• "Servir le Peuple", "Pa'lante !" : la lumineuse expérience des Young Lords, organisation révolutionnaire de la colonie intérieure portoricaine aux États-Unis


    Nous avons déjà eu l'occasion, à travers le cas du prisonnier politique Oscar Lopez Rivera, de vous parler de l'infatigable et méconnue lutte de libération de cette île occupée et colonisée par l'impérialisme US depuis sa "libération" du colonialisme espagnol en 1898.

    Voici à présent un très bon article qui vous fera découvrir la lutte, dans les années 1960-70, de la colonie intérieure (estimée aujourd'hui à 4,6 millions de personnes) originaire de Porto Rico présente sur le continent états-unien, principalement dans les grandes métropoles du Nord et de l'Est (lutte que nous avions brièvement évoquée car c'est en son sein qu'Oscar Lopez Rivera a débuté son militantisme) : l'organisation révolutionnaire des Young Lords, les "Panthères boricuas" (diminutif de portoricain, sur l'île comme à l'extérieur).


    Servir le Peuple


    par Claire Richard

    Claire Richard a étudié la littérature et les nouveaux médias. Elle est journaliste indépendante entre Paris et New York.


    Dans les années 1970, aux États-Unis, les Panthères étaient de toutes les couleurs. Elles ont aussi été portoricaines et se sont attachées à réinventer une politique de la santé dans la banlieue de New York. Collectifs, militants, auto-gérés, féministes, anti-colonialistes, les Youngs Lords déclinent en quelques années, à eux-seuls, un manuel d’activisme politique quand celui-ci conduit au meilleur. Un modèle à suivre pour aujourd’hui.

    "Servir le Peuple", "Pa'lante !" : la lumineuse expérience des Young Lords, organisation révolutionnaire de la colonie intérieure portoricaine aux États-Unis

    « Il n’y a pas que les balles et les bombes pour tuer les gens. Les mauvais hôpitaux tuent. Les immeubles pourris, oubliés, tuent les gens. Les ordures et les maladies tuent les gens. Et les écoles tuent les gens. » (Palante, octobre 1970)

    En 1969, à East Harlem, les rues sont jonchées de débris, vieux papiers, restes de nourriture et bouts de plastiques, mais aussi de voitures, pneus, verre et lavabos… El Barrio, Le Quartier, comme on l’appelle aussi, est l’un des plus vieux bidonvilles (slums) de New York. Les immeubles sont souvent insalubres. Les appartements sont exigus et mal chauffés, sans salle de bain individuelle. Dans les rues, l’héroïne court déjà et les gangs de jeunes s’affrontent. C’est le quartier des Portoricains, immigrés depuis plusieurs générations ou fraîchement arrivés de l’île sous domination américaine. Les conditions de vies sont rudes : le travail est rare, peu qualifié et mal payé, le racisme quotidien. Sur les trottoirs, les ordures s’accumulent, car la ville de New York ne les ramasse pas régulièrement, parfois seulement une fois par semaine. Pour de nombreux habitants, le désintérêt des services sanitaires de la ville pour le quartier reflète leur statut de citoyens de seconde zone.

    Un dimanche de juillet 1969, une dizaine de jeunes gens, presque des adolescents, portant bérets et cheveux longs, descend dans une rue avec des balais, et commence à nettoyer. Si on leur demande qui ils sont, ils répondent : la Young Lords Organization ou encore L’Organisation des Jeunes Seigneurs. Ils ont entre 15 et 21 ans, sont des portoricains nés ou élevés à New York (Nuyoricans). La plupart ont déjà milité dans les mouvements nationalistes noirs ou radicaux blancs. Ils veulent agir plus que faire de la théorie et viennent de se constituer comme la branche new-yorkaise des Young Lords, un gang de Chicago devenu un parti révolutionnaire portoricain sur le modèle des Black Panthers.

    Les habitants ne savent pas trop quoi penser de ces jeunes en bérets de Che Guevara, mais lorsqu’ils les voient revenir tous les dimanches suivants, ils se dégèlent et certains leur prêtent main forte. Juan Gonzalez, aujourd’hui journaliste au Daily News de New York, était l’un des membres fondateurs et se souvient. « Après avoir nettoyé une ou deux rues, et rassemblé 20 ou 30 sacs poubelles, nous avons appelé le département sanitaire pour leur demander d’envoyer le camion-poubelle. Ils nous ont ri au nez et répondu qu’ils avaient un calendrier de ramassage et qu’ils n’allaient pas déplacer le camion seulement pour nous. Nous avons traîné les ordures au milieu de l’avenue principale, pour bloquer le trafic entre la 7e et la 8e avenue. Ensuite nous y avons mis le feu. La police et les pompiers sont arrivés, il y a eu quelques affrontements. Nous avons fait ça tout l’été 1969. Les gens en ont parlé comme “les émeutes des ordures d’East Harlem”, parce que la police avait attaqué certains membres de la foule et que des gens leur avaient lancé des bouteilles… Ça a rendu notre groupe célèbre. Lindsay, le maire de New York, a immédiatement envoyé des négociateurs, et ils ont accepté de ramasser plus souvent les ordures. Quand les gens ont vu que les ordures étaient ramassées, nous avons reçu plus de volontaires, et nous avons ouvert notre premier bureau, sur la 112e rue ». Ils élisent un comité central, publient un journal bilingue, en anglais et en espagnol, Palante.

    Les Young Lords sont marxistes, anticolonialistes et indépendantistes. Ils veulent à la fois l’indépendance de Porto Rico, une société socialiste et le contrôle populaire de la police, la santé, l’éducation, le logement, l’aide sociale. Pour eux, les révolutionnaires doivent servir le peuple et non le guider. Ils commencent donc par répondre aux problèmes concrets et immédiats des habitants de leurs communautés, les immigrés portoricains et autres. Cette approche locale et pragmatique explique en partie leur succès rapide. « Nous étions tous très jeunes, pour la plupart au lycée ou à la fac. La plupart d’entre nous ont quitté l’école et du coup, pendant presque deux ans, presque tous les gens qui travaillaient pour les Young Lords étaient à plein temps. Nous habitions dans des appartements collectifs, et nous vivions de la vente de Palante, et plus tard des dons à l’organisation, pour les loyers et les factures », se souvient Juan Gonzalez. « Avec cent personnes à plein temps pendant deux ans, on peut faire beaucoup de choses ! »

    Les Youngs Lords ont entre 15 et 20 ans. Ils ont tous milité dans des mouvements nationalistes noirs ou radicaux blancs.

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