• Sur la situation actuelle des Ouïghours en République "populaire" de Chine


    Il règne en ce moment même au Xinjiang, parfois appelé également "Turkestan oriental chinois", territoire du Peuple ouïghour, une situation visiblement tragique sur laquelle (par contraste "étonnant" avec le Tibet du "gentil" Dalaï-Lama ex-esclavagiste féodal et réactionnaire comme pas deux, mais coqueluche de tous les bobos occidentaux de merde bouffeurs de quinoa) plane un assez lourd silence radio des médias mainstream, mis à part quelques articles dans la presse conservatrice-atlantiste (Figaro, Atlantico) ou libérale-libertaire (Libé, Nouvel Obs) la plus anti-chinoise (dont la sinophobie, disons, parvient à compenser et même par moment surpasser l'islamophobie)...

    Il faut dire que les cibles, ici, sont des MUSULMAN-E-S ; raison pour laquelle c'est d'abord par les médias dits (en bon langage républicain) "communautaires", ou les publications de la mouvance décoloniale sur les réseaux sociaux, que nous parvient l'information.

    Tâchons en quelques points d'y voir clair.

    - L’État chinois vient donc d'admettre (précisément, d'avaliser par une loi du 9 octobre), après plusieurs années de dénégations ou du moins de justifications alambiquées, avoir procédé à "l'internement" pour "rééducation" de plusieurs centaines de milliers, peut-être 1 million de Ouïghours (qui seraient un peu plus de 10 millions) ; "rééducation" visant à lutter contre ce que l'on appellerait ici la "radicalisation islamiste", mais qui dans les fait, consiste à imposer par matraquage une allégeance "patriotique" à Pékin et à anéantir des pratiques culturelles faisant partie intégrante de leur identité et de leur conscience nationale - manger halal, pas de porc ni d'alcool, prière, jeûne du ramadan etc. etc. (certaines de ces vexations, comme les forcer à manger du porc ou boire de l'alcool, sont au demeurant totalement ridicules puisqu'en islam la contrainte, la nécessité ou l'insu "annulent" le péché de violation des interdits alimentaires) :

    http://ekladata.com/chine-repression-ouighours.pdf

    Cette région autonome (effectivement, sur le papier constitutionnel, autonome contrairement à nos peuples prisonniers et dernières colonies directes de l’État français) de la République "populaire" est en réalité sous état d'exception depuis pratiquement une dizaine d'années (ou un gros quart de siècle mais surtout une dizaine d'années), après que la résistance nationale ouïghoure face à la botte de l’État central et à la colonisation de peuplement (contrairement aux mythes répandus au sujet du Tibet, toujours peuplé à 92% de Tibétains, il y a bien une minorité - 45% - de Ouïghours au Xinjiang, face à quelques 41% de Chinois han et 14% d'autres nationalités - pour la plupart apparentées, Kazakhs, Kirghizes, Huis etc.*) ait évolué vers une lutte armée (attentats, émeutes etc.) se revendiquant généralement de la foi islamique et parfois du djihad (quelques dizaines, à la rigueur centaines de Ouïghours seraient par ailleurs effectivement engagés dans des organisations dites djihadistes sur d'autres fronts de la planète).

    [* Il convient de préciser à ce titre (sinisation-du-xinjiang, voir aussi le cas de la capitale Ürümqi) que contrairement au Tibet, toujours vassal de l'Empire chinois mais relativement isolé sur ses hauts plateaux, le Xinjiang qui consistait ni plus ni moins qu'en la Route de la Soie a de très longue date connu une importante présence chinoise (nullement liée donc à l'horrible "communiiiisme"), qui pouvait s'élever au tiers de la population totale sous la dynastie Qing (1644-1912) avant de tomber à 6% en 1949 (après 3 décennies et demi de total effondrement intérieur de la Chine et donc de "rapatriement" des marchands, militaires, fonctionnaires etc.), lors de la prise de contrôle du territoire par l'Armée populaire, puis de remonter à la proportion d'un tiers vers l'époque de la Révolution culturelle - par ailleurs, comme pour toute province de tout grand État industrialisé en tant qu'"enclos à force de travail", on trouve également et de plus en plus (surtout depuis environ 40 ans de développement économique à tout crin dans l'"économie socialiste de marché") des Ouïghours hors du Xinjiang, concrètement, comme migrants de travail.]

    Sur la situation actuelle des Ouïghours en République "populaire" de Chine

    - Il apparaît cependant que les choses n'ont pas toujours été ainsi, et clairement pas sous Mao ni même jusqu'en 1989, date de la terrible répression du "Printemps de Pékin" (que l'on peut considérer comme le moment du triomphe total du capitalisme en Chine, dans la perspective de devenir un pays impérialiste). C'est particulièrement important à rappeler, car si un intérêt pouvait exister pour les médias de l'impérialisme (prenant le risque de paraître "pro-islamistes" aux yeux d'une partie de leur lectorat...) de mettre en avant cette terrible persécution, ce serait celui-là : semer la confusion régime chinois actuel = "communisme" et jeter encore de l'huile sur le feu, creuser encore le fossé entre les forces essentielles pour la lutte anti-impérialiste mondiale que sont les révolutionnaires marxistes d'un côté et la résistance nationale des peuples majoritairement musulmans de l'autre (à titre d'exemple : http://www.desdomesetdesminarets.fr/2018/10/13/persecution-des-ouighours-le-silence-des-institutions-musulmanes-officielles - "Leur seul tort est leur religion farouchement combattue par les héritiers de Karl Marx"...).

    Pour toute analyse marxiste sérieuse et digne de ce nom, la Chine ultra-capitaliste actuelle (et depuis près de 40 ans) n'a absolument rien de "socialiste" ni de "marxiste" sinon dans le décorum (servant d'équivalent pour sa "révolution industrielle" d'un - disons - régime bonapartiste autoritaire) ; de notre point de vue maoïste, la contre-révolution des tenants de la "voie capitaliste" y a été opérée sous la conduite de Deng Xiaoping dans les années suivant la mort de Mao (1976, jusqu'à disons la dernière Constitution promulguée en 1982).

    [Lire par exemple : Chine-chasse-aux-étudiants-marxistes.pdf]

    - Selon le quotidien Libération, certes né maoïste dans les années 1970 mais n'ayant plus grand-chose aujourd'hui (ni depuis longtemps) de fanatiquement pro-Pékin, loin de là, "le Xinjiang a longtemps été un monde à part exempté de la politique de l’enfant unique, où se pratiquait un islam ancien et modéré (sic... toujours le besoin d'insister sur ce genre de truc, enfin bref) à 3 000 kilomètres de Pékin. Le ouïghour, langue apparentée au turc et qui s’écrit en caractères arabes, était pratiqué partout, le mandarin ne s’apprenait qu’au collège deux heures par semaine. Les fonctionnaires chinois d’ethnie han étaient rares et discrets. «Mais après la révolte de 1989 et la chute de l’URSS, le Parti communiste chinois a craint que le Turkestan oriental ne fasse sécession. Il a entamé une politique dite d’assimilation, qui est en fait une destruction de notre culture, de notre langue, de notre identité religieuse»,explique le juriste Mehmet Tohti, cofondateur de l’association Congrès mondial ouïghour."

    https://www.liberation.fr/planete/2018/08/29/ouighours-les-camps-secrets-du-regime-chinois_1675335

    Ensuite de quoi, "les émeutes de 2009 et une série d’attentats qui ont fait plus d’une centaine de victimes, et l’enrôlement de dizaines de Ouïghours dans les rangs de l’État islamique en Syrie ont renforcé la répression"...

    Il n'y a donc aucune difficulté à imaginer que le régime chinois, toujours fin stratège, ait su profiter du climat mondial actuel pour associer lutte contre le "terrorisme" (avec cette résistance ouïghoure de tendance parfois djihadiste) et renforcement de sa mainmise sur cet immense territoire (3 fois l'Hexagone !) que l'on sait regorger de ressources indispensables à sa position mondiale de nouvel impérialisme concurrent de l'Occident ; en s'attaquant à travers "l'extrémisme religieux" (soigneusement "confondu" avec) à ce qui forme en réalité l'avant-garde de sa conscience, et donc de sa RÉSISTANCE nationale.

    - MAIS PAR CONTRE, à partir de là, on ne peut qu'inviter le lecteur ou la lectrice à une certaine prudence, un certain recul critique par rapport à TOUT ce qui se dit ; non pas forcément quant à la réalité des faits, mais peut-être par rapport à certaines possibles exagérations ; surtout émanant de "sources" telles que Free Asia (née contre la Chine révolutionnaire de Mao, mais toujours active contre le - désormais - concurrent impérialiste chinois de l'Occident), ou encore les médias des pays pétro-wahhabites du Golfe... Dès lors qu'il s'agit de viser et de jeter l'opprobre sur l'"intrus" dans la "communauté internationale" des puissances géopolitiques : celui qui était encore une sorte de protectorat, presque une colonie il y a à peine 70 ans !

    [Exemple parmi d'autres de désinformation grossière : selon le "Centre de Recherche pour le Turkestan et l'Azerbaïdjan", organisation basée aux Pays-Bas, les retombées radioactives des essais nucléaires chinois dans le secteur du Lop Nor auraient causé la mort de "200.000" à "un demi-million" de personnes, avec encore dans les années 1990 "85.000 personnes habitant dans la zone contaminée", etc. etc. Pourtant, l'Encyclopædia Britannica (en ligne, 2009) indique dans son article consacré que ce territoire, consistant en une vaste étendue de marécages salés (débouché du fleuve Tarim qui se perd dans les sables du désert à cet endroit), n'a plus connu de peuplement permanent depuis qu'une épidémie en a chassé les rares tribus ouïghoures qui l'occupaient dans les années 1920... !! (Pour rappel, sur les conséquences sanitaires des essais français au Sahara et en Polynésie, dont les donneurs de leçons feraient mieux de s'occuper : Conséquences_sanitaires_des_essais_nucléaires_français - la France a procédé à 210 essais entre 1960 et 1996, 50 aériens et 160 souterrains, contre 45 seulement pour la Chine, dont 23 aériens... comment imaginer alors autre chose que des retombées sur les populations au pire similaires, et certainement pas "un demi-million de morts" ??)]

    Il faut avoir à l'esprit par exemple, sans nier le fond de réalité de l'oppression du Tibet, y compris parfois sous Mao (où les tendances droitistes tendant déjà à voir les "provinces reculées" comme des colonies pour le futur capitalisme chinois, comme les tendances gauchistes aux exactions "civilisatrices" contre les "peuples arriérés", existaient dans le Parti et l'appareil d’État un peu comme ici sous la Révolution bourgeoise), ce que l'on peut ou a pu entendre au sujet du "génocide tibétain" ; en termes d'allégations ne tenant pas debout comme par exemple "1,2 million de morts depuis 1950" (population à l'époque...  1,2 million justement ; aujourd'hui 3,3 millions pour la région autonome, à 93% de nationalité tibétaine contrairement aux allégations de "majorité chinoise désormais" ce qui n'est même pas vrai à Lhassa - 82% de Tibétains ; 6,5 millions en ajoutant ceux des provinces limitrophes où ils sont effectivement minoritaires, mais reconnus comme nationalité dans les districts où ils vivent en majorité ; vous imaginez alors, un peu, les proportions délirantes et contraires à tout bon sens démographique attribuées à ce prétendu "génocide" ; etc. etc.).

    À cet épineux sujet, assez central dans l'anticommunisme de gôôôche bobo-socedem, libéral-libertaire, mais aussi fréquemment brandi par les gauchistes (anars, trotskystes etc.) toujours friands de génocides chez les autres (et moins volubiles s'agissant des crimes contre l'humanité sur lesquels se sont construits leurs propres États bourgeois), l'on peut lire notamment les papiers de l'excellent Domenico Losurdo : la-chine-le-tibet-et-le-dalai-lama - le-tibet-l-imperialisme-et-la-lutte-entre-progres-et-reaction

    [Lire aussi, comme les 3 "jalons" essentiels de la situation au Tibet sous la République vraiment populaire de Mao, pour essayer de sortir un peu (ça reste Wikipédia hein... mais c'est assez riche en informations) des idées toutes faites : Accord en 17 points sur la libération pacifique du TibetSoulèvement tibétain de 1959 - Révolution culturelle au Tibet (la situation au Xinjiang, à l'époque, a de toute évidence connu le même type de complexité).]

    - La position de la Turquie d'Erdogan (le Peuple ouïghour étant musulman mais aussi turcophone...) sur la question tend ces dernières années à évoluer vers un certain silence, ou au "mieux" à se payer purement de mots. Il faut dire que depuis 2016, face au soutien occidental à Rojava, aux suspicions envers l'Occident d'être derrière la tentative de coup d’État "güleniste" de cette année-là et (quoi qu'il en soit) aux condamnations par celui-ci des purges qui ont suivi, le régime AKP d'Ankara a eu tendance à se rapprocher grandement du bloc impérialiste "oriental" russo-chinois ; la Chine étant notamment son principal appui dans la perspective de rejoindre les fameux BRICS turquie-brics.pdf (qui deviendraient alors BRICST, ou peut-être simplement "RICST" vu qu'avec le coup de barre fasciste pro-occidental au Brésil, voilà...), ce qui dans un contexte de véritable guerre monétaire que lui livre Washington (pas au niveau du Venezuela certes, mais un peu quand même) lui donnerait accès à la Nouvelle Banque de Développement réservée aux membres du "club" (et dont heureusement le siège a été fixé à Shanghai en Chine, parce que si c'était au Brésil comme envisagé à un moment, voilà quoi...).

    Ainsi, en dépit du fait qu'historiquement (y compris du temps du kémalisme et de Mao...) le nationalisme ouïghour ait été très lié à l’État turc et à ses discours pantouraniens, on ne voit pas en ce moment le "Sultan" particulièrement "en pointe" sur ce dossier...

    Sur la situation actuelle des Ouïghours en République "populaire" de Chine

    EN RÉSUMÉ :

    - La Chine utilise sans l'ombre d'un doute le prétexte, bien dans l'air du temps, d'une "campagne anti-terroriste" (anti-terrorisme "islamiiiiste") pour, EN CONTOURNANT sa propre Constitution qui accorde (sur le papier) aux nationalités périphériques de la République "populaire" une reconnaissance nationale et une autonomie politique dont les peuples niés et les dernières colonies des États européens n'oseraient rêver (car sinon... pourquoi y aurait-il besoin d'un tel prétexte ?), asseoir sa mainmise sur le Xinjiang comme "colonie intérieure" au service de sa "volonté de puissance" impérialiste ; en brisant préventivement toute velléité de résistance nationale ouïghoure et en se "garantissant" (relativement) en cela un silence "gêné" des Occidentaux qui risqueraient, en montant au créneau, de se mettre en porte-à-faux vis-à-vis des discours anti-"islamiiiiistes" dont ils abreuvent quotidiennement leurs "opinions".

    - SOLIDARITÉ avec le Peuple ouïghour persécuté par l’État contre-révolutionnaire, "social"-FASCISTE chinois. D'un bout à l'autre de la planète, sans JAMAIS de "bon" ni de "mauvais" oppresseur, LE CAMP DES PEUPLES EST NOTRE CAMP

    - Mais dans le contexte actuel, à ne jamais perdre de vue, d'accélération de la Quatrième Guerre mondiale non-déclarée en cours depuis la fin de la Troisième (la Guerre froide) ; avec une Chine rivale capitaliste-impérialiste de l'Occident ; attention à une trop soudaine mobilisation médiatique, de trop soudaines et abondantes larmes de crocodiles des médias mainstream occidentaux à ce sujet. ÉVITER de se faire hâtivement mobiliser par un camp impérialiste (l'Occident) contre un autre (la Chine).

    Qui irait par exemple, en Syrie du Nord, dénier le droit aux Kurdes de faire face à des gens qui, quelles que soient les (même excellentes) raisons de la haine qui les anime, les considèrent comme des "impies" et des "satanistes" et leurs réservent le sort adéquat ; tout en en profitant pour desserrer un peu l'étouffant étau "jacobin" arabiste pesant sur eux depuis 7 décennies, et se constituer une base arrière contre l’État turc qui les piétine depuis près d'un siècle ? Pour autant, on a hélas vu comment cette belle cause a malheureusement tourné - ou plutôt été détournée...

    Et il peut en être absolument de même avec toutes les plus JUSTES causes de la planète, tant l'impérialisme, les impérialismeS dont il ne faut pas oublier la pluralité et la lutte entre eux, sont capables en la matière de tous les opportunismes.

    On a cité les Kurdes de Rojava ; on pourrait encore rappeler comment avec des individus comme Soral ou Chatillon, la Palestine elle-même, la résistance antisioniste du Machrek arabe peut être mobilisée au service d'une certaine vision, ou du moins "proposition" géopolitique adressée à l'impérialisme français... Dès l'époque de la Première Guerre mondiale, les Irlandais récupérés par l'impérialisme allemand contre l'Empire britannique ; les Arméniens, les Grecs, les chrétiens d'Orient et les Arabes récupérés par le bloc France-Angleterre-Russie pour dépecer l'Empire ottoman allié de l'Allemagne, etc. etc.

    Pour simple rappel : au nombre d'une dizaine de millions, les Ouïghours persécutés représentent quelque chose comme 0,6% des musulmans de la planète. Tout comme les 15 ou 20 millions habitant la Fédération de Russie, et donc potentiellement victimes de ses répressions, en représentent autour d'1%. La quasi totalité des autres (plus de) 98% sont, quant à eux, bel et bien principalement la proie de l'Occident, en Palestine, en Afghanistan et ailleurs ; et c'est sans compter les milliards de damnés de la terre non-musulmans...

    Il n'y a pas 3 siècles, mais une soixantaine d'années, la France colonialiste (au rapport pour le moins lointain avec "les héritiers de Karl Marx", sauf à inclure la SFIO de Guy Mollet dans cette définition...) appliquait exactement le même système d'internement de populations pour les matraquer des "bienfaits" de sa "civilisation" en Algérie : 2 millions de personnes soit un tiers de la population algérienne rurale...

    Mais c'est sûr, il n'est de "bonne" indignation que sélective et les persécutions, les massacres, les crimes contre l'humanité c'est toujours "mieux", plus commode à dénoncer lorsque c'est chez les autres ; surtout lorsque c'est (pour parler clairement) entre "barbares", entre non-Blancs !

    Il ne faut pas verser dans le campisme, dans une lecture purement géopolitique du monde et nier  l'oppression de ceux dont l'oppresseur est supposément dans le "bon" camp ; comme l'aurait sans doute fait ici le (malgré tout) regretté Losurdo, ou comme ceux qui soutenaient les soulèvements arabes jusqu'à ce que leur onde de choc atteigne les rivages de la Syrie "anti-impérialiste", attribuant dès lors toute juste résistance populaire contre l'oppression à la "Main de l'Empire" ; MAIS il faut bien évidemment toujours garder ce genre de facteurs à l'esprit pour que, comme disait Lénine, "le fait que les directions (des) mouvements (de résistance/libération nationale) pourraient les trahir en les associant politiquement et administrativement à l'impérialisme (puisse être) une raison de dénoncer leurs chefs" (et de ne pas se laisser embrigader dans des campagnes de propagande impérialiste au service de la guerre mondiale non-déclarée, etc.), "mais pas de condamner ces mouvements (la "raison de se révolter" qui les porte) en tant que tels".

    [Il faut aussi bien expliquer, comprendre et faire comprendre ici que le problème n'est pas que des peuples soient "ensemble", "amis", fédérés ; et non "séparés pour le plaisir de l'être" : c'est même, au contraire, le principe et le but de toute conception communiste du monde !

    Le problème est lorsque le rapport social entre deux peuples, nations, est un rapport de DOMINATION, d'oppression, de surexploitation du peuple dominé.

    C'est le concept que nous avons pu maintes fois répéter ici 3bVv_BxTLf7zai9k.png : séparation avec ce qui est réactionnaire, domine, opprime ; mais FÉDÉRATION sur des bases DÉMOCRATIQUES, égalitaires, dans une commune perspective émancipatrice pour les peuples ainsi unis, oui, 100 fois oui !

    Le problème n'est donc pas que les Ouïghours, ni quelque peuple que ce soit, Tibétains, Mongols ou autres, soient "liés" à la Chine ; fut-ce comme entité politique autonome d'une même République populaire. Il n'est pas, sous une forme juridique comme sous une autre, ce que l'on pourrait appeler une sorte de "panasiatisme" qui ne serait pas, en tant que tel, plus absurde que de parler de panafricanisme ou de panaméricanisme latino-caraïbe à la Guevara (être, en tant que peuples d'un continent proie de l'impérialisme, "ensemble"/unis pour être plus forts que divisés, instrumentalisés par l'impérialisme les uns contre les autres etc.). La Chine ne s'est pas "abattue du ciel" sur le Xinjiang, le Tibet ni aucune de ses "régions autonomes" que ce soit (ni n'exerce ou n'a exercé, ou du moins tenté de le faire, "de nulle part" son influence en Corée, en Birmanie, au Vietnam-Laos-Cambodge etc.) : il existait des liens historiques, séculaires voire millénaires d'"allégeance", de "tributarité" vis-à-vis de Pékin ; une "communauté de civilisation" ; et la République populaire est ainsi arrivée sur cette base en proposant de "ressusciter" ces liens, cette "grande famille" (c'étaient les mots officiels), sous la forme de régions à large autonomie (où la révolution pourrait éventuellement avancer à "petits pas", comme au Tibet au début), ou d'amitié et de coopération entre États voisins...

    Le problème ce sont les bases saines, égalitaires, respectueuses, démocratiques sur lesquelles doit être établie une telle union ; et leur éventuelle absence au profit d'un rapport de domination ; ce qui est le cas d'espèce que nous offre ici - désormais - la Chine au Xinjiang (il est sans doute, il faut le dire, pour le moins ardu d'établir et de maintenir entre une nation d'un milliard d'individus, industrialisée, à l'économie en développement galopant, et une autre "reculée", rurale et 100 fois moins peuplée - mais au territoire immense et assez inhospitalier, mais bourré de ressources précieuses - des rapports qui ne soient pas de domination...).

    De même que l'union d'un certain nombre de peuples (la quasi totalité de ceux précédemment prisonniers de l'Empire tsariste) au sein de l'URSS, puis de son "bloc" de pays "frères", si elle pouvait se justifier 100 fois (sur le principe) par la belle idée de former un grand "bloc" eurasiatique de peuples "plus forts ensemble" face à un Occident capitaliste-impérialiste rêvant de les écraser, a malheureusement échoué à se consolider sur la base d'un réel consentement démocratique entre tous, à "rayer de la page du temps" la domination grande-russe sur les autres peuples qui était la substance de l'"unité" tsariste antérieure, et a ainsi fini par se disloquer.

    Un rapport de domination qui peut tout à fait se déguiser ou du moins "incuber" ("faire son nid") sous des discours "civilisateurs" pseudo-altruistes, d'"apporter le progrès" (face parfois, en effet, à des archaïsmes sociaux effrayants comme au Tibet) ; et même, donc, sous des discours "ultra-révolutionnaires" de "chasseurs de réactionnaires" dans le style de la clique Iejov-Khrouchtchev de la "Grande Terreur" soviétique des années 1937-38 ou des "représentants en mission" de la Convention à la Fouché-Tallien-Barras-Fréron en 1793-94 quelques-verites-sur-la-revolution-bourgeoise, et, donc, de certains gardes rouges chinois ou du moins formés en (et revenus de) Chine han sous Mao. Ce type de contradictions (et de gouffre dans lequel verser...) est pour ainsi dire intrinsèque à toute expérience révolutionnaire de grande ampleur.]

    *******************************************************

    [Complément-synthèse] 

    - Il y a eu deux Républiques indépendantes du Turkestan oriental, l'une et l'autre d'inspiration plutôt panislamique et panturquiste. La première en 1933-34 [dans le contexte ultra-troublé des Guerres du Xinjiang et de la Rébellion Kumul, rébellion ouïghoure qui se ligua avec la clique du général hui Ma Zhongying pour renverser Jin Shuren, le seigneur de la guerre de la clique du Xinjiang, espérant rétablir ainsi le khanat de Kumul ; le Kuomintang, qui voulait lui aussi se débarrasser de Jin à cause de ses liens d'alliance avec l'URSS, soutenait la rébellion tout en feignant de le reconnaître comme gouverneur légitime ; histoire de dire "un peu" la complexité, digne pratiquement du conflit syrien aujourd'hui, et non la simplicité qui en satisferait certes beaucoup, de l'histoire de la région à cette époque, dans laquelle le conflit actuel plonge ses racines !] a été écrasée par le "gouverneur" (très autonome) nommé par le Kuomintang, avec l'aide de l'URSS (il était craint qu'elle ne s'allie avec l'agitation basmashi qui sévissait alors en Asie centrale soviétique). C'est son drapeau qui est (généralement) encore utilisé par les indépendantistes ouïghours aujourd'hui. La seconde, entre 1944 et 1949, a été plutôt soutenue par l'URSS dans la mesure où s'annonçait déjà la Guerre froide et dans quel camp allait être Tchang Kaï-shek ; elle a été supprimée ensuite sur accord Staline-Mao, juste avant la prise de contrôle du territoire par l'Armée populaire (on accuse Staline d'avoir fait assassiner ses dirigeants qui devaient se rendre à Pékin pour signer le traité avec Mao, mais bon, sans que ce ne soit totalement à exclure, les "révélations" d'"anciens du KGB" sorties en 1991, méfiance...).

    - L'existence, par la suite, d'un courant séparatiste plutôt pro-soviétique n'est pas forcément à exclure en effet ; les raisons qu'en propose [un intervenant révisionniste-campiste anti-maoïste rabique] peuvent en tout cas être cohérentes et crédibles. Il faudrait creuser le sujet.

    - Les sources citées peuvent bien être ce qu'elles sont : la Chine a reconnu, avalisé légalement recourir à l'internement "rééducatif" de plusieurs centaines de milliers voire un million de Ouïghours. [Notre révisio-campiste brejnévoïde] essaye-t-il de nous faire croire que la "branche de Daesh" locale compte un million de membres ? Daesh est une organisation fasciste financée par des oligarques réactionnaires arabes (ou d'autres pays musulmans), dans l'ombre ou plus ou moins en lien avec des secteurs d’État "profond" rappel-encore-une-fois-necessaire ; et qui comptera toujours au moins quelques dizaines de partisans PARTOUT où existe un TERREAU... Un terreau du type de ce traitement que subissent les Ouïghours, tout particulièrement depuis 1989. Ou du type de ce qu'il s'est passé en Irak, mais là ça ne posera évidemment pas de problème à [notre intervenant] de le dénoncer (puisque c'est l'Occident, le "Camp du Mal"). Et dans d'autres pays encore ; parfois de la main des "mauvais" impérialismes, parfois de celle des "bons" (ironie). Ce raisonnement est au demeurant valable pour toute force non-défendable par nous qui pourrait exister ; une force pilotée par l'Occident par exemple, ou la Turquie, les Saoud etc.

    - L'objet premier de cet article n'est pas d'exonérer à tout prix la période maoïste, mais plutôt de parler de la situation actuelle en indiquant que 1°/ il se passe bien quelque chose de critiquable, 2°/ attention cependant à la récupération occidentale (de propagande) de cette affaire, contre l'"intrus" parmi les puissances impérialistes actuelles, le pays qui il y a encore 70 ans était une véritable colonie... 3°/ la Chine actuelle n'est marxiste que sur le papier, ces agissements n'ont rien à voir avec être "les héritiers de Karl Marx" (et le faire croire fait bien l'affaire de l'Occident, en instituant une fracture entre deux forces de résistance mondiale majeures, l'islam résistant et le marxisme), 4°/ ces agissements ne sont "rien" à côté de ce que l'Occident a pu infliger depuis 2 siècles au moins aux peuples de culture musulmane (sans même parler des autres), c'est d'ailleurs pour ça que, même s'il essaye d'en tirer profit, il est gêné aux entournures pour monter au créneau et Pékin en profite. La France par exemple, il n'y a pas 3 siècles mais 60 ans, a enfermé 2 millions d'Algériens (sur 9 ou 10, 6 ou 7 ruraux) dans des camps de regroupement pour les y matraquer des "bienfaits" de la colonisation française.

    - Losurdo peut être intéressant lorsqu'il rapproche la situation des régions "reculée" (Tibet, Xinjiang) sous Mao de toute la complexité, le caractère contradictoire aussi bien de l'insurrection que de la répression (et des excès de celle-ci parfois), d'une Vendée-Chouannerie sous la Convention française ("traité le Tibet à l’instar d’une gigantesque Vendée à réprimer ou à catéchiser avec une pédagogie hâtive, mise en acte par des « partisans des Lumières » intolérants et agressifs provenant de Pékin et des autres centres urbains"). Voilà. Par contre, bien évidemment, on ne peut pas être d'accord avec sa caractérisation de la Chine actuelle comme "socialiste", "en NEP à durée indéterminée", dans le "Camp du Bien" (bien que nous secondarisions toujours son "mal" par rapport à "notre" impérialisme occidental) et "mieux" qu'à l'époque...


  • Commentaires

    1
    Pascal
    Mercredi 17 Octobre à 10:12

    L'islam composante essentielle de l'identité ouïghoure ? Oui et non. Les Ouïghours se sont-ils rendu compte que tout bien réfléchi, bouddhisme, christianisme nestorien et manichéisme étaient bien inférieurs à l'islam ? La victoire des Abbassides sur leurs rivaux chinois n'y a pas été pour rien.

    En tout cas, je peux témoigner que le chauvinisme grand han n'est pas une vue de l'esprit. Il touche non seulement les Ouïghours et Huis (asociaux, malhonnêtes, voyous), les Tibétains (ivrognes fouteurs de merde) mais également les Yis qui seraient des gens à embrouilles.

     

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