• Sur la question de l'impérialisme "progressiste" ("LGBT" mais pas seulement)


    Débat surgi sur Facebook autour de cette intervention du militant anticolonialiste intérieur Yannis Smaali, le 23 avril dernier à l'université occupée de Nanterre, portant sur le sujet toujours délicat et mal compris de l'"impérialisme gay" :

    (2) LA GAUCHE BLANCHE ET L'HOMORACIALISME

    (Lire aussi les autres interventions à la même conférence : 1 - 3 - 4)

    "Le Progressisme dit rien aux racisé-es ? D'accord, faudra expliquer ça à ce sale blanc impérialiste de Mao alors, lol. Non franchement, des fois y'a des trucs intéressants développer dans les discours "antiracistes politiques" (même si ça reste post moderne) mais là le concept d'"impérialisme gay" c’est juste ouvertement réactionnaire."

    Précision : contrairement à Houria Bouteldja par le passé, là c'est une personne homosexuelle qui s'exprime.

    Et il est longuement expliqué (relativement par A + B je trouve) la différence entre droits homosexuels et transgenres, en tant qu'identités ayant toujours existé sous différentes formes dans toutes les sociétés, et mouvement LGBT sous sa forme occidentale (la seule qu'il ait) et la prétention à l'imposer tel quel du Pôle Nord au Pôle Sud.

    Et puis bon, le maoïsme en Chine et l'homosexualité... Bref. Autres temps on va dire. Mao est un argument contre l'affirmation que le communisme serait 'étranger' au monde non-blanc, ça c'est vrai par contre, et il n'est d'ailleurs pas le seul (en fait toute l'histoire du communisme depuis 100 ans prouve le contraire). Mais il n'était pas vraiment un champion du mouvement LGBT qui d'ailleurs n'existait pas.

    "Osef qu'il soit gay, on peut être homo et réac, mais là l'analyse est typiquement post moderne, et comme toute analyse post moderne, elle cache une pensée profondément réactionnaire. L'"identité" y est placé, comme dans tous discours PoMo, au centre de tout, elle est immuable et figée, l'universalisme n'existe pas, la science n'existe pas, la vérité n'existe pas, le mouvement constant règne de la nécessité vers le règne de la liberté (c-a-d ce que nous considérons comme le progrès, même si l'Histoire n'est pas linéaire on n'est bien d'accord) n'existe pas, ce qui existe c’est l'identité. de cet analyse on va tout simplement refuser l'universalité, non pas à un mouvement de libération LGBT spécifique aux pays impérialistes et aux non-indigènes qui y vivent, mais bien au mouvement LGBT en général, sous prétexte que l'identité indigène passe avant. Si encore  ce genre d'analyse était accompagné d'une proposition concrète d'adaptation de la lutte LGBT aux conditions matérielles concrètes des communautés indigènes dans les pays impérialistes on pourrait considérer ça comme autre chose que réactionnaire, mais la c’est pas le cas (Ça ne l'est jamais dans la branlette PoMo) tout ce qu'il y'a la c'est un espèce de relativisme pas cher qui engendre (volontairement ou non) un discours bien réac voulant que toute volonté d'émancipation formulée au sein des communauté LGBT soir OBLIGATOIREMENT le fait d'une vile machination impérialiste. Alors c'est ÉVIDEMMENT qu'il faut dénoncer le PinkWashing et les  instrumentalisations (hypocrites, toujours, comme celle, récente de l'antisémitisme) de luttes "blanches" contre les communautés indigènes, et qu'il existe une nécessité d'adapter aux conditions concrète du prolétariat indigène des pays impérialistes les modalités de la libérations LGBT, mais pas dans le cadre de ce genre d'analyse post moderne, en somme je pense qu'il est stérile pour nous, communistes, de brandir le drapeau du post modernisme face au post modernisme et que c'est une forme d'opportunisme. Sinon pour la question des LGBT en Chine populaire ou en Russie soviétique : les idées ne tombent pas du ciel, tout simplement, et si dans le cadre de ces deux États socialistes des progrès ont existé malgré tout, la question ne s'est pas réellement posée car elle est de formulation (très) récente."

    Le progressisme n'est pas le communisme révolutionnaire, matérialiste dialectique, par ailleurs.

    En vérité je pense même qu'il est un concept construit depuis une quarantaine d'années CONTRE, pour la DESTRUCTION de celui-ci. SLP en a assez longuement parlé dans un article analyse-fascisme-anti-politique... Enfin quatre (tellement long que ça a dû être découpé en quatre - suivre les liens).

    Le progressisme c'est remplacer la dialectique de la matière, et donc de l'histoire de la société humaine, par un culte du Progrès ; notion au demeurant tout à fait plaquable sur la politique de "modernisation" actuellement mise en œuvre par Macron.

    On peut dire aussi, dans un sens, que c'est une tentative de pousser à l'ultime bout du bout la révolution capitaliste en tant qu'idéologie de l'individu... le plus SEUL possible face au Marché, dans des rapports sociaux qui sont désormais (de plus en plus) tous des marchés.

    Si on veut vraiment être clouscardien (il le faut peut-être, des fois), c'est aussi faire passer le sociétal devant le social et transformer le social (lutte des classes, lutte contre le patriarcat au service de la reproduction gratuite de la force de travail, lutte anti-impérialiste et son prolongement antiraciste dans les métropoles) en sociétal ("sujets de société") soluble dans la moraline ; et résoluble par le Progrès.

    L'homophobie et la transphobie ne sont pas des "sujets de société". L'homophobie et la transphobie, c'est la haine du fait que les mecs soient des "gonzesses", ou que des "gonzesses" "jouent aux mecs".

    Et quel est donc ce clivage mecs/gonzesses qui semble à la base de tout ; dont la haine de ceux ou celles qui ne sont "pas ce qu'ils doivent être" semble procéder ? C'est la division patriarcale du travail, recyclée par les modes de production successifs pour créer une catégorie surexploitée ; autrement dit ce qui veut qu'à travail égal les femmes gagnent en moyenne 20% de moins, et se payent ensuite l'essentiel des tâches d'entretien du domicile et de prise en charge des enfants et du mari qui travaille duuuur (reproduction gratuite de la force de travail).

    Et ça, c'est typiquement ce à quoi le progressisme ne touche pas et ne touchera jamais. Sauf peut-être (dans sa version radicale) pour appeler les mecs à se "déconstruire" (travailler sur eux-mêmes, faire des efforts).

    Ce que je veux dire c'est que le Progrès (et donc le progressisme) dans l'absolu, ça n'existe pas.

    Il y a une classe qui dirige un processus historique, et qui dit ce qui est progressiste (ou le Progrès) à SES YEUX, conformément à ses intérêts. Après, la vérité matérielle 'vraie' c'est que tout mode de production, tout ordre social postérieur à un autre dans l'Histoire (fût-ce la barbarie sans nom de l'esclavage colonial !) est un 'progrès' au sens où il est un passage obligé, en tout cas acquis et contre lequel on ne peut rien, entre le communisme primitif et le communisme tout court, rapprochant l'humanité de celui-ci ; mais ça ne signifie pas une appréciation morale au sens de 'cool' ou 'bien'...

    "En réalité, et je tiens à rappeller que (pour exemple) la Nouvelle Armée Populaire aux Philippines tâche de régler cette question et que des mariages homosexuels sont célébrés au sein du front et de l'armée (par exemple)"

    Et c'est une très bonne chose. Mais ça n'a justement rien à voir avec l'injonction à se 'civiliser' via l'adoption d'une gayfriendlitude à l'occidentale. C'est ça qui est critiqué. Et je ne parle même pas de danser avec des rainbow flags sur 1.500 cadavres à Raqqa (ce dont même les YPG/J se sont dissociés d'ailleurs).

    Ceci ne conduit pas à une ouverture, mais au contraire à une crispation des sociétés qui empire encore la condition homosexuelle. C'est ça aussi qui est critiqué.

    Quant à l'universalisme au sens d'universalité de certaines valeurs, je suis d'avis avec Fanon que je veux bien, mais on en reparlera quand les 3/4 de l'humanité en auront vu la couleur.

    On parle bien, au contraire, de concrétude concrète là (tous les pays ne sont pas dans les conditions des zones libérées aux Philippines)... Le concret, c'est à dire ce contre quoi on se cogne.

    "La vérité n'existe pas", ce serait plutôt de dire que la même chose marche partout et pour tout le monde de la même façon, et sinon TG sale cishétéro non-concerné tu n'es pas légitime (sauf que là c'est ballot, Yannis est concerné). C'est ça le postmodernisme : la vérité non pas comme réalité concrète contre laquelle on se cogne, mais comme ce que je dis parce que je le dis et je suis (telle ou telle identité) et toi non donc ta gueule.

    "Ce genre de texte montre surtout une absence de perspective criante, typique du post-modernisme. Sans Parti Communiste, sans direction révolutionnaire, sans vision programmatique, on se retrouve à dire "La question LGBT est pas d'actualité dans les quartiers et le sud global, juste la question du décolonialisme" et quelle stratégie pour ce "décolonialisme" ? Aucune. Alors qu'en réalité la question est surtout celle de l'impérialisme, définit scientifiquement, et donc des outils pour le vaincre en organisant les masses, masses qui n'existent jamais dans le discours post-moderne car l'identité est trop fragmentée pour être unie dans une seule lutte. Or on le voit, dès qu'un véritable Parti Communiste se forme pour mener une lutte contre l'impérialisme, plus haute forme de lutte décoloniale, elle le fait aussi contre tous l'héritage de la culture semi-coloniale semi-féodale qui est maintenu et entretenu par l'impérialisme et donc il n'y a pas une lutte en deux temps "lutte contre l'impérialisme" puis "lutte contre le patriarcat, les discriminations sexistes et contre les LGBT" mais bien une lutte contre l'impérialisme qui est le vecteur d'une culture nouvelle.

    L'impérialisme n'est jamais compris dans le post-modernisme, il n'est jamais analysé scientifiquement, il est uniquement vu comme l'exportation de valeurs et concepts occidentaux, bref il est toujours limité à son aspect superstructure et donc en ne luttant que contre les concepts et non sur la base matérielle, on s'enferme dans l'idéalisme et on arrive à rien. Évidemment que l'impérialisme utilise des concepts tel que les droits de la femmes, les droits de l'Homme ou encore les droits LGBT pour étendre son influence, justifier sa présence et ses interventions : que ce soit en Afghanistan, Syrie pour les interventions armées mais aussi pour là où il est présent de manière "soft". Que répondre à cela ? Que les impérialistes ne libèrent ni les femmes, ni les LGBT mais qu'ils les bombardent, qu'ils les exploitent économiquement et maintient en réalité des structures de pouvoir féodal. Toutes ces luttes, pour les droits des femmes, la reconnaissance d'autres identités de genre, les droits LGBT en général, sont pourtant parties intégrantes et non étrangères à la lutte contre l'impérialisme et oui c'est universel ! On ne peut lutter contre l'impérialisme en gardant une conception du monde réactionnaire qui est en réalité un héritage à la fois colonial et féodal, on ne lutte contre l'impérialisme qu'en développant une nouvelle culture et cette culture ne dit pas aux femmes "vous attendrez", aux LGBT "attention vous allez être instrumentalisés par l'impérialisme, vous n'êtes pas la question pour le moment" etc.

    Tout l'avant-propos de "Post-modernism today" du maoïste indien Siraj est extrêmement clair sur ce point là : http://www.bannedthought.net/post-modernism/Foreword.htm

    "Post-modernism/post-structuralism in its insistence on difference and the fragmented nature of reality and knowledge shows intense insensitivity to history. Structures and causes are dismissed by overstress on fragments and contingencies. Such romantic idealist trend bids adieu to Enlightenment concepts of progress or making history. The bankruptcy of the petty-bourgeois philosophers is eminently evident when they reject any programme to cope with the system of capitalism. In the name of ‘difference’ they concentrate on varied particular identities like race, gender, ethnicity, various particular and separate oppressions but reject the scope and possibility of collective action based on common social identity like class and common interests.

    Post-modernism/post-structuralism philosophers and writers are deliberately complicated in their approach, self-consciously difficult in style and refuse to follow any clarity in presentation of their views. Burdened with numerous jargons, their writings prove to be inaccessible to general readers."

    Le post-modernisme sous ces différentes forment n'a jamais été capable d'organiser les masses et de porter des perspectives révolutionnaires car ça ne fait pas partie de son projet, il ne peut porter que des luttes isolées, fragmentées, sans vue d'ensemble et donc sans perspective révolutionnaire."

    Je suis d'accord de A à Z avec ce que tu dis du postmodernisme, par contre je ne considère ni ce texte ni le PIR en général comme postmoderne, bien au contraire.

    Le PIR est tout ce que tu veux, je n'ai jamais dit qu'il était LE vrai Parti révolutionnaire et d'ailleurs il ne le dit pas non plus, mais il n'est pas postmoderne.

    Je suis aussi très en accord avec le texte de Siraj, mais il classe selon moi comme postmos de gens que je ne classe pas ainsi, comme Saïd par exemple. Interroger ce que donne l'impérialisme dans le domaine des discours et des représentations ne signifie pas ignorer l'impérialisme, dire cela de Saïd est à vrai dire presque sordide. De même que je ne classe pas Fanon comme postmo, bref.

    [Concernant la conférence de Nanterre elle-même, par ailleurs, la dernière intervention (du camarade Wissam) pulvérise l'accusation d'"ignorer l'impérialisme" : angles-morts-de-lextreme-gauche-blanche-4]

    On lutte contre l'impérialisme par l'unité du peuple. C'est la raison pour laquelle ont ne peut pas permettre les oppressions nationales par exemple, ou les divisions tribales ou de caste, on ne peut pas être fanatique religieux... mais pas non plus fanatique ANTI-religieux ; et on lutte contre le sexisme, dont découle l'homophobie (qui soyons sérieux, n'existe jamais indépendamment).

    Parce que sinon, on se retrouve à faire la révolution avec 10% du peuple ce qui n'est pas possible, et 90% que l'ennemi peut utiliser en sa faveur (les Anglais ont utilisé les dalits dans leur conquête de l'Inde, par exemple).

    C'est à mon avis, même, le PRINCIPAL SENS de l'aspect anti-semi-féodal de la Guerre populaire. La semi-féodalité, au delà de la question agraire, regroupant en fait un peu tous ces clivages archaïques qui empêchent l'unité anti-impérialiste du peuple, et dont l'impérialisme peut jouer.

    Mais par contre, je pense profondément et comme M. a été obligé de le reconnaître quand je lui ai fait la remarque sur Mao, qu'il y a des ORDRES DE PRIORITÉS et des questions qui ne peuvent se poser pleinement, prendre pleinement leur envol que dans certaines conditions ; et que sous le colonialisme ou le semi-colonialisme ou le colonialisme intérieur (racisme d'État) en métropole impérialiste, oui, la priorité, la lutte primordiale sans laquelle rien d'autre ne peut se résoudre, c'est la lutte contre le colonialisme-impérialisme-racisme.

    Ça ne veut pas dire que les autres 'n'existent pas' : au contraire, on sait qu'elles existent et on se bat pour un ordre social qui sera les conditions dans lesquelles elles pourront être résolues.

    Mais on ne peut pas permettre, non plus, qu'elles soient utilisées pour secondariser le principal. Ce que, désolé, la 'condition de la femme' ou des minorités sexuelles est aujourd'hui souvent utilisé pour faire, par le gaucho-impérialisme, dans les pays écrasés par l'impérialisme.

    Non, je m'excuse, mais contrairement à une 'bonne amie' commune, je n'apporterai jamais 'mon soutien privilégié' aux 'queers palestinien.ne.s' : mon soutien privilégié va au Peuple palestinien, queers ou pas, ou priant 5 fois par jour, et à sa résistance.

    Ce qui est dénoncé dans ce texte par le camarade Yannis, ce n'est en fait rien d'autre que l'utilisation des dalits par les Anglais pour soumettre l'Inde.

    Oui, il faut combattre le sexisme et l'homophobie dans les sociétés indigènes comme le système des castes en Inde ou les oppressions nationales en Turquie, pour L'UNITÉ DU PEUPLE, pour ne pas permettre à l'impérialisme d'en jouer (car il y a bien sûr une dialectique dans tout ça). Mais pas accepter de se soumettre aux agendas 'émancipateurs' à visées impérialistes.

    "On le voit dans le texte au dessus : aucune perspective à part une sacralisation du foyer familial menacé par le capitalisme et une nécessité de reconstruire un lien communautaire. Or l'expérience des luttes anti-impérialistes et anti-coloniales ont tous montré que celles-ci se réalisent grâce à un Parti d'avant-garde anti-colonial (même parfois dirigé par la bourgeoisie nationale, même si les limites sont évidentes) réunissant les larges masses et qui rompt avec l'organisation traditionnelle de la société, les luttes anti-coloniales n'ont jamais placé la famille comme bouclier face aux colons car elle n'en est pas un. Regarde la lutte des peuples d'Indochine, d'Algérie, du Vietnam, des Tamouls ou des Kurdes, à chaque fois il a y eu nécessité de développer une organisation et culture nouvelle et n'ont pas se reposer sur un lien communautaire traditionnel. Mettre le lien communautaire et la famille comme priorité dans la lutte contre le colonialisme c'est marcher sur la tête : le colonialisme a toujours su s’accommoder des structures traditionnelles, des structures féodales en mettant les élites dans sa poche et en gardant donc la paix sociale de cette façon. C'est même un outil de domination classique : quand les missionnaires espagnols sont arrivés aux Philippines ils ont en premier lieu chercher à tisser des liens avec les élites locales, ces missionnaires n'étaient pas en position de dominer militairement car bien trop peu nombreux et avec des forces armées très restreintes, ils ont donc étendu leur domination en utilisant tout ce qu'il y a de plus traditionnel, de  plus communautaire dans la société philippine et en s’accommodant de tout y compris pour la religion, en traduisant la Bible en baybayin, en s’accommodant du culte des ancêtres bien que contraire aux enseignements bibliques etc. Ce n'est qu'après qu'ils ont pu détruire la culture locale, après l'avoir utilisée pour dominer ! Et les révolutionnaires philippins, des ilustrados de l'époque aux maoïstes aujourd'hui ont développé la lutte sur la base d'une culture nouvelle, en sachant utiliser l'ancien pour servir le nouveau, en formant des organisations de lutte pouvant diriger les masses, jamais il n'y a eu besoin de "défendre la famille", "construire du lien communautaire". Mao a montré l'exemple : s'est-il appuyé sur la défense traditionnelle de la famille, càd sur le confucianisme, pour lutter contre l'impérialisme ? Bien au contraire, il l'a détruit, il a construit la culture nouvelle, les colons s’accommodent bien du confucianisme, du respect de la famille et de l'autorité comme valeurs suprêmes."

    Échange très intéressant en tout cas. L'impérialisme n'a cependant jamais eu, vis à vis des structures sociales ancestrales, une attitude aussi univoque que ce que tu décris.

    Tu cites des exemples d'utilisation à son service, mais on pourrait aussi en citer beaucoup où il les a combattues. Surtout (car il y a des phases dans l'impérialisme !!) quand on sort de l'impérialisme disons mercantile (jusqu'à la fin du 19e, début du 20e siècle) ; avec un colonialisme de plantation à esclaves (ou indigènes asservis dans des conditions similaires) OU ALORS un colonialisme de comptoirs, comme les exemples chinois et philippin que tu cites, où l'on fait du business et éventuellement un peu d'évangélisation mais on laisse globalement la société indigène avec ses structures traditionnelles intacte ; pour passer au CAPITALISME BUREAUCRATIQUE et à une vraie division internationale hobsonienne du travail TX0M.png, une transformation des pays dominés en usines ou en fermes industrielles du monde... Avec des régimes bourgeois bureaucratiques qui, tu l'auras constaté, sont généralement 'modernistes' (sauf dans la Péninsule arabique) et tendent à laminer ces structures traditionnelles (ce que l'urbanisation et l'industrialisation font toutes seules de toute façon).

    Donc dans ce cadre, la défense des structures traditionnelles peut faire sens. Les pays arabes ont connu une colonisation de peuplement et d'asservissement agraire, au Maghreb, avec une idéologie ultra-civilisatrice anti-'barbarie' ; et sinon, pour les autres (ainsi que la Turquie et l'Iran), une domination impérialiste tardive (années 1860-70 en Égypte, chute de l'Empire ottoman ailleurs) et directement capitaliste bureaucratique 'modernisatrice'. Il est donc logique qu'il y ait une 'allergie' à la 'modernité importée'. Alors qu'en Chine il y a plutôt eu prise d'appui sur la: société féodale traditionnelle, peu importe tant que la marchandise arrivait bien dans les concessions et dans les cales des navires direction l'Occident (au Pérou c'est encore une autre histoire, la féodalité est synonyme de propriété coloniale).

    Un concept de base du matérialisme c'est que tout peut, tout DOIT être combattu lorsque historiquement dépassé, mais pour être remplacé par QUELQUE CHOSE (de supérieur). Or l'idéologie de Fin de l'Histoire qui s'est développée depuis une quarantaine d'années, c'est que tout peut être combattu... mais pour être remplacé par RIEN, sinon la 'liberté' de l'individu seul face au marché. Il est donc logique que des gens préfèrent un quelque chose, fût-il réactionnaire, à ce grand rien. Mao a combattu la famille traditionnelle chinoise, mais il a mis en place les Communes populaires chargées (entre autres) des tâches de reproduction de la force de travail qui sont le rôle premier et central de la famille.

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