• (Sur la question de Sultan Galiev)


    [Au sujet de Sultan Galiev, pour situer, lire ici : sur-sultan-galiev-et-les-nationalites-musulmanes-en-urss-article-de-pe-a127692642 - l-idee-du-communisme-musulman-mirsaid-sultan-galiev]

    (Sur la question de Sultan Galiev)

    Ce qui est correct dans ce que dit Sultan Galiev, c'est qu'il comprend de manière pré-maoïste (et pré-Hô Chi Minh et pré-beaucoup d'autres) la TRÈS LARGE ALLIANCE DE CLASSES qui est nécessaire dans un contexte colonial. Il faut en effet, pour se libérer d'un tel contexte, arracher dans le plus de couches sociales possibles le plus de gens possibles à leurs petit intérêt personnels, auto-centrés, qui en dernière analyse servent le colonisateur.

    Mais il oublie un élément fondamental : QUI DOIT DIRIGER cette alliance de classes ; autrement dit la QUESTION DU POUVOIR.

    C'est là qu'il y a danger. Car si on laisse diriger des couches possédantes, avec en tête leurs intérêts et privilèges locaux EN PLUS de leur haine du colonisateur, un impérialisme ou un autre risque de rappliquer et de les "acheter" ; et ici, dans le contexte de Sultan Galiev, de les tourner contre la Russie ouvrière-paysanne ET les propres masses populaires tatares ou turkmènes qui n'y gagneront RIEN ; comme cela a été fait dès novembre 1917 avec la Pologne et les Pays baltes, et tenté de le faire avec l'Ukraine ou la Géorgie ou l'Arménie. [Bien sûr, avant que l'on nous rétorque avec la classe sociale de Mao, d'Hô Chi Minh, de Guevara ou Castro ou de tel ou tel autre : LES forces sociales dirigeantes dans un processus ne sont PAS SYNONYMES de LA classe sociale de l'individu propulsé président ou autre... il peut même y avoir, comme Maduro au Venezuela, un président ex-chauffeur de bus alors que la classe dirigeant le processus reste la bourgeoisie.]

    Dans le texte en lien au début de cet article, on peut lire que "les communistes musulmans de Russie virent leurs prétentions à être les propagateurs de la révolution en Orient anéanties par la réaffirmation, d’une part, de la contemporanéité de la révolution sociale et de la révolution nationale dont la direction devait incomber non à pas à la bourgeoisie radicale, mais à la paysannerie pauvre ; d’autre part de la primauté absolue de la révolution prolétarienne en Occident sur la révolution coloniale" : cette dernière affirmation est profondément erronée et a été contredite, EN PRATIQUE, par toutes les révolutions sous direction marxiste du 20e siècle après la Révolution d'Octobre. Toute l'histoire communiste depuis les années 1920 n'a fait que démontrer que la révolution est fondamentalement un encerclement des Centres par les Périphéries, et qu'elle est "portée" par conséquent par les luttes ANTICOLONIALES et ANTI-IMPÉRIALISTES de la "Périphérie mondiale" qu'est le monde colonisé et semi-colonisé.

    En revanche, la première (que "la direction doit incomber non à pas à la bourgeoisie radicale, mais à la paysannerie pauvre") est TOTALEMENT JUSTE et ce qui a là encore, mis en pratique par Mao, Hô Chi Minh et d'autres, fonctionné et assuré précisément le succès de ces révolutions anti-impérialistes "portant" la révolution mondiale. Certes ces révolutions ont aujourd'hui toutes été trahies, toutes été renversées par la contre-révolution et le capitalisme semi-colonial rétabli (sauf en Chine qui est devenue... impérialiste), mais elles ont du moins existé et duré un certain temps ; alors que les libérations anticoloniales sous direction bourgeoise, même bien réelles et "radicales" au début, ont subi beaucoup plus rapidement et violemment les affres de la re- (néo-) colonisation (Égypte dès l'avènement de Sadate, Inde, Indonésie, Algérie déjà avec Boumediene et encore plus après lui, etc. etc.).

    Le raisonnement de Sultan Galiev, dans la citation en photo ci-dessus, perd en fait de vue toutes les couches sociales (forcément un minimum privilégiées) qui servent objectivement (et systématiquement) d'intermédiaires dans l'exploitation des masses par le colonialisme. C'est logique : il y a un ordre social ; le colonialisme vient et le détruit. Si l'on avait une position éminente dans cet ordre social, comment la maintenir s'il n'existe plus ? Il y a la solution de combattre le colonialisme : il y a eu d'innombrables cas (Abdelkader, Samory Touré etc.) qui sont devenus des héros de la résistance nationale dans les pays concernés. Mais bon, si l'on PERD cette lutte, ensuite ? Il n'y a pas d'autre solution que de servir le colonialisme ou l'impérialisme.

    Cette notion d'avoir "été opprimés par les colonialistes" peut aller très loin selon les pays : les criollos d'Amérique du Sud peuvent dire qu'ils ont été opprimés par l'Espagne, qui ne leur donnait pas de pouvoir politique dans ses colonies ; raison pour laquelle, d'ailleurs, ils ont pris leur indépendance... et se sont mis sous la coupe des Anglais puis des Américains. Aujourd'hui ils en sont les intermédiaires, et une caste ultra-privilégiée de Blancs ou très légèrement métissés qui exploite les masses populaires indigènes, afros ou métisses à dominante indigène/afro. Aux Philippines il y a eu la même chose avec les métis éduqués ilustrados, qui ont également lutté pour l'indépendance contre l'Espagne ; ce sont aujourd'hui les intermédiaires de l'impérialisme US, dont les Philippines restent une colonie déguisée. D'ailleurs les colons blancs des États-Unis eux-mêmes, ont été "opprimés" par les Anglais ! La bourgeoisie mulâtre haïtienne ; les familles "nobles" (au sommet des pyramides tribales) de la Péninsule arabique, reconverties dans l'exportation pétrolière... et la sous-traitance de la domination impérialiste au Yémen et ailleurs, etc. etc. En Inde, les castes jouent un rôle essentiel de hiérarchie sociale pour exploiter les ouvriers et les paysans au service de l'impérialisme, pourtant "toutes les castes" peuvent dire qu'elles ont été opprimées à un moment donné ; les Anglais ont même souvent, dans leur conquête, mobilisé les "intouchables", les serfs, les esclaves contre les castes supérieures qui régnaient, les hindouistes contre des princes musulmans et inversement...

    Il est vrai ; nous le pensons contre Staline, contre Lénine même s'il le faut, et contre quiconque viendra ici nous casser les burnes avec son paquet de citations sous le bras ; que la libération de colonies RUSSES ne pouvait pas être dirigée par (même !) une alliance des ouvriers et des paysans RUSSES*. Et il est possible que le refus de cela, par Sultan Galiev, ait autant joué dans sa disgrâce, son emprisonnement et enfin son exécution que le danger anti-soviétique représenté, comme expliqué ci-dessus, par son oubli de préciser "qui doit diriger" la grande alliance de classes anticoloniale "touranienne"... Préfigurant déjà le triomphe de l'esprit "argousin grand-russe" (dénoncé par Lénine avant sa mort) qui devait présider, entre la mort de Staline et 1991, au rétablissement total du capitalisme en URSS (c'est d'ailleurs, fait peu connu ou peut-être consciemment dissimulé, dans les nationalités périphériques comme la Géorgie mais aussi les Républiques musulmanes d'Asie centrale qu'ont eu lieu les premières et plus grandes révoltes contre... Khrouchtchev !).

    Mais elle ne pouvait pas l'être non plus par n'importe quelle couche sociale, et en particulier par des bourgeois ou des grands propriétaires fonciers indigènes ("mollahs" ou pas, leur fonction religieuse on s'en tape) ; qui n'auraient engendré dans le contexte que des États de "cordon sanitaire", des protectorats de containment anti-révolutionnaire.

    C'est une loi mathématique que l'on peut encore retrouver aujourd'hui, aussi bien dans la lutte des Kurdes que dans la 400% légitime, au départ, révolte syrienne contre le régime de Bachar el-Assad.

    Et le fait est qu'après que la Commission de contrôle du Parti ait refusé sa demande de réintégration en 1924 (campant, donc, sur les positions qui avaient conduit à son exclusion), Sultan Galiev s'est alors engagé sur un terrain glissant ; dans une démarche de confrontation sans concession avec ce qui était tout de même la seule et unique "base rouge" de la planète à cette époque, et du point de vue de l'Occident, non pas des "Blancs" mais une horde mongole commandée par des Juifs (l'Allemagne nazie lui promettant une guerre d'extermination pour cela).

    Une démarche de confrontation qui, à mesure que les nuages noirs de la guerre totale s'amoncelaient et que le Pouvoir soviétique veillait à limiter les fronts sur lesquels il pouvait être attaqué (il y en avait globalement trois : l'Ouest par l'Allemagne ou une autre puissance européenne, l'Extrême-Orient par le Japon, "calmé" par la déculottée de Khalkhin Gol en 1939, et... le Sud en fomentant des soulèvements dans le Caucase et en Asie centrale, éventuellement appuyés par les forts secteurs pro-nazis d'Iran, d'Irak ou de Turquie kémaliste), ne pouvait se conclure que par la liquidation de l'un ou de l'autre ; et comme nous le savons, ce n'est pas l'URSS qui a été anéantie...

    Les BONNES questions soulevées par Sultan Galiev, toutefois, et quelles qu'aient été les réponses qu'il y a apportée, n'en restent pas moins entières et méritent d'être étudiées ; pour qu'un jour les BONNES réponses qui y seront apportées puissent intégrer la CONCEPTION COMMUNISTE DU MONDE, indispensable pour transformer celui-ci.

    (Sur la question de Sultan Galiev)

    (Sur la question de Sultan Galiev)


    [* "Je voudrais également attirer l’attention de la Commission sur une circonstance très importante, parmi d’autres, à savoir la nature particulière des conditions du développement de la révolution dans les régions économiquement et politiquement arriérées de population turco-tatare. De mon expérience personnelle de travail pendant la révolution parmi les nationalités arriérées, j’ai conclu que le développement de la révolution sur nos marges orientales aura certainement lieu de manière non linéaire, non pas selon un « projet préétabli » mais par soubresauts ; pas même suivant des lignes courbes, mais suivant des lignes brisées. Ceci s’explique par le fait que ces régions ont vécu sous le joug écrasant du tsarisme. L’importance et l’ampleur des atrocités commises dans ces régions par les tsars russes et leurs satrapes n’apparaissent au grand jour, dans tout leur relief et leur « magnificence », qu’aujourd’hui, après la révolution d’Octobre, qui a rendu possible une analyse réellement objective de l’histoire des Turco-Tatars et des autres nationalités autrefois opprimées. On apprend que les historiens russes ont scrupuleusement caché, à qui il fallait, le caractère inhumain, et sans précédent dans l’histoire, des actes de cruauté infligés par les gouverneurs russes à ces peuples. L’étude objective du Khanat de Kazan et, plus généralement, de l’histoire de la colonisation des marges orientales par les grands propriétaires nobles et la bourgeoisie russe, ainsi que de l’histoire des mouvements révolutionnaires des peuples de la Volga et de l’Oural, démontre que toute cette histoire de conquête, d’oppression et de colonisation des peuples turco-tatars et des autres peuples orientaux de Russie, n’a été rien d’autre que l’histoire « du fer et du sang ». Pour avancer en Orient, vers des ressources naturelles et des débouchés commerciaux à bon marché, la bourgeoisie féodale et commerciale devait anéantir des villes et bourgades florissantes, et exterminer des centaines de milliers, des millions même, de paysans, ouvriers et membres de l’intelligentsia indigènes. De grandes régions toutes entières, des dizaines de districts ruraux ont été rasées et des centaines de milliers de personnes éliminées. Ces actes de cruauté ont provoqué soulèvement après soulèvement (soulèvements armés des Tchouvaches, Maris, Votiaks et Tatars durant les quinze-vingt années qui ont suivi la conquête du Khanat de Kazan ; participation des Bachkirs et Tatars au mouvement de Pougatchev ; soulèvements en Bachkirie, au Turkestan, en Crimée et dans le Caucase), lesquels, à leur tour, ont fauché des dizaines et centaines de milliers de vies d’adultes indigènes en bonne santé et capables, ce qui a eu des effets délétères sur le développement ultérieur de ces régions. Les conséquences de cette politique « du fer et du sang », conduite durant des centaines d’années, ont été très néfastes pour ces peuples. On peut affirmer que vers le début du XXe siècle ces peuples n’existaient plus en tant que nations. C’était littéralement des esclaves et des parias. L’année 1905 les a légèrement réveillés, mais seulement légèrement. L’émergence d’une force politique indigène, représentée par la bourgeoisie commerciale et par une fine couche de l’intelligentsia indigène petite-bourgeoise, ayant lancé le slogan de la « renaissance nationale », a constitué l’un des résultats positifs de 1905 pour les peuples turco-tatars de Russie. Il n’y avait pas de prolétariat, au sens ouest-européen du terme, c’est-à-dire comme force ouvrière qualifiée, organisée en tant que force politique de classe à l’échelle nationale. Les nombreux ouvriers tatars employés dans les mines et les carrières, dans les chemins de fer et, en petit nombre, dans les fabriques et usines, constituaient une force ouvrière non-qualifiée ; en outre, ils étaient partout minoritaires et étaient incorporés au prolétariat russe." sultan_galiev communisme_nationalisme.htm]


    Compléments (commentaires FB) :

    "il a essayé de subvertir le canevas marxiste en faisant des contorsions, comme les musulmans d'aujourd'hui obligés formellement de rassurer en permanence les autorités républicaines et les alliés de gauche"

    "Se "libérer du canevas" d'un marxisme perverti, ou simplement jeune et bourré d'erreurs (comme il a été "scientifique" pendant 2.000 ans d'affirmer que le Soleil tournait autour de la Terre...), revenant en dernière analyse à remplacer simplement la bourgeoisie occidentale par la classe ouvrière occidentale comme "bourgeoisie mondiale" ; "compréhension" du marxisme encore agitée aujourd'hui, flots de citations à l'appui, par des gens qui ont très bien compris, qui sentent très bien VIBRER au fond d'eux leurs intérêts de Blancs comme position sociale à l'échelle mondiale ; c'est une chose, et une très bonne !

    Mais ça ne peut pas vouloir dire refuser des lois universelles (comme peut l'être la gravité, par exemple), telles que la Question du Pouvoir (je ne dis d'ailleurs pas que Sultan Galiev le fait, juste que cette citation, précise, laisse un flou sur ce point).

    La Question du Pouvoir est une loi universelle. Comment est organisée la propriété, qui dirige la production etc. etc. Les positions de classes possédantes ont des différences selon les cultures, ou selon (surtout) le niveau des forces productives, la structure économique des différentes sociétés.

    Il y a en effet des sociétés où les positions sociales, les places dans la division du travail sont relativement "complémentaires" ; c'était d'ailleurs le cas en Europe au Moyen Âge ; mais il y a quand même des tendances générales et des lois qui sont universelles, comme par exemple que l'unité (cette complémentarité des classes, cette stabilité sociale) est toujours relative et temporaire, tôt ou tard surgit au galop la contradiction et la lutte.

    C'est une certitude, que je défends, que le communisme dans les pays musulmans ne doit pas piétiner l'islam ; mais au contraire s'appuyer sur ce qu'il contient (et il en contient pas mal !) d'esprit communautaire collectiviste, d'égalité et de justice sociale, d'idée que la richesse insolente et l'exploitation sans pitié de son prochain est haram, etc. etc. Ceci n'est fondamentalement rien d'autre que ce que disait Mariátegui, pour le Pérou, au sujet de la communauté paysanne incaïque (de ce qu'il en restait après 4 siècles d'encomienda espagnole...). Ou Marx à Vera Zassoulitch sur la communauté paysanne slave, ou John MacLean sur le souvenir (car la réalité avait été bien laminée, là) de la communauté celte écossaise avant le règne des landlords.

    Mariátegui qui se fera étriller, pour ces thèses (qualifiées de "populistes" au sens de populisme russe, celui de Zassoulitch justement), par Codovilla, un Italien d'Argentine propulsé à la tête du PC de ce très européen pays (PC devenu une honte totale par la suite d'ailleurs) et de fait, de tous les Partis latino-américains du Komintern ; bref.

    http://ekladata.com/8a6lstexOJDJWrz1VIhBTUTHtq8/AMX_056_0012.pdf

    Il n'empêche que Mariátegui, certes blanc dans la conception sociale péruvienne où petit bourgeois éduqué = blanc (métis aux traits indigènes relativement prononcés pour un œil européen), mais néanmoins premier à affirmer la centralité paysanne indigène de la révolution au Pérou (contre la centralité d'une classe "ouvrière" immigrée d'Europe, qui d'ailleurs venait en Argentine mais très peu au Pérou), ne posait pas moins cette question centrale du Pouvoir, de quelle classe doit diriger et comment (en l'occurrence, la paysannerie indigène ou métisse chola à dominante indigène, et les paysans indigènes ou cholos chassés de la campagne vers les villes et y devenant ouvriers).

    De même que Mao, Hô Chi Minh etc. ; indépendamment (encore une fois) de leur extraction sociale personnelle (que je ne questionne pas non plus, et d'ailleurs ignore pour Sultan Galiev).

    C'est tout ce que je reproche ici à Sultan Galiev : pas d'être "bourgeois" (ce dont là maintenant, en attendant un saut sur Wikipédia, je ne sais rien), encore moins d'être "religieux" ou "nationaliste" (aucun sens de critiquer ça dans un pays dominé) ; pas de dire que TOUTES les classes d'une colonie (sauf peut-être les serviteurs directs du colonialisme) souffrent d'une manière ou d'un autre du colonialisme, et qu'il faut de larges alliances de classe pour combattre celui-ci ; mais de ne pas dire clairement (en affirmant cela), dans la lutte contre le colonialisme (et après la victoire), quelle classe doit diriger."

    "Après faire un syncrétisme entre islam, christianisme ou je ne sais quoi et communisme c'est impossible. L'islam c'est une religion a vocation politique, comme toute les religions monothéiste, elle se veut régisseuse de la société le communisme aussi. Donc tôt ou tard avec les religieux ça grincera."

    "Je ne serais pas aussi catégorique sur la religion, en fait, c'est quelque chose dont les gens parlent comme si ça voulait dire quelque chose de précis alors que non.

    Dire "l'islam", c'est comme dire "le christianisme". Or le christianisme, c'est l'Inquisition comme c'est Bernard Délicieux ou Thomas Münzer ; c'est Franco, ou Massu qui allait à la messe tous les dimanches, et les chrétiens humanistes qui soutenaient le FLN ; c'est Camilo Torres comme ça peut être le sniper qui a tué 400 personnes (hommes, femmes, enfants, vieillards) en Irak "au nom de Dieu".

    En fait, à partir du moment où elle cesse d'être vraiment l'idéologie qui DIRIGE l'ordre social (en Chrétienté comme en Islam autour de l'an 1000, disons), dans un système féodal d'économie naturelle et de relative "complémentarité" sociale, elle devient tout simplement un truc "élastique" qui subit et dépend des influences contradictoires de la lutte des classes, entre possédants et exploités...

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/religion-et-revolution-un-excellent-texte-maoiste-arabe-a114071990

    Première chose. La deuxième c'est que je pense que "les religions" ça parle de choses très différentes. Il y a le bouddhisme et les autres philosophies asiatiques comme le taoïsme, qui sont parfois presque dialectiques mais font du Temps un cycle qui revient toujours au point de départ (philosophie que les maoïstes ont dû fortement combattre en Chine). Et puis il y a les religions dites du Livre, qui donnent un SENS à l'Histoire. Il y a une Création, un Jardin d’Éden qui est un peu le communisme primitif, et puis une Chute (qui est un peu l'entrée dans l'Histoire) et de là, un affrontement entre le Bien (Dieu) et le Mal (Satan) qui doit se conclure par une Fin des Temps et une victoire du Bien, la punition du Mal (les poubelles de l'Histoire en quelque sorte) et le Royaume de Dieu... qui ressemble au communisme.

    Du coup, j'en suis venu à l'idée que tout ça correspond à la perception, au début de compréhension antique du Sens de l'Histoire auquel nous croyons aussi. En somme, Dieu est tout simplement le nom antique du matérialisme dialectique, "force" motrice de l'Univers et du mouvement infini de la matière, non pas vers toujours le même point de départ mais vers "quelque chose de supérieur" ; en l'occurrence, pour l'humanité comme partie de la matière, le communisme.

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/encore-quelques-petites-reflexions-sur-les-religions-et-l-attitude-des-a114496946

    Et tout ce qui dans les religions du Livre est devenu agent du pouvoir des exploiteurs, au fond, c'est des sortes de socedems à leurs stades de pourrissement respectifs LOL !"

    "les russes ne se sont pas auto colonisés?"

    "Lénine, qui a probablement souffert de "tatarophobie" pour son aspect physique même si en termes culturels il était russe et rien d'autre, n'a jamais cessé (pas seulement dans la polémique géorgienne avec Ordjonikidzé et en arrière-plan Staline) d'alerter sur la survivance du chauvinisme grand-russe dans le Parti et les masses qu'il représentait. Il est logique que le triomphe de la voie droitière, contre-révolutionnaire, dans les années 1950 ait signifié le retour en force de ce chauvinisme. À part Mikoyan, il n'y a plus eu de dirigeant éminent non-slave au niveau central.

    Après les problèmes, puis les affres de la liquidation du socialisme ont concerné les Slaves et les Russes aussi, on est d'accord.

    Maintenant, quand on parle de contexte autour de Sultan Galiev, il faut voir aussi le contexte qui à partir de 1933 est la promesse d'une guerre d'extermination et de réduction en esclavage des Slaves et des Juifs. Et, dans ce contexte, la terreur d'une prise à revers par le Sud ; sachant que Kemal puis Inönü étaient assez caractérisés par leurs sympathies pro-allemandes, et que Berlin avait aussi plus que ses relais à la Cour du shāh d'Iran (renversé pour cette raison en 1941) et dans le gouvernement irakien de Rachid al-Gaylani (guerre-anglo-irakienne).

    Certes pour Hitler, les musulmans d'Asie centrale et les Caucasiens étaient sans doute encore plus inférieurs que les Slaves ; mais, malin, il savait aussi utiliser toutes les tensions et tous les contentieux pour servir ses plans ; et distinguer le premier ennemi à abattre pour régner ensuite sur toute l'Eurasie (les Slaves comme les musulmans) : en l'occurrence le pouvoir soviétique russe, contre lequel tous les ressentiments étaient bons à jouer.

    C'est aussi ce contexte de terreur slave en URSS, devant la perspective de l'attaque nazie qui a précipité la fin tragique de Sultan Galiev (et toutes les politiques de durcissement contre les "nationalistes bourgeois")."

    "Après, si c'est ce à quoi tu penses, tu ne penses peut-être pas si bien dire car les Slaves de l'Empire russe ont effectivement connu aux 18e-19e siècles une forme d'"auto-colonialisme"...

    La Russie n'avait pas de colonies tropicales avec des esclaves, et pour se maintenir économiquement face à l'Europe de l'Ouest, elle a renforcé le servage de ses paysans jusqu'à le faire ressembler à une condition d'esclave noir en Caraïbe.

    Elle a en quelque sorte "colonisé" le mir paysan slave, par la main d'une aristocratie regardant vers l'Ouest, de plus en plus germanique par ses mariages etc., développant le mythe varègue (d'une origine scandinave) dans son roman national etc. etc.

    Ce n'est pas une vue de l'esprit : le principe de la féodalité, c'est déjà que la condition du paysan n'est pas celle de l'esclave antique ; et celui de la sortie capitaliste de la féodalité, qu'elle y ressemble encore de moins en moins.

    Or en Russie, le processus de modernisation initié par Pierre le Grand a signifié le contraire : un durcissement esclavagiste de la condition paysanne. Il y a eu un peu la même chose en Pologne (ce qu'il en restait guerre après guerre...), genre quelques jours de travail par an pour le seigneur au 13e siècle, tous les jours de l'année sauf le dimanche au 18e Servage#Pologne_et_Lituanie.

    La condition du paysan français ou anglais n'avait rien à voir avec celle de l'esclave africain de Guadeloupe à l'époque.

    Mais celle du paysan russe oui. Interdiction de quitter le domaine, fouet, peine de mort au moindre pet de travers, possibilité d'être vendu, etc. etc. Servage_en_Russie"

    "Une citation de Sultan Galiev en 1924, dans son courrier à la Commission de contrôle du Parti pour demander d'y être réintégré : "De ce point de vue, toute l’histoire de la formation des républiques et régions (oblasti) autonomes a été, à de rares exceptions près, l’histoire de la lutte entre, d’un côté, un petit groupe de travailleurs indigènes du Parti qui s’appuyaient sur les masses laborieuses indigènes et sur l’autorité des figures centrales du Parti (les camarades Lénine et Staline, qui étaient favorables à la mise en œuvre inconditionnelle des slogans de la politique nationale des travailleurs indigènes) et, de l’autre, des camarades russes locaux auxquels se joignaient des indigènes à l’esprit nihiliste, et qui niaient la question nationale en la considérant davantage comme une question de contre-révolution que de révolution"... encore une belle COMPLEXITÉ, à l'encontre de tout récit 'lisse' à ce sujet."


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