• Séance ciné : "Le vent se lève" de Ken Loach


    Voici (en trois partie) cette fiction historique relatant la guerre d'indépendance irlandaise de 1919-21 :



    La révolution irlandaise 1/3 par apo-dictique
    La révolution irlandaise 2/3 par apo-dictique
    La révolution irlandaise 3/3 par apo-dictique


    Cet excellent film du cinéaste trotskyste britannique (le meilleur à notre goût, mais enfin les goûts et les couleurs...), outre de retracer cette épopée héroïque du Peuple ouvrier et paysan irlandais, a le mérite de bien montrer les CONTRADICTIONS à l'intérieur même de cette lutte entre les partisan-e-s d'une indépendance bourgeoise (un État capitaliste irlandais) et ceux et celles pour qui libération nationale devait forcément rimer avec projet de société socialiste, sans quoi (pour reprendre les mots de James Connolly) "si dès demain vous chassiez l’Armée anglaise et hissiez le drapeau vert sur le Château de Dublin, à moins que vous ne proclamiez la République socialiste, vos efforts auraient été vains. L’Angleterre continuerait à vous dominer. Elle vous dominerait par l’intermédiaire de ses capitalistes, de ses propriétaires fonciers, de ses financiers, de toutes les institutions commerciales et individualistes qu’elle a plantées dans ce pays et arrosées des larmes de nos mères et du sang de nos martyrs" - autrement dit l'Irlande ne deviendrait rien de plus qu'une néo-colonie.

    L'on y voit très nettement comment les premiers, aux rangs desquels les notables de village, l’Église catholique mais aussi tous ceux (comme le frère du personnage principal) déterminés à les ménager car "ce sont eux qui ont l'argent et sans argent pas d'armes", seront les premiers à accepter le Traité de décembre 1921 faisant de l'Irlande un "État libre" dominion de la Couronne et entérinant la partition de l'île entre les 26 comtés du Sud et les 6 comtés du Nord (les plus industrialisés, "comme par hasard"), partition toujours en vigueur aujourd'hui.

    Rejetée par 7 combattants indépendantistes sur 10, cette trahison débouchera sur une affreuse guerre fratricide qui fera plus de victimes que la lutte d'indépendance elle-même et (pire que tout) verra le camp nationaliste pro-traité se transformer en véritable auxiliaire de l'Empire britannique, armé par les Anglais contre ses propres frères d'armes de la veille et son propre Peuple...

    Le film de Loach s'arrête sur cet épilogue sinistre (le personnage principal est fusillé par son propre frère pro-traité après que la ferme de sa compagne, déjà brûlée par les Anglais, ait été de nouveau mise à sac... par les troupes de l'"État libre") ; mais dans les faits ce mécanisme de "salami vers la droite" du mouvement national irlandais (chute par tranches successives dans la capitulation et la conservation sociale) s'est poursuivi depuis lors. Ainsi, chef de file de la guérilla anti-traité mais également conservateur et anticommuniste farouche, Éamon De Valera formera en 1926 le Fianna Fáil qui, ayant rompu avec le Sinn Féin sur la question de la non-participation aux institutions du Free State (et du serment à la Couronne d'Angleterre auquel obligeait cette participation) pour prôner - grand "classique" de la politique - de "bouger les choses de l'intérieur", s'institutionnalisera petit à petit jusqu'à devenir de nos jours un parti de droite, l'autre grand parti bourgeois de la "République d’Éire" (finalement proclamée en 1949) avec le  Fine Gael héritier des pro-traité (fondé en 1933 par... un fasciste, Eoin O'Duffy).

    En 1969 interviendra la scission entre l'IRA/Sinn Féin "officiel" et l'IRA/Sinn Féin "provisoire", un peu différente puisque c'est sous un discours très "lutte des classes" et "question sociale d'abord" que les premiers renonceront au principe absolu de non-participation aux institutions de Londres, Belfast et Dublin (inscrit dans la Constitution du mouvement républicain) et abandonneront progressivement la lutte armée pour devenir un parti "marxiste-léniniste" institutionnel de type PCF de Georges Marchais ; ce que les seconds refuseront catégoriquement au nom de la fidélité aux valeurs fondatrices.

    Ce sera le début d'une (bien connue) nouvelle page héroïque de la guerre révolutionnaire de libération ; mais les "Provos" renieront à leur tour le principe de non-participation à partir du milieu des années 1980 et entreront (sous l'égide de Gerry Adams et de Martin McGuinness) dans une démarche de négociation avec l'occupant qui aboutira en 1998 à l'"Accord du Vendredi saint", véritable nouveau Traité de 1921 par son niveau de capitulation et de trahison de tout le sang versé dans la lutte. Scission des "Officiels" (1974) favorable à la poursuite de la lutte armée (et peut-être organisation aux positions politiques les plus intéressantes à cette époque et jusqu'aux années 1990), l'IRSP/INLA a également prononcé un cessez-le-feu iconditionnel en 1998 avant de renoncer définitivement à la lutte armée en 2009.

    Cependant, dès le début de ce processus des "dissidents" se sont à leur tour levés pour continuer la lutte jusqu'à la libération TOTALE du Peuple d'Irlande des chaînes de l'impérialisme et (cela va de pair !) du capitalisme : le Republican Sinn Féin, l'IRA Continuity, le 32 CSM (Mouvement pour la Souveraineté des 32 Comtés) avec la Real IRA devenue en 2012 "New IRA", le Republican Network for Unity (RNU) qui arbore fièrement le drapeau rouge à la faucille et au marteau, le groupe armé Óglaigh na hÉireann etc. etc.

    C'est à ces forces que va aujourd'hui tout notre soutien, pour une Irlande LIBRE et SOCIALISTE !


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