• Syriza prend le pouvoir en Grèce


    La coalition de gauche radicale Syriza a remporté les élections législatives en Grèce, avec plus de  8,5 points d'avance (36,4 contre 27,8%) sur la droite libérale-conservatrice Nouvelle Démocratie :
    http://en.wikipedia.org/wiki/Greek_legislative_election,_2015#Results
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/01/25/grece-victoire-historique-du-parti-de-gauche-radicale-syriza_4563125_3214.html
    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150126.OBS0745/grece-victoire-historique-pour-syriza-desormais-en-position-de-force.html
    http://www.lesechos.fr/monde/europe/0204107469517-grece-le-parti-anti-austerite-syriza-remporte-une-victoire-historique-1086643.php
    http://lci.tf1.fr/monde/europe/en-direct-suivez-les-elections-legislatives-en-grece-8553229.html
    http://www.liberation.fr/monde/2015/01/25/direct-la-grece-a-l-heure-du-choix_1188392
    http://www.liberation.fr/monde/2015/01/26/direct-grece-l-ue-va-devoir-composer-avec-syriza_1188826

    Syriza prend le pouvoir en Grèce

    Le seul suspense qui plane encore porte sur l'obtention ou non de la majorité absolue des sièges au Parlement (il en faut 151), ce qui pourrait obliger le vainqueur à passer une alliance - probablement avec une petite formation de centre-gauche (To Potami, 6% et 17 élus a priori), quoi que certains expliquent que "l'état de grâce" est tel que Syriza pourrait vraisemblablement gouverner seule même avec une majorité relative (après tout, la droite jusqu'ici au pouvoir n'avait que 129 député-e-s).*

    NE SOYONS PAS STUPIDES.

    Il ne faut certes pas se faire des chansons et se les chanter : il n'y a là, bien que des éléments se réclamant du maoïsme (le KOE) participent à la coalition, rien de plus ni de moins qu'un bon vieux social-réformisme "radical" de type mélenchono-chaviste, keynésien et redistributif qui a (en outre) d'ores et déjà bien "lissé" son discours - condition de sa victoire. Nous allons voir très rapidement si le jeune leader de Syriza et nouveau Premier ministre, Alexis Tsipras, n'a pas surestimé les ennemis qu'il s'est juré de combattre (UE et sa BCE, Allemagne de Merkel, FMI etc.) et s'il ne ne va pas rapidement battre en retraite sur des positions classiquement social-libérales, faisant de fait de sa formation un nouveau PASOK (ou un PS hexagonal d'après 1983...) au détriment de celles et ceux qui auront sincèrement voté pour le "changement"... Les mauvaises langues (oui oui, il y a vraiment des gens dont c'est pour ainsi dire le "métier") ne manqueront pas non plus de rappeler que Marine Le Pen, certainement "soufflée à l'oreille" par l'ancien chevènementiste Philippot, a elle aussi "salué" la victoire de la coalition de gauche - mais enfin, nous nous sommes déjà exprimés sur la valeur de tels "arguments".

    Pour autant, au vu de ce que la Grèce a traversé ces dernières années, il n'est évidemment pas possible d'expliquer sans rire (et faire rire) que ce résultat serait "de la merde", une "défaite pour le Peuple et la révolution" ou on-ne-sait quoi d'autre encore. Si l'on regarde vers des antécédents comme l'Argentine ou l’Équateur, où des pouvoirs "de gauche" (pas spécialement radicaux) se sont là aussi imposés après de très dures crises économiques et sociales (au début des années 2000), il est à peu près certain que la condition des travailleur-euse-s grec-que-s va assez sensiblement s'améliorer dans les années à venir - sans que l'exploitation capitaliste ne cesse ni (donc) que les luttes de classe ne doivent cesser pour autant, bien entendu ! Dès lors, du point de vue qui est le nôtre - celui du CAMP DU PEUPLE - il n'est pas possible d'accueillir une telle nouvelle avec des grommellements de vieil aigri.

    De fait, un peu partout dans le monde, de manière désordonnée et (souvent hélas) non-révolutionnaire, les Peuples poussent et tentent comme ils le peuvent de porter des coups d'arrêt à la politique du Capital consistant à leur faire payer le prix de la crise générale de son système - la fameuse "austérité". La victoire électorale de Syriza fait partie de ces "coups de pieds dans la fourmilière", de ces "claques", de ces "bras d'honneur" à un capitalisme libéral-vite-fait-social présenté comme l'"horizon indépassable de l'Histoire" dont on ne peut que souhaiter la multiplication et non les dénoncer comme "bourgeois" sans autre forme de procès, de manière dogmato-sectaire (voir ici "Les communistes et la gauche bourgeoise" ou encore notre position sur les gauches latino-américaines - ici également - puisque la situation est comme on l'a vu assez comparable).

    Bien sûr, ces "poussées" populaires peuvent également atterrir dans les bras du fascisme mais ce n'est pas systématiquement le cas et là est l'autre bonne nouvelle du scrutin d'hier en Grèce : la dynamique populiste et fasciste qui avait surgi avec fracas aux dernières élections semble avoir été enrayée. Les ultra-fascistes de l'Aube Dorée, avec 6,3%, ne progressent pas et reculent même légèrement de 37.000 voix (ils restent la troisième force politique du pays vu que la vieille social-démocratie, le PASOK, est rayée de la carte politique avec... 4,7% alors qu'elle gouvernait le pays lors de l'éclatement de la crise en 2009 et s'était alternée à peu près à parité au pouvoir avec la droite depuis la fin de la junte militaire en 1974) ; tandis que les "Grecs indépendants" (ANEL, scission ultra-conservatrice et nationaliste de Nouvelle Démocratie) s'effondrent avec 4,75% contre 7,5% en juin 2012 et même 10,6% en mai de la même année (élections annulées faute de pouvoir dégager un vainqueur clair)... L'ancien parti d'extrême-droite, le LAOS ("Alerte populaire orthodoxe"), avait déjà quant à lui été rayé de la carte à ces mêmes élections de 2012 pour avoir soutenu précédemment le gouvernement d'austérité de Papadimos ("grande coalition" ND-PASOK) ; il termine à présent sa descente aux enfers avec 1% des suffrages. Dans tous les cas (répétons-le encore une fois) nous ne sommes pas stupides et les personnes progressistes non plus, et nulle personne progressiste ne saurait mettre sur le même plan cette victoire de Syriza en Grèce (même avec l'"appoint" d'équivalents de Dupont-Aignan) et ce que serait une victoire du Front National ici ou de l'UKIP en Grande-Bretagne (qui pourrait bien s'entendre un jour avec les conservateurs si le maire de Londres Boris Johnson en prenait la tête, dixit Nigel Farage), sans même parler de toutes les "droites populistes" qui ont déjà participé à des gouvernements en Italie ou en Europe du Nord ou de l'Est, souvent avec la droite la plus ultra-libérale qui soit et avec les résultats que l'on connaît. Ce qu'il s'est passé en Grèce, c'est que des hommes et des femmes du Peuple travailleur ont dit "non" aux politiques d'"austérité" et l'ont dit en votant à 36% (2,25 millions de voix) pour une gauche réformiste se voulant "radicale" et non (même à 25% "seulement" comme ici ou outre-Manche aux dernières européennes...) pour des fascistes et autres populistes de droite : telle est la première et principale chose à retenir de ces élections, avant toute autre analyse.

    Autre signe de cette "poussée" à un niveau qualitativement encore supérieur, les scores de la gauche révolutionnaire anticapitaliste avec la coalition ANT.AR.SY.A (principalement trotskyste mais incluant là aussi des marxistes-léninistes "maoïsants") qui recueille près de 40.000 voix, doublant son score de 2012 ou encore le KKE-ML (marxiste-léniniste "maoïsant", 8.000 voix), l'OKDE et l'EEK (trotskystes, 2.200 et 2.400 voix respectivement) etc. etc. : pas d'élus mais honorables tout de même et en progression, traduisant la dynamique globale de prise de conscience populaire. En revanche le PC historique (KKE) connu pour son social-chauvinisme, son légalisme au point que les anarchistes surnomment sa jeunesse (KNE) "KNAT" par contraction avec les MAT (la police anti-émeute...) et son grand sectarisme (refus de toute alliance avec qui que ce soit) s'effondre à 5,5% - ses résultats "normaux" depuis 1974 se situaient entre 7 et 11%. Le puissant (et connu) mouvement anarcho-communiste que compte le pays ne se présentait bien évidemment pas aux élections (selon certaines sources "off" toutefois... un anar sur trois pourrait avoir voté pour la formation de Tsipras !), mais il reste actif et fera entendre sa voix dans le nouveau contexte politique.

    Car quoi qu'il arrive, la victoire de Syriza comme hier des "gauches" en Amérique latine doit être prise pour ce qu'elle est, à savoir l'expression dans les urnes d'un REFUS - sur une ligne et des valeurs progressistes - de la GUERRE que livre le Capital aux classes populaires pour le maintien de son taux de profit. Partant de là, c'est entre les mains des travailleur-euse-s militant-e-s organisé-e-s de Grèce que résident les développements ultérieurs de la situation dans ce pays : "restructuration" réformiste du capitalisme façon New Deal ou ouverture de véritables perspectives pour les classes populaires du pays et (de là) pour celles de l'Europe toute entière.

    Comme toute victoire de ce qu'il faut bien appeler par son nom : la SOCIAL-DÉMOCRATIE, l'actuelle victoire de Syriza en Grèce ouvre un nouveau paradigme politique (favorable) pour les travailleur-euse-s et leurs luttes... Reste à savoir (et voir) ce que les organisations révolutionnaires du prolétariat comptent en faire et en feront ; pour que de leurs luttes et de leur décantation idéologique émerge peut-être (enfin) LE Parti révolutionnaire qui n'apportera pas seulement des "conquêtes sociales" aux masses mais ouvrira la porte de sortie du capitalisme, et la marche socialiste vers le communisme... Ce qui compte ce n'est pas ce que Tsipras et ses amis (surtout s'il s'agit de la droite souverainiste !) écriront sur cette page d'histoire qui s'ouvre, mais ce que le Peuple travailleur de Grèce saura y écrire. Ce qui compte ce n'est pas le bilan de Syriza dans disons 3 ans (on peut d'ores et déjà prédire qu'il sera décevant, car la social-démocratie contrairement à la droite promet monts et merveilles et donc déçoit !), mais pour ainsi dire l'après - dans quel état la conscience, l'organisation et la combattivité des classes populaires grecques en ressortiront.

    La clé de tous les "retours au réalisme", de toutes les institutionnalisations comme celle qu'a pu connaître notre Hexagone après le "tout devient possible ici et maintenant" de 1981 (ou qu'ont pu connaître ces dernières années les pays "bolivariens" d'Amérique du Sud : 1 - 2) sans oublier l'explosion du fascisme et autres populismes de droite historiquement consécutive à toutes les trahisons de la "gauche" (même les "experts" les plus bourgeois s'accordent à annoncer une telle explosion si Syriza échoue), réside en dernière analyse là-dedans : ce n'est pas la "gauche" bourgeoise qui changera la face d'un pays, d'un continent et encore moins du monde, mais ce que les prolétaires révolutionnaires organisés sauront faire du champ des possibles que sa victoire aura ouvert !

    "Il serait absolument erroné de penser que la lutte pour la révolution socialiste signifie que nous devrions abandonner la lutte pour des réformes. En aucun cas ! Nous ne pouvons savoir à quelle échéance la révolution sera victorieuse, quand est-ce que les conditions objectives lui permettront de triompher. En attendant, nous devons donc appuyer toute amélioration concrète de la situation économique et politique des masses. La différence entre nous et les réformistes n'est pas que nous rejetons les réformes tandis qu'eux les soutiennent. Nullement cela. La différence est que les réformistes se limitent aux réformes et, de là, se font les 'infirmiers' du capitalisme. Nous, nous disons aux prolétaires : votez pour des réformes si nécessaire, mais ne réduisez pas à cela toute votre activité ; maintenez toujours au premier plan la diffusion systématique de l'idée de révolution socialiste immédiate, tenez-vous prêts pour elle et faites les changements qu'elle requiert dans toutes les activités de votre Parti" - Lénine, "Thèses sur l'attitude du Parti social-démocrate suisse face à la guerre".

    ***********************************

    MàJ 14h00 : au final ils n'obtiennent que 149 sièges, il leur en manque donc deux et des pourparlers sont par conséquent en cours pour obtenir l'indispensable "vote de confiance" en faveur de Tsipras. Pourparlers avec le centre-gauche Potami donc (problème : ils sont très européistes !) mais aussi... avec la droite souverainiste (l'équivalent de De Villiers ou Dupont-Aignan quoi). On notera quand même en passant la "probité" de la presse grande-bourgeoise (en l'occurrence le Monde) qui présente comme quasi-acté ce qui n'est encore qu'en négociation, et la promesse d'un vote d'investiture contre - bien sûr - strapontins (pas illogique vu que toutes les formations proches d'ANEL en Europe ont salué le résultat grec, "désaveu pour Bruxelles" à leurs yeux) comme un véritable "pacte idéologique" entre les biens connus (dans son discours) "extrêmes-qui-se-rejoiiiignent"... Et puis bien sûr (sur tous les réseaux sociaux et autres forums de discussion) le festival de petites "piques" fielleuses à ce sujet de la part de tous les "gauchistes" à la petite semaine, incapables du moindre raisonnement dialectique - comme si ce qui comptait c'était avec qui Syriza fait alliance pour les deux voix de députés qui lui manquent ; comme si ce qui comptait en fait... c'était Syriza et non les classes populaires et leur mouvement réel, toutes les luttes et les aspirations dont ce résultat électoral n'est qu'une (pas la seule !) expression et dont les péripéties comme l'actuel (puisque c'est maintenant confirmé...) "pacte contre-nature"/"trahison" avec ANEL ne sont que les douleurs de l'accouchement comme force historique (et franchement loin d'être les pires !)... Et après, avec des raisonnements comme ceux-là, ça vient se dire "anti-électoraliste" et anti-"crétinisme-parlementaire-tout-vilain-pabô" !

    MàJ 28/01 : aux dernières nouvelles le leader d'ANEL obtient le portefeuille de la Défense. L'on peut considérer que, la Grèce n'étant pas une puissance impériale avec beaucoup de soldats en opérations extérieures, cela ne modifiera guère le cours des choses à ce niveau-là (voire lui donnera une coloration encore plus anti-interventionniste, ANEL relevant de cette droite-là). Cela peut aussi être interprété comme une volonté de "rassurer" une Armée qui, pour ne pas être beaucoup projetée à l'étranger, n'en est pas moins une institution centrale de l’État (la Grèce est l’État européen consacrant la plus grosse part de son budget à sa défense) et que l'on imagine plutôt droitière : "calmez-vous, on ne touchera à rien de votre côté". Mais cela peut aussi avoir comme un parfum d'Allende confiant l'Armée chilienne à un certain Augusto Pinochet : n'oublions pas que, si les intérêts de l'oligarchie grecque sont trop bousculés, l'option d'un coup de force militaire n'est pas totalement à exclure. Autre exigence de la droite souverainiste et conservatrice pour son soutien à Syriza : ne pas toucher à l’Église orthodoxe, ce qui est pour le coup beaucoup plus ennuyeux car cette institution "brasse" un patrimoine considérable (notamment foncier)... et totalement exonéré d'impôt ; en finir avec ces privilèges étant l'une des promesses de campagne de Syriza. En substance, l'alliance avec les sociaux-libéraux de Potami ou les résidus du PASOK a été écartée en vertu du caractère "prioritaire" de la lutte contre les "diktats de Bruxelles et de Berlin" mais le principal aspect semi-féodal du pays, CLÉ de sa domination par les puissances impérialistes étrangères, devrait être laissé intact. Bref, comme nous l'avons expliqué tout au long de cet article, foin de "tout va changer" par la seule grâce de ce résultat électoral : le COMBAT ne fait que commencer (dans un nouveau contexte possiblement plus favorable que le précédent) !

    Ici une intéressante petite analyse (en anglais) sur la question : http://left-flank.org/2015/01/27/thoughts-deal-syriza-anel ; traduite en français (pas par nous) ici.

    Syriza prend le pouvoir en Grèce
    Syriza prend le pouvoir en Grèce
    Syriza prend le pouvoir en Grèce


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :