indépendance irlandaise contre l'impérialisme britannique".

    Il ajoutait même que "le mouvement national tchèque (était) un mouvement juste", ce qui est fondamental, car ce mouvement était appuyé par la Russie du Tsar, contre l'Empire austro-hongrois... Donc, même une lutte, d'une nationalité opprimée, soutenue par notre propre impérialisme reste juste par nature.

    Cela s'applique à tous ceux qui rejettent, voire insultent la résistance du Peuple hondurien contre le coup d'État impérialiste US, sous prétexte que Zelaya serait "l'homme de l'Europe contre les USA"... Comme à ceux qui, sous prétexte que le mouvement kosovar était soutenu par l'UE et Washington, justifiaient le fascisme assassin grand-serbe et la répression dans cette province de l'ex-Yougoslavie.

    Cela s'applique, donc, au peuple kurde opprimé et nié par l'État turc, que le PKK soit soutenu en sous-main par les États-Unis et Israël OU PAS.

    Comme cela s'applique, au demeurant, à la résistance du Peuple palestinien et à tou-te-s ceux et celles qui en sont solidaires, quand bien même l'AKP d'Erdoğan et les ultra-nationalistes fascistes "Loups Gris" se seraient soudain découvert un intérêt pour cette cause...

    Contre les fascistes experts en "géostratégie", LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP : voilà ce que nous devons encore et toujours réaffirmer !

    Quelle tournure peuvent prendre les évènements ?

    Il est clair que l'option d'une action militaire contre la Turquie est absolument impossible, en tout cas, en l'état actuel d'intensité de la "4e Guerre mondiale impérialiste". Et de plus, vu le rapport de force dont dispose l'AKP (qui ne contrôle pas l'armée), tout à fait inutile... Laissons donc les "NR" à leurs fantasmes.

    TurquieLa solution la plus brutale envisageable serait celle d'un coup d'État, d'une "reprise en main" militaire. Cela s'est déjà produit un grand nombre de fois : en 1960 contre Menderes, en 1971 (Kaypakkaya et de nombreux camarades furent assassinés sous ce régime militaire), en 1980 (la guerre de libération du Kurdistan commence à ce moment-là), et en 1997 pour écarter du pouvoir l'islamiste Erbakan du Refah (ancêtre de l'AKP), suivi d'une période d'intense répression contre les Kurdes, les minorités et les révolutionnaires, sous un gouvernement alliant "kémalistes de gauche" et fascistes... Des menaces importantes dans ce sens (notamment lors de l'élection de l'AKP Abdullah Gül à la présidence de la République) ont été proférées par l'état-major militaire (dirigé par le général Ilker Basbug) en 2007-2008 et encore en 2010 (sans oublier l'affaire du réseau "Ergenekon" dont nous avons parlé plus haut).

    Dans ce cas de figure, la première victime serait le Peuple, les militants progressistes et démocratiques, et bien sûr les camarades révolutionnaires. Cette offensive fasciste devra être implacablement combattue, sans "trotskysteries" du type "l'AKP ne valait pas mieux"...

    La "reprise en main" pourrait aussi prendre la forme d'une déroute électorale (plus ou moins truquée) de l'AKP, et d'un retour en force des partis kémalistes, fascistes et social-fascistes liés à l'Armée.

    Dans cette perspective, l'on risque de voir apparaître l'argument selon lequel la gauche révolutionnaire turque et kurde participe d'une "stratégie de la tension" pour donner un prétexte au coup de force. C'est là une conception révisionniste et totalement anticommuniste. C'est la conception des révisionnistes des années 1970 à la Marchais, Berlinguer ou Carrillo, contre les communistes révolutionnaires d'Italie, d'Espagne, de France ou d'Allemagne.

    "On a raison de se révolter", "là où il y a oppression, il y a résistance", sont des principes communistes absolus. L'AKP représente une partie de la bourgeoisie turque, opposée à une autre, et les conflits internes à la bourgeoisie ne doivent pas déterminer l'existence ou non des luttes, ils ne doivent nous intéresser que dans le mesure où ils peuvent se répercuter sur le Peuple.

    Turquie-CharsMais l'autre solution, finalement la plus probable, est celle d'un "retour dans le rang" de l'AKP. C'est d'ores et déjà la marche naturelle de l'histoire, à mesure que la petite et moyenne bourgeoisie, qui forme sa base militante, engendre une grande bourgeoisie, qui se lie à l'ancienne oligarchie et partage ses intérêts.

    La Guerre populaire des camarades révolutionnaires, la lutte de libération kurde (qui concerne un quart du territoire), ne peuvent également qu'encourager la bourgeoisie à resserrer les rangs et à mettre ses contradictions au second plan.

    D'ores et déjà, la presse web sioniste se félicite de ce que les déclarations du Premier ministre Erdoğan, après l'attaque de la Flottille pour Gaza, soient restées paroles en l'air : la coopération militaire entre les 2 pays se poursuit, notamment avec l'achat de drones pour combattre le PKK (ce qui dément encore un peu plus les rumeurs de soutien israélien à l'organisation). De toute manière, l'influence du gouvernement civil turc sur la coopération militaire ne peut être que tout à fait limitée...

    Vu le niveau de dépendance du capitalisme turc et de l'appareil étatique-militaire vis à vis de l'impérialisme occidental (ouest-européen et nord-américain), le "virage néo-ottoman" de l'AKP risque donc de n'être qu'une pure escapade, avant un rapide retour à la raison. La position de l'AKP rappelle de toute façon beaucoup plus celle des "non-alignés" de la Guerre Froide, jouant la comédie de "l'indépendance" tout en restant fermement attachés à un camp (Est ou Ouest, comme la France de De Gaulle restait ancrée à l'Ouest, l'Inde aussi face à la Chine révolutionnaire etc.), qu'un "changement de camp" comme le Chili d'Allende - passé dans le camp soviétique et cubain...

    En dernier recours, il reste le coup d'État militaire ou la "révolution colorée" : les fascistes occidentalistes se féliciteront alors de ce que "les Turcs aient rejeté l'islamisme" tandis que les "nationalistes-révolutionnaires" à la Soral se chargeront de mobiliser les masses de culture musulmane dans un soutien stérile à l'AKP déchu, et dans la haine contre les Kurdes et les révolutionnaires "complices"...

    Notre tâche sera alors de porter bien haut l'analyse communiste de la situation.

    Contre l'État fasciste turc, contre l'occupation sioniste et l'oppression impérialiste du Proche-Orient, nous devons tenir ferme et haut le drapeau de la révolution, ne pas nous laisser abuser de manière opportuniste par tel ou tel mirage (comme celui d'une Turquie devenue "anti-impérialiste") ni verser dans le dogmatisme stérile, mais avoir une analyse matérialiste et de classe rigoureuse de la situation, en nous plaçant toujours DANS LE CAMP DU PEUPLE !

    VIVE L'INTERNATIONALISME ! VIVE LA RÉVOLUTION ANTI-IMPÉRIALISTE EN TURQUIE, AU PROCHE-ORIENT ET DANS LE MONDE ENTIER !

     


  • Commentaires

    1
    Pascal
    Vendredi 1er Mai 2015 à 18:16

    Ce n'est plus d'actualité mais Engels avait très nettement pris position contre les mouvements nationaux tchèque et slaves du Sud accusés (contrairement aux mouvements hongrois et polonais) de faire le jeu de l'impérialisme tsariste. Il allait jusqu'à parler de peuples réactionnaires. Staline s'y réfère dans un ouvrage. Les maoïstes s'y référeront également pour refuser de soutenir l'indépendance du "Bangla Desh" comparé au Mandchoukuo.   

    2
    Lundi 4 Mai 2015 à 10:44

    "Ce n'est plus d'actualité mais Engels avait très nettement pris position contre les mouvements nationaux tchèque et slaves du Sud accusés (contrairement aux mouvements hongrois et polonais) de faire le jeu de l'impérialisme tsariste. Il allait jusqu'à parler de peuples réactionnaires. Staline s'y réfère dans un ouvrage. Les maoïstes s'y référeront également pour refuser de soutenir l'indépendance du "Bangla Desh" comparé au Mandchoukuo."

    La question du Bangladesh a effectivement été compliquée pour la diplomatie de la Chine populaire, et compliquée même en interne. Ainsi le "maulana rouge" Abdul Hamid Khan http://fr.wikipedia.org/wiki/Maulana_Abdul_Hamid_Khan_Bhashani, après avoir longuement lutté contre cette appartenance au Pakistan, s'était rallié en 1965 au maréchal Ayub Khan qui avait initié une politique de bonnes relations avec la Chine (qui se poursuit encore aujourd'hui dans une certaine mesure). Le maoïste Siraj Sikder refusait tant la botte du Pakistan que celle (promise en cas d'indépendance bourgeoise) de l'Inde, et ce refus (à juste titre) de l'expansionnisme indien pesait aussi beaucoup dans la position de Pékin...

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