• Résultats du référendum indépendantiste en Écosse : le "non" l'emporte de justesse (et comme prévu...)


    des-partisans-de-l-independance-de-l-ecosse-Le verdict des urnes est donc tombé ce matin, assez conformément à ce que nous (comme la plupart des sondages) avions prévu : après deux ans de débats acharnés et même deux semaines de suspense "tendu" (quelques rares sondages ayant donné le "oui" vainqueur...), l'Écosse vient de "refuser" par 55,3% (2 millions de voix) de quitter le Royaume-Uni. Un résultat nettement moins serré, d'ailleurs, que ne l'annonçaient les dernières enquêtes d'opinion...

    Pour le Premier ministre indépendantiste Alex Salmond et son Scottish National Party (SNP, plutôt social-libéral voire social-démocrate), c'était quoi qu'il arrive un pari gagnant à tous les coups : si le "oui" l'emportait c'était évidemment un triomphe comme peu d'hommes peuvent en rêver dans leur vie (être le "père d'une nation")... mais même une défaite par 40% ou plus de "oui" représentait dans tous les cas un énorme succès et un rapport de force considérable dans les relations du pouvoir autonome avec Londres, pour exiger la "dévolution" de nouvelles prérogatives (des promesses de larges transferts de compétences au gouvernement écossais après le référendum avaient déjà été faites depuis des mois, et encore réitérées à la veille du scrutin). C'est ce qui explique les gesticulations de David Cameron ces derniers jours : il fallait non seulement empêcher à tout prix une victoire du "oui" (qui aurait été un coup terrible pour l'impérialisme british, même si la vengeance de celui-ci contre l’Écosse aurait ensuite été toute aussi terrible), mais aussi un score indépendantiste trop important et un Salmond en insupportable position de force dans les futurs pourparlers. Le résultat de ce matin le met finalement dans une position "raisonnablement acceptable" - il eut été beaucoup plus difficile pour Londres que les choses se soient jouées à quelques dizaines de milliers de voix.

    Quoi qu'il en soit, de ce résultat ressortent deux conclusions essentielles :

    - C'est un coup de tonnerre de plus dans le ciel européen et mondial : la crise générale du capitalisme balaie tout sur son passage et remet même en question les États produits dudit capitalisme (comme appareils politico-militaires d'un Centre capitaliste, ici Londres) ; États semi-coloniaux fantoches comme ceux dessinés au Proche-Orient après la Première Guerre mondiale mais aussi grands États impérialistes d'Europe y compris les plus anciens (l'Écosse a partagé le même souverain avec l'Angleterre dès 1603 puis été formellement réunie en 1707, donnant naissance au Royaume-Uni), qui se disloquent de toute part. Les Peuples travailleurs* niés et périphérisés par ces constructions capitalistes se réaffirment avec force ; ils comprennent et rejettent ce qu'ils sont : de simples pions, des rouages de la machine à valoriser le capital, chacun à une place bien définie qui lui a été attribuée par le Centre dans l'ensemble productif étatique. Ils se réapproprient leur histoire - celle de cette négation - et la brandissent fièrement comme un étendard de libération. Lorsque les États capitalistes (produits du développement historique du capitalisme) étaient florissants, ils pouvaient encore duper et aliéner les masses populaires dans des "citoyennetés" et des "patries" fictives : "britannique", "espagnole", "française" etc. ; mais à présent tout s'effondre et l'illusion se dissipe comme les effets de quelque drogue. scottish republican faucille marteauDans deux mois est censée voter la Catalogne... Tel est le mouvement historique bien réel qui s'est exprimé dans ce scrutin écossais : l’Écosse reste "britannique" mais quelques 44,7% (1,6 millions de personnes) ont voté pour en faire un nouvel État indépendant (vote majoritaire, même, avec 53% dans la première ville Glasgow), quelle que soit la "folle aventure" que cela représentait, voyant là la réponse aux terribles difficultés que la crise capitaliste leur inflige au quotidien (plusieurs études ont montré que c'étaient principalement les jeunes, à la situation économique toujours plus précaire, et les revenus modestes qui se prononçaient pour l'indépendance).

    Il faut dire que l'Écosse, contrairement à la Catalogne qui est plutôt (historiquement) une associée flouée du pouvoir castillan, sait plutôt bien ce qu'être une périphérie veut dire : dès son annexion définitive par Londres suite à la guerre victorieuse de Guillaume d'Orange contre les jacobites partisans de Jacques II Stuart (1688-1702), ponctuée d'affreux massacres et débouchant finalement sur l'Acte d'Union de 1707, elle a été littéralement mise en coupe réglée par le capitalisme britannique dans le rôle de productrice de matières premières (charbon et autres minerais, moutons pour la laine de l'industrie textile) à travers une expropriation brutale de la communauté productive traditionnelle qu'était le clan (processus notamment décrit par Marx dans le Capital chap. XXVII,  L'expropriation de la population campagnarde) ; expropriation souvent menée (d'ailleurs) avec la complicité des chefs de clans eux-mêmes devenant landlords ("seigneurs de la terre") et entraînant une émigration massive vers l'Angleterre ou l'Amérique du Nord... Peu d'industries de transformation y ont été développées (essentiellement dans la région de Glasgow, la Clydeside) et elles ont de toute façon été violemment démantelées sous Thatcher ; aujourd'hui encore le pays se caractérise par son sous-peuplement (5,3 millions de personnes sur 78.772 km², soit 67 habitants/km²) et l'importance de sa diaspora (plus d'un million de personnes nées en Écosse mais expatriées, principalement en Angleterre bien sûr) ainsi qu'un très important problème foncier (des milliers de kilomètres carrés sont la propriété de quelques landlords et leurs habitants de purs et simples locataires). C'est sans doute au Royaume-Uni que les territoires et les peuples périphérisés ont le plus les caractéristiques john macleande véritables colonies. La conscience de cela a toujours profondément empreint le mouvement révolutionnaire socialiste/communiste local avec notamment la figure (hélas peu connue) de John MacLean, l'un des plus grands dirigeants communistes du 20e siècle à nos yeux [même si bien sûr, comme ici avec nos jacobinards, a toujours existé un "communisme" (plutôt anglais) mettant en avant un "unionisme rouge"].

    - Mais c'est aussi, comme au Québec il y a 19 ans et comme en Catalogne dans deux mois (où là pour le coup le "oui" devrait être massif mais le référendum non reconnu par Madrid** - d'autant plus massif que le référendum ne sera pas reconnu et sans doute largement boycotté par les anti-indépendantistes...), une démonstration éclatante de l'impossibilité de la voie légaliste, institutionnelle et (surtout) à l'intérieur du capitalisme pour cette (ré)affirmation ; l'illustration parfaite qu'il n'y a de voie véritable que dans la Guerre populaire, pour la Libération révolutionnaire du Peuple (LRP qui n'est pas la "libération nationale" marxiste-léniniste "étapiste" classique, incluant la bourgeoisie***).

    Réaffirmer un Peuple comme le Peuple écossais contre l’État moderne (ici britannique) qui l'emprisonne depuis des siècles, c'est une négation au sens marxiste de cet État moderne qui est le produit du capitalisme : cela ne peut donc être qu'une négation du capitalisme lui-même ! Toute tentative qui 1°/ ne remet pas en cause le système capitaliste et 2°/ tente de passer par la voie des institutions bourgeoises, des référendums etc. et non par une mobilisation révolutionnaire de masse est en principe vouée à l'échec fut-ce "d'un cheveu" (comme au Québec en 1995) et, dans l'hypothèse où elle réussirait, à donner naissance à un État fantoche, faussement "libre" et totalement dépendant : à quelques encablures des côtes écossaises, les 26 comtés irlandais formant la "République d’Éire" en donnent un bon exemple - au demeurant, cet État n'est pas né d'un référendum mais bien d'une guerre de libération trahie par une partie de sa direction bourgeoise

    Les forces marxistes (voir ci-dessous) qui rejetaient le référendum et l'indépendance sur l'air de "cela ne changera rien pour la classe ouvrière", "c'est 'bon' capitalisme écossais contre 'mauvais' capitalisme anglais", "blanc bonnet et bonnet blanc" etc. etc. n'avaient pas tort dans l'absolu... et dans l'immédiat. Leur problème c'est de nier un mouvement historique bien réel en considérant, finalement, qu'elles détiennent la vérité et que les millions de gens qui ont voté "oui" sont des cons qui n'ont rien compris - autrement dit une posture aristocratique. Leur problème, c'est de ne pas voir les profondes aspirations populaires qui s'expriment ainsi et leurs possibilités de transformation en mobilisation révolutionnaire - autrement dit une attitude non-matérialiste.

    jacobitesQuant aux archi-classiques arguments comme quoi "le prolétariat n'a pas de patrie", les revendications nationales populaires "diviseraient le prolétariat international" etc. etc., de fait c'est bien Rosa Luxemburg dans ce qu'elle avait de pire qui semble être la référence politique de ces 'marxistes' - indifféremment qu'ils se réclament d'elle ou de Lénine-Trotsky, Lénine-Staline, Lénine-Staline-Mao, Bordiga ou qui que ce soit. Il semble nécessaire de leur opposer ce que disait Lénine lui-même en 1914 dans une controverse (justement) avec Luxemburg au sujet de la séparation (totalement pacifique d'ailleurs) entre la Suède et la Norvège, intervenue quelques années plus tôt : "Il ne peut faire le moindre doute que les sociaux-démocrates suédois auraient trahi la cause du socialisme et de la démocratie s'ils n'avaient pas combattu, par tous les moyens, tant l'idéologie et la politique des landlords suédois que celle des 'Kokoshkin' locaux [Fédor Kokoshkin était un 'constitutionnel-démocrate' ('cadet') russe de l'époque de Lénine, favorable à la 'libéralisation' de l'Empire vis-à-vis des nationalités mais fermement hostile à toute autodétermination], et s'ils avaient manqué à exiger non seulement l'égalité des nations en général (ce à quoi les Kokoshkin peuvent souscrire) mais aussi leur droit à l'autodétermination : le droit de la Norvège à faire sécession. L'alliance étroite entre les travailleurs norvégiens et suédois, leur complète et fraternelle solidarité de classe, n'a pu que gagner à la reconnaissance par les travailleurs suédois du droit des Norvégiens à l'indépendance. Ceci a convaincu les travailleurs norvégiens que les travailleurs suédois n'étaient pas infectés par le nationalisme, et qu'ils plaçaient la fraternité avec les prolétaires norvégiens au-dessus des privilèges de la bourgeoisie et de l'aristocratie suédoise. [...] Ils ont démontré qu'en dépit de toutes les vicissitudes de la politique bourgeoise - les relations bourgeoises pourraient très possiblement amener une répétition de la sujétion forcée des Norvégiens aux Suédois ! - ils seraient capables de de préserver et défendre la complète égalité et la solidarité de classe entre les travailleurs des deux nations, contre à la fois la bourgeoisie suédoise et la bourgeoisie norvégienne". CQFD... On ne peut pas dire que la Norvège indépendante soit devenue un modèle d’État socialiste prolétarien ; et pourtant telle était la position de Vladimir Illitch Oulianov !

    L'objectif du référendum (côté écossais) était certes une indépendance 100% bourgeoise et capitaliste : le modèle revendiqué du SNP d'Alex Samond est la social-démocratie scandinave et son projet était de faire du pays une autre Norvège assise sur la rente pétrolière de la Mer du Nord, le tout en tentant (comme la "République" d'Irlande du Sud avant lui) de jouer l'UE (l'axe franco-allemand) contre l'Angleterre. La monarchie n'était pas remise en question (Élisabeth II devait rester "reine d'Écosse" comme elle "règne" symboliquement sur l'Australie, le Canada etc.) et le grave srsm1problème foncier que nous avons évoqué ne devait pas faire l'objet de plus que quelques mesurettes. La question de la véritable libération, celle du Peuple travailleur vis-à-vis de l'exploitation capitaliste, restait absolument entière.

    Mais il est tout aussi absurde et ridicule de présenter les choses comme du "nationalisme réactionnaire" ou carrément du "fascisme". Ce que les partisans de l'indépendance revendiquaient souvent dans les débats, c'était d'être les "derniers défenseurs du modèle britannique d'après-guerre", celui de l'"État-providence" et du progrès social laminé par 35 ans de thatchérisme et de blairisme - d'ailleurs la perspective d'un maintien des conservateurs au pouvoir à Londres, à l'issue des prochaines élections, influait considérablement sur les résultats des sondages. Du SNP social-démocrate jusqu'à la gauche révolutionnaire "socialiste" (= marxiste), républicaine-socialiste sur le modèle irlandais ou anarchisante comme le fameux groupe de punkcore antifasciste Oï Polloï, c'est clairement à gauche de l'échiquier politique que se trouve le camp pro-indépendance ; même si évidemment des forces de "gauche" unionistes existent aussi, à commencer par les travaillistes (qui perdraient là un de leurs derniers grands réservoirs électoraux et une quarantaine de députés à Westminster !) mais aussi, bien sûr, toutes sortes de "marxistes" tant "staliniens" que trotskystes ou apparentés pour qui l'"orthodoxie" dogmatique fait office de ligne politique [on peut voir un bon aperçu ici http://tendanceclaire.npa.<wbr>free.fr/breve.php?id=9760 des positions au Royaume-Uni, ainsi que la déclaration du Parti 'communiste' 'écossais' (en fait la section écossaise de PC de Grande-Bretagne, il existe sinon un PC d’Écosse qui soutient l'autodétermination) et ici la version in french de la position du WSWS, tandis qu'en 'France' c'est bien sûr le festival jacobinard tant attendu 1 - 2 (position du PRCF ultra-partagée à la 'gauche de la gauche') et les incontournables "ça changera rien pour la classouvrièèèère" trotskystes 3 - 4]... En somme, toutes les forces de gauche n'étaient pas pour l'indépendance, mais toutes les forces pour l'indépendance étaient de gauche ! La droite conservatrice et réactionnaire était intégralement hostile à l'indépendance et farouchement pour le maintien de l'Union, des tories de David Cameron jusqu'aux souverainistes-populistes du UKIP de Nigel Farage - le FN britannique, arrivé en tête aux dernières européennes au Royaume-Uni mais obtenant (et pour cause) ses plus mauvais scores en Écosse (partagée entre SNP au nord, Labour au centre et libéraux-démocrates au sud ; l'UKIP n'étant en tête nulle part). De fait, comme en Bretagne, en Corse, au Pays Basque ouanti-independance dans certaines (nombreuses) régions d'Occitanie, la conscience et l'affirmation de Peuple nié par l'État moderne agit plutôt comme un antidote efficace à la mobilisation réactionnaire "nationaliste" étatiste qu'autre chose... Une droite réactionnaire qui a fait défiler 15.000 personnes pour le "non" à Édimbourg samedi sous la sinistre bannière "orangiste" des assassins d'Irlande du Nord : voilà de quel côté sont les fascistes là-bas !

    Quelle que soit la voie erronée (légaliste, institutionnaliste, capitaliste comme "horizon indépassable") où elle s'engage, c'est donc une aspiration profondément populaire et juste qui s'exprime là, et qui s'exprime avec des "mots" ultra-majoritairement progressistes. On voit d'ailleurs nettement, au regard des résultats électoraux, comment le thatchérisme a fait massivement glisser à gauche un électorat jusque-là - en dehors de la Clydeside - plutôt conservateur (résultats de 1979, 1992 et 1997) ; puis comment le sentiment indépendantiste est inexorablement monté avec la phase terminale de la crise générale du capitalisme jusqu'à porter le SNP au pouvoir en 2007 et le reconduire triomphalement en 2011, ce qui a conduit au présent référendum (23% pour le SNP en 2003, 33% en 2007 et 45% en 2011, score équivalent à celui du "oui" aujourd'hui).

    Bien sûr, ce projet de société indépendantiste n'est "progressiste" et idyllique que dans l'idéal car si, contrairement à Madrid pour la Catalogne, Londres a accepté la tenue du référendum et la reconnaissance de son résultat, elle tenait également prêt tout un arsenal de mesures visant à décourager le vote indépendantiste et, en cas de succès du "oui" malgré tout, à "torpiller" immédiatement l'économie du nouvel État : refus, par exemple, que l'Écosse conserve même temporairement la livre sterling, sachant que Bruxelles avait par ailleurs clairement rejeté l'intégration automatique du pays dans l'UE et donc dans l'euro (qui a pourtant cours dans de nombreux pays ex-yougoslaves non membres comme la Bosnie, le Monténégro ou encore le Kosovo... ah oui mais c'est vrai : là pour le coup ce sont des "indépendances" totalement voulues et pilotées par l'Union pour se faire des néocolonies !), etc. etc. - de fait, contrairement aux fantasmes de "complot balkanisateur" de certains, Bruxelles semble plutôt attachée à défendre bec et ongles l'"intégrité" territoriale de ses grands États membres... Ceci voulait bien sûr dire ce que cela voulait dire : aller mendier les republican socialistbonnes grâces du FMI et de la Banque mondiale pour permettre à l’Écosse indépendante d'être viable, avec les conséquences que l'on imagine. C'est sans doute ce qui a fait pencher un bon nombre d'électeurs vers le maintien du statu quo, ou en tout cas vers l'abstention (autour de 15% tout de même, même si la participation a été exceptionnelle et l'avance du "non" - nettement plus large que dans les derniers sondages - tend à montrer que c'est vers ce choix que se sont portés les "8 à 14% d'indécis" qui ressortaient de ces enquêtes).

    Voilà (et le même raisonnement vaut pour le référendum catalan prévu le 9 novembre) un bon exemple d'où se situe la différence entre une démarche institutionnelle légaliste et une démarche de lutte de libération révolutionnaire mobilisant véritablement le Peuple, "seul créateur de l'histoire universelle" comme disait Mao, pour construire une société nouvelle (par mobiliser nous n'entendons évidemment pas faire voter, mais mobiliser dans une dure lutte qui transforme au quotidien les rapports sociaux). Si en apparence "le Peuple décide souverainement de son destin", la "libération" est ici en réalité quémandée à l’État central qui va tout faire pour qu'une majorité (même courte) refuse l'"aventure" de l'indépendance, et si d'"aventure" le Peuple en question "passait en force", le lui faire payer très cher en faisant de la Grèce un paradis sur terre à côté de la situation économique et sociale du nouvel État. En d'autres termes : on va demander à des millions d'hommes et de femmes qui ne sont pas des hommes et des femmes nouveaux/velles forgé-e-s dans le feu d'une longue et dure lutte révolutionnaire, ayant appris l'autonomie populaire etc. etc., de se prononcer majoritairement pour ou contre un incroyable saut dans l'inconnu... Il est absolument évident qu'une majorité (même courte) va à tous les coups préférer la sécurité de ce qu'ils/elles ont toujours connu ! Mais ceci peut et doit, aussi, être un moyen de faire prendre conscience au Peuple de l'impasse institutionnaliste et de mobiliser sa fraction avancée dans la voie révolutionnaire - ce qui est évidemment impossible en niant, comme certains "marxistes", la réalité des aspirations exprimées dans le mouvement populaire pour l'indépendance et en n'y voyant qu'"aliénation" ou "aspirations petites-bourgeoises", en un mot "conneries contre-révolutionnaires".

    100 0745Ni panacée, ni "pure merde réactionnaire" : telle est notre position sur ces mouvements indépendantistes qui connaissent une expansion radicale en Écosse ou en Catalogne, a fortiori lorsqu'ils s'expriment dans un langage progressiste (nous avons évidemment beaucoup plus de mal avec un mouvement "de riches" et d'expression majoritairement réactionnaire comme en Flandre, même si nous ne considérons pas plus l’État belge comme une "nation" que les États français, britannique ou espagnol et même si les Flamands étaient, jusqu'au milieu du 20e siècle, une nationalité profondément méprisée et opprimée par la bourgeoisie francophone bruxelloise, avant de devenir une nation capitaliste dynamique voyant les Wallons pauvres et socialistes comme des boulets - un côté "marre des pauvres" que l'on sent aussi pointer parfois dans le discours catalan, hélas). Nous voyons là de la matière sociale en mouvement pour des raisons objectives et légitimes - historiques - et qu'il s'agit de mettre en mouvement dans un sens révolutionnaire, car elle est (actuellement et évidemment) politiquement confuse et peut aussi (bien sûr) aller dans un sens réactionnaire, qui la verra soit être écrasée soit être récupérée pour consolider l'ordre social européen et mondial - et non l'affaiblir. Nous n'avons pas dit autre chose au sujet des aspirations (en l'occurrence) autonomistes et en apparence "interclassistes" voire "réacs" qui se sont exprimées en Bretagne à l'automne 2013. Cela nous a bien sûr valu l'hostilité de tous les défenseurs de l’État moderne tel qui l'est (ou soi-disant de son "dépassement" "a-national" idéaliste et abstrait), y compris "rouges" ou "anars" (soi-disant révolutionnaires et en réalité petits bourgeois vivant de cet ordre social historiquement construit). Mais aussi, parfois (comme au sujet de la Catalogne), l'incompréhension de personnes partageant nos convictions "occitanistes" mais voyant (terrible "crise de confiance" que connaissent les personnes révolutionnaires depuis un quart de siècle) dans ce genre de démarche institutionnalo-légaliste leur référence absolue...

    saoirseNotre position concernant notre propre pays l'Occitanie, quant à elle, a déjà été exposée et expliquée plusieurs fois : nous ne sommes pas indépendantistes au sens "commun" (= "mauvais mais hélas répandu", cf. Gramsci) de créer à tout prix un État occitan, peu importe son contenu de classe. Nous sommes pour créer une BASE ROUGE de la révolution mondiale en Occitanie et si cela implique la séparation d'avec l’État français (tel qu'il est actuellement cela l'implique forcément) alors nous nous séparerons ; mais si cela peut se faire au sein d'un "Hexagone rouge" ou de tout autre cadre territorial plus grand, alors nous nous y fédérerons sans aucun problème... mais sans accepter pour autant un quelconque hégémonisme de qui que ce soit.

    Cette logique de libération révolutionnaire d'une périphérie en tant que territoire géographique permet d'ailleurs de "dés-ethniciser" la revendication et d'éviter ainsi que d'éventuelles minorités nationales (issues de l'immigration par exemple) soient inquiétées et finalement gagnées par la propagande unioniste/centraliste qui présenterait l'affirmation du Peuple nié comme "xénophobe", avant de se retrouver ensuite accusées d'avoir fait "capoter" les choses comme au Québec en 1995 (division des masses populaires au service du système dominant, mais là dans l'exemple québécois c'était inévitable vu la logique bourgeoise et "petite-blanche" qui est celle du PQ). S'il existe (en Occitanie comme ailleurs) des secteurs sociaux comme ce que nous appelons les colonies intérieures (et d'autres "indigènes"), ou encore les Rroms, qui sont dans une situation spécifique appelant une lutte autonome spécifique, c'est bien (à travers un processus que nous avons exposé en long, en large et en travers) l'Occitanie en tant que TERRITOIRE qui est une province et une périphérie de la construction capitaliste "France" avec l'ENSEMBLE des classes populaires vivant dessus, et non "les Occitans" comme communauté "organique" fantasmée et supposée descendre des paysans du Moyen Âge ou carrément des peuples antiques conquis par Rome - il est hélas probable que beaucoup de personnes trompées par l'ennemi croient que cette vision est la nôtre, et que nous ne luttons pas contre l’État français comme appareil d'oppression qui nous périphérise mais contre les "allogènes"...

    saorsaNous pensons de toute manière qu'une indépendance occitane capitaliste est impossible, car seule une fraction infinitésimale de la bourgeoisie occitane y est favorable - la grande majorité trouve son compte dans l’État français, fut-ce au prix d'une certaine "décentralisation" - et par conséquent, spontanément, seule une petite minorité des masses populaires l'est aussi. Nous ne sommes pas et ne serons certainement jamais dans le cas du Québec, de l’Écosse ou de la Catalogne, où une portion plus que conséquente de la classe dominante veut son propre État. La conscience de Peuple occitane existe, elle est beaucoup plus répandue que ne veulent bien le croire les thuriféraires de la "République une et indivisible", mais elle ne peut prendre un caractère réellement affirmatif et offensif que dans le cadre et au service d'une démarche révolutionnaire, d'une lutte pour une nouvelle société, une société socialiste puis communiste. L'Occitanie existe objectivement (territoire d'une langue et d'une culture du nord du "Massif central" aux Pyrénées et du Golfe de Gascogne aux Alpes) mais elle ne peut exister subjectivement (dans la conscience de masse) que comme PROJET RÉVOLUTIONNAIRE. Dans un sens, c'est mieux : nous ne nous trouverons jamais confrontés aux rudes débats d'une prise de position face à la perspective d'un État bourgeois indépendant, même si quelques esprits "gagne-petit" pourraient faire jouer ce rôle à une quelconque "avancée institutionnelle". Mais la tâche n'en est que plus immense, car nous devons TOUT CONSTRUIRE : nous n'avons pas la matière première d'une conscience collective léguée par la bourgeoisie, que nous pourrions "travailler" et transformer... Nous devons partir de cette conscience 100% populaire qui existe bel et bien, largement, mais diffuse, peu structurée et subissant l'hégémonie intellectuelle de la bourgeoisie dominante.

    Dans ce combat qui, répétons-le encore une fois, n'a de sens qu'inscrit dans une lutte révolutionnaire MONDIALE, nous saluons et encourageons le Peuple travailleur écossais CONSCIENT dans la poursuite de sa lutte pour la Libération !


    Saor is Sòisealach Alba !
    Free an Socialist Scootlund !

    (Écosse libre et socialiste !)


    * Ce terme (fréquemment taxé de 'révisionnisme' par les guignols pour qui le dogmatisme fait office de pensée politique) englobe le prolétariat http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/les-classes-le-proletariat-a114084216 et les classes populaires assimilables par leur niveau de vie, autrement dit les personnes qui tirent l'essentiel pour ne pas dire la totalité de leurs ressources de leur propre force de travail (de manière salariée ou 'à leur compte'), et non de l'emploi de la force de travail d'autrui (définition de la bourgeoisie et des classes dominantes en général).

    ** Cette différence d'approche idéologique procède de la réalité matérielle. L'Angleterre peut tenir ses périphéries et donc se permettre de les reconnaître comme nations (ce qu'elle a toujours fait, dans le sport comme dans les régiments militaires), présentant le Royaume-Uni comme une "famille" de nations et non comme un "État-nation" contre toute évidence. Elle peut même se permettre de laisser se tenir un référendum pouvant déboucher sur l'indépendance d'une "nation constitutive" de la "famille", sachant qu'elle aurait de sérieux moyens de rétorsion contre la "fugitive" (elle l'a déjà montré, en 1920 et depuis, en Irlande) au cas où tous les moyens de pression préalables n'auraient pas empêché la victoire du "oui".
    La Castille ne peut pas se permettre cela car économiquement, au Nord de la péninsule en tout cas (Catalogne, Pays Basque), ce ne sont pas des périphéries mais des capitalismes bien plus dynamiques que le sien, superposés sur des classes populaires très conscientes par rapport à la moyenne européenne (cela, par contre, au Nord comme en Castille comme au Sud : partout). L'"espagnolité" d'ailleurs, pour dire les choses clairement, est "monnayée" depuis la "transition" de 1975-82 aux bourgeoisies nationales contre le maintien de l'ordre... Elle peut aussi l'être, éventuellement, sur l'argument que dans le "concert" européen et international "l'Espagne pèse ensemble 47 millions (d'habitants) et 1.300 milliards (de dollars de PIB) alors que les Catalans, les Basques etc. seuls ne pèseraient que quelques millions d'habitants et quelques centaines de milliards de PIB". Mais si une bourgeoisie (comme la catalane ou la basque) se sent réellement en mesure de se "faire la malle" et se montre manifestement capable de mobiliser en masse en ce sens, Madrid n'a pas le 1/10e des moyens de Londres pour rendre (d'abord) très improbable une victoire de l'indépendance et (le cas échéant) faire payer très cher celle-ci aux sécessionnistes. Elle est donc obligée de bloquer les choses autoritairement, en refusant par exemple - catégoriquement - que se tienne le référendum, et de reconnaître ses résultats au cas où il se tiendrait quand même.

    *** Il est clair que 100 ans ou presque après que Lénine ait théorisé la libération nationale, il faut être capables de constats de faits pour avancer. Le ridicule du nihilisme national des luxemburgistes, de certains anarchistes, certains trotskystes etc. a été amplement exposé et le fond de l'ignoble a même été atteint ces dernières années au sujet de la Palestine (cherchez sur Facebook le groupe "Révolution permanente", vous verrez). Mais la faillite des libérations nationales bourgeoises est aussi un fait établi et la perspective d’États "indépendants" que l'"ex"-métropole (qui le reste sur le plan économique...) mettrait immédiatement en faillite ne fait plus recette, même comme "premier pas", ainsi qu'on peut le voir dans les dernières colonies directes tricolores ("Dom-Tom") qui s'accrochent désespérément à Paris et même dans d'anciennes colonies, comme l'île comorienne d'Anjouan, qui voudraient... redevenir "françaises". Ce n'est pas là une position que nous trouvons particulièrement intelligente ni que nous soutenons, mais c'est une bonne illustration des limites qu'il nous faut à tout prix dépasser. Vive la Libération révolutionnaire des Peuples !

     


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