• Sur la ligne de masse


    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_de_masse

    La ligne de masse, c'est donc une méthode de travail qui vise à éviter l'aventurisme gauchiste, ou le "commandisme" (imposer sans discussion son point de vue aux masses, avoir tout compris et elles "rien", faire de la "contrainte en communisme" comme d'autres en religion en quelque sorte)... MAIS AUSSI le suivisme, c'est à dire se mettre à la remorque de leur niveau de conscience actuel, et capituler des idées justes en fonction de cela, ou refuser de traiter des questions qui "n'intéresseraient pas" les masses.

    Car sinon, autant tout simplement ne pas être communiste ; puisque lorsqu'un Parti communiste commence son activité, moins de 5% des masses en général veulent le socialisme et le communisme. Un Parti communiste chinois s'est créé en 1921, avec 13 gars dans une petite maisonnette (57 militants dans tout le pays au total), pour instaurer une société dont à ce moment-là moins de 1% des masses chinoises voulaient.

    Il en va de même pour parler d'antiracisme politique et de révolution indigène décoloniale, chose dont encore à l'heure actuelle, on pourrait dire que la majorité dans les quartiers se fout. Ou d'une indépendance (ou d'un large fédéralisme) socialiste pour l'Occitanie.

    On pourrait encore ajouter non seulement que (comme on l'a déjà dit) "la pratique" d'où viennent les idées justes est L'ACTIVITÉ SOCIALE des masses en général, et non la seule pratique militante de l'organisation révolutionnaire ; mais aussi que les masses ont un présent... ET UNE HISTOIRE. Les "idées et éléments de connaissance, souvent confus et non systématisés" ne se recueillent pas seulement dans la réalité présente des masses, mais aussi dans leur histoire passée. C'est aussi une HISTOIRE d'oppression et de luttes qui fait que l'Occitanie ou la Bretagne ou les colonies intérieures indigènes, ou New Afrika ou Aztlán aux États-Unis sont des réalités historiques, et aussi (de ce fait, donc) des réalités présentes scientifiques, "statistiques", même si tel ou tel individu pris individuellement, ou même 1.000 ou 10.000 individus pris au hasard collectivement (en rencontre-t-on vraiment beaucoup plus dans un travail de "ligne de masse" ?) n'en ont pas ou pas majoritairement conscience.

    [Pour prendre un simple exemple... Lénine n'a, de janvier 1897 à novembre 1905 puis de novembre 1907 à avril 1917, vécu qu'en déportation (en Sibérie) ou en exil (en Suisse et ailleurs) ; et même entre 1905 et 1907, il "dirige les opérations" (en quelque sorte) à Petrograd depuis la Finlande, appartenant certes à l'Empire russe mais jouissant d'une assez large autonomie... Il n'a strictement, au long de ces 20 années cruciales pour la révolution en Russie, jamais été sur le "ter-ter" ; presque PERSONNE dans toute l'histoire des mouvements révolutionnaires n'a eu moins de pratique de terrain que lui ; et pourtant, il est devenu Lénine !! Les arguments "terteristes" tombent ici totalement à plat...]

    De toute façon, si l'on croit au matérialisme dialectique (Diamat) on croit à un Sens de l'Histoire vers le communisme et la libération des peuples, et à ce qu'il FAUT dans chaque situation nationale particulière pour parvenir à cette libération ; il n'existe pas de "choix" humain quant à cet horizon inéluctable de l'humanité (ce que les anciens appelaient "Fin des Temps" ou autre, vers laquelle l'humanité allait par une volonté supérieure appelée "Dieu"), simplement le choix de se placer du bon ou du mauvais côté de la barricade, et le travail des révolutionnaires qui consiste à amener le plus de gens possible du bon côté, pour en avoir le moins possible à combattre en face.

    La ligne de masse est plutôt à concevoir comme une méthode d'"évangélisation" pour gagner ainsi le plus de gens possible aux objectifs révolutionnaires sans "contrainte en communisme", sans brusquerie qui susciterait leur rejet. Elle sert à dégager les idées justes en matière de travail politique, de style de travail, de priorités tactiques ; mais pas de caps stratégiques, qui sont prédéfinis.

    Elle ne sert pas à définir, au sens de "décider", où va le Sens de l'Histoire ; mais simplement à la rigueur à (au sens de) en PRENDRE CONSCIENCE lorsque cette conscience n'est pas encore claire. L'étude scientifique du capitalisme industriel au 19e siècle, et non un "référendum" parmi les ouvriers et les paysans rencontrés, a fait dire à Marx et Engels que le communisme à travers un processus appelé socialisme était l'objectif de l'humanité. Ils ont pu dire de la grosse merde au début sur le colonialisme, puis l'observation de cette réalité concrète les a amenés petit à petit à comprendre qu'il fallait le combattre et que les luttes contre lui étaient justes. L'observation de la réalité politique et sociale, et en premier lieu des partis bourgeois ou socialistes réformistes, a fait dire à Lénine que la Russie n'avait pas besoin d'une révolution bourgeoise et d'un siècle de règne de la bourgeoisie mais pouvait mener une révolution ouvrière-paysanne directement. Rappelons qu'entre 1900 et la Révolution d'Octobre 1917, il a passé en tout et pour tout... moins de 18 mois en Russie, et rarement dans le feu de l'action, se faisant très discret pour échapper à l'arrestation ; tandis que les bolchéviks qu'il dirigeait n'avaient pas (jusqu'à la fin de l'été 1917) d'influence réelle sur les évènements. Les échecs des années 1920 ont amené Mao à comprendre la centralité de la paysannerie pour la révolution en Chine ; et Mariátegui de même au Pérou, cloué dans un fauteuil roulant, pas des masses sur le "ter-ter" le gars... Nous sommes maoïstes parce que nous constatons que, pour le peu qu'il y a de mouvements communistes en lutte actuellement dans le monde, ceux qui se revendiquent MLM sont ceux qui "marchent" le mieux, ceux qui ont les idées les plus justes sur leurs pays respectifs et la situation continentale et mondiale, et les meilleures "solutions" à ces problèmes.

    Mais tout cela n'a pas été "décidé", comme si une autre décision était possible : c'était le Sens de l'Histoire dans ces pays, et cela a simplement été COMPRIS.

    Et aujourd'hui, comme il n'y a pas seulement un présent mais aussi un passé, et déjà 170 ans de socialisme scientifique marxiste et de luttes sur cette base ; et plus encore, 5 siècles de capitalisme sous toutes ses formes partout dans le monde et de luttes contre lui ; il y a probablement beaucoup plus de questions qui ne se POSENT PLUS que d'autres pour lesquelles il faut encore s'assurer par "l'enquête" que le mot d'ordre, l'objectif fixé, est le bon.

    On l'a dit, répétons-le encore une fois : nous SAVONS que le Sens de l'Histoire est le communisme à travers le socialisme, et nous n'allons pas "aux masses" armés d'une autre certitude ; alors pourtant que le mouvement communiste a traversé à partir des années 1980 une phase de grande défaite et de reflux, et que même si ça repart un petit peu, en Occident en 2018, une "enquête" dans une véritable "ligne de masse" devrait conduire à abandonner tout militantisme pour cet objectif dont une large majorité ne veut pas.

    La ligne de masse est donc une méthode de travail pour, à partir de leur "perception diffuse" que "quelque chose ne va pas" et qu'il "faut que ça change" (ce que Gramsci appelait le "bon sens", opposé au "sens commun" aliéné à l'idéologie dominante), amener les masses à la nécessité du communisme et à tous les mots d'ordres justes au regard de cette nécessité.

    ELLE N'EST PAS une méthode pour décider de quoi on va leur parler, à quels objectifs justes on va œuvrer à les rallier : ceci n'est certes pas décidé par pure fantaisie, mais par un travail scientifique d'étude, d'analyse, de réflexion qui ne se réduit pas à "aller écouter les masses".

    De toute façon, encore une fois, s'il en était ainsi on ne se revendiquerait même pas communiste. Ce en quoi la "ligne de masse" a été convertie, et pervertie, c'est tout simplement en une EXCUSE pour ne pas aborder les questions qui "dérangent", qui bousculent les "petits conforts intellectuels" produits des "petits privilèges" par lesquels la classe dominante monopoliste hiérarchise et aliène les unes contre les autres des parties des masses populaires. Comme la libération des colonies intérieures, que ce soit aux States ou en Hexagone, par exemple.

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