• Sur la situation en Équateur - texte du FDLP


    Nous avons déjà eu l'occasion ces derniers mois d'évoquer la situation dans ce petit pays d'Amérique du Sud, qui a pourtant connu l'une des "gauches" les plus modérées de cette vague "bolivarienne" partie à l'orée du millénaire du Venezuela (qui lui, par la guerre économique de l'impérialisme appuyée sur les propres limites de son "socialisme", est désormais soumis à une asphyxie façon Zimbabwe des années 2000... analyse-militant-ml-sur-le-venezuela) ; mais néanmoins des améliorations bien réelles pour la condition des classes populaires.

    Le successeur désigné de Rafael Correa lui-même, "Lenin" Moreno (quel prénom !!), au pouvoir depuis un peu plus d'un an, est littéralement en train de tout liquider de son œuvre vaguement réformiste lenin-moreno-le-gorbatchov-equatorien.

    Nous avions ainsi parlé de la "stratégie de la tension" organisée près de la frontière colombienne, autour de soi-disant groupes "terroristes" dissidents du processus de paix des FARC (mais relevant peut-être, si ce n'est plus probablement, du simple banditisme ; à moins qu'ils ne soient tout simplement pas les auteurs des actes comme l'assassinat de trois journalistes qu'on leur attribue, autre théorie qui circule...) retour-dossier-colombie-equateur ; ceci dans le but hautement probable (puisque l'ex-narcotrafiquant du cartel d'Escobar et informateur de la CIA "Popeye" l'évoque ouvertement) de ramener une présence militaire yankee dans le secteur (où il y avait la base militaire de Manta, fermée par Correa en 2009) ; mais le texte traduit ci-dessous évoque aussi des projets extractifs miniers (nécessitant que la région soit quadrillée militairement, peut-être vidée d'une partie de ses habitants etc.).

    Dans un autre registre : l'oligarque guayaquilien (de Guayaquil, le grand port et capitale économique du pays) et ex-président durant quelques mois (1996-97) Abdalá Bucaram, destitué et poursuivi pour corruption dès cette époque (bien avant Correa) et ayant fui le pays pour Panama en emportant des liasses de billets dans des sacs plastiques (!!), a été autorisé à revenir en Équateur... et loin d'y trouver quelque tracasserie judiciaire que ce soit, s'est vu comme il le réclamait indemniser de quelques 200 millions de dollars (l'équivalent de 1,3 millions de bons mensuels de 150 dollars que Correa a institué pour les familles pauvres) pour ses années d'"exil politique" !

    "Mieux" encore : il s'est vu, lui et son clan familial, offrir sur un plateau d'argent ni plus ni moins que la compagnie nationale d'électricité ! Un joli "gâteau" dans lequel croquer : pour la maisonnette d'un ménage populaire équatorien "lambda", la facture mensuelle d'une douzaine de dollars sous Correa a d'abord triplé au printemps pour dépasser maintenant les 80 $ cet été (soit presque autant qu'ici pour un logement similaire... sauf que nos informations proviennent du littoral du pays, où la notion de chauffage est inexistante - il ne fait jamais moins de 20°C !). Pour rappel, le salaire minimum légal en 2018 est de 386 $ et comme vous pourrez le lire ci-après, 60% de la population travaillant de manière partielle/informelle ne le perçoivent même pas...

    Ce n'est qu'un exemple : toute la politique de Eltsine pardon "Lenin" Moreno depuis un an est à l'avenant. Il est tout simplement en train de vendre le pays (que Correa, loin d'un quelconque socialisme maoïste ou même cubain, avait simplement rêvé "fonctionnant" comme un État de droit et d'"économie sociale de marché" à l'européenne) à la découpe.

    Tout ceci s'inscrivant, en fait, dans une gigantesque offensive de l'impérialisme occidental à l'échelle planétaire, dont le semi-fasciste Trump et le libéral "progressiste" Macron sont les deux faces de la même monnaie : élimination (au profit de la droite ultra) du vague social-réformisme rose pâle du PT et "coup d’État judiciaire" contre ses figures de proue Lula et Dilma au Brésil ; manœuvre à peu près similaire en Argentine ; asphyxie économique et agitation insurrectionnelle fasciste, on l'a dit, au Venezuela de Maduro (dont d'ailleurs, puisque le leitmotiv là-bas est de se procurer des dollars qui valent chacun plusieurs millions de devises nationales, des cohortes de réfugiés économiques affluent vers l’Équateur dont le dollar est la monnaie, pour y travailler pour 4 fois moins cher que les Équatoriens qui eux, comme au début des années 2000... réfléchissent à nouveau à prendre le chemin de l'émigration vers l'Espagne ou ailleurs !) ; colère sociale contre les mesures économiques antipopulaires des sandinistes au Nicaragua, qui pourrait bien prochainement entraîner leur chute (ils avaient déjà fait la même chose à la fin des années 1980 pour perdre le pouvoir dans la foulée : cadtm.org/Nicaragua...) ; propagande et menaces (maintenant) contre l'Afrique du Sud qui envisage de redistribuer aux paysans noirs les terres des colons blancs afrique-du-sud-trump-reforme-agraire mythe-genocide-blanc ; guerre totale (de la Syrie au Yémen en passant par l'Irak) de repartage impérialiste en "Orient compliqué" annee-2018-proche-et-moyen-orient, parfois sous les applaudissements "progressistes" et "antifascistes" des opportunistes rojavalâtres recapitulatif-articles-rojava, dans une confrontation de plus en plus ouverte avec l'Iran mais aussi une volonté de mise sur la touche d'Erdogan en Turquie turquie-kurdistan-elections-anticipees erdogan-est-un-fasciste-mais, pourtant à la tête de la deuxième armée de l'OTAN et n'ayant pas vraiment bousculé les "équilibres structurels" néolibéraux dans ce pays (bien au contraire) mais qui a fait montre d'une "autonomie" dans ses agendas, d'une "volonté de puissance" régionale et d'un "non-alignement" ou plutôt d'une "oscillation" diplomatique entre Occident et Russie-Iran-Chine, autrement dit d'une perturbation des équilibres géopolitiques, devenue en elle-même intolérable ; radicalisation, sur la question de la Palestine, du soutien impérialiste à un État sioniste lui-même de plus en plus radicalisé ; etc. etc.

    Les camarades du Front de Défense des Luttes du Peuple (FDLP), qui se sont beaucoup construits sous l'ère Correa dans la dénonciation de son réformisme bourgeois "populiste" et "démagogue", "révolutionnaire" en parole et social-libéral "ruisselant" en pratique (très loin en effet d'un quelconque socialisme selon la conception marxiste, à noter cependant que contrairement à d'autres il n'a jamais tellement parlé de "socialisme du 21e siècle"...), prennent dans le texte ci-après la mesure de l'offensive économique "néolibérale" et de la liquidation à l’œuvre ; pour tenter, peut-être, de mobiliser et d'organiser une riposte populaire qui ne fasse pas que profiter à un retour du corréisme (qui a, rappelons-le, porté les dirigeants actuels en son sein pendant des années !), mais qui permette de dépasser et de rompre (justement) avec les illusions réformistes.


    FRONT DE DÉFENSE DES LUTTES DU PEUPLE (FDLP) - ÉQUATEUR :

    LA CRISE DU CAPITALISME BUREAUCRATIQUE EN CHIFFRES ET LES MESURES ÉCONOMIQUES DU RÉGIME DE MORENO


    Le Peuple équatorien traverse en ce moment une période de crise extrêmement difficile, complexe, dans laquelle ne semble pas s'entrevoir le début d'une solution, et qui au contraire s'aggrave de manière toujours plus dramatique.

    Sur la situation en Équateur - texte du FDLPTandis que le régime de Moreno, la gaugauche idiote, révisionniste et opportuniste, et les secteurs les plus retardataires du pays continuent de dresser les écrans de fumée de la corruption de Correa, de la violence sur la frontière nord, du cas Assange etc., les chiffres officiels eux-mêmes rendent compte de la situation critique que traversent les masses populaires, le commun des Équatoriens. 6 personnes 10 n'ont pas de travail, ou si elles en ont un c'est un travail partiel et informel, aux revenus inférieurs au salaire minimum.

    Des études conduites par la Faculté d’Économie de l'Université Centrale ont recueilli des données qui peuvent être considérées comme faisant référence.

    Au niveau national, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (dont le revenu mensuel du foyer, par tête, est au-dessous de 84,72 dollars) est monté à 24,5%, et celui des personnes en pauvreté extrême ou indigence (revenus inférieurs à 47,74 dollars par tête) à 9%. C'est à dire qu'environ 504 000 personnes de plus sont tombées dans la pauvreté et, parmi elles, 185 000 dans la pauvreté extrême rien qu'au cours du premier semestre de cette année 2018. Au cours du même semestre, les chiffres de l'emploi "adéquat" (salariat formel, légal, bénéficiant du droit du travail) ont diminué de 9,2%, une sévère chute représentant quelques 300 000 personnes, qui peut expliquer en grande partie l'augmentation de la pauvreté. Pour autant, les taux officiels de chômage et de sous-emploi... baissent et ceux de la population économiquement inactive se maintiennent virtuellement stables. Le travail dit informel passe de 44,1 à 47,5%, ce qui peut être la contrepartie de la baisse du travail "adéquat". Au niveau exclusivement urbain, l'on peut constater une baisse un peu plus explicite avec un taux d'emploi brut qui passe de 62 à 59,9%, et une participation brute qui baisse de 65,9% à 63,2%.

    Pendant ce temps, Moreno, après avoir consolidé ses positions et ses relations stratégiques avec l'impérialisme yankee, et repris à son compte avec un zèle inégalé les diktats du FMI, poursuit l'exploration minière à grande échelle dans les provinces d'Imbabura, Carchi et Esmeraldas.

    Précisément à Carchi et Esmeraldas... où il est supposé y avoir un quadrillage militaire contre la présence de dissidents des FARC ("terroristes", nous dit-on), où ont été décrété l'état d'exception et limitées les garanties constitutionnelles, restreinte la circulation des personnes étrangères au secteur, placés sous contrôle le micro-commerce et jusqu'à l'utilisation des téléphones portables, etc., il a été "suggéré" de surcroît aux visiteurs comme aux paysans locaux d'éviter de se déplacer, face à un apparent danger d'être séquestrées. Autant dire que, pendant ce temps-là, l'exploration minière des transnationales s'en donne à cœur joie !

    Dans les immenses forêts qui bordent la frontière, n'importe quel paysan de la région se déplaçant à travers la montagne peut tomber nez à nez avec des ours à lunettes, des pumas, des cerfs, des ragondins, et plus que régulièrement avec des équipes de la minière Gold & Sun qui travaillent à la prospection et à l'étude de prélèvements. C'est à dire avec tout... sauf des guérilleros violents, des enleveurs, des éléments armés etc.

    Il y a, soi-disant, de l'"insécurité" pour les paysans pauvres, mais la plus absolue liberté et sécurité pour les grandes entreprises minières. Tel est le vrai fond de toute la comédie montée dans les provinces d'Esmeraldas, Imbabura, Carchi et Sucumbíos.

    La présence de ces transnationales, en plus d'être révélatrice du programme économique du gouvernement, répand la destruction des bois et des rivières et déstructure les communautés paysannes locales qu'elle a conduites à une confrontation qui peut à chaque instant prendre des caractéristiques violentes.

    Un paysan de ces provinces touche en général un revenu journalier de l'ordre de 10 ou 12 dollars, tandis que les entreprises minières payent 25 dollars par jour ceux qui leur servent de guides, de porteurs de matériel etc. Évidemment, dans ces circonstances, nombreux sont ceux qui veulent offrir leur main d’œuvre aux transnationales ; mais peu sont les élus, et ceux qui ne peuvent se "placer" restent avec leurs 10-12 dollars (lorsqu'ils les touchent, évidemment, car ce n'est pas un travail salarié et régulier mais qui dépend des semailles, des récoltes etc. donc ce n'est qu'une moyenne sur l'année, il y a des jours où l'on ne touche rien !), et les graves limites économiques et sociales que posent de telles ressources.

    Aujourd'hui le gouvernement liquidateur de Moreno, soumis à la ligne politique de l'OTAN pour combattre les conflits internes (la "guerre irrégulière", ainsi qu'ils la nomment), prévoit la nécessité de légitimer son régime et ses forces armées. C'est précisément ce qu'ils essayent de faire pour gagner ce que cette organisation militaire impérialiste appelle la "ligne de base", l'endroit où évoluent supposément les groupes "irréguliers".

    La participation des universités, des gouvernements locaux, des entreprises, et bien sûr de l'appareil d’État à tout cela est massive ; cependant elle n'agit que sur les éléments subjectifs de l'économie et de la politique, et dans cette mesure rien, absolument rien de ce qu'ils peuvent faire n'est en mesure de retourner la situation et de contenir l'esprit de révolte qui se renforce jour après jour dans la paysannerie pauvre, qui se montre chaque fois plus rebelle, combattive et recherche désespérément de nouvelles formes d'organisation pour encadrer ses revendications, ses luttes et ses objectifs stratégiques.

    Aujourd'hui, le gouvernement traître de Moreno essaye de recoller avec de la salive les profondes contradictions antagoniques qui déchirent le pays, en particulier vers la frontière nord ; mais il ne comprend pas que le problème est structurel, qu'il repose sur la nature de l’État et du capitalisme bureaucratique, de la présence impérialiste dans le pays, de notre condition semi-féodale et semi-coloniale, et que les contradictions que tout ceci génère ne peuvent être résolues que par la Guerre populaire, tout le reste n'étant qu'épandage de fumée.

    LES MESURES ÉCONOMIQUES, UNE CHARGE POUR LE PEUPLE

    Rien de nouveau sous le soleil : le principe est toujours le même, que les masses soient celles qui payent la crise du vieil État.

    Augmentation du prix du carburant (essence super) de 2,26 à 2,98 dollars le gallon (environ 3,8 litres). Maladroitement et de manière réductionniste, le régime soutient que cela n'affectera que les consommateurs possédant des véhicules haut-de-gamme, sans prendre en compte le fait que ceux qui sont dans ce cas vont sûrement massivement passer à l'usage d'essence extra, elle aussi subventionnée et dont le volume de consommation va (donc) augmenter, et avec lui les dépenses de l’État... Mais tout ceci n'est qu'un aspect extrêmement subjectif : la vraie question est que le prix du carburant, quel qu'il soit, définit toujours le prix de toute l'énergie et donc les charges des ménages, c'est à dire qu'augmenter les prix des carburants impacte directement le budget des secteurs populaires, à l'exception de la grande bourgeoisie pour qui ce type de mesure est toujours indolore de tout point de vue.

    Il en revient surtout aux mesures FMIstes, qu'il appelle "faire maigrir l’État", comme l'avait déjà fait le bourgeois comprador Sixto Durán Ballén en 1992-94 : élimination de 7 ministères et autres dépendances, vente de véhicules du secteur public, restreindre l'utilisation de téléphones mobiles et autres avantages des fonctionnaires et augmenter les crédits à l'entrepreneuriat.

    Objectivement, de telles mesures ne permettront pas d'affronter significativement le déficit public. Il semble difficile d'imaginer que le gouvernement pourra réunir 1 milliard 600 millions de dollars qui lui font défaut de cette façon. Commuer les intérêts de retard des grandes entreprises privées, augmenter la pression de la fiscalité directe et indirecte, accroître la dette auprès de la Banque mondiale et du FMI : tel est le véritable cœur du programme économique d'un régime qui n'a pas eu beaucoup d'efforts à faire pour muter de bureaucratique en bourgeois comprador.

    TRANSNATIONALES MINIÈRES, DEHORS DE LA FRONTIÈRE NORD !

    GRINGOS, GO HOME !

    AFFRONTONS LE RÉGIME LIQUIDATEUR ET VALET DE L’IMPÉRIALISME DANS LES RUES !

    NON AUX MESURES ÉCONOMIQUES QUI REPOSENT TOUJOURS SUR LES ÉPAULES DU PEUPLE !

    NON À LA POLITIQUE FMISTE DU RÉGIME DE MORENO !

     

    Sur la situation en Équateur - texte du FDLP

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  • Commentaires

    2
    Mardi 28 Août à 18:21

    Oui... Peux-tu développer ? 

    1
    Eugène
    Mardi 28 Août à 15:42

    Tu devrais regarder plutôt du côté du Movimiento Vientos del Pueblo et du Bloque Operario...

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